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islamisme

  • Iran : le sourire franc face à la mort !

    « Oh ! Pour faire, Seigneur, un seul de tes sourires,
    Combien faut-il donc de nos pleurs ? »
    (Stéphane Mallarmé).




     

     
     


    En 2018, la journaliste Ariane Angeloglou, auteure notamment de "À l'horizon de l'Autre", évoquait le sourire en ces termes : « Un sourire est un brin d'amour déposé sur les lèvres. ». Il y a quelques années, ce brin d'amour s'est observé dans un contexte absolument terrible et contraire à tout ce qu'on peut imaginer comme environnement pour sourire : la mort ! La mort épouvantable.

    C'est même le pire contexte qu'un homme peut vivre : quelques secondes avant son exécution par pendaison. Cela s'est passé en Iran et la personne qui a souri d'un sourire rayonnant d'une incroyable sérénité s'appelle Majid Kavousifar. Il mériterait de faire partie du Panthéon de l'humanité. Que son sourire ne soit pas vain !

    Notre attitude face à la mort peut être multiple, évolutif et surtout très diversifié avec différentes émotions, la peur de l'inconnu, la tristesse pour soi mais aussi pour ses proches, et ici, la colère car le régime tyrannique de mollah pend à tour de bras, pour un oui ou pour un non, sous prétexte d'être un résistant à la théocratie immonde.


    L'avocate résistante iranienne Nioh Berg a ainsi retransmis cette photo d'un sourire si fort le dimanche 19 janvier 2025 sur Twitter avec ces mots : « Nous sourions face aux juges pendus. Nous sourions face à la mort. Nous sommes le véritable Iran. ». Elle finit avec ces mots : « Des rues et des statues iraniennes porteront le nom de Majid Kavousifar. ».

    En fait, la photographie a plus de dix-sept ans. Majid Kavousifar (28 ans) a été exécuté en 2007 à Téhéran, accusé d'avoir tué le juge Masoud Ahmadi Moghaddasi, l'un des responsables des exécutions massives lors de l'implacable répression en 1988. Majid Kavousifar a été arrêté après avoir fui aux Émirats et a été pendu en même temps que son neveu Hossein. Les photos de son exécution et de son incroyable sourire sont réapparues dans les réseaux sociaux en janvier 2024 puis en janvier 2025.
     

     
     


    Ce sourire, ce n'était pas un sourire de défi face aux bourreaux des mollahs. Ce n'était pas une sorte de pirouette pour effacer l'idée de la mort imminente. Ce n'était pas de ces faux sourires qui font grincer les dents, ironiques et hypocrites. C'était un sourire sincère, spontané, libre. C'était un sourire de défi face à sa propre mort. Un défi de sérénité. Et il avait une raison, une raison horrible.

    La petite fille du supplicié était présente. Majid Kavousifar souriait à sa petite fille qui était là, devant lui, à le voir bientôt pendu. Il y a un véritable côté glauque de ce régime de pourriture, une hyperviolence glauque, de permettre aux petites filles de voir exécuter leur papa courageux. C'est cette saleté idéologique de l'horreur de cette mollarchie qui veut terroriser le peuple iranien afin qu'il ne se rebelle pas alors qu'après presque quarante-cinq ans de révolution islamique, soit quasiment deux générations. Il est temps de permettre aux Iraniens de voir l'avenir dans un environnement progressiste, démocratique et moderne.

    Nioh Berg notait : « Il voulait qu'elle, l'amour de sa vie, grandisse courageuse comme une lionne. Sans peur. ». Le dernier regard du père. Mais aussi le dernier regard de la fille sur son père. Quelle misère politique et quelle grandeur d'âme ! Que son souvenir soit à jamais entretenu dans nos mémoires d'humains libres et chanceux, privilégiés !


    Selon l'ONU, le rythme des exécutions en Iran s'est effroyablement accéléré : du 1er janvier 2025 au 25 juillet 2025, 612 personnes condamnées ont été exécutées en Iran. C'est, pour le régime des mollahs, après la "Guerre des douze jours", le seul moyen de maintenir le peuple sous tension et d'éviter un renversement de ces enragés de la corde.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (30 juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Iran : le sourire franc face à la mort !
    Make Iran Great Again ?
    Guerre en Iran : pensons au peuple iranien !
    Israël vs Iran : Emmanuel Macron l'équilibriste.
    Beyrouth, il y a trente-cinq ans.
    Majid Kavousifar.
    Varisha Moradi.
    Aïnaz Karimi.
    Arezou Khavari.
    Ahou Daryaei.
    Ebrahim Raïssi.
    Khosro Besharat.
    Mobilisons-nous pour Toomaj Salehi !
    Fatwa de mort contre Salman Rushdie.
    Alireza Akbari.
    Mehran Karimi Nasseri.
    Claude Malhuret contre la mollarchie.
    Mahsa Amini, les femmes iraniennes, leur liberté et Claude Malhuret.
    Révolution : du rêve républicain à l’enfer théocratique de Bani Sadr.
    L'Iran de Bani Sadr.
    De quoi fouetter un Shah (18 février 2009).
    N’oubliez pas le Guide (20 février 2009).
    Incompréhensions américaines (1) et (2).
    Émission de France 3 "L’Iran et l’Occident" (17-18 février 2009).
    Session de septembre 2006 à l’ONU : Bush, Ahmadinejad, Chirac.
    Dennis Ross et les Iraniens.
    Un émissaire français à Téhéran.
    Gérard Araud.
    Stanislas de Laboulaye.
    Des opposants exécutés par pendaison en Iran.
    Expulsion de Vakili Rad, assassin de Chapour Bakhtiar, dernier Premier Ministre du Shah d'Iran, par Brice Hortefeux à la suite du retour de l'étudiante Clotilde Reiss.
    Mort de l'ancien Premier Ministre iranien Mohammad Reza Mahdavi-Kani à 83 ans le 21 octobre 2014.



     

     
     



    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250730-majid-kavousifar.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/iran-le-sourire-franc-face-a-la-258781

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/31/article-sr-20250730-majid-kavousifar.html




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  • Reconnaissance de l'État palestinien : a-t-on le droit de bousculer ses amis ?

    « Fidèle à son engagement historique pour une paix juste et durable au Proche-Orient, j'ai décidé que la France reconnaîtra l'État de Palestine. J'en ferai l'annonce solennelle à l'Assemblée générale des Nations Unies au mois de septembre prochain. L'urgence est aujourd'hui que cesse la guerre à Gaza et que la population civile soit secourue. » (Emmanuel Macron, le 24 juillet 2025 sur Twitter).




     

     
     


    Ces quelques mots ont été publiés sur Twitter le jeudi 24 juillet 2025 à 20 heures 16 par le Président de la République Emmanuel Macron. Ils ont fait l'effet d'une bombe en plein été. Que faut-il en penser ? Que faut-il penser d'une reconnaissance immédiate de l'État palestinien par la France ?

    Nous voici encore dans des réflexions ou des analyses à fronts reversés. Ceux qui s'opposent régulièrement à Emmanuel Macron mais défendent le peuple palestinien se retrouvent à défendre l'idée du Président de la République de reconnaissance historique de l'État palestinien. Et inversement, des proches du macronisme peuvent se trouver désorientés par une telle annonce parce qu'ils comprennent bien que la situation n'est pas simple et que l'État d'Israël joue également sa survie.


    Personnellement, je soutiens en général l'action d'Emmanuel Macron dont je considère la vision à long terme de la France et de l'Europe comme une chance dans une classe politique plus douée pour faire des selfies sur TikTok que pour imaginer la France de 2030 voire de 2050.

    Emmanuel Macron a compris dès sa prise de fonction en 2017 qu'il fallait que la France et que l'Europe se dotent d'une défense puissante et autonome, c'est-à-dire indépendante des États-Unis pour leur sécurité, leur protection, et les événements qui sont survenus par la suite ont amplement confirmé la pertinence de cette vision (événements qui ont principalement pris deux noms, si l'on veut résumer : Vladimir Poutine et Donald Trump). Le budget des armées en France aura doublé entre 2017 et 2027. Ce n'est pas rien et c'est l'une des raisons pour lesquelles la France reste très écoutée dans ce qu'on appelle le concert des nations.

    Et pourtant, cette annonce d'une reconnaissance immédiate de l'État palestinien me fait grincer les dents. Je la suppose peu opportune à ce stade de la situation au Proche-Orient. Pourquoi ? Parce que nous sommes toujours dans l'après-massacres du 7 octobre 2023. En effet, tout ce qui se déroule, et parmi les événements les plus horribles, notamment la situation terrible à Gaza de famine et d'abandon, provient de ces massacres qui ont, paradoxalement, renforcé l'État d'Israël dans sa volonté d'en finir avec tous les groupes terroristes régionaux qui veulent l'extermination des Juifs et des Israéliens, en particulier le Hamas et le Hezbollah.

     

     
     


    Le point de départ de toute réflexion doit être la sécurité absolue de l'État d'Israël. Or, sa sécurité n'était pas assurée avec l'existence du Hamas à ses frontières, qui commettait des attentats en permanence sur la population civile d'Israël (avec tirs réguliers de roquettes). L'armée israélienne fait le sale boulot, c'est-à-dire éliminer toutes les poches de terroristes à Gaza, et ce n'est pas facile tant le Hamas se moque de la sécurité de la propre population palestinienne qui lui sert de bouclier humain.

    La réflexion devrait donc amener à se dire qu'un pays ami d'Israël ne devrait pas officiellement reconnaître l'État de Palestine sans l'accord du gouvernement israélien, par simple courtoisie diplomatique.


    Mais la situation n'est pas si simple. La situation à Gaza, qui perdure, est absolument scandaleuse et l'armée israélienne doit mettre ses moyens en rapport avec sa morale. L'éradication des poches terroristes ne peut se faire au prix d'un massacre du peuple palestinien, massacre et pas génocide, je précise, car il n'y a jamais eu l'intention, en Israël, d'exterminer tous les Palestiniens. Employer des mots abusifs empêche la prise de conscience de la situation à Gaza, c'est essentiel de ne pas être excessif pour être signifiant.

    Depuis le 7 octobre 2023, parce qu'il a été trop laxiste avec les terroristes palestiniens depuis trop longtemps, le gouvernement israélien semble se comporter comme une bête enragée incapable de s'arrêter dans sa réaction aux massacres du 7 octobre. Pourtant, il faudra bien arrêter. L'éradication totale est un leurre : à chaque mort d'un terroriste du Hamas, deux nouveaux Palestiniens s'engagent au Hamas pour le venger. Cela n'en finira plus. Cela n'en finit pas.

    Dans le traumatisme du conflit, seule la réconciliation, et donc l'arrêt unilatéral sinon bilatéral des hostilités peut faire entrevoir l'avenir sous le signe de la paix et de la prospérité, ce à quoi aspire ou devrait aspirer tout peuple sur Terre.

    Pour arrêter cette bête enragée (et tétanisée), il n'y a que des initiatives fortes qui peuvent avoir un effet. Les mots, la diplomatie, les conseils, les recommandations, même de celui qu'on considère le plus puissant de la planète, à savoir le Président des États-Unis, sont sans effet.

    Il y a donc l'immédiateté qui est l'arrêt de l'horreur à Gaza. Pour cela, l'armée israélienne peut tout, elle seule peut tout. Les signes encourageants d'une trêve partielle sont positifs mais certainement insuffisants. Une initiative forte peut faire plus réfléchir : cette initiative, elle ne peut être que la reconnaissance de l'État de Palestine.
     

     
     


    Prenons d'abord une réflexion très générale et à long terme : la solution à deux États, Israël et Palestine, celle prévue par les Nations Unies, est la seule solution capable d'assurer durablement la paix dans la région. C'est ce qu'avait compris un général qui n'était pas un tendre en Israël, j'ai nommé Ariel Sharon, qui a vu que l'autre solution possible, à savoir un seul État avec les Israéliens et les Palestiniens cohabitant dans un "vivre ensemble" à déterminer, ne pouvait pas satisfaire les Israéliens pour une simple raison démographique : au bout d'une ou deux générations, les Israéliens deviendraient ultra-minoritaires dans cet État unifié. Il convenait donc, pour le chef de guerre qu'était Ariel Sharon, de s'acheminer vers deux États dont les différences démographiques des uns n'auraient pas d'influence sur les autres.

    Du reste, on peut difficilement croire que deux peuples, dont beaucoup de l'un souhaitent exterminer l'autre, puissent cohabiter en bonne harmonie et durablement dans un seul État. Le problème aujourd'hui, c'est que l'acceptation d'un État palestinien revient à Israël. En effet, les Palestiniens peuvent vouloir la mort d'Israël, mais ne peuvent que constater, malgré eux, qu'Israël est un État bien vivant, bien existant, et durable (et une des nations qui investit le plus dans l'innovation technologique, ce n'est pas un détail).


    Alors, si l'idée du Président de la République est de bousculer nos amis israéliens pour qu'ils mettent fin à ce bourbier de Gaza, qu'ils reviennent à des considérations déjà purement humanitaires, c'est-à-dire humaines, avant toute considération politique, géopolitique voire militaire, ce sera un point positif.
     

     
     


    Emmanuel Macron est de l'espèce des volontaristes. Le volontarisme, c'est refuser la fatalité, refuser la situation, refuser surtout de se croire impuissant, de croire que rien n'est possible pour améliorer une situation insupportable (comme celle à Gaza). Pour cela, il faut croire au père Noël, il faut croire à l'inimaginable, et l'idée de reconnaître l'État palestinien concourt à ce volontarisme. En le faisant, la France fera réagir d'autres pays et peut-être d'abord Israël.

    La France serait-elle isolée diplomatiquement en cas de reconnaissance de l'État palestinien ? Pas du tout. Au contraire, après l'annonce du Président français, le Royaume-Uni, le Canada et l'Australie se sont déclarés prêts à faire la même chose au même moment. Cela montre à l'évidence que loin d'être isolée, la France reste une grand nation écoutée dans le monde. Et c'est justement parce qu'elle est une grande nation écoutée que sa reconnaissance est importante et agace aujourd'hui le gouvernement israélien.
     

     
     


    Mais Emmanuel Macron n'a rien transigé des conditions imposées aux Palestiniens : démilitarisation du Hamas, non-militarisation de l'État palestinien, libération inconditionnelle des dernier otages du 7 octobre 2023 (et remise des corps de ceux qui n'ont pas survécu) et, évidemment, reconnaissance de l'État d'Israël et la fin de cette volonté de l'exterminer par tous les moyens.

    Dans une lettre adressée le 24 juillet 2025 au Président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, Emmanuel Macron lui a rappelé la position de la France : « Je (…) vous dis (…) la mobilisation de la France en faveur de la mise en œuvre de la solution à deux États, Israël et la Palestine, vivant côte à côte en paix et en sécurité. Cette solution constitue la seule voie permettant de répondre aux aspirations légitimes des Israéliens comme des Palestinien. Il faut désormais y parvenir au plus vite. ».

    Et d'insister auprès de Mahmoud Abbas : « Je serai particulièrement attentif à la mise en œuvre du cessez-le-feu à Gaza, de la libération des otages encore détenus par le Hamas, du désarmement de celui-ci et de la consolidation de l'Autorité palestinienne sur l'ensemble des territoires palestiniens. ».


    C'est là le problème, celui de considérer le Président de l'Autorité palestinien comme un interlocuteur légitime et fiable alors qu'il n'y a plus eu d'élection depuis vingt ans et que celui-ci a plus de 90 ans ! Ce dernier a fait part à Emmanuel Macron, dans une lettre datée du 9 juin 2025, de son engagement à procéder à des élections présidentielle et législatives au cours de l'année 2026 (« afin de renforcer sa légitimité et son autorité sur le futur État palestinien »), mais malheureusement, l'Autorité palestinienne n'a d'autorité que de nom et n'a aucune autorité sur la Bande de Gaza où le Hamas régente tout le territoire et toute la population.

    Bien sûr, seule, la France ne pourra pas faire grand-chose, mais il ne faut pas sous-estimer la capacité de leadership d'Emmanuel Macron dans le monde contemporain. La session de septembre prochain de l'Assemblée générale des Nations Unies sera à cet égard cruciale. La France peut avoir un effet d'entraînement. Aux Israéliens de s'y préparer. Leurs amis que sont les Français peuvent se permettre de les presser afin de faire cesser les horreurs à Gaza. La paix nécessite des concessions, et la plus grande est sans doute de renoncer à la vengeance.

    Nous sommes bien placés pour encourager ce processus. Après tout, il y a quatre-vingts ans, deux peuples, français et allemand, se haïssaient férocement depuis quatre générations et ont réussi à extirper la haine pour ne garder que l'amitié, et comme Lorrain, je peux témoigner que l'amitié franco-allemande n'est pas une vaine expression, du moins en Lorraine. Le croustillant dessinateur Plantu a reposté le 25 juillet 2025 sur son compte Twitter son vieux dessin d'un drapeau israélien et d'un drapeau palestinien cosigné par Yasser Arafat et Shimon Peres (qu'il était allé rencontrer chez eux), pour une reconnaissance mutuelle. C'était juste avant les Accords d'Oslo. Il y a un millénaire au moins.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (28 juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Reconnaissance de l'État palestinien : a-t-on le droit de bousculer ses amis ?
    Georges Ibrahim Abdallah.
    Make Iran Great Again ?
    Israël vs Iran : Emmanuel Macron l'équilibriste.
    Kfir Bibas, d'horreurs en horreurs...
    Auschwitz : soyons la mémoire de leur mémoire !
    Gaza : trêve, libération d'otages israéliens et propagande du Hamas.
    Mahmoud Abbas.
    7 octobre 2023 : un an qu'Israël se bat pour sa survie.
    Les Accords d'Oslo.

     

     
     
     
     


     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250724-macron-palestine.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/reconnaissance-de-l-etat-262304

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/25/article-sr-20250724-macron-palestine.html

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  • Boualem Sansal, toujours condamné en Algérie... et Christophe Gleizes aussi

    « Décidément, la paranoïa ne connaît aucune limite au sein des décideurs. » (article dans "Le Matin d'Algérie" du 29 juin 2025 sur la condamnation de Christophe Gleizes).



     

     
     


    Marche-t-on sur des œufs ? En tout cas, c'était l'apparence du Premier Ministre François Bayrou venu visiter ce mardi 1er juillet 2025 dans la matinée la cellule de crise contre la canicule au Ministère de l'Intérieur. Pendant qu'il expliquait les mesures pour lutter efficacement contre la canicule (en parlant notamment de climatisation), on apprenait que l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal a été condamné à cinq ans de prison en appel.

    Même Bruno Retailleau a refusé de commenter l'information pour ne pas mettre de l'huile sur le feu. Le gouvernement français table en effet sur la prochaine fête nationale algérienne (fête de l'indépendance), le 5 juillet prochain, pour espérer une libération de Boualem Sansal par une mesure de grâce présidentielle. Donc, pas question de vouer aux gémonies le gouvernement algérien voire la justice algérienne (dont l'indépendance avec le pouvoir reste à prouver) pour ne pas décourager la prise d'une décision humanitaire de clémence.

    C'est pourtant un véritable scandale. Boualem Sansal, grand écrivain à la liberté absolue, a été arrêté et incarcéré le 16 novembre 2024 (depuis sept mois et demi !). Profondément malade et âgé de 75 ans et demi, Boualem Sansal risque sa santé dans les prisons algériennes. Son tort ? Avoir remis en cause, dans un simple écrit, la frontière entre l'Algérie et le Maroc. Il a d'abord été condamné le 27 mars 2025 en première instance à cinq ans de prison. Et cette peine vient d'être confirmée en appel ce mardi par la cour d'appel d'Alger.
     

     
     


    Se défendant seul (car il a refusé les avocats algériens commis d'office), Boualem Sansal a déclaré le 24 juin 2025 au juge : « La Constitution garantit la liberté d’expression et de conscience et pourtant je suis là ! ».

    L'aspect politique de cette affaire est incontestable, confirmée d'ailleurs par le Président algérien Abdelmadjid Tebboune lui-même qui considérait le 29 décembre 2024 Boualem Sansal comme un « imposteur envoyé par la France ». L'Algérie veut faire payer à la France son soutien au Maroc le 31 juillet 2024 sur le Sahara occidental et beaucoup d'agents de l'anti-France sont à Alger (on a même parlé d'un officier russe du renseignement venu spécialement en Algérie pour cette finalité).
     

     
     


    La condamnation en appel de l'écrivain est intervenue deux jours après la condamnation par le tribunal de Tizi Ouzou du ressortissant français Christophe Gleizes à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme » et « possession de publications dans le but de propagande nuisant à l'intérêt national ». C'est ce dimanche 29 juin 2025 qu'on a aussi appris que ce journaliste sportif de 36 ans, qui menait en solitaire une enquête approfondie sur un club de football en Kabylie, était retenu en Algérie depuis plus d'un an ! Il a été arrêté le 28 mai 2024 à Tizi Ouzou et placé sous contrôle judiciaire. La justice algérienne lui reprocherait des contacts avec un mouvement séparatiste kabyle qui n'avait pas encore était classé mouvement terroriste par le gouvernement algérien au moment des échanges avec le journaliste français.

    Colère et incompréhension après cette condamnation, car Christophe Gleizes ne s'est jamais intéressé à la politique et s'est toujours passionné par le football dont c'était le thème d'enquête. Sa famille a publié un communiqué : « Christophe est un journaliste rigoureux, passionné par son sujet. Il ne mérite en aucun cas d’être traité comme un criminel. ».

    Quand on regarde les deux affaires, tant pour Boualem Sansal que pour Christophe Gleizes, c'est bien la liberté d'expression et la liberté de la presse qui ont été mises à mal par le pouvoir algérien. En Algérie, pas question de dire des choses qui ne plaisent pas au pouvoir (profitons-en pour prendre conscience de nouveau de cette capacité à dénigrer son pays en France, ce qui montre que nous sommes bien en démocratie mais qu'elle est toujours fragile, ménageons-là !). Rappelons d'ailleurs que les parlementaires de France insoumise, à l'Assemblée comme au Parlement Européen, ont toujours refusé de voter les motions de soutien à Boualem Sansal demandant sa libération car ils considéraient que ces initiatives seraient des manœuvres de l'extrême droite (ce qui est stupide, le soutien à Boualem Sansal doit se faire d'abord pour des raisons humanitaires avant d'y mettre de la sauce politicienne).

    Aucune image de Boualem Sansal n'a jamais été publiée depuis son arrestation et le pouvoir algérien refuse toujours une visite consulaire de la France car il considère que l'écrivain est avant tout un citoyen algérien. La France s'est mobilisée car il s'agit aussi d'un citoyen français et doit être protégé comme tous les ressortissants français. François Bayrou a réaffirmé que, du Président Emmanuel Macron jusqu'aux membres de son gouvernement, pas un seul jour la France n'a manqué de se mobiliser pour obtenir la libération de Boualem Sansal et c'est le sens de l'action du Ministre de l'Europe et des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot.
     

     
     


    À la séance publique du 1er juillet 2025 à l'Assemblée Nationale, la députée Horizons Naïma Moutchou a associé les otages français Cécile Kohler et Jacques Paris, retenus en Iran depuis trois ans, à l'emprisonnement de Boualem Sansal et Christophe Gleizes : « Ce n’est pas une dérive, c’est une instrumentalisation politique de la justice par un régime autoritaire qui bâillonne la critique et qui veut régler ses comptes avec la France. L’affaire Boualem Sansal confirme ce climat de tension. Cinq ans de prison, cinq ans, à nouveau, ont été prononcés ce matin même, en appel, contre l’écrivain français. Boualem Sansal, âgé de 75 ans et malade, a été, lui aussi, assigné au silence pour ses mots. Même méthode, même arbitraire. (…) La France ne peut pas rester timorée. Elle ne peut pas ménager les pouvoirs qui enferment pendant que certains, jusqu’ici, sur ces bancs, choisissent de leur dérouler le tapis rouge, grisés par des honneurs illusoires, quand leurs propres compatriotes croupissent dans l’ombre. Il est temps d’être clair. Protéger nos compatriotes, c’est tenir tête aux régimes qui les emprisonnent injustement. C’est aussi refuser que certains ici servent de caution diplomatique à ces régimes. Je vous demande une parole forte pour les Français détenus illégalement à travers le monde ainsi qu’une stratégie claire pour les défendre et pour défendre nos principes. ».

    Ce à quoi Jean-Noël Barrot a répondu ceci : « Deux mille trois cents compatriotes détenus à l’étranger bénéficient de l’accompagnement des services consulaires du ministère des affaires étrangères. Certains d’entre eux sont détenus arbitrairement, retenus otages ou pire encore ; alors, la diplomatie française tout entière se mobilise pour obtenir leur libération. C’est ainsi qu’avec un immense soulagement, nous avons accueilli, il y a quelques mois, la nouvelle de la libération de notre compatriote Ofer Kalderon, après quatre cent quatre-vingt-quatre jours passés dans l’enfer des tunnels de Gaza. C’est avec le même soulagement que nous avons appris la libération d’Olivier Grondeau, après huit cent quatre-vingt-sept jours passés dans des prisons iraniennes, ou celle de Théo Clerc, après quatre cent vingt-deux jours de détention en Azerbaïdjan. J’ai, comme vous, une pensée particulière pour Cécile Kohler et pour Jacques Paris, retenus otages en Iran depuis plus de trois ans, dans des conditions indignes assimilables à de la torture. Après avoir exercé une très forte pression sur les autorités iraniennes, nous avons obtenu que notre chargé d’affaires en Iran leur rende visite aujourd’hui. Je m’indigne avec vous de la condamnation en appel de notre compatriote Boualem Sansal. Elle est incompréhensible et injustifiable. Maintenant que la procédure est arrivée à son terme, les autorités algériennes se trouvent face à un choix. Elles peuvent faire celui de la responsabilité, de l’humanité et du respect en permettant à notre compatriote d’être libéré et soigné, compte tenu de son état de santé et de son âge. S’agissant de Christophe Gleizes, nous sommes à ses côtés depuis le jour de son arrestation, en mai 2024. Nous avons été vivement choqués par sa condamnation extrêmement lourde en première instance, sept ans de prison, et nous nous mobiliserons pour obtenir sa libération. ».

     
     


    Plantu, grand dessinateur et humoriste très soucieux des journalistes et écrivains emprisonnés pour avoir exercé leur liberté d'expression dans le monde, a aussi associé aux incarcérations de Boualem Sansal et Christophe Gleizes en Algérie celle du caricaturiste turc Dogan Pehlevan, arrêté le 30 juin 2025 et emprisonné à Istanbul. Réclamons la libération de ces journalistes, ils doivent au contraire être protégés par les États pour leur permettre d'apporter au débat public leurs propres réflexions et visions, comme cela se passe dans toute démocratie moderne !


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (01er juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Boualem Sansal, toujours condamné en Algérie... et Christophe Gleizes aussi.
    Boualem Sansal, un nouveau capitaine Dreyfus ?
    Boualem Sansal.
    Le massacre d’Oran, 60 ans plus tard…
    José Gonzalez.
    Reconnaissance par Emmanuel Macron le 26 janvier 2022 de deux massacres commis en 1962 en Algérie (Alger et Oran).
    Pierre Vidal-Naquet.
    Jean Lacouture.
    Edmond Michelet.
    Jacques Soustelle.
    Albert Camus.
    Abdelaziz Bouteflika en 2021.
    Le fantôme d’El Mouradia.
    Louis Joxe et les Harkis.
    Chadli Bendjedid.
    Disparition de Chadli Benjedid.
    Hocine Aït Ahmed.
    Ahmed Ben Bella.
    Josette Audin.
    Michel Audin.
    Déclaration d’Emmanuel Macron sur Maurice Audin (13 septembre 2018).
    François Mitterrand et l'Algérie.
    Hervé Gourdel.
    Mohamed Boudiaf.
    Vidéo : dernières paroles de Boudiaf le 29 juin 1992.
    Rapport officiel sur l’assassinat de Boudiaf (texte intégral).
    Abdelaziz Bouteflika en 2009.

     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250701-sansal.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/boualem-sansal-toujours-condamne-261832

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/01/article-sr-20250701-sansal.html


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  • Pourquoi Aboubakar Cissé a-t-il été assassiné ?

  • Boualem Sansal, un nouveau capitaine Dreyfus ?

    « Je souhaite vivement qu’après ce jugement, il puisse y avoir des décisions claires, je dirais humaines et humanitaires par les plus hautes autorités algériennes, pour pouvoir lui redonner sa liberté et lui permettre de redevenir à la fois un homme libre et de se soigner parce qu’il combat aussi la maladie. Et je sais pouvoir compter sur à la fois le bon sens et l’humanité des autorités algériennes pour prendre une telle décision, en tout cas, je l’espère fortement. » (Emmanuel Macron, le 27 mars 2025 à l'Élysée).



     

     
     


    La réaction du Président de la République française Emmanuel Macron, interrogé lors de sa conférence de presse à l'issue de la rencontre de 31 pays sur l'Ukraine, a montré un entier soutien à son compatriote incarcéré à Alger depuis plus de quatre mois, mais également une élégante retenue diplomatique malgré le révoltant verdict.

    En effet, c'est dans la matinée, ce jeudi 27 mars 2025, que le tribunal correctionnel de Dar El Beida, à Alger, a notifié à l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal sa condamnation à cinq ans de prison ferme et environ 3 500 euros d'amende pour atteinte à l'intégrité du territoire. Il n'a pourtant pas utilisé de char d'assaut, ni d'autres armes, mais seulement de mots.

    C'est une véritable honte pour l'Algérie et pour la raison ! Boualem Sansal a 75 ans et est très malade, il n'est pas soigné depuis qu'il a été arrêté le 16 novembre 2024 à Alger par la police algérienne et a besoin d'un traitement médical (il a un cancer et selon les autorités algériennes, l'écrivain aurait été médicalement pris en charge). Il a été placé sous mandat de dépôt le 26 novembre 2024 en vertu de l'article 87 bis du code pénal algérien pour atteintes à la sûreté de l'État (rien que cela !). Son avocat n'a toujours pas reçu de visa pour pouvoir le défendre dans un pseudo-procès qui a commencé le 13 mars 2025.

     

     
     


    Que lui reproche-t-on ? Des propos, simplement des propos qui, selon lui, relèvent seulement de la liberté d'expression. On lui a reproché ses propos livrés au média "Frontières" (supposé d'extrême droite) : « Quand la France a colonisé l'Algérie, toute la partie ouest de l'Algérie faisait partie du Maroc : Tlemcen, Oran et même jusqu'à Mascara. Toute cette région faisait partie du royaume. ». Faute d'avocat, c'est lui-même, avec le talent qu'on lui connaît, qui s'est défendu.
     

     
     


    Le 11 décembre 2024, la chambre d'accusation a rejeté une demande de liberté. Le 20 mars 2025, le parquet a fait un réquisitoire impitoyable contre l'écrivain, réclamant dix ans de prison ferme et près de 6 900 euros d'amende (je rappelle qu'il est très malade et a 75 ans).
     

     
     


    Le 25 mars 2025 à Paris s'est tenue une grande manifestation de soutien à Boualem Sansal avant l'énoncé du jugement, à laquelle ont participé de nombreuses personnalités, notamment Gérard Larcher, Yaël Braun-Pivet, Gabriel Attal, Alain Finkielkraut, Élisabeth Badinter, etc. Un des comités de soutien qui avait organisé ce grand rassemblement de soutien expliquait la veille, dans un communiqué : « Il appartient à toutes et à tous, citoyens engagés, militants des droits humains, amoureux de la liberté et acteurs culturels, de contrarier ce funeste dessein (…). Il est devenu, bien malgré lui, l’otage de cette relation devenue tourmentée entre Paris et Alger. ».

    Il faut rappeler que Boualem Sansal a aussi la nationalité française et son incarcération est donc aussi un problème français. Le Président Emmanuel Macron a donc vivement réagi à l'annonce du jugement et a voulu croire à une résolution du problème par une démarche du Président algérien Abdelmadjib Tebboune.
     

     
     


    Depuis l'annonce du soutien de la France au Maroc sur le Sahara occidental, le 31 juillet 2024, l'Algérie se livre à une guerre psychologique contre la France, en multipliant les polémiques, dont la principale est le refus d'accueillir des personnes algériennes ou franco-algériennes qui ont été condamnées en France et expulsées de France, sous OQTF (obligation de quitter le territoire français), ce qui a mis en première ligne le Ministre d'État, Ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau qui n'est pourtant pas aux Affaires étrangères.

    Guerre de déclarations aussi, avec le Président algérien qui a considéré le 29 décembre 2024 que Boualem Sansal était un « imposteur envoyé par la France ». Le Parlement Européen a voté le 23 janvier 2025 une résolution avec une large majorité pour demander la libération immédiate de l'écrivain (les élus insoumis, révélant leur hideux visage, ont voté contre cette résolution ou se sont abstenus pour dénoncer la tentative de récupération politique de l'arrestation de Boualem Sansal).


     

     
     


    Emmanuel Macron n'a jamais voulu envenimé la situation et a toujours voulu séparer le sort de Boualem Sansal, qui relève du droit humanitaire, du dossier des personnes algériennes expulsées de France et refusées par le gouvernement algérien malgré les accords entre Paris et Alger. Le Président français ainsi que le Ministre de l'Europe et des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot sont donc devenus les interlocuteurs privilégiés des autorités algériennes.

    L'emprisonnement de Boualem Sansal, désormais justifié par un procès bâclé, sans droit à la défense, sans public, est un scandale humanitaire, une injustice flagrante et un attentat contre la raison. Il est l'otage politique d'un pouvoir antifrançais incapable de gérer correctement ses relations internationales. Au lieu de s'en prendre à l'Europe le 14 février 2025 à Munich, le Vice-Président américain J. D. Vance aurait été mieux inspiré en critiquant la conception de la liberté d'expression en Algérie.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (27 mars 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Boualem Sansal, un nouveau capitaine Dreyfus ?
    Boualem Sansal.
    Le massacre d’Oran, 60 ans plus tard…
    José Gonzalez.
    Reconnaissance par Emmanuel Macron le 26 janvier 2022 de deux massacres commis en 1962 en Algérie (Alger et Oran).
    Pierre Vidal-Naquet.
    Jean Lacouture.
    Edmond Michelet.
    Jacques Soustelle.
    Albert Camus.
    Abdelaziz Bouteflika en 2021.
    Le fantôme d’El Mouradia.
    Louis Joxe et les Harkis.
    Chadli Bendjedid.
    Disparition de Chadli Benjedid.
    Hocine Aït Ahmed.
    Ahmed Ben Bella.
    Josette Audin.
    Michel Audin.
    Déclaration d’Emmanuel Macron sur Maurice Audin (13 septembre 2018).
    François Mitterrand et l'Algérie.
    Hervé Gourdel.
    Mohamed Boudiaf.
    Vidéo : dernières paroles de Boudiaf le 29 juin 1992.
    Rapport officiel sur l’assassinat de Boudiaf (texte intégral).
    Abdelaziz Bouteflika en 2009.


     

     
     





    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250327-sansal.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/boualem-sansal-un-nouveau-260146

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/03/27/article-sr-20250327-sansal.html


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  • Syrie : peut-on encore massacrer en paix ?

    « Le pouvoir syrien a du mal à contrôler ses propres troupes et sa population. (…) Il y a des unités avec des combattants étrangers, comme des Ouzbeks, mais aussi des civils, qui se vengent d’événements qui ont pu se produire il y a dix ou quinze ans. (…) La majorité de la population dans les régions alaouites ne voulait pas repartir dans un cycle de guerre et de représailles. Si elle est confrontée à des actions de grande ampleur et des massacres, cela pourrait fournir aux insurgés le soutien populaire dont ils manquaient jusqu’à présent. » (Thomas Pierret, spécialiste de la Syrie au CNRS, le 8 mars 2025 sur RFI).




     

     
     


    Il est aujourd'hui des questions stupides qu'on se pose en écoutant l'actualité. Comme : peut-on encore massacrer en paix ? Le mot "paix" est à prendre dans ses deux sens. Le sens propre, à savoir la paix, contraire de la guerre où l'on massacre allègrement (c'est même la définition de la guerre, si possible des combattants et pas des civils), et puis le sens figuré, peut-on massacrer tranquillement ? Sans médias, sans manifestations, discrètement, dans l'entre-soi secret, sans conséquences diplomatiques, bref, en toute impunité ?

    Il faut dire que Donald Trump vient de retirer son pays de la commission d'enquête visant à faire toute la lumière sur les massacres de Boutcha et d'autres lieux d'Ukraine par les forces poutiennes.

    On peut aussi se poser d'autres questions stupides comme celle-ci aussi : le port de la cravate rend-il plus civilisé ? Non, je ne parle pas des députés RN (encore que), mais du nouveau Président de la République arabe syrienne de transition, proclamé le 29 janvier 2025 mais en exercice réellement depuis le 8 décembre 2024. Je ne sais même pas comment l'appeler : son nom de cravaté, Ahmed Al-Charaa ? Ou son nom de chef de guerre, de chef terroriste, chef de clan, chef d'Al Qaida
    , chef de Daech, fondateur du Front Al-Nosra, à savoir Abou Mohammed Al-Jalouni ?

    On le savait pourtant bien que les "islamistes modérés" n'existaient pas, pas plus que des "talibans modérés" en Afghanistan. La chute de Bachar El-Assad et sa fuite de Damas, le 8 décembre 2024, étaient attendues depuis cinquante-trois ans et la fin de la dictature de la dynastie des Assad a été un grand soulagement pour les Syriens. Mais on savait que ce soulagement serait de courte durée et que si on guérit d'une grave maladie, il ne faut pas non plus choper une autre grave maladie.


     

     
     


    La raison de cette petite réflexion ? Le massacre des innocents, du 6 au 10 mars 2025 dans l'ancien bastion de la famille Assad. Au moins 1 383 civils, principalement des alaouites, ont été massacrés dans une cinquantaine de massacres selon un communiqué publié le 12 mars 2025 par l'Observateur syrien des droits de l'homme (OSDH, une ONG syrienne créée en 2006). L'OSDH a expliqué que c'étaient des « exécutions sur des bases confessionnelles » par les forces de sécurité syriennes et des groupes alliés.

    En gros, dans quatre régions (gouvernorats), à Lattaquié, Tartous, Hama et Homs, les forces alaouites de l'ancien dictateur Bachar El-Assad se sont insurgés le 6 mars 2025 contre les forces dites gouvernementales. Cette rébellion a été étouffée le 10 mars 2025 par les forces gouvernementales après des combats sanglants. Plusieurs centaines de morts sont à déplorer des deux côtés.


    Le journaliste Pierre Haski a pu résumer les événements le 10 mars 2025 sur France Inter ainsi : « Tout dans cette tragédie était prévisible : des soldats de l’ancien régime ayant refusé de se rendre se sont livrés depuis jeudi soir à des opérations de guérilla coordonnées dans le pays Alaouite, la minorité dont était issu le clan Assad. En représailles, une vague de violence aveugle a visé aussi bien les partisans armés d’Assad, que les civils alaouites victimes de vengeances de masse pour les morts des derniers jours, mais aussi pour les décennies de dictature. Tout le monde redoutait ce scénario depuis trois mois. ».

    Ce qui est scandaleux, c'est qu'en plus de ces morts par combat, les forces gouvernementales, sunnites, ont massacré par la même occasion de nombreux civils parmi la population civile alaouite (chiite).

    Le chef de la Syrie actuelle, en plein transition, Ahmed Al-Charaa, dans son beau costume de ville, s'est déclaré lui aussi scandalisé, considérant qu'il était responsable également de la sécurité de la population alaouite (« Il est de notre devoir de les protéger et de les sauver du joug des gangs du régime déchu. »), appelant ses troupes le 7 mars 2025 à « éviter toute exaction ou débordement » (c'est raté).

    Le 9 mars 2025, Ahmed Al-Charaa a annoncé qu'il allait désigner une « commission indépendante » pour enquêter sur ces massacres : « Nous demanderons des comptes fermement et sans indulgence, à quiconque a été impliqué dans l’effusion de sang de civils ou la violence contre notre peuple qui outrepasse l’autorité de l’État. ». Il a déclaré également : « Ces défis étaient prévisibles. (…) Nous devons préserver l'unité nationale, la paix civile autant que possible, et, si Dieu le veut, nous serons capables de vivre ensemble dans ce pays autant que possible. ».
     

     
     


    L'insurrection des factions pro-Assad a été condamnée par la Turquie, l'Arabie Saoudite et la Jordanie sans pour autant condamner les massacres des alaouites qui ont eu lieu en réaction. Seul l'Iran semble assez sincère dans sa condamnation des massacres (ce qui est logique) et les Force démocratiques syriennes qui contrôlent le Nord et l'Est de la Syrie (kurdes) ont appelé au calme pour « s'engager dans un dialogue national » et construire « une solution politique globale ».

    Les pays européens ont aussi appelé au calme et ont condamné fermement ces massacres des innocents, en particulier la France qui a « condamné dans les termes les plus forts les atrocités commises contre des civils sur la base de motifs religieux et contre des prisonniers ». Stefan Schneck, l'envoyé spécial de l'Allemagne en Syrie, a déclaré sur Twitter : « Je suis profondément choqué par les nombreuses victimes dans l’ouest de la Syrie et j’appelle tout le monde à rechercher des solutions pacifiques, l’unité nationale, un dialogue politique inclusif et une justice transitionnelle. Nous devons sortir du cycle de la violence et de la haine. L’Allemagne est prête à aider partout où elle le peut. ».

    Mais l'indignation internationale a semblé toutefois assez molle. Pourquoi ? Sans doute pour deux raisons. La première, ce que les populations victimes de ces massacres (principalement alaouites) étaient, bien que civiles, les représentants des bourreaux d'hier et la rancœur contre les exactions d'hier a certainement aidé à réagir très mollement. En outre, les massacres entre sunnites et chiites sont très fréquents depuis des dizaines d'années et pourraient résumer presque à eux seuls l'histoire du Proche- et Moyen-Orient actuel.
     

     
     


    La deuxième raison est plus politique. Il ne faut pas décourager les "islamistes modérés" d'être "modérés". En fermant légèrement les yeux devant ces massacres scandaleux mais considérés alors comme de simples "bavures" des forces gouvernementales, on ne réduirait pas à néant toutes les tentatives du pouvoir en place, et en particulier d'Ahmed Al-Charaa, de gagner en respectabilité et crédit international pour normaliser la Syrie.

    C'est de plus une véritable première épreuve politique pour Ahmed Al-Charaa : dans les faits (pas dans les intentions et encore moins dans les déclarations, mais dans les faits), Ahmed Al-Charaa donnera-t-il raison à ses partisans un peu trop "emportés" contre les alaouites ou les condamnera-t-il (vraiment) avec une justice sévère afin de réprimer toute envie ultérieure de commettre ce genre de massacres ?

    Pour l'heure, les supputations politiques n'ont pas lieu d'être. C'est l'émotion qui devrait dominer les esprits avec plus d'un millier de personnes innocentes qui ont été massacrées. Je pense à elles car à travers elle, c'est toute l'humanité qui est atteinte, comme dans chaque massacre, quel qu'il soit. La nature revient souvent très rapidement au galop. Mais comment changer sa nature ? C'est tout l'art difficile de la civilisation.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (17 mars 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Syrie : peut-on encore massacrer en paix ?
    Syrie : la chute historique de Bachar El-Assad.
    Fadwa Suleiman.
    Daech : toujours la guerre.
    Le massacre d’Alep.
    Daech en Syrie : guerre et peine.
    Flou blues.
    BHL et la Syrie.
    Vade-mecum des révolutions arabes.



     

     
     






    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250317-massacre-syrie.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/syrie-peut-on-encore-massacrer-en-259974

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/03/17/article-sr-20250317-massacre-syrie.html


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  • Kfir Bibas, d'horreurs en horreurs...

    « Shiri. Kfir. Ariel. Visages de l'innocence et de l'amour. Visages d'une humanité éternelle que la barbarie du Hamas, jamais, n'abolira. La France, mobilisée pour la libération de tous les otages, se tient aux côtés de Yarden et de la famille Bibas En fraternité universelle. » (Emmanuel Macron, le 18 février 2025 à 20 heures 46, sur Twitter).




     

     
     


    La photo est connue. Horreurs et émotions. Rage, colère et tristesse. Il est des humains qui commencent leur vie avec moins de chance que d'autres. C'était le cas de Kfir Bibas. Il avait pourtant tout pour être heureux. Né le 18 janvier 2023 dans le kibboutz de Nir Oz (près de la frontière de Gaza), il avait un père, une mère, et un frère, une famille aimante. La joie s'est transformée en enfer : le 7 octobre 2023, ce fut l'horreur, l'enfer terroriste sur Terre.

    Toute la famille, Shiri (née Silverman) et Yarden (Bibas), Ariel et Kfir, a été embarquée par les terroristes palestiniens pour Gaza. Shiri avait 32 ans, était assistante maternelle et s'occupait de la comptabilité du kibboutz. Yarden avait 34 ans le 7 octobre 2023, il était soudeur.


    Ils ont été retenus en otages. Le pire, l'horreur de l'horreur, c'est que la scène de leur enlèvement a été filmée, et le film accessible sur Internet. On y voit d'ailleurs que les salauds de ravisseurs (je n'ai pas d'autres mots) ne portaient pas d'uniforme, ils n'étaient donc pas du Hamas, mais des civils palestiniens.

    Jose Luis et Margit étaient les grands-parents de Kfir et Ariel. Ils vivaient aussi dans le kibboutz de Nir Oz. Ils adoraient leurs petits-fils. Eux, on le savait, ils ont été assassinés au moment du pogrom du 7 octobre 2023 par les terroristes antisémites du Hamas.
     

     
     


    Kfir Bibas, enlevé à 9 mois, était une sorte d'emblème du sadisme et de l'horreur des terroristes palestiniens, le symbole de tous les otages qui ont été enlevés ce sombre jour du 7 octobre 2023. Chaque jour était compté. Chaque mois. À un moment, on constatait que Kfir Bibas avait vécu plus longtemps emprisonné que libre. Quelle horreur ! Son premier anniversaire emprisonné. Son second anniversaire emprisonné. Ou pas ?

    Et puis, le mardi 18 février 2025, on a eu la triste confirmation. De cette sympathique famille, seul le père, Yarden, est resté vivant. A survécu. Shiri, tuée. Ariel, 4 ans au moment de l'enlèvement, tué. Kfir, tué. Ils ont tué un bébé sans défense, voilà leur humanité, ou plutôt, leur inhumanité.

    Les réactions de colère ont été nombreuses, notamment sur Twitter. Ainsi, Rémi Kasprzyk : « Comment peut-on tuer un bébé, bordel de merde ? Comment l'être humain peut tomber à ce point dans l'immondice ? À tous ceux qui auront supporté, légitimé ou justifié le Hamas : vous avez le sang de Kfir, Ariel et Shri sur vos mains. » (18 février 2025).

    Aurélie Lorini : « Tragédie qui bouleverse profondément. L'attente, l'angoisse, puis l'issue brutale... C'est difficile à accepter, surtout quand on espérait encore un miracle. Il y a une immense tristesse, mais aussi une colère sourde face à tant d'injustice et de souffrance du cœur. » (19 février 2025).
     

     
     


    Yarden a été libéré il y a quelques jours dans le cadre d'échanges de prisonniers. Mais le principe des échanges est glauque : un otage innocent est libéré en échange de dizaines voire de centaines de Palestiniens condamnés parfois pour crimes voire meurtres. Le pire, c'est que parfois, l'otage n'est pas vivant mais mort, c'est dans un cercueil que l'échange a eu lieu. Et le pire du pire, l'horreur de l'horreur, le prétendu corps de Shiri n'était pas celui de Shiri, il n'était d'aucun otage israélien, les autopsies des corps l'ont révélé avec des analyse ADN. À qui donc était ce corps ? Cela donne une étrange sensation que le Hamas se moque complètement de la vie des Palestiniens eux-mêmes.
     

     
     


    Le 21 février 2025, l'Institut de médecine légale et la police israélienne ont confirmé l'identification de Kfir (10 mois) et Ariel (4 ans). Ils ont été brutalement assassinés en novembre 2023 par les terroristes, de sang-froid, à mains nues, sans aucun lien avec une frappe israélienne (ce que des désinformateurs professionnels du Hamas voudraient faire croire pour se dédouaner de leur grave responsabilité). Beaucoup de preuves ont été rassemblées sur ces deux décès : « Il s'agit clairement d'un meurtre odieux. ».
     

     
     


    Le porte-parole de Tsahal a déclaré que l'État d'Israël dénonçait une violation grave de l'accord avec le Hamas et exigeait la restitution immédiate du corps de Shiri et la libération de tous les otages encore détenus. Finalement, le corps de Shiri a été rendu. Selon certaines sources arabes, les ravisseurs de la famille Bibas seraient toujours en vie et auraient été interviewés avec fierté : honte à eux et à ceux qui les protègent !

     

     
     


    Le 23 février 2025, le dernier survivant de la famille, Yarden, à qui j'apporte tout mon soutien moral, a annoncé que l'enterrement de Shiri, Ariel et Kfir aurait lieu le mercredi 26 février 2025 dans la plus grande intimité familiale : « En ces jours douloureux et difficiles, il n’y a pas de mots pour décrire le niveau de gratitude que nous ressentons envers vous tous. L’étreinte chaleureuse, l’amour et la force que vous nous avez envoyés de partout en Israël et dans le monde nous renforcent et nous accompagnent dans ces moments de crise. Nous ressentons les cœurs ouverts, l’immense étreinte, votre douleur à côté de notre douleur, que nous ne tenons pas pour acquise. (…) Le fait de savoir que vous êtes avec nous, que vos cœurs battent aux côtés du nôtre, nous renforce à chaque respiration. ». Tous les amoureux de la vie et de l'humanité seront aux côtés de Yarden mercredi.
     

     
     


    Rappelons qu'en France, un parti populiste, France insoumise, se montre très complaisant avec le Hamas qu'il ose considérer comme un parti de "résistance" alors que c'est un groupe terroriste, on le voit bien avec l'assassinat de cette famille.

    L'une des preuves de cette irresponsabilité des insoumis, c'est le discours honteux de Jean-Luc Mélenchon le 30 novembre 2023 à Rochefort. Il s'est cru autorisé à faire de l'humour sur le dos de Kfir Bibas, en refusant d'ailleurs de le nommer, comme en faisant semblant de ne plus se rappeler le nom de l'organisation terroriste palestinienne, le FPLP (il a dit « le FP... breff... »). Or, le groupe des députés insoumis avait très vivement réclamé la libération de Salah Hamouri, un terroriste du FPLP, qui, finalement, a été expulsé par Israël. Manuel Bompard et Mathilde Panot ont tenu un meeting commun avec ce personnage du FPLP.

    Jean-Luc Mélenchon a exactement déclaré, avec une légèreté abominable en ce qui concernait le bébé pris en otage (probablement déjà assassiné par les terroristes du Hamas à l'heure du discours) : « Appelez-les [le FPLP] pour obtenir la libération euh du bébé là, dont il a été question, qu'en France, hein, ailleurs, c'est pas une histoire, mais en France, allez savoir pourquoi... ». Quelle médiocrité intellectuelle et surtout, humaine ! S'il y a bien un parti qui montre chaque jour qu'il est contre l'humanité, c'est bien lui. Pourquoi en France se préoccupait-on du sort de Kfir Bibas ? Justement parce qu'il était aux mains des terroristes du Hamas et qu'il a été assassiné à mains nues. Juste une question d'humanité.


     

     
     


    Et malheureusement, la famille Bibas n'est pas la seule victime du Hamas. Oded Lifshitz avait 84 ans. Il a consacré sa vie à aider les Palestiniens. Il a en particulier conduit des Palestiniens malades de Gaza vers des hôpitaux en Israël pour y être soignés. Le 20 février 2925, Oded Lifshitz est sorti du territoire de Gaza dans un cercueil, porté par des Palestiniens. Ingratitude infinie. Sa femme qui l'aidait dans son aide était aussi une otage du Hamas.

    Comment faut-il réagir face à ces terroristes assassins de bébé de 10 mois ? En tendant l'autre joue ? Son frère a été, lui aussi, assassiné à mains nues. Remember ! Le souvenir de la famille Bibas survivra à ses assassins.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (23 février 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Kfir Bibas, d'horreurs en horreurs...
    Auschwitz : soyons la mémoire de leur mémoire !
    Gaza : trêve, libération d'otages israéliens et propagande du Hamas.
    Mahmoud Abbas.
    7 octobre 2023 : un an qu'Israël se bat pour sa survie.
    Les Accords d'Oslo.

     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250218-kfir-bibas.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/kfir-bibas-d-horreurs-en-horreurs-259423

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/02/19/article-sr-20250218-kfir-bibas.html




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  • Majid Kavousifar, l'exécuté souriant

    « Oh ! Pour faire, Seigneur, un seul de tes sourires,
    Combien faut-il donc de nos pleurs ? »
    (Stéphane Mallarmé).




     

     
     


    En 2018, la journaliste Ariane Angeloglou, auteure notamment de "À l'horizon de l'Autre", évoquait le sourire en ces termes : « Un sourire est un brin d'amour déposé sur les lèvres. ». Il y a quelques jours, ce brin d'amour s'est observé dans un contexte absolument terrible et contraire à tout ce qu'on peut imaginer comme environnement pour sourire : la mort ! La mort épouvantable.

    C'est même le pire contexte qu'un homme peut vivre : quelques secondes avant son exécution par pendaison. Cela s'est passé en Iran et la personne qui a souri d'un sourire rayonnant d'une incroyable sérénité s'appelle Majid Kavousifar. Il mériterait de faire partie du Panthéon de l'humanité. Que son sourire ne soit pas vain !

    Notre attitude face à la mort peut être multiple, évolutif et surtout très diversifié avec différentes émotions, la peur de l'inconnu, la tristesse pour soi mais aussi pour ses proches, et ici, la colère car le régime tyrannique de mollah pend à tour de bras, pour un oui ou pour un non, sous prétexte d'être un résistant à la théocratie immonde.


    L'avocate résistante iranienne Nioh Berg a ainsi retransmis cette photo d'un sourire si fort ce dimanche 19 janvier 2025 sur Twitter avec ces mots : « Nous sourions face aux juges pendus. Nous sourions face à la mort. Nous sommes le véritable Iran. ». Elle finit avec ces mots : « Des rues et des statues iraniennes porteront le nom de Majid Kavousifar. ».
     

     
     


    Ce sourire, ce n'était pas un sourire de défi face aux bourreaux des mollahs. Ce n'était pas une sorte de pirouette pour effacer l'idée de la mort imminente. Ce n'était pas de ces faux sourires qui font grincer les dents, ironiques et hypocrites. C'était un sourire sincère, spontané, libre. C'était un sourire de défi face à sa propre mort. Un défi de sérénité. Et il avait une raison, une raison horrible.

    La petite fille du supplicié était présente. Majid Kavousifar souriait à sa petite fille qui était là, devant lui, à le voir bientôt pendu. Il y a un véritable côté glauque de ce régime de pourriture, une hyperviolence glauque, de permettre aux petites filles de voir exécuter leur papa courageux. C'est cette saleté idéologique de l'horreur de cette mollarchie qui veut terroriser le peuple iranien afin qu'il ne se rebelle pas alors qu'après presque quarante-cinq ans de révolution islamique, soit quasiment deux générations. Il est temps de permettre aux Iraniens de voir l'avenir dans un environnement progressiste, démocratique et moderne.

    Nioh Berg notait : « Il voulait qu'elle, l'amour de sa vie, grandisse courageuse comme une lionne. Sans peur. ». Le dernier regard du père. Mais aussi le dernier regard de la fille sur son père. Quelle misère politique et quelle grandeur d'âme ! Que son souvenir soit à jamais entretenu dans nos mémoires d'humains libres et chanceux, privilégiés !



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (19 janvier 2025)
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    Pour aller plus loin :
    Majid Kavousifar.
    Varisha Moradi.
    Aïnaz Karimi.
    Arezou Khavari.
    Ahou Daryaei.
    Ebrahim Raïssi.
    Khosro Besharat.
    Mobilisons-nous pour Toomaj Salehi !
    Fatwa de mort contre Salman Rushdie.
    Alireza Akbari.
    Mehran Karimi Nasseri.
    Claude Malhuret contre la mollarchie.
    Mahsa Amini, les femmes iraniennes, leur liberté et Claude Malhuret.
    Révolution : du rêve républicain à l’enfer théocratique de Bani Sadr.
    L'Iran de Bani Sadr.
    De quoi fouetter un Shah (18 février 2009).
    N’oubliez pas le Guide (20 février 2009).
    Incompréhensions américaines (1) et (2).
    Émission de France 3 "L’Iran et l’Occident" (17-18 février 2009).
    Session de septembre 2006 à l’ONU : Bush, Ahmadinejad, Chirac.
    Dennis Ross et les Iraniens.
    Un émissaire français à Téhéran.
    Gérard Araud.
    Stanislas de Laboulaye.
    Des opposants exécutés par pendaison en Iran.
    Expulsion de Vakili Rad, assassin de Chapour Bakhtiar, dernier Premier Ministre du Shah d'Iran, par Brice Hortefeux à la suite du retour de l'étudiante Clotilde Reiss.
    Mort de l'ancien Premier Ministre iranien Mohammad Reza Mahdavi-Kani à 83 ans le 21 octobre 2014.

     
     




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  • Gaza : trêve, libération d'otages israéliens et propagande du Hamas

    « J'ai du mal à imaginer que la libération des camps d'Auschwitz et de Bergen-Belsen ait été accompagnée de cris de victoire et d'appels à exterminer tous les Allemands. » (Sophia Aram, le 19 janvier 2025 dans "Le Parisien").




     

     
     


    Encore une fois, l'humoriste Sophia Aram a été percutante et a soulevé les vrais enjeux dans sa chronique publiée le 19 janvier 2025 dans "Le Parisien". En évoquant la libération du camp d'extermination d'Auschwitz dont on va commémorer le 80e anniversaire dans quelques jours, elle voulait d'abord parler de la situation à Gaza. Elle reprenait l'accusation portée un peu légèrement contre l'État d'Israël de génocide dès le 15 octobre 2023, principalement « pour masquer le pogrom du 7 octobre et les multiples appels du Hamas et des islamistes du monde entier à éradiquer toute présence juive au Proche-Orient ».

    Ce dimanche 19 janvier 2025 à 10 heures 15 est d'abord un jour important pour de nombreuses familles israéliennes : c'est le début d'une (en principe longue) trêve entre le Hamas et Israël dont la première phase, de quarante-deux jours, devrait permettre la libération d'une trentaine d'otages israéliens (il semblerait notamment que les deux otages franco-israéliens devraient être libérés bientôt), et en parallèle, ce qui n'a rien à voir, la libération de Palestiniens condamnés parfois à des peines très lourdes en raison de leurs crimes (assassinats, terrorisme, etc.).

    Cet accord a été validé par Benjamin Netanyahou, le Premier Ministre israélien, le 18 janvier 2025. Sa mise en œuvre dès le lendemain constitue une petite victoire, l'ultime, du Président américain Joe Biden qui quitte la Maison-Blanche le lendemain. L'accord a été négocié avec les deux Présidents américains, y compris Donald Trump, et la libération d'otages encore sous le mandat Biden est très symbolique. On se rappelle l'humiliation qu'avait subie Jimmy Carter qui a dû attendre son départ de la Maison-Blanche pour voir libérer les otages américains de Téhéran en janvier 1981.

    Dimanche après-midi, donc, les trois premières otages israéliennes ont été libérées, dans des conditions très difficiles, à Gaza : Romi Gonen, Emily Damari et Doron Steinbrecher qui ont été détenues pendant 471 jours d'horreur. Elles étaient escortées par des terroristes cagoulés du Hamas, puis recueillies par la Croix-Rouge (on se demande bien le degré de neutralité de cette organisation humanitaire), enfin "livrées" à l'armée israélienne qui les ont reconduites en Israël. Pendant ce transfert, les ont accompagnées une foule palestinienne surexcitée qui criait et qui, parfois, tirait en l'air. Atmosphère très électrique. Ce "voyage" des trois otages a dû être très éprouvant car des fusillades pouvaient avoir lieu à tout moment.

     

     
     


    Certains otages n'ont plus rien et le choc sera dur à leur libération : leur famille a été massacrée, leur maison détruite. Pour Emily Damari, l'horreur est heureusement terminée. Elle a survécu à plus de quinze mois de traitement difficile et surtout, à sa grave blessure, car elle a perdu deux doigts à cause de ses ravisseurs terroristes. C'est une battante !

    Malgré ces trois premières libérations, non, la joie n'était pas sur les visages des citoyens israéliens. Trop d'otages sont encore restés aux mains des tortionnaires du Hamas.

     

     
     


    Par exemple, Kfir Bibas, qui a fêté son 2e anniversaire le 18 janvier 2025, il a déjà vécu deux tiers de son existence dans une prison du Hamas, et il n'est toujours pas libéré, tandis que l'accord a permis à Mohammad Abu Warda, condamné car il est l'auteur d'un attentat qui a tué 44 personnes en faisant exploser un bus en 1996, d'être libéré par l'État d'Israël. Quel parallèle ! On ne sait même pas si Kfir Bibas est encore en vie, et dans tous les cas, quelle barbarie de s'en prendre à des bébés de 9 mois !

    Mais pour les otages encore retenus, l'espoir reste possible, mais on pense aussi à ceux qui ont été massacrés par les terroristes du Hamas le 7 octobre 2023. Ainsi, Jonathan, petit bonhomme qui a été assassiné avec son père, ne grandira pas alors que leur assassin sera libéré dans le cadre de l'accord entre Israël et le Hamas.

     

     
     


    Ainsi, cette famille entière ne rigolera plus pacifiquement parce qu'elle a été brûlée vive lors du pogrom perpétré par le Hamas.

     

     
     


    Ainsi, ces trois enfants, Arbel, Shachar et Omer, massacrés dans leur lit le 7 octobre, ne feront plus de grimace pendant leur goûter. La liste est tellement longue...

     

     
     


    Certains auteurs de tweets (comme Jérémy Benhaïm) se posaient quand même la question, en regardant ce triste spectacle, sur la réalité de ce qu'on dit généralement sur la situation à Gaza. Par exemple, dans la foule, de nombreux Gazaouis filmaient la scène avec des smartphones « visiblement bien chargés ». Famine, coupure d'électricité depuis de mois, vraiment ? « On nous aurait donc menti ? ».

     

     
     


    Revient toujours la question : y a-t-il eu vraiment un génocide à Gaza ? Existe-t-il une notion de pause de génocide ? Sophia Aram est revenue sur cette question pour asséner quelques évidences et remettre des points sur les i : « L'indécence de ceux qui braillent leurs certitudes sur le "génocide-en-cours-à-Gaza" depuis des mois m'autorise à émettre quelques doutes sur ces accusations et sur la sincérité de ceux qui les professent. ».

     

     
     


    Et de poser les bonnes questions : « Parce qu'au fond, comment ne pas douter lorsqu'il faudrait admettre sans ciller que nous serions devant la première trêve négociée de l'histoire des génocides ? Une trêve mise à profit par les représentants des "génocidaires" et des "génocidés" pour s'accorder sur le nombre d'otages et de prisonniers à échanger avant de poursuivre vers la paix ou de reprendre le cours du supposé génocide. Comment ne pas s'interroger face à l'idée que nous serions devant le tout premier cas de génocide dans lequel les "génocidés" détiendraient encore des otages issus du "camp génocidaire" et ce, à l'issue de son "extermination" ? Comment ne pas douter devant ce cas très particulier de génocide démarrant par un pogrom perpétré sur le sol des "génocidaires" par les "génocidés", et qui se termine par les appels triomphants de ces derniers à en reproduire de nouveaux ? Combien de rescapés ont-il célébré et revendiqué la victoire au terme de leur propre génocide ? ».

     

     
     


    Fustigeant « une guerre qui aura vu les "résistants" du Hamas se mettre aux abris en laissant à découvert la population civile qu'ils sont censés défendre » (les dirigeants de l'organisation terroriste étaient planqués bien au chaud dans des hôtels de luxe au Qatar), l'humoriste éditorialiste a souligné « l'insincérité de ceux qui tirent un bénéfice politique à porter de telles accusations contre Israël et contre tous ceux qui ont le mauvais goût de douter ».

    Elle conclut : « Je pense qu'il serait temps pour ceux qui n'ont eu de cesse de relayer la propagande du Hamas en France de déposer les armes. ». Suivez mon regard...


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (19 janvier 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Gaza : trêve, libération d'otages israéliens et propagande du Hamas.
    7 octobre 2023 : un an qu'Israël se bat pour sa survie.
    Laura Blajman-Kadar.
    7 octobre 2023 : l'hommage aux victimes françaises.
    Discours du Président Emmanuel Macron en hommage aux victimes du 7 octobre 2023 aux Invalides le 7 février 2024 (texte intégral et vidéo).
    L'avenir de la France se joue aussi à Gaza !
    La naissance de l’État d’Israël.
    David Ben Gourion.
    Eden Golan.
    Walid Daqqa.
    Gaza : quel est l'accord entre Israël et le Hamas ?
    Le rappel très ferme d'Emmanuel Macron contre l'antisémitisme.
    Conflit israélo-palestinien : la France est-elle concernée ?
    Dominique de Villepin toujours pro-palestinien ?
    Emmanuel Macron participera-t-il à la grande marche contre l'antisémitisme du 12 novembre 2023 ?
    Gaza, victime avant tout du Hamas ?
    Quel est le bilan de la visite d'Emmanuel Macron au Proche-Orient ?
    Proche-Orient : l'analyse crue de Jean-Louis Bourlanges.
    Pourquoi Emmanuel Macron se rend-il en Israël ce mardi 24 octobre 2023 ?
    Hôpital à Gaza : la vérité aveuglée par la colère ?
    Hamas : tirs groupés contre les insoumis.
    Horreur en Israël : les points sur les i de Gérard Larcher et Emmanuel Macron.
    Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 12 octobre 2023 (vidéo et texte intégral).
    Allocution du Président du Sénat Gérard Larcher le 11 octobre 2023 (texte intégral).
    Horreur totale en Israël ; émotion et clarification politique en France.
    Israël en guerre contre son agresseur terroriste, le Hamas.
    Les Accords d'Oslo.
     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250119-gaza-israel.html

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    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/01/19/article-sr-20250119-gaza-israel.html




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  • Philippe Val et la promesse d'autres tragédies

    « Un bon Arabe doit être musulman, sa femme doit être voilée, il doit détester la France et admirer le Hamas et le Hezbollah. Cette assignation des Arabes par les autorités morales est un racisme réel drapé dans un antiracisme autoproclamé. Un tel déni de réalité, dix ans après les attentats de 2015, est la promesse d'autres tragédies. » (Philippe Val, le 6 janvier 2025 sur Europe 1).




     

     
     


    Personnalité du monde médiatique et intellectuel un peu touche-à-tout, Philippe Val (72 ans) est tout à la fois humoriste, journaliste, écrivain, chroniqueur et même patron de presse. Sa consécration a sans doute été sa nomination comme directeur général de l'importante station de radio publique France Inter de 2009 à 2014, mais ses fonctions pendant dix-sept ans à la tête de "Charlie Hebdo" de 1992 à 2009, comme rédacteur en chef puis comme directeur de publication, sont sans doute ce qui a eu le plus d'importance à ses yeux.

    Et il se place bien entendu sur le devant de scène des commémorations des attentats de janvier 2015 pour une raison simple : c'est lui, comme directeur de publication de "Charlie Hebdo", qui a pris la responsabilité (qu'il n'a jamais regretté) de publier les caricatures de Mahomet, celles publiées par le quotidien danois "Jyllands-Posten" le 30 septembre 2005. Leur publication a eu lieu dans le numéro de "Charlie Hebdo" du 3 février 2006, complétées par des caricatures maison. L'hebdomadaire satirique a été quasiment le seul périodique français à avoir eu le courage de les publier (avec "France-Soir" et "Libération") en raison des nombreuses pressions faites sur les rédactions.


     

     
     


    Depuis cette date, Philippe Val est sous protection policière matin midi et soir (et nuit), et vit avec l'angoisse de l'assassinat. On peut dire que son angoisse était justifiée puisque cinq dessinateurs, deux journalistes et deux chroniqueurs (entre autres) ont été assassinés il y a dix ans, le 7 janvier 2015.
     

     
     


    J'apprécie beaucoup Philippe Val car il porte finalement une parole très rare dans le monde médiatique, il veut rappeler sans cesse qu'il faut combattre l'islamisme et, bien que de gauche, il bouscule la pensée prémâchée de l'islamogauchisme. Trouille ou militantisme politique, on ne sait pas trop bien ce qui motive beaucoup de nos intellectuels français en-dessous de tout, et en particulier d'une pensée claire sur la liberté et sur la laïcité. Philippe Val est, avec quelques autres petites lumières médiatiques comme Caroline Fourest, Tristane Banon, Sophia Aram (actuellement salement harcelée par cette gauche extrémiste), l'un des rares "prescripteurs d'opinion" à rappeler toute l'horreur de l'islam politique et la nécessité de s'y opposer fermement, quelle que soit sa foi ou sa non-foi.

    Dans sa chronique du lundi 6 janvier 2025 qu'il a faite sur la station Europe 1, le journaliste est sévère contre ses collègues qui n'ont jamais rappelé que les caricatures qui avaient mis le monde musulman en colère en 2005 et 2006 n'étaient pas celles publiées par le journal danois mais d'autres, falsifiées pour manipulation par un imam qui l'a reconnu par la suite. Comme pour l'assassinat de Samuel Paty, victime lui aussi d'une manipulation mensongère sur les réseaux asociaux, la désinformation a tué beaucoup trop pour ne pas alerter les journalistes pendant qu'il est encore temps.

    Philippe Val a aussi rappelé que l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal, qui, à 75 ans, est très malade et n'est toujours pas soigné, alors qu'il a été jeté en prison injustement en Algérie il y a deux mois, est trop peu soutenu par les moralistes professionnels en France et mériterait leur soutien avec un écho médiatique qui puisse faire pression sur le gouvernement algérien.


     

     
     


    Dans cette chronique, Philippe Val a d'abord fustigé ce qu'il a appelé la "bienveillance" de nombreux "intellectuels" envers l'islamisme : « On va parler de ce qui n'a pas changé, voire de ce qui a empiré : la bienveillance d'une partie du monde intellectuel, politique et médiatique français pour les acteurs d'un phénomène religieux, l'islam, dans sa version la plus hostile à notre civilisation, la plus puritaine et la plus dangereuse. On l'a vu lors du stupéfiant soutien au Hamas par La France insoumise et le journal "Le Monde" après le 7 octobre 2023 et par les non-moins stupéfiants ralliements et accords électoraux qui s'ensuivirent de la part de partis comme le parti socialiste ou de personnalités comme François Hollande. ».

    "Le Monde" a contribué à ce climat malsain qui, de fait, promeut l'antisionisme : « Je ne souhaite nullement la disparition du "Monde" dont j'admire et respecte nombre de ses journalistes, mais son statut de journal de référence n'est plus supportable. Ce n'est pas plus une référence que Mediapart ou "Valeurs actuelles". C'est un journal d'opinion et c'est son droit. Mais ce statut ne lui permet d'exercer aucun magistère moral. Qu'il soit lu comme une bible par les enseignants, les intellectuels, les politiques, est une des causes de la maladie de la démocratie française. Au lendemain des attentats, il y a dix ans, "Le Monde" avait déjà choisi de donner une large audience à Emmanuel Todd qui prétendait que les 4 millions de manifestants du 11 janvier n'étaient que des petits bourgeois catholiques qui avaient besoin d'avoir peur de l'islam pour se tenir chaud ensemble. ».

     

     
     


    Le point de référence de l'ancien directeur de "Charlie Hebdo", c'est le massacre antisémite du 7 octobre 2023 dans la continuité des réactions aux caricatures de 2005-2006 : « On l'a vu après le massacre du 7 octobre. Dans les heures qui ont suivi, ce n'est pas l'horreur du massacre qui a été mise en avant, mais le scandale de la réplique israélienne. Il y a une continuité dans la volonté de nier la réalité. Par exemple, en 2006, les caricatures qui ont mis le feu au Moyen-Orient et monde arabe ne sont pas celles qu'ont publiées le "Jyllands-Posten" et "Charlie Hebdo". On sait que ce sont des caricatures détournées et diffusées par un imam danois intégriste. Bien que l'information ait parfaitement circulé dans les rédactions, et que depuis, l'imam repenti ait avoué sa manipulation, l'info n'intéressait pratiquement personne. Il est évident que les caricatures publiées étaient anodines et que leur censure était insupportable dans n'importe quel régime de liberté. Personne n'a voulu retenir cette information pourtant capitale. Eh bien, c'est un cas d'école pour journalistes : une info reste-t-elle vraie quand personne n'a envie d'y croire ? (…) Ce qui démontre aussi que notre métier de journaliste et d'intellectuel est de dire la réalité au plus près. Et que c'est une question de vie ou de mort. La réalité se venge toujours quand elle est repoussée, elle revient sous une forme monstrueuse. En ce qui nous concerne, elle est revenue sous la forme des attentats qui ont endeuillé notre pays. ».

    Si le monde journalistique a compris la nature de l'islamisme, il y a encore beaucoup à faire pour préserver une parole sensée en France : « Il s'est passé quelque chose. La plupart des grands journaux et des chaînes d'info, radios, ont désormais des positions sans ambiguïté sur l'islam politique et l'antisémitisme, et il faut s'en réjouir. Mais une partie du monde intellectuel et journalistique n'a encore rien compris. La campagne de haine que subit aujourd'hui l'humoriste Sophia Aram et l'indifférence méprisante dont Boualem Sansal fait l'objet montrent à quel point leur magistère moral est une imposture. Boualem Sansal et Sophia Aram ont en commun une tare majeure aux yeux de nos moralistes antiracistes : ce sont de mauvais Arabes ! Un bon Arabe doit être musulman, sa femme doit être voilée, il doit détester la France et admirer le Hamas et le Hezbollah. Cette assignation des Arabes par les autorités morales est un racisme réel drapé dans un antiracisme autoproclamé. Un tel déni de réalité, dix ans après les attentats de 2015, est la promesse d'autres tragédies. ».

     

     
     


    Cette chronique du 6 janvier 2025 de Philippe Val est excellente car elle est un condensé d'une parole qui est rare et pourtant essentielle en France, celle d'une gauche républicaine qui est aujourd'hui étouffée par la nouvelle farce populaire (NFP). Cette gauche républicaine (dont je ne suis pas) est aujourd'hui la mieux représentée politiquement par un quasi-homonyme, l'ancien Premier Ministre et l'actuel Ministre d'État Manuel Valls, qui a su exprimer en 2015 et 2016 ce qu'était l'esprit républicain et que je ne me lasserai jamais de répéter : « Être français, ce n’est pas renoncer à ses origines, ce n’est pas renoncer à son identité, c’est les verser au pot commun. C’est une citoyenneté qui n’est pas petite, qui n’est pas réduite à l’origine de chacun, du sang, du sol ou par naturalisation, mais qui est grande, ouverte, fondée sur la volonté de construire l’avenir ensemble ! C’est ce nouveau patriotisme que j’appelle de mes vœux ! ».


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (06 janvier 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Philippe Val et la promesse d'autres tragédies.
    7 janvier 2025 : êtes-vous toujours Charlie ?
    L’esprit républicain.
    Fête nationale : cinq ans plus tard…







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