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islam

  • Iran : le sourire franc face à la mort !

    « Oh ! Pour faire, Seigneur, un seul de tes sourires,
    Combien faut-il donc de nos pleurs ? »
    (Stéphane Mallarmé).




     

     
     


    En 2018, la journaliste Ariane Angeloglou, auteure notamment de "À l'horizon de l'Autre", évoquait le sourire en ces termes : « Un sourire est un brin d'amour déposé sur les lèvres. ». Il y a quelques années, ce brin d'amour s'est observé dans un contexte absolument terrible et contraire à tout ce qu'on peut imaginer comme environnement pour sourire : la mort ! La mort épouvantable.

    C'est même le pire contexte qu'un homme peut vivre : quelques secondes avant son exécution par pendaison. Cela s'est passé en Iran et la personne qui a souri d'un sourire rayonnant d'une incroyable sérénité s'appelle Majid Kavousifar. Il mériterait de faire partie du Panthéon de l'humanité. Que son sourire ne soit pas vain !

    Notre attitude face à la mort peut être multiple, évolutif et surtout très diversifié avec différentes émotions, la peur de l'inconnu, la tristesse pour soi mais aussi pour ses proches, et ici, la colère car le régime tyrannique de mollah pend à tour de bras, pour un oui ou pour un non, sous prétexte d'être un résistant à la théocratie immonde.


    L'avocate résistante iranienne Nioh Berg a ainsi retransmis cette photo d'un sourire si fort le dimanche 19 janvier 2025 sur Twitter avec ces mots : « Nous sourions face aux juges pendus. Nous sourions face à la mort. Nous sommes le véritable Iran. ». Elle finit avec ces mots : « Des rues et des statues iraniennes porteront le nom de Majid Kavousifar. ».

    En fait, la photographie a plus de dix-sept ans. Majid Kavousifar (28 ans) a été exécuté en 2007 à Téhéran, accusé d'avoir tué le juge Masoud Ahmadi Moghaddasi, l'un des responsables des exécutions massives lors de l'implacable répression en 1988. Majid Kavousifar a été arrêté après avoir fui aux Émirats et a été pendu en même temps que son neveu Hossein. Les photos de son exécution et de son incroyable sourire sont réapparues dans les réseaux sociaux en janvier 2024 puis en janvier 2025.
     

     
     


    Ce sourire, ce n'était pas un sourire de défi face aux bourreaux des mollahs. Ce n'était pas une sorte de pirouette pour effacer l'idée de la mort imminente. Ce n'était pas de ces faux sourires qui font grincer les dents, ironiques et hypocrites. C'était un sourire sincère, spontané, libre. C'était un sourire de défi face à sa propre mort. Un défi de sérénité. Et il avait une raison, une raison horrible.

    La petite fille du supplicié était présente. Majid Kavousifar souriait à sa petite fille qui était là, devant lui, à le voir bientôt pendu. Il y a un véritable côté glauque de ce régime de pourriture, une hyperviolence glauque, de permettre aux petites filles de voir exécuter leur papa courageux. C'est cette saleté idéologique de l'horreur de cette mollarchie qui veut terroriser le peuple iranien afin qu'il ne se rebelle pas alors qu'après presque quarante-cinq ans de révolution islamique, soit quasiment deux générations. Il est temps de permettre aux Iraniens de voir l'avenir dans un environnement progressiste, démocratique et moderne.

    Nioh Berg notait : « Il voulait qu'elle, l'amour de sa vie, grandisse courageuse comme une lionne. Sans peur. ». Le dernier regard du père. Mais aussi le dernier regard de la fille sur son père. Quelle misère politique et quelle grandeur d'âme ! Que son souvenir soit à jamais entretenu dans nos mémoires d'humains libres et chanceux, privilégiés !


    Selon l'ONU, le rythme des exécutions en Iran s'est effroyablement accéléré : du 1er janvier 2025 au 25 juillet 2025, 612 personnes condamnées ont été exécutées en Iran. C'est, pour le régime des mollahs, après la "Guerre des douze jours", le seul moyen de maintenir le peuple sous tension et d'éviter un renversement de ces enragés de la corde.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (30 juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Iran : le sourire franc face à la mort !
    Make Iran Great Again ?
    Guerre en Iran : pensons au peuple iranien !
    Israël vs Iran : Emmanuel Macron l'équilibriste.
    Beyrouth, il y a trente-cinq ans.
    Majid Kavousifar.
    Varisha Moradi.
    Aïnaz Karimi.
    Arezou Khavari.
    Ahou Daryaei.
    Ebrahim Raïssi.
    Khosro Besharat.
    Mobilisons-nous pour Toomaj Salehi !
    Fatwa de mort contre Salman Rushdie.
    Alireza Akbari.
    Mehran Karimi Nasseri.
    Claude Malhuret contre la mollarchie.
    Mahsa Amini, les femmes iraniennes, leur liberté et Claude Malhuret.
    Révolution : du rêve républicain à l’enfer théocratique de Bani Sadr.
    L'Iran de Bani Sadr.
    De quoi fouetter un Shah (18 février 2009).
    N’oubliez pas le Guide (20 février 2009).
    Incompréhensions américaines (1) et (2).
    Émission de France 3 "L’Iran et l’Occident" (17-18 février 2009).
    Session de septembre 2006 à l’ONU : Bush, Ahmadinejad, Chirac.
    Dennis Ross et les Iraniens.
    Un émissaire français à Téhéran.
    Gérard Araud.
    Stanislas de Laboulaye.
    Des opposants exécutés par pendaison en Iran.
    Expulsion de Vakili Rad, assassin de Chapour Bakhtiar, dernier Premier Ministre du Shah d'Iran, par Brice Hortefeux à la suite du retour de l'étudiante Clotilde Reiss.
    Mort de l'ancien Premier Ministre iranien Mohammad Reza Mahdavi-Kani à 83 ans le 21 octobre 2014.



     

     
     



    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250730-majid-kavousifar.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/iran-le-sourire-franc-face-a-la-258781

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/31/article-sr-20250730-majid-kavousifar.html




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  • Boualem Sansal, toujours condamné en Algérie... et Christophe Gleizes aussi

    « Décidément, la paranoïa ne connaît aucune limite au sein des décideurs. » (article dans "Le Matin d'Algérie" du 29 juin 2025 sur la condamnation de Christophe Gleizes).



     

     
     


    Marche-t-on sur des œufs ? En tout cas, c'était l'apparence du Premier Ministre François Bayrou venu visiter ce mardi 1er juillet 2025 dans la matinée la cellule de crise contre la canicule au Ministère de l'Intérieur. Pendant qu'il expliquait les mesures pour lutter efficacement contre la canicule (en parlant notamment de climatisation), on apprenait que l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal a été condamné à cinq ans de prison en appel.

    Même Bruno Retailleau a refusé de commenter l'information pour ne pas mettre de l'huile sur le feu. Le gouvernement français table en effet sur la prochaine fête nationale algérienne (fête de l'indépendance), le 5 juillet prochain, pour espérer une libération de Boualem Sansal par une mesure de grâce présidentielle. Donc, pas question de vouer aux gémonies le gouvernement algérien voire la justice algérienne (dont l'indépendance avec le pouvoir reste à prouver) pour ne pas décourager la prise d'une décision humanitaire de clémence.

    C'est pourtant un véritable scandale. Boualem Sansal, grand écrivain à la liberté absolue, a été arrêté et incarcéré le 16 novembre 2024 (depuis sept mois et demi !). Profondément malade et âgé de 75 ans et demi, Boualem Sansal risque sa santé dans les prisons algériennes. Son tort ? Avoir remis en cause, dans un simple écrit, la frontière entre l'Algérie et le Maroc. Il a d'abord été condamné le 27 mars 2025 en première instance à cinq ans de prison. Et cette peine vient d'être confirmée en appel ce mardi par la cour d'appel d'Alger.
     

     
     


    Se défendant seul (car il a refusé les avocats algériens commis d'office), Boualem Sansal a déclaré le 24 juin 2025 au juge : « La Constitution garantit la liberté d’expression et de conscience et pourtant je suis là ! ».

    L'aspect politique de cette affaire est incontestable, confirmée d'ailleurs par le Président algérien Abdelmadjid Tebboune lui-même qui considérait le 29 décembre 2024 Boualem Sansal comme un « imposteur envoyé par la France ». L'Algérie veut faire payer à la France son soutien au Maroc le 31 juillet 2024 sur le Sahara occidental et beaucoup d'agents de l'anti-France sont à Alger (on a même parlé d'un officier russe du renseignement venu spécialement en Algérie pour cette finalité).
     

     
     


    La condamnation en appel de l'écrivain est intervenue deux jours après la condamnation par le tribunal de Tizi Ouzou du ressortissant français Christophe Gleizes à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme » et « possession de publications dans le but de propagande nuisant à l'intérêt national ». C'est ce dimanche 29 juin 2025 qu'on a aussi appris que ce journaliste sportif de 36 ans, qui menait en solitaire une enquête approfondie sur un club de football en Kabylie, était retenu en Algérie depuis plus d'un an ! Il a été arrêté le 28 mai 2024 à Tizi Ouzou et placé sous contrôle judiciaire. La justice algérienne lui reprocherait des contacts avec un mouvement séparatiste kabyle qui n'avait pas encore était classé mouvement terroriste par le gouvernement algérien au moment des échanges avec le journaliste français.

    Colère et incompréhension après cette condamnation, car Christophe Gleizes ne s'est jamais intéressé à la politique et s'est toujours passionné par le football dont c'était le thème d'enquête. Sa famille a publié un communiqué : « Christophe est un journaliste rigoureux, passionné par son sujet. Il ne mérite en aucun cas d’être traité comme un criminel. ».

    Quand on regarde les deux affaires, tant pour Boualem Sansal que pour Christophe Gleizes, c'est bien la liberté d'expression et la liberté de la presse qui ont été mises à mal par le pouvoir algérien. En Algérie, pas question de dire des choses qui ne plaisent pas au pouvoir (profitons-en pour prendre conscience de nouveau de cette capacité à dénigrer son pays en France, ce qui montre que nous sommes bien en démocratie mais qu'elle est toujours fragile, ménageons-là !). Rappelons d'ailleurs que les parlementaires de France insoumise, à l'Assemblée comme au Parlement Européen, ont toujours refusé de voter les motions de soutien à Boualem Sansal demandant sa libération car ils considéraient que ces initiatives seraient des manœuvres de l'extrême droite (ce qui est stupide, le soutien à Boualem Sansal doit se faire d'abord pour des raisons humanitaires avant d'y mettre de la sauce politicienne).

    Aucune image de Boualem Sansal n'a jamais été publiée depuis son arrestation et le pouvoir algérien refuse toujours une visite consulaire de la France car il considère que l'écrivain est avant tout un citoyen algérien. La France s'est mobilisée car il s'agit aussi d'un citoyen français et doit être protégé comme tous les ressortissants français. François Bayrou a réaffirmé que, du Président Emmanuel Macron jusqu'aux membres de son gouvernement, pas un seul jour la France n'a manqué de se mobiliser pour obtenir la libération de Boualem Sansal et c'est le sens de l'action du Ministre de l'Europe et des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot.
     

     
     


    À la séance publique du 1er juillet 2025 à l'Assemblée Nationale, la députée Horizons Naïma Moutchou a associé les otages français Cécile Kohler et Jacques Paris, retenus en Iran depuis trois ans, à l'emprisonnement de Boualem Sansal et Christophe Gleizes : « Ce n’est pas une dérive, c’est une instrumentalisation politique de la justice par un régime autoritaire qui bâillonne la critique et qui veut régler ses comptes avec la France. L’affaire Boualem Sansal confirme ce climat de tension. Cinq ans de prison, cinq ans, à nouveau, ont été prononcés ce matin même, en appel, contre l’écrivain français. Boualem Sansal, âgé de 75 ans et malade, a été, lui aussi, assigné au silence pour ses mots. Même méthode, même arbitraire. (…) La France ne peut pas rester timorée. Elle ne peut pas ménager les pouvoirs qui enferment pendant que certains, jusqu’ici, sur ces bancs, choisissent de leur dérouler le tapis rouge, grisés par des honneurs illusoires, quand leurs propres compatriotes croupissent dans l’ombre. Il est temps d’être clair. Protéger nos compatriotes, c’est tenir tête aux régimes qui les emprisonnent injustement. C’est aussi refuser que certains ici servent de caution diplomatique à ces régimes. Je vous demande une parole forte pour les Français détenus illégalement à travers le monde ainsi qu’une stratégie claire pour les défendre et pour défendre nos principes. ».

    Ce à quoi Jean-Noël Barrot a répondu ceci : « Deux mille trois cents compatriotes détenus à l’étranger bénéficient de l’accompagnement des services consulaires du ministère des affaires étrangères. Certains d’entre eux sont détenus arbitrairement, retenus otages ou pire encore ; alors, la diplomatie française tout entière se mobilise pour obtenir leur libération. C’est ainsi qu’avec un immense soulagement, nous avons accueilli, il y a quelques mois, la nouvelle de la libération de notre compatriote Ofer Kalderon, après quatre cent quatre-vingt-quatre jours passés dans l’enfer des tunnels de Gaza. C’est avec le même soulagement que nous avons appris la libération d’Olivier Grondeau, après huit cent quatre-vingt-sept jours passés dans des prisons iraniennes, ou celle de Théo Clerc, après quatre cent vingt-deux jours de détention en Azerbaïdjan. J’ai, comme vous, une pensée particulière pour Cécile Kohler et pour Jacques Paris, retenus otages en Iran depuis plus de trois ans, dans des conditions indignes assimilables à de la torture. Après avoir exercé une très forte pression sur les autorités iraniennes, nous avons obtenu que notre chargé d’affaires en Iran leur rende visite aujourd’hui. Je m’indigne avec vous de la condamnation en appel de notre compatriote Boualem Sansal. Elle est incompréhensible et injustifiable. Maintenant que la procédure est arrivée à son terme, les autorités algériennes se trouvent face à un choix. Elles peuvent faire celui de la responsabilité, de l’humanité et du respect en permettant à notre compatriote d’être libéré et soigné, compte tenu de son état de santé et de son âge. S’agissant de Christophe Gleizes, nous sommes à ses côtés depuis le jour de son arrestation, en mai 2024. Nous avons été vivement choqués par sa condamnation extrêmement lourde en première instance, sept ans de prison, et nous nous mobiliserons pour obtenir sa libération. ».

     
     


    Plantu, grand dessinateur et humoriste très soucieux des journalistes et écrivains emprisonnés pour avoir exercé leur liberté d'expression dans le monde, a aussi associé aux incarcérations de Boualem Sansal et Christophe Gleizes en Algérie celle du caricaturiste turc Dogan Pehlevan, arrêté le 30 juin 2025 et emprisonné à Istanbul. Réclamons la libération de ces journalistes, ils doivent au contraire être protégés par les États pour leur permettre d'apporter au débat public leurs propres réflexions et visions, comme cela se passe dans toute démocratie moderne !


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (01er juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Boualem Sansal, toujours condamné en Algérie... et Christophe Gleizes aussi.
    Boualem Sansal, un nouveau capitaine Dreyfus ?
    Boualem Sansal.
    Le massacre d’Oran, 60 ans plus tard…
    José Gonzalez.
    Reconnaissance par Emmanuel Macron le 26 janvier 2022 de deux massacres commis en 1962 en Algérie (Alger et Oran).
    Pierre Vidal-Naquet.
    Jean Lacouture.
    Edmond Michelet.
    Jacques Soustelle.
    Albert Camus.
    Abdelaziz Bouteflika en 2021.
    Le fantôme d’El Mouradia.
    Louis Joxe et les Harkis.
    Chadli Bendjedid.
    Disparition de Chadli Benjedid.
    Hocine Aït Ahmed.
    Ahmed Ben Bella.
    Josette Audin.
    Michel Audin.
    Déclaration d’Emmanuel Macron sur Maurice Audin (13 septembre 2018).
    François Mitterrand et l'Algérie.
    Hervé Gourdel.
    Mohamed Boudiaf.
    Vidéo : dernières paroles de Boudiaf le 29 juin 1992.
    Rapport officiel sur l’assassinat de Boudiaf (texte intégral).
    Abdelaziz Bouteflika en 2009.

     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250701-sansal.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/boualem-sansal-toujours-condamne-261832

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/01/article-sr-20250701-sansal.html


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  • Pourquoi Aboubakar Cissé a-t-il été assassiné ?

  • Boualem Sansal, un nouveau capitaine Dreyfus ?

    « Je souhaite vivement qu’après ce jugement, il puisse y avoir des décisions claires, je dirais humaines et humanitaires par les plus hautes autorités algériennes, pour pouvoir lui redonner sa liberté et lui permettre de redevenir à la fois un homme libre et de se soigner parce qu’il combat aussi la maladie. Et je sais pouvoir compter sur à la fois le bon sens et l’humanité des autorités algériennes pour prendre une telle décision, en tout cas, je l’espère fortement. » (Emmanuel Macron, le 27 mars 2025 à l'Élysée).



     

     
     


    La réaction du Président de la République française Emmanuel Macron, interrogé lors de sa conférence de presse à l'issue de la rencontre de 31 pays sur l'Ukraine, a montré un entier soutien à son compatriote incarcéré à Alger depuis plus de quatre mois, mais également une élégante retenue diplomatique malgré le révoltant verdict.

    En effet, c'est dans la matinée, ce jeudi 27 mars 2025, que le tribunal correctionnel de Dar El Beida, à Alger, a notifié à l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal sa condamnation à cinq ans de prison ferme et environ 3 500 euros d'amende pour atteinte à l'intégrité du territoire. Il n'a pourtant pas utilisé de char d'assaut, ni d'autres armes, mais seulement de mots.

    C'est une véritable honte pour l'Algérie et pour la raison ! Boualem Sansal a 75 ans et est très malade, il n'est pas soigné depuis qu'il a été arrêté le 16 novembre 2024 à Alger par la police algérienne et a besoin d'un traitement médical (il a un cancer et selon les autorités algériennes, l'écrivain aurait été médicalement pris en charge). Il a été placé sous mandat de dépôt le 26 novembre 2024 en vertu de l'article 87 bis du code pénal algérien pour atteintes à la sûreté de l'État (rien que cela !). Son avocat n'a toujours pas reçu de visa pour pouvoir le défendre dans un pseudo-procès qui a commencé le 13 mars 2025.

     

     
     


    Que lui reproche-t-on ? Des propos, simplement des propos qui, selon lui, relèvent seulement de la liberté d'expression. On lui a reproché ses propos livrés au média "Frontières" (supposé d'extrême droite) : « Quand la France a colonisé l'Algérie, toute la partie ouest de l'Algérie faisait partie du Maroc : Tlemcen, Oran et même jusqu'à Mascara. Toute cette région faisait partie du royaume. ». Faute d'avocat, c'est lui-même, avec le talent qu'on lui connaît, qui s'est défendu.
     

     
     


    Le 11 décembre 2024, la chambre d'accusation a rejeté une demande de liberté. Le 20 mars 2025, le parquet a fait un réquisitoire impitoyable contre l'écrivain, réclamant dix ans de prison ferme et près de 6 900 euros d'amende (je rappelle qu'il est très malade et a 75 ans).
     

     
     


    Le 25 mars 2025 à Paris s'est tenue une grande manifestation de soutien à Boualem Sansal avant l'énoncé du jugement, à laquelle ont participé de nombreuses personnalités, notamment Gérard Larcher, Yaël Braun-Pivet, Gabriel Attal, Alain Finkielkraut, Élisabeth Badinter, etc. Un des comités de soutien qui avait organisé ce grand rassemblement de soutien expliquait la veille, dans un communiqué : « Il appartient à toutes et à tous, citoyens engagés, militants des droits humains, amoureux de la liberté et acteurs culturels, de contrarier ce funeste dessein (…). Il est devenu, bien malgré lui, l’otage de cette relation devenue tourmentée entre Paris et Alger. ».

    Il faut rappeler que Boualem Sansal a aussi la nationalité française et son incarcération est donc aussi un problème français. Le Président Emmanuel Macron a donc vivement réagi à l'annonce du jugement et a voulu croire à une résolution du problème par une démarche du Président algérien Abdelmadjib Tebboune.
     

     
     


    Depuis l'annonce du soutien de la France au Maroc sur le Sahara occidental, le 31 juillet 2024, l'Algérie se livre à une guerre psychologique contre la France, en multipliant les polémiques, dont la principale est le refus d'accueillir des personnes algériennes ou franco-algériennes qui ont été condamnées en France et expulsées de France, sous OQTF (obligation de quitter le territoire français), ce qui a mis en première ligne le Ministre d'État, Ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau qui n'est pourtant pas aux Affaires étrangères.

    Guerre de déclarations aussi, avec le Président algérien qui a considéré le 29 décembre 2024 que Boualem Sansal était un « imposteur envoyé par la France ». Le Parlement Européen a voté le 23 janvier 2025 une résolution avec une large majorité pour demander la libération immédiate de l'écrivain (les élus insoumis, révélant leur hideux visage, ont voté contre cette résolution ou se sont abstenus pour dénoncer la tentative de récupération politique de l'arrestation de Boualem Sansal).


     

     
     


    Emmanuel Macron n'a jamais voulu envenimé la situation et a toujours voulu séparer le sort de Boualem Sansal, qui relève du droit humanitaire, du dossier des personnes algériennes expulsées de France et refusées par le gouvernement algérien malgré les accords entre Paris et Alger. Le Président français ainsi que le Ministre de l'Europe et des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot sont donc devenus les interlocuteurs privilégiés des autorités algériennes.

    L'emprisonnement de Boualem Sansal, désormais justifié par un procès bâclé, sans droit à la défense, sans public, est un scandale humanitaire, une injustice flagrante et un attentat contre la raison. Il est l'otage politique d'un pouvoir antifrançais incapable de gérer correctement ses relations internationales. Au lieu de s'en prendre à l'Europe le 14 février 2025 à Munich, le Vice-Président américain J. D. Vance aurait été mieux inspiré en critiquant la conception de la liberté d'expression en Algérie.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (27 mars 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Boualem Sansal, un nouveau capitaine Dreyfus ?
    Boualem Sansal.
    Le massacre d’Oran, 60 ans plus tard…
    José Gonzalez.
    Reconnaissance par Emmanuel Macron le 26 janvier 2022 de deux massacres commis en 1962 en Algérie (Alger et Oran).
    Pierre Vidal-Naquet.
    Jean Lacouture.
    Edmond Michelet.
    Jacques Soustelle.
    Albert Camus.
    Abdelaziz Bouteflika en 2021.
    Le fantôme d’El Mouradia.
    Louis Joxe et les Harkis.
    Chadli Bendjedid.
    Disparition de Chadli Benjedid.
    Hocine Aït Ahmed.
    Ahmed Ben Bella.
    Josette Audin.
    Michel Audin.
    Déclaration d’Emmanuel Macron sur Maurice Audin (13 septembre 2018).
    François Mitterrand et l'Algérie.
    Hervé Gourdel.
    Mohamed Boudiaf.
    Vidéo : dernières paroles de Boudiaf le 29 juin 1992.
    Rapport officiel sur l’assassinat de Boudiaf (texte intégral).
    Abdelaziz Bouteflika en 2009.


     

     
     





    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250327-sansal.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/boualem-sansal-un-nouveau-260146

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/03/27/article-sr-20250327-sansal.html


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  • Majid Kavousifar, l'exécuté souriant

    « Oh ! Pour faire, Seigneur, un seul de tes sourires,
    Combien faut-il donc de nos pleurs ? »
    (Stéphane Mallarmé).




     

     
     


    En 2018, la journaliste Ariane Angeloglou, auteure notamment de "À l'horizon de l'Autre", évoquait le sourire en ces termes : « Un sourire est un brin d'amour déposé sur les lèvres. ». Il y a quelques jours, ce brin d'amour s'est observé dans un contexte absolument terrible et contraire à tout ce qu'on peut imaginer comme environnement pour sourire : la mort ! La mort épouvantable.

    C'est même le pire contexte qu'un homme peut vivre : quelques secondes avant son exécution par pendaison. Cela s'est passé en Iran et la personne qui a souri d'un sourire rayonnant d'une incroyable sérénité s'appelle Majid Kavousifar. Il mériterait de faire partie du Panthéon de l'humanité. Que son sourire ne soit pas vain !

    Notre attitude face à la mort peut être multiple, évolutif et surtout très diversifié avec différentes émotions, la peur de l'inconnu, la tristesse pour soi mais aussi pour ses proches, et ici, la colère car le régime tyrannique de mollah pend à tour de bras, pour un oui ou pour un non, sous prétexte d'être un résistant à la théocratie immonde.


    L'avocate résistante iranienne Nioh Berg a ainsi retransmis cette photo d'un sourire si fort ce dimanche 19 janvier 2025 sur Twitter avec ces mots : « Nous sourions face aux juges pendus. Nous sourions face à la mort. Nous sommes le véritable Iran. ». Elle finit avec ces mots : « Des rues et des statues iraniennes porteront le nom de Majid Kavousifar. ».
     

     
     


    Ce sourire, ce n'était pas un sourire de défi face aux bourreaux des mollahs. Ce n'était pas une sorte de pirouette pour effacer l'idée de la mort imminente. Ce n'était pas de ces faux sourires qui font grincer les dents, ironiques et hypocrites. C'était un sourire sincère, spontané, libre. C'était un sourire de défi face à sa propre mort. Un défi de sérénité. Et il avait une raison, une raison horrible.

    La petite fille du supplicié était présente. Majid Kavousifar souriait à sa petite fille qui était là, devant lui, à le voir bientôt pendu. Il y a un véritable côté glauque de ce régime de pourriture, une hyperviolence glauque, de permettre aux petites filles de voir exécuter leur papa courageux. C'est cette saleté idéologique de l'horreur de cette mollarchie qui veut terroriser le peuple iranien afin qu'il ne se rebelle pas alors qu'après presque quarante-cinq ans de révolution islamique, soit quasiment deux générations. Il est temps de permettre aux Iraniens de voir l'avenir dans un environnement progressiste, démocratique et moderne.

    Nioh Berg notait : « Il voulait qu'elle, l'amour de sa vie, grandisse courageuse comme une lionne. Sans peur. ». Le dernier regard du père. Mais aussi le dernier regard de la fille sur son père. Quelle misère politique et quelle grandeur d'âme ! Que son souvenir soit à jamais entretenu dans nos mémoires d'humains libres et chanceux, privilégiés !



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (19 janvier 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Majid Kavousifar.
    Varisha Moradi.
    Aïnaz Karimi.
    Arezou Khavari.
    Ahou Daryaei.
    Ebrahim Raïssi.
    Khosro Besharat.
    Mobilisons-nous pour Toomaj Salehi !
    Fatwa de mort contre Salman Rushdie.
    Alireza Akbari.
    Mehran Karimi Nasseri.
    Claude Malhuret contre la mollarchie.
    Mahsa Amini, les femmes iraniennes, leur liberté et Claude Malhuret.
    Révolution : du rêve républicain à l’enfer théocratique de Bani Sadr.
    L'Iran de Bani Sadr.
    De quoi fouetter un Shah (18 février 2009).
    N’oubliez pas le Guide (20 février 2009).
    Incompréhensions américaines (1) et (2).
    Émission de France 3 "L’Iran et l’Occident" (17-18 février 2009).
    Session de septembre 2006 à l’ONU : Bush, Ahmadinejad, Chirac.
    Dennis Ross et les Iraniens.
    Un émissaire français à Téhéran.
    Gérard Araud.
    Stanislas de Laboulaye.
    Des opposants exécutés par pendaison en Iran.
    Expulsion de Vakili Rad, assassin de Chapour Bakhtiar, dernier Premier Ministre du Shah d'Iran, par Brice Hortefeux à la suite du retour de l'étudiante Clotilde Reiss.
    Mort de l'ancien Premier Ministre iranien Mohammad Reza Mahdavi-Kani à 83 ans le 21 octobre 2014.

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250119-majid-kavousifar.html

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/01/19/article-sr-20250119-majid-kavousifar.html




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  • Une triste pensée pour Aïnaz Karimi

    « Moralement, nous n'étions pas à notre aise. Trop de fantômes, par-ci, par-là. » (Céline, 1932).


     

     
     


    Le vendredi 8 novembre 2024, j'ai appris une nouvelle tragédie en République islamique d'Iran. Encore une fois, une jeune adolescente de 17 ans a perdu la vie pour des stupidités de mœurs supposées islamiques.

    Aïnaz Karimi était une lycéenne près de Kazeroun, en Iran (entre Chiraz et Bouchehr). Elle a été harcelée pendant plusieurs semaines par les autorités de son lycée en raison de son habillement et de son comportement. Selon le proviseur de son lycée, « elle ne respectait pas les codes islamiques et mettait du vernis à ongles ».

    À bout de souffle, Aïnaz s'est suicidée. Elle fait partie des nombreuses victimes femmes de la dictature des mollahs qui veut empaqueter les femmes, les mettre dans de vilains sacs à patate noirs car sans cela, si on suivait cette logique, ces hommes seraient incapables de résister à leur sex-appeal.

    Quatre jours auparavant, c'était
    Arezou Khavari qui a sauté du haut d'un immeuble de six étages près de Téhéran après avoir été menacée d'exclusion parce qu'elle avait simplement dansé dans un bus en jeans sans avoir porté de hijab lors d'une sortie scolaire.

    Ce pays, l'Iran, est devenu complètement délirant. Une loi anti-femmes qui menace et tue les femmes qui n'auraient pas choisi l'épouvantable uniforme. Ce régime ne vaut pas mieux que le régime nazi qui imposait aux Juifs de coudre une étoile de David sur leurs vêtements. C'est tellement délirant qu'une étudiante en doctorat,
    Ahou Daryaei, s'est déshabillée après avoir été harcelée sur sa tenue (elle portait mal son hijab, je reparlerai d'elle qui a eu les faveurs d'un buzz mondial).

    Rappelons aussi les dernières statistiques, et elles ne tiennent pas compte de ces terribles suicides : au mois d'octobre 2024, 166 personnes ont été pendues par la justice expéditive des mollahs. C'est un record. Jamais dans ce pays on a autant tué, et tué pour des raisons rétrogrades, des raisons absurdes.

     

     
     


    Dans les années 1970, l'Iran était un pays moderne, riche, ouvert, au tourisme fleurissant. Les jeunes femmes étaient libres de porter les vêtements qu'elles voulaient, à la mode ou pas, jusqu'aux jupes courtes comme c'était à la mode à l'époque. Ce qu'on imagine mal, c'est que l'éloignement dans le passé ou l'éloignement géographique de ces absurdités n'empêchent pas forcément qu'un jour, en France, en Europe, en supposé Occident à la définition très ambiguë, on puisse vivre ou revivre ce genre d'enfer. Les jeunes femmes qui vivaient en Iran dans les années 1970 n'auraient jamais imaginé ce que leur pays deviendrait cinquante années plus tard, aux mains d'une bande de fanatiques machistes et cruels.

    Au moment où toutes les communes de France commémorent
    l'Armistice du 11 novembre 1918, dans chaque ville et village de France, où les enfants du pays ont donné leur vie, on retrouve à deux heures d'avion, en Ukraine, le même enfer du front que dans la Marne pendant la Première Guerre mondiale. Ce qui se passe en Ukraine nous concerne, tout comme ce qui se passe en Iran nous concerne. Rien ne nous protège d'un enfer qu'il faut pourtant absolument éviter, sinon prendre conscience des dangers qui guettent l'humanité dans son universalisme et avoir l'impérieuse nécessité d'être en capacité de nous défendre, le cas échéant. Que cet énième drame iranien, avec Aïnaz Karimi, puisse nous faire prendre conscience, nous, bien confortablement en paix, que celle-ci est très précaire et qu'il y a un devoir de solidarité envers les peuples qui en ont besoin, ceux qui sont opprimés pour des raisons de secte.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (09 novembre 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Varisha Moradi.
    Aïnaz Karimi.
    Arezou Khavari.
    Ahou Daryaei.
    Ebrahim Raïssi.
    Khosro Besharat.
    Mobilisons-nous pour Toomaj Salehi !
    Fatwa de mort contre Salman Rushdie.
    Alireza Akbari.
    Mehran Karimi Nasseri.
    Claude Malhuret contre la mollarchie.
    Mahsa Amini, les femmes iraniennes, leur liberté et Claude Malhuret.
    Révolution : du rêve républicain à l’enfer théocratique de Bani Sadr.
    L'Iran de Bani Sadr.
    De quoi fouetter un Shah (18 février 2009).
    N’oubliez pas le Guide (20 février 2009).
    Incompréhensions américaines (1) et (2).
    Émission de France 3 "L’Iran et l’Occident" (17-18 février 2009).
    Session de septembre 2006 à l’ONU : Bush, Ahmadinejad, Chirac.
    Dennis Ross et les Iraniens.
    Un émissaire français à Téhéran.
    Gérard Araud.
    Stanislas de Laboulaye.
    Des opposants exécutés par pendaison en Iran.
    Expulsion de Vakili Rad, assassin de Chapour Bakhtiar, dernier Premier Ministre du Shah d'Iran, par Brice Hortefeux à la suite du retour de l'étudiante Clotilde Reiss.
    Mort de l'ancien Premier Ministre iranien Mohammad Reza Mahdavi-Kani à 83 ans le 21 octobre 2014.

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20241108-ainaz-karimi.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/une-triste-pensee-pour-ainaz-257602

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/11/10/article-sr-20241108-ainaz-karimi.html


     

  • Libérez Boualem Sansal !

    « Il faut en finir avec ces bêtes immondes, avec ces barbares des temps obscurs, ces porteurs de ténèbres, oublier les serments pleins d'orgueil et de morgue qu'ils ont réussi à nous extorquer au sortir de ces années de guerre. La lumière n'est pas avec eux et les lendemains ne chantent jamais que pour les hommes libres. » (Boualem Sansal, le 25 août 1999).


     

     
     


    C'est le journal "Marianne" qui a donné l'alerte dans son édition du 21 novembre 2024 : l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal aurait "disparu" lorsqu'il est rentré en Algérie le 16 novembre 2024. Il aurait été arrêté par la police algérienne à l'aéroport d'Alger pour "atteinte à l'unité nationale" et serait ainsi enfermé dans une prison algérienne. Selon ces journalistes, on reprocherait à Boualem Sansal ses propos tenus le 14 novembre 2024 (écouter la première vidéo ci-dessous) : « Quand la France a colonisé l'Algérie, toute la partie ouest de l'Algérie faisait partie du Maroc : Tlemcen, Oran et même jusqu'à Mascara. Toute cette région faisait partie du royaume. ». Crime de lèse-mythe !

    Cette arrestation est d'autant plus scandaleuse que l'écrivain vient d'avoir 75 ans le mois dernier. Rappelons très rapidement qui il est : après de brillantes études et un doctorat en économie, Boualem Sansal a travaillé comme haut fonctionnaire de son pays ainsi qu'un universitaire, et il est devenu un romancier à succès à partir du 25 août 1999 avec la sortie de son premier roman "Le Serment des barbares" (éd. Gallimard), début d'une longue série d'ouvrages qui ont reçu de très nombreuses récompenses (dont le Grand Prix du roman de l'Académie française en 2015). Parmi ses livres (une quarantaine dont certains en coécriture, notamment avec Philippe Val), on peut notamment citer quatre romans, "Le Village de l'Allemand ou Le Journal des frères Schiller" (éd. Gallimard, 3 janvier 2008), où il fait l'analogie entre islamisme et nazisme, "2084 : la fin du monde" (éd. Gallimard, 20 août 2015), "Le Train d'Erlingen ou La Métamorphose de Dieu" (éd. Gallimard, juin 2018), "Vivre : le compte à rebours" (éd. Gallimard, 2024), ainsi qu'un essai, "Le français, parlons-en !" (éd. du Cerf, 2024).

    Homme terriblement libre, le George Orwell algérien, Boualem Sansal ne mâche jamais ses mots et est très franc, ce qui fait qu'il ne se fait pas que des amis (la preuve avec son arrestation). Il affirmait notamment, le 23 octobre 2018 sur France Culture : « Pour les bien-pensants, critiquer l'islamisme, c'est critiquer l'islam. ». Il a sorti "2084" quelques mois après la sortie de "Soumission", le roman de Michel Houellebecq qui, finalement, évoque la même chose : l'arrivée au pouvoir des islamistes.

     
     


    Cela a fait de lui un intellectuel solide et surtout indépendant, ce qui est finalement assez rare aujourd'hui. Il n'est pas à l'abri de déclencher des polémiques, comme lorsqu'il défendait le 25 décembre 2023 la présomption d'innocence de Gérard Depardieu (ce qui, d'ailleurs, me paraissait sage). Amoureux de la langue française (il n'écrit que dans cette langue), l'écrivain algérien a obtenu la nationalité française cette année, en 2024, afin de s'installer en France où sa femme (ancienne professeure de mathématiques à Boumerdès), très malade, est hospitalisée.

    Le pessimisme de l'auteur franco-algérien paraît très fort lorsqu'il a lâché, le 4 septembre 2015, envisageant une dictature mondialisée des islamistes : « Dans cinquante ans, il n'y aura plus de pétrole et le problème de la répartition des richesses sera encore accru. Il faudra mettre en place un système encore plus coercitif. Une dictature planétaire, non plus laïque mais religieuse, pourrait alors se substituer au système actuel qui devient trop compliqué à cause de la raréfaction des ressources. ».

    C'est un grand intellectuel qui a beaucoup d'influence parce qu'ils sont peu nombreux, en Algérie (et en France), à critiquer autant le pouvoir autocratique algérien. Boualem Sansal est un athée qui s'attaque principalement à l'islamisme, mais aussi aux mythes d'une Algérie qui, selon lui, n'a historiquement jamais vraiment existé. Il adore la France, mais, semble-t-il, la France d'il y a cinquante ans, et il regrette la dilution de l'identité française dans l'idée européenne et plus généralement dans un "Occident" uniformisé : « J'étais partout et nulle part, tout se ressemble, le tsunami de la mondialisation a gommé nos héritages, effacé nos traits intimes, on ne reconnaît ni les siens ni les autres. » ("Le Village de l'Allemand").

    Le vrai scandale est que Boualem Sansal est désormais en prison pour avoir prononcé quelques phrases auxquelles le pouvoir algérien s'opposerait, comme si le débat des idées devait se faire en prison et pas dans les médias. Un scandale annexe en France est que les milieux politico-médiatiques de gauche ont généralement du mal à s'émouvoir de cette arrestation arbitraire sous prétexte qu'il ne développerait pas des idées "conformes" à leurs vues.

    Personnellement, j'apprécie la position de Boualem Sansal sur l'islamisme et le risque d'une islamisation en France (ce qui le classerait faussement dans le camp de l'extrême droite alors que la menace islamiste n'est plus à prouver depuis l'assassinat d'enfants en bas âge juifs en mars 2012). En revanche, je ne suis pas du tout d'accord avec son déclinisme nostalgique de la France et des critiques qu'il émet contre Emmanuel Macron, que je trouve injustes car certaines évolutions de la France ne sont évidemment pas de son fait (loin de là) et même parfois il tente de s'y opposer (c'est d'ailleurs à se demander si cet antimacronisme primaire n'était pas une commande de la revue supposée s'appeler "Front populaire", tant les idées exprimées dans son interview d'octobre 2024 me paraissaient très simplistes alors qu'en même temps, il a une réflexion solide sur d'autres sujets). Du reste, j'espère très vivement que le Président de la République Emmanuel Macron, autrement que par un tweet, prendra des mesures diplomatiques pour réclamer efficacement la libération immédiate de Boualem Sansal.

     
     


    Je propose ici, par deux voies, de l'écouter (je propose six vidéos en fin d'article où il a le temps de développer ses idées) et de le lire pour comprendre la pensée qu'il exprime, au moyen de quelques extraits sur des sujets importants.

    Sur le mythe fondateur de l'Algérie : « Je suis un iconoclaste qui dénonce les mensonges de la guerre de libération. J'ose toucher à un mythe fondateur, mais un mythe est fait pour être discuté. L'Algérie a été construite par la France dont elle porte les valeurs du XIXe. Alger est une ville squattée. Ils sont loin d'avoir trouvé les clés. Aujourd'hui, elle tourne le dos à la Méditerranée en regardant vers l'Iran et les pays arabes. Chez nous [en Algérie], les politiques s'expriment comme des imams ténébreux. La France est le centre du monde par son immense culture et sa liberté. C'est le pays de l'équilibre par excellence. La liberté est une notion riche et profonde en Occident. Ici, en guise de liberté, c'est le foutoir, l'apostrophe, l'insulte et la bagarre de rues. » ("Le Serment des barbares", 1999).

     
     


    Sur le pouvoir politique en Algérie : « Reconstituer un monde disparu est toujours à la fois une façon de l'idéaliser et une façon de le détruire une deuxième fois puisque nous le sortons de son contexte pour le planter dans un autre et ainsi nous le figeons dans l'immobilité et le silence ou nous lui faisons dire et faire ce qu'il n'a peut-être ni dit ni fait. Le visiter dans ces conditions, c'est comme regarder le cadavre d'un homme. » ("2084 : la fin du monde", 2015).

    Sur Abdelaziz Bouteflika : « Bouteflika est un autocrate de la pire espèce (…). C'est pourtant lui que les grandes démocraties occidentales soutiennent et à leur tête la France de Sarkozy. (…) Je pense souvent à l'exil mais où, chez Bush, chez Sarkozy ? Remplacer un malheur par un autre n'est pas ce qu'on peut appeler une bonne décision. » (le 13 mars 2008, interview à Rue89).

    Sur la colonisation française : « Comme 80% des Algériens [je suis nostalgique de la présence française]. Ce qui ne veut pas dire que nous sommes nostalgiques de la colonisation. Mais au temps de la présence française, l'Algérie était un beau pays, bien administré, plus sûr, même si de criantes inégalités existaient. Beaucoup d'Algériens regrettent le départ des pieds-noirs. S'ils étaient restés, nous aurions peut-être évité cette tragédie. » (le 18 septembre 1999, interview dans "Le Figaro").

    Sur l'islam : « L'islam (…) se situe par essence dans le champ politique. Le prophète Mahomet est un chef d'État et un chef de guerre qui a utilisé sa religion à des fins tactiques et politiques. Par ailleurs, les textes eux-mêmes ont une dimension totalitaire puisque la charia (loi islamique), qui se fonde sur les textes sacrés de l'islam que sont le Coran, les hadiths et la Sunna, légifère sur absolument tous les aspects de la vie. » (le 4 septembre 2015, interview dans "Le Figaro").

    Sur l'islamisme en France : « [Les Algériens sont] inquiets parce qu’ils constatent jour après jour, mois après mois, année après année, que la France ne sait toujours pas se déterminer par rapport à l’islamisme : est-ce du lard, est-ce du mouton, est-ce de la religion, est-ce de l’hérésie ? Nommer ces choses, elle ne sait pas, c’est un souci. Pendant ce temps, le boa constrictor islamiste a largement eu le temps de bien s’entortiller, il va tout bientôt l’étouffer pour de bon. » (le 13 décembre 2016, interview à la Fondation Varenne).

    Une année auparavant, il disait déjà : « L'islamisation est en marche et connaît une accélération notable. Chacun peut l'observer. Aujourd'hui, l'islamisation est l'affaire de professionnels de la prédication, de la manipulation et des médias, dont Internet. Elle a des buts politiques offensifs. La masse critique qui déclenchera la réaction en chaîne n'est pas loin d'être atteinte. Elle posera d'énormes et insolubles problèmes en Europe. » (le 15 janvier 2015, interview à "Valeurs Actuelles").

    Dans "Le Village de l'Allemand" : « Arrêter l'islamisme, c'est comme vouloir attraper le vent. Il faut autre chose qu'un panier percé ou une bande de rigolos comme nous. Savoir ne suffit pas. Comprendre ne suffit pas. La volonté ne suffit pas. Il nous manque une chose que les islamistes ont en excès et que nous n'avons pas, pas un gramme : la détermination. » (2015). Dans le même livre : « Il a compris que l’islamisme et le nazisme, c’était du pareil au même. Il a voulu voir ce qui nous attendait si on laissait faire comme on a laissé faire en Allemagne, à Kaboul et en Algérie où les charniers islamistes ne se comptent plus, comme on laisse faire chez nous, en France où les gestapos islamistes ne se comptent plus. ». Ou encore, pour être encore plus clair : « Hitler était le führer de l’Allemagne, une sorte de grand imam en casquette et blouson noir. En arrivant au pouvoir, il a apporté avec lui une nouvelle religion, le nazisme. Tous les Allemands portaient au cou la croix gammée, le truc qui voulait dire : Je suis nazi, je crois en Hitler, je vis par lui et pour lui. ».

    Dans "Le Train d'Erlingen" : « Oui, l'Europe a peur de l'islamisme, elle est prête à tout lui céder. (…) La réalité en boucle n'a pas d'effet sur les gens, en apparence du moins. On l'a vu en Algérie durant la décennie noire : les gens qui, au début, s'émouvaient pour une victime du terrorisme ont fini après quelques mois de carnage par ne ressentir d'émotion que lorsque le nombre des victimes par jour dépassait la centaine, et encore devaient-elles avoir été tuées d'une manière particulièrement horrible. Terrible résultat : plus les islamistes gagnaient de terrain et redoublaient de cruauté, moins les gens réagissaient. L'info tue l'info, l'habitude est un sédatif puissant et la terreur, un paralysant violent. » (2018).


    Sur la langue arabe : « L'Université (…), elle enseigne en arabe, ce qui se conçoit, à des étudiants qui ne pratiquent que leur langue et c'est marre [ça suffit !] : l'algérien, un sabir fait de tamazight, d'un arabe venu d'ailleurs, d'un turc médiéval, d'un français XIXe et d'un soupçon d'anglais new-age. » ("Le Serment des barbares", 1999).



    1. Le 14 novembre 2024 ("Atelier de la langue française")






    2. Le 8 octobre 2024 ("Front populaire")






    3. Le 2 octobre 2024 ("Frontières")






    4. Le 1er juillet 2023 ("Le Figaro")






    5. Le 13 juin 2019 (Montpellier)





    6. Le 12 octobre 2018 ("Dialogues")






    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (25 novembre 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Boualem Sansal.
    Le massacre d’Oran, 60 ans plus tard…
    José Gonzalez.
    Reconnaissance par Emmanuel Macron le 26 janvier 2022 de deux massacres commis en 1962 en Algérie (Alger et Oran).
    Pierre Vidal-Naquet.
    Jean Lacouture.
    Edmond Michelet.
    Jacques Soustelle.
    Albert Camus.
    Abdelaziz Bouteflika en 2021.
    Le fantôme d’El Mouradia.
    Louis Joxe et les Harkis.
    Chadli Bendjedid.
    Disparition de Chadli Benjedid.
    Hocine Aït Ahmed.
    Ahmed Ben Bella.
    Josette Audin.
    Michel Audin.
    Déclaration d’Emmanuel Macron sur Maurice Audin (13 septembre 2018).
    François Mitterrand et l'Algérie.
    Hervé Gourdel.
    Mohamed Boudiaf.
    Vidéo : dernières paroles de Boudiaf le 29 juin 1992.
    Rapport officiel sur l’assassinat de Boudiaf (texte intégral).
    Abdelaziz Bouteflika en 2009.

     
     



    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20241121-boualem-sansal.html

    https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/liberez-boualem-sansal-257780

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/11/23/article-sr-20241121-boualem-sansal.html



     

  • Il faut sauver la soldate Varisha Moradi !

    « Regardez son regard. Celui d’une femme iranienne, forte, courageuse, défiant la tyrannie là où le monde a détourné les yeux. Un regard que le régime de Téhéran a décidé d’éteindre, un matin, à l’heure de leur prière. Ils vont l’exécuter. (…) Sous la terreur, une autre voix s’éteint. Une autre flamme s’évanouit. Réveille-toi, monde. Ne laisse pas la bravoure mourir en silence. » (Maneli Mikhan, le 10 novembre 2024 sur Twitter).


     

     
     


    C'est avec stupeur mais sans illusion que ce dimanche 10 novembre 2024, les avocats et la famille de Varisha Moradi ont appris qu'elle a été condamnée à la peine de mort par la quinzième chambre du tribunal islamique révolutionnaire de Téhéran et qu'un ordre d'exécution a été donné.

    Le verdict a conclu un simulacre de procès qui s'est tenu en deux audiences le 16 juin 2024 et le 5 octobre 2024, au cours desquelles Varisha Moradi n'a pas pu exercer son droit à se défendre, ni ses avocats qui n'ont eu accès au dossier qu'à l'issue de la seconde audience pendant seulement quelques heures.

    Opposante déterminée de la dictature des mollahs, Varisha Moradi, qui est par ailleurs une prisonnière politique kurde (les Kurdes iraniens sont pourchassés dans leur pays), a été condamnée à mort officiellement pour "insurrection armée" (ou "rébellion armée") [baghi]. Elle est membre de la Société des femmes libres du Kurdistan oriental (KJAR). Elle avait été arrêtée le 1er août 2023 à Sanandaj, la capitale la province iranienne du Kurdistan (qui compte 850 000 habitants), par les agents du Ministère du Renseignement.

    Ce pseudo-procès a été mené par le président (depuis 2009) de cette chambre spéciale qui juge les affaires politiques les plus importantes, à savoir le tristement célèbre Abolqasem Salavati, connu pour utiliser la torture dans les instructions judiciaires afin d'obtenir les aveux des accusés, et pour les condamner à mort par dizaines (34 selon l'ONG "United for Iran"). Il a notamment condamné à mort et fait exécuter par pendaison Mohsen Shekari, une jeune personne de 23 ans qui aurait blessé un milicien en 2022 (le corps de Mohsen n'a jamais été rendu à la famille), il a aussi fait exécuter le 14 janvier 2023 le citoyen irano-britannique
    Alireza Akhbari malgré l'indignation de la communauté internationale.

    Selon des juristes, la condamnation à mort de Varisha est en contradiction avec l'acte d'accusation qui a fait référence à l'article 288 du code pénal islamique, qui prévoit une peine maximale de quinze d'emprisonnement. Mais Abolgasem Salavati a justifié la condamnation à mort par l'article 287 qui prévoit la peine de mort aux personnes convaincues de résistance armée contre la République islamique. Ces arguties juridiques paraissent bien anecdotiques lorsque le pouvoir en place veut éliminer ses opposants. En Iran, l'État de droit n'est qu'une vue très théorique de l'esprit, voire très théocratique.

     

     
     


    Enfermée à la prison d'Evin à Téhéran depuis le 14 août 2023, Varisha n'a plus le droit de revoir sa famille depuis le 6 mai 2024. Elle a fait une grève de la faim du 10 au 30 octobre 2024 pour protester contre la condamnation à mort et l'exécution d'autres prisonniers politiques en Iran et plus généralement dans le monde. En raison de son état de santé, elle a dû être hospitalisée une nuit à l'extérieur de la prison puis est retournée dans sa cellule au quartier d'isolement. Le 4 août 2024, Varisha avait déjà refusé de se présenter à l'audience de son procès pour protester contre la condamnation à mort prononcée contre Pakhshan Azizi et contre Sharifeh Mohammadi.

    En octobre 2024, Varisha a réussi à faire parvenir un message à la Radio Zamaneh (station privée qui émet en persan pour l'Iran depuis Amsterdam) : « Ne laissez pas les guerres extérieures éclipser la répression interne. Ma grève de la faim s’inscrit dans cet effort. Nous ne permettrons à aucun prix que les voix des combattants intérieurs qui se sont courageusement levés soient noyées par le bruit des guerres et des aventures vaines. ».

    Le Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI) a fermement condamné la condamnation à mort de Varisha Moradi et a appelé à une réaction majeure de la communauté internationale pour réclamer vivement sa libération.

    Oui, il faut sauver la soldate Varisha ! On peut croire que l'agitation médiatique est vaine face aux rouleaux-compresseurs des révolutionnaires islamiques, mais parfois, cela peut infléchir leurs décisions. Ainsi, après une vive protestation de la communauté internationale contre la condamnation à mort du chanteur populaire
    Toomaj Salehi le 24 avril 2024 pour "corruption sur Terre", le chanteur a vu sa peine annulée par la Cour suprême iranienne le 22 juin 2024 en attendant la révision de son procès. Cela signifie très clairement que la mobilisation internationale (notamment à Paris, Sidney, Toronto) a porté ses fruits et fait basculer certains juges dans le doute. Mobilisons-nous aussi pour sauver Varisha Moradi ! Elle est simplement accusée d'être Kurde et de vouloir être une femme libre. Toute action de soutien est donc la bienvenue et peut faire infléchir ces barbus misogynes.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (10 novembre 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Varisha Moradi.
    Aïnaz Karimi.
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    Mort de l'ancien Premier Ministre iranien Mohammad Reza Mahdavi-Kani à 83 ans le 21 octobre 2014.
     

     
     



    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20241110-varisha-moradi.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/il-faut-sauver-la-soldate-varisha-257637

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/11/12/article-sr-20241110-varisha-moradi.html




     

  • Arezou Khavari, nouvelle victime de la dictature du hijab

    « Aucune fille ne devrait avoir à choisir entre la liberté et la vie. Sa douleur fait écho aux cris silencieux de beaucoup ! » (Daughters of Persia, le 6 novembre 2024 sur Twitter).



     

     
     


    Tristesse malgré ce visage de joie et de victoire. Quand on est une adolescente, on vit avec ses rêves, ses insouciances, ses légèretés, mais aussi avec sa fragilité, sa sensibilité. Même quand on vit dans un pays au régime rétrograde, on vit sur la même planète de modernité que les autres. Les jeunes filles d'Iran ne sont pas différentes des jeunes filles de France, d'Europe et d'autres contrées qui ont beaucoup de chance de vivre en régime de liberté. Peut-être pas sans en avoir pris vraiment conscience. Hélas, il y a quelques tristes événements qui viennent rappeler cette chance de vivre en France de 2024 et pas en Iran de 2024. Arezou Khavari est bien, hélas, une nouvelle victime de la dictature du hijab. Ce régime terroriste, parce qu'il terrorise sa propre jeunesse, ses propres filles, qui veut cacher ses femmes parce qu'elles sont trop belles, est une honte à l'humanité, à la féminité, à l'universalité.

    Le 4 novembre 2024, Arezou Khavari est morte. Sa mort, on aurait pu l'éviter. Ce n'était pas une fatalité. Elle n'était pas malade, elle n'a pas eu d'accident, elle n'était pas victime de guerre. Mais elle était victime du régime islamique. À 16 ans, elle s'est suicidée du haut d'un immeuble de six étages, à Chahr-e-Rey, à 10 kilomètres au sud de Téhéran, la capitale de l'Iran. Sa mort vient juste après l'arrestation brutale et l'internement forcé de l'étudiante Ahou Daryaei (sur laquelle je reviendrai certainement).

    Arezou Khavari était une jeune fille scolarisée qui a participé avec ses camarades à une sortie scolaire. Elle et ses copines étaient habillées de pull, manteau et hijab. Elles ont tiré les rideaux du bus qui les transportaient, et ont enlevé leur manteau, ont fait la fête, ont dansé joyeusement, jusqu'à ce que la directrice adjointe de l'école ne soit intervenue pour réprimander cette légèreté. Arezou a été particulièrement blâmée parce qu'en plus de porter un jeans, elle ne portait pas de hijab.


    On l'a menacée d'exclusion de son établissement scolaire. La direction de l'école lui a montré une vidéo la montrant dansant sans hijab. Ses parents étaient convoqués le lendemain à l'école. On lui a dit que si elle ne venait pas avec ses parents le lendemain, elle serait exclue. Or, ce n'était pas la première menace. Elle était même harcelée par la police des mœurs parce qu'elle ne portait pas les vêtements réglementaires ("appropriés"). Cette menace d'exclusion était si forte que l'état psychologique et émotionnel d'Arezou en a été complètement bouleversé. Une fois rentrée dans l'établissement, elle a trouvé une excuse bidon pour le quitter toute seule et elle a disparu. Elle était allée en haut d'un immeuble chez un ami, et s'est jetée du sixième étage.
     

     
     


    Le père et le frère d'Arezou, sans nouvelle d'elle, se sont rendus à l'école en fin de journée et ses camarades ont cru qu'elle avait disparu. Ils ont hélas vite su qu'elle s'était suicidée. Le père ne comprend toujours pas comment sa fille a pu sortir de l'établissement sans avoir été arrêté par une autorité de l'école.

    Le père d'Arezou a en effet déclaré à Rokna News, un média local basé à Téhéran, que les autorités de l'école lui avaient dit qu'Arezou avait quitté les lieux sans autorisation. Il a porté plainte contre la direction pour négligence car l'école est dotée de caméras de surveillance et son départ des lieux aurait dû être observé. Le père a également ajouté, selon ce média : « L'année dernière, ils ont également essayé d'empêcher son inscription, en utilisant des excuses comme le fait d'avoir trop d'amies ou de laisser apparaître une partie de ses cheveux. ».

    Le père a aussi reproché à la direction de l'école son insensibilité après le drame car elle a refusé de présenter ses condoléances et a même refusé de venir en soutien psychologique à ses camarades complètement effondrées. Une source explique en effet : « Pas un seul message de condoléances n'a été posté dans le groupe virtuel de l'école. La directrice adjointe a évité de se présenter devant les élèves. Lorsque les élèves l'ont approchée une fois pour lui proposer des rendez-vous en guise de geste, elle leur a dit : "Ne demandez aucun de rendez-vous à personne". ».
     

     
     


    Ces harcèlements de jeunes femmes par la police des mœurs pour cause de violation du code vestimentaire sont très nombreux, et ont été intensifiés depuis l'assassinat de Masha Amini le 16 septembre 2022. J'avais cité le nombre de 551 femmes tuées par la police des mœurs en raison de l'obligation du port du hijab et autres sacs à patates noir qui devraient stupidement emballer toutes les femmes iraniennes. Il est probable que les suicides ne sont pas comptabilisés parmi les victimes, et pourtant, Arezou est bien une de ces victimes de ce régime débile.

    La preuve que cette police des mœurs est choquante, c'est qu'elle ne fait pas l'unanimité au plus haut niveau du régime. Le nouveau Président de la République islamique d'Iran Massoud Pezechkian (en fonction depuis le 28 juillet 2024) a promis, pendant sa campagne électorale, de mettre fin au "Projet des lumières", un projet déposé le 13 avril 2024 pour renforcer le déploiement de la police des mœurs dans la société iranienne afin d'imposer ces vêtements (uniformes) féminins. Mais le conseil des gardiens de la révolution a au contraire approuvé, en octobre 2024, ce projet sur le hijab et la chasteté, et le projet sera probablement adopté par le parlement dominé par les conservateurs. Des universités comme l'Université Al-Zahra à Téhéran ont déjà installé un système de reconnaissance faciale à leurs entrées pour garantir le respect des règles vestimentaires et réprimer le cas échéance tout écart. C'est cela, la modernité à la sauce rétrograde.


    Tel Cassandre, le journaliste Emmanuel Razavi, auteur du livre "La Face cachée des mollahs, le livre noir de la République islamique d'Iran" sorti le 23 janvier 2024 (éd. Cerf), a mis en garde sur Twitter ce mercredi 6 novembre 2024 : « Tous ceux qui ont commis des crimes contre l'humanité en Iran en répondront un jour devant une juridiction pénale internationale. Ceux qui les soutiennent en France, et qui se sont compromis en prenant l'argent des mollahs, auront aussi à rendre des comptes devant la justice française. Des avocats, des élus et des journalistes y veillent désormais. ».

    Oui, un jour ou l'autre, tous ces crimes contre l'humanité seront jugés et les responsables seront châtiés. Depuis plusieurs décennies, on connaît la fin des dictateurs et de leurs complices, et peu passent désormais au travers des mailles soit d'un lynchage populaire (regrettable), soit d'un procès par un tribunal national ou international pour les juger (préférable). Des avocats, des journalistes, des militants sont là, en vigiles quotidiens, pour instruire précisément chaque dossier à charge. Ce n'est pas la vengeance mais de la justice qui sera à l'œuvre. Ce n'est qu'une question de temps.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (06 novembre 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Arezou Khavari.
    Ahou Daryaei.
    Ebrahim Raïssi.
    Khosro Besharat.
    Mobilisons-nous pour Toomaj Salehi !
    Fatwa de mort contre Salman Rushdie.
    Alireza Akbari.
    Mehran Karimi Nasseri.
    Claude Malhuret contre la mollarchie.
    Mahsa Amini, les femmes iraniennes, leur liberté et Claude Malhuret.
    Révolution : du rêve républicain à l’enfer théocratique de Bani Sadr.
    L'Iran de Bani Sadr.
    De quoi fouetter un Shah (18 février 2009).
    N’oubliez pas le Guide (20 février 2009).
    Incompréhensions américaines (1) et (2).
    Émission de France 3 "L’Iran et l’Occident" (17-18 février 2009).
    Session de septembre 2006 à l’ONU : Bush, Ahmadinejad, Chirac.
    Dennis Ross et les Iraniens.
    Un émissaire français à Téhéran.
    Gérard Araud.
    Stanislas de Laboulaye.
    Des opposants exécutés par pendaison en Iran.
    Expulsion de Vakili Rad, assassin de Chapour Bakhtiar, dernier Premier Ministre du Shah d'Iran, par Brice Hortefeux à la suite du retour de l'étudiante Clotilde Reiss.
    Mort de l'ancien Premier Ministre iranien Mohammad Reza Mahdavi-Kani à 83 ans le 21 octobre 2014.
     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20241104-arezou-khavari.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/arezou-khavari-nouvelle-victime-de-257527

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/11/06/article-sr-20241104-arezou-khavari.html




     

  • Ahou Daryaei, mon héroïne dénudée !

    « Toute la jeunesse aboutit sur la plage glorieuse, au bord de l'eau, là où les femmes ont l'air d'être libres enfin, où elles sont si belles qu'elles n'ont même plus besoin du mensonge de nos rêves. » (Céline, 1932).




     

     
     


    Ne jamais oublier son nom : Ahou Daryaei. C'est ma nouvelle héroïne. Mon héroïne dénudée. L'adjectif est mal choisi. Je pourrais dire autrement, dévêtue, ou même, peut-être plus exactement, dévoilée, oui, c'est le terme, c'est le bon terme : mon héroïne dévoilée !

    Voici son histoire : elle a 30 ans (je crois) et est étudiante, elle prépare un doctorat en langue et littérature françaises dans la prestigieuse Université Azad de Téhéran, en Iran. Ce samedi 2 novembre 2024, elle a été arrêtée par la police des mœurs à Téhéran parce qu'elle portait mal le voile.

    Alors, elle a fait une chose extraordinaire. Je ne sais pas si c'était réfléchi, si c'était préparé, ou si c'était spontané, mais elle s'est déshabillée en pleine rue, devant le campus, et elle a marché seule courtement vêtue. Difficile de dire qu'elle était nue, elle portait ses sous-vêtements, ce qui est commun en public sur une plage ici, en Europe.

    Mais elle était en Iran, le pays qui déteste les femmes, ou dont les femmes sont tellement sexuellement irrésistibles qu'il faut absolument les cacher de la vue de ces messieurs à barbe incapables de se retenir. Ahou Daryaei a déambulé quelques minutes au milieu de la foule, seule dans la foule, aux côtés de dizaines de femmes voilées de la tête aux pieds d'un noir funèbre.
     

     
     


    Elle était seule dans la rue. On la regardait à peine, on n'osait même pas la regarder, de peur d'être complice. Ce pays est tellement répressif, on pend tellement souvent pour un oui ou pour un non, pour la simple expression d'une opinion, qu'on imagine mal, en France, le pays dont le dénigrement de son gouvernement est un sport national, à quel point cela peut être dangereux.

    Son combat, reprenant celui de l'association Femme, Vie, Liberté, est simple, c'est celui de toutes les femmes iraniennes (et kurdes), celui d'être libres de porter les vêtements qu'elles veulent, comme c'était le cas avant la
    révolution islamique de février 1979 (dans les années 1970, on voyait les jeunes femmes iraniennes porter des jupes courtes à Téhéran et cela ne choquait personne).
     

     
     


    Selon Fadila Tatah : « Ahou Daryaei a été déshabillée par les gardiennes de la moralité car elle avait mal ajusté son hijab. Suite à cela, elle a enlevé son pantalon pour leur signifier qu’ils peuvent tout prendre. Les gardiens ont conservé ses vêtements. Elle a par la suite relevé la tête. (…) Infos supplémentaires : les gardiennes ont interpellé Ahou alors qu’elle sortait de ses cours. Elle a été agressée. ». Selon l'avocat Dehghani-Azar Hirbod qui a critiqué l'information donnée par France Info le 4 novembre 2024 : « Ce matin, je regrette le traitement de l’information concernant Ahou Daryaei. Cette jeune fille s’est faite agresser par les autorités pour des vêtements non conformes et ses vêtements ont été déchirés. C’est dans ce contexte qu’elle s’est dévêtue. Elle a été violemment arrêtée et emprisonnée. Cette femme courageuse qui résiste face l’apartheid sexuelle en Iran mérite plus de considération que le simple fait de préciser qu’elle a été arrêtée car elle était en sous-vêtements. ».
     

     
     


    Répétons et insistons : ce combat est courageux. Depuis la création de cette association, créée à la suite de l'assassinat d'une autre étudiante, Masha Amini, il y a deux ans, le 16 septembre 2022, 551 femmes ont été tuées par les autorités islamistes et des milliers d'autres arrêtées.

    Par cet acte courageux, Ahou Daryaei risque sa propre vie pour ce qui sera immanquablement considérée comme une provocation. Je crains pour son devenir. La police l'a arrêtée, l'aurait frappée, notamment à la tête, elle serait tombée au sol, beaucoup de sang aurait coulé. L'agence iranienne Fars a démentie cette information, sans pour autant donner des nouvelles rassurantes de l'étudiante. La France doit réclamer sa libération immédiate, et qu'elle soit soignée dans les meilleurs délais et dans les meilleures conditions. Qu'il ne lui arrive pas le sort de Masha Amini. Ni le sort d'
    Alexei Navalny. Qu'on arrête une fois pour toutes le massacre des femmes justes !
     

     
     


    Peut-être n'aurons-nous plus jamais aucune nouvelle d'elle, comme cet autre héros, ce simple citoyen de la Place Tiananmen, à Pékin, le 4 juin 1989 qui, portant alors un ou deux sacs de courses, s'est posté devant les chars communistes. L'homme a été exfiltré et j'ai cru comprendre qu'il avait eu la vie sauve (mais je me trompe peut-être).
     

     
     


    Imtiaz Mahmood a précisé le sort d'Ahou le 3 novembre 2024 : « Ahou Daryaei a été emmenée dans un établissement psychiatrique. Les universités iraniennes sont en grève lundi. Le courage est souvent le seul moyen de s'en sortir. Nous devons tous la soutenir. "Selon des sources étudiantes, la protestation de la femme a été déclenchée par le harcèlement de la sécurité de l’université concernant la politique du hijab. Amir Kabir Newsletter, une importante publication étudiante sur Telegram, a rapporté que l’étudiante avait été transférée dans un hôpital psychiatrique sur ordre de l’organisation de renseignement du CGRI. Cela a été confirmé par le journal Farhikhtegan, affilié à l’Université Azad, qui a déclaré qu’elle avait été admise dans un établissement de santé mentale. Le même jour, Amir Mahjoub, le directeur des relations publiques de l’Université islamique Azad, a publié une déclaration affirmant que la femme avait été envoyée dans un poste de police en raison d’une 'grave détresse psychologique', faisant écho aux déclarations des médias proches du CGRI selon lesquelles elle souffrait de problèmes de santé mentale. Les médias affiliés à l’État ont ensuite diffusé une vidéo d’un homme se présentant comme son mari, qui a affirmé qu’elle était mère de deux enfants et qu’elle souffrait de problèmes de santé mentale". Ce que la police des mœurs et le CGRI lui ont fait n’a servi à rien. Peut-être devraient-ils s’occuper eux-mêmes de leurs problèmes de santé mentale. Elle est plus courageuse que tous les m*rdeux de la police de la "moralité" réunis. Les femmes iraniennes ont plus de c*uilles que les hommes russes. Elle a des ovaires d’acier. Elle a peu de chances de ne pas être violée ou torturée. Elle ne sera pas assassinée. Si elle est assassinée, il y aura plus de tollé qu’en 2022. Que peut-il se passer ? Elle sera emprisonnée pendant des années, fouettée ou battue en public, expulsée de l’université, séparée de sa famille, persécutée et au chômage. J’espère que l’ONU interviendra immédiatement pour indiquer que personne ne doit lui faire de mal. Ce n’est pas une police de la moralité, c’est une police de l’immoralité ! Je ne peux pas imaginer l’enfer qu’elle va vivre après, et j’espère qu’un miracle se produira, aussi infime soit-il. C’est probablement la chose la plus courageuse que j’aie jamais vue quelqu’un faire depuis longtemps. Comme le type debout devant un char sur la place Tiananmen. ».
     

     
     


    Sur Twitter, Fadila Tatah a exprimé son émotion le même jour : « Seule son ombre l’a soutenue ! (…) Je l’ai ressentie tellement seule à porter son désespoir. J’ai vu des centaines de personnes passer devant elle alors qu’elle était à moitié nue. Son désespoir était tellement palpable que nul ne pouvait l’ignorer ; tous savaient que cette jeune iranienne allait être battue, sûrement assassinée, d’ailleurs j’ai appris qu’en effet elle a été battue et qu’une blessure à la tête pourrait lui être fatale. Alors pourquoi personne n’est allée la réconforter, voire la mettre à l’abri avant que la police ne vienne l’embarquer ? Sûrement la peur me direz-vous car les Iraniens sont désormais soumis à une violence effroyable que même leur solidarité ne peut malheureusement pas se manifester sans craindre d’être pendus, frappés, emprisonnés, ou violés, ou tout à la fois. J’ai aussi observé le monsieur qui a appelé la police car il venait d’attraper une proie de taille, j’ai vu en lui un monsieur qui se sentait investi d’un pouvoir jouissif où il avait un regard de vie ou de mort sur cette jeune fille. Il savait très bien quel sort lui était réservé, mais malgré cela, il continue à expliquer le crime grave, très grave même, qu’avait commis cette jeune étudiante. C’est bien lui le coupable, celui qui condamne à mort cette petite pour une histoire de bout de tissu. J’espère que ce monsieur qui est filmé ne mettra jamais les pieds en France. Agir de la sorte prouve que ce monsieur n’a pas une once d’humanité en lui. Ces monstres continuent de penser que ce bout de tissu est plus important que ce qui fait de nous des humains, notre compassion, notre empathie. Chère jeune étudiante iranienne, où que tu sois, morte ou vivante, sache que le monde entier se lève pour toi. À tout jamais dans nos cœurs. ».

    Le meilleur moyen de sauver Ahou Daryaei, c'est de faire parler d'elle, que son acte courageux, inouï, un acte qui pourrait être banal mais qui, dans ce pays d'horreurs quotidiennes, est devenu un exploit suicidaire, soit connu du monde entier pour la protéger elle, qu'elle soit un emblème de la résistance des femmes libres.

    On ne redira jamais assez que le féminisme, ce n'est pas avec des gauchistes, écologistes ou wokistes, bien confortables dans leur fauteuil, à hurler à la moindre saucisse cuite au barbecue, mais aussi à défendre le port du voile des femmes musulmanes, qu'il avance. Le féminisme avance avec de vraies résistantes dans un pays comme l'Iran, où des femmes, réellement opprimées par un régime hautement et cruellement machiste, cherchent à reprendre leur liberté, à reprendre le contrôle de leur vie, au péril de leur vie.
     

     
     


    Ce combat pour la liberté n'est pas la revendication d'une nudité, c'est la revendication de pouvoir ne plus être mises dans un sac à patates noir. C'est probablement la raison pour laquelle le dessin de Coco peut paraître très mal inspiré, justement en éliminant liberté au profit de nudité pour un jeu de mot parfois mal apprécié. Sur Twitter, un (ou une) internaute a réagi ainsi : « La question n’est justement pas la nudité, mais la liberté. Vous focaliser sur la nudité fait de la femme un objet sexuel, ce qui est soi-disant ce contre quoi vous vous battez avec vos copines féministes. Mais vous démontrez encore une fois que vous n’avez rien compris. ». Un autre a surenchéri : « Ahou Daryaei n’est pas une gaucho exhibitionniste. Elle n’a pas commis un geste obscène qui justifie une punition. ».
     

     
     


    Quant à Rachel Kahn, elle a dit sur Twitter le 3 novembre 2024 : « Cette femme, dans les rues de l’Iran, n’est pas nue ; elle n’a simplement besoin de rien pour revêtir les habits de la dignité, de la liberté, de la résistance. Elle est là, debout, silencieuse et immense. Elle ne crie pas. Elle incarne le courage et les valeurs dont nous nous sommes confortablement détournés pour éviter d’avoir à nous battre. Son regard, son silence sont des leçons, et nous avons désormais une dette envers elle, car elle connaît le prix de la liberté. Merci, Madame Ahou Daryaei, pour cette force qui éclaire notre lâcheté. ».

    Quelle que soit la manière de l'exprimer, même avec maladresse voire mauvais goût, l'important, c'est de parler d'elle, de soutenir Ahou Daryaei pour qu'elle soit épargnée, sauvée, qu'elle puisse être libérée, retrouver sa liberté, celle d'être une femme et de vivre comme elle l'entend. Pour Masih Alinejad invitée de LCI le 4 novembre 2024 : « Le hidjab, c’est comme le mur de Berlin. Si le hidjab tombe, la République islamique tombera. ». Soutenons toutes celles qui veulent faire tomber le hidjab !


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (04 novembre 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Ahou Daryaei.
    Ebrahim Raïssi.
    Khosro Besharat.
    Mobilisons-nous pour Toomaj Salehi !
    Fatwa de mort contre Salman Rushdie.
    Alireza Akbari.
    Mehran Karimi Nasseri.
    Claude Malhuret contre la mollarchie.
    Mahsa Amini, les femmes iraniennes, leur liberté et Claude Malhuret.
    Révolution : du rêve républicain à l’enfer théocratique de Bani Sadr.
    L'Iran de Bani Sadr.
    De quoi fouetter un Shah (18 février 2009).
    N’oubliez pas le Guide (20 février 2009).
    Incompréhensions américaines (1) et (2).
    Émission de France 3 "L’Iran et l’Occident" (17-18 février 2009).
    Session de septembre 2006 à l’ONU : Bush, Ahmadinejad, Chirac.
    Dennis Ross et les Iraniens.
    Un émissaire français à Téhéran.
    Gérard Araud.
    Stanislas de Laboulaye.
    Des opposants exécutés par pendaison en Iran.
    Expulsion de Vakili Rad, assassin de Chapour Bakhtiar, dernier Premier Ministre du Shah d'Iran, par Brice Hortefeux à la suite du retour de l'étudiante Clotilde Reiss.
    Mort de l'ancien Premier Ministre iranien Mohammad Reza Mahdavi-Kani à 83 ans le 21 octobre 2014.