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« Pour moi, Pol Pot est synonyme de Hitler, synonyme de Staline, synonyme de Mao, synonyme de Bokassa, synonyme d’Amin Dada, synonyme de Pinochet. En fait, la liste serait certainement plus longue, mais c’étaient les noms qui revenaient régulièrement dans les années 1970. » (mon article d'août 2011).
Le cruel dictateur khmer rouge Pol Pot (de son vrai nom Saloth Sâr) serait né il y a cent ans, le 19 mai 1925. Je mets au conditionnel car la part de mystère de cet homme est relativement importante. J'ai eu la chance... ou plutôt la malchance, certainement, de rencontrer dès 1978 des réfugiés cambodgiens qui ont pu m'informer sur ce qui se passait, alors, dans leur pays.
Le terme de génocide devrait être adopté, même si c'est surprenant que des membres du même peuple aient pu contribuer à son extermination. Toujours est-il qu'entre le 17 avril 1975, il y a cinquante ans, qui correspond à la chute de Phnom Penh vaincu par les troupes khmères rouges et le 7 janvier 1979, qui correspond à l'invasion des troupes vietnamiennes au Cambodge, c'est-à-dire la période où Pol Pot et les khmers rouges avaient un pouvoir absolu de terreur, on évalue à 1,7 million voire à 3 millions le nombre de victimes cambodgiennes de ces communistes, soit 21%, pour l'option la plus faible, de la population cambodgienne de l'époque. Si on devait résumer par une image les presque quatre ans de dictature communiste au Cambodge, c'est certainement celle du bas de cet article, ou une autre du même genre, à savoir un tas de crânes et d'os, ceux des victimes irréversibles de Pol Pot.
Ce qui est étonnant est l'histoire de cet homme. La politique cambodgienne intérieure est certes assez compliquée à comprendre. Pol Pot faisait partie d'une certaine élite qui a eu le privilège de faire ses études en France. Il est arrivé à Paris en octobre 1949, soit à peu près au même moment que Mao Tsé-Toung a pris le pouvoir en Chine. Le futur dictateur a fréquenté une école d'ingénieur parisienne (celle de radioélectricité) de 1949 à 1953. Il en est sorti sans diplôme.
En 1952, le roi Norodom Sihanouk, mis en place par la France, refusait de mettre au pouvoir les démocrates vainqueurs des élections du 9 septembre 1951 et voulait gouverner seul. L'étudiant Pol Pot (j'écris Pol Pot mais il n'a pris ce nom qu'en 1975, c'est plus simple de garder le même nom) se trouvait alors résolument dans l'opposition et osa écrire (c'est terrifiant d'imaginer la suite) : « La démocratie est un régime auquel aspirent aujourd’hui tous les peuples du monde ; elle est aussi précieuse qu’un diamant et ne peut être comparée à aucun autre gouvernement. ». Cela dit, les démocrates étant de moins en moins influents, Pol Pot et ses camarades se sont rapprochés des communistes, au point que Jacques Duclos est devenu son parrain et Jacques Vergès son ami.
De retour au Cambodge en 1953 (sans diplôme), Pol Pot s'intégra dans les cercles communistes, renforçant son opposition lors du départ précipité des Français en 1954, laissant Norodom Sihanouk roi du Cambodge (nommé le 25 avril 1941). Les relations entre Norodom Sihanouk et les khmers rouges furent d'ailleurs particulièrement compliquées, car s'ils se sont très opposés, ils ont su, parfois, être des alliés contre un ennemi commun (vietnamien). L'histoire du Cambodge d'après-guerre est elle-même compliquée avec une succession de gouvernements et de régimes assez bizarres (par exemple, Norodom Sihanouk fut un moment chef de l'État sans être roi mais dans une monarchie !).
À partir du 22 février 1963, Pol Pot a conquis la tête du parti communiste du Kampuchéa, autrement dit, les khmers rouges (il le resta longtemps). Il batailla contre le pouvoir en place. En 1967 s'est engagée une guerre civile entre, d'une part, les khmers rouges et les nord-vietnamiens, d'autre part, le Royaume du Cambodge et les sud-vietnamiens, puis la République (régime pro-américain). Le principal ennemi de Pol Pot fut le maréchal Lon Nol, Premier Ministre cambodgien du 14 août 1960 au 11 mars 1971 puis Président de la République cambodgienne du 10 mars 1972 au 1er avril 1975. Parmi les grands alliés de Pol Pot, il y avait bien sûr Mao dont il appliqua les concepts lorsqu'il a conquis le pouvoir.
Lon Nol a fui son pays peu avant l'arrivée des khmers rouges à Phnom Penh le 17 avril 1975. À partir de cette date, une dictature communiste de type chinoise, sans pitié, s'est mise en place, même si dans les premiers temps, ils étaient arrivés en libérateurs pour le peuple. L'objectif de Pol Pot qui contrôlait tous les pouvoirs et qui était formellement le Premier Ministre du 14 avril 1976 au 27 septembre 1976 puis du 25 octobre 1976 au 7 janvier 1979 (en automne 1976, il fut remplacé par Nuon Chea en raison d'un éloignement pour raison de santé), c'était d'éliminer tous ses ennemis politiques (ou supposés ennemis), à l'aide d'un prétexte d'antiaméricanisme. La capitale fut vidée de ses 2 millions d'habitants envoyés aux champs comme en Chine quelques années auparavant. Les intellectuels, les habitants des villes, furent pourchassés par les khmers rouges. Emprisonnements, tortures, exécutions furent nombreux. Toute idée d'Occident fut détruite : monuments, religions, modes de vie, etc.
Pol Pot était alors un dictateur mystérieux, inexistant sur le plan diplomatique, absent sur le plan intérieur. Comme tout dictateur communiste (il a bien appris de Staline et Mao), Pol Pot a multiplié les purges au sein de son propre parti communiste. Quelques relations officielles avec la Chine a montré l'importance de l'enseignement de Mao (disparu), en particulier le 18 janvier 1978 avec la visite officielle de Deng Yingchao, la veuve de Chou En-Lai, également Vice-Présidente du comité permanent de l'Assemblée nationale populaire de Chine de 1976 à 1983.
Craignant pour ses frontières, le Vietnam a envahi le Cambodge jusqu'à renverser Pol Pot le 7 janvier 1979 et installer un nouveau régime pro-vietnamien. Après une période de gouvernements d'anciens khmers rouges, Hun Sen, pro-vietnamien et ancien khmer rouge, a pris la tête du gouvernement cambodgien du 14 janvier 1985 au 22 août 2023 puis l'a laissée à son fils Hun Manet encore en fonction (je résume très grossièrement car entre 1993 et 1998, il y a eu deux Premiers Ministres avec le retour du royaume).
Quant à Pol Pot, il a fui la capitale pour se réfugier dans les maquis (dans la jungle). Le mystère s'est poursuivi avec cet homme-là puisqu'il aurait gardé une grande influence sur les rebelles. Il aurait démissionné du commandement des forces armées khmères rouges en 1985, cédant la place à Son Sen. Ses amis politiques l'ont destituésen juin 1997 et son rival Ta Mok, considéré comme encore plus cruel que Pol Pot, l'a fait arrêter en 1998 par les troupes cambodgiennes. Condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour avoir commandité l'assassinat de Son Sen et de sa femme en juin 1997, Pol Pot est officiellement mort le 15 avril 1998 d'une crise cardiaque (donc à l'âge de 72 ans). Il souffrait aussi d'un cancer des ganglions et de la malaria. Incinéré très rapidement, son corps n'aura pas fait l'objet d'une autopsie. (Certains pensent que ce n'était pas Pol Pot et que ce dernier aurait passé des jours heureux en Thaïlande).
Ce qui est terrible, c'est l'aveuglement idéologique des dictateurs communistes qui en sont venus à massacrer des millions de leurs contemporains. Pol Pot n'a jamais été jugé pour ses crimes pendant son gouvernement et la plupart de ses complices sont morts en cours de procès ou avant. Depuis une loi adoptée le 7 juin 2013 par le Parlement cambodgien, la mémoire des victimes est scrupuleusement respectée au point que tout individu qui minimise ou nie les crimes des khmers rouges est passible de deux ans de prison.
« Aujourd’hui, alors que le pays se trouve dans une situation grave, la droite est de nouveau écoutée. Et c’est pourquoi demain, elle peut gagner. J’en suis profondément convaincu. Mais nous devons d’abord, et sans tarder, donner une incarnation à notre mouvement, pour lui donner un nouvel élan. » (Bruno Retailleau, le 2 avril 2025, profession de foi).
Il est des congrès serrés, où les scores sont très rapprochés. Le congrès du parti Les Républicains de ce dimanche 18 mai 2025 n'aura pas du tout été serré : le Ministre d'État, Ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau a été véritablement plébiscité par les militants de LR pour devenir président de leur parti. Son unique concurrent, Laurent Wauquiez a subi une désastreuse défaite sur le plan personnel : sa personnalité, son insincérité, son cynisme ont agacé plus d'un des adhérents de LR, et cette fois-là, on peut le dire car les deux candidats prônaient à peu près le même fond idéologique de droite dite dure.
Revenons aux données chiffrées. La rivalité entre Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau depuis février 2025 a redonné de la vitalité à ce parti moribond et peut-être que c'est cette nouvelle guerre des chefs qui a été très profitable, au contraire de ce qu'affirmaient les deux protagonistes. Seuls les adhérents de LR au 17 avril 2025 pouvaient voter, si bien qu'une vague d'adhésions, ou plutôt, de réadhésions d'anciens adhérents déçus, a submergé les fédérations. Je l'évoquais déjà le mois dernier.
Il faut voir l'évolution : le nombre d'adhérents a triplé en deux mois ! C'est passé de 43 859 adhérents au 13 février 2025 à 121 617 au 17 avril 2025, ce qui est énorme.
L'autre élément de vitalité, bien sûr, c'est la participation, mais il était prévisible que ceux qui ont adhéré entre février et avril 2025 allaient voter puisque c'était l'unique but de cette adhésion. Il fallait voter de manière électronique, c'est-à-dire sur Internet. 98 110 ont participé au vote, c'est-à-dire 80,7% de participation, ce qui est également énorme pour un parti politique (il suffit de regarder le futur congrès du parti socialiste). Ce sont des données officielles, mais généralement confirmées par des huissiers et autres contrôleurs car les candidats pensaient leur score très serré. Cette fois-ci, ce n'était pas le cas.
En outre, il y a eu très peu de blancs et nuls, 374, ce qui signifie bien que l'enjeu était effectivement entre les deux candidats. Inutile de dire que le parti Les Républicains, héritier de l'UMP qui, elle-même, était censée être la fusion entre le RPR et l'UDF, n'est plus qu'un repaire d'ex-RPR aile dure. C'est certes difficile de dire cela car beaucoup d'adhérents LR n'étaient pas nés politiquement avant l'UMP, mais il paraît certain qu'il n'existe plus aucun centriste dans ce parti qui devait pourtant rassembler la droite et le centre à l'initiative du Président Jacques Chirac en 2002.
Cela ne me fait donc pas déplaisir de constater que François Bayrou avait évidemment raison en 2002 lorsqu'il avait refusé de rejoindre l'UMP, étant persuadé que la volaille centriste allait se faire plumer par l'aile la plus dure du RPR. Ce qui est amusant aujourd'hui, c'est que c'est François Bayrou qui est au pouvoir, à Matignon, et que toute l'argumentation de Laurent Wauquiez était basée sur l'indépendance de LR vis-à-vis de François Bayrou et Emmanuel Macron.
Mais cela ne lui a pas suffi à reprendre l'avantage. Et de loin. À l'origine, Laurent Wauquiez était le favori, et pensait même que son élection à la présidence de LR serait une formalité. Après tout, il avait déjà été président de LR, élu par les militants, du 10 décembre 2017 au 2 juin 2019. L'échec de LR aux européennes de 2019 a été fatal à Laurent Wauquiez, si bien qu'il s'est replié dans sa présidence du conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes qu'il occupait depuis le 4 janvier 2016 (jusqu'au 4 septembre 2024). Il a laissé passer l'élection présidentielle 2022 ingagnable, et il a cru que son fidèle Éric Ciotti allait tenir boutique à sa place. Erreur, il n'a pas fallu longtemps pour que le sieur Ciotti rejoignît le RN et Marine Le Pen.
Laurent Wauquiez a pris alors une position courageuse : quitter son repli régional et revenir à l'Assemblée Nationale, là où se passait le véritable combat politique (au contraire de ses collègues Xavier Bertrand, Valérie Pécresse, Jean-François Copé, etc.). Il doit d'ailleurs son mandat de député aux macronistes. Le 10 juillet 2024, il a pris (sans demander aux autres) la présidence du groupe LR à l'Assemblée, si bien qu'avec Bruno Retailleau, président du groupe LR au Sénat, il formait un binôme pour négocier les futurs gouvernements. Au départ, Laurent Wauquiez voulait rester dans l'opposition, puis, voulant l'Intérieur, n'a plus voulu appartenir à un gouvernement en dehors de la place Beauvau.
Bruno Retailleau, lui, a pris ses responsabilités. Michel Barnier l'a choisi comme Ministre de l'Intérieur le 21 septembre 2024 et confirmé par François Bayrou le 23 décembre 2024 avec le rare privilège d'être un Ministre d'État. Depuis ainsi près de huit mois, Bruno Retailleau est sur le pont, en déplacements incessants sur tous les lieux des drames en France. Son efficacité n'est peut-être pas au rendez-vous (on verra au bilan), mais son discours de vérité plaît, sa sincérité n'est pas mise en doute (au contraire de son adversaire interne) et surtout, il est devenu une personnalité nouvelle de la vie politique.
En fait, c'est faux, il existe politiquement depuis des décennies, aurait sans doute été le Premier Ministre de François Fillon si ce dernier avait été élu en 2017, mais les Français ne le connaissaient pas et il est ainsi arrivé avec la lumière des projecteurs. Les Français sont en train de le découvrir.
Le score des adhérents de LR est sans appel. Bruno Retailleau a obtenu 72 629 voix, soit 74,3%, tandis que Laurent Wauquiez n'a eu que 25 107 voix, soit 25,7%. En gros, trois quarts pour Bruno Retailleau et un quart pour Laurent Wauquiez. Il n'y aura finalement pas de guerre des chefs car les militants ont définitivement tranché.
Je ne sais pas comment va réagir Laurent Wauquiez dans les mois à venir, mais sa perspective présidentielle sera d'autant plus bloquée que lui-même a fait campagne contre une primaire ouverte pour 2027. Le parti va être administré par son rival et ce dernier sera en bonne posture pour, éventuellement, présenter une candidature LR à l'élection présidentielle de 2027. J'écris "éventuellement" car il paraît peu responsable que le bloc commun qui gouverne aujourd'hui se présente désuni en 2027 face au RN et à la gauche mélenchonisée (qui, contrairement à ce qu'on dit, est capable de revenir à un niveau élevé, de l'ordre de 20% de l'électorat, car Jean-Luc Mélenchon jouit de son grand talent souvent sous-estimé et d'une absence d'autres rivaux à gauche).
Cette victoire de Bruno Retailleau ne fait pas non plus l'affaire du RN. Certainement interdit de candidature de Marine Le Pen, le RN aura du mal à concurrencer Bruno Retailleau sur ses thèmes favoris (sécurité, immigration) avec un à peine trentenaire qui n'a jamais rien fait de sa vie (à part jouer à TikTok), j'ai nommé Jordan Bardella.
Laurent Wauquiez a perdu par un manque complet de discernement. Il n'a jamais existé parce qu'il était chef de parti, il a existé parce qu'il était ministre à l'époque de Nicolas Sarkozy. Au même titre que Nicolas Sarkozy est devenu présidentiable parce qu'il était Ministre de l'Intérieur, pas parce qu'il était président de l'UMP, le parti n'était qu'un moyen de gagner, pas sa légitimité de candidat.
C'est aussi ainsi pour Bruno Retailleau, c'est sa légitimité ministérielle qui l'a fait triompher dans un parti de gouvernement qui n'était plus au gouvernement de 2012 à 2024 (pendant douze ans). C'est Bruno Retailleau qui a redonné un peu de fierté aux militants de LR et surtout, qui leur a redonné un peu d'espoir en l'avenir.
Enfin, je termine sur une analogie : le 16 novembre 2006, s'est déroulée une primaire interne au PS pour choisir son candidat à l'élection présidentielle de 2007. Les socialistes avaient été très secoués par leur absence au second tour en 2002. Trois candidats se sont présentés : deux très connus et bien "capés", Laurent Fabius (ancien Premier Ministre, ancien Ministre de l'Économie et des Finances, ancien Président de l'Assemblée Nationale, ancien premier secrétaire du PS), Dominique Strauss-Kahn (ancien numéro deux du gouvernement, ancien Ministre de l'Économie et des Finances), et un ancienne sous-ministre qui n'avait pas eu beaucoup de médailles sur son tableau politique, Ségolène Royal. Les apparatchiks du PS étaient évidemment favorables aux deux premiers, mais les militants socialistes ont préféré la plus populaire, Ségolène Royal, car, malgré ses handicaps, elle était la seule à présenter un espoir d'avenir (en fait, un Désir d'avenir !), la perspective d'une victoire à l'élection présidentielle de 2007. Cela n'a pas marché, mais cela aurait pu, car elle a réussi à mobiliser de nombreux nouveaux électeurs. Ségolène Royal a eu 60,6% des militants du PS, DSK 20,7% et Laurent Fabius 18,7%. Les sondages ont tranché !
En donnant les clefs de leur parti à leur seul ministre populaire et visible Bruno Retailleau, les adhérents de LR ont aussi exprimé leur désir de revenir à l'avant-scène de la vie politique et, pourquoi pas (mais je n'y crois pas pour autant), gagner la prochaine élection présidentielle. Quant à Laurent Wauquiez, il va tranquillement retourner à l'ombre, comme l'ont fait d'autres avant lui, entre autres, Jean-François Copé.
« Aujourd’hui, alors que le pays se trouve dans une situation grave, la droite est de nouveau écoutée. Et c’est pourquoi demain, elle peut gagner. J’en suis profondément convaincu. Mais nous devons d’abord, et sans tarder, donner une incarnation à notre mouvement, pour lui donner un nouvel élan. » (Bruno Retailleau, le 2 avril 2025, profession de foi).
Il est des congrès serrés, où les scores sont très rapprochés. Le congrès du parti Les Républicains de ce dimanche 18 mai 2025 n'aura pas du tout été serré : le Ministre d'État, Ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau a été véritablement plébiscité par les militants de LR pour devenir président de leur parti. Son unique concurrent, Laurent Wauquiez a subi une désastreuse défaite sur le plan personnel : sa personnalité, son insincérité, son cynisme ont agacé plus d'un des adhérents de LR, et cette fois-là, on peut le dire car les deux candidats prônaient à peu près le même fond idéologique de droite dite dure.
Revenons aux données chiffrées. La rivalité entre Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau depuis février 2025 a redonné de la vitalité à ce parti moribond et peut-être que c'est cette nouvelle guerre des chefs qui a été très profitable, au contraire de ce qu'affirmaient les deux protagonistes. Seuls les adhérents de LR au 17 avril 2025 pouvaient voter, si bien qu'une vague d'adhésions, ou plutôt, de réadhésions d'anciens adhérents déçus, a submergé les fédérations. Je l'évoquais déjà le mois dernier.
Il faut voir l'évolution : le nombre d'adhérents a triplé en deux mois ! C'est passé de 43 859 adhérents au 13 février 2025 à 121 617 au 17 avril 2025, ce qui est énorme.
L'autre élément de vitalité, bien sûr, c'est la participation, mais il était prévisible que ceux qui ont adhéré entre février et avril 2025 allaient voter puisque c'était l'unique but de cette adhésion. Il fallait voter de manière électronique, c'est-à-dire sur Internet. 98 110 ont participé au vote, c'est-à-dire 80,7% de participation, ce qui est également énorme pour un parti politique (il suffit de regarder le futur congrès du parti socialiste). Ce sont des données officielles, mais généralement confirmées par des huissiers et autres contrôleurs car les candidats pensaient leur score très serré. Cette fois-ci, ce n'était pas le cas.
En outre, il y a eu très peu de blancs et nuls, 374, ce qui signifie bien que l'enjeu était effectivement entre les deux candidats. Inutile de dire que le parti Les Républicains, héritier de l'UMP qui, elle-même, était censée être la fusion entre le RPR et l'UDF, n'est plus qu'un repaire d'ex-RPR aile dure. C'est certes difficile de dire cela car beaucoup d'adhérents LR n'étaient pas nés politiquement avant l'UMP, mais il paraît certain qu'il n'existe plus aucun centriste dans ce parti qui devait pourtant rassembler la droite et le centre à l'initiative du Président Jacques Chirac en 2002.
Cela ne me fait donc pas déplaisir de constater que François Bayrou avait évidemment raison en 2002 lorsqu'il avait refusé de rejoindre l'UMP, étant persuadé que la volaille centriste allait se faire plumer par l'aile la plus dure du RPR. Ce qui est amusant aujourd'hui, c'est que c'est François Bayrou qui est au pouvoir, à Matignon, et que toute l'argumentation de Laurent Wauquiez était basée sur l'indépendance de LR vis-à-vis de François Bayrou et Emmanuel Macron.
Mais cela ne lui a pas suffi à reprendre l'avantage. Et de loin. À l'origine, Laurent Wauquiez était le favori, et pensait même que son élection à la présidence de LR serait une formalité. Après tout, il avait déjà été président de LR, élu par les militants, du 10 décembre 2017 au 2 juin 2019. L'échec de LR aux européennes de 2019 a été fatal à Laurent Wauquiez, si bien qu'il s'est replié dans sa présidence du conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes qu'il occupait depuis le 4 janvier 2016 (jusqu'au 4 septembre 2024). Il a laissé passer l'élection présidentielle 2022 ingagnable, et il a cru que son fidèle Éric Ciotti allait tenir boutique à sa place. Erreur, il n'a pas fallu longtemps pour que le sieur Ciotti rejoignît le RN et Marine Le Pen.
Laurent Wauquiez a pris alors une position courageuse : quitter son repli régional et revenir à l'Assemblée Nationale, là où se passait le véritable combat politique (au contraire de ses collègues Xavier Bertrand, Valérie Pécresse, Jean-François Copé, etc.). Il doit d'ailleurs son mandat de député aux macronistes. Le 10 juillet 2024, il a pris (sans demander aux autres) la présidence du groupe LR à l'Assemblée, si bien qu'avec Bruno Retailleau, président du groupe LR au Sénat, il formait un binôme pour négocier les futurs gouvernements. Au départ, Laurent Wauquiez voulait rester dans l'opposition, puis, voulant l'Intérieur, n'a plus voulu appartenir à un gouvernement en dehors de la place Beauvau.
Bruno Retailleau, lui, a pris ses responsabilités. Michel Barnier l'a choisi comme Ministre de l'Intérieur le 21 septembre 2024 et confirmé par François Bayrou le 23 décembre 2024 avec le rare privilège d'être un Ministre d'État. Depuis ainsi près de huit mois, Bruno Retailleau est sur le pont, en déplacements incessants sur tous les lieux des drames en France. Son efficacité n'est peut-être pas au rendez-vous (on verra au bilan), mais son discours de vérité plaît, sa sincérité n'est pas mise en doute (au contraire de son adversaire interne) et surtout, il est devenu une personnalité nouvelle de la vie politique.
En fait, c'est faux, il existe politiquement depuis des décennies, aurait sans doute été le Premier Ministre de François Fillon si ce dernier avait été élu en 2017, mais les Français ne le connaissaient pas et il est ainsi arrivé avec la lumière des projecteurs. Les Français sont en train de le découvrir.
Le score des adhérents de LR est sans appel. Bruno Retailleau a obtenu 72 629 voix, soit 74,3%, tandis que Laurent Wauquiez n'a eu que 25 107 voix, soit 25,7%. En gros, trois quarts pour Bruno Retailleau et un quart pour Laurent Wauquiez. Il n'y aura finalement pas de guerre des chefs car les militants ont définitivement tranché.
Je ne sais pas comment va réagir Laurent Wauquiez dans les mois à venir, mais sa perspective présidentielle sera d'autant plus bloquée que lui-même a fait campagne contre une primaire ouverte pour 2027. Le parti va être administré par son rival et ce dernier sera en bonne posture pour, éventuellement, présenter une candidature LR à l'élection présidentielle de 2027. J'écris "éventuellement" car il paraît peu responsable que le bloc commun qui gouverne aujourd'hui se présente désuni en 2027 face au RN et à la gauche mélenchonisée (qui, contrairement à ce qu'on dit, est capable de revenir à un niveau élevé, de l'ordre de 20% de l'électorat, car Jean-Luc Mélenchon jouit de son grand talent souvent sous-estimé et d'une absence d'autres rivaux à gauche).
Cette victoire de Bruno Retailleau ne fait pas non plus l'affaire du RN. Certainement interdit de candidature de Marine Le Pen, le RN aura du mal à concurrencer Bruno Retailleau sur ses thèmes favoris (sécurité, immigration) avec un à peine trentenaire qui n'a jamais rien fait de sa vie (à part jouer à TikTok), j'ai nommé Jordan Bardella.
Laurent Wauquiez a perdu par un manque complet de discernement. Il n'a jamais existé parce qu'il était chef de parti, il a existé parce qu'il était ministre à l'époque de Nicolas Sarkozy. Au même titre que Nicolas Sarkozy est devenu présidentiable parce qu'il était Ministre de l'Intérieur, pas parce qu'il était président de l'UMP, le parti n'était qu'un moyen de gagner, pas sa légitimité de candidat.
C'est aussi ainsi pour Bruno Retailleau, c'est sa légitimité ministérielle qui l'a fait triompher dans un parti de gouvernement qui n'était plus au gouvernement de 2012 à 2024 (pendant douze ans). C'est Bruno Retailleau qui a redonné un peu de fierté aux militants de LR et surtout, qui leur a redonné un peu d'espoir en l'avenir.
Enfin, je termine sur une analogie : le 16 novembre 2006, s'est déroulée une primaire interne au PS pour choisir son candidat à l'élection présidentielle de 2007. Les socialistes avaient été très secoués par leur absence au second tour en 2002. Trois candidats se sont présentés : deux très connus et bien "capés", Laurent Fabius (ancien Premier Ministre, ancien Ministre de l'Économie et des Finances, ancien Président de l'Assemblée Nationale, ancien premier secrétaire du PS), Dominique Strauss-Kahn (ancien numéro deux du gouvernement, ancien Ministre de l'Économie et des Finances), et un ancienne sous-ministre qui n'avait pas eu beaucoup de médailles sur son tableau politique, Ségolène Royal. Les apparatchiks du PS étaient évidemment favorables aux deux premiers, mais les militants socialistes ont préféré la plus populaire, Ségolène Royal, car, malgré ses handicaps, elle était la seule à présenter un espoir d'avenir (en fait, un Désir d'avenir !), la perspective d'une victoire à l'élection présidentielle de 2007. Cela n'a pas marché, mais cela aurait pu, car elle a réussi à mobiliser de nombreux nouveaux électeurs. Ségolène Royal a eu 60,6% des militants du PS, DSK 20,7% et Laurent Fabius 18,7%. Les sondages ont tranché !
En donnant les clefs de leur parti à leur seul ministre populaire et visible Bruno Retailleau, les adhérents de LR ont aussi exprimé leur désir de revenir à l'avant-scène de la vie politique et, pourquoi pas (mais je n'y crois pas pour autant), gagner la prochaine élection présidentielle. Quant à Laurent Wauquiez, il va tranquillement retourner à l'ombre, comme l'ont fait d'autres avant lui, entre autres, Jean-François Copé.
« Il paraît que Thérèse était très drôle en récréation. Je crois bien qu’elle était gaie. Elle n’avait pas le goût de la tristesse. (…) "Mystique, comique, tout lui va !" (…). L’œuvre de Thérèse est comme un tableau impressionniste : si on a le nez dessus, on risque de ne voir que le sentimentalisme et de passer à côté de l’essentiel. » (Maurice Bellet).
Le prêtre et philosophe Maurice Bellet aimait beaucoup sainte Thérèse de Lisieux. Le journaliste qui l'a ainsi cité, Adrien Bail, évoquait ainsi la jeune fille dans "Le Pèlerin" du 25 septembre 2013 : « Sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus a gardé l’espièglerie, mêlée à un profond sérieux, de son enfance, où elle jouait déjà au théâtre (…) et raconte ses aventures avec sa cousine Marie ou sa sœur Céline, dignes de la comtesse de Ségur. Ce côté enfantin lui fera imaginer "un ascenseur" pour aller au Ciel… Il reste cependant un style qui peut être un obstacle. (…) On retrouve [le] sourire sur de nombreux clichés de Thérèse. Il imprègne son dialogue amoureux avec Jésus et sa symbolique : les roses, les oiseaux… Tout traduit une invincible gaieté qui résistera à l’agonie. ».
Thérèse de Lisieux, sœur carmélite qui a été un modèle de foi pour celui qui doute et qui désespère, a été canonisée il y a un siècle, le 17 mai 1925, par le pape Pie XI à la Basilique Saint-Pierre de Rome. La jeune fille qui est morte de tuberculose à l'âge de 24 ans le 30 septembre 1897 avait été béatifiée peu auparavant, le 29 avril 1923 par le même pape Pie XI. J'ai évoqué la trajectoire de Thérèse il y a quelques quelques années.
Malgré son jeune âge, on peut considérer Thérèse de Lisieux comme une grande intellectuelle de la foi, une sorte de philosophe de la sérénité qui a beaucoup influencé les esprits du XXe siècle. Son livre posthume "Histoire d'une âme", publié l'année suivant sa mort, a été vendu à plus de 500 millions d'exemplaires en une cinquantaine de langue et une quarantaine d'éditions (depuis 1898). Beaucoup de lecteurs ont été transformés par la lecture de cette œuvre qui avait été écrite sans aucune intention d'être publiée, et cela beaucoup d'années avant que le pape ne s'en soit mêlé. Thérèse de Lisieux a d'abord été une sainte pour le peuple avant de l'être pour le Vatican et le pape.
Lors de sa canonisation le 17 mai 1925, Pie XI le rappelait : « L'Esprit de vérité lui ouvrit et lui fit connaître ce qu'il a coutume de cacher aux sages et aux savants pour le révéler aux tout-petits. Ainsi, selon le témoignage de notre prédécesseur immédiat, elle a possédé une telle science des réalités d'en-haut qu'elle peut montrer aux âmes une voie sûre pour le salut. ». En d'autres termes, certains sont des théoriciens de la foi, alors qu'elle, elle a été une praticienne de la foi, elle a été philosophe sur le tas, ressentant l'incarnation du divin et de l'Amour dans son être.
Le pape Pie XII, à l'occasion de la consécration de la Basilique Sainte-Thérèse à Lisieux, remarquait le 11 juillet 1954 : « Message d'humilité d'abord ! Quelle étrange apparition au sein d'un monde imbu de lui-même, de ses découvertes scientifiques, de ses virtuosités techniques, que le rayonnement d'une jeune fille que ne distingue aucune action d'éclat, aucune œuvre temporelle. Avec son dépouillement absolu des grandeurs terrestres, le renoncement à sa liberté et aux joies de la vie, le sacrifice combien douloureux des affections les plus tendres, elle se pose en vivante antithèse de tous les idéals du monde. Quand les peuples et les classes sociales se défient ou s'affrontent pour la prépondérance économique ou politique, Thérèse de l'Enfant-Jésus apparaît les mains vides : fortune, honneur, influence, efficacité temporelle, rien ne l'attire, rien ne la retient que Dieu seul et son Royaume. Mais en revanche, le Seigneur l'a introduite dans sa maison, lui a confié ses secrets. ».
Le pape Jean-Paul II, futur saint, le confirmait lorsqu'il l'a reconnue comme une Docteure de l'Église (très rare pour une femme) le 19 octobre 1997 : « Parmi les petits auxquels les secrets du Royaume ont été manifestés d'une manière toute particulière, resplendit Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte-Face (…). Pendant sa vie, Thérèse a découvert "de nouvelles lumières, des sens cachés et mystérieux" et elle a reçu du divin Maître la "science d'Amour" qu'elle a montrée dans ses écrits avec une réelle originalité. Cette science est l'expression lumineuse de sa connaissance du mystère du Royaume et de son expérience personnelle de la grâce. Elle peut être considérée comme un charisme particulier de la sagesse évangélique que Thérèse, comme d'autres saints et maîtres de la foi, a puisée dans la prière. En notre siècle, l'accueil réservé à l'exemple de sa vie et à sa doctrine évangélique a été rapide, universel et constant. (…) Son message, souvent résumé dans ce qu'on appelle la "petite voie", qui n'est autre que la voie évangélique de la sainteté ouverte à tous, a été étudié par des théologiens et des spécialistes de la spiritualité. ».
Dans son exhortation apostolique "Evangelii Gaudium", le pape François déclarait le 24 novembre 2013 aux évêques, prêtres, diacres et simples fidèles laïcs, notamment ceci : « Un défi important est de montrer que la solution ne consistera jamais dans la fuite d’une relation personnelle et engagée avec Dieu, et qui nous engage en même temps avec les autres. C’est ce qui se passe aujourd’hui quand les croyants font en sorte de se cacher et de se soustraire au regard des autres, et quand subtilement ils s’enfuient d’un lieu à l’autre ou d’une tâche à l’autre, sans créer des liens profonds et stables : "Imaginatio locorum et mutatio multos fefellit" [Plusieurs s’imaginant qu’ils seraient meilleurs en d’autres lieux, ont été trompés par cette idée de changement]. C’est un faux remède qui rend malade le cœur et parfois le corps. Il est nécessaire d’aider à reconnaître que l’unique voie consiste dans le fait d’apprendre à rencontrer les autres en adoptant le comportement juste, en les appréciant et en les acceptant comme des compagnons de route, sans résistances intérieures. Mieux encore, il s’agit d’apprendre à découvrir Jésus dans le visage des autres, dans leur voix, dans leurs demandes. C’est aussi apprendre à souffrir en embrassant Jésus crucifié quand nous subissons des agressions injustes ou des ingratitudes, sans jamais nous lasser de choisir la fraternité. » (paragraphe 91).
Il faisait en particulier référence à sainte Thérèse de Lisieux et à son expérience intérieure qu'elle avait elle-même racontée : « Un soir d’hiver j’accomplissais comme d’habitude mon petit office, il faisait froid, il faisait nuit… tout à coup j’entendis dans le lointain le son harmonieux d’un instrument de musique, alors je me représentai un salon bien éclairé, tout brillant de dorures, des jeunes filles élégamment vêtues se faisant mutuellement des compliments et des politesses mondaines ; puis mon regard se porta sur la pauvre malade que je soutenais ; au lieu d’une mélodie j’entendais de temps en temps ses gémissements plaintifs (…). Je ne puis exprimer ce qui se passa dans mon âme, ce que je sais c’est que le Seigneur l’illumina des rayons de la vérité qui surpassèrent tellement l’éclat ténébreux des fêtes de la terre, que je ne pouvais croire à mon bonheur. ».
Dans son autre exhortation apostolique "Amoris Laetitia" publiée le 19 mars 2016, le pape François plaçait encore Thérèse de Lisieux en exemple : « Une façon de communiquer avec les proches décédés est de prier pour eux. La Bible affirme que "prier pour les morts" est une pensée "sainte et pieuse". (…) Certains saints, avant de mourir, consolaient leurs proches en leur promettant qu’ils seraient proches pour les aider. Sainte Thérèse de Lisieux faisait part de son désir de passer son Ciel à continuer de faire du bien sur la terre. » (paragraphe 257).
Et il ajoutait : « Si nous acceptons la mort, nous pouvons nous y préparer. Le parcours est de grandir dans l’amour envers ceux qui cheminent avec nous, jusqu’au jour où "il n’y aura plus de mort, ni de pleur, ni de cri ni de peine". Ainsi, nous nous préparerons aussi à retrouver les proches qui sont morts. (…) Ne perdons pas notre énergie à rester des années et des années dans le passé. Mieux nous vivons sur cette terre, plus grand sera le bonheur que nous pourrons partager avec nos proches dans le ciel. Plus nous arriverons à mûrir et à grandir, plus nous pourrons leur apporter de belles choses au banquet céleste. » (paragraphe 258).
Le père dominicain Serge-Thomas Bonino, théologien français, normalien, président de l'Académie pontificale romaine de saint Thomas d'Aquin et de religion catholique depuis 2014, était le secrétaire général de la Commission théologique internationale de 2011 à 2020, une des six commissions de la Curie romaine, celle chargée de traiter les questions théologiques de grande importance. Le 29 novembre 2011, dans un commentaire sur un document sur les perspectives, principes et critères de la théologie, il évoquait Thérèse comme une petite qui a reçu le Mystère : « Il y a aussi à notre époque des petits qui ont connu ce mystère. Nous pensons à sainte Bernadette Soubirous ; sainte Thérèse de Lisieux, avec sa nouvelle lecture de la Bible "non scientifique", mais qui entre dans le cœur de l'Écriture Sainte ; jusqu’aux saints et bienheureux de notre époque : sainte Joséphine Bakhita, la bienheureuse Teresa de Calcutta, saint Damien de Veuster. Nous pourrions en citer tant ! ». Entre-temps, Mère Teresa a été elle-même canonisée.
Depuis que son enseignement est connu, soit depuis près de cent trente ans, tous ont considéré Thérèse de Lisieux comme un exemple d'humilité, d'une "petite" qui a pu entrer par la grande porte mieux que les "grands". C'est pourquoi il est étonnant que sa canonisation, il y a juste cent ans, ait fait l'objet d'une cérémonie très pompeuse et luxueuse. À l'évidence, ce n'était pas du tout l'intention de Thérèse de vouloir être au centre de pompes pontificales qui ont honoré avec beaucoup trop de fastes la petite fille souriante et aimante qu'elle avait toujours été. Elle n'est qu'une, parmi de très nombreux autres, peut-être complètement anonymes, qui sont entrés dans le Mystère de la foi. En toute discrétion.
« Je n’ai pas attendu MeToo pour dire les violences faites aux femmes sont un problème. (…) Je me félicite que la parole se libère (…). Mais je pense que notre rôle, c'est de permettre son cadre, c'est que la justice puisse faire son travail, c'est qu'on protège les femmes qui sont menacées, mais que là aussi, on ne le fasse pas en oubliant les principes constitutionnels qui sont les nôtres, dont la présomption d'innocence. » (Emmanuel Macron, conférence de presse du 16 janvier 2024).
C'était un rétropédalage à son trop grand hommage à Gérard Depardieu le 20 décembre 2023 sur France 5. Emmanuel Macron avait effectivement déclaré : « Dans nos valeurs, il y a la présomption d’innocence. Je déteste les chasses à l’homme. Quand tout le monde tombe sur une personne, sur la base d’un reportage, sans qu’il ait la possibilité de se défendre… Les procédures judiciaires suivront leur chemin. (…) Gérard Depardieu est un immense acteur, il a servi les plus beaux textes. C’est un génie de son art. (…) Il rend fière la France. ».
Eh oui, on peut être un immense acteur et être un "prédateur" sexuel. C'est le privilège des immenses, il est des vertiges qui vont des cimes aux abîmes. Faut-il abattre les anciens héros ? Comment passer de monstre sacré à monstre tout court ?
Un procès prévu le 28 octobre 2024 et reporté aux 24 et 25 mars 2025. Il a été condamné pour agressions sexuelles le 13 mai 2025 par le tribunal correctionnel de Paris à dix-huit mois de prison avec sursis, une peine d'inéligibilité de deux ans et son inscription au fichier des auteurs d'infractions sexuelles. Son avocat a immédiatement annoncé qu'il ferait appel.
Gérard Depardieu a eu de la veine car sa condamnation est tombée dans la plus grande indifférence médiatique, alors que le Festival de Cannes s'ouvrait. La très forte actualité, du bouillonnement diplomatique autour de l'Ukraine, à l'interminable émission d'Emmanuel Macron, en passant par le scandale de Bétharram, etc. a occulté une information grave : on a condamné pour des agressions sexuelles en première instance le géant du cinéma français. À cause de l'appel, la présomption d'innocence revient au galop, mais le témoignage de deux accusatrices, plaignantes, sur des faits commis en 2021 lors du tournage du film "Les Volets verts", a convaincu le juge.
Au cours de ce procès, Gérard Depardieu a toujours clamé son innocence. Il a déclaré par exemple qu'il s'était rattrapé par la hanche d'une plaignante parce qu'il allait tomber, sans intention sexuelle. Mais il a aussi reconnu qu'il pouvait prononcer des mots grossiers, choquants, sexistes, etc. Sa défense était confuse, parfois arrogante et peu crédible. Peut-on être bon acteur quand le rôle est mauvais dans un mauvais navet ?
Cette condamnation (en première instance, donc pas définitive) est toute de même un choc pour beaucoup de Français. Bien sûr, il y avait ceux qui ricanaient un peu, sans s'occuper des victimes (qui se sont multipliées au fil des plaintes ; le collectif donne toujours plus de courage).
Mais il y avait aussi ceux qui se souvenaient de toute la carrière cinématographique de Gérard Depardieu, de ce jeune inventeur (un très petit rôle) dans l'excellent "Stavisky" d'Alain Resnais (1973) ou de ce jeune malfrat dans cet autre excellent film "Le Viager" de Pierre Tchernia (1972). Bien sûr, ceux-là se souvenaient aussi du film qui lui a apporté la notoriété, "Les Valseuses" de Bertrand Blier (1974), et d'une succession incroyable de films souvent excellents (il a tourné dans plus de deux cents films, quelle santé !), parmi lesquels j'ai adoré "Le Sucre" de Jacques Rouffio (1978), "Buffet froid" de Bertrand Blier (1979), "Le Dernier Métro" de François Truffaut (1980), "La Femme d'à côté" de François Truffaut (1981), "La Chèvre" de Francis Veber (1981)... et j'arrête là pour ses "débuts"...
Il y a cette impression d'une transformation d'un héros en monstre, une transformation physique qui lui donnait des airs parfaits d'Obélix, mais il y a cette autre impression que ce n'était pas une transformation et que Gégé a toujours été graveleux, toujours aux confins des limites du sexuellement correct, voire les franchissant très nettement (par exemple, en 1978, il expliquait qu'il avait eu son premier viol à l'âge de 9 ans).
Gérard Depardieu est-il le brutal qu'on pourrait décrire, l'alcool aidant, fracassant le véhicule garé devant chez lui à Paris si ce n'était pas son scooter ? Mais Gérard Depardieu est aussi cette personne fine, sensible, que j'ai rencontrée il y a quelques années au Studio 104 de la Maison de la Radio, qui savait tellement bien prendre un rôle qu'il a chanté Barbara avec une excellence étonnante (il avouait alors qu'il s'aidait d'une oreillette ; ils ne sont pas nombreux ceux qui ont cette franchise-là).
Des "prédateurs" sexuels, finalement, il y en a eu beaucoup qui étaient de braves gens, voire des personnalités qui pouvaient flirter le sommet du prestige. Dominique Strauss-Kahn aurait pu devenir Président de la République. L'abbé Pierre, personnalité préférée des Français pendant des années, aurait pu reposer au Panthéon. Et maintenant, un autre monstre sacré, Gérard Depardieu.
Alors, c'est une bonne nouvelle pour toutes les victimes, il ne doit plus y avoir impunité pour quiconque aurait abusé sexuellement d'une autre personne. Mais il faut aussi accepter le clivage entre l'homme et son œuvre. Il ne faut pas détruire la Fondation Emmaüs qui fait vivre et qui a réinséré de nombreuses personnes. Il ne sert à rien de refuser de diffuser un film où a joué Gérard Depardieu, déjà parce qu'il n'est pas le seul à avoir fait le film (producteur, réalisateur, autres acteurs), ensuite parce que ses errements amoraux et illégaux n'ont rien enlevé au génie de l'acteur. Aussi condamné soit-il, il reste Gérard Depardieu.
« Je comprends que vous vous sentiez mal parce que c’est toute votre stratégie qui, ce soir, cette fin d’après-midi, s’est effondrée, parce que des preuves ont été apportées. (…) Je ne peux pas laisser la vérité être à ce point rayée de la carte. » (François Bayrou à Paul Vannier, le 14 mai 2025 à l'Assemblée Nationale).
Selon la loi de Brandolini bien connue des internautes, « la quantité d'énergie pour réfuter des sottises (…) est supérieure d'un ordre de grandeur à celle nécessaire pour les produire ». Cela s'annonçait donc comme une mission quasi-impossible pour le Premier Ministre François Bayrou qui était auditionné ce mercredi 14 mai 2025 à 17 heures par la commission d'enquête parlementaire créée le 19 février 2025 à l'Assemblée Nationale « sur les modalités du contrôle par l’État et de la prévention des violences dans les établissements scolaires » (privés ou publics) et en particulier sur le scandale de Notre-Dame de Bétharram.
D'abord, insistons sur le véritable scandale, celui de plusieurs centaines de victimes qui, enfants, entre les années 1950 et les années 2010, ont été violentés, sexuellement ou pas, par des adultes au sein de l'internat de Notre-Dame de Bétharram. Heureusement, la parole se libère, mais elle se libère tardivement, parfois quarante années plus tard. C'est un drame humain dont les plus sincères de la commission d'enquête parlementaire souhaitent comprendre le mécanisme, en particulier celui du silence, de la solitude des victimes, mais aussi celui de l'inaction des adultes éventuellement alertés. C'est important car la parole ne s'est pas simplement libérée à Bétharram, mais aussi dans de nombreux autres internats dans toute la France, parfois du service public.
Dès le début de l'audition, le chef du gouvernement a exprimé son soulagement de trouver enfin une enceinte pour s'expliquer : « Le premier mot qui me vient quand je pense à cette audition, c’est “enfin” (…). Pour moi, cette audition est très importante. Elle est très importante pour les garçons et les filles qui ont été victimes de violences et particulièrement de violences sexuelles depuis des décennies. Si ma présence comme cible politique a permis que ces faits apparaissent, ce MeeToo de l’enfance, alors cela aura été utile. ».
Ce scandale n'aurait pas été effectivement autant médiatisé si François Bayrou n'avait pas été odieusement la cible des insoumis avec des méthodes particulièrement staliniennes. Il a son procureur, digne des procès de Moscou, ou digne de Robespierre, le député FI Paul Vannier qui, corapporteur de la commission d'enquête, a montré pendant toute cette audition un talent particulier de la manipulation, de l'instrumentalisation, de la mauvaise foi et d la reformulation à l'envers (comme l'explique bien le livre "La Meute" sorti le 7 mai 2025 sur la clique de Jean-Luc Mélenchon).
Paul Vannier a commencé ses attaques contre François Bayrou le 5 février 2025 sur Twitter en l'accusant d'avoir couvert une affaire de pédophilie il y a plus de trente ans. Sa première attaque institutionnelle a eu lieu lors de la séance des questions au gouvernement du 11 février 2025 qui a commencé avec cette question scandaleuse : « Monsieur le Premier Ministre, pourquoi n’avez-vous pas protégé les élèves de l’école Notre-Dame de Bétharram, victimes de violences pédocriminelles ? ».
Pendant trois mois, de la boue dégueulasse a sali l'honneur de François Bayrou. On sait pourquoi et cela n'a échappé à aucun esprit politique : les mélenchonistes veulent renverser tous les gouvernements depuis 2022 et souhaiteraient réserver le même sort que Michel Barnier à François Bayrou. Avec les réseaux sociaux, le nom de François Bayrou a été associé à la pédocriminalité, à tel point qu'on aurait pu croire que François Bayrou était l'un des auteurs de ces violences révoltantes sur les enfants. En fait, le 22 avril 2025, on a su et il a su qu'il était plutôt une victime, car sa fille aînée, Hélène, 53 ans (elle était en première à Bétharram en 1987), a été violentée lors d'un camp d'été. Elle ne lui a dit que la veille d'une interview, après plusieurs décennies de silence.
Il faut bien comprendre la chose : la campagne de calomnie que subit François Bayrou n'est rien par rapport à ce qu'ont enduré les vraies victimes de Bétharram, et on ne peut évidemment pas les mettre sur le même plan. Du reste, le 15 février 2025, le Premier Ministre n'a pas hésité à les recevoir à la mairie de Pau pour les écouter pendant quatre heures : c'était la première fois qu'on les écoutait.
Mais on peut comprendre aussi l'enfer psychologique que peut vivre François Bayrou depuis trois mois. En gros, ne t'inquiète pas, je te traite de complice des pédocriminels juste pour des raisons politiques, mais je ne t'en veux pas, c'est parce que tu es Premier Ministre. La manipulation est très claire puisque les nombreuses plaintes ont commencé à s'ébruiter dans les journaux dès 2024 et pourtant, les insoumis et le site Mediapart ne s'en sont emparé qu'en début février 2025, dès lors que les socialistes avaient annoncé qu'ils ne voteraient pas la motion de censure déposée par les insoumis. C'est tellement clair que c'en est très peu subtil.
François Bayrou a accusé le rapporteur FI de « déformation de la réalité » et de ne pas se préoccuper des victimes : « Il s’agissait de me coincer pour m’obliger à démissionner. (…) Vous ne m’avez interrogé que sur moi, sur ma responsabilité, sur ce que j’avais fait ou pas fait, sur le soupçon d’être intervenu, soupçon insupportable, dans l’affaire pour protéger des pédocriminels. Toute l’audition a tourné autour de ça. (…) J’aurais voulu qu’on laisse tomber le cas d’un supposé responsable politique indifférent, corrompu, dominer par une omerta… J’aurais préféré qu’on parle des victimes. ».
D'ailleurs, Alain Esquerre, le porte-parole du collectif des victimes de Bétharram, s'est exprimé à l'occasion de cette audition qui a, selon lui, « un peu malmené » le Premier Ministre : « François Bayrou ne représente pas l’enjeu principal de notre combat. Il fait partie d’une chaîne de responsabilités, d’alertes ignorées, de silence institutionnel. Il n’est ni la cause unique ni le seul témoin de cette tragédie. ».
François Bayrou, en tant qu'élu local ou député, et même ministre, a labouré son territoire électoral, a inauguré plein de choses, a rencontré plein de gens depuis 1982 et il est difficile de pouvoir reconstituer exactement, au jour le jour, ce qu'il a fait exactement il y a trente à quarante ans. En somme, c'est la défaillance de la mémoire d'un homme déjà âgé de 74 ans qui serait le plus à souligner qu'une supposée volonté de tromper ou de mentir.
Comme le prévoyait la loi de Brandolini, il a fallu ce 14 mai 2025 beaucoup d'énergie pour répondre à toutes les accusations parfois complètement farfelues dont il a été la cible. Et il a fait fort : le lendemain de l'émission interminable du Président de la République Emmanuel Macron, François Bayrou l'a largement battu. Son audition a duré près de cinq heures et demi, entrecoupée de deux pauses de cinq minutes. Elle est rentrée dans l'histoire parlementaire de la Cinquième République, à l'évidence. On peut l'écouter dans son intégralité ci-dessous (pour les plus vaillants).
La présidente de la commission, la députée socialiste Fatiha Keloua Hachi, a parlé à la fin de l'audition d'une certaine confusion. Mais la confusion était plutôt dans les accusations insensées. François Bayrou, au contraire, a été organisé et a bien préparé son audition en apportant des preuves de ce qu'il a avancé. Ceux qui sont intéressés écouteront l'audition, car tout expliquer ferait un roman feuilleton peu intéressant par écrit. Et par oral.
Peu intéressant car ce n'est pas l'objet de la commission d'enquête. La commission d'enquête veut comprendre comment des gamins violentés ont pu rester avec cette violence sous silence pendant si longtemps sans que des tiers ne puissent arrêter le massacre. C'est cela l'essentiel, pas de savoir si François Bayrou a croisé son voisin sur le chemin ou chez lui. Après, d'autres députés de gauche (car le tir était groupé : insoumis mais aussi écologistes et socialistes de la commission) lui ont reproché de n'avoir parlé que de lui et pas des victimes : mais les questions ne portaient que sur des détails anecdotiques le concernant, et lui, en revanche, a évoqué la pensée des victimes dès son propos liminaire que la présidente de la commission voulait d'ailleurs à l'origine lui interdire de dire !
La chance, c'est que François Bayrou a réussi à retrouver des documents lui permettant d'étayer ses affirmations ou de les préciser lorsque la mémoire lui faisait défaut. Il s'avère que François Bayrou Ministre de l'Éducation nationale a agi dès le lendemain de la publication d'un article annonçant la première plainte pour violence sexuelle en ordonnant une inspection immédiate de l'établissement de Notre-Dame de Bétharram. Malheureusement, le rapport a été mal fait, trop vite bâclé et son auteur, aujourd'hui, nonagénaire, regrette de n'avoir pas pris plus de temps pour le faire, car il a conclu en disant que tout allait bien madame la marquise.
Dans cette tentative désespérée de s'en prendre au Premier Ministre, on ne lui a rien épargné et sûrement pas la tape qu'il a donnée le 9 avril 2002 en pleine campagne présidentielle. Il se retrouvait avec la maire de Strasbourg, la centriste Fabienne Keller, dans une mairie annexe de la capitale alsacienne, et comme il avait été le premier, comme ministre en 1994, à refuser le voile à l'école, un groupe d'islamistes était en train de jeter des cailloux sur le bâtiment. On l'a exfiltré mais comme certains ont insulté Fabienne Keller, François Bayrou est revenu vers eux leur faire la leçon de respect dû aux femmes. C'est alors qu'un jeune était en train de lui voler son porte-feuille, la tape est partie tout de suite : « Je lui ai donné une tape, pas une claque (…). Je suis d’ailleurs certain que cette scène a été bruitée par les télévisions. (…) Ce n’était pas du tout une claque violente, c’était une tape en effet de père de famille (…). Pour moi, ce n’est pas de la violence. ».
Ainsi, à partir de ce fait-divers, qui n'a rien à voir avec les violences répétées et scandaleuses de Bétharram, on a voulu faire dire que le Premier Ministre était d'accord avec les violences de l'établissement où il a placé certains de ses enfants ! Bien sûr qu'il est opposé aux claques et à toute violence sur les enfants, et il a même soutenu très activement la députée du MoDem Maud Petit dans sa défense de sa proposition de loi contre les violences éducatives ordinaires adoptée à l'Assemblée le 29 novembre 2018 et promulguée en tant que loi n°2019-721 du 10 juillet 2019 relative à l'interdiction des violences éducatives ordinaires qui interdit toute violence physique et psychologique sur un enfant de la part de l'autorité parentale (article 371-1 du code civil). Et d'ailleurs, il n'a pas voulu le dire, mais alors qu'il plafonnait en dessous de 4% des intentions de vote dans les sondages en début avril 2002, François Bayrou a bénéficié de cette tape électoralement car on y a vu de la fermeté dans le régalien, ce qui a fait qu'il a terminé à 6% et en quatrième position derrière Jacques Chirac, Jean-Marie Le Pen et Lionel Jospin. Entre 2002 et 2019, les mentalités ont beaucoup changé.
À la fin de l'audition, François Bayrou, en ce qui le concernait, a conclu ainsi : « Je n’ai pas ma part de responsabilité dans ce dont on m’accusait. Je n’ai pas couvert des pratiques quelles qu’elles soient. Je n’ai pas eu d’informations privilégiées. Je ne suis pas resté sans rien faire quand j’ai découvert les affaires et je ne suis jamais intervenu dans une affaire. Mais pour le reste, on a tous une part de responsabilité, tous, quel que soit le département dont on est originaire. ».
Au-delà de sa propre défense qui reste dérisoire face au traumatisme des victimes, François Bayrou a surtout voulu être utile et positif en annonçant des mesures intéressantes. Ainsi, il a proposé de créer une haute autorité indépendante conseillée par deux groupes, un conseil de scientifiques et un conseil de victimes : « Il faut des victimes pour mieux écouter les victimes. ». Il a souhaité aussi ajouter la mission de lutter contre les violences à l'école à la Haut-commissaire à l'Enfance Sarah El Haïry (ancienne ministre et ancienne députée) : « Je suis prêt à compléter [sa] feuille de route. ». La question de la prescription est en réflexion pour permettre une instruction judiciaire très longtemps après les faits.
« Rester libres : une armée plus forte, une économie plus indépendante, une jeunesse protégée et éduquée, nous y arriverons. » (L'engagement d'Emmanuel Macron le 13 mai 2025 sur TF1).
Le Président de la République Emmanuel Macron a participé à une émission spéciale ce mardi 13 mai 2025 à 20 heures sur TF1 intitulée "Les défis de la France" (qu'on pourra revoir à ce lien). Cette intervention, interminable (elle a duré près de trois heures et quart) avec seulement 5 à 6,5 millions de téléspectateurs, a probablement plus desservi que servi le chef de l'État.
On comprend bien qu'Emmanuel Macron était à la diète médiatique depuis la dissolution et qu'il mourait d'envie de reprendre pied dans la vie politique française. Pourtant, on sait que la rareté médiatique est souvent appréciée pour le chef de l'État. Alors qu'il venait de prendre le leadership de l'Europe et même, du monde dit libre, face aux bombes de Vladimir Poutine, et qu'il a montré une réelle utilité politique et internationale, Emmanuel Macron n'a pas pu s'empêcher de vouloir revenir dans le jeu politique intérieur, et, à mon avis, il s'y est mal pris. Je pense qu'il a vraiment, et depuis le début, de très mauvais conseillers en communication au château.
L'émission était beaucoup trop longue, s'arrêtait sur beaucoup de détails techniques (un Président de la République n'a pas à aller jusqu'à proposer de louer des places de prison !) et a évoqué tellement de sujets qu'à la fin, il n'en est rien ressorti. S'il y avait un message à faire passer, il fallait rester sur le sujet de ce message. Mais justement, je crains qu'il n'y eût pas d'autre message que l'idée qu'il était de retour sur la scène intérieure. Et le dire pendant plus de trois heures, cela pouvait devenir pénible pour les téléspectateurs même s'il faut saluer sa maîtrise de tous les sujets, c'est toujours un petit exploit intellectuel, mais rappelons-nous que pendant les grands débats, Emmanuel Macron était capable de se prêter à cet exercice pendant six heures, sept heures... devant des élus locaux médusés.
J'ai trouvé en plus qu'Emmanuel Macron était un peu malmené sur le plan relationnel. Le journaliste Gilles Bouleau, grand ordonnateur de ce spectacle politico-médiatique, a été parfois un peu cavalier, lui disant par exemple : « Non ! Monsieur le Président, un peu de discipline ! » ou encore, à la fin, sans mot de politesse, comme un gradé à un bidasse (alors qu'il est le chef des armées) : « Suivez-moi ! ». Réciproquement, Emmanuel Macron s'est permis des expressions très familières, jusqu'à jurer : « Bon Dieu ! », ce qui a écorché mes pieuses oreilles, ou encore : « On plie les gaules ! ».
On a du mal à imaginer De Gaulle dire ainsi ou être traité ainsi, mais De Gaulle est révolu depuis longtemps pour la communication politique. Je verrais plutôt une comparaison avec cette émission terrible d'Yves Mourousi diffusée en direct le 28 avril 1985 sur TF1, "Ça m'intéresse Monsieur le Président", où il se permettait d'interroger le Président François Mitterrand avec le derrière à moitié assis sur son bureau, une familiarité qui avait aussi beaucoup choqué (c'était l'émission qui François Mitterrand disait qu'il était « bléca » pour montrer qu'il était très « branché » !).
Mais contrairement à l'émission de 1985 où l'on servait la soupe au Président de la République, cette émission de 2025, quarante années plus tard, était plutôt une sorte de guet-apens médiatique et politique tant le Président s'est trouvé systématiquement en position de défensive, ne pouvant que rappeler et expliquer en long et en large son bilan de huit années de Présidence et, malgré le titre de l'émission, il a évoqué très peu de perspectives d'avenir, de vision, avec des éléments concrets et mesurables. Le flou, comme on lui a souvent reproché, l'a emporté sur un message clair.
Il a oublié de rappeler le principal : le contexte politique et institutionnel actuel qui veut que, depuis l'été 2024, il n'existe aucune majorité et que la difficulté de faire des réformes est aussi dans la difficulté de réunir deux Français sur trois (selon le rêve de Valéry Giscard d'Estaing en 1983), ou, du moins, deux députés sur trois. C'est d'autant plus important qu'Emmanuel Macron a répété son intention de ne plus dissoudre l'Assemblée et d'aller ainsi jusqu'en 2027.
En face d'Emmanuel Macron, il y a eu des interlocuteurs qui s'étaient excellemment bien préparés à la confrontation, qui ont été percutants et qui n'ont pas ménagé le Président, en particulier les trois principaux (politiquement) : la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet, bien organisée, tenace et avenante (ce qui ne l'empêche pas d'être dans ancien monde ; pourquoi les Français devraient-ils payer des milliards de leur poche pour la nationalisation d'un grand groupe industriel qui n'aurait plus de clients ?), la diamétralement opposée à la précédente Agnès Verdier-Moliné, essayiste et directrice de la Fondation iFRAP (Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques), un think tank libéral, et le maire de Bézieux Robert Ménard qui se permettait quelques familiarités de langage avec le Président.
La première interlocutrice reprochait à Emmanuel Macron de ne pas dépenser assez pendant que la deuxième lui reprochait exactement l'inverse, de ne pas avoir réduit la dépense publique. Emmanuel Macron a rappelé tout l'historique de l'augmentation de la dette, avec des crises majeures comme le covid, l'inflation et l'énergie, la France s'en était bien tirée : « Si on regarde nos déficits, entre 2017 et 2019, lorsque j’arrive aux responsabilités, on baisse les impôts de manière massive. (…) On a eu une politique vertueuse. (…) [J']assume totalement [la politique du] quoi qu’il en coûte (…). On a protégé notre appareil productif. On a dépensé beaucoup d’argent, mais on a prévenu un chômage qui serait tombé. ».
Fustigeant la bureaucratisation et l'augmentation infernale des normes et de la réglementation, Agnès Verdier-Moliné lui a cependant rappelé que des 1 100 milliards d'euros d'augmentation de la dette publique sous ses mandats, il y en a 500 milliards qui ne proviennent pas des crises. Mais on a oublié de dire que justement, ces 500 milliards d'euros de déficit sur ces années-là proviennent du déficit structurel des retraites !
Emmanuel Macron a donc montré un petit graphique pour montrer qu'aujourd'hui, le gouvernement recherche 70 euros d'économies pour 1 000 euros de dépenses publiques, d'ici à 2029. La plus grande partie des dépenses publiques reste les dépenses sociales (retraites, sécurité sociale et autres).
Il voudrait bien réduire le nombre de fonctionnaires (« mais ce n’est pas [la piste] qui crée le plus d’économies »), et pas les militaires, pas les enseignants, pas les soignants... Plutôt : « faire des efforts sur ce qu'on suradministre. On a un taux de suradministration dans la santé. Là, on a des pistes. ».
Emmanuel Macron a proposé d'ouvrir deux grands chantiers : une conférence sociale sur le financement de notre modèle social, qui repose trop sur le travail, et un autre sur le travail des seniors, qu'il puisse y avoir plus de souplesse, etc.
Par ailleurs, le Président de la République a exclu tout référendum sur les retraites mais aussi sur l'immigration, ce dernier serait même anticonstitutionnel selon lui. Défendant « le droit à vivre une vie de famille normale », le chef de l'État s'est prononcé pour maintenir le regroupement familial : « Je ne suis pas pour remettre en cause le regroupement familial. (…) Le regroupement familial qui l’utilise ? L’essentiel du regroupement familial ce sont des Français ou des Françaises qui épousent des étrangers et veulent les faire venir. ».
En revanche, Emmanuel Macron a donné raison à Robert Ménard dans son refus, en tant que maire, de marier quelqu'un qui était sous OQTF (obligation de quitter le territoire français) : « Il a raison, c’est le bon sens. Je suis pour qu’on exécute les OQTF et donc la proposition de loi du sénateur Demilly, sénateur de la Somme. Je souhaite qu’elle soit inscrite rapidement à l’Assemblée Nationale. Je pense que c’est un bon débat, car c’est un débat de bon sens. ».
Le Président s'est également opposé au port de signes religieux dans le sport : « Je suis pour la charte olympique qui interdit le port de tous signes religieux dans les compétitions. La pratique du sport, je pense que c’est aux fédérations de décider. Mais je pense que quand on est dans une compétition, ce n’est pas la place d’un signe religieux. ».
Répondant à l'ancienne ministre écologiste Cécile Duflot, Emmanuel Macron a refusé de trouver dans une nouvelle taxe sur les successions la solution miracle de tout : « Mon programme est plutôt de baisser la taxe d’héritage (…). La clef, c’est qu’on aide davantage nos compatriotes à constituer un patrimoine. (…) Je pense que la réponse n’est pas dans les taxes, la réponse est dans notre capacité à avoir plus de mobilité sociale. ».
L'émission a commencé sur la guerre en Ukraine et le harcèlement de questions du journaliste maison Darius Rochebin. Emmanuel Macron a été assez convaincant dans ce domaine qu'il connaît par cœur pour être l'un des acteurs majeurs de la vie internationale. Le chef de l'État a souhaité négocier directement avec Vladimir Poutine : « Je le ferai en coordination avec Volodymyr Zelensky et avec les partenaires européens. On doit négocier avec lui pour la suite. ».
Emmanuel Macron en a profité pour balayer toutes les fake news sur son compte : « Nous n’avons jamais proposé d’être sur la ligne de front. Il y aura forcément une ligne entre des territoires occupés et des territoires libres. Faut-il un mandat des Nations-Unies, une force de maintien de la paix ? Cela fait partie de la question. (…) Les forces de réassurance, ce n’est pas des forces sur la ligne de front. (…) C’est mettre des forces prépositionnées, loin de la ligne de front, dans des endroits qui sont clefs, dans des opérations conjointes, (…) avec une capacité de dissuasion. (…) Si la Russie violait la paix, elle attaquerait de facto les forces alliées. ».
Enfin, pour être tout à fait clair : « Ce qui se joue en Ukraine, c'est notre sécurité. (…) On doit aider l'Ukraine à se défendre, mais on ne veut pas déclencher un troisième conflit mondial. (…) Nous avons décidé de ne pas engager nos troupes en confrontation directe avec une puissance dotée de l’arme nucléaire (…), pour qu’il n’y ait pas d’escalade, car on ne veut pas faire la troisième guerre mondiale [avec la Russie]. ».
Il a par ailleurs rappelé la doctrine française de la dissuasion nucléaire : « Depuis qu’une doctrine nucléaire existe, il y a toujours eu une dimension européenne dans la prise en compte de ce que l’on appelle les intérêts vitaux. On ne le détaille pas car l’ambiguïté va avec la dissuasion. (…) Si les Européens veulent rester libres, ils doivent être en situation de s'armer, d'être solidaires et de dissuader. (…) La France est prête à une discussion sur le déploiement d'avions armés de bombes nucléaires dans d'autres pays européens. (…) La France ne paiera pas pour la sécurité des autres, ça ne viendra pas en soustraction de ce dont on a besoin pour nous et la décision finale reviendra toujours au Président de la République. ».
Emmanuel Macron a été aussi interrogé sur la situation dramatique à Gaza : « C’est un drame et c’est horrible. Moi, mon boulot, c’est de tout faire pour que cela s’arrête. (…) Ce que fait le gouvernement de Benjamin Netanyahou est inacceptable et aujourd’hui, la crise humanitaire est la plus grave depuis octobre dernier. (…) On ne peut pas faire comme si de rien n’était, donc on va devoir monter la pression. ».
À la fin de l'émission, il a évoqué les référendums possibles. C'est sans doute sa partie la plus mauvaise de l'émission, car il est resté dans le flou complet. L'Élysée avait pourtant fait monter la sauce en annonçant des initiatives dans ce domaine, mais il n'en a rien été. Certes, le Président de la République a confirmé ses vœux du 31 décembre 2024 : « Je souhaite qu’on puisse organiser une consultation multiple, c’est-à-dire plusieurs référendums en même temps, dans les mois qui viennent. ». Mais : « Cela suppose un travail qui chemine pour le gouvernement » et « on a des réformes institutionnelles qui sont à prévoir, des réformes économiques qui sont à porter ». Il a avoué ne pas vouloir « donner ici trop précisément les thèmes. C’est au gouvernement de finir ce travail et à moi de prendre les décisions. ». Tout en excluant un référendum sur les finances publiques qui est de la compétence du Parlement.
Ainsi, Emmanuel Macron a évoqué des thèmes qui sont très anecdotiques selon les Français, tels que l'interdiction des réseaux sociaux en dessous d'un certain âge pour préserver les jeunes, l'exposition aux écrans, etc. Et aussi, l'euthanasie. Ce qui me navre vraiment (j'y reviendrai). Certes, il veut un travail au Parlement, mais pour faire pression sur les députés et les sénateurs, il n'exclut pas de soumettre la loi sur l'euthanasie au référendum, ce qui serait une grave faute morale et politique : « Si à l’issue de cette première lecture, on voyait un enlisement, une espèce d’impossibilité d’aller au bout, à ce moment-là, le référendum peut être une voie pour débloquer et permettre aux Françaises et aux Français de s’exprimer. ». C'est un sujet très sensible et le débat doit être apaisé, voire consensuel. Le mettre dans un référendum polariserait stupidement et inutilement "l'opinion publique" (pour être clair, je conçois que je dois être à l'envers des tendances majoritaires actuelles puisque je soutiens Emmanuel Macron mais, en même temps !, je suis absolument contre cette loi sur l'euthanasie).
Je termine par trois éléments de politique politicienne.
Le premier concerne la confiance qu'Emmanuel Macron porte envers le Premier Ministre François Bayrou à la veille de son audition devant la commission d'enquête sur le scandale de Notre-Dame de Bétharram : « Demain, je sais qu’il répondra à toutes les questions qui lui seront posées. Je sais qui il est. Le Premier Ministre est un homme que je connais depuis de nombreuses années, je sais qui il est et j’ai confiance en lui. ».
Le deuxième élément est une confidence volée, repérée par certains éditorialistes. Lorsque Sophie Binet a dit à Emmanuel Macron que, selon les sondages, 65% des Français seraient favorables à un référendum sur les retraites, le Président a tout de suite rejeté l'intérêt des sondages en disant qu'ils pouvaient se tromper, et surtout, laissant croire qu'il avait prononcé la dissolution de l'Assemblée à partir de sondages (douteux). Si c'était vrai, ce serait malheureux que d'autres critères n'aient pas été pris en compte dans la réflexion du chef de l'État.
Enfin, le troisième élément est la dernière question de Gilles Bouleau, décidément une de trop, qui était, non pas de se retrouver à l'élection présidentielle de 2027, mais déjà à celle de 2032 ! En gros, est-ce qu'Emmanuel Macron solliciterait un nouveau mandat en 2032 (en fait, la question était plus rusée, c'était : est-ce qu'il excluait complètement de se représenter en 2032 ?). La réponse d'Emmanuel Macron était intéressante, pour le coup : « Je suis le premier Président qui n’a constitutionnellement pas le droit de se représenter. Ce n’est jamais arrivé. (…) Je pense chaque jour à une seule chose, c’est notre pays, c’est aller au terme de ce mandat en ayant fait tout ce que je pouvais faire. (…) Quand j’aurais fini, je réfléchirai à la suite, et à ce moment-là je pourrais vous répondre. Mais aujourd’hui, je n’ai pas réfléchi. ».
Que retiendrons les Français de cette très très longue émission de télévision ? Sans doute rien ! Car il n'y a eu aucune annonce claire, concrète et mesurable. C'est donc surtout un sentiment d'impuissance qui transparaît implicitement du flou élyséen. Et c'est normal, car la réalité, mais il n'osera jamais se l'avouer, le pouvoir politique s'est déplacé à Matignon et au Palais-Bourbon. L'Élysée reste essentiel pour la diplomatie et la défense, mais certainement pas pour la politique économique et sociale de la France. Pour preuve, cette petite remarque sur le travail du gouvernement : « Le Premier Ministre travaille avec son gouvernement sur un budget. Le budget, c’est la compétence du Parlement. (…) Il travaille aussi sur des réformes ambitieuses sur le plan économique et social. Je n’ai pas le plan. Donc, quand il me présentera ses réformes, si on considère que certaines peuvent aller au référendum, je vous dis pourquoi pas. ». "Je n'ai pas le plan" : voilà sans doute l'explication de l'impuissance présidentielle ! Il ne lui reste plus que le verbe.
« Le samedi 10 mai 2025, les dirigeants de la France, de l’Allemagne, de la Pologne, du Royaume-Uni et de l’Ukraine se sont rencontrés à Kyiv. Ils sont convenus qu'à partir du lundi 12 mai, il devrait y avoir un cessez-le-feu complet et inconditionnel pendant au moins 30 jours. Ils sont convenus qu'un cessez-le-feu inconditionnel, par définition, ne peut être soumis à aucune condition. Si la Russie demande de telles conditions, cela ne peut être considéré que comme une tentative de prolonger la guerre et de saper la diplomatie. Ils ont exigé que le cessez-le-feu soit global, dans les airs, en mer et sur terre. Ils ont souligné que ce cessez-le-feu nécessitait un monitoring efficace, qui pourrait être mis en œuvre avec succès en étroite coordination avec les États-Unis. (…) Ils sont convenus que si la Russie refusait un cessez-le-feu total et inconditionnel, des sanctions plus sévères devraient être adoptées contre les secteurs bancaire et énergétique, ciblant les combustibles fossiles, le pétrole et la flotte fantôme. Ils sont convenus d'adopter un 17e paquet de sanctions fortes de l'UE et de le coordonner avec les sanctions imposées par le Royaume-Uni et la Norvège, ainsi que par les États-Unis. » (Communiqué commun du 10 mai 2025 à Kiev).
On se demande pourquoi Emmanuel Macron irait chercher dans un référendum aux résultats très aléatoires (on verra son intervention télévisée de ce mardi 13 mai 2025) ce qu'il a trouvé déjà en politique étrangère, à savoir le crédit qu'on peut porter à un homme d'État exceptionnel. Car avec la guerre en Ukraine, il s'agit bien de cela. Dès 2017, le Président Emmanuel Macron avait prôné une véritable souveraineté européenne et une défense européenne, faisant le constat que l'OTAN était en mort cérébrale. Et c'est Vladimir Poutine, en tentant d'envahir l'Ukraine, qui a réveillé et l'OTAN et l'Europe ! L'objectif d'Emmanuel Macron et de tous ses homologues européens, c'est d'éviter de nouveaux Accords de Munich avec l'Ukraine. Et donc, d'éviter une nouvelle guerre générale.
L'Europe et la France peuvent être fières d'Emmanuel Macron. Heureusement qu'il est là, car il manquait un leader à l'Europe pour réaffirmer tout simplement nos valeurs, et la première de celles-ci, c'est la paix, mais la paix durable, la paix juste, pas la paix du plus fort contre le plus faible, pas la paix de Vladimir Poutine qui ne s'apaiserait qu'en écrasant l'Ukraine, qu'en écrasant la Pologne, les Pays baltes, la Moldavie, la Géorgie, qu'en faisant renaître une Grande Russie (idéalisée) comme Hitler voulait une Grande Allemagne.
Le vent tourne pour Vladimir Poutine. À force d'envoyer ses missiles tuer des civils, le Président de la Fédération de Russie a déçu, pire, a lassé Donald Trump prêt à abandonner tous ses efforts sur ce conflit. Le Président russe a raté une opportunité historique. Le résultat, c'est un revirement total (dont le Président américain est coutumier). Volodymyr Zelensky a accepté le principe d'un cessez-le-feu inconditionnel de 30 jours proposé par les États-Unis, les Européens aussi et ils l'ont dit avec une grande force. La diplomatie européenne revient sur le devant de la scène ukrainienne, et avec elle, la diplomatie française.
Deux images fortes pour le pont du 8 mai 2025. Parallèlement aux défilés caricaturaux à Moscou devant les hôtes de Vladimir Poutine, notamment Xi Jinping, Sissi, Maduro, etc. où les canons faisaient figures de valeurs, le Président Emmanuel Macron et le Premier Ministre polonais Donald Tusk ont signé le vendredi 9 mai 2025 dans la belle ville de Nancy, sur la Place Stanislas (à l'Hôtel de Ville), le Traité pour une coopération et une amitié renforcées entre la République de Pologne et la République française.
Ce n'est pas nouveau que Nancy, la capitale des ducs de Lorraine, s'est retrouvée au centre d'une diplomatie intense. Il y a vingt ans, le 19 mai 2005, la Place Stanislas a accueilli également un mini-sommet entre le Président français Jacques Chirac, le Chancelier allemand Gerhard Schröder et le Président polonais Aleksander Kwasnieski. Dans sa conférence de presse à cette occasion, Jacques Chirac a déclaré : « Je voudrais remercier la ville de Nancy, ses habitants, son maire pour l'accueil qu'ils nous ont réservé et aussi les féliciter, féliciter tous les Nancéiens très chaleureusement pour la superbe restauration de la place Stanislas réalisée à l'occasion de son 250e anniversaire. C'est une belle image donnée par Nancy au monde de la France, de son art et de son histoire. Cette rencontre à trois se tient à un moment particulièrement important puisque nous sommes tous les trois, parmi les vingt-cinq, engagés dans un processus de ratification du Traité constitutionnel. ». C'était dix jours avant le référendum sur le TCE.
Et Jacques Chirac d'expliquer : « Depuis cinquante ans, l'Europe s'est considérablement développée. Elle a d'abord apporté l'essentiel, c'est-à-dire la paix, la démocratie, la liberté, un certain modèle social et le développement économique aux six pays fondateurs. Puis, petit à petit, elle s'est élargie comme il était à la fois nécessaire et utile pour tous. Nous avons aujourd'hui un ensemble qui est déterminé à enraciner définitivement, sur l'ensemble de notre continent, la paix, la démocratie, la liberté, déterminé à conforter le modèle de développement économique et de progrès social, le modèle social européen, particulièrement incarné par la position notamment allemande et française et à renforcer le poids de l'Europe dans le monde. C'est le sens de l'ambition du traité constitutionnel qui est en voie de ratification chez les vingt-cinq Européens. ».
Mais revenons au Nancy de 2025, vingt ans plus tard. Le traité signé entre la France et la Pologne fait partie des traités bilatéraux que la France a voulu conclure avec chacun des pays européens depuis quelques années. Elle l'avait déjà fait avec l'Ukraine le 16 février 2024.
Les deux nations (française et polonaise) sont « convaincues que le moment est venu de porter leurs relations bilatérales à un niveau plus élevé et de se préparer conjointement à faire face aux défis auxquels les deux États et les deux peuples ainsi que l’Europe dans son ensemble sont confrontés au XXIe siècle ». Elles « œuvrent activement à une UE plus forte, sûre, souveraine, démocratique, prospère, compétitive et unie. Elles entendent protéger leurs citoyens, défendre leurs valeurs et leurs intérêts et renforcer la sécurité européenne, notamment celle de la frontière extérieure de l’UE, et la sécurité économique. ».
L'alinéa 2 de l'article 4 de ce traité proclame très clairement la mutuelle assistance en matière de défense : « Conformément aux dispositions de l’article 51 de la Charte des Nations Unies, en cas d’agression armée sur leurs territoires, les Parties s’assistent mutuellement, y compris par des moyens militaires. Cette aide et cette assistance seront mises en œuvre conformément aux engagements découlant de l’article 5 du Traité de l’Atlantique Nord et du paragraphe 7 de l’article 42 du Traité sur l’Union Européenne. ».
En tout, le Traité de Nancy compte 19 articles qui précisent les coopérations dans de nombreux domaines, en particulier dans l'industrie, la recherche scientifique, les transports, l'immigration, le numérique, la protection de l'environnement, l'énergie, l'agriculture, la culture, le sport, etc. Il remplace le Traité de Paris signé le 9 avril 1991.
L'autre initiative est également très importante puisque, venus par un train de nuit qui est parti la veille, le Président français Emmanuel Macron, le nouveau Chancelier allemand Friedrich Merz, le Premier Ministre britannique Keir Starmer et le Premier Ministre polonais Donald Tusk ont rejoint le Président ukrainien Volodymye Zelensky à Kiev, la capitale de l'Ukraine assiégée par Vladimir Poutine. Leur présence a une signification à la fois forte et courageuse. Courageuse car c'est toujours risqué de se rendre à Kiev sous d'éventuels bombardements russes. D'où d'ailleurs le train car l'avion serait beaucoup trop dangereux.
À ce titre, le Président Macron a diffusé une petite vidéo dans le train qui l'a conduit à Kiev, se mettant en scène en train d'appeler Donald Trump. C'est important car il a montré qu'il était à l'initiative pour construire la paix en Ukraine. Certains lui reprocheront de trop faire dans les réseaux sociaux, mais il faut vivre avec son temps et Donald Trump a gagné sa dernière élection en s'adaptant à ces nouvelles mœurs technologiques.
Reprenons le contenu du voyage à Kiev et ses conséquences diplomatiques. Le samedi 10 mai 2025 à 14 heures 30, les "alliés" de l'Ukraine (Europe mais aussi Canada, Nouvelle-Zélande, etc.) ont mis Vladimir Poutine dos au mur : ils ont fermement demandé un cessez-le-feu de 30 jours, inconditionnel, à partir du lundi 12 mai 2025, sous forme d'un ultimatum, avec l'accord des États-Unis. C'est ce dernier point qui est nouveau. J'ai placé les extraits les plus importants du communiqué commun en tête de cet article.
Vladimir Poutine a répondu aux Européens à minuit 40, c'est-à-dire, heure de Moscou, à 2 heures 40 du matin ! Il a proposé des négociations directes à Istanbul entre la Russie et l'Ukraine, sans cessez-le-feu préalable.
Le dimanche 11 mai 2025 à 18 heures 15 (heure de Paris), Donald Trump a vivement encouragé l'Ukraine à accepter la rencontre proposée par Vladimir Poutine à Istanbul.
Le dimanche, à 19 heures, Volodymyr Zelensky a déclaré sur Twitter : « J'attendrai Poutine en Turquie, jeudi. Personnellement. J'espère que cette fois, les Russes ne chercheront pas d'excuses. ».
Dans le même temps, Donald Trump a semblé désabusé de la mauvaise foi de Vladimir Poutine en confiant ce même dimanche : « Je commence à douter que l'Ukraine parvienne à un accord avec Poutine, trop occupé à célébrer la victoire de la Seconde Guerre mondiale, qui n'aurait pas pu être gagnée (même de justesse !) sans les États-Unis. ORGANISEZ UNE RENCONTRE MAINTENANT ! ». Ce point historique est réel (quoi qu'en pensent les trolls poutinolâtres qui pullulent sur le Web) : si les États-Unis n'avaient pas massivement aidé l'URSS pour son armement, cette dernière n'aurait pas pu prendre en tenaille l'Allemagne nazie sur son front est.
Lundi 12 mai 2025, le Ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, qui a rencontré son homologue américain, a confirmé la nécessité d'un cessez-le-feu préalables aux négociations avec cette phrase souvent répétée dans les conflits : « On ne va pas négocier sous les bombes ! ». Il a notamment déclaré la nature de l'ultimatum que les Européens et surtout les Américains ont lancé à Vladimir Poutine.
En cas de refus du cessez-le-feu, les États-Unis fixeraient les droits de douane sur l'importation du pétrole russe à 500%... mais ce n'est pas cette mesure qui aurait le plus de conséquence, c'est la suivante : ils mettraient aussi les droits de douane à 500% sur tous les produits importés de pays qui achèteraient encore du pétrole russe. Là, ce serait probablement la sanction commerciale la plus efficace. En outre, les Européens aideraient les Ukrainiens à contrôler à nouveau leur espace aérien.
Le lundi 12 mai 2025 à 16 heures 30, Donald Trump, qui allait partir au Proche-Orient à partir du lendemain (le 13 mai 2025, il sera en Arabie Saoudite), a lâché : « Je pensais y aller. Il y a une possibilité. ». Aller à Istanbul jeudi 15 mai 2025 pour une rencontre entre Volodymyr Zelensky et Vladimir Poutine sous le patronage de Recep Tayyip Erdogan.
Comme on le voit, cette semaine est cruciale pour l'avenir de l'Ukraine. Vladimir Poutine a baladé Donald Trump pendant trois mois et, chose nouvelle, ce dernier commence enfin à s'en apercevoir ! Ce qui l'a rendu furieux, c'est la présence de Xi Jinping le 9 mai 2025 à Moscou. Car Donald Trump acceptait d'abandonner l'Ukraine à la Russie à la seule condition que la Russie s'éloignât de la Chine. Pourtant, Vladimir Poutine a toujours été prévisible : seul le rapport de force est efficace avec lui. La diplomatie européenne, et plus précisément la diplomatie française ont fait beaucoup avancer les choses en Ukraine. Mais, même si c'est en bonne voie, rien n'assure que cela sera efficace à court terme. Le peuple ukrainien, pendant ce temps, continue à souffrir.
« C’est pour cela qu’en 2025, nous continuerons de décider et je vous demanderai aussi de trancher certains de ces sujets déterminants. » (Emmanuel Macron, allocution du 31 décembre 2024).
C'était il y a quatre mois et demi, une promesse de consultation populaire. Ce mardi 13 mai 2025 à 20 heures sur TF1, le Président de la République Emmanuel Macron va s'exprimer longuement au cours d'une interview. Le sujet principal semble : quel référendum va-t-il proposer aux Français ?
Déjà, évoquons une petite réflexion personnelle sur le référendum. Beaucoup considèrent que la démocratie, c'est la démocratie directe, par déception de la démocratie représentative (le peuple représenté par les parlementaires). Les poncifs parlent de la démocratie athénienne en oubliant que la société grecque antique était particulièrement inégalitaire : seuls votaient les citoyens grecs, c'est-à-dire ni les femmes, ni les métèques, ni les esclaves, etc. D'autres poncifs parlent de la démocratie suisse prête à proposer des référendums (des votations) sur des sujets qui fâchent comme les hausses d'impôts, le prolongement de l'âge de départ à la retraite, etc. en oubliant que les Suisses sont capables de raison et d'effort dans l'intérêt général !
En fait, la démocratie directe a ses avantages bien sûr, mais quand les électeurs sont en faible nombre et le sujet est simple, c'est-à-dire, d'une part, quand le sujet ne demande pas des semaines, des mois voire des années d'analyses et d'études et d'autre part, quand le sujet permet une question simple.
Le risque de soumettre de nombreux référendums sur des sujets diverses, c'est une forte abstention (c'était le cas en septembre 2000 pour le référendum sur le quinquennat, d'autant plus que les rares qui ont voté regrettent, pour certains, d'avoir voter pour) et surtout, la pression des lobbies qui connaissent le sujet et s'y intéressent. On a vu comment un faible nombre de militants sont capables d'arrêter un grand projet d'aménagement du territoire comme l'autoroute A69 alors qu'il y avait un large consensus politique en faveur de sa construction (dans les règles de respect maximal de l'environnement). On ne consulte pas le peuple comme on fait des sondages, la vie politique n'est pas qu'une succession de réactions dans les réseaux sociaux où l'on clique sur "j'aime" ou "j'aime pas".
Une campagne électorale, toujours utile, j'insiste, même quand "on" perd, tend à caricaturer, à simplifier au maximum un sujet compliqué et nuancé. Pour la simple raison du tout ou rien : du "oui" ou du "non". Il n'y a plus place à des arguments équilibrés qui font la part des choses, la fameuse balance avantages/inconvénients. C'est un peu comme les élections quand le clivage gauche/droite (jusqu'en 2017) ou populistes/réalistes (à partir de 2017) polarise la vie politique. Un esprit binaire ne peut être nuancé ; c'était tout le problème existentiel de François Bayrou pendant une grande partie de sa vie politique.
De Gaulle avait un culte de la légitimité populaire, mais pas forcément comme on le cite à toutes les sauces (j'y reviendrai). Un référendum est un moment grave de la nation. Les référendums sont nécessaires car ils permettent de formaliser des étapes importantes pour un peuple. Typiquement, une nouvelle Constitution doit nécessairement être approuvée par référendum.
Mais la vox populi ne doit pas contredire des valeurs essentielles de la République. D'ailleurs, le caractère républicain du régime n'est pas négociable et ne peut pas être remis en cause, sauf au moyen d'un coup d'État. C'est pourquoi le référendum est très encadré par la Constitution.
Deux articles de la Constitution autorisent le référendum. Il y a l'article 89 pour réviser la Constitution, l'un des moyens est le référendum, l'autre l'adoption par le Congrès (Assemblée et Sénat) réuni à Versailles avec une majorité de trois cinquièmes... à condition que chaque assemblée l'ait déjà adoptée. Enfin, je l'ai gardé pour la fin, l'article 11, sous réserve que ce soit un « projet de loi portant sur l'organisation des pouvoirs publics, sur des réformes relatives à la politique économique, sociale ou environnementale de la nation et aux services publics qui y concourent, ou tendant à autoriser la ratification d'un traité qui, sans être contraire à la Constitution, aurait des incidences sur le fonctionnement des institutions ». Sur ce dernier point, si le traité était contraire à la Constitution, il faudrait alors d'abord réviser la Constitution (procédure de l'article 89).
Dans cet article 11, il n'est donc pas nécessaire de faire d'abord adopter un projet de loi par les deux assemblées pour le soumettre au peuple, ce qui est plus commode lorsqu'il n'existe aucune majorité à l'Assemblée comme depuis l'été 2024.
Qui décide d'un référendum ? Là, il faut tempérer cette propension à croire que le Président de la République est tout-puissant. L'article 89 explique ceci : « L'initiative de la révision de la Constitution appartient concurremment au Président de la République sur proposition du Premier Ministre et aux membres du Parlement. ». Et l'article 11 précise : « Le Président de la République, sur proposition du gouvernement pendant la durée des sessions ou sur proposition conjointe des deux Assemblées, publiées au Journal Officiel, peut soumettre au référendum... etc. ».
Le Parlement est donc placé en totale égalité d'initiative du référendum avec l'Exécutif (grâce au vote d'une motion référendaire, en général en début d'examen en séance publique). Bien sûr, le Parlement est une entité collective et se mettre d'accord sur un texte identique n'est pas toujours facile. De plus, le Président de la République n'a l'initiative que sur la proposition soit du Premier Ministre (article 89), soit du gouvernement (article 11).
Ajoutons aussi la possibilité, depuis la révision du 23 juillet 2008, d'un référendum « organisé à l'initiative d'un cinquième des membres du Parlement, soutenue par un dixième des électeurs inscrits sur les listes électorales. Cette initiative prend la forme d'une proposition de loi et ne peut avoir pour objet l'abrogation d'une disposition législative promulguée depuis moins d'un an. ».
Lorsque le Premier Ministre François Bayrou a envisagé le 3 mai 2025, dans une interview au "Journal du dimanche", une idée de référendum sur la trajectoire budgétaire pour réduire le déficit public, il était donc dans son rôle et dans ses prérogatives constitutionnelles, même si la pratique a été rarement celle-là ! On peut néanmoins comprendre les réticences de l'Élysée.
Et en déplacement à Brest, le Premier Ministre a justement été heureux que, malgré son impopularité, son idée ait fait du chemin. En effet, les sondages lui donneraient raison. Plusieurs récents sondages sont là pour le conforter. Le sondage Odoxa-Backbone publié le 9 mai 2025 pour "Le Figaro" place les finances publiques comme le premier sujet sur lequel les sondés voudraient être consultés (à 62%) ; et ils sont 72% à trouver que ce serait une bonne chose un référendum sur le redressement des finances publiques. Deux autres sujets seraient aussi plébiscités : la réforme des retraites (à 54%) et l'immigration (à 50% ; 71% trouveraient que c'est une bonne chose).
Des sujets régulièrement cités dans les médias n'obtiennent en revanche qu'un faible intérêt pour une consultation : seulement 36% pour l'euthanasie (un projet de loi assez scandaleux est en passe d'être adopté en première lecture, j'en reparlerai) et 16% pour la réorganisation territoriale (le sujet est beaucoup trop complexe).
Ces résultats sont cohérents avec un autre sondage, celui d'Elabe publié le 11 mai 2025 pour BFMTV. Les trois principaux sujets souhaités pour un référendum resteraient les mêmes, à savoir la dépense publique, la dette et les impôts (59%), la réforme des retraites (52%) et l'immigration (52%). Les sondés seraient peu intéressés par l'euthanasie (43%), la réduction du nombre d'échelons administratifs (22%), la proportionnelle (19%), etc.
Ce qui est sûr, c'est qu'un référendum est un objet institutionnel compliqué. Il faut trouver soit la bonne question soit, lorsque la question est simple (êtes-vous pour ou contre le texte suivant ?), le bon texte.
Insistons sur la facilité de dire "je veux un référendum sur l'immigration" et la difficulté de l'organiser. Quelle question ? "Souhaitez-vous l'immigration ou pas ?". C'est un fait de société, ce n'est pas une décision d'État. C'est une obsession politique, électoralement lucrative, mais qui peut faire beaucoup de dégâts sociaux. Le référendum risque d'être le résultat d'une paresse intellectuelle voire politique des parlementaires. Il faut proposer au peuple un projet déjà bien ficelé avec des directions claires et c'est au peuple de trancher... sans amender. Il est là, le vice : au contraire du Parlement, le peuple n'a pas la possibilité d'amender un projet, c'est-à-dire, au fond, de l'améliorer, car un texte n'est jamais parfait du premier coup.
Même la réforme des retraites est difficilement approuvable par référendum : je connais des personnes (et pas des plus aisées) qui, grâce à la réforme de 2023, ont pu prendre leur retraite plus tôt que le système précédent. Un référendum, c'est du tout au rien, alors qu'un projet de loi adopté au Parlement, il a l'avantage de pouvoir être amendé, peaufiné, amélioré, complété, corrigé (à condition, bien sûr, qu'une absence de majorité n'oblige pas à l'utilisation de l'article 49 alinéa 3 de la Constitution).
L'idée de faire voter les Français sur les finances publiques est intéressante en elle-même mais très compliquée à mettre en œuvre pour qu'elle soit efficace. D'une part, si les Français disent : "il faut réduire de 40 milliards d'euros le train de vie de l'État", comment faire ? Ce n'est finalement pas l'objectif qui fait débat mais les moyens d'y parvenir, c'est-à-dire, quels budgets réduire ? D'autre part, si les Français disent au contraire : "ce n'est pas grave, continuons les déficits", faut-il alors poursuivre l'endettement insensé et fou qui hypothèque déjà les deux ou trois générations futures des Français ?
C'est la responsabilité du politique de prendre des décisions courageuses. Le peuple doit pouvoir avoir son mot (en dernier ressort, il y aura l'élection qui remettra tout à zéro). En cours de mandat, le peuple pour approuver (ou pas) une décision courageuse mais à condition que le politique propose une solution claire et achevée. Pour les finances publiques, c'est même délicat car le vote du budget est l'une des raisons d'être du Parlement à l'origine. Mais on pourrait imaginer un texte disant : je veux réduire de 40 milliards d'euros avec le schéma suivant, et la liste des propositions pour réduire le déficit. Ainsi, il y aura un véritable choix de société et ce sera aux Français de trancher.
Comme pour les sondages, tout réside donc dans la question. Mais aussi dans le climat politique. Un gouvernement ne doit pas organiser un référendum qui augmenterait les clivages dans une société déjà bigrement divisée. Son devoir est au contraire de veiller à la cohésion sociale. Il ne doit donc pas agiter des débats qui clivent et qui redémarreraient des guéguerres qu'on avait un peu oubliées (comme la guerre scolaire).
Il est aussi des sujets (non évoqués dans ces sondages) qui pourraient très bien être au cœur d'un référendum, parce qu'il n'est pas question d'un coût financier, parce qu'il est un élément majeur d'un choix de société, parce qu'il n'est pas possible d'imposer à marche forcée une transition écologique sans l'accord du peuple et en se moquant de ses conséquences sociales souvent catastrophiques. Ainsi, l'existence des ZFE, zones dites à faible émission mais qui seraient plutôt des zones à forte exclusion (l'expression n'est pas de moi) devrait, à mon avis, faire l'objet d'un référendum (je ne suis pas le seul à le penser et je m'étonne que les sondages ne l'indiquent pas).
Les sondages cités montrent aussi une certaine incrédulité des sondés face aux réelles intentions du Président de la République (nous verrons mardi). Les sondés sont majoritaires pour croire qu'Emmanuel Macron a parlé de référendum pour faire semblant d'en organiser et qu'en fin de compte, il n'en organisera pas. Je crois plutôt à la sincérité de cette perspective, mais à la difficulté de l'exercice. La dissolution du 9 juin 2024 a prouvé qu'il n'avait pas froid aux yeux. Emmanuel Macron n'a plus grand-chose à quémander au peuple et aux sondeurs pour sa fin de mandat puisqu'il ne peut pas se représenter.
À moins que, justement, Emmanuel Macron n'en profite pour réviser l'article 6 de la Constitution : « Le Président de la République est élu pour cinq ans au suffrage universel direct. ». Avec ce deuxième aliéna ajouté lors de la révision du 23 juillet 2008 et qu'il pourrait proposer de supprimer : « Nul ne peut exercer plus de deux mandats consécutifs. ». Cette phrase, jusque-là inutile (jusqu'à François Mitterrand et Jacques Chirac pour qui il n'était pas question d'un troisième mandat, aucun Président de la République réélu depuis 1848 n'avait fini son second mandat) provenait de la volonté du Président Nicolas Sarkozy d'américaniser le régime politique de la France. En faisant cela, il réduisait la liberté du peuple français de réélire un Président déjà réélu. On pourrait le regretter amèrement au printemps 2027...
« J. D. Vance a tort : Jésus ne nous demande pas de hiérarchiser notre amour pour les autres. » (futur Léon XIV, le 3 février 2025 sur Twitter).
Comme prévu, le conclave a surpris les observateurs. La première surprise, c'est la rapidité de l'élection du nouveau pape, moins de 24 heures. Le cardinal Robert Francis Prevost a été élu 267e pape de l'Église catholique le jeudi 8 mai 2025, jour du 80e anniversaire de la Victoire, vers 19 heures 05 à l'issue du quatrième tour de scrutin. Fumée blanche pour celui qui s'appelle désormais Léon XIV. « Un pape d'équilibre et d'apaisement » pour "Le Monde". « Homme d'écoute et de synthèse, classé parmi les cardinaux modérés » selon "Courrier international". « La promesse d'un pontificat d'écoute et de synthèse » a résumé "Le Parisien".
La deuxième surprise est que ce pape est américain. Citoyen des États-Unis originaire de Chicago (sa ville natale), mais aussi citoyen du Pérou où il a beaucoup vécu (naturalisé en 2015, c'est une obligation pour les évêques au Pérou), le nouveau pape est un petit mélange de nationalités : son père est d'origine française (d'où le nom ; sa grand-mère maternelle est née au Havre) et italienne, sa mère a des origines espagnole, américaine, haïtienne et créole de Louisiane. C'est une surprise car les journalistes étaient à peu près sûrs d'une chose avant le conclave, c'était que le futur pape ne devrait pas être américain. D'où l'intérêt de prendre le contraire. Premier pape nord-américain, premier pape né aux États-Unis... et second pape du continent américain. Bon, parler de nationalité, c'est bien beau, mais soyons clairs : la religion, c'est comme la science, c'est universel et cela n'a pas de nationalité. L'origine géographique du pape n'a en fait aucune véritable importance de nos jours. C'est la personnalité qui compte avant tout.
La troisième surprise (et je m'arrêterai là car tout est surprenant), c'est que Léon XIV ne faisait pas partie des papabili, ce qui confirme toujours que l'issue d'un conclave est toujours improbable. Enfin, pas dans le top 10 des papabili, car il était présent dans la liste publiée par Wikipédia à la veille du conclave et que j'ai publiée dans mon précédent article.
Rappelons aussi une considération importante. Certes, on parle d'une élection du pape, mais il faut quand même dire qu'il n'y a rien de démocratique. Je ne le conteste pas, d'ailleurs, mais il faut rappeler le principe : une démocratie, ce serait de laisser tous les catholiques élire leur pape. Je ne sais pas ce que cela donnerait, mais je suis certain que dans ce cas, il n'y aurait plus de fumée du tout car il ne serait plus du tout question de brûler les bulletins de vote dépouillés ! Si ce sont les cardinaux, nommés par les papes, qui élisent le nouveau pape, c'est simplement pour assurer l'Église d'une continuité (millénaire) sur le dogme.
Il n'en demeure pas moins qu'il faut aussi une adaptation à la société contemporaine. L'un des enjeux des papes contemporains, depuis la déchristianisation amorcée depuis plus d'un siècle en Europe, c'est le savant équilibre entre modernité (adaptation aux temps) et tradition (maintien des principes intangibles en tout temps). Les deux marronniers que sont le mariage des prêtres et les femmes prêtres ne sont pas forcément les premiers enjeux d'une Église en perte de vitesse et en proie à des scandales d'ordre sexuel. Mais la place des femmes, si. Le principe d'égalité entre humains s'applique bien évidemment à l'égalité entre les femmes et les hommes. Et il faudra le réaffirmer haut et fort.
Léon XIV est polyglotte comme ses prédécesseurs ; il parle anglais, espagnol, français, portugais, italien, latin et allemand. Il fait partie des augustiniens, un ordre fondé en décembre 1243. Né le 14 septembre 1955 à Chicago (il va avoir 70 ans dans quatre mois, ce qui est relativement jeune pour un pape ; le pape François avait 76 ans à son élection), Léon XIV a été ordonné prêtre le 19 juin 1982, a été missionnaire au Pérou de 1985 à 1998 puis a été affecté à Rome, puis, ordonné évêque le 12 décembre 2014, et a pris en charge un diocèse péruvien, celui de Chiclayo.
Il était considéré comme un proche du pape François, au point d'avoir été poussé par ce dernier à la Curie qu'il connaît donc bien (essentiel pour un pape) : il a été nommé le 30 janvier 2023 préfet du Dicastère pour les évêques, une sorte de ministre chargé des évêques, de leur nomination, de leur diocèse, etc. Cela donne l'importance de ce cardinal, car le pape François l'a créé cardinal diacre le 30 septembre 2023 puis cardinal évêque le 6 février 2025 (il y a trois "grades" chez les cardinaux : diacres, prêtres et évêques). Alors que le favori, Mgr Pietro Parolin, cardinal évêque, était le numéro un des cardinaux dans l'ordre protocolaire, Mgr Robert Francis Prevost était le numéro quatre sur les 133 cardinaux, ce qui donne une idée de l'importance que lui avait accordée le pape François dans la Curie.
Il faut aussi être très prudent sur la notion de pape conservateur et de pape progressiste. La religion n'est pas un terrain politique et quelle que soit l'identité du nouveau pape, ce dernier aura à cœur à faire vivre l'action et la pensée de ses prédécesseurs et en particulier de ses cinq prédécesseurs (presque) directs qui étaient, tous les cinq, de fortes personnalités qui ont eu une action déterminante dans l'évolution de l'Église catholique, à savoir Jean XXIII, Paul VI, Jean-Paul II, Benoît XVI et le pape François. Tous ces papes étaient très différents, certains observateurs ont voulu mettre certains papes dans des cases, par exemple Benoît XVI conservateur alors qu'il a été parmi les plus réformateurs au Concile Vatican II, mais chacun ont apporté une contribution originale et indispensable à l'Église. Léon XIV, probablement, se référera donc à ces cinq grands papes pour, peut-être, mais il faut attendre pour le savoir, être lui-même un grand pape.
Le Président des États-Unis Donald Trump pouvait être fier de connaître le premier pape des États-Unis de l'histoire de la chrétienté, et c'est bien normal. Dès son annonce, il a crié de joie sur son réseau social : « Quelle excitation et quel grand honneur pour notre pays ! J'attends avec impatience de rencontrer le pape Léon XIV. Ce sera un moment très significatif. ». Notons que quelques jours auparavant, il attendait avec impatience d'aller aux funérailles du pape François !
Il faut toujours être très prudent avec les affirmations de Donald Trump. En effet, le cardinal Robert Francis Prevost était loin d'être un allié politique du gouvernement Trump. Pire pour lui, il en était un terrible opposant, lui reprochant une conduite inhumaine de sa politique d'immigration.
Le futur pape utilisait un réseau social, Twitter, et le 3 février 2025, on pouvait lire ainsi sous son nom : « J. D. Vance a tort : Jésus ne nous demande pas de hiérarchiser notre amour pour les autres. ». En fait, ces mots ne sont pas de Mgr Prevost, mais de la théologienne américano-cubaine Kat Armas dans une tribune publiée le 1er février 2025 dans le "National Catholic reporter" (simplement, le cardinal l'approuvait). L'auteure fustigeait une déclaration donnée le 29 janvier 2025 par le Vice-Président J. D. Vance à Fox News : « Il existe un concept chrétien selon lequel il faut aimer sa famille, puis son prochain, sa communauté, ses concitoyens, et enfin donner la priorité au reste du monde. Une grande partie de l'extrême gauche a complètement inversé cette idée. ». Ce genre de déclaration était régulièrement énoncée par Jean-Marie Le Pen (je préfère ma femme à mon frère, mon frère à mon cousin, mon cousin à mon voisin, etc.). Évidemment, J. D. Vance, qui s'est converti au catholicisme en 2019 et qui a été reçu par le pape François la veille de sa mort, a le droit de penser ce qu'il veut, mais qu'il ne dise pas que c'est un concept chrétien, le christianisme est universel et l'homme doit pouvoir aimer tout le monde d'une égale intensité, c'est ce qu'on appelle l'amour de son prochain, quel qu'il soit.
L'article de Kat Armas finissait ainsi : « Non, je ne nierai pas la complexité de l'immigration. Mais présenter l'amour comme quelque chose de calculé et de conditionnel revient à passer complètement à côté de l'essentiel. Bien sûr, nous ne négligeons pas nos familles. Bien sûr, nous investissons dans nos communautés locales. En fait, c'est ainsi que nous opérons les changements les plus profonds : en votant, en nous battant, en luttant contre les systèmes en place qui refusent de protéger les plus vulnérables d'entre nous. Mais l'amour ne peut s'arrêter là. L'amour dont parle Jésus n'est pas une question de calcul ni un choix entre nos familles ou nos voisins. Ce n'est pas une ressource limitée à rationner, mais un fleuve qui coule, sauvage et sans retenue. La vision de l'amour de l'empire repose sur la rareté, tandis que le royaume de Dieu repose sur l'abondance. Si nous nous demandons : "Qui est mon prochain ?", nous passons déjà à côté de l'essentiel. La meilleure question est : comment aimer sans limites ? ».
Revenons au nouveau pape. Je ne dénie pas à un Américain le droit de se réjouir d'un pape américain, ni ne dénie à quiconque intéressé par l'élection du pape le droit de s'exprimer, mais je trouve plus pertinent tout de même de laisser les catholiques exprimer ce qu'ils pensent de leur nouveau pape, puisque cette désignation les concerne.
Et en ce qui me concerne, les premiers gestes de Léon XIV m'enthousiasment, comme m'ont enthousiasmé les débuts des trois précédents papes : Jean-Paul II, sa jeunesse sportive, son audacieux "N'ayez pas peur !" ; Benoît XVI et sa très grande intelligence de la foi, peut-être trop grande pour se mettre à l'écoute des fidèles ; enfin, le pape François et sa très grande humilité, avec, là aussi, ses premiers mots d'une incroyable simplicité : "Priez pour moi !".
Les premiers mots de Léon XIV, c'est cette parole dite chaque dimanche à la messe : « Que la paix soit avec vous ! ». C'est bien ce qui est nécessaire dans nos temps difficiles, de paix, d'apaisement des relations entre chacun, chaque être, chaque pays. Et il a poursuivi : « Dieu nous aime, Dieu vous aime tous, et le mal ne prévaudra pas ! ».
Ainsi, voici une grande partie de sa bénédiction donnée à l'annonce de son élection, qui se situe totalement dans la continuité du pape François, avec le même grand sourire, celui de l'humilité et de la simplicité : « "La paix soit avec vous tous !". Chers frères et sœurs, c’est la première salutation du Christ ressuscité, le Bon pasteur qui a donné sa vie pour le troupeau de Dieu. Je voudrais moi aussi que ce salut de paix entre dans vos cœurs, qu’il parvienne à vos familles, à tous les hommes, où qu’ils soient, à tous les peuples, à toute la terre. Que la paix soit avec vous ! C’est la paix du Christ ressuscité, une paix désarmée et une paix désarmante, humble et persévérante. Elle vient de Dieu, de Dieu qui nous aime tous inconditionnellement. Nous entendons encore dans nos oreilles cette voix faible, mais toujours courageuse du pape François bénissant Rome ! Le pape bénissant Rome a donné sa bénédiction au monde, au monde entier, ce matin de Pâques. Permettez-moi de poursuivre cette même bénédiction : Dieu nous aime, Dieu vous aime tous, et le mal ne prévaudra pas ! Nous sommes tous entre les mains de Dieu. C’est pourquoi, sans crainte, unis main dans la main avec Dieu et les uns avec les autres, allons de l’avant. Nous sommes les disciples du Christ. Le Christ nous précède. Le monde a besoin de sa lumière. L’humanité a besoin de Lui comme un pont vers Dieu et son amour. Aidez-vous aussi les uns les autres à construire des ponts, par le dialogue, par la rencontre, tous unis pour être un seul peuple toujours dans la paix. Merci au pape François ! ».
Il a aussi évoqué son appartenance à l'ordre de saint Augustin : « Je tiens également à remercier tous mes frères cardinaux qui m’ont choisi pour être le Successeur de Pierre et pour marcher avec vous, en tant qu’Église unie, toujours à la recherche de la paix, de la justice, cherchant toujours à travailler comme des hommes et des femmes fidèles à Jésus-Christ, sans crainte, pour annoncer l’Évangile, pour être missionnaires. Je suis un fils de saint Augustin, un augustinien, qui a dit : "Avec vous, je suis chrétien, et pour vous, évêque". En ce sens, nous pouvons tous marcher ensemble vers cette patrie que Dieu a préparée pour nous. À l’Église de Rome, une salutation spéciale ! Nous devons chercher ensemble comment être une Église missionnaire, une Église qui construit des ponts, qui dialogue, toujours ouverte pour recevoir, comme cette place, à bras ouverts, tous, tous ceux qui ont besoin de notre charité, de notre présence, de notre dialogue et de notre amour. (…) À vous tous, frères et sœurs de Rome, d’Italie, du monde entier, nous voulons être une Église synodale, une Église qui marche, une Église qui cherche toujours la paix, qui cherche toujours la charité, qui cherche toujours à être proche surtout de ceux qui souffrent. ».
Enfin, Léon XIV a fini par l'évocation d'une femme : « Je voudrais donc prier avec vous. Prions ensemble pour cette nouvelle mission, pour toute l’Église, pour la paix dans le monde, et demandons à Marie, notre Mère, cette grâce spéciale. ».
Je trouve, de plus, très prometteur l'appellation de Léon XIV qui reprend directement l'héritage d'un très grand pape, Léon XIII, celui de "Rerum novarum", l'encyclique qui définit la doctrine sociale de l'Église, et celui aussi qui a su adapter l'Église au nouveau temps politique du moment : les catholiques allaient pouvoir voter la République, cela a fait beaucoup plus pour ancrer l'esprit républicain en France que les premières lois du début de la Troisième République. Le pape doit avoir une parole moderne dans un monde en perte de références et de repères.
Léon XIV semble aussi le continuateur de Benoît XVI dans ce qui a été l'idée la plus importante de ce dernier, pape, ou cardinal auparavant auprès de Jean-Paul II : l'importance de faire cohabiter à la fois la foi et la raison. La foi se renforce avec la raison et la raison se renforce avec la foi. Ce n'est pas incompatible, ce sont deux éléments nécessaires pour comprendre le monde. Souhaitons aussi que Léon XIV poursuive dans cette voie pour bien proclamer que la science n'est en rien attentatoire à la foi : elle est nécessaire, elle aide l'humain et elle contribue aussi à son développement. Beaucoup de problèmes éthiques se posent avec le progrès de la science, que ce soit pour l'intelligence artificielle, les analyses ADN, les fécondations in vitro, l'euthanasie, etc. Il n'y a plus aucune boussole du côté des politiques qui naviguent à vue avec des sondages à la petite semaine. Il manque de la réflexion argumentée sur ces sujets majeurs.
J'attends donc beaucoup de Léon XIV. Il doit faire beaucoup en peu de temps, car le temps est toujours compté. L'œuvre du pape François est inachevée. Il a presque 70 ans, c'est plus jeune que son prédécesseur mais c'est déjà un certain âge. Il a l'air en bonne santé et même Philippe de Villiers, dans une analyse particulièrement dénuée de sens, l'a trouvé prometteur ! (son sourire sans doute).
Ce vendredi 9 mai 2025 à 11 heures à la Chapelle Sixitine, le nouveau pape a présidé sa première messe pro Ecclesia célébrée avec les cardinaux. Il a fait part de sa « mission urgente » dans ce monde « où la foi chrétienne est considérée comme absurde, réservée aux personnes faibles et peu intelligentes ; où on l’on préfère d'autres certitudes, comme la technologie, l'argent, le succès, le pouvoir, le plaisir. (…) Il s'agit d'environnements où il n'est pas facile de témoigner et d'annoncer l'Évangile, et où ceux qui croient sont ridiculisés, persécutés, méprisés ou, au mieux, tolérés et pris en pitié. ». Léon XIV a invité les cardinaux « à témoigner de la foi joyeuse en Jésus Sauveur », mais aussi à « disparaître pour que le Christ demeure, se faire petit pour qu'Il soit connu et glorifié, se dépenser jusqu'au bout pour que personne ne manque l'occasion de Le connaître et de L'aimer ».
Le programme de Léon XIV est assez dense ces prochains jours. Le 11 mai 2025, il présidera sa première messe pontificale. Le 12 mai 2025, il rencontrera pour la première fois la presse internationale. Enfin, le 18 mai 2025 aura lieu la messe d'intronisation comme pape. Le première étape est réussie, la capacité à obtenir rapidement l'accord des cardinaux pour un pape qui a été élu par au moins les deux tiers des cardinaux. C'est un exploit. Celui des cardinaux, et, pour les cardinaux, aussi celui de l'Esprit-Saint dont ils ont été imprégnés. Passons à la deuxième étape !