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  • Grippe aviaire : désastre sanitaire mondial en perspective ?

    « Elle l'agrippe avec force et il ne se débat pas. Ses plumes sont douces, c'est plus doux que de la peau, c'est comme un oreiller, une peluche. Elle a envie de le serrer contre elle. (…) Quand elle le lâche sur le sol du salon, il reste près d'elle pour venir picorer ses chaussures avec tendresse. Il n'est pas coutumier de la violence. Elle aimerait l'implorer de se tenir tranquille, de ne pas être si doux. (…) Sous les plumes, le cœur bat vite et fort. Il agite le bec, pique l'air. Ses muscles se crispent. Elle augmente la pression et de minuscules os se brisent. Le corps entier craque. (…) Un dernier souffle, léger, se dissipe. » (Lucie Rico, "Le chant du poulet sous vide", 2020, éd. P.O.L.).



     

     
     


    Bonne nouvelle en France : l'épidémie de grippe aviaire est passée le 21 mars 2025 du niveau "élevé" au niveau "modéré" (plus exactement, le risque IAHP, influenza aviaire hautement pathogène). L'occasion pour Annie Genevard, la Ministre de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire de se féliciter lors de la séance de ce mercredi 26 mars 2025 à l'Assemblée Nationale : « La France a recouvré le statut de pays indemne et le risque de contamination étant désormais modéré, les canards pourront aller à l’extérieur. Je viens de signer l’arrêté qui était très attendu par les éleveurs. ». La vigilance reste toutefois à l'ordre du jour, vigilance et procédures de sécurité.

    Répondant à une question de David Taupiac, député (LIOT) du Gers, Annie Genevard connaît bien ce problème : « La filière avicole a subi des crises terribles entre 2015 et 2023. L’État a été à ses côtés en la soutenant par des indemnisations à hauteur de 1,6 milliard d’euros et vous avez rappelé que la politique de vaccination de la France a porté ses fruits, le nombre de foyers de contamination étant désormais maîtrisé. L’État a donc été au rendez-vous. Le coût annuel de la vaccination et de la surveillance du virus s’élève à environ 100 millions d’euros. La part prise en charge par l’État atteignait 85% pour la période 2023-2024 et 70% pour la période 2024-2025 ; pour la période 2025-2026, elle descendra, comme annoncé, à 40%. Pour le producteur, cela constituera un surcoût d’une quarantaine de centimes par canard. ».
     

     
     


    Canards, poulets, oies, et autres volailles, la grippe aviaire a été un véritable fléau chez les éleveurs. Mais d'abord, précisons le vocabulaire : lorsqu'elle s'applique aux animaux, la maladie s'appelle plus spécifiquement influenza aviaire, et lorsqu'elle est chez l'homme, grippe aviaire. La France a donc réussi à contenir l'épidémie actuelle grâce à une politique volontariste de vaccination des animaux, ce qui est mieux que d'abattre toutes les volailles. Mieux et moins coûteux. Le mieux est multiple, car cela contient surtout l'épidémie.

    Cependant, l'optimisme est loin d'être de rigueur pour l'influenza aviaire. David Taupiac faisait part justement du cas d'un mouton britannique qui a été testé positif à l'influenza aviaire H5N1 le 24 mars 2025 : « Ce cas inédit s’inscrit dans un contexte d’inquiétude croissante à l’échelle mondiale au sujet de la propagation du virus, et plus particulièrement d’un nouveau variant, capable de contaminer un nombre croissant d’espèces de mammifères, humains compris. Aux États-Unis, ce sont près d’un millier de bovins qui ont été touchés en un an, avec des cas également confirmés pour des porcs et des alpagas. En réponse, les ministres américains de la santé et de l’agriculture suggèrent, contre tous les avis scientifiques, de laisser circuler le virus entre les élevages avec un risque majeur de mutation, qui serait synonyme de roulette russe pour la santé humaine. L’alerte internationale est donc sérieuse. ».
     

     
     


    Eh oui, le nouveau gouvernement Trump risque bien de jouer avec le feu, et sa politique sur l'OTAN, l'Ukraine, le Groenland, l'Iran, Gaza, etc. risque de n'être rien par rapport à un risque sanitaire mondial majeur que représenterait la grippe aviaire répandue sur l'homme.

    Rappelons d'abord ce qu'est la grippe aviaire. Le virus provient d'oiseaux aquatiques sauvages et est transmis aux oiseaux d'élevage lors de leur migration. Il est mortel pour 90% à 95% des cas. Ce n'est donc pas anodin, c'est très grave. Interrogé par Delphine Roucaute le 21 mars 2025 pour "Le Monde", Thierry Lefrançois, vétérinaire au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD), a expliqué que le virus entraîne une défaillance de tous les organes, des hémorragies, une insuffisance respiratoire : « Les virus influenza aviaires font énormément souffrir les animaux. ».
     

     
     


    La première fois qu'on a détecté le virus H5N1 (un virus influenza aviaire hautement pathogène), c'était en 1996 sur une oie domestique dans la province de Guangdong au sud de la Chine. Un an plus tard, des volailles domestiques à Hong Kong ont été contaminées, qui ont infecté 18 humains et provoqué la mort de 6 personnes. Cette infection a été repérée ensuite en 2003 en Asie, puis en Europe et en Afrique, sur les animaux, mais aussi sur des humains avec plusieurs centaines de décès.

    Le 8 janvier 2025, la professeure Jeanne Brugère-Picoux, vétérinaire et membre de l'Académie de médecine, rappelait pour le "Journal des femmes" : « Le virus n'est pas adapté à l'homme. (…) Le seul risque réside effectivement dans la mutation du virus. Par exemple, s'il contamine un porc puis un humain mais les élevages mixtes porcs et volailles sont très surveillés pour éviter que les virus ne se baladent. ». En particulier, si l'humain est infecté au H5N1 alors qu'il est déjà infecté au virus de la grippe saisonnière, le risque est important d'avoir une mutation avec un nouveau virus grippal contagieux entre les humains.
     

     
     


    Le problème, c'est effectivement que le virus peut sauter la barrière des espèces. Même si c'est rare, il peut contaminer des porcs et surtout, des humains. A priori, aucun humain touché n'en a contaminé d'autre à ce jour. En revanche, la maladie, bien que rare, est très dangereuse, de l'ordre de 40% de létalité. L'humain se contamine par voie respiratoire en atmosphère confinée avec des oiseaux infectés, il n'est pas contaminé par la consommation de viande, d'œufs ou de foie gras.

    Aux États-Unis, la situation est dramatique. Le virus, qui a une capacité de mutation très rapide, est passé des oiseaux aux vaches laitières, contaminant 989 troupeaux bovins dans 17 États américains depuis mars 2024. "Le Monde" a rapporté : « Depuis avril 2024, le virus H5N1 a été détecté dans 336 élevages commerciaux et 207 élevages de basse-cour aux États-Unis, pour un total de plus de 90,9 millions d’oiseaux touchés. ». Des chèvres aussi ont été infectées.

    Autre événement inquiétant, une autre souche d'influenza aviaire, le virus H7N9, a été identifiée le 24 mars 2025 dans un élevage du Mississippi, ce qui a entraîné l'abattage de 47 654 poulets. Mais ce type de virus était déjà présent en Chine dès 2013 et il a été la cause de la mort d'au moins 616 personnes à qui le virus a été transmis sur un total de 1 568 personnes à l'infection confirmée, soit une létalité de 39,3% (en janvier 2022, selon l'Organisation Mondiale pour la Santé).
     

     
     


    Le plus inquiétant, c'est le nouveau gouvernement qui est aux commandes à Washington. Le nouveau Ministre de la Santé n'a que son patronyme pour être respecté, Robert F. Kennedy Jr. Un antivax notoire, il n'a jamais pris des positions compatibles avec des faits scientifiques, et les conséquences sont très rapides. Par exemple, en renonçant à la vaccination contre la rougeole, les cas se sont récemment multipliés aux États-Unis, provoquant de nombreux décès.

    Pour la grippe aviaire, l'enjeu est colossal. La proposition de Robert F. Kennedy Jr, c'est de ne pas abattre les élevages infectés ni de les vacciner préventivement. L'objectif, c'est qu'à long terme, les 5% à 10% des oiseaux ayant survécu se reproduisent et forment ainsi des oiseaux plus résistants à l'influenza aviaire. C'est aussi l'idée du Ministre de l'Agriculture Brooke Rollins. La journaliste Delphine Roucaute a traduit l'idée de ces deux ministres américains : « La stratégie consistant à sélectionner des animaux plus résistants génétiquement à certains virus pour lutter contre les épizooties n’est pas nouvelle et a déjà été explorée contre certaines maladies transmissibles, comme la tremblante, une maladie à prions qui touche les ruminants. ».

    Mieux combattre le virus en le faisant circuler pour atteindre une immunité de groupe ? On se rappelle que c'était ce qu'avait voulu faire Boris Johnson au Royaume-Uni pour le covid, au début de la pandémie, et cela a été catastrophique, il a vite changé de politique en vaccinant massivement le peuple britannique.

    Car le raisonnement de libre circulation du virus est une illusion. Également interrogé par "Le Monde", Jean-Luc Guérin, professeur en pathologie aviaire à l'École nationale vétérinaire de Toulouse et directeur de laboratoire à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE), a résumé simplement le problème : « Rien ne peut résulter de bon à laisser circuler les virus influenza aviaires, c’est une course impossible entre le virus et le poulet. (…) Il est très inquiétant pour la santé publique globale d’entendre de hauts responsables faire ce genre de déclaration contraire aux données scientifiques accumulées depuis des décennies dans le monde entier. ». En effet, le virus mute très rapidement. Le poulet perdra face au virus.

     

     
     


    Le problème en effet, c'est que cette stratégie de l'immunité collective des oiseaux ne peut pas fonctionner. Jean-Luc Guérin l'a fait remarquer : « L’idée de laisser faire la nature ne marche pas avec ce virus. Les virus influenza aviaires sont tellement évolutifs, du fait des mutations et réassortiments génétiques, que toute notion de résistance basée sur la sélection est vouée à l’échec. ». Thierry François a surenchéri : « On parle d’élevages intensifs, avec des animaux génétiquement quasi identiques, il y a très peu de variabilité entre individus. ». Les poulets sont gardés en vie six à huit semaines, les poules pondeuses un an et demi à deux ans. C'est quasiment impossible, du moins improbable, de faire survenir une résistance génétique en si peu de temps.

    En outre, le risque de laisser circuler le virus est grand pour les autres animaux, en particulier les chats, et évidemment pour l'humain. En début janvier 2025, une personne de 65 ans infectée par le virus est morte aux États-Unis, en tout, 70 travailleurs agricoles ont été contaminés aux États-Unis.

    Dès 2021, le site de l'Institut Pasteur prévenait : « La propagation de l’infection chez les oiseaux augmente la probabilité de l’apparition d’un nouveau virus grippal dans la population humaine. De plus, comme tous les virus grippaux de type A, le sous-type H5N1 a une grande capacité à muter au cours du temps (…). Le risque de voir apparaître un nouveau virus capable de se transmettre d’homme à homme est à prendre en considération. ». De nombreux mammifères ont déjà été touchés par la grippe aviaire : morses, ours polaires, phoques, otaries, etc.

    Des chercheurs du CEA (Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives) et leurs partenaires ont révélé dans une publication scientifique (le "Journal of the American Chemical Society"), le 14 septembre 2023, l'origine moléculaire d'un possible franchissement de la barrière entre les espèces de la grippe aviaire et de sa transmission à l'humain. Martin Blackledge, chercheur à l'Institut de biologie structurale de l'Irig, a précisé : « Le virus de la grippe exécute un remarquable travail d'ingénierie moléculaire qui lui permet de surmonter les barrières entre espèces. Mais la connaissance précise de cette plasticité nous ouvre aussi des voies totalement nouvelles pour développer des stratégies inhibitrices puissantes contre la menace pandémique omniprésente de la grippe aviaire. ».


    Les inconséquences sanitaires du gouvernement Trump pourraient donc avoir de graves conséquences pour la santé publique mondiale, en particulier en favorisant l'évolution rapide des virus et leur mutation sur l'humain avec des létalités qui n'ont rien à voir avec le covid. Surtout si, en même temps, il supprime les budgets de la recherche sur ce sujet. Le danger est là : quand l'idéologie dogmatique et les intérêts économiques remplacent la science, on peut s'attendre à de véritables catastrophes humaines. Mais il n'est jamais trop tard pour retrouver le bon sens.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (26 mars 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Grippe aviaire : désastre sanitaire mondial en perspective ?
    Covid-19 : il y a 5 ans, "Nous sommes en guerre" !
    Marie Marvingt.
    Le Plan Calcul.

    Paiement par smartphone.
    Claude Allègre.
    Benoît Mandelbrot.
    Publication : Tan, Lei. "Similarity between the Mandelbrot set and Julia sets". Comm. Math. Phys. 134 (1990), no 3, 587-617.
    Fractales explosives.
    Hubert Curien.
    Alain Bombard.
    Hubert Reeves.
    L'intelligence artificielle récompensée par les Nobel 2024 de Physique et de Chimie.
    Didier Raoult interdit d'exercer !
    2e rentrée scolaire contre les papillomavirus humains.
    Variole du singe (mpox) : "ils" nous refont le coup ?
    Covid : attention au flirt !
    Papillomavirus humains, cancers et prévention.
    Publications sur le papillomavirus, le cancer du col de l'utérus et l'effet de la vaccination anti-HPV (à télécharger).
    Émission "Le Téléphone Sonne" sur la vaccination contre les papillomavirus, sur France Inter le 3 mars 2023 (à télécharger).
    Le cancer sans tabou.
    Qu'est-ce qu'un AVC ?
    Lulu la Pilule.
    La victoire des impressionnistes.
    Science et beauté : des aurores boréales en France !
    Le Tunnel sous la Manche.
    Peter Higgs.
    Georges Charpak.
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    Katalin Kariko et Drew Weissman Prix Nobel de Médecine 2023 : le vaccin à ARN messager récompensé !
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    Poussières sur l'autre Reeves.
    Prix Nobel de Physique 2023 : les lasers ultrarapides, la physique attoseconde... et la France récompensée !
    John Wheeler.
    La Science, la Recherche et le Doute.
    L'espoir nouveau de guérir du sida...
    Louis Pasteur.
    Howard Carter.
    Alain Aspect.
    Svante Pääbo.
    Frank Drake.
    Roland Omnès.
    Marie Curie.

     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250321-grippe-aviaire.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/sante/article/grippe-aviaire-desastre-sanitaire-260041

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/03/21/article-sr-20250321-grippe-aviaire.html


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  • Stéphanie de Monaco et son dernier Bébé

    « Ton absence me dévore
    Et mon cœur bat trop fort
    Ai-je eu raison ou tort
    De t'aimer tell'ment fort ? »
    ("Comme un ouragan", 1986, paroles de Marie Léonor, composition de Romano Musumarra).




     

     
     


    La princesse Stéphanie de Monaco, la sœur du prince Albert II, fête ses 60 ans ce samedi 1er février 2025. Stéphanie de Monaco est très célèbre, du moins pour les plus de 50 ans qui ont connu sa période (très courte) de star de la chanson. Elle a en effet sorti quelques "tubes" qui ont fait vibrer des jeunes de l'époque, dont le célèbre "Comme un ouragan" (en 1986), premier dans les ventes en France. Ce qui a aussi suscité l'humour potache des Inconnus dans un sketch pas moins connu, "Télé Magouilles" (voir en fin d'article quatre "tubes" et un sketch).

    La princesse n'est pourtant pas du genre à se coller aux mondanités, aux paillettes, au paraître en général, malgré sa phase de starlette (plutôt que de star, en fait) de sa jeunesse. Elle est d'abord une mère attentive de trois enfants et, au-delà de ses obligations de représentation dans cette principauté anachronique, elle utilise sa notoriété pour des causes qui lui paraissent justes, comme la lutte contre le sida (elle parraine Fight Aids Monaco depuis 2004) et aussi la défense des animaux. Une sorte de Brigitte Bardot de Monaco. Elle a même été en concurrence avec cette dernière pour une histoire de deux éléphantes. Retour à une peine princière d'il y a un an et demi, qui ne m'a pas laissé indifférent...

    André Gide écrivait en 1935 : « Chaque animal n’est qu’un paquet de joie. ». Cette appréciation est un peu vrai : un animal est joyeux par nature, sauf si on le rend malheureux. Il est joyeux et il apporte la joie par sa présence et par les éventuelles relations qu'il peut entretenir avec l'être humain. Et a contrario, quand l'animal souffre ou meurt, il déclenche une peine, une tristesse, qui est du même ordre que les malheurs des humains.

    On peut évidemment mettre des échelles de valeur, des hiérarchies d'importance et considérer que la mort d'un animal est moins grave que celle d'un être humain. C'est d'ailleurs ce que je crois profondément et je le dis pour une simple cohérence. N'étant pas anthropophage, je suis néanmoins carnivore, ou du moins, je ne suis pas végétarien, même si l'idée de manger un animal que j'aurais vu vivant m'est insupportable : la complexité est dans le paradoxe et la contradiction entre pensée et pratique.

    Toujours est-il que lorsqu'on est confronté à la mort d'un animal avec lequel on a passé un bout de vie ensemble, la tristesse s'impose alors que d'autres malheurs, hélas, et ceux-là humains, ne cessent de s'accumuler, et faire ce qu'on peut appeler le deuil de l'animal est presque un scandale face aux horreurs hélas quotidiennes qu'on apprend tous les jours parmi les humains.

    Cette peine, c'est ce qu'a dû ressentir la princesse Stéphanie de Monaco au début de l'été 2023. En fait, pour cette peine, elle n'était ni princesse, ni chanteuse, ni star quelconque, elle n'était que la nouvelle "maman" de Baby qui vient de disparaître le 13 juillet 2023. "Maman" est un bien grand mot car Baby, qui est une éléphante, avait 56 ans, pas très loin de l'âge de la célébrité monégasque à l'époque (58 ans).

    Une triple émotion : la perte d'un être cher, le changement de vie consécutif à celle-ci et une troisième émotion, celle-ci sans doute positive, la joie d'avoir agi jusqu'au bout pour le bien-être de Baby alors qu'elle avait été condamnée à mort par des bureaucrates lyonnais il y a plus de dix ans.

    Cette histoire de Baby, elle est aussi un peu la mienne, je l'avoue. Retournons-nous encore en arrière, dix-neuf ans en arrière (mon Dieu comme le temps passe vite !). Nous sommes en 2006 et je me promenais dans le très beau Parc de la Tête d'Or à Lyon. Soleil, visiteurs, douceur de la météo. Au milieu de ce parc, j'ai vu trois éléphants. J'ai su par la suite que c'étaient des éléphantes (je crois que les mâles se remarquent très vite par leur appendice... très long). Je ne suis pas un expert en éléphant, j'ai dû en voir quelques-uns dans ma vie, mais plutôt quand j'étais enfant, par exemple, au zoo de Bâle, je m'en souviens très bien. Je n'ai pas non plus une sensibilité pour les animaux plus forte que la "normale" (à définir). Mais dès la première seconde que j'ai vu les trois éléphantes, je me suis dit qu'elles étaient très malheureuses à être attachées ainsi. Car comme des forçats, elles avaient une chaîne à une patte, qu'elles secouaient désespérément en tapotant sur une souche d'arbre, elles laissaient tomber leur tête de côté, elles semblaient avoir des TOC, à l'évidence, elles s'ennuyaient terriblement.

    J'avoue que j'en suis ressorti avec des sentiments troubles de peine pour ces animaux, et, pour moi, de lâcheté et de culpabilité. Je n'ai pas réagi, je n'ai pas écrit de lettre, je n'ai protesté auprès de personne, je suis reparti de Lyon comme si je n'étais pas concerné. Les trois éléphantes s'appelaient Java, Népal et Baby. Baby, qui est morte le 13 juillet 2023, a été la dernière survivante. J'avais évoqué Népal dans un précédent article.

    Si elles étaient à Lyon, c'étaient parce qu'elles étaient en retraite depuis 1999 : appartenant au cirque Pinder, elles étaient trop âgées pour continuer à effectuer des numéros pour le divertissement du public. On les a parquées à la Tête d'Or faute de meilleure solution. Malgré elles, elles faisaient un peu l'attraction du côté de l'animalerie, même si, aujourd'hui, on évite de mélanger parc public et zoo.

    Les trois éléphantes ont acquis une certaine notoriété nationale en septembre 2010 quand une suspicion de tuberculose a été émise après des tests mal faits. Il faut dire que détecter la tuberculose chez un éléphant n'est pas une affaire facile : il faut le faire tousser dans un sac et recueillir ses glaives (par dizaines de litres). L'opération est difficile, souvent à recommencer. Et c'est très "physique" !

    Par punition, les responsables de la Tête d'Or les ont isolées du public, j'imagine donc qu'elles étaient encore plus malheureuses. J'écris "par punition" mais je suis injuste avec les autorités sanitaires : il est possible que la tuberculose se propage d'un éléphant à un humain, et on a vu avec la pandémie du covid-19 que les contaminations bestiole vers homme peuvent provoquer des catastrophes sanitaires inédites (l'origine du covid reste toutefois mystérieuse). Le principe de précaution est donc justifié, mais à condition qu'il soit utile.

    Java, considérée comme l'éléphante la plus âgée en captivité d'Europe, est morte en août 2012, à l'âge de 67 ans. On a considéré qu'elle était morte d'une suspicion de tuberculose alors que son âge avait dépassé très largement l'espérance de vie moyenne d'un éléphant en captivité.

    Pour ses deux "consœurs", plus jeunes, a commencé une période terrible : elles risquaient d'être euthanasiées au détriment du doute de cette suspicion de maladie. Il faut le dire très clairement, le maire de Lyon de l'époque, le futur ministre Gérard Collomb, voulait récupérer la place occupée par ces éléphantes et les éliminer lui permettait d'atteindre cet objectif. Heureusement, des défenseurs de Népal et Baby, aidés d'avocats compétents, ont mené la vie dure tant au maire de Lyon qu'au préfet du Rhône (j'en reparlerai peut-être) à coup de plaintes auprès du tribunal administratif et du Conseil d'État (pour s'opposer à un arrêté préfectoral ordonnant l'euthanasie de Népal et Baby). Une course de vitesse entre autorité sanitaire et justice administrative qui a finalement profité, contre toute attente, du moins en ce qui me concerne, aux éléphantes.

    Et Stéphanie de Monaco, que vient-elle faire ici, me direz-vous ? Eh bien, elle a proposé de les prendre sous sa protection (Brigitte Bardot aussi était sur les rangs, mais on a préféré la solution monégasque) : le 12 juillet 2013, les deux éléphantes ont donc été transférées dans le domaine de Fontbonne, sur la commune de Peille, en Alpes-Maritimes, qui surplombe Monaco. 50 hectares dédiés pour Népal et Baby. Chez Stef.

     

     
     


    Dès les premières semaines, des premiers tests ont montré que les deux éléphantes n'étaient pas atteintes de tuberculose, et en octobre 2013, ces tests ont été confirmés. Elles ont failli mourir pour rien, juste par manquement de financement de ces tests. Pour la princesse, une nouvelle vie a commencé car elle est sérieuse et assume ses responsabilités. Si elle a participé sur ses propres deniers aux premières dépenses, l'aménagement des lieux pour les éléphantes, elle a fondé et présidé l'Association Baby et Népal qui permettait de recueillir les dons du public pour cette cause assez onéreuse (oui, me direz-vous, il y a plein d'autres causes plus honorables à financer, mais dans ce cas, on ne fait plus rien parce qu'on n'arrêtera pas toute la misère humaine... et animale d'un seul coup ; je crois aux petits pas).

    Mais surtout, au-delà de l'aspect financier qui avait failli emporter la vie des deux éléphantes, Stéphanie de Monaco s'est investie personnellement à soigner les deux éléphantes, à les laver, à leur donner à manger, à s'occuper d'elles, à les aimer... elle s'est formée pour savoir comment faire, elle est devenue une spécialiste des éléphants. Chaque jour, elle a consacré plusieurs heures aux éléphantes.

     

     
     


    Népal est morte le 29 avril 2018 des suites d'une insuffisance rénale : « Elle s'est battue jusqu'au bout grâce à des soins attentionnés et dévoués. » explique succinctement le site Internet de l'association. Ceux qui ont eu à soigner leur cher chat (ou chien) devenu malade peuvent évidemment comprendre l'émotion ressentie et le temps passé.

    Dans un reportage diffusé en août 2020 par France 3, la princesse a expliqué qu'elle s'était inquiétée de l'avenir de la survivante, Baby, alors que les éléphants sont des animaux sociaux. Mais tout s'est bien passé : « On avait peur que Baby se sente seule sans sa copine. Mais finalement, elle est très contente toute seule. Elle a tout pour elle, la nourriture, l'affection, l'amour ! ». Pour comprendre un animal, il faut être patient, il faut chercher à communiquer, à faire confiance, à jouer avec l'animal. On peut le faire avec un chien ou un chat, mais j'ai déjà eu des conversations avec un jeune merle (et ses parents), avec un hérisson malade, même avec une poule entreprenante, etc. Pour cela, il faut patience et observation.

    La mort "soudaine" de Baby il y a quelques jours, au-delà de l'émotion, termine cet épisode de vie un peu particulier de Stéphanie. Il y a nécessairement un gros vide parce que Baby prenait une place importante dans sa vie. Mais la note finale est plus la joie que la tristesse : pour une fois, face à une administration scélérate qui voulait tuer deux éléphantes parce qu'elle ne savait pas quoi en faire, grâce à la mobilisation judiciaire des amis des animaux, une solution satisfaisante a été finalement adoptée. Les deux éléphantes ont eu leur cinq dernières années (pour Népal) et dix dernières années (pour Baby) heureuses, et quand je me rappelle leur triste comportement de 2006, je me dis que c'est cela le plus important, que l'histoire se soit bien terminée pour elles, elles ne pouvaient pas mieux espérer comme retraite paisible.

    Et probablement que Stéphanie a déjà gagné sa place au Paradis des éléphants, quelque part entre Népal et Baby, et pas loin de Babar...



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (25 janvier 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Marianne Faithfull.
    Mike Jagger.
    Didier Guillaume enterré par Albert II de Monaco.
    Grace Kelley.
    Stéphanie de Monaco.
    Teddy Vrignault.
    Daniel Prévost.
    Brigitte Bardot.
    Yves Duteil.
    Pierre Perret.
    Michel Polnareff.
    Françoise Hardy.
    Charles Aznavour.
    Alain Souchon.
    Patrick Bruel.
    Eden Golan.
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    Alain Chamfort.
    Micheline Presle.
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    Guy Marchand.
    Maria Callas.
    Catherine Deneuve.
    Gérard Depardieu.
    Jane Birkin.
    Fernand Raynaud.
    Pierre Palmade.
    Jeux paralympiques de Paris 2024 : sport, spectacle et handicap.
    Le génie olympique français !
    Festivité !
    Ouverture des Jeux olympiques : Paris tenu !
    Marcel Zanini.
    Patricia Kaas.
    Kim Wilde.
















     

     

     

     


    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250201-stephanie-de-monaco.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/stephanie-de-monaco-et-son-dernier-258042

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/01/30/article-sr-20250201-stephanie-de-monaco.html



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  • Méfiez-vous du chat qui dort à Noël !

    « La voix des angoras est douce et petite dans l'ordinaire de la vie, sans préjudice des temps amoureux où ils se changent en démons hurleurs. » (Colette).



     

     
     


    Attention aux chats ! J'adore les chats et je sais "m'en servir", c'est-à-dire que je connais leurs réactions, je connais leur mode de vie, etc., et pourtant, parfois, les chats sont imprévisibles, il faut toujours faire attention à leur caractéristique encore sauvage, même s'ils se sont pleinement humanisés au fil des siècles et des millénaires.

    Dans la rubrique des pas-chiens pas-écrasés, l'édition de Nancy de "L'Est républicain" a publié le mardi 31 décembre 2024 un article de Jean-Christophe Vincent qui fait le bilan des fêtes de Noël 2024 aux urgences. Eh oui ! La période des fêtes, comme la période des sports d'hiver dans les régions de montagne, est une période pendant laquelle les services des urgences des hôpitaux sont plus densément sollicités à cause des accidents domestiques provoqués par le contexte festif et (souvent) alcoolisé.

    Le quotidien nancéien s'est penché sur l'activité du Centre chirurgical Émile-Gallé de la rue Hermite, une antenne du CHRU de Nancy, le soir du 24 décembre 2024 et le jour de Noël. Son service d'urgence SOS Mains a accueilli une quarantaine de patients la veille et une trentaine de patients le jour même de Noël.

    Le chef du service de chirurgie de la main, le professeur François Dap, fort de ses quarante-cinq années d'expérience, en a vu de toutes les couleurs : « L’alcoolisation constitue un des grands dangers des fêtes de fin d’année. ». Ainsi, les accidents sont légions : chute avec un verre à la main qui se casse, ouverture d'huîtres avec couteau mal utilisé, découpage de la dinde aux marrons, voire bagarre. « Il arrive même que nous prenions en charge des patients qui se sont coupés après avoir donné un coup de poing dans une vitre. » a affirmé le médecin au journaliste de "L'Est républicain".

    Pourtant, depuis quelque temps, ces accidents domestiques, ordinaires, ne constituent pas la première cause des passages à SOS Mains : « Un tiers des patients que nous avons pris en charge au service SOS Mains ont été blessés par des griffures ou des morsures de chat. C’est un phénomène qui s’accentue depuis quelques années, alors que les blessures causées par un couteau à huîtres ne cessent de diminuer, au point d’être devenues moins nombreuses que celles engendrées par un félin. ».

    Il y a maintenant une bonne sensibilisation pour faire attention lorsqu'on ouvre des huîtres, avec le couteau à huîtres, les choses à ne pas faire pour éviter de se blesser, il y a même des vidéos pour expliquer comment faire. Les gens font donc plus attention aux huîtres, mais il manque sans doute une sensibilisation aux chats !

     

     
     


    Pour le spécialiste de la main, qui n'est pas un vétérinaire, cette engorgement des urgences en raison des morsures de chats a en effet une raison simple : il y a de plus en plus de chats domestiques (plus de 10 millions en France), plus que de chiens depuis une bonne décennie, et donc, chez les hôtes qui accueillent les invités pour Noël, il y a de plus en plus la présence de chats. Or, dans un contexte de changement d'habitude, présence des invités, déplacement de tables, chaises, canapés, bruit inhabituel, comportement inapproprié des invités avec eux, les chats peuvent réagir avec beaucoup de stress : « Lorsqu’il y a beaucoup de bruit et de convives, les chats ne sont pas forcément dans les meilleures dispositions pour recevoir des caresses. Ce qui est sûr, c’est qu’une griffure ou une morsure de chat peut avoir de graves conséquences. Si on ne soigne pas tout de suite la plaie causée par ce type de blessure, ça peut s’infecter rapidement et atteindre un tendon. ».

    Une morsure de chat ne doit pas être prise à la légère par la victime. Il y a bien sûr la plaie et les dégâts plus ou moins graves sur la chair voire plus (tendon, nerf, etc.), qui parfois nécessitent une opération chirurgicale, mais il y a aussi des risques de rage (selon la région et selon que l'animal est vacciné ou pas contre la rage, animal car cela concerne aussi bien le chien que le chat), les risques contre le tétanos (si la personne mordue n'est plus à jour de vaccination, il faut consulter un médecin avant quarante-huit heures), et enfin, il y a la possibilité d'une surinfection tant locale (abcès) que générale (fièvre, etc.).

    Le conseil d'Ameli, l'Assurance Maladie, est simple et clair : « Les morsures doivent être soignées immédiatement pour éviter les risques d’infection. Si vous avez été mordu par un chat ou un chien, nettoyez la plaie et selon la gravité de la blessure, consultez un médecin ou appelez les urgences. ».

    En effet, le risque infectieux est très important pour une morsure de chat (on s'en rend compte avec des gonflements, de la fièvre, un état général affaibli, etc. au bout de quelques heures) car il provient de la présence de différentes bactéries dans la salive du chat : le Pasturella, responsable de la pasteurellose qui se présente généralement sous forme d'œdème ; le streptocoque qui peut provoquer fièvre et douleurs musculaires ; le staphylocoque ; enfin, le Bartonella henselae à l'origine de la maladie des griffes du chat. Toutes ces bactéries peuvent être traitées par des antibiotiques prescrits par un médecin, mais il fait agir dans les douze à vingt-quatre heures. Le risque est encore plus grand bien sûr lorsque la victime est immunodéprimée ou a des pathologies particulières comme le diabète, etc.

    Au réveillon du Nouvel an, les passages aux urgences des mains à Nancy ont donc été tout aussi à base de chats que d'alcool et de blessures par couteau, verre, etc., avec une cause supplémentaire, une main blessée par un pétard, heureusement, en nette diminution au fil des années.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (04 janvier 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Méfiez-vous du chat qui dort à Noël !
    Et Dieu créa les animaux...
    Le Bébé de Stéphanie de Monaco.
    Népal : on abat au cas où.
    Jacques-Yves Cousteau.
    Big Tim et ses défenses géantes : l’extinction des espèces sous nos yeux…
    Rapport de l’ONU (IPBES) sur la biodiversité publié le 6 mai 2019 (à télécharger).
    Le cœlacanthe : un rival pour Darwin ?
    Erectus.
    Demain les chats.
    Les chats à Dutronc.
    La Belle et les Bêtes.
    L'amie des animaux.
    Un panda diplomatique.
    Les animaux ont-ils une âme ?
    La sensibilité des animaux reconnue par le code civil.
    Les chasseurs…
    La vie dans tous ses états.

     

     
     





    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20241231-chats-noel.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/mefiez-vous-du-chat-qui-dort-a-258454

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/01/01/article-sr-20241231-chats-noel.html


     

  • Et Dieu créa les animaux... et Brigitte Bardot !

    « Il reste encore de grandes batailles à gagner car les êtres humains se sont déshumanisés, particulièrement dans la politique et aussi dans nos gouvernements successifs. » (Brigitte Bardot, 2014).


     

     
     


    Les années passent et heureusement, les stars ne passent pas, ou pas toutes, du moins. Elle est née exactement dix ans après Marcello Mastroianni, huit jours après Sophia Loren : Brigitte Bardot fête ses 90 ans ce samedi 28 septembre 2024. Pour cette ancienne actrice au cœur du culte de la beauté et de la jeunesse, de la modernité et de l'audace, le fait de devenir une vieille dame n'est pas nouveau. Cela fait cinquante ans qu'elle est devenue une vieille dame, depuis qu'elle a arrêté sa courte et dense carrière au cinéma, une vingtaine d'années en tout.

    C'était un choix, conscient, mûri, et sans doute a-t-elle dû décevoir des armées de réalisateurs qui auraient souhaité continuer à exploiter ce filon (et des bataillons de cinéphiles), d'autant plus que les années 1970 furent les plus osées et les plus chaudes du cinéma français. Brigitte Bardot devait en avoir ras-le-bol de la virilité, du machisme, et elle voyait bien ce qui l'attendait, avec l'âge et les rides, une sorte de reclassement dans des rôles de grand-mère que certaines de ses collègues ont su merveilleusement s'approprier (par exemple, la pimpante Catherine Deneuve) mais qu'elle-même ne voulait pas. Pas pour laisser une image éternelle de la jeunesse, mais parce qu'elle a saisi des choses plus importantes pour sa vie.

    Changer de vie. Le destin des bébés phoques, alertée par Marguerite Yourcenar, puis, plus généralement, les animaux, la souffrance des animaux, ont eu largement gain de cause par rapport à une carrière cinématographique qu'elle ne souhaitait plus.

    Malgré son enthousiasme pour Jordan Bardella et le RN aux dernières élections, on ne l'a pas entendue parmi les protestataires du nouveau gouvernement dirigé par Michel Barnier, mais elle aurait pu en être. Pas forcément parce qu'il n'a pas la couleur politique qu'elle aurait souhaitée, mais parce qu'il n'y a pas de ministère des animaux (d'autres protestent parce qu'il n'y a pas de ministère des personnes en situation de handicap, ni de ministère de la ville). Il faut bien dire qu'il n'y en a jamais eu mais les défenseurs des animaux militent pour qu'il y en ait un, à l'égal d'un ministère de la bouffe (euh, de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire) et d'un ministère de l'environnement.

    C'est étonnant qu'un gouvernement s'occupe des humains, de la planète, de l'environnement et des plantes, mais pas spécifiquement des animaux. Certes, il y a eu déjà des sous-ministères de la biodiversité, mais rester déjà dans le basique, dans l'élémentaire : lutter contre la souffrance animale, ce qui, aujourd'hui, depuis une dizaine d'années, est reconnu juridiquement, les animaux sont des êtres sensibles. Difficile de rendre compatible cet aspect des choses avec les abattoirs, avec la viande à produire et à manger, surtout lorsqu'on doit, par compétitivité, être le moins cher, produire au moindre coût. Toujours est-il que dans la nouvelle Commission Européenne qui prendra ses fonctions le 1er décembre 2024, un commissaire européen chargé des animaux a été institué.


    Tout naturellement, ce combat de Brigitte Bardot a abouti à un combat contre une certaine religion (tout le monde la connaît) qui abat rituellement les animaux sans leur empêcher la souffrance. Son combat est devenu une guerre de religion et elle a déjà été blâmée par la justice pour des propos publics qui mettaient en cause cette religion. Le droit des animaux en contradiction avec le droit de manger de la viande, mais aussi la liberté du culte. Cette société compliquée n'est faite que de contradictions, d'injonctions paradoxales multiples, et finalement, la représentation démocratique de l'Assemblée Nationale de l'été 2024 en apporte une certaine illustration.
     

     
     


    En 2014, dans un bouquin sur ses "as de cœur", elle a présenté en quelque sorte son Panthéon des défenseurs des animaux. Citons quelques-unes des personnalités qui l'ont éblouies (peut-être celles-ci en seraient étonnées, sans doute elles-mêmes éblouies par l'ancien star ?).

    Par exemple, Théodore Monod : « En près d'un siècle de sa riche existence, Théodore Monod rédigea près de 2 000 volumes d'œuvres scientifiques, regroupa 20 000 échantillons et enrichit notre connaissance de la flore et de la faune de respectivement 35 et 130 espèces nouvelles. Il était l'un des derniers grands voyageurs naturalistes. Son humilité ne se démentit jamais. (…) Il faisait partie de ces qui donnent une légitimité scientifique à toutes les actions en faveur des animaux et de la nature. ».

    Dian Fossey : « Si elle était aussi réfractaire aux visites, c'était surtout à cause du risque de contagion des maladies humaines aux gorilles, animaux fragiles entre tous. Dans sa guerre contre les zoos occidentaux, toujours avides de les exposer ignoblement, Dian obtint quelques victoires, mais subit aussi de nombreuses défaites. (…) Le matin du 27 décembre 1985, l'étudiant américain Wayne McGuire, qui l'avait rejointe depuis peu, la découvrit morte à côté de son lit, le crâne fendu d'un coup de machette. Aujourd'hui encore, on ne sait pas qui a tué Dian Fossey ; l'hypothèse la plus probable étant bien évidemment qu'elle a été assassinée par un braconnier. ».

    Saint François d'Assise : « Une histoire "écologique" avant l'heure. François reconnaît à l'animal une dignité similaire à celle de l'homme. Il attend de ses semblables qu'ils remplissent leur devoir d'assistance face aux animaux lorsqu'ils souffrent. (…) Personne mieux que saint François n'a exprimé une telle volonté de retrouver une humanité débarrassée de tout ce qui la pollue. Il refusa tout idée de pouvoir, de domination. La pauvreté pour lui n'était pas seulement une privation corporelle, mais un état d'un homme humble, dépouillé de tout désir qui empêcherait la communion parfaite avec son Créateur et avec l'univers. ».


    Mylène Demongeot : « Une actrice qui a du chien ! Mylène ne s'est pas entourée d'animaux pour combler un quelconque manque affectif, argument idiot qu'on entend bien trop souvent. Non, cet engouement vient plutôt d'une vision jubilatoire de l'existence, à laquelle l'actrice a décidé de tout subordonner, bien inconsciemment sans doute, car elle a eu dans sa vie, comme tout un chacun, de quoi alimenter ses douleurs... ».

    Le dalaï-lama : « Ses paroles sont douces, ses yeux extrêmement vifs savent capter au-delà des mots les ressentis de ses interlocuteurs. Il est pacifiste dans le plus profond de son cœur, vénère et respecte toute vie, humaine ou animale. Il fait du bien. ».

    Paul Watson : « Watson est un homme d'action. La bureaucratie lui déplaît, comme les discours inutiles. Il ne veut pas de "campagne de sensibilisation", il ne vaut pas faire de compromis, il veut agir concrètement. (…) Les baleines... Paul les a vues mourir par centaines sous le coup des harpons et des flèches explosives. Il a entendu leur cri pareil à celui d'un être humain. Il les a vues agoniser en gémissant. Il se souvient de ce jour où un cachalot frappé à mort, au lieu de chavirer son Zodiac venu s'interposer, l'a épargné, après avoir fixé son œil sur lui, un regard qu'il n'oubliera jamais de sa vie et qui scellera sa vocation de "justicier des océans". (…) Il tire la certitude que notre monde obéit à des lois de symbiose et d'équilibre. À ses détracteurs qui l'accusent volontiers d'être un misanthrope, il répond : "Si l'on détruit les mers, on détruit l'homme". ».

    Ce sera sans doute la réponse de BB à ses propres détracteurs qui la traitent de misanthropes. On ne peut pas aimer les humains sans aimer les animaux. Elle pourrait aussi citer Gandhi : « On reconnaît le niveau d’évolution d’un peuple à la manière dont il traite ses animaux. ». Depuis la loi n°2015-177 du 16 février 2016 relative à la modernisation et à la simplification du droit et des procédures dans les domaines de la justice et des affaires intérieures, le nouvel article 515-14 du code civil précise que « les animaux sont des êtres vivants doués de sensibilité, soumis, sous réserve des lois qui les protègent, au régime des biens ». C'est une grande avancée juridique pour consacrer le statut de l'animal, même s'il y a encore beaucoup de progression à venir dans des lois à prévoir.

    Le 28 septembre 2014 (il y a juste dix ans), Brigitte Bardot disait que tout restait encore à faire malgré cette loi (dont l'amendement crucial pour reconnaître l'être vivant doué de sensibilité chez l'animal a été voté le 15 avril 2014) : « Il reste encore tant à faire, tant d’horreurs. La vie des animaux n’est pas prise en considération ni leurs souffrances. Ils sont toujours considérés comme des objets de rapports et sont massacrés quotidiennement pour du fric dans la plus grande indifférence. ».

     
     


    On le voit : pour Brigitte Bardot, les animaux, c'est son dada ! « Ma Fondation est le but essentiel de ma vie. J'ai tout donné pour la construire. (…) Depuis, je vis chez mes animaux. ». Eh oui, quand on a des bestioles chez soi, qui ont un nom, on sait bien qu'on n'est plus chez soi mais chez elles. J'ai connu des chats qui se choisissaient leur maison dans un quartier, ils changeaient de "propriétaires" (ou plutôt d'esclaves) au gré des déménagements des lieux !

    Parce qu'elle est déjà très âgée, Brigitte Bardot a pensé à sa mort. Sa fortune irait pour sa fondation et elle serait enterrée dans sa propriété de La Madrague, dans le Var, transformée en musée : « J'ai choisi un petit coin, proche de la mer, qui a été entériné par les autorités. ». Il faut l'accord de l'État pour être enterré hors des cimetières. Elle préfère éviter le cimetière de Saint-Tropez pour laisser en paix ses parents et grands-parents. Elle enverrait ses visiteurs chez elle, dans un musée, pour alimenter financièrement sa fondation.

    Dans une interview au journal "Le Parisien" le 20 septembre 2024, elle confiait qu'elle marchait maintenant très difficilement (« Je me déplace avec mes cannes anglaises. ») et qu'elle a été très affectée par la disparition de son ami Alain Delon. À 90 ans, Brigitte Bardot a consacré 50 ans aux animaux et 20 ans au cinéma. Rappelons-nous... Et BB créa Saint-Tropez ! Vidéo.


    Aussi sur le blog.


    Sylvain Rakotoarison (21 septembre 2024)
    http://www.rakotoarison.eu

    Pour aller plus loin :
    Brigitte Bardot.
    Marcello Mastroianni.
    Jean Piat.
    Sophia Loren.
    Lauren Bacall.
    Micheline Presle.
    Sarah Bernhardt.
    Jacques Tati.
    Sandrine Bonnaire.
    Shailene Woodley.
    Gérard Jugnot.
    Marlène Jobert.
    Alfred Hitchcock.
    Les jeunes stars ont-elles le droit de vieillir ?
    Charlie Chaplin.







    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240928-brigitte-bardot.html

    https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/et-dieu-crea-les-animaux-et-256755

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/09/26/article-sr-20240928-brigitte-bardot.html