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gauche

  • L'étrange Georges Lemoine

    « Georges Lemoine nous a quittés. Maire, député, secrétaire d’État, il fut un homme de terrain profondément attaché aux quartiers populaires et à son enracinement chartrain. » (François Rebsamen, Ministre de l'Aménagement du territoire et de la Décentralisation et ancien maire de Dijon, le 25 juillet 2025 sur Twitter).



     

     
     


    L'ancien ministre socialiste Georges Lemoine est mort à Caen le vendredi 25 juillet 2025, tôt dans la matinée, à l'âge de 91 ans (il est né à Rouen le 20 juin 1934). Avec lui est parti l'un des hiérarques de la période socialo-communistes, promu par ses victoires locales dans l'Eure-et-Loir dont il était l'un des grands barons pendant plusieurs décennies. Il fut un compagnon de route historique de François Mitterrand dans les années 1960.

    Il a grandi près de Rennes et est devenu normalien, chargé d'enseignement en littérature. Georges Lemoine a rencontré François Mitterrand en 1965 à la Fédération de la gauche démocratique et socialiste (FGDS) qui l'a fait adhérer à son club politique, la Convention des institutions républicaines (CIR). Aux élections municipales de 1971, Georges Lemoine a mené une liste de centre gauche à Dreux mais a échoué face au maire sortant pourtant membre du petit parti cofondé notamment par François Mitterrand, l'UDSR. Son échec l'a conduit à rejoindre le PS en 1971 (en même temps que les autres mitterrandistes), au congrès d'Épinay, pour le noyauter. En mars 1973, Georges Lemoine a aussi échoué aux élections législatives en Eure-et-Loir, ne parvenant pas à battre le député RI sortant (giscardien).

    Son implantation politique en Eure-et-Loir (depuis 1963) allait pourtant le faire gagner quelques mois plus tard, en septembre 1973 aux élections cantonales, remportant le canton de Chartes-Sud-Est et l'amenant à siéger au conseil général d'Eure-et-Loir de septembre 1973 à octobre 1988 et de mars 1994 à mars 2008. Emporté par une vague favorable à l'union de la gauche, Georges Lemoine est élu maire de Chartres en mars 1977 avec sa liste socialo-communiste face au maire sortant, le centriste Jean Laillet (CDS), qui a mené une liste CDS-RI-RPR (Jean Laillet avait été élu maire de Chartres le 12 mai 1975 pour succéder à Marcel Gaujard décédé en cours de mandat). Georges Lemoine a obtenu dès le premier tour 50,6% des voix, et son concurrent seulement 36,7%, handicapé par une troisième liste divers droite.
     

     
     


    Chartres fut alors son premier mandat de baron local. Georges Lemoine fut élu et réélu maire de Chartres de mars 1977 à janvier 1998, devant quitter son siège de maire en raison du cumul des mandats, mais se faisant élire à la place premier adjoint au maire de janvier 1998 à mars 2001 en conservant son bureau de maire (ce qui montrait bien l'hypocrisie du non-cumul des mandats). En outre, Georges Lemoine a présidé l'agglomération de Chartres jusqu'en mars 2001. En octobre 1981, à cause d'un différend avec son premier adjoint, pour le limoger, il a démissionné et a été réélu comme maire.

    Georges Lemoine a voulu que Chartres puisse devenir une grande ville de congrès et de salons en favorisant une forte capacité hôtelière. Il a aussi implanté une zone très étendue d'entreprises industrielles et du tertiaire, profitant de l'axe de l'autoroute A11 (allant vers Paris). Toutefois, après le constat d'une situation financière très difficile, il a augmenté fortement les impôts en 1997, ce qui n'était pas très populaire !

    L'année suivant sa victoire municipale, Georges Lemoine a remporté les élections législatives en mars 1978 sur son rival sortant de 1973. Il fut alors élu et réélu député de mars 1978 à mars 1993, battu en 1993, puis élu de juin 1997 à juin 2002. En particulier, Georges Lemoine est réélu député de Chartres en juin 1981 contre une ministre sortante du gouvernement de Raymond Barre, Monique Pelletier.
     

     
     


    Influent député-maire de Chartres, Georges Lemoine est devenu très logiquement ministre lors de la victoire de François Mitterrand en 1981, membre des gouvernements de Pierre Mauroy et Laurent Fabius de 1981 à 1986, précisément Secrétaire d'État chargé de l'Énergie du 22 mai 1981 au 23 juin 1981, puis Secrétaire d'État à la Défense du 23 juin 1981 au 23 mars 1983, enfin Secrétaire d'État chargé des DOM-TOM du 23 mars 1983 au 20 mars 1986. En 1981, selon l'AFP, il aurait refusé l'Éducation nationale.

    Grand maître de la fédération d'Eure-et-Loir du PS, Georges Lemoine a commencé à trouver face à lui des contestataires en interne. Le département ayant eu une tradition radicale, et le député-maire de Chartres étant plutôt de centre gauche, ce dernier a favorisé l'éclosion d'un parti régional incluant socialistes et radicaux de gauche. Mais le problème fut la division aux élections régionales de mars 1992 : parallèlement à la liste officielle du PS conduite par son adjointe Maryvonne Radix (également sa successeure au conseil général), existait une liste dirigée par le radical de gauche François Huwart (futur député et futur ministre) que certains ont cru soutenue par Georges Lemoine.

    Battu par le candidat RPR aux législatives en mars 1993, Georges Lemoine s'est représenté à nouveau aux élections cantonales en mars 1994 contre la sortante Maryvonne Radix, son adjointe qu'il a démise en raison de son investiture du PS. Georges Lemoine a alors gagné cette élection dès le premier tour sur les apparatchiks du PS qui l'ont alors exclu du parti.
     

     
     


    Malgré l'état épouvantable des finances de Chartres après une vingtaine d'années de gestion de la ville, Georges Lemoine a réussi en juin 1997 à se faire réélire député de justesse (à quelques centaines de voix près) grâce à la vague de la gauche plurielle. Il a préféré rester député et abandonner son mandat de maire pour le non-cumul (en janvier 1998), mais est resté en fait toujours le maître de cérémonie à Chartres jusqu'en mars 2001 où il a presque tout perdu : la mairie et la présidence de l'agglomération (plusieurs listes se sont affrontées et c'est la liste dissidente de droite qui a gagné, celle de Jean-Pierre Gorges, DL, élu maire et président de l'agglomération). Georges Lemoine a toutefois sauvé son mandat de conseiller général en se faisant réélire au conseil général en mars 2001.

    Battu encore par Jean-Pierre Gorges aux élections législatives de 2002 à la suite de la déconvenue présidentielle de Lionel Jospin, Georges Lemoine ne fut plus que l'ombre de lui-même en tant que conseiller général d'Eure-et-Loir (d'un conseil général dominé par le RPR) et conseiller municipal de Chartres (d'un conseil municipal dominé par la droite), jusqu'en mars 2008.

    À l'issue des élections cantonales de mars 2004, Georges Lemoine a quitté le groupe socialiste et a rejoint dans ses votes la majorité UMP-UDF, souhaitant s'allier avec le groupe UDF qui a refusé. En mars 2008, il a tenté sa réélection aux cantonales mais a été éliminé au second tour lors d'une triangulaire (en dernière place) et a échoué aussi à se faire élire au conseil municipal d'une très petite commune, Favril. N'ayant plus aucun mandat électif en mars 2008, Georges Lemoine a tenté un quasi-ultime combat en septembre 2008 lors d'une élection législative partielle sur son ancienne circonscription mais sans soutien du PS, il n'a obtenu que 14,5% et a été éliminé dès le premier tour. Depuis 2017, l'actuel député de cette circonscription est le macroniste Guillaume Kasbarian qui fut Ministre du Logement puis de la Fonction publique du 8 février 2024 au 23 décembre 2024.
     

     
     


    Et comme il a eu le soutien du micro-parti d'extrême gauche POI (parti ouvrier indépendant), issu du parti des travailleurs, Georges Lemoine en est devenu membre jusqu'à la fin de sa vie alors qu'il était plutôt positionné au centre gauche. Ce qui l'a conduit à se présenter une dernière fois en mars 2011 aux élections cantonales (sur un autre canton) avec l'étiquette du POI, ne recevant que 5,7% des voix (cinquième position) dans ce canton qui fut gagné par le candidat du PS. Il faut préciser qu'il existe un député POI depuis 2022, intégré au groupe des insoumis.

    De septembre 1973 (il avait 39 ans) à mars 2008 (il avait 73 ans), Georges Lemoine a eu ainsi une carrière politique de près de trente-cinq ans, ce qui reste très long même si, à partir des années 1990, sa vie politique fut de plus en plus chaotique, pêchant par ses dissensions avec le parti socialiste parisien (face au sien en Eure-et-Loir), jusqu'au point de se retrouver seul politiquement les dernières années d'activités politiques.

    Son ancien "complice" radical de gauche, François Huwart, qui fut député-maire de Nogent-le-Rotrou et ministre dans le gouvernement de Lionel Jospin, semble être parmi les rares personnalités politiques de gauche sincère dans l'expression de son émotion à l'annonce de sa mort : « Sa disparition me fait vraiment de la peine, parce que j’avais de l’estime et de l’admiration. C’était un homme de gauche et un homme libre, pas à la merci de la myopie des partis politiques. Je garde de lui l’image d’un homme très érudit et chaleureux, que je rencontrais dans sa maison de campagne au milieu de ses livres. Je l’ai connu très jeune puisque lorsque j’ai passé le concours de Normale supérieure, il faisait partie du jury. Il était d’une grande fidélité et a été très injustement attaqué par des gens qui lui ont décoché des flèches empoisonnées et qui, aujourd’hui, à sa mort, le couvrent de louanges hypocrites, alors qu'ils savent bien qu'il a terminé sa vie dans la solitude. » ("L'Écho républicain"). En d'autres termes, les hommages rendus aujourd'hui par des membres, actuels ou anciens, du parti socialiste sont à prendre avec les pincettes de l'hypocrisie. Étrange Georges Lemoine.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (26 juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Gisèle Halimi.
    Georges Lemoine.
    Jacques Delors.

    8e motion de censure pour convenance personnelle (du PS).
    Congrès du PS : Saloperies antisémites.
    Jérôme Guedj.
    Congrès du PS : "l'homme le plus riche du cimetière".
    Congrès du PS : Olivier Faure est-il en difficulté ?
    Congrès du PS : le choc de complexité !
    Robert Badinter.
    Congrès du PS à Rennes : l'explosion de la Mitterrandie.
    La préparation du congrès de Rennes (27 janvier 1990).
    Histoire du PS.
    Manuel Valls.
    Martine Aubry.
    Hubert Védrine.
    Julien Dray.
    Comment peut-on encore être socialiste au XXIsiècle ?
    François Bayrou et la motion de censure de congrès du PS.
    Lionel Jospin.
    Claude Allègre.
    François Mitterrand.
    Mazarine Pingeot.
    Richard Ferrand.
    Didier Guillaume.

    Pierre Joxe.
    André Chandernagor.
    Didier Migaud.
    Pierre Moscovici.

    La bataille de l'école libre en 1984.
    Bernard Kouchner.
    Hubert Curien.
    Alain Bombard.
    Danielle Mitterrand.
    Olivier Faure.
    Lucie Castets.

    Bernard Cazeneuve
    Gabriel Attal.
    Élisabeth Borne.
    Agnès Pannier-Runacher.
    Sacha Houlié.
    Louis Mermaz.
    L'élection du croque-mort.
    La mort du parti socialiste ?
    Le fiasco de la candidate socialiste.
    Le socialisme à Dunkerque.
    Le PS à la Cour des Comptes.











    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250725-georges-lemoine.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/l-etrange-georges-lemoine-262348

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/25/article-sr-20250725-georges-lemoine.html


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  • Gisèle Halimi, une femme militante

    « Gisèle Halimi devint ainsi la figure du féminisme contemporain, d'un féminisme qui veut éveiller les consciences, anéantir les inégalités, tendre avec exigence et détermination vers un monde de concorde entre les femmes et les hommes. Choisir la cause des femmes pour Gisèle Halimi, ce n'était pas faire le procès des hommes, c'était mettre à bas un système où les hommes dominent, endossent des représentations qui les favorisent. C’était retrouver une évidence universelle. Il est injuste, insupportable qu’une petite fille doive servir son frère aîné à table mais quel que soit son sexe, chacun est lié par une fraternité de destin. » (Emmanuel Macron, le 8 mars 2025 à Paris).



     

     
     


    L'avocate de la cause des femmes, Gisèle Halimi, est morte il y a cinq ans, le 28 juillet 2020 au lendemain de son 93e anniversaire (elle est née le 27 juillet 1927). On parle d'elle (des pétitions circulent) pour que ses restes soient transférés au Panthéon et l'Élysée n'y serait pas hostile.

    J'ai évoqué il y a quelques jours la figure de Monique Pelletier, qui est de la même génération (à un an près) que Gisèle Halimi. Les deux femmes ont fait beaucoup pour la cause des femmes, les deux ont été des avocates douées. Mais j'aurais une préférence pour Monique Pelletier, celle qui a fait des réalisations concrètes, hors des échos médiatiques mais essentielles pour les femmes, comme le reconduction définitive de la loi sur l'IVG (la loi Veil n'avait qu'une durée limitée de cinq ans) et aussi la loi qui considère le viol comme un crime et pas comme seulement un délit. Gisèle Halimi, qui s'est aussi frottée à la politique (mais les deux n'ont pas eu de "carrière", comme on dit), n'était pas dans la décision mais dans l'influence, dans le changement des mentalités.

    La jeune avocate tenace s'est d'abord fait connaître au début des années 1960 pour sa défense de Djamila Boupacha, militante du FLN en Algérie (qui est encore en vie, elle a 87 ans), qui fut arrêtée, violée et torturée par l'armée française pour une tentative d'attentat à Alger (qu'elle a reconnue). Grâce à la défense de Gisèle Halimi et au remue-ménage médiatique orchestré par Simone de Beauvoir, avec aussi Aimé Césaire, Louis Aragon, Germaine Tillion, Geneviève Anthonioz-De Gaulle, ce fut le procès de la torture en Algérie et les Accords d'Évian ont amnistié Djamila Boupacha qui fut libérée le 21 avril 1962 (et a bénéficié d'une ordonnance de non-lieu le 7 mai 1962). Djamila Boupacha fut l'une des égéries de l'indépendance de l'Algérie mais vite écartée par les hiérarques machos du FLN (et le Président algérien actuel Abdelmadjid Tebboune lui a proposé le 15 février 2022 de la nommer sénatrice mais elle a refusé).

     

     
     


    Le deuxième combat très médiatique de Gisèle Halimi, qui consacra sa réputation de militante des causes pour les femmes, c'est au début des années 1970 sa défense de Marie-Claire Chevalier, jeune fille de 16 ans victime d'un viol en août 1971 et accusée d'avoir pratiqué un avortement (par une "faiseuse d'anges" qui l'a conduite à être hospitalisée en raison d'une grave hémorragie). Gisèle Halimi a alors eu l'audace d'attaquer la loi même qui interdisait l'avortement. C'est le fameux procès de Bobigny en 1972 qui a agrégé toutes les militantes féministes derrière ce combat pour la justice, car Gisèle Halimi considérait comme une immense injustice de considérer une femme violée comme d'abord une coupable (cinq femmes y étaient jugées, en particulier la mère de Marie-Claire, modeste employée de la RATP, pour l'avoir aidée à avorter). Elle a gagné ce procès très médiatisé avec une relaxe de Marie-Claire le 11 octobre 1972 (Marie-Claire, qui a fait une tentative de suicide peu après son procès, a réussi à être mère et même grand-mère, et est morte le 23 janvier 2022 d'une tumeur au cerveau ; le Président de la République a salué sa mémoire).

    Il faut insister sur l'aspect très glauque de ce procès : le violeur, un jeune homme mineur qui se trouvait dans le même lycée, l'avait dénoncée (avait dénoncé sa victime qui avait pratiqué l'avortement !) car lui-même avait été arrêté par la police pour un vol de voitures et pensait que cette délation lui permettrait plus d'indulgence de la justice.
     

     
     


    Deux ans plus tard, la loi Veil a rendu ce genre de procès anachronique. Beaucoup considèrent encore aujourd'hui que c'est ce procès de Bobigny qui a permis la loi Veil, mais en fait, son principe était déjà dans les tuyaux des ministères, en particulier au Ministère de la Santé, pour des raisons de santé publique. Les femmes qui se faisaient avorter risquaient trop leur vie avec des hémorragies et des infections, d'où le besoin de légiférer pour arrêter les pratiques douteuses des "faiseuses d'ange", celle de Marie-Claire ayant écopé d'un an de prison avec sursis et d'une amende.

    Avant le procès de Bobigny, Gisèle Halimi avait signé le "Manifeste des 343", une tribune publiée le 5 avril 1971 dans "Le Nouvel Observateur" qui réclamait une loi pour l'avortement et dont les 343 femmes signataires reconnaissaient qu'elles s'étaient fait avorter, risquant ainsi des poursuites pénales. Parmi les signataires, au-delà de Gisèle Halimi et Simone de Beauvoir : Françoise Sagan, Marguerite Duras, Ariane Mouchkine, Stéphane Audran, Jeanne Moreau, Micheline Presle, Catherine Deneuve, Marceline Loridan, Bernadette Lafont, Antoinette Fouque, Françoise Fabian, Bulle Ogier, Marie-France Pisier, Yvette Roudy, Delphine Seyrig, Nadine Trintignant, Marina Vlady, Agnès Varda, etc. Il est à noter que Gisèle Halimi était la seule avocate de ces 343 signataires (elle risquait aussi de perdre son travail puisqu'elle se rendait coupable d'un délit). Ce manifeste a conduit la fondation du mouvement militant Choisir la cause des femmes, créé le 9 juin 1971 par Gisèle Halimi et Simone de Beauvoir.

    Évidemment, la loi Veil n'a pas tout résolu pour l'égalité, la justice, la parité des femmes et le combat de Gisèle Halimi n'est toujours pas achevé. Bien sûr, elle avait bien compris qu'il fallait se placer sur le plan politique.

    Proche de la gauche et surtout de François Mitterrand qu'elle avait soutenu dès 1965, elle s'est d'abord présentée dans le quinzième arrondissement de Paris aux élections législatives de mars 1967 avec l'étiquette de la FGDS (la fédération de la gauche non-communiste), mais n'a recueilli que 13,5% des voix au premier tour, éliminée et devancée par le candidat communiste qui échoua face au député sortant et ancien ministre gaulliste Jacques Marette (la FGDS avait réservé, pour le Mouvement démocratique féminin de Marie-Thérès Eyquem dont faisait partie Gisèle Halimi, sept circonscriptions, mais ingagnables à gauche !).

    Gisèle Halimi a fait une deuxième tentative dans une autre circonscription du quinzième arrondissement en mars 1978, cette fois-là sans investiture du PS, avec le soutien de son seul mouvement (Choisir la cause des femmes), ce qui fut un désastre électoral pour elle avec seulement 4,3% des voix derrière quatre candidats, celui du PCF, de l'UDF, du PS et enfin du RPR, sortant, Claude Roux, qui fut réélu (circonscription où allait être élu en juin 1981 le futur ministre Jacques Toubon).

    Mais en juin 1981, il n'était plus question de perdre alors que la gauche gagnait. François Mitterrand a refilé à Gisèle Halimi une circonscription en Isère, la quatrième (celle de Grenoble-Nord, Voiron, Vinay, Tullins, Rives, Saint-Marcellin), une circonscription déjà occupée par un député socialiste sortant, et pas des moindres puisqu'il s'agissait de Jacques-Antoine Gau, député-maire de Voiron depuis 1977 et même président du groupe PS à l'Assemblée Nationale en 1978, qui est mort le 29 mai 1981, trois semaines après l'élection de François Mitterrand à la Présidence de la République. Gisèle Halimi fut en tête au premier tour avec 33,2% et gagna largement au second tour avec 53,1% contre le futur député et maire de Voreppe Michel Hannoun (et futur président du conseil général de l'Isère).


    À l'origine, cette circonscription était réservée au suppléant de Jacques-Antoine Gau, à savoir le maire de Pont-en-Royans Yves Pillet (futur député de 1988 à 1993) et Gisèle Halimi avait reçu un accueil très froid des militants socialistes des lieux (comme elle fut rejetée de la première circonscription de Loir-et-Cher, celle de Pierre Sudreau, qui était le premier parachutage envisagé par elle en 1981). Elle était soutenue par Louis Mermaz, mitterrandiste (député-maire de Vienne, président du conseil général de l'Isère et ministre depuis quelques jours), son suppléant fut Maurice Rival, le maire de Chirens, un proche de Louis Mermaz, mais la venue de l'avocate était contestée par le député-maire de Grenoble Hubert Dubedout, rocardien, qui considérait cette circonscription réservée aux rocardiens. Pendant les quelques jours de campagne, elle fut aussi soutenue par Pierre Joxe (qui allait être un président du groupe PS très désagréable pour elle, apparentée PS), Michel Crépeau et Michel Jobert. Le jeune avocat André Vallini, futur député-maire de Tullins, futur président du conseil général de l'Isère et futur ministre, opposé à la candidature de Gisèle Halimi, est devenu son collaborateur parlementaire.
     

     
     


    Le mandat de députée de l'Isère a beaucoup déçu Gisèle Halimi, dès le premier jours, lorsqu'elle s'est rendue au Palais-Bourbon et qu'elle s'est aperçue qu'il y avait moins de femmes qu'à la Libération en 1945 (28, soit 5,7%, au lieu de 33), et cela malgré l'arrivée de nombreux nouveaux et jeunes députés socialistes : ils étaient quasiment tous des hommes !

    Toutefois, elle n'a pas été députée pour rien ! Bien que bridée par les socialistes qui se méfiaient d'une députée incontrôlable et inclassable, elle a contribué notamment à deux réalisations concrètes, aux côtés du Ministre de la Justice Robert Badinter.

    D'une part, elle a transformé le contenu de la prestation de serment des avocats. Son problème, c'était que dans l'ancien serment, le futur avocat s'engageait à prendre de la distance avec la cause de ses clients, or, elle considérait que l'avocat pouvait au contraire épouser cette cause. Ainsi, en 1982, la prestation de serment a été plus raccourcie, sans référence aux bonnes mœurs, à la sûreté de l'État et à la paix publique : « Je jure, comme avocat, d'exercer mes fonctions avec dignité, conscience, indépendance, probité et humanité. » (article 1er de la loi n°82-506 du 15 juin 1982 relative à la procédure applicable en cas de faute professionnelle commise à l'audience par un avocat).


    D'autre part, Gisèle Halimi a pris pleinement part à l'élaboration de la loi n°82-683 du 4 août 1982 relative à l'abrogation du deuxième alinéa de l'article 331 du code pénal, ce qui allait dépénaliser l'homosexualité pour les mineurs de plus de 15 ans. En tant que rapporteure de la proposition de loi (déposée par Raymond Forni, président de la commission des lois), Gisèle Halimi est intervenue dans l'hémicycle de l'Assemblée le 20 décembre 1981 : « On peut se demander, avec le recul, comment des députés français, c'est-à-dire par définition des femmes et des hommes qui devraient avoir l'intelligence de nos libertés fondamentales puisqu'ils sont chargés de les défendre, ont pu légiférer pour réprimer l'homosexualité. Car, s'il est un choix individuel par essence et qui doit échapper à toute codification c'est bien celui de la sexualité. Il ne peut y avoir de " morale sexuelle » de tous qui s'impose à la " morale sexuelle » de chacun. Chacun connaît la nécessité, pour l'individu, de vivre en accord avec ce qui reste le plus profondément inexprimé, par peur, honte, conditionnement social ou répression, je veux dire sa sexualité. Et qu'il s'agisse d'hétérosexualité ou d'homosexualité, cette relation à l'autre ne peut jouer comme un facteur d'équilibre que débarrassée de la clandestinité ou de l'autocensure auxquelles contraint bien souvent notre environnement et, en premier lieu, nos lois qui, dans notre culture, provoquent au changement des mentalités, avant de changer elles-mêmes. Certes, comme toute liberté, ce droit de choisir sa sexualité connaît ses limites, classiques au demeurant. (…) Pour le législateur de 1950, les homosexuels étaient donc considérés comme un fléau social, pêle-mêle avec les bouilleurs de cru, les proxénètes, et tant d'autres. ».

    Et de préciser clairement les conséquences de cette proposition de loi : « Pour qu'il y ait délit au titre du deuxième alinéa de l'article 331, quatre éléments doivent être réunis. Il faut qu'un acte matériel ait été commis. Il est nécessaire, en second lieu, que cet acte revête un caractère impudique ou contre nature. La troisième condition tient à l'absence de violence ou de contrainte. Enfin, quatrième élément constitutif de l'infraction, les participants doivent être du même sexe et l'un d'entre eux au moins doit être un mineur âgé de 15 ans à 18 ans. L'énumération même des éléments constitutifs de l'incrimination montre que l'abrogation de ce texte n'aurait pas pour effet d'accorder la moindre impunité aux homosexuels en matière d'attentat aux mœurs. L'abrogation a simplement pour objet de signifier que les homosexuels sont des citoyens qui doivent répondre de leurs actes au même titre que les hétérosexuels, quand ces actes constituent des délits. Resteraient punissables tous les attentats à la pudeur avec violence, les attentats à la pudeur sans violence, c'est-à-dire toute relation homosexuelle avec un mineur de moins de 15 ans, de même que le proxénétisme tendant à favoriser la prostitution homosexuelle des mineurs, que ceux-ci soient âgés de plus ou de moins de 15 ans, en vertu de l'article 334-1 du code pénal. N'oublions pas non plus l'article 356 du même code (…) qui punit le détournement de mineurs, quel que soit le sexe du coupable et de la victime. ».


    Tout aussi clairement, Gisèle Halimi a exposé les raisons de son indignation pour cet article du code pénal (alinéa 2 de l'article 331) qui serait abrogé : « Il devient clair que le texte actuel crée une inacceptable inégalité, devant la loi, de deux catégorie de citoyens. Aujourd'hui encore, la loi laisse subsister des différences discriminatoires à l'égard d'une certaine catégorie, nombreuse, de citoyens, je veux parler de citoyennes. Mais le deuxième alinéa de l'article 331 du code pénal va, me semble-t-il, encore plus loin dans la discrimination. Ce n'est pas de racisme ni de sexisme qu'il s'agit : il s'agit simplement de créer, à l'intérieur de chaque sexe, une catégorie de sous-citoyens qui, parce qu'ils sont homosexuels, devraient répondre plus que les autres de leurs actes délictuels. Le délit qui leur est reproché est, de plus, et cela est grave en matière pénale, particulièrement mal défini. Qu'est "l'acte impudique et contre nature" quand il y a consentement ? Toute forme de relation sexuelle pourrait, à la limite, être définie comme un acte impudique ou contre nature et donc considérée comme une infraction, selon l'appréciation du juge ou du Parquet, selon la vie que ce juge mène, en fin de compte selon sa propre sexualité. Ce flou volontaire est particulièrement inacceptable dans une loi qui réprime. Ce texte crée, ce n'est pas la moindre de ses anomalies, une double majorité pénale. En effet, les jeunes âgés de quinze à dix-huit ans sont considérés comme mineurs au regard de telle incrimination et comme majeurs au regard de telle autre. Le deuxième alinéa de l'article 331 du code pénal crée ainsi une curieuse frange, où tantôt l'on est mineur, tantôt l'on est majeur, tantôt on a atteint l'âge du consentement, tantôt on est censé ne pas l'avoir atteint. Cette étrange dualité est choquante selon laquelle la majorité hétérosexuelle serait acquise à 15 ans et la majorité homosexuelle ne serait atteinte qu'à l'âge de 18 ans. Il n'est pas possible, me semble-t-il, de prévoir des solutions différentes pour les hétérosexuels et les homosexuels, car cette discrimination repose en vérité, qu'on le dissimule ou non sous des arguments politiques ou de droit constitutionnel, sur un jugement moral implicite ou explicite : l'homosexualité est l'anormalité. On en revient toujours au même constat, à savoir qu'entre les partisans du maintien de ce texte et les partisans de son abrogation, la divergence est inconciliable. Nous estimons, nous, que la liberté sexuelle inclut l'homosexualité et nos adversaires affirment le contraire. ».

    Elle a été très déçue par le machisme du PS et surtout le cynisme de François Mitterrand : « [Il] me recevait et m'écoutait poliment, mais il ne m'a été d'aucun soutien. (…) Il était bien trop éloigné de nos pensées, de nos révoltes, de notre sensibilité pour être un véritable compagnon de route. (…) Il faisait semblant de réfléchir et je touchais du doigt la toute-puissance du chef de l'État. Nommer, dé-nommer, re-nommer, gratifier... tout cela relevait de son pouvoir et de son bon plaisir. Le fait du prince. Le moins que l'on puisse dire est qu'il n'en a pas abusé pour promouvoir les femmes ! » (2020). C'est pour cela que Gisèle Halimi a quitté son siège de députée en septembre 1984 en démissionnant officiellement parce qu'elle était en mission plus de six mois auprès de Claude Cheysson, le Ministre des Relations extérieures, une mission opportune sur la crise des organisations internationales (son suppléant Maurice Rival lui a alors succédé, sans élection partielle). Cela l'amena finalement à être nommée ambassadrice de la France à l'UNESCO du 13 avril 1985 au 1er septembre 1986 (succédant à une autre femme, Jacqueline Baudrier, l'ancien présidente de Radio France). Puis elle fut présidente du Comité des conventions et des recommandations de l'UNESCO, puis conseillère spéciale de la délégation française à l'Assemblée générale de l'ONU. Mais elle retrouva surtout son activité d'avocate qu'elle n'a jamais quittée jusqu'à sa mort à 93 ans.

    Politiquement, elle a rejoint Jean-Pierre Chevènement aux élections européennes de juin 1994, placée en deuxième position sur sa liste mais n'a pas été élue à cause du faible score de la liste (2,5%). En 1998, elle a cofondé Attac, mouvement altermondialiste. Pas étonnant que l'émission "Autant en emporte l'histoire", produite par Stéphanie Duncan et diffusée le 3 avril 2022 sur France Inter, soit intitulée « Gisèle Halimi, la jeune fille insoumise » et ait commencé ainsi : « Mais comment Gisèle Halimi est-elle devenue une rebelle ? Qu’est-ce qui fait qu’un enfant, et singulièrement une petite fille, se mette à dire non, à se révolter contre l’injustice et un jour, à vouloir se battre pour les autres ? Rien n’était pourtant écrit d’avance pour la petite Gisèle née juive, colonisée, pauvre et femme. Avec un père qui ne voulait pas d’une fille et une mère qui ne voyait d’autre avenir pour elle que le mariage, la maternité et la soumission. ».

     

     
     


    Au point que certains proches (dont un de ses fils) l'ont fait parler outre-tombe en assurant qu'elle aurait milité contre la réforme des retraites deux ans et demi après son décès, raison qui les auraient poussés à contester la tenue de l'hommage national le 8 mars 2023 par le Président Emmanuel Macron (initiative approuvée au contraire par un autre fils de la militante disparue).

    C'est en effet dans la salle d'audience de la première chambre de la cour d'appel de Paris le 8 mars 2023 (journée des femmes) qu'Emmanuel Macron a prononcé un discours en hommage à l'action de Gisèle Halimi en faveur des femmes. Il a profité de l'occasion pour annoncer sa volonté de constitutionnaliser la loi sur l'IVG : « Et je veux aujourd’hui que la force de ce message nous aide à changer notre Constitution afin d’y graver la liberté des femmes à recourir à l’interruption volontaire de grossesse pour assurer solennellement que rien ne pourra entraver ou défaire ce qui sera ainsi irréversible. ». Ce qui fut fait exactement un an plus tard, le 8 mars 2024.

    Dans son livre posthume "Une farouche liberté" (publié en 2020), Gisèle Halimi a conclu ainsi : « Je suis convaincue que notre expérience de l'injustice, de l'exclusion, de la souffrance nous a conféré une richesse supplémentaire. Et que, sans en avoir conscience, nous puisons dans notre histoire de domination patriarcale des ressorts insoupçonnés. Il a fallu serrer les dents, s'adapter, inventer, résister. Refouler nos envies, mais pas notre imaginaire. Brider nos pulsions, pas notre volonté. Étouffer nos talents, pas notre sensibilité. Sans doute même s'est-elle développée, et nous donne-t-elle un sens de l'autre plus aigu, une indulgence pour la marge, une empathie pour les fragiles... Une nouvelle nature ? Je ne saurais trancher. Mais je sais que de ces valeurs d'opprimés, courage, endurance, résilience, peut jaillir une formidable créativité. ». Il est juste dommage que Gisèle Halimi n'a pas eu, avec les Sandrine Rousseau et consorts, les héritières politiques qu'elle aurait dû mériter...



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (26 juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Gisèle Halimi.
    Georges Lemoine.
    Jacques Delors.

    8e motion de censure pour convenance personnelle (du PS).
    Congrès du PS : Saloperies antisémites.
    Jérôme Guedj.
    Congrès du PS : "l'homme le plus riche du cimetière".
    Congrès du PS : Olivier Faure est-il en difficulté ?
    Congrès du PS : le choc de complexité !
    Robert Badinter.
    Congrès du PS à Rennes : l'explosion de la Mitterrandie.
    La préparation du congrès de Rennes (27 janvier 1990).
    Histoire du PS.
    Manuel Valls.
    Martine Aubry.
    Hubert Védrine.
    Julien Dray.
    Comment peut-on encore être socialiste au XXIsiècle ?
    François Bayrou et la motion de censure de congrès du PS.
    Lionel Jospin.
    Claude Allègre.
    François Mitterrand.
    Mazarine Pingeot.
    Richard Ferrand.
    Didier Guillaume.

    Pierre Joxe.
    André Chandernagor.
    Didier Migaud.
    Pierre Moscovici.

    La bataille de l'école libre en 1984.
    Bernard Kouchner.
    Hubert Curien.
    Alain Bombard.
    Danielle Mitterrand.
    Olivier Faure.
    Lucie Castets.

    Bernard Cazeneuve
    Gabriel Attal.
    Élisabeth Borne.
    Agnès Pannier-Runacher.
    Sacha Houlié.
    Louis Mermaz.
    L'élection du croque-mort.
    La mort du parti socialiste ?
    Le fiasco de la candidate socialiste.
    Le socialisme à Dunkerque.
    Le PS à la Cour des Comptes.



     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250728-gisele-halimi.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/gisele-halimi-une-femme-militante-261660

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/26/article-sr-20250728-gisele-halimi.html


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  • Congrès du PS : Saloperies antisémites

    « La politique commence par des valeurs, une exigence première. » (Jérôme Guedj, le 16 juin 2025 sur BFMTV).



     

     
     


    Dans un autre monde, ou plutôt, dans le monde d'avant, avant-populisme, avant-complotisme, avant-extrémisme, j'aurais trouvé le député PS de Massy Jérôme Guedj (53 ans) comme un adversaire politique redoutable, parce qu'il a du talent et qu'il est de l'aile gauche du PS et, donc, parce qu'il n'a pas les mêmes options politiques que moi. Mais il se trouve que, sans trahir ses convictions qui ne sont pas du tout les miennes, il a montré un vrai courage politique à s'attaquer à un extrémisme, celui du populiste de gauche qu'est Jean-Luc Mélenchon.

    Et il faut savoir mesurer ce courage, car il n'est pas seulement un courage politique, intellectuel, celui des idées, mais aussi un courage personnel, psychologique, car Jean-Luc Mélenchon, longtemps sénateur socialiste de l'Essonne (de 1986 à 2009) et numéro deux du conseil général de l'Essonne, a été le mentor politique du jeune Jérôme Guedj implanté dans la même ville, le même département que lui. Jérôme Guedj a été lui-même numéro deux du conseil général de l'Essonne de 2008 à 2011 puis son président de 2011 à 2015. Jérôme Guedj, énarque de la même promotion que Laurent Solly, Emmanuel Moulin, Sophie Boissard et Frédéric Mion, a même commencé en politique comme attaché parlementaire de Jean-Luc Mélenchon.

    Mais parfois, les idées doivent secouer les amitiés. Jérôme Guedj fait partie de cette gauche laïque, celle qui ne transige pas avec les valeurs républicaines, celle de la laïcité notamment mais plus généralement, il ne transige pas avec l'esprit de responsabilité. Un parlementaire doit tout faire pour réduire les fractures sociales, doit tout faire pour renforcer l'unité d'une nation à la cohésion très fragile, traversée par des clivages plus qu'idéologiques. Il ne doit donc pas mettre de l'huile sur le feu pour accroître les divisions dans une société.

    Son mentor a divergé vers une autre planète, vers un islamo-gauchisme qui dit clairement, cyniquement, son objectif, récupérer les voix d'une certaine catégorie de la population française pour atteindre le Graal politique, à savoir le second tour de la prochaine élection présidentielle, après trois échecs massifs (et pourtant clairs) en 2012, 2017 et 2022.

    Ainsi, Jérôme Guedj, au contraire de la plupart de ses camarades socialistes mollassons, a refusé l'investiture de la nouvelle farce populaire (NFP) dans sa sixième circonscription de l'Essonne (Massy, Palaiseau, Igny,Chilly-Mazarin) lors de la campagne des élections législatives de l'été dernier, parce qu'il ne voulait pas être élu avec l'aide des insoumis dont il rejette tout. Il a même bénéficié de l'absence d'un candidat Renaissance alors que c'était en 2017 la circonscription de l'actuelle ministre Amélie de Montchalin. Et FI lui a placé une candidate à sa gauche qui a fait 25,3% au premier tour mais qui s'est désistée en sa faveur au second tour pour le conforter dans son duel face au RN.

    Pourquoi est-ce que j'évoque Jérôme Guedj ? C'est parce qu'il est "la" figure, la seule figure qui s'est dégagée du très piteux congrès du parti socialiste du 13 au 15 juin 2025 à Nancy. La SFIO avait déjà organisé deux de ses congrès à Nancy, en 1907 et en 1929, et c'est bien l'image d'un PS proche de la SFIO, aussi archaïque que la SFIO, avec un chef aussi mou que Guy Mollet, qui s'est dégagée durant ces quelques heures de meetings. Je m'en réjouis, cela évitera de marquer d'un congrès socialiste la belle ville de Nancy !

     

     
     


    À Nancy, il n'y avait plus aucune incertitude sur la reconduction de premier secrétaire sortant, Olivier Faure, qui est dans cette fonction depuis le 7 avril 2018 et qui devrait y rester jusqu'en 2027 au moins. À ce titre, en termes de longévité, il égalise avec les trois chefs historiques du PS depuis 1969, j'oserais dire les trois seuls chefs historiques du PS, à savoir François Mitterrand (du 16 juin 1971 au 24 janvier 1981), Lionel Jospin (du 24 janvier 1981 au 14 mai 1988 et du 14 octobre 1995 au 2 juin 1997) et François Hollande (du 27 novembre 1997 au 26 novembre 2008). Il faut insister sur le fait que ces trois personnalités sont les seules personnalités socialistes à avoir obtenu, seules, le pouvoir exécutif par leur propre mérite, soit comme Président de la République élu par les Français, soit comme Premier Ministre de cohabitation soutenu par une majorité parlementaire. Je pense qu'Olivier Faure ne devrait pas suivre le chemin de ses trois prédécesseurs, puisque le PS ne vaut plus que 1,7% à la bourse de l'élection présidentielle... et ce congrès de Nancy a confirmé qu'aucune impulsion n'a été donnée à ce parti moribond pour qu'il décolle de ce niveau vaseux.

    C'est la raison pour laquelle, au printemps 2025, Jérôme Guedj, pourtant de l'aile gauche, a rejoint l'aile droite menée par Nicolas Mayer-Rossignol, le maire de Rouen, qui souhaite rompre définitivement avec Jean-Luc Mélenchon, France insoumise et leur islamo-gauchisme flirtant avec l'antisémitisme le plus cynique.


    Mais avant de parler de ce congrès (ce qui relève de l'exploit, le vide n'attirant que l'indifférence et l'inconsistance), rappelons les résultats des votes des adhérents préalablement à ce congrès.

    Le 27 mai 2025, trois candidats : Olivier Faure a recueilli 10 299 voix, soit 42,0%, Nicolas Mayer-Rossignol 9 897 voix, soit 40,4%, et Boris Vallaud 4 313 voix, soit 17,6% Il faut souligner le faible nombre des adhérents inscrits, 39 829, et la faible participation, seulement 24 547, soit 61,6% (plus d'un tiers des adhérents ne se sentait pas concerné !). Il n'y aurait eu que 38 votes blancs ou nuls.

    Le 5 juin 2025, le second tour pour départager Olivier Faure et Nicolas Mayer-Rossignol. C'est le premier qui a gagné, mais de manière très serrée malgré le soutien de Boris Vallaud, avec 12 689 voix, soit 51,1%, battant le second avec 12 120 voix, soit 48,9%, avec une participation à peine plus forte, 25 164, sot 63,2% des inscrits. En outre, il y a eu 355 votes blancs ou nuls.

     

     
     


    Ce congrès du PS n'a apporté aucune idée nouvelle, rien que des discussions d'ordre tactique et politicien sur les relations entre le PS et FI. En gros, l'enjeu était : faut-il tenter de gagner en mettant les valeurs de côté ou perdre avec ses valeurs ? Olivier Faure, qui a besoin des insoumis dans sa circonscription seine-et-marnaise, ne peut pas se séparer trop fermement de FI, si bien que la ligne politique adoptée est l'autonomie avec FI mais accord ponctuel avec ces populistes de gauche.

    Jérôme Guedj a dénoncé les ambiguïtés mortifères pour le PS d'Olivier Faure qui expliquait le 12 juin 2025 dans "Libération" qu'il n'y aurait pas d'accord national avec FI mais en complétant aussitôt le contraire : « Je ne confonds pas les échéances : à l'échelle d'une commune, un adjoint à l'urbanisme qui vient de LFI, où est le problème ? C'est déjà le cas. ».

    Quelqu'un a-t-il entendu le discours de clôture du congrès d'Olivier Faure le 15 juin 2025 ? Non ? Ça ne m'étonne pas, puisque ça ne sert à rien. Aucune nouvelle idée, ai-je écrit. Mais pourtant, il est ressorti un seul discours de ce congrès de Nancy, c'est celui prononcé par Jérôme Guedj le 14 juin 2025, la veille (comme ce n'est pas une guest star, il n'a eu le droit qu'à une parole subalterne). Pourtant, c'est bien son discours qui est resté dans les mémoires et qui va sans doute y rester pour longtemps.

    Pour résumer, Jérôme Guedj, qui s'était fait traiter de "sioniste génocidaire" par des élus insoumis il y a quelques semaines, a riposté en disant que leur gourou était un (je cite) "salopard antisémite". Comme pour se faire une idée, il vaut mieux avoir cette expression dans son contexte, voici la phrase complète, prononcée par un vrai tribun (il a été à bonne école) :
     

     
     


    « Quand je dis à Jean-Luc Mélenchon qu'il n'est pas possible et souhaitable de défendre la revendication de la Palestine de la mer à la rivière, je défends la position historique des socialistes, notamment celle de François Mitterrand à la Knesset en 1982, qui est celle de la solution à deux États, de la sécurité d'Israël et de la reconnaissance de l'État palestinien. Et qu'à ce moment-là, à ce moment-là, je deviens le "sioniste génocidaire" pour Jean-Luc Mélenchon et les siens, et que j'ai une meurtrissure terrible à dire devant ce congrès que pour la première fois de ma vie, j'ai dû dire de l'homme que j'ai aimé profondément, qu'il est devenu un "salopard antisémite", avec des propos qui sont pour nous absolument insupportables. Alors, nous devons avoir cette nuance. Nous devons la revendiquer. Sur la laïcité (…), sur la République sociale, sur l'ensemble des territoires perdus de la République... Et de là où je suis, je termine par là, je suis un fervent défenseur du rassemblement de la gauche et des écologistes, mais je nous adjure collectivement : ne vendons pas notre âme aujourd'hui au nom de ces huées fanatiques. Il n'est plus possible d'avoir le moindre point de contact avec ceux qui, aujourd'hui, abîment la gauche, l'universalisme, la République et la laïcité. ».

    Quels sont ces "propos absolument insupportables" ?


    Jérôme Guedj a rappelé qu'il était régulièrement l'objet d'attaques antisémites de la part des insoumis, en particulier de leur gourou en chef, par des allusions nauséabondes, comme cette phrase piochée dans son blog : « On voit clairement une honte émerger de ces couinements. L’ambiguïté du propos est un signe dans son milieu de fanatisme. L’intéressant est de le voir s’agiter autour du piquet où le retient la laisse de ses adhésions. ». La réaction du député de l'Essonne à la lecture de cette note : « J’ai vu là, pour la première fois, l’expression délibérée d’un propos antisémite. ».

    L'adversaire d'Olivier Faure, Nicolas Mayer-Rossignol, était sur la même ligne en expliquant, le même jour, qu'il n'était pas possible d'avoir une alliance tant sur le plan national que localement : « Que préférons-nous ? Perdre des élections ou perdre nos âmes ? ».
     

     
     


    Deux jours plus tard, le 16 juin 2025 au micro de BFMTV, Jérôme Guedj, sans présenter d'excuse publiquement (alors qu'elles ont été exigées par Manuel Bompard, coordinateur de FI), a dit regretter d'avoir employé le terme "salopard" qui n'était pas « conforme à la conception que j'ai du débat politique » en ajoutant que le terme « n'était pas utile, "antisémite" suffisait ». Le divorce entre Jérôme Guedj et Jean-Luc Mélenchon date du 7 octobre 2023 et du refus des insoumis de qualifier le Hamas d'organisation terroriste. Jérôme Guedj a expliqué que le mot était « venu comme ça, (…) dans cette nécessité de secouer [le congrès], là où je voyais poindre une forme d’inertie, parce que le cœur du débat était de savoir si on pouvait continuer à avoir des relations avec la France insoumise ».

    Jérôme Guedj n'a pas mâché ses mots non plus pour qualifier l'attitude lâche d'Olivier Faure. Il a regretté le « flottement », le « flou permanent » du premier secrétaire du PS sur l'antisémitisme des insoumis, et il a trouvé franchement « minable » sa réaction dans la matinale de France 2 le 16 juin 2025, ajoutant : « Ce n’est pas un problème personnel que j’ai avec Jean-Luc Mélenchon, c’est un problème qui devrait concerner toute la gauche. ». Jérôme Guedj a été applaudi à Nancy, mais qui sortira publiquement de cette lâche facilité de laisser faire Olivier Faure dans sa complice alliance ?


    L'éditorialiste Patrick Cohen ponctuait sévèrement sa chronique du 16 juin 2025 sur France Inter : « Alors un congrès pour rien ? Rien de neuf sur le fond. Ni sur la stratégie présidentielle, toujours aussi floue. Et confirmation qu’il y a deux PS, pas irréconciliables, mais de plus en plus divergents. La gauche non-mélenchoniste qui ne sait pas où elle habite, n’ira pas toquer au parti socialiste. ». Il faut le dire comme c'est : cela fait longtemps que la gauche non-mélenchoniste a rejoint le Président Emmanuel Macron.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (17 juin 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Congrès du PS : Saloperies antisémites.
    Jérôme Guedj.
    Congrès du PS : "l'homme le plus riche du cimetière".
    Congrès du PS : Olivier Faure est-il en difficulté ?
    Congrès du PS : le choc de complexité !
    Robert Badinter.
    Congrès du PS à Rennes : l'explosion de la Mitterrandie.
    La préparation du congrès de Rennes (27 janvier 1990).
    Histoire du PS.
    Manuel Valls.
    Martine Aubry.
    Hubert Védrine.
    Julien Dray.
    Comment peut-on encore être socialiste au XXIsiècle ?
    François Bayrou et la motion de censure de congrès du PS.
    Lionel Jospin.
    Claude Allègre.
    François Mitterrand.
    Jacques Delors.
    Mazarine Pingeot.
    Richard Ferrand.
    Didier Guillaume.

    Pierre Joxe.
    André Chandernagor.
    Didier Migaud.
    Pierre Moscovici.

    La bataille de l'école libre en 1984.
    Bernard Kouchner.
    Hubert Curien.
    Alain Bombard.
    Danielle Mitterrand.
    Olivier Faure.
    Lucie Castets.

    Bernard Cazeneuve
    Gabriel Attal.
    Élisabeth Borne.
    Agnès Pannier-Runacher.
    Sacha Houlié.
    Louis Mermaz.
    L'élection du croque-mort.
    La mort du parti socialiste ?
    Le fiasco de la candidate socialiste.
    Le socialisme à Dunkerque.
    Le PS à la Cour des Comptes.







    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250615-congres-ps.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/congres-du-ps-saloperies-261568

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/06/15/article-sr-20250615-congres-ps.html


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  • Jérôme Guedj vole la vedette à Olivier Faure au congrès du PS

    « La politique commence par des valeurs, une exigence première. » (Jérôme Guedj, le 16 juin 2025 sur BFMTV).



     

     
     


    Dans un autre monde, ou plutôt, dans le monde d'avant, avant-populisme, avant-complotisme, avant-extrémisme, j'aurais trouvé le député PS de Massy Jérôme Guedj (53 ans) comme un adversaire politique redoutable, parce qu'il a du talent et qu'il est de l'aile gauche du PS et, donc, parce qu'il n'a pas les mêmes options politiques que moi. Mais il se trouve que, sans trahir ses convictions qui ne sont pas du tout les miennes, il a montré un vrai courage politique à s'attaquer à un extrémisme, celui du populiste de gauche qu'est Jean-Luc Mélenchon.

    Et il faut savoir mesurer ce courage, car il n'est pas seulement un courage politique, intellectuel, celui des idées, mais aussi un courage personnel, psychologique, car Jean-Luc Mélenchon, longtemps sénateur socialiste de l'Essonne (de 1986 à 2009) et numéro deux du conseil général de l'Essonne, a été le mentor politique du jeune Jérôme Guedj implanté dans la même ville, le même département que lui. Jérôme Guedj a été lui-même numéro deux du conseil général de l'Essonne de 2008 à 2011 puis son président de 2011 à 2015. Jérôme Guedj, énarque de la même promotion que Laurent Solly, Emmanuel Moulin, Sophie Boissard et Frédéric Mion, a même commencé en politique comme attaché parlementaire de Jean-Luc Mélenchon.

    Mais parfois, les idées doivent secouer les amitiés. Jérôme Guedj fait partie de cette gauche laïque, celle qui ne transige pas avec les valeurs républicaines, celle de la laïcité notamment mais plus généralement, il ne transige pas avec l'esprit de responsabilité. Un parlementaire doit tout faire pour réduire les fractures sociales, doit tout faire pour renforcer l'unité d'une nation à la cohésion très fragile, traversée par des clivages plus qu'idéologiques. Il ne doit donc pas mettre de l'huile sur le feu pour accroître les divisions dans une société.

    Son mentor a divergé vers une autre planète, vers un islamo-gauchisme qui dit clairement, cyniquement, son objectif, récupérer les voix d'une certaine catégorie de la population française pour atteindre le Graal politique, à savoir le second tour de la prochaine élection présidentielle, après trois échecs massifs (et pourtant clairs) en 2012, 2017 et 2022.

    Ainsi, Jérôme Guedj, au contraire de la plupart de ses camarades socialistes mollassons, a refusé l'investiture de la nouvelle farce populaire (NFP) dans sa sixième circonscription de l'Essonne (Massy, Palaiseau, Igny,Chilly-Mazarin) lors de la campagne des élections législatives de l'été dernier, parce qu'il ne voulait pas être élu avec l'aide des insoumis dont il rejette tout. Il a même bénéficié de l'absence d'un candidat Renaissance alors que c'était en 2017 la circonscription de l'actuelle ministre Amélie de Montchalin. Et FI lui a placé une candidate à sa gauche qui a fait 25,3% au premier tour mais qui s'est désistée en sa faveur au second tour pour le conforter dans son duel face au RN.

    Pourquoi est-ce que j'évoque Jérôme Guedj ? C'est parce qu'il est "la" figure, la seule figure qui s'est dégagée du très piteux congrès du parti socialiste du 13 au 15 juin 2025 à Nancy. La SFIO avait déjà organisé deux de ses congrès à Nancy, en 1907 et en 1929, et c'est bien l'image d'un PS proche de la SFIO, aussi archaïque que la SFIO, avec un chef aussi mou que Guy Mollet, qui s'est dégagée durant ces quelques heures de meetings. Je m'en réjouis, cela évitera de marquer d'un congrès socialiste la belle ville de Nancy !

     
     


    À Nancy, il n'y avait plus aucune incertitude sur la reconduction de premier secrétaire sortant, Olivier Faure, qui est dans cette fonction depuis le 7 avril 2018 et qui devrait y rester jusqu'en 2027 au moins. À ce titre, en termes de longévité, il égalise avec les trois chefs historiques du PS depuis 1969, j'oserais dire les trois seuls chefs historiques du PS, à savoir François Mitterrand (du 16 juin 1971 au 24 janvier 1981), Lionel Jospin (du 24 janvier 1981 au 14 mai 1988 et du 14 octobre 1995 au 2 juin 1997) et François Hollande (du 27 novembre 1997 au 26 novembre 2008). Il faut insister sur le fait que ces trois personnalités sont les seules personnalités socialistes à avoir obtenu, seules, le pouvoir exécutif par leur propre mérite, soit comme Président de la République élu par les Français, soit comme Premier Ministre de cohabitation soutenu par une majorité parlementaire. Je pense qu'Olivier Faure ne devrait pas suivre le chemin de ses trois prédécesseurs, puisque le PS ne vaut plus que 1,7% à la bourse de l'élection présidentielle... et ce congrès de Nancy a confirmé qu'aucune impulsion n'a été donnée à ce parti moribond pour qu'il décolle de ce niveau vaseux.

    C'est la raison pour laquelle, au printemps 2025, Jérôme Guedj, pourtant de l'aile gauche, a rejoint l'aile droite menée par Nicolas Mayer-Rossignol, le maire de Rouen, qui souhaite rompre définitivement avec Jean-Luc Mélenchon, France insoumise et leur islamo-gauchisme flirtant avec l'antisémitisme le plus cynique.


    Mais avant de parler de ce congrès (ce qui relève de l'exploit, le vide n'attirant que l'indifférence et l'inconsistance), rappelons les résultats des votes des adhérents préalablement à ce congrès.

    Le 27 mai 2025, trois candidats : Olivier Faure a recueilli 10 299 voix, soit 42,0%, Nicolas Mayer-Rossignol 9 897 voix, soit 40,4%, et Boris Vallaud 4 313 voix, soit 17,6% Il faut souligner le faible nombre des adhérents inscrits, 39 829, et la faible participation, seulement 24 547, soit 61,6% (plus d'un tiers des adhérents ne se sentait pas concerné !). Il n'y aurait eu que 38 votes blancs ou nuls.

    Le 5 juin 2025, le second tour pour départager Olivier Faure et Nicolas Mayer-Rossignol. C'est le premier qui a gagné, mais de manière très serrée malgré le soutien de Boris Vallaud, avec 12 689 voix, soit 51,1%, battant le second avec 12 120 voix, soit 48,9%, avec une participation à peine plus forte, 25 164, sot 63,2% des inscrits. En outre, il y a eu 355 votes blancs ou nuls.

     

     
     


    Ce congrès du PS n'a apporté aucune idée nouvelle, rien que des discussions d'ordre tactique et politicien sur les relations entre le PS et FI. En gros, l'enjeu était : faut-il tenter de gagner en mettant les valeurs de côté ou perdre avec ses valeurs ? Olivier Faure, qui a besoin des insoumis dans sa circonscription seine-et-marnaise, ne peut pas se séparer trop fermement de FI, si bien que la ligne politique adoptée est l'autonomie avec FI mais accord ponctuel avec ces populistes de gauche.

    Jérôme Guedj a dénoncé les ambiguïtés mortifères pour le PS d'Olivier Faure qui expliquait le 12 juin 2025 dans "Libération" qu'il n'y aurait pas d'accord national avec FI mais en complétant aussitôt le contraire : « Je ne confonds pas les échéances : à l'échelle d'une commune, un adjoint à l'urbanisme qui vient de LFI, où est le problème ? C'est déjà le cas. ».

    Quelqu'un a-t-il entendu le discours de clôture du congrès d'Olivier Faure le 15 juin 2025 ? Non ? Ça ne m'étonne pas, puisque ça ne sert à rien. Aucune nouvelle idée, ai-je écrit. Mais pourtant, il est ressorti un seul discours de ce congrès de Nancy, c'est celui prononcé par Jérôme Guedj le 14 juin 2025, la veille (comme ce n'est pas une guest star, il n'a eu le droit qu'à une parole subalterne). Pourtant, c'est bien son discours qui est resté dans les mémoires et qui va sans doute y rester pour longtemps.

    Pour résumer, Jérôme Guedj, qui s'était fait traiter de "sioniste génocidaire" par des élus insoumis il y a quelques semaines, a riposté en disant que leur gourou était un (je cite) "salopard antisémite". Comme pour se faire une idée, il vaut mieux avoir cette expression dans son contexte, voici la phrase complète, prononcée par un vrai tribun (il a été à bonne école) :
     

     
     


    « Quand je dis à Jean-Luc Mélenchon qu'il n'est pas possible et souhaitable de défendre la revendication de la Palestine de la mer à la rivière, je défends la position historique des socialistes, notamment celle de François Mitterrand à la Knesset en 1982, qui est celle de la solution à deux États, de la sécurité d'Israël et de la reconnaissance de l'État palestinien. Et qu'à ce moment-là, à ce moment-là, je deviens le "sioniste génocidaire" pour Jean-Luc Mélenchon et les siens, et que j'ai une meurtrissure terrible à dire devant ce congrès que pour la première fois de ma vie, j'ai dû dire de l'homme que j'ai aimé profondément, qu'il est devenu un "salopard antisémite", avec des propos qui sont pour nous absolument insupportables. Alors, nous devons avoir cette nuance. Nous devons la revendiquer. Sur la laïcité (…), sur la République sociale, sur l'ensemble des territoires perdus de la République... Et de là où je suis, je termine par là, je suis un fervent défenseur du rassemblement de la gauche et des écologistes, mais je nous adjure collectivement : ne vendons pas notre âme aujourd'hui au nom de ces huées fanatiques. Il n'est plus possible d'avoir le moindre point de contact avec ceux qui, aujourd'hui, abîment la gauche, l'universalisme, la République et la laïcité. ».

    Quels sont ces "propos absolument insupportables" ?


    Jérôme Guedj a rappelé qu'il était régulièrement l'objet d'attaques antisémites de la part des insoumis, en particulier de leur gourou en chef, par des allusions nauséabondes, comme cette phrase piochée dans son blog : « On voit clairement une honte émerger de ces couinements. L’ambiguïté du propos est un signe dans son milieu de fanatisme. L’intéressant est de le voir s’agiter autour du piquet où le retient la laisse de ses adhésions. ». La réaction du député de l'Essonne à la lecture de cette note : « J’ai vu là, pour la première fois, l’expression délibérée d’un propos antisémite. ».

    L'adversaire d'Olivier Faure, Nicolas Mayer-Rossignol, était sur la même ligne en expliquant, le même jour, qu'il n'était pas possible d'avoir une alliance tant sur le plan national que localement : « Que préférons-nous ? Perdre des élections ou perdre nos âmes ? ».

     
     


    Deux jours plus tard, le 16 juin 2025 au micro de BFMTV, Jérôme Guedj, sans présenter d'excuse publiquement (alors qu'elles ont été exigées par Manuel Bompard, coordinateur de FI), a dit regretter d'avoir employé le terme "salopard" qui n'était pas « conforme à la conception que j'ai du débat politique » en ajoutant que le terme « n'était pas utile, "antisémite" suffisait ». Le divorce entre Jérôme Guedj et Jean-Luc Mélenchon date du 7 octobre 2023 et du refus des insoumis de qualifier le Hamas d'organisation terroriste. Jérôme Guedj a expliqué que le mot était « venu comme ça, (…) dans cette nécessité de secouer [le congrès], là où je voyais poindre une forme d’inertie, parce que le cœur du débat était de savoir si on pouvait continuer à avoir des relations avec la France insoumise ».

    Jérôme Guedj n'a pas mâché ses mots non plus pour qualifier l'attitude lâche d'Olivier Faure. Il a regretté le « flottement », le « flou permanent » du premier secrétaire du PS sur l'antisémitisme des insoumis, et il a trouvé franchement « minable » sa réaction dans la matinale de France 2 le 16 juin 2025, ajoutant : « Ce n’est pas un problème personnel que j’ai avec Jean-Luc Mélenchon, c’est un problème qui devrait concerner toute la gauche. ». Jérôme Guedj a été applaudi à Nancy, mais qui sortira publiquement de cette lâche facilité de laisser faire Olivier Faure dans sa complice alliance ?


    L'éditorialiste Patrick Cohen ponctuait sévèrement sa chronique du 16 juin 2025 sur France Inter : « Alors un congrès pour rien ? Rien de neuf sur le fond. Ni sur la stratégie présidentielle, toujours aussi floue. Et confirmation qu’il y a deux PS, pas irréconciliables, mais de plus en plus divergents. La gauche non-mélenchoniste qui ne sait pas où elle habite, n’ira pas toquer au parti socialiste. ». Il faut le dire comme c'est : cela fait longtemps que la gauche non-mélenchoniste a rejoint le Président Emmanuel Macron.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (17 juin 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Congrès du PS : Saloperies antisémites.
    Jérôme Guedj.
    Congrès du PS : "l'homme le plus riche du cimetière".
    Congrès du PS : Olivier Faure est-il en difficulté ?
    Congrès du PS : le choc de complexité !
    Robert Badinter.
    Congrès du PS à Rennes : l'explosion de la Mitterrandie.
    La préparation du congrès de Rennes (27 janvier 1990).
    Histoire du PS.
    Manuel Valls.
    Martine Aubry.
    Hubert Védrine.
    Julien Dray.
    Comment peut-on encore être socialiste au XXIsiècle ?
    François Bayrou et la motion de censure de congrès du PS.
    Lionel Jospin.
    Claude Allègre.
    François Mitterrand.
    Jacques Delors.
    Mazarine Pingeot.
    Richard Ferrand.
    Didier Guillaume.

    Pierre Joxe.
    André Chandernagor.
    Didier Migaud.
    Pierre Moscovici.

    La bataille de l'école libre en 1984.
    Bernard Kouchner.
    Hubert Curien.
    Alain Bombard.
    Danielle Mitterrand.
    Olivier Faure.
    Lucie Castets.

    Bernard Cazeneuve
    Gabriel Attal.
    Élisabeth Borne.
    Agnès Pannier-Runacher.
    Sacha Houlié.
    Louis Mermaz.
    L'élection du croque-mort.
    La mort du parti socialiste ?
    Le fiasco de la candidate socialiste.
    Le socialisme à Dunkerque.
    Le PS à la Cour des Comptes.








    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250614-jerome-guedj.html

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/06/18/article-sr-20250614-jerome-guedj.html





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  • Congrès du PS : "l'homme le plus riche du cimetière"

    « La réponse est donc non. Le PS ne fera pas renaître la social-démocratie. À la place, à sa place, Olivier Faure pourra-t-il insuffler une dynamique, d’impulser un projet autonome ? Redonner ses chances à la gauche ? Il peut aussi se contenter d’être l’homme le plus riche du cimetière… » (Patrick Cohen, le 6 juin 2025 sur France Inter).



     

     
     


    Le chroniqueur de France Inter a trouvé la bonne formule : Patrick Cohen parlait en effet ce vendredi 6 juin 2025 dans la matinale de « l'homme le plus riche du cimetière ». En d'autres termes, Olivier Faure, premier secrétaire du PS sortant, a été reconduit à ce poste lors du vote des adhérents du PS le jeudi 5 juin 2025.

    Selon les résultats "officiels", je mets les guillemets car ne sont pas indiqués, à ma connaissance, les nombres de voix exacts, Olivier Faure a gagné le duel avec 50,9% face à son rival Nicolas Mayer-Rossignol, le maire de Rouen, qui n'a eu que 49,1%. Un score très serré mais pourtant, sans surprise sur son issue dans la mesure où Olivier Faure était le grand favori depuis l'annonce du soutien qu'il a reçu de Boris Vallaud, le troisième larron qui n'a pas été qualifié pour la finale.
     

     
     


    Le vrai résultat de cette élection bidonnée, c'est le nombre de votants au premier tour (je n'ai pas celui du second tour), qui est de l'ordre de 24 000 personnes, soit très loin des près de 100 000 pour LR. S'il fallait un mot pour qualifier ce parti, c'est le mot "moribond" qui viendrait immédiatement à l'esprit. Ce parti est moribond et la poursuite dans la continuité avec Olivier Faure, qui a été le fauteur de la catastrophe industrielle de la dernière élection présidentielle (1,7% !), et aussi de la désertification des fédérations (40 fédérations ont moins de 100 adhérents !), en gros, une perte de 50 000 adhérents depuis 2018, ne peut que lui être fatal. Un article du journal "Le Monde", pourtant assez complaisant avec le PS, propose une description apocalyptique de ce parti.
     

     
     


    Ce qui est donc clair, c'est que, d'une part, il reste très peu d'adhérents du PS actifs (c'est-à-dire qui votent), et d'autre part, ce parti moribond est complètement divisé en deux. Si le camp du maire de Rouen a finalement reconnu sa défaite, au contraire d'il y a deux ans en janvier 2023, il avait toutefois publié un communiqué très polémique dans la nuit du 5 au 6 juin 2025 : « Les résultats provisoires du 2e tour du congrès du PS donnent 50/50. Le parti est divisé, la direction sortante est désavouée, nous appelons à la responsabilité et à l'unité. (…) L'écart à ce stade est plus faible encore qu'au précédent congrès (Marseille), où le résultat n'avait finalement pas été validé. (…) On nous disait loin derrière, distancé. Finalement, alors que Boris Vallaud avait indiqué son choix pour Olivier Faure, nous remontons et faisons jeu égal. C'est un vrai désaveu pour la direction sortante, incapable d'avoir une majorité au premier tour le 27 mai dernier, et qui n'obtient pas de majorité claire au second tour. ».

     

     
     


    Si les mayer-rossignolistes (j'ose le terme) ont raison de parler d'un désaveu de la direction sortante par la faible mobilisation des adhérents, ils oublient aussi qu'eux-mêmes participent à ce désastre politique en renforçant les divisions et petitesses politiciennes qui restent illisibles au commun des électeurs. Du reste, en réaction à la publication du communiqué de ce camp sur Twitter, les internautes étaient sans complaisance et mettaient tout le monde dans le même paquet : « Un parti qui fait 2% aux présidentielles et scindé en 2, 2026 est déjà perdu grâce à des "stratèges" sans idées dans votre genre Olivier Faure, Nicolas Mayer-Rossignol, Boris Vallaud ».
     

     
     


    Du côté des fauristes (j'ose encore), l'audace était de mise. Je sais que la politique, c'est l'art de raconter des choses qui n'existent pas, mais là, ils y vont assez faure, comme j'oserais encore l'écrire !
     

     
     


    Pour faire voter Olivier Faure, les caciques et apparatchiks ont apporté quelques arguments sur un plateau (qui n'est plus d'argent). D'une part, en votant Olivier Faure, on voterait : « pour une gauche unie de Ruffin à Glucksmann », « pour vaincre la haine » (le beau programme politique concret et solide mis en priorité !), « pour poursuivre ensemble le redressement du PS » (encore fallait-il qu'il commençât !), « pour taxer les riches » (ça marche toujours à gauche, un argument qui a mené à la faillite des finances publiques), etc. (je n'insiste pas car le flot est illisible et insipide).
     

     
     


    Mais à côté de cette affiche passe-partout, il y a un argument massue donné par les fauristes : « De plus en plus de Françaises et de Français misent sur lui pour l'avenir ! ». Mais qui sont donc ces mystérieux Françaises et Français ? On pourrait croire qu'Olivier Faure égalerait Marine Le Pen et Édouard Philippe dans les sondages et que la présidentielle de 2027 va se jouer dans un mouchoir de poche. Pas du tout, ils nous montrent le Baromètre du Figaro de juin 2025 sur la cote d'avenir des personnalités politiques et confortent l'idée première par le fait « qu'Olivier Faure signe la plus forte progression à gauche ». En lisant la liste, on s'aperçoit que la cote d'Olivier Faure est derrière Raphaël Glucksmann, Robert Ménard, François Ruffin, Éric Ciotti, Fabien Roussel et est équivalente à celle de Laurent Wauquiez ou de Nicolas Dupont-Aignan. Pas de quoi en tirer gloriole !
     

     
     


    Cela dénote au moins l'idée très nette qu'Olivier Faure a l'intention de se présenter à l'élection présidentielle (le ridicule ne tue pas, sinon, ça se saurait), ce qui entre en contradiction avec sa volonté de rassembler (dans un très petit éventail) de François Ruffin à Raphaël Glucksmann, alors que tous les deux sont aussi de potentiels candidats à l'élection présidentielle.
     

     
     


    Politiquement et stratégiquement, la victoire de la ligne Olivier Faure est clairement celle de l'alliance avec Jean-Luc Mélenchon. D'ailleurs, dès ce vendredi matin, la numéro deux du PS et maire de Nantes, Johanna Rolland expliquait doctement sur Public Sénat que le PS ferait des alliances ponctuelles avec les insoumis.

    C'est donc clair que la direction sortante et reconduite n'a rien compris à la signification d'une alliance avec le parti mélenchoniste qui se veut consciemment islamo-gauchiste, mettant en péril les valeurs de la République et la cohésion d'une société déjà très fragilisée par les divisions idéologiques. Cela montre aussi que cette direction n'a pas compris non plus pourquoi elle a été autant désavouée depuis si longtemps (et qu'elle n'a bénéficié que du vide de leadership).

    Les résultats serrés du choix de la tête du PS sont tels qu'ils sont insignifiants. Patrick Cohen l'a noté avec raison le 6 juin 2025 : « Impossible de parler d’une victoire nette, d’un vote qui indique un cap, une perspective, une clarification dans la remise en mouvement de la gauche non-mélenchoniste. Ou même une aspiration au changement plutôt qu’une volonté de continuité. Si le métier du commentateur est bien de donner du sens aux événements, encore faut-il que les événements aient un minimum de talent… On notera aussi que c’est la troisième fois que le parti socialiste se joue à 50-50. La dernière fois, c'était à Marseille il y a deux ans, avec les deux mêmes duellistes, le même vainqueur Olivier Faure, quasiment le même score, mais davantage de contestation. ».
     

     
     


    Ce n'est évidemment pas l'analyse d'Olivier Faure lui-même quand il a appris sa réélection à 3 heures 35 du matin (nuit du 5 au 6 juin 2025). Très content, voire triomphaliste, il a fait croire qu'il était un nouveau François Mitterrand qui, lui, avait bâti réellement un mouvement entre 1971 et 1981 : « Dès demain, nous poursuivrons le travail commencé en 2018 pour amplifier la dynamique, avec un parti socialiste ancré au cœur de la gauche. Il nous reste tant à construire ensemble pour ouvrir le chemin vers de nouvelles victoires. ». L'expression "vers de nouvelles victoires" fleure bon Ségolène Royal qui, dans son enthousiasme de son échec électoral le 6 mai 2007, avait terminé son discours en criant « En avant vers de nouvelles victoires ! ».

    Des internautes médisants ont cependant proposé un autre discours pour Olivier Faure, plus proche de la réalité...

     

     
     


    Certains ont même présenté un nouvel emblème pour le PS, au lieu de sa traditionnelle rose, une brosse des toilettes. Un autre a lâché désabusé : « Olivier Faure fanfaronne car il a été réélu à la tête du PS. Tout ce cinéma après avoir vendu son âme aux crapules de LFI. Tout le cinéma pour faire 2% à l'élection présidentielle. ». Précisons que le 2% est une surestimation de la réalité qui est à 1,7%. Celui qui a le mieux synthétisé la situation a écrit : « Au royaume des serpillières, les torchons sont rois. » !

    Le quart d'heure de gloire était quand même pour Olivier Faure ce 6 juin 2025 : il a été l'invité du prestigieux journal télévisé de 20 heures sur TF1. Il a notamment déclaré : « Il faut que la victoire d'hier qui m'a reconduit à la tête du parti socialiste soit utile aux Française et aux Français. ». Cela va donc être difficile voire mission impossible pour le député de Seine-et-Marne qui n'aurait jamais été réélu dans sa circonscription sans l'aide des mélenchonistes.
     

     
     


    Ce qui frappe le plus lorsqu'on veut écouter la vidéo de cette interview (oui, je me risque à tout), c'est... la durée de celle-ci. En général, lorsqu'on est un personnage qui compte dans la vie politique, on a dix minutes ou un quart d'heure au moins pour s'expliquer. Mais dans le cas d'Olivier Faure, on note qu'il n'a eu droit qu'à 3 minutes 48. Ne croyez pas que c'est un scandale de la chaîne. C'est simplement la réalité électorale de ce micro-parti (je le répète, 1,7% à l'élection présidentielle). C'est même déjà beaucoup comme durée.

    De même, cette vidéo sur Youtube ne sera pas virale (quelques centaines de vues après plusieurs heures). Et quelques commentaires fort peu flatteurs, comme celui-ci : « Le PS coule ! ». Un autre : « Créer une dynamique ? (…) Et pourquoi pas un programme, pendant que vous y êtes ? ».

     
     


    En fait, la réélection d'Olivier Faure satisfait tous ses adversaires politiques. D'abord Jean-Luc Mélenchon qui est heureux de voir confirmer la ligne qui souhaite l'alliance avec ses insoumis. Ensuite, Marine Le Pen se frotte les mains car elle comprend que l'alternance ne se fera pas à gauche tant elle est divisée, et espère bien recueillir les souhaits de renouvellement. Enfin, le Président Emmanuel Macron peut, lui aussi, être satisfait car cela va obliger les sociaux-démocrates du PS à quitter ce parti et rejoindre le bloc central à l'instar de Manuel Valls, François Rebsamen, Juliette Méadel, François Patriat, Jean-Yves Le Drian, Florence Parly, etc. Son objectif de réunir des socialistes aux républicains n'a jamais été aussi près d'être atteint.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (06 juin 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Congrès du PS : "l'homme le plus riche du cimetière".
    Congrès du PS : Olivier Faure est-il en difficulté ?
    Congrès du PS : le choc de complexité !
    Robert Badinter.
    Congrès du PS à Rennes : l'explosion de la Mitterrandie.
    La préparation du congrès de Rennes (27 janvier 1990).
    Histoire du PS.
    Manuel Valls.
    Martine Aubry.
    Hubert Védrine.
    Julien Dray.
    Comment peut-on encore être socialiste au XXIsiècle ?
    François Bayrou et la motion de censure de congrès du PS.
    Lionel Jospin.
    Claude Allègre.
    François Mitterrand.
    Jacques Delors.
    Mazarine Pingeot.
    Richard Ferrand.
    Didier Guillaume.

    Pierre Joxe.
    André Chandernagor.
    Didier Migaud.
    Pierre Moscovici.

    La bataille de l'école libre en 1984.
    Bernard Kouchner.
    Hubert Curien.
    Alain Bombard.
    Danielle Mitterrand.
    Olivier Faure.
    Lucie Castets.

    Bernard Cazeneuve
    Gabriel Attal.
    Élisabeth Borne.
    Agnès Pannier-Runacher.
    Sacha Houlié.
    Louis Mermaz.
    L'élection du croque-mort.
    La mort du parti socialiste ?
    Le fiasco de la candidate socialiste.
    Le socialisme à Dunkerque.
    Le PS à la Cour des Comptes.







    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250605-parti-socialiste.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/congres-du-ps-l-homme-le-plus-261390

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/06/05/article-sr-20250605-parti-socialiste.html


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  • Qui se souvient de la candidate Huguette Bouchardeau ?

    « Je crois que beaucoup de gens peuvent se reconnaître sur les projets du PSU, et que par ailleurs, les voix des femmes, dans cette campagne, eh bien, elles ne seront pas trop représentées et que je pense que si ma candidature n'avait que ce rôle-là, ça vaudrait déjà la peine ! » (Huguette Bouchardeau, le 13 avril 1981 sur RTL).



     

     
     


    Candidate à l'élection présidentielle de 1981, Huguette Bouchardeau a fêté son 90e anniversaire ce dimanche 1er juin 2025. Née à Saint-Étienne, cette dame assez curieuse de la vie politique a marqué le début des années 1980. Qui s'en souvient ?

    La candidate bossait encore en pleine campagne présidentielle car elle n'était pas payée autrement : elle enseignait à Lyon, elle était mère de ses enfants (dont la plus jeune avait 13 ans) et femme de son mari à Saint-Étienne, et elle faisait campagne à Paris (où on lui avait loué un petit appartement) et partout en France (des meetings dans 160 villes !).

    Huguette Bouchardeau était alors la secrétaire nationale du PSU, le parti socialiste unifié, et s'était présentée à l'élection présidentielle pour mettre les femmes à l'affiche, l'écologie et le partage du temps de travail. Elle allait bientôt avoir 46 ans. Elle n'était pas la première femme à s'être présentée puisque la porte-parole de Lutte ouvrière Arlette Laguiller était déjà candidate en 1974, et avec cette dernière et la gaulliste Marie-France Garaud (qui s'est éteinte l'an dernier), elle faisait partie des trois femmes capables de participer à la compétition.

    Et rien que cela, c'était déjà un exploit, car la nouvelle règle à partir de 1976, c'était d'être parrainée par 500 maires ou parlementaires, élus régionaux et départementaux... au lieu de 100. Cette règle avait empêché (momentanément pour l'un) à deux candidats de 1974 de se représenter en 1981, Jean-Marie Le Pen, pour le Front national, et Alain Krivine, pour la LCR (ces deux anciens candidats se sont éteints également récemment).

    La trajectoire de la dame du PSU pourrait se résumer très grossièrement à cette phrase : Huguette Bouchardeau est passée d'une Arlette Laguiller un peu plus intellectuelle (aux cheveux ébouriffés) à une Marie-France Garaud un peu plus à gauche (au chignon bien mis), de militante rebelle à ministre écoutée !


    Parlons d'abord du PSU. J'éviterai de préciser l'histoire précise du PSU car c'est très compliqué, aussi compliqué que l'histoire des groupuscules d'extrême gauche ou d'extrême droite, à cela près que, ici, le PSU n'était pas à l'extrême gauche, mais à une deuxième gauche toujours très difficile à définir, une gauche "alternative", une gauche déjà soucieuse d'écologie et une gauche clairement antimilitariste et pacifiste.

    En novembre 1999, Huguette Bouchardeau expliquait ainsi le fonctionnement des partis : « Autour de 1968, avec toutes les batailles qui ont eu lieu au PSU autour de Rocard, contre Rocard, quand je voyais le PSU se déchirer en multiples tendances, j'éprouvais une sorte d'horreur devant ce type de débat. (…) C'est très simple : les tendances dans les partis politiques n'ont jamais été organisées autour de programmes différents mais toujours autour d'hommes qui cherchaient le drapeau avant le parti. Ce n'était pas des tendances mais des écuries. Beaucoup de femmes refusaient cette lutte pour le pouvoir qui était l'essentiel de la vie politique. Elles ont été peu intéressées par ces luttes politiques. ».

    Le retour de De Gaulle au pouvoir a secoué considérablement l'échiquier politique : le centre droit (les indépendants) a rejoint les gaullistes, une partie du centre démocrate (MRP) aussi, l'autre moitié est restée dans l'opposition, et la gauche, SFIO et PCF, est entrée dans l'opposition. L'un des grands partis d'avant-guerre, le parti radical, a été laminé par le gaullisme, en raison du légitimisme : le légitimisme de la Troisième République se trouvait au sein du parti radical avant la guerre, mais désormais, celui de la Cinquième République se trouvait chez les gaullistes, naturellement.

    L'histoire des formations politiques est indissociable de l'histoire des personnalités politiques, bien sûr. Le PSU a été fondé le 3 avril 1960 sous la présidence du grand mathématicien Laurent Schwartz au terme de l'unification de trois forces groupusculaires : le PSA (parti socialiste autonome) qui provenait de socialistes dissidents de la SFIO en 1958 (Édouard Depreux, Daniel Mayer, François Tanguy-Prigent, André Philip) et d'anciens radicaux anti-gaullistes (dont le plus illustre Pierre Mendès France) ; l'UGS (Union de la gauche socialiste) issue de la fusion d'autres formations minusculaires en 1957 et qui se voulait à la fois marxiste et chrétien (Gilles Martinet) ; enfin, des communistes dissidents rejetant le PCF dès 1952 (Jean Poperen, François Furet).

    Les deux points de convergence des fondateurs du PSU furent l'opposition à la guerre d'Algérie (au contraire de Guy Mollet, chef de la SFIO), et l'opposition au retour du Général De Gaulle (au contraire de la SFIO). Édouard Depreux a été le premier secrétaire national du PSU d'avril 1960 à juin 1967.


    Le PSU voulait se positionner politiquement entre la SFIO (puis le PS) et le PCF, et il était proche aussi du CERES créé par Jean-Pierre Chevènement en 1966 (future aile gauche du PS). En fait, ce parti pourrait aussi être qualifié de parti utopiste en ce sens que ses propositions étaient complètement indépendantes de la réalité du pays. Ou encore autogestionnaire, surtout lors de l'affaire Lip. Le PSU était très proche de la CFDT. Curieusement, beaucoup de personnalités politiques de gauche ont traversé ce parti, souvent pour rejoindre ensuite le PS de François Mitterrand, à des moments différents.

    Le plus connu fut Michel Rocard, secrétaire national du PSU de juin 1967 à novembre 1973, candidat du PSU à l'élection présidentielle de 1969, qui a rallié François Mitterrand au PS en 1974 avec toute la direction (rocardienne) du PSU, créant ainsi le courant rocardien au sein du PS.

    Citons rapidement quelques personnalités qui se sont retrouvées adhérentes du PSU à un moment ou l'autre : Édouard Depreux, Michel Rocard, Pierre Mendès France, Robert Verdier, Alain Savary, Daniel Mayer, Pierre Bérégovoy, Charles Hernu, Gilles Martinet, Jean Verlhac, Jean Poperen, Claude Bourdet, Alain Badiou, André Philip, François Tanguy-Prigent, Pierre Dreyfus-Schmidt, Serge Mallet, Roland Florian, Marcel Debarge, Laurent Schwartz, Robert Chapuis, Henri Leclerc, Bernard Lambert, Jean Le Garrec, Pierre Brana, Pierre Bourguignon, Bernard Ravenel, Jean-Pierre Mignard, Michel Destot, Tony Dreyfus, Alain Richard, Bernard Langlois, Serge Depaquit, Charles Piaget, Victor Leduc, Huguette Bouchardeau.

    Engagée dès 1957 au sein de l'UGS, Huguette Bouchardeau est devenue secrétaire nationale du PSU de janvier 1979 à juin 1983. Serge Depaquit (un proche), lui a succédé. L'histoire chaotique du PSU est terrifiante puisqu'à chaque congrès, il y avait plusieurs courants jusqu'à cinq ou six, qui se disputaient les places de direction, avec des alliances, des scissions de courant, etc. Finalement, le PSU a disparu par encéphalogramme plat officiellement le 7 avril 1990 mais bien avant dans les faits.


    Comme je l'ai écrit, il serait donc très injuste et inexact de réduire le PSU à uniquement Michel Rocard et Huguette Bouchardeau, mais l'histoire n'a retenu que les deux seuls candidats à l'élection présidentielle (de même que l'histoire ne retiendra de LCR/NPA ses seuls candidats à l'élection présidentielle, Alain Krivine, Olivier Besancenot et Philippe Poutou, ainsi que LO ses seules candidats à l'élection présidentielle Arlette Laguiller et Nathalie Arthaud).
     

     
     


    Revenons à Huguette Bouchardeau qui est avant tout une brillante intellectuelle : quand elle s'est présentée, elle était une agrégée de philosophie (c'est rare en politique), elle a défendu une thèse de doctorat sur l'enseignement de la philosophie de 1900 à 1972 en France et elle était maître de conférence à l'Université de Lyon-2, poste qu'elle n'avait pas quitté en campagne.

    Parallèlement, elle a eu une forte action militante dès sa jeunesse : responsable syndicale à l'UNEF, puis à la FEN, à la CFDT, et militante politique à l'UGS puis au PSU. Elle était alors basée à Saint-Étienne (elle enseignait à Lyon) et a été plusieurs fois candidate du PSU localement. Huguette Bouchardeau a milité aussi, à l'époque, avec les Amis de la Terre, préfiguration du mouvement écologiste.

    Lorsqu'elle a été élue secrétaire nationale du PSU en janvier 1979, Huguette Bouchardeau a été la première femme à diriger un parti politique en France (à l'époque, Margaret Thatcher dirigeait le parti conservateur en Grande-Bretagne). Elle a mené la tête de liste du PSU aux premières élections européennes le 10 juin 1979 et sa liste s'est retrouvée dernière, avec 332 voix, oui, j'ai bien écrit 332 et pas 337 000 voix, donc, 0,00%. En fait, son parti n'avait pas l'argent pour payer le matériel de campagne (entre autres, les bulletins de vote) et lors de son meeting de campagne le 11 mai 1979 à Rouen, elle s'en est pris à cette règle électorale qui favoriserait les riches (à cause du seuil de 5% pour pouvoir être remboursé). Ainsi, elle a fait campagne pour faire voter nul, faute de bulletins du PSU à distribuer.

    Cette campagne nationale, sa première, ne l'a pas fait vraiment connaître. C'est en 1981 qu'elle a eu droit aux projecteurs de l'actualité. C'était la première fois qu'il y a eu autant de candidats à l'élection présidentielle, dix en 1981 dont six à gauche. L'élection de François Mitterrand a eu lieu au second tour malgré cette division au premier tour. Huguette Bouchardeau ne lui a certes pas fait beaucoup d'ombre avec seulement 1,1% des suffrages exprimés le 26 avril 1981, soit au dernier rang avec 321 353 voix. Pourtant, avec Michel Crépeau (du MRG), elle aurait pu apporter 3,3% aux 25,9% du candidat du PS, ce qui lui aurait donné un résultat supérieur au score du Président sortant Valéry Giscard d'Estaing (28,3%). Finalement, ce ne fut qu'en différé, puisque les candidats du MRG et du PSU ont apporté immédiatement leur soutien au second tour à François Mitterrand. Michel Crépeau allait être récompensé par un porte-feuille (l'Environnement, puis le Commerce, enfin la Justice) entre 1981 et 1986.

    C'était parce qu'Huguette Bouchardeau avait déjà un nom dans le militantisme féministe qu'elle a été hissée à la tête du PSU en 1979. Vingt ans plus tard, en novembre 1999, elle en rigolait encore : « Dans les meetings, je disais, en provoquant, que quand une profession commence à se féminiser, elle est en voie de dévalorisation. J'ai toujours dit ce que je pensais sur ce sujet-là. Pendant quelques mois, j'ai mal vécu ce début de secrétariat national du PSU, j'avais le sentiment qu'ils m'avaient mise là parce que c'était bien qu'un parti qui se disait féministe, écolo, etc., ait une femme à sa tête, mais ils se disaient quand même que j'étais là comme simple porte-parole. D'ailleurs, un membre du bureau national me l’a déclaré un jour : "Rocard 'pensait' la théorie du PSU et puis il en parlait, maintenant, on peut très bien avoir une porte-parole". Nous, on pense, et toi, tu causes… Vraiment, j'en ai entendu des vertes et des pas mûres, et tout ça dans la plus grande gentillesse, car vraiment ils m'aimaient bien, je crois. C'est vrai que si je ne leur avais pas paru capable de faire ça, ils ne m'auraient pas poussée, ou sinon ils auraient pris quelqu'un qui présentait bien, qui était mignonne. Ce n'est pas ce qu'ils ont cherché. Ils se sont vraiment dit que faire une place à une femme à la tête d'un parti, c'était la bonne position. (…) Ils voulaient une femme à la tête du parti et une candidate aux élections présidentielles. Ce qui fait qu'en treize ans (la première fois que j'ai été candidate aux législatives, c'était en 1968), tout s'était inversé. En 1968, les gens disaient : "ils sont fous de la présenter, elle leur fait perdre des points". En 1981, on en était venu à se dire qu’une femme peut en faire gagner. Mais cette expérience a été pénible… J'ai été nommée à la tête du PSU en janvier 79, et en juillet, j'ai écrit en trois semaines un bouquin qui s'appelle "Un coin dans leur monde" où je règle leur compte à mes amis politiques, parce que je supportais très mal qu'on m'ait mise là pour autre chose. ».


    Les militants du PSU avaient été sidérés par la tribune que la candidature à l'élection présidentielle avait offerte à Arlette Larguiller en 1974. Ils voulaient donc l'imiter avec aussi une femme. Huguette Bouchardeau, candidate du PSU, a eu aussi le soutien du parti communiste révolutionnaire (PCR) et de la fédération de la gauche alternative (FGA).
     

     
     


    Un mot sur la campagne dont je propose en fin d'article quatre interventions orales, une interview et trois prestations de campagne officielle. À la différence d'Arlette Laguiller qui parlait très vite pour mettre le maximum de phrases en un temps donné, Huguette Bouchardeau était très lente en diction, presque trop lente, comme un enseignant faisant une dictée dans une école primaire. Mais à la différence de François Bayrou (par exemple), le débit n'était pas saccadé mais très lisse (elle n'était pas pédagogue pour rien ; vous me direz, François Bayrou non plus, mais la différence, c'est qu'il avait une infirmité, le bégaiement). On sentait ainsi l'intellectuelle fluide qui savait manier concepts et idées (bien que femme, oserais-je écrire, pour reprendre le machisme au sein même du PSU !).

    Mais des concepts et idées totalement irréalistes. Par exemple, elle s'est opposée très fermement à la dissuasion nucléaire et a proposé que dès son élection, la France se mît à poils sur le plan de la défense. C'est terrible de réécouter ses mots à une époque où l'on considère que justement, la France n'a pas suffisamment concentré son effort de défense. Elle était encore dans la lignée du "faites l'amour, pas la guerre" en pensant qu'il n'y avait que de gentils dans le monde et aucun méchant qui voudrait s'en prendre aux territoires des autres (quelle erreur !).


    Elle était aussi pour la réduction du temps de travail, les 35 heures et même les 30 heures par semaine, en pensant que les Français vivraient mieux en travaillant moins (c'était encore l'époque du : on rase gratis !). À l'instar de Michel Rocard et Edmond Maire (secrétaire général de la CFDT), elle croyait aussi à l'autogestion des entreprises (à la suite de l'expérience Lip).

    Neuf propositions ont été inscrites sur son tract de campagne : 1. « La loi des 30 heures et les 35 heures tout de suite » ; 2. « Vivre, travailler et décider au pays » ; 3. « L'abandon de l'arme atomique » ; 4. « Des énergies alternatives au nucléaire » ; 5. « La prise de parole des femmes et la défense de leurs droits » ; 6. « La fin des privilèges et des inégalités » ; 7. « La révision de la Constitution de 58 » ; 8. « L'abolition de la peine de mort, de la loi Peyrefitte, et des tribunaux d'exception » ; 9. « Un plan d'urgence contre la faim dans le monde ».

    Mais la candidature d'Huguette Bouchardeau était d'abord un moyen de mettre les femmes à l'avant-scène de la politique, et en ce sens, elle y est parvenue par sa notoriété naissante. L'une des meilleures illustrations de l'effet présidentiel sur sa notoriété, c'était ses multiples candidatures aux élections législatives dans la première circonscription de la Loire (ville de Saint-Étienne) : en juin 1968, elle n'a eu que 8,3% ; en mars 1973, que 4,5% ; en mars 1978, que 1,2%... (dans ces scrutins, Michel Durafour a été élu) et en juin 1981, elle est arrivée en troisième position avec 24,2%, ce qui était pas mal, mais insuffisant car elle a été devancée par le candidat communiste Paul Chomat qui était en avance de 126 voix sur elle, si bien qu'elle s'est désistée au second tour pour Paul Chomat qui a battu Michel Durafour avec moins de 500 voix d'avance.

    Huguette Bouchardeau ne l'a pas vraiment utilisée car sa célébrité est partie aussi vite qu'elle n'est venue. Pourtant, ce n'était pas faute de poursuivre une carrière politique, chose qu'elle a pu faire en rejoignant la majorité socialo-communiste (au grand dam de la majorité du PSU qu'elle allait quitter en 1986).

     

     
     


    Ainsi, Huguette Bouchardeau est entrée au gouvernement, nommée Secrétaire d'État auprès du Premier Ministre chargée de l'Environnement et de la Qualité de la vie du 22 mars 1983 au 17 juillet 1984 dans le dernier gouvernement de Pierre Mauroy, puis Ministre de l'Environnement du 17 juillet 1984 au 20 mars 1986 dans le gouvernement de Laurent Fabius. Elle a été à l'origine de la loi n°83-630 du 12 juillet 1983 relative à la démocratisation des enquêtes publiques et à la protection de l'environnement (dite loi Bouchardeau) qui dit dans son article premier : « La réalisation d'aménagements, d'ouvrages ou de travaux, exécutés par des personnes publiques ou privées, est précédée d'une enquête publique soumise aux prescriptions de la présente loi, lorsqu'en raison de leur nature, de leur consistance ou du caractère des zones concernées, ces opérations sont susceptibles d'affecter l'environnement. (…) Les travaux qui sont exécutées en vue de prévenir un danger grave et immédiat sont exclus du champ d'application de la présente loi. ».
     

     
     


    Huguette Bouchardeau s'est aussi battue sur le plan européen pour réduire la pollution automobile contre l'industrie automobile française (on sait aujourd'hui que ce combat a eu un bénéficiaire industriel, les États-Unis, et que la réglementation motivée par l'écologie a toujours eu en France des intérêts économiques qui ne sont ni nationaux ni européens).

    L'ancienne ministre a été ensuite élue députée du Doubs en mars 1986, sur la liste socialiste (elle était en deuxième place et la liste, avec 35,5% des voix, a gagné deux sièges, à la proportionnelle), elle a donc siégé à l'Assemblée comme députée apparentée au groupe socialiste. Candidate de la France unie (mouvement rassemblant les débauchés du mitterrandisme), elle a été réélue en juin 1988 dans la quatrième circonscription du Doubs (Sochaux) au second tour avec 56,8% des voix face à un candidat UDF-CDS.
     

     
     


    Après la démission de Laurent Fabius, devenu premier secrétaire du PS, du perchoir, Huguette Bouchardeau a été candidate aux deux tours de l'élection du nouveau Président de l'Assemblée Nationale le 22 janvier 1992. Au premier tour, à 17 heures 10, elle a obtenu 44 voix sur 541 votants et 534 exprimés (256 à Henri Emmanuelli, 207 à Jacques Chaban-Delmas et 27 au communiste Georges Hage).

    Elle a expliqué qu'elle se maintenait au second tour, contrairement à son collègue communiste, avec ces paroles : « Monsieur le président, les applaudissements que nous venons d'entendre comme le résultat que je viens d'obtenir me paraissent significatifs. J'ai voulu, par ma candidature, mes chers collègues, donner un signe. Notre assemblée devrait travailler dans une plus grande indépendance à l'égard du gouvernement et des partis politiques. Je veux affirmer encore cette option et je maintiens donc ma candidature, en souhaitant qu'une fois faite la démonstration par les uns ou les autres de leur fidélité à leur famille d'origine, le plus grand nombre d'entre nous se retrouve sur une candidature en faveur d'une véritable indépendance de notre assemblée. ». Au second tour, à 18 heures 50, elle a reçu moins de voix qu'au premier tour, seulement 32 sur 550 votants et 546 exprimés (289 à Henri Emmanuelli, élu, et 225 à Jacques Chaban-Delmas).


    Parfois opposée aux décisions des gouvernements socialistes, elle ne s'est pas représentée en 1993 (la circonscription allait revenir à Pierre Moscovici en 1997), mais elle a été élue maire d'Aigues-Vives, commune de 2 300 habitants près de Lunel, dans la Gard, de juin 1995 à mars 2001 et s'est ensuite retirée de la vie politique locale.

    Parallèlement à ses activités politiques, Huguette Bouchardeau a mené une activité éditoriale intense. Elle a été directrice de collection aux éditions Syros de 1978 à 1984, puis a créé HB éditions en 1995 (sa maison d'édition a disparu en juin 2002 après la publication d'environ 150 ouvrages). Elle est surtout l'auteure de plus d'une vingtaine de livres, surtout des essais, en particulier centrés sur certaines femmes qu'elle admire, en particulier : George Sand (1990), Rose Noël (1992), Simone Weil (1995), Agatha Christie (1998), Elsa Triolet (2000), Nathalie Sarraute (2003), Simone Signoret (2005) et Simone de Beauvoir (2007).

    Pour finir, écoutons Huguette Bouchardeau dire à Margaret Maruani et Chantal Rogerat, en novembre 1999, sa conception d'être une femme engagée : « Quand j'étais petite fille, je me disais : “est-ce que je travaillerai ou est-ce que je me marierai ?”. Qui se pose encore ces questions-là ? Cela ne veut pas dire que les tâches ménagères soient partagées parfaitement, que les filles aillent moins dans les professions du soin, de secrétariat. Mais il faut voir les classes scientifiques, les classes d'ingénieurs. Il y en a beaucoup plus… Il faut voir dans la vie politique, les femmes comme Aubry, Buffet, Guigou, Royal, Voynet. Nous avons été, nous, une génération intermédiaire à dire que nous nous situions hors du pouvoir… Maintenant elles font le même type de carrière politique que les hommes. L'histoire des femmes ne se fait pas simplement au moment où il y a des grandes manifestations, où il y a une sorte de théorisation de lutte des femmes. Les conquêtes des femmes se prolongent dans le silence, et individu par individu presque, avec quelques femmes qui théorisent, quelques femmes qui font avancer, quelques femmes qui disent “attention, il y a un piège…” » (publié dans la revue "Travail, genre et sociétés" 1999/2 n°2).



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (31 mai 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Huguette Bouchardeau.
    François Mitterrand.
    Valéry Giscard d'Estaing.
    Jacques Chirac.
    Georges Marchais.
    Michel Debré.
    Brice Lalonde.
    Marie-France Garaud.
    Arlette Laguiller.




















    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250601-huguette-bouchardeau.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/qui-se-souvient-de-la-candidate-260929

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/06/01/article-sr-20250601-huguette-bouchardeau.html



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  • Congrès du PS : Olivier Faure est-il en difficulté ?

    « La ligne d'union de la gauche que je défends l'a emporté. » (Olivier Faure, le 28 mai 2025 dans "Le Parisien").

     

     
     


    Une nouvelle version de la méthode Coué ? Un internaute lui a répondu : « Si vous restez premier secrétaire, LFI dira que le PS est rentré à la maison et c'est insupportable. ». Le 27 mai 2025, de 18 heures à 22 heures a eu lieu un vote au sein du parti socialiste pour son congrès qui aura lieu du 13 au 15 juin 2025 à Nancy.

    Officiellement, les adhérents devaient choisir entre trois "textes d'orientation" mais les socialistes ont des pudeurs de gazelle avec leur ambition personnelle : le premier signataire de chaque texte est en fait candidat au poste de chef, c'est-à-dire premier secrétaire du PS (poste occupé depuis le 17 avril 2018 par le taciturne mélencho-compatible Olivier Faure), et ce vote des "textes d'orientation" est le premier tour de l'élection du premier secrétaire dont le second tour, explicite, aura lieu le 5 juin 2025.

    Tout le monde était donc impatient de connaître les résultats... Et la réponse, prévisible, la réponse aussi à mon titre, c'est que tout le monde s'en moque, du congrès du PS !

    Car l'information principale, celle que je considère comme cruciale pour les observateurs, c'est le nombre réel de votants : pas des inscrits, plus ou moins théoriques, mais bien des votants, ceux qui ont exprimé un choix (en principe libre et sincère).

    Avec le parti socialiste, c'est déjà difficile de connaître exactement les résultats. Au congrès précédent, en janvier 2023, les résultats avaient été serrés et contestés, finalement négociés ! Oui ! Négociés. Apparemment, ici aussi. Lisons précisément le communiqué du 28 mai 2025 : « La commission de récolement, réunie le 28 mai atteste de la validité des résultats ci-après. ».
     

     
     


    Cette fameuse "commission de récolement" doit, en principe, garantir la sincérité du scrutin mais semble surtout établir des négociations pour que chaque candidat admette les résultats officiels qui ont été diffusés. Ceux-ci sont d'ailleurs diffusés avec le deuxième chiffre après la virgule. Cette si grande précision me paraît suspecte si bien que je ne reproduirai ces nombres qu'avec un chiffre après la virgule.

    Et le premier constat, c'est qu'il n'y a pas le nombre exact des suffrages exprimés. En revanche, on a le nombre des inscrits et des votants. Inscrits : 39 815 adhérents. Votants : 24 701, soit seulement 62,0% de participation. C'est faible pour un parti politique de gens en principe convaincus et engagés.
     

     
     


    Pour avoir une idée de l'importance de ces deux nombres (adhérents, votants), il faut prendre la comparaison avec Les Républicains. LR et le PS ont la particularité d'avoir été les deux grands partis gouvernementaux qui se sont opposés de 1971 à 2017, chacun hégémonique dans son camp (droite et gauche), et qui ont été laminés par l'élection du Président Emmanuel Macron. Ils sont encore aujourd'hui hégémoniques dans les collectivités territoriales avec une solide expérience d'élu local, sur le terrain (maires, exécutifs départementaux et régionaux).

    Or, LR aussi avait perdu énormément d'adhérents, mais l'enjeu du duel entre Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau avait créé un intérêt important. Résultat : 121 617 adhérents LR et 98 110 votants, soit une participation de 80,7% !

    On voit avec cette comparaison que le congrès du PS à venir n'a suscité AUCUN intérêt et les médias n'ont même pas daigné y trouver un intérêt. Il faut dire que ce parti ne représente plus que 1,7% de l'électorat à l'élection présidentielle, ce qui le remet à sa place réelle dans l'échiquier politique.


    Alors, y a-t-il quand même un enjeu ? Les résultats étaient à la fois prévisibles et surprenants.
     

     
     


    Prévisibles : le combat entre Olivier Faure et Nicolas Mayer-Rossignol n'est pas nouveau (déjà le congrès précédent) et on se doutait bien qu'il reviendrait dans l'actualité un jour ou l'autre. Le troisième candidat, Boris Vallaud, un ambitieux un peu esseulé, joue ici le rôle du troisième larron, un peu comme Arnaud Montebourg, une position de perdant (il n'est pas au second tour), mais une position confortable puisque chacun des deux candidats restants lui proposent des ponts d'or pour un débauchage immédiat.
     

     
     


     

     
     



    Surprenants aussi car les scores des deux premiers restent très proches ("officiellement" 42,3% et 40,4%, ce qui fait moins de 500 voix d'écart). Cela n'a pas empêché la direction du PS de crier victoire : « Le texte d'Olivier Faure a réuni la majorité des voix » ! "La majorité des voix" à prendre dans le sens relatif du terme !!
     

     
     


    Dans la même phrase, il est indiqué « 42,21% des voix exprimées, sur un total de 24 701 votants » : pourquoi mélanger des serviettes et des torchons, pour donner un nombre absolu de votants et seulement un pourcentage en voix exprimées ? Simplement parce que ces pourcentages, comme dans tous les congrès socialistes (et en particulier au congrès de Reims en 2008), les pourcentages sont "négociés", c'est plus facile à communiquer (même avec deux chiffres après la virgule) que des nombres précis, exacts, qui seraient peu sincères.
     

     
     


    Il y a pourtant un enjeu, au-delà des ambitions personnelles, un enjeu certes dérisoire si l'on tient compte de l'audience électorale réelle qu'a ce parti au niveau national (c'est-à-dire très faible). C'est le perpétuel débat entre la gauche bourrin et la seconde gauche, ou gauche moderne. Il se caractérise par Olivier Faure qui avait conclu une alliance électorale avec Jean-Luc Mélenchon en 2022 (la Nupes) et en 2024 (la nouvelle farce populaire), et par Nicolas Mayer-Rossignol, maire de Rouen et, en quelque sorte, représentant de ce socialisme municipal qu'on retrouve dans quelques grandes villes et qui se veut pragmatique et social-démocrate, en d'autres termes, qui se veut réaliste.
     

     
     


    En fait, plusieurs enjeux se greffent sur ce duel : il y a un courant qui veut sortir Olivier Faure qui a transformé le PS, grand parti présidentiel, en un groupuscule confidentiel. Il est aussi représenté par une aile gauche qui a fait alliance avec Nicolas Mayer-Rossignol. Le choix de Boris Vallaud sera intéressant, entre la volonté de changement (et de renouveau éventuel) et le conservatisme d'un socialisme archaïque (qui reste sur ses acquis d'il y a plus de cinquante ans). À l'occasion de certaines interventions du président du groupe PS sur des questions plus de morale que de politique, on peut lui reconnaître une certaine sincérité dans son engagement politique.

    Il y a des chances que les socialistes restent divisés le soir du 5 juin 2025 et qu'une nouvelle "commission de récolement" soit nécessaire pour négocier les futurs résultats (j'adore la démocratie socialiste, c'est bidonnant !). Et en ligne de mire, l'élection présidentielle et la vacuité du parti socialiste, car à l'heure actuelle, personne n'a la stature pour être candidat à l'élection présidentielle. « Plumer la volaille socialiste ne sera qu'un jeu d'enfant ! », selon le grand gourou insoumis. C'est encore une différence avec Les Républicains dont le problème, pour l'élection présidentielle, est justement l'inverse, le trop plein de candidats potentiels.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (29 mai 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Congrès du PS : Olivier Faure est-il en difficulté ?
    Congrès du PS : le choc de complexité !
    Robert Badinter.
    Congrès du PS à Rennes : l'explosion de la Mitterrandie.
    La préparation du congrès de Rennes (27 janvier 1990).
    Histoire du PS.
    Manuel Valls.
    Martine Aubry.
    Hubert Védrine.
    Julien Dray.
    Comment peut-on encore être socialiste au XXIsiècle ?
    François Bayrou et la motion de censure de congrès du PS.
    Lionel Jospin.
    Claude Allègre.
    François Mitterrand.
    Jacques Delors.
    Mazarine Pingeot.
    Richard Ferrand.
    Didier Guillaume.

    Pierre Joxe.
    André Chandernagor.
    Didier Migaud.
    Pierre Moscovici.

    La bataille de l'école libre en 1984.
    Bernard Kouchner.
    Hubert Curien.
    Alain Bombard.
    Danielle Mitterrand.
    Olivier Faure.
    Lucie Castets.

    Bernard Cazeneuve
    Gabriel Attal.
    Élisabeth Borne.
    Agnès Pannier-Runacher.
    Sacha Houlié.
    Louis Mermaz.
    L'élection du croque-mort.
    La mort du parti socialiste ?
    Le fiasco de la candidate socialiste.
    Le socialisme à Dunkerque.
    Le PS à la Cour des Comptes.
     

     
     





    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250527-congres-ps.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/congres-du-ps-olivier-faure-est-il-261217

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/05/28/article-sr-20250527-congres-ps.html


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  • Congrès du PS : le choc de complexité !

    « Nous nous sommes positionnés comme une opposition "utile", visant à arracher aux gouvernements des avancées concrètes pour nos concitoyennes et concitoyens, tout en dénonçant les mesures que nous jugions injustes ou dangereuses, susceptibles de faire le lit de l’extrême droite que nous n’avons jamais cessé de combattre, en France, en Europe et dans le monde. » (Corinne Narassiguin, rapport d'activité du PS 2023-2025).




     

     
     


    Après Les Républicains, le Parti socialiste est en congrès pour ce printemps 2025. Comme pour LR, ce 81e congrès des socialistes est crucial, le dernier avant l'élection présidentielle de 2027. Les deux anciens partis hégémoniques de gouvernement, réduits à la taille de puces, comptent profiter de l'après-Emmanuel Macron pour tenter de redevenir hégémoniques. Il y a entre-temps les élections municipales de mars 2026 pour lesquelles LR et le PS sont actuellement en bonne posture, mais la recomposition du paysage politique en trois grands blocs, le bloc central et réaliste, et deux blocs populistes, un de droite et un de gauche, empêchera sans doute le retour au clivage traditionnel LR vs PS.

    J'avais évoqué il y a deux mois le congrès de Rennes en 1990, mémorable dans les esprits socialistes et considéré comme l'explosion de l'influence de François Mitterrand. Était-ce le congrès socialistes le plus divisé ? Peut-être pas. Le congrès de Reims en 2008 n'était pas mal non plus comme significatif en divisions. Celui de Marseille en 2023 a marqué des divisions profondes. Et peut-être aussi celui-ci, le congrès qui se déroulera à Nancy du 13 au 15 juin 2025. Triste choix alors que, historiquement, Nancy n'a jamais été socialiste, sauf en 2020 à la faveur d'une abstention massive due au covid (les personnes âgées préférant rester chez elles). En tant que Nancéien de naissance, j'espère que ce congrès ne laissera aucun souvenir, aucune postérité, afin de ne pas associer cette extrêmement belle ville à ce piteux parti politique.

    Ce sera probablement le cas, ne serait-ce que lorsqu'on regarde les protagonistes et leur stature. En 1990, on avait des combats d'éléphants de premier choix avec les Michel Rocard, Lionel Jospin, Laurent Fabius, Pierre Mauroy, Jean-Pierre Chevènement, Louis Mermaz, Pierre Joxe, Jacques Delors, Pierre Bérégovoy, Jean Poperen, Jean-Luc Mélenchon (oui oui), etc. En 2008, on avait encore des éléphants de seconde zone : François Hollande, Dominique Strauss-Kahn, Martine Aubry, Bertrand Delanoë, Ségolène Royal, Benoît Hamon, etc. Aujourd'hui, en 2025, le combat de coqs (plus que d'éléphants) se résumera à une rivalité (déjà ancienne) entre Olivier Faure, l'actuel premier secrétaire du PS, et Nicolas Mayer-Rossignol, le maire de Rouen qui était déjà près de prendre la place du précédent au précédent congrès, celui de Marseille en janvier 2023.

    Si on regarde de près les conditions de ce congrès du PS, on se dit que décidément, il ne faut pas attendre de ce parti un choc de simplification, la fin de l'ultranormisation, ni la fin de l'ultraformalisation de la société. J'en veux pour preuve ce parcours du combattant : le militant de base qui veut voter avec discernement et en toute connaissance de cause devra avant tout se farcir le rapport d'activité du PS pour la période 2023-2025 (soit 54 pages), plus le livret des six "contributions générales" (soit 100 pages), plus le livret des trois "textes d'orientation" (soit 83 pages)... on en est déjà, sur le compteur, à 237 pages, et je n'ai pas compté les "contributions thématiques" (il y en a beaucoup !) qui, insiste beaucoup le site officiel du PS, « n'engagent que leurs auteurs et ne sont pas des positions officielles du parti socialiste » ! Et je n'ai pas précisé que ces textes lourdingues ont été mâtinés d'exécrable écriture inclusive.

     

     
     


    Reprenons d'abord le calendrier, lui-même déjà compliqué.

    D'abord, les "contributions générales" : le 5 avril 2025 a eu lieu le conseil national de dépôt des "contributions générales". Mais on pourrait d'abord se demander : qu'est-ce que c'est, une "contribution générale" ? À cela, je répondrais que c'est une bonne question... et aussi que c'est un texte rempli de blabla (car on blablate beaucoup chez les socialistes) qui est présenté d'abord par un ambitieux et ses copains, l'ambitieux souhaitant être calife à la place du calife (c'est-à-dire être premier secrétaire du PS), à moins qu'il ne soit le calife lui-même, auquel cas il souhaiterait alors le rester (et ses copains aussi).

    En tout, six "contributions générales" ont été déposées. Pour qu'elles soient validées, il faut qu'elles aient obtenu au moins 15 parrainages de membres du conseil national. Pas facile si l'on en juge par les chiffres. J'avais envisagé de nommer les contributions par leur titre déclaré (comme "Le cœur de la gauche" ou "Pour gagner, un grand PS et une nouvelle alliance, Debout les socialistes"... et puis je me suis dit que cela allait compliquer encore les choses (rappelez-vous, pour les assesseurs, l'horrible dépouillement des élections européennes du 9 juin 2024, où il y avait 38 listes, dont le titre n'avait pas grand-chose à voir avec le nom de la tête de liste).

    Ainsi, il y a, dans l'ordre décroissant de parrainages, la contribution d'Olivier Faure (119 parrainages), la contribution de Nicolas Mayer-Rossignol (72), la contribution d'Hélène Geoffroy (42), celle de Boris Vallaud (27), de Philippe Brun et Jérôme Guedj (15 juste) et celle du député socialiste Paul Christophle (15 aussi).

    Ensuite, parlons des "textes d'orientation" : le 26 avril 2025 a eu lieu le "conseil national de synthèse" où sont déposés les "textes d'orientation". Alors, qu'est-ce qu'un "texte d'orientation" ? Bonne question, etc. Un "texte d'orientation", c'est un texte contributif dont le "premier signataire" (c'est une fonction maintenant) est d'office candidat au poste de premier secrétaire du PS. Ou presque ! En gros, vous prenez les "contributions générales", vous les mettez dans un mixeur appelé "synthèse", et il en ressort des "textes d'orientation", et si le mixeur est efficace, il y en a moins que de "contributions générales", c'est-à-dire que plusieurs contributions ont fusionné parfois en un seul texte. Le "premier signataire" est évidemment un ambitieux soutenu par ses copains. Pour que ce soit validé comme un "texte d'orientation", il faut qu'il soit approuvé par au moins 30 parrains.

    De ce "conseil national de synthèse" sont donc ressortis, en tout, trois "textes d'orientation" (on appelait cela "motions" dans les belles heures des congrès du PS) : le texte A d'Olivier Faure (145 parrainages), le texte C de Nicolas Mayer-Rossignol (126 parrainages) et le texte B de Boris Vallaud (30 parrainages).

    D'un point de vue politique, ou plutôt, politicien car j'ai renoncé à tenter d'y voir un sens politique autrement que des copineries d'appareil et de la cuisine électorale interne, Olivier Faure a reçu le soutien de Paul Christophle et Nicolas Mayer-Rossignol ceux d'Hélène Geoffroy (comme au congrès de Marseille en janvier 2023) et de Philippe Brun et Jérôme Guedj.

    Pourquoi ai-je parlé de copineries d'appareil plutôt que de ligne politique claire ? Parce que par exemple, Nicolas Mayer-Rossignol serait plus au centre gauche qu'Olivier Faure, avec Hélène Geoffroy qui se revendique sociale-démocrate, mais Philippe Brun et Jérôme Guedj se revendiquent plutôt de l'aile gauche du PS, plus à gauche qu'Olivier Faure. Pour l'anecdote, Jérôme Guedj, qui a toujours été opposé à l'alliance avec l'insoumis Jean-Luc Mélenchon, était un bébé Mélenchon dans sa circonscription de Massy, dans l'Essonne, fief du grand gourou insoumis à l'époque où il n'était qu'un simple apparatchik du PS.

    Ce qui compte, donc, ce sont les signatures. Pour Boris Vallaud, le président du groupe PS depuis juin 2022, sa position d'outsider est très nette et sa démarche très personnelle. Il est soutenu par sa compagne ancienne ministre Najat Vallaud-Belkacem, Alain Rousset, Alain Vidalies, Christian Eckert, François Lamy, etc.

    Nicolas Mayer-Rossignol, lui, est soutenu par Hélène Geoffroy, Philippe Brun, Jérôme Guedj, Carole Delga, Karim Bouamrane, Lamia El Aaraje, Anne Hidalgo, Stéphane Le Foll, Rachid Temal, Laurence Rossignol, Jean-Christophe Cambadélis, David Assouline, François Bonneau, Philippe Doucet, François Kalfon, Dominique Potier, Colette Capdevielle ("inquisitrice" contre François Bayrou à la commission Bétharram), Marie-Guite Dufay, Mickaël Delafosse, Jean-Marc Germain, Marie-Arlette Carlotti, Patrick Kanner, Valérie Rabault, Rémi Feraud, Marie-Pierre de La Gontrie, etc. Parmi ses 5 000 signataires, on lit des doublons, par exemple, Nicolas Morvan et Angèle Louviers sont cités deux fois dans la liste, je ne sais pas s'ils sont comptés double (j'ai renoncé à aller trop loin, il ne faut pas exagérer !).

    Enfin, le chef actuel des socialistes au charisme fou, Olivier Faure, est soutenu par Martine Aubry, Jean-Marc Ayrault, Johanna Rolland, Guillaume Garot, Emma Rafowicz, Paul Christophle, Laurent Baumel, Luc Carvounas, Chloé Ridel, Ericka Bareigts, etc. Suit une liste de 2 500 noms.

    Il faut noter que les trois grosses têtes du PS actuel, à savoir Olivier Faure (premier secrétaire du PS), Boris Vallaud (président du groupe PS à l'Assemblée) et Patrick Kanner (président du groupe PS au Sénat) sont dans trois listes différentes. Ce qui montre un attelage politique très hétérogène.

     

     
     


    L'échéance suivante a lieu ce mardi 27 mai 2025. À cette date, justement, il y a le vote des adhérents du PS pour l'un des trois "textes d'orientation". On pourrait croire que c'est un vote programmatique, basé sur des lignes de fond, mais non. C'est un vote pour une personnalité, pour le prochain dirigeant du PS. Car la règle veut que les "premiers signataires" des deux "textes d'orientation" qui ont obtenu le plus de votes seront candidats au poste de premier secrétaire du PS.

    À cette occasion, on pourra donc connaître le nombre exact d'adhérents inscrits participant à ce scrutin ainsi que le nombre exact de vrais adhérents qui votent. Le congrès du PS est malencontreusement arrivé après celui de LR, si bien que la barre est haute pour dire que ce serait un succès : chez LR, il y a eu près de 100 000 votants (exactement 98 110), ce qui est très fort pour un parti (il y a un mois, les écologistes n'avaient eu que 6 702 votants !).

    Ce vote, qui aura lieu la semaine prochaine, est donc crucial. Ensuite, le jeudi 5 juin 2025 aura lieu à proprement parler l'élection du premier secrétaire du PS. L'enjeu est important sur l'avenir du gouvernement et surtout, l'avenir de la législature actuelle puisque le Président de la République reprend son droit à dissoudre à partir du 9 juin 2025. Enfin, le congrès aura lieu dix jours plus tard, du 13 au 15 juin 2025 à Nancy. Tout aura été déjà décidé par les adhérents... ou pas, car on a vu des congrès qui n'étaient pas très fixés par le vote des militants (Rennes en 1990, Reims en 2008 et aussi Marseille en 2023 !).

     

     
     


    Un petit mot pour le sortant, Olivier Faure, dont on a reproché la décision de dissoudre le gouvernement de Michel Barnier en mélangeant les voix socialistes avec celles des insoumis et surtout, celles du RN. Ensuite, on lui a reproché exactement le contraire quand il a refusé de censurer le gouvernement de François Bayrou avec l'argument développé par Corinne Narassiguin, la secrétaire nationale chargée de la coordination et des moyens du parti, mis au début de cet article.

    Le poste de premier secrétaire du PS est nationalement important. Si tous les premiers secrétaires n'ont pas été Présidents de la République, les rares Présidents de la République socialistes ont été tous premiers secrétaires, à savoir François Mitterrand et François Hollande (j'aurais pu aussi dire qu'ils avaient ce même prénom François mais on ne m'aurait pas cru !).


    Olivier Faure est premier secrétaire du PS depuis le 7 avril 2018, soit plus de sept années, ce qui commence à devenir important. Il a été élu le 29 mars 2018, et réélu les 18 septembre 2021 et 19 janvier 2023. Une réélection le 5 juin 2025 le placerait dans les historiques du parti socialiste (chef du PS jusqu'en 2028). Celui qui a été le premier secrétaire le plus long est François Hollande du 27 novembre 1997 au 26 novembre 2008 (11 ans). Il est suivi de François Mitterrand du 16 juin 1971 au 24 janvier 1981 (9 ans et 7 mois) et de Lionel Jospin du 24 janvier 1981 au 14 mai 1988 puis du 14 octobre 1995 au 2 juin 1997 (8 ans et 11 mois). Ces trois socialistes ont été les seuls, je souligne, les seuls dirigeants socialistes français à avoir eu le pouvoir par leur propre conquête électorale, le dernier, Lionel Jospin, en tant que Premier Ministre de cohabitation.

    On mesure ainsi l'importance politique d'Olivier Faure... ou le niveau de décrépitude dans lequel est tombé le parti socialiste ! Il jouit ainsi de ce paradigme du sortant qui lui donne plus de stature nationale que tout autre concurrent actuellement. D'ailleurs, c'est bien dans le texte d'Olivier Faure qu'on y trouve cette lignée en y ajoutant bien sûr Léon Blum, mais en oubliant Guy Mollet, l'indéboulonnable secrétaire général de la SFIO sous la Quatrième République : « Nous devons retrouver celles et ceux pour qui nous nous battons. Celles et ceux qui pâtiront les premiers d'une politique d'extrême droite, enfermée dans une logique nationaliste, individualiste et capitaliste qui n'a jamais nourri que le conflit et la guerre. La gauche est toujours arrivée au pouvoir à la faveur d'une alliance de classes, avec l'émancipation des travailleurs au cœur de son projet. C'était le cas du temps de Léon Blum, comme de François Mitterrand, Lionel Jospin et François Hollande. ».

    Et justement, parlons de ce dernier pour terminer. François Hollande est le seul cité encore en service, élu député en juillet 2024. Et qui soutient-il ? Prudemment, personne. Cet adepte de la synthèse intégrale a préféré voir venir, se disant qu'il est le seul capable de concourir avec le blason socialiste en 2027. Rappelons qu'il aura alors presque 73 ans. Et Olivier Faure presque 59 ans.



    Aussi sur le blog.
    Sylvain Rakotoarison (20 mai 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Congrès du PS : le choc de complexité !
    Robert Badinter.
    Congrès du PS à Rennes : l'explosion de la Mitterrandie.
    La préparation du congrès de Rennes (27 janvier 1990).
    Histoire du PS.
    Manuel Valls.
    Martine Aubry.
    Hubert Védrine.
    Julien Dray.
    Comment peut-on encore être socialiste au XXIsiècle ?
    François Bayrou et la motion de censure de congrès du PS.
    Lionel Jospin.
    Claude Allègre.
    François Mitterrand.
    Jacques Delors.
    Mazarine Pingeot.
    Richard Ferrand.
    Didier Guillaume.

    Pierre Joxe.
    André Chandernagor.
    Didier Migaud.
    Pierre Moscovici.

    La bataille de l'école libre en 1984.
    Bernard Kouchner.
    Hubert Curien.
    Alain Bombard.
    Danielle Mitterrand.
    Olivier Faure.
    Lucie Castets.

    Bernard Cazeneuve
    Gabriel Attal.
    Élisabeth Borne.
    Agnès Pannier-Runacher.
    Sacha Houlié.
    Louis Mermaz.
    L'élection du croque-mort.
    La mort du parti socialiste ?
    Le fiasco de la candidate socialiste.
    Le socialisme à Dunkerque.
    Le PS à la Cour des Comptes.








    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250520-congres-ps.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/congres-du-ps-le-choc-de-260727

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/05/20/article-sr-20250520-congres-ps.html



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  • Congrès du PS à Rennes : l'explosion de la Mitterrandie

    « Des querelles de personnes, depuis vingt, j'en ai connu. Mais ce que m'ont appris les dernières semaines, c'est qu'aujourd'hui, au PS, on est au-delà de l'irrationnel. Peu importent les rabibochages : entre Fabius et Jospin, il s'agit d'une lutte à mort. » (Julien Dray, le 16 mars 1990 dans "L'Express").



     

     
     


    Le témoignage en live du "jeune" député de l'Essonne Julien Dray, et pourtant très expérimenté militant propagandiste trotskiste, a montré son étonnement mais aussi son noviciat dans la cuisine interne au parti socialiste. Il y a trente-cinq ans a eu lieu le fameux congrès de Rennes, le 67e congrès du PS qui s'est tenu du 15 au 18 mars 1990 à Rennes, ville dont le maire a été, entre 1977 et 2008, l'ancien ministre socialiste Edmond Hervé.

    Pour beaucoup d'observateurs politiques, le congrès de Rennes a été le pire congrès de toute l'histoire des socialistes, le pire pour les socialistes, peut-être pas pour leurs adversaires, celui de la division, celui des magouilles, de la désinformation, de l'intimidation, de la manipulation, des coups tordus, etc. Julien Dray, qui était pourtant un agitateur politique aguerri dans les luttes d'appareil, au sein de l'UNEF puis de SOS Racisme(« Le PS, c'est bien pire que l'UNEF ! »), était forcément un nain face aux éléphants ambitieux et encombrants du parti socialiste, dont les ambitions personnelles l'emportaient bien largement sur des considérations plus collectives : « On est des jeunes. On a beaucoup appris. Ce congrès aura été une école de formation. Nous sommes vaccinés ! », a-t-il commenté à chaud auprès de Dominique de Montvalon et Bernard Mazières pour leur article d'ambiance publié le 16 mars 1990 dans "L'Express".

    Le reportage de "L'Express" décrit le champ de bataille : « La brutalité des méthodes. Sur le terrain, le clientélisme, désormais, triomphe. Chacun a "ses" hommes, et il ferait beau voir qu'un intrus se pointe ! (…) On s'y bagarre sec, tous les coups (ou presque), sont permis et l'idéologie a bon dos. (…) L'essentiel se passait chaque fois avant et après, par téléphone : quand le patron local "déconseillait" aux siens de se rendre à une réunion tenue pour "inopportune" ou leur rappelait, si nécessaire, qu'ils étaient... ses obligés. (…) Palmarès, selon Juju [Julien Dray], des sections les plus "bétonnées" : les gros bastions fabiusiens et, notamment dans certains arrondissements parisiens, les places fortes chevènementistes. "Jospinistes et mauroyistes n'ont rien à apprendre, mais eux savent y mettre les formes. Ce qui n'a pas empêché le maire de Massy de virer du jour au lendemain deux de ses directeurs pour la simple raison qu'ils avaient choisi notre motion !" (…) Oui, constate, fataliste et un peu amer, Julien Dray, "l'après-Mitterrand a commencé". Rude choc pour ceux qui constatent l'état de la "vieille maison" et se veulent pourtant, plus que jamais, les neveux de "Tonton". ».

    Factuellement, il n'est plus certain que ce congrès fût le pire, car il y en a eu d'autres, plus tard, qui étaient aussi pas mal en pleines divisions, comme celui de Reims en novembre 2008 et le dernier, celui de Marseille en janvier 2023. Le prochain s'avère aussi "passionnant" (mot pris au second degré, je précise), en juin 2025, avec une lutte déjà actée entre Olivier Faure et Boris Vallaud, et sans doute d'autres éléphanteaux. Les congrès du PS, et avant, de la SFIO, n'ont jamais été qu'une longue succession de chocs d'ambitieux et de chefs de meute.

    À Rennes, Julien Dray, à 35 ans, venait de découvrir ce Far West impitoyable. Avec son "ami" de l'époque, parlementaire de l'Essonne comme lui, un certain Jean-Luc Mélenchon, et Isabelle Thomas, l'ancienne égérie des lycéens en colère contre le projet Devaquet de 1986, ils avaient dû déposer leur propre motion au congrès (une motion, c'est l'acte politique qui vise à exister politiquement au sein du PS dans l'un de ses mille et un courants), car personne ne voulait d'eux, de ces p'tits jeunes gauchistes un peu dérangeants (et à l'époque, qui avaient des convictions), alors qu'ils auraient préféré faire une motion commune, pour rassembler l'aile gauche avec Jean-Pierre Chevènement, Jean Poperen, etc.


     

     
     


    Mais reprenons un peu le contexte historique. En mai 1988, François Mitterrand, le leader historique du PS moderne (premier secrétaire de 1971 à 1981), a été réélu Président de la République pour un second mandat de sept ans. Malade et âgé, il était certain que ce mandat serait le dernier. De quoi soulever l'appétit de potentiels héritiers. Mais dès 1988, François Mitterrand a perdu la main sur "son" PS : son successeur à la tête du PS, de 1981 à 1988, Lionel Jospin, son loyal et fidèle lieutenant lors de son premier septennat, a été nommé Ministre de l'Éducation nationale dans le gouvernement de Michel Rocard. Il fallait donc qu'il partît de la direction du PS.

    Son successeur était tout trouvé pour François Mitterrand, il avait décidé d'y placer son jeune dauphin, "le plus jeune Premier Ministre qu'il a donné à la France" (maintenant, c'est Gabriel Attal), à savoir Laurent Fabius, qui, par chance (!), était justement disponible. Le comité directeur du 14 mai 1988 s'est toutefois très mal déroulé : dans une conjuration de Michel Rocard (Premier Ministre) et Lionel Jospin (premier secrétaire sortant), Pierre Mauroy a été choisi au détriment de Laurent Fabius. La conclusion a été que Laurent Fabius a eu le perchoir comme lot de consolation. Il y a des lots de consolation moins prestigieux.


    La rivalité entre Lionel Jospin et Laurent Fabius était donc officialisée en 1988. Elle n'était pas nouvelle, car ils s'étaient déjà chamaillé en 1986 pour savoir qui conduirait la campagne législative des socialistes (leur chef d'appareil ou le chef du gouvernement socialiste ?). Ce genre de rivalité politique se retrouve aussi à droite, notamment dans la composante gaulliste, RPR puis UMP et maintenant LR (à droite, on appelle cela "guerre des chefs" et pas "congrès du parti socialiste"). Le congrès de Rennes, comme s'en est aperçu Julien Dray (voir en début d'article), était d'abord l'éclatement public du courant mitterrandiste en deux factions, les jospinistes et les fabiusiens. Y voir des différences idéologiques ou politiques serait un exploit. Juste un vaste champ des ambitions déçues. Ou pas.

    Le congrès du PS qui suivait cette désignation infamante pour le Président de la République en exercice était donc celui de Rennes en mars 1990. Michel Rocard était toujours à Matignon, Lionel Jospin à l'Éducation nationale, et Pierre Mauroy, en bon militant socialiste, qui avait cru être le dauphin de Guy Mollet en 1969, s'est épanoui dans cette fonction de chef du parti, un poste qui comptait beaucoup pour lui, qui l'honorait beaucoup, au regard de l'histoire. Ce congrès était évidemment l'occasion de remettre les choses à plat, et François Mitterrand n'hésitait pas à donner sa préférence pour la désignation de Laurent Fabius à la tête du parti, pour réparer l'affront de 1988.

    Il faut aussi expliquer le mode de fonctionnement d'un congrès socialiste. Il faut dire que c'est très compliqué, ce qui nécessite beaucoup de socialistologues patentés.

    Petite diversion par ce petit témoignage amusant de la journaliste politique Valérie Trierweiler, qui fut par la suite la compagne de François Hollande. Elle a débuté pendant cette période. Son employeur "Paris Match" l'a affectée au congrès de Rennes, c'était son premier reportage politique. Au micro de Guy Birenbaum, le 9 août 2017 sur France Info, Valérie Trierweiler a raconté "son" congrès de Rennes : « C’est à la fois un souvenir très marquant et en même temps je pataugeais totalement. J’étais toute jeune journaliste, c’était mon premier papier pour "Match" et je ne comprenais rien à ce qu’il se passait. (…) Ça a été une guerre fratricide entre les enfants de Mitterrand. C’était très compliqué, il y avait six ou sept motions différentes. Pour comprendre ce qu’il se passait, j’allais dans ma voiture de location et j’écoutais France Info. ». Elle est retournée à Paris dans la voiture de Bernard Roman, à l'époque le dauphin de Pierre Mauroy à la mairie de Lille : « Tout le monde pleurait ! ». Et d'ajouter : « Peut-être que, finalement, ce qu’il se passe aujourd’hui, l’origine est là. On a déjà des déchirures, non pas au sein du parti socialiste mais au sein de la même famille du PS, entre les enfants chéris de Mitterrand. Ça n’a fait que se déchirer par la suite. ».

    Le fonctionnement d'un congrès, c'est d'abord de déposer des contributions, qui n'impactent pas la vie interne du parti, c'est du contenu politique, programmatique, et un moyen de se montrer entre "camarades" du même courant. Puis, il y a le dépôt des "motions", qui sont ultrapolitiques, après d'éventuelles "synthèses" de contributions. Des rapports de force internes au sein du PS dépend la répartition des postes au sein de la direction du PS. Tous les courants ont donc intérêt à déposer leur propre motion pour peser au sein de l'appareil (et pour se compter auprès des militants). Et la phase finale, celle pour laquelle François Hollande était le maître par la suite, la synthèse : les motions tentent de trouver un accord entre elles pour se réunir derrière le dirigeant désigné selon les rapports de force (vote des fédérations, j'y reviendrai plus loin) et une direction diversifiée (ceux qui ne souhaitent pas s'intégrer dans la synthèse sont alors dans l'opposition interne). Exceptionnellement, aucune synthèse n'a été trouvée ni voulue à Rennes en 1990.

     

     
     


    Pour son émission "La fabrique de l'histoire" diffusée le 6 novembre 2008 sur France Culture, le journaliste Emmanuel Laurantin a expliqué : « L'affrontement entre Lionel Jospin et Laurent Fabius n'a rien d'idéologique. Le duel par seconds couteaux interposés gagne également les fédérations à l'intérieur desquelles des scissions s'opèrent. (…) [François Mitterrand] entame alors son second et dernier mandat. La question de sa succession devient donc d'actualité. Lionel Jospin est ouvertement entré en conflit avec Laurent Fabius en 1985. Lors du comité directeur de juillet 1989, le combat des deux héritiers est lancé par listes de soutien interposées et comptage des voix sur lesquelles l'un ou l'autre peut s'appuyer. L'enterrement du courant mitterrandiste bat son plein. Le débat idéologique reste au second plan et le restera tout au long du congrès (…). Sept textes sont soumis à la discussion et au vote des militants mais personne n'écoute les discours. Ni Fabius, ni Jospin ne veulent de synthèse. On négocie en coulisse et on échange des propos aigre-doux avec ses adversaires de courants. Des émissaires sont chargés de calmer le jeu. En vain, ce congrès du PS se termine sans que les courants ne se soient mis d'accord sur la composition de la direction et sur un texte commun d'orientation. Le rôle de François Mitterrand est ambigu. Son dauphin est Laurent Fabius mais il ne le soutient pas ouvertement. Il lui a d'ailleurs sans doute suggéré d'abandonner la partie pour laisser finalement la direction du parti à son ancien Premier Ministre, Pierre Mauroy, qui aura vainement tenté d'apaiser cette lutte de succession. ».

    Concrètement, neuf contributions générales ont été déposées pour le congrès de Rennes, et ensuite, sept motions soumises au vote des militants, supposées provenir d'une synthèse (ici impossible) des contributions.

    L'intérêt de présenter les contributions n'a rien de programmatique, mais est de savoir qui était avec qui. Je n'indiquerai donc pas le nom de chacune des contributions (sans intérêt car générique) mais seulement de leurs principaux signataires.

    Contribution 1 (chevènementistes) : Jean-Pierre Chevènement, Edwige Avice, Jean-Marie Bockel, Nicole Bricq, Pierre Carassus, Marie-Arlette Carlotti, Michel Charzat, Didier Motchane et Georges Sarre.

    Contribution 2 (mitterrandistes "directs") : Louis Mermaz, Pierre Joxe, Jacques Delors, Véronique Neiertz, Claude Estier, Louis Mexandeau, André Delehedde, Claude Fuzier, Charles Hernu, Frédéric Jalton, Didier Migaud, Ségolène Royal et André Vallini.

    Contribution 3 (fabiusiens) : Laurent Fabius, Jean Auroux, Claude Bartolone, Pierre Bérégovoy, Michel Charasse, Roger Hanin, Jack Lang, Daniel Percheron, Paul Quilès, François Rebsamen, Yvette Roudy et Henri Weber.

    Contribution 4 (stirnistes) : Olivier Stirn et Bernard Bioulac.

    Contribution 5 (jospinistes) : Lionel Jospin, Claude Allègre, Christian Bataille, Jean-Christophe Cambadélis, Gérard Collomb, Bertrand Delanoë, Michel Delebarre, Henri Emmanuelli, François Hollande, Jean-Yves Le Drian, Jean Le Garrec, Dominique Strauss-Khan et Daniel Vaillant.

    Contribution 6 (mélenchonistes) : Jean-Luc Mélenchon et Julien Dray.


    Contribution 7 (rocardiens) : Catherine Trautman, Alain Bergounioux, Robert Chapuis, Michel Destot, Claude Évin, Olivier Faure, Gérard Fuchs, Louis Le Pensec, François Patriat, Alain Richard, Michel Sapin, Jean-Pierre Sueur et Manuel Valls.

    Contribution 8 (lienemannistes) : Marie-Noëlle Lienemann et Patrice Finel.

    Contribution 9 (poperénistes) : Jean Poperen, Colette Audry, Jean-Marc Ayrault, Philippe Bassinet, Michel Bérégovoy, Gérard Caudron, Didier Chouat, Jean-Louis Cottigny, Michel Debout, Christiane Mora, Marie-Thérèse Mutin et Alain Vidalies.

    Petits commentaires personnels. On remarque l'absence, parmi les signataires, de Martine Aubry (fille de Jacques Delors et future jospiniste) car elle n'était pas encore une femme politique. François Hollande (qui était à l'époque "transcourant" tout en étant proche de Jacques Delors) a signé avec Lionel Jospin comme Dominique Strauss-Kahn pourtant plutôt rocardien. Au-delà des deux contributions "gauchistes" (Mélenchon et Lienemann), celles de Jean-Pierre Chevènement et de Jean Poperen étaient les plus à gauche (avec une tradition historique), et c'est intéressant d'y lire les noms de Jean-Marc Ayrault, Jean-Marie Bockel et Nicole Bricq. Parmi les rocardiens, il y avait bien sûr Manuel Valls, mais aussi Olivier Faure (et Benoît Hamon allait les rejoindre). Si Michel Rocard n'était pas un signataire (parce qu'il était le Premier Ministre), il y avait une contribution estampillée rocardienne très clairement. Quant à Pierre Mauroy (premier secrétaire sortant), lui non plus n'a pas déposé spécifiquement de contribution (afin de rester dans la capacité de rassembler et faire la synthèse), et ses partisans se sont répartis parmi les jospinistes (par exemple Michel Delebarre) et les mitterrandistes que j'appellerais "directs", c'est-à-dire fidèle à François Mitterrand sans choisir parmi ses héritiers (parmi lesquels s'est comptée Ségolène Royal).


     

     
     


    De ces neuf contributions n'est sortie aucune synthèse majoritaire, et donc, sept motions se sont disputé le vote des militants, ou, plus exactement, le vote des mandats (c'est une nuance importante, voir plus loin). Voici donc les résultats de ce congrès, sans qu'aucune motion puisse être majoritaire (dans l'ordre décroissant des votes).

    1. Motion 1 (Pierre Mauroy, soutenue par Lionel Jospin et Louis Mermaz) : 2 082 mandats (28,9%).
    2. Motion 5 (Laurent Fabius, soutenue par Olivier Stirn) : 2 075 mandats (28,8%).
    3. Motion 3 (Michel Rocard) : 1 745 mandats (24,3%).
    4. Motion 7 (Jean-Pierre Chevènement) : 613 mandats (8,5%).
    5. Motion 2 (Jean Poperen) : 518 mandats (7,2%).
    6. Motion 4 (Jean-Luc Mélenchon) : 97 mandats (1,4%).
    7. Motion 6 (Marie-Noëlle Linemann) : 47 mandats (0,7%).

    On constate que les jospinistes (avec les mauroyistes) et les fabiusiens étaient presque à égalité et que les rocardiens sont arrivés en troisième position. Les quatre autres motions étaient positionnées sur l'aile gauche et n'ont recueilli que peu de votes, moins de 20%, et de manière très dispersée (Jean-Luc Mélenchon, Julien Dray et Marie-Noëlle Lienemann ont fait cause commune dans les congrès suivants, à partir de celui de La Défense en décembre 1991).

    Malgré cette grande disparité, les jospinistes et les rocardiens avaient la majorité et se répartissaient ainsi les rôles : à Pierre Mauroy le parti, à Michel Rocard la candidature à l'élection présidentielle de 1995. Un accord implicite qui n'était pas forcément très franc (Lionel Jospin couvant déjà une ambition présidentielle) mais qui permettait de faire un barrage anti-Fabius.

    Lors du comité directeur du 21 mars 1990, une synthèse générale a été finalement adoptée, de manière très hypocrite, Pierre Mauroy a été reconduit comme premier secrétaire du PS et la direction du PS (comité directeur, bureau exécutif et secrétariat national) a été désignée proportionnellement aux votes du congrès.

    Le nouveau bureau exécutif était ainsi composé de 8 jospino-mauroyistes (Pierre Mauroy, Claude Allègre, Claire Dufour, Henri Emmanuelli, Louis Mermaz, Bernard Roman, Gisèle Stievenard et Daniel Vaillant.), 8 fabiusiens (Laurent Fabius, Claude Bartolone, André Billardon, Marcel Debarge, Daniel Percheron, Christian Pierret, Yvette Roudy et Françoise Seligmann), 7 rocardiens (Jean-Claude Boulard, Pierre Brana, Michel Deforeit, Daniel Frachon, Gérard Fuchs, Daniel Lindeperg et Alain Richard), 2 chevènementistes (Michel Charzat et Pierre Guidoni) et 2 poperénistes (Jean-Marc Ayrault et Michel Debout).
     

     
     


    Quant au secrétariat national, composé de 13 secrétaires nationaux et 13 secrétaires nationaux adjoints, on peut citer le numéro deux Marcel Debarge chargé de la coordination, Gérard Collomb (adjoint) chargé des organismes associés, Henri Emmanuelli trésorier, Gérard Lindeperg chargé de la formation, Thierry Mandon (adjoint) également chargé de la formation, Daniel Vaillant chargé des fédérations, Claude Bartolone chargé des relations extérieures, Jean-Claude Petitdemange chargé des élections, Gérard Le Gall (adjoint) chargé des sondages, Yvette Roudy chargée des droits de la femme, Bernard Roman chargé de l'information et communication, Frédérique Bredin (adjointe) chargée de l'audiovisuel, Christian Pierret chargé de l'urbanisme, écologie et collectivités territoriales, et enfin, Pierre Moscovici chargé des études et programme, qui faisait partie des fabiusiens et pas des jospinistes.

    Du 13 au 15 décembre 1991, le congrès suivant du PS s'est tenu à La Défense, sans changement des instances dirigeantes et sans motions, pour le vote d'une nouvelle "déclaration de principes" du PS. Quelques jours plus tard, le 9 janvier 1992, Pierre Mauroy a quitté la direction du PS et a proposé Laurent Fabius pour successeur, désignation adoptée par le comité directeur et qui allait être avalisée par le congrès suivant réuni du 10 au 12 juillet 1992 à Bordeaux (avec un nouveau secrétariat national le 15 juillet 1992 incluant, en numéro trois, Pierre Moscovici trésorier, et Alain Richard aux élections). Quand Laurent Fabius a pris ses fonctions, Michel Rocard n'était déjà plus Premier Ministre mais était devenu le candidat naturel des socialistes pour l'élection présidentielle de 1995.

     

     
     


    Paradoxalement, malgré les divisions, le congrès de Rennes a profondément modifié la règle du jeu et a permis d'accroître le caractère démocratique de son fonctionnement interne.

    En effet, j'ai évoqué le vote des militants, mais il s'agissait en fait de vote par mandats : chaque fédération avait un certain nombre de mandats pour le congrès proportionnellement à son nombre d'adhérents. L'insincérité du vote, c'est que celui qui dirigeait la fédération pouvait orienter le vote de tous les mandats de sa fédération (il suffisait de donner les mandats à des "camarades sûrs" de la fédération), un peu comme les élections américaines où les grands électeurs, dans la plupart des États, sont élus, tous ou aucun. Le changement, entre autres demandé par Julien Dray, c'était que c'étaient les militants eux-mêmes qui puissent voter, sans passer par des mandats, et pas les responsables de fédération, sans pouvoir de délégation, c'est-à-dire selon le principe un présent, une voix.

    De plus, il a été adopté le principe du vote secret dans les fédérations et aux congrès. Le vote à main levée permettait aux petits potentats d'appareil de faire de l'intimidation, du chantage ou du clientélisme auprès de ses adhérents, ce qui ne peut plus se faire avec le vote secret, seul vote démocratique possible car sincère.

    L'histoire du vote secret et du vote par mandats de fédération n'est pas spécifique au fonctionnement du parti socialiste et tous les partis nationaux ont, petit à petit, évolué d'un fonctionnement qui s'apparentait plus à de la cooptation par magouille qu'à un véritable vote démocratique, vers un fonctionnement plus référendaire, surtout avec l'apparition des nouvelles technologies (vote sur Internet, etc.). À ma connaissance, c'est le RPR qui a adopté le premier le principe d'un vote de son président par l'ensemble des militants (à l'instar d'une élection présidentielle), décidé par Philippe Séguin réélu ainsi président du RPR le 13 décembre 1998 (avec un score de république bananière, 95,1% des militants, en raison de l'absence d'adversaire), alors qu'avant, c'est un vote deux ou trois fois indirect.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (08 mars 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Congrès du PS à Rennes : l'explosion de la Mitterrandie.
    La préparation du congrès de Rennes (27 janvier 1990).
    Histoire du PS.
    Manuel Valls.
    Martine Aubry.
    Hubert Védrine.
    Julien Dray.
    Comment peut-on encore être socialiste au XXIsiècle ?
    François Bayrou et la motion de censure de congrès du PS.
    Lionel Jospin.
    Claude Allègre.
    François Mitterrand.
    Jacques Delors.
    Mazarine Pingeot.
    Richard Ferrand.
    Didier Guillaume.

    Pierre Joxe.
    André Chandernagor.
    Didier Migaud.
    Pierre Moscovici.

    La bataille de l'école libre en 1984.
    Bernard Kouchner.
    Hubert Curien.
    Alain Bombard.
    Danielle Mitterrand.
    Olivier Faure.
    Lucie Castets.

    Bernard Cazeneuve
    Gabriel Attal.
    Élisabeth Borne.
    Agnès Pannier-Runacher.
    Sacha Houlié.
    Louis Mermaz.
    L'élection du croque-mort.
    La mort du parti socialiste ?
    Le fiasco de la candidate socialiste.
    Le socialisme à Dunkerque.
    Le PS à la Cour des Comptes.

     

     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250315-congres-ps-rennes.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/congres-du-ps-a-rennes-l-explosion-259371

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/03/13/article-sr-20250315-congres-ps-rennes.html


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  • Les larmes de Martine Aubry

    « Je suis élue à Lille depuis trente ans, je suis maire depuis vingt-quatre ans, j’ai encore de l’énergie et des idées, mais le temps est venu de passer la main à une nouvelle génération. » (Martine Aubry, conférence de presse le 6 mars 2025 à Lille).




     

     
     


    Au cours d'une conférence de presse tenue ce jeudi 6 mars 2025 dans la matinée à Lille, Martine Aubry, maire de Lille depuis mars 2001, a annoncé avec beaucoup d'émotion qu'elle quitterait la mairie dans les prochains jours, concluant une carrière municipale presque aussi longue que son prédécesseur et mentor Pierre Mauroy, maire de Lille de janvier 1973 à mars 2001 : « Je vais envoyer ma lettre de démission au préfet dans quelques jours. ».

    La démission de Martine Aubry, qui va avoir cet été l'âge de 75 ans (mais elle ne les fait pas !), n'est pas seulement un événement de sa vie personnelle, c'est aussi un événement de la vie politique lilloise puisque dans un an, en mars 2026, auront lieu les prochaines élections municipales. Et le fait qu'elle a désigné son successeur dès maintenant, à savoir son premier adjoint Arnaud Deslandes, qui devrait être élu sans problème, au cours d'une séance extraordinaire du conseil municipal, qui sera réuni probablement le 21 mars 2025, puisqu'il jouira de la majorité municipale actuelle (43 sièges sur 61), est une démarche particulièrement blâmable, très fréquente dans la pratique politicienne des temps anciens mais qui, depuis une dizaine d'années, semble complètement anachronique. Comme si un mandat électoral était une charge qu'on transmettrait par voie monarchique.

    Il faut rappeler que Martine Aubry elle-même était une héritière, et pas de n'importe qui, de Pierre Mauroy, ancien Premier Ministre et maire historique de Lille, qui l'a prise sous sa protection dans un parachutage à Lille en juin 1995, comme première adjointe, mais au moins, elle a été élue maire de Lille à la suite des élections municipales de mars 2001 et pas d'un changement de palais (il ne s'agissait pas d'une révolution de palais, plutôt d'une évolution de palais !). Pierre Mauroy lui-même a été aidé dans son accession à la mairie de Lille, en janvier 1973, puisque son prédécesseur (et mentor) socialiste Augustin Laurent (autre maire historique de Lille), à l'âge de 76 ans, lui a laissé la place confortable, sans élections non plus (qui ont eu lieu en mars 1971 puis en mars 1977) afin de lui mettre le pied à l'étrier.
     

     
     


    Sur France Bleu Nord, elle a d'ailleurs rendu hommage à Pierre Mauroy en ces termes : « Un vrai politique, un homme de gauche. Et puis, en ce qui me concerne, une grande reconnaissance pour m'avoir fait venir à Lille, ainsi qu'une très grande affection qui nous reliait. ».

    Elle a assuré qu'elle ne prendrait pas sa retraite en politique et qu'elle continuerait à s'exprimer sur les sujets politiques, mais cette démission très prochaine prend quand même figure d'un retrait de ses responsabilités politiques dans une carrière politique à la fois très remplie... mais un peu inachevée, ou plutôt, en un mot, comme pour son père Jacques Delors, un peu velléitaire.

    Martine Aubry a fait partie des poids lourds de la vie politique française pendant des décennies et est l'une de rares éléphantes (femmes) du parti socialiste (avec Ségolène Royal). Elle n'a jamais voulu se présenter comme la "fille de", d'où son nom venant de son premier mari, et pour éviter d'être taxée de centriste, comme le fut son père, elle a sans arrêt pris des positions artificiellement très à gauche pour ne pas être comprise comme une "socialo-traître", injure encore délivrée de nos jours par l'extrême gauche mélenchonienne aux socialistes.

    Martine Aubry a toujours fait partie de l'élite ; elle est passée par l'ENA (puis le Conseil d'État) et elle a milité au syndicat CDFT, comme son père. En même temps, en 1974, elle a pris sa carte d'adhésion au PS. Cela fait cinquante et un ans qu'elle est socialiste. Entre 1981 et 1986, elle a intégré des cabinets de ministres socialistes, Jean Auroux, puis Pierre Bérégovoy. Sous la première cohabitation, et depuis 1984, elle était directrice des relations du travail au Ministère de l'Emploi. Puis, en 1989, elle s'est lancée dans la vie industrielle en assistant le patron de Péchiney, Jean Gandois, futur président du CNPF (futur Medef), comme directrice générale adjointe.

    Pas longtemps, car c'est deux ans plus tard qu'elle a vu sa notoriété bondir auprès du grand public. Martine Aubry a en effet été nommée Ministre du Travail, de l'Emploi et de la Formation professionnelle du 16 mai 1991 au 29 mars 1993, dans les gouvernements dirigés par Édith Cresson puis Pierre Bérégovoy. Il y en a qui deviennent ministres après avoir été élus conseillers municipaux, conseillers généraux, députés, etc. et qui ont grimpé petit à petit les échelons locaux et nationaux. Elle, sans mandat électif, mais avec l'ENA en poche, elle a été tout de suite bombardée ministre (du reste, ce n'est pas la seule et c'est très courant dans la vie politique française).

    Malgré ce côté technocratique certain (elle a été ministre de son domaine de compétence) et sa filiation avec un Ministre de l'Économie et des Finances très respecté (devenu Président de la Commission Européenne), elle est devenue une vraie politique, autonome, avec son franc-parler et son libre arbitre, au sein d'un parti socialiste très divisé. Sa popularité est rapidement montée à la hausse, au point qu'après le renoncement de son père à l'élection présidentielle de 1995, elle faisait déjà partie des candidats potentiels les plus appréciés du PS.


    Néanmoins, elle excluait toute candidature précoce (elle avait 44 ans). Elle fut chargée par Lionel Jospin de la rédaction de son programme présidentiel de 1995, avec Claude Allègre. Qualifiée par le candidat socialiste de « femme politique la plus brillante d'aujourd'hui » le 18 avril 1995, au cours d'un meeting électoral, elle était déjà considérée comme premier-ministrable de Lionel Jospin, même si les chances de ce dernier à se faire élire à l'Élysée étaient quasiment nulles dans les sondages.

    Pierre Mauroy en a fait sa dauphine parce qu'il cherchait un successeur à son niveau (le problème de succession se retrouvait dans d'autres grandes villes, entre autres, Paris, Marseille, Bordeaux, Tours, Rouen, etc.). C'est donc encore parachutée qu'elle s'est hissée au poste de numéro deux de la mairie de Lille en juin 1995. Mais son élection comme maire six ans plus tard a été très laborieuse, bien qu'elle l'eût anticipé car elle s'était consacrée totalement à ces élections municipales de mars 2001 dès l'année précédente (en quittant son ministère).


    Car entre-temps, il y a eu juin 1997 et la victoire inespérée de la gauche plurielle après la dissolution foireuse de Jacques Chirac. Martine Aubry a été élue députée du Nord mais n'exerça pas son mandat de députée car elle fut nommée, par Lionel Jospin, numéro deux de son gouvernement, comme Ministre de l'Emploi et de la Solidarité du 4 juin 1997 au 18 octobre 2000. À ce titre, elle a fait partie de cette fameuse "dream team" des jospinistes, mise en concurrence et en association avec l'autre poids lourds de ce gouvernement, déjà ministre sous François Mitterrand comme elle (et de la même génération), Dominique Strauss-Kahn, Ministre de l'Économie, des Finances et de l'Industrie (qui a dû démissionner le 2 novembre 1999 en raison d'affaires judiciaires en cours).
     

     
     


    Pendant ce mandat de ministre, elle a hystérisé la classe politique, adulée à gauche et détestée à droite, au centre et par tous ceux qui ont une vision réaliste de la vie économique, en raison des mesures phares prises pendant cette période (avec la chance que la conjoncture économique internationale était favorable) : la réduction du temps de travail à 35 heures par semaine, la couverture médicale universelle (CMU), les emplois jeunes, etc. Les 35 heures, comme la retraite à 60 ans prise sous François Mitterrand, restent encore une plaie de la vie politique que nous payons aujourd'hui par ces déficits excessifs et que nos enfants et petits-enfants payeront encore longtemps dans les décennies prochaines. L'éditorialiste politique Philippe Alexandre a publié en 2002 un brûlot contre cette mesure et sa promotrice sous le titre de "La Dame des 35 heures" (éd. Robert Laffont), avec Béatrix de L'Aulnoit, qui a été un grand succès en librairie (elle était décrite comme "cassante et extrêmement ambitieuse").

    Martine Aubry a réuni ses partisans au sein d'un club politique (Réformer), parmi lesquels se trouvaient Jean-Pierre Sueur, Jean Le Garrec, Marylise Lebranchu, Adeline Hazan, François Lamy (son bras droit, ancien ministre et ancien député-maire de Palaiseau émigré à Lille), Michel Wieviorka, etc.

    La victoire (courte) de Martine Aubry aux élections municipales de Lille en mars 2001 (49,6%) lui ont donné une véritable dimension politique nationale. Avec la candidature de Lionel Jospin favori dans les sondages pour l'élection présidentielle de 2002, elle faisait figure de prochaine Première Ministre évidente d'un Président Jospin (moins populaire, DSK était aussi un premier-ministrable concurrent). L'échec retentissant de Lionel Jospin en 2002 a changé les choses avec un PS en ruines.


    À partir de l'été 2002, la logique politique aurait voulu que soit Martine Aubry soit Dominique Strauss-Kahn reprissent le PS à la petite cuillère et lui donnassent une nouvelle espérance électorale. Mais Martine Aubry a été battue aux élections législatives de juin 2002, si bien qu'elle s'est repliée sur son mandat municipal à Lille (avec succès). Elle n'a pas trouvé de circonscription gagnable en juin 2007 (François Hollande, premier secrétaire du PS, n'a pas levé le petit doigt pour elle), et elle a renoncé à se présenter aux législatives à partir de juin 2012, se confinant à la mairie de Lille. Quant à DSK, réélu député, qui a été le premier socialiste, le soir du premier tour de la présidentielle en 2002, à avoir appelé à voter Jacques Chirac au second tour, il n'a pas su qu'il fallait aller vite et, petit à petit, la candidature de Ségolène Royal pour 2007 a émergé dans les sondages, au détriment de tous les autres éléphants.

    Après sa réélection à Lille en 2008, Martine Aubry s'est trouvée confrontée au vide au sein du PS. François Hollande quittait la direction du PS, Ségolène Royal, qui venait d'être candidate à l'élection présidentielle, se présentait à sa succession avec beaucoup de troupes et on sollicita Martine Aubry pour l'affronter au congrès de Reims. Elle était soutenu notamment par Pierre Mauroy et Jack Lang. Elle a réussi à rassembler également les proches de Dominique Strauss-Kahn (en particulier Jean-Paul Huchon, Jean-Christophe Cambadélis, Jean-Jacques Urvoas, Laurent Baumel, etc.), Laurent Fabius (en particulier Claude Bartolone, Guillaume Bachelay, etc.), Arnaud Montebourg (en particulier Christian Paul, etc.) et Benoît Hamon (qui, finalement, se présenta lui aussi au poste de premier secrétaire).

    En gros, la face traditionnelle du PS (Martine Aubry) opposée à la face moderniste du PS (Ségolène Royal). Au milieu, vaguement soutenu par son ami François Hollande, le maire très populaire de Paris Bertrand Delanoë, qui n'a jamais été ministre (comme François Hollande), tentait une percée pour conquérir le PS. Le 6 novembre 2008, le vote des militants a été une catastrophe de divisions : 29,1% pour Ségolène Royal, 24,2% pour Bertrand Delanoë et 24,1% pour Martine Aubry. Aucune synthèse ne s'est dégagée lors du congrès de Reims. Bertrand Delanoë a jeté l'éponge, tandis que Ségolène Royal était très tenace et Martine Aubry très soutenue par les apparatchiks du PS.

    Le 20 novembre 2008, au premier tour pour désigner le premier secrétaire du PS, Ségolène Royal était largement en avance avec 42,4% des militants, devant Martine Aubry 34,7% et Benoît Hamon 22,8%. Ce dernier s'est effacé et a appelé à soutenir « massivement » Martine Aubry au second tour du 21 novembre 2008. Les résultats ont été brouillés par des opérations de vote plus ou moins sincères, les deux candidates ont contesté le résultat de certaines fédérations départementales ; Ségolène Royal aurait eu un retard de 42 voix et la validation a eu lieu le 25 novembre 2008 avec l'élection de Martine Aubry avec 102 voix d'avance (sur 67 451, soit 50,04%) sur Ségolène Royal qui n'a jamais vraiment accepté ces résultats (on allait bizarrement retrouver le même problème lors de l'élection, elle aussi très serrée, à la présidence de l'UMP en novembre 2012 entre Jean-François Copé et François Fillon).

    Malgré les conditions douteuses de son élection, toujours est-il que Martine Aubry est devenue la première femme chef du parti socialiste, et à ce titre, elle est entrée dans l'histoire de ce parti. Cette responsabilité lui a permis de dépasser Ségolène Royal en popularité au sein du PS. La perspective de l'élection présidentielle de 2012 était dans tous les esprits. Elle faisait partie des présidentiables naturelles du PS et elle y pensait. Ce qu'on a nommé le "pacte de Marrakech" a laissé entendre que, dans tous les cas, il y aurait un accord entre elle et le favori des sondages, Dominique Strauss-Kahn. En clair, elle s'effacerait pour devenir son Premier Ministre, et cette fois-ci, les perspectives de victoire étaient encore plus grandes qu'en 2002, quasi-certaines.


    Mais c'était sans compter avec les obsessions sexuelles du favori. L'affaire du Sofitel déclenchée le 14 mai 2011 a bouleversé complètement l'échiquier politique. Heureusement pour les socialistes, cela s'est passé avant leur première primaire ouverte (en octobre 2011). Martine Aubry s'est donc présentée à la primaire à la place de DSK et soutenue également par Laurent Fabius, et devait affronter notamment Manuel Valls, Arnaud Montebourg, Ségolène Royal, mais surtout François Hollande qui, lui, semblait récupérer la popularité de DSK. Elle a annoncé sa candidature le 28 juin 2011 à Lille, mais ne semblait pas très déterminée, un peu comme si c'était une corvée pour elle.

    Au premier tour, le 9 octobre 2011, elle se hissa au deuxième rang, avec 30,4% devancée par François Hollande avec 39,2%. Le second tour était plié en raison du soutien unanime des autres candidats à son adversaire. Malgré l'emploi du mot empapaouter et de l'expression "quand c'est flou, c'est qu'il y a un loup", Martine Aubry n'a eu que 43,4% le 16 octobre 2011, face à François Hollande 56,6%, malgré une mobilisation supérieure de près de 20 000 sympathisants au second tour (de 2,66 à 2,86 millions de votants).

    Les relations entre François Hollande et Martine Aubry ayant toujours été mauvaises, la situation était politiquement délicate pour elle. En tant que première secrétaire du PS, Martine Aubry a confectionné un accord particulièrement contraignant entre le PS et les écologistes pour les investitures des élections législatives du juin 2012 qui allaient piéger François Hollande pendant tout son quinquennat. Par ailleurs, à l'élection de François Hollande, Martine Aubry était considérée comme la Première Ministre potentielle préférée à gauche, mais le nouveau Président s'est bien gardée de la nommer (et lui a préféré Jean-Marc Ayrault) et lui a juste proposé une grand Ministère de l'Éducation nationale qu'elle refusa (aut Caesar aut nihil). Dès lors, elle démissionna de la direction du PS le 17 septembre 2012 et imposa Harlem Désir comme successeur, à la veille du congrès de Toulouse (là encore, comme à la mairie de Lille, le procédé était douteux, comme si l'élu était propriétaire de son mandat politique et devait désigner son successeur). L'absence de leadership de Harlem Désir a fini par pourrir le quinquennat pollué par les "frondeurs", incapable de mettre de la discipline dans ce parti. À la tête du PS, elle allait soutenir par la suite Jean-Christophe Cambadélis en juin 2015 (congrès de Poitiers) puis Olivier Faure en avril 2018 (congrès d'Aubervilliers).


     

     
     


    À partir de 2014, Martine Aubry s'opposa de plus en plus ouvertement et vigoureusement à la politique économique du gouvernement de Manuel Valls et de son jeune ministre Emmanuel Macron. Renonçant à une candidature pour 2017, elle a soutenu, tant à la primaire qu'à l'élection, la candidature de son ancien poulain Benoît Hamon. En 2022, elle a soutenu celle de la maire de Paris Anne Hidalgo et l'alliance de la Nupes. En juillet 2024, la gauche a proposé son nom pour devenir Premier Ministre ; non seulement elle a refusé, mais la gauche n'était pas en capacité numérique d'imposer un Premier Ministre !

    Quant à sa dernière réélection à la mairie de Lille, en juin 2020, alors qu'elle avait annoncé qu'elle quitterait la mairie à l'issue de son troisième mandat, Martine Aubry a été très près de l'échec, réélue avec seulement 40,0% au second tour, avec 237 voix d'avance (sur 38 470), face à la liste écologiste (39,4%) et la liste centriste (20,6%) menée par une future députée macroniste (qui fut son ancienne directrice de cabinet de 2008 à 2012, Violette Spillebout), avec 68,3% d'abstention.

    On le voit, la carrière politique de Martine Aubry a zigzagué en dents de scie. Elle est rapidement devenue l'une des personnalités majeures de la vie politique française, susceptible d'être nommée à Matignon à plusieurs reprises (en 1995, 2002, 2012, 2024), et même susceptible d'être candidate à l'élection présidentielle pour le compte de l'un des grands partis de gouvernement, le PS (en 1995 et 2012). Toutefois, un manque certain de combativité lui a fait renoncer à beaucoup de candidatures ou de combats politiques, au contraire des véritables animaux politiques (comme le sont notamment François Holllande, Ségolène Royal et Laurent Fabius).

    Sa personnalité (et sa vie privée), son engagement plus collectif qu'individuel, le fait d'être une femme qui imposerait inconsciemment plus de garantie de compétences et d'expérience que les hommes pour s'engager totalement, sa supposée disposition familiale à la velléité, bref, Martine Aubry a sans doute raté beaucoup de trains pouvant l'amener très loin au sommet du pouvoir et a probablement dû décevoir de nombreux militants de gauche qui comptaient sur elle pour construire un grand parti de gauche. Mais elle-même n'a jamais été très convaincue d'être vraiment de gauche. 2026 sera une grande étape et une page qui se tournera pour Lille avec beaucoup de convoitise, et le centre et centre droit pourraient avoir quelques chances face aux écologistes. Pour ce qui est du niveau national, cela fait longtemps que ses amis socialistes l'ont oubliée.



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (06 mars 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    L'inquiétude de Martine Aubry.
    Le désir puissant de Martine Aubry.
    La future Angela Merkel française ?
    Martine Aubry.
    Hubert Védrine.
    Julien Dray.
    Comment peut-on encore être socialiste au XXIsiècle ?
    François Bayrou et la motion de censure de congrès du PS.
    Lionel Jospin.
    Claude Allègre.
    François Mitterrand.
    Jacques Delors.
    Mazarine Pingeot.
    Richard Ferrand.
    Didier Guillaume.

    Pierre Joxe.
    André Chandernagor.
    Didier Migaud.
    Pierre Moscovici.

    La bataille de l'école libre en 1984.
    Bernard Kouchner.
    Hubert Curien.
    Alain Bombard.
    Danielle Mitterrand.
    Olivier Faure.
    Lucie Castets.

    Bernard Cazeneuve
    Gabriel Attal.
    Élisabeth Borne.
    Agnès Pannier-Runacher.
    Sacha Houlié.
    Louis Mermaz.
    L'élection du croque-mort.
    La mort du parti socialiste ?
    Le fiasco de la candidate socialiste.
    Le socialisme à Dunkerque.
    Le PS à la Cour des Comptes.

     


     

     
     







    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250306-martine-aubry.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/les-larmes-de-martine-aubry-259738

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/03/06/article-sr-20250306-martine-aubry.html



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