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élections législatives

  • Allemagne 2025 : Feu vert pour la grande coalition CDU-SPD

    « La protection de notre liberté et de la paix ne tolère aucun retard. » (Pré-accord entre la CDU et le SPD du 8 mars 2025).






     

     
     


    Même pas deux semaines, c'est probablement un record de négociation quand il n'y a pas de majorité absolue au Bundestag, ce qui est le cas souvent et en particulier pour l'Assemblée sortie des urnes du dimanche 23 février 2025 en Allemagne. En effet, un pré-accord, c'est-à-dire, un accord de principe a été conclu le samedi 8 mars 2025 entre les deux principaux partis de gouvernement, la CDU (qui a gagné les élections avec son associée bavaroise, la CSU que je ne citerai pas par la suite) et le SPD, le parti du Chancelier sortant Olaf Scholz.

    Revenons très rapidement en arrière. Les électeurs allemands ont voté le 23 février 2025 pour élire leurs nouveaux députés qui vont siéger au Bundestag. Ces élections fédérales ont été anticipées par le Chancelier social-démocrate Olaf Scholz après l'éclatement de la coalition du feu tricolore (vert écologiste, jaune libéral démocrate, rouge social-démocrate) après une divergence de vue entre Olaf Scholz et son ministre des finances par ailleurs président du parti libéral démocrate (FDP).

    Le résultat des courses après une campagne très difficile, sur fond d'attentats et d'ingérences américaines (Elon Musk soutenant activement le parti d'extrême droite AfD), ce fut, d'une part, une forte participation par rapport aux élections précédentes (82,5% des inscrits, soit un bond de plus de 6 points par rapport aux élections fédérales du 26 septembre 2021, avec une participation de 76,4%) ; d'autre part, l'effondrement du parti au pouvoir, le SPD (social-démocrate) qui a été relégué seulement en troisième position avec 16,4% des voix et 120 sièges sur 630.


     

     
     


    Devant lui, deux grands gagnants : politiquement, l'AfD n'est pas parvenue au pouvoir mais s'est installée en confortable numéro deux du paysage politique allemand avec 20,8% des voix (il a doublé son score) et 152 sièges, devenant le premier parti d'opposition, arrivant en tête dans toutes les régions de l'ancienne Allemagne de l'Est ; institutionnellement, la CDU a gagné aussi puisqu'elle est arrivée en tête avec 28,5% des voix et 208 sièges. Les électeurs allemands ont vu en Friedrich Merz le dirigeant politique de l'Allemagne qui leur manquait depuis le retrait de la démocrate chrétienne Angela Merkel. Les Verts se sont également effondrés à 11,6% des voix et 85 sièges.

     

     
     


    Le cinquième et dernier parti représenté au Bundestag (pour être représenté, il faut au moins atteindre 5% des voix), l'autre parti populiste d'Allemagne de l'Est, Die Linke (un équivalent des insoumis) qui a amélioré son score à 8,8% des voix (soit un gain de 4 points) et 64 sièges. L'autre parti frère de la gauche populiste, la nouvelle BSW, créée le 8 janvier 2024 par d'anciens dirigeants de Die Linke, a raté de peu la marche des 5% avec 4,97% des voix, ce qui ne lui a donné aucun siège. Quant au parti libéral démocrate (FDP), finalement le fauteur de l'éclatement de la coalition de centre gauche et de ces élections anticipées, il a été lourdement et sévèrement sanctionné par ses électeurs en ne recueillant que 4,3% des voix, soit 7,1 points de moins qu'en 2021 (et la perte de ses 92 sièges !), un désastre qui le fait disparaître du Bundestag pour cette nouvelle législature.

    La CDU a donc gagné les élections du 23 février 2025, mais ne dispose d'aucun allié, généralement le FDP, pour atteindre la majorité absolue au Bundestag. Avec 208 sièges, il lui manque en effet 108 sièges pour rassembler 316 députés (sur 630). Deux solutions s'offraient à Friedrich Merz dont le leadership n'a jamais été contesté et qui a pris une certaine revanche historique dans l'après-Helmut Kohl (à partir de 2000). La CDU aurait pu faire alliance avec l'AfD pour un gouvernement axé très à droite, dont le thème de la lutte contre l'immigration serait l'un des objectifs communs. L'AfD était partante mais les dirigeants de la CDU ont toujours refusé toute alliance contre-nature avec l'AfD dans un pays qui a vécu le nazisme, la période la plus effroyable.

     

     
     


    Il n'y avait donc pas d'autres possibilités : la CDU et le SPD se sont mis d'accord pour gouverner ensemble, malgré leurs nombreuses divergences. C'est l'objet des négociations actuelles qui ne font que débuter. En effet, le 8 mars 2025 a eu lieu un pré-accord, mais il reste encore à définir précisément un programme de gouvernement ainsi que la composition du gouvernement (pour la coalition sortante, l'accord de gouvernement de 2021 comptait 177 pages !). C'est ce qu'on a appelé historiquement la "grande coalition" (la « GroKo »), qui n'est pas nouvelle puisque Angela Merkel a gouverné trois mandats sur quatre ainsi. La CDU et le SPD, à eux deux, représentent 328 sièges sur 630, donc une majorité absolue.

    Dans ce texte du pré-accord, intitulé "Sondierungspapier" [document exploratoire], beaucoup d'éléments ont été exprimés, présentés lors d'une conférence de presse commune de Friedrich Merz (président de la CDU), Markus Soder (président de la CSU et ministre-président de Bavière), Lars Klingbeil et Saskia Esken (les deux coprésidents du SPD), tenue au Bundestag. Ce pré-accord préconise des contrôles renforcés aux frontières contre l'immigration illégale (« en accord avec les partenaires européens ») et l'expulsion des étrangers en situation irrégulière. En contre-partie, le SPD a fait prévaloir sa mesure d'augmentation du salaire minimum à 15,00 euros par heure d'ici à 2026 
    (actuellement, c'est 12,82 euros par heure) et la prolongation de deux ans de l'encadrement des loyers.

    À cette conférence de presse, Friedrich Merz a notamment déclaré : « Nous avons rédigé un document commun et nous sommes parvenus à un accord sur toute une série de questions. (…) Nous sommes tous convaincus que nous avons une grande tâche à accomplir face aux défis auxquels l'Europe entière est confrontée. (…) Le monde n'attend pas ! ».
     

     
     


    Après deux ans de récession, des difficultés économiques et énergétiques, l'Allemagne avait besoin d'une relance massive, ce qui sera le cas avec le plan d'investissement de 500 milliards d'euros. Le document commence ainsi, réaffirmant d'ailleurs très fermement le soutien à l'Ukraine : « L’Allemagne fait face à des défis historiques. La situation économique est tendue, les développements politiques mondiaux nous mettent au défi, des investissements massifs sont nécessaires pour améliorer le quotidien des habitants de ce pays. Notre exigence est claire : l’Allemagne a besoin de stabilité et de renouveau, pour un avenir sûr, pour la force économique et pour la cohésion sociale. Dans une période d’incertitude croissante en Europe et dans le monde, nous prenons nos responsabilités. La protection de la liberté et de la paix, le maintien de notre prospérité et la modernisation de notre pays ne tolèrent aucun retard. Notre but est de renforcer la capacité de défense intérieure et extérieure de l’Allemagne, d’investir massivement dans notre infrastructure et de poser les bases d’une croissance durable et soutenue. Nous voulons prendre nos responsabilités en Europe, et renforcer ensemble avec nos partenaires la capacité de défense et la compétitivité de l’Europe. Une chose est claire : L’Allemagne reste aux côtés de l’Ukraine. La fondation d’un gouvernement stable est un financement solide. C’est pourquoi nous nous sommes mis d’accord pour donner la priorité aux questions centrales d’investissement et de financement. Avec un fonds spécial de 500 milliards d’euros, nous remettons notre pays en forme et investissons dans les routes, les rails, l’éducation, la numérisation, l’énergie et la santé. En même temps, nous garantissons la capacité de défense de l’Allemagne et de l’Europe avec des moyens supplémentaires, car la protection de notre liberté est indispensable. Une chose est claire : nous voulons continuer à soutenir l’Ukraine. Nous sommes unis par la volonté de recréer de la confiance. Nous voulons consolider la cohésion sociale, en soulageant les familles, en renforçant la sécurité sociale et en reconnaissant les efforts de la classe moyenne qui travaille dur. Nous améliorer et simplifier la vie des habitants de ce pays. ».

     

     
     


    Huit points sont énumérés qui précisent surtout les conditions financières du plan d'investissement de 500 milliards d'euros et la prise en compte du frein à la dette. En effet, le problème en Allemagne est que la loi fondamentale (la Constitution) oblige un équilibre budgétaire, et pour la réviser, il faut une majorité des deux tiers. Mais les écologistes ont accepté de s'accorder sur ce sujet, dès lors que l'emprunt spécial ne finance pas une baisse des impôts mais bien une augmentation de la dépense publique. Il faut dire que les équipements publics et les infrastructures en Allemagne sont en très mauvais état et ont besoin de ce réinvestissement massif, parallèlement à l'effort de défense.

    En outre, seulement le premier % de PIB du budget de la défense sera comptabilité dans le frein à l'endettement, pas les autres % des dépenses de défense, conformément à la nouvelle règle de la Commission Européenne.

    La conséquence immédiate de cet accord, c'est que le Bundestag a voté ce mardi 18 mars 2025 en session extraordinaire le principe de ce fonds d'investissement massif de 500 milliards d'euros (dont 100 milliards seront alloués aux communes) : « Ce fonds spécial doit servir à des investissements dans les infrastructures. Cela comprend la protection civile et de la population, l’infrastructure de transport, les investissements dans les hôpitaux, l’infrastructure énergétique, dans l’infrastructure d’éducation, de soins, et les installations scientifiques, dans la recherche et développement et dans la numérisation. ».
     

     
     


    L'objectif était que cette réforme, qui nécessitait les deux tiers des voix, fût votée avant l'installation du nouveau Bundestag le 25 mars 2025, car la CDU, le SPD et les Verts n'y représenteront que 413 sièges, moins que les 420 nécessaires (majorité des deux tiers), alors qu'actuellement, dans la configuration de 2021, les trois partis représentent 521 sièges (voire 613 avec le FDP) sur 736 au total (les deux tiers imposent au moins 491 voix).

    On le voit bien, l'arrivée de Friedrich Merz à la tête du gouvernement allemand va être le point de départ d'une nouvelle période pour l'Allemagne qui va être plus dépensière, plus endettée, afin d'assurer des services publics qui sont actuellement dans une situation pire qu'en France. Le Président français Emmanuel Macron, qui avait déjà reçu à l'Élysée Friedrich Merz le 26 février 2025, juste après les élections, l'a rencontré à nouveau ce mardi 18 mars 2025 à Berlin. Le couple franco-allemand semble redevenir une nouvelle force de l'Europe, avec deux poids lourds politiques sur la scène internationale, Friedrich Merz et, bien sûr, Emmanuel Macron. Il faut bien cela pour faire face à la collusion Donald Trump et Vladimir Poutine.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (18 mars 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Allemagne 2025 : Feu vert pour la grande coalition CDU-SPD.
    Allemagne 2025 : victoire de Friedrich Merz (CDU).
    Marché de Noël de Magdebourg : le retour du risque terroriste.
    L'éclatement de la coalition Rouge Jaune Vert en Allemagne.
    Friedrich Merz.
    Olaf Scholz.
    Les 80 ans du Débarquement en Normandie.
    Élections européennes 2024 (7) : Ursula von der Leyen et ses trois priorités, la défense, le logement et la compétitivité.
    Élections européennes 2024 (6) : le casting pour la dixième législature du Parlement Européen.
    Élections européennes 2024 (5) : la victoire de... Ursula von der Leyen !
    Der Spiegel : "La France, c'est l'Allemagne en mieux".
    Konrad Adenauer.
    Daniel Cohn-Bendit.
    Volkswagen.
    Hans Modrow.
    Dmitri Vrubel.

    Le mur de Berlin.
    La chute du mur de Berlin.
    La Réunification allemande.
    Berlin 1989 : le 9/11 avant le 11/9.
    Maus.
    Le massacre d'Oradour-sur-Glane.
    Le 60e anniversaire du Traité de l'Élysée le 22 janvier 2023.
    Le testament de Benoît XVI.
    Hommage au pape émérite Benoît XVI (1927-2022).
    Les 95 ans du pape émérite Benoît XVI.
    L’Église de Benoît XVI.
    L'Ukraine à l'Europe : donnez-nous des ailes !
    6 mois de guerre en Ukraine en 7 dates.
    Kiev le 16 juin 2022 : une journée d’unité européenne historique !
    Nous Européens, nous sommes tous des Ukrainiens !
    Couvrez ces seins que je ne saurais voir !
    Olaf Scholz, l’étincelle du feu tricolore.
    Législatives allemandes 2021 (2) : Olaf Scholz bientôt Chancelier.
    Bonne retraite, Frau Merkel !
    Législatives allemandes 2021 (1) : INCERTITUDE !
    L’Allemagne en pleine fièvre extrémiste ?
     

     
     





    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250308-allemagne.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/allemagne-2025-feu-vert-pour-la-259784

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/03/11/article-sr-20250308-allemagne.html


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  • Allemagne 2025 : victoire de Friedrich Merz (CDU)

    « Nous avons besoin d’un changement de politique, notre main est tendue, on doit juste la prendre. » (Alice Weidel, de l'AfD, le 23 février 2025).




     

     
     


    Comme prévu, la coalition sortante composée du SPD (sociaux-démocrates), des Verts (écologistes) et des libéraux démocrates (FDP), s'est effondrée aux élections fédérales allemandes anticipées de ce dimanche 23 février 2025. Il faut dire que cette convocation précipitée des électeurs provenait justement de l'éclatement de cette coalition feu tricolore.

    La première information est que ces élections fédérales ont été très suivies par le peuple allemand. Alors qu'aux précédentes élections fédérales du 26 septembre 2021, la participation était à 76,4% des inscrits, celle des élections de ce 23 février 2025 a été de 83,0%, ce qui est très important.


    Selon les projections en pourcentages à 21 heures 46, le SPD n'est arrivé qu'en troisième position avec seulement 16,5% des voix (perte de 9,2 points), les Verts ont perdu 3,0 points avec 11,7% des voix, et, c'est sûr, les libéraux démocrates du FDP n'auront plus de représentation au Bundestag puisqu'ils n'ont pas atteint le seuil de 5% (ils n'ont eu que 4,4% des voix, soit une perte de 7,0 points). En gros, la coalition qui dirigeait l'Allemagne depuis décembre 2021 a perdu près de 20% de l'électorat en trois ans.
     

     
     


    Le Chancelier sortant Olaf Scholz a donc de quoi... chanceler ! Il n'a jamais réussi à asseoir son autorité, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de l'Allemagne. Il a dû assumer la politique énergétique catastrophique de sa prédécesseure, Angela Merkel, qui a arrêté le nucléaire pour se mettre sous la protection du ...gaz russe au moment où la Russie devenait menaçante. L'industrie, en particulier l'industrie automobile, a montré des signes inquiétants de faiblesse et un réorientation de la politique industrielle s'avère indispensable. Quant aux nouveaux enjeux géopolitiques de l'Europe, Olaf Scholz n'a pas su faire évoluer radicalement la réflexion sur l'Europe depuis la guerre en Ukraine.

    Mais c'est bien évidemment la perte de repère, l'insécurité et l'immigration qui ont dominé la campagne électorale, d'autant plus que des attentats ont eu lieu, dont à voiture bélier à Munich, à quelques jours du scrutin (et aussi celui de Magdebourg).


     

     
     


    La CDU a incontestablement gagné ces élections et son leader Friedrich Merz peut être à peu près certain qu'il sera le prochain Chancelier allemand. Son retour est presque une divine surprise pour lui. Rival récurrent d'Angela Merkel au sein de la CDU depuis le début des années 2000, il avait fini par quitter la vie politique et faire des affaires (et faire fortune) dans les milieux économiques. Son retour était pourtant attendu car il a durci son discours sur l'immigration, regrettant la politique d'accueil des réfugiés d'Angela Merkel des années 2010. Et il est aussi un fervent défenseur de l'énergie nucléaire et en a beaucoup voulu à Angela Merkel d'avoir rendu l'Allemagne économiquement dépendante de la Russie.

    Toujours selon les premiers résultats du dimanche soir, la CDU/CSU (que je résume en CDU) aurait 28,5% des voix, soit 4,4 points de plus qu'en 2021. Cependant, ce sera très insuffisant pour gouverner seul et la CDU ne pourra pas compter sur son allié traditionnel qui lui a fait faux bond en 2021, à savoir le FDP, grand perdant de ces élections(et dont le chef de file, à l'origine de l'éclatement de la coalition sur le budget 2025, vient de démissionner).

    Comme en France, parallèlement à la forte audience électorale en faveur de l'extrême droite (j'y reviens juste après), il y a aussi une forte fièvre de l'extrême gauche populiste : Die Linke a amélioré son score de 3,8 points avec 8,7% des voix et la BSW atteindrait le seuil de 5% des voix (parti issu de Die Linke créé il y a un an). Le total de l'extrême gauche n'est pas loin du score du SPD.
     

     
     


    L'autre grand gagnant de ces élections, et c'est historique, c'est bien sûr le parti d'extrême droite d'Alice Weidel, à savoir l'AfD (Alternative pour l'Allemagne), ouvertement xénophobe et prorusse (créée en 2013), qui a doublé son score de 2021, dépassant le SPD au niveau national, et atteignant la deuxième place avec 20,5% des voix (soit 10,1 points de plus).

    En fait, on le voit bien sur la courbe de l'histoire des élections, l'électorat de l'AfD empêche une victoire complète de la CDU qui, n'atteignant pas 30%, est loin de ses scores des victoires antérieures (de l'ordre de 40%). L'AfD est très présente dans l'ex-Allemagne de l'Est, avec la première place, dépassant du double le deuxième parti de l'Est, à savoir la CDU : l'AfD y a atteint 34,0% des voix (17,8% pour la CDU et 11,3% pour le SPD, moins que Die Linke avec 13,2%). L'AfD n'a eu que 17,7% dans l'ancienne Allemagne de l'Ouest.
     

     
     


    Dans les projections en sièges, il semblerait à peu près certain qu'une coalition entre la CDU et l'AfD pourrait bénéficier d'une majorité absolue ; elle totaliserait à eux deux entre 338 et 358 sièges sur 630, soit plus de 316. Mais l'arithmétique n'est pas la politique. Jusqu'à maintenant, les dirigeants de la CDU ont toujours refusé une alliance (contre-nature) avec l'AfD.

    Pour autant, Alice Weidel a déclaré dimanche soir qu'elle était prête à gouverner avec la CDU : « Notre main sera toujours tendue pour participer à un gouvernement et pour remplir la volonté du peuple. ». Un sondage proposé par la ZDF a cependant montré que ce n'était la coalition qui aurait la préférence du plus grand nombre des Allemands : 20% des sondés seraient favorables à une coalition CSU-AfD et 74% contre. La coalition qui a reçu le plus d'approbation (38% des sondés) reste l'alliance CDU-SPD (la grande coalition), 47% des sondés y seraient opposés.
     

     
     


    Cette alliance CDU-SPD pourrait avoir la majorité absolue dans un cas ou manquer quelques sièges dans l'autre cas, et pour ce second cas, il faudrait aussi une alliance avec le Verts, mais une coalition CDU-SPD-Verts n'auraient pas plus de soutien qu'une coalition CDU-AfD parmi les sondés (20% dans les deux hypothèses).

    Le choix de Friedrich Merz sera donc historique : ou il reste sur la position d'aucun accord avec l'AfD et c'est risquer l'immobilisme avec une coalition insatisfaisante CDU-SPD, et dans ce cas, la victoire de l'AfD aux prochaines élections serait une hypothèse plausible ; ou il part à l'aventure politique et morale en s'alliant avec l'AfD, au risque de s'aliéner ses électeurs modérés et de rompre la tradition politique depuis la chute du nazisme.
     

     
     


    Au fond, le paysage politique de l'Allemagne est peu différent de celui de la France. Il y a trois pôles incompatibles, le bloc central qui se traduit en Allemagne par la CDU et le FDP (désormais inexistant), le pôle d'extrême droite avec l'AfD, et un pôle de gauche composé d'une gauche gouvernementale (le SPD) qui pèse quasiment le même poids électoral qu'une extrême gauche populiste multiforme représentée par Die Linke et la BSW. Un exemple supplémentaire pour refuser absolument le scrutin proportionnel en France dont la classe politique n'est pas capable de négocier des coalitions stables en cas d'absence de majorité (la démonstration par l'absurde est en train de se dérouler depuis cet été).


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (23 février 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Allemagne 2025 : victoire de Friedrich Merz (CDU).
    Marché de Noël de Magdebourg : le retour du risque terroriste.
    L'éclatement de la coalition Rouge Jaune Vert en Allemagne.
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    Le mur de Berlin.
    La chute du mur de Berlin.
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    L’Église de Benoît XVI.
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    6 mois de guerre en Ukraine en 7 dates.
    Kiev le 16 juin 2022 : une journée d’unité européenne historique !
    Nous Européens, nous sommes tous des Ukrainiens !
    Couvrez ces seins que je ne saurais voir !
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    Législatives allemandes 2021 (1) : INCERTITUDE !
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    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250223-allemagne.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/allemagne-2025-victoire-de-259481

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  • L'éclatement de la coalition Rouge Jaune Vert en Allemagne

    « Trahir, qu'on dit, c'est vite dit. Faut encore saisir l'occasion. C'est comme d'ouvrir une fenêtre dans une prison, trahir. Tout le monde en a envie, mais c'est rare qu'on puisse. » (Céline, 1932).



     

     
     


    Ce mercredi 6 novembre 2024, alors que l'actualité était monopolisée par la seconde élection de Donald Trump, un événement à mon avis aussi important dans ses conséquences pour l'Europe a eu lieu à Berlin : la coalition au pouvoir en Allemagne a éclaté. Et cela trois jours avant le trente-cinquième anniversaire de la chute du mur de Berlin !

    Les élections fédérales du 26 septembre 2021, c'est-à-dire les élections législatives, le renouvellement du Bundestag, la Chambre basse de la République fédérale d'Allemagne, ont donné des résultats mitigés à cause du scrutin proportionnel. Premières élections en l'absence de la Chancelière sortante Angela Merkel, la CDU (parti chrétien démocrate) a perdu son pari de se maintenir au pouvoir. Mais pour autant, le SPD (parti social-démocrate) n'a pas obtenu une majorité franche et massive.

    La CDU/CSU (quand j'évoque la CDU, c'est toujours en incluant l'allié bavarois CSU) a perdu 49 sièges avec 197 sièges sur 736 sièges au total (avec 24,1% des voix), tandis que son adversaire, le SPD, a à peine gagné plus de voix que la CDU, avec 25,7% des voix, lui permettant d'avoir 206 sièges au Bundestag (soit 53 de plus), loin d'obtenir une majorité absolue (il faut pour cela 369 sièges).


    Dans ces élections, les Verts ont fait un bond en doublant leur représentation avec 118 sièges (51 en plus) avec 14,8% des voix. Les libéraux démocrates (FDP), anciens alliés traditionnels de la CDU, ont eu un gain de 12 sièges avec 92 sièges (11,5% des voix), alors que les extrêmes ont régressé : l'extrême droite AfD a perdu 11 sièges avec 83 sièges (10,3% des voix) et Die Linke (l'extrême gauche de type mélenchoniste) a perdu la moitié de sa représentation avec 39 sièges (30 de moins) pour 4,9% des voix.
     

     
     


    Après plus de deux mois d'hésitations, d'incertitudes et de négociations (ce qui est plus longtemps qu'en France cet été 2024), le 7 décembre 2021, un accord de gouvernement a été conclu entre trois partis : les sociaux-démocrates, les libéraux démocrates et les écologistes, apportant dans le panier de la mariée 416 sièges sur 736, ce qui a donné une coalition dite feu tricolore, par ses couleurs : rouge (SPD), jaune (FDP) et vert (Die Grünen), après un premier accord préliminaire annoncé le 15 octobre 2021. Olaf Scholz, Vice-Chancelier sortant et Ministre des Finances sortant d'Angela Merkel, est devenu, le 8 décembre 2021, à 63 ans, le neuvième Chancelier de l'Allemagne fédérale.

    Malgré sa bouille souriante, Olaf Scholz s'est montré le chef de gouvernement le plus inconsistant de l'histoire récente de l'Allemagne. Il faut dire que le principe de cette coalition était de conception peu stable puisque d'un côté, le SPD et les Verts voulaient miser sur une hausse du salaire minimum à 12 euros brut par heure, un rétablissement de l'impôt sur la fortune, un assouplissement des lois Hartz (votées entre 2003 et 2005, sous gouvernement SPD pourtant, qui ont permis la compétitivité de l'économie allemande en Europe), tandis que le FDP souhaitait la poursuite de l'orthodoxie budgétaire.


    Les divergences ne pouvaient apparaître qu'une saison à l'autre, et l'impopularité du gouvernement aidant, ce fut moins facile de préserver l'unité. En effet, les élections de 2024 furent catastrophiques pour le Chancelier allemand. Revoyons le film des derniers mois.

    Le 9 juin 2024, c'étaient les
    élections européennes. Ce fut un coup de semonce sévère contre le SPD. En effet, non seulement le premier rival, la CDU, a gagné haut la main la première place, avec 30,0% des voix, mais le SPD s'est fait doubler de près de deux points par l'extrême droite. En effet, l'AfD a recueilli 15,9% des voix tandis que le SPD seulement 13,9% (en 2019, le SPD, qui avait déjà dévissé aux européennes, n'avait que 15,8% des voix, à l'époque doublé par les Verts à 20,5% !). Ensuite, les Verts à 11,9%, l'extrême gauche (BSW, populistes de gauche, parti fondé le 8 janvier 2024 à partir d'une scission de Die Linke) à 6,2% et le FDP à 5,2%. La coalition du feu tricolore ne représentait donc, en juin dernier, que 31,0% de l'électorat allemand.

    Mais plus encore, les élections régionales du 1er septembre 2024 dans deux régions de l'ancienne Allemagne de l'Est ont été encore plus catastrophiques pour les sociaux-démocrates.


    En Saxe (capitale : Dresde), le SPD a été en voie de disparition confirmée avec seulement 7,3% des voix (comme aux précédentes élections), derrière le CDU (qui dirigeait la région), à 31,9% des voix, l'AfD qui a failli dépasser la CDU avec 30,6% des voix et l'extrême gauche (BSW) avec 11,8% des voix. Seuls, les Verts à 5,1% et Die Linke (extrême gauche) à 4,5% ont fait pire que le SPD. La coalition sortante (CDU, SPD, Verts) a perdu la majorité absolue (seulement 58 sièges sur 120) et va avoir du mal à se frayer un passage entre une forte extrême droite (40 sièges) et une forte extrême gauche (21 sièges).

    Configuration électorale presque équivalente en Thuringe (capitale : Erfurt) où l'AfD a même conquis la première place avec 32,8% des voix (première victoire d'un parti d'extrême droite à une élection allemande depuis la fin de la guerre), loin devant la CDU à 23,6%. La gauche a été liquéfiée : 15,8% pour l'extrême gauche BSW, 13,1% pour Die Linke et seulement 6,1% pour le SPD (en perte encore de 2 points).

    Dans ces deux régions, le président fédéral de la CDU Friedrich Merz a soutenu la poursuite du refus absolu d'alliance avec l'AfD, et a prôné une coalition avec l'extrême gauche qui s'avère très difficile. Une coalition CDU-SPD avec la BSW était en cours d'évaluation, mais la BSW est sortie définitivement des négociations le 5 novembre 2024 en raison de positions irréconciliables (notamment sur l'immigration et l'aide à l'Ukraine), ce qui devrait provoquer le 1er février 2025 probablement une dissolution du Landtag (conseil régional) et de nouvelles élections régionales.

    En revanche, les élections régionales du 22 septembre 2024 en Brandebourg (capitale : Potsdam, où vivait Olaf Scholz) sont restées favorables au SPD avec 30,9% des voix, mais de justesse devant l'AfD à 29,2% des voix, l'extrême gauche (BSW) à 13,5% des voix et a CDU à 12,1% des voix.

    Ces situations électorales, régionales (à l'Allemagne de l'Est) et fédérales (aux européennes), montrent que la classe politique allemande (comme c'est le cas en France et dans de nombreux autres pays européens) est tiraillée par des populismes d'extrême droite et parfois d'extrême gauche désormais assez fortement ancrés dans l'électorat.

     

     
     


    Parmi les désaccords internes à la coalition Rouge Jaune Vert, la politique économique, notamment dans le secteur automobile. Le FDP préconisait de réduire les dépenses publiques et les impôts sur les entreprises et la classe moyenne supérieure. Au contraire, le SPD et les Verts voulaient stimuler l'industrie en augmentant les investissements, notamment dans l'automobile (Volkswagen est en pleine crise). Mais le FDP a fait une offensive en proposant son programme et en insistant pour ne pas dépasser le déficit à 3,5% du PIB (la gauche voudrait atteindre 5%).

    Olaf Scholz a tranché (pour une fois) en limogeant le 6 novembre 2024 son Ministre des Finances Christian Lindner, également président du FDP depuis le 7 décembre 2013. Cette éviction a provoqué dès le lendemain, 7 novembre 2024, le départ des autres ministres FDP du gouvernement : le Ministre de la Justice Marco Buschmann et la Ministre de l'Éducation et de la Recherche Bettina Stark-Watzinger. Seul Volker Wissing, Ministre FDP des Transports et du Numérique, a quitté le FDP pour rester au gouvernement avec ses prérogatives sortantes et en cumulant avec la Justice en tant que politiquement indépendant. Christian Lindner a été acclamé par son groupe après son départ du gouvernement.

    En se retirant de la coalition, le FDP la rend minoritaire puisqu'elle ne peut plus compter sur ses 92 sièges, d'où seulement 324 sièges sur 736. Olaf Scholz a cependant choisi de continuer à gouverner jusqu'à un vote de confiance qu'il a planifié le 15 janvier 2025, date à laquelle son gouvernement sera probablement renversé et le Bundestag dissous. Qu'importe, Olaf Scholz a déjà annoncé qu'il serait candidat à sa reconduction.


    En quelque sorte, Olaf Scholz a fait le 6 novembre 2024 ce que le Président français Emmanuel Macron a fait le 9 juin 2024, c'est-à-dire prononcer la dissolution de l'Assemblée, ou plutôt, prononcer son auto-dissolution. Bref, appuyer sur le bouton rouge et faire tout exploser.

    De nouvelles élections fédérales allemandes sont donc à prévoir à brève échéance (en principe, elles auraient dû avoir lieu le 28 septembre 2025), plutôt en février ou mars 2025. Et Olaf Scholz, probablement, disparaîtra de la vie politique allemande aussi discrètement qu'il est apparu. Rien n'est vraiment prévisible avec de forts mouvements populistes (comme en France), mais la situation à concevoir la plus probable est le retour au pouvoir de la CDU, mais par l'aile dure, forte.
     

     
     


    En effet, Friedrich Merz (69 ans) attend depuis une vingtaine d'années sa consécration et il pense bien l'obtenir dans quelques mois. Il est un peu le Bruno Retailleau allemand. Avocat d'affaires, avec une ascendance maternelle française, il a été élu député européen CDU de 1989 à 1994 puis député fédéral de 1994 à 2009. Entre le 29 février 2000 et le 24 septembre 2002, il a présidé le groupe CDU au Bundestag et prévoyait de devenir l'héritier du Chancelier Helmut Kohl (en l'honneur de qui un lieu de Berlin, une avenue ou une place, sera bientôt baptisé), mais sa rivale directe Angela Merkel lui a pris la présidence du groupe en 2002 après avoir conquis la présidence fédérale de la CDU en 2000. Après l'élection d'Angela Merkel à la tête du gouvernement en 2005, Friedrich Merz s'est éloigné de la vie politique et l'a complètement quittée en 2009 pour diriger des entreprises et des fonds d'investissement. Mais après l'annonce du retrait d'Angela Merkel le 29 octobre 2018, notamment de quitter la présidence de la CDU, il est revenu immédiatement dans la bataille interne pour se présenter comme candidat à la Chancellerie en 2021.

    Battu pour la présidence de la CDU par
    Annegret Kramp-Karrenbauer le 7 décembre 2018 (au 31e congrès de la CDU) avec 48,2%, puis par Armin Laschet le 16 janvier 2021 (au 33e congrès de la CDU) avec un score aussi serré, Friedrich Merz a été finalement élu président de la CDU le 16 décembre 2021 (au 34e congrès de la CDU, après la défaite électorale de la CDU en septembre 2024) avec 62,1%. Il a pris ses fonctions de président de la CDU le 31 janvier 2022 et a pris aussi la présidence du groupe CDU au Bundestag le 15 février 2022 (il a été réélu député en septembre 2021), cumulant ainsi les pouvoirs au sein de la CDU en vue des élections fédérales de 2025.

    C'est pour cela que Friedrich Merz sera le probable prochain Chancelier allemand, dans un retour politique aussi improbable que celui de Donald Trump ou de
    Michel Barnier, avec la ferme volonté de changer la politique allemande, tant celle de la coalition du feu tricolore (la feue coalition tricolore) que celles dirigées par Angela Merkel (qui n'a dirigé seulement avec la CDU que pendant un mandat sur ses quatre mandats). En particulier, il devrait prendre des mesures très fortes contre l'immigration mais aussi pour renouer avec l'énergie nucléaire dont il était un ferme partisan (pour lui, la décision allemande de sortir du nucléaire a été une faute historique majeure). En revanche, avec le départ de Joe Biden en janvier 2025, il n'aura plus d'allié à la Maison-Blanche pour une ligne d'aide massive à l'Ukraine comme il le souhaiterait.

    Rien n'est encore écrit, mais la chute du gouvernement Scholz est une question de semaines, et sa défaite devant les électeurs une quasi-certitude. En revanche, le prochain vainqueur est moins sûr avec la forte audience électorale de l'AfD et, dans une moindre mesure, de celle de la BSW (qui prend surtout sur l'électorat du SPD, des Verts et de Die Linke). Une coalition dirigée par la CDU, avec Friedrich Merz comme chef du gouvernement, reste néanmoins la favorite.



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (09 novembre 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    L'éclatement de la coalition Rouge Jaune Vert en Allemagne.
    Friedrich Merz.
    Olaf Scholz.
    Les 80 ans du Débarquement en Normandie.
    Élections européennes 2024 (7) : Ursula von der Leyen et ses trois priorités, la défense, le logement et la compétitivité.
    Élections européennes 2024 (6) : le casting pour la dixième législature du Parlement Européen.
    Élections européennes 2024 (5) : la victoire de... Ursula von der Leyen !
    Der Spiegel : "La France, c'est l'Allemagne en mieux".
    Konrad Adenauer.
    Daniel Cohn-Bendit.
    Volkswagen.
    Hans Modrow.
    Dmitri Vrubel.

    Le mur de Berlin.
    La chute du mur de Berlin.
    La Réunification allemande.
    Berlin 1989 : le 9/11 avant le 11/9.
    Maus.
    Le massacre d'Oradour-sur-Glane.
    Le 60e anniversaire du Traité de l'Élysée le 22 janvier 2023.
    Le testament de Benoît XVI.
    Hommage au pape émérite Benoît XVI (1927-2022).
    Les 95 ans du pape émérite Benoît XVI.
    L’Église de Benoît XVI.
    L'Ukraine à l'Europe : donnez-nous des ailes !
    6 mois de guerre en Ukraine en 7 dates.
    Kiev le 16 juin 2022 : une journée d’unité européenne historique !
    Nous Européens, nous sommes tous des Ukrainiens !
    Couvrez ces seins que je ne saurais voir !
    Olaf Scholz, l’étincelle du feu tricolore.
    Législatives allemandes 2021 (2) : Olaf Scholz bientôt Chancelier.
    Bonne retraite, Frau Merkel !
    Législatives allemandes 2021 (1) : INCERTITUDE !
    L’Allemagne en pleine fièvre extrémiste ?
     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20241106-coalition-allemagne.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/l-eclatement-de-la-coalition-rouge-257560

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/11/07/article-sr-20241106-coalition-allemagne.html




     

  • Olaf Scholz a appuyé sur le bouton rouge !

    « Trahir, qu'on dit, c'est vite dit. Faut encore saisir l'occasion. C'est comme d'ouvrir une fenêtre dans une prison, trahir. Tout le monde en a envie, mais c'est rare qu'on puisse. » (Céline, 1932).



     

     
     


    Ce mercredi 6 novembre 2024, alors que l'actualité était monopolisée par la seconde élection de Donald Trump, un événement à mon avis aussi important dans ses conséquences pour l'Europe a eu lieu à Berlin : la coalition au pouvoir en Allemagne a éclaté. Et cela trois jours avant le trente-cinquième anniversaire de la chute du mur de Berlin !

    Les élections fédérales du 26 septembre 2021, c'est-à-dire les élections législatives, le renouvellement du Bundestag, la Chambre basse de la République fédérale d'Allemagne, ont donné des résultats mitigés à cause du scrutin proportionnel. Premières élections en l'absence de la Chancelière sortante Angela Merkel, la CDU (parti chrétien démocrate) a perdu son pari de se maintenir au pouvoir. Mais pour autant, le SPD (parti social-démocrate) n'a pas obtenu une majorité franche et massive.

    La CDU/CSU (quand j'évoque la CDU, c'est toujours en incluant l'allié bavarois CSU) a perdu 49 sièges avec 197 sièges sur 736 sièges au total (avec 24,1% des voix), tandis que son adversaire, le SPD, a à peine gagné plus de voix que la CDU, avec 25,7% des voix, lui permettant d'avoir 206 sièges au Bundestag (soit 53 de plus), loin d'obtenir une majorité absolue (il faut pour cela 369 sièges).


    Dans ces élections, les Verts ont fait un bond en doublant leur représentation avec 118 sièges (51 en plus) avec 14,8% des voix. Les libéraux démocrates (FDP), anciens alliés traditionnels de la CDU, ont eu un gain de 12 sièges avec 92 sièges (11,5% des voix), alors que les extrêmes ont régressé : l'extrême droite AfD a perdu 11 sièges avec 83 sièges (10,3% des voix) et Die Linke (l'extrême gauche de type mélenchoniste) a perdu la moitié de sa représentation avec 39 sièges (30 de moins) pour 4,9% des voix.

     
     


    Après plus de deux mois d'hésitations, d'incertitudes et de négociations (ce qui est plus longtemps qu'en France cet été 2024), le 7 décembre 2021, un accord de gouvernement a été conclu entre trois partis : les sociaux-démocrates, les libéraux démocrates et les écologistes, apportant dans le panier de la mariée 416 sièges sur 736, ce qui a donné une coalition dite feu tricolore, par ses couleurs : rouge (SPD), jaune (FDP) et vert (Die Grünen), après un premier accord préliminaire annoncé le 15 octobre 2021. Olaf Scholz, Vice-Chancelier sortant et Ministre des Finances sortant d'Angela Merkel, est devenu, le 8 décembre 2021, à 63 ans, le neuvième Chancelier de l'Allemagne fédérale.

    Malgré sa bouille souriante, Olaf Scholz s'est montré le chef de gouvernement le plus inconsistant de l'histoire récente de l'Allemagne. Il faut dire que le principe de cette coalition était de conception peu stable puisque d'un côté, le SPD et les Verts voulaient miser sur une hausse du salaire minimum à 12 euros brut par heure, un rétablissement de l'impôt sur la fortune, un assouplissement des lois Hartz (votées entre 2003 et 2005, sous gouvernement SPD pourtant, qui ont permis la compétitivité de l'économie allemande en Europe), tandis que le FDP souhaitait la poursuite de l'orthodoxie budgétaire.


    Les divergences ne pouvaient apparaître qu'une saison à l'autre, et l'impopularité du gouvernement aidant, ce fut moins facile de préserver l'unité. En effet, les élections de 2024 furent catastrophiques pour le Chancelier allemand. Revoyons le film des derniers mois.

    Le 9 juin 2024, c'étaient les
    élections européennes. Ce fut un coup de semonce sévère contre le SPD. En effet, non seulement le premier rival, la CDU, a gagné haut la main la première place, avec 30,0% des voix, mais le SPD s'est fait doubler de près de deux points par l'extrême droite. En effet, l'AfD a recueilli 15,9% des voix tandis que le SPD seulement 13,9% (en 2019, le SPD, qui avait déjà dévissé aux européennes, n'avait que 15,8% des voix, à l'époque doublé par les Verts à 20,5% !). Ensuite, les Verts à 11,9%, l'extrême gauche (BSW, populistes de gauche, parti fondé le 8 janvier 2024 à partir d'une scission de Die Linke) à 6,2% et le FDP à 5,2%. La coalition du feu tricolore ne représentait donc, en juin dernier, que 31,0% de l'électorat allemand.

    Mais plus encore, les élections régionales du 1er septembre 2024 dans deux régions de l'ancienne Allemagne de l'Est ont été encore plus catastrophiques pour les sociaux-démocrates.


    En Saxe (capitale : Dresde), le SPD a été en voie de disparition confirmée avec seulement 7,3% des voix (comme aux précédentes élections), derrière le CDU (qui dirigeait la région), à 31,9% des voix, l'AfD qui a failli dépasser la CDU avec 30,6% des voix et l'extrême gauche (BSW) avec 11,8% des voix. Seuls, les Verts à 5,1% et Die Linke (extrême gauche) à 4,5% ont fait pire que le SPD. La coalition sortante (CDU, SPD, Verts) a perdu la majorité absolue (seulement 58 sièges sur 120) et va avoir du mal à se frayer un passage entre une forte extrême droite (40 sièges) et une forte extrême gauche (21 sièges).

    Configuration électorale presque équivalente en Thuringe (capitale : Erfurt) où l'AfD a même conquis la première place avec 32,8% des voix (première victoire d'un parti d'extrême droite à une élection allemande depuis la fin de la guerre), loin devant la CDU à 23,6%. La gauche a été liquéfiée : 15,8% pour l'extrême gauche BSW, 13,1% pour Die Linke et seulement 6,1% pour le SPD (en perte encore de 2 points).

    Dans ces deux régions, le président fédéral de la CDU Friedrich Merz a soutenu la poursuite du refus absolu d'alliance avec l'AfD, et a prôné une coalition avec l'extrême gauche qui s'avère très difficile. Une coalition CDU-SPD avec la BSW était en cours d'évaluation, mais la BSW est sortie définitivement des négociations le 5 novembre 2024 en raison de positions irréconciliables (notamment sur l'immigration et l'aide à l'Ukraine), ce qui devrait provoquer le 1er février 2025 probablement une dissolution du Landtag (conseil régional) et de nouvelles élections régionales.

    En revanche, les élections régionales du 22 septembre 2024 en Brandebourg (capitale : Potsdam, où vivait Olaf Scholz) sont restées favorables au SPD avec 30,9% des voix, mais de justesse devant l'AfD à 29,2% des voix, l'extrême gauche (BSW) à 13,5% des voix et a CDU à 12,1% des voix.

    Ces situations électorales, régionales (à l'Allemagne de l'Est) et fédérales (aux européennes), montrent que la classe politique allemande (comme c'est le cas en France et dans de nombreux autres pays européens) est tiraillée par des populismes d'extrême droite et parfois d'extrême gauche désormais assez fortement ancrés dans l'électorat.

     

     
     


    Parmi les désaccords internes à la coalition Rouge Jaune Vert, la politique économique, notamment dans le secteur automobile. Le FDP préconisait de réduire les dépenses publiques et les impôts sur les entreprises et la classe moyenne supérieure. Au contraire, le SPD et les Verts voulaient stimuler l'industrie en augmentant les investissements, notamment dans l'automobile (Volkswagen est en pleine crise). Mais le FDP a fait une offensive en proposant son programme et en insistant pour ne pas dépasser le déficit à 3,5% du PIB (la gauche voudrait atteindre 5%).

    Olaf Scholz a tranché (pour une fois) en limogeant le 6 novembre 2024 son Ministre des Finances Christian Lindner, également président du FDP depuis le 7 décembre 2013. Cette éviction a provoqué dès le lendemain, 7 novembre 2024, le départ des autres ministres FDP du gouvernement : le Ministre de la Justice Marco Buschmann et la Ministre de l'Éducation et de la Recherche Bettina Stark-Watzinger. Seul Volker Wissing, Ministre FDP des Transports et du Numérique, a quitté le FDP pour rester au gouvernement avec ses prérogatives sortantes et en cumulant avec la Justice en tant que politiquement indépendant. Christian Lindner a été acclamé par son groupe après son départ du gouvernement.

    En se retirant de la coalition, le FDP la rend minoritaire puisqu'elle ne peut plus compter sur ses 92 sièges, d'où seulement 324 sièges sur 736. Olaf Scholz a cependant choisi de continuer à gouverner jusqu'à un vote de confiance qu'il a planifié le 15 janvier 2025, date à laquelle son gouvernement sera probablement renversé et le Bundestag dissous. Qu'importe, Olaf Scholz a déjà annoncé qu'il serait candidat à sa reconduction.


    En quelque sorte, Olaf Scholz a fait le 6 novembre 2024 ce que le Président français Emmanuel Macron a fait le 9 juin 2024, c'est-à-dire prononcer la dissolution de l'Assemblée, ou plutôt, prononcer son auto-dissolution. Bref, appuyer sur le bouton rouge et faire tout exploser.

    De nouvelles élections fédérales allemandes sont donc à prévoir à brève échéance (en principe, elles auraient dû avoir lieu le 28 septembre 2025), plutôt en février ou mars 2025. Et Olaf Scholz, probablement, disparaîtra de la vie politique allemande aussi discrètement qu'il est apparu. Rien n'est vraiment prévisible avec de forts mouvements populistes (comme en France), mais la situation à concevoir la plus probable est le retour au pouvoir de la CDU, mais par l'aile dure, forte.

     
     


    En effet, Friedrich Merz (69 ans) attend depuis une vingtaine d'années sa consécration et il pense bien l'obtenir dans quelques mois. Il est un peu le Bruno Retailleau allemand. Avocat d'affaires, avec une ascendance maternelle française, il a été élu député européen CDU de 1989 à 1994 puis député fédéral de 1994 à 2009. Entre le 29 février 2000 et le 24 septembre 2002, il a présidé le groupe CDU au Bundestag et prévoyait de devenir l'héritier du Chancelier Helmut Kohl (en l'honneur de qui un lieu de Berlin, une avenue ou une place, sera bientôt baptisé), mais sa rivale directe Angela Merkel lui a pris la présidence du groupe en 2002 après avoir conquis la présidence fédérale de la CDU en 2000. Après l'élection d'Angela Merkel à la tête du gouvernement en 2005, Friedrich Merz s'est éloigné de la vie politique et l'a complètement quittée en 2009 pour diriger des entreprises et des fonds d'investissement. Mais après l'annonce du retrait d'Angela Merkel le 29 octobre 2018, notamment de quitter la présidence de la CDU, il est revenu immédiatement dans la bataille interne pour se présenter comme candidat à la Chancellerie en 2021.

    Battu pour la présidence de la CDU par
    Annegret Kramp-Karrenbauer le 7 décembre 2018 (au 31e congrès de la CDU) avec 48,2%, puis par Armin Laschet le 16 janvier 2021 (au 33e congrès de la CDU) avec un score aussi serré, Friedrich Merz a été finalement élu président de la CDU le 16 décembre 2021 (au 34e congrès de la CDU, après la défaite électorale de la CDU en septembre 2024) avec 62,1%. Il a pris ses fonctions de président de la CDU le 31 janvier 2022 et a pris aussi la présidence du groupe CDU au Bundestag le 15 février 2022 (il a été réélu député en septembre 2021), cumulant ainsi les pouvoirs au sein de la CDU en vue des élections fédérales de 2025.

    C'est pour cela que Friedrich Merz sera le probable prochain Chancelier allemand, dans un retour politique aussi improbable que celui de Donald Trump ou de
    Michel Barnier, avec la ferme volonté de changer la politique allemande, tant celle de la coalition du feu tricolore (la feue coalition tricolore) que celles dirigées par Angela Merkel (qui n'a dirigé seulement avec la CDU que pendant un mandat sur ses quatre mandats). En particulier, il devrait prendre des mesures très fortes contre l'immigration mais aussi pour renouer avec l'énergie nucléaire dont il était un ferme partisan (pour lui, la décision allemande de sortir du nucléaire a été une faute historique majeure). En revanche, avec le départ de Joe Biden en janvier 2025, il n'aura plus d'allié à la Maison-Blanche pour une ligne d'aide massive à l'Ukraine comme il le souhaiterait.

    Rien n'est encore écrit, mais la chute du gouvernement Scholz est une question de semaines, et sa défaite devant les électeurs une quasi-certitude. En revanche, le prochain vainqueur est moins sûr avec la forte audience électorale de l'AfD et, dans une moindre mesure, de celle de la BSW (qui prend surtout sur l'électorat du SPD, des Verts et de Die Linke). Une coalition dirigée par la CDU, avec Friedrich Merz comme chef du gouvernement, reste néanmoins la favorite.



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (09 novembre 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    L'éclatement de la coalition Rouge Jaune Vert en Allemagne.
    Friedrich Merz.
    Olaf Scholz.
    Les 80 ans du Débarquement en Normandie.
    Élections européennes 2024 (7) : Ursula von der Leyen et ses trois priorités, la défense, le logement et la compétitivité.
    Élections européennes 2024 (6) : le casting pour la dixième législature du Parlement Européen.
    Élections européennes 2024 (5) : la victoire de... Ursula von der Leyen !
    Der Spiegel : "La France, c'est l'Allemagne en mieux".
    Konrad Adenauer.
    Daniel Cohn-Bendit.
    Volkswagen.
    Hans Modrow.
    Dmitri Vrubel.

    Le mur de Berlin.
    La chute du mur de Berlin.
    La Réunification allemande.
    Berlin 1989 : le 9/11 avant le 11/9.
    Maus.
    Le massacre d'Oradour-sur-Glane.
    Le 60e anniversaire du Traité de l'Élysée le 22 janvier 2023.
    Le testament de Benoît XVI.
    Hommage au pape émérite Benoît XVI (1927-2022).
    Les 95 ans du pape émérite Benoît XVI.
    L’Église de Benoît XVI.
    L'Ukraine à l'Europe : donnez-nous des ailes !
    6 mois de guerre en Ukraine en 7 dates.
    Kiev le 16 juin 2022 : une journée d’unité européenne historique !
    Nous Européens, nous sommes tous des Ukrainiens !
    Couvrez ces seins que je ne saurais voir !
    Olaf Scholz, l’étincelle du feu tricolore.
    Législatives allemandes 2021 (2) : Olaf Scholz bientôt Chancelier.
    Bonne retraite, Frau Merkel !
    Législatives allemandes 2021 (1) : INCERTITUDE !
    L’Allemagne en pleine fièvre extrémiste ?

     
     



     



    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20241106-scholz.html

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/11/11/article-sr-20241106-scholz.html


     


     

  • Friedrich Merz, futur Chancelier allemand en 2025 ?

    « Trahir, qu'on dit, c'est vite dit. Faut encore saisir l'occasion. C'est comme d'ouvrir une fenêtre dans une prison, trahir. Tout le monde en a envie, mais c'est rare qu'on puisse. » (Céline, 1932).

     

     
     


    Ce mercredi 6 novembre 2024, alors que l'actualité était monopolisée par la seconde élection de Donald Trump, un événement à mon avis aussi important dans ses conséquences pour l'Europe a eu lieu à Berlin : la coalition au pouvoir en Allemagne a éclaté. Et cela trois jours avant le trente-cinquième anniversaire de la chute du mur de Berlin !

    Les élections fédérales du 26 septembre 2021, c'est-à-dire les élections législatives, le renouvellement du Bundestag, la Chambre basse de la République fédérale d'Allemagne, ont donné des résultats mitigés à cause du scrutin proportionnel. Premières élections en l'absence de la Chancelière sortante Angela Merkel, la CDU (parti chrétien démocrate) a perdu son pari de se maintenir au pouvoir. Mais pour autant, le SPD (parti social-démocrate) n'a pas obtenu une majorité franche et massive.

    La CDU/CSU (quand j'évoque la CDU, c'est toujours en incluant l'allié bavarois CSU) a perdu 49 sièges avec 197 sièges sur 736 sièges au total (avec 24,1% des voix), tandis que son adversaire, le SPD, a à peine gagné plus de voix que la CDU, avec 25,7% des voix, lui permettant d'avoir 206 sièges au Bundestag (soit 53 de plus), loin d'obtenir une majorité absolue (il faut pour cela 369 sièges).


    Dans ces élections, les Verts ont fait un bond en doublant leur représentation avec 118 sièges (51 en plus) avec 14,8% des voix. Les libéraux démocrates (FDP), anciens alliés traditionnels de la CDU, ont eu un gain de 12 sièges avec 92 sièges (11,5% des voix), alors que les extrêmes ont régressé : l'extrême droite AfD a perdu 11 sièges avec 83 sièges (10,3% des voix) et Die Linke (l'extrême gauche de type mélenchoniste) a perdu la moitié de sa représentation avec 39 sièges (30 de moins) pour 4,9% des voix.

     
     


    Après plus de deux mois d'hésitations, d'incertitudes et de négociations (ce qui est plus longtemps qu'en France cet été 2024), le 7 décembre 2021, un accord de gouvernement a été conclu entre trois partis : les sociaux-démocrates, les libéraux démocrates et les écologistes, apportant dans le panier de la mariée 416 sièges sur 736, ce qui a donné une coalition dite feu tricolore, par ses couleurs : rouge (SPD), jaune (FDP) et vert (Die Grünen), après un premier accord préliminaire annoncé le 15 octobre 2021. Olaf Scholz, Vice-Chancelier sortant et Ministre des Finances sortant d'Angela Merkel, est devenu, le 8 décembre 2021, à 63 ans, le neuvième Chancelier de l'Allemagne fédérale.

    Malgré sa bouille souriante, Olaf Scholz s'est montré le chef de gouvernement le plus inconsistant de l'histoire récente de l'Allemagne. Il faut dire que le principe de cette coalition était de conception peu stable puisque d'un côté, le SPD et les Verts voulaient miser sur une hausse du salaire minimum à 12 euros brut par heure, un rétablissement de l'impôt sur la fortune, un assouplissement des lois Hartz (votées entre 2003 et 2005, sous gouvernement SPD pourtant, qui ont permis la compétitivité de l'économie allemande en Europe), tandis que le FDP souhaitait la poursuite de l'orthodoxie budgétaire.


    Les divergences ne pouvaient apparaître qu'une saison à l'autre, et l'impopularité du gouvernement aidant, ce fut moins facile de préserver l'unité. En effet, les élections de 2024 furent catastrophiques pour le Chancelier allemand. Revoyons le film des derniers mois.

    Le 9 juin 2024, c'étaient les
    élections européennes. Ce fut un coup de semonce sévère contre le SPD. En effet, non seulement le premier rival, la CDU, a gagné haut la main la première place, avec 30,0% des voix, mais le SPD s'est fait doubler de près de deux points par l'extrême droite. En effet, l'AfD a recueilli 15,9% des voix tandis que le SPD seulement 13,9% (en 2019, le SPD, qui avait déjà dévissé aux européennes, n'avait que 15,8% des voix, à l'époque doublé par les Verts à 20,5% !). Ensuite, les Verts à 11,9%, l'extrême gauche (BSW, populistes de gauche, parti fondé le 8 janvier 2024 à partir d'une scission de Die Linke) à 6,2% et le FDP à 5,2%. La coalition du feu tricolore ne représentait donc, en juin dernier, que 31,0% de l'électorat allemand.

    Mais plus encore, les élections régionales du 1er septembre 2024 dans deux régions de l'ancienne Allemagne de l'Est ont été encore plus catastrophiques pour les sociaux-démocrates.


    En Saxe (capitale : Dresde), le SPD a été en voie de disparition confirmée avec seulement 7,3% des voix (comme aux précédentes élections), derrière le CDU (qui dirigeait la région), à 31,9% des voix, l'AfD qui a failli dépasser la CDU avec 30,6% des voix et l'extrême gauche (BSW) avec 11,8% des voix. Seuls, les Verts à 5,1% et Die Linke (extrême gauche) à 4,5% ont fait pire que le SPD. La coalition sortante (CDU, SPD, Verts) a perdu la majorité absolue (seulement 58 sièges sur 120) et va avoir du mal à se frayer un passage entre une forte extrême droite (40 sièges) et une forte extrême gauche (21 sièges).

    Configuration électorale presque équivalente en Thuringe (capitale : Erfurt) où l'AfD a même conquis la première place avec 32,8% des voix (première victoire d'un parti d'extrême droite à une élection allemande depuis la fin de la guerre), loin devant la CDU à 23,6%. La gauche a été liquéfiée : 15,8% pour l'extrême gauche BSW, 13,1% pour Die Linke et seulement 6,1% pour le SPD (en perte encore de 2 points).

    Dans ces deux régions, le président fédéral de la CDU Friedrich Merz a soutenu la poursuite du refus absolu d'alliance avec l'AfD, et a prôné une coalition avec l'extrême gauche qui s'avère très difficile. Une coalition CDU-SPD avec la BSW était en cours d'évaluation, mais la BSW est sortie définitivement des négociations le 5 novembre 2024 en raison de positions irréconciliables (notamment sur l'immigration et l'aide à l'Ukraine), ce qui devrait provoquer le 1er février 2025 probablement une dissolution du Landtag (conseil régional) et de nouvelles élections régionales.

    En revanche, les élections régionales du 22 septembre 2024 en Brandebourg (capitale : Potsdam, où vivait Olaf Scholz) sont restées favorables au SPD avec 30,9% des voix, mais de justesse devant l'AfD à 29,2% des voix, l'extrême gauche (BSW) à 13,5% des voix et a CDU à 12,1% des voix.

    Ces situations électorales, régionales (à l'Allemagne de l'Est) et fédérales (aux européennes), montrent que la classe politique allemande (comme c'est le cas en France et dans de nombreux autres pays européens) est tiraillée par des populismes d'extrême droite et parfois d'extrême gauche désormais assez fortement ancrés dans l'électorat.

     

     
     


    Parmi les désaccords internes à la coalition Rouge Jaune Vert, la politique économique, notamment dans le secteur automobile. Le FDP préconisait de réduire les dépenses publiques et les impôts sur les entreprises et la classe moyenne supérieure. Au contraire, le SPD et les Verts voulaient stimuler l'industrie en augmentant les investissements, notamment dans l'automobile (Volkswagen est en pleine crise). Mais le FDP a fait une offensive en proposant son programme et en insistant pour ne pas dépasser le déficit à 3,5% du PIB (la gauche voudrait atteindre 5%).

    Olaf Scholz a tranché (pour une fois) en limogeant le 6 novembre 2024 son Ministre des Finances Christian Lindner, également président du FDP depuis le 7 décembre 2013. Cette éviction a provoqué dès le lendemain, 7 novembre 2024, le départ des autres ministres FDP du gouvernement : le Ministre de la Justice Marco Buschmann et la Ministre de l'Éducation et de la Recherche Bettina Stark-Watzinger. Seul Volker Wissing, Ministre FDP des Transports et du Numérique, a quitté le FDP pour rester au gouvernement avec ses prérogatives sortantes et en cumulant avec la Justice en tant que politiquement indépendant. Christian Lindner a été acclamé par son groupe après son départ du gouvernement.

    En se retirant de la coalition, le FDP la rend minoritaire puisqu'elle ne peut plus compter sur ses 92 sièges, d'où seulement 324 sièges sur 736. Olaf Scholz a cependant choisi de continuer à gouverner jusqu'à un vote de confiance qu'il a planifié le 15 janvier 2025, date à laquelle son gouvernement sera probablement renversé et le Bundestag dissous. Qu'importe, Olaf Scholz a déjà annoncé qu'il serait candidat à sa reconduction.


    En quelque sorte, Olaf Scholz a fait le 6 novembre 2024 ce que le Président français Emmanuel Macron a fait le 9 juin 2024, c'est-à-dire prononcer la dissolution de l'Assemblée, ou plutôt, prononcer son auto-dissolution. Bref, appuyer sur le bouton rouge et faire tout exploser.

    De nouvelles élections fédérales allemandes sont donc à prévoir à brève échéance (en principe, elles auraient dû avoir lieu le 28 septembre 2025), plutôt en février ou mars 2025. Et Olaf Scholz, probablement, disparaîtra de la vie politique allemande aussi discrètement qu'il est apparu. Rien n'est vraiment prévisible avec de forts mouvements populistes (comme en France), mais la situation à concevoir la plus probable est le retour au pouvoir de la CDU, mais par l'aile dure, forte.
     

     
     


    En effet, Friedrich Merz (69 ans) attend depuis une vingtaine d'années sa consécration et il pense bien l'obtenir dans quelques mois. Il est un peu le Bruno Retailleau allemand. Avocat d'affaires, avec une ascendance maternelle française, il a été élu député européen CDU de 1989 à 1994 puis député fédéral de 1994 à 2009. Entre le 29 février 2000 et le 24 septembre 2002, il a présidé le groupe CDU au Bundestag et prévoyait de devenir l'héritier du Chancelier Helmut Kohl (en l'honneur de qui un lieu de Berlin, une avenue ou une place, sera bientôt baptisé), mais sa rivale directe Angela Merkel lui a pris la présidence du groupe en 2002 après avoir conquis la présidence fédérale de la CDU en 2000. Après l'élection d'Angela Merkel à la tête du gouvernement en 2005, Friedrich Merz s'est éloigné de la vie politique et l'a complètement quittée en 2009 pour diriger des entreprises et des fonds d'investissement. Mais après l'annonce du retrait d'Angela Merkel le 29 octobre 2018, notamment de quitter la présidence de la CDU, il est revenu immédiatement dans la bataille interne pour se présenter comme candidat à la Chancellerie en 2021.

    Battu pour la présidence de la CDU par
    Annegret Kramp-Karrenbauer le 7 décembre 2018 (au 31e congrès de la CDU) avec 48,2%, puis par Armin Laschet le 16 janvier 2021 (au 33e congrès de la CDU) avec un score aussi serré, Friedrich Merz a été finalement élu président de la CDU le 16 décembre 2021 (au 34e congrès de la CDU, après la défaite électorale de la CDU en septembre 2024) avec 62,1%. Il a pris ses fonctions de président de la CDU le 31 janvier 2022 et a pris aussi la présidence du groupe CDU au Bundestag le 15 février 2022 (il a été réélu député en septembre 2021), cumulant ainsi les pouvoirs au sein de la CDU en vue des élections fédérales de 2025.

    C'est pour cela que Friedrich Merz sera le probable prochain Chancelier allemand, dans un retour politique aussi improbable que celui de Donald Trump ou de
    Michel Barnier, avec la ferme volonté de changer la politique allemande, tant celle de la coalition du feu tricolore (la feue coalition tricolore) que celles dirigées par Angela Merkel (qui n'a dirigé seulement avec la CDU que pendant un mandat sur ses quatre mandats). En particulier, il devrait prendre des mesures très fortes contre l'immigration mais aussi pour renouer avec l'énergie nucléaire dont il était un ferme partisan (pour lui, la décision allemande de sortir du nucléaire a été une faute historique majeure). En revanche, avec le départ de Joe Biden en janvier 2025, il n'aura plus d'allié à la Maison-Blanche pour une ligne d'aide massive à l'Ukraine comme il le souhaiterait.

    Rien n'est encore écrit, mais la chute du gouvernement Scholz est une question de semaines, et sa défaite devant les électeurs une quasi-certitude. En revanche, le prochain vainqueur est moins sûr avec la forte audience électorale de l'AfD et, dans une moindre mesure, de celle de la BSW (qui prend surtout sur l'électorat du SPD, des Verts et de Die Linke). Une coalition dirigée par la CDU, avec Friedrich Merz comme chef du gouvernement, reste néanmoins la favorite.



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (09 novembre 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    L'éclatement de la coalition Rouge Jaune Vert en Allemagne.
    Friedrich Merz.
    Olaf Scholz.
    Les 80 ans du Débarquement en Normandie.
    Élections européennes 2024 (7) : Ursula von der Leyen et ses trois priorités, la défense, le logement et la compétitivité.
    Élections européennes 2024 (6) : le casting pour la dixième législature du Parlement Européen.
    Élections européennes 2024 (5) : la victoire de... Ursula von der Leyen !
    Der Spiegel : "La France, c'est l'Allemagne en mieux".
    Konrad Adenauer.
    Daniel Cohn-Bendit.
    Volkswagen.
    Hans Modrow.
    Dmitri Vrubel.

    Le mur de Berlin.
    La chute du mur de Berlin.
    La Réunification allemande.
    Berlin 1989 : le 9/11 avant le 11/9.
    Maus.
    Le massacre d'Oradour-sur-Glane.
    Le 60e anniversaire du Traité de l'Élysée le 22 janvier 2023.
    Le testament de Benoît XVI.
    Hommage au pape émérite Benoît XVI (1927-2022).
    Les 95 ans du pape émérite Benoît XVI.
    L’Église de Benoît XVI.
    L'Ukraine à l'Europe : donnez-nous des ailes !
    6 mois de guerre en Ukraine en 7 dates.
    Kiev le 16 juin 2022 : une journée d’unité européenne historique !
    Nous Européens, nous sommes tous des Ukrainiens !
    Couvrez ces seins que je ne saurais voir !
    Olaf Scholz, l’étincelle du feu tricolore.
    Législatives allemandes 2021 (2) : Olaf Scholz bientôt Chancelier.
    Bonne retraite, Frau Merkel !
    Législatives allemandes 2021 (1) : INCERTITUDE !
    L’Allemagne en pleine fièvre extrémiste ?

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20241106-merz.html

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/11/11/article-sr-20241106-merz.html



     

  • Claude Malhuret : du vol des élections aux chefs d'escadrille...

    « Les Français sont fatigués de la révolution permanente ; ils sont fatigués de la ZAD qui s’est reconstituée hier à l’Assemblée dès l’ouverture de la session ; ils sont fatigués des démagogues qui promettent la lune et sèment la ruine partout où ils sont au pouvoir. Votre programme, avec humilité et responsabilité, en est l’exact contraire. C’est une raison supplémentaire pour que nous le soutenions. » (Claude Malhuret, le 2 octobre 2024 au Sénat).



     

     
     


    ZAD, comprendre zone à délirer ! Voici une petite démonstration de près de dix minutes sur le mythe des élections volées. Comme depuis quelques années c'est la tradition, chaque intervention en séance publique du sénateur Claude Malhuret est un condensé d'humour et de lucidité sur la vie politique. À un moment pressenti par le nouveau Premier Ministre pour faire partie de son gouvernement (il était déjà membre du gouvernement entre 1986 et 1988), le président du groupe Les Indépendants, République et Territoires au Sénat (regroupant les sénateurs Horizons) n'a pas déçu ses collègues lorsqu'il a fallu participer au débat qui a suivi la déclaration de politique générale de Michel Barnier au Sénat le mercredi 2 octobre 2024. Il réagissait surtout aux propos tenus quelques minutes auparavant par son collègue Patrice Kanner, président du groupe socialiste, qui s'enferrait dans la légende urbaine d'une victoire de la nouvelle farce populaire (NFP) aux dernières élections législatives.

    Alors, le sénateur a commencé comme
    Martin Luther King (mais en négatif : ce n'est pas un rêve qu'il a fait) : « Mes chers collègues, en écoutant il y a quelques instants l’analyse de la situation politique par le président du groupe socialiste, j’ai brusquement fait une sorte de cauchemar éveillé. ». Et il a découvert un nouveau gouvernement : « Je me tenais ici, à cette tribune, et en face de moi, à la place où vous vous trouvez, monsieur le Premier Ministre, ce n’était pas vous : c’était Lucie Castets. À ses côtés se tenaient Sandrine Rousseau, ministre des finances et de la décroissance ; Sophia Chikirou, garde des sceaux ; Aymeric Caron, ministre de l’écologie et des insectes ; Sébastien Delogu, ministre de la mémoire et des anciens combattants ; Louis Boyard, ministre du développement durable du cannabis et Jean-Luc Mélenchon, ministre des affaires étrangères et de l’amitié avec la Russie, le Hezbollah et l’Alliance bolivarienne ! ».

    Retour à la réalité et à l'imposture du NFP : « Lorsque j’ai rouvert les yeux, je me suis aperçu que j’étais en train de tomber de mon siège. Les propos du président du groupe socialiste montrent que l’on ne peut aborder ce débat sans faire d’abord table rase de l’invraisemblable campagne qui est menée depuis des semaines par le nouveau front populaire pour convaincre les Français que l’élection leur a été volée, que votre gouvernement est illégitime et que vous êtes l’otage du Rassemblement national. Cette campagne va se poursuivre, plus virulente que jamais, comme le prouve le discours de fureur et de haine que
    Mme Panot a prononcé hier à l’Assemblée Nationale. Le soir des élections, le 7 juillet dernier, à vingt heures zéro une, à la télévision, tous les chefs de partis ont été priés de passer leur tour pour permettre à celui de LFI de prononcer cette phrase : "Nous sommes arrivés les premiers, nous devons former le gouvernement". L’échec huit jours plus tard du candidat du NFP à l’élection pour la Présidence de l’Assemblée Nationale a démontré de manière évidente que cette intox constitutionnelle était une imposture. Mais la vague médiatique et les ragots sociaux se sont transformés en tsunami et le mensonge s’est changé en vérité. Il faut donc le répéter : l’élection n’a été volée à personne ! Et si elle a été volée, c’est aux électeurs de gauche par les dirigeants de l’extrême gauche, qui ont joué une invraisemblable partie de poker menteur avec leurs partenaires. ».
     

     
     


    D'où la recherche laborieuse d'un Premier Ministre qui oscillait entre le vaudeville et la tragédie (je ne sais pas trop s'il a été le plus féroce contre Lucie Castets ou contre Ségolène Royal !) : « Pendant les quinze jours qui ont suivi le 7 juillet, le mot d’ordre fut : "Macron doit nommer immédiatement un Premier Ministre du NFP". Question des journalistes : "Qui est votre candidat ?". Réponse : "On ne sait pas, on n’arrive pas à se mettre d’accord". Après deux semaines de bras de fer et de crises de nerfs, une inconnue tombe enfin du ciel : pendant vingt-quatre heures, Huguette Bello devient le nouveau dalaï-lama, jusqu’à ce qu’on découvre qu’elle n’est pas woke, mais alors pas woke du tout : elle est anti-mariage pour tous et tout le tralala. Panique au NFP ; exit Huguette ! Quelqu’un propose alors Laurence Tubiana, organisatrice de la COP21. Horreur, on s’aperçoit que Macron l’a nommée à l’UNESCO. Une macroniste Première Ministre du NFP ? La "fisha" absolue… Exit Laurence ! Au bord du gouffre, alors qu’il n’allait plus rester que Ségolène Royal, on finit par débusquer dans les combles de la mairie de Paris une sémillante fonctionnaire jamais élue nulle part et coanimatrice de l’incroyable dette de 10 milliards d’euros de la capitale. Par miracle, cet Annapurna de la pensée politique, auprès de qui les Bertrand, Cazeneuve ou Barnier ne sont que des billes, accepte de faire bénéficier les Français de son inexpérience. Le NFP tient sa Première Ministre. Du moins, c’est ce que croient les socialistes, les écolos et les communistes. Ce qu’ils n’ont pas compris, et l’on s’étonne d’une telle naïveté, c’est que jamais Mélenchon n’a envisagé un Premier Ministre de gauche. Jamais ! Au moment même où le nom de Lucie Castets est prononcé, une fatwa vient la faucher en quelques mots : "Le programme, rien que le programme, mais tout le programme !". En bon français, cela veut dire que Mme Castets disposerait de 193 voix à l’Assemblée, et pas une de plus ! Exit donc Lucie… En un mot, si vous avez compris le NFP, c’est qu’on vous a mal expliqué ! ». Cette dernière phrase restera sans doute "culte" ! On est en plein dans un film comique avec le regretté Michel Blanc.

    Claude Malhuret a ainsi expliqué l'échec de
    Bernard Cazeneuve : « La gauche responsable, celle qui est largement représentée dans cet hémicycle, du moins c’est ce que je pensais jusqu’à il y a quelques minutes, fait une tentative désespérée en proposant le nom de Bernard Cazeneuve. Cette fois, Mélenchon n’a même pas besoin de lever le petit doigt, Faure le socialiste se charge lui-même du sale boulot en déclarant que nommer un Premier Ministre socialiste serait une "anomalie". Cazeneuve est des nôtres, il sera censuré comme les autres ! Exit Bernard ! Un jour, dans les manuels de sciences politiques, on expliquera dans un long chapitre comment, en 2024, la gauche s’est vendue pour un plat de lentilles à une secte gauchiste en pleine dérive islamiste et antisémite, dirigée par un ancien du lambertisme, que les communistes eux-mêmes qualifiaient il y a quelques années encore d’hitléro-trotskisme ! ».

    Il n'y a pas eu que la gauche islamo-gauchiste à avoir crié au vol des élections,
    l'extrême droite a hurlé pareil : « Quant à l’extrême droite, qui prétend elle aussi qu’on a volé l’élection à ses 11 millions d’électeurs, elle oublie de dire que 20 millions d’autres ont décidé d’associer leurs voix au second tour pour lui faire barrage devant la radicalité de ses positions, un programme économique qui nous mènerait droit vers l’abîme et une flopée de candidats imprésentables, entre les casquettes nazies et les propos antisémites sur les réseaux asociaux. Elle n’est pas plus légitime à gouverner et elle le sait très bien. Elle attend son heure, et si cette heure vient un jour, elle aura été soigneusement préparée par la folie de l’extrême gauche et la capitulation du premier secrétaire du parti socialiste, l’homme-caoutchouc. ».

    Quant à la
    motion de censure, voici pourquoi ses chances de succès sont faibles : « Vient enfin le dernier mensonge, monsieur le Premier Ministre : vous seriez l’otage du Rassemblement national. L’extrême droite compte 142 députés. Ils ne peuvent faire tomber votre gouvernement qu’en bande organisée avec le NFP. J’attends avec impatience qu’ils expliquent cela à leurs électeurs, et surtout qu’ils expliquent comment ils comptent composer, pour vous succéder, un gouvernement lepéno-mélenchoniste. Mélenchon ne veut pas de Premier Ministre de gauche et Le Pen sait que son parti est incapable pour l’heure de gouverner. Ce n’est pas une assurance-vie, mais votre gouvernement est loin d’être condamné d’avance. ».

    D'où le soutien fort du groupe présidé par Claude Malhuret au gouvernement de Michel Barnier : « Vous êtes légitime. Vous n’avez pas de majorité absolue, mais vous rassemblez tous ceux, de la droite républicaine au centre et à la gauche modérée, qui ont fait le choix de la responsabilité. Ils sont le camp de la raison que notre groupe Les Indépendants appelle de ses vœux depuis des mois. Et vous êtes, après deux ans d’Assemblée Nationale transformée en zone à délirer, le Premier Ministre de l’apaisement. Quelles sont les priorités ? Mais il n’y a que des priorités : le budget, le déficit, la dette, la
    Nouvelle-Calédonie, le logement, l’agriculture, l’immigration, la transition écologique, sans oublier l’Ukraine, le Moyen-Orient et toutes les crises dans le monde que la France ne peut ignorer. Ces priorités étaient au cœur de votre discours et de ceux de tous mes collègues ; je n’y reviendrai pas à mon tour. Qu’il me soit seulement permis de dire que nous soutenons votre engagement dans cette démarche difficile et courageuse. Vous disposerez d’une large majorité au Sénat, qui tentera de compenser l’absence de majorité absolue à l’Assemblée Nationale et de combattre les tentatives des populistes pour saper notre démocratie. ».
     

     
     


    Les savoureuses envolées lyriques du sénateur Malhuret apportent toujours un peu de fraîcheur, de légèreté, mais aussi de lucidité à une classe politique tendue et rageuse. Il a le mérite de faire mal car il cible juste. Depuis 2022, il s'inquiète régulièrement de la perspective de l'élection présidentielle de 2027 et de la nécessité de rassembler toutes les forces non-populistes, ce qu'il a appelé ce 2 octobre 2024 les forces raisonnables, le "camp de la raison", du centre droit au centre gauche, "qui ont fait le choix de la responsabilité". Les deux anciens grands partis gouvernementaux, LR et le PS, n'ont pas voulu jouer le jeu en 2022, chacun pris par une surenchère populiste. LR s'est finalement résolu à faire le choix de la raison et de la responsabilité, au contraire du PS qui s'enferme toujours dans un mélencho-islamisme qui l'asphyxiera à court terme. Surtout, Claude Malhuret, continuez à nous délecter ainsi !


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (05 octobre 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Claude Malhuret : du vol des élections aux chefs d'escadrille...
    Claude Malhuret au Sénat : le spectacle continue !
    Ukraine : Claude Malhuret se gausse de Jordan Selfie !
    Claude Malhuret sur l'inscription de l'IVG dans la Constitution le 4 mars 2024 à Versailles.
    Claude Malhuret s'en prend à "la pression permanente et déprimante des extrêmes" !
    Claude Malhuret dénonce la "mauvaise république" du guide suprême !
    L'Iran et les femmes : Claude Malhuret contre la mollarchie.
    Passe vaccinal : Claude Malhuret charge lourdement les antivax.
    Covid-19 : les trois inepties du docteur Claude Malhuret.







    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20241002-malhuret.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/claude-malhuret-du-vol-des-257033

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/10/02/article-sr-20241002-malhuret.html



     

  • "À vendre" Lucie Castets 9 000 €/mois !

    « Chère Madame, à force de vous [être] crue le centre du monde, vous vous êtes rendue inaudible. Votre logiciel n'est plus à jour, déficitaire, à l'image des finances de la ville de Paris, dont vous avez la charge. De grâce, épargnez-nous vos jérémiades ! » (Un internaute, le 6 septembre 2024 sur Youtube).




     

     
     


    Certains l'ont appelée une Élisabeth Borne de gauche, d'autres sont même allés jusqu'à y voir une nouvelle Ségolène Royal. Elle n'était qu'une baudruche manipulée par Jean-Luc Mélenchon.

    Depuis le 5 septembre 2024, Emmanuel Macron a tranché : pas de plan C, juste un plan B. Pas B comme Bernard (Cazeneuve), ni Bertrand, ni Beaudet, mais Barnier. Pas de Lucie Castets qui était supposée ne représenter que 193 députés à l'Assemblée Nationale alors que Michel Barnier représente au moins 213 députés. Pour Lucie Castets, cette fin d'été est assez terrible, il faut l'avouer : fin de l'été, fin des illusions, et même, fin du boulot à la mairie de Paris.

    Pour le boulot à la mairie de Paris (elle était directrice des finances et des achats de la ville hyperendettée de Paris, en CP du 23 juillet au 31 août, c'est sympa de pouvoir se mettre en congé pendant un mois et demi de suite quand on a de telles responsabilités), je ne me fais pas trop d'inquiétude pour elle : elle est énarque et le pire pour elle, c'est d'être haut fonctionnaire sans avoir de poste. Pour les Parisiens, en revanche, hyperimposés par la gestion calamiteuse de la maire PS Anne Hidalgo, c'est sans doute un plus puisque Lucie Castets était conseillère financière de la maire avant d'avoir pris son poste officiel au sein de l'organigramme avec toujours ce principe très cher pour les contribuables français : "pas grave de dépenser l'argent public, ce n'est pas le mien".

    Ce qui est terrible, c'est qu'elle reste toujours dans la réalité alternative alors qu'elle n'a pas vu que sa candeur et sa naïveté ont permis à Jean-Luc Mélenchon et Olivier Faure de la manipuler. Elle ose dire encore publiquement : « Nous censurerons Michel Barnier ! ». Assez de déni, il faut quand même que quelqu'un ose vous le dire, puisque les journalistes ne vous disent rien. Non, madame Castets, vous n'êtes pas Première Ministre de la France, vous n'êtes pas plus députée, vous n'êtes "rien" en politique, personne ne vous connaît, vous n'avez eu aucun mandat électif, aucune responsabilité politique, même François Asselineau a plus de légitimité que vous pour prétendre gouverner la France. Vous avez fait campagne après les élections, et pas avant ! C'est inédit dans l'histoire politique de la France ! Reprenez tout à l'endroit, vous en avez certainement la capacité, présentez-vous aux élections, faites campagne, soyez élue, et vous pourrez prétendre représenter des électeurs, des idées, un parti.

    Interrogée par Apolline de Malherbe à la matinale de BFMTV le jeudi 29 août 2024, alors qu'elle considérait que le meurtre du gendarme Éric Comyn n'était qu'un simple fait-divers, Lucie Castets évoquait la suite de son parcours professionnel dans ces termes : « Je ne démissionne pas de la fonction publique, Je suis extrêmement attachée à la fonction publique, je suis fonctionnaire et j'y accorde une très grande importance, donc je ne démissionne pas de la fonction publique. Je me retire de mon poste et les modalités pratiques sont encore en discussion avec mon employeur, je vous le dirai le moment venu quand ça sera précis, là je ne peux pas encore le dire parce que je ne sais pas exactement quelles sont les modalités, mais oui, j'envisage de me mettre en disponibilité. ».

    Résumons. D'une part, elle ne veut pas quitter la fonction publique, c'est très bien pour elle, mais j'ai connu des responsables politiques qui ont démissionné de la fonction publique pour leur engagement politique (Emmanuel Macron par exemple), elle, elle préfère ne prendre aucun risque et elle a raison, car la politique n'est peut-être pas la voie pour elle. D'autre part, elle propose de nous tenir au courant, de tenir au courant "les gens" de son statut administratif, des conditions de sa mise en disponibilité, mais il faut bien l'avouer, tout le monde s'en moque sauf ses proches. Enfin, je constate que dans l'un des postes les plus importants de la ville de Paris, on peut prendre six semaines de congés payés sans prévenir son employeur puis quitter le poste deux jours avant en principe son retour de congé. Je ne sais pas si c'est ordinaire dans une grande collectivité territoriale, mais je sais que c'est impossible, dans une grande entreprise privée, que des cadres supérieurs puissent avoir autant de flexibilité dans leur parcours de vie professionnelle !






    La question d'Apolline de Malherbe qui a suivi était très pertinente malgré tout, la question qui tue : « Pardon, question très pratique mais puisque vous nous révélez que vous ne retournerez pas effectivement à votre poste lundi, vous allez gagner votre vie comment ? ». Réponse : « C'est encore à déterminer, euh... Je, je... ».
    « Vous allez chercher un autre emploi ? ». Réponse : « Possiblement oui ! ». Ce "possiblement" restera certainement dans les annales du vocabulaire politique dans les prochaines années.
     

     
     


    Les journalistes de l'hebdomadaire "Marianne" ont voulu en savoir plus et leur enquête, publiée le 3 septembre 2024 sous la signature de Maël Jouan et Hadrien Mathoux, avec pour titre "51 000 euros mensuels pour le staff, 9 000 pour elle... le devis de l'équipe de Lucie Castets au NFP", a révélé qu'elle avait réclamé 9 000 euros par mois à la nouvelle farce populaire (NFP) pour ses prestations médiatiques. On comprend un peu mieux qu'elle ait accepté ce rôle de composition, et on comprend un peu moins bien comment des électeurs de gauche puissent avoir été autant abusés par l'hypocrisie vénale d'une telle personne (ou d'une telle secte car il s'agit bien d'une secte, le mélenchonisme au gourou bien connu).

    "Marianne" a ainsi affirmé mardi soir que Lucie Castets avait envoyé pour elle et "son équipe" un budget au NFP, un devis qui fait état d'un salaire de 9 000 euros mensuels pour Lucie Castets et de 51 000 euros mensuels pour le fonctionnement de "son cabinet" comprenant trois (ou quatre) personnes, et les trésoriers des partis du NFP (en particulier d'EELV), l'avaient validé. Néanmoins, l'hebdomadaire a bien précisé que finalement, cela ne s'est pas fait après avoir contacté "l'entourage de Lucie Castets" : « Aujourd’hui, l’entourage de Lucie Castets assure que ses demandes ne sont plus à l'ordre du jour. », terminant ainsi : « Finalement, l’opération a été avortée. ». Dans un communiqué sur Twitter, sans vraiment démentir les informations, Lucie Castets a affirmé qu'elle n'avait touché aucune rémunération du NFP cet été (surtout pour répondre à ses détracteurs qui imaginaient qu'elle était doublement rémunérée, par ses congés payés et par le NFP).


    Car une telle information a évidemment provoqué de nombreuses réactions plutôt hostiles dans les réseaux sociaux, d'opposants au NFP (c'est bien normal), mais aussi d'électeurs du NFP particulièrement déçus par la vénalité de la dame.

    Interrogée par Thomas Sotto dans la matinale de RTL ce vendredi 6 septembre 2024, Lucie Castets a voulu démentir l'article de "Marianne" : « C'est faux. Je suis abasourdie par cet article et du fait qu’il a été relayé tel quel par de nombreux médias (…). Je trouve ça incroyable que l’info ne soit pas vérifiée avant d’être publiée. ».





    Mais la rédaction de "Marianne" a persisté et signé, piquée au vif par ce procès en incompétence, avec un article publié le même jour (6 septembre), avec ces mots assez durs : « La candidate à Matignon du nouveau front populaire débute peut-être en politique mais sait mentir avec autant d'aplomb qu'un vieux routard. ». Et de démontrer alors en quoi ses informations étaient exactes et recoupées par plusieurs sources distinctes.

    Le point de contestation n'était ni les montants en jeu, ni le fait que cela ne s'est pas fait finalement, mais l'origine du devis : qui a demandé à ce que Lucie Castets soit payée 9 000 euros par mois ? Pour "Marianne", c'est Lucie Castets elle-même qui a réclamé cette somme au NFP (après tout, pas très cher comme cachet d'actrice, même de série B, enfin, de série C). Pour Lucie Castets, au contraire, ce sont les dirigeants du NFP qui lui ont proposé une telle rémunération.
     

     
     


    "Marianne" n'en démord pas et précise (et publie même) « l'email écrit par son bras droit Arnaud Bontemps à la trésorière des écologistes, un devis de fonctionnement de l’équipe Castets. En bref : une enveloppe de 51 000 euros pour la rémunération de ses collaborateurs, les déplacements, la location d’un bureau… Et une possible rallonge de 9 000 euros à partir de septembre (date de la fin des congés de Lucie Castets) pour son salaire. Nous maintenons nos informations. Elles ont été scrupuleusement vérifiées et recoupées, notamment auprès des principaux intéressés : Arnaud Bontemps et la trésorière du parti Les Écologistes qui ont tous deux confirmé l’existence de ce mail et n'ont pas démenti les montants. (…) Ce que dit Lucie Castets est donc, pour la paraphraser, faux et nous serions abasourdis que sa parole, sur le sujet, puisse être relayée telle quelle à l'avenir par de nombreux médias. ».

    En clair, dès cet été, Lucie Castets avait demandé une rémunération de 9 000 euros mensuels pour elle à partir du 1er septembre 2024, ce qui confirme tout ce que les observateurs avaient compris depuis le 23 juillet 2024 avec cette insipide imposture : tout le monde, dirigeants du NFP et Lucie Castets, savait qu'elle ne serait jamais nommée Première Ministre, ni cet été, ni après l'été.

    ...Même si l'email publié par "Marianne" donnait quand même l'impression de quelques illusions dans la production de souvenirs communs avec Lucie Castets : « Enfin, plus ponctuellement, nous pourrions avoir besoin d'un appui en matériel ou en compétences (…).... Bref tout ce qui permettra de faire vivre la dynamique autour du nouveau front populaire en attendant que la gauche gouverne le pays : mais évidemment tout cela reste à suivre. » !
     

     
     


    Après ces informations, à mon sens, le plus choquant n'est pas le montant de la rémunération demandée. Il faut déjà rappeler qu'il s'agit d'un budget projeté, 9 000 euros par mois, ce devrait être a priori y compris les charges patronales et salariales, qui sont lourdes. Je n'ai pas le montant exact correspondant au salaire net, mais il doit être équivalent à un salaire de cadre supérieur ou de haute fonctionnaire, d'énarque. Ce qui peut être plus difficile à avaler, c'est lorsqu'on donne des leçons aux supposés riches et qu'on l'est soi-même (comme François Hollande qui considérait qu'on était riche à partir de 4 000 euros par mois).

    Ce qui est le plus choquant, c'est surtout qu'elle n'est pas capable d'assumer qu'elle a demandé une rétribution. La plupart des acteurs politiques ont des rémunérations d'une manière ou d'une autre, parce qu'ils sont élus (ministres, parlementaires, élus régionaux, départementaux voire maires lorsque la ville est importante), ou qu'ils sont collaborateurs parlementaires (on va voir le procès du FN à partir du 30 septembre) ou encore des permanents de parti politique (avec parfois certaines rémunérations vraiment élevées et scandaleuses mais rarement rendues publiques).

    Dans cette affaire, Lucie Castets a donc été le dindon de la farce du mélenchonisme : elle a quitté son boulot sans avoir quelque chose à la place. Aucun cadre n'agirait ainsi dans sa vie professionnelle. Elle a été particulièrement imprudente, même si la lumière qu'elle a attirée sur elle semble lui plaire. C'est sûr, elle est comme la grenouille qui voulait être plus grosse que le bœuf. Elle croyait qu'elle pourrait être nommée à Matignon. Enfin, elle y croyait modérément puisqu'elle demandait des garanties salariales à ses amis mélenchonistes après l'été. Aujourd'hui, alors que les élections sont finies, elle se retrouve sans rien. Alors, messieurs et mesdames les parlementaires de la nouvelle farce populaire, soyez utiles, faite une bonne œuvre, recrutez Lucie Castets comme collaboratrice parlementaire. Elle le vaut bien.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (07 septembre 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    "À vendre" Lucie Castets 9 000 €/mois !
    Lucie Castets noyée dans une réalité alternative !
    Le casse-tête de Lucie Castets.


     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240906-lucie-castets.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/a-vendre-lucie-castets-9-000-eur-256679

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/09/05/article-sr-20240906-lucie-castets.html




     

  • Législatives 2024 (41) : intérêt national et mode de scrutin

    « On me monte au premier donc, soi-disant pour me sonder. Je me rassure un peu. Je louche. Y avait pas de cercueils au premier. Rien que des lits, entre les paravents. » (Céline, "Guerre", éd. Gallimard, 2022).


     

     
     


    Version célinienne des consultations à Élysée... Déjà un mois et demi sans gouvernement et le nouveau Premier Ministre n'est toujours pas nommé. La faute à qui ? Elle est partagée entre le Président de la République et les partis politiques qui composent l'Assemblée Nationale. Aucune majorité, donc la nécessité d'une grande coalition peut-être pas de soutien mais au moins de non-censure.

    Le campus du PS qui a commencé ce 29 août 2024 à Blois (l'équivalent d'une université d'été) a montré que les socialistes étaient profondément divisés entre le maintien coûte que coûte au sein du NFP avec le mot d'ordre de Jean-Luc Mélenchon du programme NFP, rien que lui, tout lui, prôné par la direction actuelle sous la houlette du premier secrétaire Olivier Faure, et une part de plus en plus grandissante d'une aile réformiste qui constate l'absence de majorité du NFP et la nécessité de dialoguer avec d'autres forces politiques pour constituer le gouvernement. Selon Jean-Christophe Cambadélis, le prédécesseur d'Olivier Faure, seulement 25 députés socialistes (sur les 66) seraient sur la ligne Mélenchon.

    Malgré le NFP, les vocations ne manquent pas pour donner de sa personne au pays (!) : Ségolène Royal, Bernard Cazeneuve, Didier Migaud, Pierre Moscovici se préparent... à tout hasard. Plus le temps passe et plus les noms se multiplient, au point de provoquer quelques éclats de rire sinon des sanglots. L'hilarité du désespéré.

    De l'autre côté, Les Républicains, montrant un courage incroyable, refusent absolument de faire partie d'une coalition gouvernementale, préférant se réserver pour l'élection présidentielle. Cette ligne de Laurent Wauquiez a un opposant important, son ancien mentor Nicolas Sarkozy qui, dans une interview au "Figaro", ce vendredi 30 août 2024, a prôné un Premier Ministre issu de la droite parce que jamais les Français n'ont élu une Assemblée aussi à droite que celle de 2024 (ce qui est vrai). Xavier Bertrand, Christine Lagarde, entre autres, sont les propositions de l'ancien chef de l'État.

    Dans les deux camps, PS et LR, les "coalitionnistes" (si j'ose les appeler ainsi) insistent sur le moment crucial (le Président de la République voudrait nommer le Premier Ministre avant la rentrée scolaire, il ne lui reste que ce week-end), et si les caciques de LR refusaient le pouvoir, Matignon irait à la gauche. Et réciproquement, si les caciques du PS refusaient le pouvoir, Matignon irait à la droite. La vérité, c'est qu'un gouvernement serait stable si et seulement s'il contenait à la fois des caciques du PS et des caciques de LR.

    Les journalistes n'en finissent donc pas de pérorer sur le sujet. Mais cela peut provoquer certaines réactions. Arlette Chabot, éditorialiste politique sur LCI (et ancienne du service public, France 2 et France Inter), s'est cru obligée de mêler ses propres convictions aux contraintes du jeu politique actuel. Elle a dit que la clef pour la participation des socialistes au gouvernement, ce serait l'instauration de la proportionnelle (lorsqu'on en parle, il s'agit bien sûr pour le scrutin des élections législatives).

    Sa raison est la même que celle de François Bayrou : avec la proportionnelle, les socialistes retrouveraient leur liberté et pouraient se désengager des mélenchonistes. Cette raison est à la fois fausse politiquement et honteuse philosophiquement.

    Même avec un scrutin proportionnel, Jean-Luc Mélenchon imposerait une liste unique aux législatives pour avoir le meilleur ratio nombre de sièges sur nombre de voix. Et même si chaque parti du NFP y allait avec sa propre liste, cela ne changerait pas la situation des grandes villes aux élections municipales de 2026 qui serait un désastre pour le PS en cas de liste mélenchoniste contre lui.


    Mais le plus grave est la philosophie de la proposition : on veut bouleverser les institutions pour le simple intérêt d'un parti. Et, comme je viens de l'expliquer, ce n'est même pas l'intérêt du PS, car cela n'empêcherait pas l'emprise de Jean-Luc Mélenchon sur toute la gauche qui provient des acteurs du drame et pas de la règle du jeu. En effet, tant que les socialistes n'ont pas un leader historique valable, du genre de François Mitterrand ou de Lionel Jospin, Jean-Luc Mélenchon (malgré son âge) dominera largement l'espace politique de la gauche, et en particulier lors de l'élection présidentielle qui est une compétition de personnalités plus que de partis politiques.

    Néanmoins, il y a une inquiétude : des journalistes bien informées pensent que le Président Emmanuel Macron serait très ouvert pour instaurer la proportionnelle si cela était nécessaire pour former le gouvernement. C'est cette inquiétude que j'exprime donc ici. J'ai déjà, à de très nombreuses reprises, évoqué le poison institutionnel qu'était le scrutin proportionnel pour les élections législatives.

    Aujourd'hui, la proportionnelle est sans fondement, sans intérêt, puisque les Français ont voté comme si c'était la proportionnelle avec une Assemblée ingouvernable. La preuve n'est pas encore tout à fait établie, mais depuis juillet 2024, voire depuis juin 2022, la France a du mal à être gouvernée par absence de majorité absolue. Le scrutin proportionnel ne résoudrait rien de ce problème important : l'absence de majorité absolue. Au contraire, le scrutin proportionnel empêcherait à l'avenir toute majorité absolue éventuelle. Et ce serait définitif, car qui dit absence de majorité absolue dit absence de majorité pour rechanger le mode de scrutin.


    Il faut être clair : tous les mouvements politiques significatifs du paysage politique sont aujourd'hui bien représentés à l'Assemblée Nationale, il n'y a donc pas de déni démocratique avec le scrutin majoritaire à deux tours. À un seul tour, le 30 juin 2024, il y aurait eu une très large majorité absolue, de l'ordre de 350 à 400 députés pour le RN ! (scrutin britannique). Les deux tours ont permis de corriger le tir, puisque deux tiers des Français ont refusé un gouvernement RN. Les prétentions de la gauche mélenchoniste devraient se rappeler d'où on partait au moment de la dissolution, d'un gouvernement Bardella à 65% des sièges. Cette gauche-là pourrait être plus humble et admettre que cette victoire RN a été évitée grâce à la conjonction du NFP et du camp présidentiel, et sans ce dernier, la majorité serait allée au RN.

    Avec la proportionnelle, tout le monde y perdrait. D'abord, bien sûr, le RN, qui pourtant avait pour tradition historique de réclamer la proportionnelle car le scrutin majoritaire l'empêchait d'avoir des élus. Aujourd'hui, on voit bien qu'il n'y a plus de plafond de verre, et pour pouvoir gouverner seul, le scrutin majoritaire est indispensable au RN.


    Mais ce qui est valable pour le RN est valable pour tous les partis dits de gouvernement, LR évidemment, mais aussi le PS. En voulant la proportionnelle, le PS s'interdirait de gouverner seul, et le pire, c'est que le PS est sans doute le parti qui a le plus profité du scrutin majoritaire, tant en 1981 (s'affranchissant des communistes) qu'en 1997 (tirant son épingle du jeu lors de triangulaires avec le FN).

    La victoire législative du camp macroniste en 2017, un parti politique sans histoire, sans tradition, sans idéologie, venu de nulle part, et la victoire au premier tour du 30 juin 2024 du RN ont montré que le scrutin majoritaire n'empêchait pas à des partis marginaux, centristes ou extrémistes d'atteindre la majorité absolue leur permettant de gouverner seul. La démonstration a été interrompue pour le RN, mais ce parti reste encore le favori des prochains scrutins nationaux, c'est ce que la gauche semble avoir complètement oublié depuis un mois et demi.

    On voit bien qu'aucun parti n'est partant pour faire cette grande coalition qui est nécessaire pour gouverner. La proportionnelle rendrait cette coalition nécessaire à tous les coups. La classe politique, visiblement, n'y est donc pas prête puisque chacun reste sur ses positions de manière obstinée.

    Enfin, avec la proportionnelle, ce serait avant tout le peuple qui serait le grand perdant. Les électeurs qui, de bonne foi, voteraient pour un parti ne sauraient absolument pas ce qu'adviendrait leur vote, ne sauraient pas si ce parti serait dans une coalition ou une autre. C'était le principe du scrutin majoritaire, qui n'a pas fonctionné cette fois-ci, celui de conclure des alliances, des coalitions avant les élections, en toute transparence, et pas après les élections, dans des conciliabules, dans de la cuisine politicienne, hors de tout contrôle des électeurs.

    Au-delà du choix des alliances et des programmes, ce serait bien le choix des personnes qui serait remis en cause par la proportionnelle puisque l'avantage pour les partis, c'est de choisir eux-mêmes ses cadres, et pas leurs électeurs, qui serait ou ne serait pas député, simplement avec l'ordre dans la liste. Tous les apparatchiks seraient alors en tête de liste et seraient élus automatiquement. Pour être sur une place éligible, il ne faudrait plus aller parler aux électeurs et les convaincre, smais simplement se prostituer auprès des chefs du parti.

    L'intérêt national ? Aucun. L'intérêt des appareils de parti serait en revanche énorme puisqu'ils pourraient placer leurs permanents à des places éligibles, ce qui permettrait de les financer (au frais de la République). Quant aux personnalités un peu particulières, originales, hors parti, elles ne pourraient plus être élues faute d'un parti suffisamment fort pour gagner des sièges : exit les Nicolas Dupont-Aignan (certes battu en 2024), Bernard Tapie, Christine Boutin, Jean Lassalle, Philippe de Villiers, et autres électrons libres, qui n'auraient jamais été élus députés sans scrutin majoritaire (protégée de Raymond Barre, Christine Boutin a été élue en 1986 parce qu'elle n'était pas encore Christine Boutin et elle s'est émancipée seulement plus tard). Ces personnalités un peu en dehors de la norme politique, aussi singulières soient-elles, ont beaucoup apporté à la vie politique par leur pluralisme, leur originalité, leur origines diverses. Elles contribuent aussi le renouvellement de la classe politique.

    Enfin, à l'heure où le fossé est grandissant entre la classe politique et le peuple, la proportionnelle accroîtrait encore plus ce fossé en éloignant les députés de leurs électeurs. Attachés à une circonscription, les députés ont un rôle majeur auprès de la population de leur circonscription, on dit souvent qu'ils sont des assistantes sociales, confrontés à des problèmes de recherche d'emploi, de logement, etc. Ce lien avec la réalité populaire, déjà meurtri par l'interdiction du cumul avec un mandat local opérationnel (comme maire), est pourtant essentiel pour la cohésion des institutions. Sans cet attachement à une circonscription, le député deviendrait hors sol, et n'aurait plus les moyens de comprendre sur le terrain les conséquences des lois votées ni d'envisager de les améliorer. Qui connaît le nom de la totalité (les 81) députés européens élus le 9 juin 2024 ? Quel député européen sortant, à la fin de son mandat, a fait un bilan entendu de son mandat, autrement que sur son blog que personne ne lit ?


    La proportionnelle n'est qu'une idée de politiciens pour politiciens. Des journalistes aussi y croient, ainsi que des constitutionnalistes, car cela ferait de nouvelles normes, et toute nouveauté est bonne à prendre, pour les journalistes, cela fait de l'audience, pour les universitaires, cela fait de l'expérimentation en grandeur nature. Mais le peuple n'est pas un jouet.

    Le problème actuel qui se pose depuis le 7 juillet 2024, ce n'est pas du tout le mode de scrutin. En amont, c'est le fait que les électeurs ont envoyé à l'Assemblée une représentation très éclatée de la vie politique. En aval, c'est le fait que les partis politiques ne sont pas (encore) capables d'appréhender cette décision des électeurs et veulent gouverner à 100% ou ne rien faire (aut Ceasar aut nihil).

    L'intérêt national, ce n'est pas modifier la règle du jeu pour que la prochaine fois, ce soit encore pire que cette fois-ci. L'intérêt national, c'est de prendre ses responsabilités avec la situation parlementaire de fait voulue par les électeurs (bien malgré eux), et de travailler ensemble pour le bien commun. Et parmi les sujets les plus chauds, il y en a un qui nécessite un ressaisissement évident, c'est le logement : il faut trouver de nouveaux mécanismes pour favoriser la construction de nouveaux logements. Toute la politique du logement est à revoir, et celle-ci ne se détermine pas par une idéologie quelconque, mais par des propositions concrètes. Il y a ainsi quelques domaines sur lesquels le prochain gouvernement pourrait travailler hors de toutes arrières-pensées politiciennes et électoralistes, hors de toute passion, de toute colère, de toute démagogie, pour le bien commun.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (30 août 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Législatives 2024 (41) : intérêt national et mode de scrutin.
    Législatives 2024 (40) : Patrick Cohen a raison !
    Législatives 2024 (39) : Consultations et mains tendues !
    Législatives 2024 (38) : la coconstruction du Premier Ministre.
    Législatives 2024 (37) : stupide chantage à la destitution !
    Législatives 2024 (36) : Gérald Darmanin plaide pour un Premier Ministre non macroniste !
    François Hollande sera-t-il le Premier Ministre de son ancien Ministre de l'Économie ?
    Législatives 2024 (35) : Vers une cohabitation du troisième type ?
    Législatives 2024 (34) : Lucie Castets noyée dans une réalité alternative !
    Législatives 2024 (33) : Le grain de sel du Sénat !
    Législatives 2024 (32) : Le casse-tête de Lucie Castets.
    Législatives 2024 (31) : Emmanuel Macron et les joyeux JO.
    Interview du Président Emmanuel Macron le 23 juillet 2024 sur France 2 (vidéo intégrale).
    Claude Malhuret au Sénat : le spectacle continue !
    Législatives 2024 (30) : coalition ou pacte ?
    Législatives 2024 (29) : le staff de l'Assemblée Nationale.
    Législatives 2024 (28) : la stratégie du chaos institutionnel de Jean-Luc Mélenchon.
    Législatives 2024 (27) : l'émotion de Yaël Braun-Pivet.
    Législatives 2024 (26) : les larmes de Marine Tondelier.
    Législatives 2024 (25) : faut-il ostraciser le RN à l'Assemblée Nationale ?
    Législatives 2024 (24) : Huguette Bello, mélenchonette en peau de lapin.
    Législatives 2024 (23) : grand pays recherche son gouvernement.
    Législatives 2024 (22) : qui au perchoir ?
    Législatives 2024 (21) : marche sur Matignon ?
    Lettre aux Français par Emmanuel Macron le 10 juillet 2024 (texte intégral).
    Législatives 2024 (20) : le poison du scrutin proportionnel.
    Législatives 2024 (19) : quel possible Premier Ministre pour une impossible majorité ?
    Législatives 2024 (18) : la fin du cauchemar Bardella (pour le moment).
    Résultats du second tour des élections législatives du 7 juillet 2024.
    Fake news : la scandaleuse manipulation politique du RN.
    Législatives 2024 (17) : rien n'est joué dimanche prochain !
    Législatives 2024 (16) : la question de dimanche prochain.
    Législatives 2024 (15) : les promesses n'engagent que ceux qui y croient !
    Législatives 2024 (14) : la revanche des gilets jaunes ?
    Législatives 2024 (13) : fortes mobilisations au premier tour.
    Résultats du premier tour des élections législatives du 30 juin 2024.
    Appel aux sociaux-démocrates.
    Éric Le Boucher : la France va plutôt bien (27 juin 2024).
    Législatives 2024 (12) : un isoloir, ce n'est pas un cabine d'essayage !
    Législatives 2024 (11) : front, rassemblement, union nationale, barrage, consignes de vote...
    Législatives 2024 (10) : il était une fois Jordan Bardella, Gabriel Attal et Manuel Bompard.
    Législatives 2024 (9) : Emmanuel Macron et son n'ayez-pas-peur !
    Interview d'Emmanuel Macron à Génération Do It Yourself le 24 juin 2024 (podcast intégral).
    Lettre aux Français d'Emmanuel Macron le 23 juin 2024 (texte intégral).
    Législatives 2024 (8) : la bataille de Matignon.
    Le programme aux élections législatives du 30 juin 2024 d'Ensemble pour la République (document à télécharger).
    Législatives 2024 (7) : Ensemble pour la République.
    Législatives 2024 (6) : Nicolas Sarkozy et François Fillon bougent encore !
    Législatives 2024 (5) : le trouble de Lionel Jospin.
    Législatives 2024 (4) : l'angoisse de Manuel Valls.
    Législatives 2024 (3) : François Hollande dans l'irresponsabilité totale !
    Législatives 2024 (2) : clarification ou chaos ?
    Législatives 2024 (1) : vaudeville chez Les Républicains.
    Sidération institutionnelle.
    Élections européennes 2024 (4) : la surprise du chef !
    Résultats des élections européennes du dimanche 9 juin 2024.

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240830-proportionnelle.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/legislatives-2024-41-interet-256544

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/08/30/article-sr-20240830-proportionnelle.html



     

  • Législatives 2024 (40) : Patrick Cohen a raison !

    « Les leaders de gauche dénoncent un coup de force, mais c’est une posture, ils cherchent à mobiliser la rue. Ils ont leur part de responsabilité dans la paralysie actuelle. Et ils savent bien qu’il n’y a pas eu de coup de force, que la Constitution permet d’agir ainsi, que face à une situation inédite, absolument inédite depuis le début de la Cinquième République, il n’y a ni règle, ni jurisprudence. Seul un article 8 : le Président nomme le Premier Ministre. Point final. » (Patrick Cohen, le 28 août 2024 sur France Inter).




     

     
     


    Depuis lundi, le journaliste politique Patrick Cohen a repris ses chroniques politiques matinales sur France Inter. Il est l'un des journalistes emblématiques de France Inter.

    Après des débuts sur RTL, un passage sur France Inter puis sur Europe 1, Patrick Cohen (bientôt 62 ans) a été nommé par le directeur de France Inter Philippe Val aux commandes de la matinale (7h-9h) pour remplacer Nicolas Demorand (parti à Europe 1 puis à "Libération"). Il y a officié de 2010 à 2017, date à laquelle il est retourné à Europe 1 mais jusqu'en 2021, la station privée étant en pleine déconfiture. Depuis lors, et jusqu'à cet été, Patrick Cohen végétait un peu journalistiquement. Certes, depuis 2011, il tient une chronique quotidienne le soir chez Anne-Sophie Lapix sur France 5 ("C à vous") et il se fait plaisir depuis 2018 sur LCP à choisir les rediffusions les plus ringardes (celles qui ont marqué son enfance ?) pour "Rembob'INA" (rediffusant parfois de petites pépites de la télévision française), mais il restait sous-exploité.

    À cette rentrée, il reprend donc du service chez France Inter, dans la matinale dirigée par... Nicolas Demorand revenu au bercail depuis 2017 (à la rentrée 2023, il avait été question que Patrick Cohen reprît la matinale de France Culture, mais cela aurait été une concurrence déloyale pour l'autre chaîne de Radio France, France Inter avec Nicolas Demorand). Non sans polémiques puisqu'il remplace Yaël Goosz qui reste toutefois sur France Inter pour la chronique politique du soir (et qui officie aussi sur LCI), ce qui a fait adopter une motion de défiance des journalistes le 11 juillet 2024 contre l'actuelle directrice de France Inter.


    Dans sa chronique de rentrée, le lundi 26 août 2024, Patrick Cohen remarquait une différence dans la situation politique entre le début de l'été, après les élections et cette fin de l'été : « Il n'y a toujours pas de gouvernement issu des élections du 7 juillet. La France fait sa rentrée dans le même état d’incertitude politique qu’il y a un mois et demi… Dans le même état ? Pas tout à fait. Il y eut entre-temps ce moment collectif exceptionnel, ces Jeux du dépassement, du rassemblement et de la fierté, ce rayonnement français venu démentir l’idée d’un pays en crise, en déclin, en repli et en morceaux qui ne se parle plus et ne se reconnaît plus. Soit la sombre vision portée par le Rassemblement national et ses 10 millions d’électeurs. L’autodénigrement a été balayé par les éloges étrangers, les passions tristes par des joies partagées. Le parti à la flamme, par la flamme olympique. (…) Alors aujourd’hui, dans ce flux médiatique et numérique ininterrompu qui charrie une masse toujours changeante d’émotions sans lendemain, faisons le pari d’une exception olympique, d’un événement qui change nos regards citoyens, qui redonne confiance et nous transcende. Et d’une France moins crispée, moins archipellisée qu’il n’y paraît. ».

    Malgré cela, l'éditorialiste admettait que la situation est très difficile. Il reprochait à l'ensemble de la classe politique de ne pas y mettre du sien. Et d'abord la gauche qui revendique la victoire : « [Elle] aurait pu, [elle] aurait dû se mettre en quête de la centaine de députés qui lui font défaut à l’Assemblée pour nouer une majorité. Ou au moins pour ne pas être censurée. La tâche eût été difficile mais les leaders du front populaire n’ont même pas essayé. Ce que Jean-Luc Mélenchon a écarté dès le soir du second tour, le 7 juillet à 20h05, refusant, je le cite, tout "subterfuge, arrangement, combinaison" et toute négociation sur le programme du NFP. Position qui n’a pas bougé, malgré la levée du verrou des ministres LFI ce week-end. ».

    Mais tous les partis sont responsables de l'actuelle impasse : « Chacun campe dans son couloir. Travailler ensemble, c’est trahir. Passer des compromis, c’est se compromettre. Partager le pouvoir, c’est renoncer à incarner l’alternance pour la prochaine présidentielle. ».

    Dans sa chronique du mardi 27 août 2024, Patrick Cohen est revenu sur le communiqué de l'Élysée de lundi soir selon lequel Emmanuel Macron renonçait à nommer Lucie Castets à Matignon et tout gouvernement de la nouvelle farce populaire (NFP) au nom de la « stabilité institutionnelle ». Les consultations des 23 et 26 août ont en effet montré qu'au moins 350 députés seraient prêts à voter la censure immédiatement en cas de nomination d'un gouvernement purement NFP (avec ou sans ministres insoumis). Le journaliste y a vu une nouvelle version du fameux sketch du rond-point de Raymond Devos : « J’appelle un agent, il me dit : je sais, c'est une erreur. Et les gens tournent depuis combien de temps ? Depuis plus d’un mois. Voilà, nous y sommes ! Quarante-deux jours à tourner en rond, à tenter de trouver la sortie d’une équation insoluble, d’une Assemblée composée de minorités, chacune à la merci de toutes les autres. ».

    Alors, Patrick Cohen a essayé de faire des constats « factuellement incontestables ». Il a rappelé le premier vote de la nouvelle Assemblée : « La gauche, on l’oublie, a déjà été battue dans cette nouvelle Assemblée, avec le communiste André Chassaigne, coiffé par la Présidente réélue Yaël Braun-Pivet. Fallait-il se donner la peine de vérifier l’hostilité de près des deux tiers des députés ? » [en cas de nomination de Lucie Castets]. Pour gouverner, le RN était préféré à la gauche au premier tour : « 25% des voix seulement au premier tour, 33 pour le RN. Ils n’ont pas non plus choisi Lucie Castets, qui n’était ni dans les urnes, ni dans le débat. ».

    Le deuxième constat, c'est la défaite du camp présidentiel. Mais Patrick Cohen a mis en garde contre des interprétations oiseuses du genre : "Les Français ont voulu ça, etc." : « [L'ex-majorité affirme] que les Français ont voté pour une grande coalition, ce qui est absurde. Est-ce que vous connaissez un seul électeur qui vote Tartempion plutôt que Macheprot, en espérant que Tartempion n’aura pas trop de voix pour gouverner tout seul et qu’il sera obligé de partager le pouvoir avec Macheprot ? Cela n’a pas de sens : chacun n’est comptable et stratège que de son propre vote. La nécessité d’une coalition obéit à une logique politique et parlementaire, pas à une volonté électorale. On fait semblant de croire que la composition d’une Assemblée est le produit d’une savante délibération collective, mais ça n’est qu’un agrégat de votes et d’opinions individuelles qui forment parfois des majorités. Et parfois pas. ».

    Troisième et dernier constat : « Il n’y a eu qu’une expression clairement majoritaire, le 7 juillet : le refus d’un gouvernement Rassemblement national, puisque toute la campagne de second tour, et toute l’offre électorale, avec les désistements du front républicain, ont tourné autour de cette question : voulez-vous, ou non, que Jordan Bardella gouverne le pays ? La réponse a été non à 63%, 17 millions 200 000 électeurs, mêlant leurs voix, gauche, droite, centre, pour faire barrage. C’est le seul message réellement majoritaire qui a conduit à cette Assemblée morcelée. ».

    Dans la chronique de ce mercredi 28 août 2024, Patrick Cohen a peut-être répondu à la chronique de son confrère Daniel Schneidermann, complètement mélenchonisé depuis les massacres du Hamas du 7 octobre 2023, qui était de mauvaise foi contre lui le 27 août 2024 : « Heureusement, dans la débâcle de la Macronie, il a encore des porte-parole : Patrick Cohen est revenu à France Inter. L'ancien présentateur s'est refait une virginité dans un lieu moins exposé, l'avant-soirée de France 5, où il a signé des éditos-enquêtes souvent factuellement bien charpentés. Il est temps pour lui de revenir dilapider ce capital de crédibilité dans l'exercice de l'avocat officieux du pouvoir. ».

    Après avoir repris tous les points de la chronique du 27 août 2024 de Patrick Cohen, Daniel Schneidermann s'est posé la question : « Comment incarner ce refus du RN, autrement que par une ""grande coalition" ? Patrick Cohen nous le dira demain. ».


    D'où la mise au point le lendemain de l'éditorialiste de France Inter : « On le répète : l’expression d’une aspiration au changement a été massive. Et le fait que rien n’ait encore changé depuis un mois et demi est logiquement regardé comme une anomalie démocratique. ». Mais ce n'est pas pour autant un coup d'État d'Emmanuel Macron comme le répètent les adorateurs du gourou des insoumis Jean-Luc Mélenchon : « Les leaders de gauche dénoncent un coup de force, mais c’est une posture, ils cherchent à mobiliser la rue. Ils ont leur part de responsabilité dans la paralysie actuelle. Et ils savent bien qu’il n’y a pas eu de coup de force, que la Constitution permet d’agir ainsi, que face à une situation inédite, absolument inédite depuis le début de la Cinquième République, il n’y a ni règle, ni jurisprudence. Seul un article 8 : le Président nomme le Premier Ministre. Point final. ».

    Patrick Cohen a toutefois voulu faire la différence entre la légalité qui provient de l'arithmétique parlementaire et la légitimité politique : selon lui, le Président de la République devrait expliquer aux Français pourquoi il n'a pas nommé Lucie Castets à Matignon afin de faire partager sa réflexion en toute transparence : « Emmanuel Macron a encore une fois oublié de faire de la politique, c’est-à-dire accompagner l’opinion, anticiper ses réactions, expliquer ce qu’on fait et pourquoi on le fait, manifester de la compréhension à l’égard des Français qui attendent que leur vote soit pris en compte. Cesser d’apparaître comme le démiurge dont tout procède dans le secret de l’Élysée. Bref d’une façon ou d’une autre, rendre le pouvoir aux électeurs. ».


    Et il est allé plus loin dans son raisonnement : « Faire de la politique en l’occurrence, aurait conduit à nommer Lucie Castets. En posant une condition : qu’elle demande une session extraordinaire du Parlement, puisque c’est une prérogative du Premier Ministre. Pour y engager sans délai la responsabilité de son gouvernement, et ne rien entreprendre sans se soumettre au vote des députés. Tout le monde alors aurait été fixé. Et un échec à l’Assemblée aurait libéré une partie des forces de gauche aujourd’hui sous tutelle du NFP, pour aller tenter autre chose. ».

    Le problème, c'est que Lucie Castets elle-même avait clairement annoncé qu'elle voulait appliquer tout le programme du NFP, rien que le programme du NFP. Pour elle, il n'y avait donc aucune matière à négocier avec d'autres groupes et c'est pour cette raison qu'elle n'est pas aujourd'hui à Matignon. C'est normal, car elle est prisonnière des insoumis qui lui ont eux-mêmes donné ce mandat impératif. Il reste que les socialistes sont très divisés sur la stratégie à tenir et les deux concurrents du premier secrétaire Olivier Faure au dernier congrès du PS, à savoir le maire de Rouen Nicolas Mayer-Rossignol et Hélène Geoffroy, ont clairement souhaité la formation d'une large coalition d'union nationale et que le PS s'affranchisse de la tutelle de Jean-Luc Mélenchon.

    Contrairement à ce que Daniel Schneidermann, Patrick Cohen est loin d'être un soutien des macronistes (on le saurait à France Inter !). Mais il est capable d'objectivité et de lucidité sur la situation actuelle qui ne satisfait personne et dont l'issue ne satisfera certainement pas au moins la majorité des Français. Simplement, dans une classe politique hystérisée par la rage mélenchonique, tout député prêt au dialogue est devenu un traître au regard des siens, ce qui est absurde. Avant de regarder l'intérêt de leur parti, les responsables politiques doivent d'abord promouvoir l'intérêt national, et celui-ci impose qu'ils prennent leurs responsabilités pour (enfin) gouverner la France. Ensemble, faute de majorité absolue d'un des trois blocs.



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (28 août 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Législatives 2024 (40) : Patrick Cohen a raison !
    Législatives 2024 (39) : Consultations et mains tendues !
    Législatives 2024 (38) : la coconstruction du Premier Ministre.
    Législatives 2024 (37) : stupide chantage à la destitution !
    Législatives 2024 (36) : Gérald Darmanin plaide pour un Premier Ministre non macroniste !
    François Hollande sera-t-il le Premier Ministre de son ancien Ministre de l'Économie ?
    Législatives 2024 (35) : Vers une cohabitation du troisième type ?
    Législatives 2024 (34) : Lucie Castets noyée dans une réalité alternative !
    Législatives 2024 (33) : Le grain de sel du Sénat !
    Législatives 2024 (32) : Le casse-tête de Lucie Castets.
    Législatives 2024 (31) : Emmanuel Macron et les joyeux JO.
    Interview du Président Emmanuel Macron le 23 juillet 2024 sur France 2 (vidéo intégrale).
    Claude Malhuret au Sénat : le spectacle continue !
    Législatives 2024 (30) : coalition ou pacte ?
    Législatives 2024 (29) : le staff de l'Assemblée Nationale.
    Législatives 2024 (28) : la stratégie du chaos institutionnel de Jean-Luc Mélenchon.
    Législatives 2024 (27) : l'émotion de Yaël Braun-Pivet.
    Législatives 2024 (26) : les larmes de Marine Tondelier.
    Législatives 2024 (25) : faut-il ostraciser le RN à l'Assemblée Nationale ?
    Législatives 2024 (24) : Huguette Bello, mélenchonette en peau de lapin.
    Législatives 2024 (23) : grand pays recherche son gouvernement.
    Législatives 2024 (22) : qui au perchoir ?
    Législatives 2024 (21) : marche sur Matignon ?
    Lettre aux Français par Emmanuel Macron le 10 juillet 2024 (texte intégral).
    Législatives 2024 (20) : le poison du scrutin proportionnel.
    Législatives 2024 (19) : quel possible Premier Ministre pour une impossible majorité ?
    Législatives 2024 (18) : la fin du cauchemar Bardella (pour le moment).
    Résultats du second tour des élections législatives du 7 juillet 2024.
    Fake news : la scandaleuse manipulation politique du RN.
    Législatives 2024 (17) : rien n'est joué dimanche prochain !
    Législatives 2024 (16) : la question de dimanche prochain.
    Législatives 2024 (15) : les promesses n'engagent que ceux qui y croient !
    Législatives 2024 (14) : la revanche des gilets jaunes ?
    Législatives 2024 (13) : fortes mobilisations au premier tour.
    Résultats du premier tour des élections législatives du 30 juin 2024.
    Appel aux sociaux-démocrates.
    Éric Le Boucher : la France va plutôt bien (27 juin 2024).
    Législatives 2024 (12) : un isoloir, ce n'est pas un cabine d'essayage !
    Législatives 2024 (11) : front, rassemblement, union nationale, barrage, consignes de vote...
    Législatives 2024 (10) : il était une fois Jordan Bardella, Gabriel Attal et Manuel Bompard.
    Législatives 2024 (9) : Emmanuel Macron et son n'ayez-pas-peur !
    Interview d'Emmanuel Macron à Génération Do It Yourself le 24 juin 2024 (podcast intégral).
    Lettre aux Français d'Emmanuel Macron le 23 juin 2024 (texte intégral).
    Législatives 2024 (8) : la bataille de Matignon.
    Le programme aux élections législatives du 30 juin 2024 d'Ensemble pour la République (document à télécharger).
    Législatives 2024 (7) : Ensemble pour la République.
    Législatives 2024 (6) : Nicolas Sarkozy et François Fillon bougent encore !
    Législatives 2024 (5) : le trouble de Lionel Jospin.
    Législatives 2024 (4) : l'angoisse de Manuel Valls.
    Législatives 2024 (3) : François Hollande dans l'irresponsabilité totale !
    Législatives 2024 (2) : clarification ou chaos ?
    Législatives 2024 (1) : vaudeville chez Les Républicains.
    Sidération institutionnelle.
    Élections européennes 2024 (4) : la surprise du chef !
    Résultats des élections européennes du dimanche 9 juin 2024.


     

     
     





    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240828-patrick-cohen.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/legislatives-2024-40-patrick-cohen-256510

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/08/28/article-sr-20240828-patrick-cohen.html



     

  • Législatives 2024 (39) : Consultations et mains tendues !

    « Pour l’immense majorité des parlementaires qui se sont exprimés, un gouvernement avec le programme du NFP, c’est-à-dire de LFI, et des ministres de LFI, c’est impossible. » (François Bayrou, le 24 août 2024).



     

     
     


    Ce vendredi 23 août 2024 a marqué un jour important pour le processus de nomination du futur gouvernement : le Président Emmanuel Macron a décidé de consulter tous les groupes et partis politiques représentés au Parlement. C'est le temps nouveau des consultations présidentielles, inédit sous la Cinquième République.

    Beaucoup de désinformations ont accompagné ces rendez-vous pourtant cruciaux. La première, c'était de dire que ces consultations seraient inutiles et que ce ne serait que des jeux de rôle ; mais si Emmanuel Macron n'avait pas pris l'initiative de ces consultations, on le lui aurait aussi reproché. La deuxième, c'est aussi de dire qu'Emmanuel Macron voudrait faire durer les choses, ne serait pas très rapide. C'est une indiscrétion du "Canard enchaîné" qui a révélé que si la date de ces consultations étaient si tardives, ce n'était pas à cause de l'Élysée mais bien à cause des représentants de la gauche ultradicalisée : le Président de la République leur avait proposé de venir le 19 ou le 20 août 2024 mais ces messieurs dames de gauche étaient encore en vacances et ne voulaient pas raccourcir leurs vacances. On voit à quel point le climat est malsain où n'importe quoi est dit sur n'importe qui, sans vérification, sans source, sans autre boussole que la détestation, l'humeur et la rumeur.

    Alors, venons-en au fait, et le fait, c'est que l'Assemblée Nationale est divisée en trois voire quatre blocs qui sont à la fois insuffisants tout seuls pour gouverner mais incompatibles entre eux. Et j'en viens à la troisième désinformation pourtant évidente : non ! Emmanuel Macron n'est pas responsable de cet état de fait. Le Président de la République est bien entendu responsable de la dissolution de l'Assemblée, mais il n'est pas responsable des résultats très contrastés de ces élections législatives anticipées qui se résument finalement à trois rejets des Français : rejet du gouvernement actuel des macronistes, mais aussi rejet d'un gouvernement RN et rejet d'un gouvernement NFP ou FI. Ce triple rejet, ce sont les électeurs qui l'ont exprimé collectivement sans formuler d'adhésion précise à l'un des trois blocs.

    Rappelons à tous ces beaux parleurs qui crient à la démocratie bafouée en n'hésitant pas à vouloir destituer le Président de la République (et qui soutiennent par ailleurs des dictateurs notoires comme Maduro qui ont trahi la volonté des électeurs), qu'Emmanuel Macron n'était pas obligé de dissoudre et de redonner la parole au peuple, que de nombreux groupes politiques avaient réclamé cette dissolution et ce retour au peuple avant les élections européennes, et que si Emmanuel Macron ne l'avait pas fait, on l'aurait critiqué pour ne pas avoir voulu entendre le peuple aux élections européennes ni vouloir lui donner la parole pour les législatives. Bref, quoi qu'il fasse depuis toujours, tout ce que dit, fait, ou ne dit pas, ne fait pas Emmanuel Macron est mauvais : tant de mauvaise foi est telle que les oppositions sont inaudibles dans leur rationalité et leur éventuelle bonne foi, quand elle en a.

     

     
     


    Les faits, ce sont donc les entretiens à l'Élysée. La journée du 23 août 2024 fut très chargée pour le Président de la République. Cela a commencé avec les représentants de la nouvelle farce populaire (NFP) venus ensemble au rendez-vous, menés par Lucie Castets avec sa belle tête de champion (voir "Le Dîner de..."), encadrée par Manuel Bompard, Marine Tondelier, Fabien Roussel, avec aussi Olivier Faure, Mathilde Panot, Cyrielle Chatelain, Boris Vallaud et Stéphane Peu. Tous étaient presque endimanchés, avec cravate pour les hommes (sauf Olivier Faure), et Marine Tondelier a même délaissé sa veste verte qui a tant fait pour sa notoriété (quelle ingratitude !).

    Le rendez-vous suivant était la rencontre avec le camp présidentiel, arrivé en ordre dispersé. Il y avait Gabriel Attal, puis Édouard Philippe, Laurent Marcangeli et Claude Malhuret, puis Laurent Hénart, Stéphane Séjourné et Marc Fesneau, puis François Patriat, puis François Bayrou.

     

     
     


    Les représentants de LR ont aussi été reçus, avec Laurent Wauquiez, Bruno Retailleau et Annie Genevard. Enfin, ceux de LIOT également n'ont pas été oubliés (ainsi que le président du groupe centriste au Sénat et président de l'UDI Hervé Marseille). Il ne reste plus que les représentants du bloc RN, à savoir Marine Le Pen, Jordan Bardella et Éric Ciotti, qui viendront ce lundi 26 août 2024 (ils ne pouvaient pas vendredi, ils avaient piscine). L'Élysée a aussi communiqué sur une rencontre avec Yaël Braun-Pivet et Gérard Larcher, les Présidents des deux assemblées parlementaires.

    En somme, toute l'Assemblée Nationale a défilé à l'Élysée. Pour quel résultat ? On précise à l'Élysée que la nomination du Premier Ministre sera rapide, prévue peut-être pour le 27 août 2024 (avant la cérémonie d'ouverture des Jeux paralympiques le 28 août 2024). On peut douter de cet agenda car Emmanuel Macron a toujours été lent dans ses nominations gouvernementales, même lorsqu'il avait une majorité absolue. Ce qui est sûr, c'est que, d'une part, aucun changement notable de position n'a été enregistré à cette occasion, mais d'autre part, ces positions ont été officiellement exprimées, actées en quelque sorte devant les institutions.

    Quelles sont ces positions ?

    Celle du NFP, c'est de dire (avec un problème de calcul) : le NFP est arrivé en tête et c'est donc au NFP de gouverner. Raisonnement doublement foireux car il n'est pas arrivé en tête, sinon, André Chassaigne aurait été élu Président de l'Assemblée Nationale, ce qui n'est pas le cas. Cela signifie qu'une majorité relative plus importante existe avec le bloc central et LR. De plus, même s'il était arrivé en tête, l'important est d'être capable de rassembler une majorité à l'Assemblée, ce qui n'est pas le cas pour le NFP.

    Rappelons simplement qu'en Espagne, aux élections législatives du 23 juillet 2023 ont placé au premier rang le Parti populaire (PP), de droite, avec 33,1% des voix et 137 sièges sur 350, ce qui faisait un gain de 49 sièges par rapport aux sortants (et une progression de 12 points en pourcentages des suffrages exprimés). Mais le PP est resté dans l'opposition, car le Parti socialiste (PSOE) du Premier Ministre Pedro Sanchez, qui n'a obtenu que 31,7% des voix et 121 sièges, a pu rassembler les indépendantistes catalans (et autres régionalistes) et former une majorité, ce qui a permis aux socialistes espagnols de continuer à gouverner malgré l'avance du PP. À ma connaissance, je ne connais aucun dirigeant actuel du NFP qui aurait contesté la légitimité du gouvernement socialiste de Pedro Sanchez depuis un an.


    Le premier secrétaire du PS Olivier Faure s'est répandu dans les médias, en cette fin de semaine, avec une critique complètement stupide : en raison du front républicain contre le RN, les partis du camp présidentiel sont priés de ne pas censurer un gouvernement qui appliquerait la programme du NFP ! Et il pense que ce n'est pas démocratique de vouloir censurer un gouvernement qui agirait dans la direction complètement contraire aux convictions des députés du camp présidentiel !
     

     
     


    Eh bien, il faut rappeler à Olivier Faure que les électeurs des députés du camp présidentiel n'ont pas voulu le NFP et parfois, on leur a même dit, pour faire barrage au RN, qu'ils pouvaient voter pour un candidat NFP voire insoumis, car le programme du NFP ne serait jamais appliqué ! Comment voulez-vous que le peuple ne se rebelle pas quand il a montré qu'il était très globalement à droite, et même très à droite, et qu'un gouvernement minoritaire irait très à gauche, parmi les éléments les plus radicalisés de la gauche ?

    Invité de TF1 le 24 août 2024 après son discours à Châteauneuf-sur-Isère de la veille où il n'a fait que de l'antimacronisme primaire (très stérile, mais ça plaît terriblement aux militants !), Jean-Luc Mélenchon a fait encore mieux qu'Olivier Faure dans les déclarations délirantes : il a proposé que les insoumis ne soient pas membres du futur gouvernement de Lucie Castets et a demandé au bloc central ce qu'il ferait dans ce cas. Il n'a décidément rien compris, mais comme il est intelligent, il le fait exprès : l'important, ce ne sont pas les hommes (et les femmes) qui seront au gouvernement, l'important, c'est la politique qu'il mènera pour la France. Tant que Lucie Castets s'acharne à ne vouloir faire qu'appliquer le programme du NFP et rien que lui, elle n'a aucune chance de ne pas récolter la censure à la première seconde où elle sera nommée à Matignon le cas échéant. Ce n'est pas la faute à pas d'chance, c'est le résultat des élections, c'est-à-dire de la volonté populaire : il n'existe aucune majorité NFP à l'Assemblée Nationale !

    Le seul salut pour un gouvernement stable, c'est un gouvernement qui affiche une feuille de route très légère, sur quelques points très spécifiques (et en particulier sur le logement qui ne devrait pas susciter de clivages politiques insensés) sur lesquels se mettrait d'accord une majorité d'action. Mais pour cela, encore faut-il parler de la politique gouvernementale (comme l'a fait du reste LR) et pas exclusivement des personnes éventuellement chargées de l'appliquer.

     

     
     


    Ce qui est clair en tout cas, c'est que les députés du bloc central et les députés LR (et les députés RN) voteraient la censure si un gouvernement était nommé pour appliquer le programme du NFP, c'est-à-dire le programme de Jean-Luc Mélenchon que ne veut absolument pas une majorité du peuple français. C'est ça, la démocratie, comprendre qu'il y a une majorité absolue contre soi.

    Dans les noms qui auraient été cités par Emmanuel Macron à différents interlocuteurs, il y aurait : Valérie Pécresse (présidente du conseil régional d'Île-de-France), Xavier Bertrand (président du conseil régional des Hauts-de-France), David Lisnard (maire de Cannes), Jean-Louis Borloo (ancien maire de Valenciennes et ancien ministre), Bernard Cazeneuve (ancien maire de Cherbourg et ancien Premier Ministre). On pourrait en ajouter plein d'autres, comme Charles de Courson (qui a toujours été dans l'opposition à Emmanuel Macron) ou encore Karim Bouamrane (maire de Saint-Ouen).

     

     
     


    La position de LR est beaucoup plus ambiguë. Elle est de dire : LR ne censurerait pas un gouvernement qui n'appliquerait pas le programme du NFP et qui n'aurait pas de ministre insoumis, mais LR ne participerait dans tous les cas à aucun gouvernement, même si celui-ci appliquait la politique proposée dans le pacte présenté par LR le 22 juillet 2024. Avec l'élection de Yaël Braun-Pivet au perchoir, on a pu comprendre que les députés LR faisaient front commun avec les députés du bloc présidentiel, mais on pourrait aussi analyser la situation comme une faute complète de stratégie de LR depuis deux ans.

    En effet, entre 2022 et 2024, Emmanuel Macron a multiplié les occasions pour faire une véritable alliance de gouvernement entre les macronistes et LR, notamment sur la réforme des retraites et sur la loi Immigration (une telle alliance aurait eu la majorité absolue). Or, pour se distinguer des macronistes, les députés LR ont refusé toute cause commune, même lorsque les textes avaient obtenu l'accord du groupe pléthorique LR au Sénat. Dans l'explication présidentielle, cela a motivé la dissolution en raison d'une situation de confusion au sein de l'Assemblée.

     

     
     


    La dissolution avait donc pour réel objectif une clarification de la situation confuse de la précédente législature. La réalité, c'est que la situation est devenue encore moins claire à cause du groupe pléthorique du RN, le premier groupe à l'Assemblée. Résultat pour LR : au-delà de sa très profonde scission entre l'aile Wauquiez et l'aile Ciotti (pourtant, Éric Ciotti avait été élu président de LR pour soutenir Laurent Wauquiez à l'élection présidentielle de 2027), LR a perdu des sièges et se retrouve obligé, pour cause d'esprit de responsabilité, de finalement faire une alliance plus ou moins assumée avec les macronistes, et celle-ci ne suffit encore pas pour atteindre la majorité absolue, il manquerait encore une cinquantaine de sièges provenant des bancs socialistes.

    Par conséquent, le Premier Ministre devra être soit une personnalité de LR qui a des capacités de relations de travail avec le PS, soit une personnalité du PS qui a des capacités de relations de travail avec LR. De plus, il aura dû être en opposition frontale avec Emmanuel Macron, pour ne pas être accusé d'être simplement un fondé de pouvoir du Président et pour démontrer que la politique du gouvernement émanera bien de Matignon et pas de l'Élysée comme dans n'importe quelle cohabitation. Enfin, il devra avoir autorité et expérience sur les procédures législatives car ni l'extrême gauche ni l'extrême droite ne le rateront. Équation complexe, celle des mains tendues !


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (24 août 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Législatives 2024 (39) : Consultations et mains tendues !
    Législatives 2024 (38) : la coconstruction du Premier Ministre.
    Législatives 2024 (37) : stupide chantage à la destitution !
    Législatives 2024 (36) : Gérald Darmanin plaide pour un Premier Ministre non macroniste !
    François Hollande sera-t-il le Premier Ministre de son ancien Ministre de l'Économie ?
    Législatives 2024 (35) : Vers une cohabitation du troisième type ?
    Législatives 2024 (34) : Lucie Castets noyée dans une réalité alternative !
    Législatives 2024 (33) : Le grain de sel du Sénat !
    Législatives 2024 (32) : Le casse-tête de Lucie Castets.
    Législatives 2024 (31) : Emmanuel Macron et les joyeux JO.
    Interview du Président Emmanuel Macron le 23 juillet 2024 sur France 2 (vidéo intégrale).
    Claude Malhuret au Sénat : le spectacle continue !
    Législatives 2024 (30) : coalition ou pacte ?
    Législatives 2024 (29) : le staff de l'Assemblée Nationale.
    Législatives 2024 (28) : la stratégie du chaos institutionnel de Jean-Luc Mélenchon.
    Législatives 2024 (27) : l'émotion de Yaël Braun-Pivet.
    Législatives 2024 (26) : les larmes de Marine Tondelier.
    Législatives 2024 (25) : faut-il ostraciser le RN à l'Assemblée Nationale ?
    Législatives 2024 (24) : Huguette Bello, mélenchonette en peau de lapin.
    Législatives 2024 (23) : grand pays recherche son gouvernement.
    Législatives 2024 (22) : qui au perchoir ?
    Législatives 2024 (21) : marche sur Matignon ?
    Lettre aux Français par Emmanuel Macron le 10 juillet 2024 (texte intégral).
    Législatives 2024 (20) : le poison du scrutin proportionnel.
    Législatives 2024 (19) : quel possible Premier Ministre pour une impossible majorité ?
    Législatives 2024 (18) : la fin du cauchemar Bardella (pour le moment).
    Résultats du second tour des élections législatives du 7 juillet 2024.
    Fake news : la scandaleuse manipulation politique du RN.
    Législatives 2024 (17) : rien n'est joué dimanche prochain !
    Législatives 2024 (16) : la question de dimanche prochain.
    Législatives 2024 (15) : les promesses n'engagent que ceux qui y croient !
    Législatives 2024 (14) : la revanche des gilets jaunes ?
    Législatives 2024 (13) : fortes mobilisations au premier tour.
    Résultats du premier tour des élections législatives du 30 juin 2024.
    Appel aux sociaux-démocrates.
    Éric Le Boucher : la France va plutôt bien (27 juin 2024).
    Législatives 2024 (12) : un isoloir, ce n'est pas un cabine d'essayage !
    Législatives 2024 (11) : front, rassemblement, union nationale, barrage, consignes de vote...
    Législatives 2024 (10) : il était une fois Jordan Bardella, Gabriel Attal et Manuel Bompard.
    Législatives 2024 (9) : Emmanuel Macron et son n'ayez-pas-peur !
    Interview d'Emmanuel Macron à Génération Do It Yourself le 24 juin 2024 (podcast intégral).
    Lettre aux Français d'Emmanuel Macron le 23 juin 2024 (texte intégral).
    Législatives 2024 (8) : la bataille de Matignon.
    Le programme aux élections législatives du 30 juin 2024 d'Ensemble pour la République (document à télécharger).
    Législatives 2024 (7) : Ensemble pour la République.
    Législatives 2024 (6) : Nicolas Sarkozy et François Fillon bougent encore !
    Législatives 2024 (5) : le trouble de Lionel Jospin.
    Législatives 2024 (4) : l'angoisse de Manuel Valls.
    Législatives 2024 (3) : François Hollande dans l'irresponsabilité totale !
    Législatives 2024 (2) : clarification ou chaos ?
    Législatives 2024 (1) : vaudeville chez Les Républicains.
    Sidération institutionnelle.
    Élections européennes 2024 (4) : la surprise du chef !
    Résultats des élections européennes du dimanche 9 juin 2024.

     

     
     








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