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justice

  • Iran : le sourire franc face à la mort !

    « Oh ! Pour faire, Seigneur, un seul de tes sourires,
    Combien faut-il donc de nos pleurs ? »
    (Stéphane Mallarmé).




     

     
     


    En 2018, la journaliste Ariane Angeloglou, auteure notamment de "À l'horizon de l'Autre", évoquait le sourire en ces termes : « Un sourire est un brin d'amour déposé sur les lèvres. ». Il y a quelques années, ce brin d'amour s'est observé dans un contexte absolument terrible et contraire à tout ce qu'on peut imaginer comme environnement pour sourire : la mort ! La mort épouvantable.

    C'est même le pire contexte qu'un homme peut vivre : quelques secondes avant son exécution par pendaison. Cela s'est passé en Iran et la personne qui a souri d'un sourire rayonnant d'une incroyable sérénité s'appelle Majid Kavousifar. Il mériterait de faire partie du Panthéon de l'humanité. Que son sourire ne soit pas vain !

    Notre attitude face à la mort peut être multiple, évolutif et surtout très diversifié avec différentes émotions, la peur de l'inconnu, la tristesse pour soi mais aussi pour ses proches, et ici, la colère car le régime tyrannique de mollah pend à tour de bras, pour un oui ou pour un non, sous prétexte d'être un résistant à la théocratie immonde.


    L'avocate résistante iranienne Nioh Berg a ainsi retransmis cette photo d'un sourire si fort le dimanche 19 janvier 2025 sur Twitter avec ces mots : « Nous sourions face aux juges pendus. Nous sourions face à la mort. Nous sommes le véritable Iran. ». Elle finit avec ces mots : « Des rues et des statues iraniennes porteront le nom de Majid Kavousifar. ».

    En fait, la photographie a plus de dix-sept ans. Majid Kavousifar (28 ans) a été exécuté en 2007 à Téhéran, accusé d'avoir tué le juge Masoud Ahmadi Moghaddasi, l'un des responsables des exécutions massives lors de l'implacable répression en 1988. Majid Kavousifar a été arrêté après avoir fui aux Émirats et a été pendu en même temps que son neveu Hossein. Les photos de son exécution et de son incroyable sourire sont réapparues dans les réseaux sociaux en janvier 2024 puis en janvier 2025.
     

     
     


    Ce sourire, ce n'était pas un sourire de défi face aux bourreaux des mollahs. Ce n'était pas une sorte de pirouette pour effacer l'idée de la mort imminente. Ce n'était pas de ces faux sourires qui font grincer les dents, ironiques et hypocrites. C'était un sourire sincère, spontané, libre. C'était un sourire de défi face à sa propre mort. Un défi de sérénité. Et il avait une raison, une raison horrible.

    La petite fille du supplicié était présente. Majid Kavousifar souriait à sa petite fille qui était là, devant lui, à le voir bientôt pendu. Il y a un véritable côté glauque de ce régime de pourriture, une hyperviolence glauque, de permettre aux petites filles de voir exécuter leur papa courageux. C'est cette saleté idéologique de l'horreur de cette mollarchie qui veut terroriser le peuple iranien afin qu'il ne se rebelle pas alors qu'après presque quarante-cinq ans de révolution islamique, soit quasiment deux générations. Il est temps de permettre aux Iraniens de voir l'avenir dans un environnement progressiste, démocratique et moderne.

    Nioh Berg notait : « Il voulait qu'elle, l'amour de sa vie, grandisse courageuse comme une lionne. Sans peur. ». Le dernier regard du père. Mais aussi le dernier regard de la fille sur son père. Quelle misère politique et quelle grandeur d'âme ! Que son souvenir soit à jamais entretenu dans nos mémoires d'humains libres et chanceux, privilégiés !


    Selon l'ONU, le rythme des exécutions en Iran s'est effroyablement accéléré : du 1er janvier 2025 au 25 juillet 2025, 612 personnes condamnées ont été exécutées en Iran. C'est, pour le régime des mollahs, après la "Guerre des douze jours", le seul moyen de maintenir le peuple sous tension et d'éviter un renversement de ces enragés de la corde.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (30 juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Iran : le sourire franc face à la mort !
    Make Iran Great Again ?
    Guerre en Iran : pensons au peuple iranien !
    Israël vs Iran : Emmanuel Macron l'équilibriste.
    Beyrouth, il y a trente-cinq ans.
    Majid Kavousifar.
    Varisha Moradi.
    Aïnaz Karimi.
    Arezou Khavari.
    Ahou Daryaei.
    Ebrahim Raïssi.
    Khosro Besharat.
    Mobilisons-nous pour Toomaj Salehi !
    Fatwa de mort contre Salman Rushdie.
    Alireza Akbari.
    Mehran Karimi Nasseri.
    Claude Malhuret contre la mollarchie.
    Mahsa Amini, les femmes iraniennes, leur liberté et Claude Malhuret.
    Révolution : du rêve républicain à l’enfer théocratique de Bani Sadr.
    L'Iran de Bani Sadr.
    De quoi fouetter un Shah (18 février 2009).
    N’oubliez pas le Guide (20 février 2009).
    Incompréhensions américaines (1) et (2).
    Émission de France 3 "L’Iran et l’Occident" (17-18 février 2009).
    Session de septembre 2006 à l’ONU : Bush, Ahmadinejad, Chirac.
    Dennis Ross et les Iraniens.
    Un émissaire français à Téhéran.
    Gérard Araud.
    Stanislas de Laboulaye.
    Des opposants exécutés par pendaison en Iran.
    Expulsion de Vakili Rad, assassin de Chapour Bakhtiar, dernier Premier Ministre du Shah d'Iran, par Brice Hortefeux à la suite du retour de l'étudiante Clotilde Reiss.
    Mort de l'ancien Premier Ministre iranien Mohammad Reza Mahdavi-Kani à 83 ans le 21 octobre 2014.



     

     
     



    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250730-majid-kavousifar.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/iran-le-sourire-franc-face-a-la-258781

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/31/article-sr-20250730-majid-kavousifar.html




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  • Le terroriste Georges Ibrahim Abdallah libéré

    « Les lois de 1986 et 1988 ont permis une adaptation de nos procédures pénales à la lutte contre le terrorisme ; bien sûr, on luttait déjà contre le terrorisme avant ces lois : ainsi, nous avions par exemple réussi à arrêter Georges Ibrahim Abdallah. Le lien avec la justice s’est toujours fait par des relations directes avec les magistrats, tant les magistrats instructeurs que ceux du parquet. L’acte de saisine des magistrats, c’est le procès-verbal de renseignement ou le rapport de renseignement ; mais en amont de la procédure judiciaire proprement dite, il y a et il doit y avoir des relations personnelles et institutionnelles entre la DST et les magistrats. Cela permet de prévenir de l’existence de menaces et de faire le point sur les affaires qui pourraient faire l’objet d’une procédure judiciaire. Il y avait donc un dialogue : la DST n’a jamais voulu cacher des renseignements à la justice ; elle a toujours, au contraire, cherché à lui présenter le meilleur dossier possible pour entamer une procédure judiciaire. » (Louis Caprioli, ancien sous-directeur chargé de la lutte contre le terrorisme à la DST, audition à l'Assemblée Nationale le 21 février 2013 de la commission d'enquête sur le fonctionnement des services de renseignements français dans le suivi et la surveillance des mouvements radicaux armés).




     

     
     


    Le terroriste libanais Georges Ibrahim Abdallah, incarcéré en France depuis le 24 octobre 1984 et condamné à la réclusion criminelle à perpétuité le 28 février 1987 pour sa complicité dans l'assassinat de deux diplomates (un Américain et un Israélien) en 1982, devrait être libéré ce vendredi 25 juillet 2025. Pendant ses quarante années de détention, le prisonnier a toujours revendiqué ses idées marxistes, communistes et pro-palestiniennes, ce qui lui a permis de connaître des amis de l'extrême gauche actuelle, en particulier une députée européenne qui n'était même pas née lors de son arrestation.

    Les partisans de la libération de Georges Ibrahim Abdallah ont fait valoir que cette décision du 17 juillet 2025 était une victoire politique, décision prise contre l'avis du parquet national antiterroriste qui avait fait appel de la décision. Cette décision de justice est donc loin de faire l'unanimité parmi les juges français.

    Ces militants marxistes (oui, il en existe encore en plein dans le XXIe siècle) estiment que Georges Ibrahim Abdallah était un prisonnier politique en ce sens que des pressions américaines voire israéliennes auraient été faites à la France pour traiter avec sévérité cet encombrant prisonnier.


    La réalité est plutôt le contraire. La France n'a jamais voulu de ce prisonnier et a tout fait pour que la justice fût la plus douce pour lui. La France, qui avait subi des vagues d'attentats terroristes, en 1982 puis en 1986, préférait éviter de provoquer de nouvelles motivations d'attentats.

    Pendant le procès, le numéro deux de la DST, Raymond Nart, a témoigné en minimisant le rôle de Georges Ibrahim Abdallah, ce qui n'a pas manqué de surprendre les juges. En 2024, Raymond Nart, à l'âge de 88 ans, a publiquement justifié sa position de l'époque : « Les services algériens m’ont expliqué que les FARL et Abdallah ne représentaient rien politiquement, que c’était un petit groupe, des communistes pro-palestiniens excités. Ce qui ne veut pas dire qu’ils n’étaient pas dangereux. Compte tenu du fait qu’on avait déjà essayé d’échanger Abdallah contre un otage, ma logique était de ne pas empêcher qu’un tel échange puisse se reproduire. ».

    Parmi les partisans de la libération de Georges Ibrahim Abdallah à l'époque (donc de sa non-condamnation), Yves Bonnet, le directeur de la Direction de la surveillance du territoire (DST) du 14 novembre 1982 au 1er août 1985, ensuite préfet de 1985 à 1991, futur député UDF de la Manche de mars 1993 à avril 1997, puis futur conseiller régional RN de la Normandie depuis juin 2021, en particulier parce que le directeur de la DST avait promis sa libération aux services algériens proches des FARL en échange de la libération d'un otage enlevé par les FARL, le Français Gilles Sidney Peyrolles (fils de l'écrivain Gilles Perrault), alors directeur du centre culturel de Tripoli (au Liban). Mais la justice a refusé de libérer Georges Ibrahim Abdallah, malgré la libération de Gilles Sidney Peyrolles, car on a retrouvé les armes qui ont tué les deux diplomates, ce qui allait condamner lourdement le dirigeant des FARL.

    Si les Américains étaient autant impliqués pour punir sévèrement Georges Ibrahim Abdallah, c'était parce qu'ils le considéraient comme le responsable notamment de l'assassinat du lieutenant-colonel Charles R. Ray, attaché militaire à l'ambassade des États-Unis en France et probablement membre de la CIA, tué le 18 janvier 1982 à Strasbourg par un attentat revendiqué par les FARL.
     

     
     


    Ainsi, si des pressions américaines ont bien eu lieu, la France a toujours tenté de s'y opposer. Pour preuve, cet échange au cours d'un dîner à Paris en juillet 1986 entre le chef de la CIA, William Casey, proche du Président Ronald Reagan, et le Ministre français délégué à la Sécurité Robert Pandraud, second du Ministre français de l'Intérieur Charles Pasqua. William Casey a menacé son interlocuteur français avec sa fourchette : « Si jamais la France ne condamne pas Abdallah à la perpétuité, ça va mal se passer entre nos deux pays, il y aura rupture diplomatique. Ce sera un énorme scandale. ». Réponse froide et cynique de Robert Pandraud : « On va faire plus simple. Nous allons libérer Abdallah et l'envoyer au Moyen-Orient. On vous donne ensuite son adresse, vous le liquidez et on n'en parle plus ! ».

    C'est notamment ce qu'a relaté l'excellente émission radiophonique "Secrets d'info" produite par Jacques Monin, directeur des enquêtes et de l'investigation de Radio France de 2016 à 2024, et diffusée le 22 juin 2024 sur France Inter avec pour titre : "Les derniers secrets de l'affaire Georges Ibrahim Abdallah" (voir lien en fin d'article).


    Pendant longtemps, avant et pendant le procès, les gouvernements français ont tenté d'expulser Georges Ibrahim Abdallah mais les juges français, jaloux de leur indépendance, ont refusé les pressions des dirigeants français. Au cours du procès, l'avocat général n'avait requis que dix ans de prison, tandis que les juges ont préféré la perpétuité.

    Pierre Baechlin, l'avocat général, a demandé en effet à la cour son indulgence : « Je crois, dans l’intérêt de tous, pouvoir vous demander, vous conjurer, vous supplier, de ne pas prononcer à l’encontre de l’accusé [Georges Ibrahim Abdallah], une peine de réclusion criminelle supérieure à dix ans. ».

    Et Jacques Monin de raconter : « Un témoin de la scène, présent au tribunal ce jour-là, nous raconte aujourd’hui avoir entendu l’avocat général dire à voix basse : "Qu’est-ce qu’il ne faut pas faire pour la France…". Pourquoi une telle clémence ? "La France ne voulait pas faire de vagues à cause de ses otages au Moyen-Orient", analyse Patrice de Méritens. Il raconte qu’à la veille de son réquisitoire, Pierre Baechlin aurait été "invité à prendre un whisky par le Procureur général de Paris. Ce dernier lui explique qu’il risque d’y avoir une nouvelle vague d’attentats s’il requière la perpétuité contre Abdallah. L’avocat général est traumatisé. On lui demandait de trahir la justice au nom de la raison d’État". Georges Ibrahim Abdallah sera cependant condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour complicité d’assassinat. ».
     

     
     


    Au fil des années et de l'application de la peine, certains gouvernements ont refusé une libération conditionnelle à laquelle Georges Ibrahim Abdallah aurait pu prétendre à partir de 1999 (la moitié d'une peine de 30 ans). Il y a eu plusieurs tentatives de libération conditionnelle depuis l'an 2000 qui, jusqu'à juillet 2025, ont toutes échoué pour diverses raisons plus judiciaires que politiques.

    Le Ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy a voulu être ferme. Jean-Marie Beney, à l'époque directeur de cabinet du Ministre de la Justice Pascal Clément (de juin 2005 à mai 2007), maintenant procureur général près la cour d'appel de Montpellier, a décrit son état d'esprit : « Il s’agissait de répondre à une préoccupation exprimée par les Américains, pas de céder à leurs doléances. On ne leur a pas donné de garantie, on leur a dit ce qu’on allait faire. Il n’y a eu aucune tentative d’ingérence ou de pression. Avec ou sans message des Américains, la position du Ministère public aurait été la même. ».

    On peut aussi évoquer le Ministre de l'Intérieur Manuel Valls qui, en refusant le 14 janvier 2013 de signer l'arrêté d'expulsion de ce prisonnier encombrant, a empêché sa libération conditionnelle. Manuel Valls a reconnu des pressions américaines (Hillary Clinton sur son homologue français Laurent Fabius) mais qui n'ont eu aucun effet sur sa prise de décision dictée par le climat politique : « Je le maintiens en prison volontairement, il n’était pas question que je signe l’arrêté d’expulsion. Je le fais par conviction. J’en ai informé le Président de la République [François Hollande], qui ne m’en a pas dissuadé. » (dira-t-il plus tard celui qui est devenu Premier Ministre puis, maintenant, Ministre d'État, Ministre des Outre-mer).

    Ce vendredi, c'est donc un dinosaure des prisons françaises qui va en sortir, immédiatement expulsé vers son pays d'origine, le Liban. Certains militants vont crier victoire, bien sûr, mais les autorités françaises, elles, vont juste pousser un ouf de soulagement.



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (24 juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Les derniers secrets de l'affaire Georges Ibrahim Abdallah.
    Le terroriste Georges Ibrahim Abdallah libéré.
    Faut-il s'indigner ?
    Mahmoud Abbas.
    Yasser Arafat.
    Les Accords d'Oslo.
    Shimon Peres.

    Yitzhak Rabin.
    L'horreur du Hamas.
    L'avenir de la France se joue aussi à Gaza !
    Massacre à Gaza.
    La chute de Bachar El-Assad.
    Michel Aoun.



     

     
     







    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250724-georges-ibrahim-abdallah.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/article/le-terroriste-georges-ibrahim-262302

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/24/article-sr-20250724-georges-ibrahim-abdallah.html


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  • Serge Atlaoui libre !

    « C’est une journée exceptionnelle aujourd’hui pour ma famille, mes proches, tous ceux qui m’ont soutenu. » (Serge Atlaoui, le 18 juillet 2025).



     

     
     


    Le jour J est arrivé. J comme... vendredi 18 juillet 2025, dans la matinée, à Chauconin-Neufmontiers, une commune de Seine-et-Marne. À sa sortie de la prison de Meaux, Serge Atlaoui, artisan soudeur de 61 ans, a été accueilli par les médias... et par son avocat Richard Sédillot. Grande émotion. Il revient de loin.

    La décision a été prise par le tribunal de Melun le lendemain du 14 juillet 2025, probablement après un échange entre Emmanuel Macron et son homologue indonésien, Prabowo Subianto, invité d'honneur pour notre fête nationale. Condamné à mort pour trafic de drogue par la justice indonésienne, sur le point d'être exécuté en avril 2015, Serge Atlaoui est plutôt une victime qu'un coupable, victime d'une crédulité, victime d'une naïveté, celle de croire qu'il pouvait gagner beaucoup d'argent avec son travail qui, d'ordinaire, le rémunérait moyennement.

    Le risque qu'il avait pris, qu'il avait compris, c'était du travail dissimulé dans un pays lointain, loin de sa Lorraine, il est originaire de Metz, en Indonésie. Se faire un peu d'argent pendant quelque temps, avec une expérience internationale, et revenir.


    Le risque qu'il n'avait pas compris, c'est qu'il allait travailler pour des trafiquants de drogue. Les machines qu'il entretenait, qu'il maintenait en état de marche, ce n'était pas pour faire un produit chimique quelconque, de l'acrylique, mais un produit synthétique de stupéfiants pour dealers. L'argent facile n'existe pas : plus haut un métier est rémunéré, plus haut, en principe, est le risque pris. Les entrepreneurs le savent bien.

    Alors, lorsque les juges indonésiens ont considéré qu'il était le chimiste de la bande de trafiquants qui venait d'être arrêtée, il aurait rigolé si sa vie n'était pas mise en danger. Lui, il est soudeur, pas chimiste. Il cherchait juste un coin de soleil sur cette terre. Comme Mary Jane Veloso. Les trafiquants profitent souvent de la crédulité de ceux qui cherchent un emploi mieux rémunéré que l'actuel.
     

     
     


    Serge Atlaoui s'est marié et a même eu des enfants pendant qu'il était en détention, depuis près de vingt ans. Sa femme Sabine ne l'a jamais abandonné et il fallait s'accrocher pour y croire, pour croire que l'injustice capitale allait être réparée, rectifiée plutôt. Quand il est sorti de sa prison, Serge Atlaoui a déclaré : « Jamais je n’aurais cru que ça arriverait (…), il était temps, après vingt ans ! ». Et pourtant, depuis ce temps-là, il n'avait jamais lâché son espoir, jamais abandonné son espoir.
     

     
     


    Après avoir été condamné à la réclusion à perpétuité, son second procès a abouti à la peine de mort en 2007, à un moment qui allait devenir critique en 2014 lorsque le nouveau Président indonésien a suspendu le moratoire des exécutions pour lutter contre les trafiquants de drogue. Résultat, lors de la deuxième série d'exécutions, il était prévu d'y inclure Serge Atlaoui en avril 2015. Son nom a été retiré in extremis, mais il était prévu pour la série suivante, en juillet 2016, avec même quelques pressions diplomatiques exercées par l'Indonésie sur le Parlement français lors de l'adoption d'une loi qui allait fortement taxer les produits à l'huile de palme, principal produit d'exportation de l'Indonésie. Résultat, les parlementaires ont oublié de maintenir cette mesure et Serge Atlaoui est resté dans sa cellule pendant que d'autres condamnés à mort se sont retrouvés devant le peloton d'exécution.

    Par la suite, la détention de Serge Atlaoui semblait plus une monnaie d'échange diplomatique qu'autre chose. Le gouvernement français, pendant ce temps, est resté très discret (pas question d'être arrogant avec la justice d'un grand pays d'Asie), mais toujours actif pour tenter de rapatrier son ressortissant. L'élection d'un nouveau Président en novembre 2024 a tout débloqué. Le soudeur français pouvait être soulagé même s'il allait devoir encore attendre un peu, car pour garder les formes, les décisions de justice sont souvent longues.


    Décision de la justice indonésienne de retour en France en gardant la condamnation, décision de la justice française de requalification de la peine dans la mesure où la peine de mort a été abolie, décision enfin de libération conditionnelle selon les pratiques habituelles de la justice d'application des peines. Cinq mois et demi entre son retour en France et sa libération, c'est honnête, c'est décent pour la justice indonésienne.

    Sa femme Sabine est heureuse, bien sûr, et a confié sur RTL : « Il va respirer une liberté attendue, espérée depuis tant d’années (…). Se dire qu’il est de retour, qu’il va être auprès de nous à nouveau dans notre quotidien, c’est tellement incroyable que je le réalise sans le réaliser. Je vais redécouvrir mon mari et à l’inverse, il va me redécouvrir. Il y a vingt ans quand même, donc on va se reconstruire. Tout le monde va devoir apprendre à vivre normalement. ». Elle a ajouté : « Très clairement, le travail diplomatique durant toutes ces années a fait revenir mon mari et a pu faire en sorte qu’en France, on puisse avoir une issue de liberté pour nous. ».

     

     
     


    Son avocat Richard Sédillot est venu le chercher devant sa prison : « Imaginer qu’il y a quelques années, il était au bord de la mort, que son cercueil avait été fabriqué, qu’on nous annonçait déjà qu’il allait être exécuté (…), je me dis aujourd’hui que la persévérance et le travail payent. ».

    Le voilà donc libre, après plus de dix-neuf ans et demi de détention en Indonésie (depuis novembre 2005) puis en France (à partir février 2025). Le retour au monde réel va sans doute être très difficile pour lui, mais il aura la joie de retrouver une famille unie qui l'a toujours attendu. Bon vent, Serge, et bon courage pour la suite !


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (19 juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Serge Atlaoui libre !
    La libération tant attendue de Serge Atlaoui.
    La nouvelle peine de Serge Atlaoui.
    Serge Atlaoui en France !
    Jour J de joie pour Serge Atlaoui !
    Soulagement pour Serge Atlaoui de retour en France le 4 février 2025.
    L'espoir justifié de Serge Atlaoui.
    Cadeau de Noël pour Mary Jane Veloso.
    Enfin une bonne nouvelle pour Serge Atlaoui ?
    Majid Kavousifar.
    Varisha Moradi.
    7 pistes de réflexion sur la peine de mort.
    Une lueur d’espoir pour Serge Atlaoui ?
    Taxe Nutella : Serge Atlaoui, otage de l’huile de palme ?
    Vives inquiétudes pour Mary Jane Veloso.
    Le cauchemar de Serge Atlaoui.
    Peine de mort pour les djihadistes français ?

     

     

     

     

     


    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250718-serge-atlaoui.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/serge-atlaoui-libre-262186

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/19/article-sr-20250718-serge-atlaoui.html


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  • Faut-il s'indigner de la libération prochaine du terroriste Georges Ibrahim Abdallah ?

    « Ni despotisme ni terrorisme. Nous voulons le progrès en pente douce. » (Victor Hugo, "Les Misérables", 1862).



     

     
     


    Ce jeudi 17 juillet 2025, la cour d'appel de Paris a rendu un jugement important puisqu'elle autorise la libération du terroriste Georges Ibrahim Abdallah avec expulsion immédiate vers son pays, le Liban, le 25 juillet 2025. Cette décision de la justice française était le résultat de l'appel du parquet national antiterroriste contre la décision du tribunal d'application des peines du 15 novembre 2024 permettant sa libération conditionnelle, sous condition « qu'il quitte le territoire français et n'y apparaisse plus ».

    Contrairement à ce que laisse entrevoir ce visage de grand-père bienveillant et sympathique, à la barbe blanche du père Noël, George Ibrahim Abdallah (74 ans) est un terroriste libanais, qui a été un proche du Palestinien Georges Habache, chef du front populaire de libération de la Palestine (FPLP). Militant communiste, activiste pro-palestinien, chef en France de la FARL, fraction armée révolutionnaire libanaise, communiste, marxiste, pro-syrienne et anti-israélienne, il a été arrêté le 24 octobre 1984 à Lyon en possession d'un faux passeport algérien, puis des armes ayant servi à des assassinats ont été retrouvées chez lui (25 kilogrammes d'explosifs, des mitraillettes, des roquettes, des pistolets, etc.), si bien que le 28 février 1987, à l'issue d'un procès très médiatisé (il fut défendu par Jacques Vergès), la cour d'assises spéciale l'a condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour sa complicité dans l'assassinat du diplomate américain Charles R. Ray le 18 janvier 1982 à Strasbourg et celui du diplomate israélien Yacov Barsimantov le 3 avril 1982 à Paris.
     

     
     


    Pendant plus de quarante ans, il a été soutenu par un fort mouvement communiste et pro-palestinien, qui considère que Georges Ibrahim Abdallah serait un prisonnier politique dans un État impérialiste à la solde de la CIA et du Mossad. La réalité, c'est que celui qui ose toujours s'afficher à côté d'un portrait du cruel Che Guevara a du sang sur les mains et dans sa conscience et qu'il a été condamné à perpétuité par une justice indépendante. La preuve, c'est que la politique a tenté de s'en mêler justement pour le libérer en échange de la libération d'un otage en Algérie, ce que la justice française a finalement refusé.

    Faut-il pour autant s'indigner de cette libération qui laisse entendre, pour les organisations d'extrême gauche qui voudraient en faire un nouveau Nelson Mandela (ce qu'il n'est pas), qu'il s'agit d'une « victoire politique » (alors qu'elle n'est qu'une décision d'une justice indépendante) ? En ce qui me concerne, je ne me suis jamais réjoui d'une peine de prison qui est une peine toujours traumatisante, et j'ai toujours été pour une condamnation sévère (afin de rappeler l'interdiction de crimes de sang) avec une peine adaptée, à savoir que la morale triomphe indépendamment de l'application des peines qui est l'affaire des juges d'application des peines.

     

     
     


    En revanche, ce qui m'inquiète, c'est que Georges Ibrahim Abdallah n'a jamais cessé de militer pour ses causes extrémistes depuis sa cellule, bénéficiant d'ailleurs d'un ordinateur et de moyens pour militer (ce qui peut paraître étrange). La question est donc de savoir s'il serait capable de récidiver et de continuer à organiser des actions armées contre des individus ou des États. La libération conditionnelle, qui n'a jamais été un dû, est autorisée par la justice dans le cas où elle considère qu'une fois libre, le prisonnier ne constitue pas un danger pour l'ordre public et pour la population (ce qui a expliqué la libération prochaine de Serge Atlaoui), mais pour cet ancien terroriste libanais visiblement pas repenti, sa libération est conditionnée à une expulsion immédiate vers le Liban et l'interdiction de revenir sur le territoire français. On peut encore être terroriste à 74 ans.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (17 juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Georges Ibrahim Abdallah.
    Mahmoud Abbas.
    Yasser Arafat.
    Les Accords d'Oslo.
    Shimon Peres.

    Yitzhak Rabin.
    L'horreur du Hamas.
    L'avenir de la France se joue aussi à Gaza !
    Massacre à Gaza.
    La chute de Bachar El-Assad.
    Michel Aoun.



     

     
     





    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250717-georges-ibrahim-abdallah.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/faut-il-s-indigner-de-la-262183

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/18/article-sr-20250717-georges-ibrahim-abdallah.html



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  • La libération tant attendue de Serge Atlaoui

    « Il faut le laisser sortir, respirer et enfin revivre ! » (Sabine, son épouse, le 15 juillet 2025).




     

     
     


    Cela fait près de vingt ans qu'il en rêvait. Il était tombé dans un trou spatio-temporel qui devait l'amener inéluctablement vers la mort, et la mort parmi les plus terribles, celle donnée par une supposée justice prétendue humaine. Et pourtant, Serge Atlaoui n'a jamais cessé d'espérer, et en le regardant comme condamné à mort, on le trouverait calme et éloigné de toute angoisse. Il en avait évidemment, des angoisses. Mais il a su s'élever ; il a été un prisonnier modèle, exemplaire, qui résolvait les petits problèmes de la prison, qui réparait les tuyauteries, qui était apprécié tant de ses codétenus et de ses surveillants.

    Ce mardi 15 juillet 2025, le tribunal d'application des peines de Melun a annoncé qu'il venait d'accepter la demande de libération conditionnelle de Serge Atlaoui, actuellement détenu à la prison de Meaux-Chauconin.

    Son avocat Richard Sédillot a déclaré à France Bleu Nancy : « Ça valait la peine de travailler autant pendant si longtemps. Même si ça a été un travail dans l'ombre, ça a été un travail assidu pendant très longtemps, donc je suis très content du résultat. (…) Le tribunal a considéré qu'il n'y avait pas de risque de réitération. ». En revanche, la date exacte de la remise en liberté de Serge Atlaoui reste un secret bien gardé pour éviter la présence des médias devant sa prison le jour J.

    Faut-il rappeler qui est Serge Atlaoui, 61 ans ? Oui, car sa situation est exceptionnelle. Ce Lorrain a accepté du travail au noir très bien rémunéré pour un soudeur. En Indonésie. Mais il n'a compris dans quel enfer il s'était embarqué à Jakarta que lorsqu'il a été arrêté pour trafic de drogue. Il réparait des machines, mais ne savait pas qu'elles étaient destinées à fabriquer de la drogue. Il n'était pas chimiste mais savait faire fonctionner des machines industrielles, les réparer, etc.

    Son arrestation a été suivie d'un procès plus ou moins équitable et a abouti, après plusieurs rebondissements judiciaires, à une condamnation à mort contre laquelle la diplomatie française a fortement protesté. Mais le Président indonésien de l'époque, Jojo Widodo (en exercice d'octobre 2014 à octobre 2024), pourtant plutôt ouvert, a interrompu le moratoire sur les exécutions pour lutter sévèrement contre les trafiquants de drogue. Résultat, Serge Atlaoui a failli être exécuté en avril 2015, son nom était inscrit sur la liste des futurs prisonniers exécutés deux jours plus tard et il a échappé au dernier moment au peloton d'exécution, comme Mary Jane Veloso, Philippine également condamnée à mort alors qu'elle n'avait fait que transporter des valises à l'aéroport (sans savoir qu'elles contenaient de la drogue).
     

     
     


    Le nouveau Président indonésien, arrivé en octobre 2024, a voulu assainir ses relations extérieures en trouvant des solutions juridiques pour en finir avec ces contestations diplomatiques. L'objectif était de garder souveraine la justice indonésienne (un pays étranger n'a pas à se mêler de la justice du pays), mais d'aboutir à une certaine clémence qui voudrait, en définitive, renvoyer chez eux les condamnés à mort étrangers pour se faire exécuter de leur propre pays.

    Cela s'est passé pour Serge Atlaoui le 5 février 2025 (il avait été arrêté le 11 novembre 2005), mais dans l'accord entre la France et l'Indonésie, qui a permis le retour de Serge Atlaoui, la justice française devait reconnaître la chose jugée par la justice indonésienne, donc, ne pas la remettre en cause sur le fond. Le 12 février 2025, le Tribunal de Pontoise a donc tenté de requalifier les raisons juridiques françaises pour une incarcération en France de Serge Atlaoui.

    Elles étaient relativement simples : « L’incrimination attendue trouve son équivalent en droit français dans la production et la fabrication de stupéfiants en bande organisée en faisant encourir à son encontre trente ans de réclusion. ». En d'autres termes, l'équivalent de la condamnation à mort en Indonésie pour trafic de drogues est, en France, une condamnation à la réclusion criminelle de trente ans.


    La justice ne pouvait pas, par décence diplomatique, libérer Serge Atlaoui immédiatement dans la mesure où il devait rester reconnu coupable de trafic de drogue (même s'il continue à proclamer son innocence). Cette décence, ce délai de décence, pouvait être d'environ cinq ou six mois, selon la justice française. Car dans la réalité de l'application des peines, Serge Atlaoui, considéré comme un prisonnier exemplaire, qui a effectué déjà plus de sa moitié de la peine (dix-neuf ans sur les trente années), pouvait raisonnablement demander une libération conditionnelle et l'obtenir, ce qu'il a fait et obtenu.

    Par ailleurs, on n'insistera pas sur le hasard d'une telle décision judiciaire le 15 juillet 2025 lorsque la veille, jour de la fête nationale, où la France, qui reçoit traditionnellement un pays invité d'honneur à cette occasion, avait reçu comme invité d'honneur justement l'Indonésie ! Les justices nationales sont indépendantes...et Emmanuel Macron et son homologue indonésien Prabowo Subianto se sont serré la main à Paris le 14 juillet 2025.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (15 juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    La libération tant attendue de Serge Atlaoui.
    La nouvelle peine de Serge Atlaoui.
    Serge Atlaoui en France !
    Jour J de joie pour Serge Atlaoui !
    Soulagement pour Serge Atlaoui de retour en France le 4 février 2025.
    L'espoir justifié de Serge Atlaoui.
    Cadeau de Noël pour Mary Jane Veloso.
    Enfin une bonne nouvelle pour Serge Atlaoui ?
    Majid Kavousifar.
    Varisha Moradi.
    7 pistes de réflexion sur la peine de mort.
    Une lueur d’espoir pour Serge Atlaoui ?
    Taxe Nutella : Serge Atlaoui, otage de l’huile de palme ?
    Vives inquiétudes pour Mary Jane Veloso.
    Le cauchemar de Serge Atlaoui.
    Peine de mort pour les djihadistes français ?


     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250715-serge-atlaoui.html

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  • Boualem Sansal, toujours condamné en Algérie... et Christophe Gleizes aussi

    « Décidément, la paranoïa ne connaît aucune limite au sein des décideurs. » (article dans "Le Matin d'Algérie" du 29 juin 2025 sur la condamnation de Christophe Gleizes).



     

     
     


    Marche-t-on sur des œufs ? En tout cas, c'était l'apparence du Premier Ministre François Bayrou venu visiter ce mardi 1er juillet 2025 dans la matinée la cellule de crise contre la canicule au Ministère de l'Intérieur. Pendant qu'il expliquait les mesures pour lutter efficacement contre la canicule (en parlant notamment de climatisation), on apprenait que l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal a été condamné à cinq ans de prison en appel.

    Même Bruno Retailleau a refusé de commenter l'information pour ne pas mettre de l'huile sur le feu. Le gouvernement français table en effet sur la prochaine fête nationale algérienne (fête de l'indépendance), le 5 juillet prochain, pour espérer une libération de Boualem Sansal par une mesure de grâce présidentielle. Donc, pas question de vouer aux gémonies le gouvernement algérien voire la justice algérienne (dont l'indépendance avec le pouvoir reste à prouver) pour ne pas décourager la prise d'une décision humanitaire de clémence.

    C'est pourtant un véritable scandale. Boualem Sansal, grand écrivain à la liberté absolue, a été arrêté et incarcéré le 16 novembre 2024 (depuis sept mois et demi !). Profondément malade et âgé de 75 ans et demi, Boualem Sansal risque sa santé dans les prisons algériennes. Son tort ? Avoir remis en cause, dans un simple écrit, la frontière entre l'Algérie et le Maroc. Il a d'abord été condamné le 27 mars 2025 en première instance à cinq ans de prison. Et cette peine vient d'être confirmée en appel ce mardi par la cour d'appel d'Alger.
     

     
     


    Se défendant seul (car il a refusé les avocats algériens commis d'office), Boualem Sansal a déclaré le 24 juin 2025 au juge : « La Constitution garantit la liberté d’expression et de conscience et pourtant je suis là ! ».

    L'aspect politique de cette affaire est incontestable, confirmée d'ailleurs par le Président algérien Abdelmadjid Tebboune lui-même qui considérait le 29 décembre 2024 Boualem Sansal comme un « imposteur envoyé par la France ». L'Algérie veut faire payer à la France son soutien au Maroc le 31 juillet 2024 sur le Sahara occidental et beaucoup d'agents de l'anti-France sont à Alger (on a même parlé d'un officier russe du renseignement venu spécialement en Algérie pour cette finalité).
     

     
     


    La condamnation en appel de l'écrivain est intervenue deux jours après la condamnation par le tribunal de Tizi Ouzou du ressortissant français Christophe Gleizes à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme » et « possession de publications dans le but de propagande nuisant à l'intérêt national ». C'est ce dimanche 29 juin 2025 qu'on a aussi appris que ce journaliste sportif de 36 ans, qui menait en solitaire une enquête approfondie sur un club de football en Kabylie, était retenu en Algérie depuis plus d'un an ! Il a été arrêté le 28 mai 2024 à Tizi Ouzou et placé sous contrôle judiciaire. La justice algérienne lui reprocherait des contacts avec un mouvement séparatiste kabyle qui n'avait pas encore était classé mouvement terroriste par le gouvernement algérien au moment des échanges avec le journaliste français.

    Colère et incompréhension après cette condamnation, car Christophe Gleizes ne s'est jamais intéressé à la politique et s'est toujours passionné par le football dont c'était le thème d'enquête. Sa famille a publié un communiqué : « Christophe est un journaliste rigoureux, passionné par son sujet. Il ne mérite en aucun cas d’être traité comme un criminel. ».

    Quand on regarde les deux affaires, tant pour Boualem Sansal que pour Christophe Gleizes, c'est bien la liberté d'expression et la liberté de la presse qui ont été mises à mal par le pouvoir algérien. En Algérie, pas question de dire des choses qui ne plaisent pas au pouvoir (profitons-en pour prendre conscience de nouveau de cette capacité à dénigrer son pays en France, ce qui montre que nous sommes bien en démocratie mais qu'elle est toujours fragile, ménageons-là !). Rappelons d'ailleurs que les parlementaires de France insoumise, à l'Assemblée comme au Parlement Européen, ont toujours refusé de voter les motions de soutien à Boualem Sansal demandant sa libération car ils considéraient que ces initiatives seraient des manœuvres de l'extrême droite (ce qui est stupide, le soutien à Boualem Sansal doit se faire d'abord pour des raisons humanitaires avant d'y mettre de la sauce politicienne).

    Aucune image de Boualem Sansal n'a jamais été publiée depuis son arrestation et le pouvoir algérien refuse toujours une visite consulaire de la France car il considère que l'écrivain est avant tout un citoyen algérien. La France s'est mobilisée car il s'agit aussi d'un citoyen français et doit être protégé comme tous les ressortissants français. François Bayrou a réaffirmé que, du Président Emmanuel Macron jusqu'aux membres de son gouvernement, pas un seul jour la France n'a manqué de se mobiliser pour obtenir la libération de Boualem Sansal et c'est le sens de l'action du Ministre de l'Europe et des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot.
     

     
     


    À la séance publique du 1er juillet 2025 à l'Assemblée Nationale, la députée Horizons Naïma Moutchou a associé les otages français Cécile Kohler et Jacques Paris, retenus en Iran depuis trois ans, à l'emprisonnement de Boualem Sansal et Christophe Gleizes : « Ce n’est pas une dérive, c’est une instrumentalisation politique de la justice par un régime autoritaire qui bâillonne la critique et qui veut régler ses comptes avec la France. L’affaire Boualem Sansal confirme ce climat de tension. Cinq ans de prison, cinq ans, à nouveau, ont été prononcés ce matin même, en appel, contre l’écrivain français. Boualem Sansal, âgé de 75 ans et malade, a été, lui aussi, assigné au silence pour ses mots. Même méthode, même arbitraire. (…) La France ne peut pas rester timorée. Elle ne peut pas ménager les pouvoirs qui enferment pendant que certains, jusqu’ici, sur ces bancs, choisissent de leur dérouler le tapis rouge, grisés par des honneurs illusoires, quand leurs propres compatriotes croupissent dans l’ombre. Il est temps d’être clair. Protéger nos compatriotes, c’est tenir tête aux régimes qui les emprisonnent injustement. C’est aussi refuser que certains ici servent de caution diplomatique à ces régimes. Je vous demande une parole forte pour les Français détenus illégalement à travers le monde ainsi qu’une stratégie claire pour les défendre et pour défendre nos principes. ».

    Ce à quoi Jean-Noël Barrot a répondu ceci : « Deux mille trois cents compatriotes détenus à l’étranger bénéficient de l’accompagnement des services consulaires du ministère des affaires étrangères. Certains d’entre eux sont détenus arbitrairement, retenus otages ou pire encore ; alors, la diplomatie française tout entière se mobilise pour obtenir leur libération. C’est ainsi qu’avec un immense soulagement, nous avons accueilli, il y a quelques mois, la nouvelle de la libération de notre compatriote Ofer Kalderon, après quatre cent quatre-vingt-quatre jours passés dans l’enfer des tunnels de Gaza. C’est avec le même soulagement que nous avons appris la libération d’Olivier Grondeau, après huit cent quatre-vingt-sept jours passés dans des prisons iraniennes, ou celle de Théo Clerc, après quatre cent vingt-deux jours de détention en Azerbaïdjan. J’ai, comme vous, une pensée particulière pour Cécile Kohler et pour Jacques Paris, retenus otages en Iran depuis plus de trois ans, dans des conditions indignes assimilables à de la torture. Après avoir exercé une très forte pression sur les autorités iraniennes, nous avons obtenu que notre chargé d’affaires en Iran leur rende visite aujourd’hui. Je m’indigne avec vous de la condamnation en appel de notre compatriote Boualem Sansal. Elle est incompréhensible et injustifiable. Maintenant que la procédure est arrivée à son terme, les autorités algériennes se trouvent face à un choix. Elles peuvent faire celui de la responsabilité, de l’humanité et du respect en permettant à notre compatriote d’être libéré et soigné, compte tenu de son état de santé et de son âge. S’agissant de Christophe Gleizes, nous sommes à ses côtés depuis le jour de son arrestation, en mai 2024. Nous avons été vivement choqués par sa condamnation extrêmement lourde en première instance, sept ans de prison, et nous nous mobiliserons pour obtenir sa libération. ».

     
     


    Plantu, grand dessinateur et humoriste très soucieux des journalistes et écrivains emprisonnés pour avoir exercé leur liberté d'expression dans le monde, a aussi associé aux incarcérations de Boualem Sansal et Christophe Gleizes en Algérie celle du caricaturiste turc Dogan Pehlevan, arrêté le 30 juin 2025 et emprisonné à Istanbul. Réclamons la libération de ces journalistes, ils doivent au contraire être protégés par les États pour leur permettre d'apporter au débat public leurs propres réflexions et visions, comme cela se passe dans toute démocratie moderne !


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (01er juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Boualem Sansal, toujours condamné en Algérie... et Christophe Gleizes aussi.
    Boualem Sansal, un nouveau capitaine Dreyfus ?
    Boualem Sansal.
    Le massacre d’Oran, 60 ans plus tard…
    José Gonzalez.
    Reconnaissance par Emmanuel Macron le 26 janvier 2022 de deux massacres commis en 1962 en Algérie (Alger et Oran).
    Pierre Vidal-Naquet.
    Jean Lacouture.
    Edmond Michelet.
    Jacques Soustelle.
    Albert Camus.
    Abdelaziz Bouteflika en 2021.
    Le fantôme d’El Mouradia.
    Louis Joxe et les Harkis.
    Chadli Bendjedid.
    Disparition de Chadli Benjedid.
    Hocine Aït Ahmed.
    Ahmed Ben Bella.
    Josette Audin.
    Michel Audin.
    Déclaration d’Emmanuel Macron sur Maurice Audin (13 septembre 2018).
    François Mitterrand et l'Algérie.
    Hervé Gourdel.
    Mohamed Boudiaf.
    Vidéo : dernières paroles de Boudiaf le 29 juin 1992.
    Rapport officiel sur l’assassinat de Boudiaf (texte intégral).
    Abdelaziz Bouteflika en 2009.

     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250701-sansal.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/boualem-sansal-toujours-condamne-261832

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  • Pourquoi reparle-t-on de l'affaire Grégory ?

    « [C'est] important de rendre public l’arrêt de mercredi parce que c’est une information d’intérêt général qui concerne toute la société. C’est un fait de société majeur. » (François Saint-Pierre, le 20 juin 2025 sur CNews).




     

     
     


    Que s'est-il vraiment passé le 16 octobre 1984 entre 17 heures et 21 heures à Lépanges-sur-Vologne, dans les Vosges ? Après plus de quarante ans d'enquêtes judiciaires, l'histoire du petit Grégory Villemin, 4 ans, reste toujours aussi mystérieuse qu'au début. Pendant ce laps de temps, il a été enlevé de son foyer, conduit, peut-être séquestré, puis assassiné, jeté ligoté dans la rivière.

    L'assassinat a ému beaucoup de monde, la France entière, ce fut même la première affaire réellement médiatisée avec toutes ces horreurs de communication pour avoir du sensationnel, ces photos posées devant la tombe, etc. L'affaire a été très malmenée par la justice, un premier accusé qui a été assassiné par le père de l'enfant, puis l'accusation contre la mère de l'enfant, de nombreuses erreurs, etc.


    Ce qui semble établi, c'est la jalousie d'un certain nombre de personnes, dans la famille comme à l'extérieur, pour ce couple qui avait réussi à gravir les échelons sociaux peut-être mieux que les autres. Ce qui caractérise cette affaire, ce sont les appels anonymes et les nombreuses lettres anonymes, non seulement de l'époque, en 1984, mais bien avant (la première lettre date du 4 mars 1983) puis après l'assassinat de l'enfant, mais aussi bien après, jusqu'en début juillet 2017. Des lettres de menaces, de jalousie, de revendication. Un corbeau... ou plusieurs.

    Les questions sont nombreuses : ces lettres anonymes proviennent-elles d'une seule et même personne ou pas ? leur auteur (ou leurs auteurs) est-il le coupable ? et plus généralement, Grégory a-t-il été victime non pas d'un seul assassin mais carrément d'un complot éventuellement familial ?


    Depuis une vingtaine d'années, la technologie a permis de très nombreux progrès dans les investigations criminelles. Toutefois, de nombreuses pièces sont aujourd'hui manquantes ou trop anciennes, trop détériorées, pour être analysées avec les moyens modernes. Parmi ces nouvelles techniques, il y a l'intelligence artificielle qui peut faire des merveilles. Et notamment sur la graphologie et le style d'écriture. L'analyse du style peut déterminer si plusieurs lettres proviennent d'un même auteur ou pas.

    On ne sera donc pas étonné que de manière sporadique, l'affaire Grégory revienne parfois en surface. La première remarque est que c'est une excellente chose, pas pour des raisons médiatiques, mais parce que cela permet de ne pas clore l'affaire.

    La chambre d'instruction de la cour d'appel de Dijon a rouvert le dossier le 8 décembre 2008 et les investigations continuent tant bien que mal. On reparle ces jours-ci de cette affaire parce que le procureur général auprès de la cour d'appel de Dijon (où a été délocalisée l'affaire) a annoncé le 18 juin 2025 la convocation prochaine de la grande-tante de Grégory, à savoir Jacqueline Jacob, pour un interrogatoire de « première comparution » en vue d'une « mise en examen pour association de malfaiteurs criminelle », selon le communiqué de la cour d'appel de Dijon.

     

     
     


    Ce qu'on apprend, c'est que Jacqueline Jacob sera convoquée... dans les mois prochains (et pas dans les jours prochains), « pas avant quelques mois », selon le parquet, ce qui rend donc étonnant le communiqué de la cour d'appel par l'imprécision de la date de cette convocation.

    L'avocat des parents de Grégory, François Saint-Pierre, a déclaré (à mon sens, un peu trop hâtivement) le 20 juin 2025 sur CNews : « Le juge d’instruction a pris cette initiative parce qu’il en était arrivé à une somme d’indices qui rendaient nécessaire l’audition de Madame Jacob et dans un cadre juridique approprié, à savoir un interrogatoire de première comparution aux fins éventuelles d’une mise en examen. Elle va s’expliquer. Le juge aura le choix de la mettre en examen ou de la placer sous le statut de témoin assisté. Nous n’assisterons pas à cette audition. Nous prendrons connaissance de l’issue de celle-ci ultérieurement, avec le procès-verbal. (…) On s’est toujours dit qu’il y avait les preuves scientifiques, comme l’ADN et la téléphonie. Maintenant, il y a l’identification vocale. Toutes ces nouvelles technologies pourraient apporter des réponses. Je n’ai jamais renoncé à l’idée qu’un jour quelqu’un qui a tant sur la conscience s’exprime et se délivre de ce fardeau abominable. Pourquoi Jacqueline Jacob ne le ferait-elle pas ? Pourquoi ne dirait-elle pas ce qu’il en est exactement et comment ce crime s’est-il passé ? (…) Est-ce que Madame Jacob va garder le silence ? Peut-être, je n’en sais rien. Ce que je sais, c’est que ses avocats vont contester la légalité même de cette mise en cause aux motifs qu’il y a prescription et que la qualification juridique n’est pas la bonne. ».

    Cet avocat expliquait : « Lorsque [les parents] ont appris la nouvelle, ils ont été gagnés par une très forte émotion. Non pas qu’ils pensent que l’affaire va être résolue d’un jour à l’autre, mais parce que chaque avancée peut donner l’espoir d’une résolution. (…) Le droit au silence est un droit fondamental. Il y a des faits. Il y a des preuves. Après la mise en examen, le juge ordonnera la tenue d’un procès. Pour nous, ce sera la chance, peut-être, de faire naître la vérité entourant le drame. Ce sera le dernier chapitre de cette très longue tragédie. ».

    Jacqueline Jacob, tante du père de Grégory, Jean-Marie Villemin, et de Bernard Laroche, a maintenant 80 ans. Elle avait été déjà placée en garde-à-vue le 14 juin 2017 puis mise en examen le 16 juin 2017 pour « enlèvement et séquestration suivie de mort », mais elle avait bénéficié le 16 mai 2018 d'un arrêt de la chambre d'instruction de Dijon qui avait annulé la mise en examen « au motif que cette décision relevait de la compétence de la chambre de l’instruction et non du seul magistrat en charge du supplément d’information ».

    De son côté, dès le 19 juin 2025, Jacqueline Jacob a réaffirmé « sa totale innocence », selon un communiqué de ses trois avocats, ajoutant aussi qu'elle « souhaite que sa présomption d’innocence ainsi que sa vie privée soient respectées », d'autant plus que, pour ses avocats, le parquet de Dijon considère « qu’aucun élément n’est de nature à constituer des indices graves ou concordants dans l’implication » de cette grande-tante. Les avocats se sont d'ailleurs étonnés que la qualification de mise en examen envisagée ne figurait pas dans le code pénal entre 1983 et 1986, donc au moment de l'assassinat de Grégory : « Il ne peut y avoir ni infraction ni peine sans qu’un texte ne les prévoie. ».

    Tout ce qu'on peut souhaiter, c'est que l'auteur ou les auteurs soient enfin connus, voire jugés, le cas échéant (quand c'est possible), mais aussi qu'aucune nouvelle erreur judiciaire ne soit faite dans une affaire judiciaire aussi chaotique que celle-ci. Grégory Villemin, né le 24 août 1980 à Saint-Dié, aurait 44 ans et demi aujourd'hui.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (20 juin 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Pourquoi reparle-t-on de l'affaire Grégory ?
    40 ans de confusions dans l'affaire Grégory.
    Le juge Jean-Michel Lambert.
    La relance judiciaire de l’affaire Grégory.
    Histoire encore à suivre.
    Documents sur l’affaire Grégory.


     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250618-affaire-gregory.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/pourquoi-reparle-t-on-de-l-affaire-261628

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/06/19/article-sr-20250618-affaire-gregory.html

     





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  • La Légion d'honneur perdue de Nicolas Sarkozy

    « Par arrêté du grand chancelier de la Légion d’honneur en date du 5 juin 2025 est constatée, avec effet au 17 mai 2023, l’exclusion de droit de l’ordre national de la Légion d’honneur de M. Nicolas SARKÖZY de NAGY BOCSA, né le 28 janvier 1955 à Paris. Cette exclusion entraîne la privation définitive de l’exercice des droits et prérogatives attachés à la qualité de membre de la Légion d’honneur ainsi que l’interdiction de porter les insignes de toute décoration française ou étrangère ressortissant à la grande chancellerie de la Légion d’honneur. » (Arrêté du 5 juin 2025 publié dans le Journal officiel du 15 juin 2025).



     

     
     


    L'ancien Président de la République Nicolas Sarkozy était grand-croix de la Légion d'honneur et grand maître de l'Ordre national du Mérite. C'est le grade le plus haut pour les deux ordres les plus importants de France. Normal : Nicolas Sarkozy l'était par sa qualité de Président de la République française.

    Nicolas Sarkozy était d'abord chevalier de la Légion d'honneur sur décision du Président Jacques Chirac le 31 décembre 2004 comme « ancien ministre d'État, ancien député des Hauts-de-Seine, ancien maire de Neuilly-sur-Seine ; 24 ans d'activités professionnelles, de fonctions électives et de services militaires ».

    Mais tous les verbes sont à l'imparfait. Très imparfait ! Car Nicolas Sarkozy n'est plus ainsi décoré. Deux arrêtés signés le 5 juin 2025 par le général François Lecointre, grand chancelier de la Légion d'honneur et chancelier de l'Ordre national du Mérite, ont exclu d'office de ces deux ordres Nicolas Sarkozy (et également Gilbert Azibert et Thierry Herzog). Ces arrêtés sont applicables rétroactivement dès le 17 mai 2023, date de sa condamnation en appel.

     

     
     


    La raison, c'est sa condamnation définitive à un an de prison ferme après le rejet du pourvoi en cassation le 18 décembre 2024, dans l'affaire Bismuth (suspicion d'un pacte de corruption). En effet, les deux ordres ont pour règlement l'exclusion d'office de toutes les personnes membres de ces ordres qui auraient été condamnées à au moins un an de prison ferme, ce qui est donc le cas de l'ancien Président de la République. Très précisément, le code de la Légion d'honneur proclame : « Est exclue toute personne condamnée pour un crime ou condamnée à une peine définitive de prison ferme d’un an minimum. ».
     

     
     


    Toutefois, des logiques contradictoires s'affrontent. La première est donc l'exclusion, comme simple citoyen jugé et condamné. La seconde, c'est de rappeler que le Président de la République est de droit grand-croix de la Légion d'honneur. Or, on ne peut pas lui retirer le fait d'avoir exercé les fonctions de Président de la République du 16 mai 2007 au 15 mai 2012 (élu par une majorité confortable des électeurs).

    Le seul précédent cité par les médias ne l'est pas vraiment. En considérant le maréchal Philippe Pétain comme un prédécesseur de Nicolas Sarkozy, certains journalistes considèrent de fait légal le régime de Vichy (mal nommé, je pense aux malheureux habitants de Vichy qui liraient cela, celui de la Révolution nationale).

    En effet, le 15 août 1945, Pétain a été condamné à mort, à l'indignité nationale et à la confiscation de ses biens pour intelligence avec l'ennemi et haute trahison. On voit à quel point la comparaison est historiquement stupide.

     

     
     


    Le journaliste Renaud Dély en a profité pour évoquer les peines planchers dans son éditorial politique du 16 juin 2025 sur France Info : « En renvoyant l’ancien Président de la République au précédent du maréchal Pétain, cette décision abîme, de fait, la fonction présidentielle. Au lieu d’indexer la déchéance uniquement sur la durée d’une peine, sans doute l’Ordre devrait-il modifier sa règle pour tenir compte de la nature des faits ayant entraîné une condamnation. À écarter les circonstances et les faits incriminés, ce genre de décisions couperets illustre l’absurdité de ces fameuses peines planchers automatiques que la droite, et Nicolas Sarkozy, aiment d’ordinaire à prôner en matière pénale. ».

    L'opposition des deux logiques se faisait par deux représentants respectifs.

    D'une part, le grand chancelier de la Légion d'honneur, le général François Lecointre, ancien chef d'état-major des armées, qui, le 4 mars 2025, avait rappelé que la dégradation des deux ordres nationaux était "de droit" et ne correspondait donc pas à une décision : « C'est un sujet majeur. Le sujet de la discipline est d'autant plus important que l'exemplarité de l'ordre tient aussi au fait que les gens qui sont décorés puissent être sanctionnés. ». Lorsque les deux arrêtés ont été publié, il a été ainsi communiqué : « Le Grand chancelier de la Légion d'honneur s'est assuré auprès d'éminents juristes de la bonne application des textes en vigueur à ce cas spécifique. ».

    Plusieurs enfants et petits-enfants de titulaires de la Légion d'honneur et de l'Ordre national du Mérite avaient déposé un recours le 6 mai 205 auprès du tribunal administratif de Paris pour obtenir la déchéance de l'ancien chef de l'État de ces deux ordres.

    D'autre part, l'actuel Président de la République Emmanuel Macron avait clairement déclaré le 24 avril 2025 son opposition à la dégradation de Nicolas Sarkozy : « De mon point de vue, de là où je suis, je pense que ce ne serait pas une bonne décision. (…) Je pense que c'est très important que (…) les anciens Présidents soient respectés et donc le Président de la République que je suis, en tant que grand maître, ne prendra aucune décision de ce type. ». Mais en l'occurrence, ce n'est pas au Président de la République de prendre une telle décision, mais au grand chancelier (le Président de la République la prend quand c'est une dégradation qui n'est pas "de droit" et qui demande donc une décision spécifique, dans le cadre d'une procédure disciplinaire ordinaire).
     

     
     


    Par ailleurs, la condamnation définitive correspond à l'épuisement de toutes les voies de recours judiciaire en France. C'est du reste pour cette raison que Nicolas Sarkozy a dû effectuer sa peine de prison ferme sous la forme de la pose d'un bracelet électronique à sa cheville le 7 février 2025. Celui-là a été retiré le 14 mai 2025 en raison de sa libération conditionnelle rendue possible par son grand âge (âgé de plus de 70 ans qu'il a atteints le 28 janvier 2025) et décidée le 12 mai 2025 par le juge d'application des peines sur une requête du 16 avril 2025, selon le parquet de Paris. L'avocate de Nicolas Sarkozy Jacqueline Laffont-Haïk avait alors précisé : « Cette mesure, qui au regard de la loi aurait pu intervenir dès le premier jour, est strictement conforme à la loi et à la jurisprudence. ».
     

     
     


    Or, le caractère définitif de la condamnation peut être discuté. Effectivement, Nicolas Sarkozy a fait un recours auprès de la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) contre la France pour ce jugement définitif, obligé de s'opposer à la France pour clamer son innocence. Il a donc également déposé un second recours auprès la CEDH contre la France pour sa dégradation des deux ordres nationaux.
     

     
     


    Ainsi, le 15 juin 2025, son avocat Patrice Spinosi a affirmé : « Nicolas Sarkozy prend acte de la décision prise par le Grand Chancelier. Il n'a jamais fait de cette question une affaire personnelle. (…) [Il] a fait valoir des arguments juridiques, c'était au nom de la fonction même de Président de la République. (…) La condamnation de la France [par la CEDH] impliquera la révision de la condamnation pénale prononcée à l'encontre [de Nicolas Sarkozy] en même temps que l'exclusion de l'ordre de la Légion d'Honneur, l'une n'étant que la conséquence de l'autre. ». Il a martelé : « Aujourd’hui, il faut bien comprendre que désormais tout Président de la République qui sera condamné à une peine d’emprisonnement d’un an se verra nécessairement retirer l’ordre de la Légion d’honneur. (…) Ce combat, Nicolas Sarkozy ne l’a pas mené pour lui-même, il l’a mené au nom de la fonction qu’il a occupée de Président de la République. ».
     

     
     


    Ce dimanche, l'ancien Président de la République a reçu le soutien de son fils le plus jeune, Louis Sarkozy, qui, dans un message envoyé sur Instagram le 15 juin 2025, a rendu éloge à son père en rappelant son courage le 13 mai 1993 lors de la prise d'otages d'enfants dans une école maternelle de Neuilly-sur-Seine alors qu'il était maire de Neuilly-sur-Seine et ministre  : « Il est des Légions d’honneur que l’on ne perd pas. Celles que l’on reçoit en sauvant des enfants des griffes d’un kamikaze. Celles que l’on mérite en arrachant des infirmières, des médecins, ou une Française, à un emprisonnement étranger. Ces Légions-là ne dépendent d’aucun décret. Elles vivent dans la mémoire des vies sauvées, dans les sourires des enfants libérés. Elles valent plus que n’importe quelle médaille, plus que n’importe quelle reconnaissance officielle. Ce sont elles, les vraies Légions d’honneur. Le reste n’est que littérature. ». Son épouse Carla Bruni a retransféré ce message sur son compte le lendemain.
     

     
     


    La prochaine échéance judiciaire de Nicolas Sarkozy aura lieu le 25 septembre 2025 avec le délibéré de l'affaire libyenne dans laquelle l'ancien Président de la République risque jusqu'à sept ans de prison, selon le réquisitoire du procureur général. La question de la candidature de Nicolas Sarkozy à l'élection présidentielle de 2027 ne peut plus se poser en raison de son inéligibilité pendant trois ans. Marine Le Pen n'est pas la seule personnalité dans ce cas.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (16 juin 2025)
    http://www.rakotoarison.eu

    Pour aller plus loin :
    La Légion d'honneur perdue de Nicolas Sarkozy.
    Un nouveau bijou pour Nicolas Sarkozy ?
    Le doyen Nicolas Sarkozy.
    L'honneur perdu de Nicolas Sarkozy.
    Nicolas Sarkozy réagit à la dissolution dans le JDD (15 juin 2024).
    Il y a 15 ans : Nicolas Sarkozy, l'Europe et les crises (déjà).
    Discours du Président Nicolas Sarkozy le 16 décembre 2008 au Parlement Européen de Strasbourg (texte intégral).
    Discours du Président Nicolas Sarkozy le 10 juillet 2008 au Parlement Européen de Strasbourg (texte intégral).

    Sale temps pour Nicolas Sarkozy !
    La justice harcèle-t-elle la classe politique ?
    Carla Bruni.
    La sagesse de Nicolas Sarkozy.
    Pour qui votera Nicolas Sarkozy au premier tour ?
    Bygmalion : Éric Zemmour soutient Nicolas Sarkozy.
    Injustice pour Nicolas Sarkozy ?
    Sarko et ses frères...


     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250615-sarkozy.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/la-legion-d-honneur-perdue-de-261567

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/06/14/article-sr-20250615-sarkozy.html


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  • Mélanie, la douceur incarnée

    « Je sais qu’elle était très très heureuse d’occuper cette profession, d’aider les jeunes, l’ambiance était bon enfant, conviviale, familiale. (…) C’était quelqu’un de très souriante, très gentille, la douceur incarnée. (…) D’une nature bienveillante, elle avait tout pour elle. On est très triste, très touché. » (Une cousine, le 10 juin 2025 à l'AFP).




     

     
     


    Le témoignage d'une cousine sur Mélanie a de quoi être émouvant. Quel contraste entre cette "douceur incarnée" et l'ultraviolence dont elle a été victime. Mélanie, assistante d'éducation (autrement dit, surveillante) de 31 ans, est devenue malgré elle une héroïne victime ; elle a commencé dans ce poste en septembre dernier. Elle se destinait à devenir accompagnatrice d'élèves en situation de handicap (AESH).

    Elle était auparavant une apprentie coiffeuse mais, mère d'un enfant de 4 ans, elle a voulu un peu plus de temps pour son garçon, selon les confidences de son ancienne patronne au "Dauphiné". Un ancien client sur BFMTV : « C’était une femme adorable, vraiment très très gentille, pas un mot au-dessus de l’autre, qui aimait faire profiter de son métier aussi. ». Elle était aussi conseillère municipale de sa petite commune (une centaine d'habitants), Sarcey, à 10 kilomètres de Nogent, en Haute-Marne.


    En allant au boulot ce mardi 10 juin 2025, elle ne pensait pas y perdre sa vie. Vers 8 heures 15, un collégien de 14 ans, apparemment sans histoire, l'a poignardée devant le collège Françoise-Dolto à Nogent. Un contrôle de sacs des élèves était effectué par la gendarmerie nationale à l'entrée du collège. L'adolescent a poursuivi Mélanie avec un couteau et l'a blessée. Hélas, à mort. Il a blessé aussi un gendarme qui l'a arrêté. En urgence absolue, la victime aurait dû être héliportée jusqu'à l'hôpital de Dijon, mais son état s'est dégradé et elle a succombé à ses blessures. Une victime, une nouvelle victime de la violence d'adolescent. Les 324 élèves du collège ont été confinés dans le gymnase puis ont pu quitter l'établissement ramenés par leurs parents. Le procureur de Chaumont a annoncé qu'un dispositif d'accompagnement des élèves et des enseignants a été mis en place.

    La classe politique s'est rapidement emparé de cette tragédie. Parfois pour une sinistre récupération politique, comme Marine Le Pen dans l'hémicycle : « Un nouveau drame vient donc de toucher l’école et, par conséquent, l’ensemble de notre nation. Un drame, pas un fait divers sur lequel on "brainwasherait". Un drame, qui appelle une réponse politique. C’est parce qu’il n’y a jamais eu de réponse politique que notre société a vu la vie être progressivement désacralisée ; c’est parce qu’il n’y a jamais eu de réponse politique que l’ultraviolence s’est banalisée, en particulier chez les mineurs ; c’est parce qu’il n’y a jamais eu de réponse politique que des enfants deviennent orphelins et que des parents sont obligés d’enterrer des enfants victimes de la barbarie. ».

    Le verbe "brainwasher" (faire un lavage de cerveau) avait été utilisé maladroitement par le Président Emmanuel Macron le 8 juin 2025 lors d'une interview dans la presse régionale. Il regrettait alors qu'on ne parlât que de fait-divers sans s'appesantir sur des sujets de fond comme le combat pour le climat (il allait participer au Sommet pour l'océan à Nice) :
    « Certains préfèrent brainwasher sur l’invasion du pays et les derniers faits divers. ». Il s'en prenait ainsi à la suppression des ZFE et à la suspension provisoire de MaPrimeRénov' (dispositif d'aide à la rénovation énergétique en vigueur depuis cinq ans).

     

     
     


    Emmanuel Macron s'est expliqué plus longuement dans une interview ce mardi 10 juin 2025 sur France 2 : « Il y a des moments d’indignation sur l’écologie et ensuite ça sort complètement du débat public. ». S'en prenant à la « tyrannie du fait-divers », il a précisé sa pensée : « Il y a des gens qui regardent la télévision ou les réseaux sociaux, ils sont dans une société de l’information qui passe d’un fait divers à l’autre. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas avoir de la considération pour ces personnes qui vivent [ces drames], accompagner les familles, qu’il ne faut pas réagir de manière intraitable. ».

    Il a dénoncé la surexploitation des faits-divers par des partis démagogiques : « Ils finissent par rendre les gens fous parce que les gens ont le sentiment de passer d’un fait-divers à l’autre, en passant des punaises de lit le matin à un drame qui s’est passé la journée. (…) On ne peut pas avoir un débat politique qui devient du suivisme de l’actualité. ».

    Dans la matinée, Emmanuel Macron avait réagi sur Twitter comme le reste de la classe politique au meurtre de Mélanie : « Alors qu’elle veillait sur nos enfants à Nogent, une assistante d’éducation a perdu la vie, victime d’un déferlement de violence insensé. (…) Tous, nous sommes aux côtés de sa famille, de ses proches, de ses collègues et de l’ensemble de la communauté éducative. (…) La Nation est en deuil et le gouvernement mobilisé pour faire reculer le crime. ».

    Au-delà de Twitter, c'est surtout l'Assemblée Nationale qui a été le lieu des réactions politiques. L'après-midi se déroulait en effet la séance hebdomadaire des questions au gouvernement. La Présidente de l'Assemblée Yaël Braun-Pivet a proposé une minute de silence à la mémoire de Mélanie et aussi des deux jeunes pompiers de 22 et 23 ans, Tanguy et Maxime, qui ont perdu la vie le 9 juin 2025 dans la soirée à Laon, piégés par l'effondrement d'un appartement en flammes dont ils tentaient de secourir les habitants : « Face à ces drames effroyables, j’adresse les sincères condoléances de la représentation nationale aux familles et aux proches des victimes. Je veux, en notre nom à tous, dire la reconnaissance de la nation envers nos soldats du feu, qui risquent leur vie pour nous protéger. Je veux aussi dire notre soutien à l’ensemble de la communauté éducative. La violence n’a pas et n’aura jamais sa place dans nos établissements scolaires. En la mémoire de nos trois compatriotes décédés, je vous invite à observer une minute de silence. ».

    Le Premier Ministre François Bayrou est aussi intervenu en début de séance pour exprimer son émotion et présenter quelques mesures :
    « Immense gratitude et mobilisation : c’est ce que nous devons aussi à cette jeune assistante d’éducation (…). D’habitude, ces faits concernent des milieux sociaux profondément fragilisés ; or ce n’est pas le cas ici. Mais une chose est certaine dans ce second drame : c’est que les armes blanches, les couteaux, sont en train de devenir, parmi les jeunes, voire les très jeunes enfants (…), une réalité de tous les jours. (…) Nous ne pouvons pas demeurer indifférents et les bras ballants face à ce qui est en train de se passer, devant cette vague qui progresse. Nous avons des décisions à prendre, certaines de nature législative, d’autres d’ordre réglementaire. Nous avons commencé à les prendre, puisque je rappelle que le drame de ce matin s’est déroulé alors que les gendarmes procédaient à un contrôle des sacs. Ces contrôles, nous les avons multipliés depuis trois mois : plus de 6 000 ont été effectués, qui ont permis de saisir près de 200 couteaux et 200 autres objets dangereux. Nous ne pouvons pas nous contenter de déplorer ce qui s’est passé ; nous sommes obligés, en conscience, de prendre de nouvelles décisions pour que nos enfants et ceux qui travaillent avec eux puissent être, au minimum, en sûreté. C’est une œuvre très difficile, parce que, comme tout le monde le voit bien, il ne s’agit pas d’un fait isolé, mais d’une dérive de la société et des enfants dont nous avons la charge, et que nous n’arrivons pas à mettre à l’abri des drames qu’ils fomentent eux-mêmes. ».

    Quelques minutes plus tard, en réponse à Marine Le Pen :
    « L’ampleur de la vague, nous la connaissons tous, quels que soient les bancs sur lesquels nous siégeons. C’est une décomposition de la société dans laquelle nous vivons et c’est le surgissement de pratiques de vie communes. L’un de mes collègues disait à l’instant tout bas que son petit garçon de 10 ans lui a demandé quand il pourrait avoir un couteau à l’école. Cela concerne tous les milieux et d’abord, naturellement, les plus fragiles. On a deux choses essentielles à faire. La première, c’est de construire des règles et une réponse pénale susceptibles de dissuader ces jeunes, souvent des garçons, de saisir un couteau et de le mettre dans leur sac. Je l’ai rappelé, nous avons publié le 27 mars une circulaire pour que des contrôles de police et de gendarmerie aient lieu à l’entrée des établissements scolaires. Depuis, il y a eu 6 200 contrôles, au cours desquels près de 200 couteaux ont été saisis et 567 conseils de discipline ont été réunis pour lutter contre ce fléau. Nous allons travailler à l’application effective de l’interdiction de port de ce type d’armes. Il va falloir durcir la réglementation, parce qu’un certain nombre de ces couteaux ne sont pas considérés comme des armes, même s’ils sont construits, pour une part d’entre eux, pour figurer des armes très violentes. La deuxième chose que nous devons faire, c’est travailler à la question de la santé mentale des plus jeunes. À la première alerte, il faut qu’il puisse y avoir un examen, un diagnostic et une proposition de traitement, ou en tout cas une reprise de contrôle de ces jeunes. Ces deux missions, nous ne pouvons pas les éluder. Le 29 avril, j’ai demandé à Mme Naïma Moutchou et au préfet François Ravier de coprésider un groupe de travail, dont les conclusions m’ont été rendues le dernier jour du mois de mai. J’ai bien l’intention que les cinquante propositions de ce groupe de travail soient conduites à leur terme et je vais, si elle l’accepte, confier à votre collègue Naïma Moutchou la mission de vérifier leur application effective.Ce n’est pas une baguette magique ; nous n’avons pas la clef de toutes les questions qui se posent, car ces questions, pour l’essentiel, sont dans la société française, dans sa désorganisation, dans ses dérives. En revanche, ce que doit faire la loi, c’est assurer que les principes sont respectés autant que l’on puisse identifier des manquements à ces principes. J’ajoute que, même si les premières expériences n’ont pas été évidentes, nous devons travailler à l’installation de portiques à l’entrée des établissements scolaires ; ceux implantés dans plusieurs régions n’ont pas été maintenus partout, mais je suis persuadé que nous ne pouvons en rester à l’observation des accidents qui se multiplient. Le gouvernement a lui aussi l’intention d’aller dans le sens de cette expérimentation. ».

     

     
     


    La députée Naïma Moutchou (Horizons) a, elle aussi, posé une question sur le meurtre de Mélanie, en rappelant une longue et inquiétante série de meurtres : « La société reste sidérée de ce qui est en train de se passer. Les Français sont sous le choc, en colère : presque chaque jour, l’actualité leur jette à la figure un nouveau drame, de nouvelles violences. Chaque jour ou presque, des adolescents tuent à l’arme blanche, des enfants et leurs surveillants sont poignardés jusque dans l’enceinte des établissements scolaires. Ce matin, Mélanie, assistante d’éducation, a perdu la vie ; hier, c’étaient Elias, Laurène, Thomas, Sékou, Inès, Enzo, Matisse, tant d’autres encore, tous tués à l’arme blanche par des mineurs. Cette liste ne recense pas des faits divers, mais les signes d’un effondrement. Nous voyons l’autorité reculer partout, la violence gagner partout ; nous voyons sombrer une partie de la jeunesse qui bascule dans la brutalité la plus décomplexée, des adolescents qui sortent armés pour commettre le pire. C’est tout sauf une crise passagère, c’est un fléau, l’ennemi public numéro un : voilà la conclusion de la mission que vous m’aviez confiée à ce sujet, ainsi qu’au préfet François Ravier. Notre rapport, que je vous ai remis le 28 mai, ne constitue pas un simple document ; ce doit être un électrochoc, une prise de conscience, et surtout l’occasion d’agir. ».

    Parmi les pistes d'action : « Il est temps, comme nous le préconisons, d’interdire strictement la vente aux mineurs et la détention par ces derniers de tout type d’arme blanche, d’imposer le défèrement systématique des auteurs de tels faits, de prévoir des sanctions pénales bien plus rapides et des peines minimales, de sécuriser nos établissements scolaires, d’améliorer la chaîne de signalement. Il est temps d’investir dans la prévention, dans la santé mentale des jeunes, dans la médecine scolaire, de s’attaquer aux conséquences délétères des réseaux sociaux en interdisant le téléphone portable à l’école. Les mesures sont prêtes, applicables ; nous ne pouvons plus attendre, nous contenter d’hommages, de minutes de silence, encore et encore. ». François Bayrou a exprimé sa volonté de mettre immédiatement en œuvre ces mesures.
     

     
     


    Arrivée sur les lieux du drame, à Nogent, la Ministre d'État, Ministre de l'Éducation nationale Élisabeth Borne a déclaré : « Ses professeurs sont totalement sidérés de ce qui a pu se produire. Il avait fait l'objet en début année de deux exclusions temporaires pour des perturbations de la classe. Mais depuis le mois de novembre, il n'y avait pas du tout de difficultés avec cet élève. (…) On doit agir aussi sur la santé mentale, j'ai demandé aux assises de la santé scolaire qu'il y ait dans chaque établissement un protocole de repérage et de prise en charge pour les élèves qui peuvent avoir des problèmes psychologiques ou psychiatriques. (…) Avec le Ministre de la Santé, on s'est assurés que les jeunes signalés par l'Éducation nationale bénéficient d'une priorité pour la prise en charge dans les centres médicopsychologiques. (…) On doit aussi agir pour prévenir l'usage excessif des écrans et des réseaux sociaux, parce qu'on sait que c'est bien souvent ce qui peut conduire à des comportements violents, un peu déréalisés, de la part de nos jeunes. (…) Je suis très mobilisée pour prévenir de tels drames. (…) On doit travailler avec les familles, pour prévenir de tels drames. (…) On va continuer à chercher toutes les mesures qui peuvent nous permettre d’éviter de tels drames. ».

    Précisant les affirmations du Premier Ministre, Élisabeth Borne a déclaré qu'entre le 26 mars et le 23 mai 2025, il y a eu 6 000 fouilles inopinées menées dans les collèges et les lycées, ce qui a provoqué 567 conseils de discipline pour détention de couteau, la saisie de 186 couteaux et 32 gardes-à-vue.

     
     


    Quant au Ministre d'État, Ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau, qui était en déplacement à Laon en hommage aux deux jeunes pompiers décédés, il a fait cette déclaration mesurée : « La réponse ne peut pas être seulement sécuritaire, car il y avait des gendarmes. ». Il a ajouté : « Ou il y a une hypothèse de santé mentale, et il faudra voir s’il y avait eu un signalement, ou alors c’est autre chose, et on tombe dans ce que j’ai appelé la barbarie. ». Il ne croyait pas en l'intérêt des portiques devant les écoles.

    Invité de BFMTV en fin d'après-midi ce mardi, l'ancien Premier Ministre Gabriel Attal a dit ne pas croire non plus aux détecteurs de métaux à l'entrée des établissements qui pourraient accroître les attroupements en période de menace terroriste :
    « On peut regarder le couteau, mais je pense qu'il faut surtout regarder le gamin de 14 ans. (…) Il y a une violence de plus en plus forte, débridée, de plus en plus jeune. ».

    François Bayrou, interrogé ensuite dans le journal de 20 heures sur TF1, a rappelé ses propositions :
    « L'élargissement de la liste des armes blanches, des couteaux, c'est tout de suite que ça entre en vigueur et l'imposition que ce soit une vérification d'âge de celui qui reçoit le colis c'est tout de suite aussi. ».


    Ce fut l'occasion pour certains de se moquer du Premier Ministre en énumérant de nombreux instruments qui pourraient être dangereux (jusqu'à la pince à épiler et à l'épluche-légume). Et ils ont raison : les armes blanches pourront toujours passer d'une manière ou d'une autre dans les établissements scolaires. Les portiques n'ont pas été d'une grande efficacité lors de premières expérimentations.

    L'élément principal est sans doute la détection psychologique, l'évaluation de la santé mental des élèves, comme l'a affirmé le porte-parole de la fédération de parents d'élèves PEEP Laurent Zameczkowski : « Le véritable problème est la santé mentale de nos jeunes. », et c'est évidemment très difficile à appréhender. Ce qui est notable, c'est la position de Bruno Retailleau qui convient que le problème n'est pas seulement sécuritaire. La solution se trouve certainement dans l'éducation qu'apportent les parents à leurs enfants, la transmission des valeurs et en particulier du caractère sacré de la vie.

    Hommage à Mélanie, tombée sur le champ de bataille de l'éducation.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (10 juin 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Mélanie, la douceur incarnée.
    L'Affaire Joël Le Scouarnec.
    L'Affaire Bétharram.
    Agathe Hilairet.
    Pourquoi Aboubakar Cissé a-t-il été assassiné ?
    Le mystère Émile sur le point d'être percé ?
    La profanation du cimetière juif de Carpentras.
    Crash de l'A320 de Germanwings.
    L'accident de Villa Castelli.
    Morts mystérieuses à Santa Fe.
    Repose en paix Louise, on ne t'oubliera pas !
    Gisèle Pélicot, femme de l'année 2024 ?
    5 ans de prison dont 2 ferme pour Pierre Palmade.
    40 ans de confusions dans l'Affaire Grégory.
    Philippine : émotion nationale, récupérations politiques, dysfonctionnements de l'État ?
    Viols de Mazan : quelques réflexions sur Pélicot et compagnie...
    Violence scolaire : quand une enseignante s'y met...
    Création du délit d'homicide routier : seulement cosmétique ?
    La France criminelle ?
    La nuit bleue de Lina.
    La nuit de Célya.
    La nuit d'Émile Soleil.
    Affaire Grégory : la vérité sans la boue ?
    Alexandra Sonac et sa fille adolescente.
    Harcèlement scolaire et refus d'obtempérer.
    Alisha, victime d’un engrenage infernal.
    À propos de la tragique disparition de Karine Esquivillon...
    Meurtre de Lola.
    Nos enseignants sont des héros.
    Patricia Bouchon.
    Sémantique de l'horreur.
    La sécurité des personnes face aux dangers.



     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250610-melanie.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/melanie-la-douceur-incarnee-261457

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/06/10/article-sr-20250610-melanie.html




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  • L'horrible Joël Le Scouarnec, pervers prédateur assumé et multirécidiviste

    « Je revois la scène, je suis dans la salle de réveil et il retire la couverture qui me couvrait. Il est au-dessus de moi, je le vois comme un géant. » (Une victime, 9 ans au moment des faits).




     

     
     


    Il est des affaires judiciaires plus sordides et glauques que d'autres. Jugé depuis le 24 février 2025 par la cour criminelle du Morbihan à Vannes, le docteur Joël Le Scouarnec a été condamné ce mercredi 28 mai 2025 en début d'après-midi à vingt ans de réclusion criminelle dont les deux tiers sont en peine de sûreté. Il est en outre condamné à une mesure de suivi socio-judiciaire pendant quinze ans, accompagnée des obligations suivantes : établir un lieu de résidence déterminé, obligation de soins pendant sept ans, avec une peine de prison encourue si l'injonction de soins n'est pas respectée, interdiction définitive d'exercer toute activité médicale ou en lien avec des enfants, interdiction de détenir un animal à titre définitif, inscription au fichier des auteurs de crimes sexuels.

    Si le verdict paraît sévère (« La peine encourue, en l'état de notre droit, est fixée à vingt ans de prison maximum », selon la présidente de la cour), il aurait pu l'être plus si les juges avaient suivi la réquisition du procureur qui demandait, à l'instar de nombreuses victimes, en plus des vingts de prison, une mesure de rétention de sûreté à l'issue de la peine de prison, pour empêcher tout risque de récidive. D'autant plus que cette peine de vingt ans se confond avec la peine de quinze ans de prison qu'il avait eue d'un premier procès.


    Il est difficile de parler du docteur Le Scouarnec en pleine sérénité ; la nausée prend souvent. Parlons rapidement de lui (j'ai volontairement évité de proposer des images de lui). C'est un chirurgien spécialisé dans l'appareil digestif qui va avoir 75 ans dans six mois, il a pris sa retraite en 2014 (à ma connaissance). Dès l'âge de 25 ans, le personnage a découvert ses tendances pédophiles. Opérant notamment les appendicites à l'hôpital, il a été très souvent au contact avec des mineurs.

    Il a d'abord eu une condamnation de quatre mois de prison avec sursis pour détention d'images à caractère pédopornographique jugé par le tribunal correctionnel de Vannes en octobre 2005 à la suite d'une opération du FBI de 2004. Mais cette condamnation n'a pas servi comme avertissement pour l'avenir, c'est cela qui est étrange.

    Il y a eu ensuite son premier procès. S'installant à Jonzac en 2008, pour exercer puis prendre sa retraite, il a été dénoncé en 2017 par une petite fille de 6 ans, celle des voisins, qu'il avait violée. Il a été alors arrêté et on s'est aperçu qu'il avait aussi violé une de ses nièces et agressé sexuellement une autre de ses nièces. En tout, quatre mineures ont déclaré qu'elles étaient ses victimes. Un premier procès a eu lieu à la cour d'assises de Charente-Maritime, à Saintes, du 13 au 17 mars 2020. Il a été condamné à quinze ans de réclusion criminelle le 4 décembre 2020.

    Les investigations lors de l'instruction de ce premier procès ont révélé de nombreux viols et agressions sexuelles sur 312 victimes principalement des enfants (la moyenne d'âge de 11 ans). L'élément essentiel fut les carnets intimes de Joël Le Scouarnec qui écrivait tous ses faits de 1990 à 2017 en y indiquant le nom de ses jeunes victimes, et diverses réflexions ou descriptions. Non seulement à caractère pédocriminel mais aussi scatologique, zoophile (d'où l'interdiction de posséder des animaux de compagnie), etc. particulièrement dégueulasses. Cela se passait dans les hôpitaux où le pervers chirurgien opérait entre 1986 et 2014, à savoir Loches, Quimperlé, Morlaix, Lorient, Saint-Brieuc, Malestroit, Ancenis, les Sables-d'Olonne, Flers, Le Bailleul, Jonzac, etc.

    Ce journal intime était donc crucial. On y lit par exemple : « Il n'y a rien de plus beau au monde que le corps d'une petite fille. ». Plus généralement, Joël Le Scouarnec revendiquait la pédophilie et voulait même sa légalisation. Ainsi, en 2004, il écrivait : « Je suis à la fois exhibitionniste, voyeur, scatophile, fétichiste (…) et pédophile et j'en suis très heureux. ». Un débat a eu lieu au procès sur son ex-épouse, qui était au courant ou pas de sa perversité.

    Il avait de nombreuses formes de perversité. Le premier procès ne prenait pas en compte des victimes à l'hôpital. Un second procès était donc instruit parallèlement au premier pour prendre le temps de contacter les victimes. Ce procès à Vannes a pris en compte les déclarations de 299 victimes, la plupart du temps à l'hôpital, des patients qu'il venait d'opérer et sur lesquels il pouvait avoir des attouchements voire les violer. La plupart n'était pas au courant de ces violences car elles étaient sous anesthésie ou alors le temps a effacé ces faits tout en les traumatisant dans leur inconscient : ainsi, de nombreuses victimes ont eu un avenir difficile, et un jeune homme, victime du chirurgien à l'âge de 10 ans, s'est même suicidé à 24 ans après être plongé dans la drogue et l'alcool. Beaucoup ont des séquelles psychologiques, des phobies des hôpitaux, des piqûres, des problèmes de sexualité, etc.
     

     
     


    Confronté à ses victimes, après avoir mollement hésité à rejeter les accusations, Joël Le Scouarnec a accepté de reconnaître les faits le 20 mars 2025, de présenter ses regrets et demander pardon (c'est sans doute cela qui lui a épargné le mesure de rétention de sûreté après sa peine). À la fin du procès, le 26 mai 2025, le prévenu s'est adressé « à la cour, je ne sollicite aucune mansuétude. Accordez-moi simplement le droit de devenir meilleur et de reconquérir cette part d'humanité qui m'a tellement fait défaut. ». Bien que son comportement sexuel soit particulièrement maladif (perversion, obsession, attirance pour de la violence extrême, etc.), il n'a jamais été considéré par l'expertise psychiatrique comme irresponsable, d'autant plus qu'il a revendiqué les faits dans son journal intime (plusieurs milliers de feuillets).

    Le procès a été naturellement très éprouvant pour les victimes. Le prédateur leur a notamment déclaré très sincèrement, le 10 mars 2025, ne plus se souvenir d'elles : « Ces petits patients n’existaient pas en tant qu’enfants, c’étaient des objets sexuels. ». Franchise ? Cynisme ? Regret sincère ? Difficile d'analyser le très clinique docteur Perversion.

    Il y a un parallèle nécessaire à faire avec l'Affaire Pélicot : ces deux affaires ont pu mettre à jour les nombreux viols et agressions sexuelles grâce à un registre tenu par les coupables. Dans les deux cas, les victimes n'ont parfois pas su qu'elles étaient victimes et l'ont appris très tardivement par un gendarme après l'arrestation du prédateur. En revanche, la grande différence, c'est que, dans un cas, Gisèle Pélicot était la seule victime (ou quasiment, ce n'est pas totalement vrai) et a eu des dizaines voire centaines de prédateurs, tandis que dans l'Affaire Le Scouarnec, il n'y a qu'un prédateur (encore que, dans certains établissements, deux autres médecins ont été identifiés comme ayant eu des comportements douteux avec les mineurs) et des centaines de victimes. Dans ces deux cas, c'est le hasard, un événement déclencheur fortuit, qui a permis de les arrêter et de les juger.

    Mais au-delà de la responsabilité de Joël Le Scouarnec, seule et entière pour tant de crimes sur mineurs, on reste plongé dans la perplexité : comment un médecin a-t-il pu sévir dans de nombreux hôpitaux sur d'autant de jeunes victimes depuis des décennies (trente ou quarante ans) sans qu'on ait pu l'arrêter ou le découvrir au moins ?


    À l'occasion du premier procès, Laetitia Cherel et Margaux Stive, de la cellule investigation de Radio France, l'ont exprimé le 6 mars 2020 sur France Culture, très simplement : « Difficile d’imaginer, si ces écrits sont avérés [ils le sont], que ce chirurgien ait pu agir si longtemps sans jamais avoir été démasqué. ».

    Car il y a eu pourtant des alertes. Le premier lanceur d'alerte est un psychiatre, médecin à l'hôpital de Quimperlé. Le docteur Thierry Bonvalot, président de la commission médicale de l'hôpital, a alerté le directeur de l'hôpital le 14 juin 2006 que le chirurgien en question avait fait l'objet d'une première condamnation en 2005 et qu'à ce titre, il faudrait s'en méfier.
     

     
     


    Le directeur de l'hôpital (aujourd'hui décédé) a adressé un courrier à la DDASS (devenue ARS) où il défendait Joël Le Scouarnec avec des mots élogieux : « Je considère le docteur Le Scouarnec comme un praticien sérieux et compétent. Il est disponible pour travailler dans l'intérêt de l'établissement (…), il est affable et entretient d'excellentes relations tant avec les patients et leur famille qu’avec le personnel. ».

    L'alerte de Thierry Bonvalot n'a donc pas été prise en compte. Le psychiatre a pourtant aussi alerté un anesthésiste de l'hôpital qui se trouvait être en même temps le maire de Quimperlé, mais cette alerte a été démentie par ce dernier : « Avant [2017], je n’en avais pas du tout entendu parler. Si j’avais eu cette information, j’aurais fait part aux infirmiers qui m’entouraient de la gravité qu’il pouvait représenter, je leur aurais demandé de le surveiller. ».
     

     
     


    Établissements hospitaliers, collègues médecins ou autres personnels soignants (dont infirmières), mais aussi familles, celles de victimes mais aussi celles du prédateur... personne n'a vu ou n'a voulu voir tous ces crimes. On retrouve un peu le même scénario que dans l'Affaire Bétharram où beaucoup de choses se savaient mais ne se disaient pas.

    Plus généralement, on peut proposer trois explications qui ont rendu aveugles ou sourds pendant plusieurs décennies une société moins exigeante.


    La première, c'est le classique "pas de vague" dans l'intérêt de l'établissement (hôpital, école) ou de l'institution (l'Église catholique). Si une affaire de pédocriminalité éclate dans un hôpital, cela lui donne une extrêmement mauvaise réputation. De plus, refuser le travail d'un chirurgien peut réduire les capacités d'un hôpital.

    La deuxième explication est l'incrédulité. Ce n'est pas imaginable, tout simplement. C'était le problème des rescapés des camps d'extermination : s'ils en parlaient, on ne voudraient pas les croire, ils exagéreraient. Il a fallu attendre une cinquantaine d'années pour que les témoignages remontent en surface avec une écoute bienveillante. C'est le cas aussi dans beaucoup d'affaires de violences sexuelles, où la honte et la stupéfaction se sont entremêlées.

    Enfin, la troisième explication (l'une n'exclut pas les autres), c'est justement la loi du silence, souvent guidée par une sorte de honte mais aussi de malaise inconscient (car les victimes n'avaient pas toutes pris conscience qu'elles étaient des victimes).


    Certains éléments peuvent s'expliquer, des négligences ou des imprudences. Ainsi, les examens du chirurgien se passaient généralement seul alors qu'en général, il aurait dû être accompagné d'une infirmière. Le témoignage d'une infirmière qui a travaillé quatre ans avec Joël Le Scouarnec, a témoigné : « Pour nous, c’était plus simple, on gagnait du temps. Personne n’a jamais trouvé surprenant qu’il agisse comme cela. ».

    Au même titre que le procès des viols de Mazan, ce procès de Joël Le Scouarnec restera dans l'histoire comme l'une des affaires les plus importantes de pédocriminalité. Ne plus avoir honte et ne plus laisser impunis des crimes odieux.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (28 mai 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    L'Affaire Joël Le Scouarnec.
    L'Affaire Bétharram.
    Agathe Hilairet.
    Pourquoi Aboubakar Cissé a-t-il été assassiné ?
    Le mystère Émile sur le point d'être percé ?
    La profanation du cimetière juif de Carpentras.
    Crash de l'A320 de Germanwings.
    L'accident de Villa Castelli.
    Morts mystérieuses à Santa Fe.
    Repose en paix Louise, on ne t'oubliera pas !
    Gisèle Pélicot, femme de l'année 2024 ?
    5 ans de prison dont 2 ferme pour Pierre Palmade.
    40 ans de confusions dans l'Affaire Grégory.
    Philippine : émotion nationale, récupérations politiques, dysfonctionnements de l'État ?
    Viols de Mazan : quelques réflexions sur Pélicot et compagnie...
    Violence scolaire : quand une enseignante s'y met...
    Création du délit d'homicide routier : seulement cosmétique ?
    La France criminelle ?
    La nuit bleue de Lina.
    La nuit de Célya.
    La nuit d'Émile Soleil.
    Affaire Grégory : la vérité sans la boue ?
    Alexandra Sonac et sa fille adolescente.
    Harcèlement scolaire et refus d'obtempérer.
    Alisha, victime d’un engrenage infernal.
    À propos de la tragique disparition de Karine Esquivillon...
    Meurtre de Lola.
    Nos enseignants sont des héros.
    Patricia Bouchon.
    Sémantique de l'horreur.
    La sécurité des personnes face aux dangers.


     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250528-joel-le-scouarnec.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/l-horrible-joel-le-scouarnec-261245

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/02/24/article-sr-20250528-joel-le-scouarnec.html



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