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histoire

  • Ion Iliescu, l'apparatchik révolutionnaire

    « Coup d’État avec des manipulations grossières : première étape, le faux charnier pour émouvoir la population ; deuxième étape, les morts par le pouvoir ; troisième étape, la peur d’une résistance de fidèles de Ceausescu ; enfin, quatrième étape, l’exécution bâclée des Ceausescu. La révolution est devenue une révolution de palais. » (18 décembre 2019).




     

     
     


    Cela faisait plusieurs années que le pays se faisait blâmer par la Cour européenne des droits de l'homme pour ne pas avoir jugé ses criminels. La Roumanie ne pourra plus le juger, ce sera le rôle de l'Histoire, et sans doute que l'Histoire mettra un peu de temps avant de le juger définitivement. L'ancien Président roumain Ion Iliescu est mort à Bucarest ce mardi 5 août 2025 à l'âge de 95 ans (âge qu'il avait atteint le 3 mars dernier). Acteur historique de la Révolution roumaine mais aussi ancien apparatchik du parti communiste roumain, Ion Iliescu aurait pu être un maître de la manipulation des foules pour conquérir le pouvoir. Au prix de centaines voire de milliers de vies humaines.

    À 95 ans, Ion Iliescu était un vieux dinosaure et l'un des derniers acteurs vivants de la désoviétisation de l'Europe centrale et orientale, aux côtés de Lech Walesa (81 ans) et Lothar de Maizière (85 ans). Avec le vent de libéralisation politique qu'a connu l'Europe à partir du printemps 1989, qui a commencé d'abord en Pologne, puis en Hongrie, en Allemagne de l'Est avec la date historique de la chute du mur de Berlin, il y a trente-cinq ans et demi, le 9 novembre 1989, les observateurs s'étaient montrés prudents et surpris : dans chaque pays européen précédemment sous le joug soviétique, le régime de dictature communiste a été renversé sans mort d'homme, ce qui n'était pas évident, notamment pour l'Allemagne de l'Est, la Bulgarie ou encore la Pologne... (et même l'Union Soviétique en 1991).

    Partout des "révolutions de velours". Sauf dans un seul pays, la Roumanie. En Roumanie, le scénario chinois était sinistrement à l'œuvre (car en 1989, il y a eu aussi la répression sanglante des manifestations sur la place Tiananmen). Des centaines de vies ont été détruites par cette (courte) Révolution roumaine.

     

     
     


    Ion Iliescu était un apparatchik proche des Ceausescu (il y a une photo qui le montre en train de jouer aux fléchettes avec Elena Ceausescu en 1976). Il a adhéré au parti communiste roumain en 1965 et a grimpé rapidement dans la hiérarchie, devenant membre du comité central du parti de 1969 à 1984. Il fut même Ministre de la Jeunesse jusqu'en 1971.

    Puis, il a pris ses distances avec Nicolae Ceausescu à partir de 1983. Au-delà de la politique très sévère que menait le dictateur communiste roumain (le "génie des Carpates" !), l'explication pourrait être simple : Mikhaïl Gorbatchev est arrivé au pouvoir en URSS en mars 1985 et a incité les partis des "pays frères" à se réformer de l'intérieur pour être plus acceptables (transparence et restructuration). Ceausescu ne voulait surtout pas suivre le chemin de Gorbatchev alors qu'Ion Iliescu pourrait être considéré comme l'homme des réseaux gorbatchéviens en Roumanie.

    Des premières manifestations de protestation contre la police politique (la Securitate) et contre la politique de Ceausescu ont eu lieu à partir du 16 décembre 1989, d'abord à Timisoara (à l'ouest du pays), puis à Bucarest. La découverte d'un (faux) charnier à Timisoara, laissant entendre de très nombreuses victimes de la répression, a profondément choqué le peuple roumain (on saura plus tard qu'il s'agissait d'une odieuse manipulation). Cette émotion a provoqué de nouvelles manifestations dans tout le pays, tandis que Ceausescu était en voyage en Iran.

     

     
     


    À son retour, l'autocrate roumain pensait pouvoir appliquer ses vieilles ficelles de répression (au lieu de fuir rapidement). Il a alors organisé un rassemblement de masse le 21 décembre 1989 pour montrer sa force et son soutien populaire, retransmis en direct par la télévision d'État... Mais le soutien a muté en révolution populaire. La foule l'a hué tandis que la télévision a interrompu sa diffusion. Ceausescu, vieillissant, a été incapable de réagir et s'est retiré dans ses appartements.

    La nuit et la journée du lendemain (le 22 décembre 1989) ont été cruciales : l'armée avait pour ordre de tirer sur les protestataires, mais ne tirait pas. Le couple Ceausescu a tenté de fuir en hélicoptère mais a vite été rattrapé. À Bucarest, des tirs ont eu lieu. On a compté des centaines de morts, presque un millier. Pendant trois jours, la situation était peu claire. Il semblerait qu'Ion Iliescu ait manipulé l'opinion en encourageant les tirs. Le 25 décembre 1989 a eu lieu le procès expéditif des Ceausescu et leur exécution filmée en direct, ce qui a eu pour effet l'arrêt miraculeux de tous les tirs de snipers.

    Dès le 22 décembre 1989, Ion Iliescu est devenu le chef de l'État incontesté. Il allait être onze ans à la tête de la Roumanie : Président du Conseil du Front de salut national du 22 décembre 1989 au 13 février 1990, puis Président du Conseil provisoire d'unité nationale du 13 février 1990 au 20 juin 1990, puis élu le 20 mai 1990 avec 85,1% et réélu le 11 octobre 1992 avec 61,4%, Président de la Roumanie du 20 juin 1990 au 29 novembre 1996, et après un échec à l'élection présidentielle du 17 novembre 1996 (où il n'a recueilli que 45,6% des voix), il s'est fait réélire le 10 décembre 2000 avec 66,8% des voix et est redevenu Président de la Roumanie du 20 décembre 2000 au 20 décembre 2004. Autre figure marquante de la révolution, Petre Roman a été nommé Premier Ministre du 26 décembre 1989 au 1er octobre 1991 et s'est rapidement éloigné d'Ion Iliescu.
     

     
     


    Comme on le voit, Ion Iliescu, figure paternaliste, rassurante, grand-père tranquille qui a basé ses campagnes électorales sur l'impunité de tous en temps de dictature, a voulu ainsi rendre impossible toute introspection sur la dictature communiste d'après-guerre, mais aussi sur le déroulement exact de la révolution de 1989. Se transformant en social-démocrate, Ion Iliescu a représenté une gauche qui voulait initialement réformer le communisme irréformable.

    Conseiller du Président roumain Traian Basescu (élu en 2004), le politologue Alexandru Gussi a regretté l'omerta sur les exactions en 1989 des néo-communistes menés par Ion Iliescu : « La moitié des membres du premier gouvernement post-révolutionnaire appartenaient au parti communiste. (…) Une fois au pouvoir, ce réseau a tout fait pour protéger les siens. En exécutant Nicolae Ceausescu, ils l'ont fait passer pour l'unique responsable. Ils ont ensuite fait disparaître le parti et les symboles du communisme, mais ils n'ont pas changé les structures de l'État. » (dans "Slate" du 22 décembre 2009).
     

     
     


    Ion Iliescu a eu son heure de gloire lors de sa réception au Parlement Européen de Strasbourg le 23 septembre 2003. La Roumanie n'était pas encore un État membre mais elle avait prévu de l'être (il allait falloir attendre encore plus de trois ans). Le discours d'Ion Iliescu fut donc très pro-européen : « Le principal message que je souhaite faire passer concerne le fait que la Roumanie est un pays sur lequel la communauté démocratique des nations peut compter. La Roumanie sera un État membre de l’Union Européenne fiable et crédible. L’Union Européenne gagnera bien plus qu’un nouvel État membre de plus de 22 millions d’habitants; elle gagnera un fidèle partisan de l’intégration européenne, un pays euro-optimiste par choix. Liés à l’Europe tout au long de notre histoire, nous avons foi dans le système des valeurs positives sur lequel repose la construction européenne: la démocratie, le respect des droits et des libertés des citoyens, la justice et l’équité sociale, la tolérance, la solidarité au sein des nations et entre celles-ci ainsi que la responsabilité envers les générations futures. Les Roumains, que l’histoire a mis sur la touche pendant plus d’un demi-siècle, ont toujours aspiré à participer naturellement à l’évolution de la Communauté européenne dont les valeurs ont servi de guide. Cette aspiration est devenue réalité lors de la révolution de décembre 1989. Cela n’a pas été facile ni simple de sortir du totalitarisme, tant fasciste que communiste. Nous avons été confrontés à un double handicap. Le premier était de nature institutionnelle : les institutions d’un État totalitaire sont incompatibles avec la démocratie et l’économie de marché. Le second handicap était représenté par notre isolement par rapport au monde et nos tendances autarciques. Tout cela s’est inscrit sur un fond de profond retard historique en matière de développement économique et social. (…) La Roumanie est prête à assumer les nouvelles responsabilités qui lui incombent en raison de son nouveau statut de membre de l’OTAN et de futur État membre de l’Union Européenne. (…) La Roumanie appartient à la culture et à la civilisation européenne par son histoire, sa tradition et ses valeurs. Voilà pourquoi son intégration à l’Union Européenne, en tant que processus de retour à la normalité démocratique de notre pays, a été et reste encore un objectif stratégique de la société roumaine et cet objectif a toujours fait l’objet d’un large consensus politique et civique. L’adhésion à l’Union Européenne est considérée comme un objectif politique autant que comme un instrument destiné à accélérer les processus de modernisation institutionnelle et de développement économique et social, dans le but de réduire les décalages qui nous séparent encore du monde industrialisé. (…) En réduisant les décalages économiques dans le cadre de l’Union Européenne élargie, l’Union, en tant qu’acteur global, gagnera en transparence, en cohérence et en efficacité dans la poursuite de ses objectifs sur le plan mondial, contribuant ainsi à la diminution de la pauvreté, à une meilleure répartition des bénéfices de la mondialisation en faveur des régions défavorisées et à une plus large participation de ces régions au commerce mondial. (…) La Roumanie fait partie de l’Europe et ses moindres actes sont issus de son désir de confirmer son identité européenne. Nous savons que ce n’est pas tâche facile. Nous devons travailler avec encore plus d’ardeur et de ferveur afin de remplir les engagements que nous avons contractés en vue de consolider votre confiance, puisque vous êtes nos partenaires européens, dans notre aptitude à mener à bien des processus complexes, tels que les réformes requises pour notre adhésion à l’Union européenne, et nous devons agir et nous comporter en véritables Européens. Plus personne et plus rien ne pourrait mettre en doute l’avenir européen de la Roumanie. Nous possédons à la fois l’aptitude et le désir requis pour mener à terme la transformation structurelle de l’économie et de la société roumaines afin de rendre celles-ci compatibles avec les exigences de l’Union européenne et d’améliorer ainsi le bien-être des citoyens roumains. ».

    Mais surtout, il a fallu attendre le 8 avril 2019, alors qu'il était âgé de 89 ans, pour que l'ancien Président Ion Iliescu fût renvoyé en procès sur deux affaires pour crimes contre l'humanité : l'affaire des snipers du 22 au 25 décembre 1989 (bilan extrêmement lourd : 862 morts et plus de 2 150 blessés) ainsi que l'assassinat des Ceausescu, et l'affaire dite des minériades du 13 au 15 juin 1990 : Ion Iliescu avait fait venir par train des ouvriers mineurs à Bucarest pour frapper les étudiants venus manifester contre lui ! Le bilan fut très lourd : 6 morts, 6 femmes violées, 746 blessés, officiellement, car selon les étudiants, plus d'une centaine d'entre eux auraient péri.


    Pour le procureur Augustin Lazar qui l'a mis en accusation, « il s’agit d’un moment particulièrement important pour la justice roumaine qui accomplit une dette d’honneur envers l’Histoire ». Considérant ce procès comme une « farce », Ion Iliescu avait déclaré en avril 2018 pouvoir « garder la tête haute devant le jugement de l’Histoire ». Reporté à cause de la crise du covid-19, le procès n'a finalement jamais eu lieu. L'Histoire jugera donc.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (05 août 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Ion Iliescu.
    Michel Ier  de Roumanie.
    La Révolution roumaine de décembre 1989.
    Eugène Ionesco.
    Nicolae Ceausescu.
    Otto von Europa.
    Dynasty.
    Victoria, mamie Europa.

     

     
     





    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250805-ion-iliescu.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/ion-iliescu-l-apparatchik-262516

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/08/05/article-sr-20250805-ion-iliescu.html


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  • Hiroshima et Nagasaki : le mythe fondateur de la dissuasion nucléaire

    « Le matin était redevenu calme, tranquille. On n’entendait aucun bruit d’avion. Alors, soudain, le ciel fut déchiré par un flash lumineux, jaune et brillant comme dix mille soleils. Nul ne se souvient avoir entendu le moindre bruit à Hiroshima quand la bombe a éclaté. (…) Un nuage de poussière commença à s’élever au-dessus de la ville, noircissant le ciel comme une sorte de crépuscule. » (John Hersey, août 2005 dans "The New Yorker").




     

     
     


    On commémore, ce mercredi 6 août 2025, le 80e anniversaire de la première explosion voulue d'une bombe nucléaire sur un terrain de guerre, dans la ville japonaise de Hiroshima, suivie, trois jours plus tard à Nagasaki, de la seconde explosion nucléaire. On se posera toujours la question de le pertinence d'avoir bombardé Nagasaki, alors que la démonstration de force à Hiroshima semblait bien suffisante.

    Si on commémore, on ne fête pas ; il n'y a pas de quoi fêter l'application concrète négative jusqu'à son extrême d'une découverte scientifique pourtant très heureuse (l'énergie nucléaire et, pour avoir une idée, la possibilité de passer l'hiver au chaud et, aussi, de produire une énergie sans carbone). 140 000 habitants de Hiroshima et 80 000 habitants de Nagasaki auraient perdu la vie par ces deux explosions infernales, immédiatement ou dans les mois qui ont suivi. Je l'ai déjà évoqué plus précisément il y a quelques années.

    Cette date est une singularité dans l'histoire de l'humanité. Non pas qu'elle puisse détruire la planète (il en faut beaucoup plus pour cela, la Terre est forte et solide), mais elle peut se détruire elle-même, et ça suffit amplement pour angoisser des générations entières.


    Cela a donc entraîné de nombreuses réflexions et inspiré de nombreuses œuvres.

    Des œuvres d'art, bien sûr, toute sorte d'art, comme la musique ; par exemple, parmi d'autres, le groupe Orchestral Manoeuvres in the Dark a sorti le 26 septembre 1980 cet excellent tube, qui fut un succès mondial, "Enola Gay", du nom du bombardier qui a lancé la bombe à Hiroshima. Il y a eu aussi le fameux film "Hiroshima mon amour", sorti le 10 juin 1959, réalisé par Alain Resnais et scénarisé par Marguerite Duras, avec la participation notamment d'Emmanuelle Riva et Bernard Fresson parmi les acteurs.





    Comme la peinture, avec ces silhouettes (bleues) du peintre Yves Klein réalisées le 28 février 1960 (voir en fin d'article). Une anthropométrie que le jeune peintre, choqué comme tout le monde, commentait ainsi : « Hiroshima, les ombres d’Hiroshima ; dans le désert de la catastrophe atomique, elles ont été un témoignage sans doute terrible mais cependant un témoignage tout de même d’espoir de la survie et de la permanence, même immatérielle, de la chair. ».

    De ces silhouettes, on ne peut que repenser à cette célèbre photographie prise à Nagasaki par Matsumoto Elichi, dans les débris d'une base militaire détruite par l'explosion. Le corps a été désintégré par le rayonnement mais son ombre a marqué le mur. Cela fait penser aux victimes de Pompéi et aussi, dans une autre mesure, mais c'est un tout autre sujet, au saint Suaire de Turin supposé (ou pas) représenté le visage du Christ (juste au moment de la Résurrection ?).

     

     
     


    Ces deux explosions nucléaires ont fait poursuivre les réflexions philosophiques permanentes sur la science sans conscience qui ne serait, selon Rabelais, que ruine de l'âme, et la capacité des hommes (et des femmes) à contrôler (ou pas) des énergies et des choses beaucoup plus grandes qu'eux-mêmes. Ce débat a eu lieu ensuite sur l'informatique, la génétique, etc. et il est actuellement posé par le développement ultrarapide de l'intelligence artificielle.

    Ces réflexions ne sont pas nouvelles, elles ont au moins un demi-millénaire et sans doute bien plus si on relit les philosophes classiques. En effet, dans son livre publié en 1532, "La vie très horrifique du grand Gargantua, père de Pantagruel, jadis composée par M. Alcofribas abstracteur de quintessence. Livre plein de Pantagruélisme", Rabelais faisait écrire par Gargantua dans une lettre s'adressant à Pantagruel, son fils donc : « Mais parce que selon les dire du sage Salomon, Sapience n’entre point en âme malveillante, et science sans conscience n’est que ruine de l’âme, il te convient servir, aimer et craindre Dieu, et en lui remettre toutes tes pensées et tout ton espoir ; et par une foi charitable, lui être fidèle, en sorte que jamais tu ne t’en écartes par péché. ».

    Vouloir contrôler le monde, être capable de diriger la Nature... Le mythe de Prométhée nous rappelle qu'on n'est pas forcément gagnant lorsqu'on veut s'attaquer au dieu des dieux.
     

     
     


    Mais ce sont les réflexions militaires et géostratégiques qui ont bouleversé le monde postmoderne : dans les années 1950, l'idée était que la possession d'une arme nucléaire permettait la protection par dissuasion nucléaire. Cela se passait en pleine guerre froide avec une surenchère de l'armement nucléaire. Le raisonnement, c'est qu'on ne peut plus attaquer et détruire l'ennemi sans être en retour attaqué et détruit. Dans ce dogme de la dissuasion nucléaire, l'armement nucléaire n'est pas tout, et on le voit maintenant, c'est aussi la manière de bombarder, c'est-à-dire la technologie des missiles qui fait beaucoup dans le processus de la dissuasion.

    Russie, États-Unis, France, Royaume-Uni, et puis Inde, Pakistan, Corée du Nord, Israël, Iran... le risque de la multiplication des pays possédant l'arme nucléaire a encouragé le monde à se doter d'un traité de non-prolifération nucléaire plus ou moins bien respecté. Du reste, rappelons que la salutaire politique de dissuasion nucléaire n'a pas été initiée par De Gaulle (qui l'a poursuivie et consolidée) mais par des hommes d'État de la Quatrième République, en particulier Félix Gaillard, aussi Jules Moch, etc.

    La guerre en Ukraine a montré les limites de cette dissuasion nucléaire puisqu'elle n'empêche pas le retour au cœur de l'Europe d'une guerre de type Première Guerre mondiale. En raison de la tentative d'invasion orchestrée par Vladimir Poutine, la Russie s'est positionnée agressivement contre l'Europe et les États-Unis. L'arrivée de Donald Trump n'en changera pas cet état des choses ; sa naïveté finira bien par s'écraser au mur de la réalité. Et c'est même maintenant !

    Le dernier épisode est une réponse à des déclarations toujours inconséquentes et excessives de Dimitri Medvedev. Depuis février 2022, on a du mal à comprendre qui est cet ancien Président de la Fédération de Russie (2008 à 2012), servant de prête-nom à Vladimir Poutine (interdit d'un troisième mandat en 2008 ! Il en est à son cinquième mandat, et encore, en rallongeant de 50% leur durée et sans compter son temps de Premier Ministre), actuellement vice-président du conseil de sécurité de la Russie. Alors qu'il était initialement considéré comme "raisonnable" et "sérieux", avec des bonnes connaissances économiques, etc., il s'est transformé en pire que Vladimir Poutine, comme s'il y avait un concours de surenchères de celui qui propose le plus de menaces de guerre contre un supposé "Occident".

    Dimitri Medvedev a réagi à la déclaration de Donald Trump réclamant la paix en Ukraine d'ici au 8 août 2025. L'ancien Président russe a écrit sur Twitter : « Chaque nouvel ultimatum est une menace et un pas vers la guerre. ». Or, pour une fois, au lieu d'ignorer les propos surbelliqueux de Dimitri Medvedev, Donald Trump l'a pris au mot en considérant que les déclarations ainsi exprimées étaient graves et menaçaient l'intégrité des États-Unis : « Soyons prudents, une menace a été proférée et nous avons estimé que ce n'était pas approprié ! ».

     

     
     


    Résultat : le 1er août 2025, Donald Trump a annoncé le déploiement de deux sous-marins nucléaires américains vers la Russie. Concrètement, cela ne changera rien dans la mesure où les États-Unis n'avaient pas besoin de ce déploiement pour être défendus et en capacité de répondre aux éventuelles attaques nucléaires de la Russie, mais cela permet de montrer un changement de ton. La naïveté semblerait laisser maintenant place à la lucidité.

    Après tout, prendre au sérieux toutes les logorrhées de Dimitri Medvedev a cet avantage qu'il la ramènera un peu moins la prochaine fois, et ce n'est pas dans l'intérêt de Vladimir Poutine de se montrer grossièrement belliqueux (ce qu'il est pourtant). Donald Trump, qui est bien du niveau de cette cour de récréation "virile" (celui qui a la plus longue), pourrait montrer à Vladimir Poutine qu'il a désormais trouvé un maître en la matière.

    Quant à la dissuasion nucléaire, elle ne tient que si les protagonistes agissent avec raison et pas avec émotion. À l'ère de Trump, les invariants se réduisent à peau de chagrin.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (02 août 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Hiroshima et Nagasaki : le mythe fondateur de la dissuasion nucléaire.
    Le syndrome d'Hiroshima.
    En France, record mondial pour la fusion nucléaire !
    Dominique Voynet, la fossoyeuse de l'énergie nucléaire française.
    La repentance nucléaire : Emmanuel Macron à Belfort.
    La filière nucléaire en crise, par Marc Endeweld dans "La Tribune" du 9 février 2022.
    COP26 : face à l’alarmisme, le leadership mondial d’Emmanuel Macron.
    Rapport de RTE sur les perspectives de production d’électricité, publié le 25 octobre 2021 (à télécharger).
    Rapport du GIEC publié le 9 août 2021 (à télécharger).
    François Bayrou relance le programme nucléaire français.
    Note de synthèse du 23 mars 2021 du haut-commissaire au Plan sur le programme nucléaire français (à télécharger).
    Interview de François Bayrou le 24 mars 2021 sur LCI (à télécharger).
    Le débat rayonnant sur le nucléaire.
    François Hollande coincé entre Jean-Pierre Chevènement et Eva Joly sur le nucléaire.
    Andrei Sakharov.
    Incompréhensions américaines : le nucléaire iranien.
    Au cœur de la tragédie einsteinienne.
    Marie Curie.
    La Corée du Nord selon Guy Delisle.
    Fukushima, dix ans après.
    Tchernobyl (1986).
    Fukushima (11 mars 2011).
    L’industrie de l’énergie en France.

     

     
     





    http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250805-hiroshima.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/hiroshima-et-nagasaki-le-mythe-262455

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/08/04/article-sr-20250806-hiroshima.html


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  • Jules Moch et le socialisme à poigne

    « Tour à tour admiré, vilipendé et redouté, Jules Moch fut un homme d'État d'une intelligence et d'une énergie exceptionnelles et, à coup sûr, l'une des figures majeures de la vie politique et parlementaire de la IVe République. » (Extrait du Dictionnaire des parlementaires français de 1940 à 1958, éd. La Documentation française).





     

     
     


    Il y a quarante ans, le 31 juillet 1985, est mort Jules Moch, à l'âge de 92 ans (il est né le 15 mars 1893). À cause d'une campagne orchestrée par les communistes en pleine guerre froide, Jules Moch a eu une postérité injuste alors qu'il était avant tout un grand serviteur de l'État.

    Il est connu pour avoir été un Ministre de l'Intérieur à poigne, capable de réprimer, hélas parfois dans le sang, des grèves très dures qui étaient pilotées de l'étranger (suivez mon regard). En ce sens, il était l'héritier de Clemenceau, grand Ministre de l'Intérieur avant d'avoir été Président du Conseil. Probablement que Manuel Valls revendiquerait aussi cet héritage-là.

    Mais à la différence de Clemenceau et de Valls, malgré sa présence dans quinze gouvernements (seize si l'on tient compte d'une fonction non ministérielle mais essentielle, voir plus loin), Jules Moch n'a pas eu l'honneur de diriger un gouvernement. Il a seulement été pressenti pour devenir Président du Conseil lors de la longue crise politique du 5 au 28 octobre 1949 (chute du premier gouvernement d'Henri Queuille), mais il n'a pas eu l'appui des parlementaires de la Troisième force.

    On pourrait même s'étonner qu'il fût socialiste à tel point Jules Moch était un homme d'État, un patriote, un visionnaire souhaitant la paix mais refusant la lâcheté, voyant venir la Seconde Guerre mondiale, résistant, et avant tout, profondément anticommuniste. Il faut sans doute voir la chose à l'envers en se disant qu'il a existé des socialistes qui ont été de véritables hommes d'État, et aux côtés de Léon Blum, on peut effectivement citer Jules Moch et quelques autres.

    Jules Moch n'a pas été une personnalité politique majeure seulement de la Quatrième République. Il l'a été aussi de la fin de la Troisième République, pendant toute l'Entre-guerre. Érudit, scientifique, polytechnicien (comme son grand-père et comme son père Gaston Moch qui était dans la même promotion à l'X que le capitaine Alfred Dreyfus), penseur et acteur politique, Jules Moch a été un auteur très prolifique d'ouvrages politiques, une trentaine entre 1925 et 1977.

    Brillant diplômé de Polytechnique, Jules Moch a choisi de devenir ingénieur dans la marine. Pendant la Première Guerre mondiale (il avait 21 ans en 1914), il a combattu, a été blessé et gazé, a été récompensé pour sa bravoure. Après une courte carrière dans la fonction publique, il a rejoint une entreprise privée pour reconstruire les réseaux ferroviaires. Dans ce cadre, il a séjourné dans les pays baltes et également en Union Soviétique en 1924, ce qui l'a rendu fortement anticommuniste et a adhéré à la SFIO (parti socialiste) la même année 1924.

    Jules Moch a amorcé une longue carrière de député : encouragé par Léon Blum et Vincent Auriol à se présenter à Valence, il a été élu député SFIO de la Drôme en avril 1928 (il avait alors 35 ans) malgré une campagne très violente contre lui (on reprochait à ce Parisien un parachutage), réélu en mai 1932, mais battu en mai 1936, alors que le Front populaire venait d'être victorieux.

    Pendant cette petite dizaine d'années, Jules Moch était un parlementaire très actif à la Chambre, multipliant rapports et propositions de loi. Le Dictionnaire des parlementaires français lui attribue de nombreuses initiatives : « généralisation de l'attelage automatique sur tous les réseaux de chemins de fer français ; instauration d'un mode de taxation des camions automobiles tenant compte de la dégradation causée aux chaussées (1929) ; institution d'un système de transport combiné entre avion et chemin de fer ; exploitation de la ligne aérienne France-Amérique du Sud ; création de la Société africaine d'aviation marchande (1931) ; déchéance des compagnies de chemins de fer et institution d'un réseau national d'intérêt public général et régional ; statut de l'aviation marchande (voté en 1932) ». Également : « la gratuité de l'enseignement secondaire ; le monopole d'importation des pétroles  ; les accords professionnels ; la mise en chantier de la tranche de 1935 du programme naval ; l'assainissement des finances publiques ; la défense du crédit et le maintien de la monnaie ». En outre, Jules Moch « demande une meilleure protection des cheminots contre les dangers d'électrocution et (…) interpelle le gouvernement sur le relèvement de leurs salaires. Il plaide aussi en faveur de l'assimilation des cantonniers aux fonctionnaires de l'État. ». En 1935, Jules Moch a été élu conseiller général de la Drôme.

     

     
     


    Alors qu'il aurait dû devenir ministre, son échec législatif l'en a politiquement empêché, si bien que le nouveau Président du Conseil, Léon Blum, l'a nommé secrétaire général du gouvernement, qui était une fonction stratégique dans le dispositif du pouvoir exécutif puisqu'il assistait à tous les conseils des ministres et à tous les conseils de cabinet. Jules Moch a donc eu une très bonne connaissance du gouvernement du Front populaire pour en avoir été l'un des principaux acteurs politiques et administratifs.

    Heureusement pour lui, une élection législative partielle a eu lieu en mai 1937 à Montpellier à la suite du décès du député, si bien qu'il s'est fait élire député SFIO de l'Hérault en mai 1937 jusqu'en novembre 1941, puis il a été réélu pendant toute la Quatrième République de novembre 1944 (assemblées consultative puis constituantes puis nationale) à novembre 1958, battu au début de la Cinquième République mais réélu pour un dernier mandat de novembre 1962 à mars 1967.

    Son retour à la Chambre a permis à Jules Moch d'entamer une (longue) carrière ministérielle, d'abord comme Sous-Secrétaire d'État à la Présidence du Conseil des ministres de Léon Blum du 26 mai 1937 au 22 juin 1937. Puis, Léon Blum l'a rappelé dans son (très bref) deuxième gouvernement comme Ministre des Transports (dont il était un spécialiste professionnellement) du 13 mars 1938 au 10 avril 1938.


    Redevenu simple député en octobre 1938, Jules Moch a compris le double langage des nazis et s'est opposé aux Accords de Munich, réclamant la plus grande fermeté du gouvernement français contre Hitler. Toutefois, par discipline de parti, sur consigne de Léon Blum, Jules Moch a voté la ratification des Accords de Munich. Anticipant la guerre, Jules Moch a demandé en octobre 1938 à l'amiral François Darlan, alors chef d'état-major de la marine, de l'autoriser à être mobilisable malgré son âge avancé (45 ans), ce qui lui a permis de combattre en 1939-1940 en tant que capitaine de frégate chargé de démagnétiser la flotte pour éviter les mines magnétiques, puis a fait la campagne de Norvège comme capitaine de vaisseau.

    Très déçu par l'Armistice en juin 1940, Jules Moch a repris son rôle de député et a fait partie des 80 parlementaires à avoir refusé les pleins pouvoirs à Pétain le 10 juillet 1940 à Vichy. Il a été arrêté en septembre 1940, emprisonné avec Paul Reynaud, Vincent Auriol, Marx Dormoy et Georges Mandel, puis a finalement été libéré en février 1941 par l'amiral Darlan qu'il avait connu. À partir de ce moment, Jules Moch s'est réfugié dans la clandestinité et s'est engagé dans la Résistance, notamment dans le réseaux de résistance des polytechniciens. Après une série de contretemps pour rejoindre l'Angleterre, il a rencontré De Gaulle le 27 avril 1943 à Londres qui lui a confié la direction d'une école navale pour les volontaires français. Ce dernier l'a déçu par sa réaction à l'affaire Pucheu. Très affecté par la mort de son fils au combat en avril 1944 à Corenc, tout près de Grenoble, il a participé comme combattant au Débarquement en Provence.

    De retour en politique en novembre 1944, Jules Moch a soutenu en février 1945 le plan budgétaire de Pierre Mendès France, nouveau Ministre des Finances qui demandait de la rigueur dans les finances publiques. Sa politique ayant été refusée (notamment par René Pleven), Pierre Mendès France a démissionné.

    À la Libération, il a fait partie de nombreux gouvernements. Ainsi, Jules Moch fut d'abord Ministre des Transports et des Travaux publics du 2 novembre 1945 au 19 novembre 1947 (et, à partir du 22 octobre 1947, il a cumulé avec les Affaires économiques, la Reconstruction et l'Urbanisme). À ce poste, il a supervisé la reconstruction des grandes infrastructures des transports : chemin de fer, ports, aéroports, etc. Ce sujet l'a amené à se forger la conviction qu'il valait mieux construire un pont qu'un tunnel entre la France et la Grande-Bretagne, cette idée a été le sujet d'un livre ainsi que de plusieurs conférences (le Tunnel sous la Manche a quand même été construit).

     

     
     


    Ensuite, il fut l'indéboulonnable Ministre de l'Intérieur dans six gouvernements, du 24 novembre 1947 au 7 février 1950 et du 17 mai 1958 au 28 mai 1958. C'est dans ces fonctions-là que Jules Moch a acquis la réputation d'homme à poigne lorsqu'il a fallu rétablir l'ordre lors des grandes grèves de novembre et décembre 1947. La crise fut au sommet dans la nuit du 2 au 3 décembre 1947 quand un train supposé transporter des CRS a déraillé à la suite de sabotages d'activistes. L'opération a tué seize personnes dans le déraillement et a été condamnée par toutes les parties.

    Le climat politique était très tendu avec l'éviction des communistes du gouvernement en mars 1947. Craignant un coup d'État communiste, Jules Moch a créé des préfets spéciaux (futurs préfets de région) le 21 mars 1948 pour anticiper tout mouvement violent.

    En octobre 1948, de nouvelles grèves ont eu lieu, considérées à caractère insurrectionnel par le gouvernement, en particulier dans les mines de charbon. Jules Moch a fait intervenir 60 000 policiers pour affronter les 15 000 grévistes contraints à la reprise du travail en novembre 1948. Le bilan de la répression fut très lourde : six morts, des dizaines de blessés, 3 000 licenciements... et une rancune tenace des dirigeants et militants communistes contre le socialiste Jules Moch.
     

     
     

    Voici ce qu'en dit le Dictionnaire des parlementaires français : « Si l'on ajoute divers heurts et incidents violents survenus à Marseille (12 novembre 1947), Valence (3 et 5 décembre 1947), Clermont-Ferrand (15 juin 1948), Grenoble (18 septembre 1948) et Paris (11 novembre 1948), Jules Moch a dû justifier devant l'Assemblée le comportement souvent brutal des forces de l'ordre. Sans nier le caractère social et salarial, et par là même en partie justifié de ces grèves, il en dénonce la dimension délibérément politique et insurrectionnelle, commanditée à distance par le Kominform comme en témoignerait, par ailleurs, le déraillement du train Paris-Tourcoing le 3 décembre 1947. Une telle détermination, qui ne va pas sans inquiéter certains de ses camarades socialistes soucieux de ne pas couper la SFIO de la classe ouvrière, lui vaut d'essuyer périodiquement des injures et des vociférations du Parti communiste qui a désigné en lui l'ennemi de classe et le valet de l'impérialisme américain. Les séances des 29 novembre au 4 décembre 1947, consacrées à la discussion des projets de loi "de défense de la République", sont demeurées célèbres dans les annales de la vie parlementaire par le déchaînement des violences verbales et même physiques déployées dans les travées communistes. D'importants textes de loi n'en furent pas moins adoptés, comme l'interdiction du droit de grève dans la police et la création des IGAMES (super préfets) dotés, dans le cadre du maintien de l'ordre, de la plénitude des pouvoirs civils et militaires. ».

    Comme l'a expliqué Gilles Morin en 2014 dans un article sur la guerre froide en France (mis en référence à la fin de l'article), Jules Moch a été victime d'une campagne de presse permanente des journaux communistes : « Jules Moch devient la cible privilégiée des journalistes et caricaturistes communistes durant au moins quatre longues années, avec des moments forts, comme les grèves des mineurs de 1948, les élections ou sa tentative d’investiture en octobre 1949. Nous disposons de centaines d’articles le concernant ou le visant pour ne prendre que la presse nationale du PCF ou de ses "organisations de masse". La propagande communiste fait de Jules Moch l’incarnation du mal absolu, une tête de Turc récurrente, mais les journaux, pour éviter des procès et des condamnations, s’autocensurent partiellement. Cependant, ils ont à leur disposition l’arme des dessins et caricatures de presse qui échappent généralement au procès et présentent un double intérêt. Cette forme d’expression simplifie le discours, l’amplifie parfois et cristallise des images types dans la mémoire et dans le regard. De plus, elle peut franchir des interdits et permet de révéler un message sous-jacent. Sur ce terrain, les communistes ont affaire à une large concurrence : Jules Moch, Ministre de l’Intérieur puis de la Défense et homme politique de premier plan est, c’est bien normal, l’objet de milliers de caricatures venant de tous les horizons politiques. Mais les organes communistes et ceux des organisations de masse apparentées se distinguent par leur violence. (…) Classiquement pour les communistes évoquant les socialistes, Jules Moch incarne le traître ou plutôt le "social-traître". L’accusation est reprise à foison dans la littérature communiste, mais surtout en arrière-fond de pratiquement toutes les attaques. ».

    Voici quelques caricatures très excessives et haineuses qui n'ont jamais été censurées ni condamnées par un tribunal. Elles ont été rassemblées par Gilles Morin dans l'article cité qui a montré les abus dans les dessins, représentant l'ancien résistant, qui a plusieurs fois mis sa vie en danger, comme un collaborateur des nazis. Ces dessins puent l'antisémitisme (il faut regarder la forme du nez), l'anticapitalisme et l'antiaméricanisme, et le pire, c'est que cette argumentation pitoyable d'alliance entre le grand capital, les États-Unis, les Juifs et les nazis restent toujours d'actualité, malgré sa stupidité, soit par des agents de Vladimir Poutine, soit par des militants insoumis. Quant à l'insulte "social-traître", elle reste encore très actuelle, Jérôme Guedj en a même été une victime récente il y a quelques semaines.
     

     
     


    (La caricature n°3 représente Jules Moch tapant sur la voiture SFIO conduite par Léon Blum et réparée par Vincent Auriol, et elle est suivie de près par De Gaulle).
     

     
     
     
     

     

     
     

     

     
     

     

     
     


    Après sa tentative d'être Président du Conseil, Jules Moch a été nommé Vice-Président du Conseil dans le deuxième gouvernement de Georges Bidault du 28 octobre 1949 au 7 février 1950 en cumulant avec l'Intérieur. Ensuite, il est resté une année Ministre de la Défense nationale dans deux gouvernements, du 12 juillet 1950 au 10 juillet 1951.

    Après cela, Jules Moch a préféré renoncer aux fonctions ministérielles en raison de son mandat de représentant de la France à la Commission du désarmement de l'ONU de 1951 à 1961 (il a notamment refusé d'être le Ministre d'État, Ministre du Désarmement de Guy Mollet en 1956). Rapporteur général de la commission des Affaires étrangères à l'Assemblée, Jules Moch a beaucoup influé sur la politique extérieure de la France (mais souvent hors de l'hémicycle du Palais-Bourbon), notamment par le soutien à l'État d'Israël, la mise en place de l'OTAN, etc. Il s'est opposé à la Communauté Européenne de Défense (CED) en 1954, ce qui lui a valu une exclusion temporaire de la SFIO. Il s'est également opposé à la douteuse campagne de Suez en 1956. Il a aussi défendu le 13 janvier 1960 à l'ONU la décision de la France de procéder à des essais nucléaires dans le Sahara algérien : « Le site choisi est à la fois désert et beaucoup plus proche que les atolls aux antipodes de la France. ».

     

     
     


    Après un bref retour au Ministère de l'Intérieur dans le gouvernement de Pierre Pflimlin (il n'avait pas réussi à rétablir l'ordre républicain en Corse) juste avant le retour de De Gaulle au pouvoir, Jules Moch, qui avait voté pour le retour au pouvoir de De Gaulle mais contre la nouvelle Constitution au référendum, s'est fait balayer par la Cinquième République. Battu par un candidat gaulliste en novembre 1958 (en raison du maintien du candidat communiste), Jules Moch, antigaulliste mais aussi anticommuniste acharné, n'a dû son ultime élection en novembre 1962 qu'à un accord entre le PCF et la SFIO dans une circonscription qui allait redevenir communiste lorsque Jules Moch a renoncé à solliciter un nouveau mandat, en 1967 (il avait alors 74 ans).

    Militant socialiste, il a quitté le PS le 31 décembre 1974 après le succès de l'union de la gauche initiée par François Mitterrand, nouveau chef du parti socialiste. Or, pour lui, il était hors de question de s'allier avec les communistes qui n'avaient jamais critiqué Staline et ses méthodes. Son dernier ouvrage politique, sorti en 1977, s'est intitulé fort opportunément : "Le Communisme, jamais !" (éd. Plon). Décidément, les communistes ne l'apprécieront jamais !



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (26 juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    "Dictionnaire des parlementaires français" (éd. La Documentation française).
    "Les communistes et Jules Moch, représentations et pratiques en temps de guerre froide" par Gilles Morin, "La guerre froide vue d'en bas", sous la direction de Philippe Buton, Olivier Büttner et Michel Hastings, CNRS Éditions, 2014.
    Jules Moch.
    Joseph Laniel.
    Quel bovin vous amène ?
    Le vote des femmes en France.
    L'échec de la CED.
    Mélinée et Missak Manouchian.
    Séminaire gouvernemental, conseil de cabinet et conseil des ministres.
    L'abbé Pierre.
    André Figueras.
    Jean-Marie Le Pen.

    Jean Moulin.
    Stéphane Hessel.
    René Pleven.
    Pierre Mendès France.
    Léon Blum.
    La création du RPF.
    De Gaulle.
    Germaine Tillion.
    François Mitterrand.
    Pierre Pflimlin.
    Henri Queuille.
    Robert Schuman.
    Antoine Pinay.
    Félix Gaillard.
    Les radicaux.
    Georges Bidault.
    Débarquement en Normandie.
    Libération de Paris.
    Général Leclerc.
    Daniel Cordier.
    Le programme du Conseil National de la Résistance (CNR).
    Jean Monnet.
    Joseph Kessel.
    Maurice Druon.
    André Malraux.
    Maurice Schumann.
    Jacques Chaban-Delmas.
    Daniel Mayer.
    Edmond Michelet.
    Alain Savary.
    Édouard Herriot.
    Vincent Auriol.
    René Coty.
    Maurice Faure.
    Gaston Defferre.
    Edgar Faure.
    René Cassin.
    Édouard Bonnefous.


     

     
     



    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250731-jules-moch.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/jules-moch-et-le-socialisme-a-261689

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/29/article-sr-20250731-jules-moch.html


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  • L'étrange Georges Lemoine

    « Georges Lemoine nous a quittés. Maire, député, secrétaire d’État, il fut un homme de terrain profondément attaché aux quartiers populaires et à son enracinement chartrain. » (François Rebsamen, Ministre de l'Aménagement du territoire et de la Décentralisation et ancien maire de Dijon, le 25 juillet 2025 sur Twitter).



     

     
     


    L'ancien ministre socialiste Georges Lemoine est mort à Caen le vendredi 25 juillet 2025, tôt dans la matinée, à l'âge de 91 ans (il est né à Rouen le 20 juin 1934). Avec lui est parti l'un des hiérarques de la période socialo-communistes, promu par ses victoires locales dans l'Eure-et-Loir dont il était l'un des grands barons pendant plusieurs décennies. Il fut un compagnon de route historique de François Mitterrand dans les années 1960.

    Il a grandi près de Rennes et est devenu normalien, chargé d'enseignement en littérature. Georges Lemoine a rencontré François Mitterrand en 1965 à la Fédération de la gauche démocratique et socialiste (FGDS) qui l'a fait adhérer à son club politique, la Convention des institutions républicaines (CIR). Aux élections municipales de 1971, Georges Lemoine a mené une liste de centre gauche à Dreux mais a échoué face au maire sortant pourtant membre du petit parti cofondé notamment par François Mitterrand, l'UDSR. Son échec l'a conduit à rejoindre le PS en 1971 (en même temps que les autres mitterrandistes), au congrès d'Épinay, pour le noyauter. En mars 1973, Georges Lemoine a aussi échoué aux élections législatives en Eure-et-Loir, ne parvenant pas à battre le député RI sortant (giscardien).

    Son implantation politique en Eure-et-Loir (depuis 1963) allait pourtant le faire gagner quelques mois plus tard, en septembre 1973 aux élections cantonales, remportant le canton de Chartes-Sud-Est et l'amenant à siéger au conseil général d'Eure-et-Loir de septembre 1973 à octobre 1988 et de mars 1994 à mars 2008. Emporté par une vague favorable à l'union de la gauche, Georges Lemoine est élu maire de Chartres en mars 1977 avec sa liste socialo-communiste face au maire sortant, le centriste Jean Laillet (CDS), qui a mené une liste CDS-RI-RPR (Jean Laillet avait été élu maire de Chartres le 12 mai 1975 pour succéder à Marcel Gaujard décédé en cours de mandat). Georges Lemoine a obtenu dès le premier tour 50,6% des voix, et son concurrent seulement 36,7%, handicapé par une troisième liste divers droite.
     

     
     


    Chartres fut alors son premier mandat de baron local. Georges Lemoine fut élu et réélu maire de Chartres de mars 1977 à janvier 1998, devant quitter son siège de maire en raison du cumul des mandats, mais se faisant élire à la place premier adjoint au maire de janvier 1998 à mars 2001 en conservant son bureau de maire (ce qui montrait bien l'hypocrisie du non-cumul des mandats). En outre, Georges Lemoine a présidé l'agglomération de Chartres jusqu'en mars 2001. En octobre 1981, à cause d'un différend avec son premier adjoint, pour le limoger, il a démissionné et a été réélu comme maire.

    Georges Lemoine a voulu que Chartres puisse devenir une grande ville de congrès et de salons en favorisant une forte capacité hôtelière. Il a aussi implanté une zone très étendue d'entreprises industrielles et du tertiaire, profitant de l'axe de l'autoroute A11 (allant vers Paris). Toutefois, après le constat d'une situation financière très difficile, il a augmenté fortement les impôts en 1997, ce qui n'était pas très populaire !

    L'année suivant sa victoire municipale, Georges Lemoine a remporté les élections législatives en mars 1978 sur son rival sortant de 1973. Il fut alors élu et réélu député de mars 1978 à mars 1993, battu en 1993, puis élu de juin 1997 à juin 2002. En particulier, Georges Lemoine est réélu député de Chartres en juin 1981 contre une ministre sortante du gouvernement de Raymond Barre, Monique Pelletier.
     

     
     


    Influent député-maire de Chartres, Georges Lemoine est devenu très logiquement ministre lors de la victoire de François Mitterrand en 1981, membre des gouvernements de Pierre Mauroy et Laurent Fabius de 1981 à 1986, précisément Secrétaire d'État chargé de l'Énergie du 22 mai 1981 au 23 juin 1981, puis Secrétaire d'État à la Défense du 23 juin 1981 au 23 mars 1983, enfin Secrétaire d'État chargé des DOM-TOM du 23 mars 1983 au 20 mars 1986. En 1981, selon l'AFP, il aurait refusé l'Éducation nationale.

    Grand maître de la fédération d'Eure-et-Loir du PS, Georges Lemoine a commencé à trouver face à lui des contestataires en interne. Le département ayant eu une tradition radicale, et le député-maire de Chartres étant plutôt de centre gauche, ce dernier a favorisé l'éclosion d'un parti régional incluant socialistes et radicaux de gauche. Mais le problème fut la division aux élections régionales de mars 1992 : parallèlement à la liste officielle du PS conduite par son adjointe Maryvonne Radix (également sa successeure au conseil général), existait une liste dirigée par le radical de gauche François Huwart (futur député et futur ministre) que certains ont cru soutenue par Georges Lemoine.

    Battu par le candidat RPR aux législatives en mars 1993, Georges Lemoine s'est représenté à nouveau aux élections cantonales en mars 1994 contre la sortante Maryvonne Radix, son adjointe qu'il a démise en raison de son investiture du PS. Georges Lemoine a alors gagné cette élection dès le premier tour sur les apparatchiks du PS qui l'ont alors exclu du parti.
     

     
     


    Malgré l'état épouvantable des finances de Chartres après une vingtaine d'années de gestion de la ville, Georges Lemoine a réussi en juin 1997 à se faire réélire député de justesse (à quelques centaines de voix près) grâce à la vague de la gauche plurielle. Il a préféré rester député et abandonner son mandat de maire pour le non-cumul (en janvier 1998), mais est resté en fait toujours le maître de cérémonie à Chartres jusqu'en mars 2001 où il a presque tout perdu : la mairie et la présidence de l'agglomération (plusieurs listes se sont affrontées et c'est la liste dissidente de droite qui a gagné, celle de Jean-Pierre Gorges, DL, élu maire et président de l'agglomération). Georges Lemoine a toutefois sauvé son mandat de conseiller général en se faisant réélire au conseil général en mars 2001.

    Battu encore par Jean-Pierre Gorges aux élections législatives de 2002 à la suite de la déconvenue présidentielle de Lionel Jospin, Georges Lemoine ne fut plus que l'ombre de lui-même en tant que conseiller général d'Eure-et-Loir (d'un conseil général dominé par le RPR) et conseiller municipal de Chartres (d'un conseil municipal dominé par la droite), jusqu'en mars 2008.

    À l'issue des élections cantonales de mars 2004, Georges Lemoine a quitté le groupe socialiste et a rejoint dans ses votes la majorité UMP-UDF, souhaitant s'allier avec le groupe UDF qui a refusé. En mars 2008, il a tenté sa réélection aux cantonales mais a été éliminé au second tour lors d'une triangulaire (en dernière place) et a échoué aussi à se faire élire au conseil municipal d'une très petite commune, Favril. N'ayant plus aucun mandat électif en mars 2008, Georges Lemoine a tenté un quasi-ultime combat en septembre 2008 lors d'une élection législative partielle sur son ancienne circonscription mais sans soutien du PS, il n'a obtenu que 14,5% et a été éliminé dès le premier tour. Depuis 2017, l'actuel député de cette circonscription est le macroniste Guillaume Kasbarian qui fut Ministre du Logement puis de la Fonction publique du 8 février 2024 au 23 décembre 2024.
     

     
     


    Et comme il a eu le soutien du micro-parti d'extrême gauche POI (parti ouvrier indépendant), issu du parti des travailleurs, Georges Lemoine en est devenu membre jusqu'à la fin de sa vie alors qu'il était plutôt positionné au centre gauche. Ce qui l'a conduit à se présenter une dernière fois en mars 2011 aux élections cantonales (sur un autre canton) avec l'étiquette du POI, ne recevant que 5,7% des voix (cinquième position) dans ce canton qui fut gagné par le candidat du PS. Il faut préciser qu'il existe un député POI depuis 2022, intégré au groupe des insoumis.

    De septembre 1973 (il avait 39 ans) à mars 2008 (il avait 73 ans), Georges Lemoine a eu ainsi une carrière politique de près de trente-cinq ans, ce qui reste très long même si, à partir des années 1990, sa vie politique fut de plus en plus chaotique, pêchant par ses dissensions avec le parti socialiste parisien (face au sien en Eure-et-Loir), jusqu'au point de se retrouver seul politiquement les dernières années d'activités politiques.

    Son ancien "complice" radical de gauche, François Huwart, qui fut député-maire de Nogent-le-Rotrou et ministre dans le gouvernement de Lionel Jospin, semble être parmi les rares personnalités politiques de gauche sincère dans l'expression de son émotion à l'annonce de sa mort : « Sa disparition me fait vraiment de la peine, parce que j’avais de l’estime et de l’admiration. C’était un homme de gauche et un homme libre, pas à la merci de la myopie des partis politiques. Je garde de lui l’image d’un homme très érudit et chaleureux, que je rencontrais dans sa maison de campagne au milieu de ses livres. Je l’ai connu très jeune puisque lorsque j’ai passé le concours de Normale supérieure, il faisait partie du jury. Il était d’une grande fidélité et a été très injustement attaqué par des gens qui lui ont décoché des flèches empoisonnées et qui, aujourd’hui, à sa mort, le couvrent de louanges hypocrites, alors qu'ils savent bien qu'il a terminé sa vie dans la solitude. » ("L'Écho républicain"). En d'autres termes, les hommages rendus aujourd'hui par des membres, actuels ou anciens, du parti socialiste sont à prendre avec les pincettes de l'hypocrisie. Étrange Georges Lemoine.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (26 juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Gisèle Halimi.
    Georges Lemoine.
    Jacques Delors.

    8e motion de censure pour convenance personnelle (du PS).
    Congrès du PS : Saloperies antisémites.
    Jérôme Guedj.
    Congrès du PS : "l'homme le plus riche du cimetière".
    Congrès du PS : Olivier Faure est-il en difficulté ?
    Congrès du PS : le choc de complexité !
    Robert Badinter.
    Congrès du PS à Rennes : l'explosion de la Mitterrandie.
    La préparation du congrès de Rennes (27 janvier 1990).
    Histoire du PS.
    Manuel Valls.
    Martine Aubry.
    Hubert Védrine.
    Julien Dray.
    Comment peut-on encore être socialiste au XXIsiècle ?
    François Bayrou et la motion de censure de congrès du PS.
    Lionel Jospin.
    Claude Allègre.
    François Mitterrand.
    Mazarine Pingeot.
    Richard Ferrand.
    Didier Guillaume.

    Pierre Joxe.
    André Chandernagor.
    Didier Migaud.
    Pierre Moscovici.

    La bataille de l'école libre en 1984.
    Bernard Kouchner.
    Hubert Curien.
    Alain Bombard.
    Danielle Mitterrand.
    Olivier Faure.
    Lucie Castets.

    Bernard Cazeneuve
    Gabriel Attal.
    Élisabeth Borne.
    Agnès Pannier-Runacher.
    Sacha Houlié.
    Louis Mermaz.
    L'élection du croque-mort.
    La mort du parti socialiste ?
    Le fiasco de la candidate socialiste.
    Le socialisme à Dunkerque.
    Le PS à la Cour des Comptes.











    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250725-georges-lemoine.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/l-etrange-georges-lemoine-262348

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/25/article-sr-20250725-georges-lemoine.html


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  • Gisèle Halimi, une femme militante

    « Gisèle Halimi devint ainsi la figure du féminisme contemporain, d'un féminisme qui veut éveiller les consciences, anéantir les inégalités, tendre avec exigence et détermination vers un monde de concorde entre les femmes et les hommes. Choisir la cause des femmes pour Gisèle Halimi, ce n'était pas faire le procès des hommes, c'était mettre à bas un système où les hommes dominent, endossent des représentations qui les favorisent. C’était retrouver une évidence universelle. Il est injuste, insupportable qu’une petite fille doive servir son frère aîné à table mais quel que soit son sexe, chacun est lié par une fraternité de destin. » (Emmanuel Macron, le 8 mars 2025 à Paris).



     

     
     


    L'avocate de la cause des femmes, Gisèle Halimi, est morte il y a cinq ans, le 28 juillet 2020 au lendemain de son 93e anniversaire (elle est née le 27 juillet 1927). On parle d'elle (des pétitions circulent) pour que ses restes soient transférés au Panthéon et l'Élysée n'y serait pas hostile.

    J'ai évoqué il y a quelques jours la figure de Monique Pelletier, qui est de la même génération (à un an près) que Gisèle Halimi. Les deux femmes ont fait beaucoup pour la cause des femmes, les deux ont été des avocates douées. Mais j'aurais une préférence pour Monique Pelletier, celle qui a fait des réalisations concrètes, hors des échos médiatiques mais essentielles pour les femmes, comme le reconduction définitive de la loi sur l'IVG (la loi Veil n'avait qu'une durée limitée de cinq ans) et aussi la loi qui considère le viol comme un crime et pas comme seulement un délit. Gisèle Halimi, qui s'est aussi frottée à la politique (mais les deux n'ont pas eu de "carrière", comme on dit), n'était pas dans la décision mais dans l'influence, dans le changement des mentalités.

    La jeune avocate tenace s'est d'abord fait connaître au début des années 1960 pour sa défense de Djamila Boupacha, militante du FLN en Algérie (qui est encore en vie, elle a 87 ans), qui fut arrêtée, violée et torturée par l'armée française pour une tentative d'attentat à Alger (qu'elle a reconnue). Grâce à la défense de Gisèle Halimi et au remue-ménage médiatique orchestré par Simone de Beauvoir, avec aussi Aimé Césaire, Louis Aragon, Germaine Tillion, Geneviève Anthonioz-De Gaulle, ce fut le procès de la torture en Algérie et les Accords d'Évian ont amnistié Djamila Boupacha qui fut libérée le 21 avril 1962 (et a bénéficié d'une ordonnance de non-lieu le 7 mai 1962). Djamila Boupacha fut l'une des égéries de l'indépendance de l'Algérie mais vite écartée par les hiérarques machos du FLN (et le Président algérien actuel Abdelmadjid Tebboune lui a proposé le 15 février 2022 de la nommer sénatrice mais elle a refusé).

     

     
     


    Le deuxième combat très médiatique de Gisèle Halimi, qui consacra sa réputation de militante des causes pour les femmes, c'est au début des années 1970 sa défense de Marie-Claire Chevalier, jeune fille de 16 ans victime d'un viol en août 1971 et accusée d'avoir pratiqué un avortement (par une "faiseuse d'anges" qui l'a conduite à être hospitalisée en raison d'une grave hémorragie). Gisèle Halimi a alors eu l'audace d'attaquer la loi même qui interdisait l'avortement. C'est le fameux procès de Bobigny en 1972 qui a agrégé toutes les militantes féministes derrière ce combat pour la justice, car Gisèle Halimi considérait comme une immense injustice de considérer une femme violée comme d'abord une coupable (cinq femmes y étaient jugées, en particulier la mère de Marie-Claire, modeste employée de la RATP, pour l'avoir aidée à avorter). Elle a gagné ce procès très médiatisé avec une relaxe de Marie-Claire le 11 octobre 1972 (Marie-Claire, qui a fait une tentative de suicide peu après son procès, a réussi à être mère et même grand-mère, et est morte le 23 janvier 2022 d'une tumeur au cerveau ; le Président de la République a salué sa mémoire).

    Il faut insister sur l'aspect très glauque de ce procès : le violeur, un jeune homme mineur qui se trouvait dans le même lycée, l'avait dénoncée (avait dénoncé sa victime qui avait pratiqué l'avortement !) car lui-même avait été arrêté par la police pour un vol de voitures et pensait que cette délation lui permettrait plus d'indulgence de la justice.
     

     
     


    Deux ans plus tard, la loi Veil a rendu ce genre de procès anachronique. Beaucoup considèrent encore aujourd'hui que c'est ce procès de Bobigny qui a permis la loi Veil, mais en fait, son principe était déjà dans les tuyaux des ministères, en particulier au Ministère de la Santé, pour des raisons de santé publique. Les femmes qui se faisaient avorter risquaient trop leur vie avec des hémorragies et des infections, d'où le besoin de légiférer pour arrêter les pratiques douteuses des "faiseuses d'ange", celle de Marie-Claire ayant écopé d'un an de prison avec sursis et d'une amende.

    Avant le procès de Bobigny, Gisèle Halimi avait signé le "Manifeste des 343", une tribune publiée le 5 avril 1971 dans "Le Nouvel Observateur" qui réclamait une loi pour l'avortement et dont les 343 femmes signataires reconnaissaient qu'elles s'étaient fait avorter, risquant ainsi des poursuites pénales. Parmi les signataires, au-delà de Gisèle Halimi et Simone de Beauvoir : Françoise Sagan, Marguerite Duras, Ariane Mouchkine, Stéphane Audran, Jeanne Moreau, Micheline Presle, Catherine Deneuve, Marceline Loridan, Bernadette Lafont, Antoinette Fouque, Françoise Fabian, Bulle Ogier, Marie-France Pisier, Yvette Roudy, Delphine Seyrig, Nadine Trintignant, Marina Vlady, Agnès Varda, etc. Il est à noter que Gisèle Halimi était la seule avocate de ces 343 signataires (elle risquait aussi de perdre son travail puisqu'elle se rendait coupable d'un délit). Ce manifeste a conduit la fondation du mouvement militant Choisir la cause des femmes, créé le 9 juin 1971 par Gisèle Halimi et Simone de Beauvoir.

    Évidemment, la loi Veil n'a pas tout résolu pour l'égalité, la justice, la parité des femmes et le combat de Gisèle Halimi n'est toujours pas achevé. Bien sûr, elle avait bien compris qu'il fallait se placer sur le plan politique.

    Proche de la gauche et surtout de François Mitterrand qu'elle avait soutenu dès 1965, elle s'est d'abord présentée dans le quinzième arrondissement de Paris aux élections législatives de mars 1967 avec l'étiquette de la FGDS (la fédération de la gauche non-communiste), mais n'a recueilli que 13,5% des voix au premier tour, éliminée et devancée par le candidat communiste qui échoua face au député sortant et ancien ministre gaulliste Jacques Marette (la FGDS avait réservé, pour le Mouvement démocratique féminin de Marie-Thérès Eyquem dont faisait partie Gisèle Halimi, sept circonscriptions, mais ingagnables à gauche !).

    Gisèle Halimi a fait une deuxième tentative dans une autre circonscription du quinzième arrondissement en mars 1978, cette fois-là sans investiture du PS, avec le soutien de son seul mouvement (Choisir la cause des femmes), ce qui fut un désastre électoral pour elle avec seulement 4,3% des voix derrière quatre candidats, celui du PCF, de l'UDF, du PS et enfin du RPR, sortant, Claude Roux, qui fut réélu (circonscription où allait être élu en juin 1981 le futur ministre Jacques Toubon).

    Mais en juin 1981, il n'était plus question de perdre alors que la gauche gagnait. François Mitterrand a refilé à Gisèle Halimi une circonscription en Isère, la quatrième (celle de Grenoble-Nord, Voiron, Vinay, Tullins, Rives, Saint-Marcellin), une circonscription déjà occupée par un député socialiste sortant, et pas des moindres puisqu'il s'agissait de Jacques-Antoine Gau, député-maire de Voiron depuis 1977 et même président du groupe PS à l'Assemblée Nationale en 1978, qui est mort le 29 mai 1981, trois semaines après l'élection de François Mitterrand à la Présidence de la République. Gisèle Halimi fut en tête au premier tour avec 33,2% et gagna largement au second tour avec 53,1% contre le futur député et maire de Voreppe Michel Hannoun (et futur président du conseil général de l'Isère).


    À l'origine, cette circonscription était réservée au suppléant de Jacques-Antoine Gau, à savoir le maire de Pont-en-Royans Yves Pillet (futur député de 1988 à 1993) et Gisèle Halimi avait reçu un accueil très froid des militants socialistes des lieux (comme elle fut rejetée de la première circonscription de Loir-et-Cher, celle de Pierre Sudreau, qui était le premier parachutage envisagé par elle en 1981). Elle était soutenue par Louis Mermaz, mitterrandiste (député-maire de Vienne, président du conseil général de l'Isère et ministre depuis quelques jours), son suppléant fut Maurice Rival, le maire de Chirens, un proche de Louis Mermaz, mais la venue de l'avocate était contestée par le député-maire de Grenoble Hubert Dubedout, rocardien, qui considérait cette circonscription réservée aux rocardiens. Pendant les quelques jours de campagne, elle fut aussi soutenue par Pierre Joxe (qui allait être un président du groupe PS très désagréable pour elle, apparentée PS), Michel Crépeau et Michel Jobert. Le jeune avocat André Vallini, futur député-maire de Tullins, futur président du conseil général de l'Isère et futur ministre, opposé à la candidature de Gisèle Halimi, est devenu son collaborateur parlementaire.
     

     
     


    Le mandat de députée de l'Isère a beaucoup déçu Gisèle Halimi, dès le premier jours, lorsqu'elle s'est rendue au Palais-Bourbon et qu'elle s'est aperçue qu'il y avait moins de femmes qu'à la Libération en 1945 (28, soit 5,7%, au lieu de 33), et cela malgré l'arrivée de nombreux nouveaux et jeunes députés socialistes : ils étaient quasiment tous des hommes !

    Toutefois, elle n'a pas été députée pour rien ! Bien que bridée par les socialistes qui se méfiaient d'une députée incontrôlable et inclassable, elle a contribué notamment à deux réalisations concrètes, aux côtés du Ministre de la Justice Robert Badinter.

    D'une part, elle a transformé le contenu de la prestation de serment des avocats. Son problème, c'était que dans l'ancien serment, le futur avocat s'engageait à prendre de la distance avec la cause de ses clients, or, elle considérait que l'avocat pouvait au contraire épouser cette cause. Ainsi, en 1982, la prestation de serment a été plus raccourcie, sans référence aux bonnes mœurs, à la sûreté de l'État et à la paix publique : « Je jure, comme avocat, d'exercer mes fonctions avec dignité, conscience, indépendance, probité et humanité. » (article 1er de la loi n°82-506 du 15 juin 1982 relative à la procédure applicable en cas de faute professionnelle commise à l'audience par un avocat).


    D'autre part, Gisèle Halimi a pris pleinement part à l'élaboration de la loi n°82-683 du 4 août 1982 relative à l'abrogation du deuxième alinéa de l'article 331 du code pénal, ce qui allait dépénaliser l'homosexualité pour les mineurs de plus de 15 ans. En tant que rapporteure de la proposition de loi (déposée par Raymond Forni, président de la commission des lois), Gisèle Halimi est intervenue dans l'hémicycle de l'Assemblée le 20 décembre 1981 : « On peut se demander, avec le recul, comment des députés français, c'est-à-dire par définition des femmes et des hommes qui devraient avoir l'intelligence de nos libertés fondamentales puisqu'ils sont chargés de les défendre, ont pu légiférer pour réprimer l'homosexualité. Car, s'il est un choix individuel par essence et qui doit échapper à toute codification c'est bien celui de la sexualité. Il ne peut y avoir de " morale sexuelle » de tous qui s'impose à la " morale sexuelle » de chacun. Chacun connaît la nécessité, pour l'individu, de vivre en accord avec ce qui reste le plus profondément inexprimé, par peur, honte, conditionnement social ou répression, je veux dire sa sexualité. Et qu'il s'agisse d'hétérosexualité ou d'homosexualité, cette relation à l'autre ne peut jouer comme un facteur d'équilibre que débarrassée de la clandestinité ou de l'autocensure auxquelles contraint bien souvent notre environnement et, en premier lieu, nos lois qui, dans notre culture, provoquent au changement des mentalités, avant de changer elles-mêmes. Certes, comme toute liberté, ce droit de choisir sa sexualité connaît ses limites, classiques au demeurant. (…) Pour le législateur de 1950, les homosexuels étaient donc considérés comme un fléau social, pêle-mêle avec les bouilleurs de cru, les proxénètes, et tant d'autres. ».

    Et de préciser clairement les conséquences de cette proposition de loi : « Pour qu'il y ait délit au titre du deuxième alinéa de l'article 331, quatre éléments doivent être réunis. Il faut qu'un acte matériel ait été commis. Il est nécessaire, en second lieu, que cet acte revête un caractère impudique ou contre nature. La troisième condition tient à l'absence de violence ou de contrainte. Enfin, quatrième élément constitutif de l'infraction, les participants doivent être du même sexe et l'un d'entre eux au moins doit être un mineur âgé de 15 ans à 18 ans. L'énumération même des éléments constitutifs de l'incrimination montre que l'abrogation de ce texte n'aurait pas pour effet d'accorder la moindre impunité aux homosexuels en matière d'attentat aux mœurs. L'abrogation a simplement pour objet de signifier que les homosexuels sont des citoyens qui doivent répondre de leurs actes au même titre que les hétérosexuels, quand ces actes constituent des délits. Resteraient punissables tous les attentats à la pudeur avec violence, les attentats à la pudeur sans violence, c'est-à-dire toute relation homosexuelle avec un mineur de moins de 15 ans, de même que le proxénétisme tendant à favoriser la prostitution homosexuelle des mineurs, que ceux-ci soient âgés de plus ou de moins de 15 ans, en vertu de l'article 334-1 du code pénal. N'oublions pas non plus l'article 356 du même code (…) qui punit le détournement de mineurs, quel que soit le sexe du coupable et de la victime. ».


    Tout aussi clairement, Gisèle Halimi a exposé les raisons de son indignation pour cet article du code pénal (alinéa 2 de l'article 331) qui serait abrogé : « Il devient clair que le texte actuel crée une inacceptable inégalité, devant la loi, de deux catégorie de citoyens. Aujourd'hui encore, la loi laisse subsister des différences discriminatoires à l'égard d'une certaine catégorie, nombreuse, de citoyens, je veux parler de citoyennes. Mais le deuxième alinéa de l'article 331 du code pénal va, me semble-t-il, encore plus loin dans la discrimination. Ce n'est pas de racisme ni de sexisme qu'il s'agit : il s'agit simplement de créer, à l'intérieur de chaque sexe, une catégorie de sous-citoyens qui, parce qu'ils sont homosexuels, devraient répondre plus que les autres de leurs actes délictuels. Le délit qui leur est reproché est, de plus, et cela est grave en matière pénale, particulièrement mal défini. Qu'est "l'acte impudique et contre nature" quand il y a consentement ? Toute forme de relation sexuelle pourrait, à la limite, être définie comme un acte impudique ou contre nature et donc considérée comme une infraction, selon l'appréciation du juge ou du Parquet, selon la vie que ce juge mène, en fin de compte selon sa propre sexualité. Ce flou volontaire est particulièrement inacceptable dans une loi qui réprime. Ce texte crée, ce n'est pas la moindre de ses anomalies, une double majorité pénale. En effet, les jeunes âgés de quinze à dix-huit ans sont considérés comme mineurs au regard de telle incrimination et comme majeurs au regard de telle autre. Le deuxième alinéa de l'article 331 du code pénal crée ainsi une curieuse frange, où tantôt l'on est mineur, tantôt l'on est majeur, tantôt on a atteint l'âge du consentement, tantôt on est censé ne pas l'avoir atteint. Cette étrange dualité est choquante selon laquelle la majorité hétérosexuelle serait acquise à 15 ans et la majorité homosexuelle ne serait atteinte qu'à l'âge de 18 ans. Il n'est pas possible, me semble-t-il, de prévoir des solutions différentes pour les hétérosexuels et les homosexuels, car cette discrimination repose en vérité, qu'on le dissimule ou non sous des arguments politiques ou de droit constitutionnel, sur un jugement moral implicite ou explicite : l'homosexualité est l'anormalité. On en revient toujours au même constat, à savoir qu'entre les partisans du maintien de ce texte et les partisans de son abrogation, la divergence est inconciliable. Nous estimons, nous, que la liberté sexuelle inclut l'homosexualité et nos adversaires affirment le contraire. ».

    Elle a été très déçue par le machisme du PS et surtout le cynisme de François Mitterrand : « [Il] me recevait et m'écoutait poliment, mais il ne m'a été d'aucun soutien. (…) Il était bien trop éloigné de nos pensées, de nos révoltes, de notre sensibilité pour être un véritable compagnon de route. (…) Il faisait semblant de réfléchir et je touchais du doigt la toute-puissance du chef de l'État. Nommer, dé-nommer, re-nommer, gratifier... tout cela relevait de son pouvoir et de son bon plaisir. Le fait du prince. Le moins que l'on puisse dire est qu'il n'en a pas abusé pour promouvoir les femmes ! » (2020). C'est pour cela que Gisèle Halimi a quitté son siège de députée en septembre 1984 en démissionnant officiellement parce qu'elle était en mission plus de six mois auprès de Claude Cheysson, le Ministre des Relations extérieures, une mission opportune sur la crise des organisations internationales (son suppléant Maurice Rival lui a alors succédé, sans élection partielle). Cela l'amena finalement à être nommée ambassadrice de la France à l'UNESCO du 13 avril 1985 au 1er septembre 1986 (succédant à une autre femme, Jacqueline Baudrier, l'ancien présidente de Radio France). Puis elle fut présidente du Comité des conventions et des recommandations de l'UNESCO, puis conseillère spéciale de la délégation française à l'Assemblée générale de l'ONU. Mais elle retrouva surtout son activité d'avocate qu'elle n'a jamais quittée jusqu'à sa mort à 93 ans.

    Politiquement, elle a rejoint Jean-Pierre Chevènement aux élections européennes de juin 1994, placée en deuxième position sur sa liste mais n'a pas été élue à cause du faible score de la liste (2,5%). En 1998, elle a cofondé Attac, mouvement altermondialiste. Pas étonnant que l'émission "Autant en emporte l'histoire", produite par Stéphanie Duncan et diffusée le 3 avril 2022 sur France Inter, soit intitulée « Gisèle Halimi, la jeune fille insoumise » et ait commencé ainsi : « Mais comment Gisèle Halimi est-elle devenue une rebelle ? Qu’est-ce qui fait qu’un enfant, et singulièrement une petite fille, se mette à dire non, à se révolter contre l’injustice et un jour, à vouloir se battre pour les autres ? Rien n’était pourtant écrit d’avance pour la petite Gisèle née juive, colonisée, pauvre et femme. Avec un père qui ne voulait pas d’une fille et une mère qui ne voyait d’autre avenir pour elle que le mariage, la maternité et la soumission. ».

     

     
     


    Au point que certains proches (dont un de ses fils) l'ont fait parler outre-tombe en assurant qu'elle aurait milité contre la réforme des retraites deux ans et demi après son décès, raison qui les auraient poussés à contester la tenue de l'hommage national le 8 mars 2023 par le Président Emmanuel Macron (initiative approuvée au contraire par un autre fils de la militante disparue).

    C'est en effet dans la salle d'audience de la première chambre de la cour d'appel de Paris le 8 mars 2023 (journée des femmes) qu'Emmanuel Macron a prononcé un discours en hommage à l'action de Gisèle Halimi en faveur des femmes. Il a profité de l'occasion pour annoncer sa volonté de constitutionnaliser la loi sur l'IVG : « Et je veux aujourd’hui que la force de ce message nous aide à changer notre Constitution afin d’y graver la liberté des femmes à recourir à l’interruption volontaire de grossesse pour assurer solennellement que rien ne pourra entraver ou défaire ce qui sera ainsi irréversible. ». Ce qui fut fait exactement un an plus tard, le 8 mars 2024.

    Dans son livre posthume "Une farouche liberté" (publié en 2020), Gisèle Halimi a conclu ainsi : « Je suis convaincue que notre expérience de l'injustice, de l'exclusion, de la souffrance nous a conféré une richesse supplémentaire. Et que, sans en avoir conscience, nous puisons dans notre histoire de domination patriarcale des ressorts insoupçonnés. Il a fallu serrer les dents, s'adapter, inventer, résister. Refouler nos envies, mais pas notre imaginaire. Brider nos pulsions, pas notre volonté. Étouffer nos talents, pas notre sensibilité. Sans doute même s'est-elle développée, et nous donne-t-elle un sens de l'autre plus aigu, une indulgence pour la marge, une empathie pour les fragiles... Une nouvelle nature ? Je ne saurais trancher. Mais je sais que de ces valeurs d'opprimés, courage, endurance, résilience, peut jaillir une formidable créativité. ». Il est juste dommage que Gisèle Halimi n'a pas eu, avec les Sandrine Rousseau et consorts, les héritières politiques qu'elle aurait dû mériter...



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (26 juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Gisèle Halimi.
    Georges Lemoine.
    Jacques Delors.

    8e motion de censure pour convenance personnelle (du PS).
    Congrès du PS : Saloperies antisémites.
    Jérôme Guedj.
    Congrès du PS : "l'homme le plus riche du cimetière".
    Congrès du PS : Olivier Faure est-il en difficulté ?
    Congrès du PS : le choc de complexité !
    Robert Badinter.
    Congrès du PS à Rennes : l'explosion de la Mitterrandie.
    La préparation du congrès de Rennes (27 janvier 1990).
    Histoire du PS.
    Manuel Valls.
    Martine Aubry.
    Hubert Védrine.
    Julien Dray.
    Comment peut-on encore être socialiste au XXIsiècle ?
    François Bayrou et la motion de censure de congrès du PS.
    Lionel Jospin.
    Claude Allègre.
    François Mitterrand.
    Mazarine Pingeot.
    Richard Ferrand.
    Didier Guillaume.

    Pierre Joxe.
    André Chandernagor.
    Didier Migaud.
    Pierre Moscovici.

    La bataille de l'école libre en 1984.
    Bernard Kouchner.
    Hubert Curien.
    Alain Bombard.
    Danielle Mitterrand.
    Olivier Faure.
    Lucie Castets.

    Bernard Cazeneuve
    Gabriel Attal.
    Élisabeth Borne.
    Agnès Pannier-Runacher.
    Sacha Houlié.
    Louis Mermaz.
    L'élection du croque-mort.
    La mort du parti socialiste ?
    Le fiasco de la candidate socialiste.
    Le socialisme à Dunkerque.
    Le PS à la Cour des Comptes.



     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250728-gisele-halimi.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/gisele-halimi-une-femme-militante-261660

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/26/article-sr-20250728-gisele-halimi.html


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  • Le terroriste Georges Ibrahim Abdallah libéré

    « Les lois de 1986 et 1988 ont permis une adaptation de nos procédures pénales à la lutte contre le terrorisme ; bien sûr, on luttait déjà contre le terrorisme avant ces lois : ainsi, nous avions par exemple réussi à arrêter Georges Ibrahim Abdallah. Le lien avec la justice s’est toujours fait par des relations directes avec les magistrats, tant les magistrats instructeurs que ceux du parquet. L’acte de saisine des magistrats, c’est le procès-verbal de renseignement ou le rapport de renseignement ; mais en amont de la procédure judiciaire proprement dite, il y a et il doit y avoir des relations personnelles et institutionnelles entre la DST et les magistrats. Cela permet de prévenir de l’existence de menaces et de faire le point sur les affaires qui pourraient faire l’objet d’une procédure judiciaire. Il y avait donc un dialogue : la DST n’a jamais voulu cacher des renseignements à la justice ; elle a toujours, au contraire, cherché à lui présenter le meilleur dossier possible pour entamer une procédure judiciaire. » (Louis Caprioli, ancien sous-directeur chargé de la lutte contre le terrorisme à la DST, audition à l'Assemblée Nationale le 21 février 2013 de la commission d'enquête sur le fonctionnement des services de renseignements français dans le suivi et la surveillance des mouvements radicaux armés).




     

     
     


    Le terroriste libanais Georges Ibrahim Abdallah, incarcéré en France depuis le 24 octobre 1984 et condamné à la réclusion criminelle à perpétuité le 28 février 1987 pour sa complicité dans l'assassinat de deux diplomates (un Américain et un Israélien) en 1982, devrait être libéré ce vendredi 25 juillet 2025. Pendant ses quarante années de détention, le prisonnier a toujours revendiqué ses idées marxistes, communistes et pro-palestiniennes, ce qui lui a permis de connaître des amis de l'extrême gauche actuelle, en particulier une députée européenne qui n'était même pas née lors de son arrestation.

    Les partisans de la libération de Georges Ibrahim Abdallah ont fait valoir que cette décision du 17 juillet 2025 était une victoire politique, décision prise contre l'avis du parquet national antiterroriste qui avait fait appel de la décision. Cette décision de justice est donc loin de faire l'unanimité parmi les juges français.

    Ces militants marxistes (oui, il en existe encore en plein dans le XXIe siècle) estiment que Georges Ibrahim Abdallah était un prisonnier politique en ce sens que des pressions américaines voire israéliennes auraient été faites à la France pour traiter avec sévérité cet encombrant prisonnier.


    La réalité est plutôt le contraire. La France n'a jamais voulu de ce prisonnier et a tout fait pour que la justice fût la plus douce pour lui. La France, qui avait subi des vagues d'attentats terroristes, en 1982 puis en 1986, préférait éviter de provoquer de nouvelles motivations d'attentats.

    Pendant le procès, le numéro deux de la DST, Raymond Nart, a témoigné en minimisant le rôle de Georges Ibrahim Abdallah, ce qui n'a pas manqué de surprendre les juges. En 2024, Raymond Nart, à l'âge de 88 ans, a publiquement justifié sa position de l'époque : « Les services algériens m’ont expliqué que les FARL et Abdallah ne représentaient rien politiquement, que c’était un petit groupe, des communistes pro-palestiniens excités. Ce qui ne veut pas dire qu’ils n’étaient pas dangereux. Compte tenu du fait qu’on avait déjà essayé d’échanger Abdallah contre un otage, ma logique était de ne pas empêcher qu’un tel échange puisse se reproduire. ».

    Parmi les partisans de la libération de Georges Ibrahim Abdallah à l'époque (donc de sa non-condamnation), Yves Bonnet, le directeur de la Direction de la surveillance du territoire (DST) du 14 novembre 1982 au 1er août 1985, ensuite préfet de 1985 à 1991, futur député UDF de la Manche de mars 1993 à avril 1997, puis futur conseiller régional RN de la Normandie depuis juin 2021, en particulier parce que le directeur de la DST avait promis sa libération aux services algériens proches des FARL en échange de la libération d'un otage enlevé par les FARL, le Français Gilles Sidney Peyrolles (fils de l'écrivain Gilles Perrault), alors directeur du centre culturel de Tripoli (au Liban). Mais la justice a refusé de libérer Georges Ibrahim Abdallah, malgré la libération de Gilles Sidney Peyrolles, car on a retrouvé les armes qui ont tué les deux diplomates, ce qui allait condamner lourdement le dirigeant des FARL.

    Si les Américains étaient autant impliqués pour punir sévèrement Georges Ibrahim Abdallah, c'était parce qu'ils le considéraient comme le responsable notamment de l'assassinat du lieutenant-colonel Charles R. Ray, attaché militaire à l'ambassade des États-Unis en France et probablement membre de la CIA, tué le 18 janvier 1982 à Strasbourg par un attentat revendiqué par les FARL.
     

     
     


    Ainsi, si des pressions américaines ont bien eu lieu, la France a toujours tenté de s'y opposer. Pour preuve, cet échange au cours d'un dîner à Paris en juillet 1986 entre le chef de la CIA, William Casey, proche du Président Ronald Reagan, et le Ministre français délégué à la Sécurité Robert Pandraud, second du Ministre français de l'Intérieur Charles Pasqua. William Casey a menacé son interlocuteur français avec sa fourchette : « Si jamais la France ne condamne pas Abdallah à la perpétuité, ça va mal se passer entre nos deux pays, il y aura rupture diplomatique. Ce sera un énorme scandale. ». Réponse froide et cynique de Robert Pandraud : « On va faire plus simple. Nous allons libérer Abdallah et l'envoyer au Moyen-Orient. On vous donne ensuite son adresse, vous le liquidez et on n'en parle plus ! ».

    C'est notamment ce qu'a relaté l'excellente émission radiophonique "Secrets d'info" produite par Jacques Monin, directeur des enquêtes et de l'investigation de Radio France de 2016 à 2024, et diffusée le 22 juin 2024 sur France Inter avec pour titre : "Les derniers secrets de l'affaire Georges Ibrahim Abdallah" (voir lien en fin d'article).


    Pendant longtemps, avant et pendant le procès, les gouvernements français ont tenté d'expulser Georges Ibrahim Abdallah mais les juges français, jaloux de leur indépendance, ont refusé les pressions des dirigeants français. Au cours du procès, l'avocat général n'avait requis que dix ans de prison, tandis que les juges ont préféré la perpétuité.

    Pierre Baechlin, l'avocat général, a demandé en effet à la cour son indulgence : « Je crois, dans l’intérêt de tous, pouvoir vous demander, vous conjurer, vous supplier, de ne pas prononcer à l’encontre de l’accusé [Georges Ibrahim Abdallah], une peine de réclusion criminelle supérieure à dix ans. ».

    Et Jacques Monin de raconter : « Un témoin de la scène, présent au tribunal ce jour-là, nous raconte aujourd’hui avoir entendu l’avocat général dire à voix basse : "Qu’est-ce qu’il ne faut pas faire pour la France…". Pourquoi une telle clémence ? "La France ne voulait pas faire de vagues à cause de ses otages au Moyen-Orient", analyse Patrice de Méritens. Il raconte qu’à la veille de son réquisitoire, Pierre Baechlin aurait été "invité à prendre un whisky par le Procureur général de Paris. Ce dernier lui explique qu’il risque d’y avoir une nouvelle vague d’attentats s’il requière la perpétuité contre Abdallah. L’avocat général est traumatisé. On lui demandait de trahir la justice au nom de la raison d’État". Georges Ibrahim Abdallah sera cependant condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour complicité d’assassinat. ».
     

     
     


    Au fil des années et de l'application de la peine, certains gouvernements ont refusé une libération conditionnelle à laquelle Georges Ibrahim Abdallah aurait pu prétendre à partir de 1999 (la moitié d'une peine de 30 ans). Il y a eu plusieurs tentatives de libération conditionnelle depuis l'an 2000 qui, jusqu'à juillet 2025, ont toutes échoué pour diverses raisons plus judiciaires que politiques.

    Le Ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy a voulu être ferme. Jean-Marie Beney, à l'époque directeur de cabinet du Ministre de la Justice Pascal Clément (de juin 2005 à mai 2007), maintenant procureur général près la cour d'appel de Montpellier, a décrit son état d'esprit : « Il s’agissait de répondre à une préoccupation exprimée par les Américains, pas de céder à leurs doléances. On ne leur a pas donné de garantie, on leur a dit ce qu’on allait faire. Il n’y a eu aucune tentative d’ingérence ou de pression. Avec ou sans message des Américains, la position du Ministère public aurait été la même. ».

    On peut aussi évoquer le Ministre de l'Intérieur Manuel Valls qui, en refusant le 14 janvier 2013 de signer l'arrêté d'expulsion de ce prisonnier encombrant, a empêché sa libération conditionnelle. Manuel Valls a reconnu des pressions américaines (Hillary Clinton sur son homologue français Laurent Fabius) mais qui n'ont eu aucun effet sur sa prise de décision dictée par le climat politique : « Je le maintiens en prison volontairement, il n’était pas question que je signe l’arrêté d’expulsion. Je le fais par conviction. J’en ai informé le Président de la République [François Hollande], qui ne m’en a pas dissuadé. » (dira-t-il plus tard celui qui est devenu Premier Ministre puis, maintenant, Ministre d'État, Ministre des Outre-mer).

    Ce vendredi, c'est donc un dinosaure des prisons françaises qui va en sortir, immédiatement expulsé vers son pays d'origine, le Liban. Certains militants vont crier victoire, bien sûr, mais les autorités françaises, elles, vont juste pousser un ouf de soulagement.



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (24 juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Les derniers secrets de l'affaire Georges Ibrahim Abdallah.
    Le terroriste Georges Ibrahim Abdallah libéré.
    Faut-il s'indigner ?
    Mahmoud Abbas.
    Yasser Arafat.
    Les Accords d'Oslo.
    Shimon Peres.

    Yitzhak Rabin.
    L'horreur du Hamas.
    L'avenir de la France se joue aussi à Gaza !
    Massacre à Gaza.
    La chute de Bachar El-Assad.
    Michel Aoun.



     

     
     







    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250724-georges-ibrahim-abdallah.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/article/le-terroriste-georges-ibrahim-262302

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/24/article-sr-20250724-georges-ibrahim-abdallah.html


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  • Jacques Delors : Allons, courage, le Printemps de l’Europe est toujours devant nous !

    « Pour beaucoup d’entre nous, Jacques Delors a été le véritable architecte de l’Europe rêvée. Un rêve devenu réalité. La génération de ceux qui, comme moi, sont nés dans les années 1960, et celles qui ont suivi ont pu assister à la naissance de l’Europe sans frontières qu’ils appelaient de leurs vœux et ont eu le privilège de vivre toutes les opportunités de paix et de développement que celle-ci représentait. » (Enrico Letta, le 4 janvier 2024, dans "La Croix").





     

     
     


    L'ancien Président de la Commission Européenne Jacques Delors est né il y a 100 ans, le 20 juillet 1925. Il est mort il y a un an et demi, à 98 ans, le 27 décembre 2023. Désormais considéré comme un (récent) Père de l'Europe, Jacques Delors a été à l'origine de l'Acte Unique Européen (notamment marché unique et harmonisation des diplômes), du Traité de Maastricht (monnaie unique européenne), des Accords de Schengen (libre circulation des personnes), du programme Erasmus (échange entre étudiants), des programmes européens de recherche, des fonds structurels de cohésion, etc.

    Comme l'a exprimé Enrico Letta, ancien Président du Conseil italien, le 4 janvier 2024, Jacques Delors ne considérait le marché unique qu'avec la contrepartie sociale, des fonds de cohésion, de solidarité, dans cette triple deviser : « la concurrence qui stimule, la solidarité qui unit, la coopération qui renforce ».

    Je propose ici de revenir sur le discours d'adieu de Jacques Delors. Il allait quitter la Présidence de la Commission Européenne après dix ans très marquants d'exercice et a prononcé ce discours de départ le 19 janvier 1995, il y a un peu plus de trente ans, à Strasbourg, devant le Parlement Européen présidé par Klaus Hansch (qu'on peut lire dans son intégralité ici).

    Sa priorité a été d'exprimer l'importance du Parlement Européen pendant les réformes qu'il a entreprises en Europe entre 1985 et 1995, ce qu'allait confirmer la parlementarisation ultérieure de l'Europe : « Le seul véritable Parlement multinational au monde doit savoir que pour peu qu'il trouve les formes adéquates et la persévérance dans l'action, sa parole est entendue partout. Ainsi témoigne-t-il, pour sa part, du combat jamais terminé en faveur de la liberté, des droits de l'homme et du pluralisme spirituel, idéologique et politique. Ce n'est pas un hasard si le Traité de l'Union Européenne en a tiré un enseignement : il vous reconnaît désormais ce rôle d'inspirateur, dont je voulais simplement rappeler qu'il s'était incarné dès avant Maastricht et que ses résultats n'auront pu que favoriser le renforcement récent des pouvoirs de votre institution. (…) Grâce à votre force d'initiative et à votre appui jamais démenti, l'intégration européenne a beaucoup progressé au cours des dix dernières années. ».

    L'événement le plus marquant de la période a été la chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989 : « Avec l'effondrement de l'empire soviétique, le rapport de la Communauté au reste du monde a été remis en cause. La chute du mur de Berlin, en novembre 89, a provoqué le véritable aggiornamento de la Communauté. Elle a modifié en profondeur les données politiques et psychologiques de la construction européenne. La Communauté, fille de la guerre froide, devait-elle prendre fin avec la disparition de cette guerre froide ? Non, avons-nous tranché. Il a été décidé d'aller de l'avant, d'agir sur l'événement, de doter la Communauté d'une véritable personnalité politique : l'Europe était devenue pôle d'attraction, elle devait aussi être le moteur d'une stabilisation politique, au niveau du continent. (…) Une nouvelle Union se dessine. Une Union élargie à quinze membres, depuis qu'au terme de négociations conduites avec célérité elle a accueilli en son sein trois nouveaux États membres porteurs d'une longue tradition démocratique et susceptibles d'enrichir ce modèle social que l'Union veut défendre, rénover et promouvoir. (…) L'Europe se veut puissante pour être généreuse, et son engagement en faveur des pays en développement a été accru ces dix dernières années. ».

     

     
     


    Plus qu'un bilan, Jacques Delors a surtout évoqué les perspectives futures de l'Europe de l'après-Traité de Maastricht, et la principale est l'élargissement de l'Union Européenne à l'Europe centrale et orientale : « C'est dire que l'avenir s'annonce incertain, malgré les progrès réalisés. Le préalable, c'est bien entendu de mettre en œuvre ce qui a déjà été décidé dans le traité sur l'Union Européenne, mais tout en réfléchissant, dès maintenant, au cadre de la grande Europe et à sa compatibilité avec la poursuite de notre idéal qui n'a pas changé : l'Union politique des pays européens qui le veulent pleinement. Et là commence le débat. Il vous faudra, il nous faudra beaucoup d'imagination, de capacité technique, de force de conviction, de courage, de fidélité à nous-mêmes pour répondre aux défis de l'avenir. ».

    L'ancien ministre des finances de François Mitterrand n'a jamais cru au « déclin de l'aventure européenne » car il y a un réel besoin. Le premier, vital, est la paix et la sécurité du continent européen : « La demande de paix et de sécurité est toujours là, impérieuse (…). On assiste à la tentation de remettre en cause les positions acquises et les frontières, à la montée des intégrismes, à la résurgence des nationalismes... Comment ne pas souligner ici le message que nous a transmis, hier, le Président de la République française : les nationalismes, c'est la guerre. Au total, nous devons affronter les risques qui pèsent sur le monde et qui affectent, de manière directe ou indirecte, nos propres acquis en matière de paix et de compréhension mutuelle. L'Union Européenne ne peut se dérober face à ces réalités d'ailleurs difficiles à cerner. Sur son flanc est, sur son flanc sud, en Afrique, au Moyen-Orient, on attend d'elle des positions franches et nettes, une prise de responsabilités sans équivoque et des actions cohérentes avec les idéaux qu'elle affirme. La demande d'Europe, pour reprendre une expression simple, est là. ».

    Et de mettre en garde sur l'exigence de puissance, ce qui donne toute sa signification au discours du Président Emmanuel Macron du 13 juillet 2025 : « L'Histoire n'a pas cessé de nous dispenser leçons et avertissements. Malheur à ceux qui ne savent pas se faire respecter. Malheur aux peuples qui s'abandonnent aux délices de la société de consommation, à la nostalgie d'un passé pourtant révolu ou à un mondialisme sans conscience ! Face à cet avenir plein de périls, seule l'union politique des nations européennes peut leur permettre non seulement de défendre leurs intérêts légitimes, mais aussi de rayonner dans le monde, au service des idéaux qui ont marqué le meilleur de l'histoire de l'Europe. Notre crédibilité ne dépend pas uniquement de nos grandes déclarations de principe. Elle est et sera fonction de notre capacité à traduire les objectifs affichés en actes concrets pour la paix, pour la solidarité entre les peuples, pour le respect des droits de l'homme. Nous n'y parviendrons que par un pacte sans équivoque entre ceux des pays européens qui sont prêts à s'engager et à en tirer toutes les conséquences sur les plans politique, économique et institutionnel. ».

    L'impératif démocratique était la troisième piste d'avenir en 1995 : « Il ne peut y avoir d'aventure collective réussie sans promotion de la citoyenneté, c'est-à-dire sans renouveau de la vitalité démocratique. Le temps est révolu où la construction européenne pouvait avancer en parallèle aux vies politiques nationales. L'Europe est désormais entrée dans la vie de chaque citoyen européen. En d'autres termes, c'est une démarche avant tout politique dont nous avons besoin. Certes, l'Union Européenne est loin des citoyens ; certes, nous pouvons faire mieux en termes de transparence et de subsidiarité. Mais de là à faire de la construction européenne le bouc-émissaire de notre mélancolie démocratique, il y a une marge qui ne doit pas être franchie. Le mal est en nous, dans nos sociétés, dans les travers de nos vies politiques nationales : la distance qui s'accroît entre gouvernants et gouvernés, la consommation frénétique des faits et l'oubli qui intervient vite, l'épidémie galopante des sondages... voilà les maux pernicieux qui handicapent, il faut bien le dire, nos vieux pays. ».

     

     
     


    Sans surprise, Jacques Delors a fait la promotion de « l'approche fédérale » : « Le réveil politique de l'Europe se voudra une incitation à l'approfondissement démocratique contre l'abandon et l'atonie. Et c'est alors qu'une fois de plus, et au-delà des passions et des incompréhensions, il me faut rappeler les mérites de l'approche fédérale en matière institutionnelle. Seule, elle permet de préciser qui fait quoi et qui est responsable devant qui. Seule, elle peut décrire clairement les transferts de souveraineté et leurs limites. Seule, elle autorise des procédures de contrôle démocratique et de sanction des abus de pouvoir. Seule, elle garantit le respect des personnalités nationales et des diversités régionales. C'est pourquoi, j'ai proposé cette formule, contradictoire en apparence, de fédération des États nationaux, afin de concilier la mise en œuvre d'ambitions communes avec l'épanouissement de nos nations forgées dans l'histoire, le sang et le contrat qui unissent chacun de nos peuples et qui confortent le sentiment d'appartenance de nos citoyens. Aucun pays européen n'est a priori exclu de cette aventure collective. La Maison est ouverte à tous. ».

    Le Président français était intervenu à la même tribune l'avant-veille, le 17 janvier 1995, pour faire aussi son discours d'adieu à l'Europe, à la fin de son second septennat, avec ce message clair : « Mesdames et messieurs : le nationalisme, c'est la guerre ! La guerre ce n'est pas seulement le passé, cela peut être notre avenir, et c'est vous, mesdames et messieurs les députés, qui êtes désormais les gardiens de notre paix, de notre sécurité et de cet avenir ! ».

    Jacques Delors et François Mitterrand ont eu une vision très pertinente des dangers concrets de l'Europe, le risque de guerre. Comprenant le sens de la guerre déclarée par Vladimir Poutine en Ukraine, Emmanuel Macron ne fait que s'inscrire dans cette longue tradition française, consolidée (mais pas initiée) par De Gaulle, d'indépendance nationale et européenne pour la défense, autrement dit, ne plus dépendre de la protection des États-Unis et de leur bon-vouloir.



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (19 juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    La parlementarisation de l'Europe (juillet 2025).
    Jacques Delors : Allons, courage, le Printemps de l’Europe est toujours devant nous !
    Les 30 ans du discours d'adieu de Jacques Delors.
    Discours de Jacques Delors le 19 janvier 1995 devant le Parlement Européen de Strasbourg (texte intégral).
    L'hommage de l'Europe à Jacques Delors.
    Discours de Présidente de la Commission Européenne Ursula von der Leyen en hommage à Jacques Delors le 31 janvier 2024 (texte intégral).
    L'hommage d'Emmanuel Macron à Jacques Delors : il nous a juste passé le relais !
    Discours du Président Emmanuel Macron en hommage à Jacques Delors dans la cour d'honneur des Invalides à Paris le 5 janvier 2024 (texte intégral et vidéo).
    Jacques Delors, l'un des pères de l'Europe moderne.
    Jacques Delors votera-t-il pour Emmanuel Macron ?
    Jacques Delors aurait-il pu être le précurseur d’Emmanuel Macron ?
    Jacques Delors, l’honneur de la France et de l’Europe.
    Institut Jacques-Delors (créé en 1996).
    Qui peut remplacer Jacques Delors en 2014 ?
    L’occasion ratée de 1995.
    Martine Aubry.

     



     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250720-delors.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/jacques-delors-allons-courage-le-258179

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/19/article-sr-20250720-delors.html


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  • Faut-il s'indigner de la libération prochaine du terroriste Georges Ibrahim Abdallah ?

    « Ni despotisme ni terrorisme. Nous voulons le progrès en pente douce. » (Victor Hugo, "Les Misérables", 1862).



     

     
     


    Ce jeudi 17 juillet 2025, la cour d'appel de Paris a rendu un jugement important puisqu'elle autorise la libération du terroriste Georges Ibrahim Abdallah avec expulsion immédiate vers son pays, le Liban, le 25 juillet 2025. Cette décision de la justice française était le résultat de l'appel du parquet national antiterroriste contre la décision du tribunal d'application des peines du 15 novembre 2024 permettant sa libération conditionnelle, sous condition « qu'il quitte le territoire français et n'y apparaisse plus ».

    Contrairement à ce que laisse entrevoir ce visage de grand-père bienveillant et sympathique, à la barbe blanche du père Noël, George Ibrahim Abdallah (74 ans) est un terroriste libanais, qui a été un proche du Palestinien Georges Habache, chef du front populaire de libération de la Palestine (FPLP). Militant communiste, activiste pro-palestinien, chef en France de la FARL, fraction armée révolutionnaire libanaise, communiste, marxiste, pro-syrienne et anti-israélienne, il a été arrêté le 24 octobre 1984 à Lyon en possession d'un faux passeport algérien, puis des armes ayant servi à des assassinats ont été retrouvées chez lui (25 kilogrammes d'explosifs, des mitraillettes, des roquettes, des pistolets, etc.), si bien que le 28 février 1987, à l'issue d'un procès très médiatisé (il fut défendu par Jacques Vergès), la cour d'assises spéciale l'a condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour sa complicité dans l'assassinat du diplomate américain Charles R. Ray le 18 janvier 1982 à Strasbourg et celui du diplomate israélien Yacov Barsimantov le 3 avril 1982 à Paris.
     

     
     


    Pendant plus de quarante ans, il a été soutenu par un fort mouvement communiste et pro-palestinien, qui considère que Georges Ibrahim Abdallah serait un prisonnier politique dans un État impérialiste à la solde de la CIA et du Mossad. La réalité, c'est que celui qui ose toujours s'afficher à côté d'un portrait du cruel Che Guevara a du sang sur les mains et dans sa conscience et qu'il a été condamné à perpétuité par une justice indépendante. La preuve, c'est que la politique a tenté de s'en mêler justement pour le libérer en échange de la libération d'un otage en Algérie, ce que la justice française a finalement refusé.

    Faut-il pour autant s'indigner de cette libération qui laisse entendre, pour les organisations d'extrême gauche qui voudraient en faire un nouveau Nelson Mandela (ce qu'il n'est pas), qu'il s'agit d'une « victoire politique » (alors qu'elle n'est qu'une décision d'une justice indépendante) ? En ce qui me concerne, je ne me suis jamais réjoui d'une peine de prison qui est une peine toujours traumatisante, et j'ai toujours été pour une condamnation sévère (afin de rappeler l'interdiction de crimes de sang) avec une peine adaptée, à savoir que la morale triomphe indépendamment de l'application des peines qui est l'affaire des juges d'application des peines.

     

     
     


    En revanche, ce qui m'inquiète, c'est que Georges Ibrahim Abdallah n'a jamais cessé de militer pour ses causes extrémistes depuis sa cellule, bénéficiant d'ailleurs d'un ordinateur et de moyens pour militer (ce qui peut paraître étrange). La question est donc de savoir s'il serait capable de récidiver et de continuer à organiser des actions armées contre des individus ou des États. La libération conditionnelle, qui n'a jamais été un dû, est autorisée par la justice dans le cas où elle considère qu'une fois libre, le prisonnier ne constitue pas un danger pour l'ordre public et pour la population (ce qui a expliqué la libération prochaine de Serge Atlaoui), mais pour cet ancien terroriste libanais visiblement pas repenti, sa libération est conditionnée à une expulsion immédiate vers le Liban et l'interdiction de revenir sur le territoire français. On peut encore être terroriste à 74 ans.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (17 juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Georges Ibrahim Abdallah.
    Mahmoud Abbas.
    Yasser Arafat.
    Les Accords d'Oslo.
    Shimon Peres.

    Yitzhak Rabin.
    L'horreur du Hamas.
    L'avenir de la France se joue aussi à Gaza !
    Massacre à Gaza.
    La chute de Bachar El-Assad.
    Michel Aoun.



     

     
     





    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250717-georges-ibrahim-abdallah.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/faut-il-s-indigner-de-la-262183

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/18/article-sr-20250717-georges-ibrahim-abdallah.html



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  • 50 ans de divorce par consentement mutuel

    « Lorsque les époux demandent ensemble le divorce, ils n'ont pas à en faire connaître la cause ; ils doivent seulement soumettre à l'approbation du juge un projet de convention qui en règle les conséquences. La demande peut être présentée, soit par les avocats respectifs des parties, soit par un avocat choisi d'un commun accord. Le divorce par consentement mutuel ne peut être demandé au cours des six premiers mois de mariage. » (Art. 230 du code civil après la loi du 11 juillet 1975).



     

     
     


    Mine de rien, il y a eu des grands réformateurs dans notre pays. On ne redira ici jamais assez à quel point le Président Valéry Giscard d'Estaing fut un réformateur de la société française. Il a ancré la modernisation de la société, et des mœurs, dès la première année de son septennat par des réformes emblématiques, entre autres la dépénalisation de l'IVG, la majorité à 18 ans, et enfin, alors que c'était politiquement moins bruyant mais sociétalement pas moins crucial, la possibilité du divorce par consentement mutuel. Cela fait maintenant cinquante ans que la loi n°75-617 du 11 juillet 1975 a été promulguée en proposant une voie à l'amiable pour le divorce.

    Biographe de Valéry Giscard d'Estaing, le journaliste Éric Roussel expliquait le 7 mars 2023 pour "Émile", le magazine des sciences po, l'apport de ce jeune Président : « VGE considérait que De Gaulle avait fait de grandes réformes institutionnelles en 1958, mais que tout l’aspect sociétal n’avait pas bougé. Il avait été très frappé par mai 68 et redoutait qu’une crise analogue se reproduise. ».

    Au même titre que l'IVG, VGE n'a pas incité, n'a pas encouragé le divorce, mais il a su saisir les nécessités de son époque pour adapter la législation à la société en pleine transformation. Le gouvernement de Jacques Chirac, en particulier le Ministre de la Justice Jean Lecanuet qui a défendu ce projet de loi, était évidemment partisan du modèle familial traditionnel, et se plaçait à droite ou au centre droit de l'échiquier et n'avait rien de révolutionnaire.
     

     
     


    Il est important d'évoquer cette révolution. Pas celle de mai 1968, mais celle du 20 septembre 1792 qui proposa dès ce moment-là ce divorce par consentement mutuel, dans la suite logique de l'égalité entre les hommes et les femmes. Ce divorce a été banni à la Restauration en 1816 et il a fallu attendre 1975, sous l'inspiration du juriste Jean Carbonnier, professeur de droit privé, pour retrouver cette voie "à l'amiable" de séparation des foyers conjugaux.

    Avant cette procédure, il y avait deux autres voies pour le divorce, en cas de rupture de la vie commune (séparation de corps, de fait), et en cas de faute, qu'il fallait donc prouver (par exemple, adultère). En proposant une procédure par consentement mutuel, cela limite évidemment les frais, cela accélère la procédure et cela facilite psychologiquement la séparation. Surtout, cela évitait une fiction judiciaire : même lorsque les deux époux étaient consentants, il fallait trouver une faute pour pouvoir divorcer légalement, ce qui créait des situations stupides de production de fausses preuves pour prouver de fausses fautes.
     

     
     


    Il faut bien rappeler qu'un divorce n'est pas simplement qu'une séparation de deux êtres. Parfois, ils ont créé une communauté de biens (selon le contrat de mariage ; par défaut, tout acquisition postérieure au mariage appartient à la communauté), et parfois même, plus important, ils ont créé une famille, c'est-à-dire qu'ils ont engendré des enfants. En cas de séparation, la communauté doit être liquidée selon des règles de partage consenties ou contraintes (par un juge), selon les cas (y compris pension alimentaire pour le conjoint le moins rémunéré, répartition du patrimoine, etc.), et l'avenir des enfants doit être également réglé (garde des enfants, droit de visite, pension alimentaire, etc.).

    Dans les années 1970, le divorce était encore un acte exceptionnel et honteux. En 1977, il y avait 20 divorces pour 100 mariages. Maintenant, c'est très ordinaire, au point qu'un mariage sur deux se termine désormais en séparation (divorce). À cela, plusieurs raisons dont les principales sont le travail des femmes (les femmes ne sont plus obligées de rester mariées pour vivre ; elles peuvent être indépendantes financièrement) ; l'espérance de vie qui augmente (rester ensemble vingt ans ou cinquante ans n'est pas la même chose) ; la tolérance aux mauvais traitements (violences conjugales) est beaucoup plus faible maintenant qu'auparavant. Enfin, de nos jours, on se marie beaucoup plus par amour qu'hier, ce qui fait que lorsque le sentiment amoureux s'étiole, le mariage est remis en cause.

    De fait, la loi du 11 juillet 1975 a effectivement fait augmenter le nombre de divorces, et de nos jours, il faut compter environ 130 000 divorces par an pour 220 000 mariages par an.
     

     
     


    La procédure est assez simple. Il faut d'abord que les deux époux soient d'accord pour divorcer (c'est le préalable indispensable). Ensuite, les avocats règlent la dissolution du mariage pour l'aspect familial (enfants) et l'aspect matériel (liquidation de la communauté, pensions, etc.). Une fois un accord obtenu par les deux futurs ex-époux, le juge valide le contrat (la convention de divorce). Et l'acte est ensuite inscrit à l'état-civil. Il faut signaler qu'il n'existe pas de procédure d'appel à un divorce par consentement mutuel. En cas de désaccord, c'est le juge qui tranche.

    À partir du 1er janvier 2017, l'intervention d'un juge aux affaires familiales n'est plus nécessaire, à savoir que le ou les avocats des futurs ex-époux déterminent la convention du divorce et la font valider par un notaire, sans juge, ce qui permet de désengorger la justice. La procédure est alors beaucoup plus rapide (quelques mois) et moins coûteuse (il faut toujours payer les avocats et le notaire). Il existe même un moyen de procéder au divorce par des avocats en ligne, sur Internet, sans avoir forcément à les rencontrer physiquement (ce procédé est toutefois plus ou moins légal).
     

     
     


    La réforme du divorce par consentement mutuel a été une grande révolution pour la société française. Alors que le divorce était vécu comme une mise en accusation par la société du couple devenu coupable de ne plus vouloir rester uni, il a été dédramatisé, devenu simple séparation avec juste la préoccupation sur l'avenir des enfants et l'avenir du patrimoine commun. Paradoxalement, ceux qui y ont le plus gagné, psychologiquement, sont les enfants des couples séparés. De nos jours, les familles sont désormais recomposées, avec des demi-frères, demi-sœurs, ou même une fratrie sans sang commun, des beaux-pères, des belles-mères (mais pas dans le sens des parents du conjoint), et ce n'est plus "dramatique". En revanche, cela a des conséquence notamment sur le nombre de logements nécessaires à ces nouvelles mœurs (dans une société qui manque cruellement de logements).

    Comme pour la contraception dès 1967, ainsi que pour l'IVG, la réforme du divorce a été une simple nécessité sociétale pour que la législation accompagne l'évolution d'une société devenue de plus en plus individualiste. Ceux qui ont amorcé ces réformes n'étaient pas dans la philosophie (pour ou contre), mais dans l'action publique avec des objectifs de santé publique (très clairement pour l'IVG) et de santé mentale, d'intérêt général.

    Finalement, malgré son importance, cette loi du 11 juillet 1975 est passée avec une relative discrétion politique au contraire de la loi sur l'IVG. Elle a pourtant contribué, mais pouvait-on l'éviter ?, à la décomposition de la cellule familiale dont on connaît le paroxysme actuellement.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (05 juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    50 ans de divorce par consentement mutuel.
    Les 20 ans de la loi handicap du 11 février 2005.
    IVG : l'adoption de la loi Veil il y a 50 ans.
    Le droit de vote à 18 ans, c'était il y a 50 ans grâce à Giscard !
    Lucien Neuwirth  et la contraception.
    Le vote des femmes en France.
    Femmes, je vous aime !
    Ni claque ni fessée aux enfants, ni violences conjugales !
    Violences conjugales : le massacre des femmes continue.
    L'IVG dans la Constitution (3) : Emmanuel Macron en fait-il trop ?
    Discours du Président Emmanuel Macron le 8 mars 2024, place Vendôme à Paris, sur l'IVG (texte intégral et vidéo).
    L'IVG dans la Constitution (2) : haute tenue !
    L'IVG dans la Constitution (1) : l'émotion en Congrès.
    La convocation du Parlement en Congrès pour l'IVG.
    L'inscription de l'IVG dans la Constitution ?
    Simone Veil, l’avortement, hier et aujourd’hui…
    L’avortement et Simone Veil.
    Le fœtus est-il une personne à part entière ?
    Le mariage pour tous, 10 ans plus tard.
    Rapport 2023 de SOS Homophobie (à télécharger).
    Six ans plus tard.
    Mariage lesbien à Nancy.
    Mariage posthume, mariage "nécrophile" ? et pourquoi pas entre homosexuels ?
    Mariage annulé : le scandaleux jugement en faveur de la virginité des jeunes mariées.
    Ciel gris sur les mariages.

    Les 20 ans du PACS.
    Ces gens-là.
    L’homosexualité, une maladie occidentale ?
    Le coming out d’une star de la culture.
    Transgenres adolescentes en Suède : la génération sacrifiée.
    PMA : la levée de l’anonymat du donneur.
    La PMA pour toutes les femmes.












    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250711-divorce.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/50-ans-de-divorce-par-consentement-261186

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/08/article-sr-20250711-divorce.html



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  • Edgar Morin, penseur de réputation mondiale !

    « J'étais un cadavre politique, mais redevins un esprit en activité. » ("Les Souvenirs viennent à ma rencontre", juin 2021, éd. Fayard).


     

     
     


    Incroyable Edgar Morin ! Le sociologue et philosophe français fête ses 104 ans ce mardi 8 juillet 2025. Oui ! 104 ans ! Line Renaud a fêté son 97e anniversaire le 2 juillet 2025, mais c'est une petite jeunette comparée au sociologue d'un septennat son aîné ! Le plus incroyable, c'est qu'il reste une figure intellectuelle toujours en activité, toujours en éveil, curieuse de tout, avec ses opinions sur tout (parfois bien inspirées, parfois moins bien inspirées).

    Et être en activité, ce n'est pas seulement lire, c'est parler à la radio, à la télévision, écrire des bouquins, les commenter, les "vendre" dans des émissions, rester actif sur toutes les horreurs du monde, de Gaza à Soumy, avoir son grain de sel à dire sur l'actualité débordante de transgression, de tourments et de perte de repères (et aussi perte de repaires).

    L'âge aidant, Edgar Morin a sorti quelques livres de souvenirs, de mémoires, plus intellectuels que biographiques. J'ai relu par exemple celui sorti en juin 2021 aux éditions Fayard, et je ne peux m'empêcher de sourire sur la qualité donnée à Edgar Morin (et le résumant en trois mots) en quatrième de couverture : « penseur de réputation mondiale ». J'aurais plutôt proposé : « humaniste à vocation universelle ».


    Ce livre est intitulé "Les Souvenirs viennent à ma rencontre" et toujours dans la quatrième page de couverture, l'auteur s'interroge sincèrement : « Ces souvenirs témoignent que j'ai pu admirer inconditionnellement des hommes ou des femmes qui furent à la fois mes héros et mes amis. Ils témoignent des illuminations qui m'ont révélé mes vérités, de mes émotions, de mes ferveurs, de mes douleurs, de mes bonheurs. Ils témoignent que je suis devenu tout ce que j'ai rencontré. (…) Ils témoignent de mes résistances (…). Ces souvenirs témoignent enfin d'un extrême diversité de curiosités et d'intérêts, mais aussi d'une obsession essentielle : que puis-je savoir ? Que puis-je croire ? Que puis-je espérer ? Inséparable de la triple question : qu'est-ce que l'homme, la vie, l'univers ? Cette interrogation, je me suis donné le droit de la poursuivre toute ma vie. ».

    Disons-le clairement : Edgar Morin a été un coup de foudre pour moi ! Intellectuel, bien sûr ! D'ailleurs, j'ai constaté que je ne suis pas le seul à être fasciné par la pensée d'Edgar Morin. J'ai évoqué très récemment la figure du Prix Nobel de Physique Alain Aspect élu à l'Académie française. Eh bien, il y a un rapport entre les deux hommes.

    En 1982-1983, j'avais suivi avec enthousiasme et passion la fameuse expérience d'Alain Aspect, celle de l'intrication quantique (une conclusion qui rend absolument fou, il faut dire !). C'était raconté dans des revues scientifiques mais c'était passé très difficilement le stade des médias grand public (presse, radio, télévision), alors que, pour moi, c'était incroyable, il fallait diffuser cette nouvelle comme les apôtres ont annoncé la Bonne Nouvelle au monde entier (j'ai parlé d'enthousiasme, ce n'est pas pour rien, du divin dedans !).

    Et vers 1985, j'ai découvert Edgar Morin. Je devais le connaître de nom car il était déjà très présent à la radio, à la télévision et dans les journaux, mais je ne m'étais jamais penché sur son œuvre, sur cette conception de la pensée complexe qui a fait sa réputation (mondiale). Je l'ai découvert dans une émission télévisée qui était loin d'être intellectuelle même si elle était un peu bobo ("Droit de réponse" animé par Michel Polac sur TF1), je me souviens surtout des volutes de fumée aujourd'hui invraisemblables (on interdit maintenant le tabac sur les plages !), et je voyais Edgar Morin parler justement de physique quantique et de l'importance de la physique quantique dans la compréhension du monde.

    Renseignements pris, Edgar Morin n'était pas un physicien (ça, je le savais), il se revendiquait sociologue (on pourrait aussi dire philosophe) et surtout, il avait une méthode de travail incroyable : il avait à sa disposition une quarantaine de chercheurs dans tous les domaines qui lui apportaient toutes ses matières à réflexion. J'ai bien aimé cette ambition (démesurée, il faut le dire) à vouloir réfléchir sur tout le savoir dont l'humanité dispose, cela renouait avec le concept des savants, à l'époque de la Renaissance, à la fois philosophes et scientifiques. Aujourd'hui, c'est très difficile de vouloir englober toute la connaissance du monde tant son étendue est très large et elle est aussi très profonde. Edgar Morin y avait mis les moyens en recrutant des collaborateurs exceptionnels qui étaient capables de faire comprendre à un profane les enjeux sociaux de la biologie, de la génétique, de l'informatique, de la physique quantique, etc.


    En relisant, donc, ce livre de souvenirs, j'ai plongé dans les débuts parfois chaotiques de la vie d'Edgar Morin. En 1949, il avait quitté le PCF auquel il avait adhéré parce qu'il ne supportait pas l'idée des procès de Moscou qui continuaient aussi en Bulgarie et dans d'autres pays dits de l'Est.

    Et il se considérait alors comme un "chômeur intellectuel" : « En fait, je ne repris pas ma carte du parti, mais n'osais le dire, ce qui fait que les communistes de mon quartier à Vanves étaient persuadés que je militais à mon travail, au CNRS. J'étais un cadavre politique, mais redevins un esprit en activité. ». J'aime bien cette dernière phrase qui montre qu'il était difficilement conciliable d'être à la fois un encarté du parti communiste français et un intellectuel jaloux de sa liberté de pensée !
     

     
     


    Et il poursuit ainsi : « Le destin me faisait travailler à ma renaissance sur le front des sciences humaines. Comme je l'ai évoqué précédemment, on m'avait commandé (…) un livre sur l'homme et la mort pour la collection "Dans l'histoire" aux éditions Corrêa, et je m'étais mis à l'ouvrage, profitant de ma situation infortunée de chômeur intellectuel. ».

    Quatre pages auparavant, Edgar Morin parle de sa famille, de ses deux filles : « Mon nomadisme et mes amours successives rendirent intermittents mes liens avec mes deux filles. Rien ne fut rompu, mais tout fut relâché.Elles grandirent, et en chacune j'ai retrouvé une part de moi-même. ». Véronique (née en 1948) est devenue anthropologue et Irène (née en 1950) sociologue (les chats ne font pas les chiens, et vice-versa).

    Et quelques lignes plus loin, grosse surprise : « Irène a fait des études en sociologie qui l'ont conduite à l'Université de Tours. Elle a épousé Daniel Pennac, alors enseignant de littérature dans un collège privé, qui allait révéler son étourdissante fantaisie créatrice dans "La Fée Carabine" et les œuvres qui suivirent. Alors qu'il connut rapidement le succès littéraire, elle écrivit un Clausewitz ironique : "De la guerre conjugale", qui, en dépit de sa lucide ironie et de son acuité diagnostique, demeura méconnu. Elle a publié récemment "Dans les yeux du spectateur", fruit d'un travail très réflexif. Irène et Daniel vécurent trois ans comme enseignants à l'Université de Ceara à Fortaleza, dans le Nord-Est brésilien, ils ont une fille, Alice, qui se voue à la musique et pour qui je suis "son papy". Ils sont aujourd'hui séparés, mais sont demeurés amis. ».

    Cette période brésilienne de Daniel Pennac l'a conduit à écrire ce petit livre satirique et succulent : "Le Dictateur et le Hamac" en 2003 (chez Gallimard). Edgar Morin s'est un petit peu trompé car la saga des Malaussène, qui a fait le grand succès de Daniel Pennac, a commencé par "Au Bonheur des Ogres" en 1985 (éd. Gallimard) et "La Fée Carabine" n'est arrivé qu'en deuxième tome (en 1987). Mais là n'est pas le plus important.

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    Ce qui est étonnant, c'est surtout que Daniel Pennac a été le gendre d'Edgar Morin, et j'ai l'impression que c'est peu connu. Constat significatif, ce n'est précisé sur la page Wikipédia d'aucun des deux grands écrivains. Daniel Pennac aussi, j'ai été fasciné par lui ! Je l'ai découvert d'abord par son petit essai "Comme un roman" sorti en 1992 (chez Gallimard) qui était impeccable à offrir aux jeunes peu assidus à la lecture. Et je suis rentré très vite dans cette petite vie à Belleville, cette famille loufoque et solidaire, pleine de créativité.

    Savoir unis Edgar Morin et Daniel Pennac pendant quelques années par les liens (temporaires) de la conjugalité est une information assez amusante, finalement. Le beau-père et le gendre étaient en fin de compte des enseignants, et chacun dans son domaine s'est un peu distingué, beaucoup même, et j'aimerais être aussi écrivain pour imaginer un dialogue entre ces deux personnalités "de réputation mondiale" ! En tout cas, on pouvait les retrouver ensemble notamment le dimanche 29 octobre 2017 à l'écoute de France Inter dans l'émission "Le Grand Atelier" produite par Vincent Josse (en compagnie aussi de Guillaume Gallienne et Enrico Letta).

    Mais laissons l'imaginatif Daniel Pennac, qui a atteint les 80 ans le 1er décembre dernier (encore un p'tit jeune !), et souhaitons avec joie à Edgar Morin : bon 104e anniversaire ! Que la vie lui offre encore beaucoup de découvertes et d'aventures, découvertes intellectuelles et d'aventures humaines !



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (05 juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Edgar Morin, penseur de réputation mondiale !
    Naissance de la conscience politique d'Edgar Morin.
    Edgar Morin : "Nous allons vers de probables catastrophes" !
    Edgar Morin, 102 ans et toute sa vie !
    Edgar Morin sur France Inter (à télécharger).
    Les 100 ans d’Edgar Morin.
    Le dernier intellectuel ?
    La complexité face au mystère de la réalité.
    97 ans.
    Introducteur de la pensée complexe.
    "Droit de réponse" du 12 décembre 1981 (vidéo INA).
    Université d’été d’Arc-et-Senans avec Edgar Morin le 9 septembre 1990 (vidéo INA).


     

     
     






    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250708-edgar-morin.html

    https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/edgar-morin-penseur-de-reputation-261156

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/06/article-sr-20250708-edgar-morin.html


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