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politique - Page 2

  • Emmanuel Macron veut une France militairement puissante

    « Au fond, soyons simples : pour être libre dans ce monde, il faut être craint. Pour être craint, il faut être puissant. » (Emmanuel Macron, le 13 juillet 2025 à Paris).




     

     
     


    À la veille de la Fête nationale, ce dimanche 13 juillet 2025, le Président de la République Emmanuel Macron a prononcé un important discours adressé aux armées à l'Hôtel de Brienne, le siège du Ministère des Armées, le neuvième discours aux armées depuis qu'il est à l'Élysée, qu'on peut relire ou réécouter ici.

    À ses côtés à la tribune se tenaient le Premier Ministre François Bayrou que le Président a remercié chaleureusement pour son action, le Ministre des Armées Sébastien Lecornu et la ministre déléguée Patricia Mirallès. Dans l'assistance, on pouvait reconnaître une ancienne Ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie, qu'Emmanuel Macron est venu embrasser à la fin de son discours.

    Domaines privilégiés du Président, la politique étrangère et la défense sont des sujets sur lesquels Emmanuel Macron a beaucoup travaillé. Il est le premier Président à avoir augmenté, dès son arrivée au pouvoir en 2017, le budget de la défense alors que pendant une trentaine d'années, c'était le parent pauvre du budget, victime des dépenses clientélistes et des déficits publics : « Nous sommes lucides et unis, comme nous le sommes depuis neuf ans, parce que nous avons anticipé ces transformations du monde, anticipé les investissements indispensables. Et à cet égard, il ne suffit pas d'abord de viser des pourcentages de budget, mais de viser ce qui nous élève et nous unit, une force d'âme, une détermination. ».

     

     
     


    Mieux que d'autres, Emmanuel Macron a perçu qu'on avait changé d'époque et qu'il y a un retour, hélas, aux équilibres traditionnels : le meilleur moyen de maintenir la paix, ce n'est pas de sous-traiter à un géant outre-atlantique sa sécurité, mais de l'assurer soi-même : « Soyons clairs, nous, Européens, devons désormais assurer notre sécurité nous-mêmes. ».

    La guerre déclarée par la Russie à l'Ukraine en février 2022 a montré que les frontières pouvaient être transgressées par la force et que le meilleur moyen de les faire respecter, c'est encore d'avoir la capacité militaire de les défendre. Emmanuel Macron a compris avant d'autres dès février 2024 qu'il fallait soutenir à fond l'Ukraine car le projet militaire de Vladimir Poutine est la Grande Russie. L'Europe se retrouve ainsi avec la même communauté de destin que l'Ukraine : « La permanence d'une menace russe aux frontières de l'Europe, du Caucase à l'Arctique. Une menace préparée, organisée, durable et à laquelle nous devrons être capables de faire face. Notre avenir européen est déterminé par cela et la nécessité de nous organiser pour répondre à cette menace et la dissuader pour maintenir la paix. ».

    Le retour au pouvoir de Donald Trump aux États-Unis a encore donné raison à Emmanuel Macron en ce sens que le désengagement tant ukrainien qu'européen des États-Unis rend les pays européens en situation très fragile face aux empires hostiles. Heureusement, la France a toujours su préserver sa souveraineté militaire et nucléaire, ce qui lui permet aujourd'hui d'être le leader d'une défense européenne.

     

     
     


    Le chef de l'État a appelé cela des moments de bascule : « Nous vivons un moment de bascule. Nous en apercevons depuis longtemps l'imminence et ces bascules sont aujourd'hui effectives. Et sans doute jamais, depuis 1945, la liberté n'avait été si menacée et jamais à ce point, la paix sur notre continent n'avait dépendu de nos décisions présentes. Oui, nous replongeons dans des années où l'histoire se fait. ».

    En ce moment, il y a multiplication des conflits armés durables : « Ces dernières années ont été marquées par le retour de l'impensable. Et regardez encore ces derniers mois l'accélération des événements, les bombardements sur l'Iran, les combats entre l'Inde et le Pakistan, avec sans doute l'un des combats aériens de la plus grande intensité des dernières décennies. ».
     

     
     


    Chef des armées, Emmanuel Macron a proposé de renforcer la capacité militaire, c'est-à-dire de passer de 53 000 à 65 000 militaires aptes au combat, ainsi que d'améliorer leurs conditions de vie (et de revaloriser leurs rémunérations) : « Parce que la Nation est confrontée à toutes ces menaces hybrides, à cette accélération de l'histoire, il n'y a plus d'arrière et il n'y a plus de front. Les conflits sont multiformes, multichamps, et supposent de la densité, ils supposent de durcir nos capacités, nos forces et la Nation dans son entier. ». Quant à une nouvelle forme de service national, le Président présentera son projet à l'automne prochain.

    Emmanuel Macron a fait référence deux fois à son allocution télévisée du 5 mars 2025. D'abord, pour évoquer le retour aux empires : « À l'heure des prédateurs, nul ne peut demeurer immobile. Nous avons une avance, mais demain au même rythme, nous serions dépassés. J'avais annoncé le 5 mars dernier aux Français la nécessité de prendre des décisions historiques face aux menaces existentielles qui pèsent sur notre liberté et que je viens de rappeler. ».

    Ensuite, pour évoquer le prix de notre défense : « J'avais dit le 5 mars aux Français, la patrie a besoin de vous. Je vous le dis en cette veille de fête nationale, c'est maintenant. Maintenant qu'il nous faut consentir à cet effort, parce que nous l'avons travaillé, documenté, et il est précisément calibré. Un effort ponctuel de tous pour préserver notre sécurité et notre indépendance. Le salut de la patrie suppose que nous dépensions plus pour notre défense et que chacun prenne sa part de cet investissement et que nous veillons à la souveraineté financière de notre Nation qui passe par des réformes, des transformations et plus de production. Si notre liberté a un prix, le voici. ».


    Emmanuel Macron a surtout annoncé ce dimanche une augmentation du rythme budgétaire. Le budget de la défense devra atteindre 64 milliards d'euros en 2027 au lieu de 2030 comme le prévoyait la loi de programmation militaire, cela signifie qu'il aura doublé par rapport à 2017. Mauvais coup pour François Bayrou qui devra donc trouver, en plus des 40 milliards d'euros pour baisser le déficit budgétaire, 3,5 milliards d'euros complémentaires pour intensifier le renforcement militaire de la France.
     

     
     


    Le Président de la République a justifié cette hausse du budget par ce constat lucide : « Nous sommes cette génération qui n'a pas connu la guerre, déterminée à ce que nos enfants ne connaissent rien d'autre que la paix. Mais soyons lucides, nous n'avons plus les dividendes de la paix dont nos parents avaient bénéficié. C'est terminé. ».

    Cela signifie qu'il faut expliquer cette nécessité, d'où l'importance de ces communications présidentielles depuis quelques mois : « La Nation, pour cela, doit être plus forte, car c'est à la nation avant tout de défendre la nation. Cela passe d'abord par une meilleure prise de conscience de chaque Français et de tous les acteurs civils des menaces hybrides qui nous entourent. ». Le chef de l'État avait même dépêché le général Thierry Burkhard, le chef d'état-major des armées, pour expliquer, au cours d'une conférence de presse le vendredi 11 juillet 2025, que la menace russe allait durablement planer sur la France et sur l'Europe (on peut écouter cette déclaration ici).

    Sur le plan politique, Emmanuel Macron a blâmé les parlementaires d'avoir censuré le gouvernement à la fin de l'année dernière, en plein processus budgétaire, ce qui a eu pour effet de retarder la loi de programmation militaire : « Je le sais, nos PME et nos industriels ont subi les retards provoqués par la censure votée par les parlementaires au mois de décembre dernier. Alors, je le dis ici à chacun, de prendre ses responsabilités pour l'année prochaine. Aux parlementaires, pour que le budget soit voté en heure, car les censures de fin d'année ont une conséquence simple, elles décalent le budget des armées, entre autres. ». Ces propos peuvent être pris pour de la simple provocation politique et risquent de ne pas entraîner l'effet souhaité.


    Emmanuel Macron réussira-t-il à convaincre les Français de l'importance de se doter d'une défense puissante et dissuasive ? Probablement. Son allocution du 5 mars 2025 avait été comprise et convaincante. En revanche, sera-t-il écouté par l'opposition à l'Assemblée Nationale pour qu'elle ne vote pas la censure au moment de la discussion budgétaire ? Ça, c'est moins sûr, et il faudra se fier à toute l'habileté politique de François Bayrou. Pour l'heure, le premier rendez-vous sera le mardi 15 juillet 2025 ; le chef du gouvernement donnera ses premiers arbitrages budgétaires. Ça risque d'être piquant.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (13 juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Emmanuel Macron veut une France militairement puissante.
    Discours du Président Emmanuel Macron aux armées le 13 juillet 2025 à Paris (vidéo et texte intégral).
    Présentation du général Thierry Burkhard, chef d'état-majoir des armées le 11 juillet 2025 à Paris (vidéo).
    Accord de Bougival : les félicitations d'Emmanuel Macron.
    Discours du Président Emmanuel Macron sur la Nouvelle-Calédonie le 12 juillet 2025 à l'Élysée (vidéo et texte intégral).

    Israël vs Iran : Emmanuel Macron l'équilibriste.
    Conférence de presse du Président Emmanuel Macron le 13 juin 2025 à l'Élysée (vidéo et texte intégral).
    Emmanuel Macron à la télévision : Mélanie avant l'Urgence Océan.
    Mélanie, la douceur incarnée.
    Il y a un an, la dissolution !
    Emmanuel Macron : qu'allait-il faire dans cette galère ?
    Interview du Président Emmanuel Macron le mardi 13 mai 2025 sur TF1 (vidéo).
    Emmanuel Macron à l'initiative pour la paix en Ukraine.
    Emmanuel Macron, le référendum et les Français.
    Emmanuel Macron veut-il influencer l'élection du nouveau pape ?
    Budget 2026 : François Bayrou promet-il du sang et des larmes ?
    Discours du Premier Ministre François Bayrou le 15 avril 2025 à Paris (texte intégral et vidéo).
    Emmanuel Macron sur le front du commerce international.
    Discours du Président Emmanuel Macron sur les taxes douanières américaines le 3 avril 2025 à l'Élysée (texte intégral et vidéo).
    Emmanuel Macron : la patrie a besoin de vous !
    Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 5 mars 2025 (texte intégral et vidéo).
    Emmanuel Macron à la télévision le dimanche soir !
    Interview du Président Emmanuel Macron le dimanche 9 février 2025 sur France 2 (vidéo).
    Vœux 2025 d'Emmanuel Macron : aux Français de trancher ?
    Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron, le 31 décembre 2024 à Paris (texte intégral et vidéo).
    Emmanuel Macron face à ses choix.
    Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 5 décembre 2024 (texte intégral).
    Emmanuel Macron et les joyeux JO.
    Interview du Président Emmanuel Macron le 23 juillet 2024 sur France 2 (vidéo intégrale).
    Lettre aux Français par Emmanuel Macron le 10 juillet 2024 (texte intégral).
    Emmanuel Macron et son n'ayez-pas-peur !
    Interview d'Emmanuel Macron à Génération Do It Yourself le 24 juin 2024 (podcast intégral).
    Lettre aux Français d'Emmanuel Macron le 23 juin 2024 (texte intégral).
    Sidération institutionnelle.
    Emmanuel Macron, haut et fort dans l'intérêt de la France et des Français.
    Interview du Président Emmanuel Macron le 6 juin 2024 sur TF1 et France 2 (vidéo intégrale).
    Discours du Président Emmanuel Macron le 6 juin 2024 en Normandie.
    Les 80 ans du Débarquement en Normandie.
    Le souverainisme européen selon Emmanuel Macron : puissance, prospérité et humanisme.
    Discours du Président Emmanuel Macron sur l'Europe le 25 avril 2024 à la Sorbonne à Paris (texte intégral et vidéo).
    Emmanuel Macron et son plan de relance de l’Europe (le26 septembre 2017 à la Sorbonne).
    Texte intégral du discours d’Emmanuel Macron le 26 septembre 2017 à la Sorbonne.
    Emmanuel Macron très gaullien à la télévision pour expliquer la gravité de la situation en Ukraine.
    Ukraine : Emmanuel Macron est-il un va-t-en-guerre ?
    Soutien à l'Ukraine : la conférence de l'Élysée pour une défense européenne.
    Amitié franco-ukrainienne : fake news et accord de coopération.
    Pour que la France reste la France !
    Conférence de presse du Président Emmanuel Macron le 16 janvier 2024 à 20 heures 15 à l'Élysée (texte intégral et vidéo).
    Gabriel Macron.
    Tribune du Président Emmanuel Macron dans "Le Monde" du 29 décembre 2023.

    Le gouvernement de Gabriel Attal sarkozysé.
    Liste complète des membres du premier gouvernement de Gabriel Attal.
    Cérémonie de passation des pouvoirs à Matignon le 9 janvier 2024 (texte intégral et vidéo).
    Gabriel Attal plongé dans l'enfer de Matignon.
    Élisabeth Borne remerciée !
    Macron 2024 : bientôt le grand remplacement ...à Matignon ?
    Vœux 2024 d'Emmanuel Macron : mes chers compatriotes, l’action n’est pas une option !


     

     
     





    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250713-macron.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/emmanuel-macron-veut-une-france-262065

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/13/article-sr-20250713-macron.html



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  • Accord de Bougival sur l'avenir de la Nouvelle-Calédonie : historique et original !

    « Il est créé une nationalité calédonienne, les Calédoniens bénéficiant ainsi d'une double nationalité, française et calédonienne. Cette nationalité sera établie sur la base de critères définis par le présent accord dont une partie pourra être précisée par la Loi fondamentale de la Nouvelle-Calédonie. » (Extrait de l'Accord de Bougival signé le 12 juillet 2025).




     

     
     


    Ce samedi 12 juillet 2025 à l'aurore, après dix jours de négociations (à Bougival et à l'Élysée), de nombreuses réunions plénières et bilatérales, des dizaines d'heures de discussions, de conciliabules, a été signé l'Accord de Bougival sur l'avenir de la Nouvelle-Calédonie. Après les Accords de Matignon signés le 26 juin 1988 sous la houlette de Michel Rocard, puis l'Accord de Nouméa signé le 5 mai 1998 sous la houlette de Lionel Jospin, ce nouvel accord, sous la houlette du Ministre d'État, Ministre des Outre-mer et ancien Premier Ministre Manuel Valls, est lui aussi historique et propose une solution inédite qui a mis (difficilement) d'accord tant les indépendantistes que les anti-indépendantistes.

    Rappelons que Manuel Valls était un rocardien qui a travaillé pour Lionel Jospin, ce qui donne un sens tout particulier à cet Accord de Bougival. Mais en pleine session plénière à l'Élysée, la République française était représentée par ses plus hauts représentants : le Président de la République Emmnauel Macron, le Premier Ministre François Bayrou, le Ministre d'État Manuel Valls, la Présidente de l'Assemblée Nationale Yaël Braun-Pivet et le Président du Sénat Gérard Larcher.
     

     
     


    Emmanuel Macron a annoncé et salué cet accord histoire sur Twitter : « L'heure est désormais au respect, à la stabilité et à l'addition des bonnes volontés pour bâtir un avenir partagé. ».

    La plus grande innovation de l'Accord de Bougival, c'est la création d'un État dans l'État : « Conformément à la voie institutionnelle originale suivie par la Nouvelle-Calédonie, il est convenu d'une organisation institutionnelle sui generis de "l'État de la Nouvelle-Calédonie" au sein de l'ensemble national, inscrit dans la Constitution de la République française. Il pourra être reconnu par la communauté internationale. (…) Ainsi, les Calédoniens bénéficieront d'une double nationalité, française et calédonienne. Ils conserveront la citoyenneté européenne. ».
     

     
     


    Les négociations ont commencé le 2 juillet 2025 par le Sommet pour l'avenir de la Nouvelle-Calédonie à l'Élysée, et, après la signature de l'accord, par une réunion de tous les protagonistes le 12 juillet 2025 à 18 heures à l'Élysée. L'occasion pour le chef de l'État de féliciter tous les participants pour leur courage et leur sens de responsabilité : « Après deux accords et trois référendums, la Nouvelle-Calédonie, par ce que vous avez signé, ouvre une nouvelle page de son avenir dans un lien serein avec la France. (…) Vous avez bien fait ! ».

    Cet accord est une bonne nouvelle car depuis un an et trois mois, la Nouvelle-Calédonie était en proie à la violence et on sait malheureusement depuis le début des années 1980 que ces violences peuvent provoquer de nombreuses morts.
     

     
     


    Charlotte Mannevy, la correspondante de RFI à Nouméa, a rappelé le 12 juillet 2025 le terrible bilan des émeutes de mai 2024 : « Il y a eu des concessions, mais tout d'abord un principe de réalité, c'est-à-dire que ce bilan terrible, 14 morts en quelques mois pour un pays d'à peine 270 000 habitants, c'est un traumatisme. C'est un traumatisme économique. Imaginez que le PIB a chuté de 20% et que des milliers de personnes aujourd'hui n'ont plus d’emploi. La Calédonie ne vit plus que des subsides de l'État qui a multiplié par deux son aide au territoire qui est sous perfusion. Et bien sûr sans accord politique, impossible de relancer l'économie. C'est la porte ouverte à une nouvelle crise politique et économique. ».

    Michel Rocard était parvenu à repousser la décision de dix ans en 1988. Lionel Jospin avait repoussé la question de l'avenir institutionnel de vingt ans en 1998, imaginant une série de trois référendums d'autodétermination avec gel du corps électoral à celui de 1998 (ce qui est très limite au niveau démocratique, inscrit dans notre Constitution en 2007). Les trois référendums ayant repoussé la voie de l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie, il fallait donc un nouveau statut, désormais définitif, à la Nouvelle-Calédonie, ce qui renforce le caractère historique de l'Accord de Bougival, texte qui comporte treize pages (qu'on peut lire dans son intégralité ici).

     

     
     


    Ont signé, au-dessus de la signature du ministre Manuel Valls représentant la République française, dix-huit représentants néo-calédoniens. Neuf indépendantistes : Emmanuel Tjibaou, député et président de l'Union calédonienne (fils de Jean-Marie Tjibaou, signataire des Accords de Matignon), Jean-Pierre Djaiwé, Roch Wamytan, Milakulo Tukumuli, Mickaël Forrest, Omayra Naisseline, Victor Tutugoro, Aloisio Sako et Adolphe Digoué. Et neuf loyalistes (anti-indépendantistes) : Nicolas Metzdorf, député et président de Génération NC, Sonia Backès, présidente des Républicains calédoniens et présidente de l'Assemblée de la Province Sud, Virginie Ruffenach, Philippe Gomès, Gil Brial, Brieuc Frogier, Philippe Dunoyer (ancien député), Alcide Ponga et Pascal Vittori.
     

     
     


    Et que propose-t-il ?

    La principale mesure est la création d'un État de Nouvelle-Calédonie, qui sera intégrée au sein de la République française. Ainsi, est instituée une « nationalité calédonienne » parallèlement à la nationalité française, ce qui pourra résoudre le problème du corps électoral pour les élections provinciales.

    Sera rédigée alors la Loi fondamentale de la Nouvelle-Calédonie, autrement dit une Constitution propre qui ne dit pas son nom, dans laquelle seront institués des signes propres à la Nouvelle-Calédonie (nom, drapeau, devise, hymne) ainsi qu'une charte des valeurs calédoniennes. Des compétences en matière de relations internationales seront concédées aux dirigeants de la Nouvelle-Calédonie. Plus généralement pourront s'envisager des transferts des compétences régaliennes (sécurité, défense, monnaie, justice, etc.) de la République française vers l'État de Nouvelle-Calédonie après négociations entre l'État français et le Congrès de la Nouvelle-Calédonie et ne seront applicables qu'après ratification par référendum.

    Les élections pour les assemblées de province et le Congrès de la Nouvelle-Calédonie, prévues pour l'automne 2025, seront repoussées à mai-juin 2026 afin d'avoir le temps de concrétiser juridiquement cet accord, en particulier, d'adopter en automne 2025 une loi organique (pour reporter ces élections) et une révision constitutionnelle (modifiant le titre XIII de la Constitution). Par ailleurs, un référendum ratifiant l'Accord de Bougival est prévu en février 2026 (uniquement en Nouvelle-Calédonie). La Loi fondamentale devra être adoptée après les élections de mai-juin 2026 et pourra être révisée par la suite par une majorité des trois cinquièmes du Congrès de la Nouvelle-Calédonie.

    Le corps électoral sera le corps gelé des dernières élections et référendums néo-calédoniens ainsi que les résidents depuis plus de quinze ans en Nouvelle-Calédonie. Ainsi, le corps électoral est "dégelé", rouvert vers le simple droit commun, avec aussi un rééquilibrage du Congrès au profit de la Province Sud (en raison de l'évolution démographique).

    D'autres mesures font partie de l'Accord de Bougival, en particulier sur la mise en place d'un Pacte de refondation économique et financière, ainsi que d'un plan stratégique pour la filière nickel afin de développer économiquement la Province Nord. Des plans sur l'éducation, la santé, la culture, les transports et le logement, etc. seront également proposés, principalement en direction des jeunes (en d'autres termes, des gros sous !).
     

     
     


    Il faut souligner le caractère novateur de la solution institutionnelle proposée pour l'avenir de la Nouvelle-Calédonie (il faut saluer la créativité de nos experts constitutionnalistes) afin de mettre d'accord a priori deux camps institutionnellement irréconciliables, indépendantistes et anti-indépendantistes. Au même titre qu'en physique quantique, le chat de Schrödinger est à la fois mort et vivant (cf sur Internet pour ceux qui voudraient des précisions !), ici, les habitants de la Nouvelle-Calédonie seront à la fois de nationalité française (les anti-indépendantistes applaudissent) et de nationalité calédonienne (les indépendantistes applaudissent).

    C'est donc un bon compromis, qui permet à la Nouvelle-Calédonie de préserver un destin commun avec celui de la France tout en concédant une autonomie très large proche de l'indépendance (une indépendance dans l'interdépendance, disait le ministre Edgard Pisani dans les années 1980).

    Commentant cet accord, le sénateur LR de Nouméa, Georges Naturel, a expliqué : « Imparfait et incomplet, il a au moins le mérite d'exister pour donner à nos compatriotes calédoniens un signal fort de concorde et d'espoir de la part de leurs élus. (…) Il va donc falloir maintenant expliquer et convaincre pour retrouver la voie de la paix et du vivre-ensemble. ».


    De même, leader des LR de Nouvelle-Calédonie, Sonia Backès s'est également réjouie : « Ce compromis ne satisfera pleinement personne. Mais je suis pleinement convaincue qu'il nous permet de sortir la Calédonie de la spirale de la violences, des incertitudes et de la destruction. (…) Je sais que les concessions que nous avons faites peuvent inquiéter, mais il faut regarder les choses comme elles sont : la nationalité calédonienne ne nous enlève rien : ni à notre appartenance à République ni à notre nationalité française. La Nouvelle-Calédonie se relèvera si tout le monde porte ensemble la volonté de tourner une page. Il ne s'agit ni d'oublier, ni de pardonner mais simplement de regarder devant et désormais, de reconstruire. ».
     

     
     


    La principale concession des indépendantistes, c'est qu'il n'y aura donc plus de référendum d'autodétermination, alors que c'était leur revendication depuis le dernier qu'ils avaient boycotté. Ainsi, la perte de la nationalité française reviendrait à perdre aussi la nationalité calédonienne. Il ne sera donc pas possible d'être citoyen néo-calédonien en dehors d'une citoyenneté française. La transformation de la Nouvelle-Calédonie en « État intégré dans l'ensemble national » devra bien sûr être entérinée par les Calédoniens et en particulier par les indépendantistes, ce sera le pari de pédagogie et d'explication du député indépendantiste Emmanuel Tjibaou qui s'attend, selon "Le Monde" à « se mettre à l'épreuve de la critique ».

    Il faut aussi imaginer que cet accord va réduire les critiques internationales, notamment des Nations Unies, sur les relations entre la France et la Nouvelle-Calédonie, comme le propose le texte de l'accord : « Cet accord constitue une nouvelle étape sur la voie de la décolonisation et de l'émancipation, dans le respect des principes démocratiques et de l'État de droit. Le droit à l'autodétermination demeure garanti par le droit international. Ainsi la Nouvelle-Calédonie, ouverte sur son environnement océanien, tissant de nouvelles solidarités régionales, consciente des mutations géopolitiques à l'œuvre, des risques d'ingérences étrangères, du défi climatique et de l'impératif de préserver son environnement terrestre et marin, entend pleinement assumer sa voix et sa place dans l'Indopacifique, en lien étroit avec la France. ». Le mot "décolonisation" est, à l'évidence, une concession (purement sémantique) au camp indépendantiste.

    Le titre de l'accord est "le pari de la confiance" et à la fin de son préambule, il est indiqué : « Les Calédoniens font à nouveau le pari de la confiance, du dialogue et de la paix à travers le présent accord qui propose une nouvelle organisation politique, une souveraineté plus partagée encore, une refondation économique et sociale, un destin commun. Le succès de l'accord repose sur un engagement de tous les partenaires qui doivent créer et maintenir les conditions de cette confiance. Il repose aussi sur la volonté des Calédoniens de faire peuple. ».


    Rien n'est fait : il faut encore que le peuple de Nouvelle-Calédonie suive ses élus, tous ses élus, pour que l'Accord de Bougival soit mis en œuvre. Mais l'espoir est permis, celui d'un règlement définitif du statut institutionnel de la Nouvelle-Calédonie et d'une focalisation sur son redémarrage économique. Et si ce devait être une réussite, pourquoi l'originalité calédonienne ne deviendrait-elle pas, alors, un modèle dans le monde, notamment lorsqu'il existe des problèmes de souveraineté, je pense par exemple à l'État palestinien ?


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (12 juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Texte intégral de l'Accord de Bougival signé le 12 juillet 2025 (à télécharger).
    Accord de Bougival sur l'avenir de la Nouvelle-Calédonie : historique et original !
    Émeutes en Nouvelle-Calédonie : l'enjeu, c'est la démocratie !
    La messe est dite : la Nouvelle-Calédonie dit non à l’indépendance.
    Nouvelle-Calédonie : jamais deux sans trois !
    Bernard Pons.
    Nouvelle-Calédonie : le vent du boulet ?
    Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 4 octobre 2020 sur la Nouvelle-Calédonie.
    Résultats du référendum du 4 octobre 2020 en Nouvelle-Calédonie.
    Nouvelle-Calédonie : bis repetita ?
    Jean-Marie Tjibaou fut-il un martyr de la cause kanake ?
    Nouvelle-Calédonie : un timide oui pour la France.
    Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 4 novembre 2018 sur la Nouvelle-Calédonie.
    Résultats du référendum du 4 novembre 2018 en Nouvelle-Calédonie.
    Paris à l’écoute de la Nouvelle-Calédonie.
    Discours du Président Emmanuel Macron le 5 mai 2018 à Nouméa.
    Discours du Premier Ministre Édouard Philippe le 5 décembre 2017 à Nouméa.
    L’assaut de la grotte d’Ouvéa selon Michel Rocard.
    Jacques Lafleur.
    Dick Ukeiwé.
    Edgard Pisani.








    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250712-nouvelle-caledonie.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/accord-de-bougival-sur-l-avenir-de-262043

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/12/article-sr-20250712-nouvelle-caledonie.html


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  • La parlementarisation de l'Europe

    « Alors que des forces extérieures cherchent à nous déstabiliser et à nous diviser, il est de notre devoir de réagir conformément à nos valeurs. Merci et longue vie à l’Europe. » (Ursula von der Leyen, le 10 juillet 2025 sur Twitter).




     

     
     


    C'est vrai que c'est ringard ! Je m'en aperçois quand on voit les durcissements de nombreux régimes, Russie, Turquie, Égypte, mais aussi des démocraties historiques avec le raidissement institutionnel opéré aux États-Unis de Donald Trump, etc. Mais il faut quand même le saluer : l'Union Européenne, grâce au Traité de Lisbonne (eh oui !) poursuit son processus de parlementarisation des institutions. Or, la parlementarisation est une étape importante pour devenir une démocratie moderne. Sans processus parlementaire, pas de démocratie. J'en avais déjà parlé... il y a onze ans !

    Alors, c'est sûr que l'examen puis le rejet, ce jeudi 10 juillet 2025 à Strasbourg, de la motion de censure déposée par l'extrême droite au Parlement Européen contre la Présidente de la Commission Européenne Ursula von der Leyen ne pourrait être qu'une simple péripétie politicienne sans intérêt, sans lendemain et sans suspense. D'ailleurs, elle n'était même pas présente à Strasbourg pendant le vote, retenue à Rome pour une conférence sur la paix et la reconstruction en Ukraine.

    Mais il faut pourtant insister sur l'aspect institutionnel. Lorsqu'il avait été institué, à l'origine, le Parlement Européen n'était qu'une assemblée regroupant des délégués des parlementaires nationaux. Puis, l'étape essentielle a été d'élire les députés européens au suffrage universel direct, et c'est grâce à Valéry Giscard d'Estaing que depuis 1979, le Parlement Européen est issu d'une élection indépendante, libre, sincère. Ce fut la première prise démocratique des citoyens européens. À l'époque, mal conseillé par Marie-France Garaud, Jacques Chirac s'était fortement opposé à ce processus (le fameux Appel de Cochin).

    Toutefois, on ne pouvait pas à la fois fustiger le manque de démocratie des institutions européennes et s'opposer à leur démocratisation qui, bien sûr, a pour effet une avancée de la supranationalisation de l'Europe en parallèle.


    Il a fallu attendre les traités européens suivants, en particulier le Traité de Maastricht et, surtout, le Traité de Lisbonne pour que les députés européens servent vraiment à quelque chose. Quand j'écris cela, cela signifie qu'ils puissent participer pleinement à la gouvernance de l'Europe. Le Traité de Lisbonne permet ainsi deux procédures qu'on retrouve dans tous les démocraties. Il y a d'abord la ratification par le Parlement Européen de la désignation du Président de la Commission Européenne et plus généralement de tous ses membres, un peu à l'instar des États-Unis pour leur gouvernement, désignation, je le rappelle, qui est issue d'un Conseil Européen rassemblant tous les chefs d'État et de gouvernement de l'Union Européenne, chacun avec sa légitimité démocratique nationale propre. Il y a ensuite la possibilité de voter la censure de la Commission Européenne, ce qui s'est passé ce 10 juillet 2025.

    Le résultat du vote est sans ambiguïté : sur 720 députés européens, 175 ont voté pour la motion de censure, 360 ont voté contre, 18 se sont abstenus... et les autres ne se sont pas présentés au bureau de vote (bien que généralement présents à Strasbourg). C'était le cas de l'extrême droite italienne en position entre-deux-chaises. Cela fait trop peu de voix car pour être adoptée, il fallait une majorité des deux tiers favorable à la motion de censure.


    C'était couru d'avance car la motion de censure a été déposée par Gheorghe Piperea, député européen roumain appartenant à l'Alliance pour l'unité de la Roumanie, un parti d'extrême droite qui est apparenté au groupe politique du Parlement Européen appelé CRE (conservateurs et réformiste européens), l'un des groupes d'extrême droite, auquel appartient le parti de l'actuelle Présidente du Conseil italien Giorgia Meloni (Frères d'Italie).

    Et justement, parce que maintenant, elle est au pouvoir, Giorgia Meloni a refusé que "ses" députés participassent au vote de la motion de censure provenant de leur propre groupe politique ! Bien sûr, les groupes de gauche ont refusé de la voter également pour ne pas cautionner une initiative politicienne de l'extrême droite.


    La position de ces (nombreux) députés européens de Giorgia Meloni devrait donc faire réfléchir Ursula von der Leyen qui tente toujours d'obtenir l'accord de la chef du gouvernement italien pour les sujets cruciaux car l'Italie est un grand pays. Ces députés lui sont opposés une fois pour toutes et elle n'a pas à courir derrière eux pour tenter une grande coalition qui ne serait pas viable politiquement.

    Gheorghe Piperea, qui avait obtenu 74 signataires pour sa motion de censure (il en fallait 72, soit 10% des effectifs), principalement du parti Droit et Justice (PiS), nationalistes de Pologne, appartenant au CRE (mais aussi, par exemple, Sarah Knafo), a considéré cet échec comme une victoire, la capacité de lever une véritable opposition politique au sein du Parlement Européen contre la Présidente de la Commission Européenne, d'autant plus qu'elle a eu à peine plus de soutiens que lors de son investiture pour sa reconduction.
     

     
     


    Si Ursula von der Leyen n'était pas présente à Strasbourg au moment du vote de la motion de censure, elle l'était évidemment lors du débat sur celle-ci, qui s'est tenu lundi 7 juillet 2025 en fin d'après-midi. Elle a voulu renverser le discours accusatoire en plaçant le débat sur la démocratie contre "l'illibéralisme" de ceux qui voulaient la censurer qu'elle a résumé par cette formule, "l'extrême droite pro-Poutine".

    Le texte de la motion de censure a multiplié les approximations et fausses informations, évoquant des supposées malversations dans l'attribution des vaccins contre le covid-19, des ingérences dans le processus électoral dans deux États membres (Roumanie et Allemagne), et conclut entre autres que « la Commission dirigée par la Présidente Ursula von der Leyen n’inspire plus la confiance du Parlement dans sa capacité à respecter les principes de transparence, d’obligation de rendre des comptes et de bonne gouvernance qui sont essentiels à une Union démocratique » et demande donc « à la Commission de démissionner en raison de manquements répétés à garantir la transparence et de son mépris persistant à l’égard du contrôle démocratique et de l'État de droit au sein de l’Union ».

    C'est là le paradoxe : ceux qui réclament plus de démocratie européenne sont ceux des groupes politiques qui sont les moins démocrates et les plus anti-européens. Et par ce dépôt de motion de censure, ces mêmes députés européens ont contribué à rendre l'Union Européenne encore plus démocratique, avec la légitimité d'une démocratie parlementaire "classique". Son passage à travers la motion de censure a donc eu pour effet de relégitimer la Commission.

     

     
     


    Dans ce débat, Ursula von der Leyen a pris la parole pour contre-attaquer. Elle a surtout dénoncé une « embuscade de l'extrême droite pro-Poutine », très clairement illustrée par la critique faite dans le texte de la motion de censure de la levée de 150 milliards d'euros pour augmenter notre défense européenne. L'extrême droite était pourtant militariste, sécuritaire et protectionniste, mais lorsqu'elle est vendue à Vladimir Poutine, elle devient pacifiste et serpillière favorable à la paix russe bien sûr, sans se préoccuper des intérêts des pays respectifs de ses militants (tout en croyant tromper son monde en se faisant appeler "patriotes").

    Sur les fausses rumeurs à propos des négociations entre la Commission et Pfizer, Ursula von der Leyen s'est indignée et a convaincu les parlementaires : « Suggérer que ces contacts auraient été, d'une quelconque manière, inappropriés ou contraires à l'intérêt européen est, à tous égards, tout simplement faux. ».


    Pour autant, cette motion de censure n'a pas été inutile et a permis de confirmer qu'il était peu pertinent de tenter de suivre l'extrême droite qui restera toujours un opposant définitif à l'Europe et à l'intérêt général (c'est valable aussi dans les politiques intérieures de chaque État membre). Cela a donc clarifié la position de chaque groupe politique. En particulier, le principal soutien d'Ursula von der Leyen, le groupe PPE (parti populaire européen, démocrate chrétien), dirigé par Manfred Weber, se trompe lorsqu'il se positionne pour trouver un terrain d'entente avec l'extrême droite sur différents sujets. Les sociaux-démocrates (S&D) et les centristes (Renew) ont conditionné leur loyauté sur le rejet de toute entente avec l'extrême droite.

    C'est ce qu'a rappelé la députée européenne française Valérie Hayer, présidente du groupe Renew, qui fait partie de ces parlementaires européens qui bossent énormément chaque jour (pendant que d'autres, paresseux, ne font que communiquer leur vide sur TikTok et dédicacer des livres qu'ils n'ont pas écrits).
     

     
     


    Valérie Hayer a d'abord rappelé la loyauté du groupe Renew : « Aujourd'hui, madame la Présidente, vous assistez à l'impasse qui est la vôtre. À vous et à votre famille politique, en ayant laissé le PPE favoriser des alliances de circonstance avec l'extrême droite. Alors, je vous demande clairement : qui sont vos alliés dans ce Parlement ? Vos vrais alliés ? Parce qu'il faut choisir. Il y a un an, nous vous avons élu à la tête de la Commission Européenne. Aujourd'hui, aucun de nos députés n'a signé cette motion de censure. Aucun. Et j'espère que ça a bien été relevé. ».

    Mais elle s'est posée aussi la question sur la gouvernance actuelle : « En même temps, je dois dire que ce débat arrive quand même à un moment opportun, parce que le Parlement a des choses à vous dire, notamment sur la transparence et sur la gouvernance. Désolé de le dire comme ça, mais quand même, c'est l'hôpital qui se fout de la charité. Avant de donner des leçons, il serait de bon ton que l'extrême droite mais surtout le PPE, votre propre famille politique madame la Présidente, arrête de bloquer la mise en place de l'organe éthique. Et au-delà de la transparence, ce sont les équilibres institutionnels qui sont maintenant mis à mal par la coopération avec les ennemis de l'Europe. Leur donner réponse (…) sans respecter nos règles a été une erreur majeure, symptôme de tout ce qui dysfonctionne depuis un an et qui doit cesser. ».
     

     
     


    Et Valérie Hayer de s'inquiéter du programme politique de la Commission : « Et puis, il y a une chose que je veux vous dire également, madame la Présidente : que fait l'Europe ? On en est où du rapport Draghi ? On en est où de l'union des marchés de capitaux ? On en est où de la protection des mineurs sur les réseaux sociaux ? On en est où des sanctions vis-à-vis des plates-formes qui relèvent fake news et ingérences. Le constat aujourd'hui, madame la Présidente, il est clair : la Commission est trop centralisée et sclérosée. Et le Parlement Européen est totalement instable. Avec Renew Europe, nous avons défendu la majorité qui vous a fait élire, madame la Présidente, sur un agenda pro-européen. Et aujourd'hui, cet agenda patine. Il patine à cause de la rupture dans la méthode. Il patine parce que l'idéologie l'emporte sur les accords politiques. Il patine parce que les équilibres du Parlement Européen sont mal calculés et anticipés par la Commission. Alors madame la Présidente, je me dois de vous le dire : rien n'est acquis. Alors ramenez de l'ordre dans votre famille politique. Nous attendons que vous repreniez la main pour que, enfin, l'agenda politique que nous portons sur le fond et avec vous soit bien clair. ».

    La non-censure de la Commission d'Ursula von der Leyen n'est donc pas un triomphe pour elle. Le soutien du Parlement Européen est sous conditions. Et la principale, c'est de renoncer à la recherche d'alliances avec l'extrême droite pour revenir à un programme ouvertement pro-européen. Il n'y a pas à tergiverser. Les crises actuelles, Vladimir Poutine et Donald Trump également, imposent une redéfinition claire et rapide des missions de l'Union Européenne dont la principe doit être une défense autonome. Le Parlement Européen, c'est exactement cela ; c'est la fonction qui crée l'organe.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (10 juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    La parlementarisation des institutions européennes (juillet 2014).
    La parlementarisation de l'Europe (juillet 2025).
    Le Brexit, 5 ans plus tard.
    Brexit Day : J – 3 …et De Gaulle dans tout ça ?
    L'échec de la CED il y a 70 ans.
    Élections européennes 2024 (7) : Ursula von der Leyen et ses trois priorités, la défense, le logement et la compétitivité.
    Élections européennes 2024 (6) : le casting pour la dixième législature du Parlement Européen.
    Élections européennes 2024 (5) : la victoire de... Ursula von der Leyen !
    Élections européennes 2024 (4) : la surprise du chef !
    Résultats des élections européennes du dimanche 9 juin 2024.
    Élections européennes 2024 (3) : y aura-t-il une surprise dimanche soir ?
    Quel est le programme européen de la liste Renaissance ?
    Programme de la liste Hayer à télécharger (6 mai 2024).
    L'hommage de l'Europe à Jacques Delors.
    Le débat Gabriel Attal vs Jordan Bardella du 23 mai 2024.
    Élections européennes (2) : 37 listes et un bulletin de vote !
    Le souverainisme européen selon Emmanuel Macron : puissance, prospérité et humanisme.
    L'hymne à l'Europe.
    Fête de l'Europe, joies et fiertés françaises.
    Le Tunnel sous la Manche.
    Les 120 ans de l'Entente cordiale.
    Eurovision 2024.
    La vision européenne d'Édouard Balladur.
    Débat Valérie Hayer vs Jordan Bardella : l'imposture démasquée de Coquille vide.
    Il y a 20 ans, l'élargissement de l'Union Européenne.
    La convergence des centres ?
    Élections européennes 2024 (1) : cote d'alerte pour Renaissance.
    Valérie Hayer, tête de la liste Renaissance.
    Charles Michel et Viktor Orban : l'Europe victime d'une histoire belge !
    Jacques Delors : il nous a juste passé le relais !
    Il y a 15 ans : Nicolas Sarkozy, l'Europe et les crises (déjà).
    La Méditerranée, mère de désolation et cimetière de nos valeurs ?
    Le 8 mai, l'émotion et la politique.
    Ukraine, un an après : "Chaque jour de guerre est le choix de Poutine".
    Le 60e anniversaire du Traité de l'Élysée le 22 janvier 2023.
    De Gaulle, l’Europe et le volapük intégré.
    L’inlassable pèlerin européen Emmanuel Macron.
    Valéry Giscard d’Estaing, le rêveur d’Europe.
    Enfin, une vision européenne !
    Relance européenne : le 21 juillet 2020, une étape historique !







    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250710-parlementarisation-europe.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/la-parlementarisation-de-l-europe-262008

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/10/article-sr-20250710-parlementarisation-europe.html



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  • Olivier Marleix : hommages et complotisme

    « Stupéfaction et immense tristesse à l'annonce de la disparition brutale d'Olivier Marleix. On ne se rend jamais compte de la fragilité des êtres humains... » (François Bayrou, le 7 juillet 2025 sur Twitter).



     

     
     


    Face à un événement qu'on ne comprend pas, qui ne s'explique pas, parallèlement à la sidération, il y a le complotisme qui est une manière confortable de se réassurer que tout est sous contrôle sur cette Terre chaotique. Parmi ces événements incompréhensibles, il y a le suicide, d'autant plus s'il s'agit du suicide d'une personnalité qui paraissait forte, à l'aise, déterminée, solide. C'était le cas de l'ancien président du groupe LR à l'Assemblée Olivier Marleix, retrouvé sans vie à son domicile le lundi 7 juillet 2025, ce qui a plongé toute la classe politique, j'insiste, toute la classe politique, dans un état de sidération profond.

    Prenons un petit temps sur la pollution de cet événement, c'est-à-dire le complotisme. Autant dire les choses : c'est écœurant. Le cadavre est encore chaud que ces trolls (car ce sont des trolls sur Internet) salissent sa mémoire pour faire de la honteuse récupération politicienne contre le Président de la République Emmanuel Macron. Pensez donc un peu à la famille au lieu de pourrir, par votre indécence, le débat public ! Honte face à l'émotion unanime.

    Je m'y attarde un peu car certains refusent de comprendre qu'il est des actes qu'on ne peut pas expliquer, du moins publiquement, et le suicide en fait partie, c'est un geste extrême qui est d'une extrême intimité et qui ne regarde en fin de compte que les proches... et aussi la police.


    Du reste, ce jeudi 10 juillet 2025, le procureur de la République de Chartres a indiqué que l'autopsie qui a été faite à l'Institut médico-légal de Rouen a permis de confirmer « la thèse du suicide, sans signe de violences extérieures ou intérieures ». Il a ajouté : « Les constatations des médecins convergent vers un diagnostic fondé sur les conséquences d'une asphyxie causée par la pendaison. ». Et a précisé : « Le corps a été remis à disposition de la famille, qui va le rapatrier sur Dreux. ». Il n'y a donc aucun doute, Olivier Marleix n'est pas Robert Boulin.

    Cela n'empêche pas certains complotistes de se jeter sur son cadavre, quitte à faire aussi des amalgames avec d'autres décès, comme ceux de l'élue écologiste Michèle Rivasi (on se demande pourquoi), le professeur Luc Montagnier (qui était très âgé, 89 ans et demi), ou encore le général Jean-Louis Georgelin (qui, loin d'être un opposant politique, était au contraire un proche d'Emmanuel Macron au point de l'avoir nommé à la tête du projet de restauration de Notre-Dame de Paris après l'incendie, un projet auquel tenait énormément le Président de la République).

    Un exemple parmi d'autres, dès le lendemain de la mort d'Olivier Marleix, provenant d'un avocat poutinolâtre très connus des réseaux sociaux et qui assène : « Je ne sais rien des conditions de leur mort. Mais ce que je sais, c'est que ce pays commence vraiment à puer. ». En l'occurrence, le puant, dans cette affaire, c'est celui qui fait des insinuations vaseuses reposant sur RIEN, absolument RIEN, et il le concède d'ailleurs lui-même. J'ai flouté le nom des personnes car je n'ai rien contre les personnes en particulier (qui peuvent être autre chose que des complotistes de salon, du moins je l'espère), mais cela montre à quel point on est tombé dans une sorte de folie virtuelle de réalité alternative.

     

     
     


    Toutefois, lorsqu'on lit les réactions à ce tweet, on peut être rassuré car il y a une grande majorité qui reste saine d'esprit, et qui se contente d'ailleurs de lui dire tout simplement : « "Je ne sais rien des conditions de leur mort", et vous ne pouvez pas en conclure de vous taire ? ».
     

     
     


    Et pourquoi ne pas mettre aussi dans le même lot, la "drôle" de mort de l'humoriste français Bun Hay Mean, dit le Chinois marrant, qui a été retrouvé au bas de son immeuble du dix-septième arrondissement de Paris ce jeudi 10 juillet 2025, à l'âge de 43 ans, alors qu'il cherchait à récupérer son smartphone huit étages plus haut ? Comme il avait commencé sa carrière en 2014, il s'est forcément moqué d'Emmanuel Macron un jour ou l'autre. Encore une victime du pouvoir ?

    En fait, on pourrait faire un petit calcul simple : combien y a-t-il de Français décédés depuis mai 2017 ? Si je ne dis pas de bêtise, il y a environ 600 000 décès par an, hors crise sanitaire, ce qui fait (en très gros) dans les 5 millions (sur huit ans). Aujourd'hui, il y a environ 80% des personnes sondées qui expliquent qu'elles ne font pas confiance à Emmanuel Macron. On pourrait donc dire qu'il y a des centaines de milliers de personnes qui étaient des opposants résolus à Emmanuel Macron et qui sont mortes durant sa Présidence. De là à conclure que de supposés Tontons Macoutes macroniens auraient provoqué tous ces décès, je pense qu'il faut avoir le cerveau particulièrement givré pour un tel raisonnement.

    Mais revenons aux hommages, car ce que les complotistes du web n'ont pas compris, c'est que, malgré les clivages politiques, malgré les positions politiques très tranchées, Olivier Marleix a fait l'unanimité dans les hommages, dans toute la classe politique, et c'est un moment remarquable et rassurant sur l'esprit humain. Parfois, toute la classe politique est capable de se rassembler lors de moments difficiles, émouvants, sidérants.


    C'est sans doute le Premier Ministre François Bayrou, en bon humaniste, qui a eu les mots les plus appropriés, et même, le mot le plus approprié : l'être humain a des fragilités, aussi fort soit-il, et il faut savoir les percevoir. Il a participé ainsi aux deux hommages solennels qu'ont voulu faire les deux assemblées du Parlement.
     

     
     


    Ainsi, pour débuter la séance de 15 heures le mardi 8 juillet 2025, la Présidente de l'Assemblée Nationale Yaël Braun-Pivet a rendu hommage à Olivier Marleix de cette façon : « Hier après-midi, notre Assemblée Nationale s’est glacée de stupeur et de douleur lorsque nous avons appris la tragique disparition de notre collègue Olivier Marleix. Olivier Marleix était des nôtres. Il siégeait dans cet hémicycle depuis 2012. Il en était une figure familière, un collègue estimé, pour beaucoup un ami. Je peux en témoigner comme nombre d’entre vous sur ces bancs : Olivier Marleix incarnait le parlementaire dans la plus noble acception du terme. Il était à la fois un technicien rigoureux et méticuleux, un orateur pugnace et précis, un défenseur de nos institutions et un fidèle serviteur de l’intérêt général. Chacun ici le savait. Chacun ici le respectait. (…) Durant ces quinze années, Olivier Marleix fut un véritable pilier de la commission des lois. Il s’investit particulièrement dans la lutte contre la corruption et les conflits d’intérêts, en grand défenseur de la déontologie et de l’intégrité parlementaires. Le fil rouge de son engagement, ce fut peut-être son admiration, teintée de nostalgie, pour l’État gaullo-pompidolien. Fervent avocat de la souveraineté industrielle et énergétique de la France, il présida ainsi en 2018, avec une pugnacité que chacun lui reconnaît, la commission d’enquête sur les décisions de l’État en matière de politique industrielle. Enfin, tout au long de ses engagements, Olivier Marleix n’a jamais séparé la liberté des Français de leur sécurité. Sa toute première intervention dans cet hémicycle, le 6 novembre 2012, comme sa toute dernière, le 1er juillet dernier, portèrent justement sur la sécurité des Français. Olivier Marleix prenait encore la parole dans l’hémicycle mardi dernier. Il était alors comme nous l’avions toujours connu : précis, impliqué, respecté. Il devait siéger cet après-midi même sur les bancs de la commission, pour défendre la proposition de loi dont il était le rapporteur. ».
     

     
     


    Et de décrire ses grandes qualités : « Derrière le député engagé et investi, il y avait également l’homme unanimement apprécié. Les hommages d’hier en témoignent : ils sont venus de tous les bancs de l’hémicycle, démontrant qu’au-delà de nos différences politiques souvent radicales, nous appartenons à une seule et même grande famille, la famille parlementaire. Nous sommes très nombreux ici à pouvoir attester de la force de caractère d’Olivier Marleix, de sa stature morale. Oui, il fut un opposant résolu ; mais il fut toujours un opposant respectueux de nos institutions et des autres, exigeant et courtois, digne et élégant mais aussi pince-sans-rire, et nous sommes beaucoup à avoir fait l’expérience de son humour tranchant mais toujours pertinent. Je peux témoigner personnellement de ces qualités, pour avoir travaillé étroitement avec lui, sept années durant, au sein de la commission des lois puis en conférence des présidents. Homme de droite, il incarnait avant tout une droiture républicaine en vertu de laquelle il ne transigeait jamais avec ses convictions ; il plaçait l’intérêt général et notre institution au-dessus de tout. (…) Aujourd’hui, en cette heure de deuil, nos pensées attristées se tournent vers sa famille et ses proches. Qu’ils sachent que la représentation nationale tout entière partage leur peine et se tient à leurs côtés. ».
     

     
     


    Actuel président du groupe LR à l'Assemblée et successeur, donc, d'Olivier Marleix à ce poste, Laurent Wauquiez est ensuite intervenu, quasi-larmoyant : « La semaine dernière, il était encore là, assis à sa place parmi nous. Aujourd’hui, son siège est vide ; il est parti et il laisse derrière lui, pour chacun d’entre nous, une infinie tristesse. Ceux qui le connaissaient bien savaient déceler, au-delà de sa pudeur, l’immense sensibilité de son âme. Son départ et la brutalité des circonstances appellent tant de questions, des regrets aussi : ces paroles que nous n’avons pas pu prononcer, ces échanges que nous aurions aimé avoir, tout ce qu’on n’a pas eu le temps de dire. Cette peine, rien ne pourra la combler. Elle laisse son lot, pour chacun d’entre nous, de souvenirs, de regrets, de souffrances. Mais notre devoir, c’est de garder autre chose d’Olivier Marleix. Notre devoir, c’est de faire en sorte que la brutalité de son départ et la façon dont elle nous marque ne fassent pas oublier la dignité de son engagement politique et ce qui était le sens de sa vie, celle d’un député au talent rare. (…) Lui, le Cantalien au caractère parfois rude mais toujours espiègle. Lui qui a toujours refusé d’être un héritier et qui avait choisi de se construire par le suffrage universel. (…) Olivier avait gardé de Georges Pompidou, qu’il admirait tant, cette conviction que la belle politique conjugue l’enracinement dans un territoire et le regard qui emporte au-delà de la colline. Oui, il aimait en politique les grands débats ; il aimait les idées qui élèvent. Il y avait en lui la force du travail et le panache des convictions, qu’il défendait avec courage. Il le faisait d’abord pour nos institutions, dont il refusait de voir perdre l’esprit de la Ve République, il y mettait toute son énergie en commission des lois, où sa parole était écoutée et respectée ; ensuite pour la souveraineté de la France, et il s’était tant battu contre la vente de nos fleurons industriels. (…) Il refusait que la vie politique soit abîmée, qu’elle soit gangrenée par la médiocrité. Homme de lecture et d’écrit, il ne cessait de réfléchir, de questionner, de proposer pour tracer un chemin de reconstruction française. (…) La vie politique peut être dure. Derrière les apparences qui protègent, derrière les sourires que l’on affiche parfois comme des armures, derrière les silences que l’on ne comprend pas toujours, on sous-estime toujours la solitude des êtres. Mais Olivier, tu n’es pas seul ! Tu n’es pas seul. Tu comptes ici des compagnons fidèles, des amis qui perpétueront ta mémoire, celle d’un homme droit qui a dédié sa vie à l’honneur et à l’amour de son pays. ».
     

     
     


    Concluant cet hommage, François Bayrou a pris brièvement la parole à la tribune : « Le gouvernement veut vous dire à quel point il a partagé avec vous, hier, votre stupéfaction et votre immense tristesse à l’annonce du départ d’Olivier Marleix ; à quel point il partage l’arrachement qui est le vôtre ; à quel point il partage l’affection qui a été traduite sur bien des bancs tout comme le respect que cette personnalité rare faisait naître. Olivier Marleix était un combattant, fort de convictions dont chacun connaissait la puissance. Infatigable parce qu’il ne cessait de défendre une certaine idée de la France, de sa souveraineté, en particulier de sa souveraineté économique et industrielle, il nourrissait pour notre pays, au-delà des dossiers dont il avait la charge, un amour enraciné. Cette figure que beaucoup estimaient sur tous les bancs, cette figure-là nous rappelait que la politique n’est pas seulement débat, concurrence et affrontement, qu’elle est quelque chose d’autre, le partage d’un idéal dont nous ne nous faisons sans doute pas tous la même idée mais qui est aussi essentiel pour nous tous. Vous l’avez dit, ou du moins nous l’avons senti dans vos propos, madame la Présidente, monsieur le président Wauquiez, ce drame nous a rappelé aussi qu’il y a dans tout être humain des fragilités et des failles, même chez les hommes qui paraissent inflexibles. Beaucoup d’entre nous, hier et ce matin, se sont dit qu’il ne fallait pas laisser sans réponse ces failles et ces fragilités, qu’il serait bon que les mains se tendent. ».

    L'hommage de l'Assemblée Nationale était naturel car Olivier Marleix a été député pendant plus de treize ans. En revanche, il n'a jamais été sénateur, et pourtant, Gérard Larcher, le Président du Sénat et également un compagnon de route d'Olivier Marleix au sein du parti Les Républicains, a souhaité aussi lui rendre hommage. Avec une raison simple : dans sa jeunesse, Olivier Marleix a travaillé au sein du groupe RPR au Sénat.

    C'est ce qu'a fait Gérard Larcher, juste une courte évocation, au début de la séance de 15 heures du mercredi 9 juillet 2025 au Sénat : « Je veux avoir une pensée pour Olivier Marleix, disparu brutalement ce lundi. (…) Président du groupe Les Républicains de l'Assemblée Nationale entre 2022 et 2024, ce qui nous avait amenés à échanger très souvent, il était un élu de conviction et d'engagement, marqué par le gaullisme et l'exemple de son père, lui-même ancien député du Cantal. ».


    À cette nouvelle occasion, le chef du gouvernement est aussi intervenu au Sénat à propos d'Olivier Marleix : « La disparition d'Olivier Marleix a été, pour l'Assemblée Nationale et le Parlement dans son ensemble, un moment de saisissement, de stupéfaction et de grand chagrin. Il était un parlementaire assidu, actif et enraciné, aux convictions fortes, en particulier sur les thèmes qui lui étaient chers de la souveraineté économique et industrielle. Cet événement a été l'occasion pour beaucoup d'entre nous de méditer sur le fait que sous une force qui pouvait paraître irréductible se dissimulait parfois une fragilité. Je pense que cela a traversé l'esprit de chacune et de chacun. Les engagements qui sont les nôtres ne protègent pas de ce type de faille, au contraire. Nous devons donc être d'autant plus attentifs les uns aux autres. Honorons en cet instant la mémoire d'un serviteur fidèle et engagé de la vie parlementaire. ».

    Olivier Marleix sera enterré ce vendredi 11 juillet 2025 à 15 heures à Anet, dans l'Eure-et-Loir, dont il avait été le maire pendant un peu plus de neuf ans. Seront présent de nombreuses personnalités politiques, en particulier François Bayrou, Yaël Braun-Pivet, Gérard Larcher, Bruno Retailleau, Laurent Wauquiez, etc.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (10 juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Olivier Marleix : hommages et complotisme.
    Olivier Marleix : un choc violent.
    Charles Pasqua.
    Jean-Marie Demange.
    Gérard Gaudron.
    Jean-Pierre Abrioux.

    Jean Tiberi.
    La nouvelle direction de LR : cap vers 2027 ?
    Bruno Retailleau.
    LR : plébiscite pour Bruno Retailleau !
    Congrès LR : les jeux sont-ils faits ?
    De Gaulle.
    Philippe Bas.
    Xavier Bertrand.
    L'offensive de Bruno Retailleau.
    Nicolas Sarkozy.
    Jean-Louis Debré.
    Claude Malhuret.
    Philippe De Gaulle.
    François-Xavier Ortoli.
    Alain Juppé.

    Édouard Philippe.
    Laurent Wauquiez.
    Aurore Bergé.
    Alain Peyrefitte.
    La sagesse inattendue de Jean-François Copé.
    Yvon Bourges.
    Christian Poncelet.
    René Capitant.
    Patrick Devedjian.



     

     
     






    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250710-olivier-marleix.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/olivier-marleix-hommages-et-261972

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/09/article-sr-20250710-olivier-marleix.html



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  • Euthanasie 2025 (5) : Vincent Lambert et la proposition de loi relative à "l'aide à mourir"

    « Prions pour les malades abandonnés et qu’on laisse mourir. Une société est humaine si elle protège la vie, de son début jusqu’à sa fin naturelle, sans choisir qui est digne ou non de vivre. Que les médecins servent la vie, qu’ils ne la suppriment pas. » (10 juillet 2019).



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    Ces quelques mots ont été prononcés par le pape François il y a six ans et évoquaient la situation terrible de Vincent Lambert. Ce dernier est mort le 11 juillet 2019 par ce qu'on pourrait appeler de l'euthanasie passive.

    D'une personne pleine et entière, malgré sa grave situation de handicap, Vincent Lambert est devenue une "affaire", une affaire judiciaire mais aussi une affaire médiatique. À cause d'un accident, il était dans un état pauci-relationnel, c'est-à-dire qu'il ne savait pas s'exprimer, et on ne savait pas s'il pouvait entendre, ressentir, voir, etc. Certains, dont la considération portée à l'humain pourrait prêter à interrogation, parlaient d'un "légume", comme si le végétal devait toujours passer à la casserole.


    Comme deux mille autres personnes, Vincent Lambert était simplement une personne humaine, avec toute sa dignité, qui reste inconditionnelle, intrinsèque à lui-même, était simplement une personne à situation de grand handicap. Il était capable de respirer tout seul, il n'avait aucun besoin d'appareil de réanimation, de respiration. En revanche, n'ayant pas été rééduqué pour déglutir (parce qu'on lui a interdit les services d'un kinésithérapeute), il avait besoin d'aide pour se nourrir et s'hydrater, ou plus facilement, d'une sonde gastrique.

    Avant son accident, il n'avait rédigé aucune directrice anticipée, malgré sa profession qui lui permettait pourtant de connaître le milieu des soignants à l'hôpital et de plus anticiper sur ce cas imprévu et improbable qu'il a connu, celui de l'incapacité à s'exprimer. Concrètement, on ne sait pas ce qu'il aurait voulu dans cet état, rester en vie dans l'espoir d'être plus réveillé, de voir son état progresser, voire d'imaginer la médecine progresser pour mieux l'aider, ou en finir avec cette vie que certains s'autorisaient à dire inutile, affreuse ? Sa mère pensait la première option, et sa femme la seconde. Qui avait raison ? Personne évidemment.


    La mort de Vincent Lambert a été programmée, elle a été le résultat de nombreuses procédures judiciaires qui ont finalement abouti à l'application de la loi Claeys-Leonetti du 2 février 2016, à savoir, la sédation profonde et continue jusqu'au décès. Elle a duré quelques jours. Pour certains, c'étaient des jours de trop, ils auraient préféré une injection létale, pensant que ce serait moins d'hypocrisie. Parler d'hypocrisie dans une telle situation, quelle arnaque intellectuelle ! Refuser de tuer les patients, ce qui est le cadre normal de la loi (il est interdit de tuer) et de celui de plusieurs religions (tu ne tueras point), n'a rien d'hypocrite. Ouvrir la porte, ouvrir la boîte de Pandore du permis de tuer aura des conséquences très fâcheuses pour la société. Tuer le malade ne peut pas être une solution pour tuer la maladie, sinon déclarer forfait.

    L'un des deux auteurs de la loi Claeys-Leonetti mais également l'auteur de la précédente loi, la loi Leonetti du 22 avril 2005, l'actuel maire LR d'Antibes Jean Leonetti, ancien ministre et ancien député, a résumé la terrible conclusion de cette "affaire" le jour-même, le 11 juillet 2019 dans "Le Monde", rédigé avant et publié après la mort de Vincent : « Sa vie et sa mort, qui auraient dû rester dans le domaine de l’intime, dans le doute de la complexité et le respect de la souffrance et du deuil, se sont abîmés dans la lumière aveuglante des médias, la simplification émotionnelle, la violence des mots et l’affrontement devant la justice d’une famille déchirée. Le cas de Vincent Lambert est moins un problème médical qu’un problème familial dans lequel se mêlent le sublime de la tragédie grecque et le sordide de l’image et des formules impudiques. ».

    Jean Leonetti, qui ne souhaitait pas légaliser l'euthanasie active, estimait au contraire que Vincent Lambert pouvait partir avec ses lois. Paradoxe pour soutenir l'efficacité de son dispositif législatif qui évitait justement d'en arriver à l'euthanasie active.


    La réalité, c'est que Vincent Lambert était dans une situation de grave handicap, certes, enviable par personne, mais n'était pas en fin de vie, il n'était pas en stade terminal d'une maladie, et en plus, il n'avait pas émis de volonté (claire) de quitter ce monde qui l'a tristement amputé de sa vivacité.

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    C'était ce qu'a voulu exprimer le romancier Michel Houellebecq particulièrement écœuré par cette polémique médiatisée dans le même journal, "Le Monde" du 11 juillet 2019 (toujours rédigé avant et publié après la mort de Vincent) : « Vincent Lambert (…) aurait dû savoir (…) que l’hôpital public avait autre chose à fo*tre que de maintenir en vie des handicapés (aimablement requalifiés de "légumes"). L’hôpital public est sur-char-gé, s’il commence à y avoir trop de Vincent Lambert, ça va coûter un pognon de dingue (on se demande pourquoi d’ailleurs : une sonde pour l’eau, une autre pour les aliments, ça ne paraît pas mettre en œuvre une technologie considérable, ça peut même se faire à domicile, c’est ce qui se pratique le plus souvent, et c’est ce que demandaient, à cor et à cris, ses parents). Mais non, en l’occurrence, le CHU de Reims n’a pas relâché sa proie, ce qui peut surprendre. Vincent Lambert n’était nullement en proie à des souffrances insoutenables, il n’était en proie à aucune souffrance du tout. Il n’était même pas en fin de vie. Il vivait dans un état mental particulier, dont le plus honnête serait de dire qu’on ne connaît à peu près rien. ».

    En évoquant l'aspect financier, Michel Houellebecq a bien sûr appuyé là où cela risquait de faire mal. J'évoquerai ultérieurement cet aspect très important (dans un prochain article). Il évoquait aussi l'organisation des hôpitaux, et cela avant la crise du covid-19.

    Pour beaucoup de promoteurs d'une loi permettant l'euthanasie, le "cas" de Vincent Lambert était une raison pour "avancer" plus dans la mise à mort légale des patients. Eh bien, ce sera pour eux une déception de savoir que la proposition de loi Falorni, adoptée en première lecture le 27 mai 2025 par l'Assemblée Nationale, n'aurait pas pu venir en "aide" (si on peut appeler cela une aide, mais l'intitulé-même de la proposition est "aide à mourir") si elle avait été applicable à l'époque.

    Mais en fait, comme l'a rappelé Jean Leonetti, aucune loi n'aurait réglé le sort de Vincent Lambert pour la bonne raison que la famille était profondément divisée sur la marche à suivre. La justice, mais aussi la loi ne servent que lorsqu'il y a un désaccord, une confrontation entre deux options. Certes, l'État peut statuer seul, peut juger, condamner même quand tout le monde est d'accord (après tout, le meurtre d'une personne pourrait recueillir l'unanimité, ce serait effrayant mais pas impossible), mais en général, la justice est là pour départager, et la loi donne la clef du partage.


    Ici, lorsqu'on est dans l'intime, dans le secret des consciences, lorsque chaque "cas" est un cas particulier et qu'il n'existe aucun cas général, la loi serait d'une piètre utilité. Car la proposition Falorni insiste bien qu'il s'agit d'un acte volontaire, d'une volonté exprimée avec l'esprit éclairé. Donc, Vincent Lambert qui aurait été incapable d'exprimer son envie (ou pas) d'en finir de manière autonome, sans pression venue de nulle part, n'aurait pu "bénéficier" de cette proposition de loi si elle avait été applicable à l'époque.

    Plus généralement, lorsque deux proches revendiquent des options diamétralement opposées, aucune loi ne serait en mesure de les départager et la faute qu'il a été commise à l'époque, c'est qu'au bénéfice du doute, la décision la moins irréversible aurait dû être adoptée, faute de mieux. C'est-à-dire le maintien en vie qui, j'insiste, dans le cas de Vincent Lambert, ne constituait pas un acharnement thérapeutique puisqu'il n'avait pas besoin d'appareillage pour vivre (seulement une aide pour boire et se nourrir par difficulté de déglutition, comme des dizaines de milliers de personnes dans notre pays).

    Nous pourrons hélas nous donner rendez-vous un peu plus tard : c'est justement parce que la future loi probablement adoptée définitivement dans quelques mois ne s'appliquera pas à un nouveau "cas" encore très médiatisé et très émouvant qu'on voudra déjà la compléter pour englober des "cas" qui en étaient exclus. Et ainsi de suite. La boîte de Pandore aura été ouverte et il suffira simplement d'ouvrir un peu plus le couvercle.

    Aujourd'hui, Vincent Lambert est oublié et c'est peut-être mieux ainsi pour lui et sa famille. Il repose en paix mais n'aura pas été "délivré" ; au contraire, mort, il est encore plus "enfermé" que vivant. Je salue toutefois sa mémoire et le fait qu'il a été la preuve vivante que, même dans son état aussi diminué, que personne ne souhaite vivre, il a été au cœur de l'un des débats publics les plus importants et les plus passionnants du premier quart de ce siècle.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (05 juillet 2025)
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    Pour aller plus loin :
    Euthanasie 2025 (5) : Vincent Lambert et la proposition de loi relative à "l'aide à mourir".
    Vincent Lambert, meurtre d’État, euthanasie, soutien aux plus fragiles…
    Vincent Lambert au cœur de la civilisation humaine ?
    Euthanasie 2025 (4) : adoption de la proposition de loi relative à "l'aide à mourir".
    Euthanasie 2025 (3) : l'examen de la proposition Falorni à l'Assemblée.
    Euthanasie 2025 (2) : l'inquiétude des religions.
    Euthanasie 2025 (1) : quelle société humaine voulons-nous ?

     


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  • 50 ans de divorce par consentement mutuel

    « Lorsque les époux demandent ensemble le divorce, ils n'ont pas à en faire connaître la cause ; ils doivent seulement soumettre à l'approbation du juge un projet de convention qui en règle les conséquences. La demande peut être présentée, soit par les avocats respectifs des parties, soit par un avocat choisi d'un commun accord. Le divorce par consentement mutuel ne peut être demandé au cours des six premiers mois de mariage. » (Art. 230 du code civil après la loi du 11 juillet 1975).



     

     
     


    Mine de rien, il y a eu des grands réformateurs dans notre pays. On ne redira ici jamais assez à quel point le Président Valéry Giscard d'Estaing fut un réformateur de la société française. Il a ancré la modernisation de la société, et des mœurs, dès la première année de son septennat par des réformes emblématiques, entre autres la dépénalisation de l'IVG, la majorité à 18 ans, et enfin, alors que c'était politiquement moins bruyant mais sociétalement pas moins crucial, la possibilité du divorce par consentement mutuel. Cela fait maintenant cinquante ans que la loi n°75-617 du 11 juillet 1975 a été promulguée en proposant une voie à l'amiable pour le divorce.

    Biographe de Valéry Giscard d'Estaing, le journaliste Éric Roussel expliquait le 7 mars 2023 pour "Émile", le magazine des sciences po, l'apport de ce jeune Président : « VGE considérait que De Gaulle avait fait de grandes réformes institutionnelles en 1958, mais que tout l’aspect sociétal n’avait pas bougé. Il avait été très frappé par mai 68 et redoutait qu’une crise analogue se reproduise. ».

    Au même titre que l'IVG, VGE n'a pas incité, n'a pas encouragé le divorce, mais il a su saisir les nécessités de son époque pour adapter la législation à la société en pleine transformation. Le gouvernement de Jacques Chirac, en particulier le Ministre de la Justice Jean Lecanuet qui a défendu ce projet de loi, était évidemment partisan du modèle familial traditionnel, et se plaçait à droite ou au centre droit de l'échiquier et n'avait rien de révolutionnaire.
     

     
     


    Il est important d'évoquer cette révolution. Pas celle de mai 1968, mais celle du 20 septembre 1792 qui proposa dès ce moment-là ce divorce par consentement mutuel, dans la suite logique de l'égalité entre les hommes et les femmes. Ce divorce a été banni à la Restauration en 1816 et il a fallu attendre 1975, sous l'inspiration du juriste Jean Carbonnier, professeur de droit privé, pour retrouver cette voie "à l'amiable" de séparation des foyers conjugaux.

    Avant cette procédure, il y avait deux autres voies pour le divorce, en cas de rupture de la vie commune (séparation de corps, de fait), et en cas de faute, qu'il fallait donc prouver (par exemple, adultère). En proposant une procédure par consentement mutuel, cela limite évidemment les frais, cela accélère la procédure et cela facilite psychologiquement la séparation. Surtout, cela évitait une fiction judiciaire : même lorsque les deux époux étaient consentants, il fallait trouver une faute pour pouvoir divorcer légalement, ce qui créait des situations stupides de production de fausses preuves pour prouver de fausses fautes.
     

     
     


    Il faut bien rappeler qu'un divorce n'est pas simplement qu'une séparation de deux êtres. Parfois, ils ont créé une communauté de biens (selon le contrat de mariage ; par défaut, tout acquisition postérieure au mariage appartient à la communauté), et parfois même, plus important, ils ont créé une famille, c'est-à-dire qu'ils ont engendré des enfants. En cas de séparation, la communauté doit être liquidée selon des règles de partage consenties ou contraintes (par un juge), selon les cas (y compris pension alimentaire pour le conjoint le moins rémunéré, répartition du patrimoine, etc.), et l'avenir des enfants doit être également réglé (garde des enfants, droit de visite, pension alimentaire, etc.).

    Dans les années 1970, le divorce était encore un acte exceptionnel et honteux. En 1977, il y avait 20 divorces pour 100 mariages. Maintenant, c'est très ordinaire, au point qu'un mariage sur deux se termine désormais en séparation (divorce). À cela, plusieurs raisons dont les principales sont le travail des femmes (les femmes ne sont plus obligées de rester mariées pour vivre ; elles peuvent être indépendantes financièrement) ; l'espérance de vie qui augmente (rester ensemble vingt ans ou cinquante ans n'est pas la même chose) ; la tolérance aux mauvais traitements (violences conjugales) est beaucoup plus faible maintenant qu'auparavant. Enfin, de nos jours, on se marie beaucoup plus par amour qu'hier, ce qui fait que lorsque le sentiment amoureux s'étiole, le mariage est remis en cause.

    De fait, la loi du 11 juillet 1975 a effectivement fait augmenter le nombre de divorces, et de nos jours, il faut compter environ 130 000 divorces par an pour 220 000 mariages par an.
     

     
     


    La procédure est assez simple. Il faut d'abord que les deux époux soient d'accord pour divorcer (c'est le préalable indispensable). Ensuite, les avocats règlent la dissolution du mariage pour l'aspect familial (enfants) et l'aspect matériel (liquidation de la communauté, pensions, etc.). Une fois un accord obtenu par les deux futurs ex-époux, le juge valide le contrat (la convention de divorce). Et l'acte est ensuite inscrit à l'état-civil. Il faut signaler qu'il n'existe pas de procédure d'appel à un divorce par consentement mutuel. En cas de désaccord, c'est le juge qui tranche.

    À partir du 1er janvier 2017, l'intervention d'un juge aux affaires familiales n'est plus nécessaire, à savoir que le ou les avocats des futurs ex-époux déterminent la convention du divorce et la font valider par un notaire, sans juge, ce qui permet de désengorger la justice. La procédure est alors beaucoup plus rapide (quelques mois) et moins coûteuse (il faut toujours payer les avocats et le notaire). Il existe même un moyen de procéder au divorce par des avocats en ligne, sur Internet, sans avoir forcément à les rencontrer physiquement (ce procédé est toutefois plus ou moins légal).
     

     
     


    La réforme du divorce par consentement mutuel a été une grande révolution pour la société française. Alors que le divorce était vécu comme une mise en accusation par la société du couple devenu coupable de ne plus vouloir rester uni, il a été dédramatisé, devenu simple séparation avec juste la préoccupation sur l'avenir des enfants et l'avenir du patrimoine commun. Paradoxalement, ceux qui y ont le plus gagné, psychologiquement, sont les enfants des couples séparés. De nos jours, les familles sont désormais recomposées, avec des demi-frères, demi-sœurs, ou même une fratrie sans sang commun, des beaux-pères, des belles-mères (mais pas dans le sens des parents du conjoint), et ce n'est plus "dramatique". En revanche, cela a des conséquence notamment sur le nombre de logements nécessaires à ces nouvelles mœurs (dans une société qui manque cruellement de logements).

    Comme pour la contraception dès 1967, ainsi que pour l'IVG, la réforme du divorce a été une simple nécessité sociétale pour que la législation accompagne l'évolution d'une société devenue de plus en plus individualiste. Ceux qui ont amorcé ces réformes n'étaient pas dans la philosophie (pour ou contre), mais dans l'action publique avec des objectifs de santé publique (très clairement pour l'IVG) et de santé mentale, d'intérêt général.

    Finalement, malgré son importance, cette loi du 11 juillet 1975 est passée avec une relative discrétion politique au contraire de la loi sur l'IVG. Elle a pourtant contribué, mais pouvait-on l'éviter ?, à la décomposition de la cellule familiale dont on connaît le paroxysme actuellement.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (05 juillet 2025)
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    Pour aller plus loin :
    50 ans de divorce par consentement mutuel.
    Les 20 ans de la loi handicap du 11 février 2005.
    IVG : l'adoption de la loi Veil il y a 50 ans.
    Le droit de vote à 18 ans, c'était il y a 50 ans grâce à Giscard !
    Lucien Neuwirth  et la contraception.
    Le vote des femmes en France.
    Femmes, je vous aime !
    Ni claque ni fessée aux enfants, ni violences conjugales !
    Violences conjugales : le massacre des femmes continue.
    L'IVG dans la Constitution (3) : Emmanuel Macron en fait-il trop ?
    Discours du Président Emmanuel Macron le 8 mars 2024, place Vendôme à Paris, sur l'IVG (texte intégral et vidéo).
    L'IVG dans la Constitution (2) : haute tenue !
    L'IVG dans la Constitution (1) : l'émotion en Congrès.
    La convocation du Parlement en Congrès pour l'IVG.
    L'inscription de l'IVG dans la Constitution ?
    Simone Veil, l’avortement, hier et aujourd’hui…
    L’avortement et Simone Veil.
    Le fœtus est-il une personne à part entière ?
    Le mariage pour tous, 10 ans plus tard.
    Rapport 2023 de SOS Homophobie (à télécharger).
    Six ans plus tard.
    Mariage lesbien à Nancy.
    Mariage posthume, mariage "nécrophile" ? et pourquoi pas entre homosexuels ?
    Mariage annulé : le scandaleux jugement en faveur de la virginité des jeunes mariées.
    Ciel gris sur les mariages.

    Les 20 ans du PACS.
    Ces gens-là.
    L’homosexualité, une maladie occidentale ?
    Le coming out d’une star de la culture.
    Transgenres adolescentes en Suède : la génération sacrifiée.
    PMA : la levée de l’anonymat du donneur.
    La PMA pour toutes les femmes.












    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250711-divorce.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/50-ans-de-divorce-par-consentement-261186

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/08/article-sr-20250711-divorce.html



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  • Olivier Marleix : un choc violent pour la classe politique

    « Il est peu de figures capables de rassembler les plus féroces adversaires politiques. Le député et ancien président du groupe Les Républicains à l’Assemblée Olivier Marleix était de celles-là. » (Clotilde Jégousse, le 7 juillet 2025 dans "Le Figaro").



     

     
     


    Voilà comment a commencé ce triste article de la journaliste Clotilde Jégousse dans le journal généralement considéré comme proche du parti Les Républicains. C'est vers 17 heures ce lundi 7 juillet 2025 que toute la classe politique a appris avec stupeur et émotion le suicide d'un des siens, le député LR Olivier Marleix, à l'âge de 54 ans (né le 6 février 1971).

    C'est un choc très violent que celui de l'annonce d'un suicide, surtout lorsqu'il s'agit d'une personnalité politique nationale (à ma connaissance, dans le passé récent, je ne vois que ceux de Jean-Marie Demange et de Pierre Bérégovoy), surtout encore lorsqu'il s'agit d'une personnalité qui semblait forte et déterminée. Très violent pour la famille et les proches, mais aussi pour la classe politique unanimement bouleversée.

    Selon le procureur de la République de Chartres, Frédéric Chevallier, Olivier Marleix, député d'Eure-et-Loir depuis juin 2012, a été découvert sans vie à son domicile d'Anet, dont il a été le maire de mars 2008 à septembre 2017, « retrouvé dans une pièce du haut, pendu ».


    Les circonstances de ce suicide ne sont pas connues. On ne redira jamais à quel point un suicide peut être motivé par plusieurs raisons, et pas forcément les plus évidentes, et que cela peut toucher tout le monde, les plus faibles comme les plus forts (certains articles de journaux ont prudemment ajouté cette information à cette occasion : « Si vous avez des pensées suicidaires, si vous êtes en détresse ou si vous voulez aider une personne en souffrance, il existe des services d'écoute anonymes et gratuits. Le numéro national 3114 est joignable 24h/24 et 7j/7. »). Pour la plupart des cas, le suicide reste un mystère.
     

     
     


    Olivier Marleix laisse deux filles et ses deux parents, Évelyne et Alain Marleix. Ce dernier est aussi un homme politique du RPR puis de l'UMP, expert électoral du RPR, ancien député européen puis député du Cantal, notamment Secrétaire d'État aux Anciens combattants puis aux Collectivités territoriales du 18 juin 2007 au 13 novembre 2010 dans le deuxième gouvernement de François Fillon. Pendant une législature, donc, de juin 2012 à juin 2017, siégeaient dans l'hémicycle deux Marleix, le père et le fils. Et les deux parents ont été, tous les deux, maires, l'une de Molompize de 2001 à 2008 et l'autre de Massiac de 1995 à 2008, deux communes du Cantal.

    C'est Naïma Moutchou, vice-présidente (Horizons) de l'Assemblée, qui présidait la séance de ce lundi 7 juillet 2025 à 17 heures, qui a interrompu les travaux des députés, en plein examen de la proposition de loi modifiant le scrutin municipal pour Paris, Lyon et Marseille : « Monsieur le ministre, mes chers collègues, une terrible nouvelle qui concerne l’un de nos collègues vient de me parvenir. Par décence et par respect, et dans l’attente d’une confirmation, je vais suspendre la séance pour quelques minutes. ».

     

     
     


    Un quart d'heure plus tard, elle a repris la séance avec l'information hélas confirmée : « Monsieur le ministre, mes chers collègues, j’ai l’immense tristesse de vous confirmer que notre collègue Olivier Marleix nous a quittés. C’est une onde de choc. Mme la Présidente lui rendra hommage dans les formes les plus solennelles demain à 15 heures. Dans cette attente, et en sa mémoire, je vous invite à observer une minute de silence. ».

    Seul membre du gouvernement présent dans l'hémicycle, le Ministre délégué aux Relations avec le Parlement Patrick Mignola a ensuite pris la parole : « À l’annonce de cette nouvelle d’une immense tristesse et d’une grande brutalité, il me revient, au nom du gouvernement, de dire immédiatement quelques mots, avant que la présidente de l’Assemblée Nationale et le premier ministre ne rendent hommage demain à Olivier Marleix. Olivier Marleix fut quatre fois d’affilée élu député de la deuxième circonscription d’Eure-et-Loir. Il fut le président du groupe Les Républicains dans cet hémicycle, où il était unanimement reconnu comme un rhéteur redoutable, mais toujours loyal. Il appartenait à la grande famille des Républicains et à une grande famille de républicains. Toutes nos pensées vont à ses proches, au territoire auquel il était tant attaché et à ses collègues. Au nom du gouvernement, je tiens à formuler de la gratitude pour la force de ses convictions et de ses engagements. ».
     

     
     


    La séance a été encore interrompue cinq minutes avant la reprise de l'examen du projet de loi. L'orateur était alors un député LR, Nicolas Ray, choqué évidemment par la nouvelle, qui a commencé son intervention par ces quelques mots : « C’est avec tristesse et émotion que je prends la parole car nous venons d’apprendre, il y a quelques minutes, la disparition tragique de notre collègue Olivier Marleix. Quand j’ai été élu député de l’Allier, il y a trois ans, Olivier a été mon premier président de groupe. Il m’a donc accompagné avec bienveillance dans mes premiers pas de parlementaire. Doté d’une hauteur de vue et d’une grande capacité d’analyse, Olivier était un collègue courageux et engagé, fier de ses racines cantaliennes. Ironie du sort, il était très engagé sur cette proposition de loi, et très opposé à cette réforme. Lors de nos débats en première lecture, même si je n’étais pas en accord avec lui sur le fond, je veillais toujours à respecter ses positions et ses arguments. Avec mes collègues du groupe, nous avons une pensée très peinée pour ses proches, pour Alain et Évelyne, ses parents, pour ses filles et pour son entourage. L’Assemblée Nationale et le groupe des Républicains n’oublieront pas Olivier Marleix. ».

    Les autres orateurs ont tous commencé leur intervention par un mot d'émotion pour Olivier Marleix, notamment le député RN Franck Allisio, et le député EPR Sylvain Maillard, qui fut président du groupe Renaissance de 2022 à 2024 : « Je veux tout d’abord avoir une pensée pour notre collègue Olivier Marleix. J’ai eu le privilège de présider un groupe au moment où lui-même présidait celui des Républicains. Nous nous sommes opposés mais j’ai toujours eu plaisir à travailler avec lui. Je pense très fort à ses proches, à sa famille et à ses collègues. C’est évidemment une journée difficile pour nous tous. ».

    Si l'émotion est forte, c'est que non seulement un tel décès est choquant et violent, mais il faut rappeler qu'Olivier Marleix a beaucoup compté dans la vie politique récente, en tant que président du groupe LR de juin 2022 à juin 2024.

    Diplômé de Science Po Paris et d'un DEA de droit public, Olivier Marleix a soutenu Édouard Balladur à l'élection présidentielle de 1995, il présidait même son comité de soutien des jeunes. Entre 1995 et 1997, il fut élu président de l'UJP, Union des jeunes pour le progrès (jeunes gaullistes sociaux).

    Dès le début des années 1990, Olivier Marleix est devenu collaborateur de personnalités politiques du RPR, en particulier : chargé de mission dans le cabinet de Charles Pasqua comme président du conseil général des Hauts-de-Seine de 1989 à 1992, collaborateur dans le cabinet de Michèle Alliot-Marie comme Ministre de la Jeunesse et des Sports de 1993 à 1995, directeur de cabinet de Nicole Catala comme adjointe au maire de Paris de 1995 à 1998, directeur de cabinet du sénateur Martial Taugourdeau comme président du conseil général d'Eure-et-Loir de 1998 à 2001, puis directeur général des services du conseil général d'Eure-et-Loir et directeur de cabinte d'Alberic de Montgolfier comme président du conseil général de 2001 à 2005, conseiller dans le cabinet de Brice Hortefeux comme Ministre délégué aux Collectivités territoriales de 2005 à 2007, conseiller auprès de Nicolas Sarkozy à la Présidence de la République de 2009à 2011, enfin conseiller du cabinet de Claude Guéant, Ministre de l'Intérieur, de 2011 à 2012.

    En 2008, avec sa longue silhouette à la Alain Juppé, Olivier Marleix a franchi l'horizon des responsabilités électives avec deux mandats : il fut élu conseiller général d'Eure-et-Loir de mars 2008 à mars 2014 (vice-président du conseil général de mars 2008 à mars 2011) et maire d'Anet de mars 2008 à septembre 2017. Son mandat le plus important fut celui de député d'Eure-et-Loir qu'il a gagné à partir de juin 2012, réélu en juin 2017, juin 2022 et juillet 2024.

    Au sein de son parti, il a pris des responsabilités, locales (président départemental de LR d'Eure-et-Loir à partir de 2016), et nationales, comme vice-président de LR à partir de 2020... et surtout comme président du groupe LR à l'Assemblée de juin 2022 à juillet 2024. Après le débauchage de Damien Abad au gouvernement, Olivier Marleix lui a succédé avec une sérieuse réputation d'antimacroniste depuis 2017, dans un contexte où LR avait été laminé à l'élection présidentielle (moins de 5%). Olivier Marleix s'est fait élire président du groupe LR le 22 juin 2022 face à Julien Dive. Il s'est ainsi retrouvé en parallèle avec Éric Ciotti élu président du parti LR et Bruno Retailleau président du groupe LR au Sénat. Heureux du retour à l'Assemblée de Laurent Wauquiez, Olivier Marleix lui a laissé la présidence du groupe LR en juillet 2024, tout en préférant Bruno Retailleau comme président de LR en mai 2025.

    Ainsi, c'est comme président du groupe LR qu'Olivier Marleix s'est fait connaître du grand public. Il a dû diriger un groupe politique profondément divisé. Il a tenté de faire adopter la réforme des retraites d'Élisabeth Borne, soutenue par les sénateurs LR, mais 19 députés LR sur 61 ont quand même voté la motion de censure consécutive à l'utilisation de l'article 49 alinéa 3.

    Intervenant à de nombreuses reprises au sein de l'hémicycle pour fustiger le macronisme, Olivier Marleix a eu cette déclaration mémorable adressée à la ministre Aurore Bergé qui défendait un texte du gouvernement, le 7 mars 2023 : « Avant de nous présenter ce texte, madame Bergé, votre majorité aurait gagné à s’offrir une séance d’introspection sur le thème : "Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre". Il faut dire que vous avez de quoi faire en la matière : onze condamnations au sein de la majorité, dont l’une pour des faits de violences envers une ex-compagne, le bureau de l’Assemblée Nationale ayant d’ailleurs refusé de lever l’immunité parlementaire du député concerné, et une autre concernant un député condamné pour harcèlement sexuel envers une collaboratrice. Huit mises en examen, dont celles du Secrétaire Général de la présidence de la République, excusez du peu !, et de l’actuel garde des sceaux, pardonnez-moi, monsieur le ministre, accusés l’un et l’autre de prise illégale d’intérêts. Douze enquêtes en cours, dont l’une concerne le ministre du travail, visé par une accusation de favoritisme. Treize mises en examen pour un seul homme, champion de France toutes catégories du nombre de mises en examen, accusé notamment de fraude fiscale, d’emploi fictif, de financement illicite de dépenses électorales : cet homme n’est autre que le conseiller politique du Président de la République ! En 2022, votre formation politique a même hésité à réinvestir dans la 9e circonscription des Français de l’étranger le député sortant issu de ses rangs et qui, défendu en son temps par celui qui est devenu garde des sceaux, a été condamné en première instance à trois ans de prison, dont un an ferme, et deux ans d’inéligibilité pour violences volontaires. Mais qu’est donc devenu ce candidat à l’élection présidentielle qui, en 2017, déclarait qu’un ministre devrait quitter le gouvernement s’il était mis en examen ? Le Président Macron aura, contrairement à tous ses prédécesseurs, renoncé à cette exigence éthique. Vous nous parlez de probité, alors même que l’un des premiers signataires de ce texte, selon l’ordre alphabétique, est accusé, aux termes de deux plaintes, de viol sous soumission chimique et de tentative de viol ! Beau bilan ! Ce texte constitue donc un énième coup de communication de la majorité, à la suite de la condamnation de l’un de nos collègues, Adrien Quatennens. Est-il souhaitable de légiférer consécutivement à un fait ayant déclenché une polémique ? En commission des lois, l’intégralité des groupes, même ceux qui appartiennent à la majorité, même la très modérée et sage Laurence Vichnievsky, ont dénoncé l’opportunisme politique, condamnant le dévoiement législatif au service de l’émotion. Soyez attentifs, mes chers collègues, à légiférer pour la cause et non pas pour tenter de leurrer nos citoyens en leur faisant croire que vous seriez irréprochables. Personne ne vous croira ! Sur le fond, la présente proposition de loi vise à étendre la peine complémentaire obligatoire d’inéligibilité aux violences aggravées, c’est-à-dire aux violences commises, notamment, sur un mineur de 15 ans, sur une personne vulnérable ou sur le conjoint, ayant entraîné une ITT inférieure ou égale à huit jours. Elle complète donc une liste de délits déjà très longue et se borne à rendre obligatoire ce qui était facultatif. Je rappelle d’ailleurs que, dans l’affaire en question, le juge aurait pu prononcer l’inéligibilité de notre collègue et qu’en toute indépendance, il a estimé ne pas devoir le faire. Vous qui utilisez les semaines dont l’ordre du jour est fixé par l’Assemblée Nationale pour inscrire des initiatives transpartisanes, pourquoi ne pas avoir créé un groupe de travail à ce sujet qui aurait, j’en suis sûr, abouti à un texte commun ? Pourquoi n’avez-vous pas engagé un vrai débat sur ce sujet ou sur d’autres causes, tout aussi légitimes ? Pourquoi, par exemple, ne pas avoir élargi la peine d’inéligibilité obligatoire aux délits de trafic, de cession et d’importation de stupéfiants ou au délit de consommation de stupéfiants aggravé par la qualité de l’auteur, notamment une personne dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public ? Mais peut-être n’y aurait-il pas eu sur vos bancs, madame Bergé, le même enthousiasme à étendre l’inéligibilité obligatoire à ces délits… Chers collègues de la majorité, il ne faut pas trop jouer avec l’actualité, sous peine de se discréditer. Nous sommes tous, au sein du groupe Les Républicains, convaincus de la nécessité de lutter contre toutes les formes de violence et de renforcer l’exigence de probité et d’exemplarité des élus qui, j’en suis sûr, est un préalable à la restauration de la confiance dans la vie politique et la vie publique en général. C’est pourquoi, même si nous regrettons l’opportunisme de ce texte, nous ne nous y opposerons pas. ».

     

     
     


    Il faut mesurer l'art de s'opposer aux macronistes tout en, finalement, approuvant le texte déposé par les macronistes ! Cela lui a valu d'ailleurs un supposé bras d'honneur de la part du garde des sceaux Éric Dupond-Moretti qui a fait beaucoup de bruit par cette polémique : « Et la présomption d’innocence, monsieur le député, qu’est-ce que vous en faites ? Que faites-vous de la présomption d’innocence ? » avec un geste des bras pouvant être mal interprété, au point que le ministre de la justice s'est enfoncé un peu plus tard quand le député LR Patrick Hetzel (futur ministre) s'est déclaré choqué par le bras d'honneur : « Je ne suis sans doute pas l’arbitre des élégances, mais je voudrais rappeler une chose : j’ai été mis en examen, je ne suis pas condamné. Je conteste totalement les faits qui me sont reprochés. Dans ma vie d’avocat, j’ai défendu des membres de votre famille politique ; certains ont été condamnés. Vous n’avez pas de leçons à me donner. Il n’y a pas eu un bras d’honneur, il y en a eu deux, mais à chaque fois accompagnés par des paroles. ».

    Ce qui a conduit Élodie Jacquier-Laforge (MoDem), qui présidait cette séance, à blâmer le ministre : « De quoi parlez-vous, monsieur le ministre ? Êtes-vous en train de dire que vous avez fait deux bras d’honneur à l’Assemblée ? Je vous demande de préciser vos propos, car si tel est le cas, c’est absolument inadmissible. Vous n’avez pas à faire des bras d’honneur dans l’enceinte de l’Assemblée Nationale, monsieur le ministre ! ». Réponse du ministre : « J’ai dit qu’on faisait un bras d’honneur à la présomption d’innocence, et je l’ai dit deux fois. ». La présidente : « Les bras d’honneur, qu’ils soient physiques ou verbaux, ne sont pas admissibles. Je vous demande à tous de reprendre votre calme. La séance est suspendue. ».


    Après dix minutes de suspension de séance, Éric Dupond-Moretti a repris la parole pour expliquer son geste : « Personne ne peut dire ici que, depuis plus de deux ans et demi que je suis ministre, je n’ai pas été respectueux du Parlement. Je ne suis pas au-dessus des lois ; je ne suis pas en dessous des lois non plus. En tant que citoyen, j’ai le droit de faire valoir la présomption d’innocence attachée à la mise en examen dont je fais l’objet. J’ai entendu les propos de M. le président Marleix sur ma mise en examen… Je rappelle que non seulement je suis présumé innocent, c’est constitutionnel, mais je suis innocent ; je le dirai le moment venu. Il est vrai, madame la présidente, que j’ai réagi avec beaucoup de vivacité. Je tiens à dire que les gestes qui me sont reprochés étaient assortis de paroles qui ne visaient pas le président Marleix, mais le mépris qu’il manifestait pour le respect de ma présomption d’innocence, c’est ainsi que je l’ai conçu. Ceux qui m’entourent pourraient en témoigner : vous avez eu l’image, mais vous n’avez pas eu le son. Je concède, madame la présidente, que ce geste n’était pas adéquat. Mais je répète que l’intention qui était la mienne est celle que je viens d’expliquer. On aura beau protester, c’est exactement l’intention qui était la mienne. Les hurlements et les vociférations n’y changeront strictement rien. Voilà ce que j’entends dire à la représentation nationale. ».

    Mais la polémique s'est poursuivie par un autre rappel au règlement de Patrick Hetzel, puis un autre d'Olivier Marleix : « Monsieur le garde des sceaux, avant de quitter l’hémicycle pour rejoindre un de vos collègues du gouvernement dans le cadre d’une réunion de travail, je parlais, je crois, de l’exemplarité dont les responsables politiques doivent pouvoir justifier auprès des Français. Je ne sais pas si vous essayiez par là de donner l’exemple, mais adresser à un membre de la représentation nationale un bras d’honneur, pardon, deux, de votre propre aveu, me paraît très peu exemplaire pour un membre du gouvernement. J’ai conscience que votre carrière professionnelle vous a amené à fréquenter de nombreux voyous, ce qui a pu déteindre sur votre comportement. Il reste néanmoins plus qu’inapproprié et nécessite des excuses, non envers ma personne, mais envers la représentation nationale. Je vous demande une réponse. ». La présidente : « La parole est à M. le garde des sceaux. J’ai pris acte d’autres demandes de rappels au règlement, mais peut-être ne seront-elles pas nécessaires ; cela dépend des propos de M. le ministre. ». Le ministre : « Monsieur le président Marleix, il est un grand principe de droit auquel nous sommes tous sensibles : la mauvaise foi ne se présume pas. Je vous le dis en face, mon bras d’honneur n’était pas adressé au député Marleix. Écoutez-moi une seconde ! Lorsque j’ai fait ce geste, ce double geste, vous m’en avez reproché un, j’ai répondu "deux", car telle est la réalité, j’ai dit : "C’est un bras d’honneur à la présomption d’innocence". Ceux qui m’entouraient pourront vous confirmer que j’ai tenu ces propos. En ce qui me concerne, je suis particulièrement respectueux de la présomption d’innocence. Certains d’entre vous le savent. Monsieur Marleix, pouvez-vous entendre que, présumé innocent, et innocent, je l’affirme, je puisse être blessé par le fait qu’on évoque une mise en examen comme s’il s’agissait d’une condamnation ? Je le répète, ce geste… Il y a plusieurs témoins, si ma parole ne vous suffit pas. Je le répète, ce geste n’est pas injurieux à votre égard. C’est le geste de quelqu’un qui réagit, et qui a peut-être eu tort de réagir ainsi, à une accusation qu’il n’estime pas fondée, et ce depuis deux ans et demi. ».

    Loin d'éteindre la polémique, elle a redoublé et a atteint les bancs de la gauche par des rappels au règlement de Boris Vallaud (PS), puis de Mathilde Panot (FI) et de Sandra Regol (EELV). Élodie Jacquier-Laforge a tenté la médiation en rappelant les regrets du ministre : « Je me permets de rappeler les mots qu’a prononcés M. le garde des sceaux, car je les ai notés : il a dit que son geste n’était "pas adéquat", qu’il le "regrettait" et qu’il "a eu tort de réagir ainsi". C’est ce qu’il a dit : je l’ai noté. Vous pouvez me faire confiance pour prendre des notes exactes ! Du reste, cela sera inscrit au compte rendu. ». Mais rien n'y a fait.

    Olivier Marleix a alors repris la parole pour demander au ministre des mots d'excuse : « Monsieur le garde des sceaux, en vous écoutant, je pense aux milliers d’enseignants confrontés à des élèves difficiles qui, dans leur dos, font des gestes susceptibles de troubler la classe. Je m’interroge : quel modèle, quel exemple, est en train de donner ce membre du gouvernement de la République française ? Quelle image donne-t-il à ces élèves ? Votre argumentation pitoyable, selon laquelle votre geste ne s’adressait pas à ma personne, mais à mon propos, n’enlève rien à sa gravité. Je n’ai porté aucune accusation. Je me suis borné à rappeler de simples faits : votre mise en examen et votre renvoi devant une cour correctionnelle, en l’espèce, la Cour de justice de la République. Je suis désolé que vous soyez renvoyé devant cette cour, mais je n’y suis pour rien. Cela crée un précédent : vous êtes le premier garde des sceaux dans ce cas, que cela vous plaise ou non ! La dignité aurait pu vous amener à démissionner de votre fonction, mais au lieu de cela, vous ajoutez à ce précédent la grossièreté du bras d’honneur. Les excuses que je demande ne sont évidemment pas pour moi, ma personne n’a aucune importance, mais pour notre institution. Je sollicite une suspension de séance. ».


    Après une nouvelle suspension de séance de dix minutes, Éric Dupond-Moretti a enfin présenté ses excuses : « Monsieur Marleix, je le dis à toute la représentation nationale, je suis profondément affecté par ce moment. Je le répète avec beaucoup de force : je n’ai pas voulu viser le président du groupe Les Républicains. Si mon geste a été mal interprété, je lui présente mes excuses ainsi qu’à toute la représentation nationale. ». L'incident fut ainsi clos !

    Cette petite séquence, qui montrait que l'Assemblée était une cour de récréation, a illustré le fait qu'Olivier Marleix ne lâchait rien, et surtout pas son antimacronisme.
     

     
     


    Parlementaire très actif, Olivier Marleix s'est fait aussi la réputation d'un très bon connaisseur de la politique industrielle et énergétique de la France. Il a notamment présidé la commission d'enquête sur les décisions de l'État en matière de politique industrielle en novembre 2017, visant l'ancien Ministre de l'Économie, de l'Industrie et du Numérique, c'est-à-dire Emmanuel Macron, sur la vente d'Alstom. Olivier Marleix n'a pas hésité à saisir en janvier 2019 le parquet national financier pour dénoncer un pacte de corruption pour financer la campagne présidentielle de l'actuel Président. Il a par ailleurs proposé en 2023 une nationalisation temporaire du groupe Atos par souverainisme industriel pour éviter sa cession à l'étranger.

    Malgré une activité très partisane, Olivier Marleix a reçu de la part de ses collègues notamment présidents de groupe un hommage élogieux à l'annonce de sa mort.


    Emmanuel Macron : « La disparition d'Olivier Marleix plonge notre Parlement en deuil. Homme politique d'expérience, il défendait ses idées avec conviction. Je respectais aussi nos différends puisqu'ils se plaçaient à la lumière de notre amour du pays. J'adresse mes condoléances à sa famille, à son père Alain et à tous ses compagnons d'engagement. ».

    François Bayrou : « Stupéfaction et immense tristesse à l'annonce de la disparition brutale d'Olivier Marleix. On ne se rend jamais compte de la fragilité des êtres humains... Nous serons chez lui demain, à Chartres, dans son département. Sa haute silhouette nous manquera. ».

    Yaël Braun-Pivet : « L'Assemblée Nationale est en deuil. Olivier Marleix s'est consacré sans compter pour son territoire et pour notre démocratie. Il était droit, rigoureux, profondément humain. Bouleversée, j'adresse à sa famille, ses proches, ses collègues, mes condoléances les plus sincères. ».

    Nicolas Sarkozy : « C'est avec une immense tristesse que j'apprends la disparition tragique d'Olivier Marleix. Olivier fut un collaborateur précieux à l'Élysée, un soutien fidèle dont l'engagement ne m'a jamais fait défaut. Il était avant tout un député passionné. ».


    Marine Le Pen : « Nous apprenons avec tristesse le décès d'Olivier Marleix, député depuis 2012, président du groupe Les Républicains de 2022 à 2024. Il fut un élu de terrain, rigoureux, engagé au service de ses idées. Nos pensées vont à sa famille, à ses proches et à ses collègues du groupe LR. ».

    Jean-Luc Mélenchon : « Stupeur. J'ai eu l'honneur de pratiquer Monsieur Olivier Marleix, c'était un adversaire honorable et respecté. Son attachement à la souveraineté de la France permettait un dialogue sincère. Condoléances attristées à sa famille et ses proches. ».

    Valérie Pécresse : « Bouleversée par la disparition d'Olivier Marleix, un homme de convictions, gaulliste et républicain engagé, un homme droit sur lequel on pouvait toujours compter dans l'adversité. La France perd un de ses serviteurs, et les habitants de l'Eure-et-Loir leur premier défenseur. ».

    De nombreuses autres personnalités politiques ont exprimé leur émotion, en particulier Bruno Retailleau, Laurent Wauquiez, Christian Estrosi, Xavier Bertrand, Éric Ciotti, Manuel Bompard, Jordan Bardella, Laure Lavalette, etc.

    Un hommage solennel à Olivier Marleix sera rendu à l'Assemblée Nationale le mardi 8 juillet 2025 à 15 heures, par la Présidente de l'Assemblée Yaël Braun-Pivet et par le Premier Ministre François Bayrou qui se sera rendu auparavant à Chartres auprès de la famille. Pensée aux proches.



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (07 juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Olivier Marleix.
    Charles Pasqua.
    Jean-Marie Demange.
    Gérard Gaudron.
    Jean-Pierre Abrioux.

    Jean Tiberi.
    La nouvelle direction de LR : cap vers 2027 ?
    Bruno Retailleau.
    LR : plébiscite pour Bruno Retailleau !
    Congrès LR : les jeux sont-ils faits ?
    De Gaulle.
    Philippe Bas.
    Xavier Bertrand.
    L'offensive de Bruno Retailleau.
    Nicolas Sarkozy.
    Jean-Louis Debré.
    Claude Malhuret.
    Philippe De Gaulle.
    François-Xavier Ortoli.
    Alain Juppé.

    Édouard Philippe.
    Laurent Wauquiez.
    Aurore Bergé.
    Alain Peyrefitte.
    La sagesse inattendue de Jean-François Copé.
    Yvon Bourges.
    Christian Poncelet.
    René Capitant.
    Patrick Devedjian.

     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250707-olivier-marleix.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/olivier-marleix-un-choc-violent-261949

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/07/article-sr-20250707-olivier-marleix.html


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  • Edgar Morin, penseur de réputation mondiale !

    « J'étais un cadavre politique, mais redevins un esprit en activité. » ("Les Souvenirs viennent à ma rencontre", juin 2021, éd. Fayard).


     

     
     


    Incroyable Edgar Morin ! Le sociologue et philosophe français fête ses 104 ans ce mardi 8 juillet 2025. Oui ! 104 ans ! Line Renaud a fêté son 97e anniversaire le 2 juillet 2025, mais c'est une petite jeunette comparée au sociologue d'un septennat son aîné ! Le plus incroyable, c'est qu'il reste une figure intellectuelle toujours en activité, toujours en éveil, curieuse de tout, avec ses opinions sur tout (parfois bien inspirées, parfois moins bien inspirées).

    Et être en activité, ce n'est pas seulement lire, c'est parler à la radio, à la télévision, écrire des bouquins, les commenter, les "vendre" dans des émissions, rester actif sur toutes les horreurs du monde, de Gaza à Soumy, avoir son grain de sel à dire sur l'actualité débordante de transgression, de tourments et de perte de repères (et aussi perte de repaires).

    L'âge aidant, Edgar Morin a sorti quelques livres de souvenirs, de mémoires, plus intellectuels que biographiques. J'ai relu par exemple celui sorti en juin 2021 aux éditions Fayard, et je ne peux m'empêcher de sourire sur la qualité donnée à Edgar Morin (et le résumant en trois mots) en quatrième de couverture : « penseur de réputation mondiale ». J'aurais plutôt proposé : « humaniste à vocation universelle ».


    Ce livre est intitulé "Les Souvenirs viennent à ma rencontre" et toujours dans la quatrième page de couverture, l'auteur s'interroge sincèrement : « Ces souvenirs témoignent que j'ai pu admirer inconditionnellement des hommes ou des femmes qui furent à la fois mes héros et mes amis. Ils témoignent des illuminations qui m'ont révélé mes vérités, de mes émotions, de mes ferveurs, de mes douleurs, de mes bonheurs. Ils témoignent que je suis devenu tout ce que j'ai rencontré. (…) Ils témoignent de mes résistances (…). Ces souvenirs témoignent enfin d'un extrême diversité de curiosités et d'intérêts, mais aussi d'une obsession essentielle : que puis-je savoir ? Que puis-je croire ? Que puis-je espérer ? Inséparable de la triple question : qu'est-ce que l'homme, la vie, l'univers ? Cette interrogation, je me suis donné le droit de la poursuivre toute ma vie. ».

    Disons-le clairement : Edgar Morin a été un coup de foudre pour moi ! Intellectuel, bien sûr ! D'ailleurs, j'ai constaté que je ne suis pas le seul à être fasciné par la pensée d'Edgar Morin. J'ai évoqué très récemment la figure du Prix Nobel de Physique Alain Aspect élu à l'Académie française. Eh bien, il y a un rapport entre les deux hommes.

    En 1982-1983, j'avais suivi avec enthousiasme et passion la fameuse expérience d'Alain Aspect, celle de l'intrication quantique (une conclusion qui rend absolument fou, il faut dire !). C'était raconté dans des revues scientifiques mais c'était passé très difficilement le stade des médias grand public (presse, radio, télévision), alors que, pour moi, c'était incroyable, il fallait diffuser cette nouvelle comme les apôtres ont annoncé la Bonne Nouvelle au monde entier (j'ai parlé d'enthousiasme, ce n'est pas pour rien, du divin dedans !).

    Et vers 1985, j'ai découvert Edgar Morin. Je devais le connaître de nom car il était déjà très présent à la radio, à la télévision et dans les journaux, mais je ne m'étais jamais penché sur son œuvre, sur cette conception de la pensée complexe qui a fait sa réputation (mondiale). Je l'ai découvert dans une émission télévisée qui était loin d'être intellectuelle même si elle était un peu bobo ("Droit de réponse" animé par Michel Polac sur TF1), je me souviens surtout des volutes de fumée aujourd'hui invraisemblables (on interdit maintenant le tabac sur les plages !), et je voyais Edgar Morin parler justement de physique quantique et de l'importance de la physique quantique dans la compréhension du monde.

    Renseignements pris, Edgar Morin n'était pas un physicien (ça, je le savais), il se revendiquait sociologue (on pourrait aussi dire philosophe) et surtout, il avait une méthode de travail incroyable : il avait à sa disposition une quarantaine de chercheurs dans tous les domaines qui lui apportaient toutes ses matières à réflexion. J'ai bien aimé cette ambition (démesurée, il faut le dire) à vouloir réfléchir sur tout le savoir dont l'humanité dispose, cela renouait avec le concept des savants, à l'époque de la Renaissance, à la fois philosophes et scientifiques. Aujourd'hui, c'est très difficile de vouloir englober toute la connaissance du monde tant son étendue est très large et elle est aussi très profonde. Edgar Morin y avait mis les moyens en recrutant des collaborateurs exceptionnels qui étaient capables de faire comprendre à un profane les enjeux sociaux de la biologie, de la génétique, de l'informatique, de la physique quantique, etc.


    En relisant, donc, ce livre de souvenirs, j'ai plongé dans les débuts parfois chaotiques de la vie d'Edgar Morin. En 1949, il avait quitté le PCF auquel il avait adhéré parce qu'il ne supportait pas l'idée des procès de Moscou qui continuaient aussi en Bulgarie et dans d'autres pays dits de l'Est.

    Et il se considérait alors comme un "chômeur intellectuel" : « En fait, je ne repris pas ma carte du parti, mais n'osais le dire, ce qui fait que les communistes de mon quartier à Vanves étaient persuadés que je militais à mon travail, au CNRS. J'étais un cadavre politique, mais redevins un esprit en activité. ». J'aime bien cette dernière phrase qui montre qu'il était difficilement conciliable d'être à la fois un encarté du parti communiste français et un intellectuel jaloux de sa liberté de pensée !
     

     
     


    Et il poursuit ainsi : « Le destin me faisait travailler à ma renaissance sur le front des sciences humaines. Comme je l'ai évoqué précédemment, on m'avait commandé (…) un livre sur l'homme et la mort pour la collection "Dans l'histoire" aux éditions Corrêa, et je m'étais mis à l'ouvrage, profitant de ma situation infortunée de chômeur intellectuel. ».

    Quatre pages auparavant, Edgar Morin parle de sa famille, de ses deux filles : « Mon nomadisme et mes amours successives rendirent intermittents mes liens avec mes deux filles. Rien ne fut rompu, mais tout fut relâché.Elles grandirent, et en chacune j'ai retrouvé une part de moi-même. ». Véronique (née en 1948) est devenue anthropologue et Irène (née en 1950) sociologue (les chats ne font pas les chiens, et vice-versa).

    Et quelques lignes plus loin, grosse surprise : « Irène a fait des études en sociologie qui l'ont conduite à l'Université de Tours. Elle a épousé Daniel Pennac, alors enseignant de littérature dans un collège privé, qui allait révéler son étourdissante fantaisie créatrice dans "La Fée Carabine" et les œuvres qui suivirent. Alors qu'il connut rapidement le succès littéraire, elle écrivit un Clausewitz ironique : "De la guerre conjugale", qui, en dépit de sa lucide ironie et de son acuité diagnostique, demeura méconnu. Elle a publié récemment "Dans les yeux du spectateur", fruit d'un travail très réflexif. Irène et Daniel vécurent trois ans comme enseignants à l'Université de Ceara à Fortaleza, dans le Nord-Est brésilien, ils ont une fille, Alice, qui se voue à la musique et pour qui je suis "son papy". Ils sont aujourd'hui séparés, mais sont demeurés amis. ».

    Cette période brésilienne de Daniel Pennac l'a conduit à écrire ce petit livre satirique et succulent : "Le Dictateur et le Hamac" en 2003 (chez Gallimard). Edgar Morin s'est un petit peu trompé car la saga des Malaussène, qui a fait le grand succès de Daniel Pennac, a commencé par "Au Bonheur des Ogres" en 1985 (éd. Gallimard) et "La Fée Carabine" n'est arrivé qu'en deuxième tome (en 1987). Mais là n'est pas le plus important.

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    Ce qui est étonnant, c'est surtout que Daniel Pennac a été le gendre d'Edgar Morin, et j'ai l'impression que c'est peu connu. Constat significatif, ce n'est précisé sur la page Wikipédia d'aucun des deux grands écrivains. Daniel Pennac aussi, j'ai été fasciné par lui ! Je l'ai découvert d'abord par son petit essai "Comme un roman" sorti en 1992 (chez Gallimard) qui était impeccable à offrir aux jeunes peu assidus à la lecture. Et je suis rentré très vite dans cette petite vie à Belleville, cette famille loufoque et solidaire, pleine de créativité.

    Savoir unis Edgar Morin et Daniel Pennac pendant quelques années par les liens (temporaires) de la conjugalité est une information assez amusante, finalement. Le beau-père et le gendre étaient en fin de compte des enseignants, et chacun dans son domaine s'est un peu distingué, beaucoup même, et j'aimerais être aussi écrivain pour imaginer un dialogue entre ces deux personnalités "de réputation mondiale" ! En tout cas, on pouvait les retrouver ensemble notamment le dimanche 29 octobre 2017 à l'écoute de France Inter dans l'émission "Le Grand Atelier" produite par Vincent Josse (en compagnie aussi de Guillaume Gallienne et Enrico Letta).

    Mais laissons l'imaginatif Daniel Pennac, qui a atteint les 80 ans le 1er décembre dernier (encore un p'tit jeune !), et souhaitons avec joie à Edgar Morin : bon 104e anniversaire ! Que la vie lui offre encore beaucoup de découvertes et d'aventures, découvertes intellectuelles et d'aventures humaines !



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (05 juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Edgar Morin, penseur de réputation mondiale !
    Naissance de la conscience politique d'Edgar Morin.
    Edgar Morin : "Nous allons vers de probables catastrophes" !
    Edgar Morin, 102 ans et toute sa vie !
    Edgar Morin sur France Inter (à télécharger).
    Les 100 ans d’Edgar Morin.
    Le dernier intellectuel ?
    La complexité face au mystère de la réalité.
    97 ans.
    Introducteur de la pensée complexe.
    "Droit de réponse" du 12 décembre 1981 (vidéo INA).
    Université d’été d’Arc-et-Senans avec Edgar Morin le 9 septembre 1990 (vidéo INA).


     

     
     






    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250708-edgar-morin.html

    https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/edgar-morin-penseur-de-reputation-261156

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/06/article-sr-20250708-edgar-morin.html


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  • Sauvons Cécile Kohler et Jacques Paris de l'odieux chantage aux otages  !

    « N'oublions pas que, il y a trois ans, au moment des pires répressions contre le mouvement "Femme, Vie, Liberté", sa véritable nature nous était apparue en pleine lumière. N'oublions pas que, aujourd'hui, nous appelons encore et toujours à la libération de nos compatriotes Cécile Kohler et Jacques Paris, retenus dans les geôles iraniennes à la seule fin de servir une abjecte diplomatie des otages. » (François Bayrou, le 2 juillet 2025 au Sénat).



     

     
     


    Inquiétude, tristesse et colère depuis plus de trois ans : Cécile Kohler et son compagnon Jacques Paris ont été pris en otage en Iran le 7 mai 2022, à la fin d'un séjour touristique. Cécile Kohler (40 ans), professeure agrégée de français dans un lycée des Yvelines et déléguée syndicale, et Jacques Paris (72 ans), ancien professeur de mathématiques, ont été arrêtés par la police iranienne sous le prétexte fallacieux d'espionnage.

    Ce n'est que le 23 novembre 2022 que la famille et les autorités françaises ont été informées de leur sort et du lieu de leur détention, plus de six mois plus tard, tandis que le 6 octobre 2022, la radio iranienne IRIB a diffusé les supposés aveux forcés de Cécile Kohler contrainte de dire qu'elle serait une agente de la DGSE (serve de renseignement extérieur de la France), une accusation stupide.

    Depuis son arrestation, elle aurait été torturée, entre autres par un isolement total pendant plusieurs mois. Elle n'a pas le droit d'avoir un avocat, ne peut pas recevoir de courrier, ne peut pas contacter l'ambassadeur qui a pu lui rendre visiter seulement trois fois entre 2022 et 2024, etc. Selon certains témoignages, en janvier 2025, son état de santé serait très dégradé en raison de ses conditions de détention.

    Heureusement, Cécile Kohler et Jacques Paris ne sont pas oubliés par la France et par les Français, les gouvernements y travaillent, et de nombreux Français ont manifesté leur soutien à l'occasion de rassemblements à Paris et dans d'autres villes de France. Les portraits des deux otages ont été placardés sur les grilles du Palais-Bourbon, siège de l'Assemblée Nationale, à Paris.
     

     
     


    Récemment, il y a eu une grande inquiétude car l'armée israélienne a bombardé le 23 juin 2025 la prison d'Evin où sont censés être incarcérés les deux otages français. Il est particulièrement stupide de bombarder une prison (ce sujet renvoie aussi à la question du pourquoi les troupes alliées n'avaient pas bombardé les camps d'extermination pendant la Seconde Guerre mondiale). En l'occurrence, cette frappe israélienne a tué 71 personnes, des surveillants de la prison mais aussi des prisonniers, des visiteurs, et des habitants vivant à proximité.

    Dans sa déclaration au Sénat sur la situation au Proche-Orient le 2 juillet 2025, le Premier Ministre François Bayrou a rassuré à ce sujet : « Notre première préoccupation, pendant les douze jours qu'a duré le conflit, a été le sort de nos ressortissants. Immédiatement, nous avons déployé des moyens civils et militaires pour rapatrier ceux d'entre eux qui en formulaient la demande. Cette mobilisation a permis à plus d'un millier de Français de quitter l'Iran et Israël. Nous avions aussi, faut-il le rappeler ?, de grandes inquiétudes pour nos deux ressortissants détenus en Iran de manière arbitraire depuis plus de trois ans, dans des conditions indignes : Cécile Kohler et Jacques Paris, dont nous n'avions plus de nouvelles depuis les frappes sur la prison d'Evin. M. le Ministre de l'Europe et des affaires étrangères et moi-même pouvons vous rassurer ce soir en vous disant qu'ils ont reçu hier une visite consulaire, et qu'ils sont sains et saufs. Qu'ils sachent, que leurs familles et tous ceux qui les soutiennent sachent que nous mobilisons l'ensemble des moyens disponibles dans le seul but d'obtenir leur libération immédiate. ».

    Donc, joie et soulagement, les deux otages français n'ont pas été touchés par la frappe israélienne, d'une part, et ils ont reçu une visite consulaire des autorités françaises le 1er juillet 2025 pour confirmer cette information, d'autre part.

     

     
     


    Malheureusement, ce soulagement a été de courte de durée et c'est la sœur de Cécile, Noémie Kohler qui a annoncé le même jour, le 2 juillet 2025, que Cécile Kohler et Jacques Paris ont été inculpés, par la pseudo-justice iranienne, à la fois de « complot pour renverser le régime », « espionnage pour le Mossad » et « corruption sur terre ». Chacun de ces trois chefs d'inculpation est passible de la peine de mort.

    C'est donc avec un véritable chantage aux otages que l'Iran souhaite faire pression sur la France en mettant en jeu la vie de deux ressortissants français. Une pratique abominable et qui ne fait illusion à personne.

    La république des mollahs a résisté à l'offensive israélienne et si elle en est ressortie plus affaiblie, elle existe encore et il est hélas prévisible que les mollahs durcissent encore le régime pour montrer au peuple iranien qu'ils gardent la maîtrise du pouvoir et qu'il n'a pas intérêt à se révolter.
     

     
     


    Pour le gouvernement français, la libération de Cécile Kohler et Jacques Paris est le préalable inconditionnel à toute négociation avec l'Iran. La personne qui veut défendre Cécile Kohler est même beaucoup plus ferme puisqu'elle demande à la France d'intervenir militairement pour récupérer nos otages. L'expérience malheureuse des 53 otages américains devrait pourtant la rendre plus prudente : l'opération Eagle Claw, le 25 avril 1980, fut un échec complet, militaire et politique. La France ne peut imaginer faire une opération du même genre dont les risques d'échec seraient énormes et qui pourrait avoir des conséquences graves sur la vie de Cécile Kohler et Jacques Paris.

    Néanmoins, il ne faut pas désespérer et leur libération reste l'une des priorités de la diplomatie française. Leur vie est la nôtre, sauvons-les !


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (04 juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Sauvons Cécile Kohler et Jacques Paris de l'odieux chantage aux otages !
    Make Iran Great Again ?

     

     
     





    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250702-cecile-kohler.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/sauvons-cecile-kohler-et-jacques-261866

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/03/article-sr-20250702-cecile-kohler.html



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  • 8e motion de censure pour convenance personnelle (du PS)

    « Avec le dépôt de ce projet de loi, ne le prenez pas mal, mesdames et messieurs du groupe socialiste, vous vous retrouvez le bec dans l’eau, ce qui, par les temps de canicule que nous vivons, peut avoir des aspects rafraîchissants, mais n’est pas, nous en conviendrons tous, une position durable. » (François Bayrou, le 1er juillet 2025, dans l'hémicycle).





     

     
     


    Première séance de la courte session extraordinaire jusqu'à la fin de la semaine prochaine. C'est avec une certaine dose d'humour, celui qu'on a dans les cas désespérés, mais toujours avec le respect pour ses interlocuteurs, que le Premier Ministre François Bayrou a répondu ce mardi 1er juillet 2025 à la motion de censure déposée par le groupe socialiste à l'Assemblée Nationale. Les cas désespérés, c'est celui de son gouvernement qui, faute d'avoir une majorité, même relative, est soumis aux aléas de la vie parlementaire, au bon vouloir des différents groupes, en particulier du PS et du RN, la huitième motion de censure en six mois et demi, mais c'est aussi celui d'un parti socialiste qui, décidément, a définitivement perdu son esprit de responsabilité jusqu'à l'un de ses éminents membres, François Hollande, ancien Président de la République, qui a joué la posture démagogique jusqu'à voter lui-même la censure alors qu'il y était hostile par principe.

    Officiellement, le groupe socialiste a déposé une motion de censure sous prétexte que le conclave sur les retraites ne serait pas concluant, ce qui ne serait pas la faute du Premier Ministre qui a laissé justement les partenaires sociaux négocier seuls. Le PS a dégainé cette arme fatale sous prétexte que François Bayrou ne déposerait pas de texte sur les avancées sur les retraites alors qu'il venait juste de dire qu'il déposerait un texte à l'Assemblée sur les accords acquis au cours de ce conclave.

    On comprend surtout trop bien que la cuisine politicienne interne et externe du PS nécessitait de montrer haut et fort qu'il restait un parti d'opposition qui se dégageait complètement de toute bienveillance et aussi de tout sens des responsabilités avec le gouvernement.


    Cuisine interne, puisque dans la nouvelle direction du parti socialiste, Boris Vallaud, le président du groupe PS à l'Assemblée, partisan acharné de la motion de censure, vient d'intégrer la direction nationale du PS aux côtés du premier secrétaire Olivier Faure. Ce dernier n'a pas obtenu la majorité absolue à la direction et sa majorité est complétée par le courant de Boris Vallaud avec 27 membres correspondant à 30% (au lieu des 17% de son audience au congrès), et Boris Vallaud a obtenu la coprésidence du conseil nationale, la direction de l'Académie Léon Blum, etc. Quant à l'opposant d'Olivier Faure, Nicolas Mayer-Rossignol fait partie encore de l'opposition et n'a même pas pu donner son avis sur le texte de la motion de censure contre laquelle il était.

    Cuisine externe également, puisque le lendemain de l'examen de la motion de censure, le 2 juillet 2025 à Bagneux, sur l'invitation de l'ovni politique Lucie Castets (ne représentant personne d'autrre qu'elle-même), le PS et les écologistes se sont réunis pour réfléchir à une candidature unique de la gauche non-mélenchonique, et le PS devait se présenter dans la posture d'un opposant au gouvernement aux côtés des écologistes aux positions gauchistes assumées.

    Reprenons ainsi quelques déclarations à l'occasion de cette discussion de cette énième motion de censure dont l'intérêt est tout relatif puisque le RN avait annoncé qu'il ne la voterait pas.

     

     
     


    Sa défenseur socialiste Estelle Mercier n'a pas manqué de dire n'importe quoi pour justifier cette motion de censure : « Donner sa parole, c’est prendre un engagement, faire une promesse que l’on ne peut rompre sans se déshonorer. Monsieur le Premier Ministre, en rompant votre promesse, vous avez choisi le déshonneur. Cette faute, qui vous engage pleinement, appelle une réponse claire de notre assemblée : la censure de votre gouvernement. ».

    Ainsi, ces contre-vérités-ci : « Vous n’avez cessé de revenir sur vos engagements, d’abord en écartant progressivement l’hypothèse d’un retour de l’âge légal à 62 ans, avant même la fin des discussions entre les partenaires sociaux, puis en annonçant devant cette assemblée, il y a quelques semaines, que si aucun accord n’était trouvé, la réforme Borne s’appliquerait, enfin en refusant de présenter devant le Parlement un texte sur les retraites qui reprenne les avancées, même minimes, de cette concertation. En agissant de la sorte, vous avez méthodiquement vidé de son sens le conclave sur les retraites. Vous avez explicitement autorisé le patronat français à ne pas faire de concessions, puisque vous l’avez conforté dans son intransigeance, et vous n’avez cessé de saboter les initiatives de compromis. Si vous aviez imaginé que les socialistes pourraient se contenter de mesurettes, même positives, intégrées à la va-vite dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2026, mais ne modifiant en rien les équilibres fondamentaux de la loi Borne, vous vous êtes lourdement trompé ! Monsieur le Premier Ministre, au lieu d’ériger ce conclave en exemple de dialogue et de concertation, vous en avez fait un simulacre et vous avez fragilisé durablement la démocratie sociale. Pire encore, par vos renoncements successifs, vous avez trahi non seulement la parole donnée aux députés, mais surtout la parole donnée aux Français ! ».

    Estelle Mercier a fustigé le gouvernement de faire le jeu de l'extrême droite alors que le PS demande lui-même une collusion avec les députés RN pour renverser le gouvernement ! Quels imposteurs, ces socialistes ! Elle a poursuivi en réclamant un nouvel interlocuteur à Matignon (qui serait immédiatement censuré) : « Nous défendons ici une ambition : celle de retrouver le chemin du progrès, du dialogue sincère et d’un changement de méthode. Nous souhaitons désormais pouvoir trouver à Matignon un interlocuteur responsable, respectueux du parlementarisme, un Premier Ministre qui travaille sur les sujets qui préoccupent réellement les Français, pouvoir d’achat, justice fiscale, justice sociale, éducation, écologie, accès à la santé et à la culture ; un Premier Ministre qui fixe un cap, qui nourrit pour la France une autre ambition que le retour au cumul des mandats et le scrutin proportionnel, autant de sujets hors-sol et hors d’âge qui ne sont pas à la hauteur des enjeux écologiques, économiques et démocratiques auxquels nous faisons face. Votre méthode inefficace ne sert qu’un seul intérêt, le vôtre ; qu’une seule ambition, rester au pouvoir. Il est désormais temps d’en changer au profit d’une méthode servant avant tout l’intérêt des Français. ».

    En l'occurrence, à ce jour, le gouvernement Bayrou est sans aucun doute celui le plus « respectueux du parlementarisme » de tous les gouvernements de la Cinquième République, puisqu'il laisse l'adoption principalement de propositions de loi émanant des parlementaires eux-mêmes. C'est donc un mauvais procès fait à François Bayrou qui n'a pas manqué de prendre son temps pour répondre.

    Car François Bayrou n'a pas été avare en argument pour démonter cette motion de censure : « Ne croyez surtout pas que je veuille banaliser cet événement, mais il s’agit de la huitième motion de censure que notre gouvernement doit affronter et de la deuxième du groupe socialiste, le tout en six mois et demi. C’est un rythme, vous l’avouerez, respectable et donc un exercice que je tiens à respecter, même s’il y a parfois des aspects baroques. Récemment, c’était une censure demandée contre le gouvernement parce que l’Assemblée n’était pas contente de l’Assemblée. Cette fois, c’est un peu plus complexe encore : la motion de censure a été annoncée solennellement par le président du groupe socialiste parce que "le gouvernement avait promis un projet de loi sur les retraites présenté devant le Parlement. Il n’y a pas de projet de loi. Donc nous censurons le gouvernement". Le problème, c’est qu’il y aura un projet de loi, je l’ai officiellement confirmé, reprenant les avancées principales, et à mes yeux significatives, du travail du conclave, que j’ai entendu Mme Mercier qualifier de "mesurettes", ce que nous allons vérifier. Avec le dépôt de ce projet de loi, ne le prenez pas mal, mesdames et messieurs du groupe socialiste, vous vous retrouvez le bec dans l’eau, ce qui, par les temps de canicule que nous vivons, peut avoir des aspects rafraîchissants, mais n’est pas, nous en conviendrons tous, une position durable. ».

     

     
     


    Ainsi, prenant acte de la posture du PS, le Premier Ministre a accepté de lui délivrer un brevet d'opposition permanente : « Le but de la motion de censure, le Président François Hollande l’a clairement indiqué, n’est donc pas vraiment la censure du gouvernement. C’est un signal pour qu’il soit clair aux yeux de tout le monde, et singulièrement aux yeux du parti socialiste lui-même, qu’il est dans l’opposition, ce dont je lui donne bien volontiers acte. Bien que je n’aie pas de qualification particulière pour le faire, je délivre bien volontiers au parti socialiste, depuis cette tribune, un certificat d’opposition, de mécontentement, de condamnation, d’indignation, de révolte, de protestation, de sanction, d’accusation, de mise en cause, de dénonciation perpétuelle et continue ! Je signe des deux mains autant de certificats autographes que vous le voudrez. ».

    Sur le fond du sujet, les retraites, François Bayrou a insisté sur la situation intenable pour les prochaines générations : « Qu’y a-t-il de réel, d’indiscutable, dans la situation des retraites, dans la situation des finances publiques de notre pays, dans la situation respective des générations, qui nous oblige, nous oblige !, si nous sommes responsables, comme nous prétendons l’être, à prendre des décisions, même difficiles, pour opérer dans nos affaires une remise en ordre nécessaire ? Stabiliser, remettre en ordre pour aller de l’avant, voilà le triptyque de l’action gouvernementale. Alors c’est simple ! Il y a, et vous pouvez enregistrer cette affirmation, que la situation ne peut plus continuer, au risque d’une guerre des générations, au risque d’un péril mortel pour notre modèle social, pour notre économie, pour les finances de notre pays et, au bout du compte, pour notre République. ».

    Petit cours sur le système par répartition, et le problème de son financement très clairement exposé : « Notre système de retraites, je le dis non pas pour vous, qui le savez pertinemment, mais pour ceux qui nous écoutent, fonctionne par répartition. La règle d’or qui l’organise voudrait donc que les pensions soient payées, chaque année, chaque mois, par les cotisations des entreprises et des salariés, directement, si j’osais dire, du producteur au consommateur, du cotisant au pensionné. Mais il y a des décennies que cette règle n’est plus respectée. Pour la part des retraites dévolue à la fonction publique, ce sont quelque 30 à 40 milliards qui manquent chaque année. Pour les retraites du privé elles-mêmes, ce chiffre atteindra, d’après la Cour des Comptes, 6 ou 7 milliards en 2030, 15 milliards en 2035, 30 milliards en 2045. Il augmente chaque année ! Si rien n’est fait, la Cour des Comptes estime que pour le seul régime général, 350 milliards d’euros de dettes seraient accumulés dans les vingt années qui viennent. Ces chiffres, que je dénonce depuis des années, souvent seul, ces chiffres de désinvolture et d’immoralité, ce sont les chiffres de la pénalisation des enfants par les parents, des travailleurs qui n’en peuvent mais au profit des pensionnés. Ces sommes, si nous les avions, si nous les financions, il n’y aurait aucun problème ! Un pays riche est bien libre d’affecter à l’usage qu’il choisit l’argent tiré de ses impôts, de ses taxes et des charges qu’il prélève. D’ailleurs, s’agissant du social, ce système est bien connu : c’est le système que l’on appelle beveridgien, du nom de l’économiste anglais qui le définit pour Winston Churchill pendant la guerre, et qui fait payer les pensions par l’impôt et les taxes. L’autre système, celui dans lequel les actifs participent par un système d’assurance mutuelle, c’est le système bismarckien. Il n’y aurait aucun problème à ce que nous prenions un peu des deux, une partie issue des cotisations, une partie des impôts et des taxes. Mais l’argent que, par milliards, nous sommes obligés de fournir chaque année à notre système de retraites pour l’équilibrer, en dépit de la multiplication des impôts et des charges, cet argent, nous ne l’avons pas. Et ne l’ayant pas, que faisons-nous ? Nous l’empruntons tous les ans depuis des décennies, tous les ans, tous les mois, tous les jours, et il faudra bien que quelqu’un rembourse. On sait très bien, d’ailleurs, qui remboursera : ce sont les travailleurs d’aujourd’hui et de demain, les salariés, les entreprises, les indépendants ; tous ceux qui paieront des impôts et des charges pendant les vingt, trente, quarante ans qui viennent, c’est-à-dire les actifs d’aujourd’hui et leurs enfants. S’ils comprenaient le piège dans lequel on les a enfermés depuis quarante ans, tous ceux-là manifesteraient, et spécialement les plus jeunes, contre les gouvernants irresponsables et contre les démagogues qui plaident pour que l’on continue à creuser toujours davantage le déficit. Cette situation est un piège mortel ! Un pays ne peut pas survivre à un tel engrenage. ».

    D'où sa mission (kamikaze !) : « Et si personne n’alerte, si personne n’entend, nous allons nous perdre dans le surendettement et ce sont tous les actifs de notre pays, puis nos enfants, qui paieront l’addition de notre désinvolture. Je ne suis pas là, et le gouvernement non plus, pour être dans le confort, pour être tranquille, (…) pour échapper à des motions de censure successives, pour gagner du temps, résignés à la douce lâcheté et aux renoncements pour durer. Nous sommes là pour que les Français sachent ce qu’il en est, où nous en sommes, où nous allons et où nous pouvons aller, et qu’ils prennent ensemble, les yeux ouverts, les décisions qui rendront possible la sauvegarde de notre pays, et ce que je dis sur les retraites vaut aussi pour ce dont nous parlerons dans quelques jours, aussitôt après le 14 juillet, dans le cadre de la réflexion que nous avons à conduire pour nos finances publiques. (…) Pour ma part, j’ai un devoir : celui de dire la vérité au peuple qui nous gouverne, de ne pas le tromper, de ne pas accepter son affaissement et son asservissement aux prêteurs, aux intérêts étrangers, d’être ici, à cette tribune et quel que soit le lieu où je m’exprime, son défenseur véridique, même si ce défenseur doit dire des choses difficiles et se retrouve par voie de conséquence impopulaire, parce qu’il refuse d’être le démagogue applaudi qui conduit à l’abîme. ».

    Concernant le conclave sur les retraites : « J’ai entendu bien des observateurs prononcer le mot d’échec ; mais je nie absolument, à cette tribune, que le conclave ait été un échec, même s’il est vrai que certains des participants (…) n’ont pas osé faire le dernier pas, comme si l’on craignait toujours l’accusation de trahison de la part de son propre camp. En réalité, les progrès ont été déterminants ; ils ont même été beaucoup plus significatifs qu’on ne pouvait l’imaginer au départ de ce processus. Ce bilan est positif et encourageant. (…) Je sais bien qu’il ne plaît pas à tout le monde de voir la démocratie sociale apporter des résultats et que de nombreux courants, de nombreuses autorités pensent sans le dire, ou même en le disant, pour certains qu’il n’y a rien à attendre des entreprises, toujours réputées égoïstes, et pour d’autres qu’il n’y a rien à attendre des syndicats, toujours réputés démagogues. Je crois exactement le contraire ! Je pense qu’il y a, dans une société comme la nôtre, des marges de progression incroyables ou en tout cas remarquables à attendre, pour le plus grand bien de l’esprit civique, de la prise de responsabilité conjointe des représentants des acteurs de terrain. ».

    Parmi les avancées sociales : « La situation faite aux femmes, dont les maternités empêchent souvent l’établissement des droits. Les femmes auront désormais non plus la référence des vingt-cinq meilleures années pour l’établissement des pensions, mais si elles ont un enfant, les vingt-quatre meilleures années, et si elles ont eu deux enfants ou davantage, les vingt-trois meilleures années. Allez donc leur dire que cela ne présente aucun intérêt ! Que ce sont des mesurettes ! Vous êtes scandaleux à l’égard de celles qui travaillent et de celles qui ont besoin qu’on les entende pour prendre leur retraite ! (…) L’âge de suppression de la décote sera fixé non plus à 67 ans mais à 66 ans et demi. Je sais bien que six mois dans la vie, pour vous, n’ont aucune importance tellement vous êtes en dehors de ces considérations, mais je persiste à affirmer que si vous dites aux femmes qui travaillent que vous vous opposez à cette mesure de progrès, c’est que vous travaillez contre elles, parce que vous êtes indifférents à leur vie ! Seule la politique électorale vous intéresse ! Ce n’est pas notre cas et nous avons l’intention d’aller encore plus loin. J’en suis convaincu : pour les métiers usants, dans le domaine de la santé, de la dépendance, du handicap, de la vieillesse ou de la petite enfance par exemple, après des carrières hachées, ce gain de six mois est une vraie reconnaissance. C’est en tout cas ce qu’ont pensé les organisations présentes autour de la table : la CFDT, la CFTC, la CFE-CGC, le Medef et la CPME (Confédération des petites et moyennes entreprises). À l’unanimité, ils ont accepté ces progrès, et vous qui êtes loin du monde du travail, vous nous expliquez qu’il faut les oublier ! Ce n’est pas du tout notre conception de la vie. Vous n’êtes pas sur le terrain : vous exploitez les difficultés de nos concitoyens. ».

    Le chef du gouvernement a résumé la situation ainsi : « Impératif d’équilibre financier, acceptation lucide du cadre d’âge, abaissement de l’âge de la décote, reconnaissance de la situation des femmes ayant eu des enfants, reconnaissance des critères de pénibilité, reconnaissance de la cartographie des métiers à risques, reconnaissance des politiques de prévention et approche d’une politique de réparation, ce sont des pas en avant décidés à l’unanimité. La volonté du gouvernement est d’inscrire dans la loi les avancées réelles qui ont été celles du conclave, que personne, en dépit des hurlements, ne peut nier, et qui nous permet de dessiner ce que doit être une méthode d’association des Français, des entreprises, des salariés et des professionnels à la gestion de leur avenir commun. La démocratie sociale est prise en compte, la démocratie politique prend ses responsabilités et la société française doit en être plus responsable et plus unie. J’ajoute que d’autres pas en avant ont été permis par ce travail en ce qui concerne le financement par accord des entreprises et des représentants des salariés. L’ensemble de ces dispositions représentant environ 1,4 milliard d’euros, un accord a été trouvé sur les deux tiers, soit 1 milliard, avec les délégations syndicales et des entreprises. Reste à trouver le financement d’environ 400 millions, et le gouvernement prendra ses responsabilités dans le texte qui sera présenté à l’automne pour que cette question reçoive une réponse qui ne pénalise ni les uns ni les autres,et sans augmenter le coût du travail, dont l’alourdissement serait lourd de conséquences pour la compétitivité des entreprises dans le monde de concurrence sauvage qui est le nôtre, et par voie de conséquence pour l’emploi. J’ai parlé de 400 millions. Sur 407 milliards d’euros de pensions versées, cela représente un peu moins d’un millième. Je suis persuadé qu’on peut y arriver par des adaptations justes et légères. ».

    Il a conclu de façon laconique : « Les temps sont durs, mais la preuve est apportée que nous pouvons avancer ensemble, ou plus exactement, plus profondément, c’est parce que les temps sont durs que nous devons avancer ensemble. ».

    Je propose ensuite quelques extraits de certaines interventions de députés dans cette discussion parlementaire, elles ne sont pas forcément représentatives de l'ensemble de l'Assemblée car je n'ai repris que les interventions qui me paraissaient utiles à la compréhension.
     

     
     


    Le député LR Thibault Bazin s'est moqué de la posture hypocrite des socialistes : « En ce jour caniculaire, nous voici réunis pour une énième motion de censure : la huitième en six mois ! Mesdames et messieurs les députés du groupe socialiste, signataires de cette motion, qui êtes en train de quitter l’hémicycle, n’avez-vous pas peur de lasser les Français ? Est-ce le moment de perdre un temps parlementaire précieux ? Vous voulez censurer le gouvernement ; et après ? N’avez-vous pas appris des conséquences de la censure du gouvernement de Michel Barnier ? Le vote du 4 décembre dernier a fait perdre à la France de la croissance économique, a causé de l’instabilité et freiné les investissements, ce qui a ralenti les embauches et donc entraîné des pertes de recettes pour notre système de protection sociale. Vous en portez, avec d’autres, la lourde responsabilité. Ces derniers mois ne vous ont-ils rien enseigné pour que vous en arriviez de nouveau à voter avec la France insoumise une motion de censure dont le succès ne ferait qu’affaiblir encore la France, aggraver l’équilibre des comptes publics, notamment des comptes sociaux, et finalement pénaliser les Français. Je me souviens d’un temps, pas si lointain, 2015, où un Président de la République socialiste déclarait : "Nous devons rassurer [les jeunes] en montrant la capacité de notre système de répartition à leur verser les pensions auxquelles ils auront droit par leurs cotisations. (…) c’est la plus élémentaire des précautions et c’est même le respect de la promesse de la sécurité sociale (…). C’est très important d’avoir cette vision longue". Votre manœuvre tactique du jour est bien loin de ces propos. Mesdames et messieurs les députés du groupe socialiste, nous sommes souvent en désaccord, mais je pensais naïvement que nous partagions un esprit de responsabilité devant les grands défis de notre pays. Je constate, à regret, que je me suis trompé. Il est encore temps de vous reprendre en retirant votre motion. À moins qu’il ne s’agisse d’un faux-semblant et que vous n’espériez l’échec de votre propre motion ? Ce ne serait pas sérieux. (…) Sous le quinquennat de François Hollande, n’avez-vous pas augmenté la durée de cotisation pour la porter à quarante-trois annuités ? Cela revenait à se rapprocher d’un départ à la retraite à 64 ans puisque l’âge moyen d’entrée dans la vie active s’est stabilisé à 21 ans depuis trente ans. En effet, 21 plus 43 égale 64 ! ».
     

     
     


    L'ancienne ministre MoDem Geneviève Darrieussecq n'est pas plus complaisante à l'égard des socialistes : « Peu importe que la dernière motion ne date que de juin et que les députés socialistes ne l’aient pas votée. Rappelons-nous les termes employés alors, il y a tout juste un mois, par leur oratrice : "Nous considérons que le vote de la motion de censure défendue cet après-midi n’est ni la bonne réponse, ni le message que nous souhaitons faire passer ; nous ne l’avons pas cosignée et nous ne la voterons pas, car nous ne voulons pas voter une motion de censure contre le Parlement". En un mois, le parti socialiste a fait du chemin. En effet, vous vous apprêtez à voter une motion de censure non seulement contre le gouvernement et contre le Parlement, mais également contre la démocratie sociale et les avancées qu’elle permet, par le dialogue et le compromis. Le prétexte ? Le Premier Ministre ne respecterait pas ses engagements. En voilà, une nouvelle fable ! En février, le dialogue social a été engagé, grâce au Premier Ministre, sur la réforme des retraites de 2023 et les améliorations à y apporter. Après quatre mois de conclave, ou plutôt, pour employer des mots plus justes, de concertation paritaire, l’accord total que nous pouvions espérer n’a pas été trouvé, mais les partenaires sociaux se sont accordés sur de nombreuses mesures de justice et d’équilibre, qu’a rappelées M. le Premier Ministre. Ce n’est pas rien ! Le gouvernement serait-il coupable, à vos yeux, de vouloir que le dialogue social se poursuive afin de parvenir à un accord global plus ambitieux ? Serait-il coupable, à vos yeux, de promettre que les premières mesures issues de l’accord entre partenaires sociaux trouveront une traduction dans les textes budgétaires de l’automne, ce qui est la voie logique et pertinente pour ce type de mesures, car elle permettra au Parlement de se prononcer in fine. ».

    Et de traduire la motion de censure débattue : « Pour simplifier, disons que le parti socialiste, jamais à l’abri d’une bonne idée, estime qu’il convient de censurer le dialogue social dans la mesure où il n’est pas parvenu à un accord global dans le temps imparti. Naturellement, ajoute-t-il, la faute en revient au gouvernement lui-même, qui aurait posé des bornes trop rigides et serait trop soucieux de l’équilibre budgétaire, un comble ! Et tant pis pour les partenaires sociaux qui échangent depuis plusieurs mois et se sont mis d’accord, par exemple, sur l’âge pivot de 64 ans, sur l’abaissement de l’âge de départ à taux plein à 66 ans et demi, contre 67 actuellement, sur des mesures plébiscitées concernant les critères de pénibilité ou permettant aux femmes de bénéficier d’un calcul plus juste de leur pension. Tout cela passerait donc par pertes et profits, au tamis des débats internes du parti socialiste, tout affairé à paraître plus à gauche que la gauche, plus dans l’opposition que l’opposition, ne cherchant même plus à cacher ses incohérences, votant tour à tour pour une motion de censure en décembre, contre une autre en février, contre la suivante au début du mois de juin et pour celle-ci aujourd’hui, sans que personne comprenne grand-chose à ce positionnement politique erratique. Cela ne semble convaincre personne, ni la gauche de la gauche, à en croire les réactions de certains, ni ceux qui pensaient que vous aspiriez à être de nouveau le parti de gouvernement sérieux et responsable que vous avez été. Car l’esprit de responsabilité est aujourd’hui du côté de tous ceux qui tentent de trouver des issues aux difficultés de notre pays et qui redonnent toute sa place au dialogue social en faisant confiance aux organisations syndicales. (…) Dans leur majorité, elles se tiennent loin des considérations politiciennes dont vous vous faites les chantres aujourd’hui par cette motion. Car que censurez-vous aujourd’hui ? Le calcul des pensions pour les femmes qui prend en compte les vingt-quatre meilleures années à partir du premier enfant ? La réintroduction, parmi les critères de pénibilité, du port de charges lourdes, des postures pénibles ou des vibrations ? La décote à 66 ans et demi qui permet de toucher plus tôt sa pension à taux plein ? Finalement, ce que vous censurez par cette motion, c’est le dialogue social et l’esprit de compromis des partenaires sociaux, qui ont permis d’aboutir à des avancées réelles pour les Français. Celles-ci ne vous conviennent peut-être pas, ou ne vous suffisent pas, mais elles ont été obtenues grâce à la confiance accordée aux partenaires sociaux pour améliorer le dispositif tout en prenant en considération les lourdes contraintes, budgétaires en particulier, auxquelles notre pays est confronté. Ils ont démontré par là leur esprit de responsabilité et méritent notre entier respect. Je constate que vous ne faites pas preuve du même esprit. Tout cela ressemble bien à de petites manœuvres partisanes, quand nous aurions tant besoin de sortir des postures et de nous rassembler autour de ces considérations d’intérêt général. ».
     

     
     


    La députée Horizons Anne Le Hénanff était aussi en colère contre le « spectacle aussi désolant que prévisible » des socialistes : « Parlons vrai : que reprochent exactement les auteurs de cette motion au gouvernement ? D’avoir tenté de conduire une concertation sur les retraites ? D’avoir refusé de céder aux sirènes de la démagogie en maintenant le cap de l’équilibre financier ? D’avoir rappelé que la responsabilité d’un gouvernement est de préserver l’avenir de nos enfants plutôt que de distribuer des promesses impossibles à tenir ? Le groupe socialiste nous parle de trahison. Mais en quoi le refus de compromettre l’équilibre de notre système de retraites constitue-t-il une trahison ? En quoi le fait de rappeler que les lois de la comptabilité publique s’imposent à nous tous, donc aussi à vous, constitue-t-il une trahison ? (…) Et que dire des leçons de morale dispensées par un parti qui, il y a quelques semaines à peine, se déchirait publiquement lors de son congrès de Nancy, un parti divisé entre certains qui s’acoquinent avec Jean-Luc Mélenchon et d’autres qui dénoncent l’obsession égotique du leader insoumis ? Comment pouvez-vous prétendre à la cohérence gouvernementale quand vous ne parvenez pas à vous accorder ? Comment pouvez-vous invoquer la responsabilité quand vous votez la censure du gouvernement Barnier, précipitant le pays dans l’instabilité ? Comment pouvez-vous parler de brutalité démocratique quand vous vous alliez à l’extrême droite pour faire tomber les gouvernements ? Alors qu’il y a quelque temps, la gauche proclamait son attachement à la stabilité institutionnelle, elle multiplie aujourd’hui les motions de censure, au risque de paralyser le pays. Permettez-moi de mettre en question la logique de la posture défendue notamment par le Président François Hollande : celui-ci affirme qu’il votera la motion de censure contre le gouvernement, mais seulement si le Rassemblement national ne s’y associe pas. Quelle étrange conception de la responsabilité parlementaire ! Depuis quand la défense de l’intérêt général se mesure-t-elle à l’aune des intentions supposées de l’extrême droite ? Cette position révèle une inquiétante dérive : on ne censure plus un gouvernement pour ses actes mais en fonction de ceux qui pourraient éventuellement voter à ses côtés. Surtout, chacun le sait ici, cette motion relève d’un exercice de pure façade ! Ceux qui l’ont déposée l’ont fait pour se draper d’une bonne conscience aux yeux de leurs alliés, tout en sachant pertinemment qu’elle ne serait jamais votée. C’est le théâtre de la vertu sans le courage de l’action, la mise en scène d’une indignation de circonstance, soigneusement calibrée pour ne rien changer. La République attend de ses représentants du courage dans de telles circonstances, non pas une énième contorsion politicienne. Les Français, nous le croyons, n’ont que faire de ces jeux d’ombres. La France mérite mieux que ces manœuvres. (…) Voilà ce que produit cette politique du spectacle : une nation qui s’endort à crédit, qui s’abandonne à la facilité et qui laisse filer la confiance et la fierté de son peuple. Les Français attendent des responsables qu’ils affrontent les obstacles, qu’ils refusent le fatalisme et qu’ils ouvrent un chemin, même difficile, vers la puissance retrouvée de notre pays. La vraie responsabilité politique consiste non pas à multiplier les motions de censure mais à prendre des décisions difficiles pour préparer l’avenir du pays. ».
     

     
     


    Attendu pour sa position cruciale, l'orateur du groupe RN, Gaëtan Dussausaye a rejeté tant la gauche que la majorité actuelle : « En effet, pour dire les choses franchement, si la retraite à 64 ans est d’abord une décision de la Macronie, elle est aussi et surtout le résultat de fautes de la gauche. (…) Qui, en 2023, a privé les Français d’un référendum sur cette réforme en refusant de voter la proposition du groupe RN ? C’est encore vous, c’est la gauche ! La liste est longue, accrochez-vous bien ! Qui, toujours en 2023, par ses habituelles méthodes d’obstruction parlementaire, par son éternelle bordélisation de l’Assemblée, contre l’avis des syndicats qui battaient le pavé chaud de la capitale au même moment, a empêché un vote clair sur l’article 7 de la réforme, celui qui actait l’augmentation de deux ans de l’âge légal de départ à la retraite ? C’est vous, c’est la gauche ! Qui, en 2024, a préféré faire réélire Élisabeth Borne, l’artisan de la retraite à 64 ans, plutôt que faire élire un député RN, alors qu’une majorité RN aurait abrogé la réforme, comme l’exigeaient des millions de Français ? C’est toujours vous, c’est toujours la gauche ! (…) La vérité du jour est que le parti socialiste a menti au moins deux fois aux Français au cours de la présente législature. Vous avez d’abord menti pendant plusieurs mois en les laissant croire que le conclave sur les retraites pourrait aboutir à l’abrogation de la réforme, alors qu’il n’en était rien. Vous mentez une nouvelle fois aujourd’hui, avec le soutien de l’extrême gauche, en faisant croire aux Français que la censure permettrait par magie de leur rendre les deux années de retraite volées par la Macronie. Osez dire aux Français, en les regardant droit dans les yeux, que votre censure servira à quelque chose ? Elle n’apporte rien, elle ne change rien. Le Rassemblement national n’est pas le seul à le dire : le Président François Hollande le fait aussi, alors qu’il siège dans vos rangs. Que se passerait-il si nous faisions tomber le gouvernement ? La retraite à 64 ans serait toujours la règle, en attendant un nouveau gouvernement. Puis un autre gouvernement macroniste et LR prendrait la place de l’actuel, et la retraite à 64 ans serait toujours en vigueur. Libre à vous, socialistes, de mentir deux, trois ou cent fois si ça vous chante ! Ce que vous faites est d’une hypocrisie crasse, c’est un mensonge qu’aucun Français ne vous pardonnera. Le Rassemblement national n’a aucune difficulté à censurer le gouvernement. Nous l’avons fait, avec Marine Le Pen, lorsque le gouvernement Barnier a cherché, avec les bénédictions de MM. Retailleau et Attal, à augmenter les taxes sur l’électricité, à désindexer de l’inflation les pensions de retraite, à dérembourser les médicaments ou à réduire les allègements des charges pour les très petites, petites et moyennes entreprises (TPE-PME). La différence entre vous et nous est que nous censurons quand c’est utile pour le pays, quand cela permet concrètement et immédiatement de protéger les Français de mauvaises décisions prises par le gouvernement. Députés socialistes, les seuls intérêts qui vous animent sont les vôtres, à quoi s’ajoutent vos petites chamailleries, d’une inutilité abyssale, avec les Insoumis au sein du nouveau front populaire. Cette préprimaire de la gauche en vue de l’élection présidentielle offre un spectacle affligeant. D’une part, elle n’intéresse que vous. D’autre part, tout le monde sait que vous saurez très bien vous retrouver en temps voulu, les Glucksmann, Ruffin, Mélenchon et Tondelier, avec l’espoir de vous partager les ministères, comme vous l’avez toujours fait. ».

    Le député EPR Stéphane Vojetta, tout en fustigeant les socialistes, a voulu évoquer le fond du sujet : « Je vous le demande : quel est le véritable sens de notre fonction de parlementaire, si nous ne pouvons nous mettre d’accord sur rien, pas même sur des constats ? Ne sommes-nous donc ici que pour mieux préparer notre prochaine élection ou favoriser celle de notre chef ? Ou pour préparer un congrès ? C’est hélas souvent l’impression que nous donnons, vous en particulier, monsieur Faure, notamment en déposant cette motion de censure qui témoigne davantage d’un serment d’allégeance à la France insoumise que d’une volonté réelle de faire tomber ce gouvernement ou de proposer des solutions réalistes à la situation des retraites. Ne devrions-nous pas plutôt aspirer à nous saisir de chaque seconde de notre mandat, un mandat qui peut finir demain, nous le savons, pour faire bouger les choses ou, comme l’auraient suggéré vos prédécesseurs sur ces bancs, pour changer la vie ? Mais pour cela, encore faudrait-il que vous soyez capables de sortir de la posture et de regarder la vérité en face. ».

    Et de mettre en cause principalement l'impartialité de la Cour des Comptes : « Chers collègues socialistes, vous reprochez au Premier Ministre et au gouvernement d’avoir nui aux travaux du conclave, court-circuité le dialogue social et empêché un débat parlementaire sur la réforme des retraites, en écartant d’emblée le retour à la retraite à 62 ans et en imposant une trajectoire d’équilibre financier. Si une chose a nui à la qualité des travaux du conclave, c’est bien moins l’attitude de François Bayrou que celle de la Cour des Comptes, qui nous a refusé le diagnostic impartial qu’elle avait pourtant le devoir de réaliser. Revenons en effet quelques mois en arrière, à la déclaration de politique générale du 14 janvier dernier. Monsieur le Premier Ministre, vous nous préveniez alors en ces termes : "Le déséquilibre du financement du système de retraites et la dette massive qu’il a creusée ne peuvent être ignorés ou éludés". Pour financer les retraites, une fois épuisées les cotisations, "restent 55 milliards, versés par le budget des collectivités publiques, au premier chef le budget de l’État, à hauteur de quelque 40 ou 45 milliards. Or, ces 40 ou 45 milliards annuels, nous n’en avons pas le premier centime. Chaque année, cette somme, le pays l’emprunte. Autrement dit, il a choisi de mettre à la charge des générations qui viennent ou qui viendront (…) une partie du montant des pensions que nous versons aux retraités actuels".Voilà pourquoi, monsieur le Premier Ministre, vous aviez alors demandé à la Cour des Comptes de nous fournir l’état actuel et précis du financement du système de retraites. Ce diagnostic devait ensuite être soumis aux partenaires sociaux, à charge pour eux, dans le cadre du conclave, de nous montrer, à nous parlementaires, le chemin vers une refonte indispensable de notre système de retraites. Il faut bien le reconnaître : la Cour des Comptes a failli dans la mission qui est la sienne, elle qui est censée assister le Parlement et le gouvernement en fournissant de manière indépendante des analyses utiles aux décideurs et susceptibles de contribuer activement à l’amélioration de la gestion publique et de ses résultats. Oui, la Cour des Comptes a failli dans sa mission. En affirmant que le système de retraites a été "légèrement excédentaire" en 2023, elle a choisi de perpétuer une forme de dissimulation comptable au sein de nos finances publiques. Le conclave s’est donc ouvert sur cette base faussée. Comment, d’ailleurs, évoquer ce conclave et les débats sur les retraites qui nous occupent constamment depuis 2019, sans tenter de comprendre comment notre ignorance collective a été sciemment organisée, précisément pour nous empêcher d’avoir la moindre chance d’arriver à débattre sur des bases saines ? ».

    Et de rappeler les véritables chiffres du système de retraites : « Pour rappel, les pensions de retraite représentent chaque année un quart de nos dépenses publiques et absorbent 14% du PIB de la nation. Personne, pas même vous, ne conteste ces chiffres. Pourtant, nous ne savons pas mesurer correctement l’impact de ces dépenses sur nos finances publiques. En effet, la comptabilité de ce système de retraites, en particulier le compte d’affectation spéciale (CAS) Pensions, a été instaurée en 2006 pour que les déficits éventuels soient répartis dans le budget de chaque ministère. Ils se retrouvent donc partout, sauf dans le système de retraites, dans le but d’entretenir, quoi qu’il arrive, la fable d’un système de retraites par répartition juste et à l’équilibre. Cette fable, vous la connaissez : voilà des années que la Cour des Comptes et le Conseil d’orientation des retraites (COR) nous la racontent le soir pour nous endormir, en s’appuyant sur les conventions comptables votées par nos prédécesseurs. Cette volonté systémique de dissimulation est réelle et son implication sur la gestion de nos finances publiques est dangereuse. Je citerai quelques exemples illustratifs. Cette volonté de dissimulation affaiblit la sécurité sociale, notamment ses branches famille, chômage et accidents du travail, en leur imposant chaque année une quinzaine de milliards de transferts de cotisations vers la branche vieillesse. Ce mécanisme aboutit désormais à la fragilisation de l’ensemble et à la reconnaissance par la Cour des Comptes d’un risque de défaut de paiement de la Caisse d’amortissement de la dette sociale (Cades) en 2027, mais, bien sûr, pas à la reconnaissance d’un déficit du système de retraites. Cette volonté de dissimulation contamine également nos débats budgétaires. Quand nous votons ici le budget de l’éducation nationale, savons-nous vraiment que 28% de ce budget est absorbé par les cotisations et surcotisations retraite payées par l’État employeur ? Cette part est d’ailleurs en augmentation constante, puisqu’elle était de 22% en 2006. ».

    La falsification des comptes de l'État où l'on place dans le budget des ministères le budget de la retraites des leurs fonctionnaires : « Lors des débats budgétaires pour 2025, combien d’entre nous pensaient sincèrement consacrer 87 milliards d’euros à l’éducation de notre jeunesse, alors qu’en réalité, 24 milliards d’euros de ces autorisations d’engagement votées étaient ponctionnés pour financer les pensions des enseignants retraités ainsi que certains régimes déficitaires de la fonction publique ? Vous êtes-vous déjà penchés, ne serait-ce qu’une fois, sur la fiche de paie d’un enseignant ? Faites-le : vous y verrez un salaire net réduit à la portion congrue, enseveli sous une montagne de surcotisations, salariales et surtout patronales, qui grèvent son pouvoir d’achat et minent l’attractivité du métier. Cette situation s’aggravera cette année encore, car le taux de cotisation de l’État employeur passera de 74% à 78% du traitement brut, contre seulement 28% dans le secteur privé. Et cela pèsera davantage encore sur le budget de l’éducation nationale, sans pour autant améliorer la rémunération nette des enseignants, et sans autre justification que d’équilibrer les recettes et les dépenses du CAS Pensions. Dans la même veine, êtes-vous conscients que, pour faire face à la dégradation des comptes de la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales (CNRACL), le taux de cotisation patronale des collectivités passera de 32 % en 2024 à 44 % en 2028, sans autre justification que le nécessaire équilibrage des recettes et des dépenses de retraite ? Ainsi, la masse salariale brute des agents des fonctions publiques territoriale et hospitalière augmentera de 3% par an et pèsera sur le budget des collectivités et des hôpitaux, qui reviendront vers nous pour évoquer ce problème, sans aucun effet sur le salaire net de ces agents. René Magritte nous aurait dit : "Ceci n’est pas une pipe". La Cour des Comptes, quant à elle, nous dit dans son rapport : "Ceci n’est pas un déficit". Selon elle, c’est tout simplement "un besoin élevé de financement qui implique une diversification des ressources au-delà des cotisations sociales". Une fois cette centaine de milliards de surcotisations, de subventions et de transferts divers pris en compte, le régime des retraites affichait effectivement un excédent comptable de 8,5 milliards en 2023. Et voilà, le tour est joué ! Un miracle comptable digne de Bernadette Soubirous ou un tour de prestidigitation qui évoque Gérard Majax, à moins qu’il ne soit plutôt du niveau de Garcimore. Le tour est joué, et nous pouvons regarder ailleurs au moment de chercher les postes de dépenses qui pourraient être ciblés dans la tâche pourtant inévitable et inéluctable de réduction du déficit budgétaire. Nous faire regarder ailleurs, c’est précisément l’objectif recherché. Reconnaissons-le : ce système est opaque, même pour nous qui débattons et votons le budget de la nation. Ce système, en torturant la langue et les concepts comptables, nous empêche de penser clairement. Le déficit d’un système par répartition devrait être la différence entre les pensions versées et les cotisations perçues. Lorsque les cotisations ne suffisent plus à couvrir le paiement des pensions, le système est en déficit. Pour éviter la cessation de paiement, il faut alors faire appel à une source extérieure de financement : soit l’État, donc le contribuable ; soit, à défaut, la dette. Or notre système, que l’on dit par répartition et qui est présenté comme étant à l’équilibre, n’est financé qu’aux deux tiers par des cotisations prélevées sur la masse salariale. Le tiers restant provient de l’État. Et à part vous, chers collègues, qui peut encore croire que ces milliards qui sortent des poches de l’État et du contribuable n’ont aucun impact sur notre déficit ni sur notre dette publique ? ».
     

     
     

     

    L'intervention de Stéphane Vojetta a sans doute été la plus instructive des députés dans cet examen de la motion de censure en mettant en perspective le financement du système : « Au fond, la réalité est plus simple que tous ces artifices comptables. La réalité, c’est que notre système de retraites hypothèque notre avenir et celui de nos enfants, en creusant chaque année un déficit budgétaire de plus de 50 milliards. Cette accumulation de déficits explique pourquoi les retraites pèsent pour la moitié des plus de 1 000 milliards de dette supplémentaire accumulés par notre pays ces dix dernières années. Nous étions au gouvernement, mais la responsabilité est partagée (…). La réalité, c’est celle d’un système qui nuit au pouvoir d’achat des actifs, qu’ils travaillent dans le secteur public ou le secteur privé. La réalité, c’est celle d’un système qui accélère la paupérisation de notre éducation nationale, de notre système de santé et de nos services publics. La réalité, c’est celle d’un système incapable d’assurer l’équité au sein d’une même génération, alors que nous ne savons pas dire combien coûte l’écart de droits entre le système de retraites du public et celui du privé. La réalité, c’est celle d’un système incapable d’assurer l’équité entre les générations, puisque nous savons déjà que les taux de remplacement chuteront. Les retraités actuels touchent 75% de leur dernier salaire, alors que les actifs actuels, eux, devront se contenter de 54% lorsqu’ils arriveront à l’âge de la retraite, malgré l’allongement de leur durée de cotisation. La réalité, c’est enfin celle d’un système qui empêche tout pilotage efficace par le gouvernement ou par le Parlement, en nous rendant incapables d’identifier les véritables causes du déficit budgétaire de la France. Alors que nous faisons face à un déficit annuel de plus de 150 milliards d’euros, nous concentrons nos débats sur des fusions d’agences de l’État qui ne permettront que des économies marginales, ou sur la traque des centenaires algériens dans les bleds, dans l’espoir d’en retirer les 40 millions évalués par la Cour des Comptes. L’attitude de ceux qui, à l’instar de la Cour des Comptes, pourraient lever le voile mais choisissent de ne pas le faire, est coupable. Si cette attitude permet d’éviter de reconnaître un déficit comptable, elle favorise aussi l’installation d’un déficit démocratique, celui qui consiste à laisser les Français, leurs représentants élus et les partenaires sociaux débattre de l’avenir de nos retraites sur la base d’un diagnostic trompeur. (…) Oui, il faut du courage pour accepter de voir la réalité en face, car il serait alors inévitable et inéluctable de trouver des solutions qui vont à l’encontre soit de certains de vos récits politiques, soit de certains de nos intérêts électoraux. Je suis désolé de vous le dire, cela va vous choquer, même si je reconnais aisément que l’on peut reprocher des choses à ce gouvernement, le courage que j’évoquais à l’instant, un seul l’incarne ici : François Bayrou. (…) Nous encourageons le Premier Ministre et son gouvernement à poursuivre son combat courageux en faveur de davantage de transparence et de justice pour les actifs actuels et pour les générations futures. ».
     

     
     


    Il m'a semblé utile de proposer ces interventions, parfois longues à la lecture, pour bien comprendre d'une part, le problème de fond, un système de retraite malade d'être déficitaire chronique et que le député Stéphane Vojetta a très bien expliqué, et d'autre part, l'imposture de la posture du parti socialiste. Quant à François Bayrou, il a répété le contenu de sa conférence de presse du 26 juin 2025 sur la réalité des accords obtenus lors du conclave sur les retraites et qu'il entend fermement mettre en œuvre le plus rapidement possible.
     

     
     


    Sans surprise, la motion de censure a été rejetée vers 20 heures 20 ce mardi 1er juillet 2025 car elle n'a recueilli que 189 votes pour, alors qu'il en fallait au moins 289 (majorité absolue), soit 71 FI sur 71, 66 PS (dont François Hollande !) sur 66, 36 EELV sur 38, 13 PCF sur 17 et 3 LIOT sur 23. La pièce de théâtre est terminée, mauvais vaudeville au comique de répétition suranné. Rideau !


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (02 juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu

    Pour aller plus loin :
    8e motion de censure pour convenance personnelle (du PS).
    La réforme de l'audiovisuel public rejetée par les députés (en première lecture).
    L'indignation de François Bayrou.
    Conférence de presse du Premier Ministre François Bayrou le 26 juin 2025 à Matignon (texte intégral et vidéo).
    Déclaration du Premier Ministre François Bayrou le 24 juin 2025 à Matignon (texte intégral et vidéo).
    L'échec du conclave sur les retraites : une occasion perdue.
    Emmanuel Macron à la télévision : Mélanie avant l'Urgence Océan.
    Mélanie, la douceur incarnée.
    Sidération institutionnelle.
    Il y a un an, la dissolution !
    La proposition de loi Duplomb pour les agriculteurs.
    Le rejet de la 7e motion de censure contre le gouvernement Bayrou.
    Interview de François Bayrou le 27 mai 2025 sur BFMTV (vidéo intégrale).

    La longévité du Professeur Bayrou.
    Les Républicains.
    Le PS.
    EELV.
    Emmanuel Macron : qu'allait-il faire dans cette galère ?
    Interview du Président Emmanuel Macron le mardi 13 mai 2025 sur TF1 (vidéo).
    Emmanuel Macron à l'initiative pour la paix en Ukraine.
    Emmanuel Macron, le référendum et les Français.
    Emmanuel Macron veut-il influencer l'élection du nouveau pape ?
    Bétharram : François Bayrou a apporté les preuves de sa bonne foi.
    Bétharram : François Bayrou bouleversé par le témoignage de sa fille.
    Budget 2026 : François Bayrou promet-il du sang et des larmes ?
    Discours du Premier Ministre François Bayrou le 15 avril 2025 à Paris (texte intégral et vidéo).
    Emmanuel Macron sur le front du commerce international.
    François Bayrou et l'heure de vérité de l'Europe.
    Gabriel Attal attaque Marine Le Pen sur l'Ukraine.
    Manuel Valls pour la paix, mais pas au prix de la fin de l'Ukraine !
    Claude Malhuret s'en prend à Néron et à son bouffon !
    Emmanuel Macron : la patrie a besoin de vous !
    François Bayrou : la France avait raison !
    Le Pen : inéligibilité, exécution provisoire, récidive et ordre public.
    Marine Le Pen, est-elle si clean que cela ? (22 février 2017).
    Condamnation Le Pen : la justice vole-t-elle l'élection présidentielle de 2027 ?
    Le fond accablant de l'affaire Le Pen.
    Texte intégral du jugement délibéré du 31 mars 2025 sur l'affaire Le Pen (à télécharger).
    Affaire Le Pen : ne confondons pas victime et coupable !
    Marine Le Pen : voler l'argent des Français !
    Marine Le Pen et la sérénité d'une future condamnée ?
    L'avenir judiciaire de Marine Le Pen dans une décision du Conseil Constitutionnel ?
    L'installation du nouveau Conseil Constitutionnel présidé par Richard Ferrand.
    Richard Ferrand validé de justesse par le Parlement.
    François Bayrou et la motion de censure de congrès du PS.
    François Bayrou surmonte une 6e motion de censure en cinq semaines !
    Bétharram : François Bayrou contre-attaque !
    Bétharram : François Bayrou coupable... de quoi, au fait ?
    Alain Juppé à la rescousse de Richard Ferrand ?
    Mission accomplie : les budgets 2025 (PLF et PLFSS) définitivement adoptés (ouf !).
    4 motions de censure et pas d'enterrement !
    Emmanuel Macron à la télévision le dimanche soir !
    Interview du Président Emmanuel Macron le dimanche 9 février 2025 sur France 2 (vidéo).
    Sam Altman salue la France, centre névralgique de l'intelligence artificielle.
    François Bayrou, le début du commencement.
    La quadrature du cercle de Michel Barnier.






    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250701-motion-de-censure.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/8e-motion-de-censure-pour-261815

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/01/article-sr-20250701-motion-de-censure.html


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