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  • Ion Iliescu, l'apparatchik révolutionnaire

    « Coup d’État avec des manipulations grossières : première étape, le faux charnier pour émouvoir la population ; deuxième étape, les morts par le pouvoir ; troisième étape, la peur d’une résistance de fidèles de Ceausescu ; enfin, quatrième étape, l’exécution bâclée des Ceausescu. La révolution est devenue une révolution de palais. » (18 décembre 2019).




     

     
     


    Cela faisait plusieurs années que le pays se faisait blâmer par la Cour européenne des droits de l'homme pour ne pas avoir jugé ses criminels. La Roumanie ne pourra plus le juger, ce sera le rôle de l'Histoire, et sans doute que l'Histoire mettra un peu de temps avant de le juger définitivement. L'ancien Président roumain Ion Iliescu est mort à Bucarest ce mardi 5 août 2025 à l'âge de 95 ans (âge qu'il avait atteint le 3 mars dernier). Acteur historique de la Révolution roumaine mais aussi ancien apparatchik du parti communiste roumain, Ion Iliescu aurait pu être un maître de la manipulation des foules pour conquérir le pouvoir. Au prix de centaines voire de milliers de vies humaines.

    À 95 ans, Ion Iliescu était un vieux dinosaure et l'un des derniers acteurs vivants de la désoviétisation de l'Europe centrale et orientale, aux côtés de Lech Walesa (81 ans) et Lothar de Maizière (85 ans). Avec le vent de libéralisation politique qu'a connu l'Europe à partir du printemps 1989, qui a commencé d'abord en Pologne, puis en Hongrie, en Allemagne de l'Est avec la date historique de la chute du mur de Berlin, il y a trente-cinq ans et demi, le 9 novembre 1989, les observateurs s'étaient montrés prudents et surpris : dans chaque pays européen précédemment sous le joug soviétique, le régime de dictature communiste a été renversé sans mort d'homme, ce qui n'était pas évident, notamment pour l'Allemagne de l'Est, la Bulgarie ou encore la Pologne... (et même l'Union Soviétique en 1991).

    Partout des "révolutions de velours". Sauf dans un seul pays, la Roumanie. En Roumanie, le scénario chinois était sinistrement à l'œuvre (car en 1989, il y a eu aussi la répression sanglante des manifestations sur la place Tiananmen). Des centaines de vies ont été détruites par cette (courte) Révolution roumaine.

     

     
     


    Ion Iliescu était un apparatchik proche des Ceausescu (il y a une photo qui le montre en train de jouer aux fléchettes avec Elena Ceausescu en 1976). Il a adhéré au parti communiste roumain en 1965 et a grimpé rapidement dans la hiérarchie, devenant membre du comité central du parti de 1969 à 1984. Il fut même Ministre de la Jeunesse jusqu'en 1971.

    Puis, il a pris ses distances avec Nicolae Ceausescu à partir de 1983. Au-delà de la politique très sévère que menait le dictateur communiste roumain (le "génie des Carpates" !), l'explication pourrait être simple : Mikhaïl Gorbatchev est arrivé au pouvoir en URSS en mars 1985 et a incité les partis des "pays frères" à se réformer de l'intérieur pour être plus acceptables (transparence et restructuration). Ceausescu ne voulait surtout pas suivre le chemin de Gorbatchev alors qu'Ion Iliescu pourrait être considéré comme l'homme des réseaux gorbatchéviens en Roumanie.

    Des premières manifestations de protestation contre la police politique (la Securitate) et contre la politique de Ceausescu ont eu lieu à partir du 16 décembre 1989, d'abord à Timisoara (à l'ouest du pays), puis à Bucarest. La découverte d'un (faux) charnier à Timisoara, laissant entendre de très nombreuses victimes de la répression, a profondément choqué le peuple roumain (on saura plus tard qu'il s'agissait d'une odieuse manipulation). Cette émotion a provoqué de nouvelles manifestations dans tout le pays, tandis que Ceausescu était en voyage en Iran.

     

     
     


    À son retour, l'autocrate roumain pensait pouvoir appliquer ses vieilles ficelles de répression (au lieu de fuir rapidement). Il a alors organisé un rassemblement de masse le 21 décembre 1989 pour montrer sa force et son soutien populaire, retransmis en direct par la télévision d'État... Mais le soutien a muté en révolution populaire. La foule l'a hué tandis que la télévision a interrompu sa diffusion. Ceausescu, vieillissant, a été incapable de réagir et s'est retiré dans ses appartements.

    La nuit et la journée du lendemain (le 22 décembre 1989) ont été cruciales : l'armée avait pour ordre de tirer sur les protestataires, mais ne tirait pas. Le couple Ceausescu a tenté de fuir en hélicoptère mais a vite été rattrapé. À Bucarest, des tirs ont eu lieu. On a compté des centaines de morts, presque un millier. Pendant trois jours, la situation était peu claire. Il semblerait qu'Ion Iliescu ait manipulé l'opinion en encourageant les tirs. Le 25 décembre 1989 a eu lieu le procès expéditif des Ceausescu et leur exécution filmée en direct, ce qui a eu pour effet l'arrêt miraculeux de tous les tirs de snipers.

    Dès le 22 décembre 1989, Ion Iliescu est devenu le chef de l'État incontesté. Il allait être onze ans à la tête de la Roumanie : Président du Conseil du Front de salut national du 22 décembre 1989 au 13 février 1990, puis Président du Conseil provisoire d'unité nationale du 13 février 1990 au 20 juin 1990, puis élu le 20 mai 1990 avec 85,1% et réélu le 11 octobre 1992 avec 61,4%, Président de la Roumanie du 20 juin 1990 au 29 novembre 1996, et après un échec à l'élection présidentielle du 17 novembre 1996 (où il n'a recueilli que 45,6% des voix), il s'est fait réélire le 10 décembre 2000 avec 66,8% des voix et est redevenu Président de la Roumanie du 20 décembre 2000 au 20 décembre 2004. Autre figure marquante de la révolution, Petre Roman a été nommé Premier Ministre du 26 décembre 1989 au 1er octobre 1991 et s'est rapidement éloigné d'Ion Iliescu.
     

     
     


    Comme on le voit, Ion Iliescu, figure paternaliste, rassurante, grand-père tranquille qui a basé ses campagnes électorales sur l'impunité de tous en temps de dictature, a voulu ainsi rendre impossible toute introspection sur la dictature communiste d'après-guerre, mais aussi sur le déroulement exact de la révolution de 1989. Se transformant en social-démocrate, Ion Iliescu a représenté une gauche qui voulait initialement réformer le communisme irréformable.

    Conseiller du Président roumain Traian Basescu (élu en 2004), le politologue Alexandru Gussi a regretté l'omerta sur les exactions en 1989 des néo-communistes menés par Ion Iliescu : « La moitié des membres du premier gouvernement post-révolutionnaire appartenaient au parti communiste. (…) Une fois au pouvoir, ce réseau a tout fait pour protéger les siens. En exécutant Nicolae Ceausescu, ils l'ont fait passer pour l'unique responsable. Ils ont ensuite fait disparaître le parti et les symboles du communisme, mais ils n'ont pas changé les structures de l'État. » (dans "Slate" du 22 décembre 2009).
     

     
     


    Ion Iliescu a eu son heure de gloire lors de sa réception au Parlement Européen de Strasbourg le 23 septembre 2003. La Roumanie n'était pas encore un État membre mais elle avait prévu de l'être (il allait falloir attendre encore plus de trois ans). Le discours d'Ion Iliescu fut donc très pro-européen : « Le principal message que je souhaite faire passer concerne le fait que la Roumanie est un pays sur lequel la communauté démocratique des nations peut compter. La Roumanie sera un État membre de l’Union Européenne fiable et crédible. L’Union Européenne gagnera bien plus qu’un nouvel État membre de plus de 22 millions d’habitants; elle gagnera un fidèle partisan de l’intégration européenne, un pays euro-optimiste par choix. Liés à l’Europe tout au long de notre histoire, nous avons foi dans le système des valeurs positives sur lequel repose la construction européenne: la démocratie, le respect des droits et des libertés des citoyens, la justice et l’équité sociale, la tolérance, la solidarité au sein des nations et entre celles-ci ainsi que la responsabilité envers les générations futures. Les Roumains, que l’histoire a mis sur la touche pendant plus d’un demi-siècle, ont toujours aspiré à participer naturellement à l’évolution de la Communauté européenne dont les valeurs ont servi de guide. Cette aspiration est devenue réalité lors de la révolution de décembre 1989. Cela n’a pas été facile ni simple de sortir du totalitarisme, tant fasciste que communiste. Nous avons été confrontés à un double handicap. Le premier était de nature institutionnelle : les institutions d’un État totalitaire sont incompatibles avec la démocratie et l’économie de marché. Le second handicap était représenté par notre isolement par rapport au monde et nos tendances autarciques. Tout cela s’est inscrit sur un fond de profond retard historique en matière de développement économique et social. (…) La Roumanie est prête à assumer les nouvelles responsabilités qui lui incombent en raison de son nouveau statut de membre de l’OTAN et de futur État membre de l’Union Européenne. (…) La Roumanie appartient à la culture et à la civilisation européenne par son histoire, sa tradition et ses valeurs. Voilà pourquoi son intégration à l’Union Européenne, en tant que processus de retour à la normalité démocratique de notre pays, a été et reste encore un objectif stratégique de la société roumaine et cet objectif a toujours fait l’objet d’un large consensus politique et civique. L’adhésion à l’Union Européenne est considérée comme un objectif politique autant que comme un instrument destiné à accélérer les processus de modernisation institutionnelle et de développement économique et social, dans le but de réduire les décalages qui nous séparent encore du monde industrialisé. (…) En réduisant les décalages économiques dans le cadre de l’Union Européenne élargie, l’Union, en tant qu’acteur global, gagnera en transparence, en cohérence et en efficacité dans la poursuite de ses objectifs sur le plan mondial, contribuant ainsi à la diminution de la pauvreté, à une meilleure répartition des bénéfices de la mondialisation en faveur des régions défavorisées et à une plus large participation de ces régions au commerce mondial. (…) La Roumanie fait partie de l’Europe et ses moindres actes sont issus de son désir de confirmer son identité européenne. Nous savons que ce n’est pas tâche facile. Nous devons travailler avec encore plus d’ardeur et de ferveur afin de remplir les engagements que nous avons contractés en vue de consolider votre confiance, puisque vous êtes nos partenaires européens, dans notre aptitude à mener à bien des processus complexes, tels que les réformes requises pour notre adhésion à l’Union européenne, et nous devons agir et nous comporter en véritables Européens. Plus personne et plus rien ne pourrait mettre en doute l’avenir européen de la Roumanie. Nous possédons à la fois l’aptitude et le désir requis pour mener à terme la transformation structurelle de l’économie et de la société roumaines afin de rendre celles-ci compatibles avec les exigences de l’Union européenne et d’améliorer ainsi le bien-être des citoyens roumains. ».

    Mais surtout, il a fallu attendre le 8 avril 2019, alors qu'il était âgé de 89 ans, pour que l'ancien Président Ion Iliescu fût renvoyé en procès sur deux affaires pour crimes contre l'humanité : l'affaire des snipers du 22 au 25 décembre 1989 (bilan extrêmement lourd : 862 morts et plus de 2 150 blessés) ainsi que l'assassinat des Ceausescu, et l'affaire dite des minériades du 13 au 15 juin 1990 : Ion Iliescu avait fait venir par train des ouvriers mineurs à Bucarest pour frapper les étudiants venus manifester contre lui ! Le bilan fut très lourd : 6 morts, 6 femmes violées, 746 blessés, officiellement, car selon les étudiants, plus d'une centaine d'entre eux auraient péri.


    Pour le procureur Augustin Lazar qui l'a mis en accusation, « il s’agit d’un moment particulièrement important pour la justice roumaine qui accomplit une dette d’honneur envers l’Histoire ». Considérant ce procès comme une « farce », Ion Iliescu avait déclaré en avril 2018 pouvoir « garder la tête haute devant le jugement de l’Histoire ». Reporté à cause de la crise du covid-19, le procès n'a finalement jamais eu lieu. L'Histoire jugera donc.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (05 août 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Ion Iliescu.
    Michel Ier  de Roumanie.
    La Révolution roumaine de décembre 1989.
    Eugène Ionesco.
    Nicolae Ceausescu.
    Otto von Europa.
    Dynasty.
    Victoria, mamie Europa.

     

     
     





    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250805-ion-iliescu.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/ion-iliescu-l-apparatchik-262516

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/08/05/article-sr-20250805-ion-iliescu.html


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  • Hiroshima et Nagasaki : le mythe fondateur de la dissuasion nucléaire

    « Le matin était redevenu calme, tranquille. On n’entendait aucun bruit d’avion. Alors, soudain, le ciel fut déchiré par un flash lumineux, jaune et brillant comme dix mille soleils. Nul ne se souvient avoir entendu le moindre bruit à Hiroshima quand la bombe a éclaté. (…) Un nuage de poussière commença à s’élever au-dessus de la ville, noircissant le ciel comme une sorte de crépuscule. » (John Hersey, août 2005 dans "The New Yorker").




     

     
     


    On commémore, ce mercredi 6 août 2025, le 80e anniversaire de la première explosion voulue d'une bombe nucléaire sur un terrain de guerre, dans la ville japonaise de Hiroshima, suivie, trois jours plus tard à Nagasaki, de la seconde explosion nucléaire. On se posera toujours la question de le pertinence d'avoir bombardé Nagasaki, alors que la démonstration de force à Hiroshima semblait bien suffisante.

    Si on commémore, on ne fête pas ; il n'y a pas de quoi fêter l'application concrète négative jusqu'à son extrême d'une découverte scientifique pourtant très heureuse (l'énergie nucléaire et, pour avoir une idée, la possibilité de passer l'hiver au chaud et, aussi, de produire une énergie sans carbone). 140 000 habitants de Hiroshima et 80 000 habitants de Nagasaki auraient perdu la vie par ces deux explosions infernales, immédiatement ou dans les mois qui ont suivi. Je l'ai déjà évoqué plus précisément il y a quelques années.

    Cette date est une singularité dans l'histoire de l'humanité. Non pas qu'elle puisse détruire la planète (il en faut beaucoup plus pour cela, la Terre est forte et solide), mais elle peut se détruire elle-même, et ça suffit amplement pour angoisser des générations entières.


    Cela a donc entraîné de nombreuses réflexions et inspiré de nombreuses œuvres.

    Des œuvres d'art, bien sûr, toute sorte d'art, comme la musique ; par exemple, parmi d'autres, le groupe Orchestral Manoeuvres in the Dark a sorti le 26 septembre 1980 cet excellent tube, qui fut un succès mondial, "Enola Gay", du nom du bombardier qui a lancé la bombe à Hiroshima. Il y a eu aussi le fameux film "Hiroshima mon amour", sorti le 10 juin 1959, réalisé par Alain Resnais et scénarisé par Marguerite Duras, avec la participation notamment d'Emmanuelle Riva et Bernard Fresson parmi les acteurs.





    Comme la peinture, avec ces silhouettes (bleues) du peintre Yves Klein réalisées le 28 février 1960 (voir en fin d'article). Une anthropométrie que le jeune peintre, choqué comme tout le monde, commentait ainsi : « Hiroshima, les ombres d’Hiroshima ; dans le désert de la catastrophe atomique, elles ont été un témoignage sans doute terrible mais cependant un témoignage tout de même d’espoir de la survie et de la permanence, même immatérielle, de la chair. ».

    De ces silhouettes, on ne peut que repenser à cette célèbre photographie prise à Nagasaki par Matsumoto Elichi, dans les débris d'une base militaire détruite par l'explosion. Le corps a été désintégré par le rayonnement mais son ombre a marqué le mur. Cela fait penser aux victimes de Pompéi et aussi, dans une autre mesure, mais c'est un tout autre sujet, au saint Suaire de Turin supposé (ou pas) représenté le visage du Christ (juste au moment de la Résurrection ?).

     

     
     


    Ces deux explosions nucléaires ont fait poursuivre les réflexions philosophiques permanentes sur la science sans conscience qui ne serait, selon Rabelais, que ruine de l'âme, et la capacité des hommes (et des femmes) à contrôler (ou pas) des énergies et des choses beaucoup plus grandes qu'eux-mêmes. Ce débat a eu lieu ensuite sur l'informatique, la génétique, etc. et il est actuellement posé par le développement ultrarapide de l'intelligence artificielle.

    Ces réflexions ne sont pas nouvelles, elles ont au moins un demi-millénaire et sans doute bien plus si on relit les philosophes classiques. En effet, dans son livre publié en 1532, "La vie très horrifique du grand Gargantua, père de Pantagruel, jadis composée par M. Alcofribas abstracteur de quintessence. Livre plein de Pantagruélisme", Rabelais faisait écrire par Gargantua dans une lettre s'adressant à Pantagruel, son fils donc : « Mais parce que selon les dire du sage Salomon, Sapience n’entre point en âme malveillante, et science sans conscience n’est que ruine de l’âme, il te convient servir, aimer et craindre Dieu, et en lui remettre toutes tes pensées et tout ton espoir ; et par une foi charitable, lui être fidèle, en sorte que jamais tu ne t’en écartes par péché. ».

    Vouloir contrôler le monde, être capable de diriger la Nature... Le mythe de Prométhée nous rappelle qu'on n'est pas forcément gagnant lorsqu'on veut s'attaquer au dieu des dieux.
     

     
     


    Mais ce sont les réflexions militaires et géostratégiques qui ont bouleversé le monde postmoderne : dans les années 1950, l'idée était que la possession d'une arme nucléaire permettait la protection par dissuasion nucléaire. Cela se passait en pleine guerre froide avec une surenchère de l'armement nucléaire. Le raisonnement, c'est qu'on ne peut plus attaquer et détruire l'ennemi sans être en retour attaqué et détruit. Dans ce dogme de la dissuasion nucléaire, l'armement nucléaire n'est pas tout, et on le voit maintenant, c'est aussi la manière de bombarder, c'est-à-dire la technologie des missiles qui fait beaucoup dans le processus de la dissuasion.

    Russie, États-Unis, France, Royaume-Uni, et puis Inde, Pakistan, Corée du Nord, Israël, Iran... le risque de la multiplication des pays possédant l'arme nucléaire a encouragé le monde à se doter d'un traité de non-prolifération nucléaire plus ou moins bien respecté. Du reste, rappelons que la salutaire politique de dissuasion nucléaire n'a pas été initiée par De Gaulle (qui l'a poursuivie et consolidée) mais par des hommes d'État de la Quatrième République, en particulier Félix Gaillard, aussi Jules Moch, etc.

    La guerre en Ukraine a montré les limites de cette dissuasion nucléaire puisqu'elle n'empêche pas le retour au cœur de l'Europe d'une guerre de type Première Guerre mondiale. En raison de la tentative d'invasion orchestrée par Vladimir Poutine, la Russie s'est positionnée agressivement contre l'Europe et les États-Unis. L'arrivée de Donald Trump n'en changera pas cet état des choses ; sa naïveté finira bien par s'écraser au mur de la réalité. Et c'est même maintenant !

    Le dernier épisode est une réponse à des déclarations toujours inconséquentes et excessives de Dimitri Medvedev. Depuis février 2022, on a du mal à comprendre qui est cet ancien Président de la Fédération de Russie (2008 à 2012), servant de prête-nom à Vladimir Poutine (interdit d'un troisième mandat en 2008 ! Il en est à son cinquième mandat, et encore, en rallongeant de 50% leur durée et sans compter son temps de Premier Ministre), actuellement vice-président du conseil de sécurité de la Russie. Alors qu'il était initialement considéré comme "raisonnable" et "sérieux", avec des bonnes connaissances économiques, etc., il s'est transformé en pire que Vladimir Poutine, comme s'il y avait un concours de surenchères de celui qui propose le plus de menaces de guerre contre un supposé "Occident".

    Dimitri Medvedev a réagi à la déclaration de Donald Trump réclamant la paix en Ukraine d'ici au 8 août 2025. L'ancien Président russe a écrit sur Twitter : « Chaque nouvel ultimatum est une menace et un pas vers la guerre. ». Or, pour une fois, au lieu d'ignorer les propos surbelliqueux de Dimitri Medvedev, Donald Trump l'a pris au mot en considérant que les déclarations ainsi exprimées étaient graves et menaçaient l'intégrité des États-Unis : « Soyons prudents, une menace a été proférée et nous avons estimé que ce n'était pas approprié ! ».

     

     
     


    Résultat : le 1er août 2025, Donald Trump a annoncé le déploiement de deux sous-marins nucléaires américains vers la Russie. Concrètement, cela ne changera rien dans la mesure où les États-Unis n'avaient pas besoin de ce déploiement pour être défendus et en capacité de répondre aux éventuelles attaques nucléaires de la Russie, mais cela permet de montrer un changement de ton. La naïveté semblerait laisser maintenant place à la lucidité.

    Après tout, prendre au sérieux toutes les logorrhées de Dimitri Medvedev a cet avantage qu'il la ramènera un peu moins la prochaine fois, et ce n'est pas dans l'intérêt de Vladimir Poutine de se montrer grossièrement belliqueux (ce qu'il est pourtant). Donald Trump, qui est bien du niveau de cette cour de récréation "virile" (celui qui a la plus longue), pourrait montrer à Vladimir Poutine qu'il a désormais trouvé un maître en la matière.

    Quant à la dissuasion nucléaire, elle ne tient que si les protagonistes agissent avec raison et pas avec émotion. À l'ère de Trump, les invariants se réduisent à peau de chagrin.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (02 août 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Hiroshima et Nagasaki : le mythe fondateur de la dissuasion nucléaire.
    Le syndrome d'Hiroshima.
    En France, record mondial pour la fusion nucléaire !
    Dominique Voynet, la fossoyeuse de l'énergie nucléaire française.
    La repentance nucléaire : Emmanuel Macron à Belfort.
    La filière nucléaire en crise, par Marc Endeweld dans "La Tribune" du 9 février 2022.
    COP26 : face à l’alarmisme, le leadership mondial d’Emmanuel Macron.
    Rapport de RTE sur les perspectives de production d’électricité, publié le 25 octobre 2021 (à télécharger).
    Rapport du GIEC publié le 9 août 2021 (à télécharger).
    François Bayrou relance le programme nucléaire français.
    Note de synthèse du 23 mars 2021 du haut-commissaire au Plan sur le programme nucléaire français (à télécharger).
    Interview de François Bayrou le 24 mars 2021 sur LCI (à télécharger).
    Le débat rayonnant sur le nucléaire.
    François Hollande coincé entre Jean-Pierre Chevènement et Eva Joly sur le nucléaire.
    Andrei Sakharov.
    Incompréhensions américaines : le nucléaire iranien.
    Au cœur de la tragédie einsteinienne.
    Marie Curie.
    La Corée du Nord selon Guy Delisle.
    Fukushima, dix ans après.
    Tchernobyl (1986).
    Fukushima (11 mars 2011).
    L’industrie de l’énergie en France.

     

     
     





    http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250805-hiroshima.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/hiroshima-et-nagasaki-le-mythe-262455

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/08/04/article-sr-20250806-hiroshima.html


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