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  • Ion Iliescu, l'apparatchik révolutionnaire

    « Coup d’État avec des manipulations grossières : première étape, le faux charnier pour émouvoir la population ; deuxième étape, les morts par le pouvoir ; troisième étape, la peur d’une résistance de fidèles de Ceausescu ; enfin, quatrième étape, l’exécution bâclée des Ceausescu. La révolution est devenue une révolution de palais. » (18 décembre 2019).




     

     
     


    Cela faisait plusieurs années que le pays se faisait blâmer par la Cour européenne des droits de l'homme pour ne pas avoir jugé ses criminels. La Roumanie ne pourra plus le juger, ce sera le rôle de l'Histoire, et sans doute que l'Histoire mettra un peu de temps avant de le juger définitivement. L'ancien Président roumain Ion Iliescu est mort à Bucarest ce mardi 5 août 2025 à l'âge de 95 ans (âge qu'il avait atteint le 3 mars dernier). Acteur historique de la Révolution roumaine mais aussi ancien apparatchik du parti communiste roumain, Ion Iliescu aurait pu être un maître de la manipulation des foules pour conquérir le pouvoir. Au prix de centaines voire de milliers de vies humaines.

    À 95 ans, Ion Iliescu était un vieux dinosaure et l'un des derniers acteurs vivants de la désoviétisation de l'Europe centrale et orientale, aux côtés de Lech Walesa (81 ans) et Lothar de Maizière (85 ans). Avec le vent de libéralisation politique qu'a connu l'Europe à partir du printemps 1989, qui a commencé d'abord en Pologne, puis en Hongrie, en Allemagne de l'Est avec la date historique de la chute du mur de Berlin, il y a trente-cinq ans et demi, le 9 novembre 1989, les observateurs s'étaient montrés prudents et surpris : dans chaque pays européen précédemment sous le joug soviétique, le régime de dictature communiste a été renversé sans mort d'homme, ce qui n'était pas évident, notamment pour l'Allemagne de l'Est, la Bulgarie ou encore la Pologne... (et même l'Union Soviétique en 1991).

    Partout des "révolutions de velours". Sauf dans un seul pays, la Roumanie. En Roumanie, le scénario chinois était sinistrement à l'œuvre (car en 1989, il y a eu aussi la répression sanglante des manifestations sur la place Tiananmen). Des centaines de vies ont été détruites par cette (courte) Révolution roumaine.

     

     
     


    Ion Iliescu était un apparatchik proche des Ceausescu (il y a une photo qui le montre en train de jouer aux fléchettes avec Elena Ceausescu en 1976). Il a adhéré au parti communiste roumain en 1965 et a grimpé rapidement dans la hiérarchie, devenant membre du comité central du parti de 1969 à 1984. Il fut même Ministre de la Jeunesse jusqu'en 1971.

    Puis, il a pris ses distances avec Nicolae Ceausescu à partir de 1983. Au-delà de la politique très sévère que menait le dictateur communiste roumain (le "génie des Carpates" !), l'explication pourrait être simple : Mikhaïl Gorbatchev est arrivé au pouvoir en URSS en mars 1985 et a incité les partis des "pays frères" à se réformer de l'intérieur pour être plus acceptables (transparence et restructuration). Ceausescu ne voulait surtout pas suivre le chemin de Gorbatchev alors qu'Ion Iliescu pourrait être considéré comme l'homme des réseaux gorbatchéviens en Roumanie.

    Des premières manifestations de protestation contre la police politique (la Securitate) et contre la politique de Ceausescu ont eu lieu à partir du 16 décembre 1989, d'abord à Timisoara (à l'ouest du pays), puis à Bucarest. La découverte d'un (faux) charnier à Timisoara, laissant entendre de très nombreuses victimes de la répression, a profondément choqué le peuple roumain (on saura plus tard qu'il s'agissait d'une odieuse manipulation). Cette émotion a provoqué de nouvelles manifestations dans tout le pays, tandis que Ceausescu était en voyage en Iran.

     

     
     


    À son retour, l'autocrate roumain pensait pouvoir appliquer ses vieilles ficelles de répression (au lieu de fuir rapidement). Il a alors organisé un rassemblement de masse le 21 décembre 1989 pour montrer sa force et son soutien populaire, retransmis en direct par la télévision d'État... Mais le soutien a muté en révolution populaire. La foule l'a hué tandis que la télévision a interrompu sa diffusion. Ceausescu, vieillissant, a été incapable de réagir et s'est retiré dans ses appartements.

    La nuit et la journée du lendemain (le 22 décembre 1989) ont été cruciales : l'armée avait pour ordre de tirer sur les protestataires, mais ne tirait pas. Le couple Ceausescu a tenté de fuir en hélicoptère mais a vite été rattrapé. À Bucarest, des tirs ont eu lieu. On a compté des centaines de morts, presque un millier. Pendant trois jours, la situation était peu claire. Il semblerait qu'Ion Iliescu ait manipulé l'opinion en encourageant les tirs. Le 25 décembre 1989 a eu lieu le procès expéditif des Ceausescu et leur exécution filmée en direct, ce qui a eu pour effet l'arrêt miraculeux de tous les tirs de snipers.

    Dès le 22 décembre 1989, Ion Iliescu est devenu le chef de l'État incontesté. Il allait être onze ans à la tête de la Roumanie : Président du Conseil du Front de salut national du 22 décembre 1989 au 13 février 1990, puis Président du Conseil provisoire d'unité nationale du 13 février 1990 au 20 juin 1990, puis élu le 20 mai 1990 avec 85,1% et réélu le 11 octobre 1992 avec 61,4%, Président de la Roumanie du 20 juin 1990 au 29 novembre 1996, et après un échec à l'élection présidentielle du 17 novembre 1996 (où il n'a recueilli que 45,6% des voix), il s'est fait réélire le 10 décembre 2000 avec 66,8% des voix et est redevenu Président de la Roumanie du 20 décembre 2000 au 20 décembre 2004. Autre figure marquante de la révolution, Petre Roman a été nommé Premier Ministre du 26 décembre 1989 au 1er octobre 1991 et s'est rapidement éloigné d'Ion Iliescu.
     

     
     


    Comme on le voit, Ion Iliescu, figure paternaliste, rassurante, grand-père tranquille qui a basé ses campagnes électorales sur l'impunité de tous en temps de dictature, a voulu ainsi rendre impossible toute introspection sur la dictature communiste d'après-guerre, mais aussi sur le déroulement exact de la révolution de 1989. Se transformant en social-démocrate, Ion Iliescu a représenté une gauche qui voulait initialement réformer le communisme irréformable.

    Conseiller du Président roumain Traian Basescu (élu en 2004), le politologue Alexandru Gussi a regretté l'omerta sur les exactions en 1989 des néo-communistes menés par Ion Iliescu : « La moitié des membres du premier gouvernement post-révolutionnaire appartenaient au parti communiste. (…) Une fois au pouvoir, ce réseau a tout fait pour protéger les siens. En exécutant Nicolae Ceausescu, ils l'ont fait passer pour l'unique responsable. Ils ont ensuite fait disparaître le parti et les symboles du communisme, mais ils n'ont pas changé les structures de l'État. » (dans "Slate" du 22 décembre 2009).
     

     
     


    Ion Iliescu a eu son heure de gloire lors de sa réception au Parlement Européen de Strasbourg le 23 septembre 2003. La Roumanie n'était pas encore un État membre mais elle avait prévu de l'être (il allait falloir attendre encore plus de trois ans). Le discours d'Ion Iliescu fut donc très pro-européen : « Le principal message que je souhaite faire passer concerne le fait que la Roumanie est un pays sur lequel la communauté démocratique des nations peut compter. La Roumanie sera un État membre de l’Union Européenne fiable et crédible. L’Union Européenne gagnera bien plus qu’un nouvel État membre de plus de 22 millions d’habitants; elle gagnera un fidèle partisan de l’intégration européenne, un pays euro-optimiste par choix. Liés à l’Europe tout au long de notre histoire, nous avons foi dans le système des valeurs positives sur lequel repose la construction européenne: la démocratie, le respect des droits et des libertés des citoyens, la justice et l’équité sociale, la tolérance, la solidarité au sein des nations et entre celles-ci ainsi que la responsabilité envers les générations futures. Les Roumains, que l’histoire a mis sur la touche pendant plus d’un demi-siècle, ont toujours aspiré à participer naturellement à l’évolution de la Communauté européenne dont les valeurs ont servi de guide. Cette aspiration est devenue réalité lors de la révolution de décembre 1989. Cela n’a pas été facile ni simple de sortir du totalitarisme, tant fasciste que communiste. Nous avons été confrontés à un double handicap. Le premier était de nature institutionnelle : les institutions d’un État totalitaire sont incompatibles avec la démocratie et l’économie de marché. Le second handicap était représenté par notre isolement par rapport au monde et nos tendances autarciques. Tout cela s’est inscrit sur un fond de profond retard historique en matière de développement économique et social. (…) La Roumanie est prête à assumer les nouvelles responsabilités qui lui incombent en raison de son nouveau statut de membre de l’OTAN et de futur État membre de l’Union Européenne. (…) La Roumanie appartient à la culture et à la civilisation européenne par son histoire, sa tradition et ses valeurs. Voilà pourquoi son intégration à l’Union Européenne, en tant que processus de retour à la normalité démocratique de notre pays, a été et reste encore un objectif stratégique de la société roumaine et cet objectif a toujours fait l’objet d’un large consensus politique et civique. L’adhésion à l’Union Européenne est considérée comme un objectif politique autant que comme un instrument destiné à accélérer les processus de modernisation institutionnelle et de développement économique et social, dans le but de réduire les décalages qui nous séparent encore du monde industrialisé. (…) En réduisant les décalages économiques dans le cadre de l’Union Européenne élargie, l’Union, en tant qu’acteur global, gagnera en transparence, en cohérence et en efficacité dans la poursuite de ses objectifs sur le plan mondial, contribuant ainsi à la diminution de la pauvreté, à une meilleure répartition des bénéfices de la mondialisation en faveur des régions défavorisées et à une plus large participation de ces régions au commerce mondial. (…) La Roumanie fait partie de l’Europe et ses moindres actes sont issus de son désir de confirmer son identité européenne. Nous savons que ce n’est pas tâche facile. Nous devons travailler avec encore plus d’ardeur et de ferveur afin de remplir les engagements que nous avons contractés en vue de consolider votre confiance, puisque vous êtes nos partenaires européens, dans notre aptitude à mener à bien des processus complexes, tels que les réformes requises pour notre adhésion à l’Union européenne, et nous devons agir et nous comporter en véritables Européens. Plus personne et plus rien ne pourrait mettre en doute l’avenir européen de la Roumanie. Nous possédons à la fois l’aptitude et le désir requis pour mener à terme la transformation structurelle de l’économie et de la société roumaines afin de rendre celles-ci compatibles avec les exigences de l’Union européenne et d’améliorer ainsi le bien-être des citoyens roumains. ».

    Mais surtout, il a fallu attendre le 8 avril 2019, alors qu'il était âgé de 89 ans, pour que l'ancien Président Ion Iliescu fût renvoyé en procès sur deux affaires pour crimes contre l'humanité : l'affaire des snipers du 22 au 25 décembre 1989 (bilan extrêmement lourd : 862 morts et plus de 2 150 blessés) ainsi que l'assassinat des Ceausescu, et l'affaire dite des minériades du 13 au 15 juin 1990 : Ion Iliescu avait fait venir par train des ouvriers mineurs à Bucarest pour frapper les étudiants venus manifester contre lui ! Le bilan fut très lourd : 6 morts, 6 femmes violées, 746 blessés, officiellement, car selon les étudiants, plus d'une centaine d'entre eux auraient péri.


    Pour le procureur Augustin Lazar qui l'a mis en accusation, « il s’agit d’un moment particulièrement important pour la justice roumaine qui accomplit une dette d’honneur envers l’Histoire ». Considérant ce procès comme une « farce », Ion Iliescu avait déclaré en avril 2018 pouvoir « garder la tête haute devant le jugement de l’Histoire ». Reporté à cause de la crise du covid-19, le procès n'a finalement jamais eu lieu. L'Histoire jugera donc.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (05 août 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Ion Iliescu.
    Michel Ier  de Roumanie.
    La Révolution roumaine de décembre 1989.
    Eugène Ionesco.
    Nicolae Ceausescu.
    Otto von Europa.
    Dynasty.
    Victoria, mamie Europa.

     

     
     





    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250805-ion-iliescu.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/ion-iliescu-l-apparatchik-262516

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/08/05/article-sr-20250805-ion-iliescu.html


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  • Jacques Delors : Allons, courage, le Printemps de l’Europe est toujours devant nous !

    « Pour beaucoup d’entre nous, Jacques Delors a été le véritable architecte de l’Europe rêvée. Un rêve devenu réalité. La génération de ceux qui, comme moi, sont nés dans les années 1960, et celles qui ont suivi ont pu assister à la naissance de l’Europe sans frontières qu’ils appelaient de leurs vœux et ont eu le privilège de vivre toutes les opportunités de paix et de développement que celle-ci représentait. » (Enrico Letta, le 4 janvier 2024, dans "La Croix").





     

     
     


    L'ancien Président de la Commission Européenne Jacques Delors est né il y a 100 ans, le 20 juillet 1925. Il est mort il y a un an et demi, à 98 ans, le 27 décembre 2023. Désormais considéré comme un (récent) Père de l'Europe, Jacques Delors a été à l'origine de l'Acte Unique Européen (notamment marché unique et harmonisation des diplômes), du Traité de Maastricht (monnaie unique européenne), des Accords de Schengen (libre circulation des personnes), du programme Erasmus (échange entre étudiants), des programmes européens de recherche, des fonds structurels de cohésion, etc.

    Comme l'a exprimé Enrico Letta, ancien Président du Conseil italien, le 4 janvier 2024, Jacques Delors ne considérait le marché unique qu'avec la contrepartie sociale, des fonds de cohésion, de solidarité, dans cette triple deviser : « la concurrence qui stimule, la solidarité qui unit, la coopération qui renforce ».

    Je propose ici de revenir sur le discours d'adieu de Jacques Delors. Il allait quitter la Présidence de la Commission Européenne après dix ans très marquants d'exercice et a prononcé ce discours de départ le 19 janvier 1995, il y a un peu plus de trente ans, à Strasbourg, devant le Parlement Européen présidé par Klaus Hansch (qu'on peut lire dans son intégralité ici).

    Sa priorité a été d'exprimer l'importance du Parlement Européen pendant les réformes qu'il a entreprises en Europe entre 1985 et 1995, ce qu'allait confirmer la parlementarisation ultérieure de l'Europe : « Le seul véritable Parlement multinational au monde doit savoir que pour peu qu'il trouve les formes adéquates et la persévérance dans l'action, sa parole est entendue partout. Ainsi témoigne-t-il, pour sa part, du combat jamais terminé en faveur de la liberté, des droits de l'homme et du pluralisme spirituel, idéologique et politique. Ce n'est pas un hasard si le Traité de l'Union Européenne en a tiré un enseignement : il vous reconnaît désormais ce rôle d'inspirateur, dont je voulais simplement rappeler qu'il s'était incarné dès avant Maastricht et que ses résultats n'auront pu que favoriser le renforcement récent des pouvoirs de votre institution. (…) Grâce à votre force d'initiative et à votre appui jamais démenti, l'intégration européenne a beaucoup progressé au cours des dix dernières années. ».

    L'événement le plus marquant de la période a été la chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989 : « Avec l'effondrement de l'empire soviétique, le rapport de la Communauté au reste du monde a été remis en cause. La chute du mur de Berlin, en novembre 89, a provoqué le véritable aggiornamento de la Communauté. Elle a modifié en profondeur les données politiques et psychologiques de la construction européenne. La Communauté, fille de la guerre froide, devait-elle prendre fin avec la disparition de cette guerre froide ? Non, avons-nous tranché. Il a été décidé d'aller de l'avant, d'agir sur l'événement, de doter la Communauté d'une véritable personnalité politique : l'Europe était devenue pôle d'attraction, elle devait aussi être le moteur d'une stabilisation politique, au niveau du continent. (…) Une nouvelle Union se dessine. Une Union élargie à quinze membres, depuis qu'au terme de négociations conduites avec célérité elle a accueilli en son sein trois nouveaux États membres porteurs d'une longue tradition démocratique et susceptibles d'enrichir ce modèle social que l'Union veut défendre, rénover et promouvoir. (…) L'Europe se veut puissante pour être généreuse, et son engagement en faveur des pays en développement a été accru ces dix dernières années. ».

     

     
     


    Plus qu'un bilan, Jacques Delors a surtout évoqué les perspectives futures de l'Europe de l'après-Traité de Maastricht, et la principale est l'élargissement de l'Union Européenne à l'Europe centrale et orientale : « C'est dire que l'avenir s'annonce incertain, malgré les progrès réalisés. Le préalable, c'est bien entendu de mettre en œuvre ce qui a déjà été décidé dans le traité sur l'Union Européenne, mais tout en réfléchissant, dès maintenant, au cadre de la grande Europe et à sa compatibilité avec la poursuite de notre idéal qui n'a pas changé : l'Union politique des pays européens qui le veulent pleinement. Et là commence le débat. Il vous faudra, il nous faudra beaucoup d'imagination, de capacité technique, de force de conviction, de courage, de fidélité à nous-mêmes pour répondre aux défis de l'avenir. ».

    L'ancien ministre des finances de François Mitterrand n'a jamais cru au « déclin de l'aventure européenne » car il y a un réel besoin. Le premier, vital, est la paix et la sécurité du continent européen : « La demande de paix et de sécurité est toujours là, impérieuse (…). On assiste à la tentation de remettre en cause les positions acquises et les frontières, à la montée des intégrismes, à la résurgence des nationalismes... Comment ne pas souligner ici le message que nous a transmis, hier, le Président de la République française : les nationalismes, c'est la guerre. Au total, nous devons affronter les risques qui pèsent sur le monde et qui affectent, de manière directe ou indirecte, nos propres acquis en matière de paix et de compréhension mutuelle. L'Union Européenne ne peut se dérober face à ces réalités d'ailleurs difficiles à cerner. Sur son flanc est, sur son flanc sud, en Afrique, au Moyen-Orient, on attend d'elle des positions franches et nettes, une prise de responsabilités sans équivoque et des actions cohérentes avec les idéaux qu'elle affirme. La demande d'Europe, pour reprendre une expression simple, est là. ».

    Et de mettre en garde sur l'exigence de puissance, ce qui donne toute sa signification au discours du Président Emmanuel Macron du 13 juillet 2025 : « L'Histoire n'a pas cessé de nous dispenser leçons et avertissements. Malheur à ceux qui ne savent pas se faire respecter. Malheur aux peuples qui s'abandonnent aux délices de la société de consommation, à la nostalgie d'un passé pourtant révolu ou à un mondialisme sans conscience ! Face à cet avenir plein de périls, seule l'union politique des nations européennes peut leur permettre non seulement de défendre leurs intérêts légitimes, mais aussi de rayonner dans le monde, au service des idéaux qui ont marqué le meilleur de l'histoire de l'Europe. Notre crédibilité ne dépend pas uniquement de nos grandes déclarations de principe. Elle est et sera fonction de notre capacité à traduire les objectifs affichés en actes concrets pour la paix, pour la solidarité entre les peuples, pour le respect des droits de l'homme. Nous n'y parviendrons que par un pacte sans équivoque entre ceux des pays européens qui sont prêts à s'engager et à en tirer toutes les conséquences sur les plans politique, économique et institutionnel. ».

    L'impératif démocratique était la troisième piste d'avenir en 1995 : « Il ne peut y avoir d'aventure collective réussie sans promotion de la citoyenneté, c'est-à-dire sans renouveau de la vitalité démocratique. Le temps est révolu où la construction européenne pouvait avancer en parallèle aux vies politiques nationales. L'Europe est désormais entrée dans la vie de chaque citoyen européen. En d'autres termes, c'est une démarche avant tout politique dont nous avons besoin. Certes, l'Union Européenne est loin des citoyens ; certes, nous pouvons faire mieux en termes de transparence et de subsidiarité. Mais de là à faire de la construction européenne le bouc-émissaire de notre mélancolie démocratique, il y a une marge qui ne doit pas être franchie. Le mal est en nous, dans nos sociétés, dans les travers de nos vies politiques nationales : la distance qui s'accroît entre gouvernants et gouvernés, la consommation frénétique des faits et l'oubli qui intervient vite, l'épidémie galopante des sondages... voilà les maux pernicieux qui handicapent, il faut bien le dire, nos vieux pays. ».

     

     
     


    Sans surprise, Jacques Delors a fait la promotion de « l'approche fédérale » : « Le réveil politique de l'Europe se voudra une incitation à l'approfondissement démocratique contre l'abandon et l'atonie. Et c'est alors qu'une fois de plus, et au-delà des passions et des incompréhensions, il me faut rappeler les mérites de l'approche fédérale en matière institutionnelle. Seule, elle permet de préciser qui fait quoi et qui est responsable devant qui. Seule, elle peut décrire clairement les transferts de souveraineté et leurs limites. Seule, elle autorise des procédures de contrôle démocratique et de sanction des abus de pouvoir. Seule, elle garantit le respect des personnalités nationales et des diversités régionales. C'est pourquoi, j'ai proposé cette formule, contradictoire en apparence, de fédération des États nationaux, afin de concilier la mise en œuvre d'ambitions communes avec l'épanouissement de nos nations forgées dans l'histoire, le sang et le contrat qui unissent chacun de nos peuples et qui confortent le sentiment d'appartenance de nos citoyens. Aucun pays européen n'est a priori exclu de cette aventure collective. La Maison est ouverte à tous. ».

    Le Président français était intervenu à la même tribune l'avant-veille, le 17 janvier 1995, pour faire aussi son discours d'adieu à l'Europe, à la fin de son second septennat, avec ce message clair : « Mesdames et messieurs : le nationalisme, c'est la guerre ! La guerre ce n'est pas seulement le passé, cela peut être notre avenir, et c'est vous, mesdames et messieurs les députés, qui êtes désormais les gardiens de notre paix, de notre sécurité et de cet avenir ! ».

    Jacques Delors et François Mitterrand ont eu une vision très pertinente des dangers concrets de l'Europe, le risque de guerre. Comprenant le sens de la guerre déclarée par Vladimir Poutine en Ukraine, Emmanuel Macron ne fait que s'inscrire dans cette longue tradition française, consolidée (mais pas initiée) par De Gaulle, d'indépendance nationale et européenne pour la défense, autrement dit, ne plus dépendre de la protection des États-Unis et de leur bon-vouloir.



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (19 juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    La parlementarisation de l'Europe (juillet 2025).
    Jacques Delors : Allons, courage, le Printemps de l’Europe est toujours devant nous !
    Les 30 ans du discours d'adieu de Jacques Delors.
    Discours de Jacques Delors le 19 janvier 1995 devant le Parlement Européen de Strasbourg (texte intégral).
    L'hommage de l'Europe à Jacques Delors.
    Discours de Présidente de la Commission Européenne Ursula von der Leyen en hommage à Jacques Delors le 31 janvier 2024 (texte intégral).
    L'hommage d'Emmanuel Macron à Jacques Delors : il nous a juste passé le relais !
    Discours du Président Emmanuel Macron en hommage à Jacques Delors dans la cour d'honneur des Invalides à Paris le 5 janvier 2024 (texte intégral et vidéo).
    Jacques Delors, l'un des pères de l'Europe moderne.
    Jacques Delors votera-t-il pour Emmanuel Macron ?
    Jacques Delors aurait-il pu être le précurseur d’Emmanuel Macron ?
    Jacques Delors, l’honneur de la France et de l’Europe.
    Institut Jacques-Delors (créé en 1996).
    Qui peut remplacer Jacques Delors en 2014 ?
    L’occasion ratée de 1995.
    Martine Aubry.

     



     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250720-delors.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/jacques-delors-allons-courage-le-258179

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/19/article-sr-20250720-delors.html


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  • Emmanuel Macron veut une France militairement puissante

    « Au fond, soyons simples : pour être libre dans ce monde, il faut être craint. Pour être craint, il faut être puissant. » (Emmanuel Macron, le 13 juillet 2025 à Paris).




     

     
     


    À la veille de la Fête nationale, ce dimanche 13 juillet 2025, le Président de la République Emmanuel Macron a prononcé un important discours adressé aux armées à l'Hôtel de Brienne, le siège du Ministère des Armées, le neuvième discours aux armées depuis qu'il est à l'Élysée, qu'on peut relire ou réécouter ici.

    À ses côtés à la tribune se tenaient le Premier Ministre François Bayrou que le Président a remercié chaleureusement pour son action, le Ministre des Armées Sébastien Lecornu et la ministre déléguée Patricia Mirallès. Dans l'assistance, on pouvait reconnaître une ancienne Ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie, qu'Emmanuel Macron est venu embrasser à la fin de son discours.

    Domaines privilégiés du Président, la politique étrangère et la défense sont des sujets sur lesquels Emmanuel Macron a beaucoup travaillé. Il est le premier Président à avoir augmenté, dès son arrivée au pouvoir en 2017, le budget de la défense alors que pendant une trentaine d'années, c'était le parent pauvre du budget, victime des dépenses clientélistes et des déficits publics : « Nous sommes lucides et unis, comme nous le sommes depuis neuf ans, parce que nous avons anticipé ces transformations du monde, anticipé les investissements indispensables. Et à cet égard, il ne suffit pas d'abord de viser des pourcentages de budget, mais de viser ce qui nous élève et nous unit, une force d'âme, une détermination. ».

     

     
     


    Mieux que d'autres, Emmanuel Macron a perçu qu'on avait changé d'époque et qu'il y a un retour, hélas, aux équilibres traditionnels : le meilleur moyen de maintenir la paix, ce n'est pas de sous-traiter à un géant outre-atlantique sa sécurité, mais de l'assurer soi-même : « Soyons clairs, nous, Européens, devons désormais assurer notre sécurité nous-mêmes. ».

    La guerre déclarée par la Russie à l'Ukraine en février 2022 a montré que les frontières pouvaient être transgressées par la force et que le meilleur moyen de les faire respecter, c'est encore d'avoir la capacité militaire de les défendre. Emmanuel Macron a compris avant d'autres dès février 2024 qu'il fallait soutenir à fond l'Ukraine car le projet militaire de Vladimir Poutine est la Grande Russie. L'Europe se retrouve ainsi avec la même communauté de destin que l'Ukraine : « La permanence d'une menace russe aux frontières de l'Europe, du Caucase à l'Arctique. Une menace préparée, organisée, durable et à laquelle nous devrons être capables de faire face. Notre avenir européen est déterminé par cela et la nécessité de nous organiser pour répondre à cette menace et la dissuader pour maintenir la paix. ».

    Le retour au pouvoir de Donald Trump aux États-Unis a encore donné raison à Emmanuel Macron en ce sens que le désengagement tant ukrainien qu'européen des États-Unis rend les pays européens en situation très fragile face aux empires hostiles. Heureusement, la France a toujours su préserver sa souveraineté militaire et nucléaire, ce qui lui permet aujourd'hui d'être le leader d'une défense européenne.

     

     
     


    Le chef de l'État a appelé cela des moments de bascule : « Nous vivons un moment de bascule. Nous en apercevons depuis longtemps l'imminence et ces bascules sont aujourd'hui effectives. Et sans doute jamais, depuis 1945, la liberté n'avait été si menacée et jamais à ce point, la paix sur notre continent n'avait dépendu de nos décisions présentes. Oui, nous replongeons dans des années où l'histoire se fait. ».

    En ce moment, il y a multiplication des conflits armés durables : « Ces dernières années ont été marquées par le retour de l'impensable. Et regardez encore ces derniers mois l'accélération des événements, les bombardements sur l'Iran, les combats entre l'Inde et le Pakistan, avec sans doute l'un des combats aériens de la plus grande intensité des dernières décennies. ».
     

     
     


    Chef des armées, Emmanuel Macron a proposé de renforcer la capacité militaire, c'est-à-dire de passer de 53 000 à 65 000 militaires aptes au combat, ainsi que d'améliorer leurs conditions de vie (et de revaloriser leurs rémunérations) : « Parce que la Nation est confrontée à toutes ces menaces hybrides, à cette accélération de l'histoire, il n'y a plus d'arrière et il n'y a plus de front. Les conflits sont multiformes, multichamps, et supposent de la densité, ils supposent de durcir nos capacités, nos forces et la Nation dans son entier. ». Quant à une nouvelle forme de service national, le Président présentera son projet à l'automne prochain.

    Emmanuel Macron a fait référence deux fois à son allocution télévisée du 5 mars 2025. D'abord, pour évoquer le retour aux empires : « À l'heure des prédateurs, nul ne peut demeurer immobile. Nous avons une avance, mais demain au même rythme, nous serions dépassés. J'avais annoncé le 5 mars dernier aux Français la nécessité de prendre des décisions historiques face aux menaces existentielles qui pèsent sur notre liberté et que je viens de rappeler. ».

    Ensuite, pour évoquer le prix de notre défense : « J'avais dit le 5 mars aux Français, la patrie a besoin de vous. Je vous le dis en cette veille de fête nationale, c'est maintenant. Maintenant qu'il nous faut consentir à cet effort, parce que nous l'avons travaillé, documenté, et il est précisément calibré. Un effort ponctuel de tous pour préserver notre sécurité et notre indépendance. Le salut de la patrie suppose que nous dépensions plus pour notre défense et que chacun prenne sa part de cet investissement et que nous veillons à la souveraineté financière de notre Nation qui passe par des réformes, des transformations et plus de production. Si notre liberté a un prix, le voici. ».


    Emmanuel Macron a surtout annoncé ce dimanche une augmentation du rythme budgétaire. Le budget de la défense devra atteindre 64 milliards d'euros en 2027 au lieu de 2030 comme le prévoyait la loi de programmation militaire, cela signifie qu'il aura doublé par rapport à 2017. Mauvais coup pour François Bayrou qui devra donc trouver, en plus des 40 milliards d'euros pour baisser le déficit budgétaire, 3,5 milliards d'euros complémentaires pour intensifier le renforcement militaire de la France.
     

     
     


    Le Président de la République a justifié cette hausse du budget par ce constat lucide : « Nous sommes cette génération qui n'a pas connu la guerre, déterminée à ce que nos enfants ne connaissent rien d'autre que la paix. Mais soyons lucides, nous n'avons plus les dividendes de la paix dont nos parents avaient bénéficié. C'est terminé. ».

    Cela signifie qu'il faut expliquer cette nécessité, d'où l'importance de ces communications présidentielles depuis quelques mois : « La Nation, pour cela, doit être plus forte, car c'est à la nation avant tout de défendre la nation. Cela passe d'abord par une meilleure prise de conscience de chaque Français et de tous les acteurs civils des menaces hybrides qui nous entourent. ». Le chef de l'État avait même dépêché le général Thierry Burkhard, le chef d'état-major des armées, pour expliquer, au cours d'une conférence de presse le vendredi 11 juillet 2025, que la menace russe allait durablement planer sur la France et sur l'Europe (on peut écouter cette déclaration ici).

    Sur le plan politique, Emmanuel Macron a blâmé les parlementaires d'avoir censuré le gouvernement à la fin de l'année dernière, en plein processus budgétaire, ce qui a eu pour effet de retarder la loi de programmation militaire : « Je le sais, nos PME et nos industriels ont subi les retards provoqués par la censure votée par les parlementaires au mois de décembre dernier. Alors, je le dis ici à chacun, de prendre ses responsabilités pour l'année prochaine. Aux parlementaires, pour que le budget soit voté en heure, car les censures de fin d'année ont une conséquence simple, elles décalent le budget des armées, entre autres. ». Ces propos peuvent être pris pour de la simple provocation politique et risquent de ne pas entraîner l'effet souhaité.


    Emmanuel Macron réussira-t-il à convaincre les Français de l'importance de se doter d'une défense puissante et dissuasive ? Probablement. Son allocution du 5 mars 2025 avait été comprise et convaincante. En revanche, sera-t-il écouté par l'opposition à l'Assemblée Nationale pour qu'elle ne vote pas la censure au moment de la discussion budgétaire ? Ça, c'est moins sûr, et il faudra se fier à toute l'habileté politique de François Bayrou. Pour l'heure, le premier rendez-vous sera le mardi 15 juillet 2025 ; le chef du gouvernement donnera ses premiers arbitrages budgétaires. Ça risque d'être piquant.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (13 juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Emmanuel Macron veut une France militairement puissante.
    Discours du Président Emmanuel Macron aux armées le 13 juillet 2025 à Paris (vidéo et texte intégral).
    Présentation du général Thierry Burkhard, chef d'état-majoir des armées le 11 juillet 2025 à Paris (vidéo).
    Accord de Bougival : les félicitations d'Emmanuel Macron.
    Discours du Président Emmanuel Macron sur la Nouvelle-Calédonie le 12 juillet 2025 à l'Élysée (vidéo et texte intégral).

    Israël vs Iran : Emmanuel Macron l'équilibriste.
    Conférence de presse du Président Emmanuel Macron le 13 juin 2025 à l'Élysée (vidéo et texte intégral).
    Emmanuel Macron à la télévision : Mélanie avant l'Urgence Océan.
    Mélanie, la douceur incarnée.
    Il y a un an, la dissolution !
    Emmanuel Macron : qu'allait-il faire dans cette galère ?
    Interview du Président Emmanuel Macron le mardi 13 mai 2025 sur TF1 (vidéo).
    Emmanuel Macron à l'initiative pour la paix en Ukraine.
    Emmanuel Macron, le référendum et les Français.
    Emmanuel Macron veut-il influencer l'élection du nouveau pape ?
    Budget 2026 : François Bayrou promet-il du sang et des larmes ?
    Discours du Premier Ministre François Bayrou le 15 avril 2025 à Paris (texte intégral et vidéo).
    Emmanuel Macron sur le front du commerce international.
    Discours du Président Emmanuel Macron sur les taxes douanières américaines le 3 avril 2025 à l'Élysée (texte intégral et vidéo).
    Emmanuel Macron : la patrie a besoin de vous !
    Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 5 mars 2025 (texte intégral et vidéo).
    Emmanuel Macron à la télévision le dimanche soir !
    Interview du Président Emmanuel Macron le dimanche 9 février 2025 sur France 2 (vidéo).
    Vœux 2025 d'Emmanuel Macron : aux Français de trancher ?
    Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron, le 31 décembre 2024 à Paris (texte intégral et vidéo).
    Emmanuel Macron face à ses choix.
    Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 5 décembre 2024 (texte intégral).
    Emmanuel Macron et les joyeux JO.
    Interview du Président Emmanuel Macron le 23 juillet 2024 sur France 2 (vidéo intégrale).
    Lettre aux Français par Emmanuel Macron le 10 juillet 2024 (texte intégral).
    Emmanuel Macron et son n'ayez-pas-peur !
    Interview d'Emmanuel Macron à Génération Do It Yourself le 24 juin 2024 (podcast intégral).
    Lettre aux Français d'Emmanuel Macron le 23 juin 2024 (texte intégral).
    Sidération institutionnelle.
    Emmanuel Macron, haut et fort dans l'intérêt de la France et des Français.
    Interview du Président Emmanuel Macron le 6 juin 2024 sur TF1 et France 2 (vidéo intégrale).
    Discours du Président Emmanuel Macron le 6 juin 2024 en Normandie.
    Les 80 ans du Débarquement en Normandie.
    Le souverainisme européen selon Emmanuel Macron : puissance, prospérité et humanisme.
    Discours du Président Emmanuel Macron sur l'Europe le 25 avril 2024 à la Sorbonne à Paris (texte intégral et vidéo).
    Emmanuel Macron et son plan de relance de l’Europe (le26 septembre 2017 à la Sorbonne).
    Texte intégral du discours d’Emmanuel Macron le 26 septembre 2017 à la Sorbonne.
    Emmanuel Macron très gaullien à la télévision pour expliquer la gravité de la situation en Ukraine.
    Ukraine : Emmanuel Macron est-il un va-t-en-guerre ?
    Soutien à l'Ukraine : la conférence de l'Élysée pour une défense européenne.
    Amitié franco-ukrainienne : fake news et accord de coopération.
    Pour que la France reste la France !
    Conférence de presse du Président Emmanuel Macron le 16 janvier 2024 à 20 heures 15 à l'Élysée (texte intégral et vidéo).
    Gabriel Macron.
    Tribune du Président Emmanuel Macron dans "Le Monde" du 29 décembre 2023.

    Le gouvernement de Gabriel Attal sarkozysé.
    Liste complète des membres du premier gouvernement de Gabriel Attal.
    Cérémonie de passation des pouvoirs à Matignon le 9 janvier 2024 (texte intégral et vidéo).
    Gabriel Attal plongé dans l'enfer de Matignon.
    Élisabeth Borne remerciée !
    Macron 2024 : bientôt le grand remplacement ...à Matignon ?
    Vœux 2024 d'Emmanuel Macron : mes chers compatriotes, l’action n’est pas une option !


     

     
     





    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250713-macron.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/emmanuel-macron-veut-une-france-262065

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/13/article-sr-20250713-macron.html



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  • La parlementarisation de l'Europe

    « Alors que des forces extérieures cherchent à nous déstabiliser et à nous diviser, il est de notre devoir de réagir conformément à nos valeurs. Merci et longue vie à l’Europe. » (Ursula von der Leyen, le 10 juillet 2025 sur Twitter).




     

     
     


    C'est vrai que c'est ringard ! Je m'en aperçois quand on voit les durcissements de nombreux régimes, Russie, Turquie, Égypte, mais aussi des démocraties historiques avec le raidissement institutionnel opéré aux États-Unis de Donald Trump, etc. Mais il faut quand même le saluer : l'Union Européenne, grâce au Traité de Lisbonne (eh oui !) poursuit son processus de parlementarisation des institutions. Or, la parlementarisation est une étape importante pour devenir une démocratie moderne. Sans processus parlementaire, pas de démocratie. J'en avais déjà parlé... il y a onze ans !

    Alors, c'est sûr que l'examen puis le rejet, ce jeudi 10 juillet 2025 à Strasbourg, de la motion de censure déposée par l'extrême droite au Parlement Européen contre la Présidente de la Commission Européenne Ursula von der Leyen ne pourrait être qu'une simple péripétie politicienne sans intérêt, sans lendemain et sans suspense. D'ailleurs, elle n'était même pas présente à Strasbourg pendant le vote, retenue à Rome pour une conférence sur la paix et la reconstruction en Ukraine.

    Mais il faut pourtant insister sur l'aspect institutionnel. Lorsqu'il avait été institué, à l'origine, le Parlement Européen n'était qu'une assemblée regroupant des délégués des parlementaires nationaux. Puis, l'étape essentielle a été d'élire les députés européens au suffrage universel direct, et c'est grâce à Valéry Giscard d'Estaing que depuis 1979, le Parlement Européen est issu d'une élection indépendante, libre, sincère. Ce fut la première prise démocratique des citoyens européens. À l'époque, mal conseillé par Marie-France Garaud, Jacques Chirac s'était fortement opposé à ce processus (le fameux Appel de Cochin).

    Toutefois, on ne pouvait pas à la fois fustiger le manque de démocratie des institutions européennes et s'opposer à leur démocratisation qui, bien sûr, a pour effet une avancée de la supranationalisation de l'Europe en parallèle.


    Il a fallu attendre les traités européens suivants, en particulier le Traité de Maastricht et, surtout, le Traité de Lisbonne pour que les députés européens servent vraiment à quelque chose. Quand j'écris cela, cela signifie qu'ils puissent participer pleinement à la gouvernance de l'Europe. Le Traité de Lisbonne permet ainsi deux procédures qu'on retrouve dans tous les démocraties. Il y a d'abord la ratification par le Parlement Européen de la désignation du Président de la Commission Européenne et plus généralement de tous ses membres, un peu à l'instar des États-Unis pour leur gouvernement, désignation, je le rappelle, qui est issue d'un Conseil Européen rassemblant tous les chefs d'État et de gouvernement de l'Union Européenne, chacun avec sa légitimité démocratique nationale propre. Il y a ensuite la possibilité de voter la censure de la Commission Européenne, ce qui s'est passé ce 10 juillet 2025.

    Le résultat du vote est sans ambiguïté : sur 720 députés européens, 175 ont voté pour la motion de censure, 360 ont voté contre, 18 se sont abstenus... et les autres ne se sont pas présentés au bureau de vote (bien que généralement présents à Strasbourg). C'était le cas de l'extrême droite italienne en position entre-deux-chaises. Cela fait trop peu de voix car pour être adoptée, il fallait une majorité des deux tiers favorable à la motion de censure.


    C'était couru d'avance car la motion de censure a été déposée par Gheorghe Piperea, député européen roumain appartenant à l'Alliance pour l'unité de la Roumanie, un parti d'extrême droite qui est apparenté au groupe politique du Parlement Européen appelé CRE (conservateurs et réformiste européens), l'un des groupes d'extrême droite, auquel appartient le parti de l'actuelle Présidente du Conseil italien Giorgia Meloni (Frères d'Italie).

    Et justement, parce que maintenant, elle est au pouvoir, Giorgia Meloni a refusé que "ses" députés participassent au vote de la motion de censure provenant de leur propre groupe politique ! Bien sûr, les groupes de gauche ont refusé de la voter également pour ne pas cautionner une initiative politicienne de l'extrême droite.


    La position de ces (nombreux) députés européens de Giorgia Meloni devrait donc faire réfléchir Ursula von der Leyen qui tente toujours d'obtenir l'accord de la chef du gouvernement italien pour les sujets cruciaux car l'Italie est un grand pays. Ces députés lui sont opposés une fois pour toutes et elle n'a pas à courir derrière eux pour tenter une grande coalition qui ne serait pas viable politiquement.

    Gheorghe Piperea, qui avait obtenu 74 signataires pour sa motion de censure (il en fallait 72, soit 10% des effectifs), principalement du parti Droit et Justice (PiS), nationalistes de Pologne, appartenant au CRE (mais aussi, par exemple, Sarah Knafo), a considéré cet échec comme une victoire, la capacité de lever une véritable opposition politique au sein du Parlement Européen contre la Présidente de la Commission Européenne, d'autant plus qu'elle a eu à peine plus de soutiens que lors de son investiture pour sa reconduction.
     

     
     


    Si Ursula von der Leyen n'était pas présente à Strasbourg au moment du vote de la motion de censure, elle l'était évidemment lors du débat sur celle-ci, qui s'est tenu lundi 7 juillet 2025 en fin d'après-midi. Elle a voulu renverser le discours accusatoire en plaçant le débat sur la démocratie contre "l'illibéralisme" de ceux qui voulaient la censurer qu'elle a résumé par cette formule, "l'extrême droite pro-Poutine".

    Le texte de la motion de censure a multiplié les approximations et fausses informations, évoquant des supposées malversations dans l'attribution des vaccins contre le covid-19, des ingérences dans le processus électoral dans deux États membres (Roumanie et Allemagne), et conclut entre autres que « la Commission dirigée par la Présidente Ursula von der Leyen n’inspire plus la confiance du Parlement dans sa capacité à respecter les principes de transparence, d’obligation de rendre des comptes et de bonne gouvernance qui sont essentiels à une Union démocratique » et demande donc « à la Commission de démissionner en raison de manquements répétés à garantir la transparence et de son mépris persistant à l’égard du contrôle démocratique et de l'État de droit au sein de l’Union ».

    C'est là le paradoxe : ceux qui réclament plus de démocratie européenne sont ceux des groupes politiques qui sont les moins démocrates et les plus anti-européens. Et par ce dépôt de motion de censure, ces mêmes députés européens ont contribué à rendre l'Union Européenne encore plus démocratique, avec la légitimité d'une démocratie parlementaire "classique". Son passage à travers la motion de censure a donc eu pour effet de relégitimer la Commission.

     

     
     


    Dans ce débat, Ursula von der Leyen a pris la parole pour contre-attaquer. Elle a surtout dénoncé une « embuscade de l'extrême droite pro-Poutine », très clairement illustrée par la critique faite dans le texte de la motion de censure de la levée de 150 milliards d'euros pour augmenter notre défense européenne. L'extrême droite était pourtant militariste, sécuritaire et protectionniste, mais lorsqu'elle est vendue à Vladimir Poutine, elle devient pacifiste et serpillière favorable à la paix russe bien sûr, sans se préoccuper des intérêts des pays respectifs de ses militants (tout en croyant tromper son monde en se faisant appeler "patriotes").

    Sur les fausses rumeurs à propos des négociations entre la Commission et Pfizer, Ursula von der Leyen s'est indignée et a convaincu les parlementaires : « Suggérer que ces contacts auraient été, d'une quelconque manière, inappropriés ou contraires à l'intérêt européen est, à tous égards, tout simplement faux. ».


    Pour autant, cette motion de censure n'a pas été inutile et a permis de confirmer qu'il était peu pertinent de tenter de suivre l'extrême droite qui restera toujours un opposant définitif à l'Europe et à l'intérêt général (c'est valable aussi dans les politiques intérieures de chaque État membre). Cela a donc clarifié la position de chaque groupe politique. En particulier, le principal soutien d'Ursula von der Leyen, le groupe PPE (parti populaire européen, démocrate chrétien), dirigé par Manfred Weber, se trompe lorsqu'il se positionne pour trouver un terrain d'entente avec l'extrême droite sur différents sujets. Les sociaux-démocrates (S&D) et les centristes (Renew) ont conditionné leur loyauté sur le rejet de toute entente avec l'extrême droite.

    C'est ce qu'a rappelé la députée européenne française Valérie Hayer, présidente du groupe Renew, qui fait partie de ces parlementaires européens qui bossent énormément chaque jour (pendant que d'autres, paresseux, ne font que communiquer leur vide sur TikTok et dédicacer des livres qu'ils n'ont pas écrits).
     

     
     


    Valérie Hayer a d'abord rappelé la loyauté du groupe Renew : « Aujourd'hui, madame la Présidente, vous assistez à l'impasse qui est la vôtre. À vous et à votre famille politique, en ayant laissé le PPE favoriser des alliances de circonstance avec l'extrême droite. Alors, je vous demande clairement : qui sont vos alliés dans ce Parlement ? Vos vrais alliés ? Parce qu'il faut choisir. Il y a un an, nous vous avons élu à la tête de la Commission Européenne. Aujourd'hui, aucun de nos députés n'a signé cette motion de censure. Aucun. Et j'espère que ça a bien été relevé. ».

    Mais elle s'est posée aussi la question sur la gouvernance actuelle : « En même temps, je dois dire que ce débat arrive quand même à un moment opportun, parce que le Parlement a des choses à vous dire, notamment sur la transparence et sur la gouvernance. Désolé de le dire comme ça, mais quand même, c'est l'hôpital qui se fout de la charité. Avant de donner des leçons, il serait de bon ton que l'extrême droite mais surtout le PPE, votre propre famille politique madame la Présidente, arrête de bloquer la mise en place de l'organe éthique. Et au-delà de la transparence, ce sont les équilibres institutionnels qui sont maintenant mis à mal par la coopération avec les ennemis de l'Europe. Leur donner réponse (…) sans respecter nos règles a été une erreur majeure, symptôme de tout ce qui dysfonctionne depuis un an et qui doit cesser. ».
     

     
     


    Et Valérie Hayer de s'inquiéter du programme politique de la Commission : « Et puis, il y a une chose que je veux vous dire également, madame la Présidente : que fait l'Europe ? On en est où du rapport Draghi ? On en est où de l'union des marchés de capitaux ? On en est où de la protection des mineurs sur les réseaux sociaux ? On en est où des sanctions vis-à-vis des plates-formes qui relèvent fake news et ingérences. Le constat aujourd'hui, madame la Présidente, il est clair : la Commission est trop centralisée et sclérosée. Et le Parlement Européen est totalement instable. Avec Renew Europe, nous avons défendu la majorité qui vous a fait élire, madame la Présidente, sur un agenda pro-européen. Et aujourd'hui, cet agenda patine. Il patine à cause de la rupture dans la méthode. Il patine parce que l'idéologie l'emporte sur les accords politiques. Il patine parce que les équilibres du Parlement Européen sont mal calculés et anticipés par la Commission. Alors madame la Présidente, je me dois de vous le dire : rien n'est acquis. Alors ramenez de l'ordre dans votre famille politique. Nous attendons que vous repreniez la main pour que, enfin, l'agenda politique que nous portons sur le fond et avec vous soit bien clair. ».

    La non-censure de la Commission d'Ursula von der Leyen n'est donc pas un triomphe pour elle. Le soutien du Parlement Européen est sous conditions. Et la principale, c'est de renoncer à la recherche d'alliances avec l'extrême droite pour revenir à un programme ouvertement pro-européen. Il n'y a pas à tergiverser. Les crises actuelles, Vladimir Poutine et Donald Trump également, imposent une redéfinition claire et rapide des missions de l'Union Européenne dont la principe doit être une défense autonome. Le Parlement Européen, c'est exactement cela ; c'est la fonction qui crée l'organe.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (10 juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    La parlementarisation des institutions européennes (juillet 2014).
    La parlementarisation de l'Europe (juillet 2025).
    Le Brexit, 5 ans plus tard.
    Brexit Day : J – 3 …et De Gaulle dans tout ça ?
    L'échec de la CED il y a 70 ans.
    Élections européennes 2024 (7) : Ursula von der Leyen et ses trois priorités, la défense, le logement et la compétitivité.
    Élections européennes 2024 (6) : le casting pour la dixième législature du Parlement Européen.
    Élections européennes 2024 (5) : la victoire de... Ursula von der Leyen !
    Élections européennes 2024 (4) : la surprise du chef !
    Résultats des élections européennes du dimanche 9 juin 2024.
    Élections européennes 2024 (3) : y aura-t-il une surprise dimanche soir ?
    Quel est le programme européen de la liste Renaissance ?
    Programme de la liste Hayer à télécharger (6 mai 2024).
    L'hommage de l'Europe à Jacques Delors.
    Le débat Gabriel Attal vs Jordan Bardella du 23 mai 2024.
    Élections européennes (2) : 37 listes et un bulletin de vote !
    Le souverainisme européen selon Emmanuel Macron : puissance, prospérité et humanisme.
    L'hymne à l'Europe.
    Fête de l'Europe, joies et fiertés françaises.
    Le Tunnel sous la Manche.
    Les 120 ans de l'Entente cordiale.
    Eurovision 2024.
    La vision européenne d'Édouard Balladur.
    Débat Valérie Hayer vs Jordan Bardella : l'imposture démasquée de Coquille vide.
    Il y a 20 ans, l'élargissement de l'Union Européenne.
    La convergence des centres ?
    Élections européennes 2024 (1) : cote d'alerte pour Renaissance.
    Valérie Hayer, tête de la liste Renaissance.
    Charles Michel et Viktor Orban : l'Europe victime d'une histoire belge !
    Jacques Delors : il nous a juste passé le relais !
    Il y a 15 ans : Nicolas Sarkozy, l'Europe et les crises (déjà).
    La Méditerranée, mère de désolation et cimetière de nos valeurs ?
    Le 8 mai, l'émotion et la politique.
    Ukraine, un an après : "Chaque jour de guerre est le choix de Poutine".
    Le 60e anniversaire du Traité de l'Élysée le 22 janvier 2023.
    De Gaulle, l’Europe et le volapük intégré.
    L’inlassable pèlerin européen Emmanuel Macron.
    Valéry Giscard d’Estaing, le rêveur d’Europe.
    Enfin, une vision européenne !
    Relance européenne : le 21 juillet 2020, une étape historique !







    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250710-parlementarisation-europe.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/la-parlementarisation-de-l-europe-262008

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/10/article-sr-20250710-parlementarisation-europe.html



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  • Giorgio Napolitano, un devoir de responsabilité devant la Nation

    « Je suis prêt, s'il le faut, à mettre mes forces à dure épreuve ! » (Giorgio Napolitano, le 22 avril 2013, discours d'investiture, à Rome).




     

     
     


    L'ancien Président de la République italienne Giorgio Napolitano est né il y a exactement 100 ans, le 29 juin 1925 à Naples. Il s'est éteint il y a un peu moins de deux ans, le 22 septembre 2023, à l'âge canonique de 98 ans, battant le record de longévité d'un ancien chef de l'État italien. En outre, il est le premier ancien militant communiste italien (et le seul) à avoir été élu Président de la République italienne, pour la succession de Carlo Ciampi.

    Il avait aussi été le premier ancien communiste à avoir été nommé Ministre de l'Intérieur du 17 mai 1996 au 21 octobre 1998 dans le gouvernement de Romano Prodi. Et il a été le premier Président de la République à avoir été réélu, pas de sa propre volonté, mais à cause de l'impasse politique des parlementaires, incapables de trouver un autre successeur que lui-même. Président de la République italienne depuis le 15 mai 2006 (élu le 10 mai 2006), Giorgio Napolitano a été réélu le 20 avril 2013, soit proche de l'âge de 88 ans pour un mandat de sept ans. Il a démissionné le 14 janvier 2015 avant ses 90 ans, comme il s'y était engagé à sa réélection (il n'était pas question pour lui de rester Président jusqu'à 95 ans !), laissant la place à Sergio Mattarella (qui lui aussi allait être reconduit pour un second mandat qu'il poursuit actuellement).

    Giorgio Napolitano s'est engagé dans la Résistance contre le fascisme de Mussolini. En 1945, il s'est engagé au sein du parti communiste italien (PCI), devenant l'un des leaders de l'aile droite du PCI jusqu'à sa transformation en 1991 (en parti démocrate de la gauche), devenant le président du groupe des députés communistes de 1981 à 1986. Il a été élu et réélu député de Naples de juin 1953 à mai 1963 puis de juin 1968 à mai 1996, et il a même été élu Président de la Chambre des députés du 3 juin 1992 au 14 avril 1994 (au bout de cinq tours de scrutin) à la suite d'Oscar Luigi Scalfaro, élu Président de la République le 25 mai 1992 après avoir été élu Président de la Chambre le 24 avril 1992. Avant Oscar Luigi Scalfaro, siégeaient à la Présidence de la Chambre deux anciens membres du parti communiste, Pietro Ingrao (élu de 1976 à 1979) et Nilde Iotti (élue et réélue de 1979 à 1992).

    Dans les années 1970, Giorgi Napolitano a appuyé Enrico Berlinguer, nouveau secrétaire général du PCI de 1972 à 1984 (date de la mort de ce dernier), pour promouvoir le réformisme au sein du PCI, ainsi que la conception d'un communisme spécifiquement européen qui ne soit pas dépendant du communisme soviétique, autrement dit, souhaitant définir une voie social-démocrate en Italie. En 1991, après les bouleversements de l'échiquier politique (décomposition de la démocratie chrétienne italienne), le PCI est devenu PDS, parti démocrate de gauche qu'ont rejoint entre autres Giorgio Napolitano et Massimo D'Alema, également ancien du PCI, et qui allait devenir une composante du futur Parti démocrate (en octobre 2007).


    Élu député européen de 1989 à 1992 (dans le groupe de la gauche radicalisée) et de 1999 à 2004 (dans le groupe des socialistes européens), Giorgio Napolitano a été nommé Ministre de l'Intérieur par Romano Prodi, alors qu'il n'a pas été réélu député en 1996. Après la démission du gouvernement Prodi, il a quitté ses fonctions de ministre et est devenu sénateur à vie à partir de 2005 (nommé par le Président Carlo Ciampi).
     

     
     


    L'élection présidentielle de mai 2006 a eu lieu après la victoire du centre gauche aux élections générales des 9 et 10 avril 2006. Malgré le soutien du Silvio Berlusconi, le Président du Conseil sortant, le Président sortant Carlo Ciampi ne souhaitait pas se présenter pour un second mandat, la désignation de Massimo D'Alema, ancien Président du Conseil semblait probable, mais Romano Prodi, chef de la coalition victorieuse, a finalement soutenu la candidature de Giorgio Napolitano élu au quatrième tour le 10 mai 2006.

    Le premier tour du 8 mai 2006 a vu 456 parlementaires voter blanc ou nul, et beaucoup de déperdition de voix au centre gauche, ce qui a conduit Gianni Letta, ancien ministre et candidat de Silvio Berlusconi, à obtenir 369 voix sur 984 votants et 1 007 inscrits (les autres candidats sont arrivés très loin derrière, Massimo D'Alema seulement 27 voix, Giorgio Napolitano 8 voix, etc.). Le deuxième tour était encore pire puisque 746 ont voté blanc ou nul. Le premier candidat était le chef de la Ligue du Nord, Umberto Bossi avec 38 voix sur 973 votants, talonné par Massimo D'Alema 35 voix. Le troisième tour encore pire avec 798 votes blancs ou nuls, plaçant en tête Massimo D'Alema 31 voix sur 976, et Giorgio Napolitano 16 voix. Au quatrième tour, un consensus s'est établi autour de Giorgio Napoltano, élu avec 543 voix sur 990 votants, avec encore 361 votes blancs ou nuls, le deuxième candidat était Umberto Bossi avec 43 voix et ensuite, troisième, Massimo D'Alema avec 10 voix.

    Ces élections présidentielles ont l'air laborieuses en Italie mais ce n'est pas italien, c'est institutionnel. On retrouvait les mêmes magouilles politiciennes lors des élections présidentielles sous la Troisième République française...


    L'un des premiers actes du Président Giorgio Napolitano a été de nommer le 17 mai 2006 Romano Prodi à la Présidence du Conseil puisque la coalition de centre gauche qu'il dirigeait avait gagné les élections d'avril, ce qui a mis un terme à la crise politique.
     

     
     


    Et c'est une autre crise politique bien plus grave encore qui l'a conduit à solliciter un deuxième mandat, faute d'un candidat de consensus pour sa succession, en raison, des élections générales anticipées des 24 et 25 février 2013 qui ont amené un Parlement particulièrement éclaté politiquement. Parmi les présidentiables, quelques figures comme Giuliano Amato, Romano Prodi, Massimo D'Alema, aussi trois femmes dont Emma Bonino, aussi Gianni Letta, soutenu par Silvio Berlusconi, Stefano Rodata, soutenu parle Mouvement 5 étoiles, Sergio Mattarella puis Franco Marini, soutenus par le Parti démocrate, etc.

    Le premier tour du 18 avril 2013, Franco Marini est arrivé en tête avec 521 sur 999 votants (et 1 007 inscrits), soit la majorité absolue des inscrits, mais pas la majorité des deux tiers des inscrits comme c'était nécessaire pour les trois premiers tours, avec 119 bulletins blancs ou nuls. Les principaux autres candidats étaient alors Stefano Rodota avec 240 voix, Sergio Chiamparino 41 voix, Romano Prodi 14 voix, Emma Bonino 13 voix, Massimo D'Alema 10 voix, etc. Le quatrième tour a vu Romano Prodi proche de la victoire avec 395 voix sur 732 votants (l'abstention lui a été fatale avec 275 parlementaires qui se sont abstenus). Il a fallu attendre le sixième tour du 20 avril 2013 pour voir la réélection de Giorgio Napolitano avec 738 voix sur 997 votants (et 1 007 inscrits) face à son principal concurrent, Stefano Rodota 217 voix. Soutenu tant par Silvio Berlusconi que par le Parti démocrate, Giorgio Napolitano avait accepté un second mandat comme « un devoir de responsabilité envers la Nation ».

    La réélection de Giorgio Napolitano a mis en lumière de profondes divisions au sein du Parti démocrate, notamment entre son chef de l'époque, Pier Luigi Bersani, et Matteo Renzi, le très influent maire de Florence. Dans l'incapacité à imposer son candidat à l'élection présidentielle, Pier Luigi Bersani a démissionné de la tête du Parti démocrate, laissant un boulevard à son concurrent Matteo Renzi qui allait devenir secrétaire du Parti démocrate du 15 décembre 2013 au 12 mars 2018 et Président du Conseil du 22 février 2014 au 12 décembre 2016. Après sa réélection, Giorgio Napolinato a nommé le 24 avril 2013 Enrico Letta Président du Conseil et ce dernier a été le premier chef du gouvernement à avoir obtenu le soutien des deux premiers partis du Parlement.
     

     
     


    Après sa démission le 14 janvier 2015, Giorgio Napolitano est devenu sénateur à vie en tant qu'ancien Président de la République, et il était déjà sénateur à vie avant d'y être élu dès 2005. À ce titre, il a été le doyen de la chambre haute de la République italienne et a présidé la séance inaugurale du Sénat en mars 2018. En revanche, en octobre 2022, il n'a pas présidé cette séance inaugurale pour raison de santé.

    Lorsque Giorgio Napolitano est mort, le 22 septembre 2023, Sergio Mattarella était le Président de la République (il l'est encore à ce jour et détient le record de longévité avec plus de dix ans d'exercice) et Giorgia Meloni était la Présidente du Conseil (elle l'est encore). En revanche, le pape était le pape François qui n'est plus et qui s'est recueilli devant la dépouille de Giorgio Napolitano, ce qui était un fait exceptionnel pour un pape (première fois qu'un pape s'est recueilli devant le cercueil d'un ancien chef d'État ou de gouvernement). Le pape n'était pas rancunier car Giorgio Napolitano avait précisé qu'il ne souhaitait pas de cérémonie religieuse pour son enterrement. Il fut exaucé le 26 septembre 2023 à Rome, en présence notamment du Président français Emmanuel Macron et du Président allemand Frank-Walter Steinmeier, ainsi que l'ancien Président portugais Anibal Cavaco Silva et l'ancien Président français François Hollande.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (28 juin 2025)
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    Pour aller plus loin :
    Giorgio Napolitano.
    Carlo Ciampi.
    Sergio Mattarella.
    Oscar Luigi Scalfaro.
    Matteo Renzi.

    Italo Calvino.
    Valeria Bruni Tedeschi.
    Marcello Mastroianni.
    Sophia Loren.
    Maurizio Pollini.

    Silvio Berlusconi.
    L'Ocean Viking et la défense de la patrie.
    Carla Bruni.
    Il y a un siècle, l'arrivée au pouvoir de Mussolini.
    Giorgia Meloni.
    Majorité absolue confortable pour Giorgia Meloni en Italie.
    L'Italie face à son destin en 2022.
    Kiev le 16 juin 2022 : une journée d’unité européenne historique !
    David Sassoli.
    Super Mario Draghi, l’homme providentiel de l’Italie ?
    Relance européenne : le 21 juillet 2020, une étape historique !
    Pourquoi Giuseppe Conte a démissionné le 26 janvier 2021.
    Giuseppe Conte.
    Good bye Salvini !
    Salvini, le double Mitterrand italien ?
    Sueurs froides à l’italienne.
    L’Italie en pleine dérive ?
    Élections législatives italiennes du 4 mars 2018.
    Carlo Ciampi.
    Ennio Morricone.
    Emilio Colombo.


     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250629-giorgio-napolitano.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/giorgio-napolitano-un-devoir-de-260871

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/06/29/article-sr-20250629-giorgio-napolitano.html


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  • Israël vs Iran : Emmanuel Macron l'équilibriste

    « C'est une étape nouvelle dans la guerre qui se joue dans la région. Je sais l'inquiétude légitime de nos compatriotes face à ces événements. » (Emmanuel Macron, le 13 juin 2025 à l'Élysée).



     

     
     


    Ça y est, souvent redouté et maintenant réalisé. Israël a attaqué l'Iran ce vendredi 13 juin 2025. Cette date, comme d'autres dates récentes, marquera sans doute l'histoire du Proche-Orient. Après les massacres du 7 octobre 2023, l'État d'Israël a fait des offensives à Gaza, au Liban, et maintenant en Iran pour assurer sa défense et son existence, souvent au prix de nombreuses victimes civiles innocentes. À ce moment crucial, le Président de la République française Emmanuel Macron a tenu à s'exprimer sur ce sujet grave au cours d'une conférence de presse organisée le soir même à l'Élysée (on pourra la lire ou la regarder dans son intégralité ici).

    Les premières paroles furent pour justifier l'attaque d'Israël par la condamnation du programme nucléaire iranien : « La France a condamné depuis longtemps et à de multiples reprises l'accélération du programme nucléaire et balistique iranien. L'Iran a continué d'enrichir de l'uranium sans aucune justification civile et à des niveaux désormais très proches de ce qui est nécessaire pour un engin nucléaire, accumulant près de 40 fois plus d'uranium enrichi que ce qui lui était autorisé. Elle s'est ainsi affranchie de toutes ses obligations vis-à-vis de la Communauté internationale, rompant ses propres promesses. ».

    Le chef de l'État a aussi condamné le développement du programme de missiles : « Parallèlement, l'Iran développe à marche forcée un programme de missiles. Certains sont en théorie capables d'emporter un engin nucléaire et d'autres ont la portée permettant d'atteindre certaines parties de notre territoire national. ».
     

     
     


    Enfin, il a considéré l'Iran comme complice des organisateurs du pogrom du 7 octobre 2023 mais aussi comme un État hostile à la France et aux Français : « L'Iran porte une lourde responsabilité dans la déstabilisation de toute la région, a soutenu le Hamas, le Hezbollah, les Houthis, s'est félicité de l'attentat terroriste du 7 octobre, à la suite duquel 50 compatriotes ont perdu la vie, et détient toujours deux otages français, Cécile Kohler et Jacques Paris. (…) L'Iran fournit aussi des missiles à la Russie pour l'aider dans son agression contre l'Ukraine. ».

    Tout cela pour réaffirmer haut et fort le problème actuel de l'Iran : « Et donc, je le dis avec la plus grande clarté, le risque de cette marche vers l'arme nucléaire par l'Iran menace la région, l'Europe et, plus généralement, la stabilité collective. Nous ne pouvons pas vivre dans un monde où l'Iran posséderait la bombe atomique, car c'est une menace existentielle et une menace pour notre sécurité à tous. ».


    Et pour réaffirmer haut et fort le soutien à Israël : « Mais nul n'est plus directement visé qu'Israël, dont l'Iran appelle sans relâche à la destruction. Je l'ai souvent répété, Israël a le droit, comme chaque peuple, de vivre délivré de l'angoisse de l'anéantissement, du risque de l'attaque et de la menace du terrorisme. Nous restons attachés à cette exigence pour la sécurité d'Israël. Je l'ai réaffirmé ce matin au Premier Ministre Benyamin Netanyahou. ». Mais la France n'a pas soutenu l'attaque d'Israël contre l'Iran : « Est-ce que, pour autant, nous la soutenons, nous avons voulu l'accompagner, nous l'avons planifiée avec eux ? La réponse est non. ».
     

     
     


    Donc, la situation du nucléaire iranien est extrêmement grave : « Pour autant, la voie que la France continue avec constance de poursuivre est une voie diplomatique, c'est-à-dire celle qui consiste à redonner la légitimité à l'AIEA de poursuivre son programme, à demander de suivre l'ensemble des sites d'enrichissement et de revenir à des seuils qui correspondaient aux engagements internationaux. Nous avons été parmi les pays les plus exigeants et les plus constants sur la question du nucléaire iranien comme du balistique iranien, mais nous avons toujours privilégié la voie de la discussion diplomatique et des exigences techniques de l’AIEA plutôt que l'intervention militaire. C'est pourquoi la France n'était pas engagée dans une discussion avec Israël sur ce sujet, et c'est pourquoi la France ne recommandait pas des attaques de la part d'Israël. ».

    En même temps, la France veut contribuer au retour à la paix par une action diplomatique intense : « Face au risque majeur de déstabilisation pour toute la région, la France appelle désormais toutes les parties à la plus grande retenue pour éviter l'escalade. La question du nucléaire iranien est une question grave, une question existentielle. C'est par la négociation qu'elle doit désormais être réglée. C'est pourquoi je regrette que l'Iran n'ait pas pris au sérieux les propositions avancées par les États-Unis et a refusé jusqu'alors toutes les concessions comme les gestes nécessaires. Nous appelons à la reprise du dialogue, à la conclusion d'un accord, seul chemin pour désamorcer la situation, et nous sommes prêts à mettre tous nos efforts pour atteindre cet objectif. Depuis ce matin, j'ai eu l'occasion de m'entretenir avec le Président Trump, nos alliés européens, en particulier britanniques et allemands, ainsi que nos partenaires dans la région, jusqu'à l'instant même, les dirigeants d'Arabie saoudite, du Bahreïn, de la Jordanie, du Qatar, des Émirats arabes unis, de l'Égypte ou du Liban. Nous serons aux côtés de nos partenaires dans la région, auxquels j'ai rappelé notre solidarité et notre engagement, y compris celui de nos forces pour les protéger. Ce matin, j'ai tenu un Conseil de sécurité et de défense nationale sur la situation au Proche et Moyen-Orient et ses conséquences pour notre pays. (…) Plusieurs mesures ont aussi été actées pour garantir la sécurité de nos ressortissants, de nos troupes et de nos ambassades dans la région. Je demande à nos compatriotes de ne pas se rendre sur place, quel que soit le prétexte. Notre dispositif militaire dans la région est quant à lui en alerte. (…) Chaque jour, chaque heure, la France agit pour la paix et la sécurité pour tous au Moyen-Orient. ».

    Pour Emmanuel Macron, l'attaque de l'Iran ne doit cependant pas faire oublier la situation très grave de Gaza : « Les efforts pour rétablir le cessez-le-feu, rompus depuis le 1er mars, n'ont à ce stade pas abouti. Pourquoi ? Parce que cette logique militaire, celle de l'occupation, des déplacements, du siège, ne mènent nulle part, si ce n'est à un conflit permanent. Pour arrêter la guerre, il faut redonner une perspective de paix afin de bâtir les deux États et assurer la paix et la sécurité pour tous. C'est ce que porte la France depuis le 7 octobre, fidèle en cela à son engagement historique. Et c'est aussi le rappel qu'une vie vaut une vie et que pour la France, il n'y a pas de double standard. C'est par cette exigence que seront restaurées la paix et la sécurité régionales. ».

     

     
     


    Ainsi, la France rappelle très clairement son objectif de la création d'un État palestinien au côté de l'État d'Israël dans le cadre d'une conférence de paix : « Les objectifs que nous poursuivons à travers cette conférence internationale coorganisée avec l'Arabie Saoudite sont les suivants. En premier lieu, sécuriser la libération des otages et permettre l'arrivée dans la bande de Gaza d'une aide humanitaire massive. Ensuite, consolider le cessez-le-feu le plus durable possible. Troisièmement, enclencher un processus politique qui se substitue aux armes et qui permette d'obtenir une réforme de l'autorité palestinienne et la mise en place d'une administration sous l'autorité palestinienne dans la bande de Gaza, excluant le Hamas, qui doit être désarmé. L'objectif, c'est donc un État palestinien démilitarisé, reconnaissant l'existence et la sécurité d'Israël, qui doit recevoir le soutien d'une mission internationale de stabilisation. C'est le préalable indispensable à l'intégration régionale d'Israël et à l'établissement de sa reconnaissance mutuelle. Si nous devons décaler la tenue de cette conférence pour des raisons logistiques et sécuritaires, dans la mesure où les dirigeants de l'autorité palestinienne ne peuvent rejoindre les Nations unies, elle aura lieu au plus vite. Et dès les prochains jours, en lien évidemment avec les dirigeants de la région et plus particulièrement avec l'Arabie Saoudite, une date sera refixée. Ce report ne saurait remettre en cause notre détermination à avancer vers la mise en œuvre de la solution des deux États, quelles que soient les circonstances. ».

    D'où la détermination intacte d'Emmanuel Macron qui ne plaira pas à Israël : « J'ai dit ma détermination à reconnaître l'État de Palestine. Elle est entière et c'est une décision souveraine. En ces heures, l'urgence d'un Moyen-Orient en paix est d'autant plus grande. Je mettrai à profit les grandes échéances des prochains jours et notamment le sommet du G7 dès la semaine prochaine pour rapprocher les points de vue de nos partenaires, nous concerter plus avant avec les États-Unis d'Amérique et avancer dans ce sens. ».
     

     
     


    Le Président français a bien mesuré le caractère explosif de la situation d'une possible guerre entre l'Iran et Israël : « Je ne vais pas ici documenter le pire, mais nous nous préparons à tout. Il est évident que selon les ripostes qui seront décidées par l'Iran, mais aussi si Israël devait continuer des opérations en Iran, sur le sol iranien qui aille au-delà des cibles jusqu'alors indiquées, nous rentrerions dans des situations dont aujourd'hui, nul ne peut totalement se figurer les conséquences. ».

    Pour résumer, Emmanuel Macron souhaite que la France se trouve au barycentre de la recherche de la paix, surtout en réaffirmant le soutien à Israël mais aussi en rappelant ses désaccords fermes sur la politique israélienne à Gaza : « Nous sommes attachés à la paix et la sécurité pour tous. Eh oui, parfois, nous avons des désaccords avec Israël, et nous les assumons. Ou plutôt, nous avons des désaccords avec le Premier Ministre Netanyahou et son gouvernement, et nous les assumons. Parce que parfois, nous considérons que les décisions qu'il prend sont mauvaises pour la sécurité d'Israël elle-même. Et lorsqu'il mène une opération massive, terrestre, qui fait tant de victimes civiles à Gaza, nous considérons que c'est à la fois une trahison de ce qu'est l'histoire même et l'identité d'Israël et dangereux pour la sécurité d'Israël aujourd'hui et demain. Voilà. Et donc si je devais vous résumer les choses et la position française, elle est assez simple. Nous sommes pour la paix, la sécurité et la stabilité pour tous dans la région. Nous ne voulons pas d'un Proche et Moyen-Orient avec un Iran qui soit doté de l'arme nucléaire. Nous ne voulons pas d'un Proche et Moyen-Orient où Gaza soit durablement occupée, des civils maltraités. Et nous croyons que la solution est la stabilité, c'est un Israël vivant en paix à côté d'un État palestinien, vivant en paix et en sécurité, et ayant reconnu l'existence et les droits d’Israël à se défendre dans la région. C’est ça ce que nous poursuivons. Et je crois que c’est honnêtement une perspective honnête, cohérente, et j’espère, réaliste. ».

    Par cette intervention du Président français, la France se retrouve partie prenante d'une solution de paix au Proche-Orient... comme depuis une cinquantaine d'années.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (13 juin 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Israël vs Iran : Emmanuel Macron l'équilibriste.
    Conférence de presse du Président Emmanuel Macron le 13 juin 2025 à l'Élysée (vidéo et texte intégral).
    Emmanuel Macron à la télévision : Mélanie avant l'Urgence Océan.
    Mélanie, la douceur incarnée.
    Il y a un an, la dissolution !
    Emmanuel Macron : qu'allait-il faire dans cette galère ?
    Interview du Président Emmanuel Macron le mardi 13 mai 2025 sur TF1 (vidéo).
    Emmanuel Macron à l'initiative pour la paix en Ukraine.
    Emmanuel Macron, le référendum et les Français.
    Emmanuel Macron veut-il influencer l'élection du nouveau pape ?
    Budget 2026 : François Bayrou promet-il du sang et des larmes ?
    Discours du Premier Ministre François Bayrou le 15 avril 2025 à Paris (texte intégral et vidéo).
    Emmanuel Macron sur le front du commerce international.
    Discours du Président Emmanuel Macron sur les taxes douanières américaines le 3 avril 2025 à l'Élysée (texte intégral et vidéo).
    Emmanuel Macron : la patrie a besoin de vous !
    Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 5 mars 2025 (texte intégral et vidéo).
    Emmanuel Macron à la télévision le dimanche soir !
    Interview du Président Emmanuel Macron le dimanche 9 février 2025 sur France 2 (vidéo).
    Vœux 2025 d'Emmanuel Macron : aux Français de trancher ?
    Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron, le 31 décembre 2024 à Paris (texte intégral et vidéo).
    Emmanuel Macron face à ses choix.
    Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 5 décembre 2024 (texte intégral).
    Emmanuel Macron et les joyeux JO.
    Interview du Président Emmanuel Macron le 23 juillet 2024 sur France 2 (vidéo intégrale).
    Lettre aux Français par Emmanuel Macron le 10 juillet 2024 (texte intégral).
    Emmanuel Macron et son n'ayez-pas-peur !
    Interview d'Emmanuel Macron à Génération Do It Yourself le 24 juin 2024 (podcast intégral).
    Lettre aux Français d'Emmanuel Macron le 23 juin 2024 (texte intégral).
    Sidération institutionnelle.
    Emmanuel Macron, haut et fort dans l'intérêt de la France et des Français.
    Interview du Président Emmanuel Macron le 6 juin 2024 sur TF1 et France 2 (vidéo intégrale).
    Discours du Président Emmanuel Macron le 6 juin 2024 en Normandie.
    Les 80 ans du Débarquement en Normandie.
    Le souverainisme européen selon Emmanuel Macron : puissance, prospérité et humanisme.
    Discours du Président Emmanuel Macron sur l'Europe le 25 avril 2024 à la Sorbonne à Paris (texte intégral et vidéo).
    Emmanuel Macron et son plan de relance de l’Europe (le26 septembre 2017 à la Sorbonne).
    Texte intégral du discours d’Emmanuel Macron le 26 septembre 2017 à la Sorbonne.
    Emmanuel Macron très gaullien à la télévision pour expliquer la gravité de la situation en Ukraine.
    Ukraine : Emmanuel Macron est-il un va-t-en-guerre ?
    Soutien à l'Ukraine : la conférence de l'Élysée pour une défense européenne.
    Amitié franco-ukrainienne : fake news et accord de coopération.
    Pour que la France reste la France !
    Conférence de presse du Président Emmanuel Macron le 16 janvier 2024 à 20 heures 15 à l'Élysée (texte intégral et vidéo).
    Gabriel Macron.
    Tribune du Président Emmanuel Macron dans "Le Monde" du 29 décembre 2023.

    Le gouvernement de Gabriel Attal sarkozysé.
    Liste complète des membres du premier gouvernement de Gabriel Attal.
    Cérémonie de passation des pouvoirs à Matignon le 9 janvier 2024 (texte intégral et vidéo).
    Gabriel Attal plongé dans l'enfer de Matignon.
    Élisabeth Borne remerciée !
    Macron 2024 : bientôt le grand remplacement ...à Matignon ?
    Vœux 2024 d'Emmanuel Macron : mes chers compatriotes, l’action n’est pas une option !
     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250613-macron.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/israel-vs-iran-emmanuel-macron-l-261515

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/06/13/article-sr-20250613-macron.html


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  • Emmanuel Macron : qu'allait-il faire dans cette galère ?

    « Rester libres : une armée plus forte, une économie plus indépendante, une jeunesse protégée et éduquée, nous y arriverons. » (L'engagement d'Emmanuel Macron le 13 mai 2025 sur TF1).



     

     
     


    Le Président de la République Emmanuel Macron a participé à une émission spéciale ce mardi 13 mai 2025 à 20 heures sur TF1 intitulée "Les défis de la France" (qu'on pourra revoir à ce lien). Cette intervention, interminable (elle a duré près de trois heures et quart) avec seulement 5 à 6,5 millions de téléspectateurs, a probablement plus desservi que servi le chef de l'État.

    On comprend bien qu'Emmanuel Macron était à la diète médiatique depuis la dissolution et qu'il mourait d'envie de reprendre pied dans la vie politique française. Pourtant, on sait que la rareté médiatique est souvent appréciée pour le chef de l'État. Alors qu'il venait de prendre le leadership de l'Europe et même, du monde dit libre, face aux bombes de Vladimir Poutine, et qu'il a montré une réelle utilité politique et internationale, Emmanuel Macron n'a pas pu s'empêcher de vouloir revenir dans le jeu politique intérieur, et, à mon avis, il s'y est mal pris. Je pense qu'il a vraiment, et depuis le début, de très mauvais conseillers en communication au château.

    L'émission était beaucoup trop longue, s'arrêtait sur beaucoup de détails techniques (un Président de la République n'a pas à aller jusqu'à proposer de louer des places de prison !) et a évoqué tellement de sujets qu'à la fin, il n'en est rien ressorti. S'il y avait un message à faire passer, il fallait rester sur le sujet de ce message. Mais justement, je crains qu'il n'y eût pas d'autre message que l'idée qu'il était de retour sur la scène intérieure. Et le dire pendant plus de trois heures, cela pouvait devenir pénible pour les téléspectateurs même s'il faut saluer sa maîtrise de tous les sujets, c'est toujours un petit exploit intellectuel, mais rappelons-nous que pendant les grands débats, Emmanuel Macron était capable de se prêter à cet exercice pendant six heures, sept heures... devant des élus locaux médusés.

     

     
     


    J'ai trouvé en plus qu'Emmanuel Macron était un peu malmené sur le plan relationnel. Le journaliste Gilles Bouleau, grand ordonnateur de ce spectacle politico-médiatique, a été parfois un peu cavalier, lui disant par exemple : « Non ! Monsieur le Président, un peu de discipline ! » ou encore, à la fin, sans mot de politesse, comme un gradé à un bidasse (alors qu'il est le chef des armées) : « Suivez-moi ! ». Réciproquement, Emmanuel Macron s'est permis des expressions très familières, jusqu'à jurer : « Bon Dieu ! », ce qui a écorché mes pieuses oreilles, ou encore : « On plie les gaules ! ».

    On a du mal à imaginer De Gaulle dire ainsi ou être traité ainsi, mais De Gaulle est révolu depuis longtemps pour la communication politique. Je verrais plutôt une comparaison avec cette émission terrible d'Yves Mourousi diffusée en direct le 28 avril 1985 sur TF1,
    "Ça m'intéresse Monsieur le Président", où il se permettait d'interroger le Président François Mitterrand avec le derrière à moitié assis sur son bureau, une familiarité qui avait aussi beaucoup choqué (c'était l'émission qui François Mitterrand disait qu'il était « bléca » pour montrer qu'il était très « branché » !).
     

     
     


    Mais contrairement à l'émission de 1985 où l'on servait la soupe au Président de la République, cette émission de 2025, quarante années plus tard, était plutôt une sorte de guet-apens médiatique et politique tant le Président s'est trouvé systématiquement en position de défensive, ne pouvant que rappeler et expliquer en long et en large son bilan de huit années de Présidence et, malgré le titre de l'émission, il a évoqué très peu de perspectives d'avenir, de vision, avec des éléments concrets et mesurables. Le flou, comme on lui a souvent reproché, l'a emporté sur un message clair.

    Il a oublié de rappeler le principal : le contexte politique et institutionnel actuel qui veut que, depuis l'été 2024, il n'existe aucune majorité et que la difficulté de faire des réformes est aussi dans la difficulté de réunir deux Français sur trois (selon le rêve de Valéry Giscard d'Estaing en 1983), ou, du moins, deux députés sur trois. C'est d'autant plus important qu'Emmanuel Macron a répété son intention de ne plus dissoudre l'Assemblée et d'aller ainsi jusqu'en 2027.
     

     
     


    En face d'Emmanuel Macron, il y a eu des interlocuteurs qui s'étaient excellemment bien préparés à la confrontation, qui ont été percutants et qui n'ont pas ménagé le Président, en particulier les trois principaux (politiquement) : la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet, bien organisée, tenace et avenante (ce qui ne l'empêche pas d'être dans ancien monde ; pourquoi les Français devraient-ils payer des milliards de leur poche pour la nationalisation d'un grand groupe industriel qui n'aurait plus de clients ?), la diamétralement opposée à la précédente Agnès Verdier-Moliné, essayiste et directrice de la Fondation iFRAP (Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques), un think tank libéral, et le maire de Bézieux Robert Ménard qui se permettait quelques familiarités de langage avec le Président.

    La première interlocutrice reprochait à Emmanuel Macron de ne pas dépenser assez pendant que la deuxième lui reprochait exactement l'inverse, de ne pas avoir réduit la dépense publique. Emmanuel Macron a rappelé tout l'historique de l'augmentation de la dette, avec des crises majeures comme le covid, l'inflation et l'énergie, la France s'en était bien tirée : «  Si on regarde nos déficits, entre 2017 et 2019, lorsque j’arrive aux responsabilités, on baisse les impôts de manière massive. (…) On a eu une politique vertueuse. (…) [J']assume totalement [la politique du] quoi qu’il en coûte (…). On a protégé notre appareil productif. On a dépensé beaucoup d’argent, mais on a prévenu un chômage qui serait tombé. ».

     

     
     


    Fustigeant la bureaucratisation et l'augmentation infernale des normes et de la réglementation, Agnès Verdier-Moliné lui a cependant rappelé que des 1 100 milliards d'euros d'augmentation de la dette publique sous ses mandats, il y en a 500 milliards qui ne proviennent pas des crises. Mais on a oublié de dire que justement, ces 500 milliards d'euros de déficit sur ces années-là proviennent du déficit structurel des retraites !

    Emmanuel Macron a donc montré un petit graphique pour montrer qu'aujourd'hui, le gouvernement recherche 70 euros d'économies pour 1 000 euros de dépenses publiques, d'ici à 2029. La plus grande partie des dépenses publiques reste les dépenses sociales (retraites, sécurité sociale et autres).

     

     
     


    Il voudrait bien réduire le nombre de fonctionnaires (« mais ce n’est pas [la piste] qui crée le plus d’économies »), et pas les militaires, pas les enseignants, pas les soignants... Plutôt : « faire des efforts sur ce qu'on suradministre. On a un taux de suradministration dans la santé. Là, on a des pistes. ».

    Emmanuel Macron a proposé d'ouvrir deux grands chantiers : une conférence sociale sur le financement de notre modèle social, qui repose trop sur le travail, et un autre sur le travail des seniors, qu'il puisse y avoir plus de souplesse, etc.
     

     
     


    Par ailleurs, le Président de la République a exclu tout référendum sur les retraites mais aussi sur l'immigration, ce dernier serait même anticonstitutionnel selon lui. Défendant « le droit à vivre une vie de famille normale », le chef de l'État s'est prononcé pour maintenir le regroupement familial : « Je ne suis pas pour remettre en cause le regroupement familial. (…) Le regroupement familial qui l’utilise ? L’essentiel du regroupement familial ce sont des Français ou des Françaises qui épousent des étrangers et veulent les faire venir. ».

    En revanche, Emmanuel Macron a donné raison à Robert Ménard dans son refus, en tant que maire, de marier quelqu'un qui était sous OQTF (obligation de quitter le territoire français) : « Il a raison, c’est le bon sens. Je suis pour qu’on exécute les OQTF et donc la proposition de loi du sénateur Demilly, sénateur de la Somme. Je souhaite qu’elle soit inscrite rapidement à l’Assemblée Nationale. Je pense que c’est un bon débat, car c’est un débat de bon sens. ».


    Le Président s'est également opposé au port de signes religieux dans le sport : « Je suis pour la charte olympique qui interdit le port de tous signes religieux dans les compétitions. La pratique du sport, je pense que c’est aux fédérations de décider. Mais je pense que quand on est dans une compétition, ce n’est pas la place d’un signe religieux. ».

    Répondant à l'ancienne ministre écologiste Cécile Duflot, Emmanuel Macron a refusé de trouver dans une nouvelle taxe sur les successions la solution miracle de tout : « Mon programme est plutôt de baisser la taxe d’héritage (…). La clef, c’est qu’on aide davantage nos compatriotes à constituer un patrimoine. (…) Je pense que la réponse n’est pas dans les taxes, la réponse est dans notre capacité à avoir plus de mobilité sociale. ».
     

     
     


    L'émission a commencé sur la guerre en Ukraine et le harcèlement de questions du journaliste maison Darius Rochebin. Emmanuel Macron a été assez convaincant dans ce domaine qu'il connaît par cœur pour être l'un des acteurs majeurs de la vie internationale. Le chef de l'État a souhaité négocier directement avec Vladimir Poutine : « Je le ferai en coordination avec Volodymyr Zelensky et avec les partenaires européens. On doit négocier avec lui pour la suite. ».

    Emmanuel Macron en a profité pour balayer toutes les fake news sur son compte : « Nous n’avons jamais proposé d’être sur la ligne de front. Il y aura forcément une ligne entre des territoires occupés et des territoires libres. Faut-il un mandat des Nations-Unies, une force de maintien de la paix ? Cela fait partie de la question. (…) Les forces de réassurance, ce n’est pas des forces sur la ligne de front. (…) C’est mettre des forces prépositionnées, loin de la ligne de front, dans des endroits qui sont clefs, dans des opérations conjointes, (…) avec une capacité de dissuasion. (…) Si la Russie violait la paix, elle attaquerait de facto les forces alliées. ».

    Enfin, pour être tout à fait clair : « Ce qui se joue en Ukraine, c'est notre sécurité. (…) On doit aider l'Ukraine à se défendre, mais on ne veut pas déclencher un troisième conflit mondial. (…) Nous avons décidé de ne pas engager nos troupes en confrontation directe avec une puissance dotée de l’arme nucléaire (…), pour qu’il n’y ait pas d’escalade, car on ne veut pas faire la troisième guerre mondiale [avec la Russie]. ».

    Il a par ailleurs rappelé la doctrine française de la dissuasion nucléaire : « Depuis qu’une doctrine nucléaire existe, il y a toujours eu une dimension européenne dans la prise en compte de ce que l’on appelle les intérêts vitaux. On ne le détaille pas car l’ambiguïté va avec la dissuasion. (…) Si les Européens veulent rester libres, ils doivent être en situation de s'armer, d'être solidaires et de dissuader. (…) La France est prête à une discussion sur le déploiement d'avions armés de bombes nucléaires dans d'autres pays européens. (…) La France ne paiera pas pour la sécurité des autres, ça ne viendra pas en soustraction de ce dont on a besoin pour nous et la décision finale reviendra toujours au Président de la République. ».

    Emmanuel Macron a été aussi interrogé sur la situation dramatique à Gaza : « C’est un drame et c’est horrible. Moi, mon boulot, c’est de tout faire pour que cela s’arrête. (…) Ce que fait le gouvernement de Benjamin Netanyahou est inacceptable et aujourd’hui, la crise humanitaire est la plus grave depuis octobre dernier. (…) On ne peut pas faire comme si de rien n’était, donc on va devoir monter la pression. ».
     

     
     


    À la fin de l'émission, il a évoqué les référendums possibles. C'est sans doute sa partie la plus mauvaise de l'émission, car il est resté dans le flou complet. L'Élysée avait pourtant fait monter la sauce en annonçant des initiatives dans ce domaine, mais il n'en a rien été. Certes, le Président de la République a confirmé ses vœux du 31 décembre 2024 : « Je souhaite qu’on puisse organiser une consultation multiple, c’est-à-dire plusieurs référendums en même temps, dans les mois qui viennent. ». Mais : « Cela suppose un travail qui chemine pour le gouvernement » et « on a des réformes institutionnelles qui sont à prévoir, des réformes économiques qui sont à porter ». Il a avoué ne pas vouloir « donner ici trop précisément les thèmes. C’est au gouvernement de finir ce travail et à moi de prendre les décisions. ». Tout en excluant un référendum sur les finances publiques qui est de la compétence du Parlement.
     

     
     


    Ainsi, Emmanuel Macron a évoqué des thèmes qui sont très anecdotiques selon les Français, tels que l'interdiction des réseaux sociaux en dessous d'un certain âge pour préserver les jeunes, l'exposition aux écrans, etc. Et aussi, l'euthanasie. Ce qui me navre vraiment (j'y reviendrai). Certes, il veut un travail au Parlement, mais pour faire pression sur les députés et les sénateurs, il n'exclut pas de soumettre la loi sur l'euthanasie au référendum, ce qui serait une grave faute morale et politique : « Si à l’issue de cette première lecture, on voyait un enlisement, une espèce d’impossibilité d’aller au bout, à ce moment-là, le référendum peut être une voie pour débloquer et permettre aux Françaises et aux Français de s’exprimer. ». C'est un sujet très sensible et le débat doit être apaisé, voire consensuel. Le mettre dans un référendum polariserait stupidement et inutilement "l'opinion publique" (pour être clair, je conçois que je dois être à l'envers des tendances majoritaires actuelles puisque je soutiens Emmanuel Macron mais, en même temps !, je suis absolument contre cette loi sur l'euthanasie).
     

     
     


    Je termine par trois éléments de politique politicienne.

    Le premier concerne la confiance qu'Emmanuel Macron porte envers le Premier Ministre François Bayrou à la veille de son audition devant la commission d'enquête sur le scandale de Notre-Dame de Bétharram : « Demain, je sais qu’il répondra à toutes les questions qui lui seront posées. Je sais qui il est. Le Premier Ministre est un homme que je connais depuis de nombreuses années, je sais qui il est et j’ai confiance en lui. ».

    Le deuxième élément est une confidence volée, repérée par certains éditorialistes. Lorsque Sophie Binet a dit à Emmanuel Macron que, selon les sondages, 65% des Français seraient favorables à un référendum sur les retraites, le Président a tout de suite rejeté l'intérêt des sondages en disant qu'ils pouvaient se tromper, et surtout, laissant croire qu'il avait prononcé la dissolution de l'Assemblée à partir de sondages (douteux). Si c'était vrai, ce serait malheureux que d'autres critères n'aient pas été pris en compte dans la réflexion du chef de l'État.


    Enfin, le troisième élément est la dernière question de Gilles Bouleau, décidément une de trop, qui était, non pas de se retrouver à l'élection présidentielle de 2027, mais déjà à celle de 2032 ! En gros, est-ce qu'Emmanuel Macron solliciterait un nouveau mandat en 2032 (en fait, la question était plus rusée, c'était : est-ce qu'il excluait complètement de se représenter en 2032 ?). La réponse d'Emmanuel Macron était intéressante, pour le coup : « Je suis le premier Président qui n’a constitutionnellement pas le droit de se représenter. Ce n’est jamais arrivé. (…) Je pense chaque jour à une seule chose, c’est notre pays, c’est aller au terme de ce mandat en ayant fait tout ce que je pouvais faire. (…) Quand j’aurais fini, je réfléchirai à la suite, et à ce moment-là je pourrais vous répondre. Mais aujourd’hui, je n’ai pas réfléchi. ».
     

     
     


    Que retiendrons les Français de cette très très longue émission de télévision ? Sans doute rien ! Car il n'y a eu aucune annonce claire, concrète et mesurable. C'est donc surtout un sentiment d'impuissance qui transparaît implicitement du flou élyséen. Et c'est normal, car la réalité, mais il n'osera jamais se l'avouer, le pouvoir politique s'est déplacé à Matignon et au Palais-Bourbon. L'Élysée reste essentiel pour la diplomatie et la défense, mais certainement pas pour la politique économique et sociale de la France. Pour preuve, cette petite remarque sur le travail du gouvernement : « Le Premier Ministre travaille avec son gouvernement sur un budget. Le budget, c’est la compétence du Parlement. (…) Il travaille aussi sur des réformes ambitieuses sur le plan économique et social. Je n’ai pas le plan. Donc, quand il me présentera ses réformes, si on considère que certaines peuvent aller au référendum, je vous dis pourquoi pas. ». "Je n'ai pas le plan" : voilà sans doute l'explication de l'impuissance présidentielle ! Il ne lui reste plus que le verbe.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (14 mai 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Emmanuel Macron : qu'allait-il faire dans cette galère ?
    Interview du Président Emmanuel Macron le mardi 13 mai 2025 sur TF1 (vidéo).
    Emmanuel Macron à l'initiative pour la paix en Ukraine.
    Emmanuel Macron, le référendum et les Français.
    Emmanuel Macron veut-il influencer l'élection du nouveau pape ?
    Budget 2026 : François Bayrou promet-il du sang et des larmes ?
    Discours du Premier Ministre François Bayrou le 15 avril 2025 à Paris (texte intégral et vidéo).
    Emmanuel Macron sur le front du commerce international.
    Discours du Président Emmanuel Macron sur les taxes douanières américaines le 3 avril 2025 à l'Élysée (texte intégral et vidéo).
    Emmanuel Macron : la patrie a besoin de vous !
    Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 5 mars 2025 (texte intégral et vidéo).
    Emmanuel Macron à la télévision le dimanche soir !
    Interview du Président Emmanuel Macron le dimanche 9 février 2025 sur France 2 (vidéo).
    Vœux 2025 d'Emmanuel Macron : aux Français de trancher ?
    Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron, le 31 décembre 2024 à Paris (texte intégral et vidéo).
    Emmanuel Macron face à ses choix.
    Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 5 décembre 2024 (texte intégral).
    Emmanuel Macron et les joyeux JO.
    Interview du Président Emmanuel Macron le 23 juillet 2024 sur France 2 (vidéo intégrale).
    Lettre aux Français par Emmanuel Macron le 10 juillet 2024 (texte intégral).
    Emmanuel Macron et son n'ayez-pas-peur !
    Interview d'Emmanuel Macron à Génération Do It Yourself le 24 juin 2024 (podcast intégral).
    Lettre aux Français d'Emmanuel Macron le 23 juin 2024 (texte intégral).
    Sidération institutionnelle.
    Emmanuel Macron, haut et fort dans l'intérêt de la France et des Français.
    Interview du Président Emmanuel Macron le 6 juin 2024 sur TF1 et France 2 (vidéo intégrale).
    Discours du Président Emmanuel Macron le 6 juin 2024 en Normandie.
    Les 80 ans du Débarquement en Normandie.
    Le souverainisme européen selon Emmanuel Macron : puissance, prospérité et humanisme.
    Discours du Président Emmanuel Macron sur l'Europe le 25 avril 2024 à la Sorbonne à Paris (texte intégral et vidéo).
    Emmanuel Macron et son plan de relance de l’Europe (le26 septembre 2017 à la Sorbonne).
    Texte intégral du discours d’Emmanuel Macron le 26 septembre 2017 à la Sorbonne.
    Emmanuel Macron très gaullien à la télévision pour expliquer la gravité de la situation en Ukraine.
    Ukraine : Emmanuel Macron est-il un va-t-en-guerre ?
    Soutien à l'Ukraine : la conférence de l'Élysée pour une défense européenne.
    Amitié franco-ukrainienne : fake news et accord de coopération.
    Pour que la France reste la France !
    Conférence de presse du Président Emmanuel Macron le 16 janvier 2024 à 20 heures 15 à l'Élysée (texte intégral et vidéo).
    Gabriel Macron.
    Tribune du Président Emmanuel Macron dans "Le Monde" du 29 décembre 2023.

    Le gouvernement de Gabriel Attal sarkozysé.
    Liste complète des membres du premier gouvernement de Gabriel Attal.
    Cérémonie de passation des pouvoirs à Matignon le 9 janvier 2024 (texte intégral et vidéo).
    Gabriel Attal plongé dans l'enfer de Matignon.
    Élisabeth Borne remerciée !
    Macron 2024 : bientôt le grand remplacement ...à Matignon ?
    Vœux 2024 d'Emmanuel Macron : mes chers compatriotes, l’action n’est pas une option !

     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250513-macron.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/emmanuel-macron-qu-allait-il-faire-260950

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/05/13/article-sr-20250513-macron.html


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  • Ukraine : le retour de la diplomatie européenne

    « Le samedi 10 mai 2025, les dirigeants de la France, de l’Allemagne, de la Pologne, du Royaume-Uni et de l’Ukraine se sont rencontrés à Kyiv. Ils sont convenus qu'à partir du lundi 12 mai, il devrait y avoir un cessez-le-feu complet et inconditionnel pendant au moins 30 jours. Ils sont convenus qu'un cessez-le-feu inconditionnel, par définition, ne peut être soumis à aucune condition. Si la Russie demande de telles conditions, cela ne peut être considéré que comme une tentative de prolonger la guerre et de saper la diplomatie. Ils ont exigé que le cessez-le-feu soit global, dans les airs, en mer et sur terre. Ils ont souligné que ce cessez-le-feu nécessitait un monitoring efficace, qui pourrait être mis en œuvre avec succès en étroite coordination avec les États-Unis. (…) Ils sont convenus que si la Russie refusait un cessez-le-feu total et inconditionnel, des sanctions plus sévères devraient être adoptées contre les secteurs bancaire et énergétique, ciblant les combustibles fossiles, le pétrole et la flotte fantôme. Ils sont convenus d'adopter un 17e paquet de sanctions fortes de l'UE et de le coordonner avec les sanctions imposées par le Royaume-Uni et la Norvège, ainsi que par les États-Unis. » (Communiqué commun du 10 mai 2025 à Kiev).



     

     
     


    On se demande pourquoi Emmanuel Macron irait chercher dans un référendum aux résultats très aléatoires (on verra son intervention télévisée de ce mardi 13 mai 2025) ce qu'il a trouvé déjà en politique étrangère, à savoir le crédit qu'on peut porter à un homme d'État exceptionnel. Car avec la guerre en Ukraine, il s'agit bien de cela. Dès 2017, le Président Emmanuel Macron avait prôné une véritable souveraineté européenne et une défense européenne, faisant le constat que l'OTAN était en mort cérébrale. Et c'est Vladimir Poutine, en tentant d'envahir l'Ukraine, qui a réveillé et l'OTAN et l'Europe ! L'objectif d'Emmanuel Macron et de tous ses homologues européens, c'est d'éviter de nouveaux Accords de Munich avec l'Ukraine. Et donc, d'éviter une nouvelle guerre générale.

    L'Europe et la France peuvent être fières d'Emmanuel Macron. Heureusement qu'il est là, car il manquait un leader à l'Europe pour réaffirmer tout simplement nos valeurs, et la première de celles-ci, c'est la paix, mais la paix durable, la paix juste, pas la paix du plus fort contre le plus faible, pas la paix de Vladimir Poutine qui ne s'apaiserait qu'en écrasant l'Ukraine, qu'en écrasant la Pologne, les Pays baltes, la Moldavie, la Géorgie, qu'en faisant renaître une Grande Russie (idéalisée) comme Hitler voulait une Grande Allemagne.

    Le vent tourne pour Vladimir Poutine. À force d'envoyer ses missiles tuer des civils, le Président de la Fédération de Russie a déçu, pire, a lassé Donald Trump prêt à abandonner tous ses efforts sur ce conflit. Le Président russe a raté une opportunité historique. Le résultat, c'est un revirement total (dont le Président américain est coutumier). Volodymyr Zelensky a accepté le principe d'un cessez-le-feu inconditionnel de 30 jours proposé par les États-Unis, les Européens aussi et ils l'ont dit avec une grande force. La diplomatie européenne revient sur le devant de la scène ukrainienne, et avec elle, la diplomatie française.

    Deux images fortes pour le pont du 8 mai 2025. Parallèlement aux défilés caricaturaux à Moscou devant les hôtes de Vladimir Poutine, notamment Xi Jinping, Sissi, Maduro, etc. où les canons faisaient figures de valeurs, le Président Emmanuel Macron et le Premier Ministre polonais Donald Tusk ont signé le vendredi 9 mai 2025 dans la belle ville de Nancy, sur la Place Stanislas (à l'Hôtel de Ville), le Traité pour une coopération et une amitié renforcées entre la République de Pologne et la République française.

     

     
     


    Ce n'est pas nouveau que Nancy, la capitale des ducs de Lorraine, s'est retrouvée au centre d'une diplomatie intense. Il y a vingt ans, le 19 mai 2005, la Place Stanislas a accueilli également un mini-sommet entre le Président français Jacques Chirac, le Chancelier allemand Gerhard Schröder et le Président polonais Aleksander Kwasnieski. Dans sa conférence de presse à cette occasion, Jacques Chirac a déclaré : « Je voudrais remercier la ville de Nancy, ses habitants, son maire pour l'accueil qu'ils nous ont réservé et aussi les féliciter, féliciter tous les Nancéiens très chaleureusement pour la superbe restauration de la place Stanislas réalisée à l'occasion de son 250e anniversaire. C'est une belle image donnée par Nancy au monde de la France, de son art et de son histoire. Cette rencontre à trois se tient à un moment particulièrement important puisque nous sommes tous les trois, parmi les vingt-cinq, engagés dans un processus de ratification du Traité constitutionnel. ». C'était dix jours avant le référendum sur le TCE.

    Et Jacques Chirac d'expliquer : « Depuis cinquante ans, l'Europe s'est considérablement développée. Elle a d'abord apporté l'essentiel, c'est-à-dire la paix, la démocratie, la liberté, un certain modèle social et le développement économique aux six pays fondateurs. Puis, petit à petit, elle s'est élargie comme il était à la fois nécessaire et utile pour tous. Nous avons aujourd'hui un ensemble qui est déterminé à enraciner définitivement, sur l'ensemble de notre continent, la paix, la démocratie, la liberté, déterminé à conforter le modèle de développement économique et de progrès social, le modèle social européen, particulièrement incarné par la position notamment allemande et française et à renforcer le poids de l'Europe dans le monde. C'est le sens de l'ambition du traité constitutionnel qui est en voie de ratification chez les vingt-cinq Européens. ».


    Mais revenons au Nancy de 2025, vingt ans plus tard. Le traité signé entre la France et la Pologne fait partie des traités bilatéraux que la France a voulu conclure avec chacun des pays européens depuis quelques années. Elle l'avait déjà fait avec l'Ukraine le 16 février 2024.
     

     
     


    Les deux nations (française et polonaise) sont « convaincues que le moment est venu de porter leurs relations bilatérales à un niveau plus élevé et de se préparer conjointement à faire face aux défis auxquels les deux États et les deux peuples ainsi que l’Europe dans son ensemble sont confrontés au XXIe siècle ». Elles « œuvrent activement à une UE plus forte, sûre, souveraine, démocratique, prospère, compétitive et unie. Elles entendent protéger leurs citoyens, défendre leurs valeurs et leurs intérêts et renforcer la sécurité européenne, notamment celle de la frontière extérieure de l’UE, et la sécurité économique. ».

    L'alinéa 2 de l'article 4 de ce traité proclame très clairement la mutuelle assistance en matière de défense : « Conformément aux dispositions de l’article 51 de la Charte des Nations Unies, en cas d’agression armée sur leurs territoires, les Parties s’assistent mutuellement, y compris par des moyens militaires. Cette aide et cette assistance seront mises en œuvre conformément aux engagements découlant de l’article 5 du Traité de l’Atlantique Nord et du paragraphe 7 de l’article 42 du Traité sur l’Union Européenne. ».

    En tout, le Traité de Nancy compte 19 articles qui précisent les coopérations dans de nombreux domaines, en particulier dans l'industrie, la recherche scientifique, les transports, l'immigration, le numérique, la protection de l'environnement, l'énergie, l'agriculture, la culture, le sport, etc. Il remplace le Traité de Paris signé le 9 avril 1991.






    L'autre initiative est également très importante puisque, venus par un train de nuit qui est parti la veille, le Président français Emmanuel Macron, le nouveau Chancelier allemand Friedrich Merz, le Premier Ministre britannique Keir Starmer et le Premier Ministre polonais Donald Tusk ont rejoint le Président ukrainien Volodymye Zelensky à Kiev, la capitale de l'Ukraine assiégée par Vladimir Poutine. Leur présence a une signification à la fois forte et courageuse. Courageuse car c'est toujours risqué de se rendre à Kiev sous d'éventuels bombardements russes. D'où d'ailleurs le train car l'avion serait beaucoup trop dangereux.
     

     
     


    À ce titre, le Président Macron a diffusé une petite vidéo dans le train qui l'a conduit à Kiev, se mettant en scène en train d'appeler Donald Trump. C'est important car il a montré qu'il était à l'initiative pour construire la paix en Ukraine. Certains lui reprocheront de trop faire dans les réseaux sociaux, mais il faut vivre avec son temps et Donald Trump a gagné sa dernière élection en s'adaptant à ces nouvelles mœurs technologiques.





    Reprenons le contenu du voyage à Kiev et ses conséquences diplomatiques. Le samedi 10 mai 2025 à 14 heures 30, les "alliés" de l'Ukraine (Europe mais aussi Canada, Nouvelle-Zélande, etc.) ont mis Vladimir Poutine dos au mur : ils ont fermement demandé un cessez-le-feu de 30 jours, inconditionnel, à partir du lundi 12 mai 2025, sous forme d'un ultimatum, avec l'accord des États-Unis. C'est ce dernier point qui est nouveau. J'ai placé les extraits les plus importants du communiqué commun en tête de cet article.








    Vladimir Poutine a répondu aux Européens à minuit 40, c'est-à-dire, heure de Moscou, à 2 heures 40 du matin ! Il a proposé des négociations directes à Istanbul entre la Russie et l'Ukraine, sans cessez-le-feu préalable.
     

     
     


    Le dimanche 11 mai 2025 à 18 heures 15 (heure de Paris), Donald Trump a vivement encouragé l'Ukraine à accepter la rencontre proposée par Vladimir Poutine à Istanbul.

    Le dimanche, à 19 heures, Volodymyr Zelensky a déclaré sur Twitter : « J'attendrai Poutine en Turquie, jeudi. Personnellement. J'espère que cette fois, les Russes ne chercheront pas d'excuses. ».





    Dans le même temps, Donald Trump a semblé désabusé de la mauvaise foi de Vladimir Poutine en confiant ce même dimanche : « Je commence à douter que l'Ukraine parvienne à un accord avec Poutine, trop occupé à célébrer la victoire de la Seconde Guerre mondiale, qui n'aurait pas pu être gagnée (même de justesse !) sans les États-Unis. ORGANISEZ UNE RENCONTRE MAINTENANT ! ». Ce point historique est réel (quoi qu'en pensent les trolls poutinolâtres qui pullulent sur le Web) : si les États-Unis n'avaient pas massivement aidé l'URSS pour son armement, cette dernière n'aurait pas pu prendre en tenaille l'Allemagne nazie sur son front est.

    Lundi 12 mai 2025, le Ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, qui a rencontré son homologue américain, a confirmé la nécessité d'un cessez-le-feu préalables aux négociations avec cette phrase souvent répétée dans les conflits : « On ne va pas négocier sous les bombes ! ». Il a notamment déclaré la nature de l'ultimatum que les Européens et surtout les Américains ont lancé à Vladimir Poutine.

     

     
     


    En cas de refus du cessez-le-feu, les États-Unis fixeraient les droits de douane sur l'importation du pétrole russe à 500%... mais ce n'est pas cette mesure qui aurait le plus de conséquence, c'est la suivante : ils mettraient aussi les droits de douane à 500% sur tous les produits importés de pays qui achèteraient encore du pétrole russe. Là, ce serait probablement la sanction commerciale la plus efficace. En outre, les Européens aideraient les Ukrainiens à contrôler à nouveau leur espace aérien.

    Le lundi 12 mai 2025 à 16 heures 30, Donald Trump, qui allait partir au Proche-Orient à partir du lendemain (le 13 mai 2025, il sera en Arabie Saoudite), a lâché : « Je pensais y aller. Il y a une possibilité. ». Aller à Istanbul jeudi 15 mai 2025 pour une rencontre entre Volodymyr Zelensky et Vladimir Poutine sous le patronage de Recep Tayyip Erdogan.
     

     
     


    Comme on le voit, cette semaine est cruciale pour l'avenir de l'Ukraine. Vladimir Poutine a baladé Donald Trump pendant trois mois et, chose nouvelle, ce dernier commence enfin à s'en apercevoir ! Ce qui l'a rendu furieux, c'est la présence de Xi Jinping le 9 mai 2025 à Moscou. Car Donald Trump acceptait d'abandonner l'Ukraine à la Russie à la seule condition que la Russie s'éloignât de la Chine. Pourtant, Vladimir Poutine a toujours été prévisible : seul le rapport de force est efficace avec lui. La diplomatie européenne, et plus précisément la diplomatie française ont fait beaucoup avancer les choses en Ukraine. Mais, même si c'est en bonne voie, rien n'assure que cela sera efficace à court terme. Le peuple ukrainien, pendant ce temps, continue à souffrir.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (12 mai 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Ukraine : le retour de la diplomatie européenne.
    Soumy : grâce musicale versus vulgarité brutale.
    Moonraker.
    Olena Kohut.
    François Bayrou et l'heure de vérité de l'Europe.
    Gabriel Attal attaque Marine Le Pen sur l'Ukraine.

    Manuel Valls pour la paix, mais pas au prix de la fin de l'Ukraine !
    Claude Malhuret s'en prend à Néron et à son bouffon !
    Emmanuel Macron : la patrie a besoin de vous !
    Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 5 mars 2025 (texte intégral et vidéo).
    François Bayrou : la France avait raison !
    Ukraine : Trump, porte-parole de Poutine !
    3 ans de guerre en Ukraine.
    Zelensky : Poutine, c'est l'anti-Europe !
    L'aide de la France à l'Ukraine le 6 juin 2024.
    Emmanuel Macron très gaullien à la télévision pour expliquer la gravité de la situation en Ukraine.
    Débat parlementaire sur l'Ukraine : les masques tombent en France !
    Ukraine : Sophia Aram traite à la sulfateuse les néopacifistes à la notoriété déclinante !
    L'Europe face à Poutine.
    Ukraine : Emmanuel Macron est-il un va-t-en-guerre ?
    Rapport de la commission d'enquête n°1311 de l'Assemblée Nationale relative aux ingérences politiques, économiques et financières de puissances étrangères (enregistré le 1er juin 2023).
    Jean-Pierre Chevènement et ses relations avec la Russie.
    François Fillon et ses relations avec la Russie.
    Ukraine : Gabriel Attal attaque durement le RN et Marine Le Pen !
    Soutien à l'Ukraine : la conférence de l'Élysée pour une défense européenne.
    Conférence de presse du Président Emmanuel Macron lors de la Conférence de soutien à l'Ukraine le 26 février 2024 à l'Élysée (vidéos).
    2 ans de guerre en Ukraine : Poutine zéro en histoire !
    Amitié franco-ukrainienne : fake news et accord de coopération.
    Lee Marvin, les Douze Salopards et la Russie.
    La France Unie soutient l'Ukraine !
    Condoléances cyniques.
    Mort d'Evgueni Prigojine.

    Sergueï Kirienko.
    Victoria Amelina.

    L'effondrement du pouvoir de Poutine.
    Putsch en Russie : faut-il sauver le soldat Poutine ?
    Poutine en état d'arrestation !
    Ukraine, un an après : "Chaque jour de guerre est le choix de Poutine".
    L'Ukraine à l'Europe : donnez-nous des ailes !
    Kherson libéré, mais menace nucléaire ?

    Volodymyr Zelensky demande l'adhésion accélérée de l'Ukraine à l'OTAN.
    6 mois de guerre en Ukraine en 7 dates.
    Les massacres de Boutcha.
    Le naufrage du croiseur russe Moskva.
    L’assassinat de Daria Douguina.
    Kiev le 16 juin 2022 : une journée d’unité européenne historique !
    L'avis de François Hollande.
    Les valeurs valent mieux que les bénéfices !
    Poutine paiera pour les morts et la destruction de l’Ukraine.
    Ukraine en guerre : coming out de la Grande Russie.
    Robert Ménard, l’immigration et l’émotion humanitaire.
    Ukraine en guerre : Emmanuel Macron sur tous les fronts.
    Nous Européens, nous sommes tous des Ukrainiens !

     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250510-ukraine.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/ukraine-le-retour-de-la-diplomatie-260907

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/05/10/article-sr-20250510-ukraine.html



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  • Le 8 mai ou le 9 mai ?

    « La première victoire qui soit commune, c’est la victoire de l’Europe sur elle-même. (…) L’Europe, nous la faisons, nous aimons nos patries. Restons fidèles à nous-mêmes. Relions le passé et le futur et nous pourrons passer, l’esprit en paix, le témoin à ceux qui vont nous suivre. » (François Mitterrand, le 8 mai 1995 à Berlin).




     

     
     


    Ce jeudi 8 mai 2025, des milliers de communes, grandes mais aussi petites, des villages, des hameaux, vont organiser des rassemblements pour commémorer la victoire du 8 mai 1945. Se recueillir devant nos morts pour la France. Cette année est un peu particulière puisque c'est le 80e anniversaire de la Victoire, et c'est aussi l'une des dernières années où l'on pourra encore écouter des témoins directs de la Seconde Guerre mondiale, des anciens combattants, des anciens résistants, des anciens déportés, des survivants de ce passé si trouble, aux destinées très différentes selon la vie de chacun.

    C'est François Mitterrand qui a rétabli le jour férié au 8 mai. Auparavant, on avait estimé que le 11 novembre pouvait rassembler les deux fins de guerre, 1918 et 1945, afin de réduire les journées chômées. Mais les deux guerres étaient très différentes et ce n'est pas inutile que chaque année, les citoyens se penchent de façon distincte sur ces deux guerres.

    Cette année, le 8 mai, comme le 1er mai, tombe un jeudi, ce qui pourrait faire deux ponts prolongés avec seulement deux jours de congé (huit jours au total, deux fois jeudi à dimanche). Après tout, c'est mieux en mai ensoleillé qu'en novembre embrumé. Mais l'idée n'était pas de faire un pont ni de se prélasser au soleil. L'idée était de commémorer ces fins de guerre.

    Une polémique s'est instaurée à l'aide des désinformateurs professionnels soumis à Vladimir Poutine, selon laquelle il faudrait choisir entre le 8 mai et le 9 mai. Factuellement, c'est la capitulation allemande a eu lieu le 8 mai 1945 à 23 heures 01, et la reddition de l'armée du Reich fut signée le 7 mai 1945 à Reims. Mais Staline, en apprenant cela, a été rage de colère car il voulait une signature à Berlin que l'Armée rouge avait conquis. Une nouvelle signature a donc eu lieu à Berlin le 8 mai 1945 à 23 heures 16, heure de Berlin, un peu en différé puisque l'arrêt des combats avait eu lieu le 8 mai 1945 à 23 heures 01, heure de Berlin. Or, à cette heure-là, il était 1 heure 01 du matin du 9 mai 1945 à Moscou, d'où la date du 9 mai retenue par la Russie. Toutefois, Staline n'en a pas fait une journée nationale particulièrement festive, car la date rappelait trop les lourdes pertes humaines soviétiques dans cette guerre.

     

     
     


    Cette année, Vladimir Poutine a voulu en faire un enjeu d'influence internationale, notamment en invitant Lula, Xi Jinping, Sissi, et quelques autres. Il voudrait jouer à celui qui urine le plus loin, dans une sorte de surenchère de roi Ubu. Volodymyr Zelensky a prévenu qu'il ne garantissait pas la sécurité de Moscou pendant le 9 mai parce qu'il craignait une manipulation de Vladimir Poutine (en d'autres termes, un faux attentat à Moscou). Depuis plus de trois ans, l'Ukraine est agressée par la Russie de Vladimir Poutine et donc, par la faute de ce dernier, les deux pays sont en guerre.

    La fête organisée par Vladimir Poutine est un non sens historique. On devrait commémorer la fin de la guerre pour promouvoir la paix dans le monde. Mais dans ce cas-là, le Président de la Fédération de Russie voudrait montrer sa force militaire pour impressionner ses supposés ennemis dans un but guerrier et pas pacifique.


    Toutefois, je n'ai jamais été contre l'idée de faire une commémoration le 9 mai. Pour moi, c'est même une date plus importante que le 8 mai. Le 8 mai, c'est la sortie d'un enfer. Je conçois le 9 mai comme plutôt l'entrée dans un paradis. Paradis est un bien trop grand mot et il est un horizon inatteignable ; pour y aller, il y a d'abord un labyrinthe qui, parfois, nous faire revenir au point de départ, mais le chemin est là, le port est là, celui de la paix.

    Car le 9 mai, c'est avant tout le 9 mai 1950, les soixante-quinze ans maintenant de la célèbre déclaration de Robert Schuman qui a mis en place toutes les conditions pour la fondation de l'Europe dans le but, pas unique mais principal, d'être en paix. Et il faut dire qu'il a eu raison : les pays de l'Europe organisée, comme je l'appellerais, qui sont maintenant vingt-sept, six au départ (France, Allemagne, Italie et Bénélux), on peut rajouter le Royaume-Uni au fil des années, ont vécu en paix entre eux depuis quatre-vingt ans, et cela est inédit dans l'histoire des deux millénaires de notre vieux continent !

    En 2025, la situation est complètement différente de 1950 : aujourd'hui, on semble retourner dans une période d'avant-guerre, dans les années 1930, avec Vladimir Poutine dans le rôle de Hitler, Xi Jinping dans celui de Mussolini, Donald Trump dans celui de Chamberlain (lors des Accords de Munich). L'Ukraine devenant la nouvelle Tchécoslovaquie (le Donbass et la Crimée dans le rôle des Sudètes). En France, on n'est pas loin de 1936, les manifestations contre la réforme des retraites en 2023 faisant penser aux revendications du Front populaire. Ces Français qui ont manifesté sont, en grand partie, complètement déconnectés de la situation internationale actuelle très tendue (en Ukraine, à Gaza, en Syrie, au Cachemire, entre autres).

     

     
     


    Dans sa déclaration, Robert Schuman a énoncé le principe porteur d'une union de nations démocratiques et libres dans un cadre novateur institutionnellement très novateur et original : « L’Europe ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait. ». Et le meilleur concret, à l'époque, c'était l'énergie et l'industrie, c'est-à-dire, le charbon et l'acier : « La solidarité de production qui sera ainsi nouée manifestera que toute guerre entre la France et l’Allemagne devient non seulement impensable, mais matériellement impossible. ». Ces prémices d'Europe allaient devenir la CECA, puis la CEE, enfin l'Union Européenne.

    Ce premier coup de génie était en fait inspiré de la réflexion de Jean Monnet. Le second coup de génie, c'était que l'union de l'Europe passait nécessairement par l'union entre la France et l'Allemagne : « Le rassemblement des nations européennes exige que l’opposition séculaire de la France et de l’Allemagne soit éliminée. L’action entreprise doit toucher au premier chef la France et l’Allemagne. ».
     

     
     


    Justement, ce mercredi 7 mai 2025, Friedrich Merz, qui a été élu, la veille, Chancelier de l'Allemagne fédérale (seulement au second tour), a été reçu par le Président de la République française Emmanuel Macron à l'Élysée pour une première prise de contact officielle. Les deux hommes ont confirmé leur attention de relancer l'Europe par le renforcement politique du couple franco-allemand : « Nous voulons rendre notre partenariat plus stratégique, plus opérationnel, afin d’obtenir des résultats concrets pour nos concitoyens et pour l’Union. Nous exploiterons au maximum la coordination et le réflexe franco-allemands pour rendre l’Europe plus souveraine, en mettant l’accent sur la sécurité, la compétitivité et la convergence. La guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine a fait voler en éclats l’illusion selon laquelle la paix et la sécurité étaient garanties en Europe. Nous avons d’ores et déjà commencé à assumer une plus grande responsabilité pour notre propre sécurité, et nous allons en faire encore davantage. (…) Nous avons besoin de réformes pour garantir la stabilité de l’Europe. Au niveau interne, pour promouvoir la démocratie, l’état de droit et la capacité d’action de l’Union Européenne. Au niveau externe, pour nous préparer à l’élargissement et pour relever les défis géopolitiques, en nous appuyant également sur la Communauté Politique Européenne. 75 ans après la déclaration de Robert Schuman du 9 mai 1950, nous sommes fiers de ce que les Européens ont accompli. Nous servirons, chaque jour, l’objectif de ces "réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait", et nous le ferons ensemble, la France et l’Allemagne, pour une Union Européenne plus souveraine et promouvant ses intérêts. ».

    Cette relance de la relation franco-allemand est donc une excellente nouvelle pour la défense de nos valeurs, notre sécurité et la paix en Europe. Cela annonce un véritable renouveau européen. À nous d'y prendre part.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (07 mai 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Le 8 mai ou le 9 mai ?
    La Victoire sur le nazisme.
    La Fête de l'Europe.
    Philippe De Gaulle.
    Auschwitz : soyons la mémoire de leur mémoire !
    Auschwitz aujourd'hui.
    La Nuit de la Shoah.
    Mauschwitz.
    Esther Senot.
    Pogrom à Amsterdam : toujours la même musique...
    Laura Blajman-Kadar.
    Le rappel très ferme d'Emmanuel Macron contre l'antisémitisme.
    Les 80 ans du Débarquement en Normandie.
    Le 8 mai, l'émotion et la politique.
    Elie Wiesel.
    Robert Merle.
    Le calvaire de Simone Veil.
    Anne Frank.
    Le nazisme.
    Mélinée et Missak Manouchian au Panthéon : pluie et émotion !
    Hommage du Président Emmanuel Macron à Missak Manouchian au Panthéon le 21 février 2024 (texte intégral et vidéo).
    Les Manouchian mercredi au Panthéon.
    Loi sur les génocides invalidée : faut-il s'en réjouir ?
    Michel Cherrier.
    Léon Gautier.
    Claude Bloch, passeur de mémoire.

     

     
     



    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250508-huit-mai.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/le-8-mai-ou-le-9-mai-260493

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/05/07/article-sr-20250508-huit-mai.html

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  • L'avenir de l'Europe s'ouvre avec Friedrich Merz

    « Tous les signaux que nous recevons en provenance des États-Unis indiquent que l'intérêt pour l'Europe y faiblit de manière significative. » (Friedrich Merz, le 24 février 2025).



     

     
     


    Je comprends que l'élection du nouveau pape et les moindres gestes de Donald Trump, qui peuvent faire basculer la planète, sont des sujets très importants de la politique internationale, mais je m'étonne que la presse française évoquent assez peu la situation politique de l'Allemagne et la future investiture du nouveau Chancelier d'Allemagne fédérale, le chrétien-démocrate Friedrich Merz (69 ans) qui prendra ses fonctions le mardi 6 mai 2025 après son élection attendue au Bundestag. Car tout ce qui concerne notre voisin et partenaire allemand nous concerne, nous la France, et concerne l'Europe.

    Friedrich Merz a franchi le dernier obstacle à sa conquête du pouvoir, l'approbation par 84,6% des adhérents (avec une participation de 56%) du SPD, le parti social-démocrate (celui de son futur prédécesseur Olaf Scholz), le 30 avril 2025 en faveur du contrat de la grande coalition SPD-CDU/CSU construite à l'issue des élections fédérales du 23 février 2025. Deux jours après l'approbation des adhérents de la CDU (le 28 avril 2025 à une « majorité écrasante ») et vingt jours après celle de la CSU bavaroise (le 10 avril 2025 à l'unanimité).

    La configuration parlementaire au Bundestag est telle qu'aucun gouvernement n'aurait pu être nommé sans cette alliance des deux grands partis gouvernementaux, après la bonne performance de l'extrême droite (AfD) qui a dépassé le SPD.


    Les négociations ont donc duré un peu plus de deux mois (à peu près le temps qu'a mis le gouvernement de Michel Barnier pour se mettre en place en automne 2024). Le 8 mars 2025, le principe de la grande coalition avait été acquis et pendant un mois, un texte long de 146 pages, le contrat de coalition, a été négocié durement, à huis clos, par 192 émissaires des deux partis politiques pour aboutir à un véritable contrat de gouvernement le 9 avril 2025, ce qui a conduit Friedrich Merz à dire, à l'instar de Ronald Reagan en 1980 : « L'Allemagne est de retour ! ».

    Et finalement, la France l'attendait depuis vingt ans. La France attendait que l'Allemagne redevienne une puissance politique qui, avec la elle, réussirait à relancer l'Union Européenne. Or, Angela Merkel, malgré ses bonnes paroles, n'a jamais voulu vraiment rendre l'Europe indépendante, autonome, au contraire de la France dont c'est l'ADN depuis la fin de la guerre (et même avant). J'attends toujours l'initiative d'une initiative européenne commune de François Hollande et Angela Merkel annoncée dans les années 2010 ! Quant à Olaf Scholz, son faible leadership et la fragilité confirmée de sa coalition tricolore n'ont jamais permis aucune avancée européenne.

    La prise de contrôle du parti d'opposition, la CDU, ainsi que la victoire électorale de Friedrich Merz auraient pu inquiéter la France. Politique mais aussi homme d'affaires, Friedrich Merz a toujours été considéré comme un très grand atlantiste. Mais la réalité, c'est que les amis des États-Unis ne peuvent plus se fier à leur grand ami et doivent faire avec... ou plutôt, sans. Ce qui a fait dire par le journaliste Emmanuel Grasland le 25 février 2025 dans "Les Échos" : « Atlantiste convaincu, Friedrich Merz juge désormais nécessaire pour l'Europe de développer des capacités de défense propres. ».


    Il faut dire que pendant les négociations du contrat de gouvernement, l'Allemagne, l'Europe et le monde ont été secoué par les stupides décisions de Donald Trump sur les taxes douanières, ses allers et retours, qui ont fait chuter l'économie américaine (et mondiale).

    Il y a donc un énorme changement, un double changement : celui de l'option européenne et celui de leadership. Friedrich Merz entend bien rendre présente l'Allemagne sur le plan politique, et ce leadership ne peut se concevoir qu'avec un couple franco-allemand enfin efficace après le couple Jacques Chirac/Gerhard Schröder de la fin des années 1990 et début des années 2000.

    Ce nouveau couple Emmanuel Macron/Friedrich Merz aura certainement quelques difficulté car les deux personnalités sont fortes et si c'est un besoin pour l'Europe, cela peut aussi être une concurrence entre les deux hommes d'État sur certains sujets. L'important, c'est que le nouveau chef du gouvernement allemand a considéré le 9 avril 2025 que « l'amitié franco-allemande reste d'une importance capitale pour toute l'Europe ». D'ailleurs, le premier voyage extérieur de Friedrich Merz fut pour rencontrer Emmanuel Macron le mercredi 26 février 2025 à l'Élysée : « Ensemble, nos pays peuvent accomplir de grandes choses pour l'Europe. Merci beaucoup, cher Emmanuel Macron pour ton amitié et la confiance que tu accordes aux relations franco-allemandes. » (sans surprise : il est de tradition que le nouvel élu de l'un des deux pays fasse son premier voyage extérieur chez l'autre).

     

     
     


    L'essentiel, c'est que le principal sujet sera un sujet de concorde encore la France et l'Allemagne, la défense européenne. Emmanuel Macron prône depuis qu'il est Président de la République française la construction d'une véritable défense européenne, solide et sérieuse, qui puisse être une véritable protection autonome de l'Europe. Jusqu'à l'arrivée de Donald Trump II, beaucoup de pays européens, dont l'Allemagne, avaient approuvé poliment cette idée... mais sans rien faire de réellement concret. Désormais, Emmanuel Macron est pris au sérieux dès lors que Donald Trump a fait comprendre que la protection américaine n'était pas certaine en cas d'attaque agressive contre l'Europe. La guerre en Ukraine montre à l'évidence que le besoin d'une défense européenne autonome est d'autant plus indispensable que les États-Unis se désengagent du continent.

    Ainsi, c'est une véritable révolution du paradigme allemand à laquelle on assiste : les Allemands préféraient la garantie américaine qu'ils estimaient solide et sûre (et pas chère !), à une hypothétique défense européenne qui restait encore tout à construire. Friedrich Merz, dans son programme de gouvernement, prévoit ainsi d'investir 500 milliards d'euros dans la défense, ce n'est pas rien. Dès février 2025, le futur Chancelier constatait : « Nous devons nous préparer au fait que Donald Trump ne respectera plus inconditionnellement l’engagement de défense mutuelle de l’OTAN. ».

    Le professeur Sylvain Kahn, agrégé en histoire et docteur en géographie, chercheur au Centre d'histoire de Science Po, a expliqué le 2 mars 2025 sur France Culture que ce changement n'était pas facile et allait provoquer de nombreuses discussions dans la société allemande : « Traditionnellement, depuis 1949, la CDU est très atlantiste. Mais elle est également très européiste. Pendant 80 ans, c'était finalement les deux jambes d'une même politique étrangère allemande. Aujourd'hui, cette alliance atlantique est en train de voler en éclats. Il y a une période de 80 années qui se clôt. Et c'était un peu miraculeux que la plus grande puissance mondiale accepte de garantir la défense du territoire européen. Et ça ne coûtait pas grand-chose aux Européens, finalement. Mais cela s’arrête. Et donc, il faut que les Allemands choisissent entre leur atlantisme, qui de toute façon n'existe plus, ou bien leur politique pro-européenne. Mais, il faut aussi prendre en compte la société allemande. Parce qu'il ne faut pas imaginer qu'au sein de la société allemande, tout le monde va dire "Ah ben oui, c'est formidable, Friedrich Merz a raison, on le suit". Il y a 20% des électeurs qui ont voté pour l'AfD et 9% qui ont voté pour Die Linke, la gauche radicale allemande, qui est traditionnellement pacifiste et qui, je pense, ne va pas du tout être favorable à l'idée d'une Allemagne sous parapluie nucléaire britannico-français. Et il y a une réticence de la société allemande au nucléaire, qui est très très profonde et très ancrée, et pas seulement au nucléaire civil, mais au nucléaire militaire. Donc là aussi, ça va poser des énormes débats. ».

     

     
     


    Par ailleurs, Friedrich Merz a assuré le peuple ukrainien que l'Allemagne poursuivra et renforcera son aide militaire à l'Ukraine contre l'agression de Vladimir Poutine, alors que son prédécesseur réagissait assez mollement dans ce dossier. Il l'a rappelé lors du congrès extraordinaire de la CDU le 28 avril 2025 à Berlin : « Le combat de l'Ukraine contre l'agression de la Russie est aussi un combat pour le maintien de la paix et la liberté dans notre pays. ».

    Autre verrou levé, celui de l'endettement public. L'Europe a décidé que les dépenses de défense ne seront pas comptabilisées dans le taux d'endettement public (Pacte de stabilité). Ce verrou était aussi constitutionnel en Allemagne et il a été déjà levé dès le 25 mars 2025, avant même le changement de gouvernement.


    Car l'autre priorité de Friedrich Merz (il en a trois), c'est le redressement économique de l'Allemagne. Le Ministre de l'Économie et du Climat sortant, l'écologiste Robert Habeck, a revu le 24 avril 2025 les perspectives économiques à la baisse : 0% de croissance pour 2025, et cela après deux années de récession (-0,3% en 2023 et -0,2% en 2024). Une telle dégringolade de l'économie allemande est inédite depuis 1949. Selon une étude de l'agence Creditreform publiée le 24 avril 2025, 20% des PME seraient engagées dans la réduction de leurs effectifs, ce qui n'est jamais arrivé depuis quinze ans.

    Pour la redresser, le nouveau Chancelier entend encourager massivement les investissements pour faire redémarrer le secteur industriel. Cette revue à la baisse provient directement des décisions douanières de Donald Trump et de l'effondrement de l'économie américaine.

    Ainsi, l'impôt sur les sociétés sera réduit par un amortissement annuel de 30% sur les investissements en équipement au cours des trois prochaines années, 2025, 2026 et 2027. Par ailleurs, 1 000 milliards d'euros d'argent public seront injectés par l'Allemagne, 500 milliards pour les infrastructures à moderniser et 500 milliards pour l'effort de défense (ce "paquet" de 1 000 milliards d'euros a déjà été adopté le 18 mars 2025 par le Bundestag). Ces investissements massifs devraient accélérer le redressement du PIB allemand (+1% est prévu pour 2026).

    Enfin, la troisième priorité de Friedrich Merz, qui est important dans le climat politique allemand actuel, où l'AfD capitalise beaucoup sur les peurs, c'est la lutte contre l'immigration illégale. Le SPD a accepté un renforcement de la sévérité avec le refoulement des demandeurs d'asile à la frontière, en concertation avec les voisins européens de l'Allemagne. "Der Spiegel" s'attendait d'ailleurs, le 9 avril 2025, à plus de fermeté : « On s'attendait à ce que la politique migratoire soit plus sévère, mais elle ne le sera pas autant que la CDU/CSU l'a annoncé durant la campagne électorale. ». Quant à l'intégration des étrangers sur le marché du travail, il est prévu la création d'une agence Travail et Séjour pour simplifier les procédures administratives des employeurs et des employés.

    Le 28 avril 2025, Friedrich Merz a dévoilé les noms des ministres CDU/CSU. Il n'a pas participé à l'enterrement du pape pour finaliser la composition de son gouvernement. Les deux poids lourds Jens Spahn et Carsten Linnemann n'en feront pas partie. Parmi les ministres chrétiens-démocrates (CDU/CSU), il y aura Katherina Reiche à l'Économie et à l'Énergie, Alexander Dobrindt (CSU) à l'Intérieur, Johann Wadephul (62 ans), un proche de Friedrich Merz, aux Affaires étrangères, Alois Rainer (CSU) à l'Alimentation, Agriculture et Patrie, Karin Prien à l'Éducation, Famille, Personnes âgées, Femmes et Jeunesse, Nina Warken à la Santé, Patrick Schnieder aux Transports, Dorotee Bär (CSU) à la Recherche, Technologie et Espace et Thorsten Frei directeur de la Chancellerie fédérale. Au final, beaucoup de femmes alors que le futur Chancelier avait exclu la parité à l'origine (probablement que Casten Linnemann, proche de Friedrich Merz et promis à l'Économie, a fait les frais d'une pression médiatique pour plus de représentativité, tant féminine que géographique).

    Toutefois, Friedrich Merz a préféré l'efficacité à la représentativité politique en nommant aux Affaires étrangères un proche et pas ses anciens rivaux Armin Laschet ou Norbert Röttgen (ancien président de la commission des affaires étrangères au Bundestag). C'est la première fois depuis 1966 qu'une personnalité issue du CDU occupe de nouveau ce poste important pour la diplomatie européenne. Alexander Dobrindt, seul ancien ministre fédéral, a été, selon Elsa Conesa, la correspondante du journal "Le Monde" à Berlin le 29 avril 2025, un « facilitateur » dans les négociations avec le SPD et les Verts pour réviser la Loi fondamentale (sur le seuil de l'endettement public possible). Friedrich Merz a concédé à Jens Spahn (44 ans), ancien ministre de la santé d'Angela Merkel, la stratégique présidence du groupe CDU au Bundestag alors qu'il avait provoqué une vive polémique en proposant des relations rapprochées avec l'AfD.

    Quant aux ministres SPD, ils ne sont pas encore connus et devraient être annoncés par le SPD très prochainement. Son coprésident Lars Kingbeil sera Vice-Chancelier et Ministre des Finances et il devra notamment nommer six de ses membres à la Justice, au Travail, à la Défense, à l'Environnement, à la Coopération et au Logement. Boris Pistorius, ardent soutien à l'Ukraine, devrait rester à la Défense.


    Ce qui est clair, c'est que l'exercice du pouvoir ne sera pas de tout repos pour Friedrich Merz : alors que son parti CDU/CSU avait devancé de 8 points l'extrême droite, deux mois plus tard, l'AfD se retrouve avec 26% d'intentions de vote et la CDU/CSU seulement 25%. Donc pas d'état de grâce pour le nouveau gouvernement allemand. Il devra donc aller vite dans ses réformes pour redresser l'économie allemande et convaincre son peuple qu'il va dans la bonne voie. C'est le gouvernement de la dernière chance.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (03 mai 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    L'avenir de l'Europe s'ouvre avec Friedrich Merz.
    Maréchal Paul von Hindenburg.
    Allemagne 2025 : Feu vert pour la grande coalition CDU-SPD.
    Allemagne 2025 : victoire de Friedrich Merz (CDU).
    Marché de Noël de Magdebourg : le retour du risque terroriste.
    L'éclatement de la coalition Rouge Jaune Vert en Allemagne.
    Friedrich Merz, futur Chancelier.
    Olaf Scholz.
    Les 80 ans du Débarquement en Normandie.
    Élections européennes 2024 (7) : Ursula von der Leyen et ses trois priorités, la défense, le logement et la compétitivité.
    Élections européennes 2024 (6) : le casting pour la dixième législature du Parlement Européen.
    Élections européennes 2024 (5) : la victoire de... Ursula von der Leyen !
    Der Spiegel : "La France, c'est l'Allemagne en mieux".
    Konrad Adenauer.
    Daniel Cohn-Bendit.
    Volkswagen.
    Hans Modrow.
    Dmitri Vrubel.

    Le mur de Berlin.
    La chute du mur de Berlin.
    La Réunification allemande.
    Berlin 1989 : le 9/11 avant le 11/9.
    Maus.
    Le massacre d'Oradour-sur-Glane.
    Le 60e anniversaire du Traité de l'Élysée le 22 janvier 2023.
    Le testament de Benoît XVI.
    Hommage au pape émérite Benoît XVI (1927-2022).
    Les 95 ans du pape émérite Benoît XVI.
    L’Église de Benoît XVI.
    L'Ukraine à l'Europe : donnez-nous des ailes !
    6 mois de guerre en Ukraine en 7 dates.
    Kiev le 16 juin 2022 : une journée d’unité européenne historique !
    Nous Européens, nous sommes tous des Ukrainiens !
    Couvrez ces seins que je ne saurais voir !
    Olaf Scholz, l’étincelle du feu tricolore.
    Législatives allemandes 2021 (2) : Olaf Scholz bientôt Chancelier.
    Bonne retraite, Frau Merkel !
    Législatives allemandes 2021 (1) : INCERTITUDE !
    L’Allemagne en pleine fièvre extrémiste ?


     

     
     





    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250430-merz.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/l-avenir-de-l-europe-s-ouvre-avec-260804

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/05/03/article-sr-20250430-merz.html


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