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communiste

  • Le terroriste Georges Ibrahim Abdallah libéré

    « Les lois de 1986 et 1988 ont permis une adaptation de nos procédures pénales à la lutte contre le terrorisme ; bien sûr, on luttait déjà contre le terrorisme avant ces lois : ainsi, nous avions par exemple réussi à arrêter Georges Ibrahim Abdallah. Le lien avec la justice s’est toujours fait par des relations directes avec les magistrats, tant les magistrats instructeurs que ceux du parquet. L’acte de saisine des magistrats, c’est le procès-verbal de renseignement ou le rapport de renseignement ; mais en amont de la procédure judiciaire proprement dite, il y a et il doit y avoir des relations personnelles et institutionnelles entre la DST et les magistrats. Cela permet de prévenir de l’existence de menaces et de faire le point sur les affaires qui pourraient faire l’objet d’une procédure judiciaire. Il y avait donc un dialogue : la DST n’a jamais voulu cacher des renseignements à la justice ; elle a toujours, au contraire, cherché à lui présenter le meilleur dossier possible pour entamer une procédure judiciaire. » (Louis Caprioli, ancien sous-directeur chargé de la lutte contre le terrorisme à la DST, audition à l'Assemblée Nationale le 21 février 2013 de la commission d'enquête sur le fonctionnement des services de renseignements français dans le suivi et la surveillance des mouvements radicaux armés).




     

     
     


    Le terroriste libanais Georges Ibrahim Abdallah, incarcéré en France depuis le 24 octobre 1984 et condamné à la réclusion criminelle à perpétuité le 28 février 1987 pour sa complicité dans l'assassinat de deux diplomates (un Américain et un Israélien) en 1982, devrait être libéré ce vendredi 25 juillet 2025. Pendant ses quarante années de détention, le prisonnier a toujours revendiqué ses idées marxistes, communistes et pro-palestiniennes, ce qui lui a permis de connaître des amis de l'extrême gauche actuelle, en particulier une députée européenne qui n'était même pas née lors de son arrestation.

    Les partisans de la libération de Georges Ibrahim Abdallah ont fait valoir que cette décision du 17 juillet 2025 était une victoire politique, décision prise contre l'avis du parquet national antiterroriste qui avait fait appel de la décision. Cette décision de justice est donc loin de faire l'unanimité parmi les juges français.

    Ces militants marxistes (oui, il en existe encore en plein dans le XXIe siècle) estiment que Georges Ibrahim Abdallah était un prisonnier politique en ce sens que des pressions américaines voire israéliennes auraient été faites à la France pour traiter avec sévérité cet encombrant prisonnier.


    La réalité est plutôt le contraire. La France n'a jamais voulu de ce prisonnier et a tout fait pour que la justice fût la plus douce pour lui. La France, qui avait subi des vagues d'attentats terroristes, en 1982 puis en 1986, préférait éviter de provoquer de nouvelles motivations d'attentats.

    Pendant le procès, le numéro deux de la DST, Raymond Nart, a témoigné en minimisant le rôle de Georges Ibrahim Abdallah, ce qui n'a pas manqué de surprendre les juges. En 2024, Raymond Nart, à l'âge de 88 ans, a publiquement justifié sa position de l'époque : « Les services algériens m’ont expliqué que les FARL et Abdallah ne représentaient rien politiquement, que c’était un petit groupe, des communistes pro-palestiniens excités. Ce qui ne veut pas dire qu’ils n’étaient pas dangereux. Compte tenu du fait qu’on avait déjà essayé d’échanger Abdallah contre un otage, ma logique était de ne pas empêcher qu’un tel échange puisse se reproduire. ».

    Parmi les partisans de la libération de Georges Ibrahim Abdallah à l'époque (donc de sa non-condamnation), Yves Bonnet, le directeur de la Direction de la surveillance du territoire (DST) du 14 novembre 1982 au 1er août 1985, ensuite préfet de 1985 à 1991, futur député UDF de la Manche de mars 1993 à avril 1997, puis futur conseiller régional RN de la Normandie depuis juin 2021, en particulier parce que le directeur de la DST avait promis sa libération aux services algériens proches des FARL en échange de la libération d'un otage enlevé par les FARL, le Français Gilles Sidney Peyrolles (fils de l'écrivain Gilles Perrault), alors directeur du centre culturel de Tripoli (au Liban). Mais la justice a refusé de libérer Georges Ibrahim Abdallah, malgré la libération de Gilles Sidney Peyrolles, car on a retrouvé les armes qui ont tué les deux diplomates, ce qui allait condamner lourdement le dirigeant des FARL.

    Si les Américains étaient autant impliqués pour punir sévèrement Georges Ibrahim Abdallah, c'était parce qu'ils le considéraient comme le responsable notamment de l'assassinat du lieutenant-colonel Charles R. Ray, attaché militaire à l'ambassade des États-Unis en France et probablement membre de la CIA, tué le 18 janvier 1982 à Strasbourg par un attentat revendiqué par les FARL.
     

     
     


    Ainsi, si des pressions américaines ont bien eu lieu, la France a toujours tenté de s'y opposer. Pour preuve, cet échange au cours d'un dîner à Paris en juillet 1986 entre le chef de la CIA, William Casey, proche du Président Ronald Reagan, et le Ministre français délégué à la Sécurité Robert Pandraud, second du Ministre français de l'Intérieur Charles Pasqua. William Casey a menacé son interlocuteur français avec sa fourchette : « Si jamais la France ne condamne pas Abdallah à la perpétuité, ça va mal se passer entre nos deux pays, il y aura rupture diplomatique. Ce sera un énorme scandale. ». Réponse froide et cynique de Robert Pandraud : « On va faire plus simple. Nous allons libérer Abdallah et l'envoyer au Moyen-Orient. On vous donne ensuite son adresse, vous le liquidez et on n'en parle plus ! ».

    C'est notamment ce qu'a relaté l'excellente émission radiophonique "Secrets d'info" produite par Jacques Monin, directeur des enquêtes et de l'investigation de Radio France de 2016 à 2024, et diffusée le 22 juin 2024 sur France Inter avec pour titre : "Les derniers secrets de l'affaire Georges Ibrahim Abdallah" (voir lien en fin d'article).


    Pendant longtemps, avant et pendant le procès, les gouvernements français ont tenté d'expulser Georges Ibrahim Abdallah mais les juges français, jaloux de leur indépendance, ont refusé les pressions des dirigeants français. Au cours du procès, l'avocat général n'avait requis que dix ans de prison, tandis que les juges ont préféré la perpétuité.

    Pierre Baechlin, l'avocat général, a demandé en effet à la cour son indulgence : « Je crois, dans l’intérêt de tous, pouvoir vous demander, vous conjurer, vous supplier, de ne pas prononcer à l’encontre de l’accusé [Georges Ibrahim Abdallah], une peine de réclusion criminelle supérieure à dix ans. ».

    Et Jacques Monin de raconter : « Un témoin de la scène, présent au tribunal ce jour-là, nous raconte aujourd’hui avoir entendu l’avocat général dire à voix basse : "Qu’est-ce qu’il ne faut pas faire pour la France…". Pourquoi une telle clémence ? "La France ne voulait pas faire de vagues à cause de ses otages au Moyen-Orient", analyse Patrice de Méritens. Il raconte qu’à la veille de son réquisitoire, Pierre Baechlin aurait été "invité à prendre un whisky par le Procureur général de Paris. Ce dernier lui explique qu’il risque d’y avoir une nouvelle vague d’attentats s’il requière la perpétuité contre Abdallah. L’avocat général est traumatisé. On lui demandait de trahir la justice au nom de la raison d’État". Georges Ibrahim Abdallah sera cependant condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour complicité d’assassinat. ».
     

     
     


    Au fil des années et de l'application de la peine, certains gouvernements ont refusé une libération conditionnelle à laquelle Georges Ibrahim Abdallah aurait pu prétendre à partir de 1999 (la moitié d'une peine de 30 ans). Il y a eu plusieurs tentatives de libération conditionnelle depuis l'an 2000 qui, jusqu'à juillet 2025, ont toutes échoué pour diverses raisons plus judiciaires que politiques.

    Le Ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy a voulu être ferme. Jean-Marie Beney, à l'époque directeur de cabinet du Ministre de la Justice Pascal Clément (de juin 2005 à mai 2007), maintenant procureur général près la cour d'appel de Montpellier, a décrit son état d'esprit : « Il s’agissait de répondre à une préoccupation exprimée par les Américains, pas de céder à leurs doléances. On ne leur a pas donné de garantie, on leur a dit ce qu’on allait faire. Il n’y a eu aucune tentative d’ingérence ou de pression. Avec ou sans message des Américains, la position du Ministère public aurait été la même. ».

    On peut aussi évoquer le Ministre de l'Intérieur Manuel Valls qui, en refusant le 14 janvier 2013 de signer l'arrêté d'expulsion de ce prisonnier encombrant, a empêché sa libération conditionnelle. Manuel Valls a reconnu des pressions américaines (Hillary Clinton sur son homologue français Laurent Fabius) mais qui n'ont eu aucun effet sur sa prise de décision dictée par le climat politique : « Je le maintiens en prison volontairement, il n’était pas question que je signe l’arrêté d’expulsion. Je le fais par conviction. J’en ai informé le Président de la République [François Hollande], qui ne m’en a pas dissuadé. » (dira-t-il plus tard celui qui est devenu Premier Ministre puis, maintenant, Ministre d'État, Ministre des Outre-mer).

    Ce vendredi, c'est donc un dinosaure des prisons françaises qui va en sortir, immédiatement expulsé vers son pays d'origine, le Liban. Certains militants vont crier victoire, bien sûr, mais les autorités françaises, elles, vont juste pousser un ouf de soulagement.



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (24 juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Les derniers secrets de l'affaire Georges Ibrahim Abdallah.
    Le terroriste Georges Ibrahim Abdallah libéré.
    Faut-il s'indigner ?
    Mahmoud Abbas.
    Yasser Arafat.
    Les Accords d'Oslo.
    Shimon Peres.

    Yitzhak Rabin.
    L'horreur du Hamas.
    L'avenir de la France se joue aussi à Gaza !
    Massacre à Gaza.
    La chute de Bachar El-Assad.
    Michel Aoun.



     

     
     







    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250724-georges-ibrahim-abdallah.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/article/le-terroriste-georges-ibrahim-262302

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/24/article-sr-20250724-georges-ibrahim-abdallah.html


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  • Faut-il s'indigner de la libération prochaine du terroriste Georges Ibrahim Abdallah ?

    « Ni despotisme ni terrorisme. Nous voulons le progrès en pente douce. » (Victor Hugo, "Les Misérables", 1862).



     

     
     


    Ce jeudi 17 juillet 2025, la cour d'appel de Paris a rendu un jugement important puisqu'elle autorise la libération du terroriste Georges Ibrahim Abdallah avec expulsion immédiate vers son pays, le Liban, le 25 juillet 2025. Cette décision de la justice française était le résultat de l'appel du parquet national antiterroriste contre la décision du tribunal d'application des peines du 15 novembre 2024 permettant sa libération conditionnelle, sous condition « qu'il quitte le territoire français et n'y apparaisse plus ».

    Contrairement à ce que laisse entrevoir ce visage de grand-père bienveillant et sympathique, à la barbe blanche du père Noël, George Ibrahim Abdallah (74 ans) est un terroriste libanais, qui a été un proche du Palestinien Georges Habache, chef du front populaire de libération de la Palestine (FPLP). Militant communiste, activiste pro-palestinien, chef en France de la FARL, fraction armée révolutionnaire libanaise, communiste, marxiste, pro-syrienne et anti-israélienne, il a été arrêté le 24 octobre 1984 à Lyon en possession d'un faux passeport algérien, puis des armes ayant servi à des assassinats ont été retrouvées chez lui (25 kilogrammes d'explosifs, des mitraillettes, des roquettes, des pistolets, etc.), si bien que le 28 février 1987, à l'issue d'un procès très médiatisé (il fut défendu par Jacques Vergès), la cour d'assises spéciale l'a condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour sa complicité dans l'assassinat du diplomate américain Charles R. Ray le 18 janvier 1982 à Strasbourg et celui du diplomate israélien Yacov Barsimantov le 3 avril 1982 à Paris.
     

     
     


    Pendant plus de quarante ans, il a été soutenu par un fort mouvement communiste et pro-palestinien, qui considère que Georges Ibrahim Abdallah serait un prisonnier politique dans un État impérialiste à la solde de la CIA et du Mossad. La réalité, c'est que celui qui ose toujours s'afficher à côté d'un portrait du cruel Che Guevara a du sang sur les mains et dans sa conscience et qu'il a été condamné à perpétuité par une justice indépendante. La preuve, c'est que la politique a tenté de s'en mêler justement pour le libérer en échange de la libération d'un otage en Algérie, ce que la justice française a finalement refusé.

    Faut-il pour autant s'indigner de cette libération qui laisse entendre, pour les organisations d'extrême gauche qui voudraient en faire un nouveau Nelson Mandela (ce qu'il n'est pas), qu'il s'agit d'une « victoire politique » (alors qu'elle n'est qu'une décision d'une justice indépendante) ? En ce qui me concerne, je ne me suis jamais réjoui d'une peine de prison qui est une peine toujours traumatisante, et j'ai toujours été pour une condamnation sévère (afin de rappeler l'interdiction de crimes de sang) avec une peine adaptée, à savoir que la morale triomphe indépendamment de l'application des peines qui est l'affaire des juges d'application des peines.

     

     
     


    En revanche, ce qui m'inquiète, c'est que Georges Ibrahim Abdallah n'a jamais cessé de militer pour ses causes extrémistes depuis sa cellule, bénéficiant d'ailleurs d'un ordinateur et de moyens pour militer (ce qui peut paraître étrange). La question est donc de savoir s'il serait capable de récidiver et de continuer à organiser des actions armées contre des individus ou des États. La libération conditionnelle, qui n'a jamais été un dû, est autorisée par la justice dans le cas où elle considère qu'une fois libre, le prisonnier ne constitue pas un danger pour l'ordre public et pour la population (ce qui a expliqué la libération prochaine de Serge Atlaoui), mais pour cet ancien terroriste libanais visiblement pas repenti, sa libération est conditionnée à une expulsion immédiate vers le Liban et l'interdiction de revenir sur le territoire français. On peut encore être terroriste à 74 ans.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (17 juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Georges Ibrahim Abdallah.
    Mahmoud Abbas.
    Yasser Arafat.
    Les Accords d'Oslo.
    Shimon Peres.

    Yitzhak Rabin.
    L'horreur du Hamas.
    L'avenir de la France se joue aussi à Gaza !
    Massacre à Gaza.
    La chute de Bachar El-Assad.
    Michel Aoun.



     

     
     





    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250717-georges-ibrahim-abdallah.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/faut-il-s-indigner-de-la-262183

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/18/article-sr-20250717-georges-ibrahim-abdallah.html



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  • Giorgio Napolitano, un devoir de responsabilité devant la Nation

    « Je suis prêt, s'il le faut, à mettre mes forces à dure épreuve ! » (Giorgio Napolitano, le 22 avril 2013, discours d'investiture, à Rome).




     

     
     


    L'ancien Président de la République italienne Giorgio Napolitano est né il y a exactement 100 ans, le 29 juin 1925 à Naples. Il s'est éteint il y a un peu moins de deux ans, le 22 septembre 2023, à l'âge canonique de 98 ans, battant le record de longévité d'un ancien chef de l'État italien. En outre, il est le premier ancien militant communiste italien (et le seul) à avoir été élu Président de la République italienne, pour la succession de Carlo Ciampi.

    Il avait aussi été le premier ancien communiste à avoir été nommé Ministre de l'Intérieur du 17 mai 1996 au 21 octobre 1998 dans le gouvernement de Romano Prodi. Et il a été le premier Président de la République à avoir été réélu, pas de sa propre volonté, mais à cause de l'impasse politique des parlementaires, incapables de trouver un autre successeur que lui-même. Président de la République italienne depuis le 15 mai 2006 (élu le 10 mai 2006), Giorgio Napolitano a été réélu le 20 avril 2013, soit proche de l'âge de 88 ans pour un mandat de sept ans. Il a démissionné le 14 janvier 2015 avant ses 90 ans, comme il s'y était engagé à sa réélection (il n'était pas question pour lui de rester Président jusqu'à 95 ans !), laissant la place à Sergio Mattarella (qui lui aussi allait être reconduit pour un second mandat qu'il poursuit actuellement).

    Giorgio Napolitano s'est engagé dans la Résistance contre le fascisme de Mussolini. En 1945, il s'est engagé au sein du parti communiste italien (PCI), devenant l'un des leaders de l'aile droite du PCI jusqu'à sa transformation en 1991 (en parti démocrate de la gauche), devenant le président du groupe des députés communistes de 1981 à 1986. Il a été élu et réélu député de Naples de juin 1953 à mai 1963 puis de juin 1968 à mai 1996, et il a même été élu Président de la Chambre des députés du 3 juin 1992 au 14 avril 1994 (au bout de cinq tours de scrutin) à la suite d'Oscar Luigi Scalfaro, élu Président de la République le 25 mai 1992 après avoir été élu Président de la Chambre le 24 avril 1992. Avant Oscar Luigi Scalfaro, siégeaient à la Présidence de la Chambre deux anciens membres du parti communiste, Pietro Ingrao (élu de 1976 à 1979) et Nilde Iotti (élue et réélue de 1979 à 1992).

    Dans les années 1970, Giorgi Napolitano a appuyé Enrico Berlinguer, nouveau secrétaire général du PCI de 1972 à 1984 (date de la mort de ce dernier), pour promouvoir le réformisme au sein du PCI, ainsi que la conception d'un communisme spécifiquement européen qui ne soit pas dépendant du communisme soviétique, autrement dit, souhaitant définir une voie social-démocrate en Italie. En 1991, après les bouleversements de l'échiquier politique (décomposition de la démocratie chrétienne italienne), le PCI est devenu PDS, parti démocrate de gauche qu'ont rejoint entre autres Giorgio Napolitano et Massimo D'Alema, également ancien du PCI, et qui allait devenir une composante du futur Parti démocrate (en octobre 2007).


    Élu député européen de 1989 à 1992 (dans le groupe de la gauche radicalisée) et de 1999 à 2004 (dans le groupe des socialistes européens), Giorgio Napolitano a été nommé Ministre de l'Intérieur par Romano Prodi, alors qu'il n'a pas été réélu député en 1996. Après la démission du gouvernement Prodi, il a quitté ses fonctions de ministre et est devenu sénateur à vie à partir de 2005 (nommé par le Président Carlo Ciampi).
     

     
     


    L'élection présidentielle de mai 2006 a eu lieu après la victoire du centre gauche aux élections générales des 9 et 10 avril 2006. Malgré le soutien du Silvio Berlusconi, le Président du Conseil sortant, le Président sortant Carlo Ciampi ne souhaitait pas se présenter pour un second mandat, la désignation de Massimo D'Alema, ancien Président du Conseil semblait probable, mais Romano Prodi, chef de la coalition victorieuse, a finalement soutenu la candidature de Giorgio Napolitano élu au quatrième tour le 10 mai 2006.

    Le premier tour du 8 mai 2006 a vu 456 parlementaires voter blanc ou nul, et beaucoup de déperdition de voix au centre gauche, ce qui a conduit Gianni Letta, ancien ministre et candidat de Silvio Berlusconi, à obtenir 369 voix sur 984 votants et 1 007 inscrits (les autres candidats sont arrivés très loin derrière, Massimo D'Alema seulement 27 voix, Giorgio Napolitano 8 voix, etc.). Le deuxième tour était encore pire puisque 746 ont voté blanc ou nul. Le premier candidat était le chef de la Ligue du Nord, Umberto Bossi avec 38 voix sur 973 votants, talonné par Massimo D'Alema 35 voix. Le troisième tour encore pire avec 798 votes blancs ou nuls, plaçant en tête Massimo D'Alema 31 voix sur 976, et Giorgio Napolitano 16 voix. Au quatrième tour, un consensus s'est établi autour de Giorgio Napoltano, élu avec 543 voix sur 990 votants, avec encore 361 votes blancs ou nuls, le deuxième candidat était Umberto Bossi avec 43 voix et ensuite, troisième, Massimo D'Alema avec 10 voix.

    Ces élections présidentielles ont l'air laborieuses en Italie mais ce n'est pas italien, c'est institutionnel. On retrouvait les mêmes magouilles politiciennes lors des élections présidentielles sous la Troisième République française...


    L'un des premiers actes du Président Giorgio Napolitano a été de nommer le 17 mai 2006 Romano Prodi à la Présidence du Conseil puisque la coalition de centre gauche qu'il dirigeait avait gagné les élections d'avril, ce qui a mis un terme à la crise politique.
     

     
     


    Et c'est une autre crise politique bien plus grave encore qui l'a conduit à solliciter un deuxième mandat, faute d'un candidat de consensus pour sa succession, en raison, des élections générales anticipées des 24 et 25 février 2013 qui ont amené un Parlement particulièrement éclaté politiquement. Parmi les présidentiables, quelques figures comme Giuliano Amato, Romano Prodi, Massimo D'Alema, aussi trois femmes dont Emma Bonino, aussi Gianni Letta, soutenu par Silvio Berlusconi, Stefano Rodata, soutenu parle Mouvement 5 étoiles, Sergio Mattarella puis Franco Marini, soutenus par le Parti démocrate, etc.

    Le premier tour du 18 avril 2013, Franco Marini est arrivé en tête avec 521 sur 999 votants (et 1 007 inscrits), soit la majorité absolue des inscrits, mais pas la majorité des deux tiers des inscrits comme c'était nécessaire pour les trois premiers tours, avec 119 bulletins blancs ou nuls. Les principaux autres candidats étaient alors Stefano Rodota avec 240 voix, Sergio Chiamparino 41 voix, Romano Prodi 14 voix, Emma Bonino 13 voix, Massimo D'Alema 10 voix, etc. Le quatrième tour a vu Romano Prodi proche de la victoire avec 395 voix sur 732 votants (l'abstention lui a été fatale avec 275 parlementaires qui se sont abstenus). Il a fallu attendre le sixième tour du 20 avril 2013 pour voir la réélection de Giorgio Napolitano avec 738 voix sur 997 votants (et 1 007 inscrits) face à son principal concurrent, Stefano Rodota 217 voix. Soutenu tant par Silvio Berlusconi que par le Parti démocrate, Giorgio Napolitano avait accepté un second mandat comme « un devoir de responsabilité envers la Nation ».

    La réélection de Giorgio Napolitano a mis en lumière de profondes divisions au sein du Parti démocrate, notamment entre son chef de l'époque, Pier Luigi Bersani, et Matteo Renzi, le très influent maire de Florence. Dans l'incapacité à imposer son candidat à l'élection présidentielle, Pier Luigi Bersani a démissionné de la tête du Parti démocrate, laissant un boulevard à son concurrent Matteo Renzi qui allait devenir secrétaire du Parti démocrate du 15 décembre 2013 au 12 mars 2018 et Président du Conseil du 22 février 2014 au 12 décembre 2016. Après sa réélection, Giorgio Napolinato a nommé le 24 avril 2013 Enrico Letta Président du Conseil et ce dernier a été le premier chef du gouvernement à avoir obtenu le soutien des deux premiers partis du Parlement.
     

     
     


    Après sa démission le 14 janvier 2015, Giorgio Napolitano est devenu sénateur à vie en tant qu'ancien Président de la République, et il était déjà sénateur à vie avant d'y être élu dès 2005. À ce titre, il a été le doyen de la chambre haute de la République italienne et a présidé la séance inaugurale du Sénat en mars 2018. En revanche, en octobre 2022, il n'a pas présidé cette séance inaugurale pour raison de santé.

    Lorsque Giorgio Napolitano est mort, le 22 septembre 2023, Sergio Mattarella était le Président de la République (il l'est encore à ce jour et détient le record de longévité avec plus de dix ans d'exercice) et Giorgia Meloni était la Présidente du Conseil (elle l'est encore). En revanche, le pape était le pape François qui n'est plus et qui s'est recueilli devant la dépouille de Giorgio Napolitano, ce qui était un fait exceptionnel pour un pape (première fois qu'un pape s'est recueilli devant le cercueil d'un ancien chef d'État ou de gouvernement). Le pape n'était pas rancunier car Giorgio Napolitano avait précisé qu'il ne souhaitait pas de cérémonie religieuse pour son enterrement. Il fut exaucé le 26 septembre 2023 à Rome, en présence notamment du Président français Emmanuel Macron et du Président allemand Frank-Walter Steinmeier, ainsi que l'ancien Président portugais Anibal Cavaco Silva et l'ancien Président français François Hollande.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (28 juin 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Giorgio Napolitano.
    Carlo Ciampi.
    Sergio Mattarella.
    Oscar Luigi Scalfaro.
    Matteo Renzi.

    Italo Calvino.
    Valeria Bruni Tedeschi.
    Marcello Mastroianni.
    Sophia Loren.
    Maurizio Pollini.

    Silvio Berlusconi.
    L'Ocean Viking et la défense de la patrie.
    Carla Bruni.
    Il y a un siècle, l'arrivée au pouvoir de Mussolini.
    Giorgia Meloni.
    Majorité absolue confortable pour Giorgia Meloni en Italie.
    L'Italie face à son destin en 2022.
    Kiev le 16 juin 2022 : une journée d’unité européenne historique !
    David Sassoli.
    Super Mario Draghi, l’homme providentiel de l’Italie ?
    Relance européenne : le 21 juillet 2020, une étape historique !
    Pourquoi Giuseppe Conte a démissionné le 26 janvier 2021.
    Giuseppe Conte.
    Good bye Salvini !
    Salvini, le double Mitterrand italien ?
    Sueurs froides à l’italienne.
    L’Italie en pleine dérive ?
    Élections législatives italiennes du 4 mars 2018.
    Carlo Ciampi.
    Ennio Morricone.
    Emilio Colombo.


     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250629-giorgio-napolitano.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/giorgio-napolitano-un-devoir-de-260871

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/06/29/article-sr-20250629-giorgio-napolitano.html


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  • Pol Pot, l'incarnation de la cruauté

    « Pour moi, Pol Pot est synonyme de Hitler, synonyme de Staline, synonyme de Mao, synonyme de Bokassa, synonyme d’Amin Dada, synonyme de Pinochet. En fait, la liste serait certainement plus longue, mais c’étaient les noms qui revenaient régulièrement dans les années 1970. » (mon article d'août 2011).



     

     
     


    Le cruel dictateur khmer rouge Pol Pot (de son vrai nom Saloth Sâr) serait né il y a cent ans, le 19 mai 1925. Je mets au conditionnel car la part de mystère de cet homme est relativement importante. J'ai eu la chance... ou plutôt la malchance, certainement, de rencontrer dès 1978 des réfugiés cambodgiens qui ont pu m'informer sur ce qui se passait, alors, dans leur pays.

    Le terme de génocide devrait être adopté, même si c'est surprenant que des membres du même peuple aient pu contribuer à son extermination. Toujours est-il qu'entre le 17 avril 1975, il y a cinquante ans, qui correspond à la chute de Phnom Penh vaincu par les troupes khmères rouges et le 7 janvier 1979, qui correspond à l'invasion des troupes vietnamiennes au Cambodge, c'est-à-dire la période où Pol Pot et les khmers rouges avaient un pouvoir absolu de terreur, on évalue à 1,7 million voire à 3 millions le nombre de victimes cambodgiennes de ces communistes, soit 21%, pour l'option la plus faible, de la population cambodgienne de l'époque. Si on devait résumer par une image les presque quatre ans de dictature communiste au Cambodge, c'est certainement celle du bas de cet article, ou une autre du même genre, à savoir un tas de crânes et d'os, ceux des victimes irréversibles de Pol Pot.

    Ce qui est étonnant est l'histoire de cet homme. La politique cambodgienne intérieure est certes assez compliquée à comprendre. Pol Pot faisait partie d'une certaine élite qui a eu le privilège de faire ses études en France. Il est arrivé à Paris en octobre 1949, soit à peu près au même moment que Mao Tsé-Toung a pris le pouvoir en Chine. Le futur dictateur a fréquenté une école d'ingénieur parisienne (celle de radioélectricité) de 1949 à 1953. Il en est sorti sans diplôme.

    En 1952, le roi Norodom Sihanouk, mis en place par la France, refusait de mettre au pouvoir les démocrates vainqueurs des élections du 9 septembre 1951 et voulait gouverner seul. L'étudiant Pol Pot (j'écris Pol Pot mais il n'a pris ce nom qu'en 1975, c'est plus simple de garder le même nom) se trouvait alors résolument dans l'opposition et osa écrire (c'est terrifiant d'imaginer la suite) : « La démocratie est un régime auquel aspirent aujourd’hui tous les peuples du monde ; elle est aussi précieuse qu’un diamant et ne peut être comparée à aucun autre gouvernement. ». Cela dit, les démocrates étant de moins en moins influents, Pol Pot et ses camarades se sont rapprochés des communistes, au point que Jacques Duclos est devenu son parrain et Jacques Vergès son ami.

    De retour au Cambodge en 1953 (sans diplôme), Pol Pot s'intégra dans les cercles communistes, renforçant son opposition lors du départ précipité des Français en 1954, laissant Norodom Sihanouk roi du Cambodge (nommé le 25 avril 1941). Les relations entre Norodom Sihanouk et les khmers rouges furent d'ailleurs particulièrement compliquées, car s'ils se sont très opposés, ils ont su, parfois, être des alliés contre un ennemi commun (vietnamien). L'histoire du Cambodge d'après-guerre est elle-même compliquée avec une succession de gouvernements et de régimes assez bizarres (par exemple, Norodom Sihanouk fut un moment chef de l'État sans être roi mais dans une monarchie !).

     

     
     


    À partir du 22 février 1963, Pol Pot a conquis la tête du parti communiste du Kampuchéa, autrement dit, les khmers rouges (il le resta longtemps). Il batailla contre le pouvoir en place. En 1967 s'est engagée une guerre civile entre, d'une part, les khmers rouges et les nord-vietnamiens, d'autre part, le Royaume du Cambodge et les sud-vietnamiens, puis la République (régime pro-américain). Le principal ennemi de Pol Pot fut le maréchal Lon Nol, Premier Ministre cambodgien du 14 août 1960 au 11 mars 1971 puis Président de la République cambodgienne du 10 mars 1972 au 1er avril 1975. Parmi les grands alliés de Pol Pot, il y avait bien sûr Mao dont il appliqua les concepts lorsqu'il a conquis le pouvoir.

    Lon Nol a fui son pays peu avant l'arrivée des khmers rouges à Phnom Penh le 17 avril 1975. À partir de cette date, une dictature communiste de type chinoise, sans pitié, s'est mise en place, même si dans les premiers temps, ils étaient arrivés en libérateurs pour le peuple. L'objectif de Pol Pot qui contrôlait tous les pouvoirs et qui était formellement le Premier Ministre du 14 avril 1976 au 27 septembre 1976 puis du 25 octobre 1976 au 7 janvier 1979 (en automne 1976, il fut remplacé par Nuon Chea en raison d'un éloignement pour raison de santé), c'était d'éliminer tous ses ennemis politiques (ou supposés ennemis), à l'aide d'un prétexte d'antiaméricanisme. La capitale fut vidée de ses 2 millions d'habitants envoyés aux champs comme en Chine quelques années auparavant. Les intellectuels, les habitants des villes, furent pourchassés par les khmers rouges. Emprisonnements, tortures, exécutions furent nombreux. Toute idée d'Occident fut détruite : monuments, religions, modes de vie, etc.

    Pol Pot était alors un dictateur mystérieux, inexistant sur le plan diplomatique, absent sur le plan intérieur. Comme tout dictateur communiste (il a bien appris de Staline et Mao), Pol Pot a multiplié les purges au sein de son propre parti communiste. Quelques relations officielles avec la Chine a montré l'importance de l'enseignement de Mao (disparu), en particulier le 18 janvier 1978 avec la visite officielle de Deng Yingchao, la veuve de Chou En-Lai, également Vice-Présidente du comité permanent de l'Assemblée nationale populaire de Chine de 1976 à 1983.
     

     
     


    Craignant pour ses frontières, le Vietnam a envahi le Cambodge jusqu'à renverser Pol Pot le 7 janvier 1979 et installer un nouveau régime pro-vietnamien. Après une période de gouvernements d'anciens khmers rouges, Hun Sen, pro-vietnamien et ancien khmer rouge, a pris la tête du gouvernement cambodgien du 14 janvier 1985 au 22 août 2023 puis l'a laissée à son fils Hun Manet encore en fonction (je résume très grossièrement car entre 1993 et 1998, il y a eu deux Premiers Ministres avec le retour du royaume).

    Quant à Pol Pot, il a fui la capitale pour se réfugier dans les maquis (dans la jungle). Le mystère s'est poursuivi avec cet homme-là puisqu'il aurait gardé une grande influence sur les rebelles. Il aurait démissionné du commandement des forces armées khmères rouges en 1985, cédant la place à Son Sen. Ses amis politiques l'ont destituésen juin 1997 et son rival Ta Mok, considéré comme encore plus cruel que Pol Pot, l'a fait arrêter en 1998 par les troupes cambodgiennes. Condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour avoir commandité l'assassinat de Son Sen et de sa femme en juin 1997, Pol Pot est officiellement mort le 15 avril 1998 d'une crise cardiaque (donc à l'âge de 72 ans). Il souffrait aussi d'un cancer des ganglions et de la malaria. Incinéré très rapidement, son corps n'aura pas fait l'objet d'une autopsie. (Certains pensent que ce n'était pas Pol Pot et que ce dernier aurait passé des jours heureux en Thaïlande).

    Ce qui est terrible, c'est l'aveuglement idéologique des dictateurs communistes qui en sont venus à massacrer des millions de leurs contemporains. Pol Pot n'a jamais été jugé pour ses crimes pendant son gouvernement et la plupart de ses complices sont morts en cours de procès ou avant. Depuis une loi adoptée le 7 juin 2013 par le Parlement cambodgien, la mémoire des victimes est scrupuleusement respectée au point que tout individu qui minimise ou nie les crimes des khmers rouges est passible de deux ans de prison.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (17 mai 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Pol Pot.
    Norodom Sihanouk.
    La loi sur les génocides.
    Le fabuleux festin de bébé.


     

     
     




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