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mary jane veloso

  • Soulagement pour Serge Atlaoui de retour en France le 4 février 2025

    « L'horreur spécifique au quartier des condamnés à mort, c'est de s'y voir mourir un peu plus chaque jour. L'attente vous tue. Vous logez dans une cage et, lorsque vous vous réveillez pour cocher un nouveau jour, vous vous dites que la mort s'est encore rapprochée de vingt-quatre heures. » (John Grisham, 1994).




     

     
     


    Dans la montagne de mauvaises nouvelles dont les médias nous abreuvent matin midi et soir, il est déjà des matins heureux. C'est le cas pour ce vendredi 24 janvier 2025 qui voit se dénouer une histoire particulièrement angoissante depuis dix-sept ans. Un accord a été conclu entre la France et l'Indonésie pour le transfert du Français Serge Atlaoui vers la France.

    Serge Atlaoui, 61 ans, j'ai déjà évoqué plusieurs fois cette personne qui, pour avoir succombé à la tentation d'un job bien payé (l'histoire a montré qu'il n'en a rien été et qu'il s'est fait arnaquer), a accepté, en raison de ses difficultés financières, de travailler au noir à Jakarta. Mauvaise pioche puisqu'au-delà de l'arnaque, il assurait la maintenance d'un atelier de transformation chimique servant aux trafiquants de drogue. Arrêté le 11 novembre 2005, il a d'abord été condamné à la réclusion à perpétuité, puis le recours à la Cour suprême a rendu la peine encore plus sévère puisqu'il a été condamné à mort en 2007. Dès lors, il devait s'attendre à tout moment à être fusillé dans un peloton d'exécution, comme lors ce sinistre mois d'avril 2015, il y a presque dix ans, où son nom et celui de la jeune mère de famille philippine Mary Jane Veloso ont été retirés in extremis de la série d'exécution.

    Ferme partisan de l'abolition de la peine de mort, j'ai été alerté très tôt (vers 2008) de la situation terrible de Serge Atlaoui qui, oui, a fait une grosse bêtise, qu'il a déjà bien payée avec dix-neuf années d'incarcération, mais qui a toujours rejeté les accusations portées contre lui de trafiquant de drogue (il a été surnommé injustement par les juges "le chimiste" alors qu'il est soudeur).

    Et j'ai été frappé par l'extraordinaire sérénité de l'homme : voici un homme qui est condamné à mort dans un pays où l'on a interrompu le moratoire sur les exécutions pour des raisons purement politiciennes et démagogiques, qui vient d'exécuter une série de condamnés étrangers et indonésiens, et qui est allé au bout de tous les recours juridiques possibles, et malgré tout, il affichait un visage apparemment serein, comme s'il était juste ennuyé, comme quand vous avez une panne et que vous attendez la dépanneuse au bord de la route. En l'occurrence, la dépanneuse, c'est aujourd'hui le gouvernement français et le nouveau Président indonésien, qui ont conclu un accord pour permettre à Serge Atlaoui de revenir en France.


    Cette sérénité n'était pas feinte. Il a toujours gardé espoir. Il a toujours pu communiquer avec sa famille, ses quatre enfants, sa femme qu'il a épousée en prison et même un enfant est né pendant qu'il était en prison. Il est alors un "bon" prisonnier, un prisonnier modèle, qui a rénové voire reconstruit tout le réseau d'eau de la prison, et même, il a formé d'autres personnes pour en faire la maintenance. J'imagine qu'il doit être apprécié tant de ses codétenus que de ses surveillants. Il avait réussi à aménager une petite vie, faisant la cuisine, bricolant quelques trucs, réparant la charpente, etc. alors qu'il pouvait s'attendre à une exécution imminente (dans les quarante-huit heures) à tout moment.

    Son avocat français Richard Sédillot, qui continuera à l'assister juridiquement lorsqu'il sera en France, l'a constaté : « [Serge Atlaoui] est assez exceptionnel, il a toujours fait preuve d'une résilience qui force le respect. ».

    Ce 24 janvier 2025, Yusril Ihza Mahendra, le Ministre chargé des Affaires juridiques et des Droits humains indonésien, a tenu une conférence de presse aux côtés de l'ambassadeur de France en Indonésie, Fabien Penone, pour annoncer que Serge Atlaoui retournerait en France le 4 février 2025, « comme requis par le gouvernement français ». C'est le Ministre de la Justice français Gérald Darmanin qui a signé, depuis Paris, le protocole d'accord avec son homologue indonésien, au cours d'une visioconférence. Les détails du rapatriement et le sort de Serge Atlaoui en France ont été précisés.

    La signature aurait dû intervenir mercredi 22 janvier 2025, puis elle a été reportée à jeudi 23, mais elle n'a pu se faire finalement que le vendredi 24 janvier. Yusril Ihza Mahendra a affirmé : « Nous venons de signer un accord technique entre le gouvernement indonésien et la République française (…) pour transférer un citoyen français du nom de Serge Atlaoui. ». L'ambassadeur français l'a remercié « infiniment » au nom de la France.

    Le sort de Serge Atlaoui une fois arrivé sur le sol français n'a pas été dévoilé. L'Indonésie a accepté que ce soit la France qui déciderait désormais de son sort, que ce soit pour une grâce ou pour une peine de trente ans de prison. Dans tous les cas, cela se fera conformément à la législation française (ce qui signifie que Serge Atlaoui ne craindra évidemment plus la peine de mort).


     

     
     


    La France avait envoyé très officiellement une demande de rapatriement à l'Indonésie le 19 décembre 2024. La France avait demandé un « retour immédiat » en raison de « la détérioration de [son] état de santé ». En effet, Serge Atlaoui a suivi un traitement dans un hôpital de Jakarta chaque semaine.

    Dans le même cas que lui, Mary Jane Veloso a pu regagner son pays, les Philippines, le 18 décembre 2024 grâce à un accord entre les Philippines et l'Indonésie. Cinq Australiens condamnés (à la réclusion à perpétuité) ont aussi été renvoyés dans leur pays le 15 décembre 2024 (les derniers d'un gang de neuf trafiquants de drogue australiens).

    L'Indonésie est particulièrement sévère contre les trafiquants de drogue, sa législation est même l'une des plus sévères du monde en raison des dégâts que fait la drogue sur la population. Actuellement, 530 personnes ont été condamnés à mort et vivent dans les prisons indonésiennes, dans l'attente de leur exécution, dont plus de 90 étrangers (dont une femme), selon le Ministère de l’Immigration et des Services correctionnels indonésien.

    Pourquoi un tel changement après dix-sept ans de cauchemar ? Selon un média australien, l'actuel Président indonésien Prabowo Subianto (ancien général qui n'a jamais été inquiété pour avoir supervisé les répressions sanglantes du régime de son beau-père, Suharto, au pouvoir du 11 mars 1966 au 21 mai 1998), arrivé démocratiquement au pourvoir le 20 octobre 2024 (élu le 14 février 2024 dès le premier tour avec 58,6% des voix), avait conditionné son soutien à son prédécesseur Joko Widodo en 2015 à « ne pas exécuter de ressortissant d'un pays ami », en particulier Serge Atlaoui. Pradowo Subianto est devenu le 23 octobre 2019 le Ministre de la Défense du Président Joko Widodo avant de lui succéder à la Présidence indonésienne, en prenant comme Vice-Président Gibran Rakabuming Raka, c'est-à-dire (comme son nom ne l'indique pas !), le propre fils aîné de Joko Widodo.

    Cela nécessiterait certainement un peu plus d'investigation journalistique de la part de la presse française. Pradowo Subianto a été reçu à Paris avec les honneurs de la République française par son homologue Florence Parly le 13 janvier 2020 lorsqu'il était Ministre de la Défense. Ce dernier a annoncé plus tard, le 10 février 2022, l'achat à la France, par l'Indonésie, de 42 avions de combat Rafale pour la somme de 5,7 milliards d'euros dans le cadre d'un programme d'achat à la France de 108 milliards d'euros à moyen terme.

    Selon l'AFP, une "source proche du dossier, souhaitant rester anonyme", a confirmé l'intervention de Prabowo Subianto pour suspendre l'exécution de Serge Atlaoui, mais le porte-parole de la Présidence a refusé de confirmer. L'action diplomatique de la France a été aussi un moteur non négligeable dans cette non-exécution.

    Selon Ensemble contre la peine de mort (ECPM), en plus de Serge Atlaoui, au moins quatre autres citoyens français ont été condamnés à mort et sont détenus dans un pays étranger, une femme en Algérie, deux hommes au Maroc et un homme en Chine. J'espère que la France réussira avec autant de succès à les rapatrier.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (24 janvier 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Soulagement pour Serge Atlaoui de retour en France le 4 février 2025.
    L'espoir justifié de Serge Atlaoui.
    Cadeau de Noël pour Mary Jane Veloso.
    Enfin une bonne nouvelle pour Serge Atlaoui ?
    Majid Kavousifar.
    Varisha Moradi.
    7 pistes de réflexion sur la peine de mort.
    Une lueur d’espoir pour Serge Atlaoui ?
    Taxe Nutella : Serge Atlaoui, otage de l’huile de palme ?
    Vives inquiétudes pour Mary Jane Veloso.
    Le cauchemar de Serge Atlaoui.
    Peine de mort pour les djihadistes français ?

     

     
     





    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250124-serge-atlaoui.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/soulagement-pour-serge-atlaoui-de-258880

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/01/24/article-sr-20250124-serge-atlaoui.html





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  • L'espoir justifié de Serge Atlaoui

    « L’espoir, c’est la différence entre la vie et la mort. » (Serge Atlaoui, le 14 mars 2015 dans "L'Est républicain").




     

     
     


    Imaginez-vous dans la précarité, mais vous avez une compétence technique. Vous êtes ouvrier soudeur et on vous propose un salaire d'ingénieur pour quelques années de travail à l'étranger. Vous ne dites pas non. Vous savez que c'est certainement une magouille, mais vous ne savez vraiment pas dans quelle mare à emm@rdements vous allez plonger. Messin (habitant de Metz, ou proche banlieue), vous faites le voyage pour l'Indonésie. On vous colle à un poste d'usine dans un atelier. Votre job, c'est de faire de la maintenance et réparer des machines qui font de la transformation chimique. Vous ne connaissez rien à la chimie, mais vous, vous connaissez les machines. Vous croyez avoir trouvé le Graal, même si vous savez que c'est du travail dissimulé, et vous vous projetez quelques années plus tard, de retour en France, pour pouvoir vivre un peu plus décemment avec vos économies.

    L'ennui, c'est que la police indonésienne a fait irruption dans l'atelier, et vous êtes arrêté avec vos collègues. Pas de chance : vous seriez déjà parti si le chauffeur était là ! Vous découvrez que ce n'est pas une fabrique de plastique mais un atelier de transformation de drogue. Vous êtes peut-être naïf, mais on ne vous croit pas. En Indonésie, on ne rigole pas avec le trafic de drogue. Vous êtes d'abord condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, vous arrivez à faire appel, rebelote, re-recours, et la cour suprême vous condamne définitivement à mort. Huit années plus tard, votre nom est inscrit sur la liste des prochains exécutés.

    Entre-temps, un nouveau Président indonésien, dit "plus libéral", c'est-à-dire plus ouvert au monde, comprendre, plus ouvert commercialement au monde, a stoppé le moratoire sur les exécutions pour montrer sa détermination de lutter contre les narcotrafiquants. Trois séries d'exécutions ont lieu : en janvier 2015, avril 2015 et juillet 2016. Finalement, vous échappez in extremis à la deuxième série. La troisième série conclut un intense débat parlementaire en France sur une loi pour la transition écologique : votre vie est épargnée grâce aux zélés lobbyistes indonésiens qui ont réussi à éviter l'interdiction ou la surtaxation des produits à base d'huile de palme. Il faut dire que l'exportation d'huile de palme est essentielle pour l'économie de l'Indonésie.

    Mais vous ne perdez pas espoir. Chaque jour, depuis dix-sept ans, vous pouvez apprendre que vous allez être fusillé dans quelques heures, mais vous ne perdez pas espoir. Vous vous êtes même marié en prison, on vous soutient, votre famille, votre frère, votre épouse, font tout en leur pouvoir pour vous aider, psychologiquement autant que judiciairement. Bien sûr, c'est plutôt sur les relations diplomatiques que cela devrait se négocier, mais avec Joko Widodo, pas question de mélanger diplomatie et justice, diplomatie et lutte contre la drogue qui est un énorme fléau en Asie du Sud, qui tue des milliers de personnes. Vous gardez espoir car vous avez confiance en la France et à son soutien qui est total.


    Cette vie, heureux lecteurs, vous ne l'avez pas vécue, vous êtes au chaud dans votre fauteuil en train de me lire simplement. Vous pensez au prochain repas, peut-être au réveillon de la nouvelle année qui se précise... ou pas, qu'importe, mais vous n'êtes pas Serge Atlaoui, maintenant 61 ans, qui vit ce véritable cauchemar depuis dix-neuf ans. Oui, il a fauté, mais la mort n'est pas une sentence juste pour du travail au noir, dans son esprit. Coupable et victime d'un système. Qui n'a jamais dissuadé les trafiquants de drogue, car il n'y a jamais autant de trafiquants de drogue depuis le retour des exécutions en Indonésie.
     

     
     


    Heureusement, depuis le 20 octobre 2024, Joko Widodo a terminé son second mandat. Comme en France, on ne peut pas, en Indonésie, faire plus de deux mandats successifs. Il a laissé place à un autre Président, Prabowo Subianto, soutenu par son prédécesseur, mais qui a une autre vision des droits de l'homme.

    Et il l'a prouvé juste avant Noël, car Serge Atlaoui a eu une compagne d'infortune, elle va avoir 40 ans en janvier et est Philippine. Elle a été, elle aussi, piégée par des recruteurs d'un trafic de drogue, plus simplement, comme "mule" et elle a été arrêtée en train de transporter plus de deux kilogrammes de drogue. Elle aussi recherchait un emploi et de l'argent (deux enfants à nourrir), elle aussi a été condamnée à mort, elle aussi a vu son nom inscrit sur la liste de la deuxième série des exécutions, et elle aussi, in extremis, elle a vu son nom finalement retiré. Pas par bonté d'âme, simplement parce qu'elle devait témoigner contre sa recruteuse qui venait d'être arrêtée. Mary Jane Veloso a été libérée... pas vraiment, elle vient d'être transférée le mercredi 18 décembre 2024 dans une prison philippine. Elle a retrouvé les siens et son pays pour Noël. Son calvaire est terminé. L'Indonésie a déjà annoncé qu'elle se moquerait si les Philippines décidaient de la libérer ensuite.

    Serge Atlaoui se retrouve aujourd'hui dans le même cas que Mary Jane Veloso, avec un peu de retard. J'avais évoqué l'information de source judiciaire indonésienne du 29 novembre 2024 selon laquelle la France, par une lettre de Didier Migaud, avait demandé le 4 novembre 2024 le transfert de son ressortissant. Apparemment, l'Indonésie est un pays avec la même bureaucratie qu'en France : la France a reçu le dossier à remplir et la France a désormais rempli son dossier de demande très officielle, selon les déclarations du gouvernement indonésien.

    En effet, Yusril Ihza Mahendra, le Ministre indonésien en charge des Affaires juridiques et des Droits humains, a déclaré à l'AFP, ce samedi 28 décembre 2024 très tôt dans la matinée : « Nous avons reçu une lettre officielle demandant le transfert de Serge Atlaoui le 19 décembre. La lettre a été envoyée au nom du Ministre français de la Justice. » (c'est-à-dire, au nom de Gérald Darmanin).

    Comme l'a rapporté la chaîne CNews, la vie ne tient parfois qu'à quelques fils : « L'artisan soudeur venu de Metz (Moselle) et père de quatre enfants, s'est toujours défendu d'être un trafiquant de drogue. Mais alors que faisait Serge Atlaoui dans cette usine, le jour de son arrestation ? D'après ce dernier, il ne faisait qu'installer des machines industrielles dans ce qu'il croyait être une usine d'acrylique. En février 2015, il évoquait par les mots suivants l'opération de police. "Le 11 novembre 2005, jour de mon arrestation, je devais m'en aller, mais le chauffeur était déjà parti. La poisse ! J'ai nettoyé mes outils, et ils sont arrivés". ».
     

     
     


    Les déclarations du ministre indonésien sont évidemment rassurantes et justifient de garder espoir. Malheureusement, le dossier de demande ne sera pas examiné avant le début de l'année 2025 : « Dans la mesure où nous sommes en fin d’année, nous discuterons du contenu de la lettre début janvier. ». Serge Atlaoui ne bénéficiera donc pas, au contraire de Mary Jane Veloso, d'une divine surprise de Noël ou du Nouvel an.


    Dans un entretien exceptionnel qu'il avait accordé le 14 mars 2015 à Alain Morvan pour le quotidien "L'Est républicain" (il a parlé du poste téléphonique de sa prison indonésienne), à l'époque, la justice indonésienne venait de rejeter son ultime recours et il était question de l'exécuter dans les semaines à venir, Serge Atlaoui avait rappelé les circonstances de son malheur : « Je crois que tout le monde a le droit d’avoir une seconde chance dans sa vie. C’est ce que je leur demande. Oui, j’ai demandé ma grâce et le pardon pour ce que j’ai fait, mais je ne peux pas demander le pardon pour ce dont on m’accuse, c’est différent. (…) Moi, j’avais confiance dans celui, décédé depuis de maladie, qui m’a proposé le job. J’ai installé les machines d’acrylique, mais les Chinois de la bande, je ne connaissais rien d’eux. On a tous été stupéfaits quand les policiers ont sorti toute cette drogue [dont 290 kilogrammes de kétamine]. Personne n’était au courant. (…) Les juges ont changé complètement mon rôle. En première instance et en appel, ils m’avaient accordé ces circonstances. Pour la cour suprême, je suis passé de technicien à chimiste. (…) Lors de la reconstitution par la police, on voit bien que je ne suis qu’un ouvrier. Moi, j’ai jamais manipulé les substances chimiques. Et puis je n’étais pas très souvent là. Je restais en stand-by dans l’appartement de Jakarta et quand on avait besoin de moi, on envoyait un chauffeur me chercher. Tout ça, les témoins l’ont dit. ».

     

     
     


    Malgré tout, malgré la condamnation à mort, malgré le rejet du recours ultime, malgré les rumeurs qui annonçaient à l'époque son exécution prochaine, Serge Atlaoui, qui avait connu un Brésilien et un Néerlandais qui ont été exécutés le 18 janvier 2015, n'avait jamais perdu espoir, et, avec sa femme Sabine, c'était sans doute cela qui l'a fait vivre : « Ça doit être un peu pareil partout. Le quotidien, quoi ! On a nos occupations, la cuisine, lire, faire du sport. Évidemment, tous ceux qui sont dans le couloir de la mort, ça leur reste dans la tête aussi. On pense qu’un jour on va venir vous chercher. Un bruit de clef dans le couloir, la nuit, et puis voilà. On sait très bien ce que ça veut dire… (…) Au sein de la prison, j’utilise mes connaissances techniques pour qu’on ait de l’eau propre, j’ai tout remis à neuf, les conduites. Je m’occupe de la maintenance, je répare les pompes, je nettoie les cuves. J’ai formé un Indonésien pour le faire. ».

    S'il y a bien une personne à qui il faut souhaiter une bonne année 2025, c'est bien Serge Atlaoui. Tout mon soutien à lui et sa famille, le calvaire est en passe de bientôt s'arrêter. Heureusement.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (28 décembre 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    L'espoir justifié de Serge Atlaoui.
    Cadeau de Noël pour Mary Jane Veloso.
    Enfin une bonne nouvelle pour Serge Atlaoui ?
    Varisha Moradi.
    7 pistes de réflexion sur la peine de mort.
    Une lueur d’espoir pour Serge Atlaoui ?
    Taxe Nutella : Serge Atlaoui, otage de l’huile de palme ?
    Vives inquiétudes pour Mary Jane Veloso.
    Le cauchemar de Serge Atlaoui.
    Peine de mort pour les djihadistes français ?

     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20241228-serge-atlaoui.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/l-espoir-justifie-de-serge-atlaoui-258381

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/12/28/article-sr-20241228-serge-atlaoui.html


     

  • Cadeau de Noël pour Mary Jane Veloso

    « Après plus d’une décennie de diplomatie et de consultations avec le gouvernement indonésien, nous avons réussi à retarder son exécution suffisamment longtemps pour parvenir à un accord pour enfin la ramener aux Philippines. » (Bongbong Marcos, le 20 novembre 2024).


     

     
     


    Il est parfois des combats heureux, et je dois dire que lorsque j'avais alerté sur la situation de Mary Jane Veloso, il y a plus de huit années, on pouvait imagier que ce combat serait difficile voire perdu d'avance.

    Lorsque le grand boxeur philippin Manny Pacquiao, « l'un des sportifs les mieux payés du monde » selon Anthony Verdot-Belaval de "Paris Match", avait rencontré Mary Jane Veloso dans sa prison indonésienne, le 10 juillet 2015, il avait déclaré, ému sur le sort de la jeune femme : « Nous espérons pouvoir aider à sauver la vie de Mary Jane. Je pense que Mary Jane est une victime de trafic d'êtres humains. ». Mais pensait-il qu'elle s'en tirerait ? En tout cas, il l'a aidée financièrement pour qu'elle puisse être défendue convenablement avec de vrais avocats.

    En effet, Mary Jane Veloso, qui va avoir 40 ans le 10 janvier prochain, mère de famille venant des Philippines, a été arrêtée à Yogyakarta, en Indonésie, en avril 2010 en train de transporter une valise de 2,6 kilogrammes de drogue. L'Indonésie ne plaisantant pas avec les trafiquants de drogue, Mary Jane Veloso a été condamnée à mort en octobre 2010. Elle a même failli être exécutée en avril 2015 alors que son nom, avec aussi celui du Français Serge Atlaoui, avait été inscrit sur la liste de prochaines exécutions. Heureusement, son nom a été retiré in extremis (comme celui de Serge Atlaoui).

     

     
     


    Il faut dire qu'elle avait du mal à être soutenue par son État d'origine, les Philippines. Le Président philippin de l'époque, Rodrigo Duterte avait annoncé qu'il n'interférerait pas avec la justice indonésienne. Certaines rumeurs avaient même annoncé le 12 septembre 2016 que le Président philippin aurait donné son accord pour l'exécution de sa ressortissante. Il faut dire aussi que depuis le début de la Présidence de Rodrigo Duterte, le 30 juin 2016, jusqu'au début septembre 2016, il y avait déjà eu, dans son pays, 2 000 exécutions de personnes condamnées pour trafic de drogue. Alors, une de plus ou de moins... (Ce chiffre de 2 000 exécutions aux Philippines est à expliquer, car les Philippines ont définitivement aboli la peine de mort le 24 juin 2006 : Rodrigo Duterte, en revanche, qui n'a pas réussi à rétablir la peine de mort, avait encouragé l'élimination physique des trafiquants de drogue, hors justice).

    Heureusement, Mary Jane Veloso a bénéficié d'un fort soutien de la part de sa famille, mais aussi du peuple philippin, des réseaux sociaux,de célébrités régionales. On ne l'a pas oubliée, et c'est heureux, car cela fait plus de quatorze années qu'elle clame son innocence. Innocence ? Oui, parce qu'en tant que migrante (qui n'a pas eu du tout de chance dans la vie), elle a été piégée ; elle a été victime d'une femme chef d'un réseau de trafic d'être humains qui utilisait des pigeons pour le transport de drogue, en guise de travail rémunéré (on les appelle en fait des "mules"). Cette chef de réseau a d'ailleurs été arrêtée et Mary Jane Veloso est intervenue comme témoin dans cette affaire (d'où le sursis à son exécution, ce qui est particulièrement cynique).

     

     
     


    Comme avec Serge Atlaoui, rien n'a véritablement bougé tant que le Président indonésien Joko Widodo restait au pouvoir (il est resté pendant deux mandats). Le 24 novembre 2024, quelques semaines après l'arrivée de son successeur (et héritier politique), Prabowo Subianto, le 20 octobre 2024, ce dernier a annoncé qu'il était temps de renvoyer ces condamnés à mort dans leur pays, sous condition qu'ils terminent leur peine chez eux. La condition était assez hypocrite, surtout pour la France et les Philippines qui ont aboli la peine de mort. Le nouveau Président indonésien a toutefois déclaré que si les pays d'origine amnistiaient ou graciaient leurs ressortissants, ce serait leur problème et il le respecterait. On ne pouvait pas être plus conciliant.

    En fait, c'est le Président philippin Bongbong Marcos qui a fait le premier une annonce optimiste dès le 20 novembre 2024 en affirmant que l'Indonésie était d'accord pour le retour de Mary Jane Veloso : « L’histoire de Mary Jane résonne chez beaucoup, une mère prise au piège de la pauvreté qui a fait un choix désespéré qui a changé le cours de sa vie. Bien qu’elle ait été tenue responsable en vertu de la loi indonésienne, elle reste victime de sa situation. ».
     

     
     


    Edouardo de Vega, sous-secrétaire du Ministère philippin de la Justice, a déclaré de son côté, le même jour, que l'Indonésie n'avait rien demandé aux Philippines en contrepartie : « Quand elle arrivera ici, elle ne sera pas immédiatement libérée. Cela signifie que nous nous engageons à la détenir jusqu’à ce qu’un accord mutuel soit trouvé pour qu’elle soit graciée. Mais, au moins, elle sera ici. ».

    Dans une interview télévisée, Cesar Veloso, le père de Mary Jane, a déclaré le 20 novembre 2024 : « Nous sommes vraiment heureux, toute la famille, en particulier les enfants de Mary Jane, sautaient et disaient : "quelqu’un va prendre soin de nous", c’est ce que disent mes petits-enfants. Nous sommes donc très heureux. ».

    Le 24 novembre 2024, Prabowo Subianto a donc annoncé son accord de principe au souhait formulé par Bongbong Marcos du rapatriement à Manille de Mary Jane Veloso, mais rien n'avait été encore conclu. C'est ce vendredi 6 décembre 2024 à Jakarta que l'accord a eu lieu, entre les deux pays. Il est ainsi question de rapatrier Mary Jane Veloso avant Noël prochain (« si Dieu le veut ! »), probablement le 20 décembre 2024.

    Pour sa famille (chrétienne), c'est une divine surprise et sans doute le meilleur Noël qu'elle va passer. Mary Jane Veloso a passé plus du tiers de sa vie en prison et elle va retrouver ses deux enfants qui auront pris près d'une quinzaine d'années en plus ! Celia Veloso (65 ans), la mère de Mary Jane, s'est déclarée à l'AFP « ravie et surprise » de la nouvelle : « Nous pouvons enfin être ensemble ce Noël ! ».
     

     
     


    L'accord sur les conditions du transfert de la condamnée à mort a été signé entre Yusril Ihza Mahendra, le Ministre indonésien en charge des Affaires juridiques, des droits humains, de l'immigration et des affaires pénitentiaires, et Raul Vasquez, autre sous-secrétaire du Ministère philippin de la Justice.

    Yusril Ihza Mahendra a effectivement annoncé la bonne nouvelle le 6 décembre 2024 : « Nous acceptons de renvoyer la personne concernée aux Philippines (…). Mon objectif est que cela puisse être réalisé avant Noël, peut-être vers le 20 décembre. ». Si Raul Vasquez a exprimé la « sincère gratitude » des autorités philippines pour cette décision indonésienne, il a précisé : « C'est un cadeau approprié qui confirme les bonnes relations entre les deux pays (…). Nous comprenons et respectons la décision du tribunal indonésien concernant la peine. (…) Une fois transférée dans le pays, elle purgera sa peine, comme convenu, conformément aux lois et réglementations philippines en matière pénale. ».
     

     
     


    Une telle décision de clémence devrait aussi être annoncée pour le Français Serge Atlaoui et cinq condamnés australiens (parmi les neuf Australiens qui ont été condamnés, parmi lesquels deux ont été exécutés en 2015, un autre est mort en détention d'un cancer et un quatrième a été libéré en 2018). La chute du gouvernement Barnier risque cependant de faire retarder les négociations entre l'Indonésie et la France, faute pour l'Indonésie d'avoir un interlocuteur.

    Mais il ne faut pas se réjouir trop vite : l'Indonésie n'en a pas fini avec la peine de mort. Actuellement, 530 personnes attendent leur exécution dans les couloirs de la mort en Indonésie, dont 96 étrangers (dont deux femmes). Le gouvernement indonésien a même évoqué le 5 décembre 2024 une reprise des exécutions (arrêtées en juillet 2016). Le Ministre indonésien coordonnateur des politiques et de la sécurité Budi Gunawan a en effet déclaré :
    « Le gouvernement va étudier l'accélération de l'exécution de la peine de mort pour les condamnés pour trafic de drogue qui (…) ne disposent plus de recours légaux. ».

    Le combat pour l'abolition universelle de la peine de mort est donc loin d'être achevé. Comme par un écho de coïncidence, le Sénat allait célébrer, au cours d'un colloque présidé par Gérard Larcher le lundi 9 décembre 2024 au Palais du Luxembourg, le ministre et avocat Robert Badinter, celui qui a aboli la peine de mort en France et que la France probablement panthéonisera un jour.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (07 décembre 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Cadeau de Noël pour Mary Jane Veloso.
    Enfin une bonne nouvelle pour Serge Atlaoui ?
    Varisha Moradi.
    7 pistes de réflexion sur la peine de mort.
    Une lueur d’espoir pour Serge Atlaoui ?
    Taxe Nutella : Serge Atlaoui, otage de l’huile de palme ?
    Vives inquiétudes pour Mary Jane Veloso.
    Le cauchemar de Serge Atlaoui.
    Peine de mort pour les djihadistes français ?






    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20241206-mary-jane-veloso.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/cadeau-de-noel-pour-mary-jane-258018

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/12/06/article-sr-20241206-mary-jane-veloso.html


     

  • Enfin une bonne nouvelle pour Serge Atlaoui ?

    « L’ambassade de France a remis une lettre du Ministre français de la Justice au Ministre indonésien de la Justice, datée du 4 novembre [2024], contenant une demande de transfert du prisonnier français nommé Serge Atlaoui. » (Yusril Ihza Mahendra, le 29 novembre 2024 à l'AFP).



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    Vous vous souvenez de Serge Atlaoui ? Non ? Ce Français, aujourd'hui âgé de 60 ans, croupit dans une prison indonésienne depuis le 11 novembre 2005 et il a été condamné à mort le 29 mai 2007.

    Son tort ? Probablement un manque de discernement. Sur petite annonce, il avait postulé pour un poste de soudeur, son métier, à Jakarta, très bien payé. Il pouvait savoir que c'était louche, c'était forcément du travail au noir, mais il était aussi un peu naïf. Sa mission était de venir réparer, ou entretenir des machines dans une prétendue usine d'acrylique. C'est en tout cas ce qu'il avait cru. Mais la police indonésienne a fait irruption et il a été considéré comme un trafiquant de drogue, un chimiste, car l'atelier servait en fait à transformer des stupéfiants. Les procès n'ont pas eu toutes les garanties pour la défense, ne serait-ce qu'à cause de la langue indonésienne. Depuis dix-sept ans, il clame ainsi son innocence pour la drogue et reconnaît sa culpabilité pour le travail au noir. Il est en prison depuis dix-neuf ans, ce qui, pour du travail au noir, est cher payé. Depuis 2015, il n'a plus aucun recours possible.

    En Indonésie, comme dans d'autres pays voisins, le trafic de drogue est lourdement puni car c'est un véritable fléau social. Le nouveau Président indonésien, Joko Widodo, élu le 9 juillet 2014 et entré en fonction le 20 octobre 2014, partisan de l'ouverture économique de son pays, s'est fait élire sur une sévérité accrue contre les trafiquants de drogue. Ainsi, il a interrompu le moratoire sur les exécutions qui ont repris sous son premier mandat, trois fois, principalement des condamnés étrangers : le 18 janvier 2015, le 29 avril 2015 et le 29 juillet 2016.

    Le 22 avril 2015, le nom de Serge Atlaoui figurait sur la liste des personnes à exécuter le 29. La liste est publiée quelques jours avant l'exécution pour donner le temps aux familles des condamnés de venir les rencontrer une dernière fois. Le 25 avril 2015, in extremis, son nom et celui de Mary Jane Veloso ont été retirés. Les deux ont aussi échappé à la troisième série d'exécutions le 29 juillet 2016.

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    Pour Serge Atlaoui, il y a eu une sorte d'instrumentalisation de l'horreur par les autorités indonésiennes puisque peu auparavant, le 20 juillet 2016, a été définitivement adoptée à l'Assemblée Nationale une loi importante sur la biodiversité, qui aurait dû taxer plus lourdement les produits à base d'huile de palme (loi n°2016-1087 du 8 août 2016), ce qui aurait eu des effets économiques néfastes sur les palmeraies indonésiennes. Dans cet odieux chantage, l'Indonésie a gagné, puisque la taxe n'a finalement pas été votée (on a parlé de pression sur certains parlementaires de la majorité de gauche à l'époque).

    Mary Jane Veloso (aujourd'hui 39 ans) était une jeune mère employée de maison de nationalité philippine venue chercher du travail en Indonésie. Elle a été arrêtée à l'aéroport de Jakarta en avril 2010 en possession de 2,6 kilogrammes d'héroïne. Elle a été piégée naïvement en Malaisie par des recruteurs véreux qui lui avaient donné pour mission de transporter des bagages dont elle ne connaissait pas le contenu. Ce n'était pas la première à avoir été ainsi trompée par des recruteurs qui profitent de la précarité de ces immigrées en leur faisant prendre des risques monstrueux, et étant donné la sévérité de la justice indonésienne, elle a été condamnée à mort en octobre 2010, et faisait partie, comme Serge Atlaoui, de la liste des personnes à exécuter le 29 avril 2015.


    Son nom a toutefois été heureusement retiré in extremis, mais à la différence de Serge Atlaoui, qui a été défendu discrètement et en permanence par la diplomatie française, Mary Jane Veloso n'a pas été protégée par le Président des Philippines, Rodrigo Duterte, élu le 9 mai 2016 et en exercice entre le 30 juin 2016 et le 30 juin 2022. Or Rodrigo Duterte, qui souhaitait aussi lutter efficacement contre les trafiquants de drogue dans son pays, acceptant voir encourageant leurs règlements de compte meurtrier (lutte par délégation !), n'a pas voulu vraiment intervenir sur la justice indonésienne.

    Depuis avril 2015, les deux condamnés à mort, le Français et la Philippine, sans remise de peine, sont encore dans les couloirs de la mort et risquaient jusqu'à la semaine dernière d'être exécutés à tout moment. Mais la situation a bougé très récemment.

    Rodrigo Duterte n'a pas pu se représenter à l'élection présidentielle aux Philippines du 9 mai 2022 parce que la Constitution limite à un seul mandat. Sa Vice-Présidente Leni Robredo s'est présentée à sa place mais Bongbong Marcos, également candidat, l'a battue, très confortablement élu dès le premier tour, avec 58,8% des voix. Son mandat a commencé le 30 juin 2022.

    Et ce Président philippin a annoncé le 24 novembre 2024 qu'un accord avait été trouvé entre l'Indonésie et les Philippines pour un retour d'ici à janvier 2025 de Mary Jane Veloso à Manille. Elle pourra poursuivre sa peine dans son pays, aux Philippines. Une annonce qui a bien sûr soulagé famille et amis de la jeune condamnée à mort car si elle quitte l'Indonésie, elle est sûre qu'elle ne sera pas exécutée.

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    Depuis cinq jours, les interrogations se faisaient donc également sur le sort du Français Serge Atlaoui jusqu'à cette déclaration officielle de Yusril Ihza Mahendra, le Ministre indonésien chargé des Affaires juridiques et des droits humains, ce vendredi 29 novembre 2024 en début de matinée à l'Agence France Presse (AFP). Selon lui, la France, par la voix de son ministre Didier Migaud, aurait officiellement demandé, au début de ce mois, au gouvernement indonésien le rapatriement de Serge Atlaoui. Pour l'instant, le Quai d'Orsay n'a pas confirmé l'information, préférant sans doute la discrétion tant qu'aucun accord n'est conclu.

    Yusril Ihza Mahendra avait expliqué le 28 novembre 2024 que l'Indonésie était en négociations avec trois pays, les Philippines, la France et l'Australie, pour le rapatriement de leurs ressortissants condamnés en Indonésie, et il espérait que ces transferts se fassent d'ici à la fin du mois de décembre 2024, ce qui serait un très heureux cadeau de Noël. Pour l'Australie, cela concernerait cinq Australiens condamnés à de lourdes peines de prison, membres d'un gang et arrêtés en 2005. Ce sujet serait abordé à Jakarta dans quelques jours lors de la visite du Ministre australien de l'Intérieur Tony Burke en Indonésie. Il ne faut pas oublier que parmi les condamnés exécutés le 29 avril 2015 se trouvaient des citoyens australiens.


    Selon l'association de défense des droits Kontras, il y aurait dans les prisons indonésiennes 530 personnes condamnées à mort qui attendent d'être exécutées, dont 88 étrangers. Un autre Français Félix Dorfin avait été arrêté à Lombrok et condamné à mort en 2019 pour trafic de drogue, et la peine a été commuée en une peine de dix-neuf ans de prison (Félix Dorfin a lui aussi toujours nié sa culpabilité).

    À l'évidence, si les choses bougent, c'est parce qu'il y a eu un changement à la tête de l'Indonésie. En effet, le nouveau Président de la République d'Indonésie Prabowo Subianto, élu le 14 février 2024, a pris ses fonctions il y a un mois, le 20 octobre 2024. Il était l'adversaire de son prédécesseur aux deux précédentes élections présidentielles. Joko Widodo a été réélu Président de la République d'Indonésie le 17 avril 2019, mais son adversaire a contesté les résultats. Toutefois, dans un retournement de l'histoire, Prabowo Subianto s'est finalement rapproché de Joko Widodo et a été nommé Ministre de la Défense le 23 octobre 2019. Un rapprochement à tel point que Joko Widodo, qui ne pouvait pas solliciter de troisième mandat (c'est limité à deux mandats), a soutenu à l'élection du 14 février 2024 son ancien rival Prabowo Subianto contre Ganjar Pranowo, le candidat de son propre parti ! En échange, Prabowo Subianto a pris sur sa liste, comme candidat à la Vice-Présidence, Gibran Rakabuming Raka, le propre fils de Joko Widodo. Prabowo Subianto a été élu dès le premier tour avec 58,6% des voix.

    Ce qui est étrange, c'est le parallèle présidentiel entre l'Indonésie et les Philippines. Les deux nouveaux Présidents ont été élus dès le premier tour avec à peu près le même score, 58% des voix. De plus, les deux ont une particularité commune, bien qu'élus démocratiquement. Bongbong Marcos est le fils du dictateur philippin Ferdinand Marcos, au pouvoir du 30 décembre 1965 au 25 février 1986, et Prabowo Subianto est le gendre du dictateur indonésien Suharto, au pouvoir du 12 mars 1967 au 21 mai 1998.

    Peut-être faut-il voir aussi le déblocage en Indonésie par le fait que ce pays commence à avoir des relations commerciales un peu plus importantes avec la France ? En particulier sur les armes ? Effectivement, alors Ministre de la Défense, Prabowo Subianto a été reçu à Paris en grandes pompes le 13 janvier 2020 par son homologue française Florence Parly. Deux ans plus tard, l'Indonésie a acheté à la France 42 Rafales pour un montant de 5,7 milliards d'euros, première tranche d'un programme plus vaste de 108 milliards d'euros prévu entre 2021 et 2024.

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    Qu'importe les raisons : Serge Atlaoui, comme Mary Jane Veloso, n'avait aucune raison de rester dans une prison indonésienne. Sur ce qu'il a vraiment commis comme délit, il l'a largement payé avec près de vingt ans de prison, ce qui est très lourd en France (c'est la peine demandée le 25 novembre 2024 par le parquet d'Avignon pour Dominique Pélicot dans le procès des 51 violeurs de Mazan). J'espère donc que Serge Atlaoui pourra passer les fêtes de fin d'année auprès des siens dans son pays. Sans être trop optimiste, cela paraît sérieusement probable.


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    Sylvain Rakotoarison (29 novembre 2024)
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    Pour aller plus loin :
    Enfin une bonne nouvelle pour Serge Atlaoui ?
    Varisha Moradi.
    7 pistes de réflexion sur la peine de mort.
    Une lueur d’espoir pour Serge Atlaoui ?
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    Vives inquiétudes pour Mary Jane Veloso.
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    Peine de mort pour les djihadistes français ?

    _yartiAtlaouiSergeK02



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