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  • La réforme de l'audiovisuel public rejetée par les députés (en première lecture)

    « Nous partageons, je crois, l’ambition d’un service public fort, mais non la méthode ni la direction. Derrière cette réforme, il y a des hommes, il y a des femmes : journalistes, techniciens, producteurs, personnels administratifs, pigistes, intermittents. Ils s’inquiètent à juste titre ; ils savent à quel point leurs missions sont précieuses et fragiles. France Télévisions et Radio France innovent, dominent les audiences, renforcent leur présence numérique et font des économies depuis plusieurs années. Le travail des équipes au sein des territoires, pour une information de proximité, est incomparable ; celui de l’Institut national de l’audiovisuel (INA) sur les archives, remarquable. (…) Ce débat dépassera les simples enjeux d’organisation interne : il touche à notre contrat démocratique. On ne construit pas l’avenir en détricotant ce qui fonctionne. Nous devons être fiers de notre audiovisuel public ; il mérite une vision partagée, un cap clair, la confiance accordée à celles et ceux qui, tous les jours, le font vivre. » (Fatiha Keloua Hachi, députée PS et présidente de la commission des affaires culturelles et de l'éducation, le 30 juin 2025 dans l'hémicycle).




     

     
     



    On connaît l'objectif de Rachida Dati, ancienne Ministre de la Justice et actuelle maire du septième arrondissement, en entrant au gouvernement de Gabriel Attal en janvier 2024 comme Ministre de la Culture : se dépêcher de faire la réforme de l'audiovisuel public (j'explique plus loin de quoi il s'agit) pour laisser sa marque culturelle et pour pouvoir être libre en été 2025 et se préparer à faire sa campagne municipale à Paris pour mars 2026, son ambition ultime étant d'être maire de Paris et elle est la favorite à cette prochaine élection, soutenue certainement par le socle commun.

    En restant Ministre de la Culture sous Michel Barnier puis sous François Bayrou, Rachida Dati a déjà réussi un petit exploit politique (combien de ministres actuels l'étaient-ils en janvier 2024 sans changer d'attribution, à part Sébastien Lecornu ?).

    Et pourquoi cette réforme de l'audiovisuel public ? Pour Rachida Dati, c'est la manière de marquer son passage rue de Valois. Un marquage idéologique. Car quelle est la réforme de l'audiovisuel public actuelle ? Il s'agit d'abord d'une proposition de loi déposée par un sénateur centriste, Laurent Lafon, président de la commission de la culture, de l'éducation, de la communication et du sport, au Sénat, le 21 avril 2023, relative à la réforme de l'audiovisuel public et à la souveraineté audiovisuelle. Cette proposition a été adoptée le 13 juin 2023 en première lecture par les sénateurs. Son passage à l'Assemblée Nationale a été difficile en raison de la dissolution le 9 juin 2024.

     

     
     


    La proposition de loi a en effet été étudiée en commission les 14 et 22 mai 2024, puis les 17, 18 et 19 juin 2025. Il était d'ailleurs difficile de trouver un créneau pour son examen en séance publique, c'est fut fixé à cette semaine, le 30 juin et le 1er juillet 2025.

    De quoi s'agit-il ? Il s'agit de regrouper les entreprises de l'audiovisuel public sous la houlette d'une société holding appelée France Médias : « La société France Médias est chargée de définir les orientations stratégiques des sociétés France Télévisions, Radio France et Institut national de l’audiovisuel, dont elle détient directement la totalité du capital, et de veiller à la cohérence et à la complémentarité de leurs offres de programmes au service des missions définies à l’article 43 11. Elle est chargée en outre de préparer la fusion-absorption de ces sociétés. Pour l’accomplissement de ses missions, elle conduit des actions communes et définit des projets de développement intégrant les nouvelles techniques de diffusion et de production. ».

    Le texte de la commission du 15 mai 2024 a été légèrement modifié par la même commission du 17 au 19 juin 2025. Je ne devrais pas écrire la "même commission" car elle a été renouvelée par des élections anticipées entre-temps. En particulier pour la date de sa mise en vigueur, prévue initialement au 1er janvier 2025.

    Parmi les modification, il y a l'une des missions, la « définition par la société France Médias des orientations stratégiques de ses filiales en garantissant le respect de leur indépendance et de leur liberté éditoriale ». Feraient partie de cette holding France Télévisions, Radio France et l'INA (Institut national de l'audiovisuel) qui prendrait le statut d'une société anonyme.

    Dans l'article 3 de la proposition de loi, il est indiqué que le conseil d'administration de France Médias est composé du président-directeur général et de quatorze membres dont le mandat renouvelable est d'une durée de cinq ans. Parmi ces quatorze membres, il y a « cinq personnalités indépendantes nommées par l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) en raison de leur compétence, dont l’une est chargée de veiller à l’impartialité, à l’honnêteté, à l’indépendance et au pluralisme de l’information ».
     

     
     


    L'élément le plus important est celui-ci : « Le président de la société France Médias Monde est également président, président-directeur général, directeur général ou président du directoire de chacune des sociétés éditrices de programmes filiales de cette société. ». Cela signifie que le mandat des présidents actuels de France Télévisions, Radio France et l'INA serait interrompu le 1er février 2026, pour une mise en vigueur de la réforme prévue le 1er janvier 2026 (article 8). C'est pour cette raison que cette réforme inquiète particulièrement les salariés de Radio France qui se sentiraient absorbés par France Télévisions alors que ces deux sociétés sont très différentes avec des métiers et des missions très différents.

    Le choix du nouveau grand patron de l'audiovisuel public se ferait par l'Arcom : « Le président-directeur général de la société France Médias est nommé pour cinq ans par l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique, au terme d’une procédure transparente, ouverte, effective et non discriminatoire arrêtée par délibération de l’autorité. Cette décision est prise à la majorité des membres qui composent l’autorité. Cette nomination fait l’objet d’une décision motivée se fondant sur des critères de compétence et d’expérience. Les candidatures sont présentées à l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique et évaluées par cette dernière sur la base d’un projet stratégique. ».

    En outre, dans le cas d'une erreur de casting : « Il peut être mis fin au mandat du président-directeur général de la société France Médias par décision motivée de l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique. Cette décision est fondée sur des éléments de nature à compromettre la capacité de l’intéressé à poursuivre sa mission dans des conditions garantissant le bon fonctionnement de la société, la préservation de son indépendance ou la mise en œuvre du projet stratégique pris en compte lors de sa nomination. Cette décision est prise à la majorité des membres de l’autorité. ».
     

     
     


    La gauche est très fermement opposée à cette réforme car elle considère que cela préfigurerait une privatisation de France Télévisions et de Radio France. Or, une telle privatisation fait partie du programme du Rassemblement national depuis au moins 2024. Au contraire, Rachida Dati a expliqué que le rassemblement sous une même direction et présidence de tout l'audiovisuel public rendrait plus difficile sa privatisation car aucun intérêt privé ne serait prêt à acquérir tout l'ensemble. On peut cependant s'étonner du retour à l'ORTF alors que justement, la libéralisation de l'audiovisuel public à partir du début des années 1970 avait fait éclater en entités indépendantes les différentes chaînes de télévision et stations de radio.

    L'éditorialiste Patrick Cohen expliquait le 18 juin 2025 sur France Inter que c'était même un retour en arrière plus ancien que l'ORTF : « On ne peut même pas parler du retour de l’ORTF, puisqu’il faut remonter à 1963, avant l’ORTF, pour trouver trace d’un directeur de l’information unique, radio et télé d’État. Et à l’époque, il n’y avait qu’une chaîne… ». Lorsqu'il était Ministre de la Culture, Franck Riester, premier porteur du projet de France Médias, rejetait la comparaison avec l'ORTF.
     

     
     


    Défendant la motion de rejet préalable, la députée écologiste Sophie Taillé-Polian a rappelé le 30 juin 2025 quelques performances à saluer : « Le budget de l’audiovisuel public est pratiquement au même niveau qu’en 2008, à ce détail près que sont passés par là 32% d’inflation, ce qui signifie que les médias publics, en vingt ans, ont été amputés du tiers de leurs capacités financières. (…) Quelle entreprise privée ayant perdu le tiers de ses capacités budgétaires serait capable de rivaliser avec nos médias publics ? Premier groupe radio en termes d’audiences, premier groupe télé en termes d’audiences, premier site internet d’information, Franceinfo.fr, de notre pays ; un podcast sur deux écoutés en France est produit par Radio France ; France Inter a gagné cette année 500 000 auditeurs, France Culture, en un an, 23% d’audience chez les moins de 35 ans ! Avec France 3, France Info et France Inter, le service public de l’audiovisuel occupait en 2024, devant "Le Monde", le podium des médias français en matière de qualité et de confiance dans l’information. Je pourrais vous citer une litanie de chiffres montrant que l’audiovisuel public fait déjà tant avec si peu. En Europe, seule la BBC, peut-être, réalise de meilleures audiences ; et si vous étiez sincère, madame la ministre, lorsque vous parlez de "BBC à la française", vous ajouteriez que la BBC dispose d’un budget deux fois supérieur à celui de l’audiovisuel français, si vous étiez sincère, vous vous engageriez à sortir le carnet de chèques. (…) Si l’audiovisuel public français, par la force de ses audiences et la qualité de ses offres, se révèle l’un des plus solides du paysage européen, c’est d’abord grâce à l’incroyable engagement de ses personnels, qui croient profondément au métier de journaliste, à l’exception culturelle française, les deux missions principales de service public audiovisuel. ».

    Impacté forcément par la réforme puisque chroniqueur de Radio France, Patrick Cohen essayait de la comprendre le 18 juin 2025 : « La raison d’être de la holding serait de mieux armer l’audiovisuel public. Face à la concurrence des géants du numérique. Face à la désaffection des jeunes et des publics populaires. Contre la désinformation… Les constats sont aussi indiscutables que le raisonnement contestable. On ne voit pas bien en quoi un commandement unique permettrait de mieux répondre à tous ces défis. Il y a l’idée, répétée, que l’union fait la force, qu’une stratégie convergente est plus efficace qu’une offre diversifiée, mais ce n’est pas vraiment démontré. Sur le numérique par exemple, Radio France n’a pas attendu que la télé lui prenne la main pour amorcer ce virage : 85 millions d’écoutes par mois, près de la moitié des podcasts téléchargés en France sont des programmes Radio France. ».
     

     
     


    Alors, on peut toujours s'étonner de l'adoption de la motion de rejet préalable dès le début de l'examen en séance publique à l'Assemblée Nationale, ce lundi 30 juin 2025. Car elle a été adoptée par 94 députés sur 132 votants, et seulement 38 députés ont voté contre ce rejet. Pour le rejet : 16 RN, 37 FI, 14 PS, 22 EELV, 2 LIOT, 2 PCF, 1 NI. Contre le rejet (a priori, la majorité) : 22 EPR, 6 LR, 4 MoDem, 5 Horizons, 1 LIOT.

    Deux surprises : d'abord, le très faible nombre de députés de la majorité présents physiquement pour soutenir la proposition de loi (certains resteraient encore à convaincre) ; ensuite, le vote du RN en faveur du rejet (encore une fois où la gauche et l'extrême droite votent ensemble) alors qu'il serait plutôt favorable à cette réforme, faute de privatisation. Est-ce à dire que le RN pourrait voter la motion de censure des socialistes qui sera examinée ce mardi 1er juillet 2025 ? Rien n'est certain et tout reste possible avec une Assemblée aussi éclatée.

    Pourtant, ce rejet préalable a une conséquence très favorable à la Ministre de la Culture. En effet, avec l'adoption de cette motion de rejet préalable (déposée par le groupe écologiste), Rachida Dati a gagné du temps avec l'accélération de la procédure. Le texte rejeté par l'Assemblée va retourner immédiatement au Sénat pour son examen en deuxième lecture. On a eu le même genre de procédure avec la proposition de loi Duplomb qui avait été dénaturée en commission.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (30 juin 2025)
    http://www.rakotoarison.eu

    Pour aller plus loin :
    La réforme de l'audiovisuel public rejetée par les députés (en première lecture).
    L'extinction de C8 : la loi ou la liberté d'expression ?
    Ci-gît la redevance à la papa.
    La BBC fête son centenaire.
    Franck Riester : France Médias ne sera absolument pas l’ORTF.
    Publiphobie hésitante chez les députés (17 décembre 2008).
    Pub à la télé : la révolution silencieuse (2 septembre 2008).
    L’inexactitude de Nicolas Sarkozy sur l’audiovisuel public.

     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250630-reforme-audiovisuel.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/medias/article/la-reforme-de-l-audiovisuel-public-261813

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/06/30/article-sr-20250630-reforme-audiovisuel.html


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  • Charles Pasqua, grande gueule du gaullisme

    « Charles Pasqua incarnait à merveille tous les paradoxes du gaullisme. Ce mélange de conviction, de verbe haut, de déclarations fracassantes et de coups tordus, de tractations, de traîtrises cachés dans les plis du grand drapeau tricolore frappé de la croix de Lorraine. » (Joseph Macé-Scaron, le 3 juillet 2015 dans "Marianne").





     

     
     


    L'ancien ministre Charles Pasqua est mort il y a dix ans, le 29 juin 2015 à l'âge de 88 ans, quelques semaines après le congrès fondateur du parti Les Républicains auquel il avait participé. Un vide dans la classe politique ? Les grandes gueules ne manquent pourtant pas, même encore aujourd'hui, mais à la différence de Georges Marchais, Jean-Marie Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, et il y en a quelques autres, Charles Pasqua était une grande gueule utile, je veux écrire, était à la fois une grande gueule et utile.

    Il était certes un redoutable opposant lorsqu'il était dans l'opposition, mais au contraire des autres grandes gueules citées, Charles Pasqua était plutôt dans son élément lorsqu'il était au pouvoir, dans la majorité, pour servir ce qu'il a toujours considéré comme l'intérêt supérieur de l'État, voire, avec sa connotation sinistre, la raison d'État.


    C'est clair, Charles Pasqua n'est pas parvenu à la politique avec des diplômes de l'ENA, Normale Sup., Polytechnique ou HEC, mais par la petite porte de service, celle des "basses œuvres", celles des coups fumants, celles de l'action dans le sens activisme, militantisle, celle aussi de la Résistance (ce qui lui a assuré une très grande considération de François Mitterrand pourtant peu suspect de pasquaphilie). Des convictions chevillées au corps, celles du gaullisme, le gaullisme bonapartiste, celles du chef légitime, du chef de guerre, une fidélité et une loyauté. Son diplôme, c'était le pastis Ricard. Et sa verve.

    Charles Pasqua avait des convictions et voulait servir celui qui les servirait au plus haut niveau de l'État. Et cette personne, à la fin des années 1960, c'était le jeune dauphin, Jacques Chirac. Pour lui, pendant plus de deux décennies, il a tout fait. Bazarder la candidature de Jacques Chaban-Delmas, duper tous les barons vieillissants du gaullisme, conquérir à l'arraché le parti gaulliste, l'UDR, et même le transformer deux ans plus tard en une machine de guerre destinée à soutenir et promouvoir Jacques Chirac jusqu'à l'Élysée, le RPR, et retrouver enfin le pouvoir gaulliste version 1960, avec son romantisme, avec sa légende mais aussi avec ses obscurités.

    Dans les années 1970 et 1980, Jacques Chirac a eu trois sources de soutien : d'abord Marie-France Garaud et Pierre Juillet, pour le lien filial avec Georges Pompidou et contre Jacques Chaban-Delmas, mais cette source s'est tarie dès 1978 ; Charles Pasqua, l'homme de main, celui qui vous organisait vite fait bien fait un congrès qui retournerait les apparatchiks, et enfin Édouard Balladur, la face un peu technocratique du pouvoir, celui qui insista pour soutenir le Traité de Maastricht, seule garantie pour pouvoir rassembler au moins la moitié des Français à une élection présidentielle.

     

     
     


    L'échec de 1981 était évident et prévisible : Jacques Chirac, à 48 ans, l'âge pourtant de Valéry Giscard d'Estaing à son élection, n'était pas encore prêt ; il était un outsider. Il avait déjà une belle machine, le RPR, des troupes fidèles, des conseillers redoutables, mais il était dans la minorité de la majorité, il ne tenait pas les commandes. La stratégie Pasqua, c'était de devenir la majorité de l'opposition, quitte à perdre un tour, 1981. Et cela a marché : Jacques Chirac est devenu le leader de l'opposition dès 1982, considéré comme tel même par l'UDF, et Charles Pasqua a guerroyé au Sénat contre le gouvernement socialo-communiste, en tant que président du groupe RPR au Sénat, s'alliant ainsi avec les centristes qui étaient à l'époque majoritaires (et d'origine antigaulliste).

    Un petit retour sur 1979 : le supposé suicide du ministre gaulliste Robert Boulin ressemblait plutôt à une bavure, à l'œuvre sinistre d'un zélé trop zélé. Sur Wikipédia, on peut ainsi lire : « Dans le téléfilm "Crime d'État", diffusé sur France 3 le 29 janvier 2013, Charles Pasqua est présenté comme un des commanditaires de l'assassinat du ministre Robert Boulin. La version officielle étant une mort par suicide, ce téléfilm historique présente sous forme de fiction la thèse d'un assassinat politique orchestré pour défendre les intérêts du RPR. ».

    La vérité, c'est que personne n'en sait rien, et les rares députés gaullistes proches de Jacques Chaban-Delmas capables de témoigner le faisaient sur la foi d'une impression et de conversations, et pas d'un témoignage de faits réels, c'était le cas en particulier de Jean Charbonnel ou Alexandre Sanguinetti. La seule motivation de mouiller Charles Pasqua, c'est que, par sa réputation, ça n'étonnerait personne, mais il faut rappeler que celui qui fut l'un des dirigeants actifs du SAC (service d'action civique), une sorte de service d'ordre au profit du parti gaulliste, a quitté l'activisme pour la politique justement à la fin des années 1960, préférant se faire élire député à rester un membre du SAC. Du reste, il a été impliqué dans quelques affaires politico-financières dont la justice a été saisie et a été parfois relaxé (le plus souvent), parfois condamné.

    C'est ainsi que Charles Pasqua a eu trois vies. Une vie d'homme de main au service au gaullisme (triomphant, ou pas) : il a cofondé le RPF dès 1947, à l'âge de 20 ans, il a aussi cofondé le SAC en 1959 lors du retour au pouvoir de De Gaulle. Puis, il y a eu la phase d'homme politique relativement classique, de 1968 à 1988, où il s'est institutionnalisé sur les conseils de Georges Pompidou, il s'est respectabilisé, à l'aide de nombreux mandats électifs : député des Hauts-de-Seine de juin 1968 à mars 1973, sénateur des Hauts-de-Seine de septembre 1977 à décembre 1999 (sauf périodes ministérielles) et de septembre 2004 à septembre 2011 ; député européen de juin 1999 à juin 2004. Mais aussi avec une implantation locale non négligeable : conseiller général des Hauts-de-Seine de 1970 à 1976 et de 1988 à 2004 (président du conseil général de 1973 à 1976 et de 1988 à 2004), et conseiller municipal de Neuilly-sur-Seine de 1983 à 2001.

    Petit arrêt à Neuilly : en avril 1983, le maire Achille Péretti, qui venait d'être réélu (sans discontinuer depuis 1947), ancien Président de l'Assemblée Nationale (de 1969 à 1973), d'origine corse également, est mort. Charles Pasqua s'attendait à reprendre le flambeau et la mairie quand un petit jeune de 28 ans, conseiller municipal, Nicolas Sarkozy a décidé de profiter du séjour à l'hôpital de son concurrent pour convaincre ses collègues de l'élire lui à la tête de la mairie. Jacques Chirac, gêné par ce choc des ambitions, a surtout laissé faire, laissant la loi du plus fort désigner le vainqueur.

    On imagine donc la rancœur de Charles Pasqua, mais tout au long de la trentaine d'années qui a suivi, les relations entre Nicolas Sarkozy et Charles Pasqua ont été à la fois celles de vieux alliés ou celles de redoutables adversaires, Nicolas succédant ainsi à Charles à la tête du conseil général des Hauts-de-Seine (un poste stratégique), également, mais pas directement, au Ministère de l'Intérieur, et pourtant rivaux aux élections européennes de juin 1999 (chacun menant une liste vaguement gaulliste).

     

     
     


    Pendant cette deuxième vie, celle de la respectabilité politique, Charles Pasqua est devenu le puissant conseiller de Jacques Chirac, incontournable, indispensable. Mais l'échec de 1988 a été pour Charles Pasqua la prise de conscience que Jacques Chirac était un mauvais cheval, qu'il perdrait sans arrêt, que le gaullisme ne serait plus triomphant avec Jacques Chirac. C'est ainsi qu'il s'est rapproché de Philippe Séguin, dans une sorte de prise en sandwich en 1990 de la direction de RPR (Alain Juppé, Nicolas Sarkozy, Édouard Balladur) par l'aile droite (Charles Pasqua) et l'aile gauche (Philippe Séguin). L'opération a échoué pour la prise de contrôle du RPR, mais a consolidé les liens entre les deux hommes, renforcés par la campagne commune contre le Traité de Maastricht. Charles Pasqua a toutefois été également déçu des capacités de Philippe Séguin à devenir Président de la République, au point qu'à la fin des années 1990, Charles Pasqua s'est mis à son compte, s'alliant pour l'occasion avec le souverainiste Philippe de Villiers et dépassant la liste RPR aux élections européennes de juin 1999.

    Mais il faut parler de la période entre 1990 et 1999, bien sûr, car même "autonomiste", Charles Pasqua était encore resté au sein du RPR, et était même devenu un homme du pouvoir très puissant : Ministre de l'Intérieur du 20 mars 1986 au 10 mai 1988 dans le gouvernement de Jacques Chirac, il l'est redevenu avec un titre de Ministre d'État, Ministre de l'Intérieur et de l'Aménagement du territoire du 30 mars 1993 au 11 mai 1995 dans le gouvernement d'Édouard Balladur. En raison de sondages très flatteurs (trop flatteurs ?) pour Édouard Balladur, Charles Pasqua et Nicolas Sarkozy, comme de nombreux autres hiérarques du RPR, ont choisi de soutenir Édouard Balladur au détriment de Jacques Chirac à l'élection présidentielle de 1995.

     

     
     


    D'où ce message faussement apocryphe proposé ici : « Certains me disaient (…) que tu avais le sens de l’État. Bigre ! Je n’irais pas jusque-là, mais disons qu’il est exact que tu savais prendre tes responsabilités. (…) Tu croyais que Balladur t’aurait nommé Premier Ministre ? Naïf que tu es. Jamais il ne l’aurait fait. Tu n’es pas de son monde. Tu lui aurais fait honte avec tes manières de soudard. (…) Il aurait été capable de t’obliger à porter ses horribles costumes trois boutons qu’il fait fabriquer en Angleterre et qui lui vont si mal. Tu t’imagines cintré dans une veste trois boutons. Je ris à l’avance de la tête que ferait le tailleur en contemplant ton ventre et tes épaules. » ("Lettre apocryphe de Jacques Chirac à Charles Pasqua" publiée dans "Les Échos" le 31 juillet 1995 et rédigée par …Nicolas Sarkozy).

    Ce curieux texte est issu d'une série estivale publiée dans "Les Échos" durant l'été 1995, juste après l'élection de Jacques Chirac, où Nicolas Sarkozy, sous le pseudonyme de Mazarin (son identité était donc cachée), écrivait toutes sortes de lettres politiques pour divertir ses lecteurs, et dans le numéro du 31 juillet 1995, il prenait la plume de Jacques Chirac pour s'adresser à Charles Pasqua. Ce qui ne manquait pas de piment !

    Car au milieu des années 1990, et c'est pour cela qu'il était resté au sein du RPR, Charles Pasqua était au sommet de son influence politique. Président du groupe RPR au Sénat, il a raté de quelques voix la Présidence du Sénat en octobre 1992 (face à René Monory), ce qui représentait le deuxième personnage de l'État, celui susceptible de succéder au Président de la République en cas de vacance présidentielle, et celle-ci était même probable en raison de la grave maladie de François Mitterrand. L'histoire ne ressert jamais deux fois le même plat. Une fois de retour Place Beauvau, Charles Pasqua était un allié puissant d'Édouard Balladur, et comme il a été souvent dit, il faisait partie des premiers-ministrables en cas d'élection de ce dernier (même si je pense qu'Alain Juppé, bien que chiraquien, aurait quand même été nommé).
     

     
     


    Le Petit Luxembourg, Matignon, la puissance d'un homme politique (et d'une femme politique) se mesure à la projection qu'on l'imagine dans des fonctions suprêmes. En revanche, il n'a jamais été question d'une candidature sérieuse à l'élection présidentielle (en 2002, sa motivation semblait assez faible).

    Charles Pasqua s'est réconcilié avec Nicolas Sarkozy et son parti d'origine (devenu UMP) au début des années 2000, ce qui lui a permis de reprendre un dernier mandat de sénateur (entre 2003 et 2011), lui garantissant une certaine immunité parlementaire, en compensation de la présidence du conseil général des Hauts-de-Seines (qu'il a abandonnée en mai 2004 à Nicolas Sarkozy qui allait, lui, se faire proclamer président de l'UMP quelques mois plus tard, puis candidat à l'élection présidentielle de 2007).

    En s'éteignant il y a dix ans, l'ancien vieux sénateur a emporté avec lui quelques secrets du gaullisme historique, la version la moins héroïque mais peut-être pas la moins efficace. Celle de la raison d'État.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (28 juin 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Charles Pasqua.
    Légende.
    Le grognard éprouvé du postgaullisme.
    La mémoire explosive de Charles Pasqua.
    Pasqua, ange et démon.
    Jacques Lafleur.
    Dick Ukeiwé.
    Olivier Marleix.
    Un choc violent.
    Charles Pasqua.
    Jean-Marie Demange.
    Gérard Gaudron.
    Jean-Pierre Abrioux.

    Jean Tiberi.
    La nouvelle direction de LR : cap vers 2027 ?
    Bruno Retailleau.
    LR : plébiscite pour Bruno Retailleau !
    Congrès LR : les jeux sont-ils faits ?
    De Gaulle.
    Philippe Bas.
    Xavier Bertrand.
    L'offensive de Bruno Retailleau.
    Nicolas Sarkozy.
    Jean-Louis Debré.
    Claude Malhuret.
    Philippe De Gaulle.
    François-Xavier Ortoli.
    Alain Juppé.

    Édouard Philippe.
    Laurent Wauquiez.
    Aurore Bergé.
    Alain Peyrefitte.
    La sagesse inattendue de Jean-François Copé.
    Yvon Bourges.
    Christian Poncelet.
    René Capitant.
    Patrick Devedjian.

     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250629-pasqua.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/charles-pasqua-grande-gueule-du-261324

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/01/article-sr-20250629-pasqua.html



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  • Giorgio Napolitano, un devoir de responsabilité devant la Nation

    « Je suis prêt, s'il le faut, à mettre mes forces à dure épreuve ! » (Giorgio Napolitano, le 22 avril 2013, discours d'investiture, à Rome).




     

     
     


    L'ancien Président de la République italienne Giorgio Napolitano est né il y a exactement 100 ans, le 29 juin 1925 à Naples. Il s'est éteint il y a un peu moins de deux ans, le 22 septembre 2023, à l'âge canonique de 98 ans, battant le record de longévité d'un ancien chef de l'État italien. En outre, il est le premier ancien militant communiste italien (et le seul) à avoir été élu Président de la République italienne, pour la succession de Carlo Ciampi.

    Il avait aussi été le premier ancien communiste à avoir été nommé Ministre de l'Intérieur du 17 mai 1996 au 21 octobre 1998 dans le gouvernement de Romano Prodi. Et il a été le premier Président de la République à avoir été réélu, pas de sa propre volonté, mais à cause de l'impasse politique des parlementaires, incapables de trouver un autre successeur que lui-même. Président de la République italienne depuis le 15 mai 2006 (élu le 10 mai 2006), Giorgio Napolitano a été réélu le 20 avril 2013, soit proche de l'âge de 88 ans pour un mandat de sept ans. Il a démissionné le 14 janvier 2015 avant ses 90 ans, comme il s'y était engagé à sa réélection (il n'était pas question pour lui de rester Président jusqu'à 95 ans !), laissant la place à Sergio Mattarella (qui lui aussi allait être reconduit pour un second mandat qu'il poursuit actuellement).

    Giorgio Napolitano s'est engagé dans la Résistance contre le fascisme de Mussolini. En 1945, il s'est engagé au sein du parti communiste italien (PCI), devenant l'un des leaders de l'aile droite du PCI jusqu'à sa transformation en 1991 (en parti démocrate de la gauche), devenant le président du groupe des députés communistes de 1981 à 1986. Il a été élu et réélu député de Naples de juin 1953 à mai 1963 puis de juin 1968 à mai 1996, et il a même été élu Président de la Chambre des députés du 3 juin 1992 au 14 avril 1994 (au bout de cinq tours de scrutin) à la suite d'Oscar Luigi Scalfaro, élu Président de la République le 25 mai 1992 après avoir été élu Président de la Chambre le 24 avril 1992. Avant Oscar Luigi Scalfaro, siégeaient à la Présidence de la Chambre deux anciens membres du parti communiste, Pietro Ingrao (élu de 1976 à 1979) et Nilde Iotti (élue et réélue de 1979 à 1992).

    Dans les années 1970, Giorgi Napolitano a appuyé Enrico Berlinguer, nouveau secrétaire général du PCI de 1972 à 1984 (date de la mort de ce dernier), pour promouvoir le réformisme au sein du PCI, ainsi que la conception d'un communisme spécifiquement européen qui ne soit pas dépendant du communisme soviétique, autrement dit, souhaitant définir une voie social-démocrate en Italie. En 1991, après les bouleversements de l'échiquier politique (décomposition de la démocratie chrétienne italienne), le PCI est devenu PDS, parti démocrate de gauche qu'ont rejoint entre autres Giorgio Napolitano et Massimo D'Alema, également ancien du PCI, et qui allait devenir une composante du futur Parti démocrate (en octobre 2007).


    Élu député européen de 1989 à 1992 (dans le groupe de la gauche radicalisée) et de 1999 à 2004 (dans le groupe des socialistes européens), Giorgio Napolitano a été nommé Ministre de l'Intérieur par Romano Prodi, alors qu'il n'a pas été réélu député en 1996. Après la démission du gouvernement Prodi, il a quitté ses fonctions de ministre et est devenu sénateur à vie à partir de 2005 (nommé par le Président Carlo Ciampi).
     

     
     


    L'élection présidentielle de mai 2006 a eu lieu après la victoire du centre gauche aux élections générales des 9 et 10 avril 2006. Malgré le soutien du Silvio Berlusconi, le Président du Conseil sortant, le Président sortant Carlo Ciampi ne souhaitait pas se présenter pour un second mandat, la désignation de Massimo D'Alema, ancien Président du Conseil semblait probable, mais Romano Prodi, chef de la coalition victorieuse, a finalement soutenu la candidature de Giorgio Napolitano élu au quatrième tour le 10 mai 2006.

    Le premier tour du 8 mai 2006 a vu 456 parlementaires voter blanc ou nul, et beaucoup de déperdition de voix au centre gauche, ce qui a conduit Gianni Letta, ancien ministre et candidat de Silvio Berlusconi, à obtenir 369 voix sur 984 votants et 1 007 inscrits (les autres candidats sont arrivés très loin derrière, Massimo D'Alema seulement 27 voix, Giorgio Napolitano 8 voix, etc.). Le deuxième tour était encore pire puisque 746 ont voté blanc ou nul. Le premier candidat était le chef de la Ligue du Nord, Umberto Bossi avec 38 voix sur 973 votants, talonné par Massimo D'Alema 35 voix. Le troisième tour encore pire avec 798 votes blancs ou nuls, plaçant en tête Massimo D'Alema 31 voix sur 976, et Giorgio Napolitano 16 voix. Au quatrième tour, un consensus s'est établi autour de Giorgio Napoltano, élu avec 543 voix sur 990 votants, avec encore 361 votes blancs ou nuls, le deuxième candidat était Umberto Bossi avec 43 voix et ensuite, troisième, Massimo D'Alema avec 10 voix.

    Ces élections présidentielles ont l'air laborieuses en Italie mais ce n'est pas italien, c'est institutionnel. On retrouvait les mêmes magouilles politiciennes lors des élections présidentielles sous la Troisième République française...


    L'un des premiers actes du Président Giorgio Napolitano a été de nommer le 17 mai 2006 Romano Prodi à la Présidence du Conseil puisque la coalition de centre gauche qu'il dirigeait avait gagné les élections d'avril, ce qui a mis un terme à la crise politique.
     

     
     


    Et c'est une autre crise politique bien plus grave encore qui l'a conduit à solliciter un deuxième mandat, faute d'un candidat de consensus pour sa succession, en raison, des élections générales anticipées des 24 et 25 février 2013 qui ont amené un Parlement particulièrement éclaté politiquement. Parmi les présidentiables, quelques figures comme Giuliano Amato, Romano Prodi, Massimo D'Alema, aussi trois femmes dont Emma Bonino, aussi Gianni Letta, soutenu par Silvio Berlusconi, Stefano Rodata, soutenu parle Mouvement 5 étoiles, Sergio Mattarella puis Franco Marini, soutenus par le Parti démocrate, etc.

    Le premier tour du 18 avril 2013, Franco Marini est arrivé en tête avec 521 sur 999 votants (et 1 007 inscrits), soit la majorité absolue des inscrits, mais pas la majorité des deux tiers des inscrits comme c'était nécessaire pour les trois premiers tours, avec 119 bulletins blancs ou nuls. Les principaux autres candidats étaient alors Stefano Rodota avec 240 voix, Sergio Chiamparino 41 voix, Romano Prodi 14 voix, Emma Bonino 13 voix, Massimo D'Alema 10 voix, etc. Le quatrième tour a vu Romano Prodi proche de la victoire avec 395 voix sur 732 votants (l'abstention lui a été fatale avec 275 parlementaires qui se sont abstenus). Il a fallu attendre le sixième tour du 20 avril 2013 pour voir la réélection de Giorgio Napolitano avec 738 voix sur 997 votants (et 1 007 inscrits) face à son principal concurrent, Stefano Rodota 217 voix. Soutenu tant par Silvio Berlusconi que par le Parti démocrate, Giorgio Napolitano avait accepté un second mandat comme « un devoir de responsabilité envers la Nation ».

    La réélection de Giorgio Napolitano a mis en lumière de profondes divisions au sein du Parti démocrate, notamment entre son chef de l'époque, Pier Luigi Bersani, et Matteo Renzi, le très influent maire de Florence. Dans l'incapacité à imposer son candidat à l'élection présidentielle, Pier Luigi Bersani a démissionné de la tête du Parti démocrate, laissant un boulevard à son concurrent Matteo Renzi qui allait devenir secrétaire du Parti démocrate du 15 décembre 2013 au 12 mars 2018 et Président du Conseil du 22 février 2014 au 12 décembre 2016. Après sa réélection, Giorgio Napolinato a nommé le 24 avril 2013 Enrico Letta Président du Conseil et ce dernier a été le premier chef du gouvernement à avoir obtenu le soutien des deux premiers partis du Parlement.
     

     
     


    Après sa démission le 14 janvier 2015, Giorgio Napolitano est devenu sénateur à vie en tant qu'ancien Président de la République, et il était déjà sénateur à vie avant d'y être élu dès 2005. À ce titre, il a été le doyen de la chambre haute de la République italienne et a présidé la séance inaugurale du Sénat en mars 2018. En revanche, en octobre 2022, il n'a pas présidé cette séance inaugurale pour raison de santé.

    Lorsque Giorgio Napolitano est mort, le 22 septembre 2023, Sergio Mattarella était le Président de la République (il l'est encore à ce jour et détient le record de longévité avec plus de dix ans d'exercice) et Giorgia Meloni était la Présidente du Conseil (elle l'est encore). En revanche, le pape était le pape François qui n'est plus et qui s'est recueilli devant la dépouille de Giorgio Napolitano, ce qui était un fait exceptionnel pour un pape (première fois qu'un pape s'est recueilli devant le cercueil d'un ancien chef d'État ou de gouvernement). Le pape n'était pas rancunier car Giorgio Napolitano avait précisé qu'il ne souhaitait pas de cérémonie religieuse pour son enterrement. Il fut exaucé le 26 septembre 2023 à Rome, en présence notamment du Président français Emmanuel Macron et du Président allemand Frank-Walter Steinmeier, ainsi que l'ancien Président portugais Anibal Cavaco Silva et l'ancien Président français François Hollande.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (28 juin 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Giorgio Napolitano.
    Carlo Ciampi.
    Sergio Mattarella.
    Oscar Luigi Scalfaro.
    Matteo Renzi.

    Italo Calvino.
    Valeria Bruni Tedeschi.
    Marcello Mastroianni.
    Sophia Loren.
    Maurizio Pollini.

    Silvio Berlusconi.
    L'Ocean Viking et la défense de la patrie.
    Carla Bruni.
    Il y a un siècle, l'arrivée au pouvoir de Mussolini.
    Giorgia Meloni.
    Majorité absolue confortable pour Giorgia Meloni en Italie.
    L'Italie face à son destin en 2022.
    Kiev le 16 juin 2022 : une journée d’unité européenne historique !
    David Sassoli.
    Super Mario Draghi, l’homme providentiel de l’Italie ?
    Relance européenne : le 21 juillet 2020, une étape historique !
    Pourquoi Giuseppe Conte a démissionné le 26 janvier 2021.
    Giuseppe Conte.
    Good bye Salvini !
    Salvini, le double Mitterrand italien ?
    Sueurs froides à l’italienne.
    L’Italie en pleine dérive ?
    Élections législatives italiennes du 4 mars 2018.
    Carlo Ciampi.
    Ennio Morricone.
    Emilio Colombo.


     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250629-giorgio-napolitano.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/giorgio-napolitano-un-devoir-de-260871

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/06/29/article-sr-20250629-giorgio-napolitano.html


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  • Alain Aspect, un académicien très intriquant !

    « Mon goût pour la science est né à l’école primaire, grâce à des enseignants qui valorisaient cette discipline et les leçons de choses. » (Alain Aspect, le 4 octobre 2022 dans "Sud-Ouest").






     

     
     


    Cela ne m'a pas fait autant plaisir que le 4 octobre 2022 lorsqu'il a reçu son Prix Nobel de Physique (qu'il attendait depuis une quarantaine d'années), mais cela fait quand même très plaisir : le grand physicien français Alain Aspect a été élu membre de l'Académie française ce jeudi 26 juin 2025 dès le premier tour avec 16 voix sur 21 votants (les académiciens ne sont pas les plus assidus).

    C'est le mythe socratique du tout bien tout beau tout juste qui revient. Quand ça va une fois, ça va toutes les fois. Alors, soyons clairs : Alain Aspect n'est pas un grand écrivain, et n'a pas une étendue d'œuvres littéraires à faire pâlir Voltaire ou Victor Hugo. Mais ce n'est pas l'essentiel. Lorsque Simone Veil, une autre pas-grande-écrivaine a été reçue sous la Coupole, le doyen de longévité Jean d'Ormesson avait expliqué qu'il n'attendait pas de tous les membres d'être de grands écrivains mais de représenter l'excellence de la France, d'où l'intérêt d'avoir parmi les Immortels cette illustre femme Simone Veil, mais aussi des scientifiques (très peu nombreux), quelques prélats (des cardinaux, des évêques), des militaires (des généraux), des personnalités politiques (dont d'ailleurs un ancien "protecteur" de l'Académie, Valéry Giscard d'Estaing), etc. À tel point que Jean d'Ormesson a voulu voir intégrer l'Académie un metteur en scène, un scénariste du cinéma et aussi un parolier (ce fut Jean-Loup Dabadie).

    Ce n'est pas la première fois que le Prix Nobel a été un Sésame pour entrer par la grande porte de l'Académie. Ainsi, Jules Hoffmann, grand biologiste, a reçu le Prix Nobel de Médecine le 3 octobre 2011 et a été élu à l'Académie française le 1er mars 2012 par 17 voix sur 23 votants. Il lui a fallu moins de cinq mois pour succéder à Jacqueline de Romilly au fauteuil n°7. Quand un Nobel entre à l'Académie française, ce n'est pas le Nobel qui est honoré d'être académicien, c'est plutôt l'Académie qui est honorée de compter parmi les siens un Nobel. Deux maintenant ! Je parle évidemment de l'Académie française.

    Avant Alain Aspect, il y a déjà eu d'autres physiciens sous la Coupole, mais ils ont été très peu nombreux. On peut en citer au moins trois autres, dont un Prix Nobel, Louis de Broglie (1892-1988), qui a eu son Nobel à l'âge de 37 ans en 1929, puis a été élu à l'Académie en octobre 1944 à l'âge de 52 ans, l'un des acteurs majeurs de l'histoire de la physique quantique, Louis Leprince-Ringuet (1901-2000), académicien en 1966, un chercheur dans le nucléaire, et collaborateur de Maurice de Broglie (1875-1960), grand frère du précédent, physicien et académicien également, élu en 1934.

     

     
     


    Alain Aspect, lui, succède au poète et dramaturge centenaire René de Obaldia mort le 27 janvier 2022 à 103 ans, occupant du fauteuil n°22 qui est aussi celui de Julien Green et de François Mauriac. L'Académie française a eu un peu de mal à rédiger sa biographie sur son site et si elle évoque les trois décorations françaises (commandeur de la Légion d'honneur, officier de l'ordre national du Mérite et commandeur des Palmes académiques), elle reste évasive sur ses autres distinctions : « Il est membre de l’Académie des sciences et de nombreuses académies scientifiques étrangères. ».

    On peut quand même en préciser certaines (pas toutes) : Médaille d'or du CNRS (2005), la plus grande récompense française pour un chercheur, Prix Wolf de Physique (2010), Médaille d'or Niels-Bohr (2013), Médaille Albert-Einstein (2012), Prix Gay-Lussac Humboldt (1999), Prix Max-Born (1999), etc. Il est membre de plus d'une dizaine d'académies françaises ou étrangères, dont l'Académie des sciences française à partir de 2021 (avant son Nobel).


    Son itinéraire est brillant : fils d'instituteurs du Lot-et-Garonne, lycéen d'Agen, normalien en 1965, DEA en optique (l'équivalent de master2) à l'Université de Paris-Orsay en 1968, agrégé de sciences physiques en 1969, docteur de troisième cycle à l'Institut d'Optique théorique et appliquée (à Orsay) en 1971, docteur d'État en 1983, professeur à Polytechnique en 1984, directeur de recherche au CNRS en 1992 professeur à l'École normale, etc.

    Pendant une partie de sa carrière, entre 1985 et 1992, Alain Aspect a travaillé aux côtés de Claude Cohen-Tannoudji (qui a maintenant 92 ans), futur Prix Nobel de Physique en 1997, dans un laboratoire du Collège de France et de l'École normale (sur le refroidissement d'atomes par laser).

    Mais déjà à cette époque, il était, à mon sens, une sommité en physique. Car c'est sa thèse d'État qui a été remarquable (il l'a soutenue le 1er février 1983 en présence de John Bell avec Claude Cohen-Tannoudji et Bernard d'Espagnat dans son jury). En 1982, sur proposition des physiciens Christian Imbert et Olivier Costa de Beauregard, il a "simplement" réalisé ce qu'on appelle désormais l'expérience d'Alain Aspect, à savoir la preuve de l'intrication quantique. C'est sans doute trop difficile pour des journalistes qui ont rarement une formation de scientifiques si bien qu'encore aujourd'hui, malgré le Nobel et l'Académie française, il reste peu connu et peu médiatisé.

    L'intrication quantique, ce qui lui a valu le Prix Nobel, était d'abord le résultat d'une discussion théorique. Albert Einstein ne croyait pas à l'interprétation de la physique quantique et n'appréciait pas intellectuellement que la réalité soit probabiliste. Pour lui, il manquait des variables pour prendre en compte complètement la réalité. C'est sa fameuse théorie des variables cachées. Ce fut un débat intellectuel entre les deux sommités de la physique contemporaine, lui et Niels Bohr, parangon de l'interprétation dite de Copenhague (où il habitait). Le débat, hélas, n'était pas clos malgré la mort des protagonistes. Heureusement, un mathématicien John Bell, en 1964, a réussi à pondre ses inégalités (les inégalités de Bell) qui seraient respectées si et seulement si Einstein avait raison. C'étaient des mathématiques de la théorie des groupes.

    Alain Aspect "n'a fait que" mettre en pratique les inégalités de Bell, qui restaient alors théoriques. Or, par l'expérience, il a prouvé que les inégalités de Bell n'étaient pas respectées, donc Einstein avait tort ! Il faut bien comprendre qu'à cette époque, Alain Aspect était encore étudiant, puisque ces travaux lui servaient pour obtenir le titre de docteur d'État, l'équivalent aujourd'hui de l'habilitation à diriger des recherches (permettant de postuler au poste de professeur des universités).


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    Le nouveau docteur d'État n'en a pourtant pas fait une affaire d'État, simplement un petit fait intellectuel remarquable. Finalement, dans le grand débat entre Einstein et Bohr, c'était donc Bohr qui avait raison. Dommage alors qu'Einstein n'existait plus depuis longtemps, car on aurait pu imaginer une réaction intéressante de sa parti à cette expérience. Le pire, c'est qu'Alain Aspect a poursuivi sa carrière avec un autre thème (d'optique, car l'optique est sa compétence). Il ne croyait pas que l'intrication quantique pouvait avoir des applications concrètes, alors que finalement, si, toutes les théories de l'information passent désormais par l'intrication quantique qui conduit à envisager des ordinateurs quantiques beaucoup plus puissants que les nôtres actuellement.

    Mais je me rends compte que je n'ai pas expliqué ce qu'était l'intrication quantique. Je vais tenter avec simplisme : c'est l'histoire de deux particules. Elles ont été en interaction un jour puis elles se sont quittées et éloignées l'une de l'autre. Cette "mémoire" de la rencontre est pourtant restée quelque part dans la matière. En gros, soit la limitation de la vitesse à la vitesse de la lumière est violée (ce qui mettrait en péril toute notre physique contemporaine), soit cela signifie que la matière a mémorisé un historique de rencontre.

    Le thème est passionnant et beaucoup de profanes s'en sont emparé, des poètes mais aussi des charlatans qui, sous prétexte de quantique, vous font les poches par des stages de développement personnel ou autre complètement bidons !

    Ce n'était donc pas étonnant que dès la conclusion de cette expérience, en 1982, on pouvait imaginer raisonnablement que son auteur allait être récompensé par le Prix Nobel. Il a fallu attendre le temps d'imaginer que cette expérience ne réponde pas seulement à une expérience de la pensée, mais qu'elle est aussi le point de départ d'applications particulièrement prometteuses, comme je l'ai indiqué, d'ordinateur quantique.

    Le Prix Nobel ne devrait être attribué que lorsque le récipiendaire est encore en activité, car cela lui fournirait un financement supplémentaire à ses recherches. Depuis le début des années 1990, les nombreux physiciens français (huit : Pierre-Gilles de Gennes, Georges Charpak, Claude Cohen-Tannoudji, Albert Fert, Serge Haroche, Gérard Mourou, Alain Aspect, Anne L'Huillier) qui ont reçu le Nobel l'ont reçu lorsqu'ils étaient retraités ou proches de la retraite. Alors, le Prix Nobel sert à une autre chose : à la médiatisation encore très laborieuse de la physique auprès du grand public.

    Alain Aspect est à cet égard exemplaire : ses parents étaient instituteurs, donc, ils lui ont transmis la curiosité du savoir. Dès l'école primaire, il a eu envie de faire de la science parce que ses enseignants ont beaucoup agi pédagogiquement sur des sujets scientifiques. Ensuite, au lycée, un professeur de physique l'a passionné encore plus. La passion était née et resterait toujours aussi vivante. Passion et curiosité. Typique d'une des institutions qu'Alain Aspect avait défendue le 24 mars 2009 : le Palais de la Découverte, qui a fait germer la passion de la science à de nombreux futurs chercheurs. En se hissant parmi les Immortels, Alain Aspect fait entrer l'excellence française en physique. Toutes mes félicitations pour cette élection !



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (26 juin 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Alain Aspect, un académicien très intriquant !
    Alain Aspect et Annie Ernaux à Stockholm.
    Le Nobel pour Alain Aspect !
    Portrait assez complet d'Alain Aspect par le Journal du CNRS en 2005.
    Télécharger la thèse d'Alain Aspect soutenue le 1er février 1983.

    L'expérience d'Alain Aspect.
    Le Palais de la Découverte.



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    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250626-alain-aspect.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/technologies/article/alain-aspect-un-academicien-tres-261749

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/06/27/article-sr-20250626-alain-aspect.html










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  • L'indignation de François Bayrou

    « Je veux le dire devant vous, ce travail, contrairement à ce qui a été abondamment dit et écrit, a été remarquablement utile.(...) Je suis impressionné par les progrès, je crois que vous allez en avoir la preuve, qui ont été faits depuis quatre mois. Il y a pu y avoir des moments de tension, parfois d'agacement, c'est inévitable dans de telles négociations, et sur un sujet aussi passionné. Mais, j'affirme que les représentants des salariés et des entreprises ont chacun pris en compte les attentes de leurs interlocuteurs et ont ensemble pris en compte ce qui est plus important encore : l'intérêt général » (François Bayrou, conférence de presse du 26 juin 2025 à Matignon).




     

     
     


    L'indignation de François Bayrou, c'est de faire payer par les jeunes d'aujourd'hui, qui ne sont pas encore sur le marché du travail, et même des plus jeunes encore, les pensions de retraite des retraités d'aujourd'hui et d'hier. Car tant que le système des retraites n'est pas à l'équilibre financier, c'est bien la dette, et donc, les générations futures, qui financent ces pensions. Une situation inacceptable que l'ancien candidat à l'élection présidentielle avait dénoncée déjà il y a plus de vingt ans à une époque où il était seul à s'inquiéter des déficits publics et de la dette publique.

    Mais l'indignation du Premier Ministre, c'est aussi de considérer que le conclave sur les retraites, qui a duré quatre mois (du 27 février au 24 juin 2025) se serait soldé par un échec. François Bayrou a assuré qu'il n'en était rien et qu'il entendait encore poursuivre la concertation entre les partenaires sociaux pour arriver à un accord, et si, malgré ce nouveau round de négociations, il n'y avait pas d'accord, alors le gouvernement prendrait ses responsabilités et déposerait quand même un texte à l'Assemblée à la rentrée parlementaire d'octobre 2025 sur les points actuels d'accord. C'est ce qu'il a expliqué au cours d'une conférence de presse tenue ce jeudi 26 juin 2025 à 17 heures à Matignon. Il avait au préalable fait une déclaration le mardi 24 juin 2025 à 7 heures à Matignon pour conclure le conclave sur les retraites terminé la veille.

    Le calendrier politique du Premier Ministre est très serré. François Bayrou a rejeté les accusations qui laisseraient croire que le principe du conclave sur les retraites lui permettrait de gagner du temps. En fait, en déposant le même jour, ce jeudi, une motion de censure sur la question des retraites, avant même d'écouter la conférence de presse du Premier Ministre, le parti socialiste est retombé dans sa décomposition la plus crasse de l'irresponsabilité politique, surfant sur l'électoralisme municipal (il craint la concurrence de listes écolo-insoumises aux élections municipales de mars 2026).

    Donc, le mardi 1er juillet 2025, les députés vont examiner la motion de censure déposée par les socialistes. Une initiative pas très utile et très politicienne puisque le RN a déjà annoncé qu'il n'entendait pas se prêter à ce jeu politique. La session parlementaire ordinaire s'achèvera le
    4 juillet 2025 mais sera prolongée par une courte session extraordinaire jusqu'au 11 juillet 2025. Un arrêt mis à profit par François Bayrou pour annoncer la semaine suivante ses premières propositions budgétaires pour réduire le déficit de 40 milliards d'euros. Les parlementaires reprendront leur travail dans l'hémicycle à la prochaine session ordinaire, le 1er octobre 2025. Si le gouvernement franchit l'étape de la huitième motion de censure (rien n'est totalement sûr), alors il pourra tabler sur une durée de vie d'encore trois mois au moins avec le sujet qui sera explosif cet automne, le prochain budget 2026.
     

     
     


    Reprenons la chronologie de sa communication de cette semaine.

    Le lundi 23 juin 2025, ce fut la dix-huitième et dernière journée du conclave sur les retraites. Aucun accord n'en est ressorti, mais il semblerait qu'on n'était pas loin de cet accord. L'échec serait à mettre plutôt sur l'intransigeance du Medef qui refuse de financer par des augmentations de charges les quelques avancées sur lesquelles tout le monde est d'accord, en particulier sur la revalorisation des pensions pour les mères de famille (moyenne des vingt-trois meilleures années, au lieu de vingt-cinq pour les mères d'au moins deux enfants) et fin de la décote du calcul de la pension à partir de 66 ans et demi au lieu de 67 ans. Enfin, tous les partenaires sociaux ont accepté le principe d'un système financièrement équilibré à l'horizon 2030.

    Le lendemain matin, mardi 24 juin 2025 à 7 heures, François Bayrou a fait une courte déclaration à Matignon. Il y a annoncé qu'il reverrait chaque partenaire social, seul dans son bureau, pour tenter une conciliation et aboutir à un accord... qui ne serait pas loin.

    Pour le Premier Ministre, sa première satisfaction, c'est le retour du dialogue social « hors de toute intervention du gouvernement » : « On est passé de l'affrontement au travail en commun, et c'est un grand acquis. ». Sa deuxième satisfaction, c'est qu'on a frôlé l'accord : « Dans la dernière ligne droite, on est arrivé très près d'un accord historique. ».

    C'est cette situation que a conduit François Bayrou a refusé le constat d'un désaccord : « Bien sûr, je peux naturellement comprendre qu'on constate un échec lorsqu'on est sur des positions radicalement différentes ou opposées. Mais je ne peux pas accepter sans réagir qu'on se satisfasse d'échouer si près du but. Et encore moins, suffit d'observer l'actualité, encore moins lorsque notre pays est le monde traversent des moments si dangereux et dans lesquels notre première sauvegarde est dans l'unité du pays. Je considère donc que notre devoir est de ne pas baisser les bras et de tout faire pour permettre de dépasser un tel blocage. C'est pourquoi, j'ai décidé d'inviter les organisations qui ont travaillé ensemble durant ces quatre mois à me rencontrer dès ce matin pour rechercher une voie de passage dans l'intérêt de notre pays. ».
     

     
     


    Deux jours et demi plus tard, le jeudi 26 juin 2025 en fin d'après-midi, François Bayrou est revenu devant la presse au cours d'une conférence de presse nettement plus longue avec réponse aux questions des journalistes.

    Il a donc eu l'occasion de faire un bilan des négociations avec les différents protagonistes : « Il est vrai qu'il n'a pas, au terme de la journée de lundi, débouché dans un premier temps sur un accord immédiat, mais pour avoir fait l'inventaire détaillé, des pas en avant, des points d'accord et de dissonance, pour avoir de manière approfondie échangé avec chacune des organisations sur leurs priorités, sur leur vision de l'avenir. ».

    Avant d'expliquer les points d'accord, le chef du gouvernement a rappelé les six objectifs fixés au début de ce conclave des retraites :
    1. Garantir l'équilibre financier d'ici à 2030.
    2. Encourager le travail des seniors en France.
    3. Renforcer la justice sociale : pension des femmes, âge de décote et pénibilité.
    4. « Ne pas alourdir le coût du travail » par une augmentation des charges sociales ».
    5. « Faire que le débat sur les retraites ne soit plus une fracture politique et sociale, et en particulier qu'il ne devienne pas ce qui est à mes yeux une vraie menace et peut-être une menace en cours de réalisation, un conflit de générations ».
    6. Repenser la gouvernance du système des retraites.

    Ensuite, François Bayrou a indiqué les différentes avancées dans ces négociations, et la principale à ses yeux : « Tous les participants se sont accordés, et ça n'était pas facile, pour ne pas remettre en cause dans cette négociation, les conditions d'âge fixées par la loi de 2023. C'est une avancée décisive, et je veux saluer le courage des responsables qui se sont accordés sur ce point. ».

    Il y a aussi, déjà annoncés ici, l'objectif de l'équilibre financier pour sauver le système par répartition ; « l'âge d'annulation de la décote, c'est-à-dire (…) l'âge des départs à taux plein, ramené de 67 ans à 66 ans et demi » ; la revalorisation des pensions de mères de famille (moyenne des vingt-quatre meilleures années pour un enfant, vingt-trois pour deux enfants et plus, au lieu de vingt-cinq) ; la réduction de deux trimestres de travail par maternité.

    Enfin, il y a sans doute le plus difficile techniquement : « Tous les participants se sont accordés, c'était une demande très explicite et très soutenue des organisations syndicales pour que soit mieux prise en compte la pénibilité du travail. ».
     

     
     


    François Bayrou a expliqué très précisément où ça coinçait pour la pénibilité, alors que les partenaires sociaux sont d'accord sur deux points et demi sur trois : « Alors je vais énumérer les demandes qui étaient celles des organisations syndicales sur la pénibilité. [Elles] souhaitaient, voulaient d'abord la réintégration des trois critères de pénibilité dits ergonomiques, port de charges lourdes, exposition aux vibrations, et posture difficile, qui avaient été écartés de la liste des critères de pénibilité, six autres critères, le travail de nuit par exemple, au moment de l'adoption de la loi de 2023. Ensuite, ils demandaient la définition à partir de ces trois critères d'une cartographie des métiers exposés : métiers à risque de pénibilité permettant un repérage précoce et donc, d'une certaine manière, permettant une cartographie du risque. C'était la deuxième demande des organisations syndicales. Ces deux premières demandes ont été acceptées telles quelles. Il y avait une troisième demande qui était la définition de la réponse à ces risques de pénibilité. Il y avait deux types de réponses évoquées. Le premier type de réponse, c'est la mise en place d'une politique de prévention généralisée. Et la deuxième réponse, c'est la recherche de réparation. Alors, la politique de prévention généralisée a été acceptée par tout le monde. Donc, deux exigences et demie satisfaites. Il reste une troisième, enfin, il restait la deuxième partie de l'exigence de prévention et de réparation, qui touche à la réparation. Et ici, la négociation n'a pas tout à fait permis d'aboutir. Entreprises et organisations syndicales s'accordant complètement sur la prévention, mais pas sur la réparation. Les uns, les organisations syndicales souhaitant une réparation générale, et les autres, les entreprises, une réparation individuelle sur décision médicale. Et sur ce point, en effet, il demeure une recherche d'accord. Je vais le dire autrement, sur ce point, une recherche d'accord est indispensable. Mais je suis persuadé qu'un chemin d'accord existe. (…) Et si l'on réfléchit à ce que pourrait être une politique générale de lutte contre la pénibilité, j'imagine qu'aucun d'entre nous ne souhaite que la pénibilité soit maintenue tout au long de la carrière. Si l'on se donne comme objectif de repérer, à partir de ces visites médicales et de cette cartographie, les expositions à la pénibilité, on peut souhaiter, vouloir, on peut imaginer qu'on puisse proposer des réorientations aux salariés qui y sont exposés. ».

    Dernier point d'achoppement, le financement de ces avancées sociales : « S'agissant du financement de ces changements, deux accords ont été trouvés. Financement de la pénibilité dans le cadre des accidents de travail et des maladies professionnelles, c'est 500 millions. Et rationalisation possible du cumul emploi-retraite, c'est 500 millions supplémentaires. Il n'y a pas encore d'accord trouvé, c'est la même chose, c'est le point qui reste à éclaircir. Pour boucler le financement des mesures de justice et de retour à l'équilibre, c'est 400 millions, mais je suis persuadé pour avoir parlé avec toutes les organisations et envisagé avec elles des possibilités de compromis, ou d'innovation ou de découverte d'un chemin nouveau, je suis persuadé qu'on peut très vite trouver un accord sur ce sujet. ».

    Donc, pour résumer, il reste, pour atteindre un accord, l'approfondissement de deux sujets (réparation pour la pénibilité, et partie de son financement) : « Il n'y a plus que deux sujets qui demeurent à résoudre et qui sont des sujets, pardon de le dire, solubles, à portée de la main, alors que la totalité des décisions qui ont été l'objet d'un accord au moins implicite, sont impressionnants. Et vous conviendrez avec moi, j'en suis sûr, que rapporté à l'ampleur des progrès et équilibre de notre système, âge, carrière des femmes, décote et pénibilité, ces deux sujets à traiter sont peu de choses dans les derniers mètres. Les experts et les négociateurs des organisations vont se remettre au travail pour rapprocher les points de vue. ».
     

     
     

    Et, voulant rassurer les socialistes qui ont déposé une motion de censure par crainte de ne pas voir arriver de texte à l'Assemblée, François Bayrou a insisté sur la parole donnée : « Si les partenaires ne parvenaient pas à se mettre d'accord, le gouvernement prendrait ses responsabilités et proposerait des dispositions de compromis qui seraient introduites dans le texte qui en tout état de cause, prenant en compte tous ses progrès, sera, comme je m'y étais engagé, soumis au Parlement à l'automne dans le cadre du projet de loi de financement de la sécurité sociale. Il y aura donc une démarche législative, une démarche du Parlement pour répondre à toutes les questions posées. ».

    Enfin, avant de répondre aux questions des journalistes, le Premier Ministre a redit sa reconnaissance aux partenaires sociaux qui ont joué le jeu, il a même énuméré les noms des négociateurs pour qu'ils en soient remerciés, et pour lui, c'est un point important de son engagement politique depuis toujours qui se trouve mis en pratique : « Je suis persuadé que la méthode qui a été suivie, elle est un signe d'espoir pour la démocratie sociale. Et pour moi, un espoir pour la démocratie sociale, c'est un espoir pour la démocratie tout court. J'avais dit à propos d'un autre événement, "jamais sans les Français". Je suis persuadé que ce n'est pas en accentuant les conflits qu'on résout les problèmes de la nation, c'est en essayant scrupuleusement de trouver des réponses et de dessiner des accords. C'est ce que nous avons fait et je remercie tous ceux qui y ont participé. ».

    Encore une fois, François Bayrou a montré son habileté politique sur la méthode et sa capacité à mener des réformes malgré une situation politique impossible. Il faut vraiment dire qu'il est au sommet de sa vie politique, il doit donc tout donner pendant qu'il est à Matignon. Son mode de gouvernance est étonnant car il n'est pas dans le style classique de la Cinquième République : il ne propose pas des textes déjà ficelés à prendre ou à laisser, mais à accompagner la rédaction même de ces textes, au risque d'être critiqué pour immobilisme. Les parlementaires devraient lui reconnaître cela, leur nouveau pouvoir retrouvé ; jamais les textes votés d'origine parlementaire n'ont été aussi nombreux depuis 1958. C'était bien l'homme qu'il fallait à cet endroit-là, Matignon, à ce moment-là.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (26 juin 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    L'indignation de François Bayrou.
    Conférence de presse du Premier Ministre François Bayrou le 26 juin 2025 à Matignon (texte intégral et vidéo).
    Déclaration du Premier Ministre François Bayrou le 24 juin 2025 à Matignon (texte intégral et vidéo).
    L'échec du conclave sur les retraites : une occasion perdue.
    Emmanuel Macron à la télévision : Mélanie avant l'Urgence Océan.
    Mélanie, la douceur incarnée.
    Sidération institutionnelle.
    Il y a un an, la dissolution !
    La proposition de loi Duplomb pour les agriculteurs.
    Le rejet de la 7e motion de censure contre le gouvernement Bayrou.
    Interview de François Bayrou le 27 mai 2025 sur BFMTV (vidéo intégrale).

    La longévité du Professeur Bayrou.
    Les Républicains.
    Le PS.
    EELV.
    Emmanuel Macron : qu'allait-il faire dans cette galère ?
    Interview du Président Emmanuel Macron le mardi 13 mai 2025 sur TF1 (vidéo).
    Emmanuel Macron à l'initiative pour la paix en Ukraine.
    Emmanuel Macron, le référendum et les Français.
    Emmanuel Macron veut-il influencer l'élection du nouveau pape ?
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    Bétharram : François Bayrou bouleversé par le témoignage de sa fille.
    Budget 2026 : François Bayrou promet-il du sang et des larmes ?
    Discours du Premier Ministre François Bayrou le 15 avril 2025 à Paris (texte intégral et vidéo).
    Emmanuel Macron sur le front du commerce international.
    François Bayrou et l'heure de vérité de l'Europe.
    Gabriel Attal attaque Marine Le Pen sur l'Ukraine.
    Manuel Valls pour la paix, mais pas au prix de la fin de l'Ukraine !
    Claude Malhuret s'en prend à Néron et à son bouffon !
    Emmanuel Macron : la patrie a besoin de vous !
    François Bayrou : la France avait raison !
    Le Pen : inéligibilité, exécution provisoire, récidive et ordre public.
    Marine Le Pen, est-elle si clean que cela ? (22 février 2017).
    Condamnation Le Pen : la justice vole-t-elle l'élection présidentielle de 2027 ?
    Le fond accablant de l'affaire Le Pen.
    Texte intégral du jugement délibéré du 31 mars 2025 sur l'affaire Le Pen (à télécharger).
    Affaire Le Pen : ne confondons pas victime et coupable !
    Marine Le Pen : voler l'argent des Français !
    Marine Le Pen et la sérénité d'une future condamnée ?
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    L'installation du nouveau Conseil Constitutionnel présidé par Richard Ferrand.
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    François Bayrou et la motion de censure de congrès du PS.
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    Bétharram : François Bayrou coupable... de quoi, au fait ?
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    Emmanuel Macron à la télévision le dimanche soir !
    Interview du Président Emmanuel Macron le dimanche 9 février 2025 sur France 2 (vidéo).
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    La quadrature du cercle de Michel Barnier.
     

     
     




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  • La Charte des Nations Unies est une grand-mère de 80 ans !

    « NOUS, PEUPLES DES NATIONS UNIES, RÉSOLUS à préserver les générations futures du fléau de la guerre qui deux fois en l'espace d'une vie humaine a infligé à l'humanité d'indicibles souffrances (…). » (Préambule de la Charte des Nations Unies, 26 juin 1945).




     

     
     


    Ce jeudi 26 juin 2025, les Nations Unies fêtent le 80e anniversaire de la signature de leur Charte. Inspirée de la Société Des Nations (SDN) et des conférences internationales entre alliés pendant la Seconde Guerre mondiale (en particulier la Conférence de Téhéran en décembre 1943, la Conférence de Dumbarton Oaks en octobre 1944 et la Conférence de Yalta en février 1945), la Charte des Nations Unies a été signée à la fin de la Conférence de San Francisco qui s'est tenue du 25 avril au 26 juin 1945 (on peut la lire dans son intégralité à ce lien).

    Rédigée en six langues originales, l'anglais, le français, l'espagnol, le russe, le mandarin et l'arabe, cette charte décrit le fonctionnement des différentes institutions de la future Organisation des Nations Unies (ONU) dont le siège a été fixé à New York, en particulier le Secrétariat Général de l'ONU (chapitre XV), la Cour internationale de Justice (chapitre XIV) et le Conseil de Sécurité de l'ONU (chapitre V). Ce texte est entré en vigueur le 24 octobre 1945 et l'est toujours, pour 193 États membres. À l'origine, le 26 juin 1945, 51 États l'ont signé (en fait, seulement 50, car le 51e État, la Pologne, était alors sans gouvernement).
     

     
     


    On aurait pu appeler ce texte Traité de San Francisco, mais cette appellation n'aurait pas apporté cette note de morale, de mental, d'esprit, de contexte : c'est à la fois une sorte de Constitution d'un gouvernement mondial (c'est le cas avec le Conseil de Sécurité) et une déclaration d'intention des droits humains.

    L'article 103 établit sans ambiguïté la priorité hiérarchique de la Charte sur les autres textes internationaux : « En cas de conflit entre les obligations des Membres des Nations Unies en vertu de la présente Charte et leurs obligations en vertu de tout autre accord international, les premières prévaudront. ».
     

     
     


    La Charte commence avec une force inattendue pour un texte juridique, un préambule court et clair, qui énonce la finalité des Nations Unies :

    « 1. Préserver les générations futures du fléau de la guerre qui deux fois en l'espace d'une vie humaine a infligé à l'humanité d'indicibles souffrances,
    2. Proclamer à nouveau notre foi dans les droits fondamentaux de l'homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l'égalité de droits des hommes et des femmes, ainsi que des nations, grandes et petites,
    3. Créer les conditions nécessaires au maintien de la justice et du respect des obligations nées des traités et autres sources du droit international,
    4. Favoriser le progrès social et instaurer de meilleures conditions de vie dans une liberté plus grande ».

    Et les moyens pour y parvenir :

    « 1. Pratiquer la tolérance, à vivre en paix l'un avec l'autre dans un esprit de bon voisinage,
    2. Unir nos forces pour maintenir la paix et la sécurité internationales,
    3. Accepter des principes et instituer des méthodes garantissant qu'il ne sera pas fait usage de la force des armes, sauf dans l'intérêt commun,
    4. Recourir aux institutions internationales pour favoriser le progrès économique et social de tous les peuples ».

    Dès l'article premier, on y lit les quatre buts des Nations Unies :

    « 1. Maintenir la paix et la sécurité internationales et à cette fin : prendre des mesures collectives efficaces en vue de prévenir et d'écarter les menaces à la paix et de réprimer tout acte d'agression ou autre rupture de la paix, et réaliser, par des moyens pacifiques, conformément aux principes de la justice et du droit international, l'ajustement ou le règlement de différends ou de situations, de caractère international, susceptibles de mener à une rupture de la paix ;
    2. Développer entre les nations des relations amicales fondées sur le respect du principe de l'égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d'eux-mêmes, et prendre toutes autres mesures propres à consolider la paix du monde ;
    3. Réaliser la coopération internationale en résolvant les problèmes internationaux d'ordre économique, social, intellectuel ou humanitaire, en développant et en encourageant le respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales pour tous, sans distinctions de race, de sexe, de langue ou de religion ;
    4. Être un centre où s'harmonisent les efforts des nations vers ces fins communes ».

    En lisant ces lignes et avec le recul de quatre-vingts années de fonctionnement, ou de non-fonctionnement, on mesure le niveau d'enthousiasme mais aussi d'utopie dont les diplomates du monde entier avaient fait preuve en rédigeant ce texte.
     

     
     


    S'il fallait résumer d'un seul mot l'idée générale de l'ONU, son mot d'ordre, c'est la paix. La PAIX !

    Mais le ver était dans le fruit dès son mûrissement, car c'était la grande différence avec la SDN : le vote est à la majorité avec le droit de veto accordé aux cinq grandes puissances qui ont gagné la Seconde Guerre mondiale : les États-Unis, la Russie, la Chine, la France et le Royaume-Uni. Ce veto donné aux grandes puissances a souvent engendré une grande ...impuissance dans les conflits régionaux.

    Le principal organe des Nations Unies est le Conseil de Sécurité dont la mission est indiquée dans l'article 24 de la Charte : « Afin d'assurer l'action rapide et efficace de l'Organisation, ses Membres confèrent au Conseil de Sécurité la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales et reconnaissent qu'en s'acquittant des devoirs que lui impose cette responsabilité le Conseil de Sécurité agit en leur nom. ».

    Cela signifie d'une part le vote de résolutions pour éviter, prévenir ou arrêter une guerre, difficilement adoptées en raison des droits de veto et, le cas échéant, lorsqu'elles sont adoptées, souvent restées lettres mortes. Le Conseil de Sécurité peut alors voter l'envoi de troupes des Nations Unies (les Casques bleus) pour faire des opérations de maintien de la paix, elles-mêmes souvent impuissantes en raison de leur interdiction de se défendre en cas d'agression. Ce sont alors des « forces armées, l'assistance et les facilités, y compris le droit de passage, nécessaires au maintien de la paix et de la sécurité internationales » définies dans l'article 43.
     

     
     


    Deux chapitres sont importants dans la Charte.

    Le chapitre VI y traite du règlement pacifique des différends : « Les parties à tout différend dont la prolongation est susceptible de menacer le maintien de la paix et de la sécurité internationales doivent en rechercher la solution, avant tout, par voie de négociation, d'enquête, de médiation, de conciliation, d'arbitrage, de règlement judiciaire, de recours aux organismes ou accords régionaux, ou par d'autres moyens pacifiques de leur choix. » (article 33).

    Le chapitre VII y traite de l'action en cas de menace contre la paix, de rupture de la paix et d'acte d'agression. Il évoque toutes les gradations d'action contre les éventuels États belligérants, comme dans l'article 41 : « Le Conseil de Sécurité peut décider quelles mesures n'impliquant pas l'emploi de la force armée doivent être prises pour donner effet à ses décisions, et peut inviter les Membres des Nations Unies à appliquer ces mesures. Celles-ci peuvent comprendre l'interruption complète ou partielle des relations économiques et des communications ferroviaires, maritimes, aériennes, postales, télégraphiques, radioélectriques et des autres moyens de communication, ainsi que la rupture des relations diplomatiques. ».

    Le droit international peut globalement se résumer à ceci, en plus de tous les traités internationaux : tous les actions visant à maintenir ou retrouver la paix doivent être acceptées par le Conseil de Sécurité de l'ONU.

    C'est ce qu'avait cherché et que n'avait pas obtenu le Président américain George W. Bush pour envahir l'Irak. Ce dernier concevait qu'une telle invasion devait se faire dans les formes juridiques du droit international, mais le rejet par l'ONU de sa demande ne l'a pas empêché d'envahir l'Irak avec toutes les conséquences que nous payons encore aujourd'hui.
     

     
     


    Aujourd'hui, son lointain successeur Donald Trump n'a pas ces pudeurs de gazelle : pour lui, une intervention militaire dans un pays tiers n'a pas la nécessité d'obtenir l'accord de l'ONU, il suffit qu'elle soit considérée par les États-Unis comme nécessaire pour la paix mondiale. Leur intervention du 22 juin 2025 en Iran est allée dans ce sens et les humoristes et caricaturistes ont de quoi faire pour fustiger son mépris du droit international. C'est la fin, j'espère provisoire, du multilatéralisme.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (25 juin 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    La Charte des Nations Unies est une grand-mère de 80 ans !
    La Charte des Nations Unies (texte intégral).
    Kofi Annan.
    Antonio Guterres.
    Les candidats au Secrétariat Général de l'ONU.
    Ban Ki-Moon.
    Boutros Boutros-Ghali.
    Kurt Waldheim.
    La COP21.



     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250626-onu.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/la-charte-des-nations-unies-est-260750

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/06/25/article-sr-20250626-onu.html


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  • Make Iran Great Again ?

    « Reste une position de principe que je tiens à défendre devant vous. La France a conscience de ces manquements. Elle sait que le pouvoir iranien a exécuté par pendaison des centaines de femmes qui ne respectaient pas les codes vestimentaires en vigueur ; elle sait aussi que les femmes n’ont pas le droit d’étudier. Tout le monde le sait, la France le sait. Mais la France ne peut pas être durablement du côté des infractions au droit international. Tout en prenant la pleine mesure des manquements que vous indiquez, la France doit réaffirmer que, dans l’avenir, le droit international doit s’imposer. » (François Bayrou, le 24 juin 2025 dans l'hémicycle).



     

     
     


    La "position de principe" de la France sur la guerre en Iran que le Premier Ministre François Bayrou a réaffirmée devant les députés ce mardi 24 juin 2025 lors de la séance des questions au gouvernement, est logique, prévisible, normale. Une nation qui fonde toute sa politique étrangère sur les principes du droit international ne peut pas défendre des violations permanentes de ce droit international... même pour la "bonne cause". La fin et les moyens...

    Le Président américain Donald Trump, après quelques hésitations, a fait intervenir son pays le 22 juin 2025 avec des frappes contre des cibles nucléaires en Iran d'une qualité technique remarquable. Mais il a aussi réussi à imposer le 23 juin 2025 un cessez-le-feu plus ou moins bien respecté par Israël et l'Iran.
     

     
     


    Le point de la vue de la France est toujours ambivalent dans ces événements au Proche- et Moyen-Orient. Le point crucial est la sécurité de l'État d'Israël et son existence qui a été menacée lors des massacres du 7 octobre 2023. Le gouvernement de Benjamin Netanyahou a réagi avec une brutalité à la mesure du choc des massacres, en voulant neutraliser tous ses ennemis : le Hamas à Gaza, le Hezbollah au Liban, les Houthis au Yémen et le marionnettiste de tous ces mouvements terroristes antisémites, le régime des mollahs en Iran.

    Il faut rappeler que la France est une victime encore actuelle de l'Iran islamique : nous avons deux otages en Iran, Cécile Kohler et Jacques Paris, mais il faut aussi rappeler la mort de 58 soldats français le 23 octobre 1983 par des attentats commandités par le régime des mollahs. Depuis quarante-six ans, le régime chiite a voulu exporter sa haine et ses guerres dans la région et même au-delà, sur les territoires européens et américains par des attentats meurtriers. En outre, le risque d'un Iran islamique nucléarisé est grand et menace la stabilité non seulement de la région mais du monde entier. C'est pourquoi, à l'instar du Chancelier allemand Friedrich Merz, il faut admettre que le gouvernement israélien fait le « sale boulot ». C'est bien commode de protester mais c'est plus compliqué de se faire respecter.

    Une fois qu'on a dit cela, on ne résout rien de la complexité du Moyen-Orient. Si on parle de droit international, il n'existe que par voie de paix, mais la guerre, a priori, c'est la loi du plus fort. Israël n'a pas respecté le droit international en attaquant l'Iran, mais les massacres du 7 octobre 2023 n'étaient pas non plus une démonstration éclatante du droit international, ni l'objectif des mollahs d'éliminer Israël de la surface de la Terre.


    La voix de la France a toujours été la voix diplomatique. Elle s'honore de rappeler quelques principes essentiels.
     

     
     


    Le premier principe, c'est qu'on ne sauve pas un peuple de ses dirigeants tortionnaires en le bombardant. C'est valable en Iran, c'est aussi valable à Gaza. Le pire, même, c'est de croire qu'on peut imposer la démocratie par des bombardements de forces étrangères. Le risque, au contraire, c'est de conforter le pouvoir des mollahs par un repli identitaire, et de renforcer la répression contre les opposants.

    Donald Trump a des réflexions assez étranges, brutales ou douces, selon les humeurs du moment. Ainsi, il a expliqué le 22 juin 2025 que son but n'était pas forcément de changer le régime en Iran, sauf si celui-ci ne permettait pas le retour au Grand Iran. Fleurit alors l'acronyme MIGA, Make Iran Great Again, qui n'a pour seul objectif que de répéter et de décliner le propre slogan électoral de Donald Trump (MAGA : Make America Great Again).

     

     
     


    Les bombardements de la prison d'Evin à Téhéran par l'armée israélienne ont aussi été d'une grande irresponsabilité : si on veut protéger les opposants politiques (ou des otages), on évite d'aller bombarder leur résidence. C'était d'ailleurs le débat sur l'absence de bombardement des camps d'extermination nazis : en les bombardant, on tuait également les déportés. La France est inquiète du sort de Cécile Kohler dont on a aucun signe de vie depuis ces bombardements.

    Le slogan Make Iran Great Again n'est pas sans arrière-pensée. On entend depuis quelques jours le fils du dernier shah d'Iran, le prince Reza Pahlavi (64 ans), prétendant au trône depuis le 27 juillet 1980 (mort de son père). Réfugié à Los Angeles, il est considéré par certains comme la tête de l'opposition politique à la république islamique, faute d'autres opposants. En 2009, il déclarait ainsi : « Je suis le fils du shah, l'héritier de la couronne. C'est un capital politique dont je dispose. Mais je ne l'utilise pas seulement en faveur de l'institution monarchique. Mon objectif, c'est la démocratie. ».
     

     
     


    Malgré ces assurances et cette vision, il n'est pas difficile de comprendre que si le peuple iranien, un grand peuple, intellectuel et cultivé, veut sortir de l'emprise des mollahs, ce n'est pas pour retomber dans la monarchie du shah qui précédait les ayatollahs. Au contraire, la démocratie en Iran devrait se définir comme une voie nouvelle et difficile qui doit être tracée par les seuls Iraniens, sans pression étrangère et encore moins si elle est militaire.

    Enfin, l'expérience dans la région nous montre, hélas, que les interventions militaires étrangères sont toujours contre-productives en long terme. Certes, on peut comprendre la nécessité absolue d'Israël d'assurer à court terme sa sécurité et son existence, mais plus le peuple iranien est frappé par les bombardements, plus le démantèlement du régime des mollahs sera difficile à obtenir. Pire même : l'expérience de l'Afghanistan, de l'Irak, de la Syrie et de la Libye nous apprend que le chaos politique en Iran pourrait se révéler catastrophique, tant pour le peuple iranien lui-même que pour le monde en général. Daech est né ce chaos en Irak et a pourri plus d'une dizaine d'années les peuples du monde, en particulier le peuple français par plusieurs attentats particulièrement meurtriers à partir de 2015.

    Ce ne serait peut-être pas exactement Daech, un Daech chiite, mais les conséquences d'un désordre généralisé en Iran, grande nation, je le répète, ne seraient pas calculables tant elles seraient effroyables.

     

     
     


    Tous ces dangers doivent nous inciter à ne pas avoir une vision simpliste de la situation actuelle et à garder une extrême prudence. C'est la raison pour laquelle François Bayrou a loué, en répondant à une autre question, les nuances apportées par Emmanuel Macron : « Vous avez eu raison de rappeler que la France défend le droit international et ses principes. Vous demandez qu’elle le fasse avec plus de force, mais je ne vois pas de chef d’État qui le dise avec autant de force et de cette liberté à laquelle vous appelez, que le Président de la République. Il a manifesté son indépendance de jugement et rappelé de façon éloquente notre attachement aux principes du droit international. C’est la position de la France. Enfin, nous espérons que le respect du cessez-le-feu permettra d’entrer dans une ère nouvelle. Nous savons combien c’est difficile. Nous espérons aussi que là, comme ailleurs sur la planète, nous puissions un jour sortir de la loi de la force qui cherche à s’imposer à tous et retrouver la force de la loi. Cela ne se fera qu’en respectant le droit, notamment les droits de l’homme, et surtout ceux de la femme. ».


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (24 juin 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Make Iran Great Again ?
    Guerre en Iran : pensons au peuple iranien !
    Israël vs Iran : Emmanuel Macron l'équilibriste.
    Beyrouth, il y a trente-cinq ans.
    Majid Kavousifar.
    Varisha Moradi.
    Aïnaz Karimi.
    Arezou Khavari.
    Ahou Daryaei.
    Ebrahim Raïssi.
    Khosro Besharat.
    Mobilisons-nous pour Toomaj Salehi !
    Fatwa de mort contre Salman Rushdie.
    Alireza Akbari.
    Mehran Karimi Nasseri.
    Claude Malhuret contre la mollarchie.
    Mahsa Amini, les femmes iraniennes, leur liberté et Claude Malhuret.
    Révolution : du rêve républicain à l’enfer théocratique de Bani Sadr.
    L'Iran de Bani Sadr.
    De quoi fouetter un Shah (18 février 2009).
    N’oubliez pas le Guide (20 février 2009).
    Incompréhensions américaines (1) et (2).
    Émission de France 3 "L’Iran et l’Occident" (17-18 février 2009).
    Session de septembre 2006 à l’ONU : Bush, Ahmadinejad, Chirac.
    Dennis Ross et les Iraniens.
    Un émissaire français à Téhéran.
    Gérard Araud.
    Stanislas de Laboulaye.
    Des opposants exécutés par pendaison en Iran.
    Expulsion de Vakili Rad, assassin de Chapour Bakhtiar, dernier Premier Ministre du Shah d'Iran, par Brice Hortefeux à la suite du retour de l'étudiante Clotilde Reiss.
    Mort de l'ancien Premier Ministre iranien Mohammad Reza Mahdavi-Kani à 83 ans le 21 octobre 2014.

     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250624-iran.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/make-iran-great-again-261688

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/06/24/article-sr-20250624-iran.html


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  • L'échec du conclave sur les retraites : une occasion perdue

    « Je proposerai aux représentants de chaque organisation de travailler autour de la même table, de s’installer dans les mêmes bureaux, ensemble, pendant trois mois, à dater du rapport de la Cour des Comptes. Si, au cours de ce conclave, c’est ce qu’on dit quand on ferme les portes, cette délégation trouve un accord d’équilibre et de meilleure justice, nous l’adopterons. Le Parlement en sera saisi lors du prochain projet de loi de financement de la sécurité sociale, ou avant, et si nécessaire, par une loi. Je souhaite que cet accord soit trouvé, mais si les partenaires ne s’accordaient pas, c’est la réforme actuelle qui continuerait à s’appliquer. » (François Bayrou, le 14 janvier 2025 dans l'hémicycle).





     

     
     


    Avant, on aurait parlé de Grenelle des retraites. La notion de conclave en politique est très novatrice. Cela signifie formellement "délégation paritaire permanente". L'idée provient du Premier Ministre François Bayrou qui en avait fait son assurance-vie au lendemain de sa nomination. Il avait réussi à négocier la bienveillante neutralité du groupe socialiste lors des motions de censure en échange d'une concertation sur la réforme des retraites réalisée par Élisabeth Borne, la loi n°2023-470 du 14 avril 2023. D'où ce conclave sur les retraites qui a commencé à travailler le 27 février 2025 et qui s'est achevé finalement sur un échec lors de sa dix-huitième et dernière séance ce lundi 23 juin 2025.

    Avant de poursuivre sur ce sujet, retrouvons les mots exacts du Premier Ministre qu'il avait prononcés lors de sa déclaration de politique générale le 14 janvier 2025 devant les députés : « La réforme des retraites est vitale pour notre pays et notre modèle social : bien des gouvernements successifs s’y sont engagés, depuis Michel Rocard jusqu’aux efforts courageux du gouvernement d’Élisabeth Borne. Je note dans ce débat passionnel un progrès considérable : plus personne ne nie qu’il existe un lourd problème de financement de notre système de retraites. En même temps, nombre de participants à ces discussions, notamment les organisations du dialogue social et les organisations syndicales, ont affirmé qu’il existait des voies de progrès et qu’on pouvait obtenir le même résultat par une réforme plus juste. Je choisis donc de remettre ce sujet en chantier, avec les partenaires sociaux, pour un temps bref et dans des conditions transparentes, selon une méthode inédite et quelque peu radicale. La démarche s’appuiera sur un constat et des chiffres indiscutables. Je vais demander à la Cour des Comptes une mission flash de quelques semaines, afin de nous donner l’état actuel et précis du financement du système de retraites. Le gouvernement communiquera son résultat à tous les Français. La loi de 2023 a prévu que l’âge légal de départ passerait à 63 ans fin 2026. Une fenêtre de tir s’ouvre donc. Je souhaite fixer une échéance à plus court terme : celle de notre automne, où sera discutée la prochaine loi de financement de la sécurité sociale. J’ai la conviction que nous pouvons rechercher une voie de réforme nouvelle, sans aucun totem ni tabou, pas même l’âge de la retraite, à condition qu’elle réponde à l’exigence fixée : nous ne pouvons pas laisser dégrader l’équilibre financier que nous cherchons et sur lequel presque tout le monde s’accorde. Ce serait une faute impardonnable contre notre pays. Plusieurs partenaires sociaux ont indiqué qu’ils avaient identifié des pistes pour que la réforme soit socialement plus juste et cependant équilibrée. Ces pistes méritent toutes d’être explorées. Toutes les questions doivent pouvoir être posées. Chacun des partenaires sociaux aura le droit de faire inscrire à l’ordre du jour de ces discussions et négociations les questions qui le préoccupent : rien n’est fermé. Une délégation permanente sera donc créée. ».

    C'est typiquement la méthode Bayrou. François Bayrou a toujours cru au dialogue social au contraire du Président de la République Emmanuel Macron, et c'est ce qui a le plus manqué à la réforme d'Élisabeth Borne, une légitimité sociale. Le pari était audacieux : remettre autour d'une table les partenaires sociaux, à savoir les représentants du patronat et des syndicats, pour améliorer la réforme qui a été si emblématiquement contestée depuis deux ans. La connotation religieuse du mot "conclave" n'a échappé bien sûr à personne et le hasard a voulu qu'un véritable conclave, celui pour désigner un nouveau pape, s'est tenu en même temps, en mai (beaucoup plus brièvement que pour les retraites !).

     

     
     


    La démocratie sociale n'est pas une vaine expression chez François Bayrou qui fut d'abord président du Centre des démocrates sociaux (CDS) avant d'être celui de l'UDF. Ce parti, d'origine démocrate chrétienne, reprenait la tradition catholique sociale, celle de la doctrine sociale de l'Église, dont le mot d'ordre est qu'il n'y a pas d'efficacité économique sans solidarité sociale. Pour Emmanuel Macron, ces concertations sociales seraient une perte de temps, alors que François Bayrou, au contraire, a basé toutes ses convictions sur le faire-ensemble. Ne jamais imposer d'en-haut une réforme prête-à-l'emploi. Au contraire, la co-construire avec les forces vives du pays, les impliquer pour la pérenniser.

    Ce conclave sur les retraites était aussi politiquement très important. Il était l'alibi des socialistes pour ne pas voter de motion de censure et leur neutralité s'est renouvelée six fois, malgré une période de pré-congrès du PS qui pouvait engendrer beaucoup de démagogie.


    Parmi les partenaires sociaux, il est resté, à jouer le jeu, deux organisations patronales, le Medef et la CPME (la Confédération des PME), et trois organisations syndicales, la CFDT (le premier syndicat de France), la CFTC et la CFE-CGC. Sans négliger l'apport de toutes ces organisations, le dialogue social s'est principalement établi entre le Medef et la CFDT.

    La règle du jeu énoncée par François Bayrou était claire : en cas d'accord, le Premier Ministre le traduirait par un projet de loi reprenant exactement les termes de l'accord pour le faire adopter par le Parlement. Politiquement, il y avait un risque : que la discussion parlementaire diverge vers l'âge légal de départ à la retraite qui, en principe, ne devait pas être remis en cause. Ou qu'elle s'enlise vers une censure.

    Pour la CFDT, l'enjeu était important, car il y avait des points d'amélioration importants pour la réforme. L'enjeu se portait sur la carrière des femmes (revalorisation des pensions des femmes ayant eu des enfants) et sur la pénibilité de certains métiers. C'est sur ce dernier point que le désaccord est resté.
     

     
     


    Il faut dire que pour le Medef, le statu quo lui allait et, au contraire, lui apportait le moins de risque possible puisque la réforme Borne lui convenait. Pourtant, c'est une faute politique importante que le Medef n'ait pas tenté coûte que coûte d'éviter un échec. Chacun se renverra certainement la responsabilité de l'échec, mais je pense que le Medef avait une carte à jouer, celle de la négociation heureuse.

    Pourquoi ? Parce qu'un accord à l'issue de ce conclave aurait eu un retentissement politique et social énorme. Cela aurait validé l'âge légal de 64 ans dont la contestation serait beaucoup plus difficile et certainement anachronique. Et cela pour un coût économique relativement faible. La CFDT comptait faire des métiers pénibles un abaissement de cet âge légal tandis que le Medef n'y voyait que des mesures financières.

    C'est le négociateur de la CFDT, Yvan Ricordeau, qui a annoncé ce lundi soir l'échec définitif des négociations : « Le patronat a fermé la porte aux syndicats, notamment sur la proposition que les salariés les plus exposés à la pénibilité n’aient pas le même effort à faire que les autres. ». La négociatrice de la CFTC Pascale Coton a aussi considéré que l'échec était de la responsabilité du patronat : « Cette négociation était jouable, si l’accord ne se fait pas, c’est à cause des organisations patronales. (…) C’était la première fois que nous avions du “plus” pour les femmes [propositions de pensions réévaluées pour les mères], c’est quelque chose qui me met très en colère. ». Quant à la secrétaire nationale de la CFE-CGC, Christelle Thieffinne, elle a regretté l'échec : « La négociation est terminée depuis la semaine dernière (…). Ils torpillent cette négociation. Et ils veulent ne pas porter la responsabilité d’un non-dialogue social. ».
     

     
     


    Pourtant, le Medef et la CPME avaient fait une déclaration pleine de promesse juste avant le dernier round. Leurs représentants respectifs, Patrick Martin et Amir Reza-Tofighi avaient en effet tenu une conférence de presse pour expliquer qu'un accord pouvait être possible. Si la revalorisation des pensions des mères a obtenu un consensus, ce n'est pas le cas pour les travaux pénibles. Les syndicats voulaient un départ anticipé à la retraite, ce qu'on refusé les représentants du patronat. La négociatrice du Medef, Diane Milleron-Deperrois, était désolée : « Nous regrettons cet échec, c’est dommage pour la démocratie sociale. (…) Au Medef, on a gardé une ligne très claire, en étant constant dans une ligne responsable : on n’était pas en mesure d’augmenter les cotisations salariales et patronales. ».

    Je persiste à penser que le Medef a perdu une belle occasion de montrer son sens des responsabilités. Pendant plusieurs jours, les proches du Premier Ministre ont demandé à cette organisation de ne pas faire échouer le conclave. Car il y aurait eu deux intérêts à faire réussir ce conclave-là : d'une part, cela aurait démontré l'intérêt du dialogue social et le retour aux négociations sociales paritaires sur les sujets nationaux importants ; d'autre part, cela aurait donné une image du Medef plus acceptable, plus diplomate, plus soucieuse de l'intérêt des salariés, tout en pérennisant politiquement la réforme Borne.
     

     
     


    C'est ce qu'a confié Patrick Cohen, bien informé, le 23 juin 2025 sur France Inter : « Et c’est pour cela que l’exécutif multiplie les coups de fil en forme de coup de pression sur les dirigeants du patronat : vous n’allez tout de même pas provoquer une nouvelle crise politique, la chute du gouvernement Bayrou, qui ne ferait qu’aggraver la crise économique ? Et puis un échec vous serait forcément imputé, ce qui ne ferait que nourrir la défiance des Français à l’égard des entreprises et des patrons. ».

    Sur le plan politique, l'avenir de François Bayrou est donc en pointillé. Le Premier Ministre devrait s'exprimer à 7 heures le mardi 24 juin 2025 à Matignon pour évoquer cet échec qui donne raison bien entendu à tous ceux qui n'y avaient pas cru, tant des personnalités comme Emmanuel Macron que les enragés de la gauche populiste que sont les insoumis. D'ailleurs, Jean-Luc Mélenchon a immédiatement tweeté un appel à voter la censure : « Le PS doit assumer cet échec et ses dégâts. Il doit montrer l’exemple pour voter au complet la censure. ».

    En fait, contrairement à ce qu'a proclamé le groupe insoumis dans un communiqué, la méthode Bayrou n'est pas « un échec monumental » puisque, justement, il a laissé les partenaires sociaux s'entendre, ou pas, entre eux, sans interférence du gouvernement. "Le Point" a publié la confidence d'un proche de Matignon le 23 juin 2025, avant le début de la dernière journée de négociation : « S'il y a accord, on dira que c'est le pape de Matignon. Sinon, il pourra faire porter le chapeau aux partenaires sociaux, qui n'ont pas su se mettre d'accord. Pile, je gagne ; face, tu perds ! ».

     

     
     


    L'hebdomadaire a cité aussi quelques avantages politiques de la méthode : « Qu'il y ait accord ou non, le Premier Ministre a atteint son objectif : s'acheter du temps. (…) Et si un accord était trouvé, il ne mettrait pas en péril l'un des piliers de la réforme Borne en 2023, le report de l'âge légal de départ à 64 ans, écarté dès le début des négociations. ».

    Et les socialistes sont-ils prêts à de nouvelles élections législatives ? Certainement pas ! Ils ne sont même pas encore d'accord sur le nom du candidat à soutenir aux prochaines élections municipales à Paris. Une nouvelle dissolution dissoudrait sans aucun doute le groupe socialiste à l'Assemblée. Ce que ne souhaite absolument pas Olivier Faure qui compte préserver son autonomie avec cette bienveillante neutralité. Ce qui ne donnerait qu'un court répit à François Bayrou qui devrait annoncer le 15 ou 16 juillet 2025 des mesures budgétaires qui fâcheraient sérieusement pour suivre la trajectoire budgétaire de 3% de déficit en 2029.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (23 juin 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    L'échec du conclave sur les retraites : une occasion perdue.
    Emmanuel Macron à la télévision : Mélanie avant l'Urgence Océan.
    Mélanie, la douceur incarnée.
    Sidération institutionnelle.
    Il y a un an, la dissolution !
    La proposition de loi Duplomb pour les agriculteurs.
    Le rejet de la 7e motion de censure contre le gouvernement Bayrou.
    Interview de François Bayrou le 27 mai 2025 sur BFMTV (vidéo intégrale).

    La longévité du Professeur Bayrou.
    Les Républicains.
    Le PS.
    EELV.
    Emmanuel Macron : qu'allait-il faire dans cette galère ?
    Interview du Président Emmanuel Macron le mardi 13 mai 2025 sur TF1 (vidéo).
    Emmanuel Macron à l'initiative pour la paix en Ukraine.
    Emmanuel Macron, le référendum et les Français.
    Emmanuel Macron veut-il influencer l'élection du nouveau pape ?
    Bétharram : François Bayrou a apporté les preuves de sa bonne foi.
    Bétharram : François Bayrou bouleversé par le témoignage de sa fille.
    Budget 2026 : François Bayrou promet-il du sang et des larmes ?
    Discours du Premier Ministre François Bayrou le 15 avril 2025 à Paris (texte intégral et vidéo).
    Emmanuel Macron sur le front du commerce international.
    François Bayrou et l'heure de vérité de l'Europe.
    Gabriel Attal attaque Marine Le Pen sur l'Ukraine.
    Manuel Valls pour la paix, mais pas au prix de la fin de l'Ukraine !
    Claude Malhuret s'en prend à Néron et à son bouffon !
    Emmanuel Macron : la patrie a besoin de vous !
    François Bayrou : la France avait raison !
    Le Pen : inéligibilité, exécution provisoire, récidive et ordre public.
    Marine Le Pen, est-elle si clean que cela ? (22 février 2017).
    Condamnation Le Pen : la justice vole-t-elle l'élection présidentielle de 2027 ?
    Le fond accablant de l'affaire Le Pen.
    Texte intégral du jugement délibéré du 31 mars 2025 sur l'affaire Le Pen (à télécharger).
    Affaire Le Pen : ne confondons pas victime et coupable !
    Marine Le Pen : voler l'argent des Français !
    Marine Le Pen et la sérénité d'une future condamnée ?
    L'avenir judiciaire de Marine Le Pen dans une décision du Conseil Constitutionnel ?
    L'installation du nouveau Conseil Constitutionnel présidé par Richard Ferrand.
    Richard Ferrand validé de justesse par le Parlement.
    François Bayrou et la motion de censure de congrès du PS.
    François Bayrou surmonte une 6e motion de censure en cinq semaines !
    Bétharram : François Bayrou contre-attaque !
    Bétharram : François Bayrou coupable... de quoi, au fait ?
    Alain Juppé à la rescousse de Richard Ferrand ?
    Mission accomplie : les budgets 2025 (PLF et PLFSS) définitivement adoptés (ouf !).
    4 motions de censure et pas d'enterrement !
    Emmanuel Macron à la télévision le dimanche soir !
    Interview du Président Emmanuel Macron le dimanche 9 février 2025 sur France 2 (vidéo).
    Sam Altman salue la France, centre névralgique de l'intelligence artificielle.
    François Bayrou, le début du commencement.
    La quadrature du cercle de Michel Barnier.

     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250623-conclave-retraites.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/l-echec-du-conclave-sur-les-261686

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/06/23/article-sr-20250623-conclave-retraites.html


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  • Congrès du PS : Saloperies antisémites

    « La politique commence par des valeurs, une exigence première. » (Jérôme Guedj, le 16 juin 2025 sur BFMTV).



     

     
     


    Dans un autre monde, ou plutôt, dans le monde d'avant, avant-populisme, avant-complotisme, avant-extrémisme, j'aurais trouvé le député PS de Massy Jérôme Guedj (53 ans) comme un adversaire politique redoutable, parce qu'il a du talent et qu'il est de l'aile gauche du PS et, donc, parce qu'il n'a pas les mêmes options politiques que moi. Mais il se trouve que, sans trahir ses convictions qui ne sont pas du tout les miennes, il a montré un vrai courage politique à s'attaquer à un extrémisme, celui du populiste de gauche qu'est Jean-Luc Mélenchon.

    Et il faut savoir mesurer ce courage, car il n'est pas seulement un courage politique, intellectuel, celui des idées, mais aussi un courage personnel, psychologique, car Jean-Luc Mélenchon, longtemps sénateur socialiste de l'Essonne (de 1986 à 2009) et numéro deux du conseil général de l'Essonne, a été le mentor politique du jeune Jérôme Guedj implanté dans la même ville, le même département que lui. Jérôme Guedj a été lui-même numéro deux du conseil général de l'Essonne de 2008 à 2011 puis son président de 2011 à 2015. Jérôme Guedj, énarque de la même promotion que Laurent Solly, Emmanuel Moulin, Sophie Boissard et Frédéric Mion, a même commencé en politique comme attaché parlementaire de Jean-Luc Mélenchon.

    Mais parfois, les idées doivent secouer les amitiés. Jérôme Guedj fait partie de cette gauche laïque, celle qui ne transige pas avec les valeurs républicaines, celle de la laïcité notamment mais plus généralement, il ne transige pas avec l'esprit de responsabilité. Un parlementaire doit tout faire pour réduire les fractures sociales, doit tout faire pour renforcer l'unité d'une nation à la cohésion très fragile, traversée par des clivages plus qu'idéologiques. Il ne doit donc pas mettre de l'huile sur le feu pour accroître les divisions dans une société.

    Son mentor a divergé vers une autre planète, vers un islamo-gauchisme qui dit clairement, cyniquement, son objectif, récupérer les voix d'une certaine catégorie de la population française pour atteindre le Graal politique, à savoir le second tour de la prochaine élection présidentielle, après trois échecs massifs (et pourtant clairs) en 2012, 2017 et 2022.

    Ainsi, Jérôme Guedj, au contraire de la plupart de ses camarades socialistes mollassons, a refusé l'investiture de la nouvelle farce populaire (NFP) dans sa sixième circonscription de l'Essonne (Massy, Palaiseau, Igny,Chilly-Mazarin) lors de la campagne des élections législatives de l'été dernier, parce qu'il ne voulait pas être élu avec l'aide des insoumis dont il rejette tout. Il a même bénéficié de l'absence d'un candidat Renaissance alors que c'était en 2017 la circonscription de l'actuelle ministre Amélie de Montchalin. Et FI lui a placé une candidate à sa gauche qui a fait 25,3% au premier tour mais qui s'est désistée en sa faveur au second tour pour le conforter dans son duel face au RN.

    Pourquoi est-ce que j'évoque Jérôme Guedj ? C'est parce qu'il est "la" figure, la seule figure qui s'est dégagée du très piteux congrès du parti socialiste du 13 au 15 juin 2025 à Nancy. La SFIO avait déjà organisé deux de ses congrès à Nancy, en 1907 et en 1929, et c'est bien l'image d'un PS proche de la SFIO, aussi archaïque que la SFIO, avec un chef aussi mou que Guy Mollet, qui s'est dégagée durant ces quelques heures de meetings. Je m'en réjouis, cela évitera de marquer d'un congrès socialiste la belle ville de Nancy !

     

     
     


    À Nancy, il n'y avait plus aucune incertitude sur la reconduction de premier secrétaire sortant, Olivier Faure, qui est dans cette fonction depuis le 7 avril 2018 et qui devrait y rester jusqu'en 2027 au moins. À ce titre, en termes de longévité, il égalise avec les trois chefs historiques du PS depuis 1969, j'oserais dire les trois seuls chefs historiques du PS, à savoir François Mitterrand (du 16 juin 1971 au 24 janvier 1981), Lionel Jospin (du 24 janvier 1981 au 14 mai 1988 et du 14 octobre 1995 au 2 juin 1997) et François Hollande (du 27 novembre 1997 au 26 novembre 2008). Il faut insister sur le fait que ces trois personnalités sont les seules personnalités socialistes à avoir obtenu, seules, le pouvoir exécutif par leur propre mérite, soit comme Président de la République élu par les Français, soit comme Premier Ministre de cohabitation soutenu par une majorité parlementaire. Je pense qu'Olivier Faure ne devrait pas suivre le chemin de ses trois prédécesseurs, puisque le PS ne vaut plus que 1,7% à la bourse de l'élection présidentielle... et ce congrès de Nancy a confirmé qu'aucune impulsion n'a été donnée à ce parti moribond pour qu'il décolle de ce niveau vaseux.

    C'est la raison pour laquelle, au printemps 2025, Jérôme Guedj, pourtant de l'aile gauche, a rejoint l'aile droite menée par Nicolas Mayer-Rossignol, le maire de Rouen, qui souhaite rompre définitivement avec Jean-Luc Mélenchon, France insoumise et leur islamo-gauchisme flirtant avec l'antisémitisme le plus cynique.


    Mais avant de parler de ce congrès (ce qui relève de l'exploit, le vide n'attirant que l'indifférence et l'inconsistance), rappelons les résultats des votes des adhérents préalablement à ce congrès.

    Le 27 mai 2025, trois candidats : Olivier Faure a recueilli 10 299 voix, soit 42,0%, Nicolas Mayer-Rossignol 9 897 voix, soit 40,4%, et Boris Vallaud 4 313 voix, soit 17,6% Il faut souligner le faible nombre des adhérents inscrits, 39 829, et la faible participation, seulement 24 547, soit 61,6% (plus d'un tiers des adhérents ne se sentait pas concerné !). Il n'y aurait eu que 38 votes blancs ou nuls.

    Le 5 juin 2025, le second tour pour départager Olivier Faure et Nicolas Mayer-Rossignol. C'est le premier qui a gagné, mais de manière très serrée malgré le soutien de Boris Vallaud, avec 12 689 voix, soit 51,1%, battant le second avec 12 120 voix, soit 48,9%, avec une participation à peine plus forte, 25 164, sot 63,2% des inscrits. En outre, il y a eu 355 votes blancs ou nuls.

     

     
     


    Ce congrès du PS n'a apporté aucune idée nouvelle, rien que des discussions d'ordre tactique et politicien sur les relations entre le PS et FI. En gros, l'enjeu était : faut-il tenter de gagner en mettant les valeurs de côté ou perdre avec ses valeurs ? Olivier Faure, qui a besoin des insoumis dans sa circonscription seine-et-marnaise, ne peut pas se séparer trop fermement de FI, si bien que la ligne politique adoptée est l'autonomie avec FI mais accord ponctuel avec ces populistes de gauche.

    Jérôme Guedj a dénoncé les ambiguïtés mortifères pour le PS d'Olivier Faure qui expliquait le 12 juin 2025 dans "Libération" qu'il n'y aurait pas d'accord national avec FI mais en complétant aussitôt le contraire : « Je ne confonds pas les échéances : à l'échelle d'une commune, un adjoint à l'urbanisme qui vient de LFI, où est le problème ? C'est déjà le cas. ».

    Quelqu'un a-t-il entendu le discours de clôture du congrès d'Olivier Faure le 15 juin 2025 ? Non ? Ça ne m'étonne pas, puisque ça ne sert à rien. Aucune nouvelle idée, ai-je écrit. Mais pourtant, il est ressorti un seul discours de ce congrès de Nancy, c'est celui prononcé par Jérôme Guedj le 14 juin 2025, la veille (comme ce n'est pas une guest star, il n'a eu le droit qu'à une parole subalterne). Pourtant, c'est bien son discours qui est resté dans les mémoires et qui va sans doute y rester pour longtemps.

    Pour résumer, Jérôme Guedj, qui s'était fait traiter de "sioniste génocidaire" par des élus insoumis il y a quelques semaines, a riposté en disant que leur gourou était un (je cite) "salopard antisémite". Comme pour se faire une idée, il vaut mieux avoir cette expression dans son contexte, voici la phrase complète, prononcée par un vrai tribun (il a été à bonne école) :
     

     
     


    « Quand je dis à Jean-Luc Mélenchon qu'il n'est pas possible et souhaitable de défendre la revendication de la Palestine de la mer à la rivière, je défends la position historique des socialistes, notamment celle de François Mitterrand à la Knesset en 1982, qui est celle de la solution à deux États, de la sécurité d'Israël et de la reconnaissance de l'État palestinien. Et qu'à ce moment-là, à ce moment-là, je deviens le "sioniste génocidaire" pour Jean-Luc Mélenchon et les siens, et que j'ai une meurtrissure terrible à dire devant ce congrès que pour la première fois de ma vie, j'ai dû dire de l'homme que j'ai aimé profondément, qu'il est devenu un "salopard antisémite", avec des propos qui sont pour nous absolument insupportables. Alors, nous devons avoir cette nuance. Nous devons la revendiquer. Sur la laïcité (…), sur la République sociale, sur l'ensemble des territoires perdus de la République... Et de là où je suis, je termine par là, je suis un fervent défenseur du rassemblement de la gauche et des écologistes, mais je nous adjure collectivement : ne vendons pas notre âme aujourd'hui au nom de ces huées fanatiques. Il n'est plus possible d'avoir le moindre point de contact avec ceux qui, aujourd'hui, abîment la gauche, l'universalisme, la République et la laïcité. ».

    Quels sont ces "propos absolument insupportables" ?


    Jérôme Guedj a rappelé qu'il était régulièrement l'objet d'attaques antisémites de la part des insoumis, en particulier de leur gourou en chef, par des allusions nauséabondes, comme cette phrase piochée dans son blog : « On voit clairement une honte émerger de ces couinements. L’ambiguïté du propos est un signe dans son milieu de fanatisme. L’intéressant est de le voir s’agiter autour du piquet où le retient la laisse de ses adhésions. ». La réaction du député de l'Essonne à la lecture de cette note : « J’ai vu là, pour la première fois, l’expression délibérée d’un propos antisémite. ».

    L'adversaire d'Olivier Faure, Nicolas Mayer-Rossignol, était sur la même ligne en expliquant, le même jour, qu'il n'était pas possible d'avoir une alliance tant sur le plan national que localement : « Que préférons-nous ? Perdre des élections ou perdre nos âmes ? ».
     

     
     


    Deux jours plus tard, le 16 juin 2025 au micro de BFMTV, Jérôme Guedj, sans présenter d'excuse publiquement (alors qu'elles ont été exigées par Manuel Bompard, coordinateur de FI), a dit regretter d'avoir employé le terme "salopard" qui n'était pas « conforme à la conception que j'ai du débat politique » en ajoutant que le terme « n'était pas utile, "antisémite" suffisait ». Le divorce entre Jérôme Guedj et Jean-Luc Mélenchon date du 7 octobre 2023 et du refus des insoumis de qualifier le Hamas d'organisation terroriste. Jérôme Guedj a expliqué que le mot était « venu comme ça, (…) dans cette nécessité de secouer [le congrès], là où je voyais poindre une forme d’inertie, parce que le cœur du débat était de savoir si on pouvait continuer à avoir des relations avec la France insoumise ».

    Jérôme Guedj n'a pas mâché ses mots non plus pour qualifier l'attitude lâche d'Olivier Faure. Il a regretté le « flottement », le « flou permanent » du premier secrétaire du PS sur l'antisémitisme des insoumis, et il a trouvé franchement « minable » sa réaction dans la matinale de France 2 le 16 juin 2025, ajoutant : « Ce n’est pas un problème personnel que j’ai avec Jean-Luc Mélenchon, c’est un problème qui devrait concerner toute la gauche. ». Jérôme Guedj a été applaudi à Nancy, mais qui sortira publiquement de cette lâche facilité de laisser faire Olivier Faure dans sa complice alliance ?


    L'éditorialiste Patrick Cohen ponctuait sévèrement sa chronique du 16 juin 2025 sur France Inter : « Alors un congrès pour rien ? Rien de neuf sur le fond. Ni sur la stratégie présidentielle, toujours aussi floue. Et confirmation qu’il y a deux PS, pas irréconciliables, mais de plus en plus divergents. La gauche non-mélenchoniste qui ne sait pas où elle habite, n’ira pas toquer au parti socialiste. ». Il faut le dire comme c'est : cela fait longtemps que la gauche non-mélenchoniste a rejoint le Président Emmanuel Macron.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (17 juin 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Congrès du PS : Saloperies antisémites.
    Jérôme Guedj.
    Congrès du PS : "l'homme le plus riche du cimetière".
    Congrès du PS : Olivier Faure est-il en difficulté ?
    Congrès du PS : le choc de complexité !
    Robert Badinter.
    Congrès du PS à Rennes : l'explosion de la Mitterrandie.
    La préparation du congrès de Rennes (27 janvier 1990).
    Histoire du PS.
    Manuel Valls.
    Martine Aubry.
    Hubert Védrine.
    Julien Dray.
    Comment peut-on encore être socialiste au XXIsiècle ?
    François Bayrou et la motion de censure de congrès du PS.
    Lionel Jospin.
    Claude Allègre.
    François Mitterrand.
    Jacques Delors.
    Mazarine Pingeot.
    Richard Ferrand.
    Didier Guillaume.

    Pierre Joxe.
    André Chandernagor.
    Didier Migaud.
    Pierre Moscovici.

    La bataille de l'école libre en 1984.
    Bernard Kouchner.
    Hubert Curien.
    Alain Bombard.
    Danielle Mitterrand.
    Olivier Faure.
    Lucie Castets.

    Bernard Cazeneuve
    Gabriel Attal.
    Élisabeth Borne.
    Agnès Pannier-Runacher.
    Sacha Houlié.
    Louis Mermaz.
    L'élection du croque-mort.
    La mort du parti socialiste ?
    Le fiasco de la candidate socialiste.
    Le socialisme à Dunkerque.
    Le PS à la Cour des Comptes.







    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250615-congres-ps.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/congres-du-ps-saloperies-261568

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/06/15/article-sr-20250615-congres-ps.html


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  • Jérôme Guedj vole la vedette à Olivier Faure au congrès du PS

    « La politique commence par des valeurs, une exigence première. » (Jérôme Guedj, le 16 juin 2025 sur BFMTV).



     

     
     


    Dans un autre monde, ou plutôt, dans le monde d'avant, avant-populisme, avant-complotisme, avant-extrémisme, j'aurais trouvé le député PS de Massy Jérôme Guedj (53 ans) comme un adversaire politique redoutable, parce qu'il a du talent et qu'il est de l'aile gauche du PS et, donc, parce qu'il n'a pas les mêmes options politiques que moi. Mais il se trouve que, sans trahir ses convictions qui ne sont pas du tout les miennes, il a montré un vrai courage politique à s'attaquer à un extrémisme, celui du populiste de gauche qu'est Jean-Luc Mélenchon.

    Et il faut savoir mesurer ce courage, car il n'est pas seulement un courage politique, intellectuel, celui des idées, mais aussi un courage personnel, psychologique, car Jean-Luc Mélenchon, longtemps sénateur socialiste de l'Essonne (de 1986 à 2009) et numéro deux du conseil général de l'Essonne, a été le mentor politique du jeune Jérôme Guedj implanté dans la même ville, le même département que lui. Jérôme Guedj a été lui-même numéro deux du conseil général de l'Essonne de 2008 à 2011 puis son président de 2011 à 2015. Jérôme Guedj, énarque de la même promotion que Laurent Solly, Emmanuel Moulin, Sophie Boissard et Frédéric Mion, a même commencé en politique comme attaché parlementaire de Jean-Luc Mélenchon.

    Mais parfois, les idées doivent secouer les amitiés. Jérôme Guedj fait partie de cette gauche laïque, celle qui ne transige pas avec les valeurs républicaines, celle de la laïcité notamment mais plus généralement, il ne transige pas avec l'esprit de responsabilité. Un parlementaire doit tout faire pour réduire les fractures sociales, doit tout faire pour renforcer l'unité d'une nation à la cohésion très fragile, traversée par des clivages plus qu'idéologiques. Il ne doit donc pas mettre de l'huile sur le feu pour accroître les divisions dans une société.

    Son mentor a divergé vers une autre planète, vers un islamo-gauchisme qui dit clairement, cyniquement, son objectif, récupérer les voix d'une certaine catégorie de la population française pour atteindre le Graal politique, à savoir le second tour de la prochaine élection présidentielle, après trois échecs massifs (et pourtant clairs) en 2012, 2017 et 2022.

    Ainsi, Jérôme Guedj, au contraire de la plupart de ses camarades socialistes mollassons, a refusé l'investiture de la nouvelle farce populaire (NFP) dans sa sixième circonscription de l'Essonne (Massy, Palaiseau, Igny,Chilly-Mazarin) lors de la campagne des élections législatives de l'été dernier, parce qu'il ne voulait pas être élu avec l'aide des insoumis dont il rejette tout. Il a même bénéficié de l'absence d'un candidat Renaissance alors que c'était en 2017 la circonscription de l'actuelle ministre Amélie de Montchalin. Et FI lui a placé une candidate à sa gauche qui a fait 25,3% au premier tour mais qui s'est désistée en sa faveur au second tour pour le conforter dans son duel face au RN.

    Pourquoi est-ce que j'évoque Jérôme Guedj ? C'est parce qu'il est "la" figure, la seule figure qui s'est dégagée du très piteux congrès du parti socialiste du 13 au 15 juin 2025 à Nancy. La SFIO avait déjà organisé deux de ses congrès à Nancy, en 1907 et en 1929, et c'est bien l'image d'un PS proche de la SFIO, aussi archaïque que la SFIO, avec un chef aussi mou que Guy Mollet, qui s'est dégagée durant ces quelques heures de meetings. Je m'en réjouis, cela évitera de marquer d'un congrès socialiste la belle ville de Nancy !

     
     


    À Nancy, il n'y avait plus aucune incertitude sur la reconduction de premier secrétaire sortant, Olivier Faure, qui est dans cette fonction depuis le 7 avril 2018 et qui devrait y rester jusqu'en 2027 au moins. À ce titre, en termes de longévité, il égalise avec les trois chefs historiques du PS depuis 1969, j'oserais dire les trois seuls chefs historiques du PS, à savoir François Mitterrand (du 16 juin 1971 au 24 janvier 1981), Lionel Jospin (du 24 janvier 1981 au 14 mai 1988 et du 14 octobre 1995 au 2 juin 1997) et François Hollande (du 27 novembre 1997 au 26 novembre 2008). Il faut insister sur le fait que ces trois personnalités sont les seules personnalités socialistes à avoir obtenu, seules, le pouvoir exécutif par leur propre mérite, soit comme Président de la République élu par les Français, soit comme Premier Ministre de cohabitation soutenu par une majorité parlementaire. Je pense qu'Olivier Faure ne devrait pas suivre le chemin de ses trois prédécesseurs, puisque le PS ne vaut plus que 1,7% à la bourse de l'élection présidentielle... et ce congrès de Nancy a confirmé qu'aucune impulsion n'a été donnée à ce parti moribond pour qu'il décolle de ce niveau vaseux.

    C'est la raison pour laquelle, au printemps 2025, Jérôme Guedj, pourtant de l'aile gauche, a rejoint l'aile droite menée par Nicolas Mayer-Rossignol, le maire de Rouen, qui souhaite rompre définitivement avec Jean-Luc Mélenchon, France insoumise et leur islamo-gauchisme flirtant avec l'antisémitisme le plus cynique.


    Mais avant de parler de ce congrès (ce qui relève de l'exploit, le vide n'attirant que l'indifférence et l'inconsistance), rappelons les résultats des votes des adhérents préalablement à ce congrès.

    Le 27 mai 2025, trois candidats : Olivier Faure a recueilli 10 299 voix, soit 42,0%, Nicolas Mayer-Rossignol 9 897 voix, soit 40,4%, et Boris Vallaud 4 313 voix, soit 17,6% Il faut souligner le faible nombre des adhérents inscrits, 39 829, et la faible participation, seulement 24 547, soit 61,6% (plus d'un tiers des adhérents ne se sentait pas concerné !). Il n'y aurait eu que 38 votes blancs ou nuls.

    Le 5 juin 2025, le second tour pour départager Olivier Faure et Nicolas Mayer-Rossignol. C'est le premier qui a gagné, mais de manière très serrée malgré le soutien de Boris Vallaud, avec 12 689 voix, soit 51,1%, battant le second avec 12 120 voix, soit 48,9%, avec une participation à peine plus forte, 25 164, sot 63,2% des inscrits. En outre, il y a eu 355 votes blancs ou nuls.

     

     
     


    Ce congrès du PS n'a apporté aucune idée nouvelle, rien que des discussions d'ordre tactique et politicien sur les relations entre le PS et FI. En gros, l'enjeu était : faut-il tenter de gagner en mettant les valeurs de côté ou perdre avec ses valeurs ? Olivier Faure, qui a besoin des insoumis dans sa circonscription seine-et-marnaise, ne peut pas se séparer trop fermement de FI, si bien que la ligne politique adoptée est l'autonomie avec FI mais accord ponctuel avec ces populistes de gauche.

    Jérôme Guedj a dénoncé les ambiguïtés mortifères pour le PS d'Olivier Faure qui expliquait le 12 juin 2025 dans "Libération" qu'il n'y aurait pas d'accord national avec FI mais en complétant aussitôt le contraire : « Je ne confonds pas les échéances : à l'échelle d'une commune, un adjoint à l'urbanisme qui vient de LFI, où est le problème ? C'est déjà le cas. ».

    Quelqu'un a-t-il entendu le discours de clôture du congrès d'Olivier Faure le 15 juin 2025 ? Non ? Ça ne m'étonne pas, puisque ça ne sert à rien. Aucune nouvelle idée, ai-je écrit. Mais pourtant, il est ressorti un seul discours de ce congrès de Nancy, c'est celui prononcé par Jérôme Guedj le 14 juin 2025, la veille (comme ce n'est pas une guest star, il n'a eu le droit qu'à une parole subalterne). Pourtant, c'est bien son discours qui est resté dans les mémoires et qui va sans doute y rester pour longtemps.

    Pour résumer, Jérôme Guedj, qui s'était fait traiter de "sioniste génocidaire" par des élus insoumis il y a quelques semaines, a riposté en disant que leur gourou était un (je cite) "salopard antisémite". Comme pour se faire une idée, il vaut mieux avoir cette expression dans son contexte, voici la phrase complète, prononcée par un vrai tribun (il a été à bonne école) :
     

     
     


    « Quand je dis à Jean-Luc Mélenchon qu'il n'est pas possible et souhaitable de défendre la revendication de la Palestine de la mer à la rivière, je défends la position historique des socialistes, notamment celle de François Mitterrand à la Knesset en 1982, qui est celle de la solution à deux États, de la sécurité d'Israël et de la reconnaissance de l'État palestinien. Et qu'à ce moment-là, à ce moment-là, je deviens le "sioniste génocidaire" pour Jean-Luc Mélenchon et les siens, et que j'ai une meurtrissure terrible à dire devant ce congrès que pour la première fois de ma vie, j'ai dû dire de l'homme que j'ai aimé profondément, qu'il est devenu un "salopard antisémite", avec des propos qui sont pour nous absolument insupportables. Alors, nous devons avoir cette nuance. Nous devons la revendiquer. Sur la laïcité (…), sur la République sociale, sur l'ensemble des territoires perdus de la République... Et de là où je suis, je termine par là, je suis un fervent défenseur du rassemblement de la gauche et des écologistes, mais je nous adjure collectivement : ne vendons pas notre âme aujourd'hui au nom de ces huées fanatiques. Il n'est plus possible d'avoir le moindre point de contact avec ceux qui, aujourd'hui, abîment la gauche, l'universalisme, la République et la laïcité. ».

    Quels sont ces "propos absolument insupportables" ?


    Jérôme Guedj a rappelé qu'il était régulièrement l'objet d'attaques antisémites de la part des insoumis, en particulier de leur gourou en chef, par des allusions nauséabondes, comme cette phrase piochée dans son blog : « On voit clairement une honte émerger de ces couinements. L’ambiguïté du propos est un signe dans son milieu de fanatisme. L’intéressant est de le voir s’agiter autour du piquet où le retient la laisse de ses adhésions. ». La réaction du député de l'Essonne à la lecture de cette note : « J’ai vu là, pour la première fois, l’expression délibérée d’un propos antisémite. ».

    L'adversaire d'Olivier Faure, Nicolas Mayer-Rossignol, était sur la même ligne en expliquant, le même jour, qu'il n'était pas possible d'avoir une alliance tant sur le plan national que localement : « Que préférons-nous ? Perdre des élections ou perdre nos âmes ? ».

     
     


    Deux jours plus tard, le 16 juin 2025 au micro de BFMTV, Jérôme Guedj, sans présenter d'excuse publiquement (alors qu'elles ont été exigées par Manuel Bompard, coordinateur de FI), a dit regretter d'avoir employé le terme "salopard" qui n'était pas « conforme à la conception que j'ai du débat politique » en ajoutant que le terme « n'était pas utile, "antisémite" suffisait ». Le divorce entre Jérôme Guedj et Jean-Luc Mélenchon date du 7 octobre 2023 et du refus des insoumis de qualifier le Hamas d'organisation terroriste. Jérôme Guedj a expliqué que le mot était « venu comme ça, (…) dans cette nécessité de secouer [le congrès], là où je voyais poindre une forme d’inertie, parce que le cœur du débat était de savoir si on pouvait continuer à avoir des relations avec la France insoumise ».

    Jérôme Guedj n'a pas mâché ses mots non plus pour qualifier l'attitude lâche d'Olivier Faure. Il a regretté le « flottement », le « flou permanent » du premier secrétaire du PS sur l'antisémitisme des insoumis, et il a trouvé franchement « minable » sa réaction dans la matinale de France 2 le 16 juin 2025, ajoutant : « Ce n’est pas un problème personnel que j’ai avec Jean-Luc Mélenchon, c’est un problème qui devrait concerner toute la gauche. ». Jérôme Guedj a été applaudi à Nancy, mais qui sortira publiquement de cette lâche facilité de laisser faire Olivier Faure dans sa complice alliance ?


    L'éditorialiste Patrick Cohen ponctuait sévèrement sa chronique du 16 juin 2025 sur France Inter : « Alors un congrès pour rien ? Rien de neuf sur le fond. Ni sur la stratégie présidentielle, toujours aussi floue. Et confirmation qu’il y a deux PS, pas irréconciliables, mais de plus en plus divergents. La gauche non-mélenchoniste qui ne sait pas où elle habite, n’ira pas toquer au parti socialiste. ». Il faut le dire comme c'est : cela fait longtemps que la gauche non-mélenchoniste a rejoint le Président Emmanuel Macron.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (17 juin 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Congrès du PS : Saloperies antisémites.
    Jérôme Guedj.
    Congrès du PS : "l'homme le plus riche du cimetière".
    Congrès du PS : Olivier Faure est-il en difficulté ?
    Congrès du PS : le choc de complexité !
    Robert Badinter.
    Congrès du PS à Rennes : l'explosion de la Mitterrandie.
    La préparation du congrès de Rennes (27 janvier 1990).
    Histoire du PS.
    Manuel Valls.
    Martine Aubry.
    Hubert Védrine.
    Julien Dray.
    Comment peut-on encore être socialiste au XXIsiècle ?
    François Bayrou et la motion de censure de congrès du PS.
    Lionel Jospin.
    Claude Allègre.
    François Mitterrand.
    Jacques Delors.
    Mazarine Pingeot.
    Richard Ferrand.
    Didier Guillaume.

    Pierre Joxe.
    André Chandernagor.
    Didier Migaud.
    Pierre Moscovici.

    La bataille de l'école libre en 1984.
    Bernard Kouchner.
    Hubert Curien.
    Alain Bombard.
    Danielle Mitterrand.
    Olivier Faure.
    Lucie Castets.

    Bernard Cazeneuve
    Gabriel Attal.
    Élisabeth Borne.
    Agnès Pannier-Runacher.
    Sacha Houlié.
    Louis Mermaz.
    L'élection du croque-mort.
    La mort du parti socialiste ?
    Le fiasco de la candidate socialiste.
    Le socialisme à Dunkerque.
    Le PS à la Cour des Comptes.








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