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  • Julien Dray sera-t-il le prochain premier secrétaire du PS ?

    « Son plus grand défaut, c'est son émotivité. Ça lui fait faire des bourdes tout le temps. Il est comme Jean-Luc Mélenchon, c’est les deux mêmes. Il est impulsif, méditerranéen, dur à gérer en campagne, hyper-affectif. C’est un sentimental colérique. » (Françoise Degois, journaliste, le 12 août 2018 sur franceinfo).




     

     
     


    Le prochain congrès du PS aura lieu en juin 2025 et Olivier Faure compte être reconduit dans ses fonctions de premier secrétaire du PS obtenues depuis avril 2018. En fait, c'est juste après l'élection du Président Emmanuel Macron que Julien Dray, qui fête son 70e anniversaire ce mercredi 5 mars 2025, a raté le coche.

    Il a en effet eu quelques velléités de se présenter à la tête du PS en janvier 2018, puis y a renoncé, puis en août 2018, il a envisagé également de devenir la tête de liste du PS pour les élections européennes de 2019, et finalement, ce fut Raphaël Glucksmann. Jeune vieil homme, encore plein d'énergie, il s'est recyclé en éditorialiste de télévision d'information continue, LCI, et dernièrement, on peut le retrouver sur... CNews !

    Julien Dray a-t-il était un gauchiste qui s'est embourgeoisé ? Peut-être un peu. Rappelez-vous ! C'était le p'tit jeune militant activiste dans les syndicats étudiants, l'UNEF-ID, dans les organisations trotskistes, en particulier la LCR, et qui s'est engagé au PS en 1981 dans la lancée de l'élection de François Mitterrand, accueilli par d'autres activistes étudiants, comme Jean-Marie Le Guen (lui aussi devenu éditorialiste sur des chaînes d'information continue), qui voulaient transformer le PS de l'intérieur. Julier Dray a senti en 1983 l'évolution de la société, la montée irrésistible du Front national et le besoin d'une réponse politique qui se trouverait hors des partis traditionnels, une réponse "sociétale", en fait, à une époque où ce vilain mot n'existait pas encore, ce qui l'a conduit à fonder, avec quelques autres dont Harlem Désir, l'organisation antiraciste SOS Racisme avec une grande marche des Beurres, et ce petit badge, une main au cœur avec le fameux slogan : Touche pas à mon pote ! (l'ex-émission de Cyril Hanouna n'a fait que parodier cette association militante).

    En tout cas, Frédéric Hocquard, actuel conseiller de Paris et premier président de la FIDL à l'époque, très proche de Julien Dray, a pu témoigner : « Il avait un sens aigu de ce qui se passait dans la société. Il sentait les tensions et les courants. (...) Il a été un militant politique antiraciste sincère, qui a amené toute une génération à la politique. ». Le journaliste Claude Askolovitch aussi l'a vu à l'œuvre : « Julien Dray et les siens comprennent que leur moment est venu. Le mouvement qui peut prendre, la cause qui saisira le pays. Par les réseaux de la MNEF, ils contactent l'Élysée. Bientôt, ils vont s’installer au cœur du socialisme présidentiel, le nourrir et se nourrir de lui. De cette alchimie naît SOS Racisme. ».


    Il faut dire que Julien Dray était un professionnel de l'agitation politique, et a reçu tous les appuis de l'Élysée. François Mitterrand y voyait un bon moyen de diviser ses adversaires internes au PS, et en particulier, en affrontant Michel Rocard et en soutenant une aile gauchiste, d'une part, et en initiant un mouvement de jeunesse qui lui a beaucoup servi à sa réélection en 1988, cette fameuse Génération Mitterrand placardée sur les affiches avec le buste en majesté, de profil, à tel point que Julien Dray a reçu une investiture aux législatives de juin 1988 dans l'Essonne et s'est fait élire député (la circonscription actuelle de Jérôme Guedj et l'ancienne de la ministre du budget, Amélie de Montchalin). Jérôme Guedj le considérait ainsi en 2018 : « Malgré nos désaccords politiques, je le trouve entier, attachant, touchant. ».

     

     
     


    C'est en 1986 que Julien Dray et Jean-Luc Mélenchon, élu jeune sénateur PS de l'Essonne en septembre 1986 (ce dernier avait alors 35 ans, juste le seuil d'éligibilité à l'époque et a bénéficié de son appartenance dans l'appareil socialiste qui lui a permis de rester au Sénat jusqu'en 2009), se sont rencontrés et ce fut une complicité de vue entre deux militants gauchistes du PS pendant une quinzaine d'années. Ils ont fait motion commune en 1990 (au terrible congrès de Rennes), ils n'ont reçu que 1,3% des votes mais ils avaient un écho médiatique complètement disproportionné. Au congrès suivant, Marie-Noëlle Lienemann, qui avait fait, elle aussi, une motion à Rennes (seulement 0,7%), s'est jointe aux deux hommes et ce fut la bande des trois. Cette aile gauchiste a ferraillé au début du second septennat de François Mitterrand contre Michel Rocard et ses tentatives d'ouverture avec les centristes.

     

     
     


    Opposé à la guerre du Golfe en 1991 et plutôt anti-européen, Julien Dray a cependant soutenu le Traité de Maastricht en 1992 (Jean-Luc Mélenchon aussi, du reste !) puis le TCE en 2005.

    Les élections législatives de mars 1993 furent un désastre pour le PS. Toutefois, selon Mediapart le 20 février 2009, Julien Dray a réussi à se faire réélire avec une méthode bien à lui : des réunions dans les appartements de sa circonscription, et lui apportait le dessert, un gâteau. De là à imaginer que la transformation de sa silhouette, très significative entre le début de sa carrière et ensuite, vienne de là... c'est un peu vrai. L'homme aime bien vivre, aime bien l'amitié, les bons repas. Rescapé du désastre de 1993 à 250 voix près, Julien Dray a gagné en crédibilité politique (j'allais écrire en poids politique !).

     

     
     


    Parallèlement, il était depuis 1981 l'ami intime du couple de (jeunes) énarques François Hollande et Ségolène Royal qui l'avaient beaucoup aider à l'Élysée à l'époque de SOS Racisme. Chaque été, des vacances communes pour l'anniversaire de Flanby. En revanche, il ne s'est pas fait un ami de Lionel Jospin, très en colère en tant que Ministre de l'Éducation nationale que son camarade de parti ait soutenu les mouvements de lycéens contre ses réformes.

    Finalement, au début des années 2000, Julien Dray a quitté le courant gauchiste (la Gauche socialiste), et donc, le combat commun avec Jean-Luc Mélenchon, pour rejoindre François Hollande, premier secrétaire du PS, en 2003. En 2002, Jean-Luc Mélenchon avait rejoint Henri Emmanuelli tandis que Julien Dray avait rejoint Arnaud Montebourg, Vincent Peillon et Benoît Hamon.

    Après le désastre électoral de Lionel Jospin même pas qualifié au second tour en 2002, c'est Julien Dray qui a eu l'idée d'une candidature de Ségolène Royal pour 2007 au cours d'une conversation avec Claude Bartolone, à l'époque ancien ministre et futur numéro deux du PS. Lui-même était devenu porte-parole du PS. C'est la journaliste Françoise Degois, conseillère de Ségolène Royal à l'époque, qui l'a raconté : « C'est le premier qui pense à Ségolène comme candidate à la présidentielle. Je me souviens, il s’emmerde comme un rat mort, il discute avec Barto, et il dit : "pourquoi pas Ségolène ?". ».


     

     
     


    Pendant la campagne présidentielle de Ségolène Royal, il a été un soutien politique majeur à une époque où les dirigeants du PS étaient eux mêmes très réticents à l'idée de laisser une femme les représenter. Françoise Degois s'est rappelé la fin du premier tour : « Très intelligent politiquement. (…) Au soir du premier tour, c'est lui qui a l'idée de lancer un appel aux électeurs de François Bayrou. On est un petit groupe de journalistes à suivre Ségolène Royal, il est minuit et Julien nous attrape pour nous dire : "Voilà, on appelle les électeurs de Bayrou, et même Bayrou en personne, à voter pour nous". ».

    La candidature de François Hollande lui a redonné une chance de peser à nouveau dans la vie politique, mais le couple était séparé, et Valérie Trierweiler le rejetait. Il a pu fréquenter l'Élysée seulement après le départ de celle-ci, en devenant un conseiller de François Hollande.


    En effet, l'année 2012 aurait dû être "son" année, car son ami a conquis la Présidence de la République. Mais dès 2009, il a eu une enquête préliminaire qui n'a abouti qu'à un simple rappel à la loi, certes, mais qui lui a miné son crédit. La justice s'inquiétait de sa grande collection de montres, mais elle était tournante : il en vendrait et il en rachetait, et cela ne lui rapportait pas beaucoup selon les enquêteurs. Son train de vie était-il en adéquation avec ses revenus ? Bref, la suspicion a amené le PS à ne pas lui renouveler l'investiture en juin 2012 et à la donner à Malek Boutih qui a été élu. Il était encore vice-président du conseil régional d'Île-de-France chargé de la jeunesse puis de la culture, de mars 1998 à décembre 2015, puis simple conseiller régional jusqu'en juin 2021 (exclu de ses "amis" de l'Essonne, il a été réélu en 2015 dans le Val de Marne). Député et conseiller régional, c'étaient ses deux seuls mandats électifs quand d'autres, à la même époque, les cumulaient.
     

     
     


    Il a fait une énorme boulette juste avant l'élection de François Hollande en invitant beaucoup de personnalités socialistes à une fête d'anniversaire entre les deux tours de l'élection présidentielle, en mai 2012... en présence de Dominique Strauss-Kahn, pas annoncé, qui était devenu un pestiféré depuis mai 2011 ! Manuel Valls a été piégé (ils ont été vus ensemble) et François Hollande a de justesse évité d'y aller. L'affichage avec DSK aurait été électoralement très inapproprié à l'époque (et encore maintenant).

    Pendant le mandat de François Hollande, Julien Dray a donc dû se contenter d'être le conseiller du prince alors que tous ses amis gauchistes se sont retrouvés au pouvoir : Benoît Hamon et Jean-Marie Le Guen ministres, Harlem Désir puis Jean-Christophe Cambadélis premiers secrétaires du PS. Julien Dray assure qu'il avait averti François Hollande du danger politique de son ministre Emmanuel Macron mais le Président n'en croyait rien. Rien n'est pire que de ne pas être écouté et d'avoir pourtant raison ! Marie-Noëlle Lienemann en a conclu ceci : « Julien Dray surestime l'écoute des puissants. ».

    En 2015, Julien Dray a réintégré l'organigramme du PS avec un but clairement affirmé, celui de réunifier la gauche et, en résumé, de refaire alliance avec Jean-Luc Mélenchon qu'il connaissait très bien (et qui a quitté le PS en 2008 et s'était présenté à la présidentielle de 2012). Cette impossible alliance entre le PS et Jean-Luc Mélenchon, ex-PS, reste encore le vrai problème du PS de 2012 à nos jours. À la primaire du PS de janvier 2017, Julien Dray a soutenu Vincent Peillon.


    Après l'échec de 2017, Julien Dray a eu de quoi ressentir de l'amertume : contrairement à ses amis des ailes gauchistes, Marie-Noëlle Lienemann, Jean-Luc Mélenchon, Arnaud Montebourg, Vincent Peillon, Benoît Hamon, il n'a jamais été ministre ni sous François Mitterrand, ni sous Lionel Jospin, ni sous François Hollande. On a dit qu'il s'en est fallu de peu que François Mitterrand le nommât au gouvernement pendant son second septennat (il aurait été chargé de la jeunesse). Il était impensable d'intégrer le gouvernement de Lionel Jospin (qui le détestait, peut-être une rivalité entre d'anciens trotskistes ?). Mais surtout, sson ami François Hollande n'a pas non plus fait appel à lui et à ses talents politiques. Pourtant, depuis 2002, il a travaillé la question de la sécurité, ce qui est assez rare à gauche, sujet qui l'a fait perdre en 2002, et il se voyait très bien Ministre de l'Intérieur.

    C'est pour cette raison qu'après 2017, avec la dégénérescence du PS, Julien Dray a voulu reprendre des responsabilités au sein de l'appareil socialiste, finalement sans concrétiser vraiment. Dans "Le Parisien" du 29 août 2021, l'ancien député de l'Essonne a exprimé toute son aigreur sur la préparation de l'élection présidentielle de 2022 au PS : « En ce moment, au Parti socialiste, tout se fait à huis clos et à guichets fermés, le débat sur le projet comme la désignation d’un candidat. (…) Partout c’est la concurrence, la guerre des egos, avec, ce qui est beaucoup plus grave, une pauvreté dans l’affirmation d’idées nouvelles. ». Il aurait voulu relancer une candidature de François Hollande en 2022 ! Et il s'est vivement opposé à l'accord électoral de la Nupes en avril 2022. Et en 2024, aurait-il accepté si François Bayrou lui avait proposé un ministère, histoire de rester cohérent avec ses positions entre les deux tours de l'élection présidentielle de 2007 ?

    Il y a quelques mois, le 7 novembre 2024, Julien Dray a sorti un livre aguichant, "Qui est Mélenchon ?" (éd. Plon), un sujet qu'il connaît très bien (il est même le meilleur mélenchonologue de l'univers). Et avec son look du regretté Michel Blanc, le voilà simple égayeur de la télévision Bolloré !



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (02 mars 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    "SOS Racisme, 'Baron Noir', européennes : Julien Dray, l'éternel retour du marionnettiste du PS" par Anne Brigaudeau, le 12 août 2018 pour franceinfo.
    Julien Dray.
    Comment peut-on encore être socialiste au XXIsiècle ?
    François Bayrou et la motion de censure de congrès du PS.
    Lionel Jospin.
    Claude Allègre.
    François Mitterrand.
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    La bataille de l'école libre en 1984.
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    L'élection du croque-mort.
    La mort du parti socialiste ?
    Le fiasco de la candidate socialiste.
    Le socialisme à Dunkerque.
    Le PS à la Cour des Comptes.
     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250305-julien-dray.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/julien-dray-sera-t-il-le-prochain-259628

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/03/04/article-sr-20250305-julien-dray.html


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  • Olivier Besancenot et le facteur temps

    « La plupart des gens ont intériorisé qu’ils ne pouvaient se représenter eux-mêmes. Qu’il fallait des intermédiaires. Que la politique est affaire de gens sérieux. Quand nous présentons un facteur ou un ouvrier de l’automobile à la présidentielle, ils disent que c’est formidable… mais pas crédible. (…) Prendre la parole, aujourd’hui, est le premier acte de résistance. Refuser que d’autres la prenne pour nous, c’est le premier geste d’émancipation. » (Olivier Besancenot, le 13 novembre 2017).



     

     
     


    Prendre la parole, c'est ce que sait faire avec talent l'ancien candidat trotskiste à l'élection présidentielle Olivier Besancenot qui fête son 50e anniversaire ce jeudi 18 avril 2024. Malgré cet âge seuil, l'homme garde son visage d'adolescent.

    Comme l'expliquait en effet Nicolas Domenach le 26 mars 2018 dans "Challenges", et c'est encore d'actualité, le (jeune) homme a « un talent "d’affranchi" qui en fait "un bon client" des hauts plateaux médiatiques. Il a toujours son visage poupin, ses joues rebondies d’écureuil de la poste pleines de noisettes et de punchlines qu’il distribue allègrement. (…) Il bénéficie du mythe positif de l’employé des postes qui fait du lien social avec ses lettres et ses sourires. C’est le facteur des Jours heureux de Jacques Tati… Mais ce non-sectaire appartient aussi à une famille politique frappée de scissiparité sectaire aiguë. Vous mettez deux trotskystes ensemble et ça finit par faire trois tendances. Au moins… ».

    Des deux principales formations trotskistes, le NPA (Nouveau parti anticapitaliste), issu de la LCR (Ligue communiste révolutionnaire), créé le 5 février 2009, n'a pas toujours été au rendez-vous des élections présidentielles, tandis que LO (Lutte ouvrière) a montré une très grande assiduité avec ses deux porte-parole historiques, Arlette Laguiller et Nathalie Arthaud. En revanche, le mouvement d'Olivier Besancenot (LCR puis NPA) a fait souvent de la jeunesse un tremplin ou un argument. Alain Krivine avait 27 ans (à un mois de ses 28 ans) quand il s'est présenté à l'élection présidentielle de 1969 (il était même en train d'effectuer son service militaire quand il s'est présenté !).

    Olivier Besancenot n'a donc pas battu ce record de jeunesse, mais n'en était pas loin en 2002 à 28 ans et quelques jours. Normalement, il était prévu une candidature commune de LO et de la LCR, pour confirmer le succès de cette union électorale réalisée aux élections européennes de 1999 (pour la première fois, les trotskistes avaient gagné cinq sièges au Parlement Européen dont Arlette Laguiller, Alain Krivine et Roseline Vachetta). Toutefois, les négociations n'ont pas abouti et il y a eu ...trois candidats trotskistes à l'élection présidentielle de 2002 dont Olivier Besancenot, inconnu du grand public, qui a fait très bonne impression par sa jeunesse, sa spontanéité, mais aussi son habileté à sortir ses éléments de langage de militant d'extrême gauche.


    Car c'est bien cela qui prime dans la communication politique : une bonne tête d'honnête homme, un homme sympa, à qui on confierait ses enfants comme à un jeune oncle. Pourtant, il est redoutable, tant dans les interviews que dans les débats. Il a appris toutes ses leçons excellemment et il les répète avec l'aisance d'un bon acteur de théâtre. Son slogan simpliste de 2002 était imparable : « Nos vies valent plus que leurs profits ! ». Cette séparation entre "nous" et "eux" est propre aux extrémismes, à gauche contre les riches, à droite contre les personnes d'origine étrangères, mais à la fin, ça revient au même, c'est séparer le peuple dont tout le monde fait partie.

    Beaucoup d'électeurs de gauche un peu déprimés par Lionel Jospin ont été séduits par cette facilité d'argumentation. Résultat, au lieu du 1% habituellement obtenu par la LCR, Olivier Besancenot a recueilli 4,2% des suffrages exprimés, soit 1,2 million de voix ! Et cet exploit s'est réalisé dans un contexte où Arlette Laguiller a obtenu, elle aussi, un bon score, 5,7% des voix (1,6 million de voix), ce qui fait, en rajoutant le troisième larron d'extrême gauche Daniel Gluckstein du Parti des travailleurs, 10,4% des suffrages exprimés (près de 3 millions de voix !). Cette élection était particulière puisque Jean-Marie Le Pen venait d'être qualifié au second tour.

    Après avoir mené une liste aux élections européennes de 2004 (où il a obtenu 2,8%), Olivier Besancenot s'est présenté à nouveau à l'élection présidentielle de 2007 (il a réuni 4 000 personnes dans un meeting électoral le 18 avril 2007 à la Mutualité de Paris, ce qui est un record pour la LCR) avec le même succès qu'en 2002 (il a obtenu 1,5 million de voix, soit 4,1%) tandis qu'Arlette Laguiller avait terminé son temps avec seulement 1,3% des voix. Olivier Besancenot a montré qu'il avait une grand capacité à être le porte-parole des trotskistes. Après lui, en 2012, en 2017 et en 2022, Philippe Poutou, candidat du NPA, n'allait faire qu'autour de 1% des suffrages (et Nathalie Arthaud, candidate de LO, seulement la moitié).

    Dans les années 2000, Olivier Besancenot a donc été placé sous les projecteurs et sa stratégie unitaire a porté quelques fruits. Il est favorable à des mouvements sociaux unitaires contre Nicolas Sarkozy, puis contre François Hollande, puis contre Emmanuel Macron. Pour lui, c'est simple, les gouvernements sont vendus au méchant patronat qui ne fait qu'exploiter les pauvres ouvriers (en oubliant d'ailleurs que beaucoup ne sont plus ouvriers mais demandeurs d'emploi). Cette ode à l'unité a même failli griller la priorité à Jean-Luc Mélenchon qui, cependant, a un talent de tribun inégalable, au point d'avoir su recueillir cette part électorale de l'extrême gauche en 2017 et 2022.

    Facteur, Olivier Besancenot pouvait compter sur la popularité d'un tel métier, ciment relationnel entre les habitants. Après avoir longtemps distribué le courrier, il s'est retrouvé ensuite derrière un guichet dans Paris intra muros. Ce qui est notable, c'est qu'il a une licence d'histoire, qui n'était probablement pas un diplôme nécessaire pour avoir son concours de la Poste (il est l'auteur de douze livres). Même si son salaire est de misère (parce qu'il travaille à temps partiel), il n'est pas issu d'un milieu ouvrier et sa liaison avec une éditrice qui a bien réussi professionnellement relativise sa précarité matérielle (de plus, il a été collaborateur parlementaire d'Alain Krivine de 1999 à 2000 à Strasbourg). Dans le rôle de l'ouvrier, Philippe Poutou est beaucoup plus convaincant, tellement sa spontanéité rejaillit de ses paroles.


    Fils d'un prof et d'une psychologue scolaire, il a passé son enfance à Louviers, ville dont Pierre Mendès France fut le maire il y a très longtemps. Il a commencé son militantisme à l'âge de 14 ans avec SOS Racisme et la JCR (jeunesse LCR), puis l'UNEF quand il était étudiant, puis la CGT et enfin Sud-PTT. On peut comprendre à quel point il est un militant exemplaire et appliqué de l'extrême gauche (ou gauche antilibérale). Très médiatique, sa participation dans des émissions de divertissement a aussi été très critiquée, même s'il faut saluer son exploit d'avoir réuni 2,7 millions de téléspectateurs (beaucoup plus que d'électeurs !) lors de son passage chez Michel Drucker le 11 mai 2008.
     

     
     


    C'était sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy qu'Olivier Besancenot a eu le plus de visibilité médiatique. Il faut dire que le Président de la République (le dernier issu des rangs gaullistes) avait voulu le promouvoir malgré leurs différences politiques évidentes. En effet, pour Nicolas Sarkozy, Olivier Besancenot, qui pourrait atteindre 10% des voix, devait être au parti socialiste ce que la famille Le Pen est pour la droite modérée, un extrémisme qui les empêcherait durablement d'atteindre une majorité absolue. Mais cette manœuvre n'a pas fonctionné par manque d'audience électorale de porte-parole du NPA.

    Candidat aux élections régionales de mars 2010 en Île-de-France (où il a recueilli 3,1% des voix), Olivier Besancenot s'est représenté aux élections européennes de 2014 mais n'a obtenu que 0,8% des voix. Reflux. En novembre 2018, il a fait son retour politique pour soutenir les gilets jaunes et les mouvements sociaux contre les réformes du gouvernement.

    Olivier Besancenot constatait sur France Inter le 12 septembre 2017 que les résultats électoraux pouvaient beaucoup fluctuer, sans position acquise : « En politique, la fortune est capricieuse (...) On vit une crise politique telle qu'il y a des forces politiques qui peuvent être propulsées sur le devant de la scène en quelques mois (...) et d'autres balayées en quelques mois . ».


    Le 13 novembre 2017 devant des militants d'extrême gauche, après avoir reconnu l'échec du NPA (« Nous avons fait l’erreur de croire que nous pouvions rassembler seuls toute la gauche de la gauche française. Or celle-ci est bien trop diverse et attachée à ses bannières pour se rassembler de cette façon. »), Olivier Besancenot faisait état de la situation politique, en évoquant Jean-Luc Mélenchon : « La FI a une responsabilité particulière car elle a fait 19% et réuni des foules considérables, dont énormément de militants prêts à en découdre. Une nouvelle radicalité est en train de surgir du mouvement social. On le voit dans l’écologie, dans les luttes des migrants, des antinucléaire, même dans le milieu syndical. Mais la FI ne pourra pas tous les représenter. Impossible. Moi, je ne pourrais jamais. Chanter la Marseillaise ? Faut pas me le demander, je pourrais pas ! Mais c’est pas grave, on pourra quand même faire de grandes choses ensemble ! (…) France insoumise est en train de réaliser à son tour qu’elle est incapable d’unifier la gauche. De plus, son comportement très directif sur le mouvement social a été catastrophique. Au NPA, nous nous refusons à hiérarchiser le politique et le social, nous aspirons à une fusion de ces thématiques mais dans le respect de la liberté syndicale. (…) Nous devons trouver un espace commun d’action, alliant démocratie et maintien de notre autonomie, de nos identités. Ni la France insoumise ni le NPA ne peuvent réaliser cela, il va falloir inventer autre chose. » (source : NPA).

    Issus de traditions politiques très différentes, Olivier Besancenot et Jean-Luc Mélenchon ont en commun le talent du verbe et de l'argumentation dans le combat contre l'ordre capitaliste : le premier ne serait-il donc pas l'héritier le plus efficace du second ?


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (17 avril 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Olivier Besancenot.
    Arlette Laguiller.
    Alain Krivine.
    Pierre Juquin.
    Romain Goupil.
    50 ans de mai 1968.
    Daniel Cohn-Bendit.
    Nathalie Arthaud.
    Philippe Poutou.
    Rencontre surréaliste avec Trotski.
    Trotski.
    Les 200 ans de Karl Marx.
    Le Capital de Karl Marx.
    Totalitarismologie du XXe siècle.
    La Révolution russe.
     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240418-olivier-besancenot.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/olivier-besancenot-et-le-facteur-253907

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/04/12/article-sr-20240418-olivier-besancenot.html