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terrorisme

  • Reconnaissance de l'État palestinien : a-t-on le droit de bousculer ses amis ?

    « Fidèle à son engagement historique pour une paix juste et durable au Proche-Orient, j'ai décidé que la France reconnaîtra l'État de Palestine. J'en ferai l'annonce solennelle à l'Assemblée générale des Nations Unies au mois de septembre prochain. L'urgence est aujourd'hui que cesse la guerre à Gaza et que la population civile soit secourue. » (Emmanuel Macron, le 24 juillet 2025 sur Twitter).




     

     
     


    Ces quelques mots ont été publiés sur Twitter le jeudi 24 juillet 2025 à 20 heures 16 par le Président de la République Emmanuel Macron. Ils ont fait l'effet d'une bombe en plein été. Que faut-il en penser ? Que faut-il penser d'une reconnaissance immédiate de l'État palestinien par la France ?

    Nous voici encore dans des réflexions ou des analyses à fronts reversés. Ceux qui s'opposent régulièrement à Emmanuel Macron mais défendent le peuple palestinien se retrouvent à défendre l'idée du Président de la République de reconnaissance historique de l'État palestinien. Et inversement, des proches du macronisme peuvent se trouver désorientés par une telle annonce parce qu'ils comprennent bien que la situation n'est pas simple et que l'État d'Israël joue également sa survie.


    Personnellement, je soutiens en général l'action d'Emmanuel Macron dont je considère la vision à long terme de la France et de l'Europe comme une chance dans une classe politique plus douée pour faire des selfies sur TikTok que pour imaginer la France de 2030 voire de 2050.

    Emmanuel Macron a compris dès sa prise de fonction en 2017 qu'il fallait que la France et que l'Europe se dotent d'une défense puissante et autonome, c'est-à-dire indépendante des États-Unis pour leur sécurité, leur protection, et les événements qui sont survenus par la suite ont amplement confirmé la pertinence de cette vision (événements qui ont principalement pris deux noms, si l'on veut résumer : Vladimir Poutine et Donald Trump). Le budget des armées en France aura doublé entre 2017 et 2027. Ce n'est pas rien et c'est l'une des raisons pour lesquelles la France reste très écoutée dans ce qu'on appelle le concert des nations.

    Et pourtant, cette annonce d'une reconnaissance immédiate de l'État palestinien me fait grincer les dents. Je la suppose peu opportune à ce stade de la situation au Proche-Orient. Pourquoi ? Parce que nous sommes toujours dans l'après-massacres du 7 octobre 2023. En effet, tout ce qui se déroule, et parmi les événements les plus horribles, notamment la situation terrible à Gaza de famine et d'abandon, provient de ces massacres qui ont, paradoxalement, renforcé l'État d'Israël dans sa volonté d'en finir avec tous les groupes terroristes régionaux qui veulent l'extermination des Juifs et des Israéliens, en particulier le Hamas et le Hezbollah.

     

     
     


    Le point de départ de toute réflexion doit être la sécurité absolue de l'État d'Israël. Or, sa sécurité n'était pas assurée avec l'existence du Hamas à ses frontières, qui commettait des attentats en permanence sur la population civile d'Israël (avec tirs réguliers de roquettes). L'armée israélienne fait le sale boulot, c'est-à-dire éliminer toutes les poches de terroristes à Gaza, et ce n'est pas facile tant le Hamas se moque de la sécurité de la propre population palestinienne qui lui sert de bouclier humain.

    La réflexion devrait donc amener à se dire qu'un pays ami d'Israël ne devrait pas officiellement reconnaître l'État de Palestine sans l'accord du gouvernement israélien, par simple courtoisie diplomatique.


    Mais la situation n'est pas si simple. La situation à Gaza, qui perdure, est absolument scandaleuse et l'armée israélienne doit mettre ses moyens en rapport avec sa morale. L'éradication des poches terroristes ne peut se faire au prix d'un massacre du peuple palestinien, massacre et pas génocide, je précise, car il n'y a jamais eu l'intention, en Israël, d'exterminer tous les Palestiniens. Employer des mots abusifs empêche la prise de conscience de la situation à Gaza, c'est essentiel de ne pas être excessif pour être signifiant.

    Depuis le 7 octobre 2023, parce qu'il a été trop laxiste avec les terroristes palestiniens depuis trop longtemps, le gouvernement israélien semble se comporter comme une bête enragée incapable de s'arrêter dans sa réaction aux massacres du 7 octobre. Pourtant, il faudra bien arrêter. L'éradication totale est un leurre : à chaque mort d'un terroriste du Hamas, deux nouveaux Palestiniens s'engagent au Hamas pour le venger. Cela n'en finira plus. Cela n'en finit pas.

    Dans le traumatisme du conflit, seule la réconciliation, et donc l'arrêt unilatéral sinon bilatéral des hostilités peut faire entrevoir l'avenir sous le signe de la paix et de la prospérité, ce à quoi aspire ou devrait aspirer tout peuple sur Terre.

    Pour arrêter cette bête enragée (et tétanisée), il n'y a que des initiatives fortes qui peuvent avoir un effet. Les mots, la diplomatie, les conseils, les recommandations, même de celui qu'on considère le plus puissant de la planète, à savoir le Président des États-Unis, sont sans effet.

    Il y a donc l'immédiateté qui est l'arrêt de l'horreur à Gaza. Pour cela, l'armée israélienne peut tout, elle seule peut tout. Les signes encourageants d'une trêve partielle sont positifs mais certainement insuffisants. Une initiative forte peut faire plus réfléchir : cette initiative, elle ne peut être que la reconnaissance de l'État de Palestine.
     

     
     


    Prenons d'abord une réflexion très générale et à long terme : la solution à deux États, Israël et Palestine, celle prévue par les Nations Unies, est la seule solution capable d'assurer durablement la paix dans la région. C'est ce qu'avait compris un général qui n'était pas un tendre en Israël, j'ai nommé Ariel Sharon, qui a vu que l'autre solution possible, à savoir un seul État avec les Israéliens et les Palestiniens cohabitant dans un "vivre ensemble" à déterminer, ne pouvait pas satisfaire les Israéliens pour une simple raison démographique : au bout d'une ou deux générations, les Israéliens deviendraient ultra-minoritaires dans cet État unifié. Il convenait donc, pour le chef de guerre qu'était Ariel Sharon, de s'acheminer vers deux États dont les différences démographiques des uns n'auraient pas d'influence sur les autres.

    Du reste, on peut difficilement croire que deux peuples, dont beaucoup de l'un souhaitent exterminer l'autre, puissent cohabiter en bonne harmonie et durablement dans un seul État. Le problème aujourd'hui, c'est que l'acceptation d'un État palestinien revient à Israël. En effet, les Palestiniens peuvent vouloir la mort d'Israël, mais ne peuvent que constater, malgré eux, qu'Israël est un État bien vivant, bien existant, et durable (et une des nations qui investit le plus dans l'innovation technologique, ce n'est pas un détail).


    Alors, si l'idée du Président de la République est de bousculer nos amis israéliens pour qu'ils mettent fin à ce bourbier de Gaza, qu'ils reviennent à des considérations déjà purement humanitaires, c'est-à-dire humaines, avant toute considération politique, géopolitique voire militaire, ce sera un point positif.
     

     
     


    Emmanuel Macron est de l'espèce des volontaristes. Le volontarisme, c'est refuser la fatalité, refuser la situation, refuser surtout de se croire impuissant, de croire que rien n'est possible pour améliorer une situation insupportable (comme celle à Gaza). Pour cela, il faut croire au père Noël, il faut croire à l'inimaginable, et l'idée de reconnaître l'État palestinien concourt à ce volontarisme. En le faisant, la France fera réagir d'autres pays et peut-être d'abord Israël.

    La France serait-elle isolée diplomatiquement en cas de reconnaissance de l'État palestinien ? Pas du tout. Au contraire, après l'annonce du Président français, le Royaume-Uni, le Canada et l'Australie se sont déclarés prêts à faire la même chose au même moment. Cela montre à l'évidence que loin d'être isolée, la France reste une grand nation écoutée dans le monde. Et c'est justement parce qu'elle est une grande nation écoutée que sa reconnaissance est importante et agace aujourd'hui le gouvernement israélien.
     

     
     


    Mais Emmanuel Macron n'a rien transigé des conditions imposées aux Palestiniens : démilitarisation du Hamas, non-militarisation de l'État palestinien, libération inconditionnelle des dernier otages du 7 octobre 2023 (et remise des corps de ceux qui n'ont pas survécu) et, évidemment, reconnaissance de l'État d'Israël et la fin de cette volonté de l'exterminer par tous les moyens.

    Dans une lettre adressée le 24 juillet 2025 au Président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, Emmanuel Macron lui a rappelé la position de la France : « Je (…) vous dis (…) la mobilisation de la France en faveur de la mise en œuvre de la solution à deux États, Israël et la Palestine, vivant côte à côte en paix et en sécurité. Cette solution constitue la seule voie permettant de répondre aux aspirations légitimes des Israéliens comme des Palestinien. Il faut désormais y parvenir au plus vite. ».

    Et d'insister auprès de Mahmoud Abbas : « Je serai particulièrement attentif à la mise en œuvre du cessez-le-feu à Gaza, de la libération des otages encore détenus par le Hamas, du désarmement de celui-ci et de la consolidation de l'Autorité palestinienne sur l'ensemble des territoires palestiniens. ».


    C'est là le problème, celui de considérer le Président de l'Autorité palestinien comme un interlocuteur légitime et fiable alors qu'il n'y a plus eu d'élection depuis vingt ans et que celui-ci a plus de 90 ans ! Ce dernier a fait part à Emmanuel Macron, dans une lettre datée du 9 juin 2025, de son engagement à procéder à des élections présidentielle et législatives au cours de l'année 2026 (« afin de renforcer sa légitimité et son autorité sur le futur État palestinien »), mais malheureusement, l'Autorité palestinienne n'a d'autorité que de nom et n'a aucune autorité sur la Bande de Gaza où le Hamas régente tout le territoire et toute la population.

    Bien sûr, seule, la France ne pourra pas faire grand-chose, mais il ne faut pas sous-estimer la capacité de leadership d'Emmanuel Macron dans le monde contemporain. La session de septembre prochain de l'Assemblée générale des Nations Unies sera à cet égard cruciale. La France peut avoir un effet d'entraînement. Aux Israéliens de s'y préparer. Leurs amis que sont les Français peuvent se permettre de les presser afin de faire cesser les horreurs à Gaza. La paix nécessite des concessions, et la plus grande est sans doute de renoncer à la vengeance.

    Nous sommes bien placés pour encourager ce processus. Après tout, il y a quatre-vingts ans, deux peuples, français et allemand, se haïssaient férocement depuis quatre générations et ont réussi à extirper la haine pour ne garder que l'amitié, et comme Lorrain, je peux témoigner que l'amitié franco-allemande n'est pas une vaine expression, du moins en Lorraine. Le croustillant dessinateur Plantu a reposté le 25 juillet 2025 sur son compte Twitter son vieux dessin d'un drapeau israélien et d'un drapeau palestinien cosigné par Yasser Arafat et Shimon Peres (qu'il était allé rencontrer chez eux), pour une reconnaissance mutuelle. C'était juste avant les Accords d'Oslo. Il y a un millénaire au moins.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (28 juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Reconnaissance de l'État palestinien : a-t-on le droit de bousculer ses amis ?
    Georges Ibrahim Abdallah.
    Make Iran Great Again ?
    Israël vs Iran : Emmanuel Macron l'équilibriste.
    Kfir Bibas, d'horreurs en horreurs...
    Auschwitz : soyons la mémoire de leur mémoire !
    Gaza : trêve, libération d'otages israéliens et propagande du Hamas.
    Mahmoud Abbas.
    7 octobre 2023 : un an qu'Israël se bat pour sa survie.
    Les Accords d'Oslo.

     

     
     
     
     


     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250724-macron-palestine.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/reconnaissance-de-l-etat-262304

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/25/article-sr-20250724-macron-palestine.html

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  • Le terroriste Georges Ibrahim Abdallah libéré

    « Les lois de 1986 et 1988 ont permis une adaptation de nos procédures pénales à la lutte contre le terrorisme ; bien sûr, on luttait déjà contre le terrorisme avant ces lois : ainsi, nous avions par exemple réussi à arrêter Georges Ibrahim Abdallah. Le lien avec la justice s’est toujours fait par des relations directes avec les magistrats, tant les magistrats instructeurs que ceux du parquet. L’acte de saisine des magistrats, c’est le procès-verbal de renseignement ou le rapport de renseignement ; mais en amont de la procédure judiciaire proprement dite, il y a et il doit y avoir des relations personnelles et institutionnelles entre la DST et les magistrats. Cela permet de prévenir de l’existence de menaces et de faire le point sur les affaires qui pourraient faire l’objet d’une procédure judiciaire. Il y avait donc un dialogue : la DST n’a jamais voulu cacher des renseignements à la justice ; elle a toujours, au contraire, cherché à lui présenter le meilleur dossier possible pour entamer une procédure judiciaire. » (Louis Caprioli, ancien sous-directeur chargé de la lutte contre le terrorisme à la DST, audition à l'Assemblée Nationale le 21 février 2013 de la commission d'enquête sur le fonctionnement des services de renseignements français dans le suivi et la surveillance des mouvements radicaux armés).




     

     
     


    Le terroriste libanais Georges Ibrahim Abdallah, incarcéré en France depuis le 24 octobre 1984 et condamné à la réclusion criminelle à perpétuité le 28 février 1987 pour sa complicité dans l'assassinat de deux diplomates (un Américain et un Israélien) en 1982, devrait être libéré ce vendredi 25 juillet 2025. Pendant ses quarante années de détention, le prisonnier a toujours revendiqué ses idées marxistes, communistes et pro-palestiniennes, ce qui lui a permis de connaître des amis de l'extrême gauche actuelle, en particulier une députée européenne qui n'était même pas née lors de son arrestation.

    Les partisans de la libération de Georges Ibrahim Abdallah ont fait valoir que cette décision du 17 juillet 2025 était une victoire politique, décision prise contre l'avis du parquet national antiterroriste qui avait fait appel de la décision. Cette décision de justice est donc loin de faire l'unanimité parmi les juges français.

    Ces militants marxistes (oui, il en existe encore en plein dans le XXIe siècle) estiment que Georges Ibrahim Abdallah était un prisonnier politique en ce sens que des pressions américaines voire israéliennes auraient été faites à la France pour traiter avec sévérité cet encombrant prisonnier.


    La réalité est plutôt le contraire. La France n'a jamais voulu de ce prisonnier et a tout fait pour que la justice fût la plus douce pour lui. La France, qui avait subi des vagues d'attentats terroristes, en 1982 puis en 1986, préférait éviter de provoquer de nouvelles motivations d'attentats.

    Pendant le procès, le numéro deux de la DST, Raymond Nart, a témoigné en minimisant le rôle de Georges Ibrahim Abdallah, ce qui n'a pas manqué de surprendre les juges. En 2024, Raymond Nart, à l'âge de 88 ans, a publiquement justifié sa position de l'époque : « Les services algériens m’ont expliqué que les FARL et Abdallah ne représentaient rien politiquement, que c’était un petit groupe, des communistes pro-palestiniens excités. Ce qui ne veut pas dire qu’ils n’étaient pas dangereux. Compte tenu du fait qu’on avait déjà essayé d’échanger Abdallah contre un otage, ma logique était de ne pas empêcher qu’un tel échange puisse se reproduire. ».

    Parmi les partisans de la libération de Georges Ibrahim Abdallah à l'époque (donc de sa non-condamnation), Yves Bonnet, le directeur de la Direction de la surveillance du territoire (DST) du 14 novembre 1982 au 1er août 1985, ensuite préfet de 1985 à 1991, futur député UDF de la Manche de mars 1993 à avril 1997, puis futur conseiller régional RN de la Normandie depuis juin 2021, en particulier parce que le directeur de la DST avait promis sa libération aux services algériens proches des FARL en échange de la libération d'un otage enlevé par les FARL, le Français Gilles Sidney Peyrolles (fils de l'écrivain Gilles Perrault), alors directeur du centre culturel de Tripoli (au Liban). Mais la justice a refusé de libérer Georges Ibrahim Abdallah, malgré la libération de Gilles Sidney Peyrolles, car on a retrouvé les armes qui ont tué les deux diplomates, ce qui allait condamner lourdement le dirigeant des FARL.

    Si les Américains étaient autant impliqués pour punir sévèrement Georges Ibrahim Abdallah, c'était parce qu'ils le considéraient comme le responsable notamment de l'assassinat du lieutenant-colonel Charles R. Ray, attaché militaire à l'ambassade des États-Unis en France et probablement membre de la CIA, tué le 18 janvier 1982 à Strasbourg par un attentat revendiqué par les FARL.
     

     
     


    Ainsi, si des pressions américaines ont bien eu lieu, la France a toujours tenté de s'y opposer. Pour preuve, cet échange au cours d'un dîner à Paris en juillet 1986 entre le chef de la CIA, William Casey, proche du Président Ronald Reagan, et le Ministre français délégué à la Sécurité Robert Pandraud, second du Ministre français de l'Intérieur Charles Pasqua. William Casey a menacé son interlocuteur français avec sa fourchette : « Si jamais la France ne condamne pas Abdallah à la perpétuité, ça va mal se passer entre nos deux pays, il y aura rupture diplomatique. Ce sera un énorme scandale. ». Réponse froide et cynique de Robert Pandraud : « On va faire plus simple. Nous allons libérer Abdallah et l'envoyer au Moyen-Orient. On vous donne ensuite son adresse, vous le liquidez et on n'en parle plus ! ».

    C'est notamment ce qu'a relaté l'excellente émission radiophonique "Secrets d'info" produite par Jacques Monin, directeur des enquêtes et de l'investigation de Radio France de 2016 à 2024, et diffusée le 22 juin 2024 sur France Inter avec pour titre : "Les derniers secrets de l'affaire Georges Ibrahim Abdallah" (voir lien en fin d'article).


    Pendant longtemps, avant et pendant le procès, les gouvernements français ont tenté d'expulser Georges Ibrahim Abdallah mais les juges français, jaloux de leur indépendance, ont refusé les pressions des dirigeants français. Au cours du procès, l'avocat général n'avait requis que dix ans de prison, tandis que les juges ont préféré la perpétuité.

    Pierre Baechlin, l'avocat général, a demandé en effet à la cour son indulgence : « Je crois, dans l’intérêt de tous, pouvoir vous demander, vous conjurer, vous supplier, de ne pas prononcer à l’encontre de l’accusé [Georges Ibrahim Abdallah], une peine de réclusion criminelle supérieure à dix ans. ».

    Et Jacques Monin de raconter : « Un témoin de la scène, présent au tribunal ce jour-là, nous raconte aujourd’hui avoir entendu l’avocat général dire à voix basse : "Qu’est-ce qu’il ne faut pas faire pour la France…". Pourquoi une telle clémence ? "La France ne voulait pas faire de vagues à cause de ses otages au Moyen-Orient", analyse Patrice de Méritens. Il raconte qu’à la veille de son réquisitoire, Pierre Baechlin aurait été "invité à prendre un whisky par le Procureur général de Paris. Ce dernier lui explique qu’il risque d’y avoir une nouvelle vague d’attentats s’il requière la perpétuité contre Abdallah. L’avocat général est traumatisé. On lui demandait de trahir la justice au nom de la raison d’État". Georges Ibrahim Abdallah sera cependant condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour complicité d’assassinat. ».
     

     
     


    Au fil des années et de l'application de la peine, certains gouvernements ont refusé une libération conditionnelle à laquelle Georges Ibrahim Abdallah aurait pu prétendre à partir de 1999 (la moitié d'une peine de 30 ans). Il y a eu plusieurs tentatives de libération conditionnelle depuis l'an 2000 qui, jusqu'à juillet 2025, ont toutes échoué pour diverses raisons plus judiciaires que politiques.

    Le Ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy a voulu être ferme. Jean-Marie Beney, à l'époque directeur de cabinet du Ministre de la Justice Pascal Clément (de juin 2005 à mai 2007), maintenant procureur général près la cour d'appel de Montpellier, a décrit son état d'esprit : « Il s’agissait de répondre à une préoccupation exprimée par les Américains, pas de céder à leurs doléances. On ne leur a pas donné de garantie, on leur a dit ce qu’on allait faire. Il n’y a eu aucune tentative d’ingérence ou de pression. Avec ou sans message des Américains, la position du Ministère public aurait été la même. ».

    On peut aussi évoquer le Ministre de l'Intérieur Manuel Valls qui, en refusant le 14 janvier 2013 de signer l'arrêté d'expulsion de ce prisonnier encombrant, a empêché sa libération conditionnelle. Manuel Valls a reconnu des pressions américaines (Hillary Clinton sur son homologue français Laurent Fabius) mais qui n'ont eu aucun effet sur sa prise de décision dictée par le climat politique : « Je le maintiens en prison volontairement, il n’était pas question que je signe l’arrêté d’expulsion. Je le fais par conviction. J’en ai informé le Président de la République [François Hollande], qui ne m’en a pas dissuadé. » (dira-t-il plus tard celui qui est devenu Premier Ministre puis, maintenant, Ministre d'État, Ministre des Outre-mer).

    Ce vendredi, c'est donc un dinosaure des prisons françaises qui va en sortir, immédiatement expulsé vers son pays d'origine, le Liban. Certains militants vont crier victoire, bien sûr, mais les autorités françaises, elles, vont juste pousser un ouf de soulagement.



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (24 juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Les derniers secrets de l'affaire Georges Ibrahim Abdallah.
    Le terroriste Georges Ibrahim Abdallah libéré.
    Faut-il s'indigner ?
    Mahmoud Abbas.
    Yasser Arafat.
    Les Accords d'Oslo.
    Shimon Peres.

    Yitzhak Rabin.
    L'horreur du Hamas.
    L'avenir de la France se joue aussi à Gaza !
    Massacre à Gaza.
    La chute de Bachar El-Assad.
    Michel Aoun.



     

     
     







    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250724-georges-ibrahim-abdallah.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/article/le-terroriste-georges-ibrahim-262302

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/24/article-sr-20250724-georges-ibrahim-abdallah.html


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  • Faut-il s'indigner de la libération prochaine du terroriste Georges Ibrahim Abdallah ?

    « Ni despotisme ni terrorisme. Nous voulons le progrès en pente douce. » (Victor Hugo, "Les Misérables", 1862).



     

     
     


    Ce jeudi 17 juillet 2025, la cour d'appel de Paris a rendu un jugement important puisqu'elle autorise la libération du terroriste Georges Ibrahim Abdallah avec expulsion immédiate vers son pays, le Liban, le 25 juillet 2025. Cette décision de la justice française était le résultat de l'appel du parquet national antiterroriste contre la décision du tribunal d'application des peines du 15 novembre 2024 permettant sa libération conditionnelle, sous condition « qu'il quitte le territoire français et n'y apparaisse plus ».

    Contrairement à ce que laisse entrevoir ce visage de grand-père bienveillant et sympathique, à la barbe blanche du père Noël, George Ibrahim Abdallah (74 ans) est un terroriste libanais, qui a été un proche du Palestinien Georges Habache, chef du front populaire de libération de la Palestine (FPLP). Militant communiste, activiste pro-palestinien, chef en France de la FARL, fraction armée révolutionnaire libanaise, communiste, marxiste, pro-syrienne et anti-israélienne, il a été arrêté le 24 octobre 1984 à Lyon en possession d'un faux passeport algérien, puis des armes ayant servi à des assassinats ont été retrouvées chez lui (25 kilogrammes d'explosifs, des mitraillettes, des roquettes, des pistolets, etc.), si bien que le 28 février 1987, à l'issue d'un procès très médiatisé (il fut défendu par Jacques Vergès), la cour d'assises spéciale l'a condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour sa complicité dans l'assassinat du diplomate américain Charles R. Ray le 18 janvier 1982 à Strasbourg et celui du diplomate israélien Yacov Barsimantov le 3 avril 1982 à Paris.
     

     
     


    Pendant plus de quarante ans, il a été soutenu par un fort mouvement communiste et pro-palestinien, qui considère que Georges Ibrahim Abdallah serait un prisonnier politique dans un État impérialiste à la solde de la CIA et du Mossad. La réalité, c'est que celui qui ose toujours s'afficher à côté d'un portrait du cruel Che Guevara a du sang sur les mains et dans sa conscience et qu'il a été condamné à perpétuité par une justice indépendante. La preuve, c'est que la politique a tenté de s'en mêler justement pour le libérer en échange de la libération d'un otage en Algérie, ce que la justice française a finalement refusé.

    Faut-il pour autant s'indigner de cette libération qui laisse entendre, pour les organisations d'extrême gauche qui voudraient en faire un nouveau Nelson Mandela (ce qu'il n'est pas), qu'il s'agit d'une « victoire politique » (alors qu'elle n'est qu'une décision d'une justice indépendante) ? En ce qui me concerne, je ne me suis jamais réjoui d'une peine de prison qui est une peine toujours traumatisante, et j'ai toujours été pour une condamnation sévère (afin de rappeler l'interdiction de crimes de sang) avec une peine adaptée, à savoir que la morale triomphe indépendamment de l'application des peines qui est l'affaire des juges d'application des peines.

     

     
     


    En revanche, ce qui m'inquiète, c'est que Georges Ibrahim Abdallah n'a jamais cessé de militer pour ses causes extrémistes depuis sa cellule, bénéficiant d'ailleurs d'un ordinateur et de moyens pour militer (ce qui peut paraître étrange). La question est donc de savoir s'il serait capable de récidiver et de continuer à organiser des actions armées contre des individus ou des États. La libération conditionnelle, qui n'a jamais été un dû, est autorisée par la justice dans le cas où elle considère qu'une fois libre, le prisonnier ne constitue pas un danger pour l'ordre public et pour la population (ce qui a expliqué la libération prochaine de Serge Atlaoui), mais pour cet ancien terroriste libanais visiblement pas repenti, sa libération est conditionnée à une expulsion immédiate vers le Liban et l'interdiction de revenir sur le territoire français. On peut encore être terroriste à 74 ans.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (17 juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Georges Ibrahim Abdallah.
    Mahmoud Abbas.
    Yasser Arafat.
    Les Accords d'Oslo.
    Shimon Peres.

    Yitzhak Rabin.
    L'horreur du Hamas.
    L'avenir de la France se joue aussi à Gaza !
    Massacre à Gaza.
    La chute de Bachar El-Assad.
    Michel Aoun.



     

     
     





    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250717-georges-ibrahim-abdallah.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/faut-il-s-indigner-de-la-262183

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/18/article-sr-20250717-georges-ibrahim-abdallah.html



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  • Kfir Bibas, d'horreurs en horreurs...

    « Shiri. Kfir. Ariel. Visages de l'innocence et de l'amour. Visages d'une humanité éternelle que la barbarie du Hamas, jamais, n'abolira. La France, mobilisée pour la libération de tous les otages, se tient aux côtés de Yarden et de la famille Bibas En fraternité universelle. » (Emmanuel Macron, le 18 février 2025 à 20 heures 46, sur Twitter).




     

     
     


    La photo est connue. Horreurs et émotions. Rage, colère et tristesse. Il est des humains qui commencent leur vie avec moins de chance que d'autres. C'était le cas de Kfir Bibas. Il avait pourtant tout pour être heureux. Né le 18 janvier 2023 dans le kibboutz de Nir Oz (près de la frontière de Gaza), il avait un père, une mère, et un frère, une famille aimante. La joie s'est transformée en enfer : le 7 octobre 2023, ce fut l'horreur, l'enfer terroriste sur Terre.

    Toute la famille, Shiri (née Silverman) et Yarden (Bibas), Ariel et Kfir, a été embarquée par les terroristes palestiniens pour Gaza. Shiri avait 32 ans, était assistante maternelle et s'occupait de la comptabilité du kibboutz. Yarden avait 34 ans le 7 octobre 2023, il était soudeur.


    Ils ont été retenus en otages. Le pire, l'horreur de l'horreur, c'est que la scène de leur enlèvement a été filmée, et le film accessible sur Internet. On y voit d'ailleurs que les salauds de ravisseurs (je n'ai pas d'autres mots) ne portaient pas d'uniforme, ils n'étaient donc pas du Hamas, mais des civils palestiniens.

    Jose Luis et Margit étaient les grands-parents de Kfir et Ariel. Ils vivaient aussi dans le kibboutz de Nir Oz. Ils adoraient leurs petits-fils. Eux, on le savait, ils ont été assassinés au moment du pogrom du 7 octobre 2023 par les terroristes antisémites du Hamas.
     

     
     


    Kfir Bibas, enlevé à 9 mois, était une sorte d'emblème du sadisme et de l'horreur des terroristes palestiniens, le symbole de tous les otages qui ont été enlevés ce sombre jour du 7 octobre 2023. Chaque jour était compté. Chaque mois. À un moment, on constatait que Kfir Bibas avait vécu plus longtemps emprisonné que libre. Quelle horreur ! Son premier anniversaire emprisonné. Son second anniversaire emprisonné. Ou pas ?

    Et puis, le mardi 18 février 2025, on a eu la triste confirmation. De cette sympathique famille, seul le père, Yarden, est resté vivant. A survécu. Shiri, tuée. Ariel, 4 ans au moment de l'enlèvement, tué. Kfir, tué. Ils ont tué un bébé sans défense, voilà leur humanité, ou plutôt, leur inhumanité.

    Les réactions de colère ont été nombreuses, notamment sur Twitter. Ainsi, Rémi Kasprzyk : « Comment peut-on tuer un bébé, bordel de merde ? Comment l'être humain peut tomber à ce point dans l'immondice ? À tous ceux qui auront supporté, légitimé ou justifié le Hamas : vous avez le sang de Kfir, Ariel et Shri sur vos mains. » (18 février 2025).

    Aurélie Lorini : « Tragédie qui bouleverse profondément. L'attente, l'angoisse, puis l'issue brutale... C'est difficile à accepter, surtout quand on espérait encore un miracle. Il y a une immense tristesse, mais aussi une colère sourde face à tant d'injustice et de souffrance du cœur. » (19 février 2025).
     

     
     


    Yarden a été libéré il y a quelques jours dans le cadre d'échanges de prisonniers. Mais le principe des échanges est glauque : un otage innocent est libéré en échange de dizaines voire de centaines de Palestiniens condamnés parfois pour crimes voire meurtres. Le pire, c'est que parfois, l'otage n'est pas vivant mais mort, c'est dans un cercueil que l'échange a eu lieu. Et le pire du pire, l'horreur de l'horreur, le prétendu corps de Shiri n'était pas celui de Shiri, il n'était d'aucun otage israélien, les autopsies des corps l'ont révélé avec des analyse ADN. À qui donc était ce corps ? Cela donne une étrange sensation que le Hamas se moque complètement de la vie des Palestiniens eux-mêmes.
     

     
     


    Le 21 février 2025, l'Institut de médecine légale et la police israélienne ont confirmé l'identification de Kfir (10 mois) et Ariel (4 ans). Ils ont été brutalement assassinés en novembre 2023 par les terroristes, de sang-froid, à mains nues, sans aucun lien avec une frappe israélienne (ce que des désinformateurs professionnels du Hamas voudraient faire croire pour se dédouaner de leur grave responsabilité). Beaucoup de preuves ont été rassemblées sur ces deux décès : « Il s'agit clairement d'un meurtre odieux. ».
     

     
     


    Le porte-parole de Tsahal a déclaré que l'État d'Israël dénonçait une violation grave de l'accord avec le Hamas et exigeait la restitution immédiate du corps de Shiri et la libération de tous les otages encore détenus. Finalement, le corps de Shiri a été rendu. Selon certaines sources arabes, les ravisseurs de la famille Bibas seraient toujours en vie et auraient été interviewés avec fierté : honte à eux et à ceux qui les protègent !

     

     
     


    Le 23 février 2025, le dernier survivant de la famille, Yarden, à qui j'apporte tout mon soutien moral, a annoncé que l'enterrement de Shiri, Ariel et Kfir aurait lieu le mercredi 26 février 2025 dans la plus grande intimité familiale : « En ces jours douloureux et difficiles, il n’y a pas de mots pour décrire le niveau de gratitude que nous ressentons envers vous tous. L’étreinte chaleureuse, l’amour et la force que vous nous avez envoyés de partout en Israël et dans le monde nous renforcent et nous accompagnent dans ces moments de crise. Nous ressentons les cœurs ouverts, l’immense étreinte, votre douleur à côté de notre douleur, que nous ne tenons pas pour acquise. (…) Le fait de savoir que vous êtes avec nous, que vos cœurs battent aux côtés du nôtre, nous renforce à chaque respiration. ». Tous les amoureux de la vie et de l'humanité seront aux côtés de Yarden mercredi.
     

     
     


    Rappelons qu'en France, un parti populiste, France insoumise, se montre très complaisant avec le Hamas qu'il ose considérer comme un parti de "résistance" alors que c'est un groupe terroriste, on le voit bien avec l'assassinat de cette famille.

    L'une des preuves de cette irresponsabilité des insoumis, c'est le discours honteux de Jean-Luc Mélenchon le 30 novembre 2023 à Rochefort. Il s'est cru autorisé à faire de l'humour sur le dos de Kfir Bibas, en refusant d'ailleurs de le nommer, comme en faisant semblant de ne plus se rappeler le nom de l'organisation terroriste palestinienne, le FPLP (il a dit « le FP... breff... »). Or, le groupe des députés insoumis avait très vivement réclamé la libération de Salah Hamouri, un terroriste du FPLP, qui, finalement, a été expulsé par Israël. Manuel Bompard et Mathilde Panot ont tenu un meeting commun avec ce personnage du FPLP.

    Jean-Luc Mélenchon a exactement déclaré, avec une légèreté abominable en ce qui concernait le bébé pris en otage (probablement déjà assassiné par les terroristes du Hamas à l'heure du discours) : « Appelez-les [le FPLP] pour obtenir la libération euh du bébé là, dont il a été question, qu'en France, hein, ailleurs, c'est pas une histoire, mais en France, allez savoir pourquoi... ». Quelle médiocrité intellectuelle et surtout, humaine ! S'il y a bien un parti qui montre chaque jour qu'il est contre l'humanité, c'est bien lui. Pourquoi en France se préoccupait-on du sort de Kfir Bibas ? Justement parce qu'il était aux mains des terroristes du Hamas et qu'il a été assassiné à mains nues. Juste une question d'humanité.


     

     
     


    Et malheureusement, la famille Bibas n'est pas la seule victime du Hamas. Oded Lifshitz avait 84 ans. Il a consacré sa vie à aider les Palestiniens. Il a en particulier conduit des Palestiniens malades de Gaza vers des hôpitaux en Israël pour y être soignés. Le 20 février 2925, Oded Lifshitz est sorti du territoire de Gaza dans un cercueil, porté par des Palestiniens. Ingratitude infinie. Sa femme qui l'aidait dans son aide était aussi une otage du Hamas.

    Comment faut-il réagir face à ces terroristes assassins de bébé de 10 mois ? En tendant l'autre joue ? Son frère a été, lui aussi, assassiné à mains nues. Remember ! Le souvenir de la famille Bibas survivra à ses assassins.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (23 février 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Kfir Bibas, d'horreurs en horreurs...
    Auschwitz : soyons la mémoire de leur mémoire !
    Gaza : trêve, libération d'otages israéliens et propagande du Hamas.
    Mahmoud Abbas.
    7 octobre 2023 : un an qu'Israël se bat pour sa survie.
    Les Accords d'Oslo.

     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250218-kfir-bibas.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/kfir-bibas-d-horreurs-en-horreurs-259423

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/02/19/article-sr-20250218-kfir-bibas.html




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  • Gaza : trêve, libération d'otages israéliens et propagande du Hamas

    « J'ai du mal à imaginer que la libération des camps d'Auschwitz et de Bergen-Belsen ait été accompagnée de cris de victoire et d'appels à exterminer tous les Allemands. » (Sophia Aram, le 19 janvier 2025 dans "Le Parisien").




     

     
     


    Encore une fois, l'humoriste Sophia Aram a été percutante et a soulevé les vrais enjeux dans sa chronique publiée le 19 janvier 2025 dans "Le Parisien". En évoquant la libération du camp d'extermination d'Auschwitz dont on va commémorer le 80e anniversaire dans quelques jours, elle voulait d'abord parler de la situation à Gaza. Elle reprenait l'accusation portée un peu légèrement contre l'État d'Israël de génocide dès le 15 octobre 2023, principalement « pour masquer le pogrom du 7 octobre et les multiples appels du Hamas et des islamistes du monde entier à éradiquer toute présence juive au Proche-Orient ».

    Ce dimanche 19 janvier 2025 à 10 heures 15 est d'abord un jour important pour de nombreuses familles israéliennes : c'est le début d'une (en principe longue) trêve entre le Hamas et Israël dont la première phase, de quarante-deux jours, devrait permettre la libération d'une trentaine d'otages israéliens (il semblerait notamment que les deux otages franco-israéliens devraient être libérés bientôt), et en parallèle, ce qui n'a rien à voir, la libération de Palestiniens condamnés parfois à des peines très lourdes en raison de leurs crimes (assassinats, terrorisme, etc.).

    Cet accord a été validé par Benjamin Netanyahou, le Premier Ministre israélien, le 18 janvier 2025. Sa mise en œuvre dès le lendemain constitue une petite victoire, l'ultime, du Président américain Joe Biden qui quitte la Maison-Blanche le lendemain. L'accord a été négocié avec les deux Présidents américains, y compris Donald Trump, et la libération d'otages encore sous le mandat Biden est très symbolique. On se rappelle l'humiliation qu'avait subie Jimmy Carter qui a dû attendre son départ de la Maison-Blanche pour voir libérer les otages américains de Téhéran en janvier 1981.

    Dimanche après-midi, donc, les trois premières otages israéliennes ont été libérées, dans des conditions très difficiles, à Gaza : Romi Gonen, Emily Damari et Doron Steinbrecher qui ont été détenues pendant 471 jours d'horreur. Elles étaient escortées par des terroristes cagoulés du Hamas, puis recueillies par la Croix-Rouge (on se demande bien le degré de neutralité de cette organisation humanitaire), enfin "livrées" à l'armée israélienne qui les ont reconduites en Israël. Pendant ce transfert, les ont accompagnées une foule palestinienne surexcitée qui criait et qui, parfois, tirait en l'air. Atmosphère très électrique. Ce "voyage" des trois otages a dû être très éprouvant car des fusillades pouvaient avoir lieu à tout moment.

     

     
     


    Certains otages n'ont plus rien et le choc sera dur à leur libération : leur famille a été massacrée, leur maison détruite. Pour Emily Damari, l'horreur est heureusement terminée. Elle a survécu à plus de quinze mois de traitement difficile et surtout, à sa grave blessure, car elle a perdu deux doigts à cause de ses ravisseurs terroristes. C'est une battante !

    Malgré ces trois premières libérations, non, la joie n'était pas sur les visages des citoyens israéliens. Trop d'otages sont encore restés aux mains des tortionnaires du Hamas.

     

     
     


    Par exemple, Kfir Bibas, qui a fêté son 2e anniversaire le 18 janvier 2025, il a déjà vécu deux tiers de son existence dans une prison du Hamas, et il n'est toujours pas libéré, tandis que l'accord a permis à Mohammad Abu Warda, condamné car il est l'auteur d'un attentat qui a tué 44 personnes en faisant exploser un bus en 1996, d'être libéré par l'État d'Israël. Quel parallèle ! On ne sait même pas si Kfir Bibas est encore en vie, et dans tous les cas, quelle barbarie de s'en prendre à des bébés de 9 mois !

    Mais pour les otages encore retenus, l'espoir reste possible, mais on pense aussi à ceux qui ont été massacrés par les terroristes du Hamas le 7 octobre 2023. Ainsi, Jonathan, petit bonhomme qui a été assassiné avec son père, ne grandira pas alors que leur assassin sera libéré dans le cadre de l'accord entre Israël et le Hamas.

     

     
     


    Ainsi, cette famille entière ne rigolera plus pacifiquement parce qu'elle a été brûlée vive lors du pogrom perpétré par le Hamas.

     

     
     


    Ainsi, ces trois enfants, Arbel, Shachar et Omer, massacrés dans leur lit le 7 octobre, ne feront plus de grimace pendant leur goûter. La liste est tellement longue...

     

     
     


    Certains auteurs de tweets (comme Jérémy Benhaïm) se posaient quand même la question, en regardant ce triste spectacle, sur la réalité de ce qu'on dit généralement sur la situation à Gaza. Par exemple, dans la foule, de nombreux Gazaouis filmaient la scène avec des smartphones « visiblement bien chargés ». Famine, coupure d'électricité depuis de mois, vraiment ? « On nous aurait donc menti ? ».

     

     
     


    Revient toujours la question : y a-t-il eu vraiment un génocide à Gaza ? Existe-t-il une notion de pause de génocide ? Sophia Aram est revenue sur cette question pour asséner quelques évidences et remettre des points sur les i : « L'indécence de ceux qui braillent leurs certitudes sur le "génocide-en-cours-à-Gaza" depuis des mois m'autorise à émettre quelques doutes sur ces accusations et sur la sincérité de ceux qui les professent. ».

     

     
     


    Et de poser les bonnes questions : « Parce qu'au fond, comment ne pas douter lorsqu'il faudrait admettre sans ciller que nous serions devant la première trêve négociée de l'histoire des génocides ? Une trêve mise à profit par les représentants des "génocidaires" et des "génocidés" pour s'accorder sur le nombre d'otages et de prisonniers à échanger avant de poursuivre vers la paix ou de reprendre le cours du supposé génocide. Comment ne pas s'interroger face à l'idée que nous serions devant le tout premier cas de génocide dans lequel les "génocidés" détiendraient encore des otages issus du "camp génocidaire" et ce, à l'issue de son "extermination" ? Comment ne pas douter devant ce cas très particulier de génocide démarrant par un pogrom perpétré sur le sol des "génocidaires" par les "génocidés", et qui se termine par les appels triomphants de ces derniers à en reproduire de nouveaux ? Combien de rescapés ont-il célébré et revendiqué la victoire au terme de leur propre génocide ? ».

     

     
     


    Fustigeant « une guerre qui aura vu les "résistants" du Hamas se mettre aux abris en laissant à découvert la population civile qu'ils sont censés défendre » (les dirigeants de l'organisation terroriste étaient planqués bien au chaud dans des hôtels de luxe au Qatar), l'humoriste éditorialiste a souligné « l'insincérité de ceux qui tirent un bénéfice politique à porter de telles accusations contre Israël et contre tous ceux qui ont le mauvais goût de douter ».

    Elle conclut : « Je pense qu'il serait temps pour ceux qui n'ont eu de cesse de relayer la propagande du Hamas en France de déposer les armes. ». Suivez mon regard...


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (19 janvier 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Gaza : trêve, libération d'otages israéliens et propagande du Hamas.
    7 octobre 2023 : un an qu'Israël se bat pour sa survie.
    Laura Blajman-Kadar.
    7 octobre 2023 : l'hommage aux victimes françaises.
    Discours du Président Emmanuel Macron en hommage aux victimes du 7 octobre 2023 aux Invalides le 7 février 2024 (texte intégral et vidéo).
    L'avenir de la France se joue aussi à Gaza !
    La naissance de l’État d’Israël.
    David Ben Gourion.
    Eden Golan.
    Walid Daqqa.
    Gaza : quel est l'accord entre Israël et le Hamas ?
    Le rappel très ferme d'Emmanuel Macron contre l'antisémitisme.
    Conflit israélo-palestinien : la France est-elle concernée ?
    Dominique de Villepin toujours pro-palestinien ?
    Emmanuel Macron participera-t-il à la grande marche contre l'antisémitisme du 12 novembre 2023 ?
    Gaza, victime avant tout du Hamas ?
    Quel est le bilan de la visite d'Emmanuel Macron au Proche-Orient ?
    Proche-Orient : l'analyse crue de Jean-Louis Bourlanges.
    Pourquoi Emmanuel Macron se rend-il en Israël ce mardi 24 octobre 2023 ?
    Hôpital à Gaza : la vérité aveuglée par la colère ?
    Hamas : tirs groupés contre les insoumis.
    Horreur en Israël : les points sur les i de Gérard Larcher et Emmanuel Macron.
    Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 12 octobre 2023 (vidéo et texte intégral).
    Allocution du Président du Sénat Gérard Larcher le 11 octobre 2023 (texte intégral).
    Horreur totale en Israël ; émotion et clarification politique en France.
    Israël en guerre contre son agresseur terroriste, le Hamas.
    Les Accords d'Oslo.
     

     
     




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    https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/gaza-treve-liberation-d-otages-258784

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/01/19/article-sr-20250119-gaza-israel.html




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  • Philippe Val et la promesse d'autres tragédies

    « Un bon Arabe doit être musulman, sa femme doit être voilée, il doit détester la France et admirer le Hamas et le Hezbollah. Cette assignation des Arabes par les autorités morales est un racisme réel drapé dans un antiracisme autoproclamé. Un tel déni de réalité, dix ans après les attentats de 2015, est la promesse d'autres tragédies. » (Philippe Val, le 6 janvier 2025 sur Europe 1).




     

     
     


    Personnalité du monde médiatique et intellectuel un peu touche-à-tout, Philippe Val (72 ans) est tout à la fois humoriste, journaliste, écrivain, chroniqueur et même patron de presse. Sa consécration a sans doute été sa nomination comme directeur général de l'importante station de radio publique France Inter de 2009 à 2014, mais ses fonctions pendant dix-sept ans à la tête de "Charlie Hebdo" de 1992 à 2009, comme rédacteur en chef puis comme directeur de publication, sont sans doute ce qui a eu le plus d'importance à ses yeux.

    Et il se place bien entendu sur le devant de scène des commémorations des attentats de janvier 2015 pour une raison simple : c'est lui, comme directeur de publication de "Charlie Hebdo", qui a pris la responsabilité (qu'il n'a jamais regretté) de publier les caricatures de Mahomet, celles publiées par le quotidien danois "Jyllands-Posten" le 30 septembre 2005. Leur publication a eu lieu dans le numéro de "Charlie Hebdo" du 3 février 2006, complétées par des caricatures maison. L'hebdomadaire satirique a été quasiment le seul périodique français à avoir eu le courage de les publier (avec "France-Soir" et "Libération") en raison des nombreuses pressions faites sur les rédactions.


     

     
     


    Depuis cette date, Philippe Val est sous protection policière matin midi et soir (et nuit), et vit avec l'angoisse de l'assassinat. On peut dire que son angoisse était justifiée puisque cinq dessinateurs, deux journalistes et deux chroniqueurs (entre autres) ont été assassinés il y a dix ans, le 7 janvier 2015.
     

     
     


    J'apprécie beaucoup Philippe Val car il porte finalement une parole très rare dans le monde médiatique, il veut rappeler sans cesse qu'il faut combattre l'islamisme et, bien que de gauche, il bouscule la pensée prémâchée de l'islamogauchisme. Trouille ou militantisme politique, on ne sait pas trop bien ce qui motive beaucoup de nos intellectuels français en-dessous de tout, et en particulier d'une pensée claire sur la liberté et sur la laïcité. Philippe Val est, avec quelques autres petites lumières médiatiques comme Caroline Fourest, Tristane Banon, Sophia Aram (actuellement salement harcelée par cette gauche extrémiste), l'un des rares "prescripteurs d'opinion" à rappeler toute l'horreur de l'islam politique et la nécessité de s'y opposer fermement, quelle que soit sa foi ou sa non-foi.

    Dans sa chronique du lundi 6 janvier 2025 qu'il a faite sur la station Europe 1, le journaliste est sévère contre ses collègues qui n'ont jamais rappelé que les caricatures qui avaient mis le monde musulman en colère en 2005 et 2006 n'étaient pas celles publiées par le journal danois mais d'autres, falsifiées pour manipulation par un imam qui l'a reconnu par la suite. Comme pour l'assassinat de Samuel Paty, victime lui aussi d'une manipulation mensongère sur les réseaux asociaux, la désinformation a tué beaucoup trop pour ne pas alerter les journalistes pendant qu'il est encore temps.

    Philippe Val a aussi rappelé que l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal, qui, à 75 ans, est très malade et n'est toujours pas soigné, alors qu'il a été jeté en prison injustement en Algérie il y a deux mois, est trop peu soutenu par les moralistes professionnels en France et mériterait leur soutien avec un écho médiatique qui puisse faire pression sur le gouvernement algérien.


     

     
     


    Dans cette chronique, Philippe Val a d'abord fustigé ce qu'il a appelé la "bienveillance" de nombreux "intellectuels" envers l'islamisme : « On va parler de ce qui n'a pas changé, voire de ce qui a empiré : la bienveillance d'une partie du monde intellectuel, politique et médiatique français pour les acteurs d'un phénomène religieux, l'islam, dans sa version la plus hostile à notre civilisation, la plus puritaine et la plus dangereuse. On l'a vu lors du stupéfiant soutien au Hamas par La France insoumise et le journal "Le Monde" après le 7 octobre 2023 et par les non-moins stupéfiants ralliements et accords électoraux qui s'ensuivirent de la part de partis comme le parti socialiste ou de personnalités comme François Hollande. ».

    "Le Monde" a contribué à ce climat malsain qui, de fait, promeut l'antisionisme : « Je ne souhaite nullement la disparition du "Monde" dont j'admire et respecte nombre de ses journalistes, mais son statut de journal de référence n'est plus supportable. Ce n'est pas plus une référence que Mediapart ou "Valeurs actuelles". C'est un journal d'opinion et c'est son droit. Mais ce statut ne lui permet d'exercer aucun magistère moral. Qu'il soit lu comme une bible par les enseignants, les intellectuels, les politiques, est une des causes de la maladie de la démocratie française. Au lendemain des attentats, il y a dix ans, "Le Monde" avait déjà choisi de donner une large audience à Emmanuel Todd qui prétendait que les 4 millions de manifestants du 11 janvier n'étaient que des petits bourgeois catholiques qui avaient besoin d'avoir peur de l'islam pour se tenir chaud ensemble. ».

     

     
     


    Le point de référence de l'ancien directeur de "Charlie Hebdo", c'est le massacre antisémite du 7 octobre 2023 dans la continuité des réactions aux caricatures de 2005-2006 : « On l'a vu après le massacre du 7 octobre. Dans les heures qui ont suivi, ce n'est pas l'horreur du massacre qui a été mise en avant, mais le scandale de la réplique israélienne. Il y a une continuité dans la volonté de nier la réalité. Par exemple, en 2006, les caricatures qui ont mis le feu au Moyen-Orient et monde arabe ne sont pas celles qu'ont publiées le "Jyllands-Posten" et "Charlie Hebdo". On sait que ce sont des caricatures détournées et diffusées par un imam danois intégriste. Bien que l'information ait parfaitement circulé dans les rédactions, et que depuis, l'imam repenti ait avoué sa manipulation, l'info n'intéressait pratiquement personne. Il est évident que les caricatures publiées étaient anodines et que leur censure était insupportable dans n'importe quel régime de liberté. Personne n'a voulu retenir cette information pourtant capitale. Eh bien, c'est un cas d'école pour journalistes : une info reste-t-elle vraie quand personne n'a envie d'y croire ? (…) Ce qui démontre aussi que notre métier de journaliste et d'intellectuel est de dire la réalité au plus près. Et que c'est une question de vie ou de mort. La réalité se venge toujours quand elle est repoussée, elle revient sous une forme monstrueuse. En ce qui nous concerne, elle est revenue sous la forme des attentats qui ont endeuillé notre pays. ».

    Si le monde journalistique a compris la nature de l'islamisme, il y a encore beaucoup à faire pour préserver une parole sensée en France : « Il s'est passé quelque chose. La plupart des grands journaux et des chaînes d'info, radios, ont désormais des positions sans ambiguïté sur l'islam politique et l'antisémitisme, et il faut s'en réjouir. Mais une partie du monde intellectuel et journalistique n'a encore rien compris. La campagne de haine que subit aujourd'hui l'humoriste Sophia Aram et l'indifférence méprisante dont Boualem Sansal fait l'objet montrent à quel point leur magistère moral est une imposture. Boualem Sansal et Sophia Aram ont en commun une tare majeure aux yeux de nos moralistes antiracistes : ce sont de mauvais Arabes ! Un bon Arabe doit être musulman, sa femme doit être voilée, il doit détester la France et admirer le Hamas et le Hezbollah. Cette assignation des Arabes par les autorités morales est un racisme réel drapé dans un antiracisme autoproclamé. Un tel déni de réalité, dix ans après les attentats de 2015, est la promesse d'autres tragédies. ».

     

     
     


    Cette chronique du 6 janvier 2025 de Philippe Val est excellente car elle est un condensé d'une parole qui est rare et pourtant essentielle en France, celle d'une gauche républicaine qui est aujourd'hui étouffée par la nouvelle farce populaire (NFP). Cette gauche républicaine (dont je ne suis pas) est aujourd'hui la mieux représentée politiquement par un quasi-homonyme, l'ancien Premier Ministre et l'actuel Ministre d'État Manuel Valls, qui a su exprimer en 2015 et 2016 ce qu'était l'esprit républicain et que je ne me lasserai jamais de répéter : « Être français, ce n’est pas renoncer à ses origines, ce n’est pas renoncer à son identité, c’est les verser au pot commun. C’est une citoyenneté qui n’est pas petite, qui n’est pas réduite à l’origine de chacun, du sang, du sol ou par naturalisation, mais qui est grande, ouverte, fondée sur la volonté de construire l’avenir ensemble ! C’est ce nouveau patriotisme que j’appelle de mes vœux ! ».


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (06 janvier 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Philippe Val et la promesse d'autres tragédies.
    7 janvier 2025 : êtes-vous toujours Charlie ?
    L’esprit républicain.
    Fête nationale : cinq ans plus tard…







    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250106-philippe-val.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/philippe-val-et-la-promesse-d-258535

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/01/06/article-sr-20250106-philippe-val.html




     

  • 7 janvier 2025 : êtes-vous toujours Charlie ?

    « Cette France qui s’est retrouvée dans l’épreuve, ce moment où le monde entier est venu à elle, car le monde sait lui aussi la grandeur de la France et ce qu’elle incarne d’universel. La France, c’est l’esprit des Lumières. La France, c’est l’élément démocratique. La France, c’est la République chevillée au corps. La France, c’est une liberté farouche. La France, c’est la conquête de l’égalité. La France, c’est la soif de fraternité. Et la France, c’est aussi ce mélange si singulier de dignité, d’insolence, et d’élégance. » (Manuel Valls, le 13 janvier 2015 dans l'hémicycle).




     

     
     


    J'ai eu une "chance", il y a dix ans. Je n'étais pas chez moi mais en déplacement. Cela signifie : pas de journal, pas de télévision, pas de radio. J'ai évité (involontairement) d'être submergé par le flot des informations continues d'urgence. Mais j'avais quand même Internet et c'est ainsi que j'ai appris la mort de l'innocent, du tendre Cabu par balles ! Voir plus bas. Difficile de comprendre le monde contemporain. Pour la (très) petite histoire, je n'étais pas à Paris il y a dix ans, mais j'étais à Nice où le soleil brillait à 20°C...

    Sinistre commémoration, donc. Mardi, le dixième anniversaire de l'attentat de "Charlie Hebdo" qui s'est déroulé le mercredi 7 janvier 2015 sera l'occasion, pour la France, de faire un petit retour sur son passé récent. Toute la semaine sera commémorative, car le 8 janvier 2015 et le 9 janvier 2015, d'autres victimes ont péri dans cette série d'attentats de début 2015. On peut comprendre pourquoi François Bayrou n'a pas voulu faire sa déclaration de politique générale cette semaine et attendre la semaine suivante.

    Il y a eu une sorte de sidération, et malheureusement, on allait être presque habitués par cette sidération, tant les attentats islamistes se sont succédé en France, le 13 novembre 2015, le 14 juillet 2016, etc. Si l'attentat de La Nouvelle-Orléans a autant ému les Français, c'est parce que, en plus d'avoir touché le quartier français de cette ville américaine, il y avait deux faits qui, inévitablement, refaisaient penser aux attentats en France : l'attaque à la voiture-bélier, comme à Nice, et l'attaque contre un mode de vie, contre des personnes réunies pour s'amuser, pour faire la fête, Nouvel an comme bientôt carnaval, comme le 13 novembre 2015, contre de malheureux clients qui discutaient sur les douces terrasses de cafés parisiens un vendredi soir.

    Il y a eu deux incompréhensions dans l'état de sidération dans lequel nous nous trouvions. La première, c'était de croire que ces terroristes islamiques en voulaient à notre liberté d'expression et de dessin. En fait, c'est beaucoup plus vaste, contre notre mode de vie, contre notre existence : liberté d'expression, mais aussi liberté de célébration, liberté d'enseignement, liberté d'amusement, de distraction, d'écouter un concert, d'assister à une messe, etc. Bref, il n'y avait plus à donner des arguments, la cause est entendue, c'est celle des guerres : les terroristes sont nos ennemis et c'est eux ou nous. La seconde incompréhension, c'était de croire que cela avait commencé avec "Charlie Hebdo" en janvier 2015. En fait, cela avait commencé dès mars 2012 à Montauban et à Toulouse, avec les abominables assassinats de Merah, dont de trois enfants en bas âge dans une école juive. C'est là que tout a commencé, mais c'était difficile de comprendre sans le recul nécessaire.

    Cette violence est d'autant plus sidérante qu'elle s'est appliquée à des êtres par définition doux, des tendres, des non-violents, des intellectuels, des écrivains, des économistes, des psychiatres, des dessinateurs... Pas des miliciens, pas des légionnaires, pas des activistes.


    Le bilan humain est encore aujourd'hui très émouvant car certains étaient très connus et appréciés. Cela reste encore aujourd'hui incompréhensible. On a tiré à la kalachnikov sur la rédaction de "Charlie Hebdo". Douze sont morts le 7 janvier 2015 : cinq dessinateurs "historiques" du journal, Cabu (76 ans), Wolinski (80 ans), Charb (47 ans), Tignous (57 ans) et Honoré (73 ans), l’économiste Bernard Maris (68 ans), la psychiatre Elsa Cayat (54 ans), les journalistes Michel Renaud (69 ans) et Mustapha Ourrad (60 ans), les policiers Ahmed Merabet (42 ans) et Franck Brinsolaro (49 ans), qui assurait la protection de Charb, et l’agent de maintenance Frédéric Boisseau (42 ans).

    Charb, du haut des cieux, rappelle désormais aux passants, devant les lieux de la tragédie, ce qu'il écrivait en 2012 et qui est désormais inscrit en bas de la grande fresque de la rue Nicolas-Appert, "inventeur de la conserve alimentaire" (voir illustration) : « Je n'ai pas peur des représailles, je n'ai pas de gosses, pas de femme, pas de voiture, pas de crédit. C'est peut-être pompeux ce qui je vais dire, mais je préfère mourir debout que vivre à genoux. ».

     

     
     


    Il faut absolument en rajouter un treizième, que les autorités ne compteront jamais parmi les victimes, mais c'en est une : Simon Fieschi, le webmaster du journal. Il a été gravement blessé, touché à la colonne vertébrale, entraînant des handicaps à vie (hospitalisé neuf mois, perdant l'usage de ses jambes et de ses bras mais réussissant finalement à marcher). On l'a retrouvé mort dans une chambre d'hôtel à Paris le 17 octobre 2024, quelques jours avant son 41e anniversaire. Il s'est probablement suicidé, traumatisé à la suite de cet attentat.

    D'autres victimes présentes sur place ont survécu, traumatisées à vie et parfois, blessées à vie. Onze personnes ont été blessées dont quatre grièvement. Outre Simon Fieschi, deux journalistes ont été très gravement touchés, Philippe Lançon (qui a raconté son après-attentat dans un livre au titre emblématique, "Le Lambeau", éd. Gallimard en avril 2018) et Fabrice Nicolino, déjà victime d'un premier attentat en 1985 (j'ai cité ce journaliste pour évoquer Claude Allègre). Le dessinateur et directeur de la rédaction Riss a été touché à l'épaule, et un second agent de maintenance aussi.

    Il y a eu les rescapés qui miraculeusement n'ont pas été touchés, présents pendant le carnage : la dessinatrice Coco, les journalistes Sigolène Vinson, Luce Lapin et Laurent Léger, aussi Gérard Gaillard qui accompagnait Michel Renaud, invité exceptionnel de la rédaction, le directeur financier Éric Portheault. Sigolène Vinson a été visée par l'un des terroristes qui l'a finalement épargnée : « Je ne te tuerai pas. Tu es une femme. On ne tue pas les femmes. Mais réfléchis à ce que tu fais. Ce que tu fais est mal. Je t’épargne, et puisque je t’épargne, tu liras le Coran. (…) On ne tue pas les femmes ! On ne tue pas les femmes ! On ne tue pas les femmes ! »... après avoir pourtant assassiné Elsa Cayat, chargée d'une chronique dans l'hebdomadaire.


    Et puis, il y a eu ceux qui auraient dû ou pu se trouver dans la salle de rédaction pendant l'attentat et qui ne s'y trouvaient pas pour une raison ou une autre, en particulier l'urgentiste Patrick Pelloux, les dessinateurs Catherine Meurisse, Luz et Willem, le critique cinéma Jean-Baptiste Thoret, le rédacteur en chef (en vacances à Londres) Gérard Biard, les journalistes Zineb El Rhazoui (elle en vacances au Maroc) et Antonio Fischetti, et l'humoriste Mathieu Madénian.

    On imagine l'effroyable traumatisme à vie de ces rescapés, blessés, intacts et absents, qui ont vu la mort de leurs amis de très près. Certains n'ont pas renoncé leur expression corrosive, prêts à critiquer la réaction des autorités. Ainsi, Zineb El Rhazoui : « J'aurais aimé que ceux qui sont morts bénéficient d'un tel soutien de leur vivant. Et ce n'était pas du tout le cas. "Charlie Hebdo" est un journal qui a été conspué par tout le monde. ». Puis : « Nos collègues ont réussi à faire marcher Abbas et Netanyahou. On aurait voulu que les nôtres, qui sont morts, puissent voir tous ces gens. ». Gérard Biard : « Ils ont fait sonner les cloches de Notre-Dame pour Charlie, non mais on rêve ! ». Willem (qui n'a pas participé à la grande marche du 11 janvier) : « Nous avons beaucoup de nouveaux amis, comme le pape, la reine Élisabeth ou Poutine : ça me fait bien rire ! ». Luz : « On parle de la mémoire de Charb, Tignous, Cabu, Honoré, Wolinski : ils auraient conchié ce genre d'attitude. (…) Au final, la charge symbolique actuelle est tout ce contre quoi Charlie a toujours travaillé : détruire les symboles, faire tomber les tabous, mettre à plat les fantasmes. Le symbolisme au sens large, tout le monde peut en faire n’importe quoi. Même Poutine pourrait être d’accord avec une colombe de la paix ! ».

    La fuite des deux assaillants ainsi que d'un troisième terroriste (j'éviterai de dire leur nom) a été une course folle durant trois jours qui a fait encore beaucoup de dégâts humains. Le 8 janvier 2015 au matin, à Montrouge, une jeune stagiaire de la police municipale Clarissa Jean-Philippe (26 ans) est morte dans une fusillade, près d'une école juive. Quatre autres personnes ont été assassinées le 9 janvier 2015 dans l'après-midi, prises en otages puis tuées dans l'épicerie Hyper Casher de la Porte de Vincennes : Yohan Cohen (20 ans), Yoav Hattab (21 ans), Philippe Braham (45 ans) et François-Michel Saada (63 ans). Les trois terroristes ont été tués dans des fusillades, les deux auteurs de la tuerie à "Charlie Hebdo" dans une imprimerie où ils s'étaient réfugiés, le troisième preneur d'otages à l'Hyper Casher. Il faut souligner l'acte de bravoure de Yoav Hattab qui s'est emparé d'une arme du terroriste, ce qui lui a valu la mort.

     

     
     


    Tous les Français ont été choqués, ou du moins, quasiment tous (il y a eu malheureusement quelques cris de joie dans certains endroits de France), et parmi eux, l'un particulièrement choqué parce qu'il a perdu un ami cher le 7 janvier 2015, en la personne de Bernard Maris, c'était en même temps la date de sortie de son roman "Soumission", un roman de fiction politique qui imaginait la victoire des "musulmans modérés" en 2022 avec la nomination de François Bayrou à Matignon (toute ressemblance avec des faits réels n'est que pure coïncidence !). Je parle bien sûr de Michel Houellebecq qui, traumatisé par les attentats, a lâché le 13 janvier 2015 : « Rien ne sera plus comme avant (…). Oui [j’ai peur], même si c’est difficile de se rendre complètement compte de la situation. (…) Moi, je me sens toujours irresponsable et je le revendique, sinon je ne pourrais pas continuer à écrire. Mon rôle n’est pas d’aider à la cohésion sociale. Je ne suis ni instrumentalisable, ni responsable. ».

    Le week-end qui a suivi ces attentats, les 10 et 11 janvier 2015, les Français ont manifesté leur émotion et leur indignation très largement, rejoints par des dizaines de chefs d'État et de gouvernement qui ont exprimé leur solidarité avec le peuple français. Émotion mondiale.


    Ce qui est inquiétant, c'est que, depuis dix ans, les attentats ont continué, de nombreux ont heureusement échoué grâce au travail minutieux des forces de l'ordre, mais certains terroristes sont quand même passés à l'acte en particulier le 13 novembre 2015 et le 14 juillet 2016. L'inquiétant, c'est que rien n'indique que ce cauchemar ne se renouvellera pas à courte échéance et l'attentat de La Nouvelle-Orléans le montre bien.

    Je voudrais profiter de cet hommage aux disparus par es déclarations de deux hommes. Je terminerai par Cabu qui nous manque beaucoup. Mais avant lui, je voudrais reparler du Premier Ministre de l'époque, Manuel Valls, qui, de retour au gouvernement ces derniers jours, essuie injustement des insultes dans les réseaux sociaux. Car si Manuel Valls doit être considéré comme un homme d'État, qu'on l'aime ou qu'on le déteste, c'est bien par son comportement exemplaire lors des attentats de 2015 : Manuel Valls a incarné les valeurs républicaines au moment où la France en avait le plus besoin, merci à lui.

    Je propose ainsi de citer les extraits de ses deux discours majeurs (historiques, on peut dire) à la suite des attentats de 2015, celui du 13 janvier 2015 et celui du 9 janvier 2016. Peut-être parce qu'il est le seul Premier Ministre français à ne pas être né français, son appartenance à la France s'est incarnée avec plus de conscience et plus de détermination qu'un Français de naissance. Il reste que la République française ne fait justement pas de différence entre les Français, quelle que soit la manière d'être ou de devenir Français.


    Le 13 janvier 2015 : « La République et ses valeurs. (…) La laïcité, elle s’apprend bien sûr à l’école, qui en est un des bastions. C’est là, peu importe les croyances, les origines, que tous les enfants de la République ont accès à l’éducation, au savoir, à la connaissance. (…) La République n’est pas possible sans école, et l’école n’est pas possible sans République. Et on a laissé passer trop de choses (…) dans l’école. La laïcité, oui la laïcité, la possibilité de croire, de ne pas croire. L’éducation a des valeurs fondamentales, doit plus que jamais (…) être le combat de la France face à l’attaque que nous avons connue. Et arborons fièrement ce principe puisqu’on nous attaque à cause de la laïcité, à cause des lois que nous avons votées ici interdisant les signes religieux à l’école, prohibant le voile intégral, revendiquons-les, parce que c’est ça qui doit nous aider à être encore davantage forts. ».

    Et le message adressé tant aux Juifs qu'aux musulmans en France : « La France est en guerre contre le jihadisme, contre l’islamisme radical. Mais elle n’est pas en guerre contre une religion. Pas en guerre contre l’islam et les musulmans. (…) L’islam a toute sa place en France. (…) Je ne veux pas qu’en France des juifs aient peur. Et je ne veux pas que des musulmans aient honte. ».

    Le 9 janvier 2016, un an plus tard : « Le symbole d’un pays qui ne se perd pas dans la haine de l’autre, mais qui trouve en lui la force d’être ce peuple fier de ce qu’il est, qui dit non au racisme, non à l’antisémitisme, non au rejet et au repli. Être français, ce n’est pas renoncer à ses origines, ce n’est pas renoncer à son identité, c’est les verser au pot commun. C’est une citoyenneté qui n’est pas petite, qui n’est pas réduite à l’origine de chacun, du sang, du sol ou par naturalisation, mais qui est grande, ouverte, fondée sur la volonté de construire l’avenir ensemble ! C’est ce nouveau patriotisme que j’appelle de mes vœux ! ».

    L'éditorialiste politique Patrick Cohen se demandait d'ailleurs le 3 janvier 2025 sur France Inter les raisons de l'impopularité actuelle de Manuel Valls (« dont on a oublié qu’il fut un Premier Ministre populaire, près de 60% de bonnes opinions début 2015 ») : « On aimerait être certain que ces torrents de haine ne sont dus qu’à la loi travail, puis à son ralliement à Emmanuel Macron en 2017 -trahison de sa parole socialiste. Qu’à son opportunisme, son escapade espagnole, son retour piteux de Barcelone, et autres zigzags ou dérapages. On aimerait. Mais il est plus que probable que cette détestation trouve aussi racine dans ses combats contre Dieudonné et Tariq Ramadan, contre l’antisémitisme. Dans sa défense de la laïcité sans adjectif. Dans sa façon de rompre avec le mythe unitaire de la gauche, en faisant le constat de "deux gauches irréconciliables". ».

     

     
     


    Terminons par Cabu. Je n'ai pas retrouvé la date exacte de l'interview sur Europe 1 de l'ami Cabu qui passe en boucle dans les réseaux sociaux, je pense qu'elle doit dater de 2008. Cabu ne comprenait pas qu'on puisse imaginer tuer quelqu'un pour ses dessins, il trouvait cela stupide ! Et pourtant, quelle émotion de l'écouter ! S'il avait su la suite...

    Quelle émotion d'entendre cet éclat de rire : « Au moment du procès des caricatures danoises, vous savez, qu'on a publiées, j'étais protégé par la police. [Éclat de rire] Oui, ça fait rire, oui... (…) Ça a duré trois semaines seulement. Mais actuellement, je peux vous dire que Riss, Charb et Luz sont toujours protégés par deux policiers chacun. Il y a toujours des menaces de mort pour un dessin, vous vous rendez compte ? (…) Ce n'est pas signé, mais on sait d'où ça vient quand même. (…) On n'a aucune nouvelle de l'enquête. On sait seulement qu'il y a toujours des menaces. Pourquoi les policiers sont chargés de la protection des trois dessinateurs de Charlie ? C'est quand même triste, quoi ! (…) C'est notre boulot, quand même, de maintenir une charge contre toutes les idéologies, parce qu'on prend ces religions comme des idéologies. On doit pouvoir critiquer toutes les idéologies. Donc, je pense qu'on continue à le faire, évidemment, mais on ne va pas se prendre pour des héros non plus. On essaie de faire rire, d'abord, voilà. On est toujours étonnés parce qu'on veut faire rire et on nous menace de mort. C'est quand même incroyable ! (…) Je pense qu'en France, on peut encore rire de tout. On n'es pas en Iran, on n'est pas en Corée du Nord, vous voyez, il faut maintenir ce niveau d'esprit critique. ».

     




    J'ai encore du mal à imaginer que Cabu a été assassiné à la kalachnikov (et pas tout seul) et que dix ans plus tard, la gauche actuelle s'enfonce dans le "oui mais", hésitant entre Cabu et ses assassins, voulant ménager la chèvre et le chou. Aujourd'hui, c'est Sophia Aram qui se fait harceler par les islamogauchistes parce qu'elle est libre d'exprimer ce qu'elle veut. Répétons avec Cabu : il faut maintenir ce niveau d'esprit critique !

    Alors, êtes-vous toujours Charlie ? Moi, oui, plus que jamais ! Plus que jamais je suis français, plus que jamais je suis patriote, plus que jamais les valeurs républicaines sont notre ciment le plus efficace, plus que jamais je sais que le peuple français triomphera des fanatismes et des populismes car nous sommes, dans l'adversité, toujours unis. Râleurs, mais unis !



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (04 janvier 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    50 ans après Charlie Hebdo.
    Manuel Valls et l’esprit républicain.
    7 janvier 2025 : êtes-vous toujours Charlie ?
    Attentat à La Nouvelle-Orléans le 1er janvier 2025.
    Marché de Noël de Magdebourg : l'attentat du 20 décembre 2024.
    Pogrom à Amsterdam du 7 novembre 2024 : toujours la même musique...
    7 octobre 2023 : un an qu'Israël se bat pour sa survie.
    7 octobre 2023 : l'hommage aux victimes françaises.
    L'avenir de la France se joue aussi à Gaza !
    Le rappel très ferme d'Emmanuel Macron contre l'antisémitisme.
    L'attentat islamiste du Crocus City Hall de Moscou (22 mars 2024).
    Conflit israélo-palestinien : la France est-elle concernée ?
    Attentats d'Arras et de Bruxelles : tirs groupés contre les insoumis.
    L'assassinat de Dominique Bernard au lycée Gambetta d'Arras.
    Soutien total à Vincent Jeanbrun, maire de L'Haÿ-les-Roses.
    Agression à Bordeaux : attention, un train de violence peut en cacher un autre...
    Émotion, compassion et soutien aux victimes du criminel d'Annecy.
    Les attentats de Merah.
    L'attentat contre Salman Rushdie.
    L’attentat de la basilique Notre-Dame de Nice le 29 octobre 2020.
    Samuel Paty : faire des républicains.
    Les attentats du 11 septembre 2001 et la naissance du complotisme 2.0.
    Les attentats du 11 septembre 2001.
    Complot vs chaos : vers une nouvelle religion ?
    Nouveau monde.
    Qu’aviez-vous fait le 11 septembre 2001 ?
    11 septembre, complot ?
    Les théories du complot décortiquées sur Internet.
    Ben Laden, DSK, même complot ?
    L'attentat de Kaboul du 26 août 2021.
    Jacques Hamel, martyr de la République autant que de l’Église.
    Fête nationale : cinq ans plus tard…

     

     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250107-attentat-charlie-hebdo.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/7-janvier-2025-etes-vous-toujours-258429

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/01/04/article-sr-20250107-attentat-charlie-hebdo.html


     

  • Attentat à La Nouvelle-Orléans : les États-Unis durement endeuillés

    « Rien ne justifie la violence, quelle qu'elle soit, et nous ne tolérerons aucune attaque contre l'une des communautés de notre pays. » (Joe Biden, le 1er janvier 2025).


     

     
     


    Triste Nouvel an. Émotion, consternation et solidarité avec le peuple américain. Les États-Unis ont été endeuillés en ce jour du nouvel an, mercredi 1er janvier 2025, vers 3 heures 15 du matin (heure locale ; 10 heures 15, heure de Paris) par un attentat à la voiture-bélier au Vieux Carré français, le quartier historique de La Nouvelle-Orléans en Louisiane. En effet, un pick-up a foncé dans la foule nombreuse venue fêter le changement d'année et a tenté de faire le plus de morts possible. Actuellement, on compte malheureusement au moins 15 morts et 36 blessés, pour la plupart fauchés par le véhicule. Selon la directrice du New Orleans Police Department (NOPD), Anne Kirkpatrick, l'assaillant « était farouchement déterminé à provoquer un carnage ».

    Le conducteur du pick-up a été tué par les forces de l'ordre. Le véhicule, un Ford F-150 Lightning, aurait été loué et l'auteur de cette attaque meurtrière était muni d'un fusil d'assaut qu'il a utilisé après avoir heurté une grue et être sorti de son pick-up (deux policiers ont été tués par balle). A priori, il ne devait pas être seul pour cet attentat car on a retrouvé des engins explosifs dans le même quartier où a eu lieu cette attaque à la voiture-bélier.

     

     
     


    Il faut toujours être très prudent sur la motivation de l'auteur ou des auteurs d'un attentat, car les évidences sont parfois trompeuses. On s'en est rendu compte lors de l'attentat au marché de Noël de Magdebourg, en Allemagne, le 20 décembre 2024. En France, les dirigeants du RN, Jordan Bardella et Marine Le Pen, dans une volonté de récupération politicienne de la tragédie, avaient fustigé immédiatement les islamistes en faisant l'amalgame avec l'immigration, alors qu'on a su dès le début de l'enquête que l'auteur de l'attentat de Magdebourg était au contraire un sympathisant de l'AfD, parti d'extrême droite partenaire du RN au Parlement Européen. Parfois, le silence est préférable.

    Il faut être encore plus prudent pour des attentats aux États-Unis car il est hélas très fréquent que des forcenés, ce qu'on pourrait appeler des déséquilibrés, provoquent des tueries collectives, souvent par fusillade, dans des écoles ou des supermarchés, sans qu'il n'y ait de lien direct ou indirect avec des motivations purement politiques ou fanatiques.


    Selon les premiers éléments de l'enquête confiée au FBI pour attentat terroriste, le conducteur du pick-up (dont je ne veux pas écrire ici le nom pour ne pas lui faire de la publicité posthume, ce que recherchent les terroristes en général), est un citoyen américain de 42 ans, né et habitant au Texas, vétéran de l'armée américaine (il a servi l'armée de terre de 2007 à 2015), apparemment fasciné par le jihadisme. De plus, depuis 2022, il aurait travaillé dans un cabinet d'audit très célèbre, Deloitte.

    On a retrouvé dans le pick-up des armes, un drapeau de Daech, et des explosifs artisanaux. La police reste très inquiète car il est probable que le terroriste ait des complices et rien n'affirme que d'autres attaques ne suivront pas.

    Parmi les 15 victimes, on compte notamment un étudiant de l'Université d'Alabama, Kareem Badawi, selon un communiqué du président de cette université Stuart R. Bell sur Facebook. Tiger Bech, un joueur de football américain de 28 ans fait également partie des malheureuses victimes.

     

     
     


    Interrogé par le "New York Times", le frère de l'assaillant à la voiture-bélier a raconté que le terroriste était « un amour, un gars sympa, un ami, très intelligent, attentionné », ajoutant que son frère, inspiré par Daech (il a posté des vidéos islamistes avant de passer à l'acte), s'était converti à l'islam à un jeune âge mais que « ce qu'il a fait ne représente pas l'islam. Il s'agit plutôt d'une forme de radicalisation. ».

    Le gouverneur de la Louisiane, Jeff Landry, qui avait troublé ses interlocuteurs en encourageant les Américains à continuer à aller dans les restaurants et les bistrots la nuit même de l'attentat, montrant qu'il attacherait plus d'importance à l'aspect économique qu'à l'aspect sécuritaire de son État, a précisé sur Twitter quelques heures plus tard : « La sécurité est notre priorité absolue et nous voulons que nos clients et le monde sachent que la Louisiane ne cède pas aux terroristes islamistes radicaux. Nos restaurants et tout ce que La Nouvelle-Orléans a à offrir restent ouverts ! ».

    Le profil du conducteur de la voiture-bélier montre une fois encore que tout est compliqué dans les attentats terroristes. Il est citoyen américain et né aux États-Unis, il semblait être bien intégré socialement puisqu'il jouissait apparemment d'un emploi intéressant. La première réaction du Président élu Donald Trump paraît une fois encore très hors-sol, bien que prévisible, puisqu'il a condamné l'immigration illégale qui serait à l'origine de cet attentat, ce qui ne semble ici absolument pas le cas puisque le terroriste est un Américain. On retrouve ce genre de réflexe politicien chez les populistes et l'extrême droite en Europe et plus particulièrement en France.

    Cela ne présage pas de développements favorables avec le retour à la Maison-Blanche de Donald Trump qui, s'il ne comprend pas l'origine du mal, aura du mal à l'éradiquer avec efficacité. Quant au Président sortant Joe Biden, il risque de quitter la Maison-Blanche, dans une petite vingtaine de jours, avec une humiliation politique similaire à celle de son lointain prédécesseur Jimmy Carter qui vient de s'éteindre, ce qui serait injuste car le gouvernement Biden aura été prévoyant et pertinent en ce qui concerne les risques de guerre en Europe.

    Il faut comprendre l'islamisme comme une sorte de cancer qui atteint les cellules vivantes du corps dans lequel il s'est introduit, ici, le corps est un pays et les cellules ses citoyens. C'est par une sorte d'adhésion fanatisée de type sectaire que les propres ressortissants des pays victimes commettent leur attentat, on l'a bien vu à plusieurs reprises en France.


    Beaucoup de nations étrangères ont exprimé leur sympathie et empathie au peuple américain, et l'une des premières pourrait étonner puisqu'il s'agit de la Chine communiste. Mao Ning, la porte-parole du Ministère chinois des Affaires étrangères, a déclaré au cours d'une conférence de presse : « Nous sommes choqués par cet incident violent, nous rendons hommage aux victimes et adressons nos pensées aux familles des victimes ainsi qu'aux blessés. ».

    Également le Président ukrainien Volodymyr Zelensky sur Twitter : « Horrifié par l'attentat perpétré à La Nouvelle-Orléans, aux États-Unis, qui a coûté la vie à des innocents et fait de nombreux blessés (…). Nous sommes convaincus que les responsables de cet acte terrible seront traduits en justice. La violence, le terrorisme et toute menace contre la vie humaine n'ont pas leur place dans notre monde et ne doivent pas être tolérés (…). Nous présentons nos plus sincères condoléances aux familles des victimes et souhaitons un prompt rétablissement à tous les blessés. L'Ukraine se tient aux côtés du peuple américain et dénonce la violence. ».

    La Représentante de la politique extérieure de l'Union Européenne Kaja Kallas, « profondément attristée », a voulu réaffirmer sur Twitter la volonté commune de fermeté pour combattre le terrorisme : « Il n'y a pas d'excuse pour une telle violence. Alors que les autorités poursuivent leur enquête, nous exprimons notre solidarité totale avec les victimes et leurs familles en cette période tragique. ».


     

     
     


    La France aussi a exprimé sa compassion et son indignation, d'autant plus que cet attentat nous rappelle de sinistres souvenirs. Le Premier Ministre français François Bayrou a ainsi exprimé l'émotion de la France : « Le terrorisme qui a frappé à La Nouvelle-Orléans vise à détruire ce que nous avons de plus cher, des citoyens innocents, des familles, et les valeurs qui nous font vivre ensemble. Nous savons tous que là est l’ennemi ! Nous ne pourrons le combattre qu’ensemble. ». Peu avant ce tweet, le Président de la République française Emmanuel Macron avait réagi sur Twitter ainsi : « La Nouvelle-Orléans, si chère au cœur des Français, est frappée par le terrorisme. Nos pensées vont aux familles des victimes et aux blessés, ainsi qu’au peuple américain dont nous partageons la peine. ».

     

     
     


    Ce nouvel attentat montre une fois encore la grande vulnérabilité de nos sociétés et qu'en France aussi, nous devons, nous citoyens, tous redoubler de vigilance car nous ne sommes pas immunisés de ce genre de drame qui peut resurgir à tout moment.

    (Note du 2 janvier 2025 : le nouveau bilan est de 14 morts).


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (01er janvier 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Attentat à La Nouvelle-Orléans : les États-Unis durement endeuillés.
    Jimmy Carter, patriarche de l'humanitaire.
    Shirley Chisholm.
    Katalin Kariko et Drew Weissman.
    Rosalynn Carter.
    Walter Mondale.
    Marathonman.
    Bob Kennedy.
     

     
     





    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250101-attentat-nouvelle-orleans.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/attentat-a-la-nouvelle-orleans-les-258453

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/01/02/article-sr-20250101-attentat-nouvelle-orleans.html




     

  • Marché de Noël de Magdebourg : le retour du risque terroriste

    « Mort, je me serais relevé je crois pour lui dégueuler sur ses phrases. On se refait pas. Pousser son couic encore ça peut se faire, c'est tout ce qui précède qui vous épuise la poésie, toutes les charcuteries, les baveries, les torturations qui précèdent le hoquet du bout. » (Céline, "Guerre", éd. Gallimard).



     

     
     


    Soirée de désolation. Ce vendredi 20 décembre 2024 vers 20 heures, en plein centre-ville de Magdebourg (240 000 habitants), la capitale du Land de Saxe-Anhalt, en ex-Allemagne de l'Est, au marché de Noël, un attentat terroriste s'est produit à la voiture bélier. 2 personnes sont mortes, un adulte et un enfant, et 68 autres personnes ont été blessées (dont 17 graves), selon un bilan provisoire. Une BMW (qui a été louée) a foncé dans la foule et son conducteur, un médecin d'origine saoudienne d'une cinquantaine d'années, a été arrêté. Solidarité totale au peuple allemand touché très durement la veille des fêtes. Pensée aux victimes et à leurs proches.

    Le marché de Noël d'Erfurt a été évacué comme celui de Magdebourg, mais celui de Halle (la plus grande ville de Saxe-Anhalt) n'aurait pas vu sa sécurité renforcée.


    Selon les premiers éléments, le conducteur se serait installé en Allemagne en mars 2006, reconnu réfugié politique en juillet 2006, et serait psychiatre et psychologue dans une clinique à Bernbourg où il vivrait. Il était membre d'un réseau aidant les Saoudiens à fuir leur pays et rejoindre l'Allemagne. Dans les réseaux sociaux, il aurait propagé des théories complotistes, selon lesquelles l'Allemagne persécuterait les anciens musulmans saoudiens, des théories qu'on retrouve aussi à l'extrême droite allemande. L'Allemagne aurait refusé la demande d'extradition de l'Arabie Saoudite vers Riyad en raison des droits de l'homme.
     

     
     


    Cet attentat ne va pas apaiser la situation politique intérieure en Allemagne, en pleine crise, comme en France. Après la rupture, le 6 novembre 2024, de la coalition du feu tricolore, qui gouverne le pays depuis décembre 2021 sous la houlette du Chancelier Olaf Scholz, ce dernier a perdu le vote de confiance du 16 décembre 2024 au Bundestag par 394 voix contre la confiance, 207 voix pour et 116 abstentions. Des élections fédérales anticipées vont ainsi avoir lieu le 23 février 2025 avec notamment l'immigration comme principal thème de campagne.

    Pour donner une idée de la puissance des ingérences étrangères à l'œuvre pour ces prochaines élections, quelques heures avant l'attentat de Magdebourg, Elon Musk, futur ministre du gouvernement de Donald Trump, avait tweeté : « Only the AfD can save Germany » [Seul l'AfD peut sauver l'Allemagne] (l'AfD est le parti d'extrême droite pro-Poutine qui est sorti renforcé des récentes élections locales).


     

     
     


    Le caractère islamiste de l'attentat n'est donc pas vraiment établi malgré la similitude des précédents attentats, eux islamistes. Le marché de Noël de Berlin avait lui aussi été endeuillé il y a huit ans, le 19 décembre 2016, quand un camion bélier avait tué 12 personnes et blessé 56 autres, avec un mode opératoire assez proche de l'attentat de Nice du 14 juillet 2016. Cela fait aussi penser à l'attentat de Strasbourg le 11 décembre 2018, également au marché de Noël de la capitale alsacienne, qui a tué 5 personnes et blessé 11 autres.

    Les Français ne peuvent qu'être solidaires des Allemands dans cette épreuve et ce drame. C'est ce qu'a déclaré le Président Emmanuel Macron : « La France partage la douleur du peuple allemand et exprime toute sa solidarité. ». Comme à Nice, une polémique est en train de naître à Magdebourg sur la possibilité d'un véhicule à atteindre les foules. Mais le principe de la voiture bélier est avant tout de tuer. Tuer des consommateurs, tuer des citoyens dans une perspective de fête familiale et religieuse. De l'une des deux principales fêtes chrétiennes. Comme l'auteur présumé de l'attentat est encore en vie, il faudrait connaître ses motivations profondes, une haine de l'Allemagne probablement (qui l'avait pourtant accueilli).

    La Ministre de l'Intérieur et des Collectivités Nancy Faeser (SPD) avait signalé en novembre 2024 qu'il n'y avait pas de menaces concrètes sur les marchés de Noël du pays, mais qu'il était sage de garder une vigilance permanente, car ce sont des lieux très fréquentés.

     

     
     


    Cet attentat a eu lieu à peu près au même moment où, en France, ce vendredi soir, la cour d'assises spéciale de Paris a livré son verdict pour le procès de l'assassinat de Samuel Paty, concluant sept semaines d'audience : les deux amis du tueur ont été condamnés à seize ans de prison pour complicité d'assassinat terroriste, le père de la collégienne à treize et le prédicateur à quinze ans de prison, reconnus coupables d'association de malfaiteurs terroriste. Les huit prévenus ont été tous condamnés, et plus sévèrement que le proposait le parquet dans ses réquisitions.

    Commentant ce verdict, l'essayiste Rachel Khan a écrit sur Twitter : « Dans son verdict sur l’attentat de Samuel Paty, la justice a mis en lumière la méthode morbide, perverse, mensongère, fourbe et dangereuse des islamistes et de leurs tristes complices. Si la République a perdu son professeur, ce soir elle rend honneur à sa mémoire. Merci. ».


    L'attentat de Magdebourg rappelle que nos sociétés sont fragiles et exposées à la haine et à la culture de la mort. Les responsables politiques français devraient s'en souvenir un peu plus souvent au lieu de jouer la stratégie du chaos. Alors que François Bayrou recherche un accord pour pouvoir gouverner dans une Assemblée éclatée, les dirigeants socialistes ne voient que leurs intérêts électoraux minables et oublient l'intérêt de la nation. Le premier objectif des terroristes, c'est d'abord de diviser les nations. En ces temps incertains, l'unité n'est plus une option.


    (Note du 21 décembre 2024 à 15 heures : le nouveau bilan est de 5 morts, dont un enfant de 9 ans, et de 200 blessés, dont 41 très graves).



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (20 décembre 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Strasbourg : la France, du jaune au noir.
    L’attentat de Berlin du 19 décembre 2016.
    Marché de Noël de Magdebourg : le retour du risque terroriste.
    L'éclatement de la coalition Rouge Jaune Vert en Allemagne.
    Friedrich Merz.
    Olaf Scholz.
    Les 80 ans du Débarquement en Normandie.
    Élections européennes 2024 (7) : Ursula von der Leyen et ses trois priorités, la défense, le logement et la compétitivité.
    Élections européennes 2024 (6) : le casting pour la dixième législature du Parlement Européen.
    Élections européennes 2024 (5) : la victoire de... Ursula von der Leyen !
    Der Spiegel : "La France, c'est l'Allemagne en mieux".
    Konrad Adenauer.
    Daniel Cohn-Bendit.
    Volkswagen.
    Hans Modrow.
    Dmitri Vrubel.

    Le mur de Berlin.
    La chute du mur de Berlin.
    La Réunification allemande.
    Berlin 1989 : le 9/11 avant le 11/9.
    Maus.
    Le massacre d'Oradour-sur-Glane.
    Le 60e anniversaire du Traité de l'Élysée le 22 janvier 2023.
    Le testament de Benoît XVI.
    Hommage au pape émérite Benoît XVI (1927-2022).
    Les 95 ans du pape émérite Benoît XVI.
    L’Église de Benoît XVI.
    L'Ukraine à l'Europe : donnez-nous des ailes !
    6 mois de guerre en Ukraine en 7 dates.
    Kiev le 16 juin 2022 : une journée d’unité européenne historique !
    Nous Européens, nous sommes tous des Ukrainiens !
    Couvrez ces seins que je ne saurais voir !
    Olaf Scholz, l’étincelle du feu tricolore.
    Législatives allemandes 2021 (2) : Olaf Scholz bientôt Chancelier.
    Bonne retraite, Frau Merkel !
    Législatives allemandes 2021 (1) : INCERTITUDE !
    L’Allemagne en pleine fièvre extrémiste ?



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    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20241220-attentat-magdebourg.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/marche-de-noel-de-magdebourg-le-258277

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/12/21/article-sr-20241220-attentat-magdebourg.html


     

  • Proche-Orient : l'incompréhension de Roger Karoutchi

    « Israël n’est pas un très grand pays, mais c’est un pays qui regarde beaucoup la France et les Israéliens se demandent aujourd’hui, au plus profond d’eux-mêmes : où est la France ? Est-ce que la France sait encore où elle habite par rapport à nous ? Faites en sorte, monsieur le ministre, que les Israéliens retrouvent l’adresse de la France ! » (Roger Karoutchi, le 9 octobre 2024 au Sénat).


     

     
     


    Je soutiens toujours Emmanuel Macron, mais j'avoue que j'ai été très choqué par sa déclaration du 5 octobre 2024 sur Israël (et je ne suis heureusement pas le seul). Très choqué et même très en colère, car on n'abandonne pas un pays ami lorsqu'il est attaqué de toutes parts par des centaines de missiles.

    Et le fait que ce sont des députés insoumis qui ont applaudi les propos présidentiels (pour une fois) me donne la chair de poule ! Quand Mathilde Panot a fustigé le Premier Ministre israélien Benyamin Netanyahou qui, dans une allocution télévisée dans la soirée, a mal pris les choses (de toute façon, avec ou sans la France, on continue, a-t-il dit en substance), et qu'elle a réclamé un peu de respect pour notre chef de l'État, j'ai même cru rêver alors qu'elle avait déposé une motion de destitution contre le Président de la République, se moquant complètement du respect de l'institution présidentielle !

    On peut avoir l'impression qu'à l'Élysée, deux tendances s'affrontent en permanence, ce qui peut laisser à l'extérieur un arrière-goût de confusion. C'est sans doute le cas pour la position de la France vis-à-vis d'Israël. Depuis des dizaines d'années, le Quai d'Orsay a souvent prôné une politique pro-arabe.

    D'un côté, Emmanuel Macron a régulièrement réaffirmé le soutien indéfectible de la France à la sécurité d'Israël. Lors de l'hommage rendu dans la cour d'honneur des Invalides le 7 février 2024 aux 42 victimes françaises des massacres antisémites du 7 octobre 2023, le Président de la République a été très clair dans son discours : « Leurs destins ne sont pas les seuls que le déchirement du Moyen-Orient continue de broyer dans cette tornade de souffrance qu'est la guerre. Et toutes les vies se valent, inestimables aux yeux de la France. Et les vies que nous honorons aujourd'hui sont tombées, victimes d'un terrorisme que nous combattons sous toutes ses formes et qui nous a frappés en plein cœur. La France, recueillant ses enfants, parmi d'autres de ses enfants, dont elle n'oublie aucun, refusant les séparations, comme les divisions, refusant l'esprit de mort, de chaos et de clivages que nourrissent précisément les terroristes. Jamais en nous, nous ne laisserons prospérer l'esprit de revanche. (…) Ceux qui tuent par haine trouveront toujours face à eux ceux qui sont prêts à mourir par amour. Et toujours, ils verront s'élever contre eux notre pays qui, ce 7 octobre, a été touché dans sa chair. (…) Nous avons, dès lors, à habiter ce deuil, non pas comme une victoire de la mort mais comme une invitation à leur trouver une place dans nos vies. Et ils sont là, chacune et chacun, pour nous rappeler que nos vies, leurs vies, méritent sans relâche de nous battre contre les idées de haine, de ne rien céder à un antisémitisme rampant, désinhibé, ici comme là-bas. Car rien ne le justifie, rien. Car rien ne saurait justifier, ni excuser ce terrorisme, rien. Alors, nous nous tenons là, quatre mois après, devant ces visages et ces chaises vides, bouleversés de tristesse, aux côtés des familles de ceux qui ne sont plus, chargés d'affection aux côtés de ceux qui soignent leurs blessures et ne cédant rien pour ramener ceux qui sont encore là-bas. Sentiments mêlés que nous vivons ensemble, debout. ».

    De l'autre côté, Emmanuel Macron est capable, pour le moins, d'étonner voire de révolter les Israéliens quand, à quelques jours de la commémoration du 7 octobre, il a déclaré qu'il fallait ne plus livrer d'armes à Israël pour Gaza. L'argument apporté, c'est qu'on ne peut pas vouloir un cessez-le-feu et livrer des armes à la fois. Une phrase incompréhensible alors qu'Israël, tous les jours, est victime de centaines de tirs de roquettes de la part de ses trois ennemis, le Hamas depuis Gaza, le Hezbollah depuis le Sud-Liban et la République islamique d'Iran.

    Une telle affirmation, enregistrée le 1er octobre 2024 en ouverture du Sommet de la Francophonie, était peu pertinente et très maladroite, d'autant plus que la France ne livre pas d'armes à Israël (en revanche, elle en livre beaucoup au Qatar). Le principal pourvoyeur d'armes à Israël est les États-Unis, et bien après, l'Allemagne. Il ne faut pas oublier qu'avant la Guerre des Six Jours, c'était la France le principal fournisseur d'armes à Israël, mais le Général De Gaulle a décidé d'un embargo le 2 juin 1967 (la conférence de presse du 27 novembre 1967 a provoqué une vive polémique par l'évocation d'un « peuple d'élite, sûr de lui-même et dominateur ») car la France refusait l'occupation de territoires palestiniens.

    Parmi tous les réactions d'indignation ou d'incompréhension provenant de personnalités françaises à propos de la petite phrase d'Emmanuel Macron, la réaction de Roger Karoutchi m'a paru sans doute la plus emblématique.

     
     


    Agrégé d'histoire, Roger Karoutchi est un vieux routard de la politique française : à 73 ans, il est sénateur des Hauts-de-Seine depuis 1999 (il a remplacé Charles Pasqua élu député européen), sauf pendant ses fonctions gouvernementales, Secrétaire d'État chargé des Relations avec le Parlement du 18 mai 2007 au 23 juin 2009, puis Représentant permanent de la France auprès de l'OCDE du 3 juillet 2009 au 24 août 2011.

    Apparatchik dans l'appareil gaulliste, UDR, RPR, UMP puis LR, Roger Karoutchi était un proche de
    Philippe Séguin, soutien de Jacques Chirac en 1995, de Jean-François Copé en 2012, puis de Nicolas Sarkozy en 2016 et de Laurent Wauquiez en 2017. Il a été élu conseiller régional d'Île-de-France de 1992 à 2015 (il s'est présenté à une primaire contre Valérie Pécresse pour prendre d'assaut le conseil régional en 2010) et député européen de 1997 à 1999 (il a succédé à Michel Debatisse décédé), par ailleurs élu municipal à Nanterre, Boulogne-Billancourt, puis Villeneuve-la-Garenne.

    Roger Karoutchi a profité de la séance des questions au gouvernement au Sénat, celle du mercredi 9 octobre 2024, pour exprimer son inquiétude face aux propos présidentiels. Évidemment, il ne s'agissait pas d'interroger directement le Président de la République. Les sénateurs ont maintenant un droit de réplique après la réponse du ministre, s'ils n'ont pas usé de leur temps de parole pour leur question. Roger Karoutchi a eu l'habileté de poser sa question en quelques secondes pour ensuite, en droit de réplique, pouvoir exprimer son opinion sur les propos présidentiels.


    La question du sénateur était simple mais sournoise : « Monsieur le ministre, il y a trois jours, l’Élysée a publié un communiqué réaffirmant l’amitié "indéfectible" de la France à l’égard d’Israël. Pourriez-vous nous décoder cette formule ? ».

    C'est Jean-Noël Barrot, nouveau Ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, ancien député du MoDem des Hauts-de-Seine, qui lui a répondu, sans chercher à se faire le porte-parole de l'Élysée : « [Votre question] me permet de rappeler que la France se tient aux côtés d’Israël, pays auquel l’attachent des liens nombreux et anciens, pays dans lequel vivent 180 000 de nos compatriotes. La France est attachée de manière indéfectible à la sécurité d’Israël. Et ce ne sont pas que des mots, ce sont des actes. (…) Lorsque l’Iran prend pour cible Israël ou déclenche contre ce pays une attaque balistique d’ampleur, la France mobilise ses moyens militaires pour lui faire échec. Ce fut le cas en avril comme il y a encore quelques jours. ».

    Mais il a repris l'argument explicité plus haut : « Nous considérons aujourd’hui que la force seule ne peut suffire à garantir la sécurité d’Israël et des Israéliens et que le recours à la force doit désormais céder la place au dialogue et à la diplomatie. C’est pourquoi la France, comme la plupart des pays dans le monde, appelle aujourd’hui au cessez-le-feu, à ce que la force cède la place à la diplomatie et au dialogue, à Gaza comme au Liban. Et lorsque l’on appelle à un cessez-le-feu, on ne peut pas en même temps fournir des armes offensives aux belligérants, quels qu’ils soient. La position de la France est constante sur ce sujet. C’est une question de cohérence. ».
     

     
     


    Le ministre n'a rien apporté de nouveau mais là n'était pas l'essentiel, car l'essentiel, c'était dans la réplique, écrite avant cette réponse, de Roger Karoutchi, loin de vouloir blâmer le nouveau ministre : « Monsieur le ministre, être amis, c’est se dire des vérités, c’est dire comment la France voit l’avenir de Gaza ou du Liban, mais ce n’est sûrement pas dire à Israël, deux jours avant la commémoration du 7 octobre, que le pays ne doit plus recevoir d’armes, surtout quand la France ne lui en livre pas, mais continue à en livrer à certains pays comme le Qatar. ».

    Et d'ajouter : « Vous n’y êtes pour rien, monsieur le ministre, mais que dire quand on demande à Israël de ne pas réagir trop fortement, lorsque deux cents missiles balistiques iraniens sont envoyés contre son territoire, afin de ne pas provoquer d’embrasement régional ? Quel pays au monde accepterait de s’entendre dire "S’il vous plaît, ne réagissez pas !" après avoir reçu deux cents missiles ? Quel pays au monde accepterait cela ? La guerre au Liban est un crève-cœur, en particulier au regard des liens de la France avec ce pays. Mais en même temps, il faut rappeler, vous le faites, monsieur le ministre, ce qui n’est pas le cas de tout le monde…, que, depuis le 8 octobre de l’année dernière, le Hezbollah bombarde tous les jours les villes du nord d’Israël, et cela dans une indifférence quasi générale. C’est inacceptable ! Quel pays au monde accepterait que ses villes soient bombardées tous les jours et qu’on lui dise : "Surtout, ne réagissez pas". ».

    Il faut dire les choses franchement, Israël fait le
    sale boulot pour les autres, et en particulier pour la France qui a été une victime multiple des attentats terroristes du Hezbollah tant au Liban que sur le sol français et aussi victime du pogrom du 7 octobre 2023 en raison des dizaines de Français qui y ont été massacrés ou enlevés. La responsabilité de la France, c'est de limiter l'ardeur belliqueuse d'Israël pour rappeler que les civils n'ont pas à être des victimes collatérales de la guerre justifiée contre les organisations terroristes, qu'elles soient à Gaza ou au Liban. Mais la France ne doit pas donner de leçon à Israël qui, aujourd'hui, lutte courageusement pour sa survie.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (09 octobre 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Proche-Orient : l'incompréhension de Roger Karoutchi.
    7 octobre 2023 : un an qu'Israël se bat pour sa survie.
    Laura Blajman-Kadar.
    7 octobre 2023 : l'hommage aux victimes françaises.
    Discours du Président Emmanuel Macron en hommage aux victimes du 7 octobre 2023 aux Invalides le 7 février 2024 (texte intégral et vidéo).
    L'avenir de la France se joue aussi à Gaza !
    La naissance de l’État d’Israël.
    David Ben Gourion.
    Eden Golan.
    Walid Daqqa.
    Gaza : quel est l'accord entre Israël et le Hamas ?
    Le rappel très ferme d'Emmanuel Macron contre l'antisémitisme.
    Conflit israélo-palestinien : la France est-elle concernée ?
    Dominique de Villepin toujours pro-palestinien ?
    Emmanuel Macron participera-t-il à la grande marche contre l'antisémitisme du 12 novembre 2023 ?
    Gaza, victime avant tout du Hamas ?
    Quel est le bilan de la visite d'Emmanuel Macron au Proche-Orient ?
    Proche-Orient : l'analyse crue de Jean-Louis Bourlanges.
    Pourquoi Emmanuel Macron se rend-il en Israël ce mardi 24 octobre 2023 ?
    Hôpital à Gaza : la vérité aveuglée par la colère ?
    Hamas : tirs groupés contre les insoumis.
    Horreur en Israël : les points sur les i de Gérard Larcher et Emmanuel Macron.
    Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 12 octobre 2023 (vidéo et texte intégral).
    Allocution du Président du Sénat Gérard Larcher le 11 octobre 2023 (texte intégral).
    Horreur totale en Israël ; émotion et clarification politique en France.
    Israël en guerre contre son agresseur terroriste, le Hamas.
    Les Accords d'Oslo.

     

     
     




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