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  • La nouvelle peine de Serge Atlaoui

    « L’incrimination attendue trouve son équivalent en droit français dans la production et la fabrication de stupéfiants en bande organisée en faisant encourir à son encontre trente ans de réclusion. » (Tribunal de Pontoise, le 12 février 2025).




     

     
     


    On l'attendait ce mercredi 12 février 2025, dans l'après-midi, mais l'exercice était très compliqué, très délicat. Pour ainsi dire, il était inédit. Le retour de Serge Atlaoui en France la semaine dernière, le 5 février 2025, s'il était réjouissant pour lui et ses proches, a posé un problème insoluble pour la justice française : que va-t-elle faire de lui ?!

    Serge Atlaoui a été arrêté à Jakarta le 11 novembre 2005 et il a été condamné à mort pour trafic de drogue en 2007, sans plus aucun recours à partir d'avril 2015. C'est dire si sa vie ne pesait plus grand-chose face au volontarisme populiste du Président indonésien de l'époque qui avait arrêté le moratoire sur les exécutions. Il a passé 19 années et demi en prison en Indonésie et grâce à un accord diplomatique, il a pu rentrer en France.

    Pour autant, la chose jugée reste la chose jugée et la France doit la respecter. C'est pour cela que dans la logique pure, la France aurait dû mettre à exécution la peine de mort qu'a eue Serge Atlaoui. Bien entendu, non, pas seulement parce que la peine de mort est abolie depuis le 9 octobre 1981, mais aussi parce que la France souhaitait son rapatriement justement pour éviter qu'il ne risque l'exécution.


    La difficulté est que la justice française ne peut pas revenir sur le fond. Or, sur le fond, on sait que la justice indonésienne a fait n'importe quoi : Serge Atlaoui était un ouvrier soudeur, il ne connaissait rien à la chimie, il a réparé ou entretenu des machines industrielles, mais il n'avait pas compris qu'elles servaient à transformer des substances illicites. On pourra toujours disserter sur sa stupidité, sa naïveté, mais certainement pas sur sa sincérité. Il aurait mérité au moins la révision de son procès et qu'il soit condamné pour travail dissimulé.

    Pourquoi la justice française ne peut pas revenir sur le procès indonésien ? Tout simplement parce qu'elle compte pouvoir encore se servir d'autres accords diplomatiques de ce type, et pas seulement avec l'Indonésie, pour rapatrier tous les Français condamnés à mort (il y en aurait encore au moins quatre dans le monde). Donc, il faut que la France et la justice française respectent scrupuleusement l'Indonésie et la justice indonésienne.

    C'est le tribunal correctionnel de Pontoise, celui qui a compétence sur la prison d'Osny où séjourne actuellement Serge Atlaoui, qui a dû prendre cette décision une semaine après son arrivée : que faire de ce prisonnier encombrant que tout le monde, ou quasiment, en France, souhaite voir enfin libre ? Il ne peut pas refaire le procès indonésien, il ne peut que se prononcer sur la peine qu'il doit faire en France. Et comme il n'y a plus de peine de mort, il faut requalifier la peine.
     

     
     


    La procureure de Pontoise a rappelé toute la difficulté de la chose : « Il a été condamné dans un autre pays à la peine capitale, qui n’existe plus chez nous. Nous n’avons eu jusqu’ici aucun transfèrement de condamné à mort en France. ».

    Au cours de cette audience, elle n'y est pas allée de main morte. Elle a requis la transformation de la peine en réclusion criminelle à perpétuité : « Le parquet considère que la seule possibilité de peine la plus proche de la peine de mort est celle de la réclusion criminelle à perpétuité. ». Dans son raisonnement, conforme au code pénal et à la jurisprudence de la Cour de Cassation, la procureure a considéré en effet que la peine de mort devait se transformer en la peine la plus lourde du code pénal, soit la perpétuité.

    Mais pour l'avocat de Serge Atlaoui, cela ne correspondait pas du tout aux faits sanctionnés, cette peine serait disproportionnée dans le droit français. Ainsi, le juge a donné raison à la défense en commuant la peine de Serge Atlaoui à trente ans de réclusion, peine passible en France pour le trafic de drogue.

    Je trouve néanmoins que c'est encore très sévère. Certes, cela peut lui ouvrir les portes de la prison puisqu'il a déjà effectué 19 ans, soit les deux tiers de la peine. Mais il reste cette injustice de fond qui paraît encore ubuesque au regard de son histoire personnelle.

    Néanmoins, l'épouse de prévenu, Sabine Atlaoui, a clamé, soulagé : « C'est le début de la fin ! ». Et son avocat Richard Sédillot : « C’est un premier succès, un premier pas vers la liberté. ». Il comptait en effet sur les remises de liberté. Ce qu'il ne faudrait pas, c'est une grâce présidentielle. Sur le résultat, beaucoup seraient satisfaits d'un retour rapide à la vie ordinaire de Serge Atlaoui, mais une grâce présidentielle signifierait que le Président Emmanuel Macron court-circuiterait la justice indonésienne, ce qui serait peu respectueux.

    Le parquet avait rappelé l'importance de garder les formes institutionnelles : « Pour ne pas obérer la capacité diplomatique de l'État français à obtenir le transfèrement de ses nationaux, il faut que l’autorité judiciaire se cantonne à ce rôle. ».


    Serge Atlaoui n'a pas voulu retrouver sa famille et ses amis dans l'aéroport ni dans la prison, il veut les revoir libre. Peut-être les retrouvailles ont-elles toutefois déjà eu lieu dans l'intimité des parloirs, mais l'important est que le formalisme soit rigoureusement respecté... en espérant qu'il puisse être bien soigné pendant tout ce temps.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (12 février 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    La nouvelle peine de Serge Atlaoui.
    Serge Atlaoui en France !
    Jour J de joie pour Serge Atlaoui !
    Soulagement pour Serge Atlaoui de retour en France le 4 février 2025.
    L'espoir justifié de Serge Atlaoui.
    Cadeau de Noël pour Mary Jane Veloso.
    Enfin une bonne nouvelle pour Serge Atlaoui ?
    Majid Kavousifar.
    Varisha Moradi.
    7 pistes de réflexion sur la peine de mort.
    Une lueur d’espoir pour Serge Atlaoui ?
    Taxe Nutella : Serge Atlaoui, otage de l’huile de palme ?
    Vives inquiétudes pour Mary Jane Veloso.
    Le cauchemar de Serge Atlaoui.
    Peine de mort pour les djihadistes français ?



     

     
     



    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250212-serge-atlaoui.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/la-nouvelle-peine-de-serge-atlaoui-259275

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/02/12/article-sr-20250212-serge-atlaoui.html




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  • Serge Atlaoui en France !

    « Serge est France. Il est libéré de cette condamnation à la peine de mort. » (Sabine Atlaoui, le 5 février 2025 sur Facebook).




     

     
     


    Ça y est, c'est réel ! Serge Atlaoui (61 ans), le Français condamné à mort en Indonésie, qui a miraculeusement réchappé une fois au peloton d'exécution en avril 2015, est arrivé sur le sol français. Il n'est plus en danger de mort ! Du moins, pour des raisons judiciaires, car il est très malade, il souffre du cancer. Son épouse Sabine a de quoi être heureuse, même si, pour elle, pour eux deux, tout est à reconstruire : ils ont vieilli de quasiment vingt ans depuis leur dernière vie ensemble. Il y a un petit côté "Hibernatus".

    Escorté de trois policiers français, Serge Atlaoui, originaire de Metz, a été transféré en France : son avion a décollé comme prévu le mardi 4 février 2025 à 19 heures 35, heure locale (13 heures 35, heure de Paris), de l'aéroport international de Jakarta, et a atterri à l'aéroport de Paris-Roissy le lendemain, mercredi 5 février 2025 peu après 10 heures du matin.


    J'ai déjà raconté ici son histoire dans plusieurs articles, il a été arrêté le 11 novembre 2005 et il est resté dans une prison indonésienne pendant toute cette période (19 ans un quart). Condamné à mort depuis 2007 pour des faits qu'il a toujours rejetés (trafiquant de drogue, chargé de la transformation chimique, alors qu'il est un ouvrier soudeur et qu'il n'a fait que réparer des machines industrielles qu'il croyait destinées pour fabriquer de l'acrylique), il a failli être exécuté en avril 2015. Pendant tout ce temps, il a fait preuve d'une étonnante force morale, croyant toujours au miracle alors qu'il n'avait plus de recours légal depuis 2015. Il a attendu si longtemps ce moment si précieux, son retour en France.

    Avant le décollage à Jakarta, Serge Atlaoui a dû subir une ultime épreuve, une conférence de presse imposée par l'accord diplomatique entre la France et l'Indonésie. Serge Atlaoui, portant un masque noir et une casquette noire, est resté complètement silencieux. À cette occasion, l'ambassadeur de France en Indonésie Fabien Penone a déclaré à I Nyoman Gede Surya Mataram, représentant le Ministère indonésien des Affaires juridiques et des Droits humains, qui était présent et qui était déjà en charge du retour de Mary Jane Veloso : « Au nom des autorités françaises, je tiens à remercier les autorités indonésiennes pour leur coopération. ».


     

     
     


    Son avocat Richard Sédillot avait réagi le 4 février 2025 auprès de l'AFP ainsi : « Je me réjouis que le combat que nous avons mené se solde par la victoire de la vie sur la mort. Je vais maintenant m'employer à faire en sorte que la peine soit adaptée dans des conditions qui permettront sa mise en liberté. ».

    Dans l'émission "C à vous" le 4 février 2025 sur France 5, le garde des sceaux Gérald Darmanin avait en effet confirmé : « Il va aller dans une prison française, dans des conditions qui lui permettront d'être soigné et de voir sa famille. (…) [Il est] très malade, ce qui a exigé aussi son retour. (…) [Il a] toujours clamé son innocence et la politique de la France est de ramener dans notre pays des gens condamnés à mort dans d'autres pays [sans] se substituer à la justice indonésienne. ».

    Effectivement, après un bref passage au tribunal judiciaire de Bobigny (compétent pour l'aéroport Roissy-Charle-De-Gaulle), où il a été présenté à un juge du parquet pour lui notifier son incarcération, Serge Atlaoui a été transféré à la prison d'Osny, dans le Val-d'Oise, dans l'attente d'une décision de justice le concernant. Il n'est pas exclu que la Président de la République Emmanuel Macron règle juridiquement le problème en lui faisant profiter d'une grâce présidentielle, résidu monarchique du système judiciaire français.

    Interviewée dans la matinale de TF1 le 5 février 2025, son épouse Sabine, qui ne l'a pas revu depuis 2019, a dit la même chose que l'avocat, soulagée : « Aujourd'hui qu'il revienne vivant du couloir de la mort, oui, c'est une victoire de la vie sur la mort. ».


    La veille, elle avait dit sur RTL : « Toutes ces années d'incarcération, en fait, c'est ce moment-là que j'attendais. Quitter la prison, ça veut dire que là, il est vraiment sur le chemin du retour. (…) Je pensais que j'allais être un peu plus sereine, mais je suis chamboulée. Il y a beaucoup de joie, en fait. Et puis, on est pressé de le voir. Oui, je pense qu'avec tout ce qui s'est passé en dix-neuf ans, c'est largement compréhensible. On est passé par tellement de choses. Donc là, il est sur le trajet. Je sais que demain, il est en France. (…) On est rempli de joie et de bonheur. Mais je suis déjà à l'étape suivante parce que je veux le voir et je voudrais le voir vivre sa liberté. (…) Il va arriver à l'aéroport, on ne sera pas là parce que Serge ne le souhaitait pas. Il souhaite nous voir quand il est en homme libre. Il souhaite revoir sa famille quand il est libre. Malheureusement, on ne sait pas combien de temps ça va prendre. (…) Est-ce que je vais rester sans voix ? Parce que ce retour, j'irais jusqu'à dire que c'est un miracle. Il a survécu à dix-neuf ans d'incarcération. Il a survécu à une exécution. (…) Je ne sais pas comment je vais être. C'est pour ça que j'aimerais que ça se fasse dans l'intimité, parce que je pense que je vais en pleurer. Cette fois, je me donnerai l'autorisation de pleurer. ».

    Donc, pas de photo, pas de retrouvailles en public entre l'ex-condamné à mort et sa famille, le secret de la vie privée, l'intimité des personnes au creux d'un parloir de prison sans doute, ou d'une libération que la famille espère prochaine.

    Madame Atlaoui avait dit également le 4 février 2025 à "L'Est républicain" : « Mes sentiments et mes émotions sont très mitigés ces dernières semaines. Je ressens une joie immense de pouvoir enfin retrouver Serge. Toutes ces années de combat et de sacrifices ont porté leurs fruits mais je ne peux pas minimiser le poids qu’il a porté en se retrouvant dans le couloir de la mort. Je ne peux pas oublier qu’il a failli être exécuté en 2015. En quittant le sol indonésien, le poids de cette condamnation à mort ne pèse plus sur ses épaules. C’est fini pour lui. Il y a survécu. Dès qu’il aura foulé le sol français, nous serons tous libérés de cette sentence. ». C'est donc fait.

    Mardi, Sabine a aussi affirmé, sur France 3 Lorraine : « Je ne tiens plus. (…) J'ai fait ce que je pouvais mais si je réfléchis, je me dis que j'ai fait beaucoup quand même. (…) Serge a subi l'incarcération, c'était l'enfer. On a des traumatismes et des blessures, c'est certain. Il faut se reconstruire sur de nouvelles bases. On n'est plus les mêmes qu'avant. Ça se fera étape par étape. On fera les choses ensemble. Tout ce qu'on veut, c'est une vie normale. Je souhaite qu'on se reconstruise et qu'on réapprenne à se connaître dans un quotidien normal. Je remercie tous nos soutiens, c'est la victoire de tous. ».

    Dans une autre déclaration à l'AFP mercredi, maître Richard Sédillot s'est dit évidemment soulagé : « Je suis particulièrement ému et soulagé de le savoir en France. (…) Je vais tout faire pour obtenir un permis de visite très rapidement et aller le voir à la prison. ». Serge Atlaoui, en revanche, ne souhaite pas voir ses proches dans une prison française. Comme son épouse l'a affirmé, il préfère attendre sa libération pour profiter pleinement d'un retour à la "vie normale", si
    cette expression signifie encore quelque chose. La "happy end" arrive très prochainement, le plus dur est passé, atteindre le sol français, et c'est fait.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (05 février 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Serge Atlaoui en France !
    Jour J de joie pour Serge Atlaoui !
    Soulagement pour Serge Atlaoui de retour en France le 4 février 2025.
    L'espoir justifié de Serge Atlaoui.
    Cadeau de Noël pour Mary Jane Veloso.
    Enfin une bonne nouvelle pour Serge Atlaoui ?
    Majid Kavousifar.
    Varisha Moradi.
    7 pistes de réflexion sur la peine de mort.
    Une lueur d’espoir pour Serge Atlaoui ?
    Taxe Nutella : Serge Atlaoui, otage de l’huile de palme ?
    Vives inquiétudes pour Mary Jane Veloso.
    Le cauchemar de Serge Atlaoui.
    Peine de mort pour les djihadistes français ?

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250205-serge-atlaoui.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/serge-atlaoui-en-france-259122

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/02/05/article-sr-20250205-serge-atlaoui.html




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  • Jour J de joie pour Serge Atlaoui !

    « Plus rien ne se dresse entre Serge Atlaoui et le peloton d'exécution. Le recours de ce Français , condamné à mort pour trafic de drogue, a été rejeté mardi [21 avril 2015] par la Cour suprême indonésienne. Il pourrait être fusillé dans les prochaines semaines. » ("Paris Match" du 22 avril 2015).



     

     
     


    Cette dépêche AFP publiée par la plupart des journaux date d'un peu moins de dix ans. C'était dire si le destin du Français Serge Atlaoui était précaire. En l'occurrence, son nom était inscrit pour la deuxième vague d'exécutions qui devait avoir lieu quelques jours plus tard. Par miracle, son nom et celui de la Philippine Mary Jane Veloso ont été retirés in extremis. Les huit autres non, ils ont été fusillés le 29 avril 2015.

    Le 2 avril 2015, Sabine Atlaoui, l'épouse du condamné, a expliqué à "Paris Match" : « Cela fait neuf ans que l’on se bat pour que la vérité soit reconnue. Que l’on a fait tout ce qu’il fallait correctement, respectant la justice indonésienne (…). Serge a d’abord été considéré comme simple ouvrier, et condamné à la perpétuité. Puis la cour de cassation l’a considéré comme un chef de réseau, chimiste, et condamné à être fusillé. Pourtant, dès le premier procès, on a fourni tous les documents démontrant qu’il n’était pas un baron de la drogue, que nous étions une famille normale, avec un travail etc. (…) Tout est là depuis le début ! ».
     

     
     


    Sabine Atlaoui, qui, cette année-là (début 2015), a eu dans ses bras la mère de Myuran Sukumaran, l’Australien, exécuté le 29 avril 2015, comme sept autres condamnés, s'est confiée le 29 avril 2016 au "Dauphiné libéré" : « Sa peur est là, constante. Je sais que le jour J [aujourd’hui], ça va être dur pour lui. Il y a vécu les adieux avec les autres condamnés à l’époque. J’ai ressenti moi-même ce vide une première fois car Kiem Ho [le Néerlandais] et Marco Cardoso [le Brésilien] ont été exécutés en janvier 2015. Quand je suis arrivée en mars [2015], ils manquaient déjà beaucoup à Serge. Ensuite, après la deuxième vague, Serge s’est senti coupable d’être en vie. Je ne pense pas qu’il supporterait de revivre un tel compte à rebours, même s’il est fort et courageux. Psychologiquement, il a été détruit. (…) Depuis sa condamnation à mort en 2007, il peut lui arriver n’importe quoi n’importe quand. L’urgence, vous la comprendrez, quand je sauterai dans le premier avion pour l’Indonésie. ».
     

     
     


    Cent dix-huit mois plus tard, la situation a complètement changé. Ce qui a débloqué les choses, c'est le changement de Président de la République d'Indonésie. Le nouveau a accepté le transfert de Serge Atlaoui, demandé par la France le 4 novembre 2024 et finalisé par un accord diplomatique signé le 24 janvier 2025 par le Ministre français de la Justice Gérald Darmanin et son homologue indonésien.

    Dans l'accord, l'Indonésie a confirmé qu'elle ne souhaitait pas exécuter le Français et qu'elle autorisait son retour pour « raisons humanitaires » car il est malade. En outre, l'Indonésie laisse la France la possibilité de « sa clémence, une amnistie ou une réduction de peine ». Les modalités de l'accord n'ont pas toutes été rendues publiques.

    Serge Atlaoui est incarcéré depuis le 11 novembre 2005, soit plus de dix-neuf ans (plus de 7 000 jours !). Depuis quelques jours, il prépare calmement ses bagages pour son départ tant attendu de sa prison de Jakarta. Il a distribué ses ustensiles de cuisine à d'autres détenus. Il sera accompagné de policiers français pour aller à l'aéroport indonésien. Ce qu'il redoute le plus serait de croiser la meute de journalistes indonésiens. Son avion décollera de Jakarta ce mardi 4 février 2025 dans la soirée et il devrait atteindre Paris le mercredi 5 février 2025 dans la matinée. Son épouse Sabine l'accueillera... mais à l'aéroport.

     

     
     


    Ce sera alors la fin de son cauchemar indonésien. Pas forcément la fin de sa trajectoire carcérale. En effet, son avocat français Richard Sédillot a expliqué : « Il sera ensuite conduit à Bobigny et présenté au parquet puis placé en détention. (…) Nous interviendrons devant le tribunal compétent qui statuera sur l’adaptation de la peine et nous demanderons qu’une adaptation permette sa mise en liberté. ».

    Serge Atlaoui fait preuve, depuis ces dix-neuf ans, d'une sérénité à toute épreuve. Pour ces quelques jours qu'il lui restait avant d'être rapatrié en France, il expliquait à ses proches : « J'ai échappé au peloton d'exécution, j'ai survécu à deux cancers, je peux bien attendre quelques jours encore ! ». Effectivement, il a été opéré de deux tumeurs au cou et vient de terminer une radiothérapie. Je lui souhaite un agréable voyage.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (03 février 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Jour J de joie pour Serge Atlaoui !
    Soulagement pour Serge Atlaoui de retour en France le 4 février 2025.
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    Cadeau de Noël pour Mary Jane Veloso.
    Enfin une bonne nouvelle pour Serge Atlaoui ?
    Majid Kavousifar.
    Varisha Moradi.
    7 pistes de réflexion sur la peine de mort.
    Une lueur d’espoir pour Serge Atlaoui ?
    Taxe Nutella : Serge Atlaoui, otage de l’huile de palme ?
    Vives inquiétudes pour Mary Jane Veloso.
    Le cauchemar de Serge Atlaoui.
    Peine de mort pour les djihadistes français ?

     

     
     



     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250204-serge-atlaoui.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/jour-j-de-joie-pour-serge-atlaoui-259080

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/02/03/article-sr-20250204-serge-atlaoui.html



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  • Soulagement pour Serge Atlaoui de retour en France le 4 février 2025

    « L'horreur spécifique au quartier des condamnés à mort, c'est de s'y voir mourir un peu plus chaque jour. L'attente vous tue. Vous logez dans une cage et, lorsque vous vous réveillez pour cocher un nouveau jour, vous vous dites que la mort s'est encore rapprochée de vingt-quatre heures. » (John Grisham, 1994).




     

     
     


    Dans la montagne de mauvaises nouvelles dont les médias nous abreuvent matin midi et soir, il est déjà des matins heureux. C'est le cas pour ce vendredi 24 janvier 2025 qui voit se dénouer une histoire particulièrement angoissante depuis dix-sept ans. Un accord a été conclu entre la France et l'Indonésie pour le transfert du Français Serge Atlaoui vers la France.

    Serge Atlaoui, 61 ans, j'ai déjà évoqué plusieurs fois cette personne qui, pour avoir succombé à la tentation d'un job bien payé (l'histoire a montré qu'il n'en a rien été et qu'il s'est fait arnaquer), a accepté, en raison de ses difficultés financières, de travailler au noir à Jakarta. Mauvaise pioche puisqu'au-delà de l'arnaque, il assurait la maintenance d'un atelier de transformation chimique servant aux trafiquants de drogue. Arrêté le 11 novembre 2005, il a d'abord été condamné à la réclusion à perpétuité, puis le recours à la Cour suprême a rendu la peine encore plus sévère puisqu'il a été condamné à mort en 2007. Dès lors, il devait s'attendre à tout moment à être fusillé dans un peloton d'exécution, comme lors ce sinistre mois d'avril 2015, il y a presque dix ans, où son nom et celui de la jeune mère de famille philippine Mary Jane Veloso ont été retirés in extremis de la série d'exécution.

    Ferme partisan de l'abolition de la peine de mort, j'ai été alerté très tôt (vers 2008) de la situation terrible de Serge Atlaoui qui, oui, a fait une grosse bêtise, qu'il a déjà bien payée avec dix-neuf années d'incarcération, mais qui a toujours rejeté les accusations portées contre lui de trafiquant de drogue (il a été surnommé injustement par les juges "le chimiste" alors qu'il est soudeur).

    Et j'ai été frappé par l'extraordinaire sérénité de l'homme : voici un homme qui est condamné à mort dans un pays où l'on a interrompu le moratoire sur les exécutions pour des raisons purement politiciennes et démagogiques, qui vient d'exécuter une série de condamnés étrangers et indonésiens, et qui est allé au bout de tous les recours juridiques possibles, et malgré tout, il affichait un visage apparemment serein, comme s'il était juste ennuyé, comme quand vous avez une panne et que vous attendez la dépanneuse au bord de la route. En l'occurrence, la dépanneuse, c'est aujourd'hui le gouvernement français et le nouveau Président indonésien, qui ont conclu un accord pour permettre à Serge Atlaoui de revenir en France.


    Cette sérénité n'était pas feinte. Il a toujours gardé espoir. Il a toujours pu communiquer avec sa famille, ses quatre enfants, sa femme qu'il a épousée en prison et même un enfant est né pendant qu'il était en prison. Il est alors un "bon" prisonnier, un prisonnier modèle, qui a rénové voire reconstruit tout le réseau d'eau de la prison, et même, il a formé d'autres personnes pour en faire la maintenance. J'imagine qu'il doit être apprécié tant de ses codétenus que de ses surveillants. Il avait réussi à aménager une petite vie, faisant la cuisine, bricolant quelques trucs, réparant la charpente, etc. alors qu'il pouvait s'attendre à une exécution imminente (dans les quarante-huit heures) à tout moment.

    Son avocat français Richard Sédillot, qui continuera à l'assister juridiquement lorsqu'il sera en France, l'a constaté : « [Serge Atlaoui] est assez exceptionnel, il a toujours fait preuve d'une résilience qui force le respect. ».

    Ce 24 janvier 2025, Yusril Ihza Mahendra, le Ministre chargé des Affaires juridiques et des Droits humains indonésien, a tenu une conférence de presse aux côtés de l'ambassadeur de France en Indonésie, Fabien Penone, pour annoncer que Serge Atlaoui retournerait en France le 4 février 2025, « comme requis par le gouvernement français ». C'est le Ministre de la Justice français Gérald Darmanin qui a signé, depuis Paris, le protocole d'accord avec son homologue indonésien, au cours d'une visioconférence. Les détails du rapatriement et le sort de Serge Atlaoui en France ont été précisés.

    La signature aurait dû intervenir mercredi 22 janvier 2025, puis elle a été reportée à jeudi 23, mais elle n'a pu se faire finalement que le vendredi 24 janvier. Yusril Ihza Mahendra a affirmé : « Nous venons de signer un accord technique entre le gouvernement indonésien et la République française (…) pour transférer un citoyen français du nom de Serge Atlaoui. ». L'ambassadeur français l'a remercié « infiniment » au nom de la France.

    Le sort de Serge Atlaoui une fois arrivé sur le sol français n'a pas été dévoilé. L'Indonésie a accepté que ce soit la France qui déciderait désormais de son sort, que ce soit pour une grâce ou pour une peine de trente ans de prison. Dans tous les cas, cela se fera conformément à la législation française (ce qui signifie que Serge Atlaoui ne craindra évidemment plus la peine de mort).


     

     
     


    La France avait envoyé très officiellement une demande de rapatriement à l'Indonésie le 19 décembre 2024. La France avait demandé un « retour immédiat » en raison de « la détérioration de [son] état de santé ». En effet, Serge Atlaoui a suivi un traitement dans un hôpital de Jakarta chaque semaine.

    Dans le même cas que lui, Mary Jane Veloso a pu regagner son pays, les Philippines, le 18 décembre 2024 grâce à un accord entre les Philippines et l'Indonésie. Cinq Australiens condamnés (à la réclusion à perpétuité) ont aussi été renvoyés dans leur pays le 15 décembre 2024 (les derniers d'un gang de neuf trafiquants de drogue australiens).

    L'Indonésie est particulièrement sévère contre les trafiquants de drogue, sa législation est même l'une des plus sévères du monde en raison des dégâts que fait la drogue sur la population. Actuellement, 530 personnes ont été condamnés à mort et vivent dans les prisons indonésiennes, dans l'attente de leur exécution, dont plus de 90 étrangers (dont une femme), selon le Ministère de l’Immigration et des Services correctionnels indonésien.

    Pourquoi un tel changement après dix-sept ans de cauchemar ? Selon un média australien, l'actuel Président indonésien Prabowo Subianto (ancien général qui n'a jamais été inquiété pour avoir supervisé les répressions sanglantes du régime de son beau-père, Suharto, au pouvoir du 11 mars 1966 au 21 mai 1998), arrivé démocratiquement au pourvoir le 20 octobre 2024 (élu le 14 février 2024 dès le premier tour avec 58,6% des voix), avait conditionné son soutien à son prédécesseur Joko Widodo en 2015 à « ne pas exécuter de ressortissant d'un pays ami », en particulier Serge Atlaoui. Pradowo Subianto est devenu le 23 octobre 2019 le Ministre de la Défense du Président Joko Widodo avant de lui succéder à la Présidence indonésienne, en prenant comme Vice-Président Gibran Rakabuming Raka, c'est-à-dire (comme son nom ne l'indique pas !), le propre fils aîné de Joko Widodo.

    Cela nécessiterait certainement un peu plus d'investigation journalistique de la part de la presse française. Pradowo Subianto a été reçu à Paris avec les honneurs de la République française par son homologue Florence Parly le 13 janvier 2020 lorsqu'il était Ministre de la Défense. Ce dernier a annoncé plus tard, le 10 février 2022, l'achat à la France, par l'Indonésie, de 42 avions de combat Rafale pour la somme de 5,7 milliards d'euros dans le cadre d'un programme d'achat à la France de 108 milliards d'euros à moyen terme.

    Selon l'AFP, une "source proche du dossier, souhaitant rester anonyme", a confirmé l'intervention de Prabowo Subianto pour suspendre l'exécution de Serge Atlaoui, mais le porte-parole de la Présidence a refusé de confirmer. L'action diplomatique de la France a été aussi un moteur non négligeable dans cette non-exécution.

    Selon Ensemble contre la peine de mort (ECPM), en plus de Serge Atlaoui, au moins quatre autres citoyens français ont été condamnés à mort et sont détenus dans un pays étranger, une femme en Algérie, deux hommes au Maroc et un homme en Chine. J'espère que la France réussira avec autant de succès à les rapatrier.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (24 janvier 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Soulagement pour Serge Atlaoui de retour en France le 4 février 2025.
    L'espoir justifié de Serge Atlaoui.
    Cadeau de Noël pour Mary Jane Veloso.
    Enfin une bonne nouvelle pour Serge Atlaoui ?
    Majid Kavousifar.
    Varisha Moradi.
    7 pistes de réflexion sur la peine de mort.
    Une lueur d’espoir pour Serge Atlaoui ?
    Taxe Nutella : Serge Atlaoui, otage de l’huile de palme ?
    Vives inquiétudes pour Mary Jane Veloso.
    Le cauchemar de Serge Atlaoui.
    Peine de mort pour les djihadistes français ?

     

     
     





    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250124-serge-atlaoui.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/soulagement-pour-serge-atlaoui-de-258880

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/01/24/article-sr-20250124-serge-atlaoui.html





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  • L'espoir justifié de Serge Atlaoui

    « L’espoir, c’est la différence entre la vie et la mort. » (Serge Atlaoui, le 14 mars 2015 dans "L'Est républicain").




     

     
     


    Imaginez-vous dans la précarité, mais vous avez une compétence technique. Vous êtes ouvrier soudeur et on vous propose un salaire d'ingénieur pour quelques années de travail à l'étranger. Vous ne dites pas non. Vous savez que c'est certainement une magouille, mais vous ne savez vraiment pas dans quelle mare à emm@rdements vous allez plonger. Messin (habitant de Metz, ou proche banlieue), vous faites le voyage pour l'Indonésie. On vous colle à un poste d'usine dans un atelier. Votre job, c'est de faire de la maintenance et réparer des machines qui font de la transformation chimique. Vous ne connaissez rien à la chimie, mais vous, vous connaissez les machines. Vous croyez avoir trouvé le Graal, même si vous savez que c'est du travail dissimulé, et vous vous projetez quelques années plus tard, de retour en France, pour pouvoir vivre un peu plus décemment avec vos économies.

    L'ennui, c'est que la police indonésienne a fait irruption dans l'atelier, et vous êtes arrêté avec vos collègues. Pas de chance : vous seriez déjà parti si le chauffeur était là ! Vous découvrez que ce n'est pas une fabrique de plastique mais un atelier de transformation de drogue. Vous êtes peut-être naïf, mais on ne vous croit pas. En Indonésie, on ne rigole pas avec le trafic de drogue. Vous êtes d'abord condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, vous arrivez à faire appel, rebelote, re-recours, et la cour suprême vous condamne définitivement à mort. Huit années plus tard, votre nom est inscrit sur la liste des prochains exécutés.

    Entre-temps, un nouveau Président indonésien, dit "plus libéral", c'est-à-dire plus ouvert au monde, comprendre, plus ouvert commercialement au monde, a stoppé le moratoire sur les exécutions pour montrer sa détermination de lutter contre les narcotrafiquants. Trois séries d'exécutions ont lieu : en janvier 2015, avril 2015 et juillet 2016. Finalement, vous échappez in extremis à la deuxième série. La troisième série conclut un intense débat parlementaire en France sur une loi pour la transition écologique : votre vie est épargnée grâce aux zélés lobbyistes indonésiens qui ont réussi à éviter l'interdiction ou la surtaxation des produits à base d'huile de palme. Il faut dire que l'exportation d'huile de palme est essentielle pour l'économie de l'Indonésie.

    Mais vous ne perdez pas espoir. Chaque jour, depuis dix-sept ans, vous pouvez apprendre que vous allez être fusillé dans quelques heures, mais vous ne perdez pas espoir. Vous vous êtes même marié en prison, on vous soutient, votre famille, votre frère, votre épouse, font tout en leur pouvoir pour vous aider, psychologiquement autant que judiciairement. Bien sûr, c'est plutôt sur les relations diplomatiques que cela devrait se négocier, mais avec Joko Widodo, pas question de mélanger diplomatie et justice, diplomatie et lutte contre la drogue qui est un énorme fléau en Asie du Sud, qui tue des milliers de personnes. Vous gardez espoir car vous avez confiance en la France et à son soutien qui est total.


    Cette vie, heureux lecteurs, vous ne l'avez pas vécue, vous êtes au chaud dans votre fauteuil en train de me lire simplement. Vous pensez au prochain repas, peut-être au réveillon de la nouvelle année qui se précise... ou pas, qu'importe, mais vous n'êtes pas Serge Atlaoui, maintenant 61 ans, qui vit ce véritable cauchemar depuis dix-neuf ans. Oui, il a fauté, mais la mort n'est pas une sentence juste pour du travail au noir, dans son esprit. Coupable et victime d'un système. Qui n'a jamais dissuadé les trafiquants de drogue, car il n'y a jamais autant de trafiquants de drogue depuis le retour des exécutions en Indonésie.
     

     
     


    Heureusement, depuis le 20 octobre 2024, Joko Widodo a terminé son second mandat. Comme en France, on ne peut pas, en Indonésie, faire plus de deux mandats successifs. Il a laissé place à un autre Président, Prabowo Subianto, soutenu par son prédécesseur, mais qui a une autre vision des droits de l'homme.

    Et il l'a prouvé juste avant Noël, car Serge Atlaoui a eu une compagne d'infortune, elle va avoir 40 ans en janvier et est Philippine. Elle a été, elle aussi, piégée par des recruteurs d'un trafic de drogue, plus simplement, comme "mule" et elle a été arrêtée en train de transporter plus de deux kilogrammes de drogue. Elle aussi recherchait un emploi et de l'argent (deux enfants à nourrir), elle aussi a été condamnée à mort, elle aussi a vu son nom inscrit sur la liste de la deuxième série des exécutions, et elle aussi, in extremis, elle a vu son nom finalement retiré. Pas par bonté d'âme, simplement parce qu'elle devait témoigner contre sa recruteuse qui venait d'être arrêtée. Mary Jane Veloso a été libérée... pas vraiment, elle vient d'être transférée le mercredi 18 décembre 2024 dans une prison philippine. Elle a retrouvé les siens et son pays pour Noël. Son calvaire est terminé. L'Indonésie a déjà annoncé qu'elle se moquerait si les Philippines décidaient de la libérer ensuite.

    Serge Atlaoui se retrouve aujourd'hui dans le même cas que Mary Jane Veloso, avec un peu de retard. J'avais évoqué l'information de source judiciaire indonésienne du 29 novembre 2024 selon laquelle la France, par une lettre de Didier Migaud, avait demandé le 4 novembre 2024 le transfert de son ressortissant. Apparemment, l'Indonésie est un pays avec la même bureaucratie qu'en France : la France a reçu le dossier à remplir et la France a désormais rempli son dossier de demande très officielle, selon les déclarations du gouvernement indonésien.

    En effet, Yusril Ihza Mahendra, le Ministre indonésien en charge des Affaires juridiques et des Droits humains, a déclaré à l'AFP, ce samedi 28 décembre 2024 très tôt dans la matinée : « Nous avons reçu une lettre officielle demandant le transfert de Serge Atlaoui le 19 décembre. La lettre a été envoyée au nom du Ministre français de la Justice. » (c'est-à-dire, au nom de Gérald Darmanin).

    Comme l'a rapporté la chaîne CNews, la vie ne tient parfois qu'à quelques fils : « L'artisan soudeur venu de Metz (Moselle) et père de quatre enfants, s'est toujours défendu d'être un trafiquant de drogue. Mais alors que faisait Serge Atlaoui dans cette usine, le jour de son arrestation ? D'après ce dernier, il ne faisait qu'installer des machines industrielles dans ce qu'il croyait être une usine d'acrylique. En février 2015, il évoquait par les mots suivants l'opération de police. "Le 11 novembre 2005, jour de mon arrestation, je devais m'en aller, mais le chauffeur était déjà parti. La poisse ! J'ai nettoyé mes outils, et ils sont arrivés". ».
     

     
     


    Les déclarations du ministre indonésien sont évidemment rassurantes et justifient de garder espoir. Malheureusement, le dossier de demande ne sera pas examiné avant le début de l'année 2025 : « Dans la mesure où nous sommes en fin d’année, nous discuterons du contenu de la lettre début janvier. ». Serge Atlaoui ne bénéficiera donc pas, au contraire de Mary Jane Veloso, d'une divine surprise de Noël ou du Nouvel an.


    Dans un entretien exceptionnel qu'il avait accordé le 14 mars 2015 à Alain Morvan pour le quotidien "L'Est républicain" (il a parlé du poste téléphonique de sa prison indonésienne), à l'époque, la justice indonésienne venait de rejeter son ultime recours et il était question de l'exécuter dans les semaines à venir, Serge Atlaoui avait rappelé les circonstances de son malheur : « Je crois que tout le monde a le droit d’avoir une seconde chance dans sa vie. C’est ce que je leur demande. Oui, j’ai demandé ma grâce et le pardon pour ce que j’ai fait, mais je ne peux pas demander le pardon pour ce dont on m’accuse, c’est différent. (…) Moi, j’avais confiance dans celui, décédé depuis de maladie, qui m’a proposé le job. J’ai installé les machines d’acrylique, mais les Chinois de la bande, je ne connaissais rien d’eux. On a tous été stupéfaits quand les policiers ont sorti toute cette drogue [dont 290 kilogrammes de kétamine]. Personne n’était au courant. (…) Les juges ont changé complètement mon rôle. En première instance et en appel, ils m’avaient accordé ces circonstances. Pour la cour suprême, je suis passé de technicien à chimiste. (…) Lors de la reconstitution par la police, on voit bien que je ne suis qu’un ouvrier. Moi, j’ai jamais manipulé les substances chimiques. Et puis je n’étais pas très souvent là. Je restais en stand-by dans l’appartement de Jakarta et quand on avait besoin de moi, on envoyait un chauffeur me chercher. Tout ça, les témoins l’ont dit. ».

     

     
     


    Malgré tout, malgré la condamnation à mort, malgré le rejet du recours ultime, malgré les rumeurs qui annonçaient à l'époque son exécution prochaine, Serge Atlaoui, qui avait connu un Brésilien et un Néerlandais qui ont été exécutés le 18 janvier 2015, n'avait jamais perdu espoir, et, avec sa femme Sabine, c'était sans doute cela qui l'a fait vivre : « Ça doit être un peu pareil partout. Le quotidien, quoi ! On a nos occupations, la cuisine, lire, faire du sport. Évidemment, tous ceux qui sont dans le couloir de la mort, ça leur reste dans la tête aussi. On pense qu’un jour on va venir vous chercher. Un bruit de clef dans le couloir, la nuit, et puis voilà. On sait très bien ce que ça veut dire… (…) Au sein de la prison, j’utilise mes connaissances techniques pour qu’on ait de l’eau propre, j’ai tout remis à neuf, les conduites. Je m’occupe de la maintenance, je répare les pompes, je nettoie les cuves. J’ai formé un Indonésien pour le faire. ».

    S'il y a bien une personne à qui il faut souhaiter une bonne année 2025, c'est bien Serge Atlaoui. Tout mon soutien à lui et sa famille, le calvaire est en passe de bientôt s'arrêter. Heureusement.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (28 décembre 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    L'espoir justifié de Serge Atlaoui.
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    7 pistes de réflexion sur la peine de mort.
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    Le cauchemar de Serge Atlaoui.
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    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20241228-serge-atlaoui.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/l-espoir-justifie-de-serge-atlaoui-258381

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/12/28/article-sr-20241228-serge-atlaoui.html


     

  • Le tsunami de l'océan Indien, 20 ans plus tard

    « Des catastrophes "arrivent". Puis, elles "sont arrivées". Et on passe à autre chose. » (Hubert Reeves).



     

     
     


    Noël 2024 est très durement affecté à Mayotte à cause du désastre provoqué par le cyclone Chido. Nous souhaitons que l'île se reconstruira et que les habitants s'en remettront le plus vite possible (en sachant qu'il est dommages irréparables, humains et psychologiques), en espérant que cela donne l'occasion pour que l'État se préoccupe un peu plus de Mayotte qu'auparavant. Ce n'est malheureusement pas la première fois que nous avons l'impression de paysages de désolation en toute fin d'année. Il y a vingt-cinq ans, le 26 décembre 1999, la France (et l'Europe) ont été traversées par deux tempêtes d'intense amplitude (les cyclones Lothar et Martin), sur plusieurs jours, qui ont provoqué la mort de 140 personnes et près de 20 milliards de dollars de dégâts matériels.

    Mais le plus impressionnant fut cinq ans plus tard, il y a exactement vingt ans, le tremblement de terre suivi d'un tsunami le 26 décembre 2004 peu avant 8 heures du matin (heure de Jakarta) dans l'océan Indien, près de la côte nord-ouest de Sumatra, en Indonésie. Le séisme avait été précédé un autre séisme le 23 décembre 2024 dans l'océan Indien au large des côtes des Nouvelle-Zélande de magnitude 8,1.

    Ce fut, avec le tremblement de terre à Haïti le 12 janvier 2010, l'une des catastrophes naturelles les plus graves que la planète a connues depuis le début du siècle. Ce fut le choc entre deux plaques tectoniques, la plaque eurasienne et la plaque indo-australienne. Le séisme a été d'une très forte intensité, d'une magnitude de 9,1 à 9,3 de l'échelle de Richter, un dégagement d'énergie équivalent à plus de 500 mégatonnes de TNT (trinitrotoluène). Une bande de 1 600 kilomètres s'est soulevée jusqu'à 6 mètres de hauteur !

    Je reviens sur l'énergie dégagée. Pour se donner une idée comparative, l'énergie dégagée par la bombe nucléaire qui a explosé à Hiroshima le 6 août 1945 était d'environ 15 kilotonnes de TNT, plus de 33 000 fois moindre. Cela signifie que ce séisme a eu la même ampleur cataclysmique que l'explosion de plus de 33 000 bombes nucléaires de type Little Boy (Hiroshima). Cela a l'air impressionnant, mais malgré la désolation, les dégâts et surtout le bilan humain, cela a été "absorbé" par la planète. Cela signifie que malgré un arsenal nucléaire qui se densifie (plus de pays et, de nouveau, augmentation du stock d'ogives nucléaires), même si tout explosait, la planète s'en sortirait (la population humaine, en revanche, je n'en sais rien).

    D'ailleurs, bien plus que le séisme, c'est surtout le tsunami (raz-de-marée) qui a suivi le séisme quelques heures plus tard qui a provoqué le plus de dégâts humains et matériels : des vagues montant jusqu'à 35 mètres de hauteur (en pleine mer) ont frappé l'Indonésie, l'Inde, le Sri Lanka, la Thaïlande, la Birmanie, les Maldives, la Somalie, la Tanzanie, et un peu plus loin, les côtés du Mozambique, Madagascar, etc. De nombreuses répliques du séisme ont eu lieu les jours et les mois qui ont suivi, dont une quarantaine ont dépassé la magnitude 6 (et deux la magnitude 7, le premier le 28 mars 2005 de magnitude 8,7 et le dernier le 24 juillet 2005).


     

     
     


    Il ferait partie des dix plus graves catastrophes naturelles de l'histoire du monde, mais c'est aussi ne pas compter ceux qu'on n'a pas pu mémoriser, et c'est probablement le tsunami le plus grave connu et recensé à ce jour.

    Dans les pays touchés, il existait très rarement des systèmes de détection des tsunamis permettant de prévenir les populations. Beaucoup d'habitants et de touristes ont vu, sur les plages, une vague de plus de 10 mètres de hauteur foncer sur eux et les emporter. Certains ont pu filmer la déferlante, certaines images sont impressionnantes et bien plus éloquentes qu'un vulgaire film de catastrophe. Dans les faits, la mer s'est retirée de manière impressionnante avant de revenir avec une vague géante.

    Pas de préparation anticipées des populations locales, et pas d'information sur l'arrivée des vagues géantes. Le nombre de victimes a été effroyablement élevé : environ 225 000 recensées, probablement autour de 300 000. Les plus touchés furent l'Indonésie, le Sri Lanka, l'Inde et la Thaïlande. En raison des lieux touristiques touchés, c'est à peu près toutes les nations du monde qui ont été touchées, en particulier les Suédois, les Allemands et les Britanniques. 95 victimes françaises ont été recensées. Beaucoup de cérémonies ont été célébrées en hommages aux victimes le 26 décembre 2005.

     

     
     


    Les conséquences humanitaires et sanitaires furent énormes dans les pays touchés, et l'aide humanitaire internationale a été massive (en argent, en nourriture, en pharmacie, en bateaux, en avions, en hélicoptères et en hommes ; par exemple, les États-Unis y ont dépêché 16 500 soldats sauveteurs). Les enjeux sont les mêmes que pour Mayotte aujourd'hui : retrouver et sauver les personnes disparues, fournir de l'eau potable, de la nourriture, de quoi dormir, prévenir les épidémies, notamment de choléra et de gastro-entérite, etc. Pas tout à fait les mêmes que Mayotte dans certains lieux, par exemple au Sri Lanka où des endroits étaient sous contrôle des rebelles, ce qui a freiné les possibilités de secours international par une désorganisation politique en plus de la désorganisation sociale et économique provoquée par la catastrophe.

    Le tsunami du 26 décembre 2004 a encouragé les différents pays impliqués à se doter de dispositifs de surveillance des tsunamis dans l'océan Indien afin de pouvoir prévenir les populations de l'arrivée imminente de la catastrophe, ainsi qu'une préparation pour savoir quoi faire. Comme pour les tremblements de terre, la qualité des constructions est déterminante pour résister aux énergies massives, et il reste une inégalité tout aussi déterminante entre les pays riches et les pays pauvres dans ce domaine (il suffit de voir la différence de victimes dans les séismes de même magnitude au Japon, en Turquie et à Haïti).

     

     
     


    Pouvait-on éviter ce séisme et ce tsunami ? Il s'agit de mouvements des plaques tectoniques, donc la réponse est simplement non, hélas. La Terre est une planète vivante, elle n'est que le résultat d'incessants bouillonnements, réactions chimiques, explosions volcaniques etc. La seule chose que les humains peuvent faire, c'est prévoir à court terme l'arrivée d'une telle catastrophe, prévenir les potentielles victimes pour les protéger dans des abris plus sûrs, ne pas s'exposer. Et avoir une réactivité pour les secours en prévision de telles tragédies.

    Cela montre aussi la petitesse des hommes face à la Nature. Non, l'humain ne domptera jamais la Nature et c'est très prétentieux de le croire. Il faut rester très humbles face à l'immensité qui nous dépasse. Cela ne signifie pas de nous contenter d'être fatalistes, car il y a des actions concrètes (et coûteuses) pour réduire le nombre des victimes des catastrophes de demain, mais il est vain d'imaginer une planète totalement sous contrôle. Cela devrait donc rendre plus humbles certains discours écologistes stupidement globalisant...


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (22 décembre 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Le tsunami de l'océan Indien, 20 ans plus tard.
    Mayotte : Terre de désolation.
    Séismes en Afghanistan : "plus de 1 000 victimes" près d'Hérat.
    Inondations en Libye : la ville de Derna dévastée.
    Séisme au Maroc.
    Fukushima, dix ans après.
    Apocalypse à la Toussaint ?
    Le syndrome de Hiroshima.
    Haïti, cauchemars et espoirs.
    Erika (12 décembre 1999).
    Le tsunami des Célèbes (28 septembre 2018).
    Le tremblement de terre à Haïti (12 janvier 2010).
    L'incendie de Notre-Dame de Paris (15 avril 2019).
    Le syndrome de Hiroshima.
    Amoco Cadiz (16 mars 1978).
    Tchernobyl (1986).
    AZF (21 septembre 2001).
    Fukushima (11 mars 2011).

     

     

     















    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20241226-tsunami-ocean-indien.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/environnement/article/le-tsunami-de-l-ocean-indien-20-258230

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/12/25/article-sr-20241226-tsunami-ocean-indien.html

     

     

     

     

  • Cadeau de Noël pour Mary Jane Veloso

    « Après plus d’une décennie de diplomatie et de consultations avec le gouvernement indonésien, nous avons réussi à retarder son exécution suffisamment longtemps pour parvenir à un accord pour enfin la ramener aux Philippines. » (Bongbong Marcos, le 20 novembre 2024).


     

     
     


    Il est parfois des combats heureux, et je dois dire que lorsque j'avais alerté sur la situation de Mary Jane Veloso, il y a plus de huit années, on pouvait imagier que ce combat serait difficile voire perdu d'avance.

    Lorsque le grand boxeur philippin Manny Pacquiao, « l'un des sportifs les mieux payés du monde » selon Anthony Verdot-Belaval de "Paris Match", avait rencontré Mary Jane Veloso dans sa prison indonésienne, le 10 juillet 2015, il avait déclaré, ému sur le sort de la jeune femme : « Nous espérons pouvoir aider à sauver la vie de Mary Jane. Je pense que Mary Jane est une victime de trafic d'êtres humains. ». Mais pensait-il qu'elle s'en tirerait ? En tout cas, il l'a aidée financièrement pour qu'elle puisse être défendue convenablement avec de vrais avocats.

    En effet, Mary Jane Veloso, qui va avoir 40 ans le 10 janvier prochain, mère de famille venant des Philippines, a été arrêtée à Yogyakarta, en Indonésie, en avril 2010 en train de transporter une valise de 2,6 kilogrammes de drogue. L'Indonésie ne plaisantant pas avec les trafiquants de drogue, Mary Jane Veloso a été condamnée à mort en octobre 2010. Elle a même failli être exécutée en avril 2015 alors que son nom, avec aussi celui du Français Serge Atlaoui, avait été inscrit sur la liste de prochaines exécutions. Heureusement, son nom a été retiré in extremis (comme celui de Serge Atlaoui).

     

     
     


    Il faut dire qu'elle avait du mal à être soutenue par son État d'origine, les Philippines. Le Président philippin de l'époque, Rodrigo Duterte avait annoncé qu'il n'interférerait pas avec la justice indonésienne. Certaines rumeurs avaient même annoncé le 12 septembre 2016 que le Président philippin aurait donné son accord pour l'exécution de sa ressortissante. Il faut dire aussi que depuis le début de la Présidence de Rodrigo Duterte, le 30 juin 2016, jusqu'au début septembre 2016, il y avait déjà eu, dans son pays, 2 000 exécutions de personnes condamnées pour trafic de drogue. Alors, une de plus ou de moins... (Ce chiffre de 2 000 exécutions aux Philippines est à expliquer, car les Philippines ont définitivement aboli la peine de mort le 24 juin 2006 : Rodrigo Duterte, en revanche, qui n'a pas réussi à rétablir la peine de mort, avait encouragé l'élimination physique des trafiquants de drogue, hors justice).

    Heureusement, Mary Jane Veloso a bénéficié d'un fort soutien de la part de sa famille, mais aussi du peuple philippin, des réseaux sociaux,de célébrités régionales. On ne l'a pas oubliée, et c'est heureux, car cela fait plus de quatorze années qu'elle clame son innocence. Innocence ? Oui, parce qu'en tant que migrante (qui n'a pas eu du tout de chance dans la vie), elle a été piégée ; elle a été victime d'une femme chef d'un réseau de trafic d'être humains qui utilisait des pigeons pour le transport de drogue, en guise de travail rémunéré (on les appelle en fait des "mules"). Cette chef de réseau a d'ailleurs été arrêtée et Mary Jane Veloso est intervenue comme témoin dans cette affaire (d'où le sursis à son exécution, ce qui est particulièrement cynique).

     

     
     


    Comme avec Serge Atlaoui, rien n'a véritablement bougé tant que le Président indonésien Joko Widodo restait au pouvoir (il est resté pendant deux mandats). Le 24 novembre 2024, quelques semaines après l'arrivée de son successeur (et héritier politique), Prabowo Subianto, le 20 octobre 2024, ce dernier a annoncé qu'il était temps de renvoyer ces condamnés à mort dans leur pays, sous condition qu'ils terminent leur peine chez eux. La condition était assez hypocrite, surtout pour la France et les Philippines qui ont aboli la peine de mort. Le nouveau Président indonésien a toutefois déclaré que si les pays d'origine amnistiaient ou graciaient leurs ressortissants, ce serait leur problème et il le respecterait. On ne pouvait pas être plus conciliant.

    En fait, c'est le Président philippin Bongbong Marcos qui a fait le premier une annonce optimiste dès le 20 novembre 2024 en affirmant que l'Indonésie était d'accord pour le retour de Mary Jane Veloso : « L’histoire de Mary Jane résonne chez beaucoup, une mère prise au piège de la pauvreté qui a fait un choix désespéré qui a changé le cours de sa vie. Bien qu’elle ait été tenue responsable en vertu de la loi indonésienne, elle reste victime de sa situation. ».
     

     
     


    Edouardo de Vega, sous-secrétaire du Ministère philippin de la Justice, a déclaré de son côté, le même jour, que l'Indonésie n'avait rien demandé aux Philippines en contrepartie : « Quand elle arrivera ici, elle ne sera pas immédiatement libérée. Cela signifie que nous nous engageons à la détenir jusqu’à ce qu’un accord mutuel soit trouvé pour qu’elle soit graciée. Mais, au moins, elle sera ici. ».

    Dans une interview télévisée, Cesar Veloso, le père de Mary Jane, a déclaré le 20 novembre 2024 : « Nous sommes vraiment heureux, toute la famille, en particulier les enfants de Mary Jane, sautaient et disaient : "quelqu’un va prendre soin de nous", c’est ce que disent mes petits-enfants. Nous sommes donc très heureux. ».

    Le 24 novembre 2024, Prabowo Subianto a donc annoncé son accord de principe au souhait formulé par Bongbong Marcos du rapatriement à Manille de Mary Jane Veloso, mais rien n'avait été encore conclu. C'est ce vendredi 6 décembre 2024 à Jakarta que l'accord a eu lieu, entre les deux pays. Il est ainsi question de rapatrier Mary Jane Veloso avant Noël prochain (« si Dieu le veut ! »), probablement le 20 décembre 2024.

    Pour sa famille (chrétienne), c'est une divine surprise et sans doute le meilleur Noël qu'elle va passer. Mary Jane Veloso a passé plus du tiers de sa vie en prison et elle va retrouver ses deux enfants qui auront pris près d'une quinzaine d'années en plus ! Celia Veloso (65 ans), la mère de Mary Jane, s'est déclarée à l'AFP « ravie et surprise » de la nouvelle : « Nous pouvons enfin être ensemble ce Noël ! ».
     

     
     


    L'accord sur les conditions du transfert de la condamnée à mort a été signé entre Yusril Ihza Mahendra, le Ministre indonésien en charge des Affaires juridiques, des droits humains, de l'immigration et des affaires pénitentiaires, et Raul Vasquez, autre sous-secrétaire du Ministère philippin de la Justice.

    Yusril Ihza Mahendra a effectivement annoncé la bonne nouvelle le 6 décembre 2024 : « Nous acceptons de renvoyer la personne concernée aux Philippines (…). Mon objectif est que cela puisse être réalisé avant Noël, peut-être vers le 20 décembre. ». Si Raul Vasquez a exprimé la « sincère gratitude » des autorités philippines pour cette décision indonésienne, il a précisé : « C'est un cadeau approprié qui confirme les bonnes relations entre les deux pays (…). Nous comprenons et respectons la décision du tribunal indonésien concernant la peine. (…) Une fois transférée dans le pays, elle purgera sa peine, comme convenu, conformément aux lois et réglementations philippines en matière pénale. ».
     

     
     


    Une telle décision de clémence devrait aussi être annoncée pour le Français Serge Atlaoui et cinq condamnés australiens (parmi les neuf Australiens qui ont été condamnés, parmi lesquels deux ont été exécutés en 2015, un autre est mort en détention d'un cancer et un quatrième a été libéré en 2018). La chute du gouvernement Barnier risque cependant de faire retarder les négociations entre l'Indonésie et la France, faute pour l'Indonésie d'avoir un interlocuteur.

    Mais il ne faut pas se réjouir trop vite : l'Indonésie n'en a pas fini avec la peine de mort. Actuellement, 530 personnes attendent leur exécution dans les couloirs de la mort en Indonésie, dont 96 étrangers (dont deux femmes). Le gouvernement indonésien a même évoqué le 5 décembre 2024 une reprise des exécutions (arrêtées en juillet 2016). Le Ministre indonésien coordonnateur des politiques et de la sécurité Budi Gunawan a en effet déclaré :
    « Le gouvernement va étudier l'accélération de l'exécution de la peine de mort pour les condamnés pour trafic de drogue qui (…) ne disposent plus de recours légaux. ».

    Le combat pour l'abolition universelle de la peine de mort est donc loin d'être achevé. Comme par un écho de coïncidence, le Sénat allait célébrer, au cours d'un colloque présidé par Gérard Larcher le lundi 9 décembre 2024 au Palais du Luxembourg, le ministre et avocat Robert Badinter, celui qui a aboli la peine de mort en France et que la France probablement panthéonisera un jour.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (07 décembre 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Cadeau de Noël pour Mary Jane Veloso.
    Enfin une bonne nouvelle pour Serge Atlaoui ?
    Varisha Moradi.
    7 pistes de réflexion sur la peine de mort.
    Une lueur d’espoir pour Serge Atlaoui ?
    Taxe Nutella : Serge Atlaoui, otage de l’huile de palme ?
    Vives inquiétudes pour Mary Jane Veloso.
    Le cauchemar de Serge Atlaoui.
    Peine de mort pour les djihadistes français ?






    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20241206-mary-jane-veloso.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/cadeau-de-noel-pour-mary-jane-258018

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/12/06/article-sr-20241206-mary-jane-veloso.html


     

  • Les 75 ans de la Chine communiste

    « Nous devons considérer la situation économique actuelle de manière globale, objectivement et sereinement, affronter les difficultés sans détour et renforcer la confiance. » (26 septembre 2024).


     

     
     


    C'est le 1er octobre 1949, il y a soixante-quinze ans exactement, que les forces communistes ont gagné sur les forces nationalistes : la République populaire de Chine, autrement dite, la Chine communiste a été proclamée par Mao Tsé-Toung au balcon de la Cité interdite, à la Porte céleste de la Place Tiananmen, au cœur de Pékin. Événement historique qui dure encore.

    Car le régime communiste chinois est celui qui a duré le plus longtemps dans l'histoire récente. L'Union Soviétique, effectivement, n'aura duré que soixante-quatorze ans (1917-1991). Le régime chinois dure et est conçu pour encore durer longtemps avec son leader Xi Jinping qui revendique l'héritage des deux grands fondateurs, Mao Tsé-Toung et Deng Xiaoping.

    Cette Chine-là est très difficile à comprendre. Rien n'est simple et une vision simpliste resterait toujours erronée. Je m'amusais à entendre ma (regrettée) grand-mère, férue d'actualités, qui ressortait des pays qu'elle n'avait jamais visités comme la Russie ou la Chine des clichés éculés qui ont la vie dure. Au contraire de la Russie (que j'ai connue un petit peu pour avoir travaillé avec des scientifiques russes fort sympathiques et de haute performance), je ne suis jamais allé en Chine, mais j'ai eu quelques amis chinois très sympathiques aussi qui m'ont beaucoup appris.


    Il serait illusoire de croire que la Chine soit un ennemi pour le monde dit occidental. D'une part, la Chine n'a jamais cherché à s'étendre comme la France, l'Italie, l'Allemagne, la Russie, mais en revanche, elle a toujours considéré que ses territoires devaient être réunifiés (d'où la bombe à retardement de Taïwan). D'autre part, malgré des différences culturelles très fortes, il y a quelques points communs comme un élitisme très fort. La France a ses classes préparatoires et ses écoles à haute valeur ajoutée en système parallèle au système universitaire classique. La Chine aussi fait des concours très sélectifs pour permettre aux meilleurs d'atteindre les plus hauts postes.
     

     
     


    Ainsi, il faut comprendre l'acceptabilité de l'absence de démocratie par des personnes culturellement et scientifiquement éclairées ainsi : la démocratie, c'est-à-dire les élections pluralistes avec vote secret, libre, sincère, cela aboutit à des pertes de temps et parfois à des blocages politiques ; le système chinois (un système cryptocommuniste à la sauce chinoise) fonctionne bien parce que ce sont les meilleurs qui sont au pouvoir. En somme, le régime communiste depuis 1949 serait le fameux despotisme éclairé cher aux philosophes des Lumières. Le système de cooptation pourrait être apparenté à une sorte de grand concours général pour les postes au pouvoir. L'intérêt, c'est qu'il n'y aurait pas d'incompétents aux postes à responsabilité. Bon, bien sûr, c'est la théorie, et le régime de Mao a même été particulièrement désordonné entre le Grand Bond en avant et la Révolution culturelle. La corruption reste encore très présente et si régulièrement, des potentats sont disgraciés pour raison de corruption, c'est plus un prétexte pour purger politiquement et asseoir un nouveau pouvoir que pour réellement sortir de la corruption.

    C'est évident que la liberté d'expression laisse à désirer en Chine. La moindre manifestation est interdite et la moindre critique envers le régime est une crime de haute trahison. Et pourtant, d'où le fait que rien n'est simple, il y a parfois des choses étranges, des tolérances qui n'existeraient pas en France, par exemple. Ainsi, on voit une petite maison toute seule au milieu d'un énorme boulevard au milieu d'un nouveau quartier bétonné. C'est impressionnant. Le propriétaire refusait de quitter sa maison. En France, l'expropriation aurait été décidée. Il suffit de revoir l'excellent film "Le Chat" de Pierre Granier-Deferre (sorti le 24 avril 1971) avec Jean Gabin et Simone Signoret (et Annie Cordy), qui se passe sur fond de construction du nouveau quartier de La Défense. Une maison à Courbevoie (je crois), celle des héros, va être immanquablement détruite, sans prendre en compte l'avis des propriétaires et des habitants.

    Pendant trop longtemps, on a considéré que la Chine n'était que l'usine du monde, que c'étaient les petites mains de la planète en ne voyant pas que chaque année, des dizaines de milliers de Chinois sortent diplômés de leurs écoles d'ingénieur, qu'ils sont aussi dans la capacité à faire de la haute valeur ajoutée, tant technologique que culturelle (la Chine est présente dans le secteur de la haute couture, par exemple, ou du cinéma de grande qualité).

    Pays de paradoxes incontestablement quand on imagine que ce pays communiste fabrique le plus de nouveaux millionnaires chaque année dans le monde. Sorte de nation au capitalisme étatique, à la mort de Mao, Deng Xiaoping a tout misé sur l'économie au contraire de la Russie. Mikhaïl Gorbatchev, pour réformer un système sclérosé, a voulu ouvrir progressivement sur les libertés politiques avec la perestroïka et la glasnost, mais son économie a été reconfisquée par toute une nouvelle nomenklatura appelée oligarchie. C'est le cas aussi en Chine où les dignitaires communistes sont très riches et leur famille aussi. Mais sans ouverture politique. Ce choix a été formellement pris au printemps 1989, en ordonnant la répression de la Place Tiananmen.

    L'objectif de la Chine est la paix parce qu'on ne fait pas beaucoup d'affaires en période de guerres, d'instabilités politiques, de désastres économiques. J'ai eu l'occasion de mesurer le niveau d'agressivité commerciale de certaines entreprises chinoises, très impressionnant. Impression et efficace. La Chine est fascinante.

     

     

     

     
     


    Dans le compte rendu publié par l'Agence Chine Nouvelle à l'occasion de la réunion du bureau politique du parti communiste chinois le 26 septembre 2024, une critique a été reconnue : la Chine va mal, son économie est terne, et les objectifs sont loin d'être atteints. En cause, la crise de l'immobilier. L'État va devoir injecter des ressources supplémentaires dans ce secteur en crise. Cette reconnaissance de l'imperfection sort de la langue de bois habituelle où tout va toujours bien madame la marquise.

    Dès 1973, ministre et écrivain, Alain Peyrefitte avait pressenti le surgissement de la Chine comme acteur économique mondial incontournable (dans "Quand la Chine s'éveillera... le monde tremblera"), et à l'époque, ce n'était pas évident de l'anticiper tant le niveau de pauvreté était énorme et l'économie peu développée (épuisée et détruite par l'ère Mao). Il est coutume d'expliquer que la Chine a connu un siècle d'humiliation (1842-1949), elle à la culture millénaire, devenu une sous-culture par un monde dit occidental qui se croyait tout permis, depuis la première guerre de l'opium. La fin de l'empire en 1912 et la guerre civile entre communistes et nationalistes (1927-1949) ont fini d'achever le délitement de la société, sur fond d'invasion japonaise en Mandchourie.

    La période Mao (1949-1976) a été un nouveau calvaire chinois par la répression et des décisions économiques complètement stupides. Mais Deng a su redresser la Chine vers une modernité que les dirigeants des trente dernières années ont choyée et encouragée.


    Jean-Luc Domenach, interviewé par la revue "Histoire" de juillet 2005, a raconté ainsi : « Les communistes n’ont pas seulement su se maintenir puis vaincre militairement, ils ont fait leurs classes dans les zones de guérilla, puis dans les zones libérées ; ils ont appris à établir leur pouvoir en s’appuyant sur les élites locales, avant de liquider celles-ci progressivement. Et les dirigeants, Mao en tête, se sont révélés d’une extrême lucidité stratégique et habileté tactique. Excellent stratège, Mao s’est solidement installé à la tête du parti dans les années 1938-1945, à la faveur d’une manipulation cynique du pouvoir. Très tôt, par exemple, il prend le contrôle de la communication avec Staline. ». Et de compléter : « En revanche, l’inexpérience économique des dirigeants communistes et leur absence de programme précis les contraignent à se tourner exclusivement vers le modèle soviétique. Ce qui rend les choses très dangereuses, c’est qu’ils arrivent au pouvoir portés par un enthousiasme populaire inimaginable. La majorité de la population va suivre les yeux fermés ce pouvoir qui ne sait pas très bien où il va... ».
     

     
     


    Les années après Mao ont vu la population se consacrer totalement dans le développement économique : « Bien des cadres locaux ont cherché à soulager les populations, des habitudes aussi se sont prises. Bien souvent, l’horreur du totalitarisme a été quelque peu étouffée par le désir commun de survivre et de s’en sortir. À mon avis, on ne comprend pas la violence avec laquelle cette société s’est jetée, après 1978, dans un développement brutal et inégal si on ne tient pas compte du sentiment, largement partagé, que l’on a trop longtemps souffert, qu’il faut créer l’irréversible. Au fond, l’idée d’une sorte de deuxième Grand Bond pour que les horreurs du temps de Mao ne soient plus possibles. ».

    Petit à petit, la Chine a imité les sociétés capitalistes avec leur propre système, et depuis plus de dix ans, voici la Chine communiste classée au deuxième rang mondial pour le PIB (produit intérieur brut), derrière les États-Unis (la première place sera très difficile à atteindre), acteur majeur de l'économie mondiale, renonçant à développer une classe moyenne au profit des millionnaires et de la course en avant de la croissance (5% comme objectif pour l'année 2024), avec des enjeux puissants, l'ambition de devenir durablement une puissance militaire et diplomatique (ce qu'elle est déjà avec l'arme nucléaire et le droit de veto au Conseil de Sécurité de l'ONU) et consolidant son dynamisme par une démographie que seule l'Inde est en mesure d'égaler.

    Le Président chinois actuel Xi Jinping l'a d'ailleurs bien formulé lors de son intervention au Forum de Davos le 17 janvier 2017 : « La Chine est devenue la deuxième plus grande puissance économique du monde grâce à trente-huit années de réformes et d’ouverture. Un chemin droit mène à un avenir brillant. La Chine est arrivée à ce niveau parce que le peuple chinois, sous la direction du parti communiste chinois, a ouvert une voie de développement qui correspond aux conditions réelles de la Chine (…). La Chine a, ces dernières années, réussi à s’engager dans une voie de développement qui lui convient, en s’appuyant à la fois sur la sagesse de sa civilisation et sur les pratiques des autres pays de l’Est et de l’Ouest. En explorant ce chemin, la Chine refuse de rester insensible à l’évolution des temps ou de suivre aveuglément les pas des autres. ».

    C'est cette constante réorientation qui a permis au régime communiste de durer aussi longtemps. La question maintenant est la suivante : l'avenir permettra-t-il un assouplissement politique sur les libertés individuelles, l'ouverture démocratique, la défense des droits humains, le respect de la vie et la protection des minorités ? Pour l'heure, l'enjeu est autre : il est dans l'hypersurveillance de la société chinoise par des moyens technologiques ultraévolués (reconnaissance faciale, système de points du comportement individuel, etc.). Cette société, au fond, se projette bien plus rapidement que le monde dit occidental dans une société décrite par exemple dans "Le Cinquième élément", le film de science-fiction de Luc Besson (sorti le 7 mai 1997) avec Bruce Willis et Milla Jovovich, où la surveillance devient massive et totale (comme aussi dans "Bienvenue à Gattaca" d'Andrew Niccol, sorti le 24 octobre 1997, avec Ethan Hawke, Uma Thurman et Jude Law).



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (28 septembre 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Les 75 ans de la Chine communiste.
    Xi Jinping, le nouveau maître du monde ?
    Covid-19 : de bonnes nouvelles de Chine (et de moins bonnes nouvelles).
    Jiang Zemin.
    Xi Jinping confirmé empereur de Chine.
    Xi Jinping sort renforcé du 20congrès du PCC.
    À la veille du 20e congrès du parti communiste chinois...
    Ieoh Ming Pei.
    Zao Wou-Ki.
    Laisser jaillir l'émotion intérieure.
    Chu Teh-Chun.
    De la théocratie à la démocratie laïque.
    Les frontières arrêteront-elles le coronavirus ?
    Le docteur Li Wenliang, lanceur d’alerte de l’épidémie de coronavirus.
    Li Peng, de Tiananmen à Hongkong.
    Manifestations à Hongkong.
    La Paix céleste selon la Chine.
    La Chine au cinéma : une fidélité à soi-même, dans le film "Les Éternels".
    La Chine communiste peut-elle devenir une grande démocratie ?
    Li Rui.
    Li Peng a 90 ans.
    La maoïsation de Xi Jinping.
    Zhou Enlai.
    La diplomatie du panda.
    Xi Jinping et la mondialisation.
    La Chine à Davos.
    Deng Xiaoping.
    Wang Guangmei.
    Mao Tsé-Toung.
    Tiananmen.
    Hu Yaobang.
    Le 14e dalaï-lama.
    Chine, de l'émergence à l'émargement.
    Bilan du décennat de Hu Jintao (2002-2012).
    Xi Jinping, Président de la République populaire de Chine.
    Xi Jinping, chef du parti.
    La Chine me fascine.
    La Chine et le Tibet.
    Les J.O. de Pékin.
    Qui dirige la Chine populaire ?
    La justice chinoise.
     

     
     




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    https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/les-75-ans-de-la-chine-communiste-256582

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/09/30/article-sr-20241001-chine-communiste.html