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télévision

  • Charlotte Lepic a la trentaine

    « Charlotte fait partie de moi. Au début, elle était renfermée, mais avec les années, elle s'épanouit et se montre de plus en plus déterminée. (…) Avec les autres enfants de la série, nous sommes aussi très soudés. Un peu comme une deuxième famille. Depuis huit ans, nous vivons des choses exceptionnelles ensemble. Nous essayons de nous voir régulièrement en dehors des tournages. » (Cannelle Carré-Cassaigne, le 3 février 2016 dans "Paris Match").



     

     
     


    C'est ce vendredi 21 mars 2025 que Charlotte Lepic fête son 30e anniversaire. Oups ! Non, pas Charlotte Lepic, mais l'actrice Cannelle Carré-Cassaigne. C'est l'ennui avec les séries télévisées qui durent longtemps et qui ont du succès : l'acteur se confond avec son personnage. Après, c'est très difficile de s'en défaire, voyez Peter Falk, même si, pour certains comédiens en fin de carrière, c'est une rente confortable (généralement, une série policière, il y en a de nombreuses).

    La série dont il est question, c'est la succulente "Fais pas ci, fais pas ça", sans doute la meilleure série télévisée française contemporaine (je m'avance prudemment en ajoutant "française contemporaine", mais je pourrais presque le supprimer). Chronique sociale sans précédent, cette série qui a été diffusée sur France 2 du 8 septembre 2007 au 19 juin 2017 sur France 2 et avec deux épisodes exceptionnels diffusés le 18 décembre 2020, puis le 18 décembre 2024 sur France 2. Les dernières rediffusions ont eu lieu ces dernières années le vendredi soir sur la chaîne NRJ12 qui vient d'être interrompue le 28 février 2025. À l'occasion de la sortie du dernier épisode, toute la série pouvait être regardée gratuitement sur la plate-forme de France Télévisions du 5 décembre 2024 au 4 janvier 2025. L'épisode de 2018 a été regardé par 6,1 millions de téléspectateurs à sa première diffusion. Des DVD de la série ont été commercialisés.

    Le principe de cette série était à l'origine de faire de la téléréalité, une sorte de reportage documentaire sur deux familles, vivant dans des maisons voisines, avec des méthodes d'éducation diamétralement opposées : l'une, les Lepic, famille nombreuse traditionnelle (quatre enfants, mère femme au foyer, etc.), est dans le mode conservateur, éducation stricte avec des valeurs plutôt de droite ; l'autre, les Bouley, famille recomposée et plus moderne (grande sœur issue d'un autre père que le frère, père homme au foyer, etc.), est au contraire dans le mode permissif voire laxiste avec des valeurs plutôt de gauche, laissant la liberté aux enfants pour qu'ils s'épanouissent et fassent leurs propres expériences. On s'aperçoit assez rapidement qu'il n'y a pas de méthode d'éducation plus efficace que d'autres, et que chaque famille tend vers l'autre mode selon les besoins du moment (le fiston des Bouley militant à droite, devenant macho et cynique, par exemple) et que les deux familles qui ont finalement le même niveau de vie (habitent la même banlieue résidentielle à l'ouest parisien) sont toutes les deux bo-bo, chacune à sa façon.

    L'idée d'origine a aussi rapidement évolué vers une série télévisée classique qui raconte des choses sur le mode fictif (dans les premiers épisodes, les personnages parlent souvent à la caméra comme dans la téléréalité). La série a très bien fonctionné grâce aux idées parfois caricaturales mais toujours très drôles et souvent subtiles des scénaristes (principalement Anne Giafferi, Chloé Marçais, Quoc Dang Tran et Hélène Le Gal). Mais la succès est aussi le résultat de la grand qualité des comédiens qui ont été choisis pour les deux familles et qui se sont particulièrement éclatés, durablement, pendant cette décennie de tournage.

    La famille Lepic : les parents Fabienne (Valérie Bonneton) et Renaud (Guillaume de Tonquédec), et leurs enfants Christophe (Yaniss Lespert), Soline (Thiphaine Haas), Charlotte (Cannelle Carré-Cassaigne), Lucas (Timothée Kempen Hamel) et le petit-fils Kim (Marin et Louis Launay). La famille Bouley : les parents Valérie (Isabelle Gélinas) et Denis (Bruno Salomone), et leurs enfants Thiphaine (Alexandra Gentil), d'un autre père, Eliott (Lilian Dugois) et Salomé (Myrtille Gougat).

    Bien sûr, les acteurs jouant les quatre parents étaient déjà des comédiens confirmés dans d'autres films qui ont beaucoup apporté pour faire fonctionner cette petite "bande", tandis que les enfants étaient pour la plupart dans leur première expérience de fiction.
     

     
     


    J'ai eu une nette préférence, parmi tous ces acteurs, pour Cannelle Carré-Cassaigne et pour Lilian Dugois, probablement parce que les deux ont commencé très jeunes dans la série et qu'on a ainsi pu les voir évoluer, prendre de la maturité et de l'assurance, s'épanouir, car dix ans, c'est beaucoup lorsqu'on a, comme c'était le cas de Cannelle Carré-Cassaigne, 11 ans et qu'on est sixième. Dix ans plus tard, on devient une jeune femme adulte. Et les deux ont été d'excellents interprètes de l'esprit de la série dont le titre est d'ailleurs celui d'une chanson très connue interprétée par Jacques Dutronc (écrite par Jacques Lanzmann et Anne Segalen) avec le même rythme haletant.

    Dans la série, Charlotte Lepic est une petite fille (préadolescente) qui a peu confiance en elle et qui, d'ailleurs, est très pudique au point de refuser de se mettre en maillot de bain devant les autres dans la piscine du jardin (son père se met en maillot de bain féminin en se promenant dans les rues du quartier pour lui montrer qu'il n'y a pas de honte à se montrer ridicule, le problème étant qu'il se fait alors arrêter par la police municipale !). Et au fil des "saisons", on la retrouve un peu plus tard capable paradoxalement de se mettre à poils dans un village de vacances naturistes lors d'un voyage improbable en Guadeloupe gagné par les deux familles (avec inversion des rôles ; la mère de la famille permissive refuse obstinément de se prêter à la nudité tandis que le père de la famille conservatrice, par légitimisme social, se prête gaiement au jeu).


    Entre-temps, on voit Charlotte dépressive à cause d'un chagrin d'amour, et surtout, ce qui a surpris autant l'actrice que son personnage, elle est devenue lesbienne dans la série (sa copine faisant de l'art contemporain, une manière pour les auteurs de beaucoup s'amuser sur cet art contemporain où il y a beaucoup à boire et à manger). Cannelle Carré-Cassaigne l'a expliqué à Joséphine Simon-Michel dans une interview publiée le 3 février 2016 dans "Paris Match" : « Ce fut une grande surprise ! À chaque fois que je reçois un scénario, je m'enferme dans ma chambre, m'allonge sur mon lit et me plonge dans la lecture. En découvrant la préférence sexuelle de Charlotte, j'étais ravie car j'avais enfin autre chose à jouer avec un vrai thème à défendre. ».

    Dans ce scénario, sa mère Fabienne Lepic, devenue adjointe, devait refuser (illégalement) le mariage homosexuel d'habitants qui en font la demande en raison des consignes très strictes du maire qui voudrait se faire réélire quelques mois plus tard par un électorat très conservateur (on était alors en plein débat public sur le mariage pour tous). Mais elle ne savait pas que sa propre fille fait partie des amies des demandeuses. L'homosexualité n'était toutefois qu'une façade narrative pour la comédienne puisqu'elle s'est mariée le 28 juin 2024 à Reims, selon le quotidien "L'Union", à un élégant jeune homme (qui travaille dans le Champagne).

     

     
     


    Quand elle a fait les tests de casting pour cette série, Cannelle Carré-Cassaigne connaissait déjà assez bien l'univers des tournages car son grand frère Théodule avait tourné dans "Les Choristes", le célèbre film de Christophe Barratier (sorti le 17 mars 2004), mais aussi auparavant, dans d'autres films, dès 2000. Dès l'âge de 5 ans, Cannelle a ainsi tourné pour des spots publicitaires (en particulier pour BHV, Petit Gervais et Flanby en 2000, et Kinder surprise en 2003). Elle a aussi joué dans le film "Je déteste les enfants des autres" d'Anne Fassio (sorti le 4 juillet 2007), aux côtés de Valérie Benguigui, Élodie Bouchez, Lionel Abelanski, Axelle Laffont, etc. (qui a repris l'idée de "Fais pas ci, fais pas ça" sur les différentes méthodes éducatives, à moins que la série se soit inspiré de ce film, puisque cela a été réalisé à peu près en même temps).

    Pour les premiers épisodes de "Fais pas ci, fais pas ça", l'actrice, qui était en sixième, a bénéficié de la tolérance de ses enseignants parce qu'elle était une très bonne élève, dans un collège artistique où elle consacrait déjà ses après-midis à jouer du haut-bois. Elle voulait faire médecin ou musicienne, mais a découvert sa vocation de jouer la comédie en tournant dans "Fais pas ci, fais pas ça".

    Hélas, pour le moment, elle n'a pas eu, à ma connaissance, d'autre rôle important que dans cette série qui, évidemment, lui colle encore à la peau puisque sa notoriété lui est venue par cela.





    Cannelle Carré-Cassaigne a visiblement un grand potentiel si on regarde cette petite série qu'elle a tournée pour Internet (vingt-trois épisodes du 11 septembre 2016 au 24 juin 2017) intitulée "Le Département", une série encore plus loufoque que la précédente, où elle n'est plus Charlotte Lepic mais Camille Boulin. Elle est une stagiaire dans un énigmatique Département d'une mystérieuse grande entreprise répondant à des règles sociales bizarres et absurdes comme le montre la vidéo ci-dessus.

     

     
     


    Je lui souhaite de tourner dans quelques beaux films qui fera évoluer sa carrière vers des voies insoupçonnées (comme diététicienne-nutritionniste).


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (15 mars 2025)
    http://www.rakotoarison.eu

    Pour aller plus loin :
    Fais pas ci, fais pas ça (à visionner sur France.tv).
    Cannelle Carré-Cassaigne.
    Gene Hackman.
    Pierre Dac.
    Jean-Louis Debré.
    Pierre Arditi.
    Pierre Palmade.
    Carla Bruni.
    Valeria Bruni Tedeschi.
    Teddy Vrignault.
    Pierre Richard.
    François Truffaut.
    Roger Hanin.
    Daniel Prévost.
    Michel Blanc.
    Brigitte Bardot.
    Marcello Mastroianni.
    Jean Piat.
    Sophia Loren.
    Lauren Bacall.
    Micheline Presle.
    Sarah Bernhardt.
    Jacques Tati.
    Sandrine Bonnaire.
    Shailene Woodley.
    Gérard Jugnot.
    Marlène Jobert.
    Alfred Hitchcock.
    Les jeunes stars ont-elles le droit de vieillir ?
    Charlie Chaplin.


     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250321-cannelle-carre-cassaigne.html

    https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/charlotte-lepic-a-la-trentaine-259056

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/03/20/article-sr-20250321-cannelle-carre-cassaigne.html


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  • Les mystérieuses morts de Gene Hackman et Betsy Arakawa

    « Il n'y a pas de meilleur acteur que Gene. Intense et instinctif. Jamais une fausse note. C'est aussi un cher ami qui me manquera beaucoup. » (Clint Eastwood, le 27 février 2025).



     

     
     


    Les deux acteurs était de la même génération, mais l'un avait dirigé l'autre dans plusieurs films. La découverte du corps sans vie du grand acteur américain Gene Hackman et de son épouse Betsy Arakawa a choqué et a intrigué. Choqué pour la double disparition, et intrigué pour les circonstances qui semblaient redonner vie Gene Hackman dans un thriller (de mauvais scénario, il faut dire).

    Gene Hackman a tourné plus d'une centaine de films, surtout pour le cinéma et pour un quart pour la télévision. Il a reçu de nombreuses récompenses, en particulier deux Oscars (meilleur acteur en 1972 pour "French Connection" de William Friedkin, et meilleur second rôle masculin en 1993 pour "Impitoyable" de Clint Eastwood), quatre Golden Globes, le prix du meilleur acteur à la Berlinale de 1989 (pour "Mississippi Burning" d'Alan Parker), etc. (et trois autres nominations pour les Oscars, en particulier pour "Bonnie et Clyde" d'Arthur Penn, quatre autres pour les Golden Globes, etc.).

    Il était aussi l'acteur principal de "L'Épouvantail" de Jerry Schatzberg, et de "Conversation secrète" de Francis Ford Coppola, deux films qui ont obtenu la Palme d'Or au Festival de Cannes, respectivement en 1973 et 1974. Il a aussi joué dans "La Firme" (1993) de Sydney Pollack, "Les Pleins Pouvoirs" (1997) de Clint Eastwood, "Ennemi d'État" (1998) de Tony Scott, ainsi que le rôle de Lex Lutor dans "Superman" (1978) de Richard Donner et "Superman 2" (1980) de Richard Lester.


    Ils s'étaient marié le 1er décembre 1991, en secondes noces pour Gene Hackman qui venait de fêter son 95e anniversaire le 30 janvier dernier. Son épouse était Betsy Arakawa, citoyenne américaine d'origine japonaise, une pianiste de musique classique (elle a été récompensée pour un morceau de Haydn à Honolulu) et venait d'avoir 65 ans (le 15 décembre dernier).

    Le 26 février 2025, ils ont été retrouvés sans vie chez eux, dans leur résidence de Santa Fe, la capitale du Nouveau-Mexique, qui compte un peu moins de 90 000 habitants. Les deux étaient dans un état de décomposition qui laissait comprendre qu'ils étaient morts depuis plusieurs jours. Betsy était dans la salle de bains avec des pilules éparpillées autour d'elle, Gene était dans l'entrée de la maison. De plus, un de leurs trois chiens a aussi été retrouvé mort couché dans une caisse, près de Betsy. Aucune trace d'effraction n'a été décelée (la porte d'entrée était restée ouverte) ni aucune blessure ou traumatisme sur les corps. Aucun vol n'a semblé avoir été commis. Une rapide analyse a rapidement écarté l'intoxication, volontaire ou involontaire, au monoxyde de carbone, et donc, l'hypothèse d'un double suicide.

    Ce mystère de cette double, voire triple mort a entraîné l'ouverture d'une enquête de police pour établir la cause des décès. Le lieutenant Columbo n'a pas pu être missionné pour cette enquête car lui-même était parti depuis longtemps (il y a plus de treize ans) et de toute façon, il n'aurait pas pu mener l'enquête car il était touché de la même maladie que son collègue Gene Hackman.

     

     
     


    C'est le vendredi 7 mars 2025 que les conclusions de l'enquête ont été publiées, ce qui est assez rapide. La conclusion, c'est que les deux conjoints sont morts chacun d'une mort naturelle. Ce qui pourrait paraître très étrange, car c'était comme la succession de plusieurs événements peu probables simultanément, un peu comme dans l'histoire de la chauve-souris racontée par Jean-Marie Bigard.

    Betsy Arakawa est morte d'une infection respiratoire dont la cause est la contamination d'un orthohantavirus, transmis par un rongeur (souris, etc.), virus qui circule actuellement dans cette partie des États-Unis. La maladie ne se transmet pas d'homme à homme. Les pilules qui était dispersées autour d'elle étaient un médicament pour la thyroïde qui était sans lien avec sa mort. La dernière fois qu'elle a été vue par des caméras de vidéoprotection était le 11 février 2025, date probable de son décès (au-delà de laquelle elle n'a plus répondu à ses emails). « L’hantavirus se présente comme une maladie pseudo-grippale, avec des symptômes tels que fièvre, douleurs musculaires, toux, parfois vomissements et diarrhée, qui peuvent évoluer vers l’essoufflement et l’insuffisance cardiaque ou pulmonaire. La maladie se produit après une exposition d’une à huit semaines aux excréments d’une espèce particulière de souris porteuse de l’hantavirus ». La maladie serait mortelle dans 50% des cas.

    Quant à Gene Hackman, on a pu déterminer la date probable de son décès au 18 février 2025, par l'arrêt tracé de son pacemaker. Il est mort d'une « maladie cardiovasculaire hypertensive et athérosclérotique ». Par ailleurs, il présentait « une forme avancée de la maladie d'Alzheimer », ce qui a été « un facteur contributif significatif » à sa mort, selon Heather Jarrell, la médecin légiste en chef du Nouveau-Mexique. L'acteur n'a probablement pas eu conscience de la mort de son épouse.

    Il n'y a donc plus de mystère, même si on peut se demander comment un couple a pu rester sans vie aussi longtemps. C'est finalement un problème récurrent pour le très grand âge. Les enfants doivent veiller à la fois à laisser vivre en toute autonomie leurs parents quand c'est possible, mais aussi à vérifier qu'il n'y a pas eu de pépin qui les mettrait en danger (une mauvaise chute, etc.). Or, à deux, c'est en principe plus facile d'éviter ce problème puisque les deux ont peu de chances d'avoir en même temps des pépins et donc l'un pourrait prévenir les secours pour l'autre. C'est pourtant ce qui s'est passé pour Gene et Betsy, en sachant que l'un avait la maladie d'Alzheimer, c'est comme s'il n'existait plus pour faire l'alerte le cas échéant.

    Cela signifie aussi que pendant quinze jours, le couple n'a reçu aucune visite ni de la famille ou amis, ni d'un personnel de service (livreur, soignant, aide ménagère, etc.), ni aucun coup de fil. Mais cela n'aurait probablement rien changé si on les avait découverts plus tôt. On ne bouleverse pas toujours les destins, même avec un "Retour sur le futur".


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (08 mars 2025)
    http://www.rakotoarison.eu

    Pour aller plus loin :
    Gene Hackman.
    Pierre Dac.
    Pierre Arditi.
    Pierre Palmade.
    Carla Bruni.
    Valeria Bruni Tedeschi.
    Teddy Vrignault.
    Pierre Richard.
    François Truffaut.
    Roger Hanin.
    Daniel Prévost.
    Michel Blanc.
    Brigitte Bardot.
    Marcello Mastroianni.
    Jean Piat.
    Sophia Loren.
    Lauren Bacall.
    Micheline Presle.
    Sarah Bernhardt.
    Jacques Tati.
    Sandrine Bonnaire.
    Shailene Woodley.
    Gérard Jugnot.
    Marlène Jobert.
    Alfred Hitchcock.
    Les jeunes stars ont-elles le droit de vieillir ?
    Charlie Chaplin.
     

     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250307-gene-hackman.html

    https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/les-mysterieuses-morts-de-gene-259781

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/03/08/article-sr-20250307-gene-hackman.html


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  • L'extinction de C8 : la loi ou la liberté d'expression ?

    « Le Conseil d’État juge que l’Arcom n’a pas commis d’illégalité dans son analyse qui l’a amenée à écarter C8 et NRJ 12, aussi bien dans l’appréciation qu’elle a portée sur chacun des dossiers que dans la comparaison de leurs mérites. » (Communiqué du Conseil d'État, le 19 février 2025).





     

     
     


    Le 24 juillet 2024, l'Arcom a annoncé la fin d'émission de deux chaînes TNT qui devaient être renouvelées, C8 et NRJ 12, prévue pour le vendredi 28 février 2025 à minuit. Si peu de monde, à part son propriétaire, le groupe NRJ, ne semble s'apitoyer sur le sort de NRJ12, en raison de la nature de la chaîne qui ne diffusait que des œuvres (séries, films, documentaires) qui n'avaient aucun caractère d'inédit, le sort de C8 a en revanche provoqué réactions et polémiques, en particulier sur le thème de la liberté d'expression.

    La chaîne C8 a été créée par le groupe Bolloré et Philippe Labro sous le nom de Direct 8 le 31 mars 2005. Elle se voulait une chaîne d'information générale et aussi de diffusion culturelle classique, comme TF1, France 2 et M6. Elle a été rachetée par le groupe Canal+ le 27 septembre 2012 et a changé son nom en D8 le 7 octobre 2012. Et à partir du 8 octobre 2012, l'émission vedette "Touche pas à mon poste !" (TPMP), créée, animée et produite par Cyril Hanouna (le producteur est H2O Productions, société créée en 2010 par Cyril Hanouna et Yannick Bolloré, un des fils de Vincent Bolloré), et qui était diffusée auparavant par une chaîne de la télévision publique, à savoir France 4. Le 5 septembre 2016, le nom de D8 est transformé en C8, selon le souhait du président du conseil de surveillance du groupe Canal+ Vincent Bolloré, afin d'harmoniser les noms (C+, C8, CNews, CStar, etc.). En 2016, le groupe Bolloré avait pris le contrôle du groupe Canal+, filiale de Vivendi, en devant le premier actionnaire de Vivendi.

    Rappelons d'abord ce qu'est l'Arcom, l'Autorité de régulation de la communication audiovisuelle. Elle a été créée le 1er janvier 2022 par la fusion du CSA (Conseil supérieur de l'audiovisuel) et la HADOPI (Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et protection des droits sur Internet). En d'autres termes, elle est le régulateur des émissions à la fois par ondes hertziennes (depuis 1982 avec la Haute Autorité de l'audiovisuel, suivie par la CNCL puis le CSA) et sur Internet (HADOPI).


    La TNT (télévision numérique terrestre) a permis d'augmenter le nombre de chaînes de télévision gratuites. L'attribution des chaînes TNT a donc été faite par le régulateur après un appel d'offre et un choix sur critères précis. Cette attribution était pour une durée donnée. La concession devait donc être renouvelée pour le 1er mars 2025. Les autorisations de diffusion par voie hertzienne de quinze services de télévision arrivaient à échéance en début 2025. L'appel aux candidature a été lancée le 28 février 2024.

    Les représentants de C8 ont été auditionnés par l'Arcom le 9 juillet 2024 à 10 heures 45 pour la poursuive de l'autorisation d'émettre de la chaîne C8 (on peut écouter l'audition en fin d'article). Comme dit en introduction, l'Arcom a annoncé le non-renouvellement de l'autorisation d'émettre de C8 et de NRJ12 le 24 juillet 2024 (au profit de deux autres projets). Le groupe Canal+ a, par réaction, annoncé le 5 décembre 2024 le retrait de la candidature de ses chaînes payantes de l'offre TNT, libérant ainsi quatre autres canaux qui feront peut-être l'objet d'un nouvel appel d'offre cette année : « L’Arcom a pris acte de la décision du groupe Canal+ de ne pas donner suite à la candidature de ses chaînes payantes présélectionnées au terme des auditions publiques de juillet dernier. Elle a considéré que cette décision n’était pas de nature à remettre en cause le nombre de services autorisés à émettre gratuitement sur la TNT dans le cadre de la procédure d’attribution des fréquences, compte tenu de la nécessité de garantir le financement pérenne des services dans le contexte d’un marché publicitaire en érosion et dont les perspectives sont en décroissance. » (12 décembre 2024).

    En effet, le 24 juillet 2024, l'Arcom a rendu public la présélection de quinze chaînes candidates sur les vingt-cinq dossiers de candidatures déclarées recevables (dont une qui s'est désistée), dont les représentants ont été auditionnés entre le 8 et le 17 juillet 2024. J'imagine qu'il s'agit d'une présélection dans l'attente de la rédaction formelle des conventions qui vont lier ces dites chaînes et l'Arcom (conventions en date du 10 décembre 2024). La décision de confirmer les onze candidatures retenues (quinze présélectionnées moins les quatre chaînes payantes du groupe Canal+ qui se sont retirées entre-temps) a été formellement prise lors de sa délibération du 11 décembre 2024 et annoncée le 12 décembre 2024 par un communiqué de presse. Ces autorisations sont valables jusqu'en 2035 (dix ans est juridiquement la durée maximale ; et le tacite renouvellement ne peut se prolonger au-delà de vingt ans sans nouvel appel aux candidatures). Dans son communiqué du 12 décembre 2024, l'Arcom a précisé : « Les candidats non retenus se verront notifier les rejets motivés dans les prochains jours. ». C8 a dû recevoir sa notification officielle le 16 décembre 2024.

    La décision de l'Arcom s'est basée sur la loi n°86-1067 du 30 septembre 1986 relative à la liberté de communication (dite loi Léotard), et en particulier sur les critères mentionnés à ses articles 29, 30 et 30-1, « en appréciant notamment l'intérêt de chaque projet pour le public au regard de l’impératif prioritaire de pluralisme des courants d'expression socio-culturels ».

    Le 6 juin 2025 aura lieu une réaffectation des numéro de canaux pour les télévisions TNT, dans un ordre un peu plus logique, ainsi le canal 4 sera affecté à France 4 au lieu de 14, le canal 8 aux chaînes parlementaires (LCP et Public Sénat) au lieu de 13, Gulli le canal 12, et les quatre chaînes d'information continue (BFMTV, CNews, LCI et franceinfo) seront "voisines de canal", du 13 au 16, ce que demandaient depuis longtemps LCI et franceinfo actuellement dans des canaux "lointains", 26 et 27, au nom d'une concurrence non-déloyale.


    Parmi les recours de C8 (je n'évoque pas NRJ 12) contre la décision de l'Arcom, le plus important (sur le fond) a été rejeté par le Conseil d'État très récemment, le 19 février 2025, ce qui a permis d'en apprendre un peu plus sur les raisons qui ont conduit au choix de l'Arcom. Il faut rappeler que les motivations de la décision de l'Arcom ont été notifiées aux chaînes concernées (en l'occurrence C8) mais n'avaient pas été rendues publiques.
     

     
     


    Avant de reprendre l'arrêt du Conseil d'État, je propose les premiers commentaires suivants.

    D'une part, il est toujours triste qu'une chaîne de télévision cesse d'émettre. Aussi nulle soit-elle, cela reste triste. On peut se rappeler l'arrêt d'émission de la chaîne musicale TV6 (le 28 février 1987 après seulement un an d'existence) et la fin de La Cinq, chaîne particulièrement nulle, mais qui pouvait quand même avoir sa place (fin d'émission le 12 avril 1992 à la suite de sa faillite après six ans d'existence). Si on devait arrêter tout ce qui était nul, on n'aurait plus beaucoup d'offre de culture et de divertissement ! En sachant d'ailleurs surtout que le "nul" a une définition sans doute aussi multiple que le nombre de téléspectateurs. Il en est de même lorsqu'un journal meurt, une radio meurt, un site Internet meurt, etc.

    Cela dit, la vie est faite de mort. Phrase pompeusement philosophique mais réaliste : comme les êtres, comme les entreprises, comme les emplois, tout meurt. Ce qui est important, c'est de savoir si l'environnement permet également des naissances, de la nouveauté, de l'innovation. De nouveaux emplois, de nouvelles entreprises, de nouvelles chaînes. Ce sera le défi des deux projets de nouvelles chaînes choisis par l'Arcom sur lesquelles je ne m'appesantirai pas ici (Ouest-France et CEMI France).

    En particulier, je conçois que ce soit une catastrophe sociale de ne plus pouvoir émettre : 250 personnes auraient été licenciées depuis l'annonce du non-renouvellement de l'autorisation d'émettre de C8. Il faut ajouter que l'émission phare TPMP faisait vivre environ 450 personnes. Au-delà de cette émission phare, il faut aussi citer d'autres émissions, en particulier une émission sur l'adoption des animaux en association avec la SPA, qui seront donc impactées par l'extinction de C8.

    D'autre part, on m'a toujours appris que la liberté ne se concevait qu'avec la responsabilité. Tout parent l'apprend pour l'éducation de ses enfants : la liberté totale et sans responsabilité est généralement la cause de graves insécurités.

    Pourquoi je parle de liberté ? Parce que bien sûr, les promoteurs de C8 ne cessent d'évoquer une "censure" et un coup contre la "liberté d'expression". Le fait que de nombreuses personnes puissent de nombreuses fois sur de nombreux supports (écrits, radiodiffusés, télévisés, sur Internet) le dire met un bémol sur l'atteinte réelle à la liberté de leur expression, en tout cas !

    La régulation, c'est toujours la protection des plus faibles. Sans régulation, c'est la loi du plus fort qui dominerait, la loi de la jungle. Mais dans notre cas ici, c'est assez simple : il y avait, dans l'appel aux candidatures, une quinzaine de places renouvelables pour la TNT, et il y a plus de candidats. Donc, il faut que l'État puisse choisir, ou, du moins, un acteur public, c'est-à-dire une autorité indépendante qui ne soit pas politisée, pas politique, afin d'éviter justement ce risque de censure et d'atteinte à la liberté d'expression. Car, et j'insiste, l'Arcom n'est pas le gouvernement (qui a bien autre chose à penser en ce moment, surtout depuis juillet 2024 !).

    On pourra toujours débattre sur le mode de désignation des membres de l'Arcom. Ce que je constate, c'est que la présentatrice de l'une des émissions phares de CNews, issue du groupe Bolloré comme C8, depuis 2019, le soir en semaine (avec, au début, pour chroniqueur vedette Éric Zemmour), c'est la journaliste Christine Kelly qui a été membre du CSA de 2009 à 2015 (benjamine de l'instance de régulation et première membre issue des Outre-mer). Ce qui n'empêcha pas non plus l'Arcom de sanctionner le 17 janvier 2024 la chaîne CNews pour cette même émission pour son numéro du 26 septembre 2022 en raison d'un manquement à l'obligation d'honnêteté et de rigueur dans la présentation et le traitement de l'information.

    Le choix rendu à la suite de l'appel d'offre pour les autorisations d'émettre sur la TNT relève donc d'une analyse objective des réponses à la suite d'un cahier des charges précis, en particulier, d'obligations auxquelles s'engagent les chaînes retenues.

     

     
     


    Venons-en donc aux motivations affichées. On les retrouve dans la décision n°499823 du Conseil d'État rendu le 19 février 2025, réponse au recours sur le fond fait par C8.

    Le Conseil d'État a d'abord rappelé la procédure : « La loi de 1986 relative à la liberté de communication prévoit que les fréquences TNT, qui sont un bien public et en nombre limité, sont attribuées après une étude d’impact et une consultation publique, suivies d’un appel à candidatures. La loi prévoit que lorsqu’une fréquence de TNT est attribuée à l’issue de cette procédure, elle ne peut être reconduite au-delà d’une durée de 20 ans sans nouvel appel à candidatures, afin d’assurer la concurrence et le pluralisme. ».

    Il a ensuite exclu toute illégalité dans la décision de l'Arcom du 11 décembre 2024 : « Le Conseil d’État estime que l’Arcom n’a pas commis d’illégalité dans l’appréciation qu’elle a faite des différents projets retenus par rapport à ceux qu’elle a écartés et dans l’application des critères posés par les articles 29 et 30-1 de la loi du 30 septembre 1986. Elle s’est prononcée, ainsi que la loi l’impose, sur l’ensemble des candidatures dont elle était saisie dans le but d’assurer sur la TNT une diversité de programmes et de contenus. ».

    Et voici les motivations d'exclusion de C8 par l'Arcom tel que le Conseil d'État l'a analysé : « S’agissant de C8, qui bénéficie d’une part d’audience élevée sur la TNT, hors les chaînes historiques de la télévision hertzienne, et dont l’Arcom a relevé qu’elle propose un volume important de programmes inédits et en direct, mais que ces programmes sont peu diversifiés au regard d’offres plus variées et renouvelées de ses concurrents, le Conseil d’État estime que le régulateur était juridiquement fondé à prendre en compte les manquements réitérés commis par la chaîne au cours des dernières années à ses obligations légales et conventionnelles, notamment en matière de respect des droits de la personne, de protection des mineurs et de maîtrise de l’antenne. Ces manquements sont de nature à jeter un doute sur sa capacité à tenir ses engagements. Enfin, la chaîne n’ayant, depuis sa création il y a vingt ans, jamais atteint l’équilibre financier, le plan de croissance figurant dans son dossier de candidature contraste avec ses résultats et les perspectives d’évolution du marché publicitaire. ».

    On peut donc retenir trois motivations principales pour ne pas renouveler C8.

    La première, c'est le manque d'originalité et de diversité dans la programmation des fictions (évaluée à 1 700 heures par an), essentiellement de la rediffusion de séries précédemment diffusées par d'autres chaînes.

    La deuxième, ce sont les nombreux manquements à la convention qui liait C8 à l'autorité de régulation, pratiquement tous provenant de l'émission TPMP, ce qui a conduit la chaîne à être sanctionné par une amende cumulée de 7,6 millions d'euros sur les huit dernières années, un record en terme de dérapages à la télévision (au moins neuf sanctions de l'Autorité de régulation, CSA puis Arcom). L'organisation de la chaîne n'a jamais évolué pour que cessent les comportements fautifs malgré les rappels à l'ordre de l'Arcom adressés à la chaîne concernant, entre autres, ses obligations sur le pluralisme de l’information, la maîtrise de l’antenne, la publicité, et la diffusion. L'Arcom avait proposé à C8 d'abandonner la diffusion en direct de TPMP afin d'éviter les dérapages les plus grossiers, mais, malgré son annonce, cela n'a pas été fait.

    La troisième motivation, enfin, c'est l'absence d'équilibre financier. En vingt ans, la chaîne n'a jamais enregistré de bénéfices et ses pertes cumulées depuis 2005 s'élèveraient à 736 millions d'euros. La Cinq avait été arrêtée justement par ses pertes financières. C8, c'est un peu différent, car elle fait partie d'un groupe géant qui lui assurait un financement même en l'absence de rentabilité (ce qui en dirait long sur l'objectif du groupe Bolloré avec cette chaîne déficitaire si on cherchait à comprendre).

    Je reprends plus explicitement quelques considérations de la décision du Conseil d'État.

    La n°39 : « Il ressort des pièces des dossiers que la société C8 a fait l'objet de nombreuses sanctions financières, mises en demeure et mises en garde de la part de l'Arcom pour des manquements, au cours des dernières années, à ses obligations légales et conventionnelles, notamment en matière de respect des droits de la personne, de protection des mineurs et de maîtrise de l'antenne. En outre, si la société requérante se prévaut, dans son dossier de candidature, d'un nouveau dispositif de maîtrise de l'antenne, mis en place en octobre 2023, il ressort des pièces des dossiers, ainsi que l'a relevé l'Arcom, que ces procédures n'ont pas empêché le constat, par l'Autorité, de nouveaux manquements postérieurement à leur mise en œuvre. Enfin, si les représentants de la chaîne ont annoncé, lors de leur audition, la mise en place d'un différé dans la diffusion d'une partie de ses programmes pour renforcer son dispositif de maîtrise de l'antenne dès septembre 2024, il ressort des pièces du dossier que cette mesure, qui n'a, au demeurant, pas été mise en œuvre, présente un caractère trop imprécis pour être regardée comme de nature à remédier aux carences relevées. Contrairement à ce que soutient la société C8, l'Arcom a pu légalement tenir compte de ces considérations pour apprécier, au regard des critères prévus aux articles 29 et 30-1 de la loi du 30 septembre 1986, l'intérêt du projet de C8, notamment s'agissant de la capacité de la chaîne à respecter ses obligations légales si son autorisation venait à être renouvelée. ».

    Cette 39e considération de la décision du Conseil d'État explique certainement la principale motivation de l'Arcom à ne pas renouveler C8, et cela n'a rien à voir avec une censure ou une atteinte à la liberté d'expression, mais au fait répétitif et systématique que la chaîne C8 refuse de respecter son cahier des charges et les recommandations de l'autorité de régulation.

    La n°40 : « Il ressort des pièces des dossiers que la société C8 a, depuis sa création, enregistré un déficit chronique et significatif et que les prévisions du plan d'affaires figurant au dossier de candidature contrastent avec les perspectives d'évolution du marché publicitaire. ».

    Enfin, la n°41 qui analyse la comparaison entre les chaînes retenues et les deux rejetées : « Au vu de l'ensemble des caractéristiques des projets qui lui ont été présentés et compte tenu des différents impératifs et critères énoncés par la loi, l'Arcom a pu légalement estimer que les candidatures de C8 et NRJ 12 étaient moins à même que les onze projets qu'elle a retenus, notamment ceux des chaînes CMI TV, OFTV, TFX, TMC et W9, seuls contestés par les sociétés requérantes, de contribuer au pluralisme des courants d'expression socio-culturels et de répondre à l'intérêt du public. Il ne ressort pas, en outre, des pièces des dossiers que l'Arcom, qui n'était pas tenue de motiver son refus au regard de l'ensemble des critères rappelés aux points 28 et 29 ni de consulter préalablement l'Autorité de la concurrence, aurait inexactement apprécié les conséquences que le non-renouvellement des autorisations de NRJ 12 et de C8 serait susceptible d'entraîner sur l'équilibre concurrentiel de la TNT gratuite ni qu'elle aurait insuffisamment tenu compte de l'expérience des deux sociétés, de l'amortissement du coût des investissements réalisés par elles ou de leurs engagements en matière de production et de diffusion d'œuvres françaises et européennes. ».

    Toutefois, C8 garde encore une toute petite chance de survivre sur la TNT. La considération n°27 explique ceci : « Il incombe toutefois à l'Autorité de mener sans délai une nouvelle consultation publique et une nouvelle étude d'impact dans les conditions prévues à l'article 31 afin de décider si la situation économique du secteur est favorable au lancement d'un appel à candidatures pour les quatre autorisations n'ayant pas été attribuées ou s'il convient, au contraire, de le différer de deux ans, renouvelables une fois, à compter de l'échéance des autorisations actuelles concernées. ».

    En effet, en raison de la libération des quatre canaux TNT des chaînes payantes du groupe Canal+, si une étude d'impact concluait qu'il pourrait y avoir encore de la place sur le marché publicitaire pour d'autres chaînes gratuites, C8 pourrait de nouveau se porter candidate et peut-être être choisie pour l'un de ces canaux. C'est en tout cas ce que souhaitaient les dirigeants de cette chaîne dans le huitième point de leur requête n°500009 du 24 décembre 2024 au Conseil d'État : « C8 demande au Conseil d'État d'enjoindre à l'Arcom de réexaminer la candidature de C8 et de l'admettre à négocier une convention ou, subsidiairement, de relancer un appel à candidatures pour l'attribution des fréquences correspondant aux autorisations annulées. ».

    Voilà, j'ai donné le maximum d'indications factuelles sur le rejet du renouvellement de l'autorisation d'émettre de la chaîne C8 par l'Arcom. Considérer que c'est une question de liberté d'expression, c'est refuser de comprendre le droit. Les règles sont les mêmes pour tous, et le renouvellement d'un canal TNT à C8 aurait certainement provoqué également des recours par les candidats qui n'auraient pas été choisis. Parler de censure, c'est oublier que l'Arcom a renouvelé l'autorisation d'émettre de la chaîne CNews pourtant issue du même groupe que C8. Où est donc la censure ? Lorsque un acteur est sanctionné autant de fois, parfois en pénal, faut-il encore lui faire confiance ? Je pose la question et ceux qui y répondent simplement parce qu'ils soutiennent la liberté d'expression oublient qu'en France, fort heureusement, nous sommes dans un État de droit et que c'est le droit qui doit réglementer l'organisation de notre société. La liberté ne peut s'entendre que si un cadre protège également le éventuelles victimes de cette liberté, cela a toujours été la doctrine de la République française depuis le début de la Troisième République. Quant à C8, au pire, personne ne l'empêche de continuer à émettre sous d'autres formes, d'autres supports, notamment sur Internet. Cela ne l'exonérera pas de respecter les lois et la réglementation de la République, notamment sur l'insulte, la diffamation et la dignité humaine.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (26 février 2025)
    http://www.rakotoarison.eu

    Pour aller plus loin :
    L'extinction de C8 : la loi ou la liberté d'expression ?
    Philippe Labro.
    Touche pas à Hanouna ?.
    Notre-Dame de Paris, capitale du monde !
    Teddy Vrignault.
    Jean-Pierre Elkabbach.
    Jeux paralympiques de Paris 2024 : sport, spectacle et handicap.
    Le génie olympique français !
    Festivité !
    Ouverture des Jeux olympiques : Paris tenu !
    Fête de l'Europe, joies et fiertés françaises.
    Eurovision 2024.
    Eurovision 1974.
    Bernard Pivot.
    Christine Ockrent.
    Vive la crise !
    Frédéric Mitterrand.
    Roger Pierre.
    Jean-Marc Thibault.

    Stéphane Collaro.
    Philippe Bouvard.
    Laurent Ruquier.
    Silvio Berlusconi.
    Les Randonneuses (série télévisée).
    L'Affaire d'Outreau (documentaire télévisé).
    Lycée Toulouse-Lautrec (série télévisée).
    À votre écoute, coûte que coûte !

    C'est pas sérieux.
    Transgenres adolescentes en Suède : la génération sacrifiée.
    Ci-gît la redevance à la papa.
    La BBC fête son centenaire.
    Franck Riester : France Médias ne sera absolument pas l’ORTF.
    Publiphobie hésitante chez les députés (17 décembre 2008).
    Pub à la télé : la révolution silencieuse (2 septembre 2008).
    L’inexactitude de Nicolas Sarkozy sur l’audiovisuel public.
    Les Shadoks.
    Casimir et l'île aux enfants.
    Ne nous enlevez pas les Miss France !
    Combien valez-vous ?
    Loft Story.
    Abus d'autorité (1).
    Abus d'autorité (2).
    Maître Capello.
    Joséphine ange gardien.

     

     

     

     

     


    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250226-c8.html

    https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/l-extinction-de-c8-la-loi-ou-la-259510

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/02/26/article-sr-20250226-c8.html




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  • Pierre Bachelet, grand poète devant l'Éternel

    « Chacun va son chemin
    Jusqu'à l'endroit du destin
    Où se retrouvent les mains
    Qui se quittaient déjà »
    (
    "Flo", 1989).



     


    Souvenir souvenir. L'auteur compositeur interprète français Pierre Bachelet est mort il y a vingt ans, le 15 février 2005 à son domicile de Suresnes. Émotion très forte à l'époque d'autant plus que le chanteur n'était pas encore très âgé, il avait seulement 60 ans (né le 25 mai 1944). L'une des nombreuses victimes d'une maladie qu'on a assimilé à un crabe sournois et sans pitié qui continue hélas à faire des ravages encore aujourd'hui.

    On parle souvent de lui en citant prioritairement sa (certes belle) chanson "Les Corons" qui a donné beaucoup de reconnaissance aux travailleurs du Nord dont il était originaire. Mais Pierre Bachelet n'était pas seulement cette chanson. Il était d'abord un poète, d'une grande tendresse et d'une voix très posée. Même s'ils ne se ressemblent pas (ni physiquement ni pour l'œuvre), il y a quelques similitudes entre Pierre Bachelet et Jacques Brel, digne représentant de la chanson française (du moins francophone). Des éclairs dans le siècle, mais touchant les cœurs très fort.

    À l'origine, Pierre Bachelet s'était destiné à confectionner des documentaires et aussi des illustrations sonores pour des publicités. Par son introduction dans le milieu de la télévision et du cinéma, il a composé quelques musiques de film dont l'une des premières pour le (célèbre) film "Emmanuelle" de Just Jaeckin (sorti le 26 juin 1974) fut un énorme succès commercial (Pierre Bachelet a vendu plus de 5 millions de disques pour cette musique, qui était aussi sa première chanson). En tout, il a composé plus d'une quarantaine de bandes originales de films ou téléfilms, en particulier "Histoire d'O", "Coup de tête", "Les Bronzés font du ski", "Les Enfants du marais", etc.


    Après un premier album en 1975 sans retentissement, il a sorti un deuxième album qui a eu un grand succès avec sa très belle chanson "Elle est d'ailleurs" avec des paroles très fortes : « Elle a de ces lumières au fond des yeux/ Qui rendent aveugle ou amoureux » ; « Elle a de ces manières de ne rien dire/ Qui parlent au bout des souvenirs » ; « Et moi je suis tombé en esclavage/ De ce sourire, de ce visage/ Et je lui dis emmène-moi/ Et moi je suis prêt à tous les sillages/ Vers d'autres lieux, d'autres rivages/ Mais elle passe et ne répond pas ». La collaboration avec le parolier Jean-Pierre Lang donnait un cocktail éclatant. La carrière de Pierre Bachelet était lancée.

    Dès lors, Pierre Bachelet est devenu un chanteur à succès, et son troisième album, deux ans plus tard, l'a très largement confirmé, avec sa fameuse chanson "Les Corons" : « Ils parlaient de 36 et des coups de grisou/ Des accidents du fond du trou/ Ils aimaient leur métier comme on aime un pays » ; « Au Nord, c'étaient les corons/ La terre, c'était le charbon/ Le ciel, c'était l'horizon/ Les hommes, des mineurs de fond ».

    Il a sorti beaucoup d'albums dans les années 1980, avec en particulier un très grand succès, pour moi la chanson la plus émouvante de ses créations, "En l'an 2001" : « Moi j'aurai les cheveux blancs, je serai vieux demain/ Quand t'auras tes vingt ans en l'an 2001/ Petit bonhomme/ Tu viens d'éclore comme un ange humain/ Tout petit bout d'homme/ Qui tend la main pour faire ses premiers pas ».
     


    Un très grand succès aussi pour "Vingt ans" retraçant mai 68 : « En ce temps-là j'avais vingt ans/ J'avais vingt ans pour très longtemps/ L'amour chantait sa carmagnole/ En descendant Rue des Écoles/ Affiche d'une main, de l'autre le pot d'colle ».

    Et puis, il y a eu aussi son amour de la mer, et un album chanté en duo avec la navigatrice Florence Arthaud, notamment "Flo" : « Chacun est fait comme il est/ Chacun prend feu comme il peut/ Mais sous le ciel immense/ Tous les rochers du silence/ Tous les oiseaux en partance/ Se retrouvent parfois ». Une des chansons était un hommage à Éric Tabarly.

    D'autres chansons moins connues sont aussi très belles. Citons-en deux autres.


    "Vivre" : « Se dépêcher de vivre avant le point final/ Et brûler tous ses livres comme du linge sale/ S'entourer chaque nuit de cris et de rencontres/ Pour arrêter le bruit du tic tac de la montre » ; « Enfin savoir attendre/ Et vivre chaque jour/ Comme un état de grâce/ Et nous aimer toujours/ Malgré le temps qui passe ».

    "Partis avant d'avoir tout dit" : « Partis avant d'avoir aimé/ Avant même d'avoir fini/ De commencer » ; « Dans sa chambre où tout l'attend/ Il a laissé là ses cours d'étudiant/ Une photo quelque part, dernières vacances/ Qui vous dit dans le silence ».

    Je n'ai pas daté les chansons citées plus haut car cette indication est donnée ci-dessous, avec les vidéos sur Internet qui permettent de réécouter miraculeusement ce poète des temps déjà anciens, ceux principalement des années 1980, mais toujours très vivant dans les mémoires.



    1. "Emmanuelle" (1974)






    2. "Elle est d'ailleurs" (1980)






    3. "Les Corons" (1982)






    4. "Vivre" (1985)






    5. "Marionnettiste" (1985)






    6. "En l'an 2001" (1985)









    7. "La chanson du bon Dieu" (1985)






    8. "Vingt ans" (1987)






    9. "Partis avant d'avoir tout dit" (1987)






    10. "C'est pour elle" (1987)






    11. "Quelque part... c'est toujours ailleurs" (1989)






    12. "Flo" (1989)






    13. "Pleure pas Boulou" (1989)






    14. "Yé yé les tambours" (1989)






    15. "La ville ainsi soit-il" (1995)






    16. Journal du 15 février 2005 sur TF1






    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (15 février 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Pierre Bachelet.
    Gérard Lenorman.
    Pierre Dac.
    Marianne Faithfull.
    Marcel Zanini.
    Patricia Kaas.
    Kim Wilde.


     



    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250215-pierre-bachelet.html

    https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/pierre-bachelet-grand-poete-devant-258860

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/02/14/article-sr-20250215-pierre-bachelet.html



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  • Malheur aux Barbus !

    « En France, il y avait deux personnages célèbres, le Maréchal Pétain et moi. La Nation ayant choisi le premier, je n’ai plus rien à faire ici. » (novembre 1941).




     

     
     


    Celui qui a prononcé ces mots est un authentique résistant pendant la Seconde Guerre mondiale. Mais ce n'est pas De Gaulle. Il était près de trois ans plus jeune. Il s'agit de Pierre Dac, déjà célèbre humoriste, qui, ayant écouté l'appel du 18 juin 1940, a mis trois ans pour rejoindre le cœur de la Résistance à Londres, parce qu'il a été arrêté et incarcéré plusieurs fois dans son trajet.

    Pierre Dac était d'une génération sacrifiée : né le 15 août 1893 (à Châlons-sur-Marne parce que ses parents avaient fui l'Alsace en 1871, la ville est devenue "Chalom-sur Marne" !), il avait 21 ans au début de la Première Guerre mondiale où il a vaillamment combattu (il a même perdu son grand frère Marcel). En juin 1940, il avait déjà 46 ans, mais cela n'a pas gêné pour repartir au combat dans la Résistance. Un combat comique sur les ondes.

    Pierre Dac est mort il y a cinquante ans, le 9 février 1975, d'un cancer du poumon (il était un gros fumeur). La Poste a profité de l'occasion pour célébrer le personnage en éditant un timbre qui lui est consacré (voir plus loin). Le Musée d'art et d'histoire du Judaïsme (MAHJ) lui avait également consacré une exposition il y a deux ans, du 20 avril au 27 août 2023 (71 rue du Temple à Paris), en proposant 250 documents d'archives rassemblés par Anne-Hélène Hoog et Jacques Pessis (son légataire universel) pour comprendre la vie et l'œuvre de Pierre Dac.

    Pierre Dac (c'était un pseudonyme voulant dire chansonnier d'actualités ; il est né André Isaac) est devenu humoriste à la fin des années 1920 et début des années 1930, dans des cabarets puis dans des théâtres. À partir de 1935, il faisait déjà des étincelles à la radio avec une forte audience. Et le 13 mai 1938, il a fondé son célèbre journal, "L'Os à Moelle, organe officiel des loufoques" très réputé pour ses petites annonces loufoques (rédigées généralement par son compère Francis Blanche), journal où sévissaient notamment les dessinateurs de presse Jean Effel et Moisan, puis, en 1965, des petits génies de l'humour comme Jean Yanne et René Goscinny. Dans ses années fastes, le périodique tirait jusqu'à 400 000 exemplaires !

    Ce n'était donc pas une surprise qu'une fois arrivé (enfin) à Londres, le 12 octobre 1943, Pierre Dac ait été affecté à Radio Londres pour la célèbre émission de la BBC "Les Français parlent aux Français" (à laquelle participaient aussi Pierre Lazareff, Maurice Schumann et De Gaulle). En fait, un ami l'avait encouragé dès décembre 1940 à proposer ses services à l'émission, et l'humoriste n'a pas attendu la réponse de la BBC pour s'y rendre.


     

     
     


    Sa première émission a été diffusée en direct le 30 octobre 1943. Il a tenu quatre-vingts émissions jusqu'au 14 août 1944. Entre-temps, il a rencontré pour la première fois De Gaulle venu faire un discours à la BBC le 6 juin 1944, jour du Débarquement de Normandie, et De Gaulle l'a chaleureusement remercié par écrit un peu plus tard, le 1er septembre 1944, pour son action de soutien à la Résistance.

    Parmi ses émissions, l'une a été rendue célèbre parce qu'elle répondait à une émission du sous-ministre de Vichy Philippe Henriot le 10 mai 1944 à Radio Paris, qui s'en était pris au "Juif" Pierre Dac, qui avait fui la France sans se soucier du sort des Français selon lui. Le 11 mai 1944, la réponse de Pierre Dac, sous le titre de "Bagatelle un tombeau" (reprenant le titre bien connu d'un pamphlet de Céline), a été cinglante : « Nous savons que vous êtes surchargé de travail et que vous ne pouvez pas vous occuper de tout. Mais, tout de même, je suis persuadé que les Français seraient intéressés au plus haut point, si, à vos moments perdus, vous preniez la peine de traiter les problèmes suivants dont nous vous donnons la nomenclature, histoire de faciliter votre tâche et de vous rafraîchir la mémoire : le problème de la déportation ; le problème des prisonniers ; le traitement des prisonniers et des déportés ; le statut actuel de l’Alsace-Lorraine et l’incorporation des Alsaciens-Lorrains dans l’armée allemande ; les réquisitions allemandes et la participation des autorités d’occupation dans l’organisation du marché noir ; le fonctionnement de la Gestapo en territoire français et en particulier les méthodes d’interrogatoire ; les déclarations du Führer dans "Mein Kampf" concernant l’anéantissement de la France. ».

    Le patriotisme, c'est une histoire de tripes : « Eh bien ! Monsieur Henriot, sans vouloir engager de vaine polémique, je vais vous le dire ce que cela signifie, pour moi, la France. Laissez-moi vous rappeler, en passant, que mes parents, mes grands-parents, mes arrière-grands-parents et d’autres avant eux sont originaires du pays d’Alsace, dont vous avez peut-être, par hasard, entendu parler ; et en particulier de la charmante petite ville de Niederbronn, près de Saverne, dans le Bas-Rhin. C’est un beau pays, l’Alsace, monsieur Henriot, où depuis toujours on sait ce que cela signifie, la France, et aussi ce que cela signifie, l’Allemagne. Des campagnes napoléoniennes en passant par celles de Crimée, d’Algérie, de 1870-1871, de 14-18 jusqu’à ce jour, on a dans ma famille, Monsieur Henriot, lourdement payé l’impôt de la souffrance, des larmes et du sang. Voilà, monsieur Henriot, ce que cela signifie pour moi, la France. Alors, vous, pourquoi ne pas nous dire ce que cela signifie, pour vous, l’Allemagne ? ». Pierre Dac avait ainsi répondu par avance à la question qu'a posée François Bayrou le 7 février 2025 sur RMC : que veut dire être Français ?

    Le saltimbanque radiophonique n'a pas omis de parler de son frère : « Un dernier détail : puisque vous avez si complaisamment cité les prénoms de mon père et de ma mère, laissez-moi vous signaler que vous en avez oublié un celui de mon frère. Je vais vous dire où vous pourrez le trouver ; si, d’aventure, vos pas vous conduisent du côté du cimetière Montparnasse, entrez par la porte de la rue Froidevaux ; tournez à gauche dans l’allée et, à la 6e rangée, arrêtez-vous devant la 8e ou la 10e tombe. C’est là que reposent les restes de ce qui fut un beau, brave et joyeux garçon, fauché par les obus allemands, le 8 octobre 1915, aux attaques de Champagne. C’était mon frère. Sur la simple pierre, sous ses nom, prénoms et le numéro de son régiment, on lit cette simple inscription : "Mort pour la France, à l’âge de 28 ans". Voilà, monsieur Henriot, ce que cela signifie pour moi, la France. Sur votre tombe, si toutefois vous en avez une, il y aura aussi une inscription: elle sera ainsi libellée : Philippe Henriot. Mort pour Hitler. Fusillé par les Français… ». Paroles prémonitoires puisque Philippe Henriot, criminel et collaborateur, a été exécuté (fusillé) par la Résistance quelques semaines plus tard, le 28 juin 1944.






    Avec son faux air de Hitchcock voire de Picasso, Pierre Dac était un joueur avec les mots et les idées, avec les concepts et les paradigmes. Il avait l'esprit d'escalier et la parole loufoque. Et en plus, il a montré le chemin aux humoristes d'aujourd'hui, les vrais peu nombreux car la plupart d'aujourd'hui sont des ricaneurs. Au-delà de ses drôleries, il exprimait une véritable pensée, une éthique personnelle et philosophique réelle, qui l'avait amené à fustiger les Accords de Munich et à s'opposer dès 1933 à Hitler et à son funeste dessein.

     

     
     


    Inventeur du schmilblick (« qui ne sert absolument à rien et peu donc servir à tout »), repris avec succès par Coluche, Pierre Dac a laissé à la postérité de nombreuses phrases et expressions comiques, et sa définition du sionisme, en ces temps très troublés, était intéressante : « Peuple échangerait beaucoup d'histoire contre un peu de géographie. ». Peut-être pourrait-on interchanger avec les habitants de Gaza ? Et sa version protestante : « Quand le Calvin est tiré, il faut le croire. ». Il a fait les premiers sketchs à la radio et surtout à la télévision (après la guerre) et expliquait sa recette : « Ma forme d’humour est de faire de la démonstration par l’absurde. Faire les choses graves, très sérieusement, sans pour autant se prendre au sérieux. ».

    Son sketch du Sâr Ranbindranath Duval, qu'il a joué à partir de janvier 1957 avec son ami Francis Blanche, est encore connu près de soixante-dix années plus tard, tellement il était hilarant avec ses jeux de mots et ses quiproquos. La version filmée (première vidéo) provient d'un enregistrement de 1960 à Lyon après un repas bien arrosé qui a obligé les deux humoristes à improviser faute d'avoir mémorisé le texte d'origine. L'autre version (seconde vidéo) est un enregistrement seulement sonore mais plus complet.









    Pierre Dac a été aussi le premier humoriste à vouloir être candidat à l'élection présidentielle, le 11 février 1965 (il s'est présenté sous l'étiquette du grand MOU, mouvement ondulatoire unifié). Une fois élu, il comptait nommer Jacques Martin Premier Ministre, et ses amis Jean Yanne et René Goscinny au gouvernement. Après d'amicales pressions gaullistes en septembre 1965, il a rapidement quitté le champ du politique malgré sa popularité croissante pour ne pas faire d'ombre au Général, avec un prétexte bidon : « Je viens de constater que Jean-Louis Tixier-Vignancour briguait lui aussi, mais au nom de l'extrême droite, la magistrature suprême. Il y a donc désormais, dans cette bataille, plus loufoque que moi. Je n'ai aucune chance et je préfère renoncer. ».

     

     
     


    Au fait, pourquoi le titre ? Il ne s'agit pas de faire la chasse aux islamistes ! "Malheur aux barbus" est le nom d'une série radiophonique de deux cent treize épisodes diffusés chaque jour du 15 octobre 1951 au 19 juin 1952 (l'histoire : les barbus de la Terre sont tous mystérieusement enlevés par un psychopathe). Pendant un quart de siècle, Pierre Dac a produit de très nombreux épisodes de feuilletons radiophoniques dont la série la plus connue est "Signé Furax".

    Voici pour terminer quelques échantillons de ses pensées et aphorismes...

    1. Humour hors de prix : « Quand on dit d’un artiste comique de grand talent qu’il n’a pas de prix, ce n’est pas une raison pour ne pas le payer sous le fallacieux prétexte qu’il est impayable. ».

    2. Humour noir : « L’âme des Justes qui ont péri dans les fours crématoires est immortelle. La preuve, dans le ciel, j’ai vu briller des étoiles jaunes. ».

    3. Optimisme : « Si la matière grise était plus rose, le monde aurait moins les idées noires. ».

    4. Creux : « La télévision est faite pour ceux qui, n'ayant rien à dire, tiennent absolument à le faire savoir. ».

    5. Amour exigeant : « Ce n'est pas parce que l'homme a soif d'amour qu'il doit se jeter sur la première gourde venue. ».

    6. Courtoise séparation : « Vends papier glacé pour lettres de rupture. ».

    7. Trumpisme québécois : « Échangerais tente canadienne bon état contre oncle d'Amérique, même usagé. ».

    8. Lexicographie : « Maison de correction recherche fautes d'orthographe. ».
    9. Face à l'Himalaya : « Qu'importe le flocon pourvu qu'on ait l'Everest ! ».
     

     
     


    10. Levers tôt : « Si la fortune vient en dormant, rien ne prouve que les emmerdements ne viennent pas au réveil. ».

    11. De toute fraîcheur : « Le plat du jour, c'est bien, à condition de savoir à quel jour remonte sa préparation. ».

    12. Musicologie à Matignon : « Professeur bègue donne répétitions. ».

    13. Indiscrétions : « Si les points de suspension pouvaient parler, ils pourraient en dire des choses et des choses ! ».

    Et je termine avec cet appel désespéré datant de 1939 :

    « Recherchons mort ou vif,
    Le dénommé Adolf,
    Taille 1,47 m,
    Cheveux bruns avec mèche sur le font.
    Signe particulier :
    Tend toujours la main comme pour voir s'il pleut.
    Signe spécial, le seul le rapprochant d'un être humain :
    Moustache à la Charlot.
    Énorme récompense. ».

    Rideau !


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    Sylvain Rakotoarison (08 février 2025)
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    Pour aller plus loin :
    Les temps sont durs, votez mous !
    Pierre Dac.
    Philippe Val.
    Pierre Arditi.
    Pierre Palmade.
    Teddy Vrignault.
    Pierre Richard.
    Daniel Prévost.
    Michel Blanc.
    L'humour olympique français !
    Pierre Perret.
    Sophia Aram et Gaza.
    Sophia Aram et l'Ukraine.
    Soirée spéciale Pierre Desproges sur France Inter le 18 avril 2018.
    Claude Villers.
    Fernand Raynaud.


     

     
     




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    https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/malheur-aux-barbus-259167

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  • Marianne Faithfull, la légende des sixties

    « À rêver d'un millier d'amants
    Jusqu'à ce que le monde devienne orange
    Et que la chambre se mette à tourner »
    ("The Ballad of Lucy Jordan", 1979, écrit et composé par Shel Silverstein).



     

     
     


    À force de chercher les jeux de mots, "Libération" est parfois douteux et vaseux lorsqu'il titre "Une héroïne sort de scène" pour évoquer la triste mort de la chanteuse et actrice britannique Marianne Faithfull à Londres ce jeudi 30 janvier 2025 à l'âge de 78 ans (elle est née le 29 décembre 1946 également à Londres).

    Surtout connue au départ pour avoir été la compagne de Mike Jagger, elle a fait une carrière de chanteuse d'une soixantaine d'années à partir de 1964. Mike Jagger l'a même aidée à démarrer dans la chanson. J'avais évoqué une anecdote avec Alain Delon.

    En effet, le 1er septembre 1967 (et pas le 15 novembre 1967 comme je l'avais cru), dans un restaurant parisien, Marianne Faithfull, seulement 20 ans, a rencontré Alain Delon pour parler d'un film qu'ils tourneraient ensemble. Cette rencontre a été immortalisée par un photographe de "Paris Match", Patrice Habans.

    Mike Jagger, 24 ans, déjà très connu, l'avait accompagnée et s'était senti un peu de trop dans ce dialogue à trois. Car Alain Delon, 32 ans, rayonnait encore plus que lui. La chanteuse était fascinée par lui... mais pas amoureuse de lui. Cela a toutefois rendu complètement fou Mike Jagger qui n'était pourtant pas d'un naturel jaloux.


     

     
     


    Cela a donné un film érotique, "The Girl on the Motorcycle", de Jack Cardiff (sorti le 23 juin 1968), qui, s'il a été parmi les plus populaires du Royaume-Uni en 1968 et qu'il a été sélectionné, inutilement, au Festival de Cannes qui a été interrompu par la révolte étudiante, n'est pas vraiment resté dans les annales du cinéma.

    Mais Marianne Faithfull était d'abord une grande chanteuse. En guise d'hommage, voici quelques échantillons de sa voix, que le Web permet d'être désormais intemporelle.


    1. "As Tears Go By" (1964)







    2. "Dreamin' My Dreams" (1975)






    3. "Sweet Little Sixteen" (1976)






    4. "I'll Be Your Baby Tonight" (1976)






    5. "Broken English" (1979)






    6. "Witches' Song" (1979)






    7. "Guilt" (1979)






    8. "The Ballad Of Lucy Jordan" (1979)






    9. "What's The Hurry" (1979)






    10. "Working Class Hero" (1979)






    11. "Why'd Ya Do It ?" (1979)






    12. "So Sad" (1981)






    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (31 janvier 2025)
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    Pour aller plus loin :
    Marianne Faithfull.
    Mike Jagger.
    Didier Guillaume enterré par Albert II de Monaco.
    Grace Kelley.
    Stéphanie de Monaco.
    Teddy Vrignault.
    Daniel Prévost.
    Brigitte Bardot.
    Yves Duteil.
    Pierre Perret.
    Michel Polnareff.
    Françoise Hardy.
    Charles Aznavour.
    Alain Souchon.
    Patrick Bruel.
    Eden Golan.
    ABBA.
    Toomaj Salehi.
    Sophia Aram.
    Fanny Ardant.
    Alain Bashung.
    Alain Chamfort.
    Micheline Presle.
    Plastic Bertrand.
    Jacques Dutronc.

    Guy Marchand.
    Maria Callas.
    Catherine Deneuve.
    Gérard Depardieu.
    Jane Birkin.
    Fernand Raynaud.
    Pierre Palmade.
    Jeux paralympiques de Paris 2024 : sport, spectacle et handicap.
    Le génie olympique français !
    Festivité !
    Ouverture des Jeux olympiques : Paris tenu !
    Marcel Zanini.
    Patricia Kaas.
    Kim Wilde.
     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250130-marianne-faithfull.html

    https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/marianne-faithfull-la-legende-des-259017

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/01/31/article-sr-20250130-marianne-faithfull.html


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  • Jean-François Kahn, l'intellectuel du centrisme révolutionnaire

    « Jean-François Kahn était un géant et un homme rare. Il incarnait le "centrisme révolutionnaire", l'humanisme et la fidélité. Nous l'aimions. » (François Bayrou, le 23 janvier 2025 sur Twitter).




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    Le grand frère est venu rejoindre les deux autres, Olivier, parti il y a vingt-cinq ans, un génie de la chimie, qu'on a dit, et Axel, parti il y a trois ans et demi déjà, connu des plateaux de télévision comme généticien et penseur de l'éthique. L'éditorialiste passionné et essayiste politique Jean-François Kahn est mort ce mercredi 22 janvier 2025 à l'âge de 86 ans et demi.

    Ami de François Bayrou de longue date, le journaliste est parti au moment où le président de la formation centriste, devenu Premier Ministre, se retrouve au cœur du gouvernement et des discussions pour faire coexister les institutions dans une Assemblée impossible. Cela aura été trop tard pour ce passionné de la politique à l'indignation trop systématique pour être sereine. Il s'était même engagé aux élections européennes de juin 2009 comme tête de liste du MoDem pour le Grand Est, mais en frôlant un score à deux chiffres, il n'a obtenu qu'un seul siège, trop peu pour siéger lui-même à Strasbourg et laissant la députée MoDem sortante de la région garder son siège.

    Rejetant à la fois la gauche marxiste vieillotte mais aussi la droite néolibérale pas moins ringarde, JFK, comme l'appelait ses amis, s'était rapproché de François Bayrou sur sa volonté de sortir du clivage stérile et anachronique entre la droite et la gauche. Mais le risque de déplacer le clivage vers un duel entre le centre et les extrémismes, c'est de faire la part belle aux mouvements populistes et en particulier au parti fondé par Jean-Marie Le Pen qu'il va bientôt croiser quelque part au purgatoire, dans l'attente de l'aiguillage définitif par saint Pierre, si toutefois tout cela existe bien, évidemment ! Inquiet, il a lâché le 11 mai 2023 sur France 5 : « Si on continue les conneries, si on continue à jouer au con, évidemment que l'extrême droite va gagner les élections, évidemment. Alors, ce n'est pas fatal, j'espère qu'il y aura une espèce de réaction, et je ne vois pas qu'est-ce qui peut empêcher qu'on continue à jouer au con ! ». Qui était le "on" ? Sans doute Emmanuel Macron, bien sûr !

    Auteur très prolifique, Jean-François Kahn a publié environ quarante-cinq essais politiques parfois très denses (de 1975 à 2024) pour expliquer le cheminement de sa pensée complexe. À l'origine, il ne s'était pas prédestiné au journalisme mais il a eu quand même une carrière d'une cinquantaine d'années très réussie (à partir de 1959) à la fois dans la presse ("Paris-Presse", "L'Intransigeant", "L'Express", "Le Nouvel Obs", "Les Nouvelles littéraires", "Le Monde", "Le Point", "Le Soir"), à la radio (France Inter, Radio-Canada, aussi un duel régulier avec Alain Duhamel sur Europe 1 d'où il a été licencié en 1986 parce qu'il avait traité ses propriétaires de "requins" !) et à la télévision (participant fréquemment à "L'Heure de vérité" sur Antenne 2, et à "C dans l'air" sur France 5), couvrant des événements majeurs comme la guerre d'Algérie, la guerre du Vietnam, l'affaire Ben Barka (qu'il a révélée comme grand reporter avec Jacques Derogy), le Printemps de Prague, la chute de Salvador Allende, etc.

    Jean-François Kahn a créé et dirigé deux grands hebdomadaires, "L'Événement du Jeudi" en 1984 et "Marianne" en 1997 dont il a dirigé la publication jusqu'en 2007. Je me souviens d'un numéro de "L'Événement du Jeudi" vers 1985 où la une était consacrée à un sondage d'intentions de vote qui plaçait au second tour d'une élection présidentielle un duel entre l'ancien Premier Ministre Raymond Barre, alors l'une des personnalités politiques les plus populaires, et le Premier Ministre, alors en exercice, jeune et moderne, Laurent Fabius, remisant dans les placards les candidatures de Michel Rocard, Jacques Chirac, voire Lionel Jospin.

    "Marianne" était son bébé et même une fois hors de la direction, Jean-François Kahn restait très influent sur la rédaction, n'hésitant pas à souffler fréquemment des titres de une, comme l'a expliqué "Le Monde" le 23 janvier 2025. Dans les premiers années du périodique, JFK remplissait "Marianne" avec cinq pseudonymes ! On ne s'est donc pas étonné de le voir le 6 juin 2024 en pleine contestation contre la vente du journal au milliardaire conservateur Pierre-Édouard Stérin : « Je ne peux cautionner le fait qu’il y ait un acheteur qui, dans tous les domaines, soit l’exact inverse de ce pour quoi nous avons créé le journal. (…) Marianne ne peut devenir la propriété d’un personnage ultralibéral en matière économique, qui n’est pas laïc, et qui n’est pas patriote, car toujours exilé fiscal en Belgique. » a-t-il protesté auprès du journal "Le Monde".


    La tentative de vente a finalement échoué, et Jean-François Kahn n'y était sans doute pas étranger. Même s'il affichait de nombreuses divergences politiques, notamment sur l'Europe et le souverainisme, avec l'avant-dernière directrice Natacha Polony (entre 2018 et 2024), celle-ci avait amarré l'hebdomadaire pour faire vivre le débat des idées, ce qui était le but originel des deux créateurs, Jean-François Kahn et Maurice Szafran, qui a affirmé auprès de l'AFP le 23 janvier 2025 que la conception de Jean-François Kahn était la suivante : « Le journalisme était un moyen de comprendre l'histoire, de faire l'histoire et de s'inscrire dans l'histoire. ».

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    Lorsque Yann Plougastel a publié le 31 mai 2021 un article sur l'un des dernières livres de JFK, son autobiographie "Mémoires d'outres-vies", pour "Le Monde" (le second tome est paru l'année suivante), il a qualifié l'éditorialiste comme d'un « homme qui n'a cessé de s'intéresser à ce qui sort du cadre » et qui a « [privilégié] la complexité aux certitudes », ou encore d'un « diable d'homme, pour qui le maniement du paradoxe et le recours au pas de côté relèvent de l'éthique » et qui « s’est toujours refusé à être là où on l’attendait ».

    Et Yann Plougastel de se demander qui était vraiment Jean-François Kahn à la lecture de ce livre-là : « Qui est-il vraiment ? Un historien devenu journaliste par hasard ? Un grand reporter qui se pique de philosophie ? Un ferrailleur d’idées qui abhorre la pensée unique (il fut l’inventeur de ce concept qu’il laissa ensuite à d’autres) et le politiquement correct ? Un amateur d’opéra qui connaît aussi sur le bout des doigts les chansons de Fréhel, Marie Dubas et Édith Piaf, et fredonne "La Varsovienne" dans la version des chœurs de l’Armée rouge ? Un cinéphile émérite qui, après être tombé sous le charme de "L’Arme fatale" avec Mel Gibson (1987), enjoignait à ses journalistes de démarrer leurs papiers avec le même rythme soutenu que ce film ? Un fumeur de cigares qui met le feu à la poubelle de son bureau de la rue Christine, dans le 6e arrondissement parisien, en s’en servant comme d’un cendrier, et l’éteint avec l’eau du bocal où nageait un poisson rouge offert par sa femme, sacrifiant ledit poisson (anecdote vécue par l’auteur de ces lignes qui travailla quinze ans sous sa direction, et à qui il fit jurer de ne jamais révéler cet incident après lui avoir enjoint d’acquérir fissa un nouveau poisson rouge quai de la Mégisserie sur note de frais) ? Un amateur de bonne chère et de plats roboratifs qui se gausse d’un Jean-Jacques Servan-Schreiber, son patron à "L’Express", ne mangeant que des avocats vinaigrette et, du coup, défendant, selon lui, une ligne éditoriale aussi peu enthousiasmante que le libéralisme light de Jean Lecanuet ? Un distrait qui, dans un avion au départ du Caire, se retrouve assis à côté d’un individu ressemblant vaguement à un notaire, lequel s’avère être Yasser Arafat sans son keffieh ? Un homme de son temps, qui n’a pas son permis de conduire, ne sait pas taper à la machine et ne parle pas anglais (en revanche, côté latin-grec, il assure, ce qui est pratique pour couvrir la guerre des Six-Jours, en juin 1967) ? Un ancien militant communiste, passé au réformisme, qui, dégoûté par les trahisons successives des sociaux-démocrates, opta pour des convictions "plus révolutionnaires", à savoir le centrisme. "Je me suis surpris à déborder la gauche molle à partir d’un centrisme dur", plaide-t-il ? ».

    La note bibliographique du "Monde" de mai 2021 donnait ainsi des échantillons éloquents de sa « plume incisive » piochés dans les descriptions des personnalités qu'il a côtoyées, en particulier celles-ci. De Gaulle : « Il y a des gens qui sont, dans la vie, "Tartuffe" ou "Le Père Goriot" ou "Le Contrat social". De Gaulle était à lui tout seul "Les Mémoires d’outre-tombe" et "La Légende des siècles". ». Raymond Barre : « Il était à la démagogie ce que le marquis de Sade fut à l’Immaculée Conception. Il parlait vrai. ». Valéry Giscard d'Estaing : « Il parlait comme David peignait avant de se découvrir jacobin. Sa manière évoque un meuble Directoire que l’on aurait juste un peu trafiqué pour lui donner un petit air Régence. ».

    Le penseur pouvait faire des boulettes, l'une des plus grosses a été sa réaction dans l'affaire DSK (Dominique Strauss-Kahn était un ami) avec cette sortie particulièrement malvenue et inutilement sexiste le 16 mai 2011 sur France Culture : « Si c’est un troussage de domestique, c’est pas bien ! » (sortie qui choquerait encore plus aujourd'hui !). Il s'en était rendu compte, avait présenté ses excuses et avait même renoncé à son métier de journaliste (sa dernière chronique dans "Marianne" date du 27 mai 2011), mais le mal était fait et la polémique avait fait grand bruit. Question de génération, diraient les plus généreux. Dans son blog, JFK confirmait que son expression était « injustifiable » : « L'expression n'en était pas moins totalement inacceptable. J’ai rarement vécu une telle déchirure intérieure. Il faut l’assumer. ». ll disait aussi le 23 mai 2011 dans "Le Monde" : « Un combat de 50 ans jeté aux oubliettes pour deux mots aussitôt répudiés, vous approuvez cela ? (…) Si vous approuvez, eh bien j’en tirerais les leçons. Car, moi, je ne veux pas d’un tel monde. ».

    Son combat de cinquante ans ne sera pas jeté aux oubliettes, qu'il se rassure ! Il laisse à ses amis et à ses lecteurs un grand nombre d'essais politiques (quarante-cinq, ai-il indiqué) qui resteront une trace intellectuelle indélébile de son passage ici-bas. Toutes mes condoléances à la famille.



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (23 janvier 2025)
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    Pour aller plus loin :
    La pensée complexe.
    Candidat du MoDem.
    Portrait croisé Jean-François Kahn et Axel Kahn.
    Les idéologues de la droite libérale.
    Jean-François Kahn.
    Axel Kahn.
    Philippe Val.
    Sophia Aram.
    Claude Allègre.
    Hubert Reeves.
    Alain Peyrefitte.
    Jean-Pierre Elkabbach.
    Patrick Cohen.
    Fake news manipulatoires.
    Bernard Pivot.
    Christine Ockrent.
    Vive la crise !
    Yves Montand.
    Jean Lacouture.
    Marc Ferro.
    Dominique Baudis.
    Frédéric Mitterrand.
    Jean-Jacques Servan-Schreiber.
    Christine Angot.
    Jean-François Revel.
    Philippe Alexandre.
    Alain Duhamel.


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    https://www.agoravox.fr/actualites/medias/article/jean-francois-kahn-l-intellectuel-258859

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  • Bertrand Blier et son anticonformisme politiquement incorrect

    « Nourri par les années 50 (celles de la Nouvelle Vague et de son père Bernard Blier), et père des années 90 de Claude Sautet, Patrice Leconte et Claude Chabrol, Bertrand Blier nous a livré une vision du cinéma qui n’est ni tout à fait comique ni complètement sérieuse, mais qui plutôt offre avec un humour acerbe un commentaire de la réalité sociale de son temps. » (Christophe Dilys, le 3 novembre 2021 sur France Musique).




     

     
     


    Le grand réalisateur français Bertrand Blier s'est éteint « paisiblement chez lui », à Paris, ce lundi 20 janvier 2025 alors qu'il n'était pas loin de ses 86 ans (dans deux mois). Cela faisait depuis longtemps, depuis plusieurs décennies que le réalisateur, par ailleurs fils du grand acteur Bernard Blier (qu'il a enrôlé trois fois dans ses films), faisait partie du patrimoine culturel français.

    L'un des derniers engagements, certainement maladroit, de Bertrand Blier fut sans doute de cosigner une tribune de soutien à l'acteur Gérard Depardieu intitulée "N'effacez pas Gérard Depardieu" et publiée le 25 décembre 2023 dans "Le Figaro" alors que l'acteur en question a été accusé d'agressions sexuelles, de viols et de propos sexistes. Ce n'était pas trop étonnant lorsqu'on sait que Bernard Blier l'a embauché huit fois dans ses aventures cinématographiques et en particulier, dans le film qui l'a fait connaître du grand public ("Les Valseuses").

    Bertrand Blier avait une vision très particulière de cet acteur, comme il l'avait expliqué dans "Le Nouvel Obs" le 9 mars 2019 : « Quand je l'ai connu, sur "les Valseuses", il était turbulent, mais plus professionnel qu'on ne l'a dit. Il était vif, il savait son texte, et on s'est suffisamment bien entendus pour faire huit films ensemble (…). Au cours des ans, je l'ai vu évoluer vers le meilleur. Je le trouve formidable. Il y a quelque chose qui s'est accumulé en lui, des douleurs qui sont passées. Il a 70 ans, il a pris des coups dans la gueule, a perdu un enfant, a eu une vie très agitée. On a dit qu'il était ingérable, ce qui est faux. Certes, ce n'est pas un garçon facile, c'est le moins qu'on puisse dire. Mais comme c'est un génie, il a forcément raison. Les grands acteurs, ça a le droit de faire chier. C'est des mecs, il faut remercier Dieu de les avoir devant une caméra. Une fois qu'ils sont devant l'objectif, le film est fait. » (propos recueillis par François Forestier).


    Depuis l'annonce de sa disparition, il y a même un courant de fond qui voudrait interdire la rediffusion des films de Bertrand Blier dans lesquels a joué Gérard Depardieu. Mot d'ordre qui serait complètement dément puisqu'un film n'est pas l'œuvre d'un seul acteur mais de dizaines voire de centaines d'artistes et de techniciens qui n'ont rien à voir avec les éventuelles frasques de Gérard Dapardieu (j'écris "éventuelles" dès lors qu'il n'a pas encore été condamné définitivement par un tribunal, à ma connaissance). Anny Duperey a soutenu ces rediffusions sur BFMTV le 21 janvier 2025 : « Il faut montrer ses films ! Je veux dire, l'homme, s'il a mal viré, mal vieilli, sur un certain plan, ce n'est pas pour autant qu'il faut jeter l'acteur et y compris le metteur en scène qui l'a employé ! (…) Dans ces cas-là, s'il faut bannir, pour les mauvaises paroles et les mauvais gestes d'un acteur, dans la vie courante, s'il faut bannir toutes les œuvres auxquelles il a participé... (…) On va quand même très loin (…). Il faut séparer l'œuvre et l'acteur de l'homme ! ».

    Bertrand Blier, c'était des acteurs fétiches, Gérard Depardieu, bien sûr, mais aussi Patrick Dewaere, Jean-Pierre Marielle, Miou-Miou, Isabelle Huppert, Coluche, Thierry Lhermitte, Josiane Balasko, Gérard Jugnot, Michel Blanc, etc.

     

     
     


    Bertrand Blier, c'était de l'anticonformisme, de l'humour grinçant allant parfois jusqu'à l'absurdité, de la provocation qui a pu faire scandale, un humour souvent au second degré, des chroniques sociales qui sont des comédies pas si drôles que cela, des comédies corrosives, etc.

    Pour moi, son bijou n'est pas "Les Valseuses", mais d'abord "Buffet froid" (sorti le 19 décembre 1979), où jouent Bernard Blier, le flic, Jean Carmet, l'assassin tendrement vulnérable, Gérard Depardieu, le chômeur cavalier, et Michel Serrault, le comptable. Atmosphère sinistrement glauque mais aussi surréaliste des grandes tours modernes, de la pensée noire et de la pensée absurde digne d'un Ionesco.

    Mais on ne peut pas évoquer Bertrand Blier sans évoquer "Les Valseuses" (sorti le 20 mars 1974), son succès originel, qui l'a autant révélé comme réalisateur que les acteurs qui y ont joué : Gérard Depardieu, Patrick Dewaere (les deux voyous dans l'histoire), et Miou-Miou. Y jouent aussi Jeanne Moreau, Brigitte Fossey et quelques figurants du Splendid qui ont pris un peu d'importance par la suite. Avec ce film regardé par près de 6 millions de Français, considéré comme subversif, provoquant, d'un humour graveleux tout autant que sexiste, bien de son époque, les années 1970, qui a un peu vieilli à notre époque du tout aseptisé, non seulement Bertrand Blier a montré son énorme talent de réalisateur mais aussi d'écrivain puisque le film est l'adaptation de son propre roman.


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    D'autres films ont marqué encore l'œuvre de Bertrand Blier. On peut citer "La Femme de mon pote" (sorti le 31 août 1983 ; 1,5 million d'entrées), dans un tableau d'amour (pas heureux) à trois sur fond de neige à Courchevel, avec Thierry Lhermitte, Coluche et Isabelle Huppert dans le clivage fidélité à l'amitié ou à l'amour. C'est un film intéressant car Coluche, jouant ici un ami dépressif, n'a rien du comique de ses films précédents et annonce son rôle dramatique dans "Tchao Pantin" de Claude Berri (sorti le 21 décembre 1983). Patrick Dewaere (qui s'était suicidé entre-temps) et Miou-Miou auraient dû jouer à la place de Thierry Lhermitte et Isabelle Huppert.

    Il y a aussi "Préparez vos mouchoirs" (sorti le 11 janvier 1978 ; 1,3 million d'entrées), avec Gérard Depardieu, Patrick Dewaere et Carole Laure ; "Calmos" (sorti 11 février 1976), qui fut un échec commercial et qui est aujourd'hui considéré comme odieusement sexiste (ce qu'a regretté par la suite le réalisateur), avec Jean-Pierre Marielle, Jean Rochefort, Bernard Blier, Claude Piéplu, Brigitte Fossey, etc. ; "Tenue de soirée" (sorti le 23 avril 1986 ; 3,1 millions d'entrées), avec Michel Blanc (à la place de Patrick Dewaere), Gérard Depardieu, Miou-Miou, Michel Creton, Jean-François Stévenin, Mylène Demongeot, Jean-Pierre Marielle, Bruno Cremer, etc. ; "Trop belle pour toi" (sorti le 12 mai 1989 ; 2 millions d'entrées), avec Gérard Depardieu, Carole Bouquet, Josiane Balasko, Roland Blanche et François Cluzet ; "Merci la vie" (sorti le 13 mars 1991 ; 1,1 million d'entrées), avec Charlotte Gainsbourg, Michel Blanc, Jean Carmet, Anouk Grinberg, Annie Girardot, Catherine Jacob, Jean-Louis Trintignant, Gérard Depardieu, etc. ; "Un, deux, trois, soleil" (sorti le 27 juin 1993), avec Anouk Grinberg, Myriam Boyer, Jean-Pierre Marielle, Claude Brasseur, Patrick Bouchitey, Eva Darlan, Marcello Mastroianni, etc. ; "Les Côtelettes" (sorti le 28 mai 2003), avec Philippe Noiret et Michel Bouquet.

    Une mention particulière pour "Le Bruit des glaçons" (sorti le 25 août 2010), dans un dialogue entre Jean Dujardin (l'écrivain alcoolique déprimé) et Albert Dupontel (sa maladie), dont le sujet est assez original, et pour "Convoi exceptionnel" (sorti le 13 mars 2019), avec Gérard Depardieu, Christian Clavier, Sylvie Testud, Farida Rahouadj, Alexandra Lamy, Audrey Dana, Guy Marchand, Philippe Magnan, etc., qui fut le dernier long-métrage de Bertrand Blier (qui n'a pas eu de succès).

    Dans son hommage, le Centre national du cinéma a publié sur Instagram : « Bertrand Blier nous laisse une filmographie à son image : anticonformiste, irrévérencieuse, parfois provocante et briseuse de tabous, mais toujours teintée de tendresse et parcourue d’une poésie foutraque. Il maniait le verbe et l’absurde avec maestria, pratiquait l’art de la transgression, aimait s’entourer d’acteurs qui l’inspiraient, (…) [comme] son père Bernard, qu’il fit jouer à plusieurs reprises comme dans "Buffet froid", modèle d'humour noir et de cynisme. ».


    Quant à Georges Lautner (1926-2013), qui fut le patron de Bertrand Blier à ses débuts comme assistant réalisateur au début des années 1960, il a eu un excellent souvenir : « On se marrait ensemble. Bertrand a un humour sarcastique, destructeur, se souvient Lautner. Des bonnes plaisanteries, assez méchantes, plus pernicieuses que celles de Bernard ! ».

     
     


    Bertrand Blier, c'était le résultat de deux hommes : « Dans l'ombre de mon père et dans celle de Lautner, j'ai appris mon métier. L'ambiance était très chaleureuse, marrante. Lautner, c'était un homme qu'on pouvait aborder. (…) J'ai eu une relation parfois conflictuelle avec mon père, à un moment, puis nous nous sommes réconciliés. Il était très abrupt. Moi, je suis beaucoup plus agréable que lui. Mais il y a des gens qui me trouvent… urticant. (…) Mon père disait qu'il écoutait les chauffeurs de taxi, notait leurs phrases, et les rapportait à Michel Audiard qui les collait dans les dialogues de films. Ça circulait comme ça, entre eux. Mais les dialogues, c'est un mystère. C'est ma vocation, d'écrire. Je peux faire autre chose que des dialogues, je signale. Des paragraphes, des descriptions. J'aime fabriquer un monde. » ("Le Nouvel Obs").

    Enfin, sur la mort : « La mort, qui est une bonne copine dans certains de mes films, est le sujet numéro un. De quoi parler ? On ne va pas s'emmerder à raconter des histoires d'amour toute notre vie, non ? Le cinéma, c'est une histoire de fantômes. Même quand ils sont morts, on peut continuer à les voir. On n'a pas ça au théâtre. De Gérard Philipe, sur scène, il ne reste aucune trace. La mort, c'est une de mes obsessions. » (le 9 mars 2019, à l'aube de ses 80 ans).

    Avec ses films, qu'il a aussi scénarisés, Bertrand Blier a gagné à la fois ses galons dans la profession (il a reçu trois Césars, deux du meilleur scénario et un du meilleur film, le Grand Prix du Festival de Cannes, et l'Oscar du meilleur film étranger, c'était à une époque où les États-Unis n'étaient pas dirigés par Donald Trump) et sa récompense auprès du public qui a apprécié certains films et moins apprécié d'autres films. Wikipédia a fait le total des entrées en salle française pour ses dix-neuf films : 21,3 millions ! Chapeau l'artiste !



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (21 janvier 2025)
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    Pour aller plus loin :
    Bernard Blier.
    Bertrand Blier.
    Pierre Arditi.
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    Les jeunes stars ont-elles le droit de vieillir ?
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    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250120-bertrand-blier.html

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  • Vœux 2025 d'Emmanuel Macron : aux Français de trancher ?

    « C’est pour cela qu’en 2025, nous continuerons de décider et je vous demanderai aussi de trancher certains de ces sujets déterminants. » (Emmanuel Macron, allocution du 31 décembre 2024).



     

     
     


    S'il n'y avait qu'une seule phrase à retenir des vœux présidentiels de ce mardi 31 décembre 2024, c'est bien celle-ci : Emmanuel Macron demandera aux Français de trancher certains des sujets déterminants l'avenir de la France.

    Dans son allocution télévisée traditionnelle pour présenter pendant une dizaine de minutes ses vœux aux Français pour la nouvelle année 2025, le Président de la République a innové. Pas de décor en arrière-fond, pas de bureau présidentiel, pas de jardin de l'Élysée. Seulement le double drapeau (français et européen) un peu flou, et un buste en grand sur l'écran.

    L'autre innovation, c'était de faire commencer son allocution avec quelques images retraçant les réussites de l'année 2024 avec sa voix off pour les décrire. Il a ainsi voulu rappeler, malgré le Macron-bashing mais aussi le France-bashing, que la France a su honorer ses rendez-vous avec l'histoire, en particulier sur plusieurs sujets qui, pour quelques-uns (pas pour tous), c'est vrai, peuvent être anecdotiques : « Ensemble cette année, nous avons prouvé qu'impossible n'était pas français. ».


    Ainsi, il a salué l'inscription de la liberté d'avorter dans la Constitution (premier pays au monde à l'avoir fait, et engagement d'Emmanuel Macron pendant sa campagne présidentielle), la baisse des émissions carbone visant à lutter contre le changement climatique (la France est un des meilleurs "élèves" du monde et ce sujet, lui, n'est pas anecdotique !), l'organisation des Jeux olympiques et paralympiques de Paris (« Une France qui rayonne avec ses exploits sportifs, ses émotions, sa générosité, une ville de Paris magnifiée. »), enfin la réouverture de Notre-Dame de Paris reconstruite en cinq ans après le terrible incendie de 2019.

    Un peu plus tard, Emmanuel Macron a aussi salué le lancement de la fusée Ariane 6 et le raccordement tant attendu du nouveau réacteur nucléaire de Flamanville dans le réseau national : « Là se bâtit notre indépendance et nous devons rester forts et crédibles au cœur d’une Europe qui doit accélérer. ».


    Il serait peu pertinent de critiquer le Président de la République sur son insistance à retracer les succès d'une France qui travaille et qui gagne alors que les médias et la classe politique, pour la plupart, ne sont constitués que de mauvais coucheurs (et de faux patriotes) qui ne savent que dénigrer matin midi et soir le travail et le talent des Français.

    Par ce rappel, il a aussi rappelé qu'il était possible d'aller au-delà des limites de la fatalité avec une volonté politique très forte. Les exemples tant des Jeux olympiques et paralympiques (tout le monde s'inquiétait de la sécurité et annonçait des catastrophes) que de Notre-Dame (on considérait l'objectif de cinq ans complètement fou, moi compris), ont montré qu'il était possible de fixer des objectifs très ambitieux et de les atteindre, à la condition d'y mettre les moyens, en particulier en faisant adopter des lois spéciales pour réduire les délais administratifs et la réglementation submergée par la bureaucratie.


    Et c'est probablement le véritable défi de 2025 pour la reconstruction de Mayotte (pour François Bayrou, l'objectif serait de deux ans, même si, à Mayotte, il faudrait plus parler de construction que de reconstruction tant ce nouveau département français est pauvre) : « Demain, sachons garder le meilleur de ce que nous avons été durant cette année 2024. Unis, déterminés, solidaires et face à chacune des grandes épreuves, face à ce que tant et tant disaient impossible, nous avons réussi parce que nous avons été ensemble. (…) Ensemble, nous sommes aujourd’hui aux côtés des habitants de Mayotte auxquels nous pensons avec émotion et fraternité. ».

     

     
     


    Emmanuel Macron a toutefois aussi évoqué les sujets qui fâchaient. Ainsi a-t-il parlé des crises actuelles, celle du monde agricole, les catastrophes climatiques, le ralentissement économique mondial... et surtout la crise politique provoquée par la dissolution de l'Assemblée Nationale, une décision qu'il a prise dans son entière, pleine et solitaire prérogative constitutionnelle, même s'il a cité également l'Allemagne pour illustrer le caractère plus général que national de « l'instabilité politique ».

    Et cette reconnaissance de responsabilité, c'est sans doute la deuxième phrase la plus importante de son allocution télévisée, assez joliment formulée pour expliquer que le Président nous a mis dans la mouise ! Ainsi : « Je dois bien reconnaître ce soir que la dissolution a apporté, pour le moment, davantage de divisions à l’Assemblée que de solutions pour les Français. ».


    C'est qui est intéressant, c'est la pondération de la phrase par « pour le moment », avec l'espoir que, finalement, la dissolution puisse aboutir à une solution politique satisfaisante pour les Français.

    Dans sa justification, il a donc reconnu que les problèmes ne s'étaient pas résolus par la dissolution : « Si j’ai décidé de dissoudre c’était pour vous redonner la parole, pour retrouver de la clarté et éviter l’immobilisme qui menaçait. Mais la lucidité et l’humilité commandent de reconnaître qu’à cette heure, cette décision a produit plus d’instabilité que de sérénité et j’en prends toute ma part. ».

    Il a fallu pourtant du courage à dissoudre. On ne pourra pas lui reprocher d'avoir redonné la parole au peuple, mais on peut s'inquiéter que le peuple, pour une rare fois, n'a pas su donner une réponse claire et simple, parce qu'il est très profondément divisé : « L’Assemblée actuelle représente néanmoins le pays dans sa diversité, et donc aussi dans ses divisions. Elle est pleinement légitime et dans cette configuration inédite mais démocratique, elle doit savoir dégager des majorités, comme le font d’ailleurs les Parlements des grandes démocraties, et notre gouvernement doit pouvoir tenir un chemin de compromis pour agir. ».

    En adressant tout spécialement tous ses vœux de réussite au nouveau Premier Ministre François Bayrou, Emmanuel Macron a d'abord pensé aux Français : « Je souhaite que l’année qui s’ouvre soit celle du ressaisissement collectif, qu’elle permette la stabilité, les bons compromis pour prendre les bonnes décisions au service des Français. Car nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre. (…) Nous pouvons rendre la vie meilleure en nous mettant d’accord sur quelques sujets simples : faciliter la vie de tous ceux qui travaillent dur, améliorer la sécurité au quotidien, juger plus vite et permettre à chaque famille d’avoir accès à la meilleure instruction pour ses enfants, à la santé et aux services publics de base. À nous de le faire donc. ». En écoutant cela, les Français pourraient légitimement se poser la question : pourquoi cela ne serait-il pas déjà fait après sept années à l'Élysée ?

     

     
     


    Le Président de la République a aussi abordé les relations internationales de plus en plus compliquées, à la veille du retour au pouvoir de Donald Trump : « L’année 2025 doit aussi être une année d’unité, de responsabilité pour bâtir une France plus forte, plus indépendante face aux dérèglements du monde. Les guerres en Ukraine et au Proche-Orient ne sont pas des conflits lointains. Elles nous concernent directement et menacent notre sécurité, notre unité, notre économie. (…) C’est pourquoi l’Europe ne peut plus déléguer à d’autres puissances sa sécurité et sa défense. (…) Nous devons lucidement voir que le monde avance plus vite et bouscule nombre de nos certitudes. Ce que nous tenions pour acquis ne l’est plus. Il n’y aura pas de prospérité sans sécurité et la France, par sa puissance diplomatique et militaire, à cet égard, a toujours un rôle à jouer. ».

    Cette phrase : « Nous devons lucidement voir que le monde avance plus vite et bouscule nombre de nos certitudes. » est sans doute la troisième et dernière phrase cruciale de cette allocution de vœux. Emmanuel Macron a aussi touché un mot de sa vision européenne, sans ménagement : « Les Européens doivent en finir avec la naïveté. Dire non aux lois du commerce édictées par d’autres et que nous sommes les seuls à encore respecter, dire non à tout ce qui nous fait dépendre des autres, sans contrepartie et sans préparer notre avenir. À l‘inverse, il nous faut le réveil européen, réveil scientifique, intellectuel, technologique, industriel, réveil agricole, énergétique et écologique. Il faut pour cela aller plus vite, prendre nos décisions plus rapidement, plus fortement en Européens, simplifier nos règles pour nos compatriotes comme nos entreprises et investir davantage. Cela suppose une France qui continue d’être attractive, qui travaille et innove plus, qui continue de créer des emplois et qui assure sa croissance en tenant ses finances. J’y veillerai. ».


    Sa conclusion est donc, comme dit au début, l'annonce de référendums ou de consultations dites citoyennes à venir (ou encore d'une prochaine dissolution ?) : « Pour le quart de siècle qui vient, je veux que nous puissions décider et agir, avec 2050 en ligne de mire. Nous aurons des choix à faire pour notre économie, notre démocratie, notre sécurité, nos enfants. Oui, l’espérance, la prospérité et la paix du quart de siècle qui vient dépendent de nos choix, aujourd’hui. C’est pour cela qu’en 2025, nous continuerons de décider et je vous demanderai aussi de trancher certains de ces sujets déterminants. Car chacun d’entre vous aura un rôle à jouer. ». La question sera de savoir si les sujets proposés vont diviser davantage ou rassembler davantage les Français.

    Et enfin de finir par sa formule toute macronienne : « Je nous souhaite pour 2025 d’être unis, déterminés et fraternels ! ». Le "je nous" reste relativement rare dans le discours politique. Je nous souhaite donc une excellente année 2025 !


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (31 décembre 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Vœux 2025 d'Emmanuel Macron : aux Français de trancher ?
    Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron, le 31 décembre 2024 à Paris (texte intégral et vidéo).
    François Bayrou au travail !
    Gouvernement Bayrou : un choc d'autorité ?
    Composition du Gouvernement François Bayrou I nommé le 23 décembre 2024.
    Le difficile accouchement du gouvernement Bayrou.
    La méthode Bayrou réussira-t-elle ?
    Terre de désolation.
    La folle histoire de la nomination de François Bayrou.
    François Bayrou, le papa Macron !
    Le tour de François Bayrou !
    La polémique entre Maurice Druon et François Bayrou en juillet 2004.
    Le paysage politique français postcensure.
    Motion de sangsue : les conséquences économiques désastreuses de la censure.
    Philippe Vigier défend les Français face au renoncement national.
    Laurent Wauquiez met en garde contre l'instabilité institutionnelle.
    Emmanuel Macron face à ses choix.
    Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 5 décembre 2024 (texte intégral).
    La motion RNFP : Chassez le naturel, il revient au chaos !
    L'émotion de censure de Michel Barnier.
    La collusion des irresponsables.
    Gouvernement Barnier : les yeux du monde rivés sur la France.
    Risque de censure : Non, le RN n'est pas l'arbitre des élégances !
    Michel Barnier plaide pour la sobriété normative et procédurale !
    Discours du Premier Ministre Michel Barnier le 21 novembre 2024 à la Porte de Versailles (vidéo et texte intégral).
    Michel Barnier sur les pas de Pierre Mendès France.
    Discours du Premier Ministre Michel Barnier le 15 novembre 2024 à Angers (vidéo et texte intégral).
    PLF 2025 : la majorité de rejet !
    Michel Barnier : déjà deux mois !
    François Guizot à Matignon ?
    5 euros pour visiter Notre-Dame de Paris ?
    Achats dans la fonction publique : des économies à faire ?
    Doliprane : l'impéritie politique.
    Proche-Orient : l'incompréhension de Roger Karoutchi.
    Motion de censure : le quart d'heure de gloire d'Olivier Faure.
    Budget 2025 : l'impossible mission de Michel Barnier.
    Claude Malhuret : du vol des élections aux chefs d'escadrille...
    Les 3 lignes rouges de Marine Le Pen pour ne pas censurer le gouvernement Barnier.
    La quadrature du cercle de Michel Barnier.
     

     
     



    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20241231-macron.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/voeux-2025-d-emmanuel-macron-aux-258428

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  • Emmanuel Macron face à ses choix

    « Si j’ai toujours assumé toutes mes responsabilités, une bonne chose comme parfois les erreurs que j’ai pu faire, je n’assumerai jamais l’irresponsabilité des autres, et notamment des parlementaires qui ont choisi en conscience de faire tomber le budget et le gouvernement de la France, à quelques jours des fêtes de Noël. » (Emmanuel Macron, le 5 décembre 2024).




     

     
     


    Le Président de la République Emmanuel Macron s'est adressé aux Français ce jeudi 5 décembre 2024 à 20 heures au cours d'une allocution télévisée (dont on peut lire le texte intégral ici).

    Passons rapidement aux pseudo-polémiques : fallait-il qu'il parlât ? pourquoi n'a-t-il rien dit d'essentiel ? Comme le sport national depuis 2017, c'est de dénigrer du Macron (tout est bon dans le Macron pour le dénigrer !), quoi que fasse ou dise ou ne dise pas ou ne fasse pas Emmanuel Macron sera un sujet d'insatisfaction, de critique, de reproche. Il ne se serait pas adressé aux Français, on le lui aurait reproché.


    À la première question, donc : oui, bien sûr. C'était même très important. L'adoption d'une motion de censure est un événement institutionnel majeur et exceptionnel dans notre histoire, et seul, le Président de la République, garant de la stabilité des institutions et de la continuité de l'État, pouvait s'adresser aux Français pour les rassurer et aussi pour leur donner des perspectives d'avenir.

    Emmanuel Macron n'avait plus parlé aux Français de la situation politique depuis le 23 juillet 2024, avant les Jeux olympiques et paralympiques et surtout avant la nomination du gouvernement Barnier. Au contraire de son tempérament, il a gardé le silence et laissé Michel Barnier et l'Assemblée gouverner tant bien que mal, sans y mettre son grain de sel en public (hors micro, je doute qu'il n'ait pas tenté d'influencer certaines choses). On ne peut donc pas dire que l'expérience Barnier, d'une manière ou d'une autre, a été "polluée" par des initiatives hasardeuses de l'Élysée, il a laissé une très grande autonomie au Premier Ministre. En revanche, dans ce moment particulier de crise politique, il fallait qu'il parlât aux Français.

    Pourquoi n'a-t-il rien dit d'essentiel ? En quelque sorte, il a écouté Marine Tondelier, secrétaire nationale de EELV, qui lui suppliait le matin de ne pas donner le nom du futur Premier Ministre au cours de cette allocution, pour éviter le réflexe jupitérien. C'est ce qu'il a fait, dont acte. Il a préféré se donner un peu de temps pour que les lignes bougent par rapport à cet été.

    Alors, qu'a-t-il dit vraiment ?

    Cinq choses.

    D'abord, Emmanuel Macron a remercié Michel Barnier et son gouvernement. C'était une bien dangereuse aventure que celle-ci. Michel Barnier lui-même avait remercié à Matignon, la veille, ses ministres, remercié d'avoir fait partie de cette aventure si périlleuse. Il faut noter que les ministres qui avaient des mandats d'exécutifs locaux avaient pu les conserver, et donc, ils vont les retrouver. Certains seront peut-être reconduits, ou pas, au gouvernement. Ce remerciement présidentiel n'est pas anodin, Michel Barnier n'avait rien de macroniste : « Je veux ici remercier Michel Barnier pour le travail qu’il a accompli pour le pays, pour son dévouement et pour sa pugnacité. Lui comme ses ministres se sont montrés à la hauteur du moment quand tant d’autres ne l’ont pas été. ».
     

     
     


    Ensuite, le Président de la République a rappelé une évidence : il est responsable de la dissolution de l'Assemblée et il l'a toujours assumé : « Je dois bien le reconnaître cette décision n’a pas été comprise. Beaucoup me l’ont reprochée et je sais, beaucoup continuent de me le reprocher. C’est un fait et c’est ma responsabilité. Cependant, nul ne peut dire qu’en faisant cela, je ne vous ai pas redonné la parole. Je crois que c’était nécessaire. ».

    Mais il n'est pas responsable de ses conséquences, à savoir, du vote des Français : « Vous avez pris vous-même votre responsabilité en allant massivement voter aux élections législatives en juin et juillet dernier. Et ce vote ainsi que les désistements réciproques décidés par plusieurs partis ont composé une Assemblée Nationale sans majorité. Aucun parti, aucune coalition présentée aux électeurs en effet ne peut prétendre avoir seul la majorité. et cette situation exige une nouvelle organisation politique. C’est inédit mais c’est ainsi. ». Il a bien rappelé que son choix du Premier Ministre était le résultat du vote et qu'ensuite, il l'avait laissé gouverner : « Mon choix s’est porté sur Michel Barnier, un responsable d’expérience jusqu’alors dans l’opposition. Parce qu’il était en effet susceptible de rassembler la majorité la plus large à l’Assemblée et au Sénat, de la droite républicaine au centre, en passant par les radicaux et les forces indépendantes et des territoires. J’ai laissé le Premier Ministre gouverner, le Parlement légiférer. ».


    Sur la situation politique actuelle au lendemain de la censure, Emmanuel Macron a rejeté fermement la responsabilité, ou plutôt, l'irresponsabilité sur les forces politiques en jeu : « [Le gouvernement Barnier] a été censuré, ce qui est inédit depuis soixante ans, parce que l’extrême droite et l’extrême gauche se sont unies dans un front anti-républicain et parce que des forces qui hier encore gouvernaient la France ont choisi de les aider. Je sais bien que certains sont tentés de me rendre responsable de cette situation, c’est beaucoup plus confortable. Mais si j’ai toujours assumé toutes mes responsabilités, une bonne chose comme parfois les erreurs que j’ai pu faire, je n’assumerai jamais l’irresponsabilité des autres, et notamment des parlementaires qui ont choisi en conscience de faire tomber le budget et le gouvernement de la France, à quelques jours des fêtes de Noël. ».

    Cette dernière phrase est sans doute la plus importante de l'allocution et vise bien sûr les socialistes qui ont joué un jeu dangereux, irresponsable et cynique : « Pourquoi tous ces députés ont-ils agi ainsi ? Ils ne pensent pas à vous, à vos vies, à vos difficultés, à vos fins de mois, à vos projets. Soyons honnêtes. Ils ne pensent qu’à une seule chose : à l’élection présidentielle. Pour la préparer, pour la provoquer, pour la précipiter. Et cela avec le cynisme, si c’est nécessaire, et un certain sens du chaos. ».

    Troisième point, justement, la prochaine élection présidentielle : non seulement la démission du Président ne résoudrait rien mais elle irait à l'encontre de la volonté populaire de 2022. Oui, les journalistes présentent tellement mal les choses, plus par paresse intellectuelle qu'arrière-pensées politiques, mais il était important, même si un peu tardif, que le Président de la République rappelât quelques évidences : « D’abord ils se gardent bien de vous rappeler la réalité de notre Constitution ; quoi qu’il advienne, il ne peut pas y avoir de nouvelles élections législatives avant dix mois. Et dans ces conditions, l’Assemblée a le devoir de faire ce pour quoi vous l’avez élue : travailler ensemble, au service de la France et des Français. Ensuite, personne, ne peut en fait se permettre d’attendre, pour agir, pour être utile. Le monde, l’Europe avancent et nous avons besoin d’un gouvernement qui puisse décider et trancher. Enfin le mandat que vous m’avez démocratiquement confié est un mandat de cinq ans, et je l’exercerai pleinement jusqu’à son terme. Ma responsabilité exige de veiller à la continuité de l’État, au bon fonctionnement de nos institutions, à l’indépendance de notre pays, et à votre protection à tous. Je le fais depuis le début, à vos côtés, à travers les crises sociales, l’épidémie de covid 19, le retour de la guerre, l’inflation et tant d’épreuves que nous avons partagées. ».


     

     
     


    La suite ? C'est le quatrième point. Calendrier et objectif : « Je nommerai donc dans les prochains jours un Premier Ministre. Je le chargerai de former un gouvernement d’intérêt général représentant toutes les forces politiques d’un arc de gouvernement, qui puissent y participer ou à tout le moins qui s’engagent à ne pas le censurer. Le Premier Ministre aura à mener ces consultations et former un gouvernement resserré à votre service. ».

    Le fait d'avoir parlé des "prochains jours" au pluriel laisserait entendre que la nomination n'interviendrait pas avant lundi prochain, sachant que ce week-end est consacré à la réouverture de Notre-Dame de Paris et de la rencontre des dizaines de chefs d'État et de gouvernement, en particulier Donald Trump et Volodymyr Zelensky. La précision de "l'arc républicain", qui n'est pas défini, est importante, elle signifie a priori que les socialistes sont conviés à entrer au prochain gouvernement tandis que dans tous les cas, avec ou sans participation, le groupe Les Républicains a déjà annoncé dans la matinée du jeudi qu'il ne censurerait pas la prochain gouvernement. Un petit mot aussi sur le qualificatif "d'intérêt général" : c'est le propre de chaque gouvernement d'être d'intérêt général. Pas un gouvernement, en principe, n'est censé se préoccuper d'intérêts particuliers, il est toujours d'intérêt général.

    Dans la foulée de la nomination du nouveau gouvernement qui devrait quand même être rapide (au contraire de cet été), Emmanuel Macron a donné les urgences pour ne pas inquiéter les partenaires financiers de la France qui va devoir bientôt emprunter 300 milliards d'euros pour renouveler sa dette. Le Président de la République a donc voulu rassuré avec les outils qui se présentent dans les institutions : vote d'une loi spéciale pour permettre de passer le début d'année sans budget puis vote des lois de finances pour 2025 en janvier prochain : « Les services publics fonctionneront, les entreprises pourront travailler, nos obligations seront tenues, nos maires pourront évidemment là aussi continuer de fonctionner, je les remercie encore de leur dévouement pour la Nation. ».

    Emmanuel Macron a cité en particulier cinq domaines où le vote d'un nouveau budget était crucial : « pour permettre au pays d’investir comme c’était prévu, pour nos armées, notre justice, nos forces de l’ordre, mais aussi aider nos agriculteurs en difficultés qui attendaient ce budget ou venir en soutien de la Nouvelle-Calédonie ». L'évocation de la Nouvelle-Calédonie, en grandes difficultés depuis le printemps dernier, est intéressante et certains pourraient y voir une relation avec le refus de voter la censure d'Emmanuel Tjibaou (membre du groupe communiste), le fils de Jean-Marie Tjibaou, le leader du FLNKS assassiné il y a trente-cinq ans.

    Et cinquième et dernier point, après le court terme, l'urgence budgétaire, le moyen terme : « Vous le savez, je ne pourrai pas me représenter en 2027. C’est pourquoi le seul calendrier qui m’importe n’est pas celui des ambitions, c’est celui de notre Nation, au fond celui qui compte pour vous, pour nous. Nous avons devant nous trente mois, trente mois jusqu’au terme du mandat que vous m’avez confié. Trente mois pour que le gouvernement puisse agir. Agir pour faire de la France un pays plus fort et plus juste : innover, produire, investir dans les transitions technologiques et environnementales, instruire nos enfants et nos jeunes, prévenir et soigner, protéger. Au moment où les guerres en Europe et au Moyen-Orient nous déstabilisent, continuer de préparer nos armées mais aussi toute la société, et agir pour la paix. Avoir une France plus forte dans une Europe plus forte, plus indépendante et prête peut être à de nouveaux conflits et à résister à toutes les pressions. ».

     

     
     


    Face à la situation apocalyptique de la vie politique française, Emmanuel Macron a voulu, dans sa conclusion, apporter une autre vision de la France aux Français : « Regardez, samedi, devant le monde entier, nous allons célébrer la réouverture au public de Notre-Dame-de-Paris. La cathédrale sera rendue aux Parisiennes et aux Parisiens, à nous tous, aux catholiques du monde entier et aux cultes. Et ce chantier qu’on croyait impossible, rappelez-vous, nous tous, ce soir d’avril 2019. Eh bien nous l’avons fait. Comme nous avons réussi nos Jeux olympiques et paralympiques. Nous l’avons fait car il y a eu un cap clair, une volonté et parce que chaque femme et chaque homme ont travaillé dur : responsables publics, fonctionnaires, salariés, compagnons, bénévoles… chacun a eu un rôle essentiel pour une cause plus grande que nous tous. C’est la preuve que nous savons faire de grandes choses, que nous savons faire l’impossible Et d’ailleurs le monde entier, à deux reprises cette année nous admire pour cela. Eh bien c’est la même chose qu’il faut pour la Nation : avoir un cap clair pour ces trente mois : l’école, la santé, la sécurité, le travail, le progrès, le climat, l’Europe. ».

    C'est essentiel que le Président de la République puisse donner une vision optimiste de la France et positive de son avenir. Nous, Français, manquons cruellement de confiance en nous, nous pensons que nous sommes incapables de grandeur et surtout, nous attendons que ce soient nos dirigeants qui doivent être grands : mais un grand pays, ce n'est pas seulement un pays dont les dirigeants font de grandes choses (la classe politique a, à cet égard, cette grande faiblesse de l'irresponsabilité et du cynisme), c'est aussi aux citoyens eux-mêmes d'être grands par eux-mêmes et de montrer l'exemple. C'est le sens de cette conclusion présidentielle, il ne faut aussi s'investir personnellement : « Partout où elle est fragilisée, rebâtir la Nation ; partout où il y a des emportements de l’insulte, remettre de la sagesse et partout où il y a de la division vouloir l’unité ; partout où les uns cèdent à l’angoisse, vouloir l’espérance. ».

    Depuis quatre mois, cette parole présidentielle manquait beaucoup aux Français pour remettre quelques horloges à l'heure. Et d'ailleurs, conséquence presque cocasse de la censure, les censeurs ne le voulaient certainement pas, Emmanuel Macron est redevenu le maître des horloges. Étonnant, non ?

    Allez, pour sourire et parce que l'humour est toujours indispensable quand il y a tension, en vidéo à la fin de cet article, un vision différente de cette allocution par l'humoriste psychologue Nicole Ferroni...



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (06 décembre 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Emmanuel Macron face à ses choix.
    Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 5 décembre 2024 (texte intégral).
    La motion RNFP : Chassez le naturel, il revient au chaos !
    L'émotion de censure de Michel Barnier.
    La collusion des irresponsables.
    Gouvernement Barnier : les yeux du monde rivés sur la France.
    Risque de censure : Non, le RN n'est pas l'arbitre des élégances !
    Michel Barnier plaide pour la sobriété normative et procédurale !
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    Les 3 lignes rouges de Marine Le Pen pour ne pas censurer le gouvernement Barnier.
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    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20241205-macron.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/emmanuel-macron-face-a-ses-choix-258002

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/12/06/article-sr-20241205-macron.html