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politique - Page 7

  • Édouard Philippe et sa partition particulière contre l'indolence

    « Pour moi, le budget intelligent, c'est d'avoir un budget qui remet la France dans le bon sens. Le bon sens, c'est interrompre cette courbe, que je crois mortifère pour le pays, d'un endettement qui s'accroît d'année après année et d'un déficit budgétaire qui n'est pas contenu. » (Édouard Philippe, le 8 janvier 2025 sur France 5).




     

     
     


    L'ancien Premier Ministre Édouard Philippe a fait sa rentrée politique ce mercredi 8 janvier 2025 sur France 5, dans l'émission "C à vous". Avec lui, la parole est rare, peut-être trop rare alors que le pays vit une crise politique majeure. Il fait partie des personnalités politiques les plus appréciées, mais il n'est pas dupe, il connaît la musique, lorsqu'on n'est plus au pouvoir, on est toujours populaire, cela ne donne pas forcément le ticket d'entrée pour l'Élysée. En revanche, il se distingue des autres candidats potentiels à l'élection présidentielle de 2027 par ce fait rare : il est le seul à avoir déjà déclaré officiellement sa candidature, c'était le 3 septembre 2024.

    Son look a encore changé depuis quelques mois. Presque moins chauve car il a laissé repousser quelques cheveux, et des lunettes plus discrètes. J'étais tenté de titrer cet article "Le Retour du Grand Chauve" mais c'était trop insister sur le physique. C'est vrai que je ne devrais pas me pencher sur l'image, mais en fait, l'image d'un candidat à l'élection présidentielle est essentielle, entre le père, le frère, le gendre, l'oncle de province, etc., les Français aiment bien se situer par rapport à celui (ou celle) pour qui ils vont voter. Au moins, on parle du look d'un monsieur, alors qu'en général, on n'en parlait que pour les femmes politiques. Valéry Giscard d'Estaing se trouvait trop grand et (donc) trop éloigné des Français. De Gaulle aussi trouvait son corps encombrant alors qu'au contraire, cela l'a aidé à incarner la France au point que certains aimeraient bien l'imiter.

    En ce moment, deux anciens Premiers Ministres étaient particulièrement absents de l'actualité politique depuis la censure du gouvernement de Michel Barnier : Gabriel Attal et Édouard Philippe. Ce dernier est donc sorti de son silence et a réfuté l'idée qu'il voudrait s'éloigner du débat politique. Il n'est pas au-dessus de la mêlée ; il est juste ailleurs. D'une part, il continue comme maire du Havre (et c'est une fonction à plein temps). D'autre part, il poursuit sa rencontre avec les Français et les forces vives du pays en visitant tout le territoire, à la mode de Jacques Chirac, en bas signal, sans caméra mais cela lui permet de mieux comprendre le pays et de façonner son futur projet présidentiel (comme l'avait fait François Fillon entre 2013 et 2017).


    À la question : il y a déjà Élisabeth Borne et Manuel Valls, pourquoi ne participez-vous pas au gouvernement comme ancien Premier Ministre ?, il a répondu qu'on ne l'y avait pas invité, et que si on le lui avait proposé, il aurait certainement refusé. Ce qui me gêne un peu, c'est qu'il n'a pas eu vraiment une seule parole de soutien au Premier Ministre actuel François Bayrou, sinon des choses convenues. Comme s'ils n'avaient pas une certaine complicité car ils sont tous les deux chefs de parti, alliés du Président Emmanuel Macron et en même temps, des personnalités indépendantes. Édouard Philippe l'a répété : il suit son chemin et l'avis des autres ne le fera pas changer de route. En d'autres termes, il pense par lui-même. Une pensée propre, c'est finalement assez rare, cela change des éléments de langage envoyés à tout le monde.

    Je suis aussi gêné par une autre chose. Oui, c'est vrai que la situation financière de la France n'est pas souriante, le déficit sera de 6,1% du PIB pour l'année 2024, et les perspectives sont moroses à la fois financièrement et politiquement puisque le budget de 2025 n'est toujours pas adopté. Ma gêne, c'est que, oui, il faut faire quelque chose financièrement, mais il le dit comme s'il n'avait pas participé à la majorité entre 2017 et 2024, et même comme s'il n'avait pas dirigé le gouvernement entre 2017 et 2020. Il y avait des raisons au "quoi qu'il en coûte" qui a été décidé quand il était encore Premier Ministre, dès avril 2020. Alors, pourquoi ne pas rappeler que le choix était le débordement déficitaire ou l'envolée du chômage ? J'ai peut-être ma réponse : les Français ne veulent voir que l'avenir et se moquent de l'analyse du passé, d'autant plus que l'élection présidentielle de 2022, avec la réélection d'Emmanuel Macron, a finalement donné quitus, qu'on le veuille ou pas, sur la période covid. D'ailleurs, la justice est sur le point de le relaxer sur la gestion de la crise sanitaire, ce qui est heureux au nom de la séparation des pouvoirs (la justice n'est pas compétente pour juger de la pertinence ou pas d'une politique publique, c'est le rôle du seul peuple qui jugera aux élections suivantes).

    Sur le déficit à 6,1%, l'ancien Premier Ministre n'a pas mâché ses mots : « Moi, je crois que c'est très inquiétant. Je pense que la situation financière du pays est très inquiétante. Je pense que nous sommes en train, par notre incapacité à régler quelques problèmes, de placer la France de demain, mais pas de demain dans trente ans, la France des dix ans qui viennent dans une situation de contrainte absolue. ». Cette contrainte absolue, ce n'est pas les gros yeux de la Commission Européenne, c'est le risque de l'augmentation des taux d'intérêt qui salera bien plus durement la note : les 50 milliards d'euros d'intérêt de la dette payés chaque année, la France ne les utilisera pas pour les écoles, les hôpitaux, la justice, la police, etc.


    Mais le gouvernement Bayrou est confronté à cette "porte étroite" de devoir bâtir un budget qui puisse reprendre une trajectoire pour atteindre un déficit à 3% du PIB en 2029 et, en même temps, de survivre aussi, car si une motion de censure était votée, il n'y aurait encore pas de budget et cela deviendrait très grave pour les Français (ce l'est déjà pour les agriculteurs, les Français non-imposés qui vont devenir imposés à cause du barème, etc.).

     

     
     


    Ce qui conduit Édouard Philippe à renoncer aux 5% de déficit pour 2025 prévu par Michel Barnier pour avoir un peu plus de marge de négociation avec 5,4 ou 5,5% : « Moi, je suis très attaché au retour dans le bon ordre des finances publiques, mais je pense que la stabilité politique est précieuse en ce moment. Et donc, si le gouvernement dit 5,4 et pas 5, s'il s'y prend bien, je peux concevoir qu'il y a un intérêt, un avantage et un intérêt pour le pays à conserver cette stabilité politique et à ne pas avoir une deuxième motion de censure sur un deuxième projet de loi de finances. ».

    Malgré tout, réduire de 6,1% à 5,4% restera un effort financier considérable et s'il y arrive, ce sera la prouesse de François Bayrou. Michel Barnier a échoué, en tout cas.

    La question que se posait franchement le maire du Havre est donc : « Comment est-ce qu'on y arrive ? Alors, vous avez d'un côté ceux qui disent pas de nouvel impôt. Quand on dit pas de nouvel impôt, ça veut dire qu'on peut bouger le taux des impôts qui existent en général, vous voyez ? (…) Vous avez ceux qui disent beaucoup de justice fiscale. Alors, en général en France, plus de justice fiscale, c'est toujours plus d'impôts. (…) Moi, mon objectif, c'est d'essayer de convaincre le gouvernement que l'intérêt du pays, c'est de baisser les dépenses publiques, et donc d'atteindre cet objectif de 5,4 et peut-être même de 5,5[% du PIB de déficit public] par la baisse de la dépense. C'est plus difficile ; je pense que c'est ce qu'il faut faire. ».

    Le problème, c'est que tout le monde, à part la gauche radicalisée, est favorable à cette idée de ne pas augmenter les impôts ou les taxes, cotisations, qui sont déjà énormes (la France championne du monde !), et donc, de réduire la dépense publique, mais personne n'est capable de dire quoi, où, quand et combien ! Ainsi, Édouard Philippe n'a pas dérogé à cette règle : il n'a donné aucune indication concrète pour aider le gouvernement dans sa mission quasi-impossible. C'est évidemment plus facile de penser à augmenter les impôts de 65 milliards d'euros, comme l'ont proposé les insoumis lors du premier débat budgétaire en novembre 2024. À part plomber l'activité économique, et donc, les recettes fiscales, cette hausse ne tiendra pas ses promesses de réduire le déficit car tout est un équilibre très fragile. Emmanuel Macron a réussi de rendre la France très attractive pour les investisseurs et cette réussite doit être rappelée : nous avons toutes les capacités à redémarrer financièrement si nous ne tombons pas dans le "tout fiscal".

    Par certains côtés, le discours de rigueur d'Édouard Philippe sur les finances publiques me fait penser à celui de Raymond Barre qui n'hésitait pas à dire publiquement, devant le Conseil Économique et Social, quelques mois avant l'élection présidentielle de 1981 (au grand dam de VGE !), que les Français verraient leur pouvoir d'achat impacté par les mesures de rigueur budgétaire. On était loin du populisme ambiant d'aujourd'hui !

    Édouard Philippe a semblé regretter que les Français ne prennent pas conscience de la situation budgétaire dans laquelle ils se trouvent, alors que les pays qui ont le même modèle social, le même niveau de vie, ont compris qu'il fallait réagir pour continuer à le financer (notamment sur l'âge de la retraite) : « Je n'ai pas des obsessions de comptable. J'ai des obsessions de souveraineté, d'autorité de l'État et d'indépendance de la France. Et lorsqu'on laisse les comptes partir comme nous les avons laissés partir, nous nous plaçons mécaniquement dans la main des prêteurs, c'est-à-dire de gens qui acceptent de nous prêter de l'argent, ça, c'est sûr, mais contre paiement, avec des taux d'intérêt qui sont en train de monter. (…) C'est quelque chose qui va ralentir la construction de logements. C'est quelque chose qui va ralentir les investissements. Et nous sommes en train de nous placer, par notre indolence parfois, par notre souci du confort immédiat, par notre refus de regarder la réalité en face, dans une situation dangereuse pour le pays. ».

    Un petit commentaire sur le mot "indolence" qu'il a choisi après hésitation. Édouard Philippe a la caractéristique, même à l'improviste, d'être très rigoureux dans le choix des mots. Je rappelle les deux définitions du mot "indolence". Il y a un sens ancien (peu utilisé) qui est : "insensibilité à la souffrance" (du genre : mon déficit est à 6,1%, même pas mal !) ; mais pour comprendre Édouard Philippe, il serait plus adéquat de prendre le second sens, littéraire, "disposition à éviter l'effort physique ou moral". Dans notre cas, ce serait donc plutôt "disposition à éviter l'effort financier". Cela dure depuis l'institution des budgets chroniquement déficitaires en 1981 par François Mitterrand pour qui l'argent public était gratuit.

    Il est temps, malheureusement, d'en finir avec ces générations qui ont vécu à un niveau que leurs petits-enfants et arrière-petits-enfants vont sévèrement payer. Nous vivons très largement au-dessus de nos moyens et il faut avoir la lucidité de nous en rendre compte : les personnes surendettées ont rapidement un banquier qui leur signale que cela ne va pas. L'État est à la fois le surendetté et le contrôleur. Les personnalités politiques responsables le signalent, et François Bayrou avait été le précurseur en la matière.


    Pour trouver une solution budgétaire satisfaisante à long terme qui ne provoquera pas une explosion sociale, il faudra écouter la France et être imaginatif et créatif. Pour le premier point, Édouard Philippe semble en bonne voie (j'allais écrire : en bonne voix !) dans son tour de France, qui ne peut qu'être enrichissant. Pour le côté créatif, il faudra encore le prouver.
     

     
     


    Édouard Philippe a aussi été interrogé sur d'autres sujets. J'en retiendrai deux autres. Le premier sur l'immigration et la laïcité et les positions du Ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau. S'il est d'accord avec lui pour remettre en cause le traité avec l'Algérie, Édouard Philippe s'est dit opposé à l'interdiction du voile pour les mères accompagnatrices des sorties scolaires scolaires comme pour les usagers des universités, car cela contreviendrait à la loi du 9 décembre 1905 qui garantit la liberté du culte. Si on a interdit les signes ostensibles de religion à l'école, c'est justement parce que les élèves sont mineurs et ne sont pas encore des citoyens capables de choisir leur croyance et autre. Édouard Philippe est également opposé à la suppression de la circulaire Valls qui permet de régulariser des étrangers en situation irrégulière sur notre territoire, dès lors que ce n'est pas un droit et que le gouvernement estime que cette régularisation apporte un intérêt à la France.

    L'autre sujet que j'ai retenu, c'est sur la parole du Président de la République pendant ses vœux : « C’est pour cela qu’en 2025, nous continuerons de décider et je vous demanderai aussi de trancher certains de ces sujets déterminants. ». Édouard Philippe a montré que, dans ce domaine, il était original.

    Ainsi, il a proposé au Premier Ministre de réunir les groupes parlementaires et de leur demander quoi faire trancher selon l'article 11 de la Constitution (tout n'est pas possible). Ainsi, la période actuelle, qui risque d'être paralysante avec l'absence de majorité, pourrait être menée à profit par des référendums très précis. Il propose aussi des grandes conférences sociales pour mettre au point des réformes de grande envergure pour équilibrer financièrement le modèle social, et ainsi, poser le résultat de ces conférences sociales lors de la prochaine campagne nationale, élection présidentielle ou, en cas de nouvelle dissolution, élections législatives. Ainsi, chaque candidat se positionnera sur ce genre de dossier. Et le peuple votera en conscience.


    Peut-être Édouard Philippe convaincra-t-il Emmanuel Macron de faire un référendum pour en finir avec l'indolence des Français ? Le bloc central a besoin de s'organiser et surtout, de désigner un seul candidat pour l'élection présidentielle de 2027 : la multiplicité des candidatures équivaudrait à un terrible second tour entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. C'est pourquoi Édouard Philippe s'est déjà avancé : il ne faut pas laisser le terrain vide.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (08 janvier 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Édouard Philippe et sa partition particulière contre l'indolence.
    Édouard Philippe massivement candidat à la succession d'Emmanuel Macron !
    Édouard Philippe prêt à décoller.
    De nouveaux Horizons.






    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250108-edouard-philippe.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/edouard-philippe-et-sa-partition-258567

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/01/08/article-sr-20250108-edouard-philippe.html



     

  • Canada, Groenland, Panama : Donald Trump est-il fou ou cynique ?

    « Je ne peux pas vous l’assurer. Vous parlez du Panama et du Groenland. Non, je ne peux vous assurer ni l’un ni l’autre. Mais je peux vous dire ceci. Nous en avons besoin pour notre sécurité économique. » (Donald Trump le 7 janvier 2025 à Mar-a-Lago, à propos d'une intervention militaire américaine).



     

     
     


    La réponse à la question pourrait être : Donald Trump est visionnaire... mais dans l'intérêt des Américains, évidemment ! Il faut exclure la folie. Il faut toujours prendre le cynisme avec Donald Trump, qui a porté à la puissance extrême l'égoïsme, l'égocentrisme et les intérêts bien compris (les siens et ceux de ses copains). Les partisans de Donald Trump disent que le futur nouveau Président des États-Unis met juste en tension les relations pour aborder des négociations économiques en position de force. Néanmoins, il faut comprendre ses motivations profondes.

    Depuis quelques jours, le Président élu, comme on l'appelle encore jusqu'au 20 janvier 2025, c'est-à-dire qui ne représente pas encore les États-Unis mais qui va les représenter dans dix jours, a fait une série de déclarations (notamment sa longue conférence de presse tenue le 7 janvier 2025 à sa résidence de Mar-a-Lago en Floride) et de tweets (ou autres) dans les réseaux sociaux qui ont de quoi inquiéter.

    En gros, il souhaite trois choses pour les États-Unis : reprendre la souveraineté du Canal de Panama, fusionner avec le Canada et annexer Groenland. Rien que ça ! Les visées expansionnistes de Donald Trump ont de quoi effrayer la "communauté internationale", comme on l'appelle, d'autant plus qu'il n'a pas exclu de recourir à la force armée pour recourir à ses fins.

    Les États-Unis attaquant militairement le Groenland voire le Panama, est-ce imaginable ? Il ne faut pas oublier l'épisode de la guerre des Malouines au début des années 1980 (2 avril 1982 au 14 juin 1982), entre le Royaume-Uni et l'Argentine qui voulait reprendre le contrôle des îles Falkland. Dans cette guerre, certains y ont perdu la vie (au moins 910 personnes, ce n'est pas négligeable).
     

     
     


    Actuellement, Donald Trump ne représente pas les Américains et ses déclarations sont comme des slogans de campagne, sans la responsabilité d'État. En quelque sorte, c'est du teasing, ou plutôt, ce sont des menaces voilées, sans conséquence tout en secouant bien les acteurs concernés en insinuant qu'il faudra bien prendre au sérieux les demandes de Donald Trump. (La période de transition entre l'élection et l'investiture du nouveau Président des États-Unis est toujours un moment particulier). Ce qui est clair, c'est que Donald Trump a une vision claire de ce qu'il veut faire pour les États-Unis et qu'il reste encore et toujours imprévisible.
     

     
     


    Le Canal du Panama a été construit par les Français et par les Américains. Il est un point stratégique essentiel des Américains pour naviguer de la la côte est à la côte ouest et inversement. L'utilisation de ce passage par les Chinois pose problème à Donald Trump qui souhaite réorienter économiquement ces flux. Le Panama n'a pas d'armée et c'est une obligation constitutionnelle qui rend la reconquête du Canal par les États-Unis sans vraiment de risques militaires. L'objectif de Donald Trump, c'est la baisse des droits de péage pour les navires américains. Et, dans la foulée, renommer le Golfe du Mexique par Golfe de l'Amérique.

    Pour le Canada, la situation est à la fois pareille et différente et il l'a réaffirmé après la démission du Premier Ministre canadien Justin Trudeau le 6 janvier 2025 : Donald Trump souhaite la fusion du Canada dans les États-Unis, en faire son 51e État. Il y a des raisons économiques très fortes puisque Donald Trump voudrait pouvoir profiter des gisements de gaz de schiste nombreux au Canada pour renforcer l'indépendance énergétique des États-Unis. Sur le plan géopolitique, un ensemble États-Unis-Canada représenterait plus de 19 millions de kilomètres carré et serait le premier pays du monde en superficie, dépassant le premier actuel, la Russie avec 17 millions de kilomètres carré. Après tout, ses prédécesseurs ont déjà acheté (pour un poignée de lentilles à l'échelle de l'histoire) la Louisiane et la Floride à la France et l'Alaska à la Russie. On s'amusera... ou pas d'un tweet d'un fils Trump présentant son père faisant ses achats de territoires sur Amazon (à la fin de l'année dernière, déjà).

     

     
     


    Donald Trump, dans un renouveau de la méthode Coué, prétend que beaucoup de Canadiens souhaiteraient devenir citoyens américains (c'est-à-dire, citoyens des États-Unis), et expose les avantages d'une telle fusion : moins d'impôts pour les Canadiens, moins d'immigrés, plus de protection militaire. La réalité, c'est que la plupart des Canadiens n'apprécient pas du tout la vision politique de Donald Trump et sont très jaloux de leur indépendance.

    De plus, les républicains devraient se méfier de cette idée trumpienne car avec une telle fusion (absolument improbable), les républicains risqueraient d'être privés de la Maison-Blanche pendant longtemps. En effet, avec 35 millions d'habitants, le Canada représenterait la même importance que la Californie et aurait une cinquantaine de grands électeurs aux élections présidentielles, probablement démocrates car c'est la sociologie du Canada.

    Enfin, troisième annexion voulue, prendre au Danemark la souveraineté du territoire autonome (depuis 1979) du Groenland (des élections importantes y ont d'ailleurs lieu dans les prochaines semaines). L'île arctique fait 2,2 millions de kilomètres carré et compte 55 000 habitants (nettement moins que Mayotte). Là aussi, les raisons économiques motivent Donald Trump, à la fois pour sa richesse minière qui pourrait lui permettre de se passer économiquement de Taïwan (ce qui serait grave pour les Taïwanais qui ne doivent leur autonomie/indépendance qu'à la seule protection de leur allié américain) et cela permettrait aussi de tracer une route maritime par le pôle Nord qui sera de plus en plus incontournable (car plus courte) avec le réchauffement climatique (que Donald Trump nie parallèlement !). Ce n'est d'ailleurs pas nouveau ; déjà le 18 août 2019, alors qu'il était Président en exercice, Donald Trump avait confirmé les rumeurs du 15 août 2019 sur son intérêt pour le Groenland : « Le concept a surgi et j'ai dit que stratégiquement, c'était certainement intéressant. » en évoquant une « grosse transaction immobilière ». Dans leur compétition avec la Chine et la Russie, les États-Unis ont toujours considéré le Groenland comme d'un intérêt géostratégique majeur pour leur sécurité nationale.

     

     
     


    Les Français devraient se sentir concernés par le Canada (leurs amis québécois) et par le Groenland. En n'excluant pas de recourir à la force, Donald Trump a fait en effet carrément une déclaration de guerre au Danemark, et donc à l'Union Européenne, et donc à la France par incidence. Ce qui est stupide, c'est que les États-Unis auraient intérêt à au contraire ménager ses alliés européens qui sont à peu près les seuls fiables du monde multipolaire actuel. Et les objectifs économiques des États-Unis (en gros, pouvoir exploiter sans taxe) seraient tout aussi bien atteints sans un tel rapport de force qui va inquiéter inutilement ses alliés.

    Cela a aussi, plus généralement, une conséquence désastreuse dans le monde entier. Cet expansionnisme territorial, qui fait retomber le monde au XIXe siècle (Donald Trump serait-il l'empereur Smith des albums de Lucky Luke ?) casse tout le droit international d'après-guerre et replonge la planète dans la loi du plus fort. Ce qui donne a posteriori raison à Vladimir Poutine dans sa tentative d'invasion de l'Ukraine, ou du moins, le conforte sur le fond, et confortera inévitablement la Chine communiste à reprendre la souveraineté de Taïwan.

     

     
     


    On le voit, la vision que Donald Trump a du monde, elle n'est pas folle, elle est juste cynique. C'est celle des intérêts des États-Unis mais aussi de ses propres intérêts particuliers et de ceux de ses amis, comme Elon Musk. Une vision du seul contre tous, du rapport de force permanent, de l'affrontement comme mode de dialogue, du coup d'État permanent, pour paraphraser François Mitterrand. La plus grosse erreur que pourraient faire les alliés traditionnels des États-Unis, dont font partie la France et l'Europe, c'est de ne pas prendre au sérieux Donald Trump. En visite au Quai d'Orsay à Paris ce mercredi 8 janvier 2025, le Secrétaire d'État américain (Ministre des Affaires étrangères) Antony Blinken a assuré la France des considérations cordiales que son pays nourrissait avec la France et le monde, et a considéré que les relations se sont améliorées depuis 2020. Malheureusement, les démocrates quittent le pouvoir (c'est la loi de la démocratie) et les Européens en particulier vont devoir subir un mandat de quatre ans qui ne va pas leur être de tout repos.

    Pendant ce temps, en France, on hésite à censurer le gouvernement parce qu'il hésite lui-même à abaisser l'âge légal de la retraite alors que ses voisins (dont la Belgique) l'ont augmenté. Pourquoi est-ce que je me sens comme en 1936-1937, à l'époque où les Français étaient déjà complètement hors-sol malgré la situation internationale très grave ? Réveillons-nous ! Nous ne sommes pas dans un monde de bisounours. Il faut renforcer notre défense européenne.



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (08 janvier 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Canada, Groenland, Panama : Donald Trump est-il fou ou cynique ?
    Attentat à La Nouvelle-Orléans : les États-Unis durement endeuillés.
    Jimmy Carter, patriarche de l'humanitaire.
    Shirley Chisholm.
    Katalin Kariko et Drew Weissman.
    Rosalynn Carter.
    Walter Mondale.
    Marathonman.
    Bob Kennedy.

     

     
     



    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250107-trump.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/canada-groenland-panama-donald-258536

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/01/07/article-sr-20250107-trump.html


     

  • Jean-Marie Le Pen : extrême droite tenace et gauche débile...

    « Au-delà des polémiques qui étaient son arme préférée et des affrontements nécessaires sur le fond, Jean-Marie Le Pen aura été une figure de la vie politique française. On savait, en le combattant, quel combattant il était. » (François Bayrou, le 7 janvier 2025 sur Twitter).




     

     
     


    Quand la mort d'une personnalité publique devient-elle un événement à part entière ? Je parle bien sûr d'une mort non-violente puisque les morts violentes (attentats, meurtres, accidents, catastrophes, etc.) sont en elles-mêmes, par définition, des événements. Il y a bien sûr la mort de chefs d'État ou de gouvernement, ou spirituels, comme Georges Pompidou ou les papes (excepté Benoît XVI), dont le besoin de remplacement est un événement en lui-même. Mais au-delà de l'émotion, c'est très rare : la mort de Newton, la mort de Voltaire, la mort de Victor Hugo, la mort aussi de De Gaulle, peut-être oserais-je aussi citer Johnny Hallyday ? Peut-être aussi François Mitterrand et Jacques Chirac ? (Pas Valéry Giscard d'Estaing, parti discrètement). Même les grandes stars, les grands personnages de l'État, les grands écrivains disparaissent en général dans une extinction calme, discrète et simplement émue. Faut-il rajouter à cette courte liste le "Menhir", pas pour le chagrin légitime que sa mort a provoqué pour sa famille, politique et sa famille tout court, mais au contraire pour les cris de joie qu'on a entendus Place de la République à Paris durant la nuit ? Peut-on vraiment danser sur un cadavre encore chaud et se croire sincèrement humaniste ?

    Le "rappel à Dieu" du vieux leader de l'extrême droite Jean-Marie Le Pen (dans une maison médicalisée à Garches) ce mardi 7 janvier 2025 a suscité beaucoup de réactions (et de non-réactions !). Celui qui a été élu député pour la première fois il y a soixante-neuf ans a en effet provoqué tout au long de sa vie passions, combats, polémiques et scandales et n'a laissé quasiment personne indifférent. La réaction très sobre du Premier Ministre François Bayrou était normale puisqu'au-delà du respect dû aux disparus, il doit aussi ménager Marine Le Pen à l'Assemblée Nationale et donc, évidemment, respecter son deuil.


     

     
     


    Même sobriété pour le Président de la République Emmanuel Macron : « Figure historique de l'extrême droite, il a ainsi joué un rôle dans la vie publique de notre pays pendant près de soixante-dix ans, qui relève désormais du jugement de l'Histoire. Le Président de la République exprime ses condoléances à sa famille et ses proches. ».

    Les deux têtes de l'Exécutif n'ont aucune raison de mettre dans l'huile dans des braises et provoquer une polémique supplémentaire sur Jean-Marie Le Pen alors que le gouvernement doit vivre son heure de vérité dans quelques jours. Pour les socialistes, leur réaction n'est pas sur l'événement lui-même mais sur la réaction du Premier Ministre. Quand est-ce que ces socialistes vont penser enfin par eux-mêmes ?


    Même Jean-Luc Mélenchon a été assez sobre, faisant la part de l'homme qui est parti et de ses idées qu'il veut (et doit) combattre : « Le respect de la dignité des morts et du chagrin de leurs proches n'efface pas le droit de juger leurs actes. Ceux de Jean-Marie Le Pen restent insupportables. Le combat contre l'homme est fini. Celui contre la haine, le racisme, l'islamophobie et l'antisémitisme qu'il a répandus continue. ».
     

     
     


    Mais alors, que s'est-il passé Place de la République ? Des centaines de personnes (ou des milliers ?) se sont réunies plus ou moins spontanément (merci les réseaux sociaux) pour "fêter" la mort de Jean-Marie Le Pen. Oui, Jean-Marie Le Pen a fait beaucoup de mal à son pays, mais seulement de façon tribunitienne, il a été un aiguillon malsain, mais il n'est pas un dictateur, ce n'est pas Kadhafi ni Ceausescu. On a dit qu'il avait torturé, peut-être, et si c'est le cas, c'est un scandale, mais je ne suis pas juge et cela n'a jamais été formellement établi et je suppose en plus que c'était avec la bénédiction du gouvernement socialiste de l'époque. Ces rassemblements (car il y en a aussi en province) ont été organisés par le NPA qui, insistons !, fait partie de la nouvelle farce populaire (NFP) et ont été approuvés par des responsables des insoumis (comme Mathilde Panot qui a pensé que c'était "normal").

    Quelle honte que ces gens-là ! Qui sont-ils ? Apparemment, surtout des jeunes, donc pas les jeunes en masse qui ont voté Jacques Chirac en 2002 (ils ont maintenant vingt-trois ans de plus, au mieux des quadragénaires !). Des jeunes sans respect, sans repère, sans référence, qui pensent lutter contre l'extrême droite en l'aidant à se victimiser. Car c'est bien cela, la gauche la plus débile du monde, c'est de croire qu'on peut lutter contre la haine par la haine elle-même. Un discours, des actes complètement contre-productifs !

     

     
     


    Le Ministre d'État, Ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau l'a bien compris d'ailleurs, en réagissant en début de soirée par ces mots forts : « Rien, absolument rien ne justifie qu'on danse sur un cadavre ». Fêter la mort d'un vieillard qui, depuis au moins 2015, n'a plus participé au débat national, quelle preuve de courage, quelle victoire ! Ont-ils compris que le danger, si danger il y a (ce que je crois), ne vient plus de Jean-Marie Le Pen, un presque centenaire qui ne pouvait plus se déplacer facilement et placé en maison médicalisée depuis plusieurs mois ? Pensent-ils que l'efficacité des comités "Ras le front" dans les années 1990-2000, c'était d'attendre tranquillement la mort naturelle du leader charismatique de tout ce qu'ils détestent ? Où est la victoire politique ? Quel aveu d'impuissance, surtout !

    Il y a une violence effroyable à s'en prendre à un mort. Il n'y a que les terroristes du Hamas qui refusent de redonner les corps de leurs victimes à leur famille. C'est, avec la libération des otages, l'une des revendications de l'État d'Israël pour arrêter la guerre contre ce groupe terroriste à Gaza. Tous les modérés de droite, du centre et de gauche, sont ulcérés de voir ces agissements qui ne sont pas dignes d'un pays civilisé et cultivé, ou tout simplement, qui ne sont pas dignes d'être humain. Plus cette gauche débile montre son irrespect des valeurs fondamentales, plus elle place l'extrême droite dans la position de garante de ces valeurs fondamentales, ce qui me désole.


     

     
     


    À l'annonce du décès, Marion Maréchal (la petite-fille), Marie-Caroline et Yann (les deux filles aînées), individuellement, se sont rendues auprès de leur grand-père et père à Garches dans un établissement protégé par la police. On imagine qu'il faudra mobiliser beaucoup de forces de police samedi 11 janvier 2025 pour l'enterrement à la Trinité-sur-mer et éviter tous les dérapages possible de la gauche débile sans valeurs.

    Quant à Marine Le Pen, elle revenait de Mayotte et a appris la nouvelle à une escale à Nairobi. Malgré les désaccords stratégiques graves qu'elle a eus avec son père au point de le virer du parti qu'il a fondé (elle a tué, politiquement, le père pour de bon), mais après aussi une réconciliation il y a trois ans, on imagine la perte d'un père. Elle a juste tweeté le 8 janvier 2025 : « Un âge vénérable avait pris le guerrier mais nous avait rendu notre père. La mort est venue nous le reprendre. Beaucoup de gens qu'il aime l'attendent là-haut. Beaucoup de gens qui l'aiment le pleurent ici-bas. Bon vent, bonne mer Papa ! ». À votre avis, qui de la fille ou de ces militants irrespectueux de la Place de la République vont susciter de la sympathie aux Français ? La réponse est évidente.

    Gauche débile, mais extrême droite tenace aussi. Le politiquement correct d'un RN aseptisé et délepénisé n'a pas tenu longtemps si l'on lit le tweet complet de Jordan Bardella : « Jean-Marie Le Pen est mort. Engagé sous l'uniforme de l'armée française en Indochine et en Algérie, tribun du peuple à l'Assemblée Nationale et au Parlement Européen, il a toujours servi la France, défendu son identité et sa souveraineté. Je pense aujourd'hui avec tristesse à sa famille, à ses proches, et bien sûr à Marine Le Pen dont le deuil doit être respecté. ». La filiation du FN/RN avec son fondateur est clairement assumée. Même idées, même programme, même si c'est emballé de manière plus subtile et trompeuse. Du home-staging en quelque sorte.

    Les chaînes d'info continue avaient prévu de parler des dix ans des attentats de "Charlie Hebdo" et voici qu'en milieu de journée, la disparition de Jean-Marie Le Pen est arrivée, plongeant les rédactions dans la stupeur. Dans le meilleur rôle, CNews avait évidemment quelques longueurs d'avance dans ce rayon. Son invité du soir, Bruno Gollnisch, ancien numéro deux du FN et probable Premier Ministre en cas de victoire électorale en 2002, a assuré que Jean-Marie Le Pen voulait le pouvoir. Qu'il s'agissait d'une rumeur urbaine de croire qu'il a tout fait pour ne pas avoir le pouvoir. Il lui disait ainsi qu'on laissait croire qu'on lui avait proposé le pouvoir et qu'il l'avait refusé, mais ce n'était pas ça, il n'a simplement pas réussi à la conquérir. De plus, son désaccord avec sa fille était sur la méthode : il pensait que la "dédiabolisation" se ferait naturellement au fur et à mesure que l'audience électorale du parti d'extrême droite grandirait, sans changer ni édulcorer ses positions.


     

     
     


    On disait bien avant la mort de Georges Marchais que son remplaçant dans le style "grande gueule politique" était Jean-Marie Le Pen. Depuis une dizaine d'années (au moins), on peut dire sans hésitation que le remplaçant de Jean-Marie Le Pen est Jean-Luc Mélenchon avec quatre signes qui ne trompent pas : dire n'importe quoi, avec un grand talent, avec beaucoup d'écho médiatique et susceptible d'influencer beaucoup de monde ! Quand au fond intellectuel, on pense bien sûr à Éric Zemmour, mais la personnalité sanguine n'a rien à voir avec cet éditocrate cérébral.

     

     
     


    Si l'on prend l'homme qu'était Jean-Marie Le Pen, on pouvait sans doute s'agacer des propos volontiers sexistes, machistes qu'il tenait en privé, mais il avait aussi beaucoup d'humour, riait voire chantait (comme un légionnaire), il était bon vivant, a su entraîner beaucoup d'adhésion, d'espérance (lui-même parlait pour sa propre mort d'un « espoir d'espérance »). Une petite preuve de son humour avec cette émission en direct du fameux "Tribunal des flagrant délire" avec Claude Villers pour juge, Pierre Desproges pour procureur et Luis Rego pour avocat du prévenu... Jean-Marie Le Pen lors de l'audience du 28 septembre 1982 (l'une des rares émissions filmées) à une époque où il n'était pas encore un danger (mais avait déjà largement exprimé ses positions d'extrême droite : ses interlocuteurs rieurs ne pouvaient pas être taxés d'amis politiques).

    Au fond, quand on parle de "grande gueule politique", d'influencer, de dire n'importe quoi, de provoquer, cela ne vous rappelle-t-il pas quelqu'un ? Bien sûr, Donald Trump, qui se réinstallera à la Maison-Blanche dans moins de deux semaines, qui fait partie de ce même bois, insubmersible (et peut-être aussi durable).

    Indépendamment de la personnalité politique qui pouvait manier la mauvaise foi et l'insulte, Jean-Marie Le Pen, par sa bonne connaissance de la vie politique française, était capable d'excellentes analyses politiques avec des perspectives historiques, comme c'est souvent le cas pour des militants d'extrême droite (je pense à Patrick Buisson).

    Alors non ! Il ne faut pas danser sur un cadavre chaud, d'autant plus qu'il n'était plus depuis longtemps une menace pour la France. Mais ses idées sont toujours là, ont fleuri, se sont consolidées. Le meilleur moyen de les combattre, c'est d'abord de respecter le deuil des proches, c'est la moindre des choses, et ensuite de rappeler ce qu'est être français par Manuel Valls le 9 janvier 2016 : « Être français, ce n’est pas renoncer à ses origines, ce n’est pas renoncer à son identité, c’est les verser au pot commun. C’est une citoyenneté qui n’est pas petite, qui n’est pas réduite à l’origine de chacun, du sang, du sol ou par naturalisation, mais qui est grande, ouverte, fondée sur la volonté de construire l’avenir ensemble ! C’est ce nouveau patriotisme que j’appelle de mes vœux ! » (au fait, ne vous ai-je pas dit que je ne me lasserais jamais de citer ces paroles ?).



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (08 janvier 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Jean-Marie Le Pen : extrême droite tenace et gauche débile...
    Mort de Jean-Marie Le Pen : la part de l'héritage.
    Procès de Marine Le Pen : surprise de gazelles et cynisme de vieux loups.
    Les 3 lignes rouges de Marine Le Pen pour ne pas censurer le gouvernement Barnier.
    Législatives 2024 (18) : la fin du cauchemar Bardella (pour le moment).
    Fake news : la scandaleuse manipulation politique du RN.
    Législatives 2024 (12) : un isoloir, ce n'est pas un cabine d'essayage !
    Législatives 2024 (11) : front, rassemblement, union nationale, barrage, consignes de vote...
    Législatives 2024 (10) : il était une fois Jordan Bardella, Gabriel Attal et Manuel Bompard.
    Législatives 2024 (9) : Emmanuel Macron et son n'ayez-pas-peur !
    Jean-Marie Le Pen, retour aux sources du RN.
    Législatives 2024 (2) : clarification ou chaos ?
    Législatives 2024 (1) : vaudeville chez Les Républicains.
    Élections européennes 2024 (4) : la surprise du chef !
    Le débat Gabriel Attal vs Jordan Bardella du 23 mai 2024.
    Débat Valérie Hayer vs Jordan Bardella : l'imposture démasquée de Coquille vide.
    Ukraine : Claude Malhuret se gausse de Jordan Selfie !
    Ukraine : Gabriel Attal attaque durement le RN et Marine Le Pen !
    Sondage secret : en cas de législatives anticipées, une victoire du RN ?
    FN/RN : fais-moi peur ! (27 octobre 2015).
    Marine Le Pen en tête dans un sondage : attention au buzz !
    Christine Boutin.
    André Figueras.
    Patrick Buisson.

    Rassemblement national : objectif 2027... ou avant !
    Jordan Bardella.
    Le nouveau JDD et la récupération des Enzo...
    Geoffroy Lejeune.
    Attention, un train de violence peut en cacher un autre...
    Éric Caliméro Zemmour.
    Jean-Marie Le Pen et sa marque dans l'histoire.
    La tactique politicienne du RN.
    La sanction disciplinaire la plus lourde de la Cinquième.

    Louis Aliot.
    Le congrès du RN.
    Grégoire de Fournas.
    Incident raciste : 89 nuances de haine à la veille du congrès du RN ?

    Le Front national des Le Pen, 50 ans plus tard...

     

     
     



    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250108-jean-marie-le-pen.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/jean-marie-le-pen-extreme-droite-258554

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/01/08/article-sr-20250108-jean-marie-le-pen.html



     

  • Mort de Jean-Marie Le Pen : la part de l'héritage

    « Je me pose un certain nombre de questions. Je ne dis pas que les chambres à gaz n’ont pas existé. Je n'ai pas étudié spécialement la question, mais je crois que c'est un point de détail de l'histoire de la Deuxième Guerre mondiale. » (Jean-Marie Le Pen, le 13 septembre 1987 sur RTL).



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    Sa famille a annoncé la mort de Jean-Marie Le Pen ce mardi 7 janvier 2025 à midi à Garches, dans les Hauts-de-Seine. Il était dans sa 97e année et devait être jugé en même temps que sa fille Marine Le Pen pour l'affaire des assistants parlementaires. C'est un peu par hasard qu'il a cofondé le Front national en 1972 qui allait devenir le Rassemblement national.

    J'aurai du mal à verser une larme sur ce dinosaure de la vie politique française, qui a survécu à la "Bande des Quatre" qu'il a tant fustigée dans les années 1980 (François Mitterrand, Valéry Giscard d'Estaing, Jacques Chirac et Georges Marchais). Mais je lui reconnais le talent politique que sa fille est loin d'avoir hérité : Jean-Marie Le Pen était un homme qui a dit n'importe quoi, qui a fait dans la provocation, qui s'est laissé aller dans ses déclarations parce que son ego l'encourageait à ne pas ménager le système médiatico-politique, mais il avait une grande connaissance de la France politique d'après-guerre (il était député sous la Quatrième République !). Marine Le Pen serait plutôt une imposture puisqu'elle essaie de gommer tout ce qui, au contraire, pourrait provoquer de l'indignation afin d'appâter un électorat raisonnable (au moins, avec son procès, c'est clair, le RN fait partie du système politique tant dénoncé par son père !). Mais c'est le même parti, c'est le même nom, c'est la même famille, et surtout, ce sont les mêmes idées. Jean-Marie Le Pen avait au moins une grande culture politique, on était loin de la tiktokisation de vie politique par bardellisation sociétale.

    Avec Jean-Marie Le Pen se tourne donc une page de l'histoire politique de la France. Certains étaient moins clairvoyants que d'autres. François Mitterrand, c'est désormais prouvé, a délibérément favorisé à la télévision (qui n'était que publique), en 1984, l'ascension médiatique de Jean-Marie Le Pen et comme celui-ci avait du talent, celui d'orateur, il a saisi sa chance et l'a beaucoup trop bien fait fructifier pour les socialistes puisque ceux-ci ont été privés de second tour présidentiel en 2002 à cause de ce monstre qu'ils avaient eux-mêmes créé. Exit Lionel Jospin.


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    Jean-Marie Le Pen a toutefois utile à la vie politique car il a démontré l'excellence démocratique de la Cinquième République puisqu'un parti ne valant que 0,7% des voix en 1974 pouvait atteindre les sommets qu'on connaît depuis une vingtaine d'années. Emmanuel Macron a prouvé aussi qu'un nouveau parti politique pouvait obtenir la majorité absolue à l'Assemblée Nationale dès lors qu'il était capable de provoquer suffisamment d'échos médiatiques.

    Au moins, l'inspiration du RN n'est plus cachée : Jordan Bardella a émis une vibrant hommage à celui qu'on pourrait appeler son beau-grand-père. Faut-il rappeler l'idéologie de ce parti ? Jean-Marie Le Pen avait bien précisé, à la fin de sa vie, encore l'année dernière, que ses provocations verbales n'étaient pas des dérapages et qu'il pensait vraiment ce qu'il disait.

    "Le Monde" a fait un petit résumé il y a dix ans, à l'époque où justement Marine Le Pen, par ambition, s'est sentie obligée d'exclure son père pour rester politiquement correcte (Albert Camus avait plus le sens de la famille). Comparez avec les petites phrases reprochées à Emmanuel Macron depuis dix ans.


     


    Toute la classe politique n'avait pas compris exactement le phénomène Le Pen. Par exemple, en 1984, Jacques Chirac avait pensé que ce ne serait qu'un épiphénomène provisoire, motivé par la gauche au pouvoir et l'exacerbation de l'opposition de droite, et que dès 1986, tout rentrerait dans l'ordre. C'était évidemment une erreur, et on peut saluer le courage de Jacques Chirac, pourtant assez changeant dans ses convictions, par ses valeurs républicaines qui ont fait qu'en tant que président du RPR, il a été intraitable pour rejeter tout soupçon d'alliance avec le FN. Rappelons qu'à l'époque, François Mitterrand encourageait le FN (accès aux médias, proportionnelle qui a fait élire 36 députés FN, etc.).

    Pas étonnant que l'adversaire politique le plus grand de Jean-Marie Le Pen était, selon ce dernier, Jacques Chirac (et pas un responsable de gauche). Le combat final entre les deux hommes, le seul d'ailleurs, cela a été au second tour de l'élection présidentielle de 2002 et s'est terminé sans appel : 82,2% pour le Président gaulliste sortant, 17,8% pour le candidat de l'extrême droite. On rêve sans doute de cette époque, pas si lointaine (vingt-trois ans, une génération quand même), car cet écart s'est dangereusement rétréci, avec l'absence de la gauche au second tour, puisque Marine Le Pen a atteint 41,4% face à Emmanuel Macron 58,6%.

    Alors, en ce jour où le relativisme politique sera à fond avec certains hommages indécents à Jean-Marie Le Pen, je rappellerai simplement quelques phrases du Président Jacques Chirac à la fin de son second mandat le 11 mars 2007, sa dernière allocution télévisée, aussi sa dernière occasion de s'exprimer aux Français : « Au nom de la confiance que vous m'avez témoignée, je voudrais vous adresser plusieurs messages. D'abord, ne composez jamais avec l'extrémisme, le racisme, l'antisémitisme ou le rejet de l'autre. Dans notre histoire, l'extrémisme a déjà failli nous conduire à l'abîme. C'est un poison. Il divise. Il pervertit, il détruit. Tout dans l'âme de la France dit non à l'extrémisme. Le vrai combat de la France, le beau combat de la France, c'est celui de l'unité, c'est celui de la cohésion. Oui, nos valeurs ont un sens ! Oui, la France est riche de sa diversité ! Oui, l'honneur de la politique, c'est d'agir d'abord pour l'égalité des chances ! C'est de permettre à chacun, à chaque jeune, d'avoir sa chance. Ce combat, malgré tous les obstacles, et même si je mesure le chemin qui reste à parcourir, il est désormais bien engagé. Il doit nous unir dans la durée. C'est l'une des clefs de notre avenir. ».

    Pour l'heure, la panthéonisation de Jean-Marie Le Pen est exclue ! Mais sait-on jamais...



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (07 janvier 2025)
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    Pour aller plus loin :
    Mort de Jean-Marie Le Pen : la part de l'héritage.
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    Christine Boutin.
    André Figueras.
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    Rassemblement national : objectif 2027... ou avant !
    Jordan Bardella.
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    Attention, un train de violence peut en cacher un autre...
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    Louis Aliot.
    Le congrès du RN.
    Grégoire de Fournas.
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    Le Front national des Le Pen, 50 ans plus tard...

     

     

     

     
     



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  • Philippe Val et la promesse d'autres tragédies

    « Un bon Arabe doit être musulman, sa femme doit être voilée, il doit détester la France et admirer le Hamas et le Hezbollah. Cette assignation des Arabes par les autorités morales est un racisme réel drapé dans un antiracisme autoproclamé. Un tel déni de réalité, dix ans après les attentats de 2015, est la promesse d'autres tragédies. » (Philippe Val, le 6 janvier 2025 sur Europe 1).




     

     
     


    Personnalité du monde médiatique et intellectuel un peu touche-à-tout, Philippe Val (72 ans) est tout à la fois humoriste, journaliste, écrivain, chroniqueur et même patron de presse. Sa consécration a sans doute été sa nomination comme directeur général de l'importante station de radio publique France Inter de 2009 à 2014, mais ses fonctions pendant dix-sept ans à la tête de "Charlie Hebdo" de 1992 à 2009, comme rédacteur en chef puis comme directeur de publication, sont sans doute ce qui a eu le plus d'importance à ses yeux.

    Et il se place bien entendu sur le devant de scène des commémorations des attentats de janvier 2015 pour une raison simple : c'est lui, comme directeur de publication de "Charlie Hebdo", qui a pris la responsabilité (qu'il n'a jamais regretté) de publier les caricatures de Mahomet, celles publiées par le quotidien danois "Jyllands-Posten" le 30 septembre 2005. Leur publication a eu lieu dans le numéro de "Charlie Hebdo" du 3 février 2006, complétées par des caricatures maison. L'hebdomadaire satirique a été quasiment le seul périodique français à avoir eu le courage de les publier (avec "France-Soir" et "Libération") en raison des nombreuses pressions faites sur les rédactions.


     

     
     


    Depuis cette date, Philippe Val est sous protection policière matin midi et soir (et nuit), et vit avec l'angoisse de l'assassinat. On peut dire que son angoisse était justifiée puisque cinq dessinateurs, deux journalistes et deux chroniqueurs (entre autres) ont été assassinés il y a dix ans, le 7 janvier 2015.
     

     
     


    J'apprécie beaucoup Philippe Val car il porte finalement une parole très rare dans le monde médiatique, il veut rappeler sans cesse qu'il faut combattre l'islamisme et, bien que de gauche, il bouscule la pensée prémâchée de l'islamogauchisme. Trouille ou militantisme politique, on ne sait pas trop bien ce qui motive beaucoup de nos intellectuels français en-dessous de tout, et en particulier d'une pensée claire sur la liberté et sur la laïcité. Philippe Val est, avec quelques autres petites lumières médiatiques comme Caroline Fourest, Tristane Banon, Sophia Aram (actuellement salement harcelée par cette gauche extrémiste), l'un des rares "prescripteurs d'opinion" à rappeler toute l'horreur de l'islam politique et la nécessité de s'y opposer fermement, quelle que soit sa foi ou sa non-foi.

    Dans sa chronique du lundi 6 janvier 2025 qu'il a faite sur la station Europe 1, le journaliste est sévère contre ses collègues qui n'ont jamais rappelé que les caricatures qui avaient mis le monde musulman en colère en 2005 et 2006 n'étaient pas celles publiées par le journal danois mais d'autres, falsifiées pour manipulation par un imam qui l'a reconnu par la suite. Comme pour l'assassinat de Samuel Paty, victime lui aussi d'une manipulation mensongère sur les réseaux asociaux, la désinformation a tué beaucoup trop pour ne pas alerter les journalistes pendant qu'il est encore temps.

    Philippe Val a aussi rappelé que l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal, qui, à 75 ans, est très malade et n'est toujours pas soigné, alors qu'il a été jeté en prison injustement en Algérie il y a deux mois, est trop peu soutenu par les moralistes professionnels en France et mériterait leur soutien avec un écho médiatique qui puisse faire pression sur le gouvernement algérien.


     

     
     


    Dans cette chronique, Philippe Val a d'abord fustigé ce qu'il a appelé la "bienveillance" de nombreux "intellectuels" envers l'islamisme : « On va parler de ce qui n'a pas changé, voire de ce qui a empiré : la bienveillance d'une partie du monde intellectuel, politique et médiatique français pour les acteurs d'un phénomène religieux, l'islam, dans sa version la plus hostile à notre civilisation, la plus puritaine et la plus dangereuse. On l'a vu lors du stupéfiant soutien au Hamas par La France insoumise et le journal "Le Monde" après le 7 octobre 2023 et par les non-moins stupéfiants ralliements et accords électoraux qui s'ensuivirent de la part de partis comme le parti socialiste ou de personnalités comme François Hollande. ».

    "Le Monde" a contribué à ce climat malsain qui, de fait, promeut l'antisionisme : « Je ne souhaite nullement la disparition du "Monde" dont j'admire et respecte nombre de ses journalistes, mais son statut de journal de référence n'est plus supportable. Ce n'est pas plus une référence que Mediapart ou "Valeurs actuelles". C'est un journal d'opinion et c'est son droit. Mais ce statut ne lui permet d'exercer aucun magistère moral. Qu'il soit lu comme une bible par les enseignants, les intellectuels, les politiques, est une des causes de la maladie de la démocratie française. Au lendemain des attentats, il y a dix ans, "Le Monde" avait déjà choisi de donner une large audience à Emmanuel Todd qui prétendait que les 4 millions de manifestants du 11 janvier n'étaient que des petits bourgeois catholiques qui avaient besoin d'avoir peur de l'islam pour se tenir chaud ensemble. ».

     

     
     


    Le point de référence de l'ancien directeur de "Charlie Hebdo", c'est le massacre antisémite du 7 octobre 2023 dans la continuité des réactions aux caricatures de 2005-2006 : « On l'a vu après le massacre du 7 octobre. Dans les heures qui ont suivi, ce n'est pas l'horreur du massacre qui a été mise en avant, mais le scandale de la réplique israélienne. Il y a une continuité dans la volonté de nier la réalité. Par exemple, en 2006, les caricatures qui ont mis le feu au Moyen-Orient et monde arabe ne sont pas celles qu'ont publiées le "Jyllands-Posten" et "Charlie Hebdo". On sait que ce sont des caricatures détournées et diffusées par un imam danois intégriste. Bien que l'information ait parfaitement circulé dans les rédactions, et que depuis, l'imam repenti ait avoué sa manipulation, l'info n'intéressait pratiquement personne. Il est évident que les caricatures publiées étaient anodines et que leur censure était insupportable dans n'importe quel régime de liberté. Personne n'a voulu retenir cette information pourtant capitale. Eh bien, c'est un cas d'école pour journalistes : une info reste-t-elle vraie quand personne n'a envie d'y croire ? (…) Ce qui démontre aussi que notre métier de journaliste et d'intellectuel est de dire la réalité au plus près. Et que c'est une question de vie ou de mort. La réalité se venge toujours quand elle est repoussée, elle revient sous une forme monstrueuse. En ce qui nous concerne, elle est revenue sous la forme des attentats qui ont endeuillé notre pays. ».

    Si le monde journalistique a compris la nature de l'islamisme, il y a encore beaucoup à faire pour préserver une parole sensée en France : « Il s'est passé quelque chose. La plupart des grands journaux et des chaînes d'info, radios, ont désormais des positions sans ambiguïté sur l'islam politique et l'antisémitisme, et il faut s'en réjouir. Mais une partie du monde intellectuel et journalistique n'a encore rien compris. La campagne de haine que subit aujourd'hui l'humoriste Sophia Aram et l'indifférence méprisante dont Boualem Sansal fait l'objet montrent à quel point leur magistère moral est une imposture. Boualem Sansal et Sophia Aram ont en commun une tare majeure aux yeux de nos moralistes antiracistes : ce sont de mauvais Arabes ! Un bon Arabe doit être musulman, sa femme doit être voilée, il doit détester la France et admirer le Hamas et le Hezbollah. Cette assignation des Arabes par les autorités morales est un racisme réel drapé dans un antiracisme autoproclamé. Un tel déni de réalité, dix ans après les attentats de 2015, est la promesse d'autres tragédies. ».

     

     
     


    Cette chronique du 6 janvier 2025 de Philippe Val est excellente car elle est un condensé d'une parole qui est rare et pourtant essentielle en France, celle d'une gauche républicaine qui est aujourd'hui étouffée par la nouvelle farce populaire (NFP). Cette gauche républicaine (dont je ne suis pas) est aujourd'hui la mieux représentée politiquement par un quasi-homonyme, l'ancien Premier Ministre et l'actuel Ministre d'État Manuel Valls, qui a su exprimer en 2015 et 2016 ce qu'était l'esprit républicain et que je ne me lasserai jamais de répéter : « Être français, ce n’est pas renoncer à ses origines, ce n’est pas renoncer à son identité, c’est les verser au pot commun. C’est une citoyenneté qui n’est pas petite, qui n’est pas réduite à l’origine de chacun, du sang, du sol ou par naturalisation, mais qui est grande, ouverte, fondée sur la volonté de construire l’avenir ensemble ! C’est ce nouveau patriotisme que j’appelle de mes vœux ! ».


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (06 janvier 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Philippe Val et la promesse d'autres tragédies.
    7 janvier 2025 : êtes-vous toujours Charlie ?
    L’esprit républicain.
    Fête nationale : cinq ans plus tard…







    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250106-philippe-val.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/philippe-val-et-la-promesse-d-258535

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/01/06/article-sr-20250106-philippe-val.html




     

  • Anne-Marie Comparini, l'esprit de Barre à Lyon

    ​« Aussi intransigeante sur les valeurs de la République qu’inlassablement engagée pour bâtir et transmettre, elle sut par la force de ses combats gagner une autorité morale et une affection qui dépassaient les clivages. (…) Ses qualités, sa personnalité qui savait tisser des ponts au-delà des partis, lui firent prendre une ampleur nationale. Son intransigeance dans la défense de ses convictions, aussi. » (Communiqué de l'Élysée, 5 janvier 2025).



     

     
     


    J'ai appris avec émotion ce dimanche 5 janvier 2025 la mort de l'ancienne députée UDF du Rhône Anne-Marie Comparini à l'âge de 77 ans (elle est née le 11 juillet 1947). Elle s'est éteinte à 2 heures du matin à l'hôpital Édouard-Herriot de Lyon où elle avait été admise le 31 décembre 2024. En fait, en commençant ainsi, on situe assez mal cette personnalité si précieuse que la France a eue à son service. Si elle était peu connue du grand-public aujourd'hui, elle était bien connue des Lyonnais, des Rhônalpins ...et des centristes. Pour moi, elle était d'abord une fidélité, celle à l'ancien Premier Ministre Raymond Barre pour qui elle a travaillé alors qu'il était encore à Matignon.

    À l'origine, Anne-Marie Comparini était juriste de droit social, administratrice à l'ORTF (Office de radiodiffusion et télévision française) puis à l'INA (Institut national de l'audiovisuel). Dès mars 1978, elle s'est mise au service de Raymond Barre comme collaboratrice parlementaire jusqu'en mars 2001. En mars 1986, Anne-Marie Comparini s'est fait élire conseillère régionale de Rhône-Alpes représentant le Rhône. Chargée de l'enseignement supérieur et de la recherche à la région, elle fut réélue en mars 1992, mars 1998 et mars 2004, jusqu'à mars 2010. Ce sera probablement le mandat le plus important pour Anne-Marie Comparini même si elle en a eu deux autres importants.

    Le premier, c'est d'avoir été élue dans la foulée de Raymond Barre aux élections municipales de Lyon en juin 1995 : entre juin 1995 et mars 2001, Anne-Marie Comparini a été adjointe au maire chargée de la politique de la ville et des universités tandis que Raymond Barre devenait maire de Lyon pour un mandat unique. Le second, c'est d'avoir été élue députée de Lyon de 2002 à 2007.
     

     
     


    C'est au titre de cette expérience lyonnaise que le successeur de Raymond Barre, le socialiste Gérard Collomb a songé à elle pour qu'elle fût la présidente du Conseil de développement de la métropole de Lyon de 2015 à 2021 (si mes souvenirs sont exacts, Raymond Barre avait été lui-même le président du conseil du développement extérieur de Lyon lorsque Michel Noir dirigeait la municipalité de Lyon de 1989 à 1995, ses réseaux internationaux ayant permis à l'agglomération de s'ouvrir au monde extérieur). Du reste, le 19 février 2014, peu avant sa réélection comme maire de Lyon pour un troisième mandat, Gérard Collomb a invité tout spécialement Anne-Marie Comparini, Michel Mercier (ancien président du conseil général du Rhône et ancien Ministre de la Justice) et d'autres élus ou anciens élus centristes et de centre droit pour inaugurer un nouveau pont à Lyon (premier nouveau pont depuis 1982), le pont Raymond-Barre, histoire de célébrer l'héritage barriste et séduire l'électorat modéré : « Nous venions de rives différentes mais nous avions un point commun, l'envie de servir notre ville. ».

     

     
     


    Barriste fidèle, Anne-Marie Comparini comptait au Centre des démocrates sociaux (CDS) puis à l'UDF après 1995. Son destin s'est offert en 1998-1999 sur une intransigeance et une incompréhension. Sur Twitter, François Bayrou a annoncé la triste nouvelle ainsi : « Aussi intransigeante sur les valeurs de la République qu’inlassablement engagée pour bâtir et transmettre, elle sut par la force de ses combats gagner une autorité morale et une affection qui dépassaient les clivages. ». Car qui aurait pensé qu'elle serait élue présidente de région ?

    À l'époque, le scrutin des élections régionales était la proportionnelle intégrale dans des circonscriptions départementales. Or, depuis mars 1992, avec l'irruption tant des écologistes (dans une moindre mesure) que du FN (qui faisait le plein de ses élus à ces scrutins), le centre droit UDF-RPR et la gauche traditionnelle PS-PCF n'étaient plus en capacité de diriger seuls les régions. La tentation était forte d'une alliance entre le président sortant du conseil régional, sa majorité (souvent de centre droit), et les élus du FN, alliance certes implicite mais bien réelle. Il y a déjà eu des précédents en mars 1992 avec (pourtant) deux ministres d'ouverture du gouvernement socialiste : Jean-Marie Rausch en Lorraine et Jean-Pierre Soisson en Bourgogne.

    En 1998, la situation était encore plus éclatée dans certains conseils régionaux. Des présidents sortants n'hésitaient donc pas à quémander la bienveillance des élus FN, comme Charles Baur en Picardie et Jacques Blanc en Languedoc-Rousillon. De manière extraordinaire, Charles Millon a été réélu, lui aussi, avec les voix des élus FN. J'écris extraordinaire car lorsque j'étais à Grenoble, j'ai eu l'occasion de connaître Charles Millon qui a eu une grande importance tant régionale que nationale : député de l'Ain depuis mars 1978 (jusqu'en 2001), président du groupe UDF à l'Assemblée de 1989 à 1995, Ministre de la Défense de mai 1995 à juin 1997 (il avait refusé le Ministère de l'Agriculture en 1993 dans le gouvernement dirigé par Édouard Balladur car il soutenait Jacques Chirac en 1995). J'avais eu l'occasion de vérifier qu'il avait des convictions politiques très affirmées et celles-ci étaient à l'opposé des idées du FN. En effet, il était particulièrement vigilant pour éviter toute alliance locale entre un élu UDF-RPR et un candidat FN. Par ailleurs, entre 1985 et 1988, Charles Millon était l'animateur des réseaux barristes REEL, noyau dur de la campagne présidentielle de Raymond Barre (après l'échec de Raymond Barre, il est resté en politique alors qu'on lui proposait des ponts d'or dans le privé).

    Charles Millon avait réussi à se faire élire président du conseil régional de Rhône-Alpes le 27 octobre 1988 à la mort de son prédécesseur, l'ancien résistant Charles Béraudier (c'est ce dernier qui a fait élire le centriste Francisque Collomb à la mairie de Lyon à la mort de Louis Pradel, en décembre 1976, préféré à Jacques Soustelle dont il était pourtant le suppléant au début des années 1960).

    Charles Millon s'était fait réélire le 23 mars 1992. À l'élection du 20 mars 1998, la situation était impossible. Les résultats des élections régionales du 15 mars 1998 avaient donné un hémicycle ingouvernable : 60 élus UDF-RPR, 60 élus PS et alliés (PCF, Verts), 35 élus FN, 1 CPNT (Chasse pêche nature et traditions) et 1 régionaliste (Patrice Abeille, de la Ligue savoisienne, ralliant la gauche). Une majorité relative suffit au troisième tour, mais les deux camps auraient été à égalité : centre droit 61 et gauche et alliés 61. Dans ce cas, des deux candidats qui se présentaient, le plus âgé aurait été élu : à droite, Charles Millon né le 12 novembre 1945, à gauche, Jean-Jack Queyranne (par ailleurs ministre du gouvernement de Lionel Jospin), né le 2 novembre 1945, dix jours de plus qui lui auraient permis de remporter la présidence du conseil régional.

    Mais c'était sans compter avec la volonté de rester à son siège quoi qu'il en coûtât : Charles Millon a donc remporté l'élection au second tour grâce aux élus FN dirigés par Bruno Gollnisch, numéro deux du FN. Mais cette élection a choqué sa propre majorité, en particulier les conseillers UDF absolument hostiles à toute alliance, implicite ou explicite, avec le FN. Charles Millon a toujours réfuté tout accord avec le FN mais il a quand même accepté l'élection de treize vice-présidents de commission FN, notamment celle de la culture.


    Cette élection a eu pour conséquence une division du camp centriste avec l'exclusion de l'UDF de Charles Millon, Charles Baur et Jacques Blanc, mais ceux-ci étaient accueillis à bras ouverts par Alain Madelin qui a quitté lui aussi l'UDF pour créer Démocratie libérale (DL), plus "souple" dans ses alliances. Charles Millon refusa d'adhérer à DL et a créé un microparti qui n'a jamais décollé, La Droite puis La Droite chrétienne.

    Toutefois, la "morale" allait être sauve ! Sur une requête en annulation du conseiller régional UDF Étienne Tête, enregistrée le 30 mars 1998, le Conseil d'État a annulé le 9 décembre 1998 l'élection de Charles Millon à la présidence du conseil régional de Rhône-Alpes pour une raison précise. La loi du 7 mars 1998 a rajouté à l'article L.4133-1 du code général des collectivités territoriales, les conditions d'une telle élection : « Cette élection ne donne lieu à aucun débat. ». Or le doyen d'âge qui présidait la séance, avant de passer au vote du second tour, a demandé s'il y avait « quelque chose à ajouter ». Alors, le candidat FN Bruno Gollnisch a demandé à Charles Millon une précision sur son programme, ce dernier lui a répondu et à la suite, le candidat FN a retiré sa candidature et a donné la consigne aux élus FN de voter pour Charles Millon. Or, cette question-réponse était interdite dans la loi et cette irrégularité a eu une influence certaine sur le résultat de l'élection, d'où l'annulation.


    Pour cette raison, le 9 janvier 1999, une nouvelle élection du président du conseil régional de Rhône-Alpes a eu lieu. Mais dans un tout autre contexte : les élus UDF ont refusé de se joindre aux membres de la majorité régionale pour voter de nouveau pour Charles Millon. La gauche a compris que pour faire battre Charles Millon, il fallait voter pour un candidat UDF, en l'occurrence, une candidate UDF, à savoir Anne-Marie Comparini. Elle a donc été élue (à 51 ans) présidente du conseil régional de Rhône-Alpes, la première femme à ce poste (mais pas la première en France, d'autres femmes présidente de conseil régional avaient déjà été élues avant elle). Mais c'est surtout la première (et seule) élection avec une majorité de toute la gauche plus l'UDF. On a vu qu'en Allemagne, certains coalitions étaient d'abord testées dans les Länder avant d'être testées grandeur nature, et finalement, on peut dire que c'est ce que recherche aujourd'hui François Bayrou avec une Assemblée aussi éclatée que ne l'était le conseil régional de Rhône-Alpes en 1998.
     

     
     


    Pendant plus de cinq ans (1999 à 2004), Anne-Marie Comparini a présidé le conseil régional de Rhône-Alpes avec une majorité centriste et de gauche, très appréciée pour son sens de l'intérêt général. Elle a porté ses actions sur le développement économique de la région, son ancrage européen, et la mise en œuvre de la ligne TGV Lyon-Turin (devenue Arlésienne).

    En mars 2001, aux élections municipales à Lyon, Raymond Barre, à 76 ans, ne se représentait pas. Une liste UDF-RPR s'est présentée, menée par le député RPR Jean-Michel Dubernard (après le ralliement du centriste Michel Mercier), opposée à la liste de gauche menée par Gérard Collomb, perdant perpétuel (jusque là). Mais Charles Millon a également présenté ses propres listes, faisant 25%. Lyon, la catholique conservatrice représentait un bon électorat pour Charles Millon. Au second tour, Gérard Collomb et la gauche ont gagné à cause de la division du centre droit et de la droite (très peu de fusions de listes au second tour), et de la bienveillance du maire sortant Raymond Barre.

    Aux élections législatives de juin 2002, Charles Millon n'a cependant pas réussi sa mue lyonnaise : quittant sa circonscription de l'Ain (il était maire de Belley de 1977 à 2001) pour une circonscription lyonnaise, il a échoué face au député sortant Jean-Jack Queyranne. En revanche, la présidente du conseil régionale Anne-Marie Comparini a été élue députée du Rhône sur une autre circonscription (centriste) de juin 2002 à juin 2007 avec 55,5% au second tour (contre le socialiste Jean-Louis Touraine). La députée sortante était l'UDF Bernadette Isaac-Sibille, qui s'était tout de même représentée à 72 ans, celle-ci n'a obtenu que 12,1% au premier tour (Anne-Marie Comparini avait l'investiture UMP et a eu 32,1% au premier tour). Bernadette Isaac-Sibille avait gagné la circonscription en juin 1988, en mars 1993 et juin 1997 face à Gérard Collomb (sauf en 1993).

    En mars 2004, Anne-Marie Comparini est repartie en campagne pour les régionales, tête de liste commune UDF-UMP contre la liste de gauche menée par Jean-Jack Queyranne. Le millonisme électoral avait déjà disparu en 2004 (bien que Charles Millon soit resté à présider le groupe milloniste à la mairie de Lyon jusqu'en 2008 ; ce dernier a été nommé ambassadeur de France de 2003 à 2007). Un changement de scrutin aux élections régionales rendait plus facile l'obtention d'une majorité avec deux tours de proportionnelle et une prime majoritaire (un peu à l'instar des élections municipales). La gauche l'a emporté au second tour avec 46,5% des voix et 94 sièges sur 157 au total. La liste Comparini n'a obtenu que 38,2% et 45 sièges, et la liste Gollnisch 15,3% et 18 sièges. La région est redevenue majoritaire, mais au profit de la gauche et de Jean-Jack Queyranne (jusqu'en décembre 2015).
     

     
     


    Députée UDF et membre de la commission des lois, Anne-Marie Comparini a soutenu fidèlement la candidature de François Bayrou tant en 2002, 2007 qu'en 2012. Investie par le MoDem, elle a échoué à se faire réélire députée en juin 2007, battue dès le premier tour avec seulement 17,4% des voix (le candidat UMP a été élu au second tour). François Bayrou aurait toutefois souhaité qu'Anne-Marie Comparini fût la candidate du MoDem à la mairie de Lyon en mars 2008 mais en septembre 2007, elle s'est retiré de la vie politique, conservant seulement son dernier mandat de conseillère régionale jusqu'en mars 2010. La circonscription d'Anne-Marie Comparini, après avoir été gagnée par le candidat UMP, a été occupée par un député radical de gauche de 2012 à 2017, puis un député macroniste de 2017 à 2024, et depuis 2024, une candidate insoumise l'a remportée.

    Son retrait de la vie politique ne signifiait pas son silence. Anne-Marie Comparini a ainsi apporté son soutien à Emmanuel Macron aux élections présidentielles de 2017 et de 2022 (elle a présidé le comité de soutien lyonnais à Emmanuel Macron en 2022). Avant de s'en aller, elle aura eu la joie et l'émotion de voir François Bayrou accéder à Matignon. De Raymond Barre à François Bayrou. Condoléances à sa famille.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (05 janvier 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Anne-Marie Comparini.
    François Bayrou.
    Philippe Vigier.
    Jean-Marie Daillet.
    La loi Veil.

    Claude Malhuret.
    Jacques Duhamel.
    Didier Borotra.
    La convergence des centres aux européennes.
    Raymond Barre.
    Gilberte Beaux.
    Christine Boutin.
    Dominique Baudis.
    Valérie Hayer.
    Henri Grouès.
    Jean-Jacques Servan-Schreiber.
    Jean-Marie Rausch.
    René Monory.
    René Pleven.
    Simone Veil.
    Bruno Millienne.
    Jean-Louis Bourlanges.
    Jean Faure.
    Joseph Fontanet.
    Marc Sangnier.
    Bernard Stasi.
    Jean-Louis Borloo.
    Sylvie Goulard.
    André Rossinot.
    Laurent Hénart.
    Hervé Morin.
    Olivier Stirn.
    Marielle de Sarnez.

     
     



    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250105-anne-marie-comparini.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/anne-marie-comparini-l-esprit-de-258509

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/01/05/article-sr-20250105-anne-marie-comparini.html


     

  • 7 janvier 2025 : êtes-vous toujours Charlie ?

    « Cette France qui s’est retrouvée dans l’épreuve, ce moment où le monde entier est venu à elle, car le monde sait lui aussi la grandeur de la France et ce qu’elle incarne d’universel. La France, c’est l’esprit des Lumières. La France, c’est l’élément démocratique. La France, c’est la République chevillée au corps. La France, c’est une liberté farouche. La France, c’est la conquête de l’égalité. La France, c’est la soif de fraternité. Et la France, c’est aussi ce mélange si singulier de dignité, d’insolence, et d’élégance. » (Manuel Valls, le 13 janvier 2015 dans l'hémicycle).




     

     
     


    J'ai eu une "chance", il y a dix ans. Je n'étais pas chez moi mais en déplacement. Cela signifie : pas de journal, pas de télévision, pas de radio. J'ai évité (involontairement) d'être submergé par le flot des informations continues d'urgence. Mais j'avais quand même Internet et c'est ainsi que j'ai appris la mort de l'innocent, du tendre Cabu par balles ! Voir plus bas. Difficile de comprendre le monde contemporain. Pour la (très) petite histoire, je n'étais pas à Paris il y a dix ans, mais j'étais à Nice où le soleil brillait à 20°C...

    Sinistre commémoration, donc. Mardi, le dixième anniversaire de l'attentat de "Charlie Hebdo" qui s'est déroulé le mercredi 7 janvier 2015 sera l'occasion, pour la France, de faire un petit retour sur son passé récent. Toute la semaine sera commémorative, car le 8 janvier 2015 et le 9 janvier 2015, d'autres victimes ont péri dans cette série d'attentats de début 2015. On peut comprendre pourquoi François Bayrou n'a pas voulu faire sa déclaration de politique générale cette semaine et attendre la semaine suivante.

    Il y a eu une sorte de sidération, et malheureusement, on allait être presque habitués par cette sidération, tant les attentats islamistes se sont succédé en France, le 13 novembre 2015, le 14 juillet 2016, etc. Si l'attentat de La Nouvelle-Orléans a autant ému les Français, c'est parce que, en plus d'avoir touché le quartier français de cette ville américaine, il y avait deux faits qui, inévitablement, refaisaient penser aux attentats en France : l'attaque à la voiture-bélier, comme à Nice, et l'attaque contre un mode de vie, contre des personnes réunies pour s'amuser, pour faire la fête, Nouvel an comme bientôt carnaval, comme le 13 novembre 2015, contre de malheureux clients qui discutaient sur les douces terrasses de cafés parisiens un vendredi soir.

    Il y a eu deux incompréhensions dans l'état de sidération dans lequel nous nous trouvions. La première, c'était de croire que ces terroristes islamiques en voulaient à notre liberté d'expression et de dessin. En fait, c'est beaucoup plus vaste, contre notre mode de vie, contre notre existence : liberté d'expression, mais aussi liberté de célébration, liberté d'enseignement, liberté d'amusement, de distraction, d'écouter un concert, d'assister à une messe, etc. Bref, il n'y avait plus à donner des arguments, la cause est entendue, c'est celle des guerres : les terroristes sont nos ennemis et c'est eux ou nous. La seconde incompréhension, c'était de croire que cela avait commencé avec "Charlie Hebdo" en janvier 2015. En fait, cela avait commencé dès mars 2012 à Montauban et à Toulouse, avec les abominables assassinats de Merah, dont de trois enfants en bas âge dans une école juive. C'est là que tout a commencé, mais c'était difficile de comprendre sans le recul nécessaire.

    Cette violence est d'autant plus sidérante qu'elle s'est appliquée à des êtres par définition doux, des tendres, des non-violents, des intellectuels, des écrivains, des économistes, des psychiatres, des dessinateurs... Pas des miliciens, pas des légionnaires, pas des activistes.


    Le bilan humain est encore aujourd'hui très émouvant car certains étaient très connus et appréciés. Cela reste encore aujourd'hui incompréhensible. On a tiré à la kalachnikov sur la rédaction de "Charlie Hebdo". Douze sont morts le 7 janvier 2015 : cinq dessinateurs "historiques" du journal, Cabu (76 ans), Wolinski (80 ans), Charb (47 ans), Tignous (57 ans) et Honoré (73 ans), l’économiste Bernard Maris (68 ans), la psychiatre Elsa Cayat (54 ans), les journalistes Michel Renaud (69 ans) et Mustapha Ourrad (60 ans), les policiers Ahmed Merabet (42 ans) et Franck Brinsolaro (49 ans), qui assurait la protection de Charb, et l’agent de maintenance Frédéric Boisseau (42 ans).

    Charb, du haut des cieux, rappelle désormais aux passants, devant les lieux de la tragédie, ce qu'il écrivait en 2012 et qui est désormais inscrit en bas de la grande fresque de la rue Nicolas-Appert, "inventeur de la conserve alimentaire" (voir illustration) : « Je n'ai pas peur des représailles, je n'ai pas de gosses, pas de femme, pas de voiture, pas de crédit. C'est peut-être pompeux ce qui je vais dire, mais je préfère mourir debout que vivre à genoux. ».

     

     
     


    Il faut absolument en rajouter un treizième, que les autorités ne compteront jamais parmi les victimes, mais c'en est une : Simon Fieschi, le webmaster du journal. Il a été gravement blessé, touché à la colonne vertébrale, entraînant des handicaps à vie (hospitalisé neuf mois, perdant l'usage de ses jambes et de ses bras mais réussissant finalement à marcher). On l'a retrouvé mort dans une chambre d'hôtel à Paris le 17 octobre 2024, quelques jours avant son 41e anniversaire. Il s'est probablement suicidé, traumatisé à la suite de cet attentat.

    D'autres victimes présentes sur place ont survécu, traumatisées à vie et parfois, blessées à vie. Onze personnes ont été blessées dont quatre grièvement. Outre Simon Fieschi, deux journalistes ont été très gravement touchés, Philippe Lançon (qui a raconté son après-attentat dans un livre au titre emblématique, "Le Lambeau", éd. Gallimard en avril 2018) et Fabrice Nicolino, déjà victime d'un premier attentat en 1985 (j'ai cité ce journaliste pour évoquer Claude Allègre). Le dessinateur et directeur de la rédaction Riss a été touché à l'épaule, et un second agent de maintenance aussi.

    Il y a eu les rescapés qui miraculeusement n'ont pas été touchés, présents pendant le carnage : la dessinatrice Coco, les journalistes Sigolène Vinson, Luce Lapin et Laurent Léger, aussi Gérard Gaillard qui accompagnait Michel Renaud, invité exceptionnel de la rédaction, le directeur financier Éric Portheault. Sigolène Vinson a été visée par l'un des terroristes qui l'a finalement épargnée : « Je ne te tuerai pas. Tu es une femme. On ne tue pas les femmes. Mais réfléchis à ce que tu fais. Ce que tu fais est mal. Je t’épargne, et puisque je t’épargne, tu liras le Coran. (…) On ne tue pas les femmes ! On ne tue pas les femmes ! On ne tue pas les femmes ! »... après avoir pourtant assassiné Elsa Cayat, chargée d'une chronique dans l'hebdomadaire.


    Et puis, il y a eu ceux qui auraient dû ou pu se trouver dans la salle de rédaction pendant l'attentat et qui ne s'y trouvaient pas pour une raison ou une autre, en particulier l'urgentiste Patrick Pelloux, les dessinateurs Catherine Meurisse, Luz et Willem, le critique cinéma Jean-Baptiste Thoret, le rédacteur en chef (en vacances à Londres) Gérard Biard, les journalistes Zineb El Rhazoui (elle en vacances au Maroc) et Antonio Fischetti, et l'humoriste Mathieu Madénian.

    On imagine l'effroyable traumatisme à vie de ces rescapés, blessés, intacts et absents, qui ont vu la mort de leurs amis de très près. Certains n'ont pas renoncé leur expression corrosive, prêts à critiquer la réaction des autorités. Ainsi, Zineb El Rhazoui : « J'aurais aimé que ceux qui sont morts bénéficient d'un tel soutien de leur vivant. Et ce n'était pas du tout le cas. "Charlie Hebdo" est un journal qui a été conspué par tout le monde. ». Puis : « Nos collègues ont réussi à faire marcher Abbas et Netanyahou. On aurait voulu que les nôtres, qui sont morts, puissent voir tous ces gens. ». Gérard Biard : « Ils ont fait sonner les cloches de Notre-Dame pour Charlie, non mais on rêve ! ». Willem (qui n'a pas participé à la grande marche du 11 janvier) : « Nous avons beaucoup de nouveaux amis, comme le pape, la reine Élisabeth ou Poutine : ça me fait bien rire ! ». Luz : « On parle de la mémoire de Charb, Tignous, Cabu, Honoré, Wolinski : ils auraient conchié ce genre d'attitude. (…) Au final, la charge symbolique actuelle est tout ce contre quoi Charlie a toujours travaillé : détruire les symboles, faire tomber les tabous, mettre à plat les fantasmes. Le symbolisme au sens large, tout le monde peut en faire n’importe quoi. Même Poutine pourrait être d’accord avec une colombe de la paix ! ».

    La fuite des deux assaillants ainsi que d'un troisième terroriste (j'éviterai de dire leur nom) a été une course folle durant trois jours qui a fait encore beaucoup de dégâts humains. Le 8 janvier 2015 au matin, à Montrouge, une jeune stagiaire de la police municipale Clarissa Jean-Philippe (26 ans) est morte dans une fusillade, près d'une école juive. Quatre autres personnes ont été assassinées le 9 janvier 2015 dans l'après-midi, prises en otages puis tuées dans l'épicerie Hyper Casher de la Porte de Vincennes : Yohan Cohen (20 ans), Yoav Hattab (21 ans), Philippe Braham (45 ans) et François-Michel Saada (63 ans). Les trois terroristes ont été tués dans des fusillades, les deux auteurs de la tuerie à "Charlie Hebdo" dans une imprimerie où ils s'étaient réfugiés, le troisième preneur d'otages à l'Hyper Casher. Il faut souligner l'acte de bravoure de Yoav Hattab qui s'est emparé d'une arme du terroriste, ce qui lui a valu la mort.

     

     
     


    Tous les Français ont été choqués, ou du moins, quasiment tous (il y a eu malheureusement quelques cris de joie dans certains endroits de France), et parmi eux, l'un particulièrement choqué parce qu'il a perdu un ami cher le 7 janvier 2015, en la personne de Bernard Maris, c'était en même temps la date de sortie de son roman "Soumission", un roman de fiction politique qui imaginait la victoire des "musulmans modérés" en 2022 avec la nomination de François Bayrou à Matignon (toute ressemblance avec des faits réels n'est que pure coïncidence !). Je parle bien sûr de Michel Houellebecq qui, traumatisé par les attentats, a lâché le 13 janvier 2015 : « Rien ne sera plus comme avant (…). Oui [j’ai peur], même si c’est difficile de se rendre complètement compte de la situation. (…) Moi, je me sens toujours irresponsable et je le revendique, sinon je ne pourrais pas continuer à écrire. Mon rôle n’est pas d’aider à la cohésion sociale. Je ne suis ni instrumentalisable, ni responsable. ».

    Le week-end qui a suivi ces attentats, les 10 et 11 janvier 2015, les Français ont manifesté leur émotion et leur indignation très largement, rejoints par des dizaines de chefs d'État et de gouvernement qui ont exprimé leur solidarité avec le peuple français. Émotion mondiale.


    Ce qui est inquiétant, c'est que, depuis dix ans, les attentats ont continué, de nombreux ont heureusement échoué grâce au travail minutieux des forces de l'ordre, mais certains terroristes sont quand même passés à l'acte en particulier le 13 novembre 2015 et le 14 juillet 2016. L'inquiétant, c'est que rien n'indique que ce cauchemar ne se renouvellera pas à courte échéance et l'attentat de La Nouvelle-Orléans le montre bien.

    Je voudrais profiter de cet hommage aux disparus par es déclarations de deux hommes. Je terminerai par Cabu qui nous manque beaucoup. Mais avant lui, je voudrais reparler du Premier Ministre de l'époque, Manuel Valls, qui, de retour au gouvernement ces derniers jours, essuie injustement des insultes dans les réseaux sociaux. Car si Manuel Valls doit être considéré comme un homme d'État, qu'on l'aime ou qu'on le déteste, c'est bien par son comportement exemplaire lors des attentats de 2015 : Manuel Valls a incarné les valeurs républicaines au moment où la France en avait le plus besoin, merci à lui.

    Je propose ainsi de citer les extraits de ses deux discours majeurs (historiques, on peut dire) à la suite des attentats de 2015, celui du 13 janvier 2015 et celui du 9 janvier 2016. Peut-être parce qu'il est le seul Premier Ministre français à ne pas être né français, son appartenance à la France s'est incarnée avec plus de conscience et plus de détermination qu'un Français de naissance. Il reste que la République française ne fait justement pas de différence entre les Français, quelle que soit la manière d'être ou de devenir Français.


    Le 13 janvier 2015 : « La République et ses valeurs. (…) La laïcité, elle s’apprend bien sûr à l’école, qui en est un des bastions. C’est là, peu importe les croyances, les origines, que tous les enfants de la République ont accès à l’éducation, au savoir, à la connaissance. (…) La République n’est pas possible sans école, et l’école n’est pas possible sans République. Et on a laissé passer trop de choses (…) dans l’école. La laïcité, oui la laïcité, la possibilité de croire, de ne pas croire. L’éducation a des valeurs fondamentales, doit plus que jamais (…) être le combat de la France face à l’attaque que nous avons connue. Et arborons fièrement ce principe puisqu’on nous attaque à cause de la laïcité, à cause des lois que nous avons votées ici interdisant les signes religieux à l’école, prohibant le voile intégral, revendiquons-les, parce que c’est ça qui doit nous aider à être encore davantage forts. ».

    Et le message adressé tant aux Juifs qu'aux musulmans en France : « La France est en guerre contre le jihadisme, contre l’islamisme radical. Mais elle n’est pas en guerre contre une religion. Pas en guerre contre l’islam et les musulmans. (…) L’islam a toute sa place en France. (…) Je ne veux pas qu’en France des juifs aient peur. Et je ne veux pas que des musulmans aient honte. ».

    Le 9 janvier 2016, un an plus tard : « Le symbole d’un pays qui ne se perd pas dans la haine de l’autre, mais qui trouve en lui la force d’être ce peuple fier de ce qu’il est, qui dit non au racisme, non à l’antisémitisme, non au rejet et au repli. Être français, ce n’est pas renoncer à ses origines, ce n’est pas renoncer à son identité, c’est les verser au pot commun. C’est une citoyenneté qui n’est pas petite, qui n’est pas réduite à l’origine de chacun, du sang, du sol ou par naturalisation, mais qui est grande, ouverte, fondée sur la volonté de construire l’avenir ensemble ! C’est ce nouveau patriotisme que j’appelle de mes vœux ! ».

    L'éditorialiste politique Patrick Cohen se demandait d'ailleurs le 3 janvier 2025 sur France Inter les raisons de l'impopularité actuelle de Manuel Valls (« dont on a oublié qu’il fut un Premier Ministre populaire, près de 60% de bonnes opinions début 2015 ») : « On aimerait être certain que ces torrents de haine ne sont dus qu’à la loi travail, puis à son ralliement à Emmanuel Macron en 2017 -trahison de sa parole socialiste. Qu’à son opportunisme, son escapade espagnole, son retour piteux de Barcelone, et autres zigzags ou dérapages. On aimerait. Mais il est plus que probable que cette détestation trouve aussi racine dans ses combats contre Dieudonné et Tariq Ramadan, contre l’antisémitisme. Dans sa défense de la laïcité sans adjectif. Dans sa façon de rompre avec le mythe unitaire de la gauche, en faisant le constat de "deux gauches irréconciliables". ».

     

     
     


    Terminons par Cabu. Je n'ai pas retrouvé la date exacte de l'interview sur Europe 1 de l'ami Cabu qui passe en boucle dans les réseaux sociaux, je pense qu'elle doit dater de 2008. Cabu ne comprenait pas qu'on puisse imaginer tuer quelqu'un pour ses dessins, il trouvait cela stupide ! Et pourtant, quelle émotion de l'écouter ! S'il avait su la suite...

    Quelle émotion d'entendre cet éclat de rire : « Au moment du procès des caricatures danoises, vous savez, qu'on a publiées, j'étais protégé par la police. [Éclat de rire] Oui, ça fait rire, oui... (…) Ça a duré trois semaines seulement. Mais actuellement, je peux vous dire que Riss, Charb et Luz sont toujours protégés par deux policiers chacun. Il y a toujours des menaces de mort pour un dessin, vous vous rendez compte ? (…) Ce n'est pas signé, mais on sait d'où ça vient quand même. (…) On n'a aucune nouvelle de l'enquête. On sait seulement qu'il y a toujours des menaces. Pourquoi les policiers sont chargés de la protection des trois dessinateurs de Charlie ? C'est quand même triste, quoi ! (…) C'est notre boulot, quand même, de maintenir une charge contre toutes les idéologies, parce qu'on prend ces religions comme des idéologies. On doit pouvoir critiquer toutes les idéologies. Donc, je pense qu'on continue à le faire, évidemment, mais on ne va pas se prendre pour des héros non plus. On essaie de faire rire, d'abord, voilà. On est toujours étonnés parce qu'on veut faire rire et on nous menace de mort. C'est quand même incroyable ! (…) Je pense qu'en France, on peut encore rire de tout. On n'es pas en Iran, on n'est pas en Corée du Nord, vous voyez, il faut maintenir ce niveau d'esprit critique. ».

     




    J'ai encore du mal à imaginer que Cabu a été assassiné à la kalachnikov (et pas tout seul) et que dix ans plus tard, la gauche actuelle s'enfonce dans le "oui mais", hésitant entre Cabu et ses assassins, voulant ménager la chèvre et le chou. Aujourd'hui, c'est Sophia Aram qui se fait harceler par les islamogauchistes parce qu'elle est libre d'exprimer ce qu'elle veut. Répétons avec Cabu : il faut maintenir ce niveau d'esprit critique !

    Alors, êtes-vous toujours Charlie ? Moi, oui, plus que jamais ! Plus que jamais je suis français, plus que jamais je suis patriote, plus que jamais les valeurs républicaines sont notre ciment le plus efficace, plus que jamais je sais que le peuple français triomphera des fanatismes et des populismes car nous sommes, dans l'adversité, toujours unis. Râleurs, mais unis !



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (04 janvier 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    50 ans après Charlie Hebdo.
    Manuel Valls et l’esprit républicain.
    7 janvier 2025 : êtes-vous toujours Charlie ?
    Attentat à La Nouvelle-Orléans le 1er janvier 2025.
    Marché de Noël de Magdebourg : l'attentat du 20 décembre 2024.
    Pogrom à Amsterdam du 7 novembre 2024 : toujours la même musique...
    7 octobre 2023 : un an qu'Israël se bat pour sa survie.
    7 octobre 2023 : l'hommage aux victimes françaises.
    L'avenir de la France se joue aussi à Gaza !
    Le rappel très ferme d'Emmanuel Macron contre l'antisémitisme.
    L'attentat islamiste du Crocus City Hall de Moscou (22 mars 2024).
    Conflit israélo-palestinien : la France est-elle concernée ?
    Attentats d'Arras et de Bruxelles : tirs groupés contre les insoumis.
    L'assassinat de Dominique Bernard au lycée Gambetta d'Arras.
    Soutien total à Vincent Jeanbrun, maire de L'Haÿ-les-Roses.
    Agression à Bordeaux : attention, un train de violence peut en cacher un autre...
    Émotion, compassion et soutien aux victimes du criminel d'Annecy.
    Les attentats de Merah.
    L'attentat contre Salman Rushdie.
    L’attentat de la basilique Notre-Dame de Nice le 29 octobre 2020.
    Samuel Paty : faire des républicains.
    Les attentats du 11 septembre 2001 et la naissance du complotisme 2.0.
    Les attentats du 11 septembre 2001.
    Complot vs chaos : vers une nouvelle religion ?
    Nouveau monde.
    Qu’aviez-vous fait le 11 septembre 2001 ?
    11 septembre, complot ?
    Les théories du complot décortiquées sur Internet.
    Ben Laden, DSK, même complot ?
    L'attentat de Kaboul du 26 août 2021.
    Jacques Hamel, martyr de la République autant que de l’Église.
    Fête nationale : cinq ans plus tard…

     

     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250107-attentat-charlie-hebdo.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/7-janvier-2025-etes-vous-toujours-258429

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/01/04/article-sr-20250107-attentat-charlie-hebdo.html


     

  • Claude Allègre, un mammouth dans un magasin de porcelaine

    « Étonnant et détonant personnage. Broussailleux et inventif, péremptoire et rigolard, aussi agaçant qu’attachant, réformateur que gaffeur, volontaire que volcanique. Assénant ses vérités jusqu’à la mauvaise foi, iconoclaste par principe, brutal par conviction. Rebelle, mais doté d’un solide appétit de pouvoir, toujours fonçant, fustigeant et ferraillant, toujours à l’étroit, dans les conventions comme dans son costume. » (Hervé Morin et Gérard Courtois, le 4 janvier 2025 dans "Le Monde").




     

     
     


    Le géochimiste Claude Allègre est mort à Paris ce samedi 4 janvier 2025 quelques semaines avant ses 88 ans (il est né le 31 mars 1937). Compagnon de route politique de Lionel Jospin, il est connu pour avoir été le Ministre de l'Éducation nationale de ce dernier et pour son franc-parler provoquant de multiples polémiques. Mais il ne faut pas négliger d'abord le chercheur, à la forte personnalité, qui a été élu membre de l'Académie des sciences en 1995, après avoir reçu (entre autres récompenses scientifiques) la Médaille d'or du CNRS en 1994, la plus haute distinction scientifique en France et sorte de pré-Nobel. En outre, il est l'auteur de trente-quatre livres sortis de 1973 à 2014, principalement des essais de vulgarisation scientifiques mais aussi de réflexions politiques voire des essais polémiques et idéologiques dont le principal est "L'Imposture climatique ou la fausse écologie" sorti en 2010 (chez Plon).

    Son allure faisait le bonheur des caricaturistes : silhouette ronde sur visage carré, les cheveux en brosse, petites lunettes surmontées d'épais sourcils et une bouche carnassière souriante assortie aux yeux riants, rendant vivant son propre patronyme. Son esprit polémique qui ne s'embarrassait pas de diplomatie ni de points de suspension faisait que tout le monde a, un jour ou l'autre, détesté celui qui a été pourtant une brillante lumière des sciences dures... dans son domaine ! Je l'ai croisé plusieurs fois au Salon du Livre de Paris dans les années 2010, il dédicaçait ses nombreux livres, une année avec une très nombreuse foule l'attendant comme le messie des climatosceptiques, l'année suivante il s'ennuyait seul derrière sa table désertée, le rush médiatique était passé et il retombait humblement dans l'anonymat.


    À l'instar du navigateur Alain Bombard, Claude Allègre a toujours navigué en parallèle dans cette double-vie du chercheur atypique et de l'engagé politique. Après avoir milité contre la guerre en Algérie au sein du PSA, il a adhéré au PS en 1973 et proche de Lionel Jospin qu'il a rencontré à la résidence universitaire d'Antony à la fin des années 1950 (les deux sont nés en 1937), il a présidé le groupe des experts du PS quand son ami (de tennis notamment) était premier secrétaire du PS. Par son amitié fidèle, il est devenu le conseiller spécial de Lionel Jospin lorsque ce dernier était Ministre de l'Éducation nationale entre mai 1988 et mars 1992, considéré comme le vice-ministre (il a lancé le plan Université 2000, voulait bouleverser le système des classes préparatoires, a initié les IUFM, a encouragé le revalorisation des carrières des enseignants, etc.). Élu député européen en juin 1989 sur la liste socialiste de Laurent Fabius (il a démissionné immédiatement), Claude Allègre s'est présenté aux élections régionales de mars 1992 pour conquérir la présidence du conseil régionale du Languedoc-Roussillon (sa famille est originaire de l'Hérault). Il a échoué et est resté conseiller régional jusqu'à son entrée au gouvernement.

     

     
     


    Car les circonstances furent favorables à son grand ami Lionel Jospin qui a gagné les élections législatives provoquées par une dissolution intempestive décidée par Jacques Chirac. Résultat, Lionel Jospin s'est installé à Matignon et n'a pas oublié Claude Allègre bombardé Ministre de l'Éducation nationale, de la Recherche et de la Technologie du 2 juin 1997 au 27 mars 2000. Pour ce fils d'institutrice et de prof de sciences naturelles, c'était une consécration qui allait bien au-delà de la simple reconnaissance scientifique.

    Mais il était certain que Claude Allègre n'était pas fait pour faire de la politique. Il était un scientifique dans la grande tradition de nombreux que j'ai eu l'occasion de rencontrer, électrons libres, opportunément anarchistes mais modérés en réalité, forts en gueule, fortes personnalités, brillants chercheurs par une passion désintéressée inlassablement renouvelée. Je reviens plus loin sur son action politique, mais il faut saluer le chercheur, et j'ai eu pour lui une certaine fascination tant l'homme est complexe et simpliste... en même temps !


    Docteur en sciences physiques en 1967 (sa thèse portait sur la "géochronologie des systèmes ouverts", base d'un travail au California Institute of Technology, aux États-Unis), Claude Allègre était d'une génération qui avait la facilité d'intégrer rapidement des organismes de recherche car on manquait de personnel (c'était l'âge d'or de la recherche française). Ainsi, rapidement, il a acquis des titres universitaires à un jeune âge : professeur des universités à Paris-Diderot (Université Paris-VII) à l'âge de 33 ans (chaire des sciences de la terre : il a dirigé 55 thèses de doctorat), il avait auparavant fondé le laboratoire de géochimie et cosmochimie. Son QG, c'était la tour 14 du campus de Jussieu.

    Avant l'âge de 40 ans, il est devenu le directeur de l'important Institut de physique du globe de Paris qu'il a dirigé d'une main de fer de 1976 à 1986, un directeur qui restera encore longtemps dans les mémoires. Pour exemple, à peine a-t-il pris ses fonctions qu'il était en conflit avec Haroun Tazieff sur un volcan en Guadeloupe, celui de la Soufrière. Claude Allègre ne connaissait rien à la volcanologie, mais Michel Feuillard qui était son collaborateur comme directeur de l'observatoire volcanologique de la Guadeloupe avait des raisons de craindre une éruption avec nuées ardentes du volcan, considérant que la présence de verre dans les rejets montraient l'arrivée prochaine du magma. Au contraire, se fiant à sa propre expérience sur le terrain, Haroun Tazieff considérait qu'il n'y avait pas lieu de s'inquiéter car le risque était minime.

    Par précaution, le préfet de Guadeloupe a fait évacuer les 70 000 habitants de la région... et l'avenir a donné raison à Haroun Tazieff, la Guadeloupe fut sinistrée... économiquement par cette évacuation de la population. Claude Allègre, pour autant, a renvoyé Haroun Tazieff en tant que chef du service de volcanologie de l'Institut de physique du globe de Paris, décision qui a été annulée par la justice administrative. Cette polémique a montré toute la dimension polémique de Claude Allègre : prêt à s'enflammer pour la science, mais aussi prêt à s'enfoncer lorsqu'il avait tort. Du reste, les pouvoirs publics ont eu raison d'évacuer la population dès lors que des scientifiques n'étaient pas d'accord entre eux sur les risques encourus. Bien plus tard, paradoxalement, Claude Allègre critiqua l'intégration du principe de précaution dans la Constitution : « Le principe de précaution, c'est l'arme contre le progrès. », affirma-t-il dans un livre sorti en 2007.

    Mais là, c'était le directeur qui s'était exprimé. Le chercheur, lui, a eu beaucoup de résultats intéressants avec son équipe. Il était à proprement parler un géochimiste, étudiant les éléments sur les couches terrestres, innovant en proposant des méthodes de datation isotopique. Cela l'a conduit à être récompensé à de nombreuses reprises avec des prix prestigieux, en particulier le Prix Crafoord pour la géologie en 1986 (l'équivalent du Nobel pour la géologie) et, comme dit au début, la Médaille d'or du CNRS en 1994. Il a été élu membre de l'Académie des sciences en France (le 6 novembre 1995), mais aussi, dès 1985, de la US National Academy of Sciences (l'Académie des sciences aux États-Unis), également prestigieuse, d'autres académies étrangères, et aussi membre en 1992 (chaire de géologie physique et chimique) de l'Institut universitaire de France, sorte d'antichambre du Collège de France, réservé aux chercheurs prometteurs, qu'il avait lui-même contribué à créer en 1991 quand il était conseiller du ministre.
     

     
     


    Après sa première mission au Ministère de l'Éducation nationale (comme conseiller), Claude Allègre a hérité de la présidence du stratégique BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières) de 1992 à 1997, qu'il a quittée pour devenir le Ministre de l'Éducation nationale, de la Recherche et de la Technologie pendant un peu moins de trois ans. Il supervisait une ministre déléguée chargée de l'Enseignement scolaire, une certaine... Ségolène Royal, qui tentait de récupérer politiquement les effets d'annonce de son ministère.

    Être ministre, c'est faire de la politique, et faire de la politique, c'est laisser ses idéaux et regarder comment faire le souhaitable le mieux possible. Indépendamment de l'erreur de casting en raison de la personnalité de Claude Allègre, c'était aussi une erreur de mettre un mandarin (un grand universitaire) pour s'occuper de la scolarité du primaire et du secondaire, ce ne sont pas du tout les mêmes enjeux, les savoirs s'effacent devant la pédagogie.


    C'est d'ailleurs un désaccord que je peux avoir avec François Bayrou (le prédécesseur direct de Claude Allègre) qui, lui, a toujours été partisan de ce grand ministère qui rassemble l'Éducation nationale (c'est-à-dire le monde scolaire et le monde enseignant) avec le monde de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation, qui est pourtant très différent et qui devrait être plutôt collé, sinon associé, à l'économie (comme cela avait été le cas entre 2017 et 2024).

    Cela n'a pas manqué, dès le 24 juin 1997, trois semaines après sa nomination alors que celle-ci était perçue plutôt positivement par le monde enseignant, Claude Allègre a prononcé la phrase qui l'a définitivement déchu de toute crédibilité auprès des enseignants : « Il faut dégraisser le mammouth ! ». C'était la phrase qu'a rapportée "Le Monde" d'un dîner privé de la veille. Claude Allègre, qui n'a pas pu rétropédaler, évoquait l'administration centrale de son ministère qu'il fallait réformer, mais de toute façon, en pointant du doigt en septembre 1997 le supposé trop grand absentéisme des profs, il n'avait en face de lui que des opposants. Il aurait démissionné au bout de ces quelques jours s'il n'avait pas été un grand ami du Premier Ministre. Au lieu de quoi, après des grèves très longues des enseignants, il a fini par partir le 27 mars 2000, sur demande express de son ami, remplacé par l'indéboulonnable Jack Lang (encore, actuellement, malgré ses 85 ans, président de l'Institut du monde arabe !) pour l'Éducation nationale, et Roger-Gérard Schwartzenberg pour la Recherche.

     

     
     


    Entre-temps, Claude Allègre avait multiplié les déclarations polémiques. Le 30 août 1997 à La Rochelle : « Les Français doivent cesser de considérer l'anglais comme une langue étrangère. ». Le 21 février 1999 sur TF1 : « Vous prenez un élève, vous lui demandez une chose simple en physique : vous prenez une boule de pétanque et une balle de tennis, vous les lâchez, laquelle arrive la première ? L'élève, il va vous dire la boule de pétanque. Eh bien non, elles arrivent ensemble, et c'est un problème fondamental, on a mis 2 000 ans pour le comprendre. Ça, c'est des bases, tout le monde doit savoir ça. ». En fait, ce n'est exact que si c'est dans le vide, sans tenir compte de la résistance de l'air. Le 29 novembre 1999 dans "France-Soir" : « Les maths sont en train de se dévaluer de manière quasi inéluctable. Désormais, il y a des machines pour faire les calculs. ». Pas étonnant que peu d'enseignants aient voté pour Lionel Jospin en 2002 !

    Pour les universités et la recherche, en revanche, Claude Allègre a fait beaucoup, en particulier en amorçant la réforme de la restructuration des cycles universitaires pour harmoniser le système français avec l'Europe et permettre des équivalences (processus de Bologne initié le 25 mai 1998 à la Sorbonne à l'occasion de son 800e anniversaire, à la suite de la Convention de Lisbonne du 11 avril 1997) : licence, master, doctorat, alors qu'auparavant, le premier cycle était de deux ans (DEUG, DUT, classes préparatoires, etc.). Par ailleurs, il a fait adopter par le Parlement une importante loi, dite loi Allègre, la loi n°99-587 du 12 juillet 1999 sur l'innovation et la recherche, permettant la coopération entre la recherche publique et les entreprises privées, la possibilité donnée aux chercheurs de créer des start-up et de déposer des brevets.

    Ses idées de rendre l'école plus accessible au monde réel des entreprises étaient excellentes, en décloisonnant la société, mais c'était une véritable révolution culturelle qui ne pouvait pas se faire avec un ministre aussi maladroit et polémique. C'était un projet politique de grande envergure, qui devait être porté par le Premier Ministre et toute une majorité parlementaire, et pas par la lubie d'un seul homme détesté de tous, et finalement, on y vient petit à petit, comme le stage de Troisième pour avoir au moins une expérience de quelques semaines dans une entreprise.


    En 2007, après avoir échoué à pousser vers une nouvelle candidature de Lionel Jospin, Claude Allègre s'est opposé à celle de Ségolène Royal qualifiée de « Madame Michu, égotique et incompétente ». Mais les concurrents socialistes de la candidate socialiste avaient aussi des tares pour l'ancien ministre qui a répandu son venin dans un autre livre sorti aussi en 2007. François Hollande était un « mou », Laurent Fabius un « grand bourgeois médiocre ».

     

     
     


    Il n'a franchi le pas qu'en 2008, après trente-cinq ans d'adhésion au PS, en affichant sa sympathie envers le Président Nicolas Sarkozy qu'il a soutenu en 2012. En 2009 et 2010, il était même question d'un retour de Claude Allègre au gouvernement, mais il n'a pas eu lieu. En mai 2009, Claude Allègre annonçait son soutien à Michel Barnier, tête de liste aux européennes à Paris pour l'UMP : « Je vais voter pour Michel Barnier, sans aucune hésitation, je n’ai pas d’état d’âme. D’abord j’aime bien Barnier, ensuite je pense que Sarkozy est la seule personne qui a fait bouger la Commission Européenne et la Présidence française de l’UE a été formidable. J’espère qu’il va continuer à la faire bouger (…). J’ai refusé d’entrer au gouvernement au début, mais j’ai beaucoup admiré la Présidence française de Nicolas Sarkozy. Je suis très admiratif : le fait qu’on a fait un plan de relance commun, le fait qu’on a secoué la Commission, c’est une performance. ».

    Un infarctus le 17 janvier 2013 à Santiago du Chili l'a fragilisé, mais ne l'a pas empêché de poursuivre son activité éditoriale et intellectuelle, au ralenti, notamment pour fustiger ceux qui évoquaient l'origine anthropique du prétendu réchauffement climatique.


    Beaucoup de scientifiques ont, depuis plusieurs décennies, rejeté catégoriquement les déclarations à l'emporte-pièce de Claude Allègre qui utilisait son statut de chercheur réputé pour parfois dire n'importe quoi sur le plan scientifique dans des disciplines qui lui étaient étrangères. Parmi ses opposants, un très honorable scientifique, le polytechnicien Édouard Brézin, président du CNRS de 1992 à 2000 et président de l'Académie des sciences de 2005 à 2007.

    À l'occasion d'une soirée au Théâtre de l'Est parisien le 15 juin 2010 de soutien à "Politis" attaqué en justice par Claude Allègre pour diffamation, le message suivant d'Édouard Brézin a été lu : « La science est engagée dans un processus collectif où, si la confrontation des idées est indispensable, seule l'honnêteté intellectuelle permet en définitive de corriger les erreurs temporaires inévitables. Le choix des données, leur analyse, les modes de publication, appartiennent à l'exigence d'intégrité des professions scientifiques. Lorsque des scientifiques reconnus pour leurs contributions à un domaine où ils ont fait preuve de leurs capacités, se servent de leur prestige pour asseoir sur leur autorité des assertions non justifiées dans des domaines qui leur sont étrangers, lorsque l'insulte, le mépris, l'intimidation, viennent au secours des erreurs d'analyse, les scientifiques ne sont pas dupes, la science n'est en rien affectée. En revanche la perception par la société de la science et de ce que l'on peut en attendre, est complètement piétinée par cette attitude. Les déclarations de C. Allègre sur les mathématiques ou la relativité générale ont eu pour simple effet de ridiculiser leur auteur aux yeux de la communauté scientifique. Mais lorsque le pouvoir politique, hélas de tous les bords, lui donne les moyens d'agir ; lorsque la négation a priori de l'effet anthropique sur le climat renforce le pouvoir de nuisance de ceux qui protègent leurs intérêts et ne souhaitent que prolonger leur "business as usual", ce n'est pas la science qui est en danger, mais tout notre avenir. ».

    J'ai reproduit la totalité de son message, dirigé contre les propos de Claude Allègre (sur la polémique ancienne du volcan de la Soufrière), mais qui pourrait aussi s'appliquer au réchauffement climatique et bien sûr à l'encontre de tous ces médecins autoproclamés depuis 2020 avec la pandémie de covid-19. Les imposteurs ont toujours existé, et de grands scientifiques se sont parfois fourvoyés, par idéologie, militantisme ou simplement excès d'ego, dans des propos qui n'ont jamais été validés par les scientifiques. Comme l'écrivait Édouard Brézin, ces gens-là ne trompent jamais les scientifiques (capables de relever les fausses affirmations) mais trompent la société, les médias, le peuple.

    Dans un article publié le 8 juin 2021 dans "Charlie Hebdo", Fabrice Nicolino a dénoncé la figure tutélaire de Claude Allègre : « Imaginez un peu. Toutes les radios, toutes les télés, la plupart des journaux ont donné la parole à Allègre et ses affidés, feignant de croire que cela équivalait au point de vue documenté des milliers de chercheurs rassemblés dans le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Allègre n’était nullement spécialiste des complexes questions climatiques, mais qu’importait aux marchands de soupe  ! ».

    Le combat politique de Claude Allègre a évolué plus ou moins franchement en combat total contre les écologistes de toute obédience, n'épargnant ni Nicolas Hulot ni José Bové. Le 27 décembre 2012, il disait clairement, définitif : « Les écologistes (…) sont des cons ! Voilà, vous pouvez le dire et l’écrire. Ce sont des obscurantistes, des réactionnaires. Ils sont opposés à notre société et sont la cause du chômage en France ! ».

    En juin 2010, Claude Allègre a créé sa fondation Écologie d'avenir, qui n'a pas vraiment fonctionné. Son objectif était de mettre en relation monde de la recherche et monde des entreprises : « Je veux montrer qu’il est possible de trouver des solutions aux problèmes écologiques grâce à la technologie. Contrairement aux autres fondations écologistes, je ne me sens pas du tout en opposition avec le monde de l’entreprise. J’aimerais que ma fondation soit une force de proposition pour les entreprises partenaires. Je ne veux pas opposer l’écologie et l’économie. Je souhaite, au contraire, faire rentrer l’écologie dans l’économie parce que les entreprises sont créatrices de richesse et, à ce titre, elles sont des actrices de la "croissance verte". Mais il ne suffit pas de soutenir cette idée pour créer des emplois et de la croissance ! ».


    L'explication officielle de la création de cette fondation étaient en effet : « À une époque où l’écologie est trop souvent synonyme de vision catastrophiste et perçue comme un frein à la croissance économique, voire une incitation à la décroissance, il nous a semblé important de créer un lieu de réflexion, de débat et d’innovation fondé sur la science, le savoir et la confiance dans le progrès, ouvert aux acteurs de la recherche académique et du monde de l’entreprise. Tout en développant une écologie de progrès et de croissance, notre démarche vise à éclairer les citoyens sur les enjeux et les perspectives qui se profilent pour l’homme et la société. Parce que je crois en la capacité de l’homme à s’adapter, à innover en s’appuyant sur la science et le développement technologique. ».

    Comme je l'ai expliqué plus haut, son livre le plus polémique, sorti le 3 avril 2010, a été "L'Imposture climatique ou la fausse écologie" (éd. Plon), qui a eu un grand succès commercial (150 000 exemplaires vendus). Des personnalités comme le géophysicien Vincent Courtillot, président de l'Institut de physique du globe de Paris de 1996 à 1999 et de 20024 à 2011, et le sociologue Luc Ferry (dont la science dure n'est pas son domaine) ont soutenu les thèses de Claude Allègre qui pêchaient par beaucoup d'inexactitudes et de biais, plus certains éléments visant à tromper ses lecteurs, comme l'a confié (par exemple) le paléoclimatologue suédois Hakan Grudd qui a retrouvé, ulcéré, dans le livre de Claude Allègre, une de ses courbes de température publiée... mais falsifiée, sans précision du lieu, ce qui signifie une température globale, or il s'agissait de la température locale d'un lieu donné non représentatif de la planète.

    Un article de la journaliste Vanessa Schneider, joliment intitulé "Retour sur un flagrant déni" et publié le 21 décembre 2018 dans "Le Monde", est revenu sur ce livre polémique de 2010 : « Et le scientifique de s’interroger avec la subtilité d’un pachyderme dans un champ de pivoines : "Est-il plus urgent de se préoccuper de la faim dans le monde (…) ou du chômage (…) ou faut-il se réunir à Copenhague avec 120 chefs d’État pour se préoccuper du climat dans un siècle et dépenser pour cela un demi-milliard d’euros ?". Énoncée ainsi, la messe semble dite et peu importe que Claude Allègre ne soit pas climatologue, il est géologue, et que la quasi-totalité des spécialistes du sujet contestent ses thèses. (…) Pendant plus de dix ans, l’impétueux a régné presque seul sur le débat. Une incroyable croisade climatosceptique, relayée à coups de tribunes tonitruantes dans la presse, qui ne fut pas sans conséquences sur la prise de conscience tardive de l’opinion publique et des politiques. ».


    La journaliste a cité notamment deux chercheurs. Valérie Masson-Delmotte, chercheuse au CEA, a qualifié les thèses de Claude Allègre sur le climat : « Des propos de café du commerce sous un vernis scientifique (…). [Il] vient des sciences de la terre, et il y avait de sa part une méconnaissance totale des sciences du climat. Il n’a pas fait l’effort de s’y ouvrir, au contraire, il nous a méprisés. Et ça a nourri des rivalités entre scientifiques. (…) C’était un homme de pouvoir qui avait la possibilité d’appeler directement les directeurs de journaux, aucun autre scientifique ne peut faire ça. (…) Avec les politiques, il se présentait comme scientifique. Avec les scientifiques, il se posait en politique. (…) Un bonimenteur à la Bernard Tapie. Il avait cette capacité à parler à tout le monde et pas seulement à une élite avec une grande liberté de ton. C’est tragique qu’il ait utilisé ce don contre la science en parlant de sujets qu’il ne connaissait pas. ». Éric Guilyardi, directeur de recherches au CNRS, a parlé de la confusion entretenue par Claude Allègre : « Pour les gens, le globe, c’est le climat, il était donc considéré comme un expert, il a joué sur la confusion pour paraître légitime sur cette question. ». Par ailleurs, Claude Allègre, ancien ministre, restait encore un moment ministrable, ce qui faisaient réfléchir et hésiter beaucoup de ses contradicteurs scientifiques dans leur riposte intellectuelle, s'ils ne voulaient pas, plus tard, perdre certains budgets.

    En fait, c'était dès septembre 2006 que Claude Allègre, dans ses chroniques hebdomadaires publiées dans "L'Express", a estimé qu'il n'y avait pas de réchauffement climatique et que les changements climatiques n'étaient pas issus de l'activité humaine, ce qui a ouvert une controverse de près d'une vingtaine d'années qui ne s'est véritablement refermée qu'à ce jour de deuil. Christophe Barbier, alors numéro deux de l'hebdomadaire, en était très gêné : « Il était à l’opposé de la ligne du journal édictée par Jean-Jacques Servan-Schreiber, qui était environnementaliste. Les journalistes ne supportaient plus ses chroniques, les abonnés s’arrachaient les cheveux, il nous posait problème. (…) Ses conférences faisaient salle comble, ses livres se vendaient très bien. Il aimait être applaudi, surtout par les femmes, il a été pris au piège de son narcissisme. (…) Le succès d’Allègre est né d’une rencontre avec une sociologie qui ne voulait pas changer ses habitudes et prenait les écolos pour des emmerdeurs. ». Pour simplifier, on pourrait résumer ainsi : Claude Allègre était au réchauffement climatique ce que Didier Raoult est au covid-19 et Éric Zemmour à l'histoire de France, d'érudits imposteurs !

    Hervé Morin et Gérard Courtois, pour "Le Monde", ont commencé ainsi, samedi, leur nécrologie : « Combien de fois a-t-on décroché le téléphone pour l’entendre grogner, sans préambule, de cette voix qui boxait les mots et précipitait la syntaxe : "Vous n’avez rien compris ! ". Suivaient une engueulade, un plaidoyer, un cours magistral, ou les trois à la fois. Claude Allègre n’appellera plus. Il est mort samedi 4 janvier, a annoncé son fils à l’Agence France-Presse. ». C'est peu dire que Claude Allègre n'a pas laissé les journalistes indifférents. Ni les scientifiques, ni les responsables politiques.



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (04 janvier 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Claude Allègre.
    Benoît Mandelbrot.
    Publication : Tan, Lei. "Similarity between the Mandelbrot set and Julia sets". Comm. Math. Phys. 134 (1990), no 3, 587-617.
    Fractales explosives.
    Hubert Curien.
    Alain Bombard.
    Hubert Reeves.
    L'intelligence artificielle récompensée par les Nobel 2024 de Physique et de Chimie.
    Didier Raoult interdit d'exercer !
    2e rentrée scolaire contre les papillomavirus humains.
    Variole du singe (mpox) : "ils" nous refont le coup ?
    Covid : attention au flirt !
    Papillomavirus humains, cancers et prévention.
    Publications sur le papillomavirus, le cancer du col de l'utérus et l'effet de la vaccination anti-HPV (à télécharger).
    Émission "Le Téléphone Sonne" sur la vaccination contre les papillomavirus, sur France Inter le 3 mars 2023 (à télécharger).
    Le cancer sans tabou.
    Qu'est-ce qu'un AVC ?
    Lulu la Pilule.
    La victoire des impressionnistes.
    Science et beauté : des aurores boréales en France !
    Le Tunnel sous la Manche.
    Peter Higgs.
    Georges Charpak.
    Gustave Eiffel.
    Prix Nobel de Chimie 2023 : la boîte quantique ...et encore la France !
    Katalin Kariko et Drew Weissman Prix Nobel de Médecine 2023 : le vaccin à ARN messager récompensé !
    Covid : la contre-offensive du variant Eris.
    Poussières sur l'autre Reeves.
    Prix Nobel de Physique 2023 : les lasers ultrarapides, la physique attoseconde... et la France récompensée !
    John Wheeler.
    La Science, la Recherche et le Doute.
    L'espoir nouveau de guérir du sida...
    Louis Pasteur.
    Howard Carter.
    Alain Aspect.
    Svante Pääbo.
    Frank Drake.
    Roland Omnès.
    Marie Curie.



     

     
     



    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250104-claude-allegre.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/environnement/article/claude-allegre-un-mammouth-dans-un-258493

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/01/04/article-sr-20250104-claude-allegre.html



     

  • François Bayrou et le Chemin

    « Il n'y aura pas une minute où je ne serai pas à votre disposition, à votre service. » (François Bayrou à ses ministres, le 3 janvier 2025).



     

     
     


    Rentrée... ou plutôt, entrée du gouvernement Bayrou ce vendredi 3 janvier 2024 : le nouveau Premier Ministre François Bayrou a réuni ce matin son gouvernement au cours d'un petit-déjeuner Place Beauvau, au Ministère de l'Intérieur, puis ils ont marché jusqu'à l'Élysée pour participer au premier conseil des ministres présidé par le Président Emmanuel Macron. Au cours du petit-déjeuner commun, le Premier Ministre a déclaré à ses ministres : « Ma responsabilité, c'est que cette équipe soit unie et courageuse. (…) Si nous sommes unis, nous pourrons déplacer un certain nombre d'obstacles devant nous. ». Pour expliquer : « Il existe un chemin pour sortir de la période d'instabilité. ». Comme dirait André Gide, la porte est étroite !

    Dans l'action politique, il y a toujours une part de communication politique. Les élèves ingénieurs qui sont formés aux métiers les plus technologiques le savent : 50% de leur temps de travail sera réservé à la communication. Le savoir-faire ne sert à rien sans faire-savoir. Pour la politique, c'est plus proche de 80% ! Alors, quand on commence comme François Bayrou à l'aube des fêtes de fin d'année, il y a une part d'images autant que d'actes pour commencer les premières impressions.


    Lorsqu'il s'est installé à Matignon en mars 1993, Édouard Balladur avait annoncé qu'il quitterait son bureau à 19 heures comme beaucoup de cadres en France. Et pas minuit, 1 heure du matin. Il avait beau avoir déjà 63 ans et demi, il était un peu trop ambitieux dans sa sobriété gouvernementale. Car s'il y a un poste qui n'est pas pour fainéant, c'est bien celui de Premier Ministre : c'est sans doute la fonction la plus dense de France, de toutes les fonctions privées et publiques réunies. N'oublions pas Pierre Bérégovoy (si le suicide est avéré), la fonction de Premier Ministre peut entraîner un burn-out. Période de vie relativement courte et ultra-intense.

     

     
     


    Le Premier Ministre doit s'occuper de mille choses à la minute, il doit faire des arbitrages, il doit gérer le quotidien, les urgences, et il doit voir l'avenir, anticiper les évolutions, esquisser une véritable vision politique. Tout en faisant de l'ultrapolitique bien sûr (éviter les pièges de ses amis politiques et les traquenards de ses adversaires les plus redoutables). Ce qui était valable en période dite normale est encore plus vraie quand le gouvernement peut se faire dégommer d'un coup de censure au détour d'une motion, et ce ne sont pas de vains mots puisque Michel Barnier l'a amèrement expérimenté.

    François Bayrou a dix ans de plus qu'Édouard Balladur, mais il paraît encore quadragénaire comparativement à son lointain prédécesseur. Il est indéniable qu'il est à l'aise avec la fonction de Premier Ministre alors que c'était pourtant la Présidence de la République qu'il reluquait depuis des décennies. Comme s'il était dans les murs depuis longtemps, comme s'il s'agissait d'un job planifié depuis des années. Face à l'Himalaya, comme il le qualifie, des sujets, François Bayrou affiche une incroyable sérénité, une confiance en lui qui n'est pourtant pas une arrogance, ou alors, c'est une arrogance bienveillante ! Il est maintenant aux responsabilités et il a maintenant tout l'envergure politique pour prouver ce qu'il prônait depuis une vingtaine d'années : la bienveillance politique, le compromis entre des avis divergents, à l'image d'un roi Henri IV pas forcément bien compris des Français, déplaceraient des montagnes. C'est à voir.

    Les premiers pas de François Bayrou étaient pourtant chaotiques. La catastrophe climatique de Mayotte est survenue quelques heures après sa nomination. Pas de chance (surtout pour les Mahorais) ! Difficile de faire passer l'idée qu'il était préoccupé du sort des Mahorais tout en donnant un gouvernement à la France. À l'évidence, sa volonté de ne pas annuler ou reporter son conseil municipal de Pau un soir de conseil interministériel de crise sur Mayotte (qui en avait deux par jour) a été une erreur politique. Une erreur de communication politique à court terme, seulement : de communication, car la réalité des secours n'a pas été impactée par une visioconférence à la place d'une présence à une réunion ; à court terme car François Bayrou a eu raison de rappeler qu'il est encore maire de Pau et les Français savent bien que les maires ont les pieds sur terre, s'occupent parfois de sujets très basiques et sentent le pouls de la population par le retour direct des habitants, souvent mécontents mais pas seulement.


     

     
     


    À cela, il s'est enfoncé avec deux erreurs : l'une de vouloir remettre le thème du cumul des mandats dans l'actualité alors qu'il y a beaucoup plus urgent, et l'autre d'avoir laissé croire à deux reprises, notamment dans une réponse à une question à l'Assemblée, que le département de Mayotte ne serait pas sur le « territoire national ». C'est une boulette, évidemment, mais elle n'influe pas sur les secours non plus. L'erreur est humaine et j'aimerais voir tous ceux qui le critiquent à sa place ici et maintenant et savoir ce qu'ils ont fait pour les Mahorais à part (au mieux) leur donner quelques malheureuses dizaines d'euros.

    Tant que son gouvernement n'était pas formé, François Bayrou n'était pas très à l'aise, et le temps du rodage politique laissait à désirer. Mais il s'est vite rattrapé. D'abord, dans ses (rares) interventions dans les médias, en particulier sur BFMTV le 23 décembre 2024, il a su expliquer son cœur d'action, sa volonté de travailler pour l'intérêt général. Son art du compromis est sa valeur ajoutée, il est sans doute plus crédible que celui de Michel Barnier pourtant très crédible dans ce domaine, mais peut-être pas dans le milieu glauque d'un hémicycle rempli de crocodiles (rouges verts et bruns). Ensuite, il s'est aussi rattrapé dans ses premières actions.

    Son premier voyage, hors Pau, a été bien sûr pour Mayotte le lundi 30 décembre 2024. Il y est venu accompagné de cinq ministres dont Élisabeth Borne (Éducation nationale) et Manuel Valls (Outre-mer). On l'a vu sans veste (mais avec une cravate, ce que ne portait pas Emmanuel Macron car c'est l'usage de ne pas en porter), en bras de chemise, "au travail" donc, assez dynamique, prenant les problèmes en pleine figure.


     

     
     


    Il a fait sa conférence de presse l'après-midi au milieu des élus du département, de manière pratique et efficace. Il a évoqué le dépôt d'un projet de loi qui passerait dès le conseil des ministres du 8 janvier 2025 (il avait d'abord parlé de la date du 3 janvier mais c'était trop tôt pour avoir un texte achevé), ce texte aurait pour but, comme ce fut le cas pour la reconstruction de Notre-Dame de Paris et l'organisation des Jeux olympiques et paralympiques de Paris, d'accélérer les procédures administratives dans la cadre de la reconstruction de Mayotte.

    On lui a reproché deux déclarations à Mayotte. L'une sur l'objectif de deux ans très audacieux pour tout reconstruire. Un commentaire personnel ici. Il y a 320 000 habitants à Mayotte, c'est-à-dire un peu moins que l'équivalent de la population d'une agglomération comme Nancy, ce n'est pas un territoire de 10 millions d'habitants : les aides devraient donc s'évaluer de l'ordre de la centaine de millions d'euros et pas du milliard d'euros. On devrait pouvoir trouver assez rapidement cet argent.


    L'autre est plus incertaine : François Bayrou a parlé des rumeurs faisant état de milliers de morts dans la catastrophe de Mayotte. Ce n'étaient pas des rumeurs, mais une supposition ouverte du préfet lui-même. Le bilan humain, qui était officiellement de 39 morts (et des milliers de blessés) au moment de sa visite, est pourtant anormalement bas et on pense que les services de l'État ne sont pas encore allés dans les bidonvilles dévastés par la boue où de milliers d'immigrés clandestins (et donc non recensés) auraient pu périr dans des habitations qui ne les protégeaient pas. François Bayrou, lui, est convaincu que le nombre de victimes se chiffrera "seulement" en dizaines voire en centaines de personnes, mais pas en milliers. Je ne sais pas s'il a des informations précises à ce sujet très sensible pour les Mahorais, on le devine bien, mais il apparaît avec une très grande assurance dans ce chiffrage "bas". De toute façon, une enquête spéciale a été ouverte pour connaître le nombre exact de victimes, ce qui devrait tout de même donner à la fin de quoi avoir une idée précise et proche de la réalité de ce bilan humain.
     

     
     


    Le Premier Ministre a eu raison de rappeler que le maintien des bidonvilles qui auraient dû être détruits il y a quelques années a été un facteur de mort dans cette catastrophe et que ceux qui croyaient défendre les personnes en situation irrégulière les ont précipités dans la tombe (il n'a pas dit exactement cela mais la responsabilité de ces activistes qui ont fait échouer l'Opération Wuambushu du 24 avril 2023 est gigantesque).

    C'est justement parce que François Bayrou est un partisan du droit du sol (qui fait partie du socle des valeurs républicaines en France) qu'il souhaite créer une exception à Mayotte (qui est aussi la France) où les maternités sont surchargées en raison de ce même droit du sol. Il faut être pragmatique et la situation créée par le droit du sol à Mayotte n'est humainement pas tenable. Mais cet aspect des choses ne doit pas être abordé avant la fin des secours et le retour à la normale pour l'eau courante, l'alimentation, l'électricité, les réseaux téléphoniques. Mélanger ces sujets apporte plus de confusion qu'autre chose. D'abord sauver les vies, ensuite réguler l'immigration. Priorité des démocrates chrétiens.
     

     
     


    Il faut aussi noter que le gouvernement travaille. Manuel Valls, par exemple, a passé toute cette semaine à Mayotte et est rentré à Paris ce vendredi matin pour le conseil des ministres. On l'aime ou on le déteste, on ironise sur son arrivisme ou sur ses hésitations géographiques voire nationales, mais il ne faut pas oublier qu'il fait partie de la gauche, l'authentique gauche républicaine, celle qui, à l'instar de Jaurès et de Léon Blum, se réclame des valeurs républicaines et lutte contre les communautarismes et contre les extrémismes, et il l'a prouvé il y a juste dix ans avec la série des attentats islamiques (discours du 13 janvier 2015 et discours du 9 janvier 2016).

    On peut aussi parler de Jean-Noël Barrot qui a été absent du premier conseil des ministres parce qu'il a rencontré le chef des rebelles qui ont pris le pouvoir à Damas. Il a porté la voix de la France et aussi la voix de l'Europe avec son homologue allemande Annalena Baerbock.

    La deuxième image s'est observée ce vendredi 3 janvier 2025 dans la matinée. Le premier conseil des ministres à l'Élysée était prévu à 10 heures, mais François Bayrou a voulu réunir son équipe gouvernementale pour un petit-déjeuner dans les environs. Quoi de mieux que de choisir le Ministère de l'Intérieur, Place Beauvau, à quelques centaines de mètres de l'Élysée ? De plus, François Bayrou a ainsi honoré le locataire des lieux, Bruno Retailleau.


     

     
     


    Tous les ministres, avec François Bayrou, se sont donc rendus ensemble à pied à l'Élysée devant les journalistes. Cette image avait un message triple : d'une part, l'équipe gouvernementale est unie, et François Bayrou y est très sensible ; d'autre part, elle est dynamique, arrivant à pied, à pas rapides, prête à agir (ce n'est qu'une image, mais pour un chef de gouvernement septuagénaire, elle a son importance) ; enfin, elle montre aussi une sobriété énergétique, avec le déplacement à pied, ce qui est bien sûr fausse, puisque les voitures de fonction se sont garées Place Beauvau et ont recherché leurs ministres dans la cour de l'Élysée.

    On sait bien que les images ne sont pas des réalités, et il faut rappeler des précédents, comme Christiane Taubira, Ministre de la Justice, arrivant à l'Élysée pour les conseils des ministres à vélo, partie de la Place Vendôme (c'est tout près) et ses conseillers venaient en voiture avec ses dossiers et sac à main ! Ou encore François Hollande allant à Bruxelles en TVG mais ses conseillers le suivaient en avion ou en voiture. En politique, comme je l'ai dit, beaucoup est image et communication politique, mais on ne peut pas dire qu'arriver à pied est du vent et en même temps, critiquer François Bayrou pour sa boulette de Pau, regretter qu'il ne soit pas allé immédiatement à Mayotte sans rien dans ses bagages, sans apporter de quoi aider les Mahorais, ce qui aurait été aussi du vent et de la seule communication politique.

    On retiendra surtout le premier message de cette image de marche du Ministère de l'Intérieur à l'Élysée : celui de l'unité du gouvernement, ce qui avait furieusement manqué à Michel Barnier. Avec un gouvernement de têtes politiques connues des Français, qui est très différent de celui de Michel Barnier, François Bayrou a voulu faire participer les forces vives de sa majorité, même si Édouard Philippe, Gabriel Attal et Laurent Wauquiez (qui ne voulait que l'Économie et les Finances, portefeuille qu'on ne lui a pas proposé) demeurent absents de l'équipe de France. Il reste que c'est le premier gouvernement de la Cinquième République qui a intégré deux anciens Premiers Ministres.
     

     
     


    Ce qui est important sur le fond, c'est le dépôt d'un projet d'urgence pour Mayotte le 8 janvier 2025, c'est une loi qui sera votée probablement avant le budget 2025 et elle devra être votée par une large majorité des parlementaires, ce qui augure bien la fonction première de François Bayrou : trouver des compromis pour faire avancer la France avec une telle Assemblée éclatée. Il ne faut pas oublier que le Ministre de l'Économie et des Finances Éric Lombard était justement une proposition de Premier Ministre du premier secrétaire du PS Olivier Faure après le renversement de Michel Barnier.

     

     
     


    Bien sûr, le plus dur n'est pas encore passé pour François Bayrou : la déclaration de politique générale du 14 janvier 2025 préfigurera sa propre existence politique, et la motion de censure déposée par les insoumis et examinée probablement le 16 janvier 2025 pourrait signer son acte de décès prématuré. Je lui souhaite bien du plaisir. Avec émotion.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (03 janvier 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    François Bayrou et le Chemin.
    Vœux 2025 d'Emmanuel Macron : aux Français de trancher ?
    Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron, le 31 décembre 2024 à Paris (texte intégral et vidéo).
    François Bayrou au travail !
    Gouvernement Bayrou : un choc d'autorité ?
    Composition du Gouvernement François Bayrou I nommé le 23 décembre 2024.
    Le difficile accouchement du gouvernement Bayrou.
    La méthode Bayrou réussira-t-elle ?
    Terre de désolation.
    La folle histoire de la nomination de François Bayrou.
    François Bayrou, le papa Macron !
    Le tour de François Bayrou !
    La polémique entre Maurice Druon et François Bayrou en juillet 2004.
    Le paysage politique français postcensure.
    Motion de sangsue : les conséquences économiques désastreuses de la censure.
    Philippe Vigier défend les Français face au renoncement national.
    Laurent Wauquiez met en garde contre l'instabilité institutionnelle.
    Emmanuel Macron face à ses choix.
    Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 5 décembre 2024 (texte intégral).
    La motion RNFP : Chassez le naturel, il revient au chaos !
    L'émotion de censure de Michel Barnier.
    La collusion des irresponsables.
    Gouvernement Barnier : les yeux du monde rivés sur la France.
    Risque de censure : Non, le RN n'est pas l'arbitre des élégances !
    Michel Barnier plaide pour la sobriété normative et procédurale !
    Discours du Premier Ministre Michel Barnier le 21 novembre 2024 à la Porte de Versailles (vidéo et texte intégral).
    Michel Barnier sur les pas de Pierre Mendès France.
    Discours du Premier Ministre Michel Barnier le 15 novembre 2024 à Angers (vidéo et texte intégral).
    PLF 2025 : la majorité de rejet !
    Michel Barnier : déjà deux mois !
    François Guizot à Matignon ?
    5 euros pour visiter Notre-Dame de Paris ?
    Achats dans la fonction publique : des économies à faire ?
    Doliprane : l'impéritie politique.
    Proche-Orient : l'incompréhension de Roger Karoutchi.
    Motion de censure : le quart d'heure de gloire d'Olivier Faure.
    Budget 2025 : l'impossible mission de Michel Barnier.
    Claude Malhuret : du vol des élections aux chefs d'escadrille...
    Les 3 lignes rouges de Marine Le Pen pour ne pas censurer le gouvernement Barnier.
    La quadrature du cercle de Michel Barnier.
     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250103-bayrou.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/francois-bayrou-et-le-chemin-258424

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/01/03/article-sr-20250103-bayrou.html



     

  • Vœux 2025 d'Emmanuel Macron : aux Français de trancher ?

    « C’est pour cela qu’en 2025, nous continuerons de décider et je vous demanderai aussi de trancher certains de ces sujets déterminants. » (Emmanuel Macron, allocution du 31 décembre 2024).



     

     
     


    S'il n'y avait qu'une seule phrase à retenir des vœux présidentiels de ce mardi 31 décembre 2024, c'est bien celle-ci : Emmanuel Macron demandera aux Français de trancher certains des sujets déterminants l'avenir de la France.

    Dans son allocution télévisée traditionnelle pour présenter pendant une dizaine de minutes ses vœux aux Français pour la nouvelle année 2025, le Président de la République a innové. Pas de décor en arrière-fond, pas de bureau présidentiel, pas de jardin de l'Élysée. Seulement le double drapeau (français et européen) un peu flou, et un buste en grand sur l'écran.

    L'autre innovation, c'était de faire commencer son allocution avec quelques images retraçant les réussites de l'année 2024 avec sa voix off pour les décrire. Il a ainsi voulu rappeler, malgré le Macron-bashing mais aussi le France-bashing, que la France a su honorer ses rendez-vous avec l'histoire, en particulier sur plusieurs sujets qui, pour quelques-uns (pas pour tous), c'est vrai, peuvent être anecdotiques : « Ensemble cette année, nous avons prouvé qu'impossible n'était pas français. ».


    Ainsi, il a salué l'inscription de la liberté d'avorter dans la Constitution (premier pays au monde à l'avoir fait, et engagement d'Emmanuel Macron pendant sa campagne présidentielle), la baisse des émissions carbone visant à lutter contre le changement climatique (la France est un des meilleurs "élèves" du monde et ce sujet, lui, n'est pas anecdotique !), l'organisation des Jeux olympiques et paralympiques de Paris (« Une France qui rayonne avec ses exploits sportifs, ses émotions, sa générosité, une ville de Paris magnifiée. »), enfin la réouverture de Notre-Dame de Paris reconstruite en cinq ans après le terrible incendie de 2019.

    Un peu plus tard, Emmanuel Macron a aussi salué le lancement de la fusée Ariane 6 et le raccordement tant attendu du nouveau réacteur nucléaire de Flamanville dans le réseau national : « Là se bâtit notre indépendance et nous devons rester forts et crédibles au cœur d’une Europe qui doit accélérer. ».


    Il serait peu pertinent de critiquer le Président de la République sur son insistance à retracer les succès d'une France qui travaille et qui gagne alors que les médias et la classe politique, pour la plupart, ne sont constitués que de mauvais coucheurs (et de faux patriotes) qui ne savent que dénigrer matin midi et soir le travail et le talent des Français.

    Par ce rappel, il a aussi rappelé qu'il était possible d'aller au-delà des limites de la fatalité avec une volonté politique très forte. Les exemples tant des Jeux olympiques et paralympiques (tout le monde s'inquiétait de la sécurité et annonçait des catastrophes) que de Notre-Dame (on considérait l'objectif de cinq ans complètement fou, moi compris), ont montré qu'il était possible de fixer des objectifs très ambitieux et de les atteindre, à la condition d'y mettre les moyens, en particulier en faisant adopter des lois spéciales pour réduire les délais administratifs et la réglementation submergée par la bureaucratie.


    Et c'est probablement le véritable défi de 2025 pour la reconstruction de Mayotte (pour François Bayrou, l'objectif serait de deux ans, même si, à Mayotte, il faudrait plus parler de construction que de reconstruction tant ce nouveau département français est pauvre) : « Demain, sachons garder le meilleur de ce que nous avons été durant cette année 2024. Unis, déterminés, solidaires et face à chacune des grandes épreuves, face à ce que tant et tant disaient impossible, nous avons réussi parce que nous avons été ensemble. (…) Ensemble, nous sommes aujourd’hui aux côtés des habitants de Mayotte auxquels nous pensons avec émotion et fraternité. ».

     

     
     


    Emmanuel Macron a toutefois aussi évoqué les sujets qui fâchaient. Ainsi a-t-il parlé des crises actuelles, celle du monde agricole, les catastrophes climatiques, le ralentissement économique mondial... et surtout la crise politique provoquée par la dissolution de l'Assemblée Nationale, une décision qu'il a prise dans son entière, pleine et solitaire prérogative constitutionnelle, même s'il a cité également l'Allemagne pour illustrer le caractère plus général que national de « l'instabilité politique ».

    Et cette reconnaissance de responsabilité, c'est sans doute la deuxième phrase la plus importante de son allocution télévisée, assez joliment formulée pour expliquer que le Président nous a mis dans la mouise ! Ainsi : « Je dois bien reconnaître ce soir que la dissolution a apporté, pour le moment, davantage de divisions à l’Assemblée que de solutions pour les Français. ».


    C'est qui est intéressant, c'est la pondération de la phrase par « pour le moment », avec l'espoir que, finalement, la dissolution puisse aboutir à une solution politique satisfaisante pour les Français.

    Dans sa justification, il a donc reconnu que les problèmes ne s'étaient pas résolus par la dissolution : « Si j’ai décidé de dissoudre c’était pour vous redonner la parole, pour retrouver de la clarté et éviter l’immobilisme qui menaçait. Mais la lucidité et l’humilité commandent de reconnaître qu’à cette heure, cette décision a produit plus d’instabilité que de sérénité et j’en prends toute ma part. ».

    Il a fallu pourtant du courage à dissoudre. On ne pourra pas lui reprocher d'avoir redonné la parole au peuple, mais on peut s'inquiéter que le peuple, pour une rare fois, n'a pas su donner une réponse claire et simple, parce qu'il est très profondément divisé : « L’Assemblée actuelle représente néanmoins le pays dans sa diversité, et donc aussi dans ses divisions. Elle est pleinement légitime et dans cette configuration inédite mais démocratique, elle doit savoir dégager des majorités, comme le font d’ailleurs les Parlements des grandes démocraties, et notre gouvernement doit pouvoir tenir un chemin de compromis pour agir. ».

    En adressant tout spécialement tous ses vœux de réussite au nouveau Premier Ministre François Bayrou, Emmanuel Macron a d'abord pensé aux Français : « Je souhaite que l’année qui s’ouvre soit celle du ressaisissement collectif, qu’elle permette la stabilité, les bons compromis pour prendre les bonnes décisions au service des Français. Car nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre. (…) Nous pouvons rendre la vie meilleure en nous mettant d’accord sur quelques sujets simples : faciliter la vie de tous ceux qui travaillent dur, améliorer la sécurité au quotidien, juger plus vite et permettre à chaque famille d’avoir accès à la meilleure instruction pour ses enfants, à la santé et aux services publics de base. À nous de le faire donc. ». En écoutant cela, les Français pourraient légitimement se poser la question : pourquoi cela ne serait-il pas déjà fait après sept années à l'Élysée ?

     

     
     


    Le Président de la République a aussi abordé les relations internationales de plus en plus compliquées, à la veille du retour au pouvoir de Donald Trump : « L’année 2025 doit aussi être une année d’unité, de responsabilité pour bâtir une France plus forte, plus indépendante face aux dérèglements du monde. Les guerres en Ukraine et au Proche-Orient ne sont pas des conflits lointains. Elles nous concernent directement et menacent notre sécurité, notre unité, notre économie. (…) C’est pourquoi l’Europe ne peut plus déléguer à d’autres puissances sa sécurité et sa défense. (…) Nous devons lucidement voir que le monde avance plus vite et bouscule nombre de nos certitudes. Ce que nous tenions pour acquis ne l’est plus. Il n’y aura pas de prospérité sans sécurité et la France, par sa puissance diplomatique et militaire, à cet égard, a toujours un rôle à jouer. ».

    Cette phrase : « Nous devons lucidement voir que le monde avance plus vite et bouscule nombre de nos certitudes. » est sans doute la troisième et dernière phrase cruciale de cette allocution de vœux. Emmanuel Macron a aussi touché un mot de sa vision européenne, sans ménagement : « Les Européens doivent en finir avec la naïveté. Dire non aux lois du commerce édictées par d’autres et que nous sommes les seuls à encore respecter, dire non à tout ce qui nous fait dépendre des autres, sans contrepartie et sans préparer notre avenir. À l‘inverse, il nous faut le réveil européen, réveil scientifique, intellectuel, technologique, industriel, réveil agricole, énergétique et écologique. Il faut pour cela aller plus vite, prendre nos décisions plus rapidement, plus fortement en Européens, simplifier nos règles pour nos compatriotes comme nos entreprises et investir davantage. Cela suppose une France qui continue d’être attractive, qui travaille et innove plus, qui continue de créer des emplois et qui assure sa croissance en tenant ses finances. J’y veillerai. ».


    Sa conclusion est donc, comme dit au début, l'annonce de référendums ou de consultations dites citoyennes à venir (ou encore d'une prochaine dissolution ?) : « Pour le quart de siècle qui vient, je veux que nous puissions décider et agir, avec 2050 en ligne de mire. Nous aurons des choix à faire pour notre économie, notre démocratie, notre sécurité, nos enfants. Oui, l’espérance, la prospérité et la paix du quart de siècle qui vient dépendent de nos choix, aujourd’hui. C’est pour cela qu’en 2025, nous continuerons de décider et je vous demanderai aussi de trancher certains de ces sujets déterminants. Car chacun d’entre vous aura un rôle à jouer. ». La question sera de savoir si les sujets proposés vont diviser davantage ou rassembler davantage les Français.

    Et enfin de finir par sa formule toute macronienne : « Je nous souhaite pour 2025 d’être unis, déterminés et fraternels ! ». Le "je nous" reste relativement rare dans le discours politique. Je nous souhaite donc une excellente année 2025 !


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (31 décembre 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Vœux 2025 d'Emmanuel Macron : aux Français de trancher ?
    Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron, le 31 décembre 2024 à Paris (texte intégral et vidéo).
    François Bayrou au travail !
    Gouvernement Bayrou : un choc d'autorité ?
    Composition du Gouvernement François Bayrou I nommé le 23 décembre 2024.
    Le difficile accouchement du gouvernement Bayrou.
    La méthode Bayrou réussira-t-elle ?
    Terre de désolation.
    La folle histoire de la nomination de François Bayrou.
    François Bayrou, le papa Macron !
    Le tour de François Bayrou !
    La polémique entre Maurice Druon et François Bayrou en juillet 2004.
    Le paysage politique français postcensure.
    Motion de sangsue : les conséquences économiques désastreuses de la censure.
    Philippe Vigier défend les Français face au renoncement national.
    Laurent Wauquiez met en garde contre l'instabilité institutionnelle.
    Emmanuel Macron face à ses choix.
    Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 5 décembre 2024 (texte intégral).
    La motion RNFP : Chassez le naturel, il revient au chaos !
    L'émotion de censure de Michel Barnier.
    La collusion des irresponsables.
    Gouvernement Barnier : les yeux du monde rivés sur la France.
    Risque de censure : Non, le RN n'est pas l'arbitre des élégances !
    Michel Barnier plaide pour la sobriété normative et procédurale !
    Discours du Premier Ministre Michel Barnier le 21 novembre 2024 à la Porte de Versailles (vidéo et texte intégral).
    Michel Barnier sur les pas de Pierre Mendès France.
    Discours du Premier Ministre Michel Barnier le 15 novembre 2024 à Angers (vidéo et texte intégral).
    PLF 2025 : la majorité de rejet !
    Michel Barnier : déjà deux mois !
    François Guizot à Matignon ?
    5 euros pour visiter Notre-Dame de Paris ?
    Achats dans la fonction publique : des économies à faire ?
    Doliprane : l'impéritie politique.
    Proche-Orient : l'incompréhension de Roger Karoutchi.
    Motion de censure : le quart d'heure de gloire d'Olivier Faure.
    Budget 2025 : l'impossible mission de Michel Barnier.
    Claude Malhuret : du vol des élections aux chefs d'escadrille...
    Les 3 lignes rouges de Marine Le Pen pour ne pas censurer le gouvernement Barnier.
    La quadrature du cercle de Michel Barnier.
     

     
     



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