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histoire - Page 2

  • Charles Pasqua, grande gueule du gaullisme

    « Charles Pasqua incarnait à merveille tous les paradoxes du gaullisme. Ce mélange de conviction, de verbe haut, de déclarations fracassantes et de coups tordus, de tractations, de traîtrises cachés dans les plis du grand drapeau tricolore frappé de la croix de Lorraine. » (Joseph Macé-Scaron, le 3 juillet 2015 dans "Marianne").





     

     
     


    L'ancien ministre Charles Pasqua est mort il y a dix ans, le 29 juin 2015 à l'âge de 88 ans, quelques semaines après le congrès fondateur du parti Les Républicains auquel il avait participé. Un vide dans la classe politique ? Les grandes gueules ne manquent pourtant pas, même encore aujourd'hui, mais à la différence de Georges Marchais, Jean-Marie Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, et il y en a quelques autres, Charles Pasqua était une grande gueule utile, je veux écrire, était à la fois une grande gueule et utile.

    Il était certes un redoutable opposant lorsqu'il était dans l'opposition, mais au contraire des autres grandes gueules citées, Charles Pasqua était plutôt dans son élément lorsqu'il était au pouvoir, dans la majorité, pour servir ce qu'il a toujours considéré comme l'intérêt supérieur de l'État, voire, avec sa connotation sinistre, la raison d'État.


    C'est clair, Charles Pasqua n'est pas parvenu à la politique avec des diplômes de l'ENA, Normale Sup., Polytechnique ou HEC, mais par la petite porte de service, celle des "basses œuvres", celles des coups fumants, celles de l'action dans le sens activisme, militantisle, celle aussi de la Résistance (ce qui lui a assuré une très grande considération de François Mitterrand pourtant peu suspect de pasquaphilie). Des convictions chevillées au corps, celles du gaullisme, le gaullisme bonapartiste, celles du chef légitime, du chef de guerre, une fidélité et une loyauté. Son diplôme, c'était le pastis Ricard. Et sa verve.

    Charles Pasqua avait des convictions et voulait servir celui qui les servirait au plus haut niveau de l'État. Et cette personne, à la fin des années 1960, c'était le jeune dauphin, Jacques Chirac. Pour lui, pendant plus de deux décennies, il a tout fait. Bazarder la candidature de Jacques Chaban-Delmas, duper tous les barons vieillissants du gaullisme, conquérir à l'arraché le parti gaulliste, l'UDR, et même le transformer deux ans plus tard en une machine de guerre destinée à soutenir et promouvoir Jacques Chirac jusqu'à l'Élysée, le RPR, et retrouver enfin le pouvoir gaulliste version 1960, avec son romantisme, avec sa légende mais aussi avec ses obscurités.

    Dans les années 1970 et 1980, Jacques Chirac a eu trois sources de soutien : d'abord Marie-France Garaud et Pierre Juillet, pour le lien filial avec Georges Pompidou et contre Jacques Chaban-Delmas, mais cette source s'est tarie dès 1978 ; Charles Pasqua, l'homme de main, celui qui vous organisait vite fait bien fait un congrès qui retournerait les apparatchiks, et enfin Édouard Balladur, la face un peu technocratique du pouvoir, celui qui insista pour soutenir le Traité de Maastricht, seule garantie pour pouvoir rassembler au moins la moitié des Français à une élection présidentielle.

     

     
     


    L'échec de 1981 était évident et prévisible : Jacques Chirac, à 48 ans, l'âge pourtant de Valéry Giscard d'Estaing à son élection, n'était pas encore prêt ; il était un outsider. Il avait déjà une belle machine, le RPR, des troupes fidèles, des conseillers redoutables, mais il était dans la minorité de la majorité, il ne tenait pas les commandes. La stratégie Pasqua, c'était de devenir la majorité de l'opposition, quitte à perdre un tour, 1981. Et cela a marché : Jacques Chirac est devenu le leader de l'opposition dès 1982, considéré comme tel même par l'UDF, et Charles Pasqua a guerroyé au Sénat contre le gouvernement socialo-communiste, en tant que président du groupe RPR au Sénat, s'alliant ainsi avec les centristes qui étaient à l'époque majoritaires (et d'origine antigaulliste).

    Un petit retour sur 1979 : le supposé suicide du ministre gaulliste Robert Boulin ressemblait plutôt à une bavure, à l'œuvre sinistre d'un zélé trop zélé. Sur Wikipédia, on peut ainsi lire : « Dans le téléfilm "Crime d'État", diffusé sur France 3 le 29 janvier 2013, Charles Pasqua est présenté comme un des commanditaires de l'assassinat du ministre Robert Boulin. La version officielle étant une mort par suicide, ce téléfilm historique présente sous forme de fiction la thèse d'un assassinat politique orchestré pour défendre les intérêts du RPR. ».

    La vérité, c'est que personne n'en sait rien, et les rares députés gaullistes proches de Jacques Chaban-Delmas capables de témoigner le faisaient sur la foi d'une impression et de conversations, et pas d'un témoignage de faits réels, c'était le cas en particulier de Jean Charbonnel ou Alexandre Sanguinetti. La seule motivation de mouiller Charles Pasqua, c'est que, par sa réputation, ça n'étonnerait personne, mais il faut rappeler que celui qui fut l'un des dirigeants actifs du SAC (service d'action civique), une sorte de service d'ordre au profit du parti gaulliste, a quitté l'activisme pour la politique justement à la fin des années 1960, préférant se faire élire député à rester un membre du SAC. Du reste, il a été impliqué dans quelques affaires politico-financières dont la justice a été saisie et a été parfois relaxé (le plus souvent), parfois condamné.

    C'est ainsi que Charles Pasqua a eu trois vies. Une vie d'homme de main au service au gaullisme (triomphant, ou pas) : il a cofondé le RPF dès 1947, à l'âge de 20 ans, il a aussi cofondé le SAC en 1959 lors du retour au pouvoir de De Gaulle. Puis, il y a eu la phase d'homme politique relativement classique, de 1968 à 1988, où il s'est institutionnalisé sur les conseils de Georges Pompidou, il s'est respectabilisé, à l'aide de nombreux mandats électifs : député des Hauts-de-Seine de juin 1968 à mars 1973, sénateur des Hauts-de-Seine de septembre 1977 à décembre 1999 (sauf périodes ministérielles) et de septembre 2004 à septembre 2011 ; député européen de juin 1999 à juin 2004. Mais aussi avec une implantation locale non négligeable : conseiller général des Hauts-de-Seine de 1970 à 1976 et de 1988 à 2004 (président du conseil général de 1973 à 1976 et de 1988 à 2004), et conseiller municipal de Neuilly-sur-Seine de 1983 à 2001.

    Petit arrêt à Neuilly : en avril 1983, le maire Achille Péretti, qui venait d'être réélu (sans discontinuer depuis 1947), ancien Président de l'Assemblée Nationale (de 1969 à 1973), d'origine corse également, est mort. Charles Pasqua s'attendait à reprendre le flambeau et la mairie quand un petit jeune de 28 ans, conseiller municipal, Nicolas Sarkozy a décidé de profiter du séjour à l'hôpital de son concurrent pour convaincre ses collègues de l'élire lui à la tête de la mairie. Jacques Chirac, gêné par ce choc des ambitions, a surtout laissé faire, laissant la loi du plus fort désigner le vainqueur.

    On imagine donc la rancœur de Charles Pasqua, mais tout au long de la trentaine d'années qui a suivi, les relations entre Nicolas Sarkozy et Charles Pasqua ont été à la fois celles de vieux alliés ou celles de redoutables adversaires, Nicolas succédant ainsi à Charles à la tête du conseil général des Hauts-de-Seine (un poste stratégique), également, mais pas directement, au Ministère de l'Intérieur, et pourtant rivaux aux élections européennes de juin 1999 (chacun menant une liste vaguement gaulliste).

     

     
     


    Pendant cette deuxième vie, celle de la respectabilité politique, Charles Pasqua est devenu le puissant conseiller de Jacques Chirac, incontournable, indispensable. Mais l'échec de 1988 a été pour Charles Pasqua la prise de conscience que Jacques Chirac était un mauvais cheval, qu'il perdrait sans arrêt, que le gaullisme ne serait plus triomphant avec Jacques Chirac. C'est ainsi qu'il s'est rapproché de Philippe Séguin, dans une sorte de prise en sandwich en 1990 de la direction de RPR (Alain Juppé, Nicolas Sarkozy, Édouard Balladur) par l'aile droite (Charles Pasqua) et l'aile gauche (Philippe Séguin). L'opération a échoué pour la prise de contrôle du RPR, mais a consolidé les liens entre les deux hommes, renforcés par la campagne commune contre le Traité de Maastricht. Charles Pasqua a toutefois été également déçu des capacités de Philippe Séguin à devenir Président de la République, au point qu'à la fin des années 1990, Charles Pasqua s'est mis à son compte, s'alliant pour l'occasion avec le souverainiste Philippe de Villiers et dépassant la liste RPR aux élections européennes de juin 1999.

    Mais il faut parler de la période entre 1990 et 1999, bien sûr, car même "autonomiste", Charles Pasqua était encore resté au sein du RPR, et était même devenu un homme du pouvoir très puissant : Ministre de l'Intérieur du 20 mars 1986 au 10 mai 1988 dans le gouvernement de Jacques Chirac, il l'est redevenu avec un titre de Ministre d'État, Ministre de l'Intérieur et de l'Aménagement du territoire du 30 mars 1993 au 11 mai 1995 dans le gouvernement d'Édouard Balladur. En raison de sondages très flatteurs (trop flatteurs ?) pour Édouard Balladur, Charles Pasqua et Nicolas Sarkozy, comme de nombreux autres hiérarques du RPR, ont choisi de soutenir Édouard Balladur au détriment de Jacques Chirac à l'élection présidentielle de 1995.

     

     
     


    D'où ce message faussement apocryphe proposé ici : « Certains me disaient (…) que tu avais le sens de l’État. Bigre ! Je n’irais pas jusque-là, mais disons qu’il est exact que tu savais prendre tes responsabilités. (…) Tu croyais que Balladur t’aurait nommé Premier Ministre ? Naïf que tu es. Jamais il ne l’aurait fait. Tu n’es pas de son monde. Tu lui aurais fait honte avec tes manières de soudard. (…) Il aurait été capable de t’obliger à porter ses horribles costumes trois boutons qu’il fait fabriquer en Angleterre et qui lui vont si mal. Tu t’imagines cintré dans une veste trois boutons. Je ris à l’avance de la tête que ferait le tailleur en contemplant ton ventre et tes épaules. » ("Lettre apocryphe de Jacques Chirac à Charles Pasqua" publiée dans "Les Échos" le 31 juillet 1995 et rédigée par …Nicolas Sarkozy).

    Ce curieux texte est issu d'une série estivale publiée dans "Les Échos" durant l'été 1995, juste après l'élection de Jacques Chirac, où Nicolas Sarkozy, sous le pseudonyme de Mazarin (son identité était donc cachée), écrivait toutes sortes de lettres politiques pour divertir ses lecteurs, et dans le numéro du 31 juillet 1995, il prenait la plume de Jacques Chirac pour s'adresser à Charles Pasqua. Ce qui ne manquait pas de piment !

    Car au milieu des années 1990, et c'est pour cela qu'il était resté au sein du RPR, Charles Pasqua était au sommet de son influence politique. Président du groupe RPR au Sénat, il a raté de quelques voix la Présidence du Sénat en octobre 1992 (face à René Monory), ce qui représentait le deuxième personnage de l'État, celui susceptible de succéder au Président de la République en cas de vacance présidentielle, et celle-ci était même probable en raison de la grave maladie de François Mitterrand. L'histoire ne ressert jamais deux fois le même plat. Une fois de retour Place Beauvau, Charles Pasqua était un allié puissant d'Édouard Balladur, et comme il a été souvent dit, il faisait partie des premiers-ministrables en cas d'élection de ce dernier (même si je pense qu'Alain Juppé, bien que chiraquien, aurait quand même été nommé).
     

     
     


    Le Petit Luxembourg, Matignon, la puissance d'un homme politique (et d'une femme politique) se mesure à la projection qu'on l'imagine dans des fonctions suprêmes. En revanche, il n'a jamais été question d'une candidature sérieuse à l'élection présidentielle (en 2002, sa motivation semblait assez faible).

    Charles Pasqua s'est réconcilié avec Nicolas Sarkozy et son parti d'origine (devenu UMP) au début des années 2000, ce qui lui a permis de reprendre un dernier mandat de sénateur (entre 2003 et 2011), lui garantissant une certaine immunité parlementaire, en compensation de la présidence du conseil général des Hauts-de-Seines (qu'il a abandonnée en mai 2004 à Nicolas Sarkozy qui allait, lui, se faire proclamer président de l'UMP quelques mois plus tard, puis candidat à l'élection présidentielle de 2007).

    En s'éteignant il y a dix ans, l'ancien vieux sénateur a emporté avec lui quelques secrets du gaullisme historique, la version la moins héroïque mais peut-être pas la moins efficace. Celle de la raison d'État.


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    Sylvain Rakotoarison (28 juin 2025)
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    Pour aller plus loin :
    Charles Pasqua.
    Légende.
    Le grognard éprouvé du postgaullisme.
    La mémoire explosive de Charles Pasqua.
    Pasqua, ange et démon.
    Jacques Lafleur.
    Dick Ukeiwé.
    Olivier Marleix.
    Un choc violent.
    Charles Pasqua.
    Jean-Marie Demange.
    Gérard Gaudron.
    Jean-Pierre Abrioux.

    Jean Tiberi.
    La nouvelle direction de LR : cap vers 2027 ?
    Bruno Retailleau.
    LR : plébiscite pour Bruno Retailleau !
    Congrès LR : les jeux sont-ils faits ?
    De Gaulle.
    Philippe Bas.
    Xavier Bertrand.
    L'offensive de Bruno Retailleau.
    Nicolas Sarkozy.
    Jean-Louis Debré.
    Claude Malhuret.
    Philippe De Gaulle.
    François-Xavier Ortoli.
    Alain Juppé.

    Édouard Philippe.
    Laurent Wauquiez.
    Aurore Bergé.
    Alain Peyrefitte.
    La sagesse inattendue de Jean-François Copé.
    Yvon Bourges.
    Christian Poncelet.
    René Capitant.
    Patrick Devedjian.

     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250629-pasqua.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/charles-pasqua-grande-gueule-du-261324

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/01/article-sr-20250629-pasqua.html



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  • Giorgio Napolitano, un devoir de responsabilité devant la Nation

    « Je suis prêt, s'il le faut, à mettre mes forces à dure épreuve ! » (Giorgio Napolitano, le 22 avril 2013, discours d'investiture, à Rome).




     

     
     


    L'ancien Président de la République italienne Giorgio Napolitano est né il y a exactement 100 ans, le 29 juin 1925 à Naples. Il s'est éteint il y a un peu moins de deux ans, le 22 septembre 2023, à l'âge canonique de 98 ans, battant le record de longévité d'un ancien chef de l'État italien. En outre, il est le premier ancien militant communiste italien (et le seul) à avoir été élu Président de la République italienne, pour la succession de Carlo Ciampi.

    Il avait aussi été le premier ancien communiste à avoir été nommé Ministre de l'Intérieur du 17 mai 1996 au 21 octobre 1998 dans le gouvernement de Romano Prodi. Et il a été le premier Président de la République à avoir été réélu, pas de sa propre volonté, mais à cause de l'impasse politique des parlementaires, incapables de trouver un autre successeur que lui-même. Président de la République italienne depuis le 15 mai 2006 (élu le 10 mai 2006), Giorgio Napolitano a été réélu le 20 avril 2013, soit proche de l'âge de 88 ans pour un mandat de sept ans. Il a démissionné le 14 janvier 2015 avant ses 90 ans, comme il s'y était engagé à sa réélection (il n'était pas question pour lui de rester Président jusqu'à 95 ans !), laissant la place à Sergio Mattarella (qui lui aussi allait être reconduit pour un second mandat qu'il poursuit actuellement).

    Giorgio Napolitano s'est engagé dans la Résistance contre le fascisme de Mussolini. En 1945, il s'est engagé au sein du parti communiste italien (PCI), devenant l'un des leaders de l'aile droite du PCI jusqu'à sa transformation en 1991 (en parti démocrate de la gauche), devenant le président du groupe des députés communistes de 1981 à 1986. Il a été élu et réélu député de Naples de juin 1953 à mai 1963 puis de juin 1968 à mai 1996, et il a même été élu Président de la Chambre des députés du 3 juin 1992 au 14 avril 1994 (au bout de cinq tours de scrutin) à la suite d'Oscar Luigi Scalfaro, élu Président de la République le 25 mai 1992 après avoir été élu Président de la Chambre le 24 avril 1992. Avant Oscar Luigi Scalfaro, siégeaient à la Présidence de la Chambre deux anciens membres du parti communiste, Pietro Ingrao (élu de 1976 à 1979) et Nilde Iotti (élue et réélue de 1979 à 1992).

    Dans les années 1970, Giorgi Napolitano a appuyé Enrico Berlinguer, nouveau secrétaire général du PCI de 1972 à 1984 (date de la mort de ce dernier), pour promouvoir le réformisme au sein du PCI, ainsi que la conception d'un communisme spécifiquement européen qui ne soit pas dépendant du communisme soviétique, autrement dit, souhaitant définir une voie social-démocrate en Italie. En 1991, après les bouleversements de l'échiquier politique (décomposition de la démocratie chrétienne italienne), le PCI est devenu PDS, parti démocrate de gauche qu'ont rejoint entre autres Giorgio Napolitano et Massimo D'Alema, également ancien du PCI, et qui allait devenir une composante du futur Parti démocrate (en octobre 2007).


    Élu député européen de 1989 à 1992 (dans le groupe de la gauche radicalisée) et de 1999 à 2004 (dans le groupe des socialistes européens), Giorgio Napolitano a été nommé Ministre de l'Intérieur par Romano Prodi, alors qu'il n'a pas été réélu député en 1996. Après la démission du gouvernement Prodi, il a quitté ses fonctions de ministre et est devenu sénateur à vie à partir de 2005 (nommé par le Président Carlo Ciampi).
     

     
     


    L'élection présidentielle de mai 2006 a eu lieu après la victoire du centre gauche aux élections générales des 9 et 10 avril 2006. Malgré le soutien du Silvio Berlusconi, le Président du Conseil sortant, le Président sortant Carlo Ciampi ne souhaitait pas se présenter pour un second mandat, la désignation de Massimo D'Alema, ancien Président du Conseil semblait probable, mais Romano Prodi, chef de la coalition victorieuse, a finalement soutenu la candidature de Giorgio Napolitano élu au quatrième tour le 10 mai 2006.

    Le premier tour du 8 mai 2006 a vu 456 parlementaires voter blanc ou nul, et beaucoup de déperdition de voix au centre gauche, ce qui a conduit Gianni Letta, ancien ministre et candidat de Silvio Berlusconi, à obtenir 369 voix sur 984 votants et 1 007 inscrits (les autres candidats sont arrivés très loin derrière, Massimo D'Alema seulement 27 voix, Giorgio Napolitano 8 voix, etc.). Le deuxième tour était encore pire puisque 746 ont voté blanc ou nul. Le premier candidat était le chef de la Ligue du Nord, Umberto Bossi avec 38 voix sur 973 votants, talonné par Massimo D'Alema 35 voix. Le troisième tour encore pire avec 798 votes blancs ou nuls, plaçant en tête Massimo D'Alema 31 voix sur 976, et Giorgio Napolitano 16 voix. Au quatrième tour, un consensus s'est établi autour de Giorgio Napoltano, élu avec 543 voix sur 990 votants, avec encore 361 votes blancs ou nuls, le deuxième candidat était Umberto Bossi avec 43 voix et ensuite, troisième, Massimo D'Alema avec 10 voix.

    Ces élections présidentielles ont l'air laborieuses en Italie mais ce n'est pas italien, c'est institutionnel. On retrouvait les mêmes magouilles politiciennes lors des élections présidentielles sous la Troisième République française...


    L'un des premiers actes du Président Giorgio Napolitano a été de nommer le 17 mai 2006 Romano Prodi à la Présidence du Conseil puisque la coalition de centre gauche qu'il dirigeait avait gagné les élections d'avril, ce qui a mis un terme à la crise politique.
     

     
     


    Et c'est une autre crise politique bien plus grave encore qui l'a conduit à solliciter un deuxième mandat, faute d'un candidat de consensus pour sa succession, en raison, des élections générales anticipées des 24 et 25 février 2013 qui ont amené un Parlement particulièrement éclaté politiquement. Parmi les présidentiables, quelques figures comme Giuliano Amato, Romano Prodi, Massimo D'Alema, aussi trois femmes dont Emma Bonino, aussi Gianni Letta, soutenu par Silvio Berlusconi, Stefano Rodata, soutenu parle Mouvement 5 étoiles, Sergio Mattarella puis Franco Marini, soutenus par le Parti démocrate, etc.

    Le premier tour du 18 avril 2013, Franco Marini est arrivé en tête avec 521 sur 999 votants (et 1 007 inscrits), soit la majorité absolue des inscrits, mais pas la majorité des deux tiers des inscrits comme c'était nécessaire pour les trois premiers tours, avec 119 bulletins blancs ou nuls. Les principaux autres candidats étaient alors Stefano Rodota avec 240 voix, Sergio Chiamparino 41 voix, Romano Prodi 14 voix, Emma Bonino 13 voix, Massimo D'Alema 10 voix, etc. Le quatrième tour a vu Romano Prodi proche de la victoire avec 395 voix sur 732 votants (l'abstention lui a été fatale avec 275 parlementaires qui se sont abstenus). Il a fallu attendre le sixième tour du 20 avril 2013 pour voir la réélection de Giorgio Napolitano avec 738 voix sur 997 votants (et 1 007 inscrits) face à son principal concurrent, Stefano Rodota 217 voix. Soutenu tant par Silvio Berlusconi que par le Parti démocrate, Giorgio Napolitano avait accepté un second mandat comme « un devoir de responsabilité envers la Nation ».

    La réélection de Giorgio Napolitano a mis en lumière de profondes divisions au sein du Parti démocrate, notamment entre son chef de l'époque, Pier Luigi Bersani, et Matteo Renzi, le très influent maire de Florence. Dans l'incapacité à imposer son candidat à l'élection présidentielle, Pier Luigi Bersani a démissionné de la tête du Parti démocrate, laissant un boulevard à son concurrent Matteo Renzi qui allait devenir secrétaire du Parti démocrate du 15 décembre 2013 au 12 mars 2018 et Président du Conseil du 22 février 2014 au 12 décembre 2016. Après sa réélection, Giorgio Napolinato a nommé le 24 avril 2013 Enrico Letta Président du Conseil et ce dernier a été le premier chef du gouvernement à avoir obtenu le soutien des deux premiers partis du Parlement.
     

     
     


    Après sa démission le 14 janvier 2015, Giorgio Napolitano est devenu sénateur à vie en tant qu'ancien Président de la République, et il était déjà sénateur à vie avant d'y être élu dès 2005. À ce titre, il a été le doyen de la chambre haute de la République italienne et a présidé la séance inaugurale du Sénat en mars 2018. En revanche, en octobre 2022, il n'a pas présidé cette séance inaugurale pour raison de santé.

    Lorsque Giorgio Napolitano est mort, le 22 septembre 2023, Sergio Mattarella était le Président de la République (il l'est encore à ce jour et détient le record de longévité avec plus de dix ans d'exercice) et Giorgia Meloni était la Présidente du Conseil (elle l'est encore). En revanche, le pape était le pape François qui n'est plus et qui s'est recueilli devant la dépouille de Giorgio Napolitano, ce qui était un fait exceptionnel pour un pape (première fois qu'un pape s'est recueilli devant le cercueil d'un ancien chef d'État ou de gouvernement). Le pape n'était pas rancunier car Giorgio Napolitano avait précisé qu'il ne souhaitait pas de cérémonie religieuse pour son enterrement. Il fut exaucé le 26 septembre 2023 à Rome, en présence notamment du Président français Emmanuel Macron et du Président allemand Frank-Walter Steinmeier, ainsi que l'ancien Président portugais Anibal Cavaco Silva et l'ancien Président français François Hollande.


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    Sylvain Rakotoarison (28 juin 2025)
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    Pour aller plus loin :
    Giorgio Napolitano.
    Carlo Ciampi.
    Sergio Mattarella.
    Oscar Luigi Scalfaro.
    Matteo Renzi.

    Italo Calvino.
    Valeria Bruni Tedeschi.
    Marcello Mastroianni.
    Sophia Loren.
    Maurizio Pollini.

    Silvio Berlusconi.
    L'Ocean Viking et la défense de la patrie.
    Carla Bruni.
    Il y a un siècle, l'arrivée au pouvoir de Mussolini.
    Giorgia Meloni.
    Majorité absolue confortable pour Giorgia Meloni en Italie.
    L'Italie face à son destin en 2022.
    Kiev le 16 juin 2022 : une journée d’unité européenne historique !
    David Sassoli.
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    Giuseppe Conte.
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    Élections législatives italiennes du 4 mars 2018.
    Carlo Ciampi.
    Ennio Morricone.
    Emilio Colombo.


     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250629-giorgio-napolitano.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/giorgio-napolitano-un-devoir-de-260871

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/06/29/article-sr-20250629-giorgio-napolitano.html


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  • Congrès du PS : Saloperies antisémites

    « La politique commence par des valeurs, une exigence première. » (Jérôme Guedj, le 16 juin 2025 sur BFMTV).



     

     
     


    Dans un autre monde, ou plutôt, dans le monde d'avant, avant-populisme, avant-complotisme, avant-extrémisme, j'aurais trouvé le député PS de Massy Jérôme Guedj (53 ans) comme un adversaire politique redoutable, parce qu'il a du talent et qu'il est de l'aile gauche du PS et, donc, parce qu'il n'a pas les mêmes options politiques que moi. Mais il se trouve que, sans trahir ses convictions qui ne sont pas du tout les miennes, il a montré un vrai courage politique à s'attaquer à un extrémisme, celui du populiste de gauche qu'est Jean-Luc Mélenchon.

    Et il faut savoir mesurer ce courage, car il n'est pas seulement un courage politique, intellectuel, celui des idées, mais aussi un courage personnel, psychologique, car Jean-Luc Mélenchon, longtemps sénateur socialiste de l'Essonne (de 1986 à 2009) et numéro deux du conseil général de l'Essonne, a été le mentor politique du jeune Jérôme Guedj implanté dans la même ville, le même département que lui. Jérôme Guedj a été lui-même numéro deux du conseil général de l'Essonne de 2008 à 2011 puis son président de 2011 à 2015. Jérôme Guedj, énarque de la même promotion que Laurent Solly, Emmanuel Moulin, Sophie Boissard et Frédéric Mion, a même commencé en politique comme attaché parlementaire de Jean-Luc Mélenchon.

    Mais parfois, les idées doivent secouer les amitiés. Jérôme Guedj fait partie de cette gauche laïque, celle qui ne transige pas avec les valeurs républicaines, celle de la laïcité notamment mais plus généralement, il ne transige pas avec l'esprit de responsabilité. Un parlementaire doit tout faire pour réduire les fractures sociales, doit tout faire pour renforcer l'unité d'une nation à la cohésion très fragile, traversée par des clivages plus qu'idéologiques. Il ne doit donc pas mettre de l'huile sur le feu pour accroître les divisions dans une société.

    Son mentor a divergé vers une autre planète, vers un islamo-gauchisme qui dit clairement, cyniquement, son objectif, récupérer les voix d'une certaine catégorie de la population française pour atteindre le Graal politique, à savoir le second tour de la prochaine élection présidentielle, après trois échecs massifs (et pourtant clairs) en 2012, 2017 et 2022.

    Ainsi, Jérôme Guedj, au contraire de la plupart de ses camarades socialistes mollassons, a refusé l'investiture de la nouvelle farce populaire (NFP) dans sa sixième circonscription de l'Essonne (Massy, Palaiseau, Igny,Chilly-Mazarin) lors de la campagne des élections législatives de l'été dernier, parce qu'il ne voulait pas être élu avec l'aide des insoumis dont il rejette tout. Il a même bénéficié de l'absence d'un candidat Renaissance alors que c'était en 2017 la circonscription de l'actuelle ministre Amélie de Montchalin. Et FI lui a placé une candidate à sa gauche qui a fait 25,3% au premier tour mais qui s'est désistée en sa faveur au second tour pour le conforter dans son duel face au RN.

    Pourquoi est-ce que j'évoque Jérôme Guedj ? C'est parce qu'il est "la" figure, la seule figure qui s'est dégagée du très piteux congrès du parti socialiste du 13 au 15 juin 2025 à Nancy. La SFIO avait déjà organisé deux de ses congrès à Nancy, en 1907 et en 1929, et c'est bien l'image d'un PS proche de la SFIO, aussi archaïque que la SFIO, avec un chef aussi mou que Guy Mollet, qui s'est dégagée durant ces quelques heures de meetings. Je m'en réjouis, cela évitera de marquer d'un congrès socialiste la belle ville de Nancy !

     

     
     


    À Nancy, il n'y avait plus aucune incertitude sur la reconduction de premier secrétaire sortant, Olivier Faure, qui est dans cette fonction depuis le 7 avril 2018 et qui devrait y rester jusqu'en 2027 au moins. À ce titre, en termes de longévité, il égalise avec les trois chefs historiques du PS depuis 1969, j'oserais dire les trois seuls chefs historiques du PS, à savoir François Mitterrand (du 16 juin 1971 au 24 janvier 1981), Lionel Jospin (du 24 janvier 1981 au 14 mai 1988 et du 14 octobre 1995 au 2 juin 1997) et François Hollande (du 27 novembre 1997 au 26 novembre 2008). Il faut insister sur le fait que ces trois personnalités sont les seules personnalités socialistes à avoir obtenu, seules, le pouvoir exécutif par leur propre mérite, soit comme Président de la République élu par les Français, soit comme Premier Ministre de cohabitation soutenu par une majorité parlementaire. Je pense qu'Olivier Faure ne devrait pas suivre le chemin de ses trois prédécesseurs, puisque le PS ne vaut plus que 1,7% à la bourse de l'élection présidentielle... et ce congrès de Nancy a confirmé qu'aucune impulsion n'a été donnée à ce parti moribond pour qu'il décolle de ce niveau vaseux.

    C'est la raison pour laquelle, au printemps 2025, Jérôme Guedj, pourtant de l'aile gauche, a rejoint l'aile droite menée par Nicolas Mayer-Rossignol, le maire de Rouen, qui souhaite rompre définitivement avec Jean-Luc Mélenchon, France insoumise et leur islamo-gauchisme flirtant avec l'antisémitisme le plus cynique.


    Mais avant de parler de ce congrès (ce qui relève de l'exploit, le vide n'attirant que l'indifférence et l'inconsistance), rappelons les résultats des votes des adhérents préalablement à ce congrès.

    Le 27 mai 2025, trois candidats : Olivier Faure a recueilli 10 299 voix, soit 42,0%, Nicolas Mayer-Rossignol 9 897 voix, soit 40,4%, et Boris Vallaud 4 313 voix, soit 17,6% Il faut souligner le faible nombre des adhérents inscrits, 39 829, et la faible participation, seulement 24 547, soit 61,6% (plus d'un tiers des adhérents ne se sentait pas concerné !). Il n'y aurait eu que 38 votes blancs ou nuls.

    Le 5 juin 2025, le second tour pour départager Olivier Faure et Nicolas Mayer-Rossignol. C'est le premier qui a gagné, mais de manière très serrée malgré le soutien de Boris Vallaud, avec 12 689 voix, soit 51,1%, battant le second avec 12 120 voix, soit 48,9%, avec une participation à peine plus forte, 25 164, sot 63,2% des inscrits. En outre, il y a eu 355 votes blancs ou nuls.

     

     
     


    Ce congrès du PS n'a apporté aucune idée nouvelle, rien que des discussions d'ordre tactique et politicien sur les relations entre le PS et FI. En gros, l'enjeu était : faut-il tenter de gagner en mettant les valeurs de côté ou perdre avec ses valeurs ? Olivier Faure, qui a besoin des insoumis dans sa circonscription seine-et-marnaise, ne peut pas se séparer trop fermement de FI, si bien que la ligne politique adoptée est l'autonomie avec FI mais accord ponctuel avec ces populistes de gauche.

    Jérôme Guedj a dénoncé les ambiguïtés mortifères pour le PS d'Olivier Faure qui expliquait le 12 juin 2025 dans "Libération" qu'il n'y aurait pas d'accord national avec FI mais en complétant aussitôt le contraire : « Je ne confonds pas les échéances : à l'échelle d'une commune, un adjoint à l'urbanisme qui vient de LFI, où est le problème ? C'est déjà le cas. ».

    Quelqu'un a-t-il entendu le discours de clôture du congrès d'Olivier Faure le 15 juin 2025 ? Non ? Ça ne m'étonne pas, puisque ça ne sert à rien. Aucune nouvelle idée, ai-je écrit. Mais pourtant, il est ressorti un seul discours de ce congrès de Nancy, c'est celui prononcé par Jérôme Guedj le 14 juin 2025, la veille (comme ce n'est pas une guest star, il n'a eu le droit qu'à une parole subalterne). Pourtant, c'est bien son discours qui est resté dans les mémoires et qui va sans doute y rester pour longtemps.

    Pour résumer, Jérôme Guedj, qui s'était fait traiter de "sioniste génocidaire" par des élus insoumis il y a quelques semaines, a riposté en disant que leur gourou était un (je cite) "salopard antisémite". Comme pour se faire une idée, il vaut mieux avoir cette expression dans son contexte, voici la phrase complète, prononcée par un vrai tribun (il a été à bonne école) :
     

     
     


    « Quand je dis à Jean-Luc Mélenchon qu'il n'est pas possible et souhaitable de défendre la revendication de la Palestine de la mer à la rivière, je défends la position historique des socialistes, notamment celle de François Mitterrand à la Knesset en 1982, qui est celle de la solution à deux États, de la sécurité d'Israël et de la reconnaissance de l'État palestinien. Et qu'à ce moment-là, à ce moment-là, je deviens le "sioniste génocidaire" pour Jean-Luc Mélenchon et les siens, et que j'ai une meurtrissure terrible à dire devant ce congrès que pour la première fois de ma vie, j'ai dû dire de l'homme que j'ai aimé profondément, qu'il est devenu un "salopard antisémite", avec des propos qui sont pour nous absolument insupportables. Alors, nous devons avoir cette nuance. Nous devons la revendiquer. Sur la laïcité (…), sur la République sociale, sur l'ensemble des territoires perdus de la République... Et de là où je suis, je termine par là, je suis un fervent défenseur du rassemblement de la gauche et des écologistes, mais je nous adjure collectivement : ne vendons pas notre âme aujourd'hui au nom de ces huées fanatiques. Il n'est plus possible d'avoir le moindre point de contact avec ceux qui, aujourd'hui, abîment la gauche, l'universalisme, la République et la laïcité. ».

    Quels sont ces "propos absolument insupportables" ?


    Jérôme Guedj a rappelé qu'il était régulièrement l'objet d'attaques antisémites de la part des insoumis, en particulier de leur gourou en chef, par des allusions nauséabondes, comme cette phrase piochée dans son blog : « On voit clairement une honte émerger de ces couinements. L’ambiguïté du propos est un signe dans son milieu de fanatisme. L’intéressant est de le voir s’agiter autour du piquet où le retient la laisse de ses adhésions. ». La réaction du député de l'Essonne à la lecture de cette note : « J’ai vu là, pour la première fois, l’expression délibérée d’un propos antisémite. ».

    L'adversaire d'Olivier Faure, Nicolas Mayer-Rossignol, était sur la même ligne en expliquant, le même jour, qu'il n'était pas possible d'avoir une alliance tant sur le plan national que localement : « Que préférons-nous ? Perdre des élections ou perdre nos âmes ? ».
     

     
     


    Deux jours plus tard, le 16 juin 2025 au micro de BFMTV, Jérôme Guedj, sans présenter d'excuse publiquement (alors qu'elles ont été exigées par Manuel Bompard, coordinateur de FI), a dit regretter d'avoir employé le terme "salopard" qui n'était pas « conforme à la conception que j'ai du débat politique » en ajoutant que le terme « n'était pas utile, "antisémite" suffisait ». Le divorce entre Jérôme Guedj et Jean-Luc Mélenchon date du 7 octobre 2023 et du refus des insoumis de qualifier le Hamas d'organisation terroriste. Jérôme Guedj a expliqué que le mot était « venu comme ça, (…) dans cette nécessité de secouer [le congrès], là où je voyais poindre une forme d’inertie, parce que le cœur du débat était de savoir si on pouvait continuer à avoir des relations avec la France insoumise ».

    Jérôme Guedj n'a pas mâché ses mots non plus pour qualifier l'attitude lâche d'Olivier Faure. Il a regretté le « flottement », le « flou permanent » du premier secrétaire du PS sur l'antisémitisme des insoumis, et il a trouvé franchement « minable » sa réaction dans la matinale de France 2 le 16 juin 2025, ajoutant : « Ce n’est pas un problème personnel que j’ai avec Jean-Luc Mélenchon, c’est un problème qui devrait concerner toute la gauche. ». Jérôme Guedj a été applaudi à Nancy, mais qui sortira publiquement de cette lâche facilité de laisser faire Olivier Faure dans sa complice alliance ?


    L'éditorialiste Patrick Cohen ponctuait sévèrement sa chronique du 16 juin 2025 sur France Inter : « Alors un congrès pour rien ? Rien de neuf sur le fond. Ni sur la stratégie présidentielle, toujours aussi floue. Et confirmation qu’il y a deux PS, pas irréconciliables, mais de plus en plus divergents. La gauche non-mélenchoniste qui ne sait pas où elle habite, n’ira pas toquer au parti socialiste. ». Il faut le dire comme c'est : cela fait longtemps que la gauche non-mélenchoniste a rejoint le Président Emmanuel Macron.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (17 juin 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Congrès du PS : Saloperies antisémites.
    Jérôme Guedj.
    Congrès du PS : "l'homme le plus riche du cimetière".
    Congrès du PS : Olivier Faure est-il en difficulté ?
    Congrès du PS : le choc de complexité !
    Robert Badinter.
    Congrès du PS à Rennes : l'explosion de la Mitterrandie.
    La préparation du congrès de Rennes (27 janvier 1990).
    Histoire du PS.
    Manuel Valls.
    Martine Aubry.
    Hubert Védrine.
    Julien Dray.
    Comment peut-on encore être socialiste au XXIsiècle ?
    François Bayrou et la motion de censure de congrès du PS.
    Lionel Jospin.
    Claude Allègre.
    François Mitterrand.
    Jacques Delors.
    Mazarine Pingeot.
    Richard Ferrand.
    Didier Guillaume.

    Pierre Joxe.
    André Chandernagor.
    Didier Migaud.
    Pierre Moscovici.

    La bataille de l'école libre en 1984.
    Bernard Kouchner.
    Hubert Curien.
    Alain Bombard.
    Danielle Mitterrand.
    Olivier Faure.
    Lucie Castets.

    Bernard Cazeneuve
    Gabriel Attal.
    Élisabeth Borne.
    Agnès Pannier-Runacher.
    Sacha Houlié.
    Louis Mermaz.
    L'élection du croque-mort.
    La mort du parti socialiste ?
    Le fiasco de la candidate socialiste.
    Le socialisme à Dunkerque.
    Le PS à la Cour des Comptes.







    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250615-congres-ps.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/congres-du-ps-saloperies-261568

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/06/15/article-sr-20250615-congres-ps.html


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  • Jérôme Guedj vole la vedette à Olivier Faure au congrès du PS

    « La politique commence par des valeurs, une exigence première. » (Jérôme Guedj, le 16 juin 2025 sur BFMTV).



     

     
     


    Dans un autre monde, ou plutôt, dans le monde d'avant, avant-populisme, avant-complotisme, avant-extrémisme, j'aurais trouvé le député PS de Massy Jérôme Guedj (53 ans) comme un adversaire politique redoutable, parce qu'il a du talent et qu'il est de l'aile gauche du PS et, donc, parce qu'il n'a pas les mêmes options politiques que moi. Mais il se trouve que, sans trahir ses convictions qui ne sont pas du tout les miennes, il a montré un vrai courage politique à s'attaquer à un extrémisme, celui du populiste de gauche qu'est Jean-Luc Mélenchon.

    Et il faut savoir mesurer ce courage, car il n'est pas seulement un courage politique, intellectuel, celui des idées, mais aussi un courage personnel, psychologique, car Jean-Luc Mélenchon, longtemps sénateur socialiste de l'Essonne (de 1986 à 2009) et numéro deux du conseil général de l'Essonne, a été le mentor politique du jeune Jérôme Guedj implanté dans la même ville, le même département que lui. Jérôme Guedj a été lui-même numéro deux du conseil général de l'Essonne de 2008 à 2011 puis son président de 2011 à 2015. Jérôme Guedj, énarque de la même promotion que Laurent Solly, Emmanuel Moulin, Sophie Boissard et Frédéric Mion, a même commencé en politique comme attaché parlementaire de Jean-Luc Mélenchon.

    Mais parfois, les idées doivent secouer les amitiés. Jérôme Guedj fait partie de cette gauche laïque, celle qui ne transige pas avec les valeurs républicaines, celle de la laïcité notamment mais plus généralement, il ne transige pas avec l'esprit de responsabilité. Un parlementaire doit tout faire pour réduire les fractures sociales, doit tout faire pour renforcer l'unité d'une nation à la cohésion très fragile, traversée par des clivages plus qu'idéologiques. Il ne doit donc pas mettre de l'huile sur le feu pour accroître les divisions dans une société.

    Son mentor a divergé vers une autre planète, vers un islamo-gauchisme qui dit clairement, cyniquement, son objectif, récupérer les voix d'une certaine catégorie de la population française pour atteindre le Graal politique, à savoir le second tour de la prochaine élection présidentielle, après trois échecs massifs (et pourtant clairs) en 2012, 2017 et 2022.

    Ainsi, Jérôme Guedj, au contraire de la plupart de ses camarades socialistes mollassons, a refusé l'investiture de la nouvelle farce populaire (NFP) dans sa sixième circonscription de l'Essonne (Massy, Palaiseau, Igny,Chilly-Mazarin) lors de la campagne des élections législatives de l'été dernier, parce qu'il ne voulait pas être élu avec l'aide des insoumis dont il rejette tout. Il a même bénéficié de l'absence d'un candidat Renaissance alors que c'était en 2017 la circonscription de l'actuelle ministre Amélie de Montchalin. Et FI lui a placé une candidate à sa gauche qui a fait 25,3% au premier tour mais qui s'est désistée en sa faveur au second tour pour le conforter dans son duel face au RN.

    Pourquoi est-ce que j'évoque Jérôme Guedj ? C'est parce qu'il est "la" figure, la seule figure qui s'est dégagée du très piteux congrès du parti socialiste du 13 au 15 juin 2025 à Nancy. La SFIO avait déjà organisé deux de ses congrès à Nancy, en 1907 et en 1929, et c'est bien l'image d'un PS proche de la SFIO, aussi archaïque que la SFIO, avec un chef aussi mou que Guy Mollet, qui s'est dégagée durant ces quelques heures de meetings. Je m'en réjouis, cela évitera de marquer d'un congrès socialiste la belle ville de Nancy !

     
     


    À Nancy, il n'y avait plus aucune incertitude sur la reconduction de premier secrétaire sortant, Olivier Faure, qui est dans cette fonction depuis le 7 avril 2018 et qui devrait y rester jusqu'en 2027 au moins. À ce titre, en termes de longévité, il égalise avec les trois chefs historiques du PS depuis 1969, j'oserais dire les trois seuls chefs historiques du PS, à savoir François Mitterrand (du 16 juin 1971 au 24 janvier 1981), Lionel Jospin (du 24 janvier 1981 au 14 mai 1988 et du 14 octobre 1995 au 2 juin 1997) et François Hollande (du 27 novembre 1997 au 26 novembre 2008). Il faut insister sur le fait que ces trois personnalités sont les seules personnalités socialistes à avoir obtenu, seules, le pouvoir exécutif par leur propre mérite, soit comme Président de la République élu par les Français, soit comme Premier Ministre de cohabitation soutenu par une majorité parlementaire. Je pense qu'Olivier Faure ne devrait pas suivre le chemin de ses trois prédécesseurs, puisque le PS ne vaut plus que 1,7% à la bourse de l'élection présidentielle... et ce congrès de Nancy a confirmé qu'aucune impulsion n'a été donnée à ce parti moribond pour qu'il décolle de ce niveau vaseux.

    C'est la raison pour laquelle, au printemps 2025, Jérôme Guedj, pourtant de l'aile gauche, a rejoint l'aile droite menée par Nicolas Mayer-Rossignol, le maire de Rouen, qui souhaite rompre définitivement avec Jean-Luc Mélenchon, France insoumise et leur islamo-gauchisme flirtant avec l'antisémitisme le plus cynique.


    Mais avant de parler de ce congrès (ce qui relève de l'exploit, le vide n'attirant que l'indifférence et l'inconsistance), rappelons les résultats des votes des adhérents préalablement à ce congrès.

    Le 27 mai 2025, trois candidats : Olivier Faure a recueilli 10 299 voix, soit 42,0%, Nicolas Mayer-Rossignol 9 897 voix, soit 40,4%, et Boris Vallaud 4 313 voix, soit 17,6% Il faut souligner le faible nombre des adhérents inscrits, 39 829, et la faible participation, seulement 24 547, soit 61,6% (plus d'un tiers des adhérents ne se sentait pas concerné !). Il n'y aurait eu que 38 votes blancs ou nuls.

    Le 5 juin 2025, le second tour pour départager Olivier Faure et Nicolas Mayer-Rossignol. C'est le premier qui a gagné, mais de manière très serrée malgré le soutien de Boris Vallaud, avec 12 689 voix, soit 51,1%, battant le second avec 12 120 voix, soit 48,9%, avec une participation à peine plus forte, 25 164, sot 63,2% des inscrits. En outre, il y a eu 355 votes blancs ou nuls.

     

     
     


    Ce congrès du PS n'a apporté aucune idée nouvelle, rien que des discussions d'ordre tactique et politicien sur les relations entre le PS et FI. En gros, l'enjeu était : faut-il tenter de gagner en mettant les valeurs de côté ou perdre avec ses valeurs ? Olivier Faure, qui a besoin des insoumis dans sa circonscription seine-et-marnaise, ne peut pas se séparer trop fermement de FI, si bien que la ligne politique adoptée est l'autonomie avec FI mais accord ponctuel avec ces populistes de gauche.

    Jérôme Guedj a dénoncé les ambiguïtés mortifères pour le PS d'Olivier Faure qui expliquait le 12 juin 2025 dans "Libération" qu'il n'y aurait pas d'accord national avec FI mais en complétant aussitôt le contraire : « Je ne confonds pas les échéances : à l'échelle d'une commune, un adjoint à l'urbanisme qui vient de LFI, où est le problème ? C'est déjà le cas. ».

    Quelqu'un a-t-il entendu le discours de clôture du congrès d'Olivier Faure le 15 juin 2025 ? Non ? Ça ne m'étonne pas, puisque ça ne sert à rien. Aucune nouvelle idée, ai-je écrit. Mais pourtant, il est ressorti un seul discours de ce congrès de Nancy, c'est celui prononcé par Jérôme Guedj le 14 juin 2025, la veille (comme ce n'est pas une guest star, il n'a eu le droit qu'à une parole subalterne). Pourtant, c'est bien son discours qui est resté dans les mémoires et qui va sans doute y rester pour longtemps.

    Pour résumer, Jérôme Guedj, qui s'était fait traiter de "sioniste génocidaire" par des élus insoumis il y a quelques semaines, a riposté en disant que leur gourou était un (je cite) "salopard antisémite". Comme pour se faire une idée, il vaut mieux avoir cette expression dans son contexte, voici la phrase complète, prononcée par un vrai tribun (il a été à bonne école) :
     

     
     


    « Quand je dis à Jean-Luc Mélenchon qu'il n'est pas possible et souhaitable de défendre la revendication de la Palestine de la mer à la rivière, je défends la position historique des socialistes, notamment celle de François Mitterrand à la Knesset en 1982, qui est celle de la solution à deux États, de la sécurité d'Israël et de la reconnaissance de l'État palestinien. Et qu'à ce moment-là, à ce moment-là, je deviens le "sioniste génocidaire" pour Jean-Luc Mélenchon et les siens, et que j'ai une meurtrissure terrible à dire devant ce congrès que pour la première fois de ma vie, j'ai dû dire de l'homme que j'ai aimé profondément, qu'il est devenu un "salopard antisémite", avec des propos qui sont pour nous absolument insupportables. Alors, nous devons avoir cette nuance. Nous devons la revendiquer. Sur la laïcité (…), sur la République sociale, sur l'ensemble des territoires perdus de la République... Et de là où je suis, je termine par là, je suis un fervent défenseur du rassemblement de la gauche et des écologistes, mais je nous adjure collectivement : ne vendons pas notre âme aujourd'hui au nom de ces huées fanatiques. Il n'est plus possible d'avoir le moindre point de contact avec ceux qui, aujourd'hui, abîment la gauche, l'universalisme, la République et la laïcité. ».

    Quels sont ces "propos absolument insupportables" ?


    Jérôme Guedj a rappelé qu'il était régulièrement l'objet d'attaques antisémites de la part des insoumis, en particulier de leur gourou en chef, par des allusions nauséabondes, comme cette phrase piochée dans son blog : « On voit clairement une honte émerger de ces couinements. L’ambiguïté du propos est un signe dans son milieu de fanatisme. L’intéressant est de le voir s’agiter autour du piquet où le retient la laisse de ses adhésions. ». La réaction du député de l'Essonne à la lecture de cette note : « J’ai vu là, pour la première fois, l’expression délibérée d’un propos antisémite. ».

    L'adversaire d'Olivier Faure, Nicolas Mayer-Rossignol, était sur la même ligne en expliquant, le même jour, qu'il n'était pas possible d'avoir une alliance tant sur le plan national que localement : « Que préférons-nous ? Perdre des élections ou perdre nos âmes ? ».

     
     


    Deux jours plus tard, le 16 juin 2025 au micro de BFMTV, Jérôme Guedj, sans présenter d'excuse publiquement (alors qu'elles ont été exigées par Manuel Bompard, coordinateur de FI), a dit regretter d'avoir employé le terme "salopard" qui n'était pas « conforme à la conception que j'ai du débat politique » en ajoutant que le terme « n'était pas utile, "antisémite" suffisait ». Le divorce entre Jérôme Guedj et Jean-Luc Mélenchon date du 7 octobre 2023 et du refus des insoumis de qualifier le Hamas d'organisation terroriste. Jérôme Guedj a expliqué que le mot était « venu comme ça, (…) dans cette nécessité de secouer [le congrès], là où je voyais poindre une forme d’inertie, parce que le cœur du débat était de savoir si on pouvait continuer à avoir des relations avec la France insoumise ».

    Jérôme Guedj n'a pas mâché ses mots non plus pour qualifier l'attitude lâche d'Olivier Faure. Il a regretté le « flottement », le « flou permanent » du premier secrétaire du PS sur l'antisémitisme des insoumis, et il a trouvé franchement « minable » sa réaction dans la matinale de France 2 le 16 juin 2025, ajoutant : « Ce n’est pas un problème personnel que j’ai avec Jean-Luc Mélenchon, c’est un problème qui devrait concerner toute la gauche. ». Jérôme Guedj a été applaudi à Nancy, mais qui sortira publiquement de cette lâche facilité de laisser faire Olivier Faure dans sa complice alliance ?


    L'éditorialiste Patrick Cohen ponctuait sévèrement sa chronique du 16 juin 2025 sur France Inter : « Alors un congrès pour rien ? Rien de neuf sur le fond. Ni sur la stratégie présidentielle, toujours aussi floue. Et confirmation qu’il y a deux PS, pas irréconciliables, mais de plus en plus divergents. La gauche non-mélenchoniste qui ne sait pas où elle habite, n’ira pas toquer au parti socialiste. ». Il faut le dire comme c'est : cela fait longtemps que la gauche non-mélenchoniste a rejoint le Président Emmanuel Macron.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (17 juin 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Congrès du PS : Saloperies antisémites.
    Jérôme Guedj.
    Congrès du PS : "l'homme le plus riche du cimetière".
    Congrès du PS : Olivier Faure est-il en difficulté ?
    Congrès du PS : le choc de complexité !
    Robert Badinter.
    Congrès du PS à Rennes : l'explosion de la Mitterrandie.
    La préparation du congrès de Rennes (27 janvier 1990).
    Histoire du PS.
    Manuel Valls.
    Martine Aubry.
    Hubert Védrine.
    Julien Dray.
    Comment peut-on encore être socialiste au XXIsiècle ?
    François Bayrou et la motion de censure de congrès du PS.
    Lionel Jospin.
    Claude Allègre.
    François Mitterrand.
    Jacques Delors.
    Mazarine Pingeot.
    Richard Ferrand.
    Didier Guillaume.

    Pierre Joxe.
    André Chandernagor.
    Didier Migaud.
    Pierre Moscovici.

    La bataille de l'école libre en 1984.
    Bernard Kouchner.
    Hubert Curien.
    Alain Bombard.
    Danielle Mitterrand.
    Olivier Faure.
    Lucie Castets.

    Bernard Cazeneuve
    Gabriel Attal.
    Élisabeth Borne.
    Agnès Pannier-Runacher.
    Sacha Houlié.
    Louis Mermaz.
    L'élection du croque-mort.
    La mort du parti socialiste ?
    Le fiasco de la candidate socialiste.
    Le socialisme à Dunkerque.
    Le PS à la Cour des Comptes.








    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250614-jerome-guedj.html

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/06/18/article-sr-20250614-jerome-guedj.html





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  • Aung San Suu Kyi : Libérez-nous de la peur !

    « Ce n’est pas le pouvoir qui corrompt, mais la peur : la peur de perdre le pouvoir pour ceux qui l’exercent, et la peur des matraques pour ceux que le pouvoir opprime… » (Aung San Suu Kyi, 1991).


     

     
     



    Il y a eu un pape qui, une fois élu, a proclamé aux habitants de la Terre : « N'ayez pas peur ! ». C'était Jean-Paul II. Elle, inspirée par Gandhi, elle a proclamé à ses compatriotes birmans : « Libérez-nous de la peur ! ». Elle, c'est Aung San Suu Kyi, "dissidente" birmane qui a atteint, ce jeudi 19 juin 2025, son 80e anniversaire. Elle fait partie des femmes remarquables du monde contemporain, admirable par son courage, sa persévérance, sa cohérence. Elle est en quelque sorte la Nelson Mandela de l'Asie. Elle fait partie de mon Panthéon des femmes politiques.

    Un combat audacieux contre la peur : « Dans sa forme la plus insidieuse, la peur prend le masque du bon sens, voire de la sagesse, en condamnant comme insensés, imprudents, inefficaces ou inutiles les petits gestes quotidiens de courage qui aident à préserver respect de soi et dignité humaine. (…) Dans un système qui dénie l’existence des droits humains fondamentaux, la peur tend à faire partie de l’ordre des choses. Mais aucune machinerie d’État, fût-elle la plus écrasante, ne peut empêcher le courage de ressurgir encore et toujours, car la peur n’est pas l’élément naturel de l’homme civilisé. ».

    À la tête, depuis le 27 septembre 1988, de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), un parti d'opposition, Aung San Suu Kyi a toujours combattu la dictature militaire établie dans son pays depuis des décennies. Son combat politique non-violent a été reconnu par le prestigieux Prix Nobel de la Paix en octobre 1991, mais aussi par une quinzaine d'autres distinctions internationales, comme le Prix Sakharov en 1990 (attribué par le Parlement Européen), la Médaille présidentielle de la Liberté en 2000, le prix le plus important des États-Unis, etc.

    Elle savait de qui tenir. Son père était le général Bogyoke Aung San qui a été un acteur majeur de l'indépendance de la Birmanie, nommé Premier Ministre de la Birmanie britannique le 28 septembre 1946 et assassiné le 19 juillet 1947 à Rangoon, à l'âge de 32 ans, quand sa fille a eu 2 ans. Sa mère était Khin Kyi qui s'est engagée dans la vie politique birmane après la mort de son mari, elle fut députée, la première femme ministre en Birmanie en 1953 et sa première ambassadrice. Celle-ci est morte d'un AVC le 28 décembre 1988 et son enterrement cinq jours plus tard fut une manifestation de l'opposition, 200 000 personnes, contre la junte militaire au pouvoir.
     

     
     


    C'est peu avant la mort de sa mère, alors qu'elle est revenue en Birmanie pour s'occuper d'elle (elle habitait au Royaume-Uni auparavant avec sa famille), qu'Aung San Suu Kyi a cofondé la LND pour s'opposer pacifiquement à la dictature militaire installée depuis le 2 mars 1962. Une nouvelle junte militaire a pris le pouvoir en 18 septembre 1988 pour réprimer très violemment les manifestations des militants démocrates dans le pays. Lors des élections législatives du 27 mai 1990, les premières élections depuis 1960 qui furent pluralistes, organisées sous la pression populaire, la LND les a très largement gagné avec 52,5% des voix pour 72,6% de participation, lui assurant l'élection de 392 sièges sur les 492 au total. Mais la junte militaire a annulé ces élections et imposé la dictature d'un Conseil d'État pour la restauration de la Loi et de l'Ordre de 1990 à 2011.

    De juillet 1989 à juillet 1995, de septembre 2000 à mai 2002 et de mai 2003 à novembre 2010, Aung San Suu Kyi a été arrêtée, enfermée ou placée en résidence surveillée. Elle a été empêchée de voir ses enfants résidant en Grande-Bretagne ainsi que son mari ethnologue qui est mort d'un cancer en mars 1999. Elle n'a pas assisté à l'enterrement de son mari de peur de ne plus pouvoir rentrer en Birmanie. Le 30 mai 2003, elle a failli être assassinée par la junte dans un attentat qui a tué plusieurs de ses compagnons politiques. Pendant cette vingtaine d'années d'opposition, elle a eu le soutien très fort de ce qu'on appelle la communauté internationale.

    Une nouvelle Constitution adoptée le 29 mai 2008 après le référendum du 10 mai 2008 (malgré le rejet de l'opposition) est entrée en vigueur le 31 janvier 2011 et consacre une transition démocratique. Libérée le 13 novembre 2010, Aung San Suu Kyi a été élue députée lors d'élections partielles le 1er avril 2012 et les élections législatives générales du 8 novembre 2015 lui ont apporté une large victoire de 255 sièges sur 440, avec 57,1% des voix. Elle pouvait enfin gouverner.

    Aung San Suu Kyi a voulu se présenter à l'élection présidentielle du 15 mars 2016 (la junte militaire laissait le pouvoir sous quelques conditions, en particulier de garder trois ministères régaliens, la défense, l'intérieur et les frontières). Mais la Constitution du 29 mai 2008 a prévu une clause spéciale contre la Prix Nobel de la Paix en écartant des fonctions politiques les personnes mariées à des étrangers ou qui sont parents d'enfants étrangers, ce qui est le cas d'Aung San Suu Kyi. Elle n'a pas réussi, malgré une confortable majorité, à réviser la Constitution. Ainsi, ce fut son proche Htin Kyaw qui a été élu par 360 voix sur 652 parlementaires et est devenu Président de la République du 30 mars 2016 au 21 mars 2018.
     

     
     


    Ne pouvant être nommée Première Ministre en raison de la clause constitutionnelle déjà évoquée, Aung San Suu Kyi a obtenu un titre spécial, "Conseillère spéciale de l'État" qui correspond en fait au poste de chef du gouvernement, du 6 avril 2016 au 1er février 2021. Elle a cumulé cette responsabilité avec le poste de Ministre des Affaires étrangères et de Ministre de la Présidence.

    Pendant ces près de cinq années, Aung San Suu Kyi a ouvert son pays à l'économie de marché, mais elle a dû faire des compromis en raison de l'armée encore très puissante constitutionnellement. Elle a fait redémarrer économiquement la Birmanie avec une croissance annuelle de 7% de 2016 à 2020, bénéficiant de la levée des sanctions financières internationales.

    C'est sur le génocide des Rohingya, minorité musulmane du pays comptant 1 million de personnes, que la gestion d'Aung San Suu Kyi a été contestée sur le plan international. En effet, la Prix Nobel de la Paix est restée très passive devant la persécution et les massacres commis à partir d'octobre 2016 par l'armée et la police birmanes. En janvier 2018, une étude a évalué le massacre à au moins 25 000 Rohingya tués et 18 000 filles Rohingya violées. L'exil et le déplacement de centaines de milliers de personnes ont provoqué une véritable crise humanitaire. Par son silence et sa passivité, Aung San Suu Kyi s'est vue retirer un certain nombre de distinctions internationales qu'elle avait reçues lorsqu'elle était dans l'opposition. Elle a été "blâmée" le 29 décembre 2016 par onze autres Prix Nobel de la Paix dont Desmond Tutu.

    Toutefois, selon Alexandra de Mersan, une anthropologue qui connaît bien la Birmanie , pour "Paris Match" le 8 juin 2017, Aung San Suu Kyi « a tenté de mener une première conférence de réconciliation nationale, invitant les ethnies, les groupes, les organisations pour discuter. Ce que n'ont jamais fait les militaires. Mais pendant ces discussions, les conflits continuaient à faire rage dans ces États. ». Pour l'armée birmane, auteure des exactions, c'était le moyen de démontrer que l'ancienne opposante était incapable de gouverner son pays.

     

     
     


    Ce scandaleux nettoyage ethnique par l'armée n'a pas empêché le parti d'Aung San Suu Kyi de remporter une large victoire aux élections législatives du 8 novembre 2020 avec l'obtention de 258 sièges sur 440 et 68,0% des voix pour 72,0% de participation. Cette victoire était de trop pour l'armée birmane qui a repris l'initiative en faisant un coup d'État le 1er février 2021. Le Président Win Myint, de la LND aussi, a été démis de ses fonctions au profit d'un militaire et Aung San Suu Kyi a été de nouveau arrêtée et elle est encore en prison à l'heure actuelle. Elle a été jugée pour des motifs fallacieux (comme la gestion de la crise du covid-19), avec un premier procès qui l'a condamnée le 6 décembre 2021 à quatre ans de prison (réduits à deux ans), et un second procès le 30 décembre 2022 à trente-trois ans de prison (réduits à vingt-sept ans).

    L'une des raisons de cette reprise en main est que la forte victoire électorale d'Aung San Suu Kyi devait lui permettre de réviser la Constitution et réduire l'influence politique de l'armée, ce qui était inacceptable pour la junte. Citée par Wikipédia, la politologue Sophie Boisseau du Rocher, spécialiste de géopolitique dans l'Asie du Sud-Est, estimait le 18 février 2021 sur France Culture : « L’armée n’a jamais envisagé une vraie transition politique. Elle voulait encadrer le processus pour en tirer parti. Aung San Suu Kyi a réussi à contourner ces contraintes car à l’origine elle n’avait pas de liberté de pouvoir. Elle représente désormais un vrai risque car avec 82% des sièges à l’Assemblée, le nouveau gouvernement pourra faire avancer la réforme constitutionnelle. ». Dans la même émission radiophonique, l'anthropologue François Robinne résumait ainsi : « Il y a eu deux élections récemment en 2015 et 2020. En 2015 le peuple a porté Aung San Suu Kyi au pouvoir. En 2020 c’est un peu différent, le peuple a voté contre le pouvoir militaire. ».

    Un coup d'État de trop ? Toutes les forces vives de Birmanie, en particulier la jeunesse et les professions intellectuelles, se sont opposées à ce retour de la dictature militaire... mais elle subsiste toujours en 2025 et Aung San Suu Kyi est encore en prison.


    En 1991, elle écrivait : « A l'heure où des personnages tout-puissants et sans scrupules peuvent disposer et disposent de fait, grâce aux immenses progrès techniques, d'armes meurtrières contre les faibles et les déshérités, il est urgent de lier plus étroitement la politique à la morale, dans les nations comme à l'échelle internationale. ». Avec ce qui se passe en Ukraine ou en Iran, on peut affirmer que cette réflexion est plus que jamais d'actualité.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (14 juin 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Aung San Suu Kyi.
    Le tsunami de l'océan Indien, 20 ans plus tard.

    Gandhi.


     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250619-aung-san-suu-kyi.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/aung-san-suu-kyi-liberez-nous-de-261247

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/06/18/article-sr-20250619-aung-san-suu-kyi.html

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  • Congrès du PS : "l'homme le plus riche du cimetière"

    « La réponse est donc non. Le PS ne fera pas renaître la social-démocratie. À la place, à sa place, Olivier Faure pourra-t-il insuffler une dynamique, d’impulser un projet autonome ? Redonner ses chances à la gauche ? Il peut aussi se contenter d’être l’homme le plus riche du cimetière… » (Patrick Cohen, le 6 juin 2025 sur France Inter).



     

     
     


    Le chroniqueur de France Inter a trouvé la bonne formule : Patrick Cohen parlait en effet ce vendredi 6 juin 2025 dans la matinale de « l'homme le plus riche du cimetière ». En d'autres termes, Olivier Faure, premier secrétaire du PS sortant, a été reconduit à ce poste lors du vote des adhérents du PS le jeudi 5 juin 2025.

    Selon les résultats "officiels", je mets les guillemets car ne sont pas indiqués, à ma connaissance, les nombres de voix exacts, Olivier Faure a gagné le duel avec 50,9% face à son rival Nicolas Mayer-Rossignol, le maire de Rouen, qui n'a eu que 49,1%. Un score très serré mais pourtant, sans surprise sur son issue dans la mesure où Olivier Faure était le grand favori depuis l'annonce du soutien qu'il a reçu de Boris Vallaud, le troisième larron qui n'a pas été qualifié pour la finale.
     

     
     


    Le vrai résultat de cette élection bidonnée, c'est le nombre de votants au premier tour (je n'ai pas celui du second tour), qui est de l'ordre de 24 000 personnes, soit très loin des près de 100 000 pour LR. S'il fallait un mot pour qualifier ce parti, c'est le mot "moribond" qui viendrait immédiatement à l'esprit. Ce parti est moribond et la poursuite dans la continuité avec Olivier Faure, qui a été le fauteur de la catastrophe industrielle de la dernière élection présidentielle (1,7% !), et aussi de la désertification des fédérations (40 fédérations ont moins de 100 adhérents !), en gros, une perte de 50 000 adhérents depuis 2018, ne peut que lui être fatal. Un article du journal "Le Monde", pourtant assez complaisant avec le PS, propose une description apocalyptique de ce parti.
     

     
     


    Ce qui est donc clair, c'est que, d'une part, il reste très peu d'adhérents du PS actifs (c'est-à-dire qui votent), et d'autre part, ce parti moribond est complètement divisé en deux. Si le camp du maire de Rouen a finalement reconnu sa défaite, au contraire d'il y a deux ans en janvier 2023, il avait toutefois publié un communiqué très polémique dans la nuit du 5 au 6 juin 2025 : « Les résultats provisoires du 2e tour du congrès du PS donnent 50/50. Le parti est divisé, la direction sortante est désavouée, nous appelons à la responsabilité et à l'unité. (…) L'écart à ce stade est plus faible encore qu'au précédent congrès (Marseille), où le résultat n'avait finalement pas été validé. (…) On nous disait loin derrière, distancé. Finalement, alors que Boris Vallaud avait indiqué son choix pour Olivier Faure, nous remontons et faisons jeu égal. C'est un vrai désaveu pour la direction sortante, incapable d'avoir une majorité au premier tour le 27 mai dernier, et qui n'obtient pas de majorité claire au second tour. ».

     

     
     


    Si les mayer-rossignolistes (j'ose le terme) ont raison de parler d'un désaveu de la direction sortante par la faible mobilisation des adhérents, ils oublient aussi qu'eux-mêmes participent à ce désastre politique en renforçant les divisions et petitesses politiciennes qui restent illisibles au commun des électeurs. Du reste, en réaction à la publication du communiqué de ce camp sur Twitter, les internautes étaient sans complaisance et mettaient tout le monde dans le même paquet : « Un parti qui fait 2% aux présidentielles et scindé en 2, 2026 est déjà perdu grâce à des "stratèges" sans idées dans votre genre Olivier Faure, Nicolas Mayer-Rossignol, Boris Vallaud ».
     

     
     


    Du côté des fauristes (j'ose encore), l'audace était de mise. Je sais que la politique, c'est l'art de raconter des choses qui n'existent pas, mais là, ils y vont assez faure, comme j'oserais encore l'écrire !
     

     
     


    Pour faire voter Olivier Faure, les caciques et apparatchiks ont apporté quelques arguments sur un plateau (qui n'est plus d'argent). D'une part, en votant Olivier Faure, on voterait : « pour une gauche unie de Ruffin à Glucksmann », « pour vaincre la haine » (le beau programme politique concret et solide mis en priorité !), « pour poursuivre ensemble le redressement du PS » (encore fallait-il qu'il commençât !), « pour taxer les riches » (ça marche toujours à gauche, un argument qui a mené à la faillite des finances publiques), etc. (je n'insiste pas car le flot est illisible et insipide).
     

     
     


    Mais à côté de cette affiche passe-partout, il y a un argument massue donné par les fauristes : « De plus en plus de Françaises et de Français misent sur lui pour l'avenir ! ». Mais qui sont donc ces mystérieux Françaises et Français ? On pourrait croire qu'Olivier Faure égalerait Marine Le Pen et Édouard Philippe dans les sondages et que la présidentielle de 2027 va se jouer dans un mouchoir de poche. Pas du tout, ils nous montrent le Baromètre du Figaro de juin 2025 sur la cote d'avenir des personnalités politiques et confortent l'idée première par le fait « qu'Olivier Faure signe la plus forte progression à gauche ». En lisant la liste, on s'aperçoit que la cote d'Olivier Faure est derrière Raphaël Glucksmann, Robert Ménard, François Ruffin, Éric Ciotti, Fabien Roussel et est équivalente à celle de Laurent Wauquiez ou de Nicolas Dupont-Aignan. Pas de quoi en tirer gloriole !
     

     
     


    Cela dénote au moins l'idée très nette qu'Olivier Faure a l'intention de se présenter à l'élection présidentielle (le ridicule ne tue pas, sinon, ça se saurait), ce qui entre en contradiction avec sa volonté de rassembler (dans un très petit éventail) de François Ruffin à Raphaël Glucksmann, alors que tous les deux sont aussi de potentiels candidats à l'élection présidentielle.
     

     
     


    Politiquement et stratégiquement, la victoire de la ligne Olivier Faure est clairement celle de l'alliance avec Jean-Luc Mélenchon. D'ailleurs, dès ce vendredi matin, la numéro deux du PS et maire de Nantes, Johanna Rolland expliquait doctement sur Public Sénat que le PS ferait des alliances ponctuelles avec les insoumis.

    C'est donc clair que la direction sortante et reconduite n'a rien compris à la signification d'une alliance avec le parti mélenchoniste qui se veut consciemment islamo-gauchiste, mettant en péril les valeurs de la République et la cohésion d'une société déjà très fragilisée par les divisions idéologiques. Cela montre aussi que cette direction n'a pas compris non plus pourquoi elle a été autant désavouée depuis si longtemps (et qu'elle n'a bénéficié que du vide de leadership).

    Les résultats serrés du choix de la tête du PS sont tels qu'ils sont insignifiants. Patrick Cohen l'a noté avec raison le 6 juin 2025 : « Impossible de parler d’une victoire nette, d’un vote qui indique un cap, une perspective, une clarification dans la remise en mouvement de la gauche non-mélenchoniste. Ou même une aspiration au changement plutôt qu’une volonté de continuité. Si le métier du commentateur est bien de donner du sens aux événements, encore faut-il que les événements aient un minimum de talent… On notera aussi que c’est la troisième fois que le parti socialiste se joue à 50-50. La dernière fois, c'était à Marseille il y a deux ans, avec les deux mêmes duellistes, le même vainqueur Olivier Faure, quasiment le même score, mais davantage de contestation. ».
     

     
     


    Ce n'est évidemment pas l'analyse d'Olivier Faure lui-même quand il a appris sa réélection à 3 heures 35 du matin (nuit du 5 au 6 juin 2025). Très content, voire triomphaliste, il a fait croire qu'il était un nouveau François Mitterrand qui, lui, avait bâti réellement un mouvement entre 1971 et 1981 : « Dès demain, nous poursuivrons le travail commencé en 2018 pour amplifier la dynamique, avec un parti socialiste ancré au cœur de la gauche. Il nous reste tant à construire ensemble pour ouvrir le chemin vers de nouvelles victoires. ». L'expression "vers de nouvelles victoires" fleure bon Ségolène Royal qui, dans son enthousiasme de son échec électoral le 6 mai 2007, avait terminé son discours en criant « En avant vers de nouvelles victoires ! ».

    Des internautes médisants ont cependant proposé un autre discours pour Olivier Faure, plus proche de la réalité...

     

     
     


    Certains ont même présenté un nouvel emblème pour le PS, au lieu de sa traditionnelle rose, une brosse des toilettes. Un autre a lâché désabusé : « Olivier Faure fanfaronne car il a été réélu à la tête du PS. Tout ce cinéma après avoir vendu son âme aux crapules de LFI. Tout le cinéma pour faire 2% à l'élection présidentielle. ». Précisons que le 2% est une surestimation de la réalité qui est à 1,7%. Celui qui a le mieux synthétisé la situation a écrit : « Au royaume des serpillières, les torchons sont rois. » !

    Le quart d'heure de gloire était quand même pour Olivier Faure ce 6 juin 2025 : il a été l'invité du prestigieux journal télévisé de 20 heures sur TF1. Il a notamment déclaré : « Il faut que la victoire d'hier qui m'a reconduit à la tête du parti socialiste soit utile aux Française et aux Français. ». Cela va donc être difficile voire mission impossible pour le député de Seine-et-Marne qui n'aurait jamais été réélu dans sa circonscription sans l'aide des mélenchonistes.
     

     
     


    Ce qui frappe le plus lorsqu'on veut écouter la vidéo de cette interview (oui, je me risque à tout), c'est... la durée de celle-ci. En général, lorsqu'on est un personnage qui compte dans la vie politique, on a dix minutes ou un quart d'heure au moins pour s'expliquer. Mais dans le cas d'Olivier Faure, on note qu'il n'a eu droit qu'à 3 minutes 48. Ne croyez pas que c'est un scandale de la chaîne. C'est simplement la réalité électorale de ce micro-parti (je le répète, 1,7% à l'élection présidentielle). C'est même déjà beaucoup comme durée.

    De même, cette vidéo sur Youtube ne sera pas virale (quelques centaines de vues après plusieurs heures). Et quelques commentaires fort peu flatteurs, comme celui-ci : « Le PS coule ! ». Un autre : « Créer une dynamique ? (…) Et pourquoi pas un programme, pendant que vous y êtes ? ».

     
     


    En fait, la réélection d'Olivier Faure satisfait tous ses adversaires politiques. D'abord Jean-Luc Mélenchon qui est heureux de voir confirmer la ligne qui souhaite l'alliance avec ses insoumis. Ensuite, Marine Le Pen se frotte les mains car elle comprend que l'alternance ne se fera pas à gauche tant elle est divisée, et espère bien recueillir les souhaits de renouvellement. Enfin, le Président Emmanuel Macron peut, lui aussi, être satisfait car cela va obliger les sociaux-démocrates du PS à quitter ce parti et rejoindre le bloc central à l'instar de Manuel Valls, François Rebsamen, Juliette Méadel, François Patriat, Jean-Yves Le Drian, Florence Parly, etc. Son objectif de réunir des socialistes aux républicains n'a jamais été aussi près d'être atteint.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (06 juin 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Congrès du PS : "l'homme le plus riche du cimetière".
    Congrès du PS : Olivier Faure est-il en difficulté ?
    Congrès du PS : le choc de complexité !
    Robert Badinter.
    Congrès du PS à Rennes : l'explosion de la Mitterrandie.
    La préparation du congrès de Rennes (27 janvier 1990).
    Histoire du PS.
    Manuel Valls.
    Martine Aubry.
    Hubert Védrine.
    Julien Dray.
    Comment peut-on encore être socialiste au XXIsiècle ?
    François Bayrou et la motion de censure de congrès du PS.
    Lionel Jospin.
    Claude Allègre.
    François Mitterrand.
    Jacques Delors.
    Mazarine Pingeot.
    Richard Ferrand.
    Didier Guillaume.

    Pierre Joxe.
    André Chandernagor.
    Didier Migaud.
    Pierre Moscovici.

    La bataille de l'école libre en 1984.
    Bernard Kouchner.
    Hubert Curien.
    Alain Bombard.
    Danielle Mitterrand.
    Olivier Faure.
    Lucie Castets.

    Bernard Cazeneuve
    Gabriel Attal.
    Élisabeth Borne.
    Agnès Pannier-Runacher.
    Sacha Houlié.
    Louis Mermaz.
    L'élection du croque-mort.
    La mort du parti socialiste ?
    Le fiasco de la candidate socialiste.
    Le socialisme à Dunkerque.
    Le PS à la Cour des Comptes.







    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250605-parti-socialiste.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/congres-du-ps-l-homme-le-plus-261390

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/06/05/article-sr-20250605-parti-socialiste.html


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  • Alfred Dreyfus bientôt général ?

    « La présente proposition de loi est individuelle et singulière. Elle vise à réparer un cas individuel et singulier, hors normes et sans comparaison sous la République. Elle ne crée aucun précédent. » (Charles Sitzenstuhl, le 2 juin 2025 dans l'hémicycle).





     

     
     


    Il y a eu, le lundi 2 juin 2025 sur le coup de 17 heures 30, dans l'hémicycle de l'Assemblée Nationale, une sorte de retour vers le passé exceptionnel, une sorte de construction moderne d'une histoire pourtant ancienne. Pour assister à cette séance publique mémorable, un homme de 98 ans venu exprès dans les tribunes, Charles Dreyfus, le petit-fils du fameux capitaine Alfred Dreyfus accusé à tort d'avoir trahi la France et à l'origine d'une des affaires politiques les plus scandaleuses de l'histoire de France.

    Je résume très brièvement cette Affaire Dreyfus devenue leçon de manuels d'histoire. Par l'antisémitisme ambiant, le capitaine Alfred Dreyfus, polytechnicien originaire de Mulhouse, a été accusé à tort d'intelligence avec l'ennemi (l'Allemagne) et de trahison de la patrie (espionnage) en 1894. Cela a créé une crise politique majeure sous la Troisième République. Victime d'un complot avec la présentation de faux en écriture, Alfred Dreyfus fut condamné le 22 décembre 1894 à la dégradation nationale et à la déportation à perpétuité au bagne de l'Île du Diable, en Guyane. Le 5 janvier 1895, le capitaine Dreyfus fut dégradé dans la cour de l'École militaire à Paris. Il est arrivé le 14 avril 1895 à l'Île du Diable.

    Très rapidement, des faits ont montré que le capitaine Dreyfus était innocent et était devenu un bouc-émissaire tandis que le véritable espion a été identifié (à cet égard, il faut regarder l'excellent film de Roman Polanski, "J'accuse", sorti le 13 novembre 2019 avec Jean Dujardin dans le rôle du colonel Picquart).

    Malgré la réalité des faits, certains éléments dans l'armée, en particulier au plus haut niveau de la hiérarchie, ont continué à charger Alfred Dreyfus pour ne pas déshonorer l'institution. La mobilisation d'intellectuels et de politiques, en particulier Émile Zola (auteur du fameux article "J'accuse !") et Georges Clemenceau (le directeur du journal "L'Aurore" n°87 qui a publié cet article le 13 janvier 1898), a permis de faire émerge la vérité, de reconnaître l'innocence d'Alfred Dreyfus. La plupart des personnalités qui ont considéré publiquement l'innocence d'Alfred Dreyfus, en particulier Émile Zola et le colonel Picquart, chef du service des renseignements, ont été elles-mêmes poursuivies, jugées et condamnées.

    Ce fut entre autres la mort soudaine, le 16 février 1899, du Président de la République Félix Faure, hostile à la révision du procès Dreyfus qui a fait bouger les lignes. Du 7 août au 9 septembre 1899, un nouveau procès par le conseil de guerre a eu lieu à Rennes, mais à son issue, Alfred Dreyfus a été à nouveau condamné, cette fois-ci à dix ans de réclusion pour circonstances atténuantes. Il a été gracié dès le 19 septembre 1899 par le Président de la République Émile Loubet et le gouvernement a déposé le 17 novembre 1899 une loi d'amnistie pour l'ensemble des faits de l'Affaire Dreyfus, loi adoptée définitivement le 24 décembre 1900.

     

     
     


    Le problème de la grâce présidentielle et de l'amnistie, c'était que, d'une part, l'innocence d'Alfred Dreyfus n'a pas été reconnue, et d'autre part, l'amnistie a blanchi les vrais coupables de cette affaire et ceux qui ont conspiré contre Alfred Dreyfus. Alfred Dreyfus a donc redemandé au Ministre de la Justice le 26 novembre 1903 la révision de son procès de Rennes (le second).

    Il a fallu attendre le 12 juillet 1906 pour que la Cour de Cassation annulât le jugement de Rennes et réhabilitât le capitaine Alfred Dreyfus dans son honneur. Le 13 juillet 1906, le gouvernement a déposé un projet de loi pour réintégrer Alfred Dreyfus dans l'armée avec le grade de chef d'escadron (c'est-à-dire commandant) et le colonel Picquart avec le grade de général de brigade. Le 20 juillet 1906, Dreyfus fut nommé chevalier de la Légion d'honneur et décoré solennellement dans la cour de l'École militaire, là-même où on l'a dégradé.

    Patriote, Alfred Dreyfus n'était pas rancunier puisqu'il a voulu continuer à servir dans l'armée. Mais comme on ne lui a refusé le grade de lieutenant-colonel qu'il aurait obtenu si on avait comptabilisé son temps de détention dans son ancienneté, il a pris sa retraite le 25 octobre 1907. Il a cependant repris du service lors de la Première Guerre mondiale, en particulier à Verdun et au Chemin des Dames, ce qui l'a promu en septembre 1918 au grade de lieutenant-colonel et le 9 juillet 1919 d'officier de la Légion d'honneur. Il est mort à Paris à l'âge de 75 ans il y a près de quatre-vingt-dix ans, le 12 juillet 1935, coïncidence, ce fut le jour anniversaire de sa réhabilitation.

    Peu avant de mourir, Alfred Dreyfus a confié à son petit-fils présent dans l'hémicycle : « Je n'étais qu'un officier d'artillerie, qu'une tragique erreur a empêché de suivre son chemin. ».


    Lors de la réhabilitation de Dreyfus le 12 juillet 1906, la classe politique avait sans doute mal compris Alfred Dreyfus en ne comprenant pas qu'il voulait réintégrer l'armée. Depuis sa mort en 1935, il y a régulièrement des tentatives de remédier à cet oubli.

    Dans sa chronique du 2 juin 2025 sur France Inter, Patrick Cohen a rappelé un historique récent sur la situation d'Alfred Dreyfus. Ainsi, en 1985, l'armée a refusé l'érection d'une statue de Dreyfus dans la cour de l'École militaire, refus approuvé par François Mitterrand alors Président de la République : « Il faut donner aux militaires un exemple, pas un remords. ». Au centenaire de la réhabilitation de Dreyfus, en juillet 2006, le Président Jacques Chirac s'est posé la question de cette injustice de carrière. Le général Bentégeat, chef d'état-major des armée, a confirmé la position de ses prédécesseurs : « Dans les armées, on n'a pas l'habitude de célébrer ses erreurs. On célèbre d'abord ses victoires. ». Ministre des Armée, Florence Parly a voulu également répondre à cette injustice en juillet 2019, mais deux ans plus tard, en octobre 2021, le Président Emmanuel Macron a refusé de prendre une décision individuelle, qui serait considérée comme le fait du prince (et illégale sur le plan juridique), et voulait une décision de l'armée... ou une loi.
     

     
     


    Ce fut donc une loi. L'ancien Premier Ministre et président du groupe EPR à l'Assemblée Gabriel Attal a ainsi déposé le 7 mai 2025 une proposition de loi au texte très court pour donner le grade de général à Alfred Dreyfus. À titre posthume. L'occasion aussi de rappeler cette funeste affaire et d'insister sur les dégâts de l'antisémitisme toujours aussi vivace de nos jours.

    Le texte est passé par la commission de la défense nationale et des forces armées le 28 mai 2025. Le rapporteur du texte est le député alsacien Charles Sitzenstuhl. Lors de l'examen en commission, Charles Sitzenstuhl a précisé le problème de la loi déposée le 13 juillet 1906 : « Là se noue le problème qui nous occupe. Alors que Picquart se voit attribuer un grade aligné sur celui des officiers d’une ancienneté égale à la sienne, Dreyfus est promu commandant à la date de la loi, soit au même niveau que des officiers dont l’ancienneté est inférieure de cinq ans à la sienne. Son avancement est de fait retardé de cinq ans, soit à peu près la durée de sa détention. Alors âgé de 46 ans et seulement commandant, Dreyfus, officier brillant promis aux plus belles perspectives, voit sa trajectoire de carrière irrémédiablement rompue, et il le comprend. Lorsqu’il reprend du service, il se trouve sous les ordres d’un supérieur plus jeune que lui. De la possibilité de devenir général, il est privé, car il sait qu’il sera atteint auparavant par la limite d’âge. Face à ce traitement inéquitable, il demande à contrecœur sa mise à la retraite le 26 juin 1907. J’ajoute, pour la précision historique, que Dreyfus se réengage comme réserviste lors de la Première Guerre mondiale, dès les premiers jours de la guerre. Il est nommé à la toute fin de ce conflit lieutenant colonel de réserve, tardivement (…). Il semble bien, d’après les auditions que j’ai menées, que la différence de traitement de la loi de 1906 résulte d’abord d’un malentendu, qui est à l’origine d’une erreur regrettable. L’inspirateur du projet de loi, le commandant Targe, dreyfusard convaincu, était persuadé que Dreyfus ne souhaitait pas poursuivre une carrière militaire et n’avait donc pas prévu de nomination rétroactive. Il s’était surtout attaché, avec succès, à faire obtenir à Dreyfus la Légion d’honneur. Les députés, suivant le rapporteur Adolphe Messimy, votent le texte à une très large majorité. Dreyfus n’en sera pas moins très affecté. Il entreprendra auprès du gouvernement, sans succès, des démarches en vue de corriger l’erreur et rédigera même en 1907 une proposition de loi, qui ne sera jamais déposée et dont le texte figure dans le rapport, visant à "réparer l’erreur qui a certainement été commise". Ni Clemenceau, alors Président du Conseil, ni Picquart, devenu, magnifique hasard de l’histoire !, Ministre de la Guerre, ne souhaitent rouvrir le dossier, pour de multiples raisons qu’ont explicitées les historiens. Dès la fin juillet 1906, Dreyfus écrit au journaliste et député Joseph Reinach : "Je n’avais jamais demandé de faveurs dans ma carrière ; j’avais essayé d’arriver par mon travail. Après ma tragique et si imméritée condamnation de 1894, je n’ai demandé que de la justice. Si on m’avait donné le rang auquel j’ai droit, je n’eusse voulu d’aucune faveur. J’aurais pu réfléchir et peut être, quel que soit l’état de ma santé, sacrifier encore quelque chose de ma vie. Mais on ne l’a pas fait. J’ai conscience d’avoir fait tout mon devoir. Le gouvernement n’a pas fait le sien". ».

     

     
     


    Cela ne fait qu'une vingtaine d'années que la classe politique a été sensibilisée par cette injustice de carrière. Avant Gabriel Attal, d'autres parlementaires avaient déposé des propositions de loi allant dans le même sens, en particulier Éric Ciotti, Joël Guerriau, Roger Karoutchi et Patrick Kanner.

    Charles Sitzenstulh a rappelé aussi la raison du passage par une loi : « Pourquoi incombe t il aux parlementaires de se pencher sur la question ? Parce qu’il s’agit d’un cas singulier. À la nomination d’Alfred Dreyfus au grade de général de brigade à titre posthume, seule la loi peut procéder. L’exécutif n’en a pas le pouvoir, comme le président Macron l’a lui-même rappelé le 26 octobre 2021. Le chef de l’État, pas plus que le gouvernement, ne peut y procéder par décret. Aucune disposition du code de la défense ne permet de procéder à une élévation au grade deux fois supérieur à titre posthume en vue de reconstituer une carrière. Faute de pouvoir agir par la voie réglementaire, il faut emprunter la voie législative. Au demeurant, la réintégration incomplète de Dreyfus ayant été opérée par une loi, la loi du 13 juillet 1906, il est cohérent d’emprunter la voie législative pour la corriger et la compléter rétroactivement. La présente proposition de loi est singulière. Elle est aussi individuelle, ayant pour objet un individu précis. (…) La proposition de loi qui vous est soumise procède d’une démarche législative singulière visant à régler une situation singulière. Il s’agit d’une reconnaissance symbolique pour un cas hors norme, sans équivalent dans l’histoire de la République. Le dispositif qui vous est proposé est simple. Il tient en un unique alinéa d’une seule phrase. Je présenterai deux amendements quasi rédactionnels, visant respectivement à mettre en cohérence le titre de la proposition de loi et son dispositif et à ramasser la rédaction du dispositif pour en renforcer la clarté. ».


    Dans son rapport à la commission, le rapporteur a terminé sa présentation ainsi : « En conclusion, je nous sais nombreux, quels que soient les bancs sur lesquels nous siégeons, à partager un même souci d’équité et la volonté que réparation soit complètement faite à cet officier exemplaire et brillant qu’était Alfred Dreyfus, qui est un exemple d’héroïsme face à l’arbitraire et à l’écrasement. Nous honorons un officier français patriote, endurant et intelligent, et avec lui tous les militaires, car il y en eut qui lui vinrent en aide, crurent à son innocence, lui témoignèrent de la camaraderie. Chers collègues, Alfred Dreyfus est un héros de notre histoire. Le courage qui lui permit de traverser ces épreuves, c’est aussi dans les valeurs militaires qui lui ont été inculquées qu’il l’a puisé. Dreyfus est un modèle pour la nation, un modèle pour nos armées, un modèle de patriotisme, un modèle d’intégrité, un modèle d’honnêteté, un modèle de sang froid, un modèle de résistance et un modèle de bravoure. Je forme le vœu, important pour notre histoire et pour le Parlement, que la présente proposition de loi rencontre un large accord, et je vous appelle à la voter. ».

    Vœu exaucé en séance publique le 2 juin 2025, et c'est le genre de loi qu'on souhaiterait plus nombreuse pour l'honneur du Parlement français !

    Seulement deux amendements ont été déposés par le rapporteur lui-même, un (technique) sur le titre et un sur le libellé (déjà très court) de son article unique : il s'agissait de supprimer les mots « éprise de justice et qui n'oublie pas » car cette précision, « en allongeant la rédaction, atténue la clarté du dispositif ».
     

     
     


    Ainsi, la proposition de loi « élevant Alfred Dreyfus au grade de général de brigade » ne contient qu'un seul article rédigé ainsi, de quinze mots. Article unique : « La Nation française élève, à titre posthume, Alfred Dreyfus au grade de général de brigade. ».

    Lors de l'examen en séance publique le 2 juin 2025, Charles Sitzenstuhl a insisté sur ce qu'il avait dit en commission : « Si on s’activait pour obtenir la Légion d’honneur à Dreyfus, qu’il reçut lors d’une cérémonie émouvante à l’École militaire, on pensait qu’il ne continuerait pas sa carrière. Or malgré la forfaiture organisée contre lui par quelques chefs indignes, Dreyfus veut toujours servir l’armée. Songez bien, mesdames et messieurs, chers collègues, ce que cette volonté de continuer à servir nous dit du sens du devoir, du courage et de la générosité des sentiments de cet officier. À l’issue d’une telle conspiration, quelle force d’âme et quel culte de l’armée faut-il avoir pour vouloir renfiler l’uniforme ! Souvenez-vous, c’était ça, Dreyfus ! Cet exemple de patriotisme qui s’écriait le matin d’hiver de son humiliante dégradation : "Vive la France ! Vive l’armée !". ».

    Réparer une injustice historique : « Mes chers collègues, il n’est jamais trop tard pour corriger une injustice et réparer complètement l’honneur d’un homme et il est de notre devoir de le faire maintenant. Il faut le faire non seulement pour Dreyfus mais aussi pour nous, pour la nation, pour la France de demain. Il faut le faire pour que la République demeure cette haute idée de l’égalité et de la justice. Alors que notre vieux pays est à nouveau traversé par des pulsions de haine, d’antisémitisme, de xénophobie, de complotisme, maladies de la société qui font écho au climat de l’Affaire, il faut rester vigilant, se rappeler de Dreyfus, ne pas oublier ce héros républicain, symbole de résistance à l’oppression et à l’écrasement. ».

    Héros et exemple : « Dreyfus n’est pas une vieille histoire ; c’est une sentinelle de la République ! Dans les conditions cruelles de l’Île du Diable, il se battit pour sa survie et sa réhabilitation. Il fut le principal acteur de son histoire. S’il fut aidé par d’illustres personnalités ainsi que par des militaires, car il y en eut, qui crurent à son innocence et lui témoignèrent de la camaraderie, c’est bien Dreyfus qui, toujours, refusa d’abdiquer. Ce combat, il put le mener aussi grâce aux valeurs de l’armée qu’on lui avait inculquées. Dreyfus est un modèle de résistance et d’héroïsme pour la nation. Il est un exemple pour les jeunes générations, un grand homme auquel la patrie peut se montrer reconnaissante. ».

    Après plusieurs interventions de députés, la Présidente de l'Assemblée Yaël Braun-Pivet (qui, pour l'occasion, présidait elle-même la séance, ce qui est très rare pour un lundi), a mis au vote cette proposition de loi et celle-ci a obtenu 197 voix pour l'adoption sur 197 votants, donc à l'unanimité. L'Assemblée, parfois, s'honore de certains votes.

    Curieusement, le gouvernement avait opté pour une procédure accélérée, c'est-à-dire pour une seule lecture, comme si, après près de cent dix-neuf ans, cela ne pouvait pas attendre quelques mois de plus ! Mais cette procédure sera certainement inutile car le Sénat va probablement adopter dans quelques mois, dès la première lecture, ce texte dans les mêmes termes. 2025 verra alors l'épilogue de la très grande et tragique Affaire Dreyfus depuis 1894.


    À moins que la République n'aille encore plus loin, jusqu'à transférer les cendres d'Alfred Dreyfus au Panthéon (elles sont actuellement au cimetière du Montparnasse, dans le quatorzième arrondissement de Paris). Jacques Chirac l'avait refusé car il préférait panthéoniser des héros et pas des victimes, et pour certains historiens, le héros de cette affaire est déjà au Panthéon puisqu'il s'agit d'Émile Zola. Patrick Cohen a terminé sa chronique en considérant que la panthéonisation ne serait pas illogique : « Mais l’historien Vincent Duclert l’a bien montré, et contrairement à ce que disait Mitterrand, Alfred Dreyfus a été un officier exemplaire, d’un patriotisme absolu, engagé dans les combats de Verdun et du Chemin des Dames à près de 60 ans, grand républicain. ». Plus que cette réparation tardive, c'est l'unanimité des députés qui, ici, est précieuse, compte et émeut.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (02 juin 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    L’affaire Dreyfus au cinéma.
    Alfred Dreyfus bientôt général ?
    Jules Verne.

    Les 150 ans des lois constitutionnelles de la IIIe République.
    Jean Jaurès.
    Panthéon versus wokisme !
    Centenaire du drame.
    Anatole France.
    Alexandre Dumas fils.
    Pierre Waldeck-Rousseau.
    Alexandre Millerand.
    La victoire des impressionnistes.
    Les 120 ans de l'Entente cordiale.
    Mélinée et Missak Manouchian.
    Le Débarquement en Normandie.
    La crise du 6 février 1934.
    Gustave Eiffel.

    Maurice Barrès.
    Joseph Paul-Boncour.
    G. Bruno et son Tour de France par Deux Enfants.
    Pierre Mendès France.
    Léon Blum.
    Jean Zay.
    Le général Georges Boulanger.
    Georges Clemenceau.
    Paul Déroulède.
    Seconde Guerre mondiale.
    Première Guerre mondiale.
    Le Pacte Briand-Kellogg.
    Le Traité de Versailles.
    Charles Maurras.
    L’école publique gratuite de Jules Ferry.
    La loi du 9 décembre 1905.
    Émile Combes.
    Henri Queuille.
    Rosa Luxemburg.
    La Commune de Paris.
    Le Front populaire.
    Le congrès de Tours.
    Georges Mandel.
    Les Accords de Munich.
    Édouard Daladier.
    Clemenceau a perdu.
    Au Panthéon de la République, Emmanuel Macron défend le droit au blasphème.
    L'attentat de Sarajevo.
    150 ans de traditions républicaines françaises.


     

     
     



    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250602-alfred-dreyfus.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/alfred-dreyfus-bientot-general-261326

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/06/07/article-sr-20250602-alfred-dreyfus.html


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  • Qui se souvient de la candidate Huguette Bouchardeau ?

    « Je crois que beaucoup de gens peuvent se reconnaître sur les projets du PSU, et que par ailleurs, les voix des femmes, dans cette campagne, eh bien, elles ne seront pas trop représentées et que je pense que si ma candidature n'avait que ce rôle-là, ça vaudrait déjà la peine ! » (Huguette Bouchardeau, le 13 avril 1981 sur RTL).



     

     
     


    Candidate à l'élection présidentielle de 1981, Huguette Bouchardeau a fêté son 90e anniversaire ce dimanche 1er juin 2025. Née à Saint-Étienne, cette dame assez curieuse de la vie politique a marqué le début des années 1980. Qui s'en souvient ?

    La candidate bossait encore en pleine campagne présidentielle car elle n'était pas payée autrement : elle enseignait à Lyon, elle était mère de ses enfants (dont la plus jeune avait 13 ans) et femme de son mari à Saint-Étienne, et elle faisait campagne à Paris (où on lui avait loué un petit appartement) et partout en France (des meetings dans 160 villes !).

    Huguette Bouchardeau était alors la secrétaire nationale du PSU, le parti socialiste unifié, et s'était présentée à l'élection présidentielle pour mettre les femmes à l'affiche, l'écologie et le partage du temps de travail. Elle allait bientôt avoir 46 ans. Elle n'était pas la première femme à s'être présentée puisque la porte-parole de Lutte ouvrière Arlette Laguiller était déjà candidate en 1974, et avec cette dernière et la gaulliste Marie-France Garaud (qui s'est éteinte l'an dernier), elle faisait partie des trois femmes capables de participer à la compétition.

    Et rien que cela, c'était déjà un exploit, car la nouvelle règle à partir de 1976, c'était d'être parrainée par 500 maires ou parlementaires, élus régionaux et départementaux... au lieu de 100. Cette règle avait empêché (momentanément pour l'un) à deux candidats de 1974 de se représenter en 1981, Jean-Marie Le Pen, pour le Front national, et Alain Krivine, pour la LCR (ces deux anciens candidats se sont éteints également récemment).

    La trajectoire de la dame du PSU pourrait se résumer très grossièrement à cette phrase : Huguette Bouchardeau est passée d'une Arlette Laguiller un peu plus intellectuelle (aux cheveux ébouriffés) à une Marie-France Garaud un peu plus à gauche (au chignon bien mis), de militante rebelle à ministre écoutée !


    Parlons d'abord du PSU. J'éviterai de préciser l'histoire précise du PSU car c'est très compliqué, aussi compliqué que l'histoire des groupuscules d'extrême gauche ou d'extrême droite, à cela près que, ici, le PSU n'était pas à l'extrême gauche, mais à une deuxième gauche toujours très difficile à définir, une gauche "alternative", une gauche déjà soucieuse d'écologie et une gauche clairement antimilitariste et pacifiste.

    En novembre 1999, Huguette Bouchardeau expliquait ainsi le fonctionnement des partis : « Autour de 1968, avec toutes les batailles qui ont eu lieu au PSU autour de Rocard, contre Rocard, quand je voyais le PSU se déchirer en multiples tendances, j'éprouvais une sorte d'horreur devant ce type de débat. (…) C'est très simple : les tendances dans les partis politiques n'ont jamais été organisées autour de programmes différents mais toujours autour d'hommes qui cherchaient le drapeau avant le parti. Ce n'était pas des tendances mais des écuries. Beaucoup de femmes refusaient cette lutte pour le pouvoir qui était l'essentiel de la vie politique. Elles ont été peu intéressées par ces luttes politiques. ».

    Le retour de De Gaulle au pouvoir a secoué considérablement l'échiquier politique : le centre droit (les indépendants) a rejoint les gaullistes, une partie du centre démocrate (MRP) aussi, l'autre moitié est restée dans l'opposition, et la gauche, SFIO et PCF, est entrée dans l'opposition. L'un des grands partis d'avant-guerre, le parti radical, a été laminé par le gaullisme, en raison du légitimisme : le légitimisme de la Troisième République se trouvait au sein du parti radical avant la guerre, mais désormais, celui de la Cinquième République se trouvait chez les gaullistes, naturellement.

    L'histoire des formations politiques est indissociable de l'histoire des personnalités politiques, bien sûr. Le PSU a été fondé le 3 avril 1960 sous la présidence du grand mathématicien Laurent Schwartz au terme de l'unification de trois forces groupusculaires : le PSA (parti socialiste autonome) qui provenait de socialistes dissidents de la SFIO en 1958 (Édouard Depreux, Daniel Mayer, François Tanguy-Prigent, André Philip) et d'anciens radicaux anti-gaullistes (dont le plus illustre Pierre Mendès France) ; l'UGS (Union de la gauche socialiste) issue de la fusion d'autres formations minusculaires en 1957 et qui se voulait à la fois marxiste et chrétien (Gilles Martinet) ; enfin, des communistes dissidents rejetant le PCF dès 1952 (Jean Poperen, François Furet).

    Les deux points de convergence des fondateurs du PSU furent l'opposition à la guerre d'Algérie (au contraire de Guy Mollet, chef de la SFIO), et l'opposition au retour du Général De Gaulle (au contraire de la SFIO). Édouard Depreux a été le premier secrétaire national du PSU d'avril 1960 à juin 1967.


    Le PSU voulait se positionner politiquement entre la SFIO (puis le PS) et le PCF, et il était proche aussi du CERES créé par Jean-Pierre Chevènement en 1966 (future aile gauche du PS). En fait, ce parti pourrait aussi être qualifié de parti utopiste en ce sens que ses propositions étaient complètement indépendantes de la réalité du pays. Ou encore autogestionnaire, surtout lors de l'affaire Lip. Le PSU était très proche de la CFDT. Curieusement, beaucoup de personnalités politiques de gauche ont traversé ce parti, souvent pour rejoindre ensuite le PS de François Mitterrand, à des moments différents.

    Le plus connu fut Michel Rocard, secrétaire national du PSU de juin 1967 à novembre 1973, candidat du PSU à l'élection présidentielle de 1969, qui a rallié François Mitterrand au PS en 1974 avec toute la direction (rocardienne) du PSU, créant ainsi le courant rocardien au sein du PS.

    Citons rapidement quelques personnalités qui se sont retrouvées adhérentes du PSU à un moment ou l'autre : Édouard Depreux, Michel Rocard, Pierre Mendès France, Robert Verdier, Alain Savary, Daniel Mayer, Pierre Bérégovoy, Charles Hernu, Gilles Martinet, Jean Verlhac, Jean Poperen, Claude Bourdet, Alain Badiou, André Philip, François Tanguy-Prigent, Pierre Dreyfus-Schmidt, Serge Mallet, Roland Florian, Marcel Debarge, Laurent Schwartz, Robert Chapuis, Henri Leclerc, Bernard Lambert, Jean Le Garrec, Pierre Brana, Pierre Bourguignon, Bernard Ravenel, Jean-Pierre Mignard, Michel Destot, Tony Dreyfus, Alain Richard, Bernard Langlois, Serge Depaquit, Charles Piaget, Victor Leduc, Huguette Bouchardeau.

    Engagée dès 1957 au sein de l'UGS, Huguette Bouchardeau est devenue secrétaire nationale du PSU de janvier 1979 à juin 1983. Serge Depaquit (un proche), lui a succédé. L'histoire chaotique du PSU est terrifiante puisqu'à chaque congrès, il y avait plusieurs courants jusqu'à cinq ou six, qui se disputaient les places de direction, avec des alliances, des scissions de courant, etc. Finalement, le PSU a disparu par encéphalogramme plat officiellement le 7 avril 1990 mais bien avant dans les faits.


    Comme je l'ai écrit, il serait donc très injuste et inexact de réduire le PSU à uniquement Michel Rocard et Huguette Bouchardeau, mais l'histoire n'a retenu que les deux seuls candidats à l'élection présidentielle (de même que l'histoire ne retiendra de LCR/NPA ses seuls candidats à l'élection présidentielle, Alain Krivine, Olivier Besancenot et Philippe Poutou, ainsi que LO ses seules candidats à l'élection présidentielle Arlette Laguiller et Nathalie Arthaud).
     

     
     


    Revenons à Huguette Bouchardeau qui est avant tout une brillante intellectuelle : quand elle s'est présentée, elle était une agrégée de philosophie (c'est rare en politique), elle a défendu une thèse de doctorat sur l'enseignement de la philosophie de 1900 à 1972 en France et elle était maître de conférence à l'Université de Lyon-2, poste qu'elle n'avait pas quitté en campagne.

    Parallèlement, elle a eu une forte action militante dès sa jeunesse : responsable syndicale à l'UNEF, puis à la FEN, à la CFDT, et militante politique à l'UGS puis au PSU. Elle était alors basée à Saint-Étienne (elle enseignait à Lyon) et a été plusieurs fois candidate du PSU localement. Huguette Bouchardeau a milité aussi, à l'époque, avec les Amis de la Terre, préfiguration du mouvement écologiste.

    Lorsqu'elle a été élue secrétaire nationale du PSU en janvier 1979, Huguette Bouchardeau a été la première femme à diriger un parti politique en France (à l'époque, Margaret Thatcher dirigeait le parti conservateur en Grande-Bretagne). Elle a mené la tête de liste du PSU aux premières élections européennes le 10 juin 1979 et sa liste s'est retrouvée dernière, avec 332 voix, oui, j'ai bien écrit 332 et pas 337 000 voix, donc, 0,00%. En fait, son parti n'avait pas l'argent pour payer le matériel de campagne (entre autres, les bulletins de vote) et lors de son meeting de campagne le 11 mai 1979 à Rouen, elle s'en est pris à cette règle électorale qui favoriserait les riches (à cause du seuil de 5% pour pouvoir être remboursé). Ainsi, elle a fait campagne pour faire voter nul, faute de bulletins du PSU à distribuer.

    Cette campagne nationale, sa première, ne l'a pas fait vraiment connaître. C'est en 1981 qu'elle a eu droit aux projecteurs de l'actualité. C'était la première fois qu'il y a eu autant de candidats à l'élection présidentielle, dix en 1981 dont six à gauche. L'élection de François Mitterrand a eu lieu au second tour malgré cette division au premier tour. Huguette Bouchardeau ne lui a certes pas fait beaucoup d'ombre avec seulement 1,1% des suffrages exprimés le 26 avril 1981, soit au dernier rang avec 321 353 voix. Pourtant, avec Michel Crépeau (du MRG), elle aurait pu apporter 3,3% aux 25,9% du candidat du PS, ce qui lui aurait donné un résultat supérieur au score du Président sortant Valéry Giscard d'Estaing (28,3%). Finalement, ce ne fut qu'en différé, puisque les candidats du MRG et du PSU ont apporté immédiatement leur soutien au second tour à François Mitterrand. Michel Crépeau allait être récompensé par un porte-feuille (l'Environnement, puis le Commerce, enfin la Justice) entre 1981 et 1986.

    C'était parce qu'Huguette Bouchardeau avait déjà un nom dans le militantisme féministe qu'elle a été hissée à la tête du PSU en 1979. Vingt ans plus tard, en novembre 1999, elle en rigolait encore : « Dans les meetings, je disais, en provoquant, que quand une profession commence à se féminiser, elle est en voie de dévalorisation. J'ai toujours dit ce que je pensais sur ce sujet-là. Pendant quelques mois, j'ai mal vécu ce début de secrétariat national du PSU, j'avais le sentiment qu'ils m'avaient mise là parce que c'était bien qu'un parti qui se disait féministe, écolo, etc., ait une femme à sa tête, mais ils se disaient quand même que j'étais là comme simple porte-parole. D'ailleurs, un membre du bureau national me l’a déclaré un jour : "Rocard 'pensait' la théorie du PSU et puis il en parlait, maintenant, on peut très bien avoir une porte-parole". Nous, on pense, et toi, tu causes… Vraiment, j'en ai entendu des vertes et des pas mûres, et tout ça dans la plus grande gentillesse, car vraiment ils m'aimaient bien, je crois. C'est vrai que si je ne leur avais pas paru capable de faire ça, ils ne m'auraient pas poussée, ou sinon ils auraient pris quelqu'un qui présentait bien, qui était mignonne. Ce n'est pas ce qu'ils ont cherché. Ils se sont vraiment dit que faire une place à une femme à la tête d'un parti, c'était la bonne position. (…) Ils voulaient une femme à la tête du parti et une candidate aux élections présidentielles. Ce qui fait qu'en treize ans (la première fois que j'ai été candidate aux législatives, c'était en 1968), tout s'était inversé. En 1968, les gens disaient : "ils sont fous de la présenter, elle leur fait perdre des points". En 1981, on en était venu à se dire qu’une femme peut en faire gagner. Mais cette expérience a été pénible… J'ai été nommée à la tête du PSU en janvier 79, et en juillet, j'ai écrit en trois semaines un bouquin qui s'appelle "Un coin dans leur monde" où je règle leur compte à mes amis politiques, parce que je supportais très mal qu'on m'ait mise là pour autre chose. ».


    Les militants du PSU avaient été sidérés par la tribune que la candidature à l'élection présidentielle avait offerte à Arlette Larguiller en 1974. Ils voulaient donc l'imiter avec aussi une femme. Huguette Bouchardeau, candidate du PSU, a eu aussi le soutien du parti communiste révolutionnaire (PCR) et de la fédération de la gauche alternative (FGA).
     

     
     


    Un mot sur la campagne dont je propose en fin d'article quatre interventions orales, une interview et trois prestations de campagne officielle. À la différence d'Arlette Laguiller qui parlait très vite pour mettre le maximum de phrases en un temps donné, Huguette Bouchardeau était très lente en diction, presque trop lente, comme un enseignant faisant une dictée dans une école primaire. Mais à la différence de François Bayrou (par exemple), le débit n'était pas saccadé mais très lisse (elle n'était pas pédagogue pour rien ; vous me direz, François Bayrou non plus, mais la différence, c'est qu'il avait une infirmité, le bégaiement). On sentait ainsi l'intellectuelle fluide qui savait manier concepts et idées (bien que femme, oserais-je écrire, pour reprendre le machisme au sein même du PSU !).

    Mais des concepts et idées totalement irréalistes. Par exemple, elle s'est opposée très fermement à la dissuasion nucléaire et a proposé que dès son élection, la France se mît à poils sur le plan de la défense. C'est terrible de réécouter ses mots à une époque où l'on considère que justement, la France n'a pas suffisamment concentré son effort de défense. Elle était encore dans la lignée du "faites l'amour, pas la guerre" en pensant qu'il n'y avait que de gentils dans le monde et aucun méchant qui voudrait s'en prendre aux territoires des autres (quelle erreur !).


    Elle était aussi pour la réduction du temps de travail, les 35 heures et même les 30 heures par semaine, en pensant que les Français vivraient mieux en travaillant moins (c'était encore l'époque du : on rase gratis !). À l'instar de Michel Rocard et Edmond Maire (secrétaire général de la CFDT), elle croyait aussi à l'autogestion des entreprises (à la suite de l'expérience Lip).

    Neuf propositions ont été inscrites sur son tract de campagne : 1. « La loi des 30 heures et les 35 heures tout de suite » ; 2. « Vivre, travailler et décider au pays » ; 3. « L'abandon de l'arme atomique » ; 4. « Des énergies alternatives au nucléaire » ; 5. « La prise de parole des femmes et la défense de leurs droits » ; 6. « La fin des privilèges et des inégalités » ; 7. « La révision de la Constitution de 58 » ; 8. « L'abolition de la peine de mort, de la loi Peyrefitte, et des tribunaux d'exception » ; 9. « Un plan d'urgence contre la faim dans le monde ».

    Mais la candidature d'Huguette Bouchardeau était d'abord un moyen de mettre les femmes à l'avant-scène de la politique, et en ce sens, elle y est parvenue par sa notoriété naissante. L'une des meilleures illustrations de l'effet présidentiel sur sa notoriété, c'était ses multiples candidatures aux élections législatives dans la première circonscription de la Loire (ville de Saint-Étienne) : en juin 1968, elle n'a eu que 8,3% ; en mars 1973, que 4,5% ; en mars 1978, que 1,2%... (dans ces scrutins, Michel Durafour a été élu) et en juin 1981, elle est arrivée en troisième position avec 24,2%, ce qui était pas mal, mais insuffisant car elle a été devancée par le candidat communiste Paul Chomat qui était en avance de 126 voix sur elle, si bien qu'elle s'est désistée au second tour pour Paul Chomat qui a battu Michel Durafour avec moins de 500 voix d'avance.

    Huguette Bouchardeau ne l'a pas vraiment utilisée car sa célébrité est partie aussi vite qu'elle n'est venue. Pourtant, ce n'était pas faute de poursuivre une carrière politique, chose qu'elle a pu faire en rejoignant la majorité socialo-communiste (au grand dam de la majorité du PSU qu'elle allait quitter en 1986).

     

     
     


    Ainsi, Huguette Bouchardeau est entrée au gouvernement, nommée Secrétaire d'État auprès du Premier Ministre chargée de l'Environnement et de la Qualité de la vie du 22 mars 1983 au 17 juillet 1984 dans le dernier gouvernement de Pierre Mauroy, puis Ministre de l'Environnement du 17 juillet 1984 au 20 mars 1986 dans le gouvernement de Laurent Fabius. Elle a été à l'origine de la loi n°83-630 du 12 juillet 1983 relative à la démocratisation des enquêtes publiques et à la protection de l'environnement (dite loi Bouchardeau) qui dit dans son article premier : « La réalisation d'aménagements, d'ouvrages ou de travaux, exécutés par des personnes publiques ou privées, est précédée d'une enquête publique soumise aux prescriptions de la présente loi, lorsqu'en raison de leur nature, de leur consistance ou du caractère des zones concernées, ces opérations sont susceptibles d'affecter l'environnement. (…) Les travaux qui sont exécutées en vue de prévenir un danger grave et immédiat sont exclus du champ d'application de la présente loi. ».
     

     
     


    Huguette Bouchardeau s'est aussi battue sur le plan européen pour réduire la pollution automobile contre l'industrie automobile française (on sait aujourd'hui que ce combat a eu un bénéficiaire industriel, les États-Unis, et que la réglementation motivée par l'écologie a toujours eu en France des intérêts économiques qui ne sont ni nationaux ni européens).

    L'ancienne ministre a été ensuite élue députée du Doubs en mars 1986, sur la liste socialiste (elle était en deuxième place et la liste, avec 35,5% des voix, a gagné deux sièges, à la proportionnelle), elle a donc siégé à l'Assemblée comme députée apparentée au groupe socialiste. Candidate de la France unie (mouvement rassemblant les débauchés du mitterrandisme), elle a été réélue en juin 1988 dans la quatrième circonscription du Doubs (Sochaux) au second tour avec 56,8% des voix face à un candidat UDF-CDS.
     

     
     


    Après la démission de Laurent Fabius, devenu premier secrétaire du PS, du perchoir, Huguette Bouchardeau a été candidate aux deux tours de l'élection du nouveau Président de l'Assemblée Nationale le 22 janvier 1992. Au premier tour, à 17 heures 10, elle a obtenu 44 voix sur 541 votants et 534 exprimés (256 à Henri Emmanuelli, 207 à Jacques Chaban-Delmas et 27 au communiste Georges Hage).

    Elle a expliqué qu'elle se maintenait au second tour, contrairement à son collègue communiste, avec ces paroles : « Monsieur le président, les applaudissements que nous venons d'entendre comme le résultat que je viens d'obtenir me paraissent significatifs. J'ai voulu, par ma candidature, mes chers collègues, donner un signe. Notre assemblée devrait travailler dans une plus grande indépendance à l'égard du gouvernement et des partis politiques. Je veux affirmer encore cette option et je maintiens donc ma candidature, en souhaitant qu'une fois faite la démonstration par les uns ou les autres de leur fidélité à leur famille d'origine, le plus grand nombre d'entre nous se retrouve sur une candidature en faveur d'une véritable indépendance de notre assemblée. ». Au second tour, à 18 heures 50, elle a reçu moins de voix qu'au premier tour, seulement 32 sur 550 votants et 546 exprimés (289 à Henri Emmanuelli, élu, et 225 à Jacques Chaban-Delmas).


    Parfois opposée aux décisions des gouvernements socialistes, elle ne s'est pas représentée en 1993 (la circonscription allait revenir à Pierre Moscovici en 1997), mais elle a été élue maire d'Aigues-Vives, commune de 2 300 habitants près de Lunel, dans la Gard, de juin 1995 à mars 2001 et s'est ensuite retirée de la vie politique locale.

    Parallèlement à ses activités politiques, Huguette Bouchardeau a mené une activité éditoriale intense. Elle a été directrice de collection aux éditions Syros de 1978 à 1984, puis a créé HB éditions en 1995 (sa maison d'édition a disparu en juin 2002 après la publication d'environ 150 ouvrages). Elle est surtout l'auteure de plus d'une vingtaine de livres, surtout des essais, en particulier centrés sur certaines femmes qu'elle admire, en particulier : George Sand (1990), Rose Noël (1992), Simone Weil (1995), Agatha Christie (1998), Elsa Triolet (2000), Nathalie Sarraute (2003), Simone Signoret (2005) et Simone de Beauvoir (2007).

    Pour finir, écoutons Huguette Bouchardeau dire à Margaret Maruani et Chantal Rogerat, en novembre 1999, sa conception d'être une femme engagée : « Quand j'étais petite fille, je me disais : “est-ce que je travaillerai ou est-ce que je me marierai ?”. Qui se pose encore ces questions-là ? Cela ne veut pas dire que les tâches ménagères soient partagées parfaitement, que les filles aillent moins dans les professions du soin, de secrétariat. Mais il faut voir les classes scientifiques, les classes d'ingénieurs. Il y en a beaucoup plus… Il faut voir dans la vie politique, les femmes comme Aubry, Buffet, Guigou, Royal, Voynet. Nous avons été, nous, une génération intermédiaire à dire que nous nous situions hors du pouvoir… Maintenant elles font le même type de carrière politique que les hommes. L'histoire des femmes ne se fait pas simplement au moment où il y a des grandes manifestations, où il y a une sorte de théorisation de lutte des femmes. Les conquêtes des femmes se prolongent dans le silence, et individu par individu presque, avec quelques femmes qui théorisent, quelques femmes qui font avancer, quelques femmes qui disent “attention, il y a un piège…” » (publié dans la revue "Travail, genre et sociétés" 1999/2 n°2).



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (31 mai 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Huguette Bouchardeau.
    François Mitterrand.
    Valéry Giscard d'Estaing.
    Jacques Chirac.
    Georges Marchais.
    Michel Debré.
    Brice Lalonde.
    Marie-France Garaud.
    Arlette Laguiller.




















    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250601-huguette-bouchardeau.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/qui-se-souvient-de-la-candidate-260929

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/06/01/article-sr-20250601-huguette-bouchardeau.html



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  • Congrès du PS : Olivier Faure est-il en difficulté ?

    « La ligne d'union de la gauche que je défends l'a emporté. » (Olivier Faure, le 28 mai 2025 dans "Le Parisien").

     

     
     


    Une nouvelle version de la méthode Coué ? Un internaute lui a répondu : « Si vous restez premier secrétaire, LFI dira que le PS est rentré à la maison et c'est insupportable. ». Le 27 mai 2025, de 18 heures à 22 heures a eu lieu un vote au sein du parti socialiste pour son congrès qui aura lieu du 13 au 15 juin 2025 à Nancy.

    Officiellement, les adhérents devaient choisir entre trois "textes d'orientation" mais les socialistes ont des pudeurs de gazelle avec leur ambition personnelle : le premier signataire de chaque texte est en fait candidat au poste de chef, c'est-à-dire premier secrétaire du PS (poste occupé depuis le 17 avril 2018 par le taciturne mélencho-compatible Olivier Faure), et ce vote des "textes d'orientation" est le premier tour de l'élection du premier secrétaire dont le second tour, explicite, aura lieu le 5 juin 2025.

    Tout le monde était donc impatient de connaître les résultats... Et la réponse, prévisible, la réponse aussi à mon titre, c'est que tout le monde s'en moque, du congrès du PS !

    Car l'information principale, celle que je considère comme cruciale pour les observateurs, c'est le nombre réel de votants : pas des inscrits, plus ou moins théoriques, mais bien des votants, ceux qui ont exprimé un choix (en principe libre et sincère).

    Avec le parti socialiste, c'est déjà difficile de connaître exactement les résultats. Au congrès précédent, en janvier 2023, les résultats avaient été serrés et contestés, finalement négociés ! Oui ! Négociés. Apparemment, ici aussi. Lisons précisément le communiqué du 28 mai 2025 : « La commission de récolement, réunie le 28 mai atteste de la validité des résultats ci-après. ».
     

     
     


    Cette fameuse "commission de récolement" doit, en principe, garantir la sincérité du scrutin mais semble surtout établir des négociations pour que chaque candidat admette les résultats officiels qui ont été diffusés. Ceux-ci sont d'ailleurs diffusés avec le deuxième chiffre après la virgule. Cette si grande précision me paraît suspecte si bien que je ne reproduirai ces nombres qu'avec un chiffre après la virgule.

    Et le premier constat, c'est qu'il n'y a pas le nombre exact des suffrages exprimés. En revanche, on a le nombre des inscrits et des votants. Inscrits : 39 815 adhérents. Votants : 24 701, soit seulement 62,0% de participation. C'est faible pour un parti politique de gens en principe convaincus et engagés.
     

     
     


    Pour avoir une idée de l'importance de ces deux nombres (adhérents, votants), il faut prendre la comparaison avec Les Républicains. LR et le PS ont la particularité d'avoir été les deux grands partis gouvernementaux qui se sont opposés de 1971 à 2017, chacun hégémonique dans son camp (droite et gauche), et qui ont été laminés par l'élection du Président Emmanuel Macron. Ils sont encore aujourd'hui hégémoniques dans les collectivités territoriales avec une solide expérience d'élu local, sur le terrain (maires, exécutifs départementaux et régionaux).

    Or, LR aussi avait perdu énormément d'adhérents, mais l'enjeu du duel entre Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau avait créé un intérêt important. Résultat : 121 617 adhérents LR et 98 110 votants, soit une participation de 80,7% !

    On voit avec cette comparaison que le congrès du PS à venir n'a suscité AUCUN intérêt et les médias n'ont même pas daigné y trouver un intérêt. Il faut dire que ce parti ne représente plus que 1,7% de l'électorat à l'élection présidentielle, ce qui le remet à sa place réelle dans l'échiquier politique.


    Alors, y a-t-il quand même un enjeu ? Les résultats étaient à la fois prévisibles et surprenants.
     

     
     


    Prévisibles : le combat entre Olivier Faure et Nicolas Mayer-Rossignol n'est pas nouveau (déjà le congrès précédent) et on se doutait bien qu'il reviendrait dans l'actualité un jour ou l'autre. Le troisième candidat, Boris Vallaud, un ambitieux un peu esseulé, joue ici le rôle du troisième larron, un peu comme Arnaud Montebourg, une position de perdant (il n'est pas au second tour), mais une position confortable puisque chacun des deux candidats restants lui proposent des ponts d'or pour un débauchage immédiat.
     

     
     


     

     
     



    Surprenants aussi car les scores des deux premiers restent très proches ("officiellement" 42,3% et 40,4%, ce qui fait moins de 500 voix d'écart). Cela n'a pas empêché la direction du PS de crier victoire : « Le texte d'Olivier Faure a réuni la majorité des voix » ! "La majorité des voix" à prendre dans le sens relatif du terme !!
     

     
     


    Dans la même phrase, il est indiqué « 42,21% des voix exprimées, sur un total de 24 701 votants » : pourquoi mélanger des serviettes et des torchons, pour donner un nombre absolu de votants et seulement un pourcentage en voix exprimées ? Simplement parce que ces pourcentages, comme dans tous les congrès socialistes (et en particulier au congrès de Reims en 2008), les pourcentages sont "négociés", c'est plus facile à communiquer (même avec deux chiffres après la virgule) que des nombres précis, exacts, qui seraient peu sincères.
     

     
     


    Il y a pourtant un enjeu, au-delà des ambitions personnelles, un enjeu certes dérisoire si l'on tient compte de l'audience électorale réelle qu'a ce parti au niveau national (c'est-à-dire très faible). C'est le perpétuel débat entre la gauche bourrin et la seconde gauche, ou gauche moderne. Il se caractérise par Olivier Faure qui avait conclu une alliance électorale avec Jean-Luc Mélenchon en 2022 (la Nupes) et en 2024 (la nouvelle farce populaire), et par Nicolas Mayer-Rossignol, maire de Rouen et, en quelque sorte, représentant de ce socialisme municipal qu'on retrouve dans quelques grandes villes et qui se veut pragmatique et social-démocrate, en d'autres termes, qui se veut réaliste.
     

     
     


    En fait, plusieurs enjeux se greffent sur ce duel : il y a un courant qui veut sortir Olivier Faure qui a transformé le PS, grand parti présidentiel, en un groupuscule confidentiel. Il est aussi représenté par une aile gauche qui a fait alliance avec Nicolas Mayer-Rossignol. Le choix de Boris Vallaud sera intéressant, entre la volonté de changement (et de renouveau éventuel) et le conservatisme d'un socialisme archaïque (qui reste sur ses acquis d'il y a plus de cinquante ans). À l'occasion de certaines interventions du président du groupe PS sur des questions plus de morale que de politique, on peut lui reconnaître une certaine sincérité dans son engagement politique.

    Il y a des chances que les socialistes restent divisés le soir du 5 juin 2025 et qu'une nouvelle "commission de récolement" soit nécessaire pour négocier les futurs résultats (j'adore la démocratie socialiste, c'est bidonnant !). Et en ligne de mire, l'élection présidentielle et la vacuité du parti socialiste, car à l'heure actuelle, personne n'a la stature pour être candidat à l'élection présidentielle. « Plumer la volaille socialiste ne sera qu'un jeu d'enfant ! », selon le grand gourou insoumis. C'est encore une différence avec Les Républicains dont le problème, pour l'élection présidentielle, est justement l'inverse, le trop plein de candidats potentiels.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (29 mai 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Congrès du PS : Olivier Faure est-il en difficulté ?
    Congrès du PS : le choc de complexité !
    Robert Badinter.
    Congrès du PS à Rennes : l'explosion de la Mitterrandie.
    La préparation du congrès de Rennes (27 janvier 1990).
    Histoire du PS.
    Manuel Valls.
    Martine Aubry.
    Hubert Védrine.
    Julien Dray.
    Comment peut-on encore être socialiste au XXIsiècle ?
    François Bayrou et la motion de censure de congrès du PS.
    Lionel Jospin.
    Claude Allègre.
    François Mitterrand.
    Jacques Delors.
    Mazarine Pingeot.
    Richard Ferrand.
    Didier Guillaume.

    Pierre Joxe.
    André Chandernagor.
    Didier Migaud.
    Pierre Moscovici.

    La bataille de l'école libre en 1984.
    Bernard Kouchner.
    Hubert Curien.
    Alain Bombard.
    Danielle Mitterrand.
    Olivier Faure.
    Lucie Castets.

    Bernard Cazeneuve
    Gabriel Attal.
    Élisabeth Borne.
    Agnès Pannier-Runacher.
    Sacha Houlié.
    Louis Mermaz.
    L'élection du croque-mort.
    La mort du parti socialiste ?
    Le fiasco de la candidate socialiste.
    Le socialisme à Dunkerque.
    Le PS à la Cour des Comptes.
     

     
     





    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250527-congres-ps.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/congres-du-ps-olivier-faure-est-il-261217

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/05/28/article-sr-20250527-congres-ps.html


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  • Congrès du PS : le choc de complexité !

    « Nous nous sommes positionnés comme une opposition "utile", visant à arracher aux gouvernements des avancées concrètes pour nos concitoyennes et concitoyens, tout en dénonçant les mesures que nous jugions injustes ou dangereuses, susceptibles de faire le lit de l’extrême droite que nous n’avons jamais cessé de combattre, en France, en Europe et dans le monde. » (Corinne Narassiguin, rapport d'activité du PS 2023-2025).




     

     
     


    Après Les Républicains, le Parti socialiste est en congrès pour ce printemps 2025. Comme pour LR, ce 81e congrès des socialistes est crucial, le dernier avant l'élection présidentielle de 2027. Les deux anciens partis hégémoniques de gouvernement, réduits à la taille de puces, comptent profiter de l'après-Emmanuel Macron pour tenter de redevenir hégémoniques. Il y a entre-temps les élections municipales de mars 2026 pour lesquelles LR et le PS sont actuellement en bonne posture, mais la recomposition du paysage politique en trois grands blocs, le bloc central et réaliste, et deux blocs populistes, un de droite et un de gauche, empêchera sans doute le retour au clivage traditionnel LR vs PS.

    J'avais évoqué il y a deux mois le congrès de Rennes en 1990, mémorable dans les esprits socialistes et considéré comme l'explosion de l'influence de François Mitterrand. Était-ce le congrès socialistes le plus divisé ? Peut-être pas. Le congrès de Reims en 2008 n'était pas mal non plus comme significatif en divisions. Celui de Marseille en 2023 a marqué des divisions profondes. Et peut-être aussi celui-ci, le congrès qui se déroulera à Nancy du 13 au 15 juin 2025. Triste choix alors que, historiquement, Nancy n'a jamais été socialiste, sauf en 2020 à la faveur d'une abstention massive due au covid (les personnes âgées préférant rester chez elles). En tant que Nancéien de naissance, j'espère que ce congrès ne laissera aucun souvenir, aucune postérité, afin de ne pas associer cette extrêmement belle ville à ce piteux parti politique.

    Ce sera probablement le cas, ne serait-ce que lorsqu'on regarde les protagonistes et leur stature. En 1990, on avait des combats d'éléphants de premier choix avec les Michel Rocard, Lionel Jospin, Laurent Fabius, Pierre Mauroy, Jean-Pierre Chevènement, Louis Mermaz, Pierre Joxe, Jacques Delors, Pierre Bérégovoy, Jean Poperen, Jean-Luc Mélenchon (oui oui), etc. En 2008, on avait encore des éléphants de seconde zone : François Hollande, Dominique Strauss-Kahn, Martine Aubry, Bertrand Delanoë, Ségolène Royal, Benoît Hamon, etc. Aujourd'hui, en 2025, le combat de coqs (plus que d'éléphants) se résumera à une rivalité (déjà ancienne) entre Olivier Faure, l'actuel premier secrétaire du PS, et Nicolas Mayer-Rossignol, le maire de Rouen qui était déjà près de prendre la place du précédent au précédent congrès, celui de Marseille en janvier 2023.

    Si on regarde de près les conditions de ce congrès du PS, on se dit que décidément, il ne faut pas attendre de ce parti un choc de simplification, la fin de l'ultranormisation, ni la fin de l'ultraformalisation de la société. J'en veux pour preuve ce parcours du combattant : le militant de base qui veut voter avec discernement et en toute connaissance de cause devra avant tout se farcir le rapport d'activité du PS pour la période 2023-2025 (soit 54 pages), plus le livret des six "contributions générales" (soit 100 pages), plus le livret des trois "textes d'orientation" (soit 83 pages)... on en est déjà, sur le compteur, à 237 pages, et je n'ai pas compté les "contributions thématiques" (il y en a beaucoup !) qui, insiste beaucoup le site officiel du PS, « n'engagent que leurs auteurs et ne sont pas des positions officielles du parti socialiste » ! Et je n'ai pas précisé que ces textes lourdingues ont été mâtinés d'exécrable écriture inclusive.

     

     
     


    Reprenons d'abord le calendrier, lui-même déjà compliqué.

    D'abord, les "contributions générales" : le 5 avril 2025 a eu lieu le conseil national de dépôt des "contributions générales". Mais on pourrait d'abord se demander : qu'est-ce que c'est, une "contribution générale" ? À cela, je répondrais que c'est une bonne question... et aussi que c'est un texte rempli de blabla (car on blablate beaucoup chez les socialistes) qui est présenté d'abord par un ambitieux et ses copains, l'ambitieux souhaitant être calife à la place du calife (c'est-à-dire être premier secrétaire du PS), à moins qu'il ne soit le calife lui-même, auquel cas il souhaiterait alors le rester (et ses copains aussi).

    En tout, six "contributions générales" ont été déposées. Pour qu'elles soient validées, il faut qu'elles aient obtenu au moins 15 parrainages de membres du conseil national. Pas facile si l'on en juge par les chiffres. J'avais envisagé de nommer les contributions par leur titre déclaré (comme "Le cœur de la gauche" ou "Pour gagner, un grand PS et une nouvelle alliance, Debout les socialistes"... et puis je me suis dit que cela allait compliquer encore les choses (rappelez-vous, pour les assesseurs, l'horrible dépouillement des élections européennes du 9 juin 2024, où il y avait 38 listes, dont le titre n'avait pas grand-chose à voir avec le nom de la tête de liste).

    Ainsi, il y a, dans l'ordre décroissant de parrainages, la contribution d'Olivier Faure (119 parrainages), la contribution de Nicolas Mayer-Rossignol (72), la contribution d'Hélène Geoffroy (42), celle de Boris Vallaud (27), de Philippe Brun et Jérôme Guedj (15 juste) et celle du député socialiste Paul Christophle (15 aussi).

    Ensuite, parlons des "textes d'orientation" : le 26 avril 2025 a eu lieu le "conseil national de synthèse" où sont déposés les "textes d'orientation". Alors, qu'est-ce qu'un "texte d'orientation" ? Bonne question, etc. Un "texte d'orientation", c'est un texte contributif dont le "premier signataire" (c'est une fonction maintenant) est d'office candidat au poste de premier secrétaire du PS. Ou presque ! En gros, vous prenez les "contributions générales", vous les mettez dans un mixeur appelé "synthèse", et il en ressort des "textes d'orientation", et si le mixeur est efficace, il y en a moins que de "contributions générales", c'est-à-dire que plusieurs contributions ont fusionné parfois en un seul texte. Le "premier signataire" est évidemment un ambitieux soutenu par ses copains. Pour que ce soit validé comme un "texte d'orientation", il faut qu'il soit approuvé par au moins 30 parrains.

    De ce "conseil national de synthèse" sont donc ressortis, en tout, trois "textes d'orientation" (on appelait cela "motions" dans les belles heures des congrès du PS) : le texte A d'Olivier Faure (145 parrainages), le texte C de Nicolas Mayer-Rossignol (126 parrainages) et le texte B de Boris Vallaud (30 parrainages).

    D'un point de vue politique, ou plutôt, politicien car j'ai renoncé à tenter d'y voir un sens politique autrement que des copineries d'appareil et de la cuisine électorale interne, Olivier Faure a reçu le soutien de Paul Christophle et Nicolas Mayer-Rossignol ceux d'Hélène Geoffroy (comme au congrès de Marseille en janvier 2023) et de Philippe Brun et Jérôme Guedj.

    Pourquoi ai-je parlé de copineries d'appareil plutôt que de ligne politique claire ? Parce que par exemple, Nicolas Mayer-Rossignol serait plus au centre gauche qu'Olivier Faure, avec Hélène Geoffroy qui se revendique sociale-démocrate, mais Philippe Brun et Jérôme Guedj se revendiquent plutôt de l'aile gauche du PS, plus à gauche qu'Olivier Faure. Pour l'anecdote, Jérôme Guedj, qui a toujours été opposé à l'alliance avec l'insoumis Jean-Luc Mélenchon, était un bébé Mélenchon dans sa circonscription de Massy, dans l'Essonne, fief du grand gourou insoumis à l'époque où il n'était qu'un simple apparatchik du PS.

    Ce qui compte, donc, ce sont les signatures. Pour Boris Vallaud, le président du groupe PS depuis juin 2022, sa position d'outsider est très nette et sa démarche très personnelle. Il est soutenu par sa compagne ancienne ministre Najat Vallaud-Belkacem, Alain Rousset, Alain Vidalies, Christian Eckert, François Lamy, etc.

    Nicolas Mayer-Rossignol, lui, est soutenu par Hélène Geoffroy, Philippe Brun, Jérôme Guedj, Carole Delga, Karim Bouamrane, Lamia El Aaraje, Anne Hidalgo, Stéphane Le Foll, Rachid Temal, Laurence Rossignol, Jean-Christophe Cambadélis, David Assouline, François Bonneau, Philippe Doucet, François Kalfon, Dominique Potier, Colette Capdevielle ("inquisitrice" contre François Bayrou à la commission Bétharram), Marie-Guite Dufay, Mickaël Delafosse, Jean-Marc Germain, Marie-Arlette Carlotti, Patrick Kanner, Valérie Rabault, Rémi Feraud, Marie-Pierre de La Gontrie, etc. Parmi ses 5 000 signataires, on lit des doublons, par exemple, Nicolas Morvan et Angèle Louviers sont cités deux fois dans la liste, je ne sais pas s'ils sont comptés double (j'ai renoncé à aller trop loin, il ne faut pas exagérer !).

    Enfin, le chef actuel des socialistes au charisme fou, Olivier Faure, est soutenu par Martine Aubry, Jean-Marc Ayrault, Johanna Rolland, Guillaume Garot, Emma Rafowicz, Paul Christophle, Laurent Baumel, Luc Carvounas, Chloé Ridel, Ericka Bareigts, etc. Suit une liste de 2 500 noms.

    Il faut noter que les trois grosses têtes du PS actuel, à savoir Olivier Faure (premier secrétaire du PS), Boris Vallaud (président du groupe PS à l'Assemblée) et Patrick Kanner (président du groupe PS au Sénat) sont dans trois listes différentes. Ce qui montre un attelage politique très hétérogène.

     

     
     


    L'échéance suivante a lieu ce mardi 27 mai 2025. À cette date, justement, il y a le vote des adhérents du PS pour l'un des trois "textes d'orientation". On pourrait croire que c'est un vote programmatique, basé sur des lignes de fond, mais non. C'est un vote pour une personnalité, pour le prochain dirigeant du PS. Car la règle veut que les "premiers signataires" des deux "textes d'orientation" qui ont obtenu le plus de votes seront candidats au poste de premier secrétaire du PS.

    À cette occasion, on pourra donc connaître le nombre exact d'adhérents inscrits participant à ce scrutin ainsi que le nombre exact de vrais adhérents qui votent. Le congrès du PS est malencontreusement arrivé après celui de LR, si bien que la barre est haute pour dire que ce serait un succès : chez LR, il y a eu près de 100 000 votants (exactement 98 110), ce qui est très fort pour un parti (il y a un mois, les écologistes n'avaient eu que 6 702 votants !).

    Ce vote, qui aura lieu la semaine prochaine, est donc crucial. Ensuite, le jeudi 5 juin 2025 aura lieu à proprement parler l'élection du premier secrétaire du PS. L'enjeu est important sur l'avenir du gouvernement et surtout, l'avenir de la législature actuelle puisque le Président de la République reprend son droit à dissoudre à partir du 9 juin 2025. Enfin, le congrès aura lieu dix jours plus tard, du 13 au 15 juin 2025 à Nancy. Tout aura été déjà décidé par les adhérents... ou pas, car on a vu des congrès qui n'étaient pas très fixés par le vote des militants (Rennes en 1990, Reims en 2008 et aussi Marseille en 2023 !).

     

     
     


    Un petit mot pour le sortant, Olivier Faure, dont on a reproché la décision de dissoudre le gouvernement de Michel Barnier en mélangeant les voix socialistes avec celles des insoumis et surtout, celles du RN. Ensuite, on lui a reproché exactement le contraire quand il a refusé de censurer le gouvernement de François Bayrou avec l'argument développé par Corinne Narassiguin, la secrétaire nationale chargée de la coordination et des moyens du parti, mis au début de cet article.

    Le poste de premier secrétaire du PS est nationalement important. Si tous les premiers secrétaires n'ont pas été Présidents de la République, les rares Présidents de la République socialistes ont été tous premiers secrétaires, à savoir François Mitterrand et François Hollande (j'aurais pu aussi dire qu'ils avaient ce même prénom François mais on ne m'aurait pas cru !).


    Olivier Faure est premier secrétaire du PS depuis le 7 avril 2018, soit plus de sept années, ce qui commence à devenir important. Il a été élu le 29 mars 2018, et réélu les 18 septembre 2021 et 19 janvier 2023. Une réélection le 5 juin 2025 le placerait dans les historiques du parti socialiste (chef du PS jusqu'en 2028). Celui qui a été le premier secrétaire le plus long est François Hollande du 27 novembre 1997 au 26 novembre 2008 (11 ans). Il est suivi de François Mitterrand du 16 juin 1971 au 24 janvier 1981 (9 ans et 7 mois) et de Lionel Jospin du 24 janvier 1981 au 14 mai 1988 puis du 14 octobre 1995 au 2 juin 1997 (8 ans et 11 mois). Ces trois socialistes ont été les seuls, je souligne, les seuls dirigeants socialistes français à avoir eu le pouvoir par leur propre conquête électorale, le dernier, Lionel Jospin, en tant que Premier Ministre de cohabitation.

    On mesure ainsi l'importance politique d'Olivier Faure... ou le niveau de décrépitude dans lequel est tombé le parti socialiste ! Il jouit ainsi de ce paradigme du sortant qui lui donne plus de stature nationale que tout autre concurrent actuellement. D'ailleurs, c'est bien dans le texte d'Olivier Faure qu'on y trouve cette lignée en y ajoutant bien sûr Léon Blum, mais en oubliant Guy Mollet, l'indéboulonnable secrétaire général de la SFIO sous la Quatrième République : « Nous devons retrouver celles et ceux pour qui nous nous battons. Celles et ceux qui pâtiront les premiers d'une politique d'extrême droite, enfermée dans une logique nationaliste, individualiste et capitaliste qui n'a jamais nourri que le conflit et la guerre. La gauche est toujours arrivée au pouvoir à la faveur d'une alliance de classes, avec l'émancipation des travailleurs au cœur de son projet. C'était le cas du temps de Léon Blum, comme de François Mitterrand, Lionel Jospin et François Hollande. ».

    Et justement, parlons de ce dernier pour terminer. François Hollande est le seul cité encore en service, élu député en juillet 2024. Et qui soutient-il ? Prudemment, personne. Cet adepte de la synthèse intégrale a préféré voir venir, se disant qu'il est le seul capable de concourir avec le blason socialiste en 2027. Rappelons qu'il aura alors presque 73 ans. Et Olivier Faure presque 59 ans.



    Aussi sur le blog.
    Sylvain Rakotoarison (20 mai 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Congrès du PS : le choc de complexité !
    Robert Badinter.
    Congrès du PS à Rennes : l'explosion de la Mitterrandie.
    La préparation du congrès de Rennes (27 janvier 1990).
    Histoire du PS.
    Manuel Valls.
    Martine Aubry.
    Hubert Védrine.
    Julien Dray.
    Comment peut-on encore être socialiste au XXIsiècle ?
    François Bayrou et la motion de censure de congrès du PS.
    Lionel Jospin.
    Claude Allègre.
    François Mitterrand.
    Jacques Delors.
    Mazarine Pingeot.
    Richard Ferrand.
    Didier Guillaume.

    Pierre Joxe.
    André Chandernagor.
    Didier Migaud.
    Pierre Moscovici.

    La bataille de l'école libre en 1984.
    Bernard Kouchner.
    Hubert Curien.
    Alain Bombard.
    Danielle Mitterrand.
    Olivier Faure.
    Lucie Castets.

    Bernard Cazeneuve
    Gabriel Attal.
    Élisabeth Borne.
    Agnès Pannier-Runacher.
    Sacha Houlié.
    Louis Mermaz.
    L'élection du croque-mort.
    La mort du parti socialiste ?
    Le fiasco de la candidate socialiste.
    Le socialisme à Dunkerque.
    Le PS à la Cour des Comptes.








    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250520-congres-ps.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/congres-du-ps-le-choc-de-260727

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/05/20/article-sr-20250520-congres-ps.html



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