« Jean-François Kahn était un géant et un homme rare. Il incarnait le "centrisme révolutionnaire", l'humanisme et la fidélité. Nous l'aimions. » (François Bayrou, le 23 janvier 2025 sur Twitter).
Le grand frère est venu rejoindre les deux autres, Olivier, parti il y a vingt-cinq ans, un génie de la chimie, qu'on a dit, et Axel, parti il y a trois ans et demi déjà, connu des plateaux de télévision comme généticien et penseur de l'éthique. L'éditorialiste passionné et essayiste politique Jean-François Kahn est mort ce mercredi 22 janvier 2025 à l'âge de 86 ans et demi.
Ami de François Bayrou de longue date, le journaliste est parti au moment où le président de la formation centriste, devenu Premier Ministre, se retrouve au cœur du gouvernement et des discussions pour faire coexister les institutions dans une Assemblée impossible. Cela aura été trop tard pour ce passionné de la politique à l'indignation trop systématique pour être sereine. Il s'était même engagé aux élections européennes de juin 2009 comme tête de liste du MoDem pour le Grand Est, mais en frôlant un score à deux chiffres, il n'a obtenu qu'un seul siège, trop peu pour siéger lui-même à Strasbourg et laissant la députée MoDem sortante de la région garder son siège.
Rejetant à la fois la gauche marxiste vieillotte mais aussi la droite néolibérale pas moins ringarde, JFK, comme l'appelait ses amis, s'était rapproché de François Bayrou sur sa volonté de sortir du clivage stérile et anachronique entre la droite et la gauche. Mais le risque de déplacer le clivage vers un duel entre le centre et les extrémismes, c'est de faire la part belle aux mouvements populistes et en particulier au parti fondé par Jean-Marie Le Pen qu'il va bientôt croiser quelque part au purgatoire, dans l'attente de l'aiguillage définitif par saint Pierre, si toutefois tout cela existe bien, évidemment ! Inquiet, il a lâché le 11 mai 2023 sur France 5 : « Si on continue les conneries, si on continue à jouer au con, évidemment que l'extrême droite va gagner les élections, évidemment. Alors, ce n'est pas fatal, j'espère qu'il y aura une espèce de réaction, et je ne vois pas qu'est-ce qui peut empêcher qu'on continue à jouer au con ! ». Qui était le "on" ? Sans doute Emmanuel Macron, bien sûr !
Auteur très prolifique, Jean-François Kahn a publié environ quarante-cinq essais politiques parfois très denses (de 1975 à 2024) pour expliquer le cheminement de sa pensée complexe. À l'origine, il ne s'était pas prédestiné au journalisme mais il a eu quand même une carrière d'une cinquantaine d'années très réussie (à partir de 1959) à la fois dans la presse ("Paris-Presse", "L'Intransigeant", "L'Express", "Le Nouvel Obs", "Les Nouvelles littéraires", "Le Monde", "Le Point", "Le Soir"), à la radio (France Inter, Radio-Canada, aussi un duel régulier avec Alain Duhamel sur Europe 1 d'où il a été licencié en 1986 parce qu'il avait traité ses propriétaires de "requins" !) et à la télévision (participant fréquemment à "L'Heure de vérité" sur Antenne 2, et à "C dans l'air" sur France 5), couvrant des événements majeurs comme la guerre d'Algérie, la guerre du Vietnam, l'affaire Ben Barka (qu'il a révélée comme grand reporter avec Jacques Derogy), le Printemps de Prague, la chute de Salvador Allende, etc.
Jean-François Kahn a créé et dirigé deux grands hebdomadaires, "L'Événement du Jeudi" en 1984 et "Marianne" en 1997 dont il a dirigé la publication jusqu'en 2007. Je me souviens d'un numéro de "L'Événement du Jeudi" vers 1985 où la une était consacrée à un sondage d'intentions de vote qui plaçait au second tour d'une élection présidentielle un duel entre l'ancien Premier Ministre Raymond Barre, alors l'une des personnalités politiques les plus populaires, et le Premier Ministre, alors en exercice, jeune et moderne, Laurent Fabius, remisant dans les placards les candidatures de Michel Rocard, Jacques Chirac, voire Lionel Jospin.
"Marianne" était son bébé et même une fois hors de la direction, Jean-François Kahn restait très influent sur la rédaction, n'hésitant pas à souffler fréquemment des titres de une, comme l'a expliqué "Le Monde" le 23 janvier 2025. Dans les premiers années du périodique, JFK remplissait "Marianne" avec cinq pseudonymes ! On ne s'est donc pas étonné de le voir le 6 juin 2024 en pleine contestation contre la vente du journal au milliardaire conservateur Pierre-Édouard Stérin : « Je ne peux cautionner le fait qu’il y ait un acheteur qui, dans tous les domaines, soit l’exact inverse de ce pour quoi nous avons créé le journal. (…) Marianne ne peut devenir la propriété d’un personnage ultralibéral en matière économique, qui n’est pas laïc, et qui n’est pas patriote, car toujours exilé fiscal en Belgique. » a-t-il protesté auprès du journal "Le Monde".
La tentative de vente a finalement échoué, et Jean-François Kahn n'y était sans doute pas étranger. Même s'il affichait de nombreuses divergences politiques, notamment sur l'Europe et le souverainisme, avec l'avant-dernière directrice Natacha Polony (entre 2018 et 2024), celle-ci avait amarré l'hebdomadaire pour faire vivre le débat des idées, ce qui était le but originel des deux créateurs, Jean-François Kahn et Maurice Szafran, qui a affirmé auprès de l'AFP le 23 janvier 2025 que la conception de Jean-François Kahn était la suivante : « Le journalisme était un moyen de comprendre l'histoire, de faire l'histoire et de s'inscrire dans l'histoire. ».
Lorsque Yann Plougastel a publié le 31 mai 2021 un article sur l'un des dernières livres de JFK, son autobiographie "Mémoires d'outres-vies", pour "Le Monde" (le second tome est paru l'année suivante), il a qualifié l'éditorialiste comme d'un « homme qui n'a cessé de s'intéresser à ce qui sort du cadre » et qui a « [privilégié] la complexité aux certitudes », ou encore d'un « diable d'homme, pour qui le maniement du paradoxe et le recours au pas de côté relèvent de l'éthique » et qui « s’est toujours refusé à être là où on l’attendait ».
Et Yann Plougastel de se demander qui était vraiment Jean-François Kahn à la lecture de ce livre-là : « Qui est-il vraiment ? Un historien devenu journaliste par hasard ? Un grand reporter qui se pique de philosophie ? Un ferrailleur d’idées qui abhorre la pensée unique (il fut l’inventeur de ce concept qu’il laissa ensuite à d’autres) et le politiquement correct ? Un amateur d’opéra qui connaît aussi sur le bout des doigts les chansons de Fréhel, Marie Dubas et Édith Piaf, et fredonne "La Varsovienne" dans la version des chœurs de l’Armée rouge ? Un cinéphile émérite qui, après être tombé sous le charme de "L’Arme fatale" avec Mel Gibson (1987), enjoignait à ses journalistes de démarrer leurs papiers avec le même rythme soutenu que ce film ? Un fumeur de cigares qui met le feu à la poubelle de son bureau de la rue Christine, dans le 6e arrondissement parisien, en s’en servant comme d’un cendrier, et l’éteint avec l’eau du bocal où nageait un poisson rouge offert par sa femme, sacrifiant ledit poisson (anecdote vécue par l’auteur de ces lignes qui travailla quinze ans sous sa direction, et à qui il fit jurer de ne jamais révéler cet incident après lui avoir enjoint d’acquérir fissa un nouveau poisson rouge quai de la Mégisserie sur note de frais) ? Un amateur de bonne chère et de plats roboratifs qui se gausse d’un Jean-Jacques Servan-Schreiber, son patron à "L’Express", ne mangeant que des avocats vinaigrette et, du coup, défendant, selon lui, une ligne éditoriale aussi peu enthousiasmante que le libéralisme light de Jean Lecanuet ? Un distrait qui, dans un avion au départ du Caire, se retrouve assis à côté d’un individu ressemblant vaguement à un notaire, lequel s’avère être Yasser Arafat sans son keffieh ? Un homme de son temps, qui n’a pas son permis de conduire, ne sait pas taper à la machine et ne parle pas anglais (en revanche, côté latin-grec, il assure, ce qui est pratique pour couvrir la guerre des Six-Jours, en juin 1967) ? Un ancien militant communiste, passé au réformisme, qui, dégoûté par les trahisons successives des sociaux-démocrates, opta pour des convictions "plus révolutionnaires", à savoir le centrisme. "Je me suis surpris à déborder la gauche molle à partir d’un centrisme dur", plaide-t-il ? ».
La note bibliographique du "Monde" de mai 2021 donnait ainsi des échantillons éloquents de sa « plume incisive » piochés dans les descriptions des personnalités qu'il a côtoyées, en particulier celles-ci. De Gaulle : « Il y a des gens qui sont, dans la vie, "Tartuffe" ou "Le Père Goriot" ou "Le Contrat social". De Gaulle était à lui tout seul "Les Mémoires d’outre-tombe" et "La Légende des siècles". ». Raymond Barre : « Il était à la démagogie ce que le marquis de Sade fut à l’Immaculée Conception. Il parlait vrai. ». Valéry Giscard d'Estaing : « Il parlait comme David peignait avant de se découvrir jacobin. Sa manière évoque un meuble Directoire que l’on aurait juste un peu trafiqué pour lui donner un petit air Régence. ».
Le penseur pouvait faire des boulettes, l'une des plus grosses a été sa réaction dans l'affaire DSK (Dominique Strauss-Kahn était un ami) avec cette sortie particulièrement malvenue et inutilement sexiste le 16 mai 2011 sur France Culture : « Si c’est un troussage de domestique, c’est pas bien ! » (sortie qui choquerait encore plus aujourd'hui !). Il s'en était rendu compte, avait présenté ses excuses et avait même renoncé à son métier de journaliste (sa dernière chronique dans "Marianne" date du 27 mai 2011), mais le mal était fait et la polémique avait fait grand bruit. Question de génération, diraient les plus généreux. Dans son blog, JFK confirmait que son expression était « injustifiable » : « L'expression n'en était pas moins totalement inacceptable. J’ai rarement vécu une telle déchirure intérieure. Il faut l’assumer. ». ll disait aussi le 23 mai 2011 dans "Le Monde" : « Un combat de 50 ans jeté aux oubliettes pour deux mots aussitôt répudiés, vous approuvez cela ? (…) Si vous approuvez, eh bien j’en tirerais les leçons. Car, moi, je ne veux pas d’un tel monde. ».
Son combat de cinquante ans ne sera pas jeté aux oubliettes, qu'il se rassure ! Il laisse à ses amis et à ses lecteurs un grand nombre d'essais politiques (quarante-cinq, ai-il indiqué) qui resteront une trace intellectuelle indélébile de son passage ici-bas. Toutes mes condoléances à la famille.
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (23 janvier 2025)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
La pensée complexe.
Candidat du MoDem.
Portrait croisé Jean-François Kahn et Axel Kahn.
Les idéologues de la droite libérale.
Jean-François Kahn.
Axel Kahn.
Philippe Val.
Sophia Aram.
Claude Allègre.
Hubert Reeves.
Alain Peyrefitte.
Jean-Pierre Elkabbach.
Patrick Cohen.
Fake news manipulatoires.
Bernard Pivot.
Christine Ockrent.
Vive la crise !
Yves Montand.
Jean Lacouture.
Marc Ferro.
Dominique Baudis.
Frédéric Mitterrand.
Jean-Jacques Servan-Schreiber.
Christine Angot.
Jean-François Revel.
Philippe Alexandre.
Alain Duhamel.
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250122-jean-francois-kahn.html
https://www.agoravox.fr/actualites/medias/article/jean-francois-kahn-l-intellectuel-258859
http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/01/23/article-sr-20250122-jean-francois-kahn.html
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politique - Page 6
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Jean-François Kahn, l'intellectuel du centrisme révolutionnaire
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Partielle de la 1e circonscription de l'Isère : le reflux des populismes ?
« Retour au réel hier soir, la cinglante défaite de la "gauche de rupture" comme dit Mélenchon, en Isère dans l’ancienne circonscription d’Olivier Véran, où la candidate Renaissance triomphe avec près de 65% des voix, devrait nourrir le débat de tous ces stratèges. » (Patrick Cohen, le 20 janvier 2025 sur France Inter).
Ce qui avait de caractéristique lors des élections législatives anticipées du 30 juin et 7 juillet 2024, c'était la victoire des populismes, celui de droite avec l'extrême droite (notamment RN) et celui de gauche avec l'extrême gauche (notamment FI). La petite différence a été que le populisme de gauche avait réussi à entraîner toute la gauche y compris gouvernementale au sein de la nouvelle farce populaire (NFP) alors que le populisme de droite n'y a entraîné qu'une très minoritaire partie de LR sous la houlette très personnelle d'Éric Ciotti.
Cela a donné la situation que nous connaissons : aucune majorité possible, avec trois blocs, le bloc populiste de droite, le bloc populiste de gauche et, entre les deux, le bloc central ainsi que les restants LR, appelés ensemble "socle commun" par Michel Barnier, qui, aujourd'hui, survit grâce à une (étonnante) prise de responsabilité du PS. La censure du gouvernement le 4 décembre 2024 avait montré aux Français l'absurdité d'avoir fait confiance aux extrêmes pour diriger le gouvernement de la France. Y aurait-il un frémissement et une prise conscience au sein de l'électorat ?
L'élection législative partielle qui a eu lieu les 12 et 19 janvier 2025 dans la première circonscription de l'Isère est à cet égard rassurante. Évidemment, elle n'est pas représentative du peuple français, mais elle est la deuxième élection partielle depuis le 7 juillet 2024 et à ce titre, elle est emblématique, symbolique. Elle s'est conclue par la très large victoire de la candidate macroniste Camille Galliard-Minier sur le candidat insoumis, avec près de 65% des voix.
Aussi emblématique et symbolique que la première élection partielle de la législature, provoquée par la démission du député RN Flavien Termet pour raison de santé, qui a eu lieu les 1er et 8 décembre 2024 dans la première circonscription des Ardennes où le candidat macroniste Lionel Vuibert (ancien député de 2022 à 2024) a reconquis la circonscription sur le candidat RN avec 50,9% des voix au second tour.
Bien sûr, il faut être prudent et ne pas surinterpréter une élection partielle, qui n'est que locale, mais pour les législatives, partielles ou générales, le réflexe des électeurs est souvent de voter en fonction de la vie politique nationale et moins en fonction de considérations locales (au contraire des élections municipales).
Parlons déjà des résultats. Ce qui est important, c'est la comparaison entre 2024 et 2025 car cela montre des déplacements de voix très nets. Et d'abord, qu'est-ce que la première circonscription de l'Isère ? Son territoire est à la fois une partie de la ville de Grenoble (trois cantons) et un peu au-delà, dans la banlieue nord-est plutôt aisée, en particulier Meylan qui est une ville assez importante dans l'agglomération (même si elle compte à peine 20 000 habitants), et La Tronche (6 500 habitants), connue pour accueillir le grand hôpital public de l'agglomération, l'hôpital Albert-Michallon (CHU de Grenoble) où sont nés la plupart des Grenoblois.
Sociologiquement, l'électorat de cette circonscription est surtout composé de cadres et de professions intellectuelles (chercheurs, universitaires, etc.) qui élisent généralement des candidats de centre droit ou centre gauche. Ainsi, elle a été la circonscription d'Aimé Paquet (futur Médiateur de la République, un giscardien, RI), Guy Cabanel (futur sénateur-maire UDF de Meylan), Odile Sicard (PS), Alain Carignon (maire RPR de Grenoble), Richard Cazenave (son suppléant RPR), Geneviève Fioraso (Ministre PS de la Recherche sous François Hollande), et enfin Olivier Véran (le suppléant de cette dernière, aussi PS puis macroniste).
Le 7 juillet 2024, les électeurs de cette circonscription étaient tentés par Jean-Luc Mélenchon (qui prend son électorat principalement chez les intellectuels de gauche, en particulier dans le milieu enseignant), avec l'élection de Hugo Prevost, alors syndicaliste étudiant de 24 ans, élu avec 42,4% des voix grâce à une triangulaire, battant le député sortant et ancien Ministre de la Santé Olivier Véran (Renaissance) à 40,2% et un candidat ciottiste d'extrême droite à 17,4%. Cette victoire était symptomatique de la France entière en ce sens que cette circonscription, qui avait été jusque-là relativement modérée, a élu un candidat du populisme de gauche.
Dès la rentrée parlementaire (début octobre 2024), Hugo Prevost a été accusé de harcèlement moral, de violences sexistes et sexuelles et de protection d'autres hommes violents au sein de son syndicat étudiant dont il était un dirigeant. Sa suppléante a démissionné et a pressé le titulaire de démissionner aussi, après son éviction du groupe insoumis. Hugo Prevost a finalement jeté l'éponge le 9 octobre 2024, d'où une élection partielle ces 12 et 19 janvier 2025. Il faut signaler qu'il n'est pas le seul député insoumis à être accusé d'actes répréhensibles par la loi, plusieurs députés FI sont encore en fonction, dont un qui a été pris sur le fait de payer avec l'argent public de ses indemnités de fonction de la drogue pour plusieurs dizaines de milliers d'euros ! Comme pour les candidats RN, cela donne une idée du choix des candidats insoumis par Jean-Luc Mélenchon, parfois des délinquants plus que des révolutionnaires !
Même si Olivier Véran a perdu seulement de justesse en 2024, il ne s'est pas représenté pour janvier 2025 et a laissé la place de candidat macroniste à son ancienne suppléante, l'avocate Camille Galliard-Minier (49 ans), docteure en droit, petite-fille d'un ancien maire de La Tronche, qui avait été députée de mars 2020 à juin 2022, pendant qu'Olivier Véran était au gouvernement (en juin 2022, Olivier Véran a choisi une autre suppléante Servane Hugues).
Quant au candidat insoumis, l'investiture a été donnée à Lyes Louffok (30 ans), travailleur social et auteur d'un livre de témoignage sur son histoire d'enfant abandonné (se définissant comme un "enfant-valise"), malgré les réticences du parti socialiste car il s'agit d'un candidat parachuté qui ne connaissait pas du tout Grenoble ni l'Isère, candidat malheureux dans le Val-de-Marne déjà l'été 2024.
Le premier tour qui a eu lieu le 12 janvier 2025 indiquait déjà un net reflux des partis protestataires. Ainsi, le candidat insoumis a perdu 12 points entre 2024 et 2025 avec seulement 28,3% (au lieu de 40,2% le 30 juin 2024). De la même manière, le candidat soutenu par le RN est passé de 18,3% il y a six mois à 11,1%, l'empêchant d'être présent au second tour comme la fois précédente.
En revanche, la candidate LR Nathalie Béranger a fait un bond de 7,0% à 16,8% en 2025, gagnant presque 10 points (et aussi en absolu, elle est passée de 4 379 à 5 028 voix). Ce redressement du parti de Nicolas Sarkozy peut s'expliquer par le fait qu'il est revenu au pouvoir depuis septembre 2024 et cette stratégie semble gagnante pour un parti, par essence, gouvernemental.
Pour autant, la candidate macroniste n'a pas bénéficié du même effet. Au contraire, Camille Galliard-Minier a même perdu des voix en pourcentage entre 2024 (33,6%) et 2025 (26,6%). En absolu, c'est encore pire puisqu'elle n'a rassemblé que 38% du nombre de voix d'Olivier Véran en juin 2024 (7 966 au lieu de 21 089). Ce très médiocre résultat provient de deux candidats qui n'avaient pas eu le temps de se présenter en juin 2024 et qui ont empiété sur l'électorat centriste : l'avocat centriste Hervé Gerbi, président du CRIF, a obtenu 7,7% et le mouvement Équinoxe a présenté également une candidate qui a atteint à peu près le même score, 7,6% des voix.
Comme c'est le cas dans les élections partielles, la participation a été beaucoup plus faible, avec 35,9% des inscrits, que dans les élections générales de l'été 2024, 75,9% (soit plus du double). Mais tous les candidats étaient à la même enseigne. Cela signifie avant tout que les partis populistes n'ont pas su mobiliser leur électorat pour cette élection partielle au contraire de l'électorat traditionnel de cette circonscription, celui du bloc central.
Au second tour du 19 janvier 2025, sans surprise en raison de la réserve de voix (environ 32% au premier tour), Camille Galliard-Minier a très largement gagné le duel contre son adversaire insoumis, avec 64,3% contre 35,7% à Lyes Louffok. Les insoumis ont perdu au second tour près de 7 points tandis que la candidate macroniste a gagné 24 points. Elle a fait mieux que la simple extrapolation du premier tour, ce qui peut s'expliquer par un léger regain de participation de quelques points avec 38,3% des inscrits (à comparer aux 75,7% du 7 juillet 2024). C'est le meilleur score d'un candidat au second tour dans cette circonscription depuis trente-cinq ans, à l'exception du 18 juin 2017 où Olivier Véran, candidat macroniste, avait gagné avec 68,1% face au candidat centriste de l'UDI (soutenu par LR) avec 31,9% (à l'époque, la candidate insoumise n'avait fait que 10,5% au premier tour).
Le député suppléant élu avec Camille Galliard-Minier est l'escrimeur handisport Alim Latrèche (45 ans), champion paralympique d'épée en 2004. Dans sa communication de campagne, Camille Galliard-Minier a insisté sur l'esprit de responsabilité que devaient avoir les députés : « Je crois que notre pays peut se mobiliser pour sortir de la crise, que le temps est venu d'affronter les difficultés, de se montrer solidaires, de se faire confiance. ».
Pour conclure, c'est une grande victoire du camp macroniste. La faible participation demande évidemment un triomphe modeste, mais donne un aperçu des capacités de mobilisation des partis populistes (quand il y a une crise politique, les partis du bloc central sont plus rassurants pour envisager l'avenir du pays). Comme je l'ai indiqué plus haut, cette circonscription était traditionnellement acquise à un candidat modéré, le retour à un député macroniste est donc plus normal que la victoire du candidat insoumis en 2024 (aidé par la triangulaire avec l'extrême droite), mais ce retour s'est fait brillamment avec de réels gains électoraux.
Les élections partielles sont toujours des signaux faibles d'un mouvement plus difficile à cerner. En février 1982, quatre élections partielles avaient réduit le triomphalisme du socialisme de François Mitterrand acquis en juin 1981 par la victoire totale des candidats de l'opposition UDF-RPR. Les deux premières élections partielles ont renforcé le bloc central avec une victoire en décembre sur le RN et une victoire en janvier sur FI.
En début février 2025 (les 2 et 9 février) aura lieu une troisième élection partielle dans la neuvième circonscription des Hauts-de-Seine (Boulogne-Billancourt) pour remplacer Stéphane Séjourné nommé Vice-Président la Commission Européenne. La victoire du bloc central est probable en raison de l'histoire de cette circonscription, mais il peut y avoir parfois des surprises (comme l'échec de Claude Guéant, qui vient d'être entendu le 10 janvier 2025 comme témoin dans l'affaire Robert Boulin, avant de fêter son 80e anniversaire le 17 janvier). Son vrai enjeu, c'est la mobilisation pour la participation électorale.
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (20 janvier 2025)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
Partielle de la 1e circonscription de l'Isère : le reflux des populismes ?
Camille Galliard-Minier.
Ce Bayrou, c'qu'il est Faure !
François Bayrou sera-t-il censuré ?
Les conclaves du cardinal Bayrou.
Déclaration de politique générale du Premier Ministre François Bayrou le 14 janvier 2025 au Palais-Bourbon (vidéo et texte intégral).
François Bayrou au jour J.
Édouard Philippe et sa partition particulière contre l'indolence.
François Bayrou et le Chemin.
Vœux 2025 d'Emmanuel Macron : aux Français de trancher ?
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron, le 31 décembre 2024 à Paris (texte intégral et vidéo).
François Bayrou au travail !
Gouvernement Bayrou : un choc d'autorité ?
Composition du Gouvernement François Bayrou I nommé le 23 décembre 2024.
Le difficile accouchement du gouvernement Bayrou.
La méthode Bayrou réussira-t-elle ?
Terre de désolation.
La folle histoire de la nomination de François Bayrou.
François Bayrou, le papa Macron !
Le tour de François Bayrou !
La polémique entre Maurice Druon et François Bayrou en juillet 2004.
Le paysage politique français postcensure.
Motion de sangsue : les conséquences économiques désastreuses de la censure.
Philippe Vigier défend les Français face au renoncement national.
Laurent Wauquiez met en garde contre l'instabilité institutionnelle.
Emmanuel Macron face à ses choix.
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 5 décembre 2024 (texte intégral).
La motion RNFP : Chassez le naturel, il revient au chaos !
L'émotion de censure de Michel Barnier.
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Claude Malhuret : du vol des élections aux chefs d'escadrille...
Les 3 lignes rouges de Marine Le Pen pour ne pas censurer le gouvernement Barnier.
La quadrature du cercle de Michel Barnier.
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250119-partielle-isere.html
https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/partielle-de-la-1e-circonscription-258734
http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/01/19/article-sr-20250119-partielle-isere.html
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L'élection de Camille Galliard-Minier, nouvelle députée de l'Isère, ce dimanche 19 janvier 2025
« Retour au réel hier soir, la cinglante défaite de la "gauche de rupture" comme dit Mélenchon, en Isère dans l’ancienne circonscription d’Olivier Véran, où la candidate Renaissance triomphe avec près de 65% des voix, devrait nourrir le débat de tous ces stratèges. » (Patrick Cohen, le 20 janvier 2025 sur France Inter).
Ce qui avait de caractéristique lors des élections législatives anticipées du 30 juin et 7 juillet 2024, c'était la victoire des populismes, celui de droite avec l'extrême droite (notamment RN) et celui de gauche avec l'extrême gauche (notamment FI). La petite différence a été que le populisme de gauche avait réussi à entraîner toute la gauche y compris gouvernementale au sein de la nouvelle farce populaire (NFP) alors que le populisme de droite n'y a entraîné qu'une très minoritaire partie de LR sous la houlette très personnelle d'Éric Ciotti.
Cela a donné la situation que nous connaissons : aucune majorité possible, avec trois blocs, le bloc populiste de droite, le bloc populiste de gauche et, entre les deux, le bloc central ainsi que les restants LR, appelés ensemble "socle commun" par Michel Barnier, qui, aujourd'hui, survit grâce à une (étonnante) prise de responsabilité du PS. La censure du gouvernement le 4 décembre 2024 avait montré aux Français l'absurdité d'avoir fait confiance aux extrêmes pour diriger le gouvernement de la France. Y aurait-il un frémissement et une prise conscience au sein de l'électorat ?
L'élection législative partielle qui a eu lieu les 12 et 19 janvier 2025 dans la première circonscription de l'Isère est à cet égard rassurante. Évidemment, elle n'est pas représentative du peuple français, mais elle est la deuxième élection partielle depuis le 7 juillet 2024 et à ce titre, elle est emblématique, symbolique. Elle s'est conclue par la très large victoire de la candidate macroniste Camille Galliard-Minier sur le candidat insoumis, avec près de 65% des voix.
Aussi emblématique et symbolique que la première élection partielle de la législature, provoquée par la démission du député RN Flavien Termet pour raison de santé, qui a eu lieu les 1er et 8 décembre 2024 dans la première circonscription des Ardennes où le candidat macroniste Lionel Vuibert (ancien député de 2022 à 2024) a reconquis la circonscription sur le candidat RN avec 50,9% des voix au second tour.
Bien sûr, il faut être prudent et ne pas surinterpréter une élection partielle, qui n'est que locale, mais pour les législatives, partielles ou générales, le réflexe des électeurs est souvent de voter en fonction de la vie politique nationale et moins en fonction de considérations locales (au contraire des élections municipales).
Parlons déjà des résultats. Ce qui est important, c'est la comparaison entre 2024 et 2025 car cela montre des déplacements de voix très nets. Et d'abord, qu'est-ce que la première circonscription de l'Isère ? Son territoire est à la fois une partie de la ville de Grenoble (trois cantons) et un peu au-delà, dans la banlieue nord-est plutôt aisée, en particulier Meylan qui est une ville assez importante dans l'agglomération (même si elle compte à peine 20 000 habitants), et La Tronche (6 500 habitants), connue pour accueillir le grand hôpital public de l'agglomération, l'hôpital Albert-Michallon (CHU de Grenoble) où sont nés la plupart des Grenoblois.
Sociologiquement, l'électorat de cette circonscription est surtout composé de cadres et de professions intellectuelles (chercheurs, universitaires, etc.) qui élisent généralement des candidats de centre droit ou centre gauche. Ainsi, elle a été la circonscription d'Aimé Paquet (futur Médiateur de la République, un giscardien, RI), Guy Cabanel (futur sénateur-maire UDF de Meylan), Odile Sicard (PS), Alain Carignon (maire RPR de Grenoble), Richard Cazenave (son suppléant RPR), Geneviève Fioraso (Ministre PS de la Recherche sous François Hollande), et enfin Olivier Véran (le suppléant de cette dernière, aussi PS puis macroniste).
Le 7 juillet 2024, les électeurs de cette circonscription étaient tentés par Jean-Luc Mélenchon (qui prend son électorat principalement chez les intellectuels de gauche, en particulier dans le milieu enseignant), avec l'élection de Hugo Prevost, alors syndicaliste étudiant de 24 ans, élu avec 42,4% des voix grâce à une triangulaire, battant le député sortant et ancien Ministre de la Santé Olivier Véran (Renaissance) à 40,2% et un candidat ciottiste d'extrême droite à 17,4%. Cette victoire était symptomatique de la France entière en ce sens que cette circonscription, qui avait été jusque-là relativement modérée, a élu un candidat du populisme de gauche.
Dès la rentrée parlementaire (début octobre 2024), Hugo Prevost a été accusé de harcèlement moral, de violences sexistes et sexuelles et de protection d'autres hommes violents au sein de son syndicat étudiant dont il était un dirigeant. Sa suppléante a démissionné et a pressé le titulaire de démissionner aussi, après son éviction du groupe insoumis. Hugo Prevost a finalement jeté l'éponge le 9 octobre 2024, d'où une élection partielle ces 12 et 19 janvier 2025. Il faut signaler qu'il n'est pas le seul député insoumis à être accusé d'actes répréhensibles par la loi, plusieurs députés FI sont encore en fonction, dont un qui a été pris sur le fait de payer avec l'argent public de ses indemnités de fonction de la drogue pour plusieurs dizaines de milliers d'euros ! Comme pour les candidats RN, cela donne une idée du choix des candidats insoumis par Jean-Luc Mélenchon, parfois des délinquants plus que des révolutionnaires !
Même si Olivier Véran a perdu seulement de justesse en 2024, il ne s'est pas représenté pour janvier 2025 et a laissé la place de candidat macroniste à son ancienne suppléante, l'avocate Camille Galliard-Minier (49 ans), docteure en droit, petite-fille d'un ancien maire de La Tronche, qui avait été députée de mars 2020 à juin 2022, pendant qu'Olivier Véran était au gouvernement (en juin 2022, Olivier Véran a choisi une autre suppléante Servane Hugues).
Quant au candidat insoumis, l'investiture a été donnée à Lyes Louffok (30 ans), travailleur social et auteur d'un livre de témoignage sur son histoire d'enfant abandonné (se définissant comme un "enfant-valise"), malgré les réticences du parti socialiste car il s'agit d'un candidat parachuté qui ne connaissait pas du tout Grenoble ni l'Isère, candidat malheureux dans le Val-de-Marne déjà l'été 2024.
Le premier tour qui a eu lieu le 12 janvier 2025 indiquait déjà un net reflux des partis protestataires. Ainsi, le candidat insoumis a perdu 12 points entre 2024 et 2025 avec seulement 28,3% (au lieu de 40,2% le 30 juin 2024). De la même manière, le candidat soutenu par le RN est passé de 18,3% il y a six mois à 11,1%, l'empêchant d'être présent au second tour comme la fois précédente.
En revanche, la candidate LR Nathalie Béranger a fait un bond de 7,0% à 16,8% en 2025, gagnant presque 10 points (et aussi en absolu, elle est passée de 4 379 à 5 028 voix). Ce redressement du parti de Nicolas Sarkozy peut s'expliquer par le fait qu'il est revenu au pouvoir depuis septembre 2024 et cette stratégie semble gagnante pour un parti, par essence, gouvernemental.
Pour autant, la candidate macroniste n'a pas bénéficié du même effet. Au contraire, Camille Galliard-Minier a même perdu des voix en pourcentage entre 2024 (33,6%) et 2025 (26,6%). En absolu, c'est encore pire puisqu'elle n'a rassemblé que 38% du nombre de voix d'Olivier Véran en juin 2024 (7 966 au lieu de 21 089). Ce très médiocre résultat provient de deux candidats qui n'avaient pas eu le temps de se présenter en juin 2024 et qui ont empiété sur l'électorat centriste : l'avocat centriste Hervé Gerbi, président du CRIF, a obtenu 7,7% et le mouvement Équinoxe a présenté également une candidate qui a atteint à peu près le même score, 7,6% des voix.
Comme c'est le cas dans les élections partielles, la participation a été beaucoup plus faible, avec 35,9% des inscrits, que dans les élections générales de l'été 2024, 75,9% (soit plus du double). Mais tous les candidats étaient à la même enseigne. Cela signifie avant tout que les partis populistes n'ont pas su mobiliser leur électorat pour cette élection partielle au contraire de l'électorat traditionnel de cette circonscription, celui du bloc central.
Au second tour du 19 janvier 2025, sans surprise en raison de la réserve de voix (environ 32% au premier tour), Camille Galliard-Minier a très largement gagné le duel contre son adversaire insoumis, avec 64,3% contre 35,7% à Lyes Louffok. Les insoumis ont perdu au second tour près de 7 points tandis que la candidate macroniste a gagné 24 points. Elle a fait mieux que la simple extrapolation du premier tour, ce qui peut s'expliquer par un léger regain de participation de quelques points avec 38,3% des inscrits (à comparer aux 75,7% du 7 juillet 2024). C'est le meilleur score d'un candidat au second tour dans cette circonscription depuis trente-cinq ans, à l'exception du 18 juin 2017 où Olivier Véran, candidat macroniste, avait gagné avec 68,1% face au candidat centriste de l'UDI (soutenu par LR) avec 31,9% (à l'époque, la candidate insoumise n'avait fait que 10,5% au premier tour).
Le député suppléant élu avec Camille Galliard-Minier est l'escrimeur handisport Alim Latrèche (45 ans), champion paralympique d'épée en 2004. Dans sa communication de campagne, Camille Galliard-Minier a insisté sur l'esprit de responsabilité que devaient avoir les députés : « Je crois que notre pays peut se mobiliser pour sortir de la crise, que le temps est venu d'affronter les difficultés, de se montrer solidaires, de se faire confiance. ».
Pour conclure, c'est une grande victoire du camp macroniste. La faible participation demande évidemment un triomphe modeste, mais donne un aperçu des capacités de mobilisation des partis populistes (quand il y a une crise politique, les partis du bloc central sont plus rassurants pour envisager l'avenir du pays). Comme je l'ai indiqué plus haut, cette circonscription était traditionnellement acquise à un candidat modéré, le retour à un député macroniste est donc plus normal que la victoire du candidat insoumis en 2024 (aidé par la triangulaire avec l'extrême droite), mais ce retour s'est fait brillamment avec de réels gains électoraux.
Les élections partielles sont toujours des signaux faibles d'un mouvement plus difficile à cerner. En février 1982, quatre élections partielles avaient réduit le triomphalisme du socialisme de François Mitterrand acquis en juin 1981 par la victoire totale des candidats de l'opposition UDF-RPR. Les deux premières élections partielles ont renforcé le bloc central avec une victoire en décembre sur le RN et une victoire en janvier sur FI.
En début février 2025 (les 2 et 9 février) aura lieu une troisième élection partielle dans la neuvième circonscription des Hauts-de-Seine (Boulogne-Billancourt) pour remplacer Stéphane Séjourné nommé Vice-Président la Commission Européenne. La victoire du bloc central est probable en raison de l'histoire de cette circonscription, mais il peut y avoir parfois des surprises (comme l'échec de Claude Guéant, qui vient d'être entendu le 10 janvier 2025 comme témoin dans l'affaire Robert Boulin, avant de fêter son 80e anniversaire le 17 janvier). Son vrai enjeu, c'est la mobilisation pour la participation électorale.
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (20 janvier 2025)
http://www.rakotoarison.eu
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La quadrature du cercle de Michel Barnier.
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250119-camille-galliard-minier.html
http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/01/20/article-sr-20250119-camille-galliard-minier.html
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Trump II : de justiciable à justicier !
« En quelques mois, Donald Trump est passé de justiciable à justicier, et depuis son élection le 5 novembre dernier, le milliardaire vit une sorte d'état de grâce, adoubé et craint, avant même d'avoir réellement repris le pouvoir. » (Nicolas Teillard le 17 janvier 2025 sur France Info).
Le 47e Président des États-Unis Donald Trump s'apprête à prêter serment sur la Bible ce lundi 20 janvier 2025 à Washington. Il succède à celui qui lui a succédé, Joe Biden. Donald Trump a prévu des festivités à la hauteur de l'événement historique et de la valeur pécuniaire de l'action Trump II, à savoir plusieurs centaines de millions d'euros provenant de ses nombreux admirateurs... ou copains milliardaires intéressés. Village People sera au rendez-vous. L'Amérique va sacrer Trump comme Napoléon Ier s'est sacré lui-même empereur. Pour les caricaturistes, c'est génial puisque Donald Trump est désormais pire que ses caricatures.
Pour mon titre, j'ai honteusement copié un sous-titre de France Info qui rappelait le 17 janvier 2025 que le nouveau Président américain était quand même poursuivi par la justice américaine pour avoir refusé le verdict électoral du 2 novembre 2020, fait pression sur des responsables électoraux pour manipuler les résultats (en particulier en Géorgie), et surtout, pour avoir encouragé la véritable tentative de putsch au Capitole le 6 janvier 2021.
Il ne serait que trop long d'énumérer la liste des poursuites judiciaires dont il a fait l'objet (viol, coup d'État, etc.) avec probablement un sommet avec son incarcération très courte le 24 août 2023 par l'État de Géorgie pour trafic d'influence sur les dépouillements des élections du 2 novembre 2020.
Aujourd'hui, la situation est complètement changée et les opportunistes se tournent vers le nouveau maître des États-Unis, un maître qui va avoir une toute puissance politique très rare historiquement car le 5 novembre 2024, non seulement il a été très largement (ré)élu, face à Kamala Harris, mais il a conquis le Sénat et gardé la Chambre des Représentants.
Le jeudi 16 janvier 2025, le futur Président a publié son portrait officiel qui est très différent de la photographie souriante de 2016 (la dernière image de cet article). Elle représente un Donald Trump défiant, frimant, intimidant (ci-après), qui fait inévitablement penser à sa trombine lorsqu'il a été incarcéré en été 2023 (la première photographie de l'article).
Depuis le 5 novembre 2024, la résistance anti-trumpienne s'est effondrée et tout le monde a retourné sa veste s'il ne l'avait pas fait auparavant comme Elon Musk. L'hebdomadaire très réputé "Time" a fait sa une du 30 décembre 2024 avec Donald Trump sacré l'homme de l'année 2024 alors qu'il n'a encore rien fait au pouvoir. Je rappelle qu'il avait failli perdre la vie le 13 juillet 2024 lors d'une tentative d'assassinat (qui a coûté la vie d'un sympathisant de 50 ans).
Au moment où les Français rendait hommage aux victimes de l'attentat de "Charlie Hebdo" tués il y a dix ans, la dessinatrice de presse Ann Telnaes a été victime d'une véritable censure de la part de son employeur, le "Washington Post" (originellement pro-démocrate), auquel elle collaborait depuis 2008 sans aucune restriction de sa liberté d'expression. Le dessin en cause, qu'elle a publié sur son blog le 4 janvier 2025, représente Mark Zuckerberg (FaceBook), Sam Altman (OpenAI), Patrick Soon-Shiong ("Los AngelesTimes"), Walt Disney Company et Jeff Bezos (Amazon), qui est le propriétaire du "Washington Post", se prosternant devant le nouveau grand maître Trump.
Membre du conseil consultatif de la Freedom Cartoonists Foundation (basée à Genève) et ancien membre du conseil d'administration de Cartoonistes Rights, Ann Telnaes constatait : « Au fil des ans, j’ai vu mes collègues étrangers risquer leur gagne-pain et parfois même leur vie pour dénoncer les injustices et demander des comptes aux dirigeants de leur pays. ». Désormais, son pays serait aussi à inscrire sur la longue liste des pays qui prennent des libertés avec la liberté d'expression (contrairement à ce que prône Elon Musk).
En effet, dans son blog, elle a expliqué : « En tant que dessinatrice éditorialiste, mon travail consiste à demander des comptes aux personnes et aux institutions puissantes. Pour la première fois, mon rédacteur-en-chef m’a empêché de faire ce travail essentiel. J’ai donc décidé de quitter le Post. Je doute que ma décision fasse beaucoup de bruit et qu’elle soit rejetée parce que je ne suis qu’une dessinatrice. Mais je ne cesserai pas de faire connaître la vérité au pouvoir par mes dessins, car comme on dit, "la démocratie meurt dans l’obscurité". ».
La période de transition de deux mois et demi, toujours un peu exceptionnelle, a été particulièrement mise à profit par Donald Trump : en s'octroyant l'allégeance de tous les géants de la technologie, habituellement démocrates, et en faisant preuve de son imprévisibilité désormais prévisible. Ainsi, sa position sur l'Ukraine est loin d'être molle face à Vladimir Poutine et la paix en 24 heures qu'il avait promise pendant sa campagne présidentielle est maintenant oubliée (on parle aujourd'hui de six mois).
Les déclarations déconcertantes et agressives sur les menaces d'annexion armée du Groenland, du canal de Panama, voire du Canada ont montré surtout un égoïsme probablement majoritaire au sein du peuple américain, prêt à perdre des alliés sûrs pour leurs affaires économiques. Car l'objectif de Donald Trump, d'abord un homme d'affaires milliardaire, c'est de faire des affaires et l'augmentation probable et énorme des taxes douanières risquent de coûter très cher à l'Europe.
De même, la paix à Gaza a franchi une étape décisive ce samedi 18 janvier 2025 avec l'accord de Benyamin Netanyahou, un accord proposé par le Président Joe Biden depuis le printemps 2024 qui impose un cessez-le-feu à Gaza en contre-partie de la libération des otages israéliens (on parle des deux otages franco-isréaliens dans la liste) et de libération de prisonniers palestiniens (certains condamnés pour des actes criminels). Même si Donald Trump a été impliqué dans cet accord, il intervient avant la prise de fonction, ce qui sauve l'honneur de Joe Biden qui n'aura pas à supporter un Donald Trump annonçant la paix à Gaza le jour même de son investiture.
Son investiture fait elle-même l'objet de toutes les convoitises. Les places d'invitation sont rares et chères. On y côtoiera les chefs d'État et de gouvernement populistes et, pour certains, illibéraux, comme Javier Milei, Giorgia Meloni, Viktor Orban, etc. Pour la France, Éric Zemmour, sa compagne (élue députée européenne) et Marion Maréchal ont été invités, en revanche, pas Marine Le Pen ni Jordan Bardella qui, pourtant, en mouraient d'envie et qui se sont vus ainsi méprisés par le futur Président des États-Unis (je persiste à croire que ce serait plutôt un avantage électoral en France puisqu'on soupçonne justement le RN d'être trumpiste). Aucune délégation russe ne serait présente, tandis que la Chine communiste serait représentée par son Vice-Président.
Donald Trump a annoncé l'arrestation massive de migrants illégaux dès le lendemain de son investiture. On imagine aussi l'accélération des exécutions, comme il l'avait fait lors des six derniers mois de son premier mandat où treize personnes condamnées à mort par l'État fédéral ont été exécutées alors qu'ils étaient en tout seize depuis cinquante ans...
Au-delà des Européens, des citoyens américains auront des raisons de s'inquiéter du retour de Donald Trump dont la politique est tournée vers ceux qui veulent faire des affaires. Il y aura beaucoup de laissés-pour-compte. Ils pourront dire à leurs petits-enfants, plus tard, à l'instar de Céline dans "Mort à crédit" : « C'était encore lui le plus vicelard !... On était dans de jolis draps !... Je ressentais toute la mouscaille, toute l'avalanche des machetagouines qui me rafluaient sur mes talons... C'était mochement compromis l'avenir et nos jolis rêves !... Y avait plus beaucoup d'illusions !... ». Rideau !
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (18 janvier 2025)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
Trump II : de justiciable à justicier !
Canada, Groenland, Panama : Donald Trump est-il fou ou cynique ?
Attentat à La Nouvelle-Orléans : les États-Unis durement endeuillés.
Jimmy Carter, patriarche de l'humanitaire.
Shirley Chisholm.
Katalin Kariko et Drew Weissman.
Rosalynn Carter.
Walter Mondale.
Marathonman.
Bob Kennedy.
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250118-trump.html
https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/trump-ii-de-justiciable-a-258670
http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/01/18/article-sr-20250118-trump.html
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Mort de Didier Guillaume ce vendredi 17 janvier 2025 à l'âge de 65 ans
« Ancien ministre, élu enraciné dans la Drôme, humaniste en République, son engagement pour les autres était comme lui, vibrant, chaleureux, entier. Je perds un ami. » (Emmanuel Macron, le 17 janvier 2025 sur Twitter).
Une "maladie fulgurante survenue lors de son hospitalisation". Imaginez-vous hospitalisé un jour, gros pépin de santé, tout un programme de traitement, toute activité en cours ajournée... et sept jours plus tard, la disparition, sans crier gare. Le choc a donc été grand dans la classe politique (française et monégasque) d'apprendre avec stupeur la mort de l'ancien Ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation Didier Guillaume le vendredi 17 janvier 2025 dans l'après-midi, au CHU de Nice à l'âge de 65 ans, donc d'une "maladie fulgurante" comme l'a communiqué la Principauté de Monaco.
Pourquoi le prince s'en est-il mêlé ? Parce que depuis le 2 septembre 2024, Didier Guillaume était le Ministre d'État de la Principauté de Monaco, c'est-à-dire son chef du gouvernement. C'est un peu étrange d'imaginer un "étranger" à la tête du gouvernement princier, mais c'est assez fréquent qu'un haut fonctionnaire français ou un responsable politique français occupe cette fonction opérationnelle. En tant qu'ancien élu local, chef d'exécutif local (maire de Bourg-de-Péage puis président du conseil général de la Drôme), puis ancien ministre, Didier Guillaume avait toutes les qualités requises pour diriger administrativement le micro-État, d'autant plus que la fonction s'apparente plus à celle d'un chef d'entreprise qu'à un directeur d'administration centrale.
La carrière politique française de Didier Guillaume était en effet celle d'un élu local qui avait réussi : maire de Bourg-de-Péage de juin 1995 à mars 2004, président du conseil général de la Drôme de mars 2004 à mars 2015, sénateur de la Drôme de 2008 à 2018, et il a réussi en ce sens qu'il s'est rendu indispensable à ses amis, d'abord du parti socialiste, ensuite de la formation macroniste (LREM), d'abord comme premier vice-président du Sénat de 2011 à 2014 et président du groupe socialiste au Sénat de 2014 à 2018 (pour remplacer François Rebsamen), puis comme directeur de campagne de Manuel Valls pendant la primaire socialiste de janvier 2017, enfin comme Ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation du gouvernement dirigé par Édouard Philippe du 16 octobre 2018 au 6 juillet 2020. Après son éviction du gouvernement de Jean Castex, Didier Guillaume, qui aurait pu retourner au Palais du Luxembourg, a démissionné de son mandat de sénateur pour des raisons de santé (il était soigné pour un cancer).
La nomination de Didier Guillaume comme Ministre d'État de Monaco, c'est-à-dire, chef du gouvernement monégasque, a été une surprise du chef annoncée en février 2024 pour une prise de fonction le 2 septembre 2024. C'est rare qu'un ancien membre du gouvernement français soit membre du gouvernement d'un autre pays. Manuel Valls aurait pu faire partie de ceux-là si son aventure politique à Barcelone n'avait pas tourné en eau de boudin (depuis un mois, il a retrouvé les palais ministériels parisiens).
Didier Guillaume a été enterré ce jeudi 23 janvier 2025 à la cathédrale de Monaco en présence du prince Albert II de Monaco, mais aussi du Président de la République française Emmanuel Macron qui y a prononcé un court hommage : « Je ne sais dire à quoi tenait exactement cette impression d'authenticité, cette confiance que Didier Guillaume inspirait à ceux qui avaient la chance de le côtoyer. (…) Oui, il y avait en Didier Guillaume un alliage unique d'enracinement, de volonté, de générosité projetée vers des idéaux. (…) Quel que fût l'échelon, quelle que fût l'écharpe, c'était une même passion du service de ses concitoyens, un même parler franc, un même art de comprendre la réalité du terrain, de ceux qui y travaillent et de savoir les rejoindre. (…) Vous avez toujours vu vaste, Didier, toujours rêvé haut. Et le chagrin qui aujourd'hui étreint deux peuples est à la hauteur de ce que vous étiez : homme d'attachement, homme d'engagement, ami de fidélité, mari et père. ».
C'est bien un choc qu'a ressenti la classe politique française. Son successeur à la tête de la présidence du groupe socialiste au Sénat, Patrick Kanner, « très ému », a fait partie des premiers choqués car il l'avait connu comme président du conseil général, lui du Nord et Didier Guillaume de la Drôme : « Nous avons défendu ensemble l’existence des départements, à une époque où le gouvernement de Manuel Valls envisageait leur fusion avec les régions. (…) Nos chemins politiques se sont séparés, mais pas nos chemins amicaux. ». Son collègue au gouvernement, comme lui, ancien socialiste devenu macroniste et voisin, en tant qu'ancien maire d'Annonay et ancien député de l'Ardèche, Olivier Dussopt, a été aussi sous le choc : « Je pleure un ami, un frère, qui m’a toujours accompagné et soutenu, (…) en politique comme dans la vie, dans les moments heureux comme difficiles. » (Instagram).
Autre socialiste, l'idéologue Pierre Jouvet, l'actuel secrétaire général du PS, député européen et ancien maire de Saint-Vallier, dans la Drôme, a été très touché : « Je ressens une grande tristesse, les souvenirs remontent. Je l’ai tant aimé… C’était un ami de mon père. Il m’a tout appris, il m’a formé, il m’a fait confiance, il m’a accompagné, soutenu. J’ai grandi avec lui, il a été mon premier patron, j’ai travaillé avec lui huit ans. Il a compté pour moi au même titre qu’un membre de ma famille. C’était mon père politique, j’ai une très grande affection pour lui, beaucoup d’admiration. Il a été exceptionnel dans bien des domaines. Il croquait la vie à pleines dents. J’ai tellement de souvenirs… (…) C’était une force de travail incroyable. Charismatique. Il a été décisif sur tous mes choix, mes décisions. (…) Je l’avais au téléphone régulièrement. Il avait une profonde humanité, une vision politique. C’était un homme généreux et populaire. Il avait aussi son franc-parler. Il me faisait comprendre qu’on réussissait par la force du travail, l’exigence. Il ne laissait jamais rien au hasard. Il a eu la vie qu’il voulait avoir. Il aimait aussi faire la fête, retrouver ses amis. On a fait des fêtes mémorables. » ("Le Dauphiné libéré").
Le Premier Ministre François Bayrou, qui a été président du conseil général des Pyrénées-Atlantiques, a salué Didier Guillaume : « Un homme solide et généreux. Un humaniste au plein sens du terme. ». Sa prédécesseure Élisabeth Borne également : « Il était, bien plus qu'un simple collègue, un ami avec de grandes qualités humaines. ». Actuellement ministre, François Rebsamen : « Didier Guillaume s'en est allé après une lutte courageuse contre un cancer. (…) Je garde en mémoire nos combats partagés au Sénat. ». Ancien Ministre de l'Éducation nationale et de la Jeunesse, Jean-Michel Blanquer : « Il a été dans le gouvernement auquel j’appartenais un pilier d’une pensée républicaine et laïque sans faille. ».
Dans d'autres rangées politiquement plus éloignées, Didier Guillaume avait su conquérir l'affection de ses collègues. Ainsi, l'actuel président du groupe LR au Sénat, Mathieu Darnaud, sénateur de l'Ardèche depuis septembre 2014, a appris la nouvelle « avec une profonde tristesse » : « Par-delà nos sensibilités, sa bienveillance et sa convivialité auront marqué chacune de nos rencontres, chacun de nos nombreux échanges, en Drôme, en Ardèche ou au Sénat. ». Ancien ministre et actuel maire LR de Valence, Nicolas Daragon était un jeune conseiller général d'opposition à l'époque de Didier Guillaume : « Nous ne partagions pas les mêmes opinions politiques, chacun défendant des idées parfois différentes, mais nous étions des amis suffisamment proches et nourris d’estime mutuelle pour prendre régulièrement de nos nouvelles et nous envoyer des messages pour les grands rendez-vous de la vie. Il nous arrivait souvent d’aller déjeuner chez Yves Jouanny, à Antraigues-sur-Volane en Ardèche, en amoureux du Rallye Monte Carlo que nous étions. Au milieu de nombreux souvenirs, je garderai de lui l’image d’un homme sincère, intelligent et chaleureux, dévoué à notre territoire et à ses habitants et aussi au service de la France. » ("Le Dauphiné libéré"). L'actuel présidente LR du conseil départemental de la Drôme, Marie-Pierre Mouton, s'est comptée parmi les « orphelins d’un homme de caractère, à la personnalité chaleureuse et attachante, dont le souvenir nous accompagnera longtemps ». Ancien ministre et ancien maire de Crest, Hervé Mariton a souligné « la grande courtoisie de Didier Guillaume » : « Il a été particulièrement aimable lors de mes soucis de santé en 2017 (…). Didier Guillaume avait cette capacité à converger avec des personnes aux sensibilités différentes. Ce qui n’est pas toujours facile. Il faut une ambiance et une manière de faire. Ce qui était le cas avec lui qui était humainement courtois et politiquement positif et utile. ».
Albert II de Monaco aussi a exprimé son émotion : « Je suis profondément touché par la disparition d’un homme d’engagement et de cœur. ». Le gouvernement de Monaco : « Chacun gardera en mémoire le souvenir de son exceptionnelle capacité de travail, de sa passion pour la politique en faveur des femmes et des hommes, ainsi que de son esprit de rassemblement et de mobilisation. Au-delà de l’homme d’État au service du prince souverain, ses immenses qualités humaines lui ont permis de rapidement être apprécié à Monaco. [Il] a su apporter à la Principauté toute l’expérience qu’il avait acquise au long d’une prestigieuse carrière au sein de l’État français. ».
Et même la Ligue nationale de rugby (LNR) : « Grand passionné de rugby, Didier Guillaume avait intégré le comité directeur et le bureau de la LNR en 2021 pour accompagner le rugby professionnel dans son développement, grâce à son expérience et à sa connaissance du rugby et des institutions. Il laisse un grand vide. ». Le Salon de l'agriculture que Didier Guillaume fréquentait assidûment (au point d'y faire figurer le département de la Drôme), le principal syndicat agricole, la FNSEA, et plein d'autres acteurs de la vie publique ont été sous le choc de cette disparition soudaine. Condoléances à la famille.
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (23 janvier 2025)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
Didier Guillaume.
L'homme du Prince.
Anne-Marie Comparini.
Thierry Beaudet.
Gérald Darmanin.
Yaël Braun-Pivet.
Paul Midy.
Manuel Valls.
Jean-Pierre Chevènement.
Valérie Hayer.
Olivier Dussopt.
Emmanuel Macron.
Gabriel Attal.
Rachida Dati.
Amélie Oudéa-Castéra.
Le gouvernement de Gabriel Attal.
Élisabeth Borne.
François Bayrou.
Édouard Philippe.
Éric Dupond-Moretti.
Bruno Le Maire.
Brigitte Macron.
Gérard Collomb.
François Léotard.
Pap Ndiaye.
Robert Badinter.
Bruno Millienne.
Jean-Louis Bourlanges.
Claude Malhuret.
Olivier Véran.
Aurore Bergé.
Pierre Moscovici.
Rima Abdul-Malak.
Vincent Lindon.
Caroline Cayeux.
Christophe Béchu.
Agnès Pannier-Runacher.
Sacha Houlié.
François Braun.
Jean-Yves Le Drian.
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250117-didier-guillaume.html
http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/01/19/article-sr-20250117-didier-guillaume.html
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Ce Bayrou, c'qu'il est Faure !
« La motion de censure, monsieur Bompard, que vous avez présentée, elle a une signification. Elle dit : nous voulons rester dans l'affrontement, au sein de notre peuple, entre les... c'est ça que vous dites, nous ne voulons pas, dit votre motion de censure, nous ne voulons pas qu'on sorte de l'affrontement pour entrer dans la pratique du dialogue, de la négociation, de la construction de l'avenir que nous avons à faire ensemble. C'est la raison pour laquelle les bancs que vous appelez à vous soutenir sont totalement vides. (…) Vous êtes dans une situation où vous voulez choisir la guerre intestine au sein de notre pays. Vous voulez que l'affrontement soit la loi et vous voulez (…) la conflictualisation... (…) Un autre chemin se dégage ! » (François Bayrou, le 16 janvier 2025 dans l'hémicycle).
Les motions de censure se suivent et ne se ressemblent pas. La motion de censure déposée par les insoumis et en débat ce jeudi 16 janvier 2025 à 15 heures a été très largement rejetée. C'est autour de 18 heures que le résultat a été annoncé : seulement 131 députés ont voté en sa faveur (seulement 22,8% des députés) alors qu'il fallait une majorité absolue, soit plus du double, 288 votes. Immense défaite politique de Jean-Luc Mélenchon !
Ce jeudi soir, c'était donc un grand événement politique. Les socialistes ont enfin su quitter la niche mortifère du mélenchonisme ambiant. Cela a rompu avec près de trois années d'une alliance contre nature avec le populisme d'extrême gauche. Le PS a voulu retrouver ses lettres de noblesse, son esprit de responsabilité, sa capacité, un jour, à gouverner à nouveau la France. Il faut souligner le courage de ces 58 députés socialistes (sur 66) qui ont refusé de voter cette motion de censure qui n'apportait rien d'autre que le chaos politique et institutionnel.
Il faut bien sûr aussi souligner la réussite politique de François Bayrou. En fait, dans son entreprise, à peu près lui seul y croyait depuis sa nomination à Matignon ! Lui seul croyait qu'il avait les capacités à réunir les députés autour d'un socle de compromis pour assurer la stabilité du gouvernement. Il l'a fait au prix de coûteuses concessions, chiffrées à près de 6 milliards d'euros sans compter le devenir de la réforme des retraites, mais une nouvelle censure aurait coûté bien plus cher à la France. (Il faut néanmoins préciser que c'est coûteux pour la France à cause des socialistes eux-mêmes qui attendaient du gouvernement quelques mesures de largesse pour justifier leur non-censure).
C'est la différence avec Emmanuel Macron qui voulait faire travailler la gauche et la droite en imposant un agenda et un ordre du jour venus d'en haut, de l'Élysée. Le girondin Bayrou, au contraire, veut faire vivre ce travail de co-construction par la base, ce qui pouvait expliquer certains points relativement flous de son programme gouvernemental car il n'est pas arrivé avec une solution toute faite dans ses bagages.
Dans la débat parlementaire, François Bayrou a ainsi assuré : « Le choix qui est devant nous, dans la situation si grave que connaît notre pays et qui menace et fait souffrir l’ensemble de ses activités et de ses travailleurs, ce choix est entre l’affrontement intérieur perpétuel et la tentative de chercher un chemin de dialogue, de réflexion, de compromis, de négociation pour que les choses avancent. C’est la raison pour laquelle le scrutin qui va être organisé sur cette motion est significatif. La démocratie, ce n’est pas l’affrontement perpétuel. Nous avons choisi un autre chemin, celui de la tentative, je ne suis pas assuré qu’elle réussisse, de construire un avenir différent à partir de la contribution de tous ceux qui, en raison de leur expérience sociale et politique, savent et affirment qu’ils pourront améliorer la situation de notre pays. (…) Au fond, ceux qui veulent l’affrontement et ceux qui veulent la domination sont du même avis : tous se refusent à laisser leur place au compromis, à la discussion, à la réflexion, au progrès graduel. ».
L'hémicycle était quasiment vide, seuls les bancs de l'extrême gauche étaient remplis, tandis qu'ailleurs, les groupes avaient dépêché seulement quelques rares porte-parole. À l'évidence, on pouvait dire dès le début de la séance que cette motion de censure ne serait pas adoptée. La séance était tellement peu historique que la Présidente de l'Assemblée Nationale Yaël Braun-Pivet s'est permise de quitter son siège de présidence pour le laisser au vice-président Xavier Breton au cours de la discussion. C'est elle qui a néanmoins repris la séance après le vote pour annoncer le résultat.
En présentant sa motion de censure, le coordinateur (non-élu) des insoumis Manuel Bompard a multiplié les outrances notamment envers le Président de la République et nos institutions (en oubliant qu'Emmanuel Macron a été réélu par le peuple français en 2022 avec plus de 58% pour un mandat de cinq ans) : « Celui qui sème le chaos, c’est le Président de la République. Il a gaspillé trois Premiers Ministres en un an. Vous êtes le quatrième et vos heures sont déjà comptées ; vous êtes en CDD. Vous tomberez aujourd’hui, ou dans quelques jours, car l’entêtement du monarque à s’accrocher au pouvoir malgré le vote des Français condamne le pays à une instabilité durable. Seuls son départ et le retour aux urnes permettront de sortir le pays de l’impasse dans laquelle il l’a plongé. Le roi Henri IV était notamment connu pour son goût de la ruse. En fidèle admirateur, vous vous êtes livré mardi à un bel exercice d’enfumage, monsieur le Premier Ministre. En vous présentant comme un novice, vous pensiez peut-être nous intoxiquer. (…) Nous évoluons dans ce clair-obscur d’où surgissent les monstres dont parlait le philosophe italien Antonio Gramsci. Ce gouvernement de bric et de broc en est la plus cruelle démonstration. Il figure l’ultime affront d’un président ivre de son pouvoir. Monsieur le Premier Ministre, les jours de votre gouvernement de malheur sont comptés. Quand il tombera, le monarque suivra. ».
La réponse de François Bayrou a consisté, d'abord, à relire la lettre sans précédent, publiée le 17 décembre 2024 « par la totalité des organisations représentant les entreprises et la grande majorité des organisations syndicales » qui a appelé la classe politique au dialogue et à la responsabilité pour empêcher l'instabilité politique porteuse de chaos économique. Et a consisté, ensuite, à comparer la France et l'Europe à « une citadelle assiégée » : « Nous sommes, la France et l’Europe, confrontés à des puissances qui ont désormais choisi le parti de la domination sur la société que nous formons et la civilisation que nous défendons. ».
Et la conclusion de sa courte intervention a été : « Difficilement, avec beaucoup de travail, de discussion, de négociation, chacun apportant ce qu’il croit bon et ce qu’il a de plus précieux, un autre chemin apparaît, une entente susceptible de construire un avenir différent. ».
Le premier orateur pour la prise de position des groupes était justement le premier secrétaire du PS Olivier Faure. Cela permettait ainsi d'en finir avec l'incertitude de ce groupe. Il a commencé par la double volonté de rester dans l'opposition mais de faire avancer le pays : « Nous sommes dans l'opposition mais nous avons aussi signifié notre ouverture au compromis. ».
Et d'expliciter : « Depuis dix jours, nous sommes entrés en négociation avec vous et vos ministres. Nous avons fait ce choix, non pour négocier une place, obtenir un ministère ou un avantage quelconque, mais pour vous arracher des concessions qui n’auraient pas vu le jour sans cette discussion. Nous n’avons pas la négociation honteuse et vous ne devriez pas davantage en avoir honte. ».
Ainsi, Olivier Faure a énuméré ses trophées : « Grâce à la négociation, il n’y aura pas de nouveau gel des pensions de retraite en 2025, pas d’augmentation des taxes sur l’électricité, pas de déremboursement des consultations chez le médecin et pas d’aggravation du déremboursement des médicaments. De plus, 12 000 postes de personnel soignant hospitalier seront créés ou maintenus ; il n’y aura pas de passage d’un à trois jours de carence dans la fonction publique, pas de suppression de 4 000 postes d’enseignants ; quelque 2 000 postes d’accompagnants d’élèves en situation de handicap seront créés ; il n’y aura pas de baisse du budget des outre-mer comme le proposait le budget Barnier. Le prêt à taux zéro sera étendu aux logements neufs et à tout le territoire, et les maires seront financièrement incités à construire davantage de logements sociaux. Nous avons également obtenu le minimum de justice fiscale : la spéculation financière et les dividendes seront mieux taxés ; le crédit d’impôt recherche (CIR), la niche fiscale la plus coûteuse, sera limité, et les patrimoines les plus insolents seront à nouveau taxés, ce que nous demandions avec Gabriel Zucman depuis des années et que vous refusiez obstinément depuis la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF). Pourquoi n’assumez-vous pas, je vous le dis comme un conseil presque amical, ces 21 milliards de recettes nouvelles ? (…) C’est notre honneur, oui, notre honneur, d’avoir évité aux Françaises et aux Français ces mesures qui ont un effet direct sur leur pouvoir d’achat, leur capacité à se soigner, à offrir une éducation de qualité à leurs enfants, et d’avoir permis de rétablir un minimum de justice fiscale dans un pays où le CAC40 sable le champagne tandis que 9 millions de nos concitoyens vivent sous le seuil de pauvreté. (…) Souvent, nous nous sommes interrogés sur notre utilité, celle de ces heures et de ces nuits passées sur ces bancs, sans conséquences sur la vie des Français. Notre vocation n’est pas de toujours nous limiter à prendre date, en attendant la prochaine élection ; elle est d’arracher, jour après jour, toutes les victoires possibles. ».
Et, après avoir exposé une situation internationale alarmante, il a annoncé la position de son groupe, une non-censure exigeante : « Ce qui se joue maintenant est proprement historique et présuppose une certaine hauteur de vue. En ne censurant pas dès ses premiers pas votre gouvernement, monsieur le Premier Ministre, et comme vous l’aurez compris, nous ne vous accordons pas pour autant notre confiance. Mais nous avons choisi de ne pas pratiquer la politique du pire, parce qu’elle peut conduire à la pire des politiques, c’est-à-dire l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir. C’est la raison pour laquelle nous ne vous censurerons pas. ».
Manuel Bompard lui avait déjà répondu par anticipation quelques minutes auparavant : « Ce qui n’empêche pas certains députés, pourtant élus pour en finir avec le macronisme, de s’apprêter à sauver votre gouvernement et à servir de béquille à sa politique. Ceux-là prétendent qu’il faut attendre de voir quelques jours ou quelques semaines. D’ailleurs, plusieurs d’entre eux sont tout simplement absents pour voter la motion de censure. Attendre quelques jours ou quelques semaines pour voir : quelle ridicule justification ! Nous connaissons tout des orientations politiques de ce gouvernement, de ses grandes lignes budgétaires et de sa composition, incluant des anciens Premiers Ministres de Macron, des mercenaires sans conviction et des ministres de la droite extrême. Quelle irresponsabilité, surtout ! Pensez-vous que le pays peut se payer le luxe de tels atermoiements ? ».
Plutôt en fin de discussion, de permanence pour exprimer la parole du groupe RN en l'absence de Marine Le Pen, Sébastien Chenu a fustigé le gouvernement et la déclaration de politique générale du 14 janvier 2025 sans pour autant vouloir dans un premier temps le censurer : « Quatre-vingt-dix minutes, c’est le temps d’un cycle de sommeil ; c’est aussi le temps qu’a duré votre déclaration de politique générale. Comme un cycle de sommeil qui comporte trois phases, légère, profonde et paradoxale, votre discours commençait par une phase légère, lente, se voulant même drôle, parfois malgré vous, se poursuivait par une phase profonde, sombre, tutoyant le néant, et s’achevait par une phase paradoxale, contradictoire. Trois phases d’un discours, comme celles d’un mauvais sommeil, dont on se réveille sans qu’il ait rien réparé. (…) On lit ici et là que vous avez passé des jours, des semaines et même des années à préparer ce discours, mais on n’a entendu que des lieux communs, des poncifs et des facilités de langage, pour une seule et bonne raison : vous êtes l’homme d’une petite politique et de petits arrangements. En écoutant ce non-discours de politique générale, on comprenait que votre priorité était moins de trouver les voies et moyens de sortir le pays de l’ornière que de permettre au parti socialiste de sortir de l’ornière de l’alliance avec la France insoumise. Tout cela afin de vous sortir vous-même de l’ornière de la censure. (…) En négociant avec un parti ultraminoritaire, le parti socialiste, qui a toujours trahi la cause des travailleurs, toujours trahi celle des entrepreneurs, toujours trahi les classes populaires, les femmes et les retraités, avec une belle constance, il n’a jamais manqué au rendez-vous de la traîtrise sociale, vous avez œuvré pour tenir, pour passer entre les gouttes. Comme ce parti, celui de toutes les trahisons, s’achète à pas cher, vous l’avez amadoué, telle une tribu indigène, avec de la verroterie. Pour sortir de leur alliance honteuse avec l’extrême gauche, les socialistes acceptent de croire votre mensonge, celui d’une remise en question de la réforme phare de la Macronie, celui d’une renégociation qui pourrait aboutir sans coût supplémentaire. En avalant ce mensonge, les yeux et la bouche grands ouverts, et en toute conscience, les socialistes vous aident à gagner du temps, d’autant qu’ils en ont eux-mêmes besoin. Tout cela, sur le dos des Français ! (…) Vous avez déclaré, mardi, vouloir réconcilier les Français, "un peu comme Mandela", renchérissait le même Rebsamen, dans une piteuse courbette de courtisan qui nous a rappelé la citation de Bernanos : "Les ratés ne vous rateront pas !". En laissant ostraciser le premier parti de France, vous montez sur la première marche de l’escalier qui mène à la censure, comme Michel Barnier avec les propos de l’éphémère M. Armand. Au-delà des arrangements, ce qui nous interpelle, c’est votre absence totale de cap, de vision, de courage, de solutions pour notre pays. En réalité, votre moteur c’est l’inertie, l’énergie intermittente préférée des écologistes, soit dit en passant. (…) Comme le dit Marine Le Pen, c’est en champion du rodéo que vous abordez votre mission. Peu importe où va le cheval, avec qui il va et pour quoi faire, l’important est de se maintenir sur la bête ! (…) Vous n’êtes pas le chef d’une quelconque majorité : elle n’existe pas. Vous êtes le subalterne d’un système qui se délite sous nos yeux, plus proche de la girouette que de Richard Gere. (…) qu’y a-t-il à censurer ce soir ? Une liste de platitudes, une bordée d’insultes, vos arrangements et vos compromissions ? Vous mériterez d’être sanctionné et nous avons déjà démontré que la censure ne nous faisait pas peur, les Français nous ont soutenus quand nous avons censuré votre prédécesseur. C’est sur vos actes que nous vous attendons. (…) Nous ne croyons rien de vos discours, nous ne croyons rien de votre logique, nous n’attendons rien de votre politique. Nous ne vous menaçons de rien, mais nous vous attendons sur des actes. Nous ne vous prendrons pas plus que Michel Barnier en traître. ».
Quant à l'oratrice du groupe EPR (macronistes), Annaïg Le Meur, elle a tout dit lorsqu'elle a résumé la situation ainsi : « Avec ces motions de censure à répétition, déposées en rafale à la moindre occasion dans l’espoir de provoquer un chaos institutionnel, l’extrême gauche perd de vue l’intérêt de la France et des Français. Ces attaques, ces outrances ne servent qu’à déstabiliser le pays et, au lieu de positionner la gauche comme principale force de dialogue, elles offrent une place de choix à l’extrême droite dans la survie du gouvernement. Quel paradoxe ! ».
Dans l'analyse du scrutin (n°526), parmi les 131 députés ayant voté pour la motion de censure, 71 étaient des insoumis (sur 71), 36 des écologistes (sur 38), 16 des communistes (sur 17) et 8 des socialistes (sur 66), qui n'ont pas voulu suivre les consignes édictées par le bureau national du PS.
De toute façon, avec la décision du RN de ne pas censurer le gouvernement, François Bayrou ne craignait rien ce 16 janvier 2025. En revanche, si ce scrutin est prometteur car le PS a révolutionné son positionnement par rapport aux six derniers mois, l'avenir politique reste toujours incertain.
D'une part, Olivier Faure l'a rappelé : « Il n’est donc [pas] question de pacte de non-censure, comme cela peut exister dans d’autres pays qui connaissent des gouvernements minoritaires. Un vote de censure est donc possible à tout moment. ». D'autre part, même avec le maintien de la non-censure des socialistes tel qu'il s'est appliqué ce jeudi (c'est-à-dire, avec quand même 8 députés PS la votant), le risque de censure ultérieure n'est pas écarté.
En effet, des trois groupes de gauche et d'extrême gauche qui ont voté la censure, il manquait 3 voix, à rajouter au matelas de base de 131 voix. Il faut rajouter le RN et les ciottistes, soit 140 voix. Cela donne un total de 274. Il n'y a pas loin de la majorité absolue (288 et à partir de lundi, après l'élection partielle à Grenoble-Meylan, 289). Ces 15 voix manquantes pour renverser le gouvernement pourraient se retrouver parmi d'autres socialistes frondeurs (après des pressions électorales euh amicales des insoumis ou un recul personnel), et aussi parmi le 23 députés du mystérieux (plutôt insolite) groupe LIOT, centriste et ultramarin, qui se dit d'opposition (même si une de ses membres, Valérie Létard, est au gouvernement) et qui a affirmé ne pas avoir été convaincu par la déclaration de politique générale.
Son président Stéphane Lenormand a en effet déclaré : « La déclaration de politique générale du Premier Ministre ne nous a pas vraiment convaincus, ni sur la forme ni sur le fond ; mais il est vrai que, sans majorité claire, l’exercice était sans doute difficile. (…) Souffrez d’entendre, monsieur le Premier Ministre, qu’il y a loin de la coupe aux lèvres. Face à l’inquiétude et à la colère des Français, au malaise des très petites, petites et moyennes entreprises, à la souffrance des soignants, à la détresse du monde agricole, la liste n’est pas exhaustive, vous offrez un retour au cumul des mandats et ouvrez la porte au scrutin proportionnel, soit des mesures en décalage avec les priorités évoquées par nos concitoyens en circonscription. Concédez que, faute de poule au pot pour tous, vous nous avez servi un pâté de cheval et d’alouette. (…) Dans les semaines qui viennent, nous serons intransigeants quant aux signaux envoyés. Humilité, responsabilité et transparence doivent guider vos pas et ceux des membres du gouvernement, ainsi que je l’ai précisé mardi dernier. Les députés du groupe LIOT jugeront avec rigueur votre volonté de travailler avec l’ensemble des composantes politiques de l’Assemblée. C’est dans cet esprit d’ouverture qui nous a toujours caractérisés comme groupe d’opposition-construction, mais aussi conscients de notre responsabilité, dans un pays qui n’a pas de budget, que nous ne voterons pas la motion de censure. Nous ne souhaitons pas vous sanctionner a priori mais sachez, et mes propos l’attestent, qu’il ne s’agit en rien d’un chèque en blanc. ».
Tout ce qu'on peut dire, c'est que François Bayrou a réussi son premier pari, celui désamarrer les socialistes du navire mélenchonien. Cela a pour conséquence de faire pencher l'action gouvernementale vers le centre gauche. La suite sera pavé de mines antigouvernementales, les deux lois de finances pour 2025, bien sûr, mais aussi la conférence sociale sur les retraites. Jean-Pierre Raffarin a conclu la journée sur BFMTV en lâchant, en fin connaisseur comme ancien Premier Ministre : « Bravo l'artiste ! ».
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (16 janvier 2025)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
Ce Bayrou, c'qu'il est Faure !
François Bayrou sera-t-il censuré ?
Les conclaves du cardinal Bayrou.
Déclaration de politique générale du Premier Ministre François Bayrou le 14 janvier 2025 au Palais-Bourbon (vidéo et texte intégral).
François Bayrou au jour J.
Édouard Philippe et sa partition particulière contre l'indolence.
François Bayrou et le Chemin.
Vœux 2025 d'Emmanuel Macron : aux Français de trancher ?
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron, le 31 décembre 2024 à Paris (texte intégral et vidéo).
François Bayrou au travail !
Gouvernement Bayrou : un choc d'autorité ?
Composition du Gouvernement François Bayrou I nommé le 23 décembre 2024.
Le difficile accouchement du gouvernement Bayrou.
La méthode Bayrou réussira-t-elle ?
Terre de désolation.
La folle histoire de la nomination de François Bayrou.
François Bayrou, le papa Macron !
Le tour de François Bayrou !
La polémique entre Maurice Druon et François Bayrou en juillet 2004.
Le paysage politique français postcensure.
Motion de sangsue : les conséquences économiques désastreuses de la censure.
Philippe Vigier défend les Français face au renoncement national.
Laurent Wauquiez met en garde contre l'instabilité institutionnelle.
Emmanuel Macron face à ses choix.
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 5 décembre 2024 (texte intégral).
La motion RNFP : Chassez le naturel, il revient au chaos !
L'émotion de censure de Michel Barnier.
La collusion des irresponsables.
Gouvernement Barnier : les yeux du monde rivés sur la France.
Risque de censure : Non, le RN n'est pas l'arbitre des élégances !
Michel Barnier plaide pour la sobriété normative et procédurale !
Discours du Premier Ministre Michel Barnier le 21 novembre 2024 à la Porte de Versailles (vidéo et texte intégral).
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Discours du Premier Ministre Michel Barnier le 15 novembre 2024 à Angers (vidéo et texte intégral).
PLF 2025 : la majorité de rejet !
Michel Barnier : déjà deux mois !
François Guizot à Matignon ?
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Achats dans la fonction publique : des économies à faire ?
Doliprane : l'impéritie politique.
Proche-Orient : l'incompréhension de Roger Karoutchi.
Motion de censure : le quart d'heure de gloire d'Olivier Faure.
Budget 2025 : l'impossible mission de Michel Barnier.
Claude Malhuret : du vol des élections aux chefs d'escadrille...
Les 3 lignes rouges de Marine Le Pen pour ne pas censurer le gouvernement Barnier.
La quadrature du cercle de Michel Barnier.
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250116-motion-de-censure.html
https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/ce-bayrou-c-qu-il-est-faure-258682
http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/01/16/article-sr-20250116-motion-de-censure.html
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François Bayrou sera-t-il censuré ?
« Pas moins de 84% des Français jugent, paraît-il, que le gouvernement ne passera pas l’année. Il m’arrive même de me demander où les 16% restants puisent leur optimisme. » (François Bayrou, le 14 janvier 2025 dans l'hémicycle).
Dès la nomination de François Bayrou à Matignon, le 13 décembre 2024, on se posait tous la question : son gouvernement durera-t-il plus longtemps que celui de Michel Barnier ? Sera-t-il censuré ? Et les plus pessimistes : quand sera-t-il censuré ?
Le 14 janvier 2025, à l'issue de la déclaration de politique générale de François Bayrou et de la discussion parlementaire qui a suivi, le groupe des insoumis a déposé une motion de censure qui sera examinée ce jeudi 16 janvier 2025 (le même jour que la cérémonie d'hommage à Jean-Marie Le Pen à Paris !).
Mais avant de m'appesantir sur la situation du gouvernement Bayrou, reprenons d'abord les fondamentaux de la Constitution. D'un point de vue théorique, le principe de la censure, c'est-à-dire de renversement d'un gouvernement par une motion de censure lorsqu'il y a une majorité absolue de députés qui le rejette, me paraît être un pilier essentiel de notre démocratie parlementaire et permet d'affirmer, même sans vote d'investiture (comme sous la Quatrième République), même sans vote de confiance (facultatif), que tous les gouvernements sont légitimes et démocratiques, car ils pourraient être renversés.
La censure est l'une des deux armes des relations entre l'exécutif et le législatif. Avant 2024, elle n'a été utilisée qu'une seule fois en 1962 (dans des conditions bien particulières, je n'y reviens pas) sous la Cinquième République. L'autre arme, c'est la possibilité de réponse, par le Président de la République, d'une censure par l'Assemblée : sa dissolution. Les deux armes peuvent être utilisées bien sûr l'une indépendamment de l'autre. En 1962, la dissolution avait suivi immédiatement la censure du gouvernement de Georges Pompidou. Mais elle a été utilisée aussi de nombreuses fois, soit à la suite d'une élection présidentielle (1981 et 1988), soit pour répondre à des crises politiques (1962 et 1968), soit encore à froid (1997). Je laisse les historiens classer la dissolution de 2024 (crise ? à froid ?). Le jeu de la censure est donc un jeu d'équilibre de la terreur : les députés qui censurent risquent leur propre dissolution. Cela ne fonctionne plus en 2024, car l'Assemblée ne peut pas être dissoute avant une année pleine après les dernières élections anticipées.
D'où la situation doublement nouvelle de la XVIIe législature, celle issue des urnes de l'été 2024 : non seulement l'Assemblée bénéficie d'une impossibilité (temporaire) d'être dissoute (un gros avantage pour les générateurs de chaos politique), mais aussi les électeurs (et eux seuls ! pas Emmanuel Macron, je précise !) ont élu une Assemblée éclatée en trois blocs incompatibles et équivalents, d'où l'impossibilité d'y trouver une majorité même relative. Dans cette situation inédite sous la Cinquième République, les groupes parlementaires devraient s'entendre sur un programme minimal pour permettre à la France d'être gouvernée. Aucun groupe ne peut prétendre avoir gagné et appliquer son programme politique. Une censure, dans ce contexte, est aussi improductive qu'inutile, voire génératrice de chaos.
Et puis, il y a la pratique. La réalité, c'est que la censure du 4 décembre 2024 a été un choc politique très violent. Quasiment aussi violent pour les Français que le choc de la dissolution le 9 juin 2024. Un effet de sidération et des conséquences désastreuses malgré tous ces professionnels de la censure qui prétendaient à tort que cela n'aurait aucun impact. Bien sûr que si que l'instabilité politique de la France aurait un impact direct.
D'abord sur les Français eux-mêmes qui perdent un temps fou pour avoir des solutions parfois consensuelles : les agriculteurs, les nouveaux emplois à pouvoir dans la fonction publique (gendarmes, juges, etc.) qui ne pourront pas être pourvus faute de vote budgétaire, les entreprises (qui attendent au lieu d'investir), les consommateurs (qui préfèrent épargner avant de savoir comment ils seront mangés) et même les contribuables dont certains, à bas revenus, seront nouvellement imposés à cause des barèmes 2024 qui ont été reconduits par la loi spéciale sans ajustement de l'inflation, etc.
Ensuite, des conséquences extérieures, non seulement l'image de la France à l'étranger, mais surtout sa crédibilité financière, le risque d'augmentation des taux d'intérêt sur la dette (la France empruntera 350 milliards d'euros cette année 2025), car l'instabilité politique engendre systématiquement une instabilité économique et une incertitude fiscale et sociale, d'autant plus que la stabilité politique restait l'un des derniers atouts de la France par rapport à ses voisins européens.
Je n'aurais pas imaginé une telle violence ressentie par la censure du 4 décembre 2024 qu'on pourrait comparer à Hiroshima et Nagasaki pour la dissuasion nucléaire. Si le RN et la nouvelle farce populaire (NFP) ont prouvé qu'ils étaient capables de s'allier pour jouer au chamboule-tout, leur collusion irresponsable n'a rien apporté à la France, n'a rien construit, n'a apporté aucune solution, aucun gouvernement, n'a en rien aidé les Français, y compris leurs propres électeurs.
C'est dans ce contexte postapocalyptique dont a fait les frais le gouvernement Barnier que la question de la censure se pose pour son successeur. Le gouvernement Bayrou a ainsi deux avantages sur le gouvernement Barnier : celui de montrer qu'une censure n'est pas un acte à prendre à la légère et les électeurs seront très sévères face à l'irresponsabilité destructive des mouvements populistes (il faut lire les sondages actuels ou aller écouter les Français dans les multiples cérémonies des vœux dans tous les territoires) ; et la méthode qui a changé, ne serait-ce qu'en nommant un Ministre de l'Économie et des Finances compatible avec les socialistes, donc pas macroniste (en l'occurrence Éric Lombard est un grand ami d'Olivier Faure qui l'avait même proposé comme Premier Ministre en décembre dernier !).
Il semble à peu près certain que François Bayrou ne doit pas craindre la motion de censure du 16 janvier 2025 car elle devrait être rejetée, le groupe RN ayant annoncé qu'il refuserait de censurer à froid le gouvernement. Mais la question se pose sur la décision du groupe socialiste car François Bayrou a noué des relations avec lui ces dernières semaines dans un cadre de non-censure : si François Bayrou veut pouvoir faire adopter les deux lois de finances 2025 (État et sécurité sociale), il lui faut absolument la neutralité bienveillante du PS pendant quelques mois au moins, puisque celle du RN n'est pas fiable.
Or, le groupe PS est traversé par deux impératifs contradictoires : l'impératif électoral, qui nécessite une alliance avec les insoumis qui ne manqueraient pas de les traiter de traîtres et de présenter des candidats contre ceux qui ne voteraient pas la censure (d'où le retour à la niche de Jean-Luc Mélenchon des communistes et des écologistes, plus trouillards que les socialistes), et l'impératif de responsabilité, car le PS veut encore rester un parti gouvernemental avec un fort courant interne qui pourrait renverser Olivier Faure au prochain congrès du PS en cas de nouveau vote de censure.
François Bayrou a bien compris la problématique et la question est de savoir s'il veut être sincère ou tromper les socialistes. Beaucoup de socialistes doutent et ils ont raison dans l'absolu, mais la sincérité de François Bayrou, ici, ne peut pas être mise en doute car l'ancien candidat avait déjà montré de signes de socialo-compatibilité assez nets, notamment à l'élection présidentielle de 2012 avec le soutien à François Hollande et dans certaines municipalités dès 2008, en particulier à Dijon.
En clair, les socialistes ne veulent plus censurer le gouvernement car ils ne sont pas prêts pour une crise de régime qui pourrait aboutir à une élection présidentielle anticipée. Ils ont besoin d'un temps long, bien au-delà de l'été 2025, pour se crédibiliser politiquement hors d'une alliance avec l'extrême gauche. Ainsi, les dirigeants hésitent à franchir le pas, le pas de la non-censure. Dans la matinée juste avant la déclaration de politique générale, ils estimaient que le gouvernement les avait écoutés et qu'ils ne le censureraient pas. Mais après le grand oral, comme rien ne leur a été apparemment donné, pas de suspension de la réforme des retraites, ils reculaient et envisageaient sérieusement de revenir à la censure (du reste, comme la veille au soir). On leur a dit que la journée du mercredi 15 janvier 2025 pourrait leur apporter des garanties supplémentaires.
En effet, à deux occasions, François Bayrou pouvait un peu évoluer sur la réforme des retraites : au débat de politique générale au Sénat, une sorte de redite de la veille à l'Assemblée, mais pas forcément identique, et juste avant, en début d'après-midi, une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée.
Au Sénat, François Bayrou est intervenu trente minutes au lieu des quatre-vingt-dix minutes de la veille. Il a fait plus du commentaire que du déclaratif solennel. En revanche, à l'Assemblée, il a répondu clairement à une question du premier secrétaire du PS un peu ennuyé de ne pas avoir de prétexte clair vis-à-vis de leurs électeurs pour ne pas censurer le gouvernement.
Olivier Faure a clairement indiqué son positionnement : « Nous sommes dans l’opposition mais nous avons fait un choix : celui de néanmoins rechercher un compromis. ».
Et sa question a posé le problème tout aussi clairement : « Au cours de la semaine passée, nous avons beaucoup discuté avec vos ministres et avec vous-même et cherché à avancer sur nombre de questions qui touchent à la vie quotidienne des Français : la santé, le service public, les jours de carence… Autant de sujets qui les inquiètent et sur lesquels vous êtes en partie revenus hier, lors de votre déclaration de politique générale. Vous le savez : la clef de voûte de cette discussion est la réforme des retraites, cette réforme restée comme une blessure à la fois sociale et démocratique. Le départ à la retraite des Françaises et des Français va être progressivement reporté, jusqu’à l’âge de 64 ans. Ce sont les classes populaires, les femmes, les personnes avec des carrières longues, hachées, pénibles, qui seront les premiers pénalisés. Vous avez déclaré hier que cette réforme pouvait être "plus juste". Voilà un point d’accord entre nous car la réforme est selon nous terriblement injuste. Vous avez annoncé une conférence sociale ; c’est un premier pas. Cette conférence devra, en toute sincérité et transparence, tout mettre sur la table : l’âge légal de départ à la retraite, la durée de cotisation, la pénibilité du travail, les carrières des femmes, les sources de financement. Je vous le dis : elle ne pourra pas se clore par un retour à la réforme de 2023. Pour les socialistes, le statu quo n’est pas possible. Dans l’hypothèse où syndicats et patronat ne trouveraient pas d’accord, il reviendra à la démocratie parlementaire de s’exprimer. Dans ce cas, le Parlement doit avoir le dernier mot. Voilà notre position. Elle est claire. Elle est publique. À ce stade, le compte n’y est pas. Vous le savez : votre réponse à cette question conditionnera notre vote sur la motion de censure demain. ».
La perspective d'un échec de la conférence sociale qui maintiendrait la réforme en l'état inquiète les socialistes. C'est toutefois ne pas croire aux négociations sociales alors que c'est le leitmotiv du PS depuis des décennies. François Bayrou a évolué depuis le début puisqu'il a proposé que cette conférence sociale se fasse immédiatement (dès vendredi 17 janvier 2025 à 11 heures, gare à ceux qui la censureraient la veille !) et rapidement (elle ne durerait que trois mois, sous forme d'un conclave : on boucle tout jusqu'à ce qu'il y a un accord ! pas exactement, mais c'est l'idée).
La réponse de François Bayrou a été celle-ci : « S'agissant de la réforme des retraites, nous avons décidé de demander aux partenaires sociaux et au gouvernement, qui a la responsabilité de l’emploi public, de se réunir pour examiner les voies de progression identifiées après la réforme qu’Élisabeth Borne, après tant d’autres chefs du gouvernement, a conduite, je signale au passage que votre groupe ou votre courant de pensée, bien que s’étant opposé aux réformes précédentes, n’est jamais revenu dessus, car la réalité s’impose à nous tous. Je vais vous répondre clairement. Cette conférence sociale permettra, nous le croyons, de déboucher sur un accord. Nous le croyons parce que nous croyons, tout comme vous, j’imagine, à la capacité des partenaires sociaux à progresser. La démocratie sociale est un des piliers de la démocratie française et je peux attester, à la suite des conversations qu’ils ont eues avec moi, que les partenaires sociaux sont déterminés à avancer. Ils ont eux aussi identifié des marges de succès. ».
Et le chef du gouvernement a essayé de se montrer pédagogue sur les possibles issues de cette conférence sociale : « Il y a donc trois possibilités. La première est qu’un accord se dégage. Il fera alors l’objet d’un texte soumis au Parlement. S’il n’y a aucune sorte d’accord, c’est la réforme précédente qui continuera à s’imposer. Excusez-moi mais c’est la moindre des choses ! Il peut néanmoins arriver, et c’est même probable, qu’on se trouve dans une situation où des marges de progression, des mouvements, des changements, des adaptations auront été identifiés sans qu’il y ait un accord général. Si c’est le cas, nous proposerons un texte qui reprendra ces adaptations et nous le soumettrons à l’Assemblée. Il n’y a rien de plus simple, de plus clair, de plus franc. Nous ne pouvons considérer à l’avance que les partenaires sociaux sont incapables de progression, je crois exactement le contraire. Je prends l’engagement devant vous que si nous identifions des possibilités de changements positifs, dans lesquels on discernerait des progrès, nous les présenterons au Parlement dans le cadre d’un projet de loi. ».
Dans cette réponse, il y a à boire et à manger, et c'est sans doute la grande habileté de François Bayrou. Lui-même doit préserver la crédibilité financière de la France qu'il perdrait en cas de suspension ou d'abrogation de la réforme des retraites, ainsi que la crédibilité politique, éviter la perte d'un allié utile, LR, dont le principal ministre Bruno Retailleau est une pièce maîtresse dans son gouvernement.
On pourrait penser que la conférence sociale se solderait soit par un succès (alors un projet de loi serait déposé pour appliquer l'accord) soit par un échec (alors ce serait le statu quo). Cette deuxième possibilité inquiète les socialistes car ils se disent que le Medef pourrait faire capoter la conférence sociale. Alors, François Bayrou casse cette dualité, cette bipolarité en proposant une troisième possibilité, une troisième voie, la plus probable : pas d'accord global mais quelques points d'accord sur des sujets particuliers, et dans ce cas-là aussi, le gouvernement déposerait un projet de loi.
La probabilité qu'il puisse y avoir quelques points d'entente est quand même très élevée. Qu'importe lesquels, finalement, car pour les socialistes, l'élément majeur, c'est que le gouvernement puisse déposer un projet de loi qui amenderait la réforme des retraites. Car à partir de ce texte, tout serait possible à l'Assemblée en sachant qu'il y a une majorité absolue de députés favorables au retour à l'âge légal de 62 ans. C'est donc une grande concession pour François Bayrou qui, de son côté, lui permet de gagner du temps pour faire adopter le budget.
Du côté des socialistes, on parle d'un réel changement, mais très petit changement, et pour certains, faisant le procès de l'hypocrisie, cela n'empêcherait quand même pas la censure. En fait, tout va dépendre du courage des dirigeants socialistes et de leur décision dépendra certainement leur avenir comme parti gouvernemental aux yeux des Français.
Dans la soirée du mercredi 15 janvier 2025, les socialistes réunis en bureau n'ont pas réussi à adopter une position claire sur la motion de censure du lendemain : la voteront-ils, ne la voteront-ils pas ? La logique voudrait qu'une discipline de groupe soit appliquée dans cette décision, car la réponse collective éviterait de parler de "trahison" de quelques individus. Une nouvelle réunion est prévue jeudi matin. À court terme, François Bayrou ne risque pas grand-chose. Mais le risque est pour les semaines à venir et les prochaines discussions budgétaires. L'éthique de responsabilité est difficile à accoucher. Il faut souligner le courage des socialistes prêts à quitter le giron mélenchonien pour s'occuper réellement de l'intérêt des Français. Allez, encore un petit effort !
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (15 janvier 2025)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
François Bayrou sera-t-il censuré ?
Les conclaves du cardinal Bayrou.
Déclaration de politique générale du Premier Ministre François Bayrou le 14 janvier 2025 au Palais-Bourbon (vidéo et texte intégral).
François Bayrou au jour J.
Édouard Philippe et sa partition particulière contre l'indolence.
François Bayrou et le Chemin.
Vœux 2025 d'Emmanuel Macron : aux Français de trancher ?
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron, le 31 décembre 2024 à Paris (texte intégral et vidéo).
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Gouvernement Bayrou : un choc d'autorité ?
Composition du Gouvernement François Bayrou I nommé le 23 décembre 2024.
Le difficile accouchement du gouvernement Bayrou.
La méthode Bayrou réussira-t-elle ?
Terre de désolation.
La folle histoire de la nomination de François Bayrou.
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La polémique entre Maurice Druon et François Bayrou en juillet 2004.
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Philippe Vigier défend les Français face au renoncement national.
Laurent Wauquiez met en garde contre l'instabilité institutionnelle.
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Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 5 décembre 2024 (texte intégral).
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Claude Malhuret : du vol des élections aux chefs d'escadrille...
Les 3 lignes rouges de Marine Le Pen pour ne pas censurer le gouvernement Barnier.
La quadrature du cercle de Michel Barnier.
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250115-bayrou.html
https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/francois-bayrou-sera-t-il-censure-258668
http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/01/15/article-sr-20250115-bayrou.html
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Les conclaves du cardinal Bayrou
« Cette œuvre de réconciliation à laquelle nous sommes appelés ne deviendra possible que si nous offrons une perspective à notre pays. Nos efforts doivent être tendus vers un but qui suppose la lucidité et le courage que je décrivais à l’instant : une nouvelle promesse française. » (François Bayrou, le 14 janvier 2025 dans l'hémicycle).
Démarrage en fanfare pour le grand oral du Premier Ministre : « En vérité, contrairement à ce que beaucoup pensent, la situation de ce gouvernement présente un avantage considérable. Sur ces bancs, même parmi ceux qui sont violemment hostiles à ce que nous pensons ou à ce qu’ils croient que nous pensons, pas un ne trouve notre position enviable. Pas moins de 84% des Français jugent, paraît-il, que le gouvernement ne passera pas l’année. Il m’arrive même de me demander où les 16% restants puisent leur optimisme. Eh bien, au risque de vous surprendre, j’y vois un atout : quand tout va bien, on s’endort sur ses lauriers, mais quand tout paraît aller mal, on est contraint au courage. Le gouvernement dispose d’un deuxième atout décisif. C’est le besoin, l’exigence, l’injonction que le pays nous assigne : retrouver la stabilité. Tous les Français en ont besoin. Ils comprennent bien que nous ne sommes pas d’accord sur tout, mais ils nous enjoignent de joindre nos forces pour forcer les issues. ».
Ce mardi 14 janvier 2025 à 15 heures, François Bayrou est donc venu devant les députés prononcer sa déclaration de politique générale (on peut lire ou écouter cette déclaration ici). Un discours de quatre-vingt-dix minutes. Pour le leader centriste, cette journée a été à son image. Un fond très travaillé, une aisance dans ses fonctions et dans son environnement, l'Assemblée, malgré un peu de désordre (mélange des feuilles de son discours), et quelques pincées d'humour, plus de l'autodérision (« Les pages de mon discours sont un peu mélangées, parce que je suis un néophyte. Je suis donc bien obligé d’apprendre ce métier. ») que l'ironie pince-sans-rire et grinçante de son prédécesseur Michel Barnier.
Comme dans toute déclaration de politique générale, il y a une forte densité de fond, sans pour autant devenir un catalogue à la Prévert de mesures gouvernementales. Au contraire, à la fin, on lui a reproché d'être resté trop vague. Mais justement ! Lui ne vient pas en service commandé du Président de la République. Il ne vient pas en bénéficiant d'une majorité absolue à l'Assemblée. Il ne se dresse pas devant les députés en conquérant, en imperator. Au contraire ! Il arrive sur un terrain miné, sans majorité et avec un risque très fort de censure (comme son prédécesseur). Alors, il est venu avec quelques idées claires, mais sans apporter les solutions toutes faites. Ce sera au Parlement de préciser les choses. Ceux-là même qui critiquent l'autoritarisme du Président Emmanuel Macron reprochent à François Bayrou son manque de dirigisme gouvernemental, allez comprendre !
Car la méthode Bayrou, ce n'est pas d'apporter des solutions toutes faites, déjà packagées, avec l'ultimatum, à prendre ou à laisser. L'ultimatum, dans une Assemblée sans majorité, est voué à l'échec rapide. François Bayrou préfère la méthode de la négociation et de la concertation.
On ne s'étonnera donc pas qu'il ait commencé sa déclaration par l'importance de la dette publique. C'était son leitmotiv depuis la campagne présidentielle de 2002. À l'époque, toute le monde s'en moquait, on empruntait, on payait, on faisait du clientélisme, on empruntait, on s'endettait. Lui, François Bayrou, était le petit caillou de la chaussure, le sparadrap du capitaine Haddock, la mauvaise conscience : pensez à nos enfants ! On ne peut pas vivre à crédit et endetter notre jeunesse. Il l'a répété cette après-midi : « Jamais nous n’avons fait l’effort de partager avec les Français cette évidence que la dette contractée par notre pays concerne leurs propres enfants, nos propres enfants, que la charge que nous leur laissons sera trop lourde pour être supportée. (…) La dette est injuste et elle est insupportable si elle met à la charge de nos enfants nos dépenses courantes. ».
Ce problème supplante toutes ses préoccupations de chef du gouvernement : « Les sujets d’inquiétude sont innombrables, mais il en est un, criant, qui émerge avec force : le surendettement du pays. Nos compatriotes, surtout les plus fragiles, savent ce qu’est (…) le surendettement et quelles incertitudes et difficultés il suscite. Depuis la guerre, la France n’a jamais été aussi endettée qu’elle l’est aujourd’hui. J’affirme qu’aucune politique de ressaisissement et de refondation ne pourra être conduite sans tenir compte de ce surendettement et sans se fixer pour objectif de le contenir et de le réduire. Pourquoi cette situation nous oblige-t-elle tous, collectivement ? C’est parce que tous les courants politiques dits de gouvernement y ont eu part. Quand François Mitterrand a été élu, en 1981, la France était l’un des pays les moins endettés du monde : sa dette s’élevait à peine à plus de 20% de la production nationale. En 1995, ce rapport était de 52% ; l’endettement a donc progressé de plus de 30 points en quatorze ans. À la fin des années 1990, la santé économique de la France, sur tous les points, était nettement supérieure à celle de l’Allemagne. Son commerce extérieur était largement excédentaire et son endettement inférieur à celui de ses voisins. Puis en 2000, sous le gouvernement de Lionel Jospin, les courbes se sont brutalement infléchies et ont commencé une descente que rien ne paraît pouvoir arrêter. Entre 2007 et 2012, sous Nicolas Sarkozy, l’endettement s’est accéléré, augmentant de 25 points de produit intérieur. Entre 2012 et 2017… Il y en aura pour tout le monde, je vous le promets ! Entre 2012 et 2017, sous François Hollande, l’endettement a augmenté de 10 points. Enfin, depuis 2017, sous Emmanuel Macron, il a augmenté de 12 points. Je n’en fais pas un motif d’accusation, car j’en connais les raisons. Quand François Mitterrand a été élu, en 1981, c’était l’alternance : il fallait que les Français, comme on disait à l’époque, y trouvent leur compte. Pour Nicolas Sarkozy, c’est la crise des subprimes. Emmanuel Macron a fait face, coup sur coup, à une cascade de crises jamais vue et jamais imaginée. En voici la liste : à partir de 2018, les gilets jaunes, puis le covid-19, qui a mis le pays à l’arrêt, puis la guerre en Ukraine, qui a provoqué l’inflation et l’explosion du prix de l’énergie. J’affirme donc que tous les partis de gouvernement, sans exception, ont une responsabilité dans la situation créée ces dernières décennies. J’affirme également que tous les partis d’opposition, en demandant sans cesse à cette tribune des dépenses supplémentaires, ont dansé aussi le tango fatal qui nous a conduits au bord de ce précipice. Cette dette est une épée de Damoclès au-dessus de notre pays et de notre modèle social. ».
Le Premier Ministre a ensuite expliqué que le contexte international était mauvais, les États-Unis évoluant mal comme d'autres grands blocs comme la Russie, l'Iran, bref : « Nous avons basculé dans un monde nouveau et dangereux : nous sommes passés de la force de la loi à la loi de la force. ».
D'où la nécessité de l'Europe pour garder une influence dans le monde : « Pour que la France fasse vivre son trésor de civilisation et continue de le partager avec le monde entier, l’Europe doit devenir une communauté stratégique, une puissance politique et de défense à la dimension de la puissance économique qu’elle devrait être. Une seule condition est pour cela nécessaire : nous devons accepter de nous définir et de nous affirmer ensemble. La construction d’une communauté politique pour faire vivre cette communauté de civilisation est la question qui domine notre vie publique depuis 1945. À cette construction ont contribué, chacun à leur manière, le Général De Gaulle, Jean Monnet, Robert Schuman, Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand, Jacques Delors et Emmanuel Macron. Tous ont partagé la conviction selon laquelle l’indépendance de la France tient à celle de l’Europe et réciproquement. La prospérité de la France dépend de celle de l’Europe qui est capable, si elle le veut, de devenir le premier marché de la planète, de parler technologie, industrie, agriculture, à égalité avec les États-Unis et la Chine. C’est la raison pour laquelle nous soutenons de toutes nos forces le rapport présenté récemment par Mario Draghi, dont nous tirons la conclusion que nous devons nous battre tous ensemble pour un investissement à la hauteur de nos besoins. ».
François Bayrou a articulé son action dans trois parties : « Nous devons en effet faire face à trois échéances. D’abord, nous devons répondre à l’urgence : il faut nous ressaisir pour adopter sans tarder les deux budgets, de l’État et de la sécurité sociale. En effet, nous payons tous au prix fort la précarité budgétaire, qui affecte aussi bien les entreprises et les investisseurs que les familles, les contribuables ou les emprunteurs. Nous devons relever un deuxième défi, celui de rétablir les conditions de la stabilité, qui impose de se réconcilier, ce dont le pays a tant besoin, et ce que ses citoyens ne cessent de réclamer. Enfin, le troisième défi s’inscrit dans le long terme : notre pays doit refonder son action publique, ce qui exige que nous nous attaquions sans tarder à tous les problèmes qui sont devant nous, et non à certains à l’exclusion des autres. ». En d'autres termes, le budget, une rénovation démocratique et une réforme de l'État pour restructurer en profondeur les dépenses publiques.
Ce plan pourrait oublier beaucoup d'éléments. En fait, non, mais il répond d'abord à ce contexte spécial d'un mi-janvier encore sans vote du budget qui est sa première priorité absolue. Sans vote du budget, l'incertitude économique et sociale régnera et la France perdra beaucoup de crédit et d'argent à cause des taux d'intérêt qui monteront.
Il a développé la méthode Bayrou comme procédé de déblocage : « Au cœur de ce blocage, il y a notre incapacité à vivre le pluralisme, à être en désaccord sans constamment nous menacer du pire. Les réquisitoires et les invectives minent la confiance des citoyens. Il est temps de changer de logiciel démocratique, donc de méthode, pour se confronter mais aussi se respecter et trouver des voies de passage, sans abdiquer ce que l’on est. Le lieu de la diversité où ces différences se transforment en capacité d’action, c’est le Parlement. C’est précisément sur ces bancs que, grâce à l’expression des différences, nous parvenons à dégager une volonté, une stratégie et des plans d’action pour le pays. ».
Énumérons maintenant un certain nombre de sujets qui seront inscrits dans ses feuilles de route ministérielles (François Bayrou a aussi justifié le choix de ses ministres, ce qui est rare pour une déclaration de politique générale).
Celui qui est sur toutes les lèvres depuis un mois, c'est la réforme des retraites. D'abord, un constat : « Le déséquilibre du financement du système de retraites et la dette massive qu’il a creusée ne peuvent être ignorés ou éludés. (…) Notre système de retraite verse chaque année quelque 380 milliards d’euros de pensions. (…) Or les employeurs et les salariés privés et publics versent à peu près 325 milliards par an. (…) Faites le calcul, restent 55 milliards, versés par le budget des collectivités publiques, au premier chef le budget de l’État, à hauteur de quelque 40 ou 45 milliards. Or, ces 40 ou 45 milliards annuels, nous n’en avons pas le premier centime. Chaque année, cette somme, le pays l’emprunte. Autrement dit, il a choisi de mettre à la charge des générations qui viennent ou qui viendront une partie du montant des pensions que nous versons aux retraités actuels. Les retraites représentent 50% des plus de 1 000 milliards de dette supplémentaires accumulés par notre pays ces dix dernières années. ».
Puis, la proposition, celle de la "remise en chantier" (pas le mot "suspension") et d'un conclave : « Ce problème social et moral, le gouvernement n’entend pas le laisser sans réponse. La réforme des retraites est vitale pour notre pays et notre modèle social : bien des gouvernements successifs s’y sont engagés, depuis Michel Rocard jusqu’aux efforts courageux du gouvernement d’Élisabeth Borne. Je note dans ce débat passionnel un progrès considérable : plus personne ne nie qu’il existe un lourd problème de financement de notre système de retraites. En même temps, nombre de participants à ces discussions, notamment les organisations du dialogue social et les organisations syndicales, ont affirmé qu’il existait des voies de progrès et qu’on pouvait obtenir le même résultat par une réforme plus juste. Je choisis donc de remettre ce sujet en chantier, avec les partenaires sociaux, pour un temps bref et dans des conditions transparentes, selon une méthode inédite et quelque peu radicale. (…) La loi de 2023 a prévu que l’âge légal de départ passerait à 63 ans fin 2026. Une fenêtre de tir s’ouvre donc. Je souhaite fixer une échéance à plus court terme : celle de notre automne, où sera discutée la prochaine loi de financement de la sécurité sociale. J’ai la conviction que nous pouvons rechercher une voie de réforme nouvelle, sans aucun totem ni tabou, pas même l’âge de la retraite, à condition qu’elle réponde à l’exigence fixée : nous ne pouvons pas laisser dégrader l’équilibre financier que nous cherchons et sur lequel presque tout le monde s’accorde. Ce serait une faute impardonnable contre notre pays. Plusieurs partenaires sociaux ont indiqué qu’ils avaient identifié des pistes pour que la réforme soit socialement plus juste et cependant équilibrée. Ces pistes méritent toutes d’être explorées. Toutes les questions doivent pouvoir être posées. Chacun des partenaires sociaux aura le droit de faire inscrire à l’ordre du jour de ces discussions et négociations les questions qui le préoccupent : rien n’est fermé. (…) Je proposerai aux représentants de chaque organisation de travailler autour de la même table, de s’installer dans les mêmes bureaux, ensemble, pendant trois mois, à dater du rapport de la Cour des Comptes. Si, au cours de ce conclave, c’est ce qu’on dit quand on ferme les portes, cette délégation trouve un accord d’équilibre et de meilleure justice, nous l’adopterons. Le Parlement en sera saisi lors du prochain projet de loi de financement de la sécurité sociale, ou avant, et si nécessaire, par une loi. Je souhaite que cet accord soit trouvé, mais si les partenaires ne s’accordaient pas, c’est la réforme actuelle qui continuerait à s’appliquer. ».
Sur le budget 2025, François Bayrou a fixé ses objectifs : 5,4% du PIB de déficit public (au lieu de 5,0%) avec une croissance revue à la baisse de 0,9% (au lieu de 1,1%). Mais l'objectif final de 3% en 2029 reste inchangé. Toutefois, les réductions des dépenses publiques sont restées vagues dans cette déclaration : « Des économies importantes seront proposées. Pour la suite, c’est un puissant mouvement de réforme de l’action publique qu’il faut conduire. Il faudra trouver des méthodes d’organisation de l’État qui ne requerront pas d’augmentation de nos dépenses publiques. Il nous faut repenser tous nos budgets, non pas à partir du prolongement de ce qui se faisait l’année précédente, augmenté d’un pourcentage d’inflation, mais de ce qu’exige le service ou l’action à conduire. Ces budgets redéfinis et repensés, je demanderai à tous les ministres de les préparer dès le printemps. C’est un effort dont personne ne devra s’exclure, chacun à sa manière, dans l’exercice quotidien de ses missions. Cet exercice devra interroger notre organisation. (…) Les parlementaires seront pleinement associés à cet effort d’organisation et de rationalisation. C’est la fonction du Parlement, qui s’exprimera à son degré le plus éminent : contrôler et évaluer. Cet effort devra être prolongé et inventif. Il devra être soutenu dans le temps, parce que souvent, la réforme prend du temps et, au début, coûte cher. ».
Dans le deuxième chantier, celui de la réconciliation, François Bayrou a souhaité redonner plus de pouvoir d'initiative au Parlement (il a cité le projet de loi sur la fin de vie). Pour revivifier la démocratie, il veut favoriser le pluralisme politique en créant une banque de la démocratie chargée de financer les partis politiques et les campagnes électorales : « Je suis partisan, quand je vois l’état de la démocratie américaine, que nous échappions à cette contrainte : la vie politique tenue par l’argent. ».
Il a promu également la proportionnelle comme mode de scrutin aux élections législatives supposé garantir le pluralisme politique (ce auquel je suis très fermement opposé, j'y reviendrai) : « Il faut également que chacun puisse trouver sa place au sein de la représentation nationale, à proportion des votes qu’il a reçus. C’est la seule règle qui permettra à chacun d’être lui-même, authentiquement, et non prisonnier d’alliances insincères. Je propose que nous avancions concernant la réforme du mode de scrutin législatif. Chacun exprimera alors sa position : il y a une option à prendre sur ce principe, une discussion à avoir sur ses modalités. On voit bien quels sont les principaux choix. C’est mon opinion que ce mode de scrutin doit rester enraciné dans les territoires, qu’il ne doit pas créer plusieurs catégories de citoyens ayant des droits différents. Cette adoption du principe proportionnel pour la représentation du peuple dans nos assemblées nous obligera en outre probablement, comme l’a dit le Président du Sénat, à reposer la question de l’exercice simultané d’une responsabilité locale et nationale. ».
Un petit commentaire sur ce projet de proportionnelle : les députés LR seront très opposés à ce mode de scrutin (et ils auront raison), mais il est possible qu'il existe une majorité favorable dans l'Assemblée actuelle. Toutefois, associer ce mode de scrutin (apprécié des sondés) au cumul des mandats (très impopulaire dans les sondages), c'est le meilleur moyen de faire échouer une telle réforme (ce qui ne serait pas pour me déplaire !!).
Intégrée dans cette partie, la réforme de l'audiovisuel public amorcée par Rachida Dati, à savoir la création d'une holding qui chapeauterait France Télévisions et Radio France, sera poursuivie : « La réforme de l’audiovisuel public, bien commun des Français, devra être conduite à son terme. ».
Dans le troisième volet, il y a la réforme de l'État. François Bayrou a proposé que les collectivités territoriales fassent un effort de 2,2 milliards d'euros (au lieu de 5) pour contribuer au redressement des finances publiques : « J’ai tout à fait confiance dans la capacité des élus à mener cet effort. ». Lui-même sait de quoi il parlait puisqu'il est (encore) maire de Pau.
Friand de créativité et de nouvelles idées, François Bayrou a annoncé qu'il relirait les cahiers de doléances remis lors du grand débat des gilets jaunes, qu'on a négligés selon lui : « Il y a six ans, sur nos ronds-points, ils dénonçaient l’état de notre société, tel qu’ils le ressentaient : la division du pays entre ceux qui comptent et ceux qui ne comptent pas, ceux qui passent à la télévision et ceux qui regardent l’écran, ceux qui appartiennent aux milieux de pouvoir (…) et les autres qui se sentent oubliés, négligés.. ».
François Bayrou a aussi évoqué le statut institutionnel de la Corse, de la Nouvelle-Calédonie, Mayotte, l'immigration et l'application des obligation de quitter le territoire français, les agriculteurs (« Aujourd’hui, on les accuse de nuire à la nature, et c’est une blessure profonde. Quand les inspecteurs de la biodiversité viennent inspecter les fossés ou les points d’eau avec une arme à la ceinture dans une ferme déjà mise à cran par la crise, c’est une humiliation ; c’est donc une faute. »), la transition écologique et l'adaptation au changement climatique, la culture, l'accès à la lecture autrement que sur des écrans, le sport, la solidarité pour les personnes en situation de handicap (« Je tiens à confirmer à l’Assemblée Nationale le remboursement intégral des fauteuils roulants dès 2025. »), le grand âge, la protection de l'enfance, le logement, etc.
Le maire de Pau a fait une ode à l'esprit d'entreprise, en prenant la fable de la poule aux œufs d'or de La Fontaine : « Soutenir l’esprit d’entreprise, tel est le chantier suivant. Il existe chez nous un réflexe nuisible, déjà ancien : prendre pour cible, dans le débat, les entreprises, plus spécialement les entreprises françaises, et en particulier celles qui réussissent le mieux à l’exportation. Les entreprises que l’on dit multinationales sont en réalité celles qui, par leur savoir-faire, leur recherche, leur esprit de conquête, ont réussi à être sélectionnées pour la compétition mondiale. Elles font honneur à la France et contribuent à sa richesse. J’ai la conviction que, dans toutes les conditions fixées par la démocratie sociale, nous devons faciliter la tâche de nos entreprises. Elles doivent être prémunies contre des augmentations exponentielles d’impôts et de charges, sans quoi nous nous retrouverions dans la situation que décrit la fable de La Fontaine intitulée "La poule aux œufs d’or". Vous le savez, le propriétaire d’une poule qui pondait un œuf d’or chaque matin "crut que dans son corps elle avait un trésor. / Il la tua, l’ouvrit, et la trouva semblable / À celles dont les œufs ne lui rapportaient rien, / S’étant lui-même ôté le plus beau de son bien". L’entreprise produit les richesses et l’emploi, pour tout le pays, grâce à ses dirigeants, ses chercheurs, ses cadres, ses salariés ; mais si elle se voit surchargée de prélèvements et de normes, elle cesse de produire. Le trésor est dans l’activité, la créativité, la souplesse. ».
Il a également longuement évoqué l'éducation, souhaitant en particulier que la sélection ne se fasse pas quand l'élève est trop jeune, prêt à revoir Parcoursup : « C’est pour moi le plus grand de nos échecs [les résultats médiocres de l'école], dont sont victimes en particulier les plus faibles. Car ceux qui sont issus des milieux qui n’ont pas les codes, ceux qui ne connaissent personne, comme on dit, et n’ont accès ni à l’influence, ni au pouvoir, se voient écartés sans recours, faute d’avoir les armes nécessaires pour affronter la traversée des formations supérieures. J’ajoute que l’obligation d’orientation précoce les perturbe et les met en danger. ». Puis est venue cette expression maladroite qui ne m'a pas paru très opportune : « Les enfants ne sont pas comme les poireaux : ils ne poussent pas tous à la même vitesse. ». Pour ajouter : « Vouloir sélectionner précocement, sans que l’esprit et les attentes aient mûri, est une erreur, ou en tout cas une faiblesse. Notre système scolaire et universitaire doit accepter, si ce n’est favoriser, les réorientations et les changements de formation. ».
Ce sujet de l'éducation a été la seconde occasion pour louer l'action du Président de la République (la première occasion pour louer la parole haute de la France dans les relations internationales) : « Permettez-moi de rappeler l’intuition fondatrice que le Président de la République a présentée au pays en 2017 : combattre l’assignation de la naissance, du quartier, de la religion, de la consonance du nom, de l’accent, des difficultés nées de familles éclatées, de l’adolescence solitaire et offrir à tous ceux-là, tout au long de la vie, de nouvelles chances. ».
François Bayrou a fait l'éloge du génie français dans la science et le développement : « Venons-en maintenant à la méthode que nous suivrons pour retrouver la production, l’innovation et l’industrie. On voudrait nous condamner au déclassement, alors que la Silicon Valley déroule ses tapis rouges à nos ingénieurs du numérique et de l’intelligence artificielle. Nous sommes, nous Français, des géants de la recherche informatique, algorithmique et automatique ; ne nous laissons pas devenir des nains de la nouvelle économie, qui sera précisément fondée sur le numérique. Il en est de même pour l’espace ou les énergies décarbonées. Le gouvernement est attaché à la trajectoire d’investissement dans la science définie par la loi de programmation de la recherche. Cette dernière se fait dans les universités et les laboratoires, mais aussi dans les entreprises. La stratégie nationale pour l’intelligence artificielle, dont je ne sais si elle est intelligente ni si elle est artificielle, mais elle est un changement d’être pour notre humanité, doit entrer dans sa troisième phase. Cette stratégie ambitieuse pour la diffusion de l’intelligence artificielle dans l’industrie, l’action publique, la formation et la recherche, s’appuie sur un programme d’investissement dans les infrastructures. Le sommet pour l’action sur l’intelligence artificielle, qui se tiendra à Paris en février, traduira cette ambition. Dans ces domaines, il nous faut définir des politiques de filière, produit par produit, en partant des faiblesses et des manques de notre balance commerciale. Chaque filière réunira les grandes entreprises, les sous-traitants, l’État et les régions autour d’un enjeu de production. Les géants mondiaux présents sur notre sol et qui ont des racines en France, Dassault Systèmes, Safran, Total, Airbus, Saint-Gobain ou Danone, ont un potentiel de partage des capacités de mise au point et de soutien à des entreprises nouvelles, notamment pour les produits et les secteurs dont nous sommes absents. ».
Autre thème très important, la santé et l'hôpital : « Il faut aussi retravailler sur l’enjeu clef de la démographie médicale, en impliquant notamment les élus territoriaux et en menant de front le travail sur la question, jusqu’ici irrésolue, de la formation des soignants. Je confirme que la santé mentale sera la grande cause nationale en 2025, comme l’avait décidé mon prédécesseur Michel Barnier, je l’ai soutenu et lui adresse mon amitié. Dans ce cadre, pour faire face à l’enjeu de la soutenabilité de l’hôpital, le gouvernement proposera une hausse notable de l’objectif national de dépenses d’assurance maladie (Ondam), ce qui permettra d’améliorer les conditions de travail des soignants et de protéger les plus fragiles. À cette fin, la mesure de déremboursement de certains médicaments et consultations ne sera pas reprise. ».
Comité interministériel de contrôle de l'immigration, comité interministériel des Outre-mer, comité interministériel du handicap, délégation permanente de la réforme des retraites, fonds spécial entièrement dédié à la réforme de l'État... autant de comités Théodule que le Premier Ministre veut créer ou réinstaurer, alors qu'il se demandait pourtant : « Est-il nécessaire que plus de 1 000 agences, organes ou opérateurs exercent l’action publique ? Nous connaissons le rôle précieux de plusieurs d’entre eux, comme France Travail, mais ces 1 000 agences ou organes, sans contrôle démocratique réel, constituent un labyrinthe dont un pays rigoureux et sérieux peut difficilement se satisfaire. Les parlementaires seront pleinement associés à cet effort d’organisation et de rationalisation. ».
La conclusion de François Bayrou a fait la part belle à son lointain prédécesseur, investi par des députés très différents sous la Quatrième République, Pierre Mendès France, après avoir cité Marc Sangnier : « Nous n’allons pas vivre le grand soir. Mais, si nous parvenons à nous faire entendre de vous, élus de la nation, alors nous pourrons passer du découragement à un espoir ténu mais raisonnable. C’est ce projet que j’ai voulu présenter devant vous. Je connais tous les risques. Si nous nous trompons, nous corrigerons. Mais le risque, c’est la vie. Pierre Mendès France, la référence n’est pas choisie au hasard, aurait dit : "Il n’y a pas de politique sans risque, il n’y a que des politiques sans chance". Ce sont ces chances que nous voulons saisir. J’ai foi dans le peuple français et dans ses représentants. Je sais les ressources d’intelligence, de bravoure et de droiture de notre Nation lorsqu’elle choisit de surmonter l’épreuve. ».
Dans sa longue réponse faite aux orateurs qui ont participé à la discussion générale dans l'hémicycle, François Bayrou a notamment confirmé qu'il était favorable à l'instauration d'une allocation sociale unique, comme l'a souhaité Laurent Wauquiez, mais sans y mettre un plafond qui serait profondément injuste pour certaines personnes.
Une motion de censure, déposée par le groupe insoumis (Jean-Luc Mélenchon a assisté à la séance publique) sera examinée par l'Assemblée le jeudi 16 janvier 2025. En principe, les députés RN, quoique très remontés contre le gouvernement, ne devraient pas la voter. Les écologistes, eux, sont revenus à la niche mélenchoniste et voteront la censure. Et les socialistes s'interrogent encore.
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (14 janvier 2025)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
Les conclaves du cardinal Bayrou.
Déclaration de politique générale du Premier Ministre François Bayrou le 14 janvier 2025 au Palais-Bourbon (vidéo et texte intégral).
François Bayrou au jour J.
Édouard Philippe et sa partition particulière contre l'indolence.
François Bayrou et le Chemin.
Vœux 2025 d'Emmanuel Macron : aux Français de trancher ?
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron, le 31 décembre 2024 à Paris (texte intégral et vidéo).
François Bayrou au travail !
Gouvernement Bayrou : un choc d'autorité ?
Composition du Gouvernement François Bayrou I nommé le 23 décembre 2024.
Le difficile accouchement du gouvernement Bayrou.
La méthode Bayrou réussira-t-elle ?
Terre de désolation.
La folle histoire de la nomination de François Bayrou.
François Bayrou, le papa Macron !
Le tour de François Bayrou !
La polémique entre Maurice Druon et François Bayrou en juillet 2004.
Le paysage politique français postcensure.
Motion de sangsue : les conséquences économiques désastreuses de la censure.
Philippe Vigier défend les Français face au renoncement national.
Laurent Wauquiez met en garde contre l'instabilité institutionnelle.
Emmanuel Macron face à ses choix.
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 5 décembre 2024 (texte intégral).
La motion RNFP : Chassez le naturel, il revient au chaos !
L'émotion de censure de Michel Barnier.
La collusion des irresponsables.
Gouvernement Barnier : les yeux du monde rivés sur la France.
Risque de censure : Non, le RN n'est pas l'arbitre des élégances !
Michel Barnier plaide pour la sobriété normative et procédurale !
Discours du Premier Ministre Michel Barnier le 21 novembre 2024 à la Porte de Versailles (vidéo et texte intégral).
Michel Barnier sur les pas de Pierre Mendès France.
Discours du Premier Ministre Michel Barnier le 15 novembre 2024 à Angers (vidéo et texte intégral).
PLF 2025 : la majorité de rejet !
Michel Barnier : déjà deux mois !
François Guizot à Matignon ?
5 euros pour visiter Notre-Dame de Paris ?
Achats dans la fonction publique : des économies à faire ?
Doliprane : l'impéritie politique.
Proche-Orient : l'incompréhension de Roger Karoutchi.
Motion de censure : le quart d'heure de gloire d'Olivier Faure.
Budget 2025 : l'impossible mission de Michel Barnier.
Claude Malhuret : du vol des élections aux chefs d'escadrille...
Les 3 lignes rouges de Marine Le Pen pour ne pas censurer le gouvernement Barnier.
La quadrature du cercle de Michel Barnier.
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250114-bayrou.html
https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/les-conclaves-du-cardinal-bayrou-258647
http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/01/14/article-sr-20250114-bayrou.html
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François Bayrou au jour J
« Nous attendons un mot très simple : suspension. Cela suppose qu'à un moment, on arrête de tous s'enrhumer quand Gérard Larcher tousse ! » (Olivier Faure, le 12 janvier 2025 sur BFMTV).
Jour J pour le Premier Ministre François Bayrou : dans quelques heures, il va prononcer sa déclaration de politique générale. Ce n'est pas fréquent, dans une carrière politique, d'être nommé à Matignon, et donc, ce discours d'intronisation (informel, nous sommes sous la Cinquième République) est, en quelque sorte, l'un des moments culminants dans cette existence politique, et c'est le cas pour le maire de Pau et président du MoDem. Il a dû passer une nuit blanche.
La motion de censure déposée par le groupe FI et examinée le surlendemain, 16 janvier 2025, sera très probablement rejetée. Ni le RN ni probablement le PS, entre autres, ne souhaitent une censure à froid. En revanche, François Bayrou va devoir annoncer ce qui fixera sa destinée lors de la discussion budgétaire et de la probable nouvelle motion de censure pour son adoption.
Pour l'instant, François Bayrou a intégré l'enseignement du gouvernement de Michel Barnier : ne jamais faire confiance au RN pour la survie de son gouvernement, car ce groupe n'est pas fiable. En revanche, trouver des ponts avec le PS pour éviter une censure (le PS n'a aucun intérêt à une crise du régime) lui permettrait de durer. Encore ce lundi 13 janvier 2025 à 18 heures 30, une délégation du PS était reçue à Matignon. Des négociations au dernier moment. Pas forcément positives (le secrétaire général du PS Pierre Jouvet a dit sur BFMTV qu'il n'y avait pas eu « d'avancée significative dans les négociations »).
Ainsi, l'histoire ne se répétera pas. Peut-être qu'elle sera aussi écourtée que celle du gouvernement Barnier, mais ce ne sera pas pour la même raison, par la même méthode. Pendant longtemps, les caciques de LR avaient reproché à François Bayrou quelques points communs avec les socialistes. Ces derniers, en tout cas, considèrent qu'il y a une réelle négociation, une réelle écoute, en comparaison avec son prédécesseur direct. Peut-être que le soutien public, au second tour, à François Hollande en 2012 aura-t-elle sa justification a posteriori ? En tout cas, au contraire d'un Michel Barnier bien ancré à droite, François Bayrou est sincère lorsqu'il souhaite assurer un minimum de ponts avec le PS.
Le problème du PS (ainsi que des écologistes et des communistes), c'est que pour se différencier des insoumis, il leur faut une justification à la non-censure pour ne pas être traités de traîtres. Sans trophée, inutile d'envisager le temps long ou même demi-long. François Bayrou l'a bien compris et il est bien ennuyé, car le seul trophée qui vaille, c'est la réforme emblématique des retraites de 2023.
Depuis deux semaines, l'avenir de cette réforme se joue ainsi. Pas question d'abrogation, mais au moins une "suspension", de six mois. D'un point de vue juridique, une suspension est une catastrophe pour juriste : comment arrêter tout en assurant qu'on continue ? Et surtout, comment ne pas empêcher ceux qui bénéficient de cette réforme de ne pas être pénalisés ? Et cela sans nouvelle loi.
Comme avec Michel Barnier (c'était mon titre à sa déclaration de politique générale, prononcé le 1er octobre 2024), il s'agit d'une véritable quadrature du cercle. Comment rassembler deux aimants qui se repoussent ?
À ma gauche, Olivier Faure, le premier secrétaire du PS, qui a réaffirmé sa position le dimanche 12 janvier 2025 sur BFMTV (lire en tête de l'article). Le sésame socialiste s'ouvrira avec le mot Suspension.
Le problème, c'est qu'à ma droite, chez Les Républicains, le mot Suspension est synonyme de ligne rouge. Ainsi, dans "Le Parisien", le président du groupe LR à l'Assemblée Laurent Wauquiez a déclaré : « Suspendre la réforme sans scénario alternatif revient à sauter dans le vide sans parachute. Ce sera sans la droite républicaine ! ». Idem pour le Président du Sénat Gérard Larcher : « Le message st clair : ni suspension, ni abrogation ! ». Quant à la présidente LR du conseil régional d'Île-de-France Valérie Pécresse, elle a remis en cause, sur France Inter le 13 janvier 2025, la participation de LR au gouvernement en cas de suspension. Le principal concerné, le Ministre d'État, Ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau, fervent partisan de la réforme de 2023, ne précise pas s'il partirait en cas de concession à suspension aux socialistes.
Que me soit ici permis un petit commentaire acerbe envers les hiérarques de LR : ils ne manquent pas de culot alors qu'en 2023, ils s'étaient positionnés à l'Assemblée contre la réforme d'Élisabeth Borne. C'est justement parce que LR avait refusé de voter cette réforme que le gouvernement a dû brandir l'article 49 alinéa 3 de la Constitution, puis, plus généralement, par absence de majorité absolue, que le Président Emmanuel Macron a fini par dissoudre l'Assemblée l'année suivante. Où étaient-ils en 2023 ? Seul Bruno Retailleau et Gérard Larcher ont été cohérents dans cette affaire puisqu'ils avaient soutenu la réforme au Sénat.
Au-delà du devenir de la réforme des retraites (ce n'est pas gentil, une si longue hésitation, pour les personnes concernées qui doivent quand même pouvoir avoir une idée de leur futur proche), François Bayrou devra aussi faire des réductions budgétaires, 50 milliards d'euros, peut-être plus si des concessions ont été données pour la suspension ? Et cela dans un contexte où son Ministre de la Justice réclame une augmentation drastique de son budget pour lutter plus efficacement contre les narco-trafiquants.
François Bayrou a néanmoins une certitude : c'est qu'en tout état de cause, LR ne voterait pas de motion de censure contre son gouvernement. Mais ce n'empêche que si les ministres LR devaient le quitter, et sachant qu'il est hors de question d'intégrer des ministres du PS (le PS souhaite rester dans l'opposition ; ce qui se négocie, c'est juste la non-censure), cela réduirait énormément sa base gouvernementale.
C'est là qu'on attend la grande richesse de la fabrique de consensus de François Bayrou. Et elle semble se reposer sur un mot, le mot suspension. Alors, j'ai regardé les synonymes que Larousse proposait pour Suspension : abolition, accalmie, arrêt, cessation, fermeture, trêve, interruption, fin. Il y a parmi ces mots proposés des mots à collerette rouge à exclure à tout prix, comme abolition, arrêt, cessation, fermeture, fin. On pourrait garder "accalmie", accalmie dans la vie politique française. Ou encore "trêve". Ce ne sera plus la trêve des confiseurs, mais la trêve de la galette, la trêve des rois. Bref, la paix des braves ! (Mais ce n'est pas gagné).
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (13 janvier 2025)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
François Bayrou au jour J.
Édouard Philippe et sa partition particulière contre l'indolence.
François Bayrou et le Chemin.
Vœux 2025 d'Emmanuel Macron : aux Français de trancher ?
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron, le 31 décembre 2024 à Paris (texte intégral et vidéo).
François Bayrou au travail !
Gouvernement Bayrou : un choc d'autorité ?
Composition du Gouvernement François Bayrou I nommé le 23 décembre 2024.
Le difficile accouchement du gouvernement Bayrou.
La méthode Bayrou réussira-t-elle ?
Terre de désolation.
La folle histoire de la nomination de François Bayrou.
François Bayrou, le papa Macron !
Le tour de François Bayrou !
La polémique entre Maurice Druon et François Bayrou en juillet 2004.
Le paysage politique français postcensure.
Motion de sangsue : les conséquences économiques désastreuses de la censure.
Philippe Vigier défend les Français face au renoncement national.
Laurent Wauquiez met en garde contre l'instabilité institutionnelle.
Emmanuel Macron face à ses choix.
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 5 décembre 2024 (texte intégral).
La motion RNFP : Chassez le naturel, il revient au chaos !
L'émotion de censure de Michel Barnier.
La collusion des irresponsables.
Gouvernement Barnier : les yeux du monde rivés sur la France.
Risque de censure : Non, le RN n'est pas l'arbitre des élégances !
Michel Barnier plaide pour la sobriété normative et procédurale !
Discours du Premier Ministre Michel Barnier le 21 novembre 2024 à la Porte de Versailles (vidéo et texte intégral).
Michel Barnier sur les pas de Pierre Mendès France.
Discours du Premier Ministre Michel Barnier le 15 novembre 2024 à Angers (vidéo et texte intégral).
PLF 2025 : la majorité de rejet !
Michel Barnier : déjà deux mois !
François Guizot à Matignon ?
5 euros pour visiter Notre-Dame de Paris ?
Achats dans la fonction publique : des économies à faire ?
Doliprane : l'impéritie politique.
Proche-Orient : l'incompréhension de Roger Karoutchi.
Motion de censure : le quart d'heure de gloire d'Olivier Faure.
Budget 2025 : l'impossible mission de Michel Barnier.
Claude Malhuret : du vol des élections aux chefs d'escadrille...
Les 3 lignes rouges de Marine Le Pen pour ne pas censurer le gouvernement Barnier.
La quadrature du cercle de Michel Barnier.
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250113-bayrou.html
https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/francois-bayrou-au-jour-j-258628
http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/01/13/article-sr-20250113-bayrou.html
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Les 20 ans de Mahmoud Abbas
« Je suis obligé de poursuivre la politique de Yasser Arafat. Je suis lié au dernier discours d’Arafat devant le Conseil constitutif du 18 août 2004. S’il s’agit d’un discours extrémiste, comme certains le prétendent, je suis également extrémiste, mais en fait je ne le suis pas. Je l’ai relu et je peux vous confirmer que les propos d’Arafat sont logiques et pragmatiques et que j’y adhère complètement. » (Mahmoud Abbas, le 8 novembre 2004).
Le général Joseph Aoun (61 ans) a été élu Président de la République libanaise ce jeudi 9 janvier 2025 au quatorzième tour par 99 voix sur 128 au total avec 27 votes blancs ou nuls. Soutenu par le maronite Samir Geagea, le Qatar et les États-Unis, Joseph Aoun était commandant en chef des forces armées libanaises depuis le 8 mars 2017. Après une vacance présidentielle de plus de deux ans et deux mois, il succède à Michel Aoun (sans lien de parenté), Président de la République libanaise du 31 octobre 2016 au 31 octobre 2022, ce dernier lui-même élu à l'âge de 83 ans, après une vacance présidentielle de plus de deux ans et cinq mois, au quarante-septième tour par 83 voix sur 127 au total avec 43 votes blancs ou nuls, avec l'appui du Hezbollah. Les élections présidentielles libanaises sont laborieuses à cause du quorum nécessaire à l'élection (il faut au moins 86 députés présents sur 128) et du boycott d'un parti ou d'un autre qui fait annuler les scrutins.
Les Libanais ont du mal à avoir un Président mais au moins, il est élu. Pour l'Autorité palestinienne, la situation est encore plus difficile. C'est maintenant il y a vingt ans, le 15 janvier 2005, que Mahmoud Abbas est devenu le Président de l'Autorité palestinienne. Représentant le Fatah, il a été élu le 9 janvier 2005 en Cisjordanie et à Gaza dès le premier tour par 62,5% des voix (soit un petit peu plus qu'un demi-million de suffrages) face à six autres candidats (dont le principal était Mustafa Barghouti, indépendant, à 19,5%), pour une participation de 72,1% (mais environ 30% des citoyens palestiniens n'étaient pas enregistrés sur les listes électorales). Le 3 janvier 2013, Mahmoud Abbas, qui siège à Ramallah (en Cisjordanie), s'est autoproclamé Président de l'État de Palestine au lieu de Président de l'Autorité palestinienne.
Cette élection du 9 janvier 2005 avait pour but de trouver un successeur à Yasser Arafat, élu Président de l'Autorité palestinienne le 20 janvier 1996 (conformément aux Accords d'Oslo) et mort le 11 novembre 2004. L'élection de Mahmoud Abbas n'était pas évidente car il avait un sérieux concurrent au sein du Fatah en la personne de Marwan Barghouti, incarcéré et impliqué dans les deux Intifada (les sondages les mettaient au coude à coude mais il s'est désisté au nom de l'unité des Palestiniens et sur pression du Fatah qui soutenait officiellement Mahmoud Abbas).
Mahmoud Abbas avait été le (premier) Premier Ministre de Yasser Arafat du 19 mars 2003 au 6 septembre 2003 dans un poste créé spécialement par le leader historique de l'OLP, sous la pression des États-Unis, pour mettre fin au désordre qui régnait dans les territoires palestiniens et permettre aux États-Unis d'avoir un interlocuteur moins sulfureux que Yasser Arafat qui, par cette occasion, a dû céder une partie de ses pouvoirs. Sa démission quelques mois plus tard aurait été motivée par la peur de voir son intégrité corporelle menacée par un certain nombre de groupes violents. Ses oppositions étaient nombreuses, en particulier le Hamas et le Jihad islamique à Gaza, les Américains et les Israéliens qui ne l'aidaient pas à asseoir son autorité et même Yasser Arafat qui voulait continuer à gouverner.
Les élections législatives palestiniennes du 25 janvier 2006 ont été largement remportées par le Hamas avec 74 sièges sur 132, battant le Fatah avec 45 sièges. C'étaient les premières élections depuis le 20 janvier 1996... et les dernières à ce jour. Considérant qu'il avait perdu les élections, Mahmoud Abbas a appelé le 29 mars 2006 Ismaël Haniyeh, le dirigeant historique du Hamas (qui allait être tué le 31 juillet 2024 à Téhéran), à former un "gouvernement de cohabitation". Il a été renvoyé par Mahmoud Abbas le 15 juin 2007 à cause des violences de son mouvement, mais le leader du Hamas s'est accroché jusqu'au 2 juin 2014 (parallèlement à Salam Fayyad nommé Premier Ministre). Concrètement, il y avait deux directions, une en Cisjordanie et une autre à Gaza. Le 2 juin 2014, un gouvernement de rassemblement (Hamas-Fatah) a été formé sous la direction de Rami Hamdallah (nommé Premier Ministre le 6 juin 2013, jusqu'au 14 avril 2019).
Pour de multiples raisons matérielles et politiques (et une volonté très affirmée de garder le pouvoir), que ce fût Yasser Arafat ou Mahmoud Abbas, ils sont restés Présidents aussi longtemps que possible, sans avoir été réélus, alors que le mandat présidentiel de l'Autorité est de quatre ans. Il a été "pseudo-réélu" le 23 novembre 2008 et le 4 mai 2018, mais pas dans des élections populaires. Le Conseil national palestinien, émanation non élue de l'OLP, a en outre proclamé le 16 décembre 2009 le mandat présidentiel prolongé jusqu'aux prochaines élections qui n'ont encore jamais eu lieu.
Mahmoud Abbas semble être un Président tout à fait hors-sol ayant un ministère de la parole. Il va avoir 90 ans le 16 mars prochain, mais il compte encore avoir l'énergie de mener le peuple palestinien vers ce qu'il entend être un véritable État palestinien comportant la Cisjordanlie, le bande de Gaza (dirigée par le Hamas) et Jérusalem-Est. Autant dire qu'il croit au Père Noël.
Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche faisait d'ailleurs partie de ses pires cauchemars. En effet, le Président milliardaire, lors de son premier mandat, le 6 décembre 2017, avait reconnu Jérusalem comme la capitale de l'État d'Israël au lieu de Tel-Aviv, déclaration qui fut condamnée le 21 décembre 2017 par 128 des 193 États-membres de l'ONU lors de son Assemblée Générale.
Si le successeur de Yasser Arafat a démissionné de la présidence du comité exécutif de l'OLP le 22 août 2015 (il l'était depuis la mort de Yasser Arafat), il compte absolument s'accrocher au pouvoir à la tête de l'Autorité palestinienne qui n'a d'autorité que le nom.
Accusé dans plusieurs affaires de corruption, également de soutien à des activités terroristes depuis une cinquantaine d'années, Mahmoud Abbas s'est distingué par des propos ouvertement antisémites ou relativisant la Shoah et réécrivant l'histoire, à de nombreuses occasions internationales (au point que la Ville de Paris lui a retiré la médaille de Vermeil le 8 septembre 2023 pour un énième dérapage antisémite et négationniste). Déjà le 4 mai 2018, après des propos inacceptables (adressés aux Palestiniens le 30 avril 2018 qui ont provoqué une vague d'indignation internationale), il avait présenté des excuses à la communauté internationale, excuses qui ne devaient pas être très sincères vu ses récidives ultérieures (en 2022 et 2023, entre autres) : « Si mes propos devant le Conseil national palestinien ont offensé des gens, en particulier des gens de confession juive, je leur présente mes excuses. Je voudrais assurer à tous que telle n’était pas mon intention [de les offenser] et réaffirmer mon respect total pour la religion juive, ainsi que pour toutes les religions monothéistes. Je voudrais renouveler notre condamnation de longue date de l’Holocauste, le crime le plus odieux de l’histoire, et exprimer notre compassion envers ses victimes. Nous condamnons l’antisémitisme sous toutes ses formes et confirmons notre engagement pour une solution à deux États, et à vivre côte à côte dans la paix et la sécurité. ».
En Cisjordanie, Mahmoud Abbas est devenu très impopulaire depuis le massacre du 7 octobre 2023 et la riposte israélienne. On lui reproche l'impuissance et l'inaction. La colère des Palestiniens se retourne contre lui. Avant la guerre de Gaza, il était déjà très impopulaire puisque les trois quarts de la population étaient favorables à sa démission. Selon Hugh Lovatt, chercheur au Conseil européen des relations internationales : « Coincée entre l'opinion publique et les attentes américaines, l'Autorité palestinienne a jusqu'à présent évité de prendre une position claire, ce qui ne l'a pas aidée non plus. Il se trouve donc dans une position perdant-perdant. » (le 22 octobre 2023 sur France 24).
Du reste, Ghaith Al-Omari, l'ancien négociateur palestinien (en 2000 et 2001), expliquait à Marc Daou le 23 mars 2023 sur France 24 : « La vie politique palestinienne n'a jamais été démocratique, mais elle était vivante et active. Aujourd'hui, tout cela n'existe plus : cet espace politique s'est fermé et le Président Abbas et son entourage ont systématiquement veillé à saper l’image et l’autorité de chaque dirigeant qui commençait à devenir populaire. Tout au long du mandat de Yasser Arafat, il y a toujours eu deux ou trois candidats potentiels à sa succession, dont Mahmoud Abbas. Mais aujourd'hui, il est impossible de désigner un favori parce que le Président a œuvré pour affaiblir tous les candidats potentiels à sa succession. En somme, tous ceux qui sont en désaccord avec lui finissent par être écartés (…). Il y a actuellement au moins dix personnalités qui aspirent à la Présidence, mais aucune d'entre elles n'est assez forte politiquement ou n'a suffisamment de popularité ou de soutien pour se détacher. En l’absence de candidats forts ou légitimes, la compétition entre eux peut mal tourner. Nous savons qu'il y a beaucoup d'armes qui circulent en Cisjordanie occupée et qu’un certain nombre de successeurs potentiels recrutent des partisans, ce qui rend crédible la perspective d’un processus long et violent. ».
Et l'ancien conseiller de Mahmoud Abbas d'affirmer : « Lorsqu'il est devenu Président, il est resté engagé, et il l'est toujours aujourd'hui, dans la voie de la non-violence et de la diplomatie. Mais nous avons réalisé qu'il n'était pas un réformateur ni en faveur des réformes. Mahmoud Abbas a aussi fermé les yeux sur la corruption qui, encore aujourd’hui, gangrène l’Autorité palestinienne. ». Mahmoud Abbas est, il est vrai, considéré comme l'architecte des Accords d'Oslo, parmi les premiers Palestiniens à vouloir régler le conflit par voie diplomatique.
Bien avant, Tobias Buck, du "Financial Times", en octobre 2011, avait compris la personnalité du chef palestinien : « Dans l’univers perfide de la politique palestinienne, on dit qu’Abbas place au-dessus de tout la loyauté de son entourage proche. Ses assistants le conseillent, préparent ses discours et agissent comme ses émissaires. Au cours d’une réunion récente, Saeb Erekat, le négociateur en chef, lui chuchotait ses recommandations et se tenait également prêt à lui allumer cigarette sur cigarette. (…) Abbas déclare qu’il ne souhaite pas rester au pouvoir, ce que beaucoup sont disposés à croire. (…) Pourtant, une retraite paisible ne semble pas imminente. Selon certains diplomates, il apprécie davantage le décorum du pouvoir et les privilèges de ses fonctions que ne le suggère son attitude modeste. ».
Le correspondant de "Marianne" en Israël, Julien Lacorie, écrivait le 11 février 2023 : « La fin de règne du chef de l’Autorité palestinienne s’annonce des plus sombres. Tout semble s’écrouler autour de lui alors qu’un embrasement des violences menace de toute part. Les trois quarts des Palestiniens souhaitent que Mahmoud Abbas, accusé de corruption et de népotisme depuis une dizaine d’années, prenne sa retraite. ».
Vingt ans ! Mahmoud Abbas aura connu (au moins) quatre Présidents de la République française : Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron. « Malgré son impopularité, son inefficacité et sa santé fragile », dixit Olivier Poujade le 24 novembre 2023 sur France Info, Mahmoud Abbas « reste pourtant le seul interlocuteur officiel à l'international » des Palestiniens. Quand Emmanuel Macron s'est rendu au Proche-Orient après le massacre du 7 octobre, c'est au Président de l'Autorité palestinienne qu'il est allé rendre visite pour négocier la libération des otages du Hamas, alors que cela se "joue" en fait avec le Qatar et le Hamas.
Le problème du représentant palestinien, c'est que l'officiel est Mahmoud Abbas dont le mandat s'est terminé le 15 janvier 2009, et pour désigner un successeur, il faut organiser des élections au cours desquelles les Palestiniens plébisciteront probablement à 75% le candidat du Hamas, ce que ne veulent absolument pas les Israéliens. On ne peut tout de même pas tabler sur l'immortalité d'un Mahmoud Abbas, qui plus est nonagénaire dans quelques semaines.
La solution viendrait d'un prisonnier d'une prison israélienne depuis 2002, considéré comme un terroriste et déjà évoqué pour la succession de Yasser Arafat : Marwan Barghouti, appelé par certain le Nelson Mandela de la Palestine, a déjà fait des appels à la paix. En 2006, il disait à une télévision américaine : « Je pense que mon peuple serait prêt à envisager la paix avec le peuple israélien. ». Mais pour cela, le gouvernement israélien devra faire un geste emblématique : le libérer après vingt-deux années d'incarcération.
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (11 janvier 2025)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
Mahmoud Abbas.
Yasser Arafat.
Les Accords d'Oslo.
Shimon Peres.
Yitzhak Rabin.
L'horreur du Hamas.
L'avenir de la France se joue aussi à Gaza !
Massacre à Gaza.
La chute de Bachar El-Assad.
Michel Aoun.
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250115-mahmoud-abbas.html
https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/les-20-ans-de-mahmoud-abbas-258455
http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/01/10/article-sr-20250115-mahmoud-abbas.html