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politique

  • Ion Iliescu, l'apparatchik révolutionnaire

    « Coup d’État avec des manipulations grossières : première étape, le faux charnier pour émouvoir la population ; deuxième étape, les morts par le pouvoir ; troisième étape, la peur d’une résistance de fidèles de Ceausescu ; enfin, quatrième étape, l’exécution bâclée des Ceausescu. La révolution est devenue une révolution de palais. » (18 décembre 2019).




     

     
     


    Cela faisait plusieurs années que le pays se faisait blâmer par la Cour européenne des droits de l'homme pour ne pas avoir jugé ses criminels. La Roumanie ne pourra plus le juger, ce sera le rôle de l'Histoire, et sans doute que l'Histoire mettra un peu de temps avant de le juger définitivement. L'ancien Président roumain Ion Iliescu est mort à Bucarest ce mardi 5 août 2025 à l'âge de 95 ans (âge qu'il avait atteint le 3 mars dernier). Acteur historique de la Révolution roumaine mais aussi ancien apparatchik du parti communiste roumain, Ion Iliescu aurait pu être un maître de la manipulation des foules pour conquérir le pouvoir. Au prix de centaines voire de milliers de vies humaines.

    À 95 ans, Ion Iliescu était un vieux dinosaure et l'un des derniers acteurs vivants de la désoviétisation de l'Europe centrale et orientale, aux côtés de Lech Walesa (81 ans) et Lothar de Maizière (85 ans). Avec le vent de libéralisation politique qu'a connu l'Europe à partir du printemps 1989, qui a commencé d'abord en Pologne, puis en Hongrie, en Allemagne de l'Est avec la date historique de la chute du mur de Berlin, il y a trente-cinq ans et demi, le 9 novembre 1989, les observateurs s'étaient montrés prudents et surpris : dans chaque pays européen précédemment sous le joug soviétique, le régime de dictature communiste a été renversé sans mort d'homme, ce qui n'était pas évident, notamment pour l'Allemagne de l'Est, la Bulgarie ou encore la Pologne... (et même l'Union Soviétique en 1991).

    Partout des "révolutions de velours". Sauf dans un seul pays, la Roumanie. En Roumanie, le scénario chinois était sinistrement à l'œuvre (car en 1989, il y a eu aussi la répression sanglante des manifestations sur la place Tiananmen). Des centaines de vies ont été détruites par cette (courte) Révolution roumaine.

     

     
     


    Ion Iliescu était un apparatchik proche des Ceausescu (il y a une photo qui le montre en train de jouer aux fléchettes avec Elena Ceausescu en 1976). Il a adhéré au parti communiste roumain en 1965 et a grimpé rapidement dans la hiérarchie, devenant membre du comité central du parti de 1969 à 1984. Il fut même Ministre de la Jeunesse jusqu'en 1971.

    Puis, il a pris ses distances avec Nicolae Ceausescu à partir de 1983. Au-delà de la politique très sévère que menait le dictateur communiste roumain (le "génie des Carpates" !), l'explication pourrait être simple : Mikhaïl Gorbatchev est arrivé au pouvoir en URSS en mars 1985 et a incité les partis des "pays frères" à se réformer de l'intérieur pour être plus acceptables (transparence et restructuration). Ceausescu ne voulait surtout pas suivre le chemin de Gorbatchev alors qu'Ion Iliescu pourrait être considéré comme l'homme des réseaux gorbatchéviens en Roumanie.

    Des premières manifestations de protestation contre la police politique (la Securitate) et contre la politique de Ceausescu ont eu lieu à partir du 16 décembre 1989, d'abord à Timisoara (à l'ouest du pays), puis à Bucarest. La découverte d'un (faux) charnier à Timisoara, laissant entendre de très nombreuses victimes de la répression, a profondément choqué le peuple roumain (on saura plus tard qu'il s'agissait d'une odieuse manipulation). Cette émotion a provoqué de nouvelles manifestations dans tout le pays, tandis que Ceausescu était en voyage en Iran.

     

     
     


    À son retour, l'autocrate roumain pensait pouvoir appliquer ses vieilles ficelles de répression (au lieu de fuir rapidement). Il a alors organisé un rassemblement de masse le 21 décembre 1989 pour montrer sa force et son soutien populaire, retransmis en direct par la télévision d'État... Mais le soutien a muté en révolution populaire. La foule l'a hué tandis que la télévision a interrompu sa diffusion. Ceausescu, vieillissant, a été incapable de réagir et s'est retiré dans ses appartements.

    La nuit et la journée du lendemain (le 22 décembre 1989) ont été cruciales : l'armée avait pour ordre de tirer sur les protestataires, mais ne tirait pas. Le couple Ceausescu a tenté de fuir en hélicoptère mais a vite été rattrapé. À Bucarest, des tirs ont eu lieu. On a compté des centaines de morts, presque un millier. Pendant trois jours, la situation était peu claire. Il semblerait qu'Ion Iliescu ait manipulé l'opinion en encourageant les tirs. Le 25 décembre 1989 a eu lieu le procès expéditif des Ceausescu et leur exécution filmée en direct, ce qui a eu pour effet l'arrêt miraculeux de tous les tirs de snipers.

    Dès le 22 décembre 1989, Ion Iliescu est devenu le chef de l'État incontesté. Il allait être onze ans à la tête de la Roumanie : Président du Conseil du Front de salut national du 22 décembre 1989 au 13 février 1990, puis Président du Conseil provisoire d'unité nationale du 13 février 1990 au 20 juin 1990, puis élu le 20 mai 1990 avec 85,1% et réélu le 11 octobre 1992 avec 61,4%, Président de la Roumanie du 20 juin 1990 au 29 novembre 1996, et après un échec à l'élection présidentielle du 17 novembre 1996 (où il n'a recueilli que 45,6% des voix), il s'est fait réélire le 10 décembre 2000 avec 66,8% des voix et est redevenu Président de la Roumanie du 20 décembre 2000 au 20 décembre 2004. Autre figure marquante de la révolution, Petre Roman a été nommé Premier Ministre du 26 décembre 1989 au 1er octobre 1991 et s'est rapidement éloigné d'Ion Iliescu.
     

     
     


    Comme on le voit, Ion Iliescu, figure paternaliste, rassurante, grand-père tranquille qui a basé ses campagnes électorales sur l'impunité de tous en temps de dictature, a voulu ainsi rendre impossible toute introspection sur la dictature communiste d'après-guerre, mais aussi sur le déroulement exact de la révolution de 1989. Se transformant en social-démocrate, Ion Iliescu a représenté une gauche qui voulait initialement réformer le communisme irréformable.

    Conseiller du Président roumain Traian Basescu (élu en 2004), le politologue Alexandru Gussi a regretté l'omerta sur les exactions en 1989 des néo-communistes menés par Ion Iliescu : « La moitié des membres du premier gouvernement post-révolutionnaire appartenaient au parti communiste. (…) Une fois au pouvoir, ce réseau a tout fait pour protéger les siens. En exécutant Nicolae Ceausescu, ils l'ont fait passer pour l'unique responsable. Ils ont ensuite fait disparaître le parti et les symboles du communisme, mais ils n'ont pas changé les structures de l'État. » (dans "Slate" du 22 décembre 2009).
     

     
     


    Ion Iliescu a eu son heure de gloire lors de sa réception au Parlement Européen de Strasbourg le 23 septembre 2003. La Roumanie n'était pas encore un État membre mais elle avait prévu de l'être (il allait falloir attendre encore plus de trois ans). Le discours d'Ion Iliescu fut donc très pro-européen : « Le principal message que je souhaite faire passer concerne le fait que la Roumanie est un pays sur lequel la communauté démocratique des nations peut compter. La Roumanie sera un État membre de l’Union Européenne fiable et crédible. L’Union Européenne gagnera bien plus qu’un nouvel État membre de plus de 22 millions d’habitants; elle gagnera un fidèle partisan de l’intégration européenne, un pays euro-optimiste par choix. Liés à l’Europe tout au long de notre histoire, nous avons foi dans le système des valeurs positives sur lequel repose la construction européenne: la démocratie, le respect des droits et des libertés des citoyens, la justice et l’équité sociale, la tolérance, la solidarité au sein des nations et entre celles-ci ainsi que la responsabilité envers les générations futures. Les Roumains, que l’histoire a mis sur la touche pendant plus d’un demi-siècle, ont toujours aspiré à participer naturellement à l’évolution de la Communauté européenne dont les valeurs ont servi de guide. Cette aspiration est devenue réalité lors de la révolution de décembre 1989. Cela n’a pas été facile ni simple de sortir du totalitarisme, tant fasciste que communiste. Nous avons été confrontés à un double handicap. Le premier était de nature institutionnelle : les institutions d’un État totalitaire sont incompatibles avec la démocratie et l’économie de marché. Le second handicap était représenté par notre isolement par rapport au monde et nos tendances autarciques. Tout cela s’est inscrit sur un fond de profond retard historique en matière de développement économique et social. (…) La Roumanie est prête à assumer les nouvelles responsabilités qui lui incombent en raison de son nouveau statut de membre de l’OTAN et de futur État membre de l’Union Européenne. (…) La Roumanie appartient à la culture et à la civilisation européenne par son histoire, sa tradition et ses valeurs. Voilà pourquoi son intégration à l’Union Européenne, en tant que processus de retour à la normalité démocratique de notre pays, a été et reste encore un objectif stratégique de la société roumaine et cet objectif a toujours fait l’objet d’un large consensus politique et civique. L’adhésion à l’Union Européenne est considérée comme un objectif politique autant que comme un instrument destiné à accélérer les processus de modernisation institutionnelle et de développement économique et social, dans le but de réduire les décalages qui nous séparent encore du monde industrialisé. (…) En réduisant les décalages économiques dans le cadre de l’Union Européenne élargie, l’Union, en tant qu’acteur global, gagnera en transparence, en cohérence et en efficacité dans la poursuite de ses objectifs sur le plan mondial, contribuant ainsi à la diminution de la pauvreté, à une meilleure répartition des bénéfices de la mondialisation en faveur des régions défavorisées et à une plus large participation de ces régions au commerce mondial. (…) La Roumanie fait partie de l’Europe et ses moindres actes sont issus de son désir de confirmer son identité européenne. Nous savons que ce n’est pas tâche facile. Nous devons travailler avec encore plus d’ardeur et de ferveur afin de remplir les engagements que nous avons contractés en vue de consolider votre confiance, puisque vous êtes nos partenaires européens, dans notre aptitude à mener à bien des processus complexes, tels que les réformes requises pour notre adhésion à l’Union européenne, et nous devons agir et nous comporter en véritables Européens. Plus personne et plus rien ne pourrait mettre en doute l’avenir européen de la Roumanie. Nous possédons à la fois l’aptitude et le désir requis pour mener à terme la transformation structurelle de l’économie et de la société roumaines afin de rendre celles-ci compatibles avec les exigences de l’Union européenne et d’améliorer ainsi le bien-être des citoyens roumains. ».

    Mais surtout, il a fallu attendre le 8 avril 2019, alors qu'il était âgé de 89 ans, pour que l'ancien Président Ion Iliescu fût renvoyé en procès sur deux affaires pour crimes contre l'humanité : l'affaire des snipers du 22 au 25 décembre 1989 (bilan extrêmement lourd : 862 morts et plus de 2 150 blessés) ainsi que l'assassinat des Ceausescu, et l'affaire dite des minériades du 13 au 15 juin 1990 : Ion Iliescu avait fait venir par train des ouvriers mineurs à Bucarest pour frapper les étudiants venus manifester contre lui ! Le bilan fut très lourd : 6 morts, 6 femmes violées, 746 blessés, officiellement, car selon les étudiants, plus d'une centaine d'entre eux auraient péri.


    Pour le procureur Augustin Lazar qui l'a mis en accusation, « il s’agit d’un moment particulièrement important pour la justice roumaine qui accomplit une dette d’honneur envers l’Histoire ». Considérant ce procès comme une « farce », Ion Iliescu avait déclaré en avril 2018 pouvoir « garder la tête haute devant le jugement de l’Histoire ». Reporté à cause de la crise du covid-19, le procès n'a finalement jamais eu lieu. L'Histoire jugera donc.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (05 août 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Ion Iliescu.
    Michel Ier  de Roumanie.
    La Révolution roumaine de décembre 1989.
    Eugène Ionesco.
    Nicolae Ceausescu.
    Otto von Europa.
    Dynasty.
    Victoria, mamie Europa.

     

     
     





    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250805-ion-iliescu.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/ion-iliescu-l-apparatchik-262516

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/08/05/article-sr-20250805-ion-iliescu.html


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  • Jules Moch et le socialisme à poigne

    « Tour à tour admiré, vilipendé et redouté, Jules Moch fut un homme d'État d'une intelligence et d'une énergie exceptionnelles et, à coup sûr, l'une des figures majeures de la vie politique et parlementaire de la IVe République. » (Extrait du Dictionnaire des parlementaires français de 1940 à 1958, éd. La Documentation française).





     

     
     


    Il y a quarante ans, le 31 juillet 1985, est mort Jules Moch, à l'âge de 92 ans (il est né le 15 mars 1893). À cause d'une campagne orchestrée par les communistes en pleine guerre froide, Jules Moch a eu une postérité injuste alors qu'il était avant tout un grand serviteur de l'État.

    Il est connu pour avoir été un Ministre de l'Intérieur à poigne, capable de réprimer, hélas parfois dans le sang, des grèves très dures qui étaient pilotées de l'étranger (suivez mon regard). En ce sens, il était l'héritier de Clemenceau, grand Ministre de l'Intérieur avant d'avoir été Président du Conseil. Probablement que Manuel Valls revendiquerait aussi cet héritage-là.

    Mais à la différence de Clemenceau et de Valls, malgré sa présence dans quinze gouvernements (seize si l'on tient compte d'une fonction non ministérielle mais essentielle, voir plus loin), Jules Moch n'a pas eu l'honneur de diriger un gouvernement. Il a seulement été pressenti pour devenir Président du Conseil lors de la longue crise politique du 5 au 28 octobre 1949 (chute du premier gouvernement d'Henri Queuille), mais il n'a pas eu l'appui des parlementaires de la Troisième force.

    On pourrait même s'étonner qu'il fût socialiste à tel point Jules Moch était un homme d'État, un patriote, un visionnaire souhaitant la paix mais refusant la lâcheté, voyant venir la Seconde Guerre mondiale, résistant, et avant tout, profondément anticommuniste. Il faut sans doute voir la chose à l'envers en se disant qu'il a existé des socialistes qui ont été de véritables hommes d'État, et aux côtés de Léon Blum, on peut effectivement citer Jules Moch et quelques autres.

    Jules Moch n'a pas été une personnalité politique majeure seulement de la Quatrième République. Il l'a été aussi de la fin de la Troisième République, pendant toute l'Entre-guerre. Érudit, scientifique, polytechnicien (comme son grand-père et comme son père Gaston Moch qui était dans la même promotion à l'X que le capitaine Alfred Dreyfus), penseur et acteur politique, Jules Moch a été un auteur très prolifique d'ouvrages politiques, une trentaine entre 1925 et 1977.

    Brillant diplômé de Polytechnique, Jules Moch a choisi de devenir ingénieur dans la marine. Pendant la Première Guerre mondiale (il avait 21 ans en 1914), il a combattu, a été blessé et gazé, a été récompensé pour sa bravoure. Après une courte carrière dans la fonction publique, il a rejoint une entreprise privée pour reconstruire les réseaux ferroviaires. Dans ce cadre, il a séjourné dans les pays baltes et également en Union Soviétique en 1924, ce qui l'a rendu fortement anticommuniste et a adhéré à la SFIO (parti socialiste) la même année 1924.

    Jules Moch a amorcé une longue carrière de député : encouragé par Léon Blum et Vincent Auriol à se présenter à Valence, il a été élu député SFIO de la Drôme en avril 1928 (il avait alors 35 ans) malgré une campagne très violente contre lui (on reprochait à ce Parisien un parachutage), réélu en mai 1932, mais battu en mai 1936, alors que le Front populaire venait d'être victorieux.

    Pendant cette petite dizaine d'années, Jules Moch était un parlementaire très actif à la Chambre, multipliant rapports et propositions de loi. Le Dictionnaire des parlementaires français lui attribue de nombreuses initiatives : « généralisation de l'attelage automatique sur tous les réseaux de chemins de fer français ; instauration d'un mode de taxation des camions automobiles tenant compte de la dégradation causée aux chaussées (1929) ; institution d'un système de transport combiné entre avion et chemin de fer ; exploitation de la ligne aérienne France-Amérique du Sud ; création de la Société africaine d'aviation marchande (1931) ; déchéance des compagnies de chemins de fer et institution d'un réseau national d'intérêt public général et régional ; statut de l'aviation marchande (voté en 1932) ». Également : « la gratuité de l'enseignement secondaire ; le monopole d'importation des pétroles  ; les accords professionnels ; la mise en chantier de la tranche de 1935 du programme naval ; l'assainissement des finances publiques ; la défense du crédit et le maintien de la monnaie ». En outre, Jules Moch « demande une meilleure protection des cheminots contre les dangers d'électrocution et (…) interpelle le gouvernement sur le relèvement de leurs salaires. Il plaide aussi en faveur de l'assimilation des cantonniers aux fonctionnaires de l'État. ». En 1935, Jules Moch a été élu conseiller général de la Drôme.

     

     
     


    Alors qu'il aurait dû devenir ministre, son échec législatif l'en a politiquement empêché, si bien que le nouveau Président du Conseil, Léon Blum, l'a nommé secrétaire général du gouvernement, qui était une fonction stratégique dans le dispositif du pouvoir exécutif puisqu'il assistait à tous les conseils des ministres et à tous les conseils de cabinet. Jules Moch a donc eu une très bonne connaissance du gouvernement du Front populaire pour en avoir été l'un des principaux acteurs politiques et administratifs.

    Heureusement pour lui, une élection législative partielle a eu lieu en mai 1937 à Montpellier à la suite du décès du député, si bien qu'il s'est fait élire député SFIO de l'Hérault en mai 1937 jusqu'en novembre 1941, puis il a été réélu pendant toute la Quatrième République de novembre 1944 (assemblées consultative puis constituantes puis nationale) à novembre 1958, battu au début de la Cinquième République mais réélu pour un dernier mandat de novembre 1962 à mars 1967.

    Son retour à la Chambre a permis à Jules Moch d'entamer une (longue) carrière ministérielle, d'abord comme Sous-Secrétaire d'État à la Présidence du Conseil des ministres de Léon Blum du 26 mai 1937 au 22 juin 1937. Puis, Léon Blum l'a rappelé dans son (très bref) deuxième gouvernement comme Ministre des Transports (dont il était un spécialiste professionnellement) du 13 mars 1938 au 10 avril 1938.


    Redevenu simple député en octobre 1938, Jules Moch a compris le double langage des nazis et s'est opposé aux Accords de Munich, réclamant la plus grande fermeté du gouvernement français contre Hitler. Toutefois, par discipline de parti, sur consigne de Léon Blum, Jules Moch a voté la ratification des Accords de Munich. Anticipant la guerre, Jules Moch a demandé en octobre 1938 à l'amiral François Darlan, alors chef d'état-major de la marine, de l'autoriser à être mobilisable malgré son âge avancé (45 ans), ce qui lui a permis de combattre en 1939-1940 en tant que capitaine de frégate chargé de démagnétiser la flotte pour éviter les mines magnétiques, puis a fait la campagne de Norvège comme capitaine de vaisseau.

    Très déçu par l'Armistice en juin 1940, Jules Moch a repris son rôle de député et a fait partie des 80 parlementaires à avoir refusé les pleins pouvoirs à Pétain le 10 juillet 1940 à Vichy. Il a été arrêté en septembre 1940, emprisonné avec Paul Reynaud, Vincent Auriol, Marx Dormoy et Georges Mandel, puis a finalement été libéré en février 1941 par l'amiral Darlan qu'il avait connu. À partir de ce moment, Jules Moch s'est réfugié dans la clandestinité et s'est engagé dans la Résistance, notamment dans le réseaux de résistance des polytechniciens. Après une série de contretemps pour rejoindre l'Angleterre, il a rencontré De Gaulle le 27 avril 1943 à Londres qui lui a confié la direction d'une école navale pour les volontaires français. Ce dernier l'a déçu par sa réaction à l'affaire Pucheu. Très affecté par la mort de son fils au combat en avril 1944 à Corenc, tout près de Grenoble, il a participé comme combattant au Débarquement en Provence.

    De retour en politique en novembre 1944, Jules Moch a soutenu en février 1945 le plan budgétaire de Pierre Mendès France, nouveau Ministre des Finances qui demandait de la rigueur dans les finances publiques. Sa politique ayant été refusée (notamment par René Pleven), Pierre Mendès France a démissionné.

    À la Libération, il a fait partie de nombreux gouvernements. Ainsi, Jules Moch fut d'abord Ministre des Transports et des Travaux publics du 2 novembre 1945 au 19 novembre 1947 (et, à partir du 22 octobre 1947, il a cumulé avec les Affaires économiques, la Reconstruction et l'Urbanisme). À ce poste, il a supervisé la reconstruction des grandes infrastructures des transports : chemin de fer, ports, aéroports, etc. Ce sujet l'a amené à se forger la conviction qu'il valait mieux construire un pont qu'un tunnel entre la France et la Grande-Bretagne, cette idée a été le sujet d'un livre ainsi que de plusieurs conférences (le Tunnel sous la Manche a quand même été construit).

     

     
     


    Ensuite, il fut l'indéboulonnable Ministre de l'Intérieur dans six gouvernements, du 24 novembre 1947 au 7 février 1950 et du 17 mai 1958 au 28 mai 1958. C'est dans ces fonctions-là que Jules Moch a acquis la réputation d'homme à poigne lorsqu'il a fallu rétablir l'ordre lors des grandes grèves de novembre et décembre 1947. La crise fut au sommet dans la nuit du 2 au 3 décembre 1947 quand un train supposé transporter des CRS a déraillé à la suite de sabotages d'activistes. L'opération a tué seize personnes dans le déraillement et a été condamnée par toutes les parties.

    Le climat politique était très tendu avec l'éviction des communistes du gouvernement en mars 1947. Craignant un coup d'État communiste, Jules Moch a créé des préfets spéciaux (futurs préfets de région) le 21 mars 1948 pour anticiper tout mouvement violent.

    En octobre 1948, de nouvelles grèves ont eu lieu, considérées à caractère insurrectionnel par le gouvernement, en particulier dans les mines de charbon. Jules Moch a fait intervenir 60 000 policiers pour affronter les 15 000 grévistes contraints à la reprise du travail en novembre 1948. Le bilan de la répression fut très lourde : six morts, des dizaines de blessés, 3 000 licenciements... et une rancune tenace des dirigeants et militants communistes contre le socialiste Jules Moch.
     

     
     

    Voici ce qu'en dit le Dictionnaire des parlementaires français : « Si l'on ajoute divers heurts et incidents violents survenus à Marseille (12 novembre 1947), Valence (3 et 5 décembre 1947), Clermont-Ferrand (15 juin 1948), Grenoble (18 septembre 1948) et Paris (11 novembre 1948), Jules Moch a dû justifier devant l'Assemblée le comportement souvent brutal des forces de l'ordre. Sans nier le caractère social et salarial, et par là même en partie justifié de ces grèves, il en dénonce la dimension délibérément politique et insurrectionnelle, commanditée à distance par le Kominform comme en témoignerait, par ailleurs, le déraillement du train Paris-Tourcoing le 3 décembre 1947. Une telle détermination, qui ne va pas sans inquiéter certains de ses camarades socialistes soucieux de ne pas couper la SFIO de la classe ouvrière, lui vaut d'essuyer périodiquement des injures et des vociférations du Parti communiste qui a désigné en lui l'ennemi de classe et le valet de l'impérialisme américain. Les séances des 29 novembre au 4 décembre 1947, consacrées à la discussion des projets de loi "de défense de la République", sont demeurées célèbres dans les annales de la vie parlementaire par le déchaînement des violences verbales et même physiques déployées dans les travées communistes. D'importants textes de loi n'en furent pas moins adoptés, comme l'interdiction du droit de grève dans la police et la création des IGAMES (super préfets) dotés, dans le cadre du maintien de l'ordre, de la plénitude des pouvoirs civils et militaires. ».

    Comme l'a expliqué Gilles Morin en 2014 dans un article sur la guerre froide en France (mis en référence à la fin de l'article), Jules Moch a été victime d'une campagne de presse permanente des journaux communistes : « Jules Moch devient la cible privilégiée des journalistes et caricaturistes communistes durant au moins quatre longues années, avec des moments forts, comme les grèves des mineurs de 1948, les élections ou sa tentative d’investiture en octobre 1949. Nous disposons de centaines d’articles le concernant ou le visant pour ne prendre que la presse nationale du PCF ou de ses "organisations de masse". La propagande communiste fait de Jules Moch l’incarnation du mal absolu, une tête de Turc récurrente, mais les journaux, pour éviter des procès et des condamnations, s’autocensurent partiellement. Cependant, ils ont à leur disposition l’arme des dessins et caricatures de presse qui échappent généralement au procès et présentent un double intérêt. Cette forme d’expression simplifie le discours, l’amplifie parfois et cristallise des images types dans la mémoire et dans le regard. De plus, elle peut franchir des interdits et permet de révéler un message sous-jacent. Sur ce terrain, les communistes ont affaire à une large concurrence : Jules Moch, Ministre de l’Intérieur puis de la Défense et homme politique de premier plan est, c’est bien normal, l’objet de milliers de caricatures venant de tous les horizons politiques. Mais les organes communistes et ceux des organisations de masse apparentées se distinguent par leur violence. (…) Classiquement pour les communistes évoquant les socialistes, Jules Moch incarne le traître ou plutôt le "social-traître". L’accusation est reprise à foison dans la littérature communiste, mais surtout en arrière-fond de pratiquement toutes les attaques. ».

    Voici quelques caricatures très excessives et haineuses qui n'ont jamais été censurées ni condamnées par un tribunal. Elles ont été rassemblées par Gilles Morin dans l'article cité qui a montré les abus dans les dessins, représentant l'ancien résistant, qui a plusieurs fois mis sa vie en danger, comme un collaborateur des nazis. Ces dessins puent l'antisémitisme (il faut regarder la forme du nez), l'anticapitalisme et l'antiaméricanisme, et le pire, c'est que cette argumentation pitoyable d'alliance entre le grand capital, les États-Unis, les Juifs et les nazis restent toujours d'actualité, malgré sa stupidité, soit par des agents de Vladimir Poutine, soit par des militants insoumis. Quant à l'insulte "social-traître", elle reste encore très actuelle, Jérôme Guedj en a même été une victime récente il y a quelques semaines.
     

     
     


    (La caricature n°3 représente Jules Moch tapant sur la voiture SFIO conduite par Léon Blum et réparée par Vincent Auriol, et elle est suivie de près par De Gaulle).
     

     
     
     
     

     

     
     

     

     
     

     

     
     


    Après sa tentative d'être Président du Conseil, Jules Moch a été nommé Vice-Président du Conseil dans le deuxième gouvernement de Georges Bidault du 28 octobre 1949 au 7 février 1950 en cumulant avec l'Intérieur. Ensuite, il est resté une année Ministre de la Défense nationale dans deux gouvernements, du 12 juillet 1950 au 10 juillet 1951.

    Après cela, Jules Moch a préféré renoncer aux fonctions ministérielles en raison de son mandat de représentant de la France à la Commission du désarmement de l'ONU de 1951 à 1961 (il a notamment refusé d'être le Ministre d'État, Ministre du Désarmement de Guy Mollet en 1956). Rapporteur général de la commission des Affaires étrangères à l'Assemblée, Jules Moch a beaucoup influé sur la politique extérieure de la France (mais souvent hors de l'hémicycle du Palais-Bourbon), notamment par le soutien à l'État d'Israël, la mise en place de l'OTAN, etc. Il s'est opposé à la Communauté Européenne de Défense (CED) en 1954, ce qui lui a valu une exclusion temporaire de la SFIO. Il s'est également opposé à la douteuse campagne de Suez en 1956. Il a aussi défendu le 13 janvier 1960 à l'ONU la décision de la France de procéder à des essais nucléaires dans le Sahara algérien : « Le site choisi est à la fois désert et beaucoup plus proche que les atolls aux antipodes de la France. ».

     

     
     


    Après un bref retour au Ministère de l'Intérieur dans le gouvernement de Pierre Pflimlin (il n'avait pas réussi à rétablir l'ordre républicain en Corse) juste avant le retour de De Gaulle au pouvoir, Jules Moch, qui avait voté pour le retour au pouvoir de De Gaulle mais contre la nouvelle Constitution au référendum, s'est fait balayer par la Cinquième République. Battu par un candidat gaulliste en novembre 1958 (en raison du maintien du candidat communiste), Jules Moch, antigaulliste mais aussi anticommuniste acharné, n'a dû son ultime élection en novembre 1962 qu'à un accord entre le PCF et la SFIO dans une circonscription qui allait redevenir communiste lorsque Jules Moch a renoncé à solliciter un nouveau mandat, en 1967 (il avait alors 74 ans).

    Militant socialiste, il a quitté le PS le 31 décembre 1974 après le succès de l'union de la gauche initiée par François Mitterrand, nouveau chef du parti socialiste. Or, pour lui, il était hors de question de s'allier avec les communistes qui n'avaient jamais critiqué Staline et ses méthodes. Son dernier ouvrage politique, sorti en 1977, s'est intitulé fort opportunément : "Le Communisme, jamais !" (éd. Plon). Décidément, les communistes ne l'apprécieront jamais !



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (26 juillet 2025)
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    Pour aller plus loin :
    "Dictionnaire des parlementaires français" (éd. La Documentation française).
    "Les communistes et Jules Moch, représentations et pratiques en temps de guerre froide" par Gilles Morin, "La guerre froide vue d'en bas", sous la direction de Philippe Buton, Olivier Büttner et Michel Hastings, CNRS Éditions, 2014.
    Jules Moch.
    Joseph Laniel.
    Quel bovin vous amène ?
    Le vote des femmes en France.
    L'échec de la CED.
    Mélinée et Missak Manouchian.
    Séminaire gouvernemental, conseil de cabinet et conseil des ministres.
    L'abbé Pierre.
    André Figueras.
    Jean-Marie Le Pen.

    Jean Moulin.
    Stéphane Hessel.
    René Pleven.
    Pierre Mendès France.
    Léon Blum.
    La création du RPF.
    De Gaulle.
    Germaine Tillion.
    François Mitterrand.
    Pierre Pflimlin.
    Henri Queuille.
    Robert Schuman.
    Antoine Pinay.
    Félix Gaillard.
    Les radicaux.
    Georges Bidault.
    Débarquement en Normandie.
    Libération de Paris.
    Général Leclerc.
    Daniel Cordier.
    Le programme du Conseil National de la Résistance (CNR).
    Jean Monnet.
    Joseph Kessel.
    Maurice Druon.
    André Malraux.
    Maurice Schumann.
    Jacques Chaban-Delmas.
    Daniel Mayer.
    Edmond Michelet.
    Alain Savary.
    Édouard Herriot.
    Vincent Auriol.
    René Coty.
    Maurice Faure.
    Gaston Defferre.
    Edgar Faure.
    René Cassin.
    Édouard Bonnefous.


     

     
     



    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250731-jules-moch.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/jules-moch-et-le-socialisme-a-261689

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/29/article-sr-20250731-jules-moch.html


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  • L'étrange Georges Lemoine

    « Georges Lemoine nous a quittés. Maire, député, secrétaire d’État, il fut un homme de terrain profondément attaché aux quartiers populaires et à son enracinement chartrain. » (François Rebsamen, Ministre de l'Aménagement du territoire et de la Décentralisation et ancien maire de Dijon, le 25 juillet 2025 sur Twitter).



     

     
     


    L'ancien ministre socialiste Georges Lemoine est mort à Caen le vendredi 25 juillet 2025, tôt dans la matinée, à l'âge de 91 ans (il est né à Rouen le 20 juin 1934). Avec lui est parti l'un des hiérarques de la période socialo-communistes, promu par ses victoires locales dans l'Eure-et-Loir dont il était l'un des grands barons pendant plusieurs décennies. Il fut un compagnon de route historique de François Mitterrand dans les années 1960.

    Il a grandi près de Rennes et est devenu normalien, chargé d'enseignement en littérature. Georges Lemoine a rencontré François Mitterrand en 1965 à la Fédération de la gauche démocratique et socialiste (FGDS) qui l'a fait adhérer à son club politique, la Convention des institutions républicaines (CIR). Aux élections municipales de 1971, Georges Lemoine a mené une liste de centre gauche à Dreux mais a échoué face au maire sortant pourtant membre du petit parti cofondé notamment par François Mitterrand, l'UDSR. Son échec l'a conduit à rejoindre le PS en 1971 (en même temps que les autres mitterrandistes), au congrès d'Épinay, pour le noyauter. En mars 1973, Georges Lemoine a aussi échoué aux élections législatives en Eure-et-Loir, ne parvenant pas à battre le député RI sortant (giscardien).

    Son implantation politique en Eure-et-Loir (depuis 1963) allait pourtant le faire gagner quelques mois plus tard, en septembre 1973 aux élections cantonales, remportant le canton de Chartes-Sud-Est et l'amenant à siéger au conseil général d'Eure-et-Loir de septembre 1973 à octobre 1988 et de mars 1994 à mars 2008. Emporté par une vague favorable à l'union de la gauche, Georges Lemoine est élu maire de Chartres en mars 1977 avec sa liste socialo-communiste face au maire sortant, le centriste Jean Laillet (CDS), qui a mené une liste CDS-RI-RPR (Jean Laillet avait été élu maire de Chartres le 12 mai 1975 pour succéder à Marcel Gaujard décédé en cours de mandat). Georges Lemoine a obtenu dès le premier tour 50,6% des voix, et son concurrent seulement 36,7%, handicapé par une troisième liste divers droite.
     

     
     


    Chartres fut alors son premier mandat de baron local. Georges Lemoine fut élu et réélu maire de Chartres de mars 1977 à janvier 1998, devant quitter son siège de maire en raison du cumul des mandats, mais se faisant élire à la place premier adjoint au maire de janvier 1998 à mars 2001 en conservant son bureau de maire (ce qui montrait bien l'hypocrisie du non-cumul des mandats). En outre, Georges Lemoine a présidé l'agglomération de Chartres jusqu'en mars 2001. En octobre 1981, à cause d'un différend avec son premier adjoint, pour le limoger, il a démissionné et a été réélu comme maire.

    Georges Lemoine a voulu que Chartres puisse devenir une grande ville de congrès et de salons en favorisant une forte capacité hôtelière. Il a aussi implanté une zone très étendue d'entreprises industrielles et du tertiaire, profitant de l'axe de l'autoroute A11 (allant vers Paris). Toutefois, après le constat d'une situation financière très difficile, il a augmenté fortement les impôts en 1997, ce qui n'était pas très populaire !

    L'année suivant sa victoire municipale, Georges Lemoine a remporté les élections législatives en mars 1978 sur son rival sortant de 1973. Il fut alors élu et réélu député de mars 1978 à mars 1993, battu en 1993, puis élu de juin 1997 à juin 2002. En particulier, Georges Lemoine est réélu député de Chartres en juin 1981 contre une ministre sortante du gouvernement de Raymond Barre, Monique Pelletier.
     

     
     


    Influent député-maire de Chartres, Georges Lemoine est devenu très logiquement ministre lors de la victoire de François Mitterrand en 1981, membre des gouvernements de Pierre Mauroy et Laurent Fabius de 1981 à 1986, précisément Secrétaire d'État chargé de l'Énergie du 22 mai 1981 au 23 juin 1981, puis Secrétaire d'État à la Défense du 23 juin 1981 au 23 mars 1983, enfin Secrétaire d'État chargé des DOM-TOM du 23 mars 1983 au 20 mars 1986. En 1981, selon l'AFP, il aurait refusé l'Éducation nationale.

    Grand maître de la fédération d'Eure-et-Loir du PS, Georges Lemoine a commencé à trouver face à lui des contestataires en interne. Le département ayant eu une tradition radicale, et le député-maire de Chartres étant plutôt de centre gauche, ce dernier a favorisé l'éclosion d'un parti régional incluant socialistes et radicaux de gauche. Mais le problème fut la division aux élections régionales de mars 1992 : parallèlement à la liste officielle du PS conduite par son adjointe Maryvonne Radix (également sa successeure au conseil général), existait une liste dirigée par le radical de gauche François Huwart (futur député et futur ministre) que certains ont cru soutenue par Georges Lemoine.

    Battu par le candidat RPR aux législatives en mars 1993, Georges Lemoine s'est représenté à nouveau aux élections cantonales en mars 1994 contre la sortante Maryvonne Radix, son adjointe qu'il a démise en raison de son investiture du PS. Georges Lemoine a alors gagné cette élection dès le premier tour sur les apparatchiks du PS qui l'ont alors exclu du parti.
     

     
     


    Malgré l'état épouvantable des finances de Chartres après une vingtaine d'années de gestion de la ville, Georges Lemoine a réussi en juin 1997 à se faire réélire député de justesse (à quelques centaines de voix près) grâce à la vague de la gauche plurielle. Il a préféré rester député et abandonner son mandat de maire pour le non-cumul (en janvier 1998), mais est resté en fait toujours le maître de cérémonie à Chartres jusqu'en mars 2001 où il a presque tout perdu : la mairie et la présidence de l'agglomération (plusieurs listes se sont affrontées et c'est la liste dissidente de droite qui a gagné, celle de Jean-Pierre Gorges, DL, élu maire et président de l'agglomération). Georges Lemoine a toutefois sauvé son mandat de conseiller général en se faisant réélire au conseil général en mars 2001.

    Battu encore par Jean-Pierre Gorges aux élections législatives de 2002 à la suite de la déconvenue présidentielle de Lionel Jospin, Georges Lemoine ne fut plus que l'ombre de lui-même en tant que conseiller général d'Eure-et-Loir (d'un conseil général dominé par le RPR) et conseiller municipal de Chartres (d'un conseil municipal dominé par la droite), jusqu'en mars 2008.

    À l'issue des élections cantonales de mars 2004, Georges Lemoine a quitté le groupe socialiste et a rejoint dans ses votes la majorité UMP-UDF, souhaitant s'allier avec le groupe UDF qui a refusé. En mars 2008, il a tenté sa réélection aux cantonales mais a été éliminé au second tour lors d'une triangulaire (en dernière place) et a échoué aussi à se faire élire au conseil municipal d'une très petite commune, Favril. N'ayant plus aucun mandat électif en mars 2008, Georges Lemoine a tenté un quasi-ultime combat en septembre 2008 lors d'une élection législative partielle sur son ancienne circonscription mais sans soutien du PS, il n'a obtenu que 14,5% et a été éliminé dès le premier tour. Depuis 2017, l'actuel député de cette circonscription est le macroniste Guillaume Kasbarian qui fut Ministre du Logement puis de la Fonction publique du 8 février 2024 au 23 décembre 2024.
     

     
     


    Et comme il a eu le soutien du micro-parti d'extrême gauche POI (parti ouvrier indépendant), issu du parti des travailleurs, Georges Lemoine en est devenu membre jusqu'à la fin de sa vie alors qu'il était plutôt positionné au centre gauche. Ce qui l'a conduit à se présenter une dernière fois en mars 2011 aux élections cantonales (sur un autre canton) avec l'étiquette du POI, ne recevant que 5,7% des voix (cinquième position) dans ce canton qui fut gagné par le candidat du PS. Il faut préciser qu'il existe un député POI depuis 2022, intégré au groupe des insoumis.

    De septembre 1973 (il avait 39 ans) à mars 2008 (il avait 73 ans), Georges Lemoine a eu ainsi une carrière politique de près de trente-cinq ans, ce qui reste très long même si, à partir des années 1990, sa vie politique fut de plus en plus chaotique, pêchant par ses dissensions avec le parti socialiste parisien (face au sien en Eure-et-Loir), jusqu'au point de se retrouver seul politiquement les dernières années d'activités politiques.

    Son ancien "complice" radical de gauche, François Huwart, qui fut député-maire de Nogent-le-Rotrou et ministre dans le gouvernement de Lionel Jospin, semble être parmi les rares personnalités politiques de gauche sincère dans l'expression de son émotion à l'annonce de sa mort : « Sa disparition me fait vraiment de la peine, parce que j’avais de l’estime et de l’admiration. C’était un homme de gauche et un homme libre, pas à la merci de la myopie des partis politiques. Je garde de lui l’image d’un homme très érudit et chaleureux, que je rencontrais dans sa maison de campagne au milieu de ses livres. Je l’ai connu très jeune puisque lorsque j’ai passé le concours de Normale supérieure, il faisait partie du jury. Il était d’une grande fidélité et a été très injustement attaqué par des gens qui lui ont décoché des flèches empoisonnées et qui, aujourd’hui, à sa mort, le couvrent de louanges hypocrites, alors qu'ils savent bien qu'il a terminé sa vie dans la solitude. » ("L'Écho républicain"). En d'autres termes, les hommages rendus aujourd'hui par des membres, actuels ou anciens, du parti socialiste sont à prendre avec les pincettes de l'hypocrisie. Étrange Georges Lemoine.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (26 juillet 2025)
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    Pour aller plus loin :
    Gisèle Halimi.
    Georges Lemoine.
    Jacques Delors.

    8e motion de censure pour convenance personnelle (du PS).
    Congrès du PS : Saloperies antisémites.
    Jérôme Guedj.
    Congrès du PS : "l'homme le plus riche du cimetière".
    Congrès du PS : Olivier Faure est-il en difficulté ?
    Congrès du PS : le choc de complexité !
    Robert Badinter.
    Congrès du PS à Rennes : l'explosion de la Mitterrandie.
    La préparation du congrès de Rennes (27 janvier 1990).
    Histoire du PS.
    Manuel Valls.
    Martine Aubry.
    Hubert Védrine.
    Julien Dray.
    Comment peut-on encore être socialiste au XXIsiècle ?
    François Bayrou et la motion de censure de congrès du PS.
    Lionel Jospin.
    Claude Allègre.
    François Mitterrand.
    Mazarine Pingeot.
    Richard Ferrand.
    Didier Guillaume.

    Pierre Joxe.
    André Chandernagor.
    Didier Migaud.
    Pierre Moscovici.

    La bataille de l'école libre en 1984.
    Bernard Kouchner.
    Hubert Curien.
    Alain Bombard.
    Danielle Mitterrand.
    Olivier Faure.
    Lucie Castets.

    Bernard Cazeneuve
    Gabriel Attal.
    Élisabeth Borne.
    Agnès Pannier-Runacher.
    Sacha Houlié.
    Louis Mermaz.
    L'élection du croque-mort.
    La mort du parti socialiste ?
    Le fiasco de la candidate socialiste.
    Le socialisme à Dunkerque.
    Le PS à la Cour des Comptes.











    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250725-georges-lemoine.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/l-etrange-georges-lemoine-262348

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  • Gisèle Halimi, une femme militante

    « Gisèle Halimi devint ainsi la figure du féminisme contemporain, d'un féminisme qui veut éveiller les consciences, anéantir les inégalités, tendre avec exigence et détermination vers un monde de concorde entre les femmes et les hommes. Choisir la cause des femmes pour Gisèle Halimi, ce n'était pas faire le procès des hommes, c'était mettre à bas un système où les hommes dominent, endossent des représentations qui les favorisent. C’était retrouver une évidence universelle. Il est injuste, insupportable qu’une petite fille doive servir son frère aîné à table mais quel que soit son sexe, chacun est lié par une fraternité de destin. » (Emmanuel Macron, le 8 mars 2025 à Paris).



     

     
     


    L'avocate de la cause des femmes, Gisèle Halimi, est morte il y a cinq ans, le 28 juillet 2020 au lendemain de son 93e anniversaire (elle est née le 27 juillet 1927). On parle d'elle (des pétitions circulent) pour que ses restes soient transférés au Panthéon et l'Élysée n'y serait pas hostile.

    J'ai évoqué il y a quelques jours la figure de Monique Pelletier, qui est de la même génération (à un an près) que Gisèle Halimi. Les deux femmes ont fait beaucoup pour la cause des femmes, les deux ont été des avocates douées. Mais j'aurais une préférence pour Monique Pelletier, celle qui a fait des réalisations concrètes, hors des échos médiatiques mais essentielles pour les femmes, comme le reconduction définitive de la loi sur l'IVG (la loi Veil n'avait qu'une durée limitée de cinq ans) et aussi la loi qui considère le viol comme un crime et pas comme seulement un délit. Gisèle Halimi, qui s'est aussi frottée à la politique (mais les deux n'ont pas eu de "carrière", comme on dit), n'était pas dans la décision mais dans l'influence, dans le changement des mentalités.

    La jeune avocate tenace s'est d'abord fait connaître au début des années 1960 pour sa défense de Djamila Boupacha, militante du FLN en Algérie (qui est encore en vie, elle a 87 ans), qui fut arrêtée, violée et torturée par l'armée française pour une tentative d'attentat à Alger (qu'elle a reconnue). Grâce à la défense de Gisèle Halimi et au remue-ménage médiatique orchestré par Simone de Beauvoir, avec aussi Aimé Césaire, Louis Aragon, Germaine Tillion, Geneviève Anthonioz-De Gaulle, ce fut le procès de la torture en Algérie et les Accords d'Évian ont amnistié Djamila Boupacha qui fut libérée le 21 avril 1962 (et a bénéficié d'une ordonnance de non-lieu le 7 mai 1962). Djamila Boupacha fut l'une des égéries de l'indépendance de l'Algérie mais vite écartée par les hiérarques machos du FLN (et le Président algérien actuel Abdelmadjid Tebboune lui a proposé le 15 février 2022 de la nommer sénatrice mais elle a refusé).

     

     
     


    Le deuxième combat très médiatique de Gisèle Halimi, qui consacra sa réputation de militante des causes pour les femmes, c'est au début des années 1970 sa défense de Marie-Claire Chevalier, jeune fille de 16 ans victime d'un viol en août 1971 et accusée d'avoir pratiqué un avortement (par une "faiseuse d'anges" qui l'a conduite à être hospitalisée en raison d'une grave hémorragie). Gisèle Halimi a alors eu l'audace d'attaquer la loi même qui interdisait l'avortement. C'est le fameux procès de Bobigny en 1972 qui a agrégé toutes les militantes féministes derrière ce combat pour la justice, car Gisèle Halimi considérait comme une immense injustice de considérer une femme violée comme d'abord une coupable (cinq femmes y étaient jugées, en particulier la mère de Marie-Claire, modeste employée de la RATP, pour l'avoir aidée à avorter). Elle a gagné ce procès très médiatisé avec une relaxe de Marie-Claire le 11 octobre 1972 (Marie-Claire, qui a fait une tentative de suicide peu après son procès, a réussi à être mère et même grand-mère, et est morte le 23 janvier 2022 d'une tumeur au cerveau ; le Président de la République a salué sa mémoire).

    Il faut insister sur l'aspect très glauque de ce procès : le violeur, un jeune homme mineur qui se trouvait dans le même lycée, l'avait dénoncée (avait dénoncé sa victime qui avait pratiqué l'avortement !) car lui-même avait été arrêté par la police pour un vol de voitures et pensait que cette délation lui permettrait plus d'indulgence de la justice.
     

     
     


    Deux ans plus tard, la loi Veil a rendu ce genre de procès anachronique. Beaucoup considèrent encore aujourd'hui que c'est ce procès de Bobigny qui a permis la loi Veil, mais en fait, son principe était déjà dans les tuyaux des ministères, en particulier au Ministère de la Santé, pour des raisons de santé publique. Les femmes qui se faisaient avorter risquaient trop leur vie avec des hémorragies et des infections, d'où le besoin de légiférer pour arrêter les pratiques douteuses des "faiseuses d'ange", celle de Marie-Claire ayant écopé d'un an de prison avec sursis et d'une amende.

    Avant le procès de Bobigny, Gisèle Halimi avait signé le "Manifeste des 343", une tribune publiée le 5 avril 1971 dans "Le Nouvel Observateur" qui réclamait une loi pour l'avortement et dont les 343 femmes signataires reconnaissaient qu'elles s'étaient fait avorter, risquant ainsi des poursuites pénales. Parmi les signataires, au-delà de Gisèle Halimi et Simone de Beauvoir : Françoise Sagan, Marguerite Duras, Ariane Mouchkine, Stéphane Audran, Jeanne Moreau, Micheline Presle, Catherine Deneuve, Marceline Loridan, Bernadette Lafont, Antoinette Fouque, Françoise Fabian, Bulle Ogier, Marie-France Pisier, Yvette Roudy, Delphine Seyrig, Nadine Trintignant, Marina Vlady, Agnès Varda, etc. Il est à noter que Gisèle Halimi était la seule avocate de ces 343 signataires (elle risquait aussi de perdre son travail puisqu'elle se rendait coupable d'un délit). Ce manifeste a conduit la fondation du mouvement militant Choisir la cause des femmes, créé le 9 juin 1971 par Gisèle Halimi et Simone de Beauvoir.

    Évidemment, la loi Veil n'a pas tout résolu pour l'égalité, la justice, la parité des femmes et le combat de Gisèle Halimi n'est toujours pas achevé. Bien sûr, elle avait bien compris qu'il fallait se placer sur le plan politique.

    Proche de la gauche et surtout de François Mitterrand qu'elle avait soutenu dès 1965, elle s'est d'abord présentée dans le quinzième arrondissement de Paris aux élections législatives de mars 1967 avec l'étiquette de la FGDS (la fédération de la gauche non-communiste), mais n'a recueilli que 13,5% des voix au premier tour, éliminée et devancée par le candidat communiste qui échoua face au député sortant et ancien ministre gaulliste Jacques Marette (la FGDS avait réservé, pour le Mouvement démocratique féminin de Marie-Thérès Eyquem dont faisait partie Gisèle Halimi, sept circonscriptions, mais ingagnables à gauche !).

    Gisèle Halimi a fait une deuxième tentative dans une autre circonscription du quinzième arrondissement en mars 1978, cette fois-là sans investiture du PS, avec le soutien de son seul mouvement (Choisir la cause des femmes), ce qui fut un désastre électoral pour elle avec seulement 4,3% des voix derrière quatre candidats, celui du PCF, de l'UDF, du PS et enfin du RPR, sortant, Claude Roux, qui fut réélu (circonscription où allait être élu en juin 1981 le futur ministre Jacques Toubon).

    Mais en juin 1981, il n'était plus question de perdre alors que la gauche gagnait. François Mitterrand a refilé à Gisèle Halimi une circonscription en Isère, la quatrième (celle de Grenoble-Nord, Voiron, Vinay, Tullins, Rives, Saint-Marcellin), une circonscription déjà occupée par un député socialiste sortant, et pas des moindres puisqu'il s'agissait de Jacques-Antoine Gau, député-maire de Voiron depuis 1977 et même président du groupe PS à l'Assemblée Nationale en 1978, qui est mort le 29 mai 1981, trois semaines après l'élection de François Mitterrand à la Présidence de la République. Gisèle Halimi fut en tête au premier tour avec 33,2% et gagna largement au second tour avec 53,1% contre le futur député et maire de Voreppe Michel Hannoun (et futur président du conseil général de l'Isère).


    À l'origine, cette circonscription était réservée au suppléant de Jacques-Antoine Gau, à savoir le maire de Pont-en-Royans Yves Pillet (futur député de 1988 à 1993) et Gisèle Halimi avait reçu un accueil très froid des militants socialistes des lieux (comme elle fut rejetée de la première circonscription de Loir-et-Cher, celle de Pierre Sudreau, qui était le premier parachutage envisagé par elle en 1981). Elle était soutenue par Louis Mermaz, mitterrandiste (député-maire de Vienne, président du conseil général de l'Isère et ministre depuis quelques jours), son suppléant fut Maurice Rival, le maire de Chirens, un proche de Louis Mermaz, mais la venue de l'avocate était contestée par le député-maire de Grenoble Hubert Dubedout, rocardien, qui considérait cette circonscription réservée aux rocardiens. Pendant les quelques jours de campagne, elle fut aussi soutenue par Pierre Joxe (qui allait être un président du groupe PS très désagréable pour elle, apparentée PS), Michel Crépeau et Michel Jobert. Le jeune avocat André Vallini, futur député-maire de Tullins, futur président du conseil général de l'Isère et futur ministre, opposé à la candidature de Gisèle Halimi, est devenu son collaborateur parlementaire.
     

     
     


    Le mandat de députée de l'Isère a beaucoup déçu Gisèle Halimi, dès le premier jours, lorsqu'elle s'est rendue au Palais-Bourbon et qu'elle s'est aperçue qu'il y avait moins de femmes qu'à la Libération en 1945 (28, soit 5,7%, au lieu de 33), et cela malgré l'arrivée de nombreux nouveaux et jeunes députés socialistes : ils étaient quasiment tous des hommes !

    Toutefois, elle n'a pas été députée pour rien ! Bien que bridée par les socialistes qui se méfiaient d'une députée incontrôlable et inclassable, elle a contribué notamment à deux réalisations concrètes, aux côtés du Ministre de la Justice Robert Badinter.

    D'une part, elle a transformé le contenu de la prestation de serment des avocats. Son problème, c'était que dans l'ancien serment, le futur avocat s'engageait à prendre de la distance avec la cause de ses clients, or, elle considérait que l'avocat pouvait au contraire épouser cette cause. Ainsi, en 1982, la prestation de serment a été plus raccourcie, sans référence aux bonnes mœurs, à la sûreté de l'État et à la paix publique : « Je jure, comme avocat, d'exercer mes fonctions avec dignité, conscience, indépendance, probité et humanité. » (article 1er de la loi n°82-506 du 15 juin 1982 relative à la procédure applicable en cas de faute professionnelle commise à l'audience par un avocat).


    D'autre part, Gisèle Halimi a pris pleinement part à l'élaboration de la loi n°82-683 du 4 août 1982 relative à l'abrogation du deuxième alinéa de l'article 331 du code pénal, ce qui allait dépénaliser l'homosexualité pour les mineurs de plus de 15 ans. En tant que rapporteure de la proposition de loi (déposée par Raymond Forni, président de la commission des lois), Gisèle Halimi est intervenue dans l'hémicycle de l'Assemblée le 20 décembre 1981 : « On peut se demander, avec le recul, comment des députés français, c'est-à-dire par définition des femmes et des hommes qui devraient avoir l'intelligence de nos libertés fondamentales puisqu'ils sont chargés de les défendre, ont pu légiférer pour réprimer l'homosexualité. Car, s'il est un choix individuel par essence et qui doit échapper à toute codification c'est bien celui de la sexualité. Il ne peut y avoir de " morale sexuelle » de tous qui s'impose à la " morale sexuelle » de chacun. Chacun connaît la nécessité, pour l'individu, de vivre en accord avec ce qui reste le plus profondément inexprimé, par peur, honte, conditionnement social ou répression, je veux dire sa sexualité. Et qu'il s'agisse d'hétérosexualité ou d'homosexualité, cette relation à l'autre ne peut jouer comme un facteur d'équilibre que débarrassée de la clandestinité ou de l'autocensure auxquelles contraint bien souvent notre environnement et, en premier lieu, nos lois qui, dans notre culture, provoquent au changement des mentalités, avant de changer elles-mêmes. Certes, comme toute liberté, ce droit de choisir sa sexualité connaît ses limites, classiques au demeurant. (…) Pour le législateur de 1950, les homosexuels étaient donc considérés comme un fléau social, pêle-mêle avec les bouilleurs de cru, les proxénètes, et tant d'autres. ».

    Et de préciser clairement les conséquences de cette proposition de loi : « Pour qu'il y ait délit au titre du deuxième alinéa de l'article 331, quatre éléments doivent être réunis. Il faut qu'un acte matériel ait été commis. Il est nécessaire, en second lieu, que cet acte revête un caractère impudique ou contre nature. La troisième condition tient à l'absence de violence ou de contrainte. Enfin, quatrième élément constitutif de l'infraction, les participants doivent être du même sexe et l'un d'entre eux au moins doit être un mineur âgé de 15 ans à 18 ans. L'énumération même des éléments constitutifs de l'incrimination montre que l'abrogation de ce texte n'aurait pas pour effet d'accorder la moindre impunité aux homosexuels en matière d'attentat aux mœurs. L'abrogation a simplement pour objet de signifier que les homosexuels sont des citoyens qui doivent répondre de leurs actes au même titre que les hétérosexuels, quand ces actes constituent des délits. Resteraient punissables tous les attentats à la pudeur avec violence, les attentats à la pudeur sans violence, c'est-à-dire toute relation homosexuelle avec un mineur de moins de 15 ans, de même que le proxénétisme tendant à favoriser la prostitution homosexuelle des mineurs, que ceux-ci soient âgés de plus ou de moins de 15 ans, en vertu de l'article 334-1 du code pénal. N'oublions pas non plus l'article 356 du même code (…) qui punit le détournement de mineurs, quel que soit le sexe du coupable et de la victime. ».


    Tout aussi clairement, Gisèle Halimi a exposé les raisons de son indignation pour cet article du code pénal (alinéa 2 de l'article 331) qui serait abrogé : « Il devient clair que le texte actuel crée une inacceptable inégalité, devant la loi, de deux catégorie de citoyens. Aujourd'hui encore, la loi laisse subsister des différences discriminatoires à l'égard d'une certaine catégorie, nombreuse, de citoyens, je veux parler de citoyennes. Mais le deuxième alinéa de l'article 331 du code pénal va, me semble-t-il, encore plus loin dans la discrimination. Ce n'est pas de racisme ni de sexisme qu'il s'agit : il s'agit simplement de créer, à l'intérieur de chaque sexe, une catégorie de sous-citoyens qui, parce qu'ils sont homosexuels, devraient répondre plus que les autres de leurs actes délictuels. Le délit qui leur est reproché est, de plus, et cela est grave en matière pénale, particulièrement mal défini. Qu'est "l'acte impudique et contre nature" quand il y a consentement ? Toute forme de relation sexuelle pourrait, à la limite, être définie comme un acte impudique ou contre nature et donc considérée comme une infraction, selon l'appréciation du juge ou du Parquet, selon la vie que ce juge mène, en fin de compte selon sa propre sexualité. Ce flou volontaire est particulièrement inacceptable dans une loi qui réprime. Ce texte crée, ce n'est pas la moindre de ses anomalies, une double majorité pénale. En effet, les jeunes âgés de quinze à dix-huit ans sont considérés comme mineurs au regard de telle incrimination et comme majeurs au regard de telle autre. Le deuxième alinéa de l'article 331 du code pénal crée ainsi une curieuse frange, où tantôt l'on est mineur, tantôt l'on est majeur, tantôt on a atteint l'âge du consentement, tantôt on est censé ne pas l'avoir atteint. Cette étrange dualité est choquante selon laquelle la majorité hétérosexuelle serait acquise à 15 ans et la majorité homosexuelle ne serait atteinte qu'à l'âge de 18 ans. Il n'est pas possible, me semble-t-il, de prévoir des solutions différentes pour les hétérosexuels et les homosexuels, car cette discrimination repose en vérité, qu'on le dissimule ou non sous des arguments politiques ou de droit constitutionnel, sur un jugement moral implicite ou explicite : l'homosexualité est l'anormalité. On en revient toujours au même constat, à savoir qu'entre les partisans du maintien de ce texte et les partisans de son abrogation, la divergence est inconciliable. Nous estimons, nous, que la liberté sexuelle inclut l'homosexualité et nos adversaires affirment le contraire. ».

    Elle a été très déçue par le machisme du PS et surtout le cynisme de François Mitterrand : « [Il] me recevait et m'écoutait poliment, mais il ne m'a été d'aucun soutien. (…) Il était bien trop éloigné de nos pensées, de nos révoltes, de notre sensibilité pour être un véritable compagnon de route. (…) Il faisait semblant de réfléchir et je touchais du doigt la toute-puissance du chef de l'État. Nommer, dé-nommer, re-nommer, gratifier... tout cela relevait de son pouvoir et de son bon plaisir. Le fait du prince. Le moins que l'on puisse dire est qu'il n'en a pas abusé pour promouvoir les femmes ! » (2020). C'est pour cela que Gisèle Halimi a quitté son siège de députée en septembre 1984 en démissionnant officiellement parce qu'elle était en mission plus de six mois auprès de Claude Cheysson, le Ministre des Relations extérieures, une mission opportune sur la crise des organisations internationales (son suppléant Maurice Rival lui a alors succédé, sans élection partielle). Cela l'amena finalement à être nommée ambassadrice de la France à l'UNESCO du 13 avril 1985 au 1er septembre 1986 (succédant à une autre femme, Jacqueline Baudrier, l'ancien présidente de Radio France). Puis elle fut présidente du Comité des conventions et des recommandations de l'UNESCO, puis conseillère spéciale de la délégation française à l'Assemblée générale de l'ONU. Mais elle retrouva surtout son activité d'avocate qu'elle n'a jamais quittée jusqu'à sa mort à 93 ans.

    Politiquement, elle a rejoint Jean-Pierre Chevènement aux élections européennes de juin 1994, placée en deuxième position sur sa liste mais n'a pas été élue à cause du faible score de la liste (2,5%). En 1998, elle a cofondé Attac, mouvement altermondialiste. Pas étonnant que l'émission "Autant en emporte l'histoire", produite par Stéphanie Duncan et diffusée le 3 avril 2022 sur France Inter, soit intitulée « Gisèle Halimi, la jeune fille insoumise » et ait commencé ainsi : « Mais comment Gisèle Halimi est-elle devenue une rebelle ? Qu’est-ce qui fait qu’un enfant, et singulièrement une petite fille, se mette à dire non, à se révolter contre l’injustice et un jour, à vouloir se battre pour les autres ? Rien n’était pourtant écrit d’avance pour la petite Gisèle née juive, colonisée, pauvre et femme. Avec un père qui ne voulait pas d’une fille et une mère qui ne voyait d’autre avenir pour elle que le mariage, la maternité et la soumission. ».

     

     
     


    Au point que certains proches (dont un de ses fils) l'ont fait parler outre-tombe en assurant qu'elle aurait milité contre la réforme des retraites deux ans et demi après son décès, raison qui les auraient poussés à contester la tenue de l'hommage national le 8 mars 2023 par le Président Emmanuel Macron (initiative approuvée au contraire par un autre fils de la militante disparue).

    C'est en effet dans la salle d'audience de la première chambre de la cour d'appel de Paris le 8 mars 2023 (journée des femmes) qu'Emmanuel Macron a prononcé un discours en hommage à l'action de Gisèle Halimi en faveur des femmes. Il a profité de l'occasion pour annoncer sa volonté de constitutionnaliser la loi sur l'IVG : « Et je veux aujourd’hui que la force de ce message nous aide à changer notre Constitution afin d’y graver la liberté des femmes à recourir à l’interruption volontaire de grossesse pour assurer solennellement que rien ne pourra entraver ou défaire ce qui sera ainsi irréversible. ». Ce qui fut fait exactement un an plus tard, le 8 mars 2024.

    Dans son livre posthume "Une farouche liberté" (publié en 2020), Gisèle Halimi a conclu ainsi : « Je suis convaincue que notre expérience de l'injustice, de l'exclusion, de la souffrance nous a conféré une richesse supplémentaire. Et que, sans en avoir conscience, nous puisons dans notre histoire de domination patriarcale des ressorts insoupçonnés. Il a fallu serrer les dents, s'adapter, inventer, résister. Refouler nos envies, mais pas notre imaginaire. Brider nos pulsions, pas notre volonté. Étouffer nos talents, pas notre sensibilité. Sans doute même s'est-elle développée, et nous donne-t-elle un sens de l'autre plus aigu, une indulgence pour la marge, une empathie pour les fragiles... Une nouvelle nature ? Je ne saurais trancher. Mais je sais que de ces valeurs d'opprimés, courage, endurance, résilience, peut jaillir une formidable créativité. ». Il est juste dommage que Gisèle Halimi n'a pas eu, avec les Sandrine Rousseau et consorts, les héritières politiques qu'elle aurait dû mériter...



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (26 juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Gisèle Halimi.
    Georges Lemoine.
    Jacques Delors.

    8e motion de censure pour convenance personnelle (du PS).
    Congrès du PS : Saloperies antisémites.
    Jérôme Guedj.
    Congrès du PS : "l'homme le plus riche du cimetière".
    Congrès du PS : Olivier Faure est-il en difficulté ?
    Congrès du PS : le choc de complexité !
    Robert Badinter.
    Congrès du PS à Rennes : l'explosion de la Mitterrandie.
    La préparation du congrès de Rennes (27 janvier 1990).
    Histoire du PS.
    Manuel Valls.
    Martine Aubry.
    Hubert Védrine.
    Julien Dray.
    Comment peut-on encore être socialiste au XXIsiècle ?
    François Bayrou et la motion de censure de congrès du PS.
    Lionel Jospin.
    Claude Allègre.
    François Mitterrand.
    Mazarine Pingeot.
    Richard Ferrand.
    Didier Guillaume.

    Pierre Joxe.
    André Chandernagor.
    Didier Migaud.
    Pierre Moscovici.

    La bataille de l'école libre en 1984.
    Bernard Kouchner.
    Hubert Curien.
    Alain Bombard.
    Danielle Mitterrand.
    Olivier Faure.
    Lucie Castets.

    Bernard Cazeneuve
    Gabriel Attal.
    Élisabeth Borne.
    Agnès Pannier-Runacher.
    Sacha Houlié.
    Louis Mermaz.
    L'élection du croque-mort.
    La mort du parti socialiste ?
    Le fiasco de la candidate socialiste.
    Le socialisme à Dunkerque.
    Le PS à la Cour des Comptes.



     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250728-gisele-halimi.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/gisele-halimi-une-femme-militante-261660

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/26/article-sr-20250728-gisele-halimi.html


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  • Le terroriste Georges Ibrahim Abdallah libéré

    « Les lois de 1986 et 1988 ont permis une adaptation de nos procédures pénales à la lutte contre le terrorisme ; bien sûr, on luttait déjà contre le terrorisme avant ces lois : ainsi, nous avions par exemple réussi à arrêter Georges Ibrahim Abdallah. Le lien avec la justice s’est toujours fait par des relations directes avec les magistrats, tant les magistrats instructeurs que ceux du parquet. L’acte de saisine des magistrats, c’est le procès-verbal de renseignement ou le rapport de renseignement ; mais en amont de la procédure judiciaire proprement dite, il y a et il doit y avoir des relations personnelles et institutionnelles entre la DST et les magistrats. Cela permet de prévenir de l’existence de menaces et de faire le point sur les affaires qui pourraient faire l’objet d’une procédure judiciaire. Il y avait donc un dialogue : la DST n’a jamais voulu cacher des renseignements à la justice ; elle a toujours, au contraire, cherché à lui présenter le meilleur dossier possible pour entamer une procédure judiciaire. » (Louis Caprioli, ancien sous-directeur chargé de la lutte contre le terrorisme à la DST, audition à l'Assemblée Nationale le 21 février 2013 de la commission d'enquête sur le fonctionnement des services de renseignements français dans le suivi et la surveillance des mouvements radicaux armés).




     

     
     


    Le terroriste libanais Georges Ibrahim Abdallah, incarcéré en France depuis le 24 octobre 1984 et condamné à la réclusion criminelle à perpétuité le 28 février 1987 pour sa complicité dans l'assassinat de deux diplomates (un Américain et un Israélien) en 1982, devrait être libéré ce vendredi 25 juillet 2025. Pendant ses quarante années de détention, le prisonnier a toujours revendiqué ses idées marxistes, communistes et pro-palestiniennes, ce qui lui a permis de connaître des amis de l'extrême gauche actuelle, en particulier une députée européenne qui n'était même pas née lors de son arrestation.

    Les partisans de la libération de Georges Ibrahim Abdallah ont fait valoir que cette décision du 17 juillet 2025 était une victoire politique, décision prise contre l'avis du parquet national antiterroriste qui avait fait appel de la décision. Cette décision de justice est donc loin de faire l'unanimité parmi les juges français.

    Ces militants marxistes (oui, il en existe encore en plein dans le XXIe siècle) estiment que Georges Ibrahim Abdallah était un prisonnier politique en ce sens que des pressions américaines voire israéliennes auraient été faites à la France pour traiter avec sévérité cet encombrant prisonnier.


    La réalité est plutôt le contraire. La France n'a jamais voulu de ce prisonnier et a tout fait pour que la justice fût la plus douce pour lui. La France, qui avait subi des vagues d'attentats terroristes, en 1982 puis en 1986, préférait éviter de provoquer de nouvelles motivations d'attentats.

    Pendant le procès, le numéro deux de la DST, Raymond Nart, a témoigné en minimisant le rôle de Georges Ibrahim Abdallah, ce qui n'a pas manqué de surprendre les juges. En 2024, Raymond Nart, à l'âge de 88 ans, a publiquement justifié sa position de l'époque : « Les services algériens m’ont expliqué que les FARL et Abdallah ne représentaient rien politiquement, que c’était un petit groupe, des communistes pro-palestiniens excités. Ce qui ne veut pas dire qu’ils n’étaient pas dangereux. Compte tenu du fait qu’on avait déjà essayé d’échanger Abdallah contre un otage, ma logique était de ne pas empêcher qu’un tel échange puisse se reproduire. ».

    Parmi les partisans de la libération de Georges Ibrahim Abdallah à l'époque (donc de sa non-condamnation), Yves Bonnet, le directeur de la Direction de la surveillance du territoire (DST) du 14 novembre 1982 au 1er août 1985, ensuite préfet de 1985 à 1991, futur député UDF de la Manche de mars 1993 à avril 1997, puis futur conseiller régional RN de la Normandie depuis juin 2021, en particulier parce que le directeur de la DST avait promis sa libération aux services algériens proches des FARL en échange de la libération d'un otage enlevé par les FARL, le Français Gilles Sidney Peyrolles (fils de l'écrivain Gilles Perrault), alors directeur du centre culturel de Tripoli (au Liban). Mais la justice a refusé de libérer Georges Ibrahim Abdallah, malgré la libération de Gilles Sidney Peyrolles, car on a retrouvé les armes qui ont tué les deux diplomates, ce qui allait condamner lourdement le dirigeant des FARL.

    Si les Américains étaient autant impliqués pour punir sévèrement Georges Ibrahim Abdallah, c'était parce qu'ils le considéraient comme le responsable notamment de l'assassinat du lieutenant-colonel Charles R. Ray, attaché militaire à l'ambassade des États-Unis en France et probablement membre de la CIA, tué le 18 janvier 1982 à Strasbourg par un attentat revendiqué par les FARL.
     

     
     


    Ainsi, si des pressions américaines ont bien eu lieu, la France a toujours tenté de s'y opposer. Pour preuve, cet échange au cours d'un dîner à Paris en juillet 1986 entre le chef de la CIA, William Casey, proche du Président Ronald Reagan, et le Ministre français délégué à la Sécurité Robert Pandraud, second du Ministre français de l'Intérieur Charles Pasqua. William Casey a menacé son interlocuteur français avec sa fourchette : « Si jamais la France ne condamne pas Abdallah à la perpétuité, ça va mal se passer entre nos deux pays, il y aura rupture diplomatique. Ce sera un énorme scandale. ». Réponse froide et cynique de Robert Pandraud : « On va faire plus simple. Nous allons libérer Abdallah et l'envoyer au Moyen-Orient. On vous donne ensuite son adresse, vous le liquidez et on n'en parle plus ! ».

    C'est notamment ce qu'a relaté l'excellente émission radiophonique "Secrets d'info" produite par Jacques Monin, directeur des enquêtes et de l'investigation de Radio France de 2016 à 2024, et diffusée le 22 juin 2024 sur France Inter avec pour titre : "Les derniers secrets de l'affaire Georges Ibrahim Abdallah" (voir lien en fin d'article).


    Pendant longtemps, avant et pendant le procès, les gouvernements français ont tenté d'expulser Georges Ibrahim Abdallah mais les juges français, jaloux de leur indépendance, ont refusé les pressions des dirigeants français. Au cours du procès, l'avocat général n'avait requis que dix ans de prison, tandis que les juges ont préféré la perpétuité.

    Pierre Baechlin, l'avocat général, a demandé en effet à la cour son indulgence : « Je crois, dans l’intérêt de tous, pouvoir vous demander, vous conjurer, vous supplier, de ne pas prononcer à l’encontre de l’accusé [Georges Ibrahim Abdallah], une peine de réclusion criminelle supérieure à dix ans. ».

    Et Jacques Monin de raconter : « Un témoin de la scène, présent au tribunal ce jour-là, nous raconte aujourd’hui avoir entendu l’avocat général dire à voix basse : "Qu’est-ce qu’il ne faut pas faire pour la France…". Pourquoi une telle clémence ? "La France ne voulait pas faire de vagues à cause de ses otages au Moyen-Orient", analyse Patrice de Méritens. Il raconte qu’à la veille de son réquisitoire, Pierre Baechlin aurait été "invité à prendre un whisky par le Procureur général de Paris. Ce dernier lui explique qu’il risque d’y avoir une nouvelle vague d’attentats s’il requière la perpétuité contre Abdallah. L’avocat général est traumatisé. On lui demandait de trahir la justice au nom de la raison d’État". Georges Ibrahim Abdallah sera cependant condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour complicité d’assassinat. ».
     

     
     


    Au fil des années et de l'application de la peine, certains gouvernements ont refusé une libération conditionnelle à laquelle Georges Ibrahim Abdallah aurait pu prétendre à partir de 1999 (la moitié d'une peine de 30 ans). Il y a eu plusieurs tentatives de libération conditionnelle depuis l'an 2000 qui, jusqu'à juillet 2025, ont toutes échoué pour diverses raisons plus judiciaires que politiques.

    Le Ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy a voulu être ferme. Jean-Marie Beney, à l'époque directeur de cabinet du Ministre de la Justice Pascal Clément (de juin 2005 à mai 2007), maintenant procureur général près la cour d'appel de Montpellier, a décrit son état d'esprit : « Il s’agissait de répondre à une préoccupation exprimée par les Américains, pas de céder à leurs doléances. On ne leur a pas donné de garantie, on leur a dit ce qu’on allait faire. Il n’y a eu aucune tentative d’ingérence ou de pression. Avec ou sans message des Américains, la position du Ministère public aurait été la même. ».

    On peut aussi évoquer le Ministre de l'Intérieur Manuel Valls qui, en refusant le 14 janvier 2013 de signer l'arrêté d'expulsion de ce prisonnier encombrant, a empêché sa libération conditionnelle. Manuel Valls a reconnu des pressions américaines (Hillary Clinton sur son homologue français Laurent Fabius) mais qui n'ont eu aucun effet sur sa prise de décision dictée par le climat politique : « Je le maintiens en prison volontairement, il n’était pas question que je signe l’arrêté d’expulsion. Je le fais par conviction. J’en ai informé le Président de la République [François Hollande], qui ne m’en a pas dissuadé. » (dira-t-il plus tard celui qui est devenu Premier Ministre puis, maintenant, Ministre d'État, Ministre des Outre-mer).

    Ce vendredi, c'est donc un dinosaure des prisons françaises qui va en sortir, immédiatement expulsé vers son pays d'origine, le Liban. Certains militants vont crier victoire, bien sûr, mais les autorités françaises, elles, vont juste pousser un ouf de soulagement.



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (24 juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Les derniers secrets de l'affaire Georges Ibrahim Abdallah.
    Le terroriste Georges Ibrahim Abdallah libéré.
    Faut-il s'indigner ?
    Mahmoud Abbas.
    Yasser Arafat.
    Les Accords d'Oslo.
    Shimon Peres.

    Yitzhak Rabin.
    L'horreur du Hamas.
    L'avenir de la France se joue aussi à Gaza !
    Massacre à Gaza.
    La chute de Bachar El-Assad.
    Michel Aoun.



     

     
     







    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250724-georges-ibrahim-abdallah.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/article/le-terroriste-georges-ibrahim-262302

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/24/article-sr-20250724-georges-ibrahim-abdallah.html


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  • Monique Pelletier, une femme en avance

    « Les victimes parlent. Enfin, bravo ! Ministre des femmes en 1979, j’ai été agressée par un sénateur. Honte à moi de mon silence ! » (Monique Pelletier, le 10 mai 2016 à 09:23 sur Twitter).



     

     
     


    La femme qui a culpabilisé il y a neuf ans parce qu'elle a rendu public un cas d'agression sexuelle seulement trente-six ans plus tard est en fait une femme très moderne malgré sa génération. Monique Pelletier fête ses 99 ans ce vendredi 25 juillet 2025. Elle est parmi les premières femmes à avoir mis la politique au féminin, et c'est beaucoup plus efficace pour les femmes que le militantisme féministe. Je lui avais déjà consacré un article il y a quelques années.

    Avocate à 20 ans, elle a préféré devenir juge des affaires familiales où elle a pu se rendre compte des graves problèmes de la drogue. C'est sur ce sujet qu'elle a fait une timide entrée dans le monde politique : elle fut chargée par le Président Valéry Giscard d'Estaing d'une rapport sur la drogue en France. Comment a-t-elle reçu cette mission ? Par hasard : elle a perdu son sac à main en ville et c'est le Ministre de l'Intérieur Michel Poniatowski qui l'a fait ramasser par son chauffeur. Il a vu qu'elle militait dans le même parti que lui et l'a fait venir Place Beauvau.

    C'était en 1977 et c'était la première fois que les pouvoirs publics voulaient être lucides sur ce grave problème. Ce fut sa clef pour entrer au gouvernement quelques mois plus tard tandis que son rapport sur la toxicomanie est encore aujourd'hui une référence en la matière.


    À l'origine CDP (centriste pompidolien), elle avait rejoint en 1974 les giscardiens aux Républicains indépendants (RI) puis au Parti républicain (PR) et à l'UDF. Monique Pelletier, installée dans la ville en 1964, a été élue conseillère municipale de Neuilly-sur-Seine sur la liste du maire Achille Peretti en 1971, puis adjointe au maire chargée des commerces et marchés de 1977 à 1983.

    Elle a fait partie du petit groupe de femmes nommées ministres par VGE, en particulier Alice Saunier-Seïté, Françoise Giroud, et bien sûr, Simone Veil qu'elle retrouva au Conseil Constitutionnel car elle en a été nommée membre par Jacques Chirac de 2000 à 2004 pour remplacer Roland Dumas démissionnaire. Au fait, Simone Veil ? Voici ce que la collègue en pensait quarante ans plus tard : « Ce que j'ai préféré chez elle, c'est l'affection qu'elle savait témoigner à ceux qu'elle aimait. ».

    Dans les gouvernements de Raymond Barre, Monique Pelletier a donc exercé comme Secrétaire d'État à la Justice auprès du Ministre de la Justice Alain Peyrefitte du 10 janvier 1978 au 11 septembre 1978, puis Ministre déléguée chargée de la Condition féminine du 12 septembre 1978 au 8 mars 1981 (cumulant la Famille à partir de février 1980). Elle a quitté le gouvernement le 8 mars 1981 pour s'engager pleinement dans la campagne présidentielle de Valéry Giscard d'Estaing en tant qu'une de ses porte-parole (avec Jean-François Deniau et Jean-Philippe Lecat, entre autres).

     

     
     


    Son action au gouvernement n'était pas sans conséquence : elle a ainsi fait adopter la loi n°79-1204 du 31 décembre 1979 qui devait reconduire définitivement la loi Veil sur l'IVG après cinq ans d'application, ainsi que la loi n°80-1041 du 23 décembre 1980 qui définit le viol comme un crime (qu'il n'était qu'un délit avant 1980 !). Monique Pelletier était en avance sur son temps alors qu'elle prônait le remboursement de l'IVG par la sécurité sociale afin de ne pas faire d'inégalités sociales (la gauche allait le faire) et souhaitait la parité hommes/femmes sur les listes de candidats (appliquée vingt ans plus tard).

    Mais revenons justement à cette loi qui a reconduit la loi Veil : c'est avec cette loi que Monique Pelletier a eu cette mésaventure qu'elle n'a racontée que le 10 mai 2016 au "Journal du dimanche". Dans le cadre traditionnel, lorsqu'un débat risque d'être difficile, le ministre va s'entretenir avec le parlementaire qui va présider la séance de l'assemblée où sera débattu son projet de loi. C'est une visite de courtoisie. C'est ainsi qu'en décembre 1979, Monique Pelletier s'est rendue dans le bureau du sénateur qui allait présider cette séance quelques jours plus tard.


    Elle a parlé d'un baiser "complet" volé qui, heureusement pour elle, n'a pas eu de conséquence, ni politique ni personnelle. Le sénateur a été ensuite désolé d'une telle "indélicatesse" : « Le débat s’annonçait ardu. Toutes sortes de lieux communs circulaient, du genre "Maintenant que c’est permis, on va avorter pour pouvoir aller au ski". C'est un climat dont on a très peu parlé à l’époque, et qui était très difficile. (…) Je m'étais battue pour obtenir le fait de défendre ce texte, parce que j’estimais que c’était une femme qui devait le faire. (…) C’est la tradition quand on est ministre et qu’on a un débat un peu difficile. Nous parlons de la loi, il me dit que ça va être très dur, qu’il a déjà eu des quantités de sénateurs qui sont venus lui en parler. Je me lève pour prendre congé et je m’adosse à la cheminée pour lui dire encore deux mots sur la manière dont je pense entamer le débat. Là, il se jette sur moi et me fait, alors qu’il avait d’énormes lunettes, un baiser avec la langue. J’étais contre la cheminée, je ne pouvais pas bouger et c’était "un baiser complet" ! (…) Je lui dis, mais qu’est-ce qui vous arrive, vous êtes malade ? Je lui ai exprimé que c’était scandaleux, qu’on ne se jetait pas comme ça sur les gens. Il était tout rouge et avait la queue basse, je peux vous le dire. (…) À ce moment-là, je m’apprête à aborder une séance très difficile. J'ai eu un mal fou à obtenir le fait de défendre ce texte et j'ai tout le RPR contre moi. Je ne peux pas lâcher. (…) C'était une minute trente, dans une vie longue. Si j'avais parlé, on aurait remis la séance, car on aurait dit que dans l'état où j'étais, je n'étais pas en état de soutenir le débat. Et je connais quelqu’un qui se serait précipité pour prendre ma place ! ». La ministre bafouée s'est immédiatement lavé les dents.

    Qui était donc ce sénateur qui portait de grosses lunettes (ce qui était courant à l'époque) mais surtout, qui présidait certaines séances au Sénat, ce qui signifie qu'il était vice-président du Sénat ? Il y en a certes plusieurs, mais il semblerait (sous réserve de vérifier le compte-rendu exact des séances en décembre 1979 au Sénat) que ce sénateur fût Maurice Schumann lui-même, élu vice-président du Sénat de 1977 à 1983. On imagine le scandale si la ministre avait rendu publique cette agression sexuelle car cela signifiait que les héros ne l'étaient pas tout le temps... Sur Youtube, un internaute s'est même permis d'en conclure : « Quand Maurice ChouChou roulait une pelle à Pelletier... » !

    Dans ce témoignage, on comprend surtout les divergences entre UDF et RPR sur la vision de la société, ce qui a abouti à l'échec du centre droit en 1981. Monique Pelletier est alors retournée travailler dans le privé (comme avocate, notamment pour aider les femmes violentées), tout en soutenant en 1988 la candidature de Raymond Barre, le seul candidat qui connaissait les jeunes pour les avoir côtoyés en permanence, comme professeur d'économie politique (c'est ce que Monique Pelletier défendait le 8 mars 1988 dans le journal de FR3).

     

     
     


    Revenons à son engagement politique. Monique Pelletier pouvait se dire centriste car elle trouvait ses amis du PR trop conservateurs (Alain Madelin, Charles Millon, etc.). Mais centriste n'est pas le bon mot selon elle qui s'est exprimé dans son livre "Le Soleil peut attendre" (sorti en 2011) : « Suis-je de droite ou de gauche ? Un peu des deux sans doute et, pourtant, je ne suis pas sûre, en définitive, d'être centriste : c'est un choix à mes yeux voué à l'opportunisme et à la faiblesse. (…) Pour ma part, si je suis pour une économie libérale et sociale, c'est-à-dire pour une économie de marché faisant toute sa place à une juste répartition des richesses, je suis une progressiste sincère dans le domaine des problèmes de société. Je n'aime pas les réactionnaires et les conservateurs : mieux vaut accompagner les évolutions que les refuser, car cela permet d'en maîtriser les effets pervers quand il y en a. (…) Suis-je à gauche ou à droite ? Aujourd'hui je n'en sais rien et cela n'a guère d'importance. Seuls comptent à mes yeux le comportement que l'on adopte, la sincérité, le courage, l'amour des autres et de la vie. ».

    Pourtant, "l'affaire de sa vie", elle n'était pas politique ni professionnelle, mais personnelle. Elle a mis seize ans avant de la rendre publique dans le livre "La Ligne brisée" (sorti en 1995) : son mari, avec qui elle a eu sept enfants, trente-deux petits-enfants et vingt et un arrière-petits-enfants, a eu en 1978 un AVC, d'où coma, hémiplégie et très lourd handicap (il avait alors 58 ans). Elle a pu comprendre ce qu'était l'accompagnement des personnes dépendantes et reste encore présidente d'honneur du Conseil national du Handicap. Le 24 octobre 2017, le Président Emmanuel Macron (qu'elle ne connaissait pas) lui a remis les insignes de grand-croix de la Légion d'honneur pour cet itinéraire hors de l'ordinaire. Ce mari, Jean-Marc Pelletier, était aussi un homme moderne et un « soutien indéfectible » à ses combats : « [Il] était en avance sur son temps, se levait la nuit pour donner les biberons et m'a encouragée dans toutes mes initiatives professionnelles. (…) Entre nous, il y avait comme un pacte tacite. Nous étions dans un rapport d'égalité. Aujourd'hui, cela peut paraître banal. À l'époque, c'était révolutionnaire. ».

    Le 5 octobre 2017, Monique Pelletier s'est un peu lâchée en sortant son dernier livre "Souvenirs irrespectueux d'une femme libre", des mémoires où elle parle de la reconduction de la loi Veil, de l'affaire Robert Boulin, etc. En quatrième de couverture, elle s'y livre ainsi : « Je suis une femme du XXe siècle qui a grandi avec son siècle. J'ai eu la chance de participer aux réformes qui ont transformé notre société. J'en ai aimé toutes les étapes. Tout cela paraît simple aujourd'hui, mais il y a quelques décennies, une vie telle que la mienne faisait figure d'exception. Aujourd'hui, j'ai envie de tirer les leçons de mon parcours. Pourquoi ? Parce que les causes qui j'ai défendues sont loin d'être gagnées. Ces combats méritent d'être connus, racontés et défendus. ».

     

     
     


    Interrogée par le journal "Neuilly Journal" le 2 mars 2018, Monique Pelletier a rappelé le résultat de ses combats : « Nos actions ont facilité la vie des femmes même si elles n’étaient pas toujours spectaculaires. Nous avons obtenu que les veuves-divorcées puissent recevoir la réversion de la retraite de leur mari décédé au prorata des années de mariage, la Caisse d’allocations familiales se chargeant du recouvrement des pensions impayées. Nous avons créé le statut d’assistante maternelle, le statut de femmes de commerçants, artisans ou professions libérales ouvrant des droits à leur rémunération et à leur retraite. Je me suis aussi occupée des conditions de détention des femmes obtenant la possibilité pour une mère incarcérée de garder son enfant auprès d’elle jusqu’à ses 18 mois. Et puis j’ai mené deux grands débats : le premier portant sur la prorogation de la loi Veil de 1974, devenue définitive en 1979, le second sur le viol. En 1980 j’ai obtenu qu’il soit reconnu comme un crime, jusqu’alors ce n’était qu’un délit. ».

    Dans "Le Monde" du 8 novembre 2018, Monique Pelletier, qui, après avoir aidé son mari pendant trente-six ans, souffre elle-même de handicaps moteurs, reprenait sa plume pour rendre prioritaire le chantier de la grande dépendance, en ayant une vision très précoce de ce qui allait devenir le scandale des EHPAD : « Tant de familles attendent que l'État cesse de laisser perdurer des situations trop souvent indignes. Les personnes âgées, victimes de maladies dégénératives, ne peuvent plus vivre seules. Elles sont devenues "dépendantes", c'est-à-dire privées d'autonomie. (…) On estime leur nombre à plus de 1 million en 2018, 1,6 million en 2030, soit 10% de leur classe d'âge, les plus de 85 ans. ». Elle a pointé du doigt la « facture demandée aux résidents et à leurs familles [qui] constitue un problème. En témoignent les énormes bénéfices de ces EHPAD privés, d'autant plus que tout y est rationné : le nombre des aides-soignantes est insuffisant. Chacune d'entre elles assure les soins de quatre résidents au moins et de dix, vingt, voire trente la nuit. Le temps des soins quotidiens consacrés à chaque résident ne dépasse pas dix minutes. Ils n'ont qu'une douche par semaine et quelques minutes de toilette les autres jours. Ajoutons que la somme allouée aux cuisiniers pour quatre repas par jour est rarement supérieure à 4 euros par résidents ! Ces carences graves expliquent les grèves inédites, en début d'année, de ces aides-soignantes qui ne peuvent dispenser les soins nécessaires et se sentent responsables de ces maltraitances. Ce régime accélère la mort des personnes dépendantes (en moyenne, deux ans après leur entrée), laquelle intervient souvent en service d'urgences hospitalières, faute de présence médicale dans l'établissement. Ces "maltraitances" ne sont pas acceptables. ».

    Au-delà de son cri d'alarme (bien avant le scandale d'Orpea en 2022), Monique Pelletier parlait philosophie : « Le coût que présentent les personnes âgées dépendantes serait insoluble. Ce discours m'indigne, parce que la situation, issue de la démographie, est depuis longtemps prévisible. (…) Cette façon de traiter les personnes âgées comme une charge, un poids mort pour les générations futures, est insupportable. Disons-le haut et claire : les "vieux" sont les mal aimés de notre époque. Ils dérangent. À tel point qu'ils se sentent parfois coupables de vivre trop longtemps. Le taux de suicide chez les plus de 85 ans est deux fois plus élevé que chez les 25-44 ans. Les générations montantes ne pourront assumer seules la charge accrue qui se profile. Ce nouveau partage entre les générations est inéluctable. C'est une obligation salutaire, car elle nous contraint à envisager autrement la fin du parcours avec la participation de toutes les parties prenantes, y compris les personnes âgées. ».

    Et de finir par sa situation personnelle : « Je souffre de handicaps moteurs que je maîtrise le moins mal possible. Très entourée par mes enfants, j'ai la chance de vivre une vieillesse heureuse et libre. Ce que je constate trop souvent autour de moi, c'est l'isolement et la désespérance de trop de personnes âgées. Cette injustice est indigne. ».

    Ce combat pour la dignité des personnes très âgées, Monique Pelletier l'avait déjà porté lors de l'élection présidentielle de 2017 par une tribune publiée le 16 avril 2017 par le "Journal du dimanche" et intitulée "Les vieux, indignez-vous !". Investir, participer à la vie de la cité, circuler à Paris, communiquer sans ordinateur, etc., tout devient difficile pour les vieux : « Il est inadmissible que l'avancée en âge, étape naturelle de la vie, altère les droits, les devoirs, et, pire, la dignité de la personne. Le placement en EHPAD en est la plus criante illustration. (…) Qui aimerait finir sa vie dans un mouroir, où la maltraitance liée au manque de personnel est un risque réel ? Tous les jours, des "vieux" y souffrent alors que le maintien au domicile est moins onéreux que l'hébergement collectif. ». Et de préconiser quelques mesures simples : « amélioration de l'accès aux droits (allocation personnalisée d'autonomie) ; création d'un deuxième jour férié travaillé en plus du lundi de Pentecôte ; invention d'une profession de "généralistes" de l'aide à domicile, gratuite pour les plus démunis ; incitation à proposer de vraies assurances privées dépendance. (…) Mais l'essentiel est de modifier nos comportements à l'égard des "vieux". Et d'envisager les dernières années de vie avec les personnes âgées elles-mêmes. ».

    Dans un reportage publié dans "Paris-Match" le 12 décembre 2017, la journaliste Virginie Le Guay décrivait Monique Pelletier ainsi : « Dans son appartement situé au dixième étage de cette résidence pour personnes âgées dans laquelle elle habite depuis trois ans, le temps ne semblait pas avoir eu prise sur elle. Alerte, vive, drôle, percutante, habillée d'un pantalon slim et d'une veste Roseanna (…), [elle] détonne malgré ses rides qu'elle ne cache pas. (…) Aucune tristesse pourtant chez cette passionnée qui envisage "paisiblement la mort". "Chaque année de plus est une année de moins". ». Aujourd'hui, une année de moins que le siècle, tout simplement. Bon anniversaire, Monique ! Tous mes vœux vous accompagnent.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (24 juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Humaniste et féministe sans l'appellation.
    Monique Pelletier.
    Jean-Claude Gaudin.
    Claude Malhuret.
    Valéry Giscard d’Estaing.
    Philippe de Villiers.
    Jean-Pierre Soisson.
    François Léotard.
    Michel Poniatowski.
    Jean-Pierre Raffarin.
    Jean-Pierre Fourcade.
    Jean de Broglie.
    Christian Bonnet.
    Gilles de Robien.
    La France est-elle un pays libéral ?
    Benjamin Constant.
    Alain Madelin.
    Les douze rénovateurs de 1989.
    Michel d’Ornano.
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    Antoine Pinay.
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    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250725-monique-pelletier.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/monique-pelletier-une-femme-en-261627

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/23/article-sr-20250725-monique-pelletier.html


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  • Accord de Bougival : les félicitations d'Emmanuel Macron

    « Vous n'avez pas laissé le problème à vos enfants, et qu'il aurait été beaucoup plus simple pour beaucoup d'entre vous de construire un accord précaire et de laisser dans vingt vingt-cinq ans un problème que vous saviez impossible à résoudre aujourd'hui. Et par le compromis que vous avez bâti, vous avez décidé de prendre vos responsabilités de manière durable. Et de cela, je vous suis aussi très reconnaissant. » (Emmanuel Macron, le 12 juillet 2025 à l'Élysée).



     

     
     


    Je reviens à l'Accord de Bougival signé à l'aube du samedi 12 juillet 2025 (à Bougival, donc, dans un hôtel servant de lieu des négociations), qui vise à trouver une solution consensuelle pour l'avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie.

    Je rappelle la situation depuis le début des années 1980 : des dizaines de morts ont eu lieu à la suite d'émeutes d'indépendantistes et de répressions des forces de l'ordre. La situation était particulièrement difficile, en particulier parce que les indépendantistes considéraient que l'État français restait comme colonisateur et exploitait les mines de nickel. Pourtant, la partie sud (autour de Nouméa) étant habité par beaucoup de Néo-calédoniens d'origine européenne, ces derniers, loyalistes, souhaitaient rester vivre dans le cadre de la République française.

    Une première étape majeure a eu lieu le 26 juin 1988 avec la signature des Accords de Matignon, sous la houlette du Premier Ministre Michel Rocard : ils ont permis de calmer les esprits en renvoyant dix ans plus tard la détermination de l'avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie, en d'autres termes, son indépendance ou son maintien au sein de la République française, et dans ce dernier cas, avec quelles institutions et quelle autonomie ? Pendant cette période, il était question de réduire les inégalités sociales entre Caldoches (d'origine européenne) et Kanaks.

    La deuxième étape a donc eu lieu dix ans plus tard, le 5 mai 1998, avec la signature de l'Accord de Nouméa, sous la houlette du Premier Ministre Lionel Jospin. Comme en 1988, l'idée était de renvoyer la patate chaude à une génération ultérieure, en l'occurrence, vingt ans plus tard, période au bout de laquelle un référendum d'autodétermination aurait lieu. Et même mieux pour les indépendantistes, puisque cet accord a tordu notre droit constitutionnel classique : avec le gel du corps électoral en 1998 (même vingt ans plus tard, et encore de nos jours), ce qui signifie que les nouveaux arrivants, en particulier d'origine européenne, n'ont pas le droit de se prononcer dans les élections locales (provinciales et du Congrès) et pour ce référendum, et la possibilité, en cas d'échec de l'indépendance, de répéter deux fois encore ce type de référendum d'autodétermination (ce qui a été une catastrophe pour la situation économique en raison de l'instabilité durable que cet accord a créée). Pour cette raison, cet accord a fait l'objet de deux révisions de la Constitution (loi constitutionnelle n°98-610 du 20 juillet 1998 relative à l'avenir de la Nouvelle-Calédonie et loi constitutionnelle n°2007-237 du 23 février 2007 relative au corps électoral de la Nouvelle-Calédonie).

    Les trois référendums d'autodétermination ont donc eu lieu dans la période récente (4 novembre 2018, 4 octobre 2020 et 12 novembre 2021), tous les trois confirmant le maintien du territoire dans la République française, et le dernier avec un boycott des indépendantistes qui voyaient bien qu'ils le perdraient encore une fois (et donc, la non-reconnaissance de leur échec). Des élections provinciales et du Congrès devaient avoir lieu en 2025 avec un changement du corps électoral défini par une nouvelle loi prévue au printemps 2024. C'est la raison pour laquelle des émeutes très violentes (et meurtrières) ont eu lieu en mai et juin 2024 afin d'interrompre ce processus de normalisation républicaine (en gros, les indépendantistes refusaient le dégel du corps électoral alors que son gel était une immense anomalie pour les droits fondamentaux).

    Il fallait par conséquent un nouvel accord pour interrompre ce cycle de la violence et comme dans tout accord de paix civile, chaque partie a fait des concessions de bonne volonté pour retrouver le chemin de la raison. C'est ainsi le cadre très original de cet accord qui a permis son succès, et donc, la fin du cycle de la violence.

     

     
     


    L'Accord de Bougival (qu'on peut lire dans son intégralité ici) confirme deux éléments majeurs : l'avenir de la Nouvelle-Calédonie restera dans le cadre de la République française (concession majeure des indépendantistes), mais dans un cadre de la création d'un « État de la Nouvelle-Calédonie » (concession majeure des loyalistes), qui consolide l'autonomie du territoire dans ses liens avec l'État français et permet la création d'une « nationalité calédonienne » qui reste une astuce juridique pour définir le corps électoral (sont membre du corps électoral pour les élections provinciales et du Congrès et pour les référendums locaux les personnes ayant la nationalité calédonienne). Cette nationalité calédonienne est parallèle à la nationalité française et à la citoyenneté européenne (puisque la Nouvelle-Calédonie demeure française) et le retrait de la nationalité française, par conséquent, entraîne le retrait de la nationalité calédonienne.

    L'autonomie va très loin puisque le Congrès de la Nouvelle-Calédonie qui sera élu en mai ou juin 2026 (l'équivalent du Parlement de Nouvelle-Calédonie) définira une Loi fondamentale (l'équivalent d'une Constitution locale) de la Nouvelle-Calédonie consacrant l'autonomie du territoire (« consacrant sa capacité d'auto-organisation »), en particulier avec la possibilité d'une reconnaissance internationale, la modification des signes identitaires (nom, drapeau, hymne, devise), et l'adaptation des institutions locales avec le but de « répondre aux enjeux de complexité administrative et d'efficacité de l'action publique, le cas échéant en se dotant d'une règle d'or encadrant les finances publiques. ».


    L'autonomie sera large puisqu'elle ira jusqu'à la politique internationale : « La Nouvelle-Calédonie conduira ses actions diplomatiques dans le respect des engagement internationaux et des intérêts fondamentaux de la France, en particulier ceux relevant des relevant des domaines de la sécurité, de la défense et des intérêts vitaux de la nation. L'État s'engage à prendre en compte les intérêts de la Nouvelle-Calédonie dans ses relations diplomatiques, en particulier en matière de commerce extérieur. (…) La monnaie restera le franc Pacifique, adossé à l'euro selon un régime de change fixe, assurant stabilité et prévisibilité. La Nouvelle-Calédonie conserve par ailleurs la compétence propre sur les signes identitaires figurant sur les billets en circulation, témoignant de la diversité culturelle et de l'histoire du territoire. ».

    Au-delà des nouvelles institutions pour la Nouvelle-Calédonie, l'Accord de Bougival a prévu des mesures économiques permettant de renforcer la Province nord, en particulier, d'une part, un « pacte de refondation économique et financière » qui sera conclu entre l'État et la Nouvelle-Calédonie « pour fixer des ambitions partagées et prendre des engagements réciproques permettant le rétablissement durable des équilibres et de l'attractivité du territoire », avec notamment « la relance et la diversification économique ciblée sur les objectifs stratégiques tels que l'autosuffisance alimentaire et énergétique, le tourisme, l'économie bleue, l'économie sociale et solidaire et l'économie des tribus », et d'autre part, un « plan stratégique pour la filière nickel ».

    Le Président de la République Emmanuel Macron a réuni au Palais de l'Élysée tous les protagonistes de l'Accord de Bougival le jour même de sa signature, le 12 juillet 2025 à 18 heures, pour conclure ces négociations et les remercier de leurs travaux et de leur effort pour aboutir à un accord à la fois historique et original, et d'abord, remercier les maîtres des négociations : « Remercier le Premier Ministre et le Ministre d'État qui n'a pas compté son temps, son énergie, vous l'avez rappelé, et remercier pour son engagement encore la nuit dernière sans relâche. Remercier l'ensemble des équipes, celle du Ministre d'État, présentes et absentes, celle de Matignon, le conseiller spécial du Premier Ministre, et celle de l'Élysée. Vous l'avez rappelé, le directeur de cabinet y a passé son temps avec plusieurs de mes collaborateurs et je les remercie très sincèrement. Et puis également, évidemment, remercier le préfet Bastille qui, côté directeur, a tenu la plume et a une affection particulière pour le territoire. Voilà. Que le gouvernement, l'ensemble des collaboratrices et des collaborateurs, et des vôtres aussi, soient dûment remerciés de leur engagement côté du Ministre d'État pendant ces dix jours à vos côtés. ».
     

     
     


    Dans les remerciements présidentiels, il faut bien insister sur les remerciements publics à Manuel Valls. C'est sans doute la première fois qu'Emmanuel Macron a loué publiquement l'habileté politique de Manuel Valls alors que les deux hommes ne se sont jamais aimés, d'une part, parce que les deux pouvaient se prévaloir d'une rivalité mutuelle avec leur profil de centre gauche, de libéral-socialisme, et d'autre part, parce qu'Emmanuel Macron a très mal pris le comportement de Manuel Valls, à l'époque Premier Ministre, à son égard en qualité de Ministre de l'Économie (notamment pour la loi travail).

    Le retour dans la vie politique et gouvernementale de Manuel Valls a été du ressort du Premier Ministre François Bayrou qui a été très pertinent sur le sujet. On savait que la Nouvelle-Calédonie était un sujet "chaud", très "chaud" même car des vies humaines pouvaient être détruites, à l'issue des élections législatives anticipées de l'été 2024. François Bayrou n'a ainsi pas lésiné pour apporter le maximum de compétence politique dans ce dossier qui a toujours été traité au niveau du Premier Ministre (Michel Rocard, Lionel Jospin).

     

     
     


    François Bayrou ne pouvait pas s'impliquer trop profondément dans ce dossier à cause des nombreux autres dossiers brûlants (dont la dette publique et le budget), et donc, c'était très habile de sa part d'y mettre un ancien Premier Ministre, lui-même habile tacticien politique, pour organiser les discussions sur l'avenir de la Nouvelle-Calédonie, d'autant plus que son esprit républicain ne peut pas être mis en doute. C'était aussi une marque de grande attention portée à la Nouvelle-Calédonie et aux autres collectivités d'Outre-mer d'y adjoindre un Ministre d'État, numéro trois du gouvernement. On imagine les réticences d'Emmanuel Macron au moment de la formation du gouvernement Bayrou, en décembre 2024, et ses remerciements ont montré que cette nomination (de Manuel Valls) était justifiée et profitable.

    L'objectif d'Emmanuel Macron au début de ces négociations était de permettre la visibilité et la stabilité institutionnelle : « trouver un chemin de stabilité qui permette de tirer les conséquences aussi de ce que nous avions vécu, c'est-à-dire à nouveau éviter l'espèce de diffraction que conduit immanquablement un nouveau référendum, qu'il soit dans quinze, vingt, vingt-cinq ans, et aborder avec courage les sujets économiques et financiers ».


    Pour le Président de la République, l'aspect économique était même plus important que l'aspect institutionnel : « C'est bâtir ensemble une filière nickel rentable qui permette à la Nouvelle-Calédonie de financer son développement avec évidemment des investissements. Qui seront à faire, en particulier, on le sait, sur les infrastructures et l'énergie, mais qui s'inscrivent aussi dans des choix de responsabilité pour que cette filière puisse trouver sa rentabilité et son avenir. ».

    Sur le plan politique, Emmanuel Macron a insisté sur la réconciliation du peuple calédonien et sur l'innovation institutionnelle : « Je redirai ici l'importance, à mes yeux aussi, du chemin du pardon. Et ce que vous avez fait aussi témoigne d'une capacité à revenir sur le passé. Nous savons qu'il y a encore là aussi du travail. Sur le cadre institutionnel, vous avez inventé un chemin. Et au fond, vous avez, beaucoup mieux d'ailleurs que nous ne l'esquissions il y a dix jours ici, permis de donner un cadre d'avenir institutionnel pérenne et évolutif, pour reprendre la formule, qui évite à nouveau la fracture. Et au fond, après deux accords et trois référendums, la Nouvelle-Calédonie, par ce que vous avez signé ce matin, ouvre une nouvelle page de son avenir dans un lien serein avec la France. La formule qui en résulte, ça a été rappelée par le Ministre d'État, est une innovation complète à la hauteur de la complexité de votre territoire. Elle est respectueuse des Calédoniens, de ceux d'hier, d'aujourd'hui, de demain, et respectueuse de la République. Et cette formule est celle d'un État de la Nouvelle-Calédonie au sein de l'ensemble national, avec cette loi fondamentale inscrite dans la Constitution. Et elle concilie l'aspiration à l'autodétermination et le lien avec la France d'une manière inédite. Ce statut est évolutif. Il permettra des transferts de souveraineté dans des domaines régaliens, dans des conditions précises, après un vote à la majorité qualifiée du Congrès, après l'assentiment du peuple calédonien, et donc avec aussi un chemin qui, là aussi, met des règles très claires. Il institue une nationalité calédonienne aux côtés de la nationalité française, qui est un symbole fort, exigeant, qui doit permettre de fonder un destin commun, et en aucun cas de justifier des discriminations. ».
     

     
     


    Et Emmanuel Macron a surtout félicité les deux parties, tant les indépendantistes que les loyalistes, pour leur sens des responsabilités et de l'intérêt national, en soulignant cette grande réussite politique : « Nous sommes donc à l'aboutissement d'un processus, celui entamé il y a presque quarante ans lors des Accords de Matignon et de Nouméa. Et je vous le dis, le chemin que vous avez réussi à construire collectivement est inédit et il force le respect. Il y a dix jours, en ouvrant ce sommet, je vous ai fait confiance. Une très belle formule d'Emmanuel Lévinas que j'ai souvent citée, qui disait que la confiance, au moment où elle était donnée, devenait le problème de l'autre. Je pense que cette formule n'a jamais été aussi vraie que durant les dix jours que vous venez de vivre. Mais vous, vous avez fait œuvre de responsabilité, mais surtout, vous avez fait de la politique, au sens noble du terme, c'est-à-dire être en charge du commun, et vous n'avez pas cédé aux facilités du temps. Et à cet égard, je trouve que ce que vous avez collectivement construit force le respect et est un modèle. C'est-à-dire que dans un temps, on veut expliquer que la politique, c'est gagner contre l'autre. Et ce que les référendums nous ont souvent appris, vous avez collectivement montré un exemple qui est que la politique, c'est reconnaître la part de l'autre. Et de là où je suis, je l'ai souvent évoqué avec quelques-uns ici autour de cette table, se pose souvent la question de savoir ce que fait vraiment le Président de la République. Et quand on simplifie le quotidien, on évacue toutes les scories, c'est en effet d'essayer d'aider à retrouver les raisons que nous avons de vivre ensemble. Et vous avez retrouvé à l'issue de ces dix jours les raisons profondes pour lesquelles vous n’êtes ensemble en ne cédant rien de vos désaccords, de vos histoires, parfois de vos morts, mais en reconnaissant la part de l'autre. Ça a été très bien dit. Et en considérant que c'est ensemble seulement que vous pouvez réussir. Et cela n'a pas de prix. Ce travail de reconnaissance, c'est la plus grande responsabilité que prennent justement des politiques, parce que c'est la seule qui permet de bâtir un chemin possible à l'échelle de la Nouvelle-Calédonie, mais en fait à l'échelle de la Nation. Et la deuxième chose très importante que vous avez faite, c'est que vous n'avez pas laissé le problème à vos enfants, et qu'il aurait été beaucoup plus simple pour beaucoup d'entre vous de construire un accord précaire et de laisser dans vingt vingt-cinq ans un problème que vous saviez impossible à résoudre aujourd'hui. Et par le compromis que vous avez bâti, vous avez décidé de prendre vos responsabilités de manière durable. Et de cela, je vous suis aussi très reconnaissant. ».

    On pourra écouter avec intérêt toutes les interventions de ce sommet conclusif à l'Élysée de l'Accord de Bougival dans la vidéo qu'on peut regarder ici. Il faut insister sur la grande réussite de ces négociations qui n'était pas évidente à leur commencement. Chaque "camp" a fait preuve de sérieux et a su penser à ses enfants plutôt qu'à ses morts, à l'avenir plutôt que à son passé. C'est très appréciable et à noter dans un climat politique fait généralement de dénigrement systématique et de pessimisme. Il y a dans la classe politique des gens qui bossent et qui bossent très bien, pour l'intérêt général et le bien commun. C'est un exemple qui montre que la France est (encore) une grande Nation, capable d'innovation institutionnelle pour préserver la paix civile. Aussi, ce sera au peuple de ratifier cet accord et, d'abord, à leurs auteurs de convaincre le peuple (calédonien) de le ratifier. Cette phase d'explication et de pédagogie est cruciale et elle commence dès aujourd'hui. J'espère qu'elle cheminera positivement. C'est dans l'intérêt de tous que l'Accord de Bougival soit mis en œuvre.



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    Sylvain Rakotoarison (13 juillet 2025)
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    Pour aller plus loin :
    Accord de Bougival : les félicitations d'Emmanuel Macron.
    Discours du Président Emmanuel Macron sur la Nouvelle-Calédonie le 12 juillet 2025 à l'Élysée (vidéo et texte intégral).

    Texte intégral de l'Accord de Bougival signé le 12 juillet 2025 (à télécharger).
    Accord de Bougival sur l'avenir de la Nouvelle-Calédonie : historique et original !
    Émeutes en Nouvelle-Calédonie : l'enjeu, c'est la démocratie !
    La messe est dite : la Nouvelle-Calédonie dit non à l’indépendance.
    Nouvelle-Calédonie : jamais deux sans trois !
    Bernard Pons.
    Nouvelle-Calédonie : le vent du boulet ?
    Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 4 octobre 2020 sur la Nouvelle-Calédonie.
    Résultats du référendum du 4 octobre 2020 en Nouvelle-Calédonie.
    Nouvelle-Calédonie : bis repetita ?
    Jean-Marie Tjibaou fut-il un martyr de la cause kanake ?
    Nouvelle-Calédonie : un timide oui pour la France.
    Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 4 novembre 2018 sur la Nouvelle-Calédonie.
    Résultats du référendum du 4 novembre 2018 en Nouvelle-Calédonie.
    Paris à l’écoute de la Nouvelle-Calédonie.
    Discours du Président Emmanuel Macron le 5 mai 2018 à Nouméa.
    Discours du Premier Ministre Édouard Philippe le 5 décembre 2017 à Nouméa.
    L’assaut de la grotte d’Ouvéa selon Michel Rocard.
    Jacques Lafleur.
    Dick Ukeiwé.
    Edgard Pisani.

     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250713-accord-de-bougival.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/accord-de-bougival-les-262046

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  • Jacques Delors : Allons, courage, le Printemps de l’Europe est toujours devant nous !

    « Pour beaucoup d’entre nous, Jacques Delors a été le véritable architecte de l’Europe rêvée. Un rêve devenu réalité. La génération de ceux qui, comme moi, sont nés dans les années 1960, et celles qui ont suivi ont pu assister à la naissance de l’Europe sans frontières qu’ils appelaient de leurs vœux et ont eu le privilège de vivre toutes les opportunités de paix et de développement que celle-ci représentait. » (Enrico Letta, le 4 janvier 2024, dans "La Croix").





     

     
     


    L'ancien Président de la Commission Européenne Jacques Delors est né il y a 100 ans, le 20 juillet 1925. Il est mort il y a un an et demi, à 98 ans, le 27 décembre 2023. Désormais considéré comme un (récent) Père de l'Europe, Jacques Delors a été à l'origine de l'Acte Unique Européen (notamment marché unique et harmonisation des diplômes), du Traité de Maastricht (monnaie unique européenne), des Accords de Schengen (libre circulation des personnes), du programme Erasmus (échange entre étudiants), des programmes européens de recherche, des fonds structurels de cohésion, etc.

    Comme l'a exprimé Enrico Letta, ancien Président du Conseil italien, le 4 janvier 2024, Jacques Delors ne considérait le marché unique qu'avec la contrepartie sociale, des fonds de cohésion, de solidarité, dans cette triple deviser : « la concurrence qui stimule, la solidarité qui unit, la coopération qui renforce ».

    Je propose ici de revenir sur le discours d'adieu de Jacques Delors. Il allait quitter la Présidence de la Commission Européenne après dix ans très marquants d'exercice et a prononcé ce discours de départ le 19 janvier 1995, il y a un peu plus de trente ans, à Strasbourg, devant le Parlement Européen présidé par Klaus Hansch (qu'on peut lire dans son intégralité ici).

    Sa priorité a été d'exprimer l'importance du Parlement Européen pendant les réformes qu'il a entreprises en Europe entre 1985 et 1995, ce qu'allait confirmer la parlementarisation ultérieure de l'Europe : « Le seul véritable Parlement multinational au monde doit savoir que pour peu qu'il trouve les formes adéquates et la persévérance dans l'action, sa parole est entendue partout. Ainsi témoigne-t-il, pour sa part, du combat jamais terminé en faveur de la liberté, des droits de l'homme et du pluralisme spirituel, idéologique et politique. Ce n'est pas un hasard si le Traité de l'Union Européenne en a tiré un enseignement : il vous reconnaît désormais ce rôle d'inspirateur, dont je voulais simplement rappeler qu'il s'était incarné dès avant Maastricht et que ses résultats n'auront pu que favoriser le renforcement récent des pouvoirs de votre institution. (…) Grâce à votre force d'initiative et à votre appui jamais démenti, l'intégration européenne a beaucoup progressé au cours des dix dernières années. ».

    L'événement le plus marquant de la période a été la chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989 : « Avec l'effondrement de l'empire soviétique, le rapport de la Communauté au reste du monde a été remis en cause. La chute du mur de Berlin, en novembre 89, a provoqué le véritable aggiornamento de la Communauté. Elle a modifié en profondeur les données politiques et psychologiques de la construction européenne. La Communauté, fille de la guerre froide, devait-elle prendre fin avec la disparition de cette guerre froide ? Non, avons-nous tranché. Il a été décidé d'aller de l'avant, d'agir sur l'événement, de doter la Communauté d'une véritable personnalité politique : l'Europe était devenue pôle d'attraction, elle devait aussi être le moteur d'une stabilisation politique, au niveau du continent. (…) Une nouvelle Union se dessine. Une Union élargie à quinze membres, depuis qu'au terme de négociations conduites avec célérité elle a accueilli en son sein trois nouveaux États membres porteurs d'une longue tradition démocratique et susceptibles d'enrichir ce modèle social que l'Union veut défendre, rénover et promouvoir. (…) L'Europe se veut puissante pour être généreuse, et son engagement en faveur des pays en développement a été accru ces dix dernières années. ».

     

     
     


    Plus qu'un bilan, Jacques Delors a surtout évoqué les perspectives futures de l'Europe de l'après-Traité de Maastricht, et la principale est l'élargissement de l'Union Européenne à l'Europe centrale et orientale : « C'est dire que l'avenir s'annonce incertain, malgré les progrès réalisés. Le préalable, c'est bien entendu de mettre en œuvre ce qui a déjà été décidé dans le traité sur l'Union Européenne, mais tout en réfléchissant, dès maintenant, au cadre de la grande Europe et à sa compatibilité avec la poursuite de notre idéal qui n'a pas changé : l'Union politique des pays européens qui le veulent pleinement. Et là commence le débat. Il vous faudra, il nous faudra beaucoup d'imagination, de capacité technique, de force de conviction, de courage, de fidélité à nous-mêmes pour répondre aux défis de l'avenir. ».

    L'ancien ministre des finances de François Mitterrand n'a jamais cru au « déclin de l'aventure européenne » car il y a un réel besoin. Le premier, vital, est la paix et la sécurité du continent européen : « La demande de paix et de sécurité est toujours là, impérieuse (…). On assiste à la tentation de remettre en cause les positions acquises et les frontières, à la montée des intégrismes, à la résurgence des nationalismes... Comment ne pas souligner ici le message que nous a transmis, hier, le Président de la République française : les nationalismes, c'est la guerre. Au total, nous devons affronter les risques qui pèsent sur le monde et qui affectent, de manière directe ou indirecte, nos propres acquis en matière de paix et de compréhension mutuelle. L'Union Européenne ne peut se dérober face à ces réalités d'ailleurs difficiles à cerner. Sur son flanc est, sur son flanc sud, en Afrique, au Moyen-Orient, on attend d'elle des positions franches et nettes, une prise de responsabilités sans équivoque et des actions cohérentes avec les idéaux qu'elle affirme. La demande d'Europe, pour reprendre une expression simple, est là. ».

    Et de mettre en garde sur l'exigence de puissance, ce qui donne toute sa signification au discours du Président Emmanuel Macron du 13 juillet 2025 : « L'Histoire n'a pas cessé de nous dispenser leçons et avertissements. Malheur à ceux qui ne savent pas se faire respecter. Malheur aux peuples qui s'abandonnent aux délices de la société de consommation, à la nostalgie d'un passé pourtant révolu ou à un mondialisme sans conscience ! Face à cet avenir plein de périls, seule l'union politique des nations européennes peut leur permettre non seulement de défendre leurs intérêts légitimes, mais aussi de rayonner dans le monde, au service des idéaux qui ont marqué le meilleur de l'histoire de l'Europe. Notre crédibilité ne dépend pas uniquement de nos grandes déclarations de principe. Elle est et sera fonction de notre capacité à traduire les objectifs affichés en actes concrets pour la paix, pour la solidarité entre les peuples, pour le respect des droits de l'homme. Nous n'y parviendrons que par un pacte sans équivoque entre ceux des pays européens qui sont prêts à s'engager et à en tirer toutes les conséquences sur les plans politique, économique et institutionnel. ».

    L'impératif démocratique était la troisième piste d'avenir en 1995 : « Il ne peut y avoir d'aventure collective réussie sans promotion de la citoyenneté, c'est-à-dire sans renouveau de la vitalité démocratique. Le temps est révolu où la construction européenne pouvait avancer en parallèle aux vies politiques nationales. L'Europe est désormais entrée dans la vie de chaque citoyen européen. En d'autres termes, c'est une démarche avant tout politique dont nous avons besoin. Certes, l'Union Européenne est loin des citoyens ; certes, nous pouvons faire mieux en termes de transparence et de subsidiarité. Mais de là à faire de la construction européenne le bouc-émissaire de notre mélancolie démocratique, il y a une marge qui ne doit pas être franchie. Le mal est en nous, dans nos sociétés, dans les travers de nos vies politiques nationales : la distance qui s'accroît entre gouvernants et gouvernés, la consommation frénétique des faits et l'oubli qui intervient vite, l'épidémie galopante des sondages... voilà les maux pernicieux qui handicapent, il faut bien le dire, nos vieux pays. ».

     

     
     


    Sans surprise, Jacques Delors a fait la promotion de « l'approche fédérale » : « Le réveil politique de l'Europe se voudra une incitation à l'approfondissement démocratique contre l'abandon et l'atonie. Et c'est alors qu'une fois de plus, et au-delà des passions et des incompréhensions, il me faut rappeler les mérites de l'approche fédérale en matière institutionnelle. Seule, elle permet de préciser qui fait quoi et qui est responsable devant qui. Seule, elle peut décrire clairement les transferts de souveraineté et leurs limites. Seule, elle autorise des procédures de contrôle démocratique et de sanction des abus de pouvoir. Seule, elle garantit le respect des personnalités nationales et des diversités régionales. C'est pourquoi, j'ai proposé cette formule, contradictoire en apparence, de fédération des États nationaux, afin de concilier la mise en œuvre d'ambitions communes avec l'épanouissement de nos nations forgées dans l'histoire, le sang et le contrat qui unissent chacun de nos peuples et qui confortent le sentiment d'appartenance de nos citoyens. Aucun pays européen n'est a priori exclu de cette aventure collective. La Maison est ouverte à tous. ».

    Le Président français était intervenu à la même tribune l'avant-veille, le 17 janvier 1995, pour faire aussi son discours d'adieu à l'Europe, à la fin de son second septennat, avec ce message clair : « Mesdames et messieurs : le nationalisme, c'est la guerre ! La guerre ce n'est pas seulement le passé, cela peut être notre avenir, et c'est vous, mesdames et messieurs les députés, qui êtes désormais les gardiens de notre paix, de notre sécurité et de cet avenir ! ».

    Jacques Delors et François Mitterrand ont eu une vision très pertinente des dangers concrets de l'Europe, le risque de guerre. Comprenant le sens de la guerre déclarée par Vladimir Poutine en Ukraine, Emmanuel Macron ne fait que s'inscrire dans cette longue tradition française, consolidée (mais pas initiée) par De Gaulle, d'indépendance nationale et européenne pour la défense, autrement dit, ne plus dépendre de la protection des États-Unis et de leur bon-vouloir.



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (19 juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    La parlementarisation de l'Europe (juillet 2025).
    Jacques Delors : Allons, courage, le Printemps de l’Europe est toujours devant nous !
    Les 30 ans du discours d'adieu de Jacques Delors.
    Discours de Jacques Delors le 19 janvier 1995 devant le Parlement Européen de Strasbourg (texte intégral).
    L'hommage de l'Europe à Jacques Delors.
    Discours de Présidente de la Commission Européenne Ursula von der Leyen en hommage à Jacques Delors le 31 janvier 2024 (texte intégral).
    L'hommage d'Emmanuel Macron à Jacques Delors : il nous a juste passé le relais !
    Discours du Président Emmanuel Macron en hommage à Jacques Delors dans la cour d'honneur des Invalides à Paris le 5 janvier 2024 (texte intégral et vidéo).
    Jacques Delors, l'un des pères de l'Europe moderne.
    Jacques Delors votera-t-il pour Emmanuel Macron ?
    Jacques Delors aurait-il pu être le précurseur d’Emmanuel Macron ?
    Jacques Delors, l’honneur de la France et de l’Europe.
    Institut Jacques-Delors (créé en 1996).
    Qui peut remplacer Jacques Delors en 2014 ?
    L’occasion ratée de 1995.
    Martine Aubry.

     



     

     
     




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  • Faut-il s'indigner de la libération prochaine du terroriste Georges Ibrahim Abdallah ?

    « Ni despotisme ni terrorisme. Nous voulons le progrès en pente douce. » (Victor Hugo, "Les Misérables", 1862).



     

     
     


    Ce jeudi 17 juillet 2025, la cour d'appel de Paris a rendu un jugement important puisqu'elle autorise la libération du terroriste Georges Ibrahim Abdallah avec expulsion immédiate vers son pays, le Liban, le 25 juillet 2025. Cette décision de la justice française était le résultat de l'appel du parquet national antiterroriste contre la décision du tribunal d'application des peines du 15 novembre 2024 permettant sa libération conditionnelle, sous condition « qu'il quitte le territoire français et n'y apparaisse plus ».

    Contrairement à ce que laisse entrevoir ce visage de grand-père bienveillant et sympathique, à la barbe blanche du père Noël, George Ibrahim Abdallah (74 ans) est un terroriste libanais, qui a été un proche du Palestinien Georges Habache, chef du front populaire de libération de la Palestine (FPLP). Militant communiste, activiste pro-palestinien, chef en France de la FARL, fraction armée révolutionnaire libanaise, communiste, marxiste, pro-syrienne et anti-israélienne, il a été arrêté le 24 octobre 1984 à Lyon en possession d'un faux passeport algérien, puis des armes ayant servi à des assassinats ont été retrouvées chez lui (25 kilogrammes d'explosifs, des mitraillettes, des roquettes, des pistolets, etc.), si bien que le 28 février 1987, à l'issue d'un procès très médiatisé (il fut défendu par Jacques Vergès), la cour d'assises spéciale l'a condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour sa complicité dans l'assassinat du diplomate américain Charles R. Ray le 18 janvier 1982 à Strasbourg et celui du diplomate israélien Yacov Barsimantov le 3 avril 1982 à Paris.
     

     
     


    Pendant plus de quarante ans, il a été soutenu par un fort mouvement communiste et pro-palestinien, qui considère que Georges Ibrahim Abdallah serait un prisonnier politique dans un État impérialiste à la solde de la CIA et du Mossad. La réalité, c'est que celui qui ose toujours s'afficher à côté d'un portrait du cruel Che Guevara a du sang sur les mains et dans sa conscience et qu'il a été condamné à perpétuité par une justice indépendante. La preuve, c'est que la politique a tenté de s'en mêler justement pour le libérer en échange de la libération d'un otage en Algérie, ce que la justice française a finalement refusé.

    Faut-il pour autant s'indigner de cette libération qui laisse entendre, pour les organisations d'extrême gauche qui voudraient en faire un nouveau Nelson Mandela (ce qu'il n'est pas), qu'il s'agit d'une « victoire politique » (alors qu'elle n'est qu'une décision d'une justice indépendante) ? En ce qui me concerne, je ne me suis jamais réjoui d'une peine de prison qui est une peine toujours traumatisante, et j'ai toujours été pour une condamnation sévère (afin de rappeler l'interdiction de crimes de sang) avec une peine adaptée, à savoir que la morale triomphe indépendamment de l'application des peines qui est l'affaire des juges d'application des peines.

     

     
     


    En revanche, ce qui m'inquiète, c'est que Georges Ibrahim Abdallah n'a jamais cessé de militer pour ses causes extrémistes depuis sa cellule, bénéficiant d'ailleurs d'un ordinateur et de moyens pour militer (ce qui peut paraître étrange). La question est donc de savoir s'il serait capable de récidiver et de continuer à organiser des actions armées contre des individus ou des États. La libération conditionnelle, qui n'a jamais été un dû, est autorisée par la justice dans le cas où elle considère qu'une fois libre, le prisonnier ne constitue pas un danger pour l'ordre public et pour la population (ce qui a expliqué la libération prochaine de Serge Atlaoui), mais pour cet ancien terroriste libanais visiblement pas repenti, sa libération est conditionnée à une expulsion immédiate vers le Liban et l'interdiction de revenir sur le territoire français. On peut encore être terroriste à 74 ans.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (17 juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Georges Ibrahim Abdallah.
    Mahmoud Abbas.
    Yasser Arafat.
    Les Accords d'Oslo.
    Shimon Peres.

    Yitzhak Rabin.
    L'horreur du Hamas.
    L'avenir de la France se joue aussi à Gaza !
    Massacre à Gaza.
    La chute de Bachar El-Assad.
    Michel Aoun.



     

     
     





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    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/faut-il-s-indigner-de-la-262183

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/18/article-sr-20250717-georges-ibrahim-abdallah.html



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  • Du grand Bayrou !

    « Notre pronostic vital comme État est engagé, comme nation, comme société et comme pays. » (François Bayrou, conférence de presse du 15 juillet 2025).




     

     
     


    Incontestablement, c'était du grand Bayrou ! C'est l'affaire de sa vie. Le budget. Le budget de l'année 2026. Il a 74 ans, il aurait pu choisir de se reposer, de prendre une paisible retraite pendant qu'il est encore en forme (il est maintenant le chef du gouvernement le plus âgé en exercice, à l'exception de Pétain), et surtout, il n'avait rien à y gagner avec cette histoire, subissant une impopularité record, des forces d'opposition prêtes à se coaliser (dans une collusion gauche/extrême droite qui rappelle étrangement l'époque du maréchal, justement) pour le censurer. Rien à y gagner sinon l'intérêt général. Rien à y gagner sinon la postérité d'un homme fort, d'un homme droit, d'un homme courageux, comme ce fut le cas pour Pierre Mendès France, décidément une référence indispensable.

    Je ne suis pas madame Soleil et je suis donc bien incapable d'imaginer les suites de cette affaire (censure ou pas en octobre), mais ce qui est sûr, c'est que la conférence de presse que le Premier Ministre François Bayrou a tenue ce mardi 15 juillet 2025 à 16 heures pendant deux heures (qu'on peut relire ou réécouter ici) restera dans les annales de l'histoire politique de la France, et c'est sans doute la déclaration la plus importante de sa carrière (même si tout le monde s'en fiche de cela) : « Il est des moments dans l'histoire des peuples où ils ont rendez-vous avec eux-mêmes, et ce moment est un de ceux-là. Il ne s'agit plus de savoir seulement quelles sont nos exigences, quelles sont nos préférences, mais qui nous sommes ? Quel peuple formons-nous ? À quoi ce peuple croit-il ? De quel ciment est-il soudé ? Et quelle part chacun de nous, citoyennes et citoyens, est-il prêt à prendre à notre avenir collectif ? ».

    On aura maintenant compris que François Bayrou n'était pas un paresseux, qu'il a beaucoup bossé pour cette conférence de presse si attendue, qu'il est aussi un meneur, directif, un chef qui décide, au point qu'il est allé présenter son projet budgétaire à l'Élysée au Président Emmanuel Macron le matin même, en l'annonçant et l'expliquant... « par courtoisie républicaine » ! C'est donc bien François Bayrou qui est aux commandes de la France.

    La voix un peu éraillée par les temps, le Premier Ministre a présenté ce qui, pour lui, est l'essentiel de son engagement politique. Éviter à la France de se retrouver comme la Grèce il y a une dizaine d'années, obligée de baisser les pensions de retraite de 30% et la rémunération des fonctionnaires de 15% : « Alors bien sûr, pendant longtemps, on ne voit pas le risque, on s'en accommode, on détourne les yeux, et puis un jour, on est rattrapé et on ne peut plus payer ce qu'on doit. Alors c'est la crise, la vraie crise. Votre pays est acculé, il est traqué et vous ne pouvez plus éviter le piège. Un pays qui ne peut pas faire ses fins de mois sans emprunter et qui un beau jour ne retrouve plus de prêteurs : il ne peut plus payer les fonctionnaires, il ne peut plus payer les retraites, alors il n'y a plus aucune échappatoire. Et alors, sans l'ombre d'un doute, sans l'ombre d'une hésitation, ce pays-là ne peut pas survivre, il est obligé de plier. Et ceci n'est pas une théorie en l'air. C'est arrivé à des pays aussi dignes et aussi respectables que le Canada ou la Suède dans les années 90, que le Portugal, l'Italie ou l'Espagne au début des années 2010. Tout d'un coup, les prêteurs cessent d'avoir confiance et nous l'avons vu sous nos yeux arriver à la Grèce. ».

    Le tableau financier de la France est alarmant, forcément alarmant, et résulte d'une cinquantaine d'années de budgets déficitaires issus de gouvernements paresseux et négligents. François Bayrou veut rompre avec ça pour reprendre de la marge financière. Pour cela, il faut d'abord se rendre compte de la gravité de la situation : « La dette de notre pays représente aujourd'hui plus de 3 300 milliards d'euros. Ça signifie 114% du produit national de chaque année, ce qui signifie que cette dette représente plus d'une année de la totalité de ce que notre pays a produit dans toutes ses activités agricoles, industrielles, intellectuelles, dans le secteur du commerce, des services, de la santé ou du soin, la totalité de cela, la dette le dépasse d'au moins deux mois entiers. (…) Et la charge de la dette devient un poste budgétaire écrasant. En 2029, si nous ne changeons rien, la part des dépenses publiques consacrées au paiement des intérêts de cette dette serait de 100 milliards d'euros, c'est-à-dire de loin le premier poste budgétaire de l'État, bien plus que le budget consacré à l'Éducation nationale. (…) Cette dette augmente de plus de 150 milliards par an. Et pour le dire plus simplement, et pour que chacun mesure exactement la charge immense qui pèse sur nos épaules, ça signifie que chaque seconde qui passe, chaque seconde, la dette de la France augmente de 5 000 euros. 5 000 euros de dette supplémentaire par seconde. Voilà où nous en sommes. ».

     

     
     


    La longue introduction a servi à justifier les mesures qu'il propose pour le budget de 2026. Certes, ce sont juste des orientations et il explique bien qu'il va continuer tout l'été à discuter, négocier avec les partis politiques, avec les groupes politiques, avec les syndicats, avec diverses institutions comme le CESE (Conseil Économique Social et Environnemental), etc. pour affiner, améliorer son projet budgétaire. C'est la première fois que les lois de finances sont présentées aussi en amont du processus, au début de l'été alors que généralement, cela se passe au début de l'automne.

    Pour François Bayrou, et c'était le titre de sa conférence, c'est un moment de vérité : « parce que nous ne pouvons plus, en tout cas c'est notre conviction et c'est la mienne, nous ne pouvons plus ni éluder ni retarder cette menace. Je crois qu'il est tard, mais qu'il est encore temps. Il est encore temps, dans les temps de crise grave, c'est le mot d'ordre des peuples courageux. Alors il faut agir, agir vite et agir fort, mais il faut agir avec justesse et justice. Et pour cela, il faut essayer de comprendre ce qui s'est passé dans notre pays plus que dans aucun autre pour que nous nous retrouvions dans la situation où nous sommes aujourd'hui. ».

    Deux raisons à cette situation gravissime.

    La première, c'est le dopage à la dépense publique : « Nous avons considéré comme normal dans notre pays depuis des années, des décennies, que l'État, puissance publique et sécurité sociale, que l'État paie tout. Nous sommes devenus accros à la dépense publique. Il n'y a pas de difficulté du pays, il n'y a pas de changement nécessaire, il n'y a pas d'obstacle à surmonter, ni d'ordre sanitaire, ni d'ordre climatique, ni d'ordre énergétique ou familial devant lesquels les élus, les citoyens, les médias n'aient eu chaque fois qu'une seule réponse à la bouche, se tourner vers l'État. Que l'État prenne en charge les difficultés sectorielles. Ça a été réclamé pour tous les secteurs, des personnes, aux familles et aux entreprises. Et la France est ainsi devenue le pays du monde qui dépense le plus d'argent public : 57% de notre production nationale chaque année, 57% dépensés, contre 50% seulement de recettes. Je vous invite à mesurer avec moi le paradoxe français : nous sommes le pays du monde qui mobilise le plus de dépenses publiques, nous sommes le pays du monde qui a les impôts et les charges sociales les plus élevés. Et si l'abondance des impôts faisait la richesse et le bien-être d'une nation, nous serions le pays le plus prospère et le plus heureux de la planète. Et pourtant, les Français sont de plus en plus mécontents de leurs services publics. Et pourtant, notre économie souffre. Et pourtant, ce qui est plus frappant encore, nous sommes le pays le plus pessimiste au monde, selon la mesure de tous les sondages disponibles. Le pays le plus pessimiste au monde est le pays où l'on dépense le plus d'argent public. ».
     

     
     


    La seconde raison, c'est le manque de production, ce qui rend déficitaire la balance du commerce extérieur : « Nous avons peu à peu perdu de vue que pour distribuer, il fallait produire. Or, distribuer toujours plus en produisant toujours moins, c'est une condamnation. Et cela se traduit dans notre commerce extérieur sur les 25 dernières années, depuis le début des années 2000 jusqu'en 2024. Notre solde, notre résultat du commerce extérieur, ce que nous achetons contre ce que nous vendons, notre résultat du commerce extérieur est passé de l'équilibre dans les années 2000 à un déficit massif tous les ans répété, qui est une fois de plus cette année comme depuis 5 ans, supérieur à 100 milliards d'euros pour la quatrième année consécutive. ».

    C'est la raison pour laquelle le chef du gouvernement a présenté deux plans d'action, un pour réduire la dépense publique et un pour augment la production nationale, seule génératrice de richesse.


    I. Stop à la dette !

    Cinq principes dominent ce plan :

    un retour à l'équilibre de la dette en quatre ans (en 2029), avec une trajectoire ambitieuse du déficit : 5,8% du PIB en 2024 ; 5,4% en 2025 ; 4,6% en 2026 ; 4,1% en 2027 ; 3,4% en 2028 ; 2,8% en 2029 (on considère l'équilibre à moins de 3%).

    la réduction du déficit passe par la réduction de la dépense publique.

    l'équité : « Tout le monde devra participer à l'effort. Face à l'ampleur de l'enjeu, il est illusoire de penser qu'une catégorie ou une autre puisse seule porter le fardeau. ».
     

     
     


    préserver nos entreprises : « Le travail et la compétitivité de nos entreprises doivent être autant que possible épargnées. Ils sont notre seule arme pour aller de l'avant et pour ne pas vivre dans le cauchemar de l'amputation perpétuelle des dépenses et investissements que nous avons à faire. ».

    l'acceptabilité : « Cet effort, enfin, est défini pour être supportable par tous. Il n'impose pas de baisse des salaires dans la fonction publique, ni de baisse des pensions de retraite. Il ralentit la croissance des dépenses mais ne la supprime pas et il n'entraîne pas de récession. ».
     

     
     


    Il en résulte qu'il faut réduire le déficit en 2026 de 43,8 milliards d'euros. Ce qui est énorme ! La réduction de la dépense publique se fera dans tous les domaines, avec suppression des « agences improductives » ; le non-remplacement d'un fonctionnaire sur trois qui partent à la retraite ; une maîtrise des dépenses des collectivités territoriales ; une optimisation des dépenses de l'assurance-maladie (environ 5 milliards d'euros) qui ne nuira pas la qualité des soins ; l'institution d'une année blanche en 2026, c'est-à-dire non-augmentation de toutes les prestations de l'État (7 milliards d'euros), avec un effort réduit grâce à la faible inflation (1%) ; la lutte renforcée contre la fraude (et un meilleur recouvrement de la fraude connue) ; la « chasse aux niches fiscales inutiles, inefficaces » ; etc.

    Des dizaines de mesures sont ainsi proposées au public. Parmi certaines, des emblématiques. Ainsi, François Bayrou n'a pas souhaité supprimer l'abattement fiscal de 10% des retraités (qui n'ont plus de frais professionnels), mais le transformer en abattement forfaitaire de 2 000 euros (les petites pensions y gagnent, les forte pensions y perdent).
     

     
     


    En outre, le Premier Ministre a proposé aussi une contribution des très riches (qu'il a définis par des revenus annuels de 250 000 euros pour un célibataire et 500 000 euros pour un couple) : « Cet effort de justice doit passer par une contribution des plus fortunés. Une contribution de solidarité sera créée, que nous définirons avec les commissions compétentes des deux assemblées et cette contribution devra faire participer à l'effort national les plus hauts revenus. Et comme je m'y suis engagé lors de l'adoption du budget, nous prendrons des mesures complémentaires pour lutter contre l'optimisation abusive des patrimoines non productifs. L'effort de la nation se doit d'être équitable, c'est-à-dire de demander peu à ceux qui ont peu et plus à ceux qui ont davantage. ».


    II. En avant la production !

    Cheval de bataille de sa campagne présidentielle de 2012, François Bayrou a beaucoup insisté sur la croissance de notre production nationale : « La reconquête de la production dans notre pays est aussi cruciale que la lutte contre les déséquilibres budgétaires. Si notre production par habitant était dans la même gamme que celle de nos voisins européens, nous n'aurions plus de déficit budgétaire, et nos concitoyens qui gagnent 2 000 euros par mois approcheraient les 2 500, et ceci changerait leur vie. ».

    II.1. D'abord, il faut favoriser le travail : « Il faut travailler plus, il faut que toute la nation travaille plus pour produire et pour que l'activité du pays dans son ensemble soit plus importante dans l'année et pour que la situation de la France s'améliore. ».


    Et l'une des réponses à cela, entre autres, et ça va faire couler beaucoup d'encre, c'est de supprimer deux jours fériés, par exemple le lundi de Pâques et le 8 mai : « Ce sont des propositions. Je suis prêt à en accepter ou en examiner d'autres. Si d'autres idées surgissent, bienvenue, et nous pourrons voir. Mais vous voyez bien que ça n'est pas du tout la même chose pour les spécialistes parlementaires que d'autres idées qui avaient été proposées l'année dernière, qui était qu'il y ait pour chaque travailleur une journée de solidarité dont on ne vérifierait pas vraiment si elle est accomplie ou pas, et qui se traduirait uniquement par des prélèvements sur les entreprises. Ce n'est pas du tout la même chose. C'est le pays tout entier qui se met au travail, ou qui se remet au travail, un jour où, depuis longtemps, il ne travaillait plus. Au passage, cette modification de notre calendrier des jours fériés rapportera plusieurs milliards au budget de l'État, simplement parce que les entreprises, les commerces, la fonction publique, la nation travaillera et que notre production sera améliorée. ».

    Aussi, il faut augmenter la population qui travaille : « Il n'est pas normal qu'un pays comme le nôtre, avec autant d'emplois offerts, conserve un taux de chômage au-dessus de 7% et que le nombre d'emplois non pourvus soit aussi élevé. L'accent doit notamment être mis sur les jeunes et les seniors pour qui les taux d'emploi sont particulièrement faibles, par comparaison avec nos voisins européens. ». Avec deux chantiers avec les partenaires sociaux, un sur l'assurance-chômage, un autre sur le droit du travail, en particulier pour faciliter les recrutements. Et un troisième chantier : « En coordination avec les collectivités, je proposerai au Parlement avant la fin de l'année un projet de loi créant une allocation sociale unifiée pour une solidarité plus lisible et qui donne toujours la priorité au travail. ».

    François Bayrou a par ailleurs confirmé ce qu'il avait dit à l'issue du conclave sur les retraites, à savoir qu'il inclurait dans la loi de financement de la sécurité sociale les accords sur les femmes qui sont devenues mères et sur la prise en compte de la pénibilité.
     

     
     


    II.2. Ensuite, il faut faciliter la vie des entreprises avec une sorte de pacte. Le Sénat vient de sortir un rapport qui fait état de 211 milliards d'euros d'aides aux entreprises. Le mot "aides" est parfois excessif car souvent, il s'agit de réductions fiscales ou sociales. Toutefois, François Bayrou a envisagé de simplifier encore beaucoup plus la vie des entreprises, trop accaparées par des tâches administratives et bureaucratiques en compensation d'une réduction de ces 211 milliards d'euros : « Moins de subventions contre plus de liberté, de simplification et de confiance. Les normes surtransposées, surabondantes, supplémentaires, les obligations bureaucratiques toujours plus pénalisantes, les absurdités de dossiers imposées à ceux qui peuvent le moins en avoir la maîtrise, imposées aux artisans, aux maîtres d'œuvre, à l'achat public, les retards de paiement, c'est un autre chapitre très important. Tout cela plombe les acteurs de la production et pénalise, une étude européenne l'a montré, de quelque 4% ou davantage leur chiffre d'affaires. Et pénalise bien sûr davantage les "petits" qui travaillent seuls ou en famille, avec peu de collaborateurs, que les plus gros qui ont à leur disposition des services juridiques, administratifs ou des directions des ressources humaines puissantes. Mais c'est vrai que ça pénalise davantage les petits que les plus importants, mais c'est un filet qui ralentit et paralyse tout le monde. ».

    II.3. Il faut améliorer la compétitivité, avec plusieurs leviers.

    Le premier est l'énergie : « Nous devons améliorer de manière générale la compétitivité, comme on dit, c'est-à-dire la capacité, l'efficacité, l'attractivité de notre économie. Le premier facteur sur lequel nous allons agir, c'est l'énergie, car nous avons en France un atout immense, disposant d'une énergie bon marché en plus d'être abondante, souveraine et décarbonée. Nous devons davantage miser sur cet atout et remercier tous ceux qui ont, au travers du temps, permis l'édification de cette production d'électricité. Nous devons permettre aux industriels de bénéficier d'accords qui réduisent leur exposition à la volatilité des prix. ».

    Le deuxième est l'accès au financement : « Le rapport de Mario Draghi, qui devrait servir de référence à un très grand nombre des acteurs économiques et politiques dans notre Union Européenne, le rapport de Mario Draghi a montré que nous devons d'abord mettre les financements européens au service de la croissance des entreprises européennes. C'est dans ce but que le Ministre de l'Économie, Éric Lombard, a lancé un label européen pour l'investissement de long terme qui permettra d'assurer le développement de produits d'épargne finançant notre croissance. Ce qu'on appelle le capital-risque, c’est un outil puissant pour l'innovation et la croissance des entreprises. Nous consacrerons 900 millions d'euros de financement en fonds propres supplémentaires à l'investissement dans les entreprises. ».

    Troisième levier, réduire les retards de paiement (15 milliards d'euros de trésorerie) : « C'est une manne considérable et dont nous ne pouvons pas accepter qu'on baisse les bras en face des conduites qui la produisent. L'État est déterminé à renforcer les sanctions à l'égard des débiteurs en cas de retard de paiement de ces créances. À l'avenir, ces sanctions pourront aller jusqu'à 1% du chiffre d'affaires pour mettre fin à des pratiques qui fragilisent notre tissu économique. ».


    II.4. Redresser le commerce extérieur : « Nous allons passer en revue toutes les filières déficitaires, repérer les produits les plus propices à une localisation de la fabrication sur notre sol, en vue de réduire nos importations. Nous devrons également soutenir nos filières d'excellence pour qu'elles le restent. Et donc, des stratégies de filières, associant les grandes entreprises et les pouvoirs publics locaux et nationaux, devront rapidement être définies et mises en œuvre. L'État fédérera les grandes entreprises, entreprises moyennes et entreprises débutantes, il les réunira, mais il ne peut pas faire tout seul. Et donc, nous avons devant nous un important enjeu de redéfinition d'une stratégie nationale de reconquête de notre commerce extérieur. Il faut aussi que cela s'accompagne de changements dans nos modes de consommation, en encourageant davantage les circuits courts et les commerces de proximité. C'est pourquoi une taxe va être proposée sur les petits colis, afin de protéger nos commerces et nos producteurs de la marée de concurrence déloyale qui les assaille. ».

    II.5. Promouvoir l'innovation avec un soutien massif au développement de l'intelligence artificielle : « Dans tous les secteurs de notre activité, l'intelligence artificielle peut et doit devenir un outil concret utile qui améliore la productivité des entreprises. On estime, dans les études les plus sérieuses, à 20% le gain de productivité lié à l'intégration de l'intelligence artificielle dans les processus productifs. ».

    II.6. Former beaucoup plus d'ingénieurs : « D'ici 2035, l'économie française devra recruter près de 100 000 nouveaux ingénieurs et techniciens par an. ».
     

     
     


    Dans sa conclusion, l'agrégé de lettres a cité Hannah Arendt et a souligné le besoin de courage et de sens des responsabilités de la classe politique : « Ce que j'ai voulu faire en m'exprimant devant vous aujourd'hui, c'est permettre à tous de juger la gravité de la situation, d'examiner une proposition cohérente, un plan global d'action du gouvernement, dont nous avons la conviction qu'il est le seul qui puisse permettre à notre pays d'affronter ces défis. Défis que nous ne pouvons plus faire semblant de ne pas voir. Et ainsi donner à tous la capacité d'agir et d'avancer ensemble. ».

    Mais malgré la situation, François Bayrou a voulu finir sur un note d'espoir et de fierté du peuple français : « Nous ne devons jamais oublier qu'il n'y a pas beaucoup de peuples comme le nôtre. Pas beaucoup de peuples qui comptent autant de réussites scientifiques, techniques et industrielles. Pas beaucoup de peuples qui portent un projet de société à vocation universelle construit autour d'idées fondatrices comme la laïcité, une idée qui affirme qu'on n'a pas besoin, parce qu'on croit quelque chose, de vouloir obliger les autres à abandonner leurs idées. Cette idée qui fait que nous formons, c'est l'étymologie du mot laïcité, que nous formons un seul peuple. Toutes ces réussites ont scandé l'histoire et fait de notre pays une puissance. Parfois, souvent, la France a failli céder, mais toujours elle s'est reprise pour résister au totalitarisme, aux guerres nationales et européennes. Elle s'est reprise chaque fois pour résister à la force brutale. La mission des gouvernants, c'est d'identifier les risques, de les affronter en mobilisant l'énergie du pays sans crainte et sans préoccupation personnelle. ».


    La balle est désormais dans le camp des oppositions : joueront-elles leur jeu personnel, égoïste et électoraliste, comme d'habitude, ou se ressaisiront-elles pour le bien commun et l'intérêt général ? J'ai déjà ma petite idée...


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (15 juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Du grand Bayrou !
    Conférence de presse du Premier Ministre le 15 juillet 2025 (vidéo et texte intégral).
    Emmanuel Macron veut une France militairement puissante.
    Accord de Bougival : les félicitations d'Emmanuel Macron.
    Tu as voulu voir la dissolution, et on a vu Bayrou !
    François Bayrou, le début du commencement.
    La quadrature du cercle de Michel Barnier.




     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250715-bayrou.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/du-grand-bayrou-262096

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/15/article-sr-20250715-bayrou.html



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