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suicide

  • Olivier Marleix : hommages et complotisme

    « Stupéfaction et immense tristesse à l'annonce de la disparition brutale d'Olivier Marleix. On ne se rend jamais compte de la fragilité des êtres humains... » (François Bayrou, le 7 juillet 2025 sur Twitter).



     

     
     


    Face à un événement qu'on ne comprend pas, qui ne s'explique pas, parallèlement à la sidération, il y a le complotisme qui est une manière confortable de se réassurer que tout est sous contrôle sur cette Terre chaotique. Parmi ces événements incompréhensibles, il y a le suicide, d'autant plus s'il s'agit du suicide d'une personnalité qui paraissait forte, à l'aise, déterminée, solide. C'était le cas de l'ancien président du groupe LR à l'Assemblée Olivier Marleix, retrouvé sans vie à son domicile le lundi 7 juillet 2025, ce qui a plongé toute la classe politique, j'insiste, toute la classe politique, dans un état de sidération profond.

    Prenons un petit temps sur la pollution de cet événement, c'est-à-dire le complotisme. Autant dire les choses : c'est écœurant. Le cadavre est encore chaud que ces trolls (car ce sont des trolls sur Internet) salissent sa mémoire pour faire de la honteuse récupération politicienne contre le Président de la République Emmanuel Macron. Pensez donc un peu à la famille au lieu de pourrir, par votre indécence, le débat public ! Honte face à l'émotion unanime.

    Je m'y attarde un peu car certains refusent de comprendre qu'il est des actes qu'on ne peut pas expliquer, du moins publiquement, et le suicide en fait partie, c'est un geste extrême qui est d'une extrême intimité et qui ne regarde en fin de compte que les proches... et aussi la police.


    Du reste, ce jeudi 10 juillet 2025, le procureur de la République de Chartres a indiqué que l'autopsie qui a été faite à l'Institut médico-légal de Rouen a permis de confirmer « la thèse du suicide, sans signe de violences extérieures ou intérieures ». Il a ajouté : « Les constatations des médecins convergent vers un diagnostic fondé sur les conséquences d'une asphyxie causée par la pendaison. ». Et a précisé : « Le corps a été remis à disposition de la famille, qui va le rapatrier sur Dreux. ». Il n'y a donc aucun doute, Olivier Marleix n'est pas Robert Boulin.

    Cela n'empêche pas certains complotistes de se jeter sur son cadavre, quitte à faire aussi des amalgames avec d'autres décès, comme ceux de l'élue écologiste Michèle Rivasi (on se demande pourquoi), le professeur Luc Montagnier (qui était très âgé, 89 ans et demi), ou encore le général Jean-Louis Georgelin (qui, loin d'être un opposant politique, était au contraire un proche d'Emmanuel Macron au point de l'avoir nommé à la tête du projet de restauration de Notre-Dame de Paris après l'incendie, un projet auquel tenait énormément le Président de la République).

    Un exemple parmi d'autres, dès le lendemain de la mort d'Olivier Marleix, provenant d'un avocat poutinolâtre très connus des réseaux sociaux et qui assène : « Je ne sais rien des conditions de leur mort. Mais ce que je sais, c'est que ce pays commence vraiment à puer. ». En l'occurrence, le puant, dans cette affaire, c'est celui qui fait des insinuations vaseuses reposant sur RIEN, absolument RIEN, et il le concède d'ailleurs lui-même. J'ai flouté le nom des personnes car je n'ai rien contre les personnes en particulier (qui peuvent être autre chose que des complotistes de salon, du moins je l'espère), mais cela montre à quel point on est tombé dans une sorte de folie virtuelle de réalité alternative.

     

     
     


    Toutefois, lorsqu'on lit les réactions à ce tweet, on peut être rassuré car il y a une grande majorité qui reste saine d'esprit, et qui se contente d'ailleurs de lui dire tout simplement : « "Je ne sais rien des conditions de leur mort", et vous ne pouvez pas en conclure de vous taire ? ».
     

     
     


    Et pourquoi ne pas mettre aussi dans le même lot, la "drôle" de mort de l'humoriste français Bun Hay Mean, dit le Chinois marrant, qui a été retrouvé au bas de son immeuble du dix-septième arrondissement de Paris ce jeudi 10 juillet 2025, à l'âge de 43 ans, alors qu'il cherchait à récupérer son smartphone huit étages plus haut ? Comme il avait commencé sa carrière en 2014, il s'est forcément moqué d'Emmanuel Macron un jour ou l'autre. Encore une victime du pouvoir ?

    En fait, on pourrait faire un petit calcul simple : combien y a-t-il de Français décédés depuis mai 2017 ? Si je ne dis pas de bêtise, il y a environ 600 000 décès par an, hors crise sanitaire, ce qui fait (en très gros) dans les 5 millions (sur huit ans). Aujourd'hui, il y a environ 80% des personnes sondées qui expliquent qu'elles ne font pas confiance à Emmanuel Macron. On pourrait donc dire qu'il y a des centaines de milliers de personnes qui étaient des opposants résolus à Emmanuel Macron et qui sont mortes durant sa Présidence. De là à conclure que de supposés Tontons Macoutes macroniens auraient provoqué tous ces décès, je pense qu'il faut avoir le cerveau particulièrement givré pour un tel raisonnement.

    Mais revenons aux hommages, car ce que les complotistes du web n'ont pas compris, c'est que, malgré les clivages politiques, malgré les positions politiques très tranchées, Olivier Marleix a fait l'unanimité dans les hommages, dans toute la classe politique, et c'est un moment remarquable et rassurant sur l'esprit humain. Parfois, toute la classe politique est capable de se rassembler lors de moments difficiles, émouvants, sidérants.


    C'est sans doute le Premier Ministre François Bayrou, en bon humaniste, qui a eu les mots les plus appropriés, et même, le mot le plus approprié : l'être humain a des fragilités, aussi fort soit-il, et il faut savoir les percevoir. Il a participé ainsi aux deux hommages solennels qu'ont voulu faire les deux assemblées du Parlement.
     

     
     


    Ainsi, pour débuter la séance de 15 heures le mardi 8 juillet 2025, la Présidente de l'Assemblée Nationale Yaël Braun-Pivet a rendu hommage à Olivier Marleix de cette façon : « Hier après-midi, notre Assemblée Nationale s’est glacée de stupeur et de douleur lorsque nous avons appris la tragique disparition de notre collègue Olivier Marleix. Olivier Marleix était des nôtres. Il siégeait dans cet hémicycle depuis 2012. Il en était une figure familière, un collègue estimé, pour beaucoup un ami. Je peux en témoigner comme nombre d’entre vous sur ces bancs : Olivier Marleix incarnait le parlementaire dans la plus noble acception du terme. Il était à la fois un technicien rigoureux et méticuleux, un orateur pugnace et précis, un défenseur de nos institutions et un fidèle serviteur de l’intérêt général. Chacun ici le savait. Chacun ici le respectait. (…) Durant ces quinze années, Olivier Marleix fut un véritable pilier de la commission des lois. Il s’investit particulièrement dans la lutte contre la corruption et les conflits d’intérêts, en grand défenseur de la déontologie et de l’intégrité parlementaires. Le fil rouge de son engagement, ce fut peut-être son admiration, teintée de nostalgie, pour l’État gaullo-pompidolien. Fervent avocat de la souveraineté industrielle et énergétique de la France, il présida ainsi en 2018, avec une pugnacité que chacun lui reconnaît, la commission d’enquête sur les décisions de l’État en matière de politique industrielle. Enfin, tout au long de ses engagements, Olivier Marleix n’a jamais séparé la liberté des Français de leur sécurité. Sa toute première intervention dans cet hémicycle, le 6 novembre 2012, comme sa toute dernière, le 1er juillet dernier, portèrent justement sur la sécurité des Français. Olivier Marleix prenait encore la parole dans l’hémicycle mardi dernier. Il était alors comme nous l’avions toujours connu : précis, impliqué, respecté. Il devait siéger cet après-midi même sur les bancs de la commission, pour défendre la proposition de loi dont il était le rapporteur. ».
     

     
     


    Et de décrire ses grandes qualités : « Derrière le député engagé et investi, il y avait également l’homme unanimement apprécié. Les hommages d’hier en témoignent : ils sont venus de tous les bancs de l’hémicycle, démontrant qu’au-delà de nos différences politiques souvent radicales, nous appartenons à une seule et même grande famille, la famille parlementaire. Nous sommes très nombreux ici à pouvoir attester de la force de caractère d’Olivier Marleix, de sa stature morale. Oui, il fut un opposant résolu ; mais il fut toujours un opposant respectueux de nos institutions et des autres, exigeant et courtois, digne et élégant mais aussi pince-sans-rire, et nous sommes beaucoup à avoir fait l’expérience de son humour tranchant mais toujours pertinent. Je peux témoigner personnellement de ces qualités, pour avoir travaillé étroitement avec lui, sept années durant, au sein de la commission des lois puis en conférence des présidents. Homme de droite, il incarnait avant tout une droiture républicaine en vertu de laquelle il ne transigeait jamais avec ses convictions ; il plaçait l’intérêt général et notre institution au-dessus de tout. (…) Aujourd’hui, en cette heure de deuil, nos pensées attristées se tournent vers sa famille et ses proches. Qu’ils sachent que la représentation nationale tout entière partage leur peine et se tient à leurs côtés. ».
     

     
     


    Actuel président du groupe LR à l'Assemblée et successeur, donc, d'Olivier Marleix à ce poste, Laurent Wauquiez est ensuite intervenu, quasi-larmoyant : « La semaine dernière, il était encore là, assis à sa place parmi nous. Aujourd’hui, son siège est vide ; il est parti et il laisse derrière lui, pour chacun d’entre nous, une infinie tristesse. Ceux qui le connaissaient bien savaient déceler, au-delà de sa pudeur, l’immense sensibilité de son âme. Son départ et la brutalité des circonstances appellent tant de questions, des regrets aussi : ces paroles que nous n’avons pas pu prononcer, ces échanges que nous aurions aimé avoir, tout ce qu’on n’a pas eu le temps de dire. Cette peine, rien ne pourra la combler. Elle laisse son lot, pour chacun d’entre nous, de souvenirs, de regrets, de souffrances. Mais notre devoir, c’est de garder autre chose d’Olivier Marleix. Notre devoir, c’est de faire en sorte que la brutalité de son départ et la façon dont elle nous marque ne fassent pas oublier la dignité de son engagement politique et ce qui était le sens de sa vie, celle d’un député au talent rare. (…) Lui, le Cantalien au caractère parfois rude mais toujours espiègle. Lui qui a toujours refusé d’être un héritier et qui avait choisi de se construire par le suffrage universel. (…) Olivier avait gardé de Georges Pompidou, qu’il admirait tant, cette conviction que la belle politique conjugue l’enracinement dans un territoire et le regard qui emporte au-delà de la colline. Oui, il aimait en politique les grands débats ; il aimait les idées qui élèvent. Il y avait en lui la force du travail et le panache des convictions, qu’il défendait avec courage. Il le faisait d’abord pour nos institutions, dont il refusait de voir perdre l’esprit de la Ve République, il y mettait toute son énergie en commission des lois, où sa parole était écoutée et respectée ; ensuite pour la souveraineté de la France, et il s’était tant battu contre la vente de nos fleurons industriels. (…) Il refusait que la vie politique soit abîmée, qu’elle soit gangrenée par la médiocrité. Homme de lecture et d’écrit, il ne cessait de réfléchir, de questionner, de proposer pour tracer un chemin de reconstruction française. (…) La vie politique peut être dure. Derrière les apparences qui protègent, derrière les sourires que l’on affiche parfois comme des armures, derrière les silences que l’on ne comprend pas toujours, on sous-estime toujours la solitude des êtres. Mais Olivier, tu n’es pas seul ! Tu n’es pas seul. Tu comptes ici des compagnons fidèles, des amis qui perpétueront ta mémoire, celle d’un homme droit qui a dédié sa vie à l’honneur et à l’amour de son pays. ».
     

     
     


    Concluant cet hommage, François Bayrou a pris brièvement la parole à la tribune : « Le gouvernement veut vous dire à quel point il a partagé avec vous, hier, votre stupéfaction et votre immense tristesse à l’annonce du départ d’Olivier Marleix ; à quel point il partage l’arrachement qui est le vôtre ; à quel point il partage l’affection qui a été traduite sur bien des bancs tout comme le respect que cette personnalité rare faisait naître. Olivier Marleix était un combattant, fort de convictions dont chacun connaissait la puissance. Infatigable parce qu’il ne cessait de défendre une certaine idée de la France, de sa souveraineté, en particulier de sa souveraineté économique et industrielle, il nourrissait pour notre pays, au-delà des dossiers dont il avait la charge, un amour enraciné. Cette figure que beaucoup estimaient sur tous les bancs, cette figure-là nous rappelait que la politique n’est pas seulement débat, concurrence et affrontement, qu’elle est quelque chose d’autre, le partage d’un idéal dont nous ne nous faisons sans doute pas tous la même idée mais qui est aussi essentiel pour nous tous. Vous l’avez dit, ou du moins nous l’avons senti dans vos propos, madame la Présidente, monsieur le président Wauquiez, ce drame nous a rappelé aussi qu’il y a dans tout être humain des fragilités et des failles, même chez les hommes qui paraissent inflexibles. Beaucoup d’entre nous, hier et ce matin, se sont dit qu’il ne fallait pas laisser sans réponse ces failles et ces fragilités, qu’il serait bon que les mains se tendent. ».

    L'hommage de l'Assemblée Nationale était naturel car Olivier Marleix a été député pendant plus de treize ans. En revanche, il n'a jamais été sénateur, et pourtant, Gérard Larcher, le Président du Sénat et également un compagnon de route d'Olivier Marleix au sein du parti Les Républicains, a souhaité aussi lui rendre hommage. Avec une raison simple : dans sa jeunesse, Olivier Marleix a travaillé au sein du groupe RPR au Sénat.

    C'est ce qu'a fait Gérard Larcher, juste une courte évocation, au début de la séance de 15 heures du mercredi 9 juillet 2025 au Sénat : « Je veux avoir une pensée pour Olivier Marleix, disparu brutalement ce lundi. (…) Président du groupe Les Républicains de l'Assemblée Nationale entre 2022 et 2024, ce qui nous avait amenés à échanger très souvent, il était un élu de conviction et d'engagement, marqué par le gaullisme et l'exemple de son père, lui-même ancien député du Cantal. ».


    À cette nouvelle occasion, le chef du gouvernement est aussi intervenu au Sénat à propos d'Olivier Marleix : « La disparition d'Olivier Marleix a été, pour l'Assemblée Nationale et le Parlement dans son ensemble, un moment de saisissement, de stupéfaction et de grand chagrin. Il était un parlementaire assidu, actif et enraciné, aux convictions fortes, en particulier sur les thèmes qui lui étaient chers de la souveraineté économique et industrielle. Cet événement a été l'occasion pour beaucoup d'entre nous de méditer sur le fait que sous une force qui pouvait paraître irréductible se dissimulait parfois une fragilité. Je pense que cela a traversé l'esprit de chacune et de chacun. Les engagements qui sont les nôtres ne protègent pas de ce type de faille, au contraire. Nous devons donc être d'autant plus attentifs les uns aux autres. Honorons en cet instant la mémoire d'un serviteur fidèle et engagé de la vie parlementaire. ».

    Olivier Marleix sera enterré ce vendredi 11 juillet 2025 à 15 heures à Anet, dans l'Eure-et-Loir, dont il avait été le maire pendant un peu plus de neuf ans. Seront présent de nombreuses personnalités politiques, en particulier François Bayrou, Yaël Braun-Pivet, Gérard Larcher, Bruno Retailleau, Laurent Wauquiez, etc.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (10 juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Olivier Marleix : hommages et complotisme.
    Olivier Marleix : un choc violent.
    Charles Pasqua.
    Jean-Marie Demange.
    Gérard Gaudron.
    Jean-Pierre Abrioux.

    Jean Tiberi.
    La nouvelle direction de LR : cap vers 2027 ?
    Bruno Retailleau.
    LR : plébiscite pour Bruno Retailleau !
    Congrès LR : les jeux sont-ils faits ?
    De Gaulle.
    Philippe Bas.
    Xavier Bertrand.
    L'offensive de Bruno Retailleau.
    Nicolas Sarkozy.
    Jean-Louis Debré.
    Claude Malhuret.
    Philippe De Gaulle.
    François-Xavier Ortoli.
    Alain Juppé.

    Édouard Philippe.
    Laurent Wauquiez.
    Aurore Bergé.
    Alain Peyrefitte.
    La sagesse inattendue de Jean-François Copé.
    Yvon Bourges.
    Christian Poncelet.
    René Capitant.
    Patrick Devedjian.



     

     
     






    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250710-olivier-marleix.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/olivier-marleix-hommages-et-261972

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/09/article-sr-20250710-olivier-marleix.html



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  • Olivier Marleix : un choc violent pour la classe politique

    « Il est peu de figures capables de rassembler les plus féroces adversaires politiques. Le député et ancien président du groupe Les Républicains à l’Assemblée Olivier Marleix était de celles-là. » (Clotilde Jégousse, le 7 juillet 2025 dans "Le Figaro").



     

     
     


    Voilà comment a commencé ce triste article de la journaliste Clotilde Jégousse dans le journal généralement considéré comme proche du parti Les Républicains. C'est vers 17 heures ce lundi 7 juillet 2025 que toute la classe politique a appris avec stupeur et émotion le suicide d'un des siens, le député LR Olivier Marleix, à l'âge de 54 ans (né le 6 février 1971).

    C'est un choc très violent que celui de l'annonce d'un suicide, surtout lorsqu'il s'agit d'une personnalité politique nationale (à ma connaissance, dans le passé récent, je ne vois que ceux de Jean-Marie Demange et de Pierre Bérégovoy), surtout encore lorsqu'il s'agit d'une personnalité qui semblait forte et déterminée. Très violent pour la famille et les proches, mais aussi pour la classe politique unanimement bouleversée.

    Selon le procureur de la République de Chartres, Frédéric Chevallier, Olivier Marleix, député d'Eure-et-Loir depuis juin 2012, a été découvert sans vie à son domicile d'Anet, dont il a été le maire de mars 2008 à septembre 2017, « retrouvé dans une pièce du haut, pendu ».


    Les circonstances de ce suicide ne sont pas connues. On ne redira jamais à quel point un suicide peut être motivé par plusieurs raisons, et pas forcément les plus évidentes, et que cela peut toucher tout le monde, les plus faibles comme les plus forts (certains articles de journaux ont prudemment ajouté cette information à cette occasion : « Si vous avez des pensées suicidaires, si vous êtes en détresse ou si vous voulez aider une personne en souffrance, il existe des services d'écoute anonymes et gratuits. Le numéro national 3114 est joignable 24h/24 et 7j/7. »). Pour la plupart des cas, le suicide reste un mystère.
     

     
     


    Olivier Marleix laisse deux filles et ses deux parents, Évelyne et Alain Marleix. Ce dernier est aussi un homme politique du RPR puis de l'UMP, expert électoral du RPR, ancien député européen puis député du Cantal, notamment Secrétaire d'État aux Anciens combattants puis aux Collectivités territoriales du 18 juin 2007 au 13 novembre 2010 dans le deuxième gouvernement de François Fillon. Pendant une législature, donc, de juin 2012 à juin 2017, siégeaient dans l'hémicycle deux Marleix, le père et le fils. Et les deux parents ont été, tous les deux, maires, l'une de Molompize de 2001 à 2008 et l'autre de Massiac de 1995 à 2008, deux communes du Cantal.

    C'est Naïma Moutchou, vice-présidente (Horizons) de l'Assemblée, qui présidait la séance de ce lundi 7 juillet 2025 à 17 heures, qui a interrompu les travaux des députés, en plein examen de la proposition de loi modifiant le scrutin municipal pour Paris, Lyon et Marseille : « Monsieur le ministre, mes chers collègues, une terrible nouvelle qui concerne l’un de nos collègues vient de me parvenir. Par décence et par respect, et dans l’attente d’une confirmation, je vais suspendre la séance pour quelques minutes. ».

     

     
     


    Un quart d'heure plus tard, elle a repris la séance avec l'information hélas confirmée : « Monsieur le ministre, mes chers collègues, j’ai l’immense tristesse de vous confirmer que notre collègue Olivier Marleix nous a quittés. C’est une onde de choc. Mme la Présidente lui rendra hommage dans les formes les plus solennelles demain à 15 heures. Dans cette attente, et en sa mémoire, je vous invite à observer une minute de silence. ».

    Seul membre du gouvernement présent dans l'hémicycle, le Ministre délégué aux Relations avec le Parlement Patrick Mignola a ensuite pris la parole : « À l’annonce de cette nouvelle d’une immense tristesse et d’une grande brutalité, il me revient, au nom du gouvernement, de dire immédiatement quelques mots, avant que la présidente de l’Assemblée Nationale et le premier ministre ne rendent hommage demain à Olivier Marleix. Olivier Marleix fut quatre fois d’affilée élu député de la deuxième circonscription d’Eure-et-Loir. Il fut le président du groupe Les Républicains dans cet hémicycle, où il était unanimement reconnu comme un rhéteur redoutable, mais toujours loyal. Il appartenait à la grande famille des Républicains et à une grande famille de républicains. Toutes nos pensées vont à ses proches, au territoire auquel il était tant attaché et à ses collègues. Au nom du gouvernement, je tiens à formuler de la gratitude pour la force de ses convictions et de ses engagements. ».
     

     
     


    La séance a été encore interrompue cinq minutes avant la reprise de l'examen du projet de loi. L'orateur était alors un député LR, Nicolas Ray, choqué évidemment par la nouvelle, qui a commencé son intervention par ces quelques mots : « C’est avec tristesse et émotion que je prends la parole car nous venons d’apprendre, il y a quelques minutes, la disparition tragique de notre collègue Olivier Marleix. Quand j’ai été élu député de l’Allier, il y a trois ans, Olivier a été mon premier président de groupe. Il m’a donc accompagné avec bienveillance dans mes premiers pas de parlementaire. Doté d’une hauteur de vue et d’une grande capacité d’analyse, Olivier était un collègue courageux et engagé, fier de ses racines cantaliennes. Ironie du sort, il était très engagé sur cette proposition de loi, et très opposé à cette réforme. Lors de nos débats en première lecture, même si je n’étais pas en accord avec lui sur le fond, je veillais toujours à respecter ses positions et ses arguments. Avec mes collègues du groupe, nous avons une pensée très peinée pour ses proches, pour Alain et Évelyne, ses parents, pour ses filles et pour son entourage. L’Assemblée Nationale et le groupe des Républicains n’oublieront pas Olivier Marleix. ».

    Les autres orateurs ont tous commencé leur intervention par un mot d'émotion pour Olivier Marleix, notamment le député RN Franck Allisio, et le député EPR Sylvain Maillard, qui fut président du groupe Renaissance de 2022 à 2024 : « Je veux tout d’abord avoir une pensée pour notre collègue Olivier Marleix. J’ai eu le privilège de présider un groupe au moment où lui-même présidait celui des Républicains. Nous nous sommes opposés mais j’ai toujours eu plaisir à travailler avec lui. Je pense très fort à ses proches, à sa famille et à ses collègues. C’est évidemment une journée difficile pour nous tous. ».

    Si l'émotion est forte, c'est que non seulement un tel décès est choquant et violent, mais il faut rappeler qu'Olivier Marleix a beaucoup compté dans la vie politique récente, en tant que président du groupe LR de juin 2022 à juin 2024.

    Diplômé de Science Po Paris et d'un DEA de droit public, Olivier Marleix a soutenu Édouard Balladur à l'élection présidentielle de 1995, il présidait même son comité de soutien des jeunes. Entre 1995 et 1997, il fut élu président de l'UJP, Union des jeunes pour le progrès (jeunes gaullistes sociaux).

    Dès le début des années 1990, Olivier Marleix est devenu collaborateur de personnalités politiques du RPR, en particulier : chargé de mission dans le cabinet de Charles Pasqua comme président du conseil général des Hauts-de-Seine de 1989 à 1992, collaborateur dans le cabinet de Michèle Alliot-Marie comme Ministre de la Jeunesse et des Sports de 1993 à 1995, directeur de cabinet de Nicole Catala comme adjointe au maire de Paris de 1995 à 1998, directeur de cabinet du sénateur Martial Taugourdeau comme président du conseil général d'Eure-et-Loir de 1998 à 2001, puis directeur général des services du conseil général d'Eure-et-Loir et directeur de cabinte d'Alberic de Montgolfier comme président du conseil général de 2001 à 2005, conseiller dans le cabinet de Brice Hortefeux comme Ministre délégué aux Collectivités territoriales de 2005 à 2007, conseiller auprès de Nicolas Sarkozy à la Présidence de la République de 2009à 2011, enfin conseiller du cabinet de Claude Guéant, Ministre de l'Intérieur, de 2011 à 2012.

    En 2008, avec sa longue silhouette à la Alain Juppé, Olivier Marleix a franchi l'horizon des responsabilités électives avec deux mandats : il fut élu conseiller général d'Eure-et-Loir de mars 2008 à mars 2014 (vice-président du conseil général de mars 2008 à mars 2011) et maire d'Anet de mars 2008 à septembre 2017. Son mandat le plus important fut celui de député d'Eure-et-Loir qu'il a gagné à partir de juin 2012, réélu en juin 2017, juin 2022 et juillet 2024.

    Au sein de son parti, il a pris des responsabilités, locales (président départemental de LR d'Eure-et-Loir à partir de 2016), et nationales, comme vice-président de LR à partir de 2020... et surtout comme président du groupe LR à l'Assemblée de juin 2022 à juillet 2024. Après le débauchage de Damien Abad au gouvernement, Olivier Marleix lui a succédé avec une sérieuse réputation d'antimacroniste depuis 2017, dans un contexte où LR avait été laminé à l'élection présidentielle (moins de 5%). Olivier Marleix s'est fait élire président du groupe LR le 22 juin 2022 face à Julien Dive. Il s'est ainsi retrouvé en parallèle avec Éric Ciotti élu président du parti LR et Bruno Retailleau président du groupe LR au Sénat. Heureux du retour à l'Assemblée de Laurent Wauquiez, Olivier Marleix lui a laissé la présidence du groupe LR en juillet 2024, tout en préférant Bruno Retailleau comme président de LR en mai 2025.

    Ainsi, c'est comme président du groupe LR qu'Olivier Marleix s'est fait connaître du grand public. Il a dû diriger un groupe politique profondément divisé. Il a tenté de faire adopter la réforme des retraites d'Élisabeth Borne, soutenue par les sénateurs LR, mais 19 députés LR sur 61 ont quand même voté la motion de censure consécutive à l'utilisation de l'article 49 alinéa 3.

    Intervenant à de nombreuses reprises au sein de l'hémicycle pour fustiger le macronisme, Olivier Marleix a eu cette déclaration mémorable adressée à la ministre Aurore Bergé qui défendait un texte du gouvernement, le 7 mars 2023 : « Avant de nous présenter ce texte, madame Bergé, votre majorité aurait gagné à s’offrir une séance d’introspection sur le thème : "Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre". Il faut dire que vous avez de quoi faire en la matière : onze condamnations au sein de la majorité, dont l’une pour des faits de violences envers une ex-compagne, le bureau de l’Assemblée Nationale ayant d’ailleurs refusé de lever l’immunité parlementaire du député concerné, et une autre concernant un député condamné pour harcèlement sexuel envers une collaboratrice. Huit mises en examen, dont celles du Secrétaire Général de la présidence de la République, excusez du peu !, et de l’actuel garde des sceaux, pardonnez-moi, monsieur le ministre, accusés l’un et l’autre de prise illégale d’intérêts. Douze enquêtes en cours, dont l’une concerne le ministre du travail, visé par une accusation de favoritisme. Treize mises en examen pour un seul homme, champion de France toutes catégories du nombre de mises en examen, accusé notamment de fraude fiscale, d’emploi fictif, de financement illicite de dépenses électorales : cet homme n’est autre que le conseiller politique du Président de la République ! En 2022, votre formation politique a même hésité à réinvestir dans la 9e circonscription des Français de l’étranger le député sortant issu de ses rangs et qui, défendu en son temps par celui qui est devenu garde des sceaux, a été condamné en première instance à trois ans de prison, dont un an ferme, et deux ans d’inéligibilité pour violences volontaires. Mais qu’est donc devenu ce candidat à l’élection présidentielle qui, en 2017, déclarait qu’un ministre devrait quitter le gouvernement s’il était mis en examen ? Le Président Macron aura, contrairement à tous ses prédécesseurs, renoncé à cette exigence éthique. Vous nous parlez de probité, alors même que l’un des premiers signataires de ce texte, selon l’ordre alphabétique, est accusé, aux termes de deux plaintes, de viol sous soumission chimique et de tentative de viol ! Beau bilan ! Ce texte constitue donc un énième coup de communication de la majorité, à la suite de la condamnation de l’un de nos collègues, Adrien Quatennens. Est-il souhaitable de légiférer consécutivement à un fait ayant déclenché une polémique ? En commission des lois, l’intégralité des groupes, même ceux qui appartiennent à la majorité, même la très modérée et sage Laurence Vichnievsky, ont dénoncé l’opportunisme politique, condamnant le dévoiement législatif au service de l’émotion. Soyez attentifs, mes chers collègues, à légiférer pour la cause et non pas pour tenter de leurrer nos citoyens en leur faisant croire que vous seriez irréprochables. Personne ne vous croira ! Sur le fond, la présente proposition de loi vise à étendre la peine complémentaire obligatoire d’inéligibilité aux violences aggravées, c’est-à-dire aux violences commises, notamment, sur un mineur de 15 ans, sur une personne vulnérable ou sur le conjoint, ayant entraîné une ITT inférieure ou égale à huit jours. Elle complète donc une liste de délits déjà très longue et se borne à rendre obligatoire ce qui était facultatif. Je rappelle d’ailleurs que, dans l’affaire en question, le juge aurait pu prononcer l’inéligibilité de notre collègue et qu’en toute indépendance, il a estimé ne pas devoir le faire. Vous qui utilisez les semaines dont l’ordre du jour est fixé par l’Assemblée Nationale pour inscrire des initiatives transpartisanes, pourquoi ne pas avoir créé un groupe de travail à ce sujet qui aurait, j’en suis sûr, abouti à un texte commun ? Pourquoi n’avez-vous pas engagé un vrai débat sur ce sujet ou sur d’autres causes, tout aussi légitimes ? Pourquoi, par exemple, ne pas avoir élargi la peine d’inéligibilité obligatoire aux délits de trafic, de cession et d’importation de stupéfiants ou au délit de consommation de stupéfiants aggravé par la qualité de l’auteur, notamment une personne dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public ? Mais peut-être n’y aurait-il pas eu sur vos bancs, madame Bergé, le même enthousiasme à étendre l’inéligibilité obligatoire à ces délits… Chers collègues de la majorité, il ne faut pas trop jouer avec l’actualité, sous peine de se discréditer. Nous sommes tous, au sein du groupe Les Républicains, convaincus de la nécessité de lutter contre toutes les formes de violence et de renforcer l’exigence de probité et d’exemplarité des élus qui, j’en suis sûr, est un préalable à la restauration de la confiance dans la vie politique et la vie publique en général. C’est pourquoi, même si nous regrettons l’opportunisme de ce texte, nous ne nous y opposerons pas. ».

     

     
     


    Il faut mesurer l'art de s'opposer aux macronistes tout en, finalement, approuvant le texte déposé par les macronistes ! Cela lui a valu d'ailleurs un supposé bras d'honneur de la part du garde des sceaux Éric Dupond-Moretti qui a fait beaucoup de bruit par cette polémique : « Et la présomption d’innocence, monsieur le député, qu’est-ce que vous en faites ? Que faites-vous de la présomption d’innocence ? » avec un geste des bras pouvant être mal interprété, au point que le ministre de la justice s'est enfoncé un peu plus tard quand le député LR Patrick Hetzel (futur ministre) s'est déclaré choqué par le bras d'honneur : « Je ne suis sans doute pas l’arbitre des élégances, mais je voudrais rappeler une chose : j’ai été mis en examen, je ne suis pas condamné. Je conteste totalement les faits qui me sont reprochés. Dans ma vie d’avocat, j’ai défendu des membres de votre famille politique ; certains ont été condamnés. Vous n’avez pas de leçons à me donner. Il n’y a pas eu un bras d’honneur, il y en a eu deux, mais à chaque fois accompagnés par des paroles. ».

    Ce qui a conduit Élodie Jacquier-Laforge (MoDem), qui présidait cette séance, à blâmer le ministre : « De quoi parlez-vous, monsieur le ministre ? Êtes-vous en train de dire que vous avez fait deux bras d’honneur à l’Assemblée ? Je vous demande de préciser vos propos, car si tel est le cas, c’est absolument inadmissible. Vous n’avez pas à faire des bras d’honneur dans l’enceinte de l’Assemblée Nationale, monsieur le ministre ! ». Réponse du ministre : « J’ai dit qu’on faisait un bras d’honneur à la présomption d’innocence, et je l’ai dit deux fois. ». La présidente : « Les bras d’honneur, qu’ils soient physiques ou verbaux, ne sont pas admissibles. Je vous demande à tous de reprendre votre calme. La séance est suspendue. ».


    Après dix minutes de suspension de séance, Éric Dupond-Moretti a repris la parole pour expliquer son geste : « Personne ne peut dire ici que, depuis plus de deux ans et demi que je suis ministre, je n’ai pas été respectueux du Parlement. Je ne suis pas au-dessus des lois ; je ne suis pas en dessous des lois non plus. En tant que citoyen, j’ai le droit de faire valoir la présomption d’innocence attachée à la mise en examen dont je fais l’objet. J’ai entendu les propos de M. le président Marleix sur ma mise en examen… Je rappelle que non seulement je suis présumé innocent, c’est constitutionnel, mais je suis innocent ; je le dirai le moment venu. Il est vrai, madame la présidente, que j’ai réagi avec beaucoup de vivacité. Je tiens à dire que les gestes qui me sont reprochés étaient assortis de paroles qui ne visaient pas le président Marleix, mais le mépris qu’il manifestait pour le respect de ma présomption d’innocence, c’est ainsi que je l’ai conçu. Ceux qui m’entourent pourraient en témoigner : vous avez eu l’image, mais vous n’avez pas eu le son. Je concède, madame la présidente, que ce geste n’était pas adéquat. Mais je répète que l’intention qui était la mienne est celle que je viens d’expliquer. On aura beau protester, c’est exactement l’intention qui était la mienne. Les hurlements et les vociférations n’y changeront strictement rien. Voilà ce que j’entends dire à la représentation nationale. ».

    Mais la polémique s'est poursuivie par un autre rappel au règlement de Patrick Hetzel, puis un autre d'Olivier Marleix : « Monsieur le garde des sceaux, avant de quitter l’hémicycle pour rejoindre un de vos collègues du gouvernement dans le cadre d’une réunion de travail, je parlais, je crois, de l’exemplarité dont les responsables politiques doivent pouvoir justifier auprès des Français. Je ne sais pas si vous essayiez par là de donner l’exemple, mais adresser à un membre de la représentation nationale un bras d’honneur, pardon, deux, de votre propre aveu, me paraît très peu exemplaire pour un membre du gouvernement. J’ai conscience que votre carrière professionnelle vous a amené à fréquenter de nombreux voyous, ce qui a pu déteindre sur votre comportement. Il reste néanmoins plus qu’inapproprié et nécessite des excuses, non envers ma personne, mais envers la représentation nationale. Je vous demande une réponse. ». La présidente : « La parole est à M. le garde des sceaux. J’ai pris acte d’autres demandes de rappels au règlement, mais peut-être ne seront-elles pas nécessaires ; cela dépend des propos de M. le ministre. ». Le ministre : « Monsieur le président Marleix, il est un grand principe de droit auquel nous sommes tous sensibles : la mauvaise foi ne se présume pas. Je vous le dis en face, mon bras d’honneur n’était pas adressé au député Marleix. Écoutez-moi une seconde ! Lorsque j’ai fait ce geste, ce double geste, vous m’en avez reproché un, j’ai répondu "deux", car telle est la réalité, j’ai dit : "C’est un bras d’honneur à la présomption d’innocence". Ceux qui m’entouraient pourront vous confirmer que j’ai tenu ces propos. En ce qui me concerne, je suis particulièrement respectueux de la présomption d’innocence. Certains d’entre vous le savent. Monsieur Marleix, pouvez-vous entendre que, présumé innocent, et innocent, je l’affirme, je puisse être blessé par le fait qu’on évoque une mise en examen comme s’il s’agissait d’une condamnation ? Je le répète, ce geste… Il y a plusieurs témoins, si ma parole ne vous suffit pas. Je le répète, ce geste n’est pas injurieux à votre égard. C’est le geste de quelqu’un qui réagit, et qui a peut-être eu tort de réagir ainsi, à une accusation qu’il n’estime pas fondée, et ce depuis deux ans et demi. ».

    Loin d'éteindre la polémique, elle a redoublé et a atteint les bancs de la gauche par des rappels au règlement de Boris Vallaud (PS), puis de Mathilde Panot (FI) et de Sandra Regol (EELV). Élodie Jacquier-Laforge a tenté la médiation en rappelant les regrets du ministre : « Je me permets de rappeler les mots qu’a prononcés M. le garde des sceaux, car je les ai notés : il a dit que son geste n’était "pas adéquat", qu’il le "regrettait" et qu’il "a eu tort de réagir ainsi". C’est ce qu’il a dit : je l’ai noté. Vous pouvez me faire confiance pour prendre des notes exactes ! Du reste, cela sera inscrit au compte rendu. ». Mais rien n'y a fait.

    Olivier Marleix a alors repris la parole pour demander au ministre des mots d'excuse : « Monsieur le garde des sceaux, en vous écoutant, je pense aux milliers d’enseignants confrontés à des élèves difficiles qui, dans leur dos, font des gestes susceptibles de troubler la classe. Je m’interroge : quel modèle, quel exemple, est en train de donner ce membre du gouvernement de la République française ? Quelle image donne-t-il à ces élèves ? Votre argumentation pitoyable, selon laquelle votre geste ne s’adressait pas à ma personne, mais à mon propos, n’enlève rien à sa gravité. Je n’ai porté aucune accusation. Je me suis borné à rappeler de simples faits : votre mise en examen et votre renvoi devant une cour correctionnelle, en l’espèce, la Cour de justice de la République. Je suis désolé que vous soyez renvoyé devant cette cour, mais je n’y suis pour rien. Cela crée un précédent : vous êtes le premier garde des sceaux dans ce cas, que cela vous plaise ou non ! La dignité aurait pu vous amener à démissionner de votre fonction, mais au lieu de cela, vous ajoutez à ce précédent la grossièreté du bras d’honneur. Les excuses que je demande ne sont évidemment pas pour moi, ma personne n’a aucune importance, mais pour notre institution. Je sollicite une suspension de séance. ».


    Après une nouvelle suspension de séance de dix minutes, Éric Dupond-Moretti a enfin présenté ses excuses : « Monsieur Marleix, je le dis à toute la représentation nationale, je suis profondément affecté par ce moment. Je le répète avec beaucoup de force : je n’ai pas voulu viser le président du groupe Les Républicains. Si mon geste a été mal interprété, je lui présente mes excuses ainsi qu’à toute la représentation nationale. ». L'incident fut ainsi clos !

    Cette petite séquence, qui montrait que l'Assemblée était une cour de récréation, a illustré le fait qu'Olivier Marleix ne lâchait rien, et surtout pas son antimacronisme.
     

     
     


    Parlementaire très actif, Olivier Marleix s'est fait aussi la réputation d'un très bon connaisseur de la politique industrielle et énergétique de la France. Il a notamment présidé la commission d'enquête sur les décisions de l'État en matière de politique industrielle en novembre 2017, visant l'ancien Ministre de l'Économie, de l'Industrie et du Numérique, c'est-à-dire Emmanuel Macron, sur la vente d'Alstom. Olivier Marleix n'a pas hésité à saisir en janvier 2019 le parquet national financier pour dénoncer un pacte de corruption pour financer la campagne présidentielle de l'actuel Président. Il a par ailleurs proposé en 2023 une nationalisation temporaire du groupe Atos par souverainisme industriel pour éviter sa cession à l'étranger.

    Malgré une activité très partisane, Olivier Marleix a reçu de la part de ses collègues notamment présidents de groupe un hommage élogieux à l'annonce de sa mort.


    Emmanuel Macron : « La disparition d'Olivier Marleix plonge notre Parlement en deuil. Homme politique d'expérience, il défendait ses idées avec conviction. Je respectais aussi nos différends puisqu'ils se plaçaient à la lumière de notre amour du pays. J'adresse mes condoléances à sa famille, à son père Alain et à tous ses compagnons d'engagement. ».

    François Bayrou : « Stupéfaction et immense tristesse à l'annonce de la disparition brutale d'Olivier Marleix. On ne se rend jamais compte de la fragilité des êtres humains... Nous serons chez lui demain, à Chartres, dans son département. Sa haute silhouette nous manquera. ».

    Yaël Braun-Pivet : « L'Assemblée Nationale est en deuil. Olivier Marleix s'est consacré sans compter pour son territoire et pour notre démocratie. Il était droit, rigoureux, profondément humain. Bouleversée, j'adresse à sa famille, ses proches, ses collègues, mes condoléances les plus sincères. ».

    Nicolas Sarkozy : « C'est avec une immense tristesse que j'apprends la disparition tragique d'Olivier Marleix. Olivier fut un collaborateur précieux à l'Élysée, un soutien fidèle dont l'engagement ne m'a jamais fait défaut. Il était avant tout un député passionné. ».


    Marine Le Pen : « Nous apprenons avec tristesse le décès d'Olivier Marleix, député depuis 2012, président du groupe Les Républicains de 2022 à 2024. Il fut un élu de terrain, rigoureux, engagé au service de ses idées. Nos pensées vont à sa famille, à ses proches et à ses collègues du groupe LR. ».

    Jean-Luc Mélenchon : « Stupeur. J'ai eu l'honneur de pratiquer Monsieur Olivier Marleix, c'était un adversaire honorable et respecté. Son attachement à la souveraineté de la France permettait un dialogue sincère. Condoléances attristées à sa famille et ses proches. ».

    Valérie Pécresse : « Bouleversée par la disparition d'Olivier Marleix, un homme de convictions, gaulliste et républicain engagé, un homme droit sur lequel on pouvait toujours compter dans l'adversité. La France perd un de ses serviteurs, et les habitants de l'Eure-et-Loir leur premier défenseur. ».

    De nombreuses autres personnalités politiques ont exprimé leur émotion, en particulier Bruno Retailleau, Laurent Wauquiez, Christian Estrosi, Xavier Bertrand, Éric Ciotti, Manuel Bompard, Jordan Bardella, Laure Lavalette, etc.

    Un hommage solennel à Olivier Marleix sera rendu à l'Assemblée Nationale le mardi 8 juillet 2025 à 15 heures, par la Présidente de l'Assemblée Yaël Braun-Pivet et par le Premier Ministre François Bayrou qui se sera rendu auparavant à Chartres auprès de la famille. Pensée aux proches.



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (07 juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Olivier Marleix.
    Charles Pasqua.
    Jean-Marie Demange.
    Gérard Gaudron.
    Jean-Pierre Abrioux.

    Jean Tiberi.
    La nouvelle direction de LR : cap vers 2027 ?
    Bruno Retailleau.
    LR : plébiscite pour Bruno Retailleau !
    Congrès LR : les jeux sont-ils faits ?
    De Gaulle.
    Philippe Bas.
    Xavier Bertrand.
    L'offensive de Bruno Retailleau.
    Nicolas Sarkozy.
    Jean-Louis Debré.
    Claude Malhuret.
    Philippe De Gaulle.
    François-Xavier Ortoli.
    Alain Juppé.

    Édouard Philippe.
    Laurent Wauquiez.
    Aurore Bergé.
    Alain Peyrefitte.
    La sagesse inattendue de Jean-François Copé.
    Yvon Bourges.
    Christian Poncelet.
    René Capitant.
    Patrick Devedjian.

     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250707-olivier-marleix.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/olivier-marleix-un-choc-violent-261949

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/07/article-sr-20250707-olivier-marleix.html


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  • Qui saura ?

    « Qui saura me faire oublier dites moi
    Ma seule raison de vivre, essayez de me le dire »




     

     
     


    Sa carrière a commencé le 25 janvier 1970. Il aurait dû être chanteur d'opéra. Ses disques se sont vendus à une quinzaine de millions d'exemplaires. Galas, concerts, passages à la télévision : à l'époque, c'était beaucoup plus que pour Johnny Hallyday, Joe Dassin, Michel Sardou ou Claude François... Bref, une voix.

    Il ne s’agit pas ici de faire du complotisme de hall de gare mais de balayer toute l’étendue des possibles pour se faire une idée.


    Version classique : le suicide. Déjà le 22 novembre 1974, il s’était jeté du cinquième étage d’un hôtel genevois et avait dû son salut à un talon de chaussure qui s’était miraculeusement accroché au troisième étage (il y en a qui ont de la veine). Dépressif, harcelé par ses fans, désorganisé par sa vie de patachon et son succès trop rapide, et même traumatisé par le conflit israélo-palestinien.

    Version Dalida : il était fâché contre son producteur qui lui refusait l'argent et l’ouverture internationale dont il rêvait avec un contrat signé le 1er juin 1974. Il lui avait dit qu’il préférait sauter d’une fenêtre à continuer à bosser avec lui. Le producteur lui aurait alors dit : « Chiche ! Eh bien, saute ! ». Bing !


    Version drugstore : un accident. Il avait arrêté de prendre des antidépresseurs car ça le faisait grossir et les bourrelets sur une plage déserte des Maldives, ce n’est pas beau. Pour tenir le coup, il a pris de la drogue en compensation. Comme il avait besoin d’air, il a mis son nez dehors, et paf ! il a heurté un truc et est passé par-dessus bord du balcon.

    Version œuvres d’art : il faisait du trafic d’œuvres d’art et on l’a liquidé.

    Version James Bond : même topo que la version œuvres d’art mais avec le Mossad.

    Version Wajntrob : ah-Wikipédia-c’est-super ! Le rédacteur encyclopédique a dû mal lire son brouillon en le confondant avec Weintraub, le producteur en question (je suis mauvaise langue, les deux transcriptions sont possibles). Le producteur se serait disputé avec le chanteur. Résultat, un chanteur sur la terrasse. Pendant l’enterrement, le producteur s’est disputé avec la mère qui, du coup, est morte d’une crise cardiaque. L’histoire finit en eau de boudin car le producteur s’est finalement tiré une balle dans le museau au bois de Vincennes un peu plus tard. Vilaine histoire.

    Version métro : ça-n’a-rien-à-voir-sauf-sur-Wikipédia. Quelques années plus tard, le secrétaire du chanteur s’est jeté sous une rame de métro à Paris. Résultat, le secrétaire était louche (il l’aurait poussé au balcon ?) et une demi-journée de travail a été perdue pour de nombreux travailleurs franciliens.


    Version martienne : il a été enlevé par les Martiens et un corps a été déposé à sa place.

    Version vénusienne : même version que la martienne, mais avec des nymphomanes en délire (Version plus crédible, car les femmes viennent effectivement de Vénus).

    Version Elvis : il en avait marre de la célébrité et a voulu revivre normalement, faire ses courses chez Carrouf sans être submergé par l’adrénaline, boire un coup de mousseux au bar de chez Marcel et jouer à Facebook pendant que la planète est à feu et à sang.

    Euh…


    Ah, j’ai oublié le début.
    Le plus important.

    Les faits : le vendredi 25 avril 1975 à onze heures et quart du matin, un jeune garçon bien rasé de 28 ans, aux cheveux longs et aux pattes d’éph', a été retrouvé sans vie au bas du balcon du sixième étage de son appartement du seizième arrondissement. Cinquante années plus tard, les anciennes jeunes adolescentes pleurent encore…

    Qui saura ?



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (21 avril 2025)
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    Pour aller plus loin :
    Mike Brant.
    Olena Kohut.
    Joséphine Baker.
    Florence Arthaud.
    Herbert Léonard.
    Jeanne Calment.
    Pierre Bachelet.
    Gérard Lenorman.
    Pierre Dac.
    Marianne Faithfull.
    Marcel Zanini.
    Patricia Kaas.
    Kim Wilde.
















    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250425-mike-brant.html

    https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/qui-saura-259611

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/04/25/article-sr-20250425-mike-brant.html


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  • Crash de l'A320 de Germanwings : suicide ou tuerie de masse ?

    « La collision avec le sol est due à l’action délibérée et planifiée du copilote qui a décidé de se suicider lorsqu’il était seul dans le poste de pilotage. Le processus de certification médicale des pilotes, en particulier l’auto-déclaration en cas de diminution de l’aptitude médicale entre deux évaluations médicales périodiques, n’a pas permis d’empêcher le copilote, qui connaissait des troubles mentaux avec des symptômes psychotiques, d’exercer les privilèges de sa licence. » (Bureau d'enquêtes et d'analyses pour la sécurité de l'aviation civile, Rapport n°BEA2015-0125 du 13 mars 2016).


     

     
     


    Il y a dix ans, le mardi 24 mars 2015 à 10 heures 41, heure de Paris, l'Airbus A320-211 immatriculé D-AIPX du vol 4U 9525 de la compagnie allemande Germanwings, une filiale de la Lufthansa, reliant Barcelone à Düsseldorf, s'est écrasé contre une paroi rocheuse du Massif des Trois-Évêchés à 1 550 mètres d'altitude, dans la commune de Prads-Haute-Bléone, dans les Alpes-de-Haute-Provence.

    Il n'y a eu aucun survivant à ce choc gigantesque (l'avion est arrivé contre la montagne à une vitesse d'environ 700 kilomètres par heure). La "chance" a été que les lieux de la collision étaient déserts car en pleine montagne. 150 personnes y trouvèrent la mort, dont 6 membres d'équipage. Aucun Français, mais 66 Allemands, 51 Espagnols, et des personnes de quinze autres nationalités (dont américaine, argentine, britannique, kazakhe, etc.). L'avion avec le même équipage avait déjà effectué le vol Düsseldorf vers Barcelone en début de matinée avant de revenir vers Düsseldorf.


    Même si deux années après l'accident, dans une conférence de presse, le père du copilote a émis l'hypothèse d'une perte de conscience du copilote et du blocage accidentel de la serrure de la porte du cockpit, la cause de l'accident aérien semble complètement établie. Le copilote aurait attendu d'être seul dans le cockpit, le pilote s'éclipsant pour aller aux toilettes (il n'avait pas eu le temps d'y aller avant le décollage), pour modifier les consignes du pilotage automatique et faire descendre l'appareil tout en augmentant sa vitesse. Quand le pilote a voulu regagner sa place, la porte du cockpit était verrouillée de l'intérieur par le copilote qui a refusé de répondre tant aux personnes dans l'appareil qu'aux contrôleurs aériens français qui ont tenté de le contacter. L'analyse des opérations du premier vol de la journée, Düsseldorf vers Barcelone, aurait même montré que le copilote avait fait une répétition de ses gestes pour ce second vol, en profitant, là aussi, de l'absence du pilote.

    La descente de l'avion a duré entre 8 et 11 minutes (son altitude de croisière était de 11 600 mètres). Le pilote aurait utilisé une hache pour tenter d'ouvrir la porte blindée qui était verrouillée. Des passagers ont crié. Dans les enregistrements sonores retrouvés, on peut aussi entendre la respiration du copilote jusqu'à l'impact, ce qui signifie qu'il n'était pas mort avant le choc.
     

     
     


    Le suicide d'un pilote ou copilote dans un avion transportant des passagers (ici de nombreux passagers) est extrêmement rare. Le site Aviation Safety Network a répertorié, dans sa base de données très fournie, en tout six cas de suicides, et encore, seulement trois sont officiellement avérés dont le vol de la Germanwings (les deux autres : le vol Japan Airlines 350 le 9 février 1982 (24 victimes) et le vol LAM Mozambique Airlines 470 le 29 novembre 2013 (33 victimes). La plupart des suicides de pilote sont à bord de petits avions sans passager.

    Ce crash a reposé deux questions importantes pour la sécurité aéronautique. La première concerne le verrouillage de l'intérieur de la porte du cockpit, mesure de sécurité adoptée après les attentats du 11 septembre 2001 permettant aux pilotes de s'opposer à d'éventuels terroristes à l'intérieur de l'appareil. À la suite de ce crash, la mesure a été assortie d'une obligation de la présence d'au moins deux personnes dans le cockpit en permanence, mesure déjà en vigueur aux États-Unis avant le crash de la Germanwings. Toutefois, cette mesure a été levée un peu plus tard en raison, également, de risque pour la sécurité en multipliant la circulation dans le cockpit.

     

     
     


    L'autre enjeu concerne la santé mentale des pilote et copilote. On s'est aperçu que le copilote était en burn-out avec des tendances suicidaires. Il craignait notamment qu'on lui retirât sa licence de vol en raison d'une déficience visuelle (non avérée). Dans le mois qui a précédé le crash, il a consulté sept fois un médecin (généraliste, psychiatre, ophtalmologiste) et son médecin lui avait fait un arrêt de travail et l'avait jugé inapte au travail. Mais le copilote n'a pas transmis ces informations à sa compagnie. Il y a une contradiction entre le principe du secret médical et la sécurité des passagers d'une compagnie aérienne. Quatre avis d'arrêt de travail avaient été faits les 17 février 2015, 9, 12 et 19 mars 2015. Un médecin lui a même conseillé une « orientation vers un traitement en hôpital psychiatrique en raison d’une possible psychose ».

    L'enquête a montré également que le copilote était traité pour des troubles bipolaires et qu'on lui avait prescrit des somnifères, des anxiolytiques et des antidépresseurs, des médicaments qui, selon le professeur Bernard Debré, pouvaient avoir pour effet le passage à l'acte. Le copilote avait eu des épisodes dépressifs avant même sa formation de pilote ; en 2008, il a même été hospitalisé en raison de ses idées suicidaires, mais de 2010 à 2014, il a toujours obtenu le certificat médical nécessaire aux pilotes d'avion. C'est apparemment à partir de décembre 2014 qu'il « commence à présenter des symptômes qui pourraient être associés à un épisode dépressif psychotique », selon le rapport final du Bureau d'enquêtes et d'analyses pour la sécurité de l'aviation civile (BEA), l'organisme compétent en la matière dépendant du Ministère de l'Écologie (rapport n°BEA2015-0125 du 13 mars 2016). L'analyse toxicologique des tissus biologiques retrouvés du copilote a indiqué qu'il avait absorbé avant le vol des antidépresseurs et des somnifères.

     

     
     


    Là aussi, la rigueur devrait être de mise. Le contrôle des pilote et copilote en alcool, stupéfiants et psychotropes devrait être obligatoire et systématique à chaque embarquement. Pour certains psychiatres, le fait que le copilote ait entraîné 149 autres personnes dans sa mort et qu'il ait prémédité cet acte devrait qualifier ce crash aérien de tuerie de masse et pas de suicide. Ainsi, le psychiatre français Serge Hefez a estimé le 15 avril 2015 sur France Inter : « Tout un chacun n’assassine pas 149 personnes en se suicidant en dehors d’un contexte de guerre et tout en déclarant : "Je vais faire quelque chose qui va changer le système. Tout le monde connaîtra mon nom". Nous sommes dans le cadre d’un acte délirant, d’un sentiment de mégalomanie, d’une revendication paranoïaque à la reconnaissance, d’une tentation de toute-puissance décuplée par le côté "seul maître à bord après Dieu". ». Et le 30 mars 2015, le psychiatre allemand Andreas Reif, de l'Université de Francfort, y a vu un parallèle avec les tueries de masse dans les écoles (particulièrement aux États-Unis) : « Le fait que [le copilote] ait entraîné tant de personnes dans la mort et que ces personnes aient presque toutes été inconnues parle contre le suicide élargi. ».

    À l'époque de l'accident, il y a dix ans, ce fut un choc énorme en Europe : François Hollande (le Président français), Angela Merkel (la Chancelière allemande) et Mariano Rajoy (le Président du gouvernement espagnol) se sont rendus sur place le 25 mars 2015. Le roi d'Espagne Felipe VI était à Paris au moment de la tragédie, en visite d'État en France. Le 29 mars 2015 (dimanche des Rameaux) à Saint-Pierre de Rome, le pape François a rendu hommage aux victimes du crash aérien.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (22 mars 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Rapport final n°BEA2015-0125 du 13 mars 2016.
    Crash de l'A320 de Germanwings.
    L'accident aérien de Villa Castelli.
    L'accident de Millas.
    Le miraculé d'une collision ferroviaire.


     

     
     






    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250324-crash-germanwings.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/crash-de-l-a320-de-germanwings-258648

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/03/24/article-sr-20250324-crash-germanwings.html


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  • Une triste pensée pour Aïnaz Karimi

    « Moralement, nous n'étions pas à notre aise. Trop de fantômes, par-ci, par-là. » (Céline, 1932).


     

     
     


    Le vendredi 8 novembre 2024, j'ai appris une nouvelle tragédie en République islamique d'Iran. Encore une fois, une jeune adolescente de 17 ans a perdu la vie pour des stupidités de mœurs supposées islamiques.

    Aïnaz Karimi était une lycéenne près de Kazeroun, en Iran (entre Chiraz et Bouchehr). Elle a été harcelée pendant plusieurs semaines par les autorités de son lycée en raison de son habillement et de son comportement. Selon le proviseur de son lycée, « elle ne respectait pas les codes islamiques et mettait du vernis à ongles ».

    À bout de souffle, Aïnaz s'est suicidée. Elle fait partie des nombreuses victimes femmes de la dictature des mollahs qui veut empaqueter les femmes, les mettre dans de vilains sacs à patate noirs car sans cela, si on suivait cette logique, ces hommes seraient incapables de résister à leur sex-appeal.

    Quatre jours auparavant, c'était
    Arezou Khavari qui a sauté du haut d'un immeuble de six étages près de Téhéran après avoir été menacée d'exclusion parce qu'elle avait simplement dansé dans un bus en jeans sans avoir porté de hijab lors d'une sortie scolaire.

    Ce pays, l'Iran, est devenu complètement délirant. Une loi anti-femmes qui menace et tue les femmes qui n'auraient pas choisi l'épouvantable uniforme. Ce régime ne vaut pas mieux que le régime nazi qui imposait aux Juifs de coudre une étoile de David sur leurs vêtements. C'est tellement délirant qu'une étudiante en doctorat,
    Ahou Daryaei, s'est déshabillée après avoir été harcelée sur sa tenue (elle portait mal son hijab, je reparlerai d'elle qui a eu les faveurs d'un buzz mondial).

    Rappelons aussi les dernières statistiques, et elles ne tiennent pas compte de ces terribles suicides : au mois d'octobre 2024, 166 personnes ont été pendues par la justice expéditive des mollahs. C'est un record. Jamais dans ce pays on a autant tué, et tué pour des raisons rétrogrades, des raisons absurdes.

     

     
     


    Dans les années 1970, l'Iran était un pays moderne, riche, ouvert, au tourisme fleurissant. Les jeunes femmes étaient libres de porter les vêtements qu'elles voulaient, à la mode ou pas, jusqu'aux jupes courtes comme c'était à la mode à l'époque. Ce qu'on imagine mal, c'est que l'éloignement dans le passé ou l'éloignement géographique de ces absurdités n'empêchent pas forcément qu'un jour, en France, en Europe, en supposé Occident à la définition très ambiguë, on puisse vivre ou revivre ce genre d'enfer. Les jeunes femmes qui vivaient en Iran dans les années 1970 n'auraient jamais imaginé ce que leur pays deviendrait cinquante années plus tard, aux mains d'une bande de fanatiques machistes et cruels.

    Au moment où toutes les communes de France commémorent
    l'Armistice du 11 novembre 1918, dans chaque ville et village de France, où les enfants du pays ont donné leur vie, on retrouve à deux heures d'avion, en Ukraine, le même enfer du front que dans la Marne pendant la Première Guerre mondiale. Ce qui se passe en Ukraine nous concerne, tout comme ce qui se passe en Iran nous concerne. Rien ne nous protège d'un enfer qu'il faut pourtant absolument éviter, sinon prendre conscience des dangers qui guettent l'humanité dans son universalisme et avoir l'impérieuse nécessité d'être en capacité de nous défendre, le cas échéant. Que cet énième drame iranien, avec Aïnaz Karimi, puisse nous faire prendre conscience, nous, bien confortablement en paix, que celle-ci est très précaire et qu'il y a un devoir de solidarité envers les peuples qui en ont besoin, ceux qui sont opprimés pour des raisons de secte.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (09 novembre 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Varisha Moradi.
    Aïnaz Karimi.
    Arezou Khavari.
    Ahou Daryaei.
    Ebrahim Raïssi.
    Khosro Besharat.
    Mobilisons-nous pour Toomaj Salehi !
    Fatwa de mort contre Salman Rushdie.
    Alireza Akbari.
    Mehran Karimi Nasseri.
    Claude Malhuret contre la mollarchie.
    Mahsa Amini, les femmes iraniennes, leur liberté et Claude Malhuret.
    Révolution : du rêve républicain à l’enfer théocratique de Bani Sadr.
    L'Iran de Bani Sadr.
    De quoi fouetter un Shah (18 février 2009).
    N’oubliez pas le Guide (20 février 2009).
    Incompréhensions américaines (1) et (2).
    Émission de France 3 "L’Iran et l’Occident" (17-18 février 2009).
    Session de septembre 2006 à l’ONU : Bush, Ahmadinejad, Chirac.
    Dennis Ross et les Iraniens.
    Un émissaire français à Téhéran.
    Gérard Araud.
    Stanislas de Laboulaye.
    Des opposants exécutés par pendaison en Iran.
    Expulsion de Vakili Rad, assassin de Chapour Bakhtiar, dernier Premier Ministre du Shah d'Iran, par Brice Hortefeux à la suite du retour de l'étudiante Clotilde Reiss.
    Mort de l'ancien Premier Ministre iranien Mohammad Reza Mahdavi-Kani à 83 ans le 21 octobre 2014.

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20241108-ainaz-karimi.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/une-triste-pensee-pour-ainaz-257602

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/11/10/article-sr-20241108-ainaz-karimi.html


     

  • Il faut sauver la soldate Varisha Moradi !

    « Regardez son regard. Celui d’une femme iranienne, forte, courageuse, défiant la tyrannie là où le monde a détourné les yeux. Un regard que le régime de Téhéran a décidé d’éteindre, un matin, à l’heure de leur prière. Ils vont l’exécuter. (…) Sous la terreur, une autre voix s’éteint. Une autre flamme s’évanouit. Réveille-toi, monde. Ne laisse pas la bravoure mourir en silence. » (Maneli Mikhan, le 10 novembre 2024 sur Twitter).


     

     
     


    C'est avec stupeur mais sans illusion que ce dimanche 10 novembre 2024, les avocats et la famille de Varisha Moradi ont appris qu'elle a été condamnée à la peine de mort par la quinzième chambre du tribunal islamique révolutionnaire de Téhéran et qu'un ordre d'exécution a été donné.

    Le verdict a conclu un simulacre de procès qui s'est tenu en deux audiences le 16 juin 2024 et le 5 octobre 2024, au cours desquelles Varisha Moradi n'a pas pu exercer son droit à se défendre, ni ses avocats qui n'ont eu accès au dossier qu'à l'issue de la seconde audience pendant seulement quelques heures.

    Opposante déterminée de la dictature des mollahs, Varisha Moradi, qui est par ailleurs une prisonnière politique kurde (les Kurdes iraniens sont pourchassés dans leur pays), a été condamnée à mort officiellement pour "insurrection armée" (ou "rébellion armée") [baghi]. Elle est membre de la Société des femmes libres du Kurdistan oriental (KJAR). Elle avait été arrêtée le 1er août 2023 à Sanandaj, la capitale la province iranienne du Kurdistan (qui compte 850 000 habitants), par les agents du Ministère du Renseignement.

    Ce pseudo-procès a été mené par le président (depuis 2009) de cette chambre spéciale qui juge les affaires politiques les plus importantes, à savoir le tristement célèbre Abolqasem Salavati, connu pour utiliser la torture dans les instructions judiciaires afin d'obtenir les aveux des accusés, et pour les condamner à mort par dizaines (34 selon l'ONG "United for Iran"). Il a notamment condamné à mort et fait exécuter par pendaison Mohsen Shekari, une jeune personne de 23 ans qui aurait blessé un milicien en 2022 (le corps de Mohsen n'a jamais été rendu à la famille), il a aussi fait exécuter le 14 janvier 2023 le citoyen irano-britannique
    Alireza Akhbari malgré l'indignation de la communauté internationale.

    Selon des juristes, la condamnation à mort de Varisha est en contradiction avec l'acte d'accusation qui a fait référence à l'article 288 du code pénal islamique, qui prévoit une peine maximale de quinze d'emprisonnement. Mais Abolgasem Salavati a justifié la condamnation à mort par l'article 287 qui prévoit la peine de mort aux personnes convaincues de résistance armée contre la République islamique. Ces arguties juridiques paraissent bien anecdotiques lorsque le pouvoir en place veut éliminer ses opposants. En Iran, l'État de droit n'est qu'une vue très théorique de l'esprit, voire très théocratique.

     

     
     


    Enfermée à la prison d'Evin à Téhéran depuis le 14 août 2023, Varisha n'a plus le droit de revoir sa famille depuis le 6 mai 2024. Elle a fait une grève de la faim du 10 au 30 octobre 2024 pour protester contre la condamnation à mort et l'exécution d'autres prisonniers politiques en Iran et plus généralement dans le monde. En raison de son état de santé, elle a dû être hospitalisée une nuit à l'extérieur de la prison puis est retournée dans sa cellule au quartier d'isolement. Le 4 août 2024, Varisha avait déjà refusé de se présenter à l'audience de son procès pour protester contre la condamnation à mort prononcée contre Pakhshan Azizi et contre Sharifeh Mohammadi.

    En octobre 2024, Varisha a réussi à faire parvenir un message à la Radio Zamaneh (station privée qui émet en persan pour l'Iran depuis Amsterdam) : « Ne laissez pas les guerres extérieures éclipser la répression interne. Ma grève de la faim s’inscrit dans cet effort. Nous ne permettrons à aucun prix que les voix des combattants intérieurs qui se sont courageusement levés soient noyées par le bruit des guerres et des aventures vaines. ».

    Le Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI) a fermement condamné la condamnation à mort de Varisha Moradi et a appelé à une réaction majeure de la communauté internationale pour réclamer vivement sa libération.

    Oui, il faut sauver la soldate Varisha ! On peut croire que l'agitation médiatique est vaine face aux rouleaux-compresseurs des révolutionnaires islamiques, mais parfois, cela peut infléchir leurs décisions. Ainsi, après une vive protestation de la communauté internationale contre la condamnation à mort du chanteur populaire
    Toomaj Salehi le 24 avril 2024 pour "corruption sur Terre", le chanteur a vu sa peine annulée par la Cour suprême iranienne le 22 juin 2024 en attendant la révision de son procès. Cela signifie très clairement que la mobilisation internationale (notamment à Paris, Sidney, Toronto) a porté ses fruits et fait basculer certains juges dans le doute. Mobilisons-nous aussi pour sauver Varisha Moradi ! Elle est simplement accusée d'être Kurde et de vouloir être une femme libre. Toute action de soutien est donc la bienvenue et peut faire infléchir ces barbus misogynes.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (10 novembre 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Varisha Moradi.
    Aïnaz Karimi.
    Arezou Khavari.
    Ahou Daryaei.
    Ebrahim Raïssi.
    Khosro Besharat.
    Mobilisons-nous pour Toomaj Salehi !
    Fatwa de mort contre Salman Rushdie.
    Alireza Akbari.
    Mehran Karimi Nasseri.
    Claude Malhuret contre la mollarchie.
    Mahsa Amini, les femmes iraniennes, leur liberté et Claude Malhuret.
    Révolution : du rêve républicain à l’enfer théocratique de Bani Sadr.
    L'Iran de Bani Sadr.
    De quoi fouetter un Shah (18 février 2009).
    N’oubliez pas le Guide (20 février 2009).
    Incompréhensions américaines (1) et (2).
    Émission de France 3 "L’Iran et l’Occident" (17-18 février 2009).
    Session de septembre 2006 à l’ONU : Bush, Ahmadinejad, Chirac.
    Dennis Ross et les Iraniens.
    Un émissaire français à Téhéran.
    Gérard Araud.
    Stanislas de Laboulaye.
    Des opposants exécutés par pendaison en Iran.
    Expulsion de Vakili Rad, assassin de Chapour Bakhtiar, dernier Premier Ministre du Shah d'Iran, par Brice Hortefeux à la suite du retour de l'étudiante Clotilde Reiss.
    Mort de l'ancien Premier Ministre iranien Mohammad Reza Mahdavi-Kani à 83 ans le 21 octobre 2014.
     

     
     



    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20241110-varisha-moradi.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/il-faut-sauver-la-soldate-varisha-257637

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/11/12/article-sr-20241110-varisha-moradi.html




     

  • Arezou Khavari, nouvelle victime de la dictature du hijab

    « Aucune fille ne devrait avoir à choisir entre la liberté et la vie. Sa douleur fait écho aux cris silencieux de beaucoup ! » (Daughters of Persia, le 6 novembre 2024 sur Twitter).



     

     
     


    Tristesse malgré ce visage de joie et de victoire. Quand on est une adolescente, on vit avec ses rêves, ses insouciances, ses légèretés, mais aussi avec sa fragilité, sa sensibilité. Même quand on vit dans un pays au régime rétrograde, on vit sur la même planète de modernité que les autres. Les jeunes filles d'Iran ne sont pas différentes des jeunes filles de France, d'Europe et d'autres contrées qui ont beaucoup de chance de vivre en régime de liberté. Peut-être pas sans en avoir pris vraiment conscience. Hélas, il y a quelques tristes événements qui viennent rappeler cette chance de vivre en France de 2024 et pas en Iran de 2024. Arezou Khavari est bien, hélas, une nouvelle victime de la dictature du hijab. Ce régime terroriste, parce qu'il terrorise sa propre jeunesse, ses propres filles, qui veut cacher ses femmes parce qu'elles sont trop belles, est une honte à l'humanité, à la féminité, à l'universalité.

    Le 4 novembre 2024, Arezou Khavari est morte. Sa mort, on aurait pu l'éviter. Ce n'était pas une fatalité. Elle n'était pas malade, elle n'a pas eu d'accident, elle n'était pas victime de guerre. Mais elle était victime du régime islamique. À 16 ans, elle s'est suicidée du haut d'un immeuble de six étages, à Chahr-e-Rey, à 10 kilomètres au sud de Téhéran, la capitale de l'Iran. Sa mort vient juste après l'arrestation brutale et l'internement forcé de l'étudiante Ahou Daryaei (sur laquelle je reviendrai certainement).

    Arezou Khavari était une jeune fille scolarisée qui a participé avec ses camarades à une sortie scolaire. Elle et ses copines étaient habillées de pull, manteau et hijab. Elles ont tiré les rideaux du bus qui les transportaient, et ont enlevé leur manteau, ont fait la fête, ont dansé joyeusement, jusqu'à ce que la directrice adjointe de l'école ne soit intervenue pour réprimander cette légèreté. Arezou a été particulièrement blâmée parce qu'en plus de porter un jeans, elle ne portait pas de hijab.


    On l'a menacée d'exclusion de son établissement scolaire. La direction de l'école lui a montré une vidéo la montrant dansant sans hijab. Ses parents étaient convoqués le lendemain à l'école. On lui a dit que si elle ne venait pas avec ses parents le lendemain, elle serait exclue. Or, ce n'était pas la première menace. Elle était même harcelée par la police des mœurs parce qu'elle ne portait pas les vêtements réglementaires ("appropriés"). Cette menace d'exclusion était si forte que l'état psychologique et émotionnel d'Arezou en a été complètement bouleversé. Une fois rentrée dans l'établissement, elle a trouvé une excuse bidon pour le quitter toute seule et elle a disparu. Elle était allée en haut d'un immeuble chez un ami, et s'est jetée du sixième étage.
     

     
     


    Le père et le frère d'Arezou, sans nouvelle d'elle, se sont rendus à l'école en fin de journée et ses camarades ont cru qu'elle avait disparu. Ils ont hélas vite su qu'elle s'était suicidée. Le père ne comprend toujours pas comment sa fille a pu sortir de l'établissement sans avoir été arrêté par une autorité de l'école.

    Le père d'Arezou a en effet déclaré à Rokna News, un média local basé à Téhéran, que les autorités de l'école lui avaient dit qu'Arezou avait quitté les lieux sans autorisation. Il a porté plainte contre la direction pour négligence car l'école est dotée de caméras de surveillance et son départ des lieux aurait dû être observé. Le père a également ajouté, selon ce média : « L'année dernière, ils ont également essayé d'empêcher son inscription, en utilisant des excuses comme le fait d'avoir trop d'amies ou de laisser apparaître une partie de ses cheveux. ».

    Le père a aussi reproché à la direction de l'école son insensibilité après le drame car elle a refusé de présenter ses condoléances et a même refusé de venir en soutien psychologique à ses camarades complètement effondrées. Une source explique en effet : « Pas un seul message de condoléances n'a été posté dans le groupe virtuel de l'école. La directrice adjointe a évité de se présenter devant les élèves. Lorsque les élèves l'ont approchée une fois pour lui proposer des rendez-vous en guise de geste, elle leur a dit : "Ne demandez aucun de rendez-vous à personne". ».
     

     
     


    Ces harcèlements de jeunes femmes par la police des mœurs pour cause de violation du code vestimentaire sont très nombreux, et ont été intensifiés depuis l'assassinat de Masha Amini le 16 septembre 2022. J'avais cité le nombre de 551 femmes tuées par la police des mœurs en raison de l'obligation du port du hijab et autres sacs à patates noir qui devraient stupidement emballer toutes les femmes iraniennes. Il est probable que les suicides ne sont pas comptabilisés parmi les victimes, et pourtant, Arezou est bien une de ces victimes de ce régime débile.

    La preuve que cette police des mœurs est choquante, c'est qu'elle ne fait pas l'unanimité au plus haut niveau du régime. Le nouveau Président de la République islamique d'Iran Massoud Pezechkian (en fonction depuis le 28 juillet 2024) a promis, pendant sa campagne électorale, de mettre fin au "Projet des lumières", un projet déposé le 13 avril 2024 pour renforcer le déploiement de la police des mœurs dans la société iranienne afin d'imposer ces vêtements (uniformes) féminins. Mais le conseil des gardiens de la révolution a au contraire approuvé, en octobre 2024, ce projet sur le hijab et la chasteté, et le projet sera probablement adopté par le parlement dominé par les conservateurs. Des universités comme l'Université Al-Zahra à Téhéran ont déjà installé un système de reconnaissance faciale à leurs entrées pour garantir le respect des règles vestimentaires et réprimer le cas échéance tout écart. C'est cela, la modernité à la sauce rétrograde.


    Tel Cassandre, le journaliste Emmanuel Razavi, auteur du livre "La Face cachée des mollahs, le livre noir de la République islamique d'Iran" sorti le 23 janvier 2024 (éd. Cerf), a mis en garde sur Twitter ce mercredi 6 novembre 2024 : « Tous ceux qui ont commis des crimes contre l'humanité en Iran en répondront un jour devant une juridiction pénale internationale. Ceux qui les soutiennent en France, et qui se sont compromis en prenant l'argent des mollahs, auront aussi à rendre des comptes devant la justice française. Des avocats, des élus et des journalistes y veillent désormais. ».

    Oui, un jour ou l'autre, tous ces crimes contre l'humanité seront jugés et les responsables seront châtiés. Depuis plusieurs décennies, on connaît la fin des dictateurs et de leurs complices, et peu passent désormais au travers des mailles soit d'un lynchage populaire (regrettable), soit d'un procès par un tribunal national ou international pour les juger (préférable). Des avocats, des journalistes, des militants sont là, en vigiles quotidiens, pour instruire précisément chaque dossier à charge. Ce n'est pas la vengeance mais de la justice qui sera à l'œuvre. Ce n'est qu'une question de temps.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (06 novembre 2024)
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    Pour aller plus loin :
    Arezou Khavari.
    Ahou Daryaei.
    Ebrahim Raïssi.
    Khosro Besharat.
    Mobilisons-nous pour Toomaj Salehi !
    Fatwa de mort contre Salman Rushdie.
    Alireza Akbari.
    Mehran Karimi Nasseri.
    Claude Malhuret contre la mollarchie.
    Mahsa Amini, les femmes iraniennes, leur liberté et Claude Malhuret.
    Révolution : du rêve républicain à l’enfer théocratique de Bani Sadr.
    L'Iran de Bani Sadr.
    De quoi fouetter un Shah (18 février 2009).
    N’oubliez pas le Guide (20 février 2009).
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    Émission de France 3 "L’Iran et l’Occident" (17-18 février 2009).
    Session de septembre 2006 à l’ONU : Bush, Ahmadinejad, Chirac.
    Dennis Ross et les Iraniens.
    Un émissaire français à Téhéran.
    Gérard Araud.
    Stanislas de Laboulaye.
    Des opposants exécutés par pendaison en Iran.
    Expulsion de Vakili Rad, assassin de Chapour Bakhtiar, dernier Premier Ministre du Shah d'Iran, par Brice Hortefeux à la suite du retour de l'étudiante Clotilde Reiss.
    Mort de l'ancien Premier Ministre iranien Mohammad Reza Mahdavi-Kani à 83 ans le 21 octobre 2014.
     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20241104-arezou-khavari.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/arezou-khavari-nouvelle-victime-de-257527

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