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conclave

  • 8e motion de censure pour convenance personnelle (du PS)

    « Avec le dépôt de ce projet de loi, ne le prenez pas mal, mesdames et messieurs du groupe socialiste, vous vous retrouvez le bec dans l’eau, ce qui, par les temps de canicule que nous vivons, peut avoir des aspects rafraîchissants, mais n’est pas, nous en conviendrons tous, une position durable. » (François Bayrou, le 1er juillet 2025, dans l'hémicycle).





     

     
     


    Première séance de la courte session extraordinaire jusqu'à la fin de la semaine prochaine. C'est avec une certaine dose d'humour, celui qu'on a dans les cas désespérés, mais toujours avec le respect pour ses interlocuteurs, que le Premier Ministre François Bayrou a répondu ce mardi 1er juillet 2025 à la motion de censure déposée par le groupe socialiste à l'Assemblée Nationale. Les cas désespérés, c'est celui de son gouvernement qui, faute d'avoir une majorité, même relative, est soumis aux aléas de la vie parlementaire, au bon vouloir des différents groupes, en particulier du PS et du RN, la huitième motion de censure en six mois et demi, mais c'est aussi celui d'un parti socialiste qui, décidément, a définitivement perdu son esprit de responsabilité jusqu'à l'un de ses éminents membres, François Hollande, ancien Président de la République, qui a joué la posture démagogique jusqu'à voter lui-même la censure alors qu'il y était hostile par principe.

    Officiellement, le groupe socialiste a déposé une motion de censure sous prétexte que le conclave sur les retraites ne serait pas concluant, ce qui ne serait pas la faute du Premier Ministre qui a laissé justement les partenaires sociaux négocier seuls. Le PS a dégainé cette arme fatale sous prétexte que François Bayrou ne déposerait pas de texte sur les avancées sur les retraites alors qu'il venait juste de dire qu'il déposerait un texte à l'Assemblée sur les accords acquis au cours de ce conclave.

    On comprend surtout trop bien que la cuisine politicienne interne et externe du PS nécessitait de montrer haut et fort qu'il restait un parti d'opposition qui se dégageait complètement de toute bienveillance et aussi de tout sens des responsabilités avec le gouvernement.


    Cuisine interne, puisque dans la nouvelle direction du parti socialiste, Boris Vallaud, le président du groupe PS à l'Assemblée, partisan acharné de la motion de censure, vient d'intégrer la direction nationale du PS aux côtés du premier secrétaire Olivier Faure. Ce dernier n'a pas obtenu la majorité absolue à la direction et sa majorité est complétée par le courant de Boris Vallaud avec 27 membres correspondant à 30% (au lieu des 17% de son audience au congrès), et Boris Vallaud a obtenu la coprésidence du conseil nationale, la direction de l'Académie Léon Blum, etc. Quant à l'opposant d'Olivier Faure, Nicolas Mayer-Rossignol fait partie encore de l'opposition et n'a même pas pu donner son avis sur le texte de la motion de censure contre laquelle il était.

    Cuisine externe également, puisque le lendemain de l'examen de la motion de censure, le 2 juillet 2025 à Bagneux, sur l'invitation de l'ovni politique Lucie Castets (ne représentant personne d'autrre qu'elle-même), le PS et les écologistes se sont réunis pour réfléchir à une candidature unique de la gauche non-mélenchonique, et le PS devait se présenter dans la posture d'un opposant au gouvernement aux côtés des écologistes aux positions gauchistes assumées.

    Reprenons ainsi quelques déclarations à l'occasion de cette discussion de cette énième motion de censure dont l'intérêt est tout relatif puisque le RN avait annoncé qu'il ne la voterait pas.

     

     
     


    Sa défenseur socialiste Estelle Mercier n'a pas manqué de dire n'importe quoi pour justifier cette motion de censure : « Donner sa parole, c’est prendre un engagement, faire une promesse que l’on ne peut rompre sans se déshonorer. Monsieur le Premier Ministre, en rompant votre promesse, vous avez choisi le déshonneur. Cette faute, qui vous engage pleinement, appelle une réponse claire de notre assemblée : la censure de votre gouvernement. ».

    Ainsi, ces contre-vérités-ci : « Vous n’avez cessé de revenir sur vos engagements, d’abord en écartant progressivement l’hypothèse d’un retour de l’âge légal à 62 ans, avant même la fin des discussions entre les partenaires sociaux, puis en annonçant devant cette assemblée, il y a quelques semaines, que si aucun accord n’était trouvé, la réforme Borne s’appliquerait, enfin en refusant de présenter devant le Parlement un texte sur les retraites qui reprenne les avancées, même minimes, de cette concertation. En agissant de la sorte, vous avez méthodiquement vidé de son sens le conclave sur les retraites. Vous avez explicitement autorisé le patronat français à ne pas faire de concessions, puisque vous l’avez conforté dans son intransigeance, et vous n’avez cessé de saboter les initiatives de compromis. Si vous aviez imaginé que les socialistes pourraient se contenter de mesurettes, même positives, intégrées à la va-vite dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2026, mais ne modifiant en rien les équilibres fondamentaux de la loi Borne, vous vous êtes lourdement trompé ! Monsieur le Premier Ministre, au lieu d’ériger ce conclave en exemple de dialogue et de concertation, vous en avez fait un simulacre et vous avez fragilisé durablement la démocratie sociale. Pire encore, par vos renoncements successifs, vous avez trahi non seulement la parole donnée aux députés, mais surtout la parole donnée aux Français ! ».

    Estelle Mercier a fustigé le gouvernement de faire le jeu de l'extrême droite alors que le PS demande lui-même une collusion avec les députés RN pour renverser le gouvernement ! Quels imposteurs, ces socialistes ! Elle a poursuivi en réclamant un nouvel interlocuteur à Matignon (qui serait immédiatement censuré) : « Nous défendons ici une ambition : celle de retrouver le chemin du progrès, du dialogue sincère et d’un changement de méthode. Nous souhaitons désormais pouvoir trouver à Matignon un interlocuteur responsable, respectueux du parlementarisme, un Premier Ministre qui travaille sur les sujets qui préoccupent réellement les Français, pouvoir d’achat, justice fiscale, justice sociale, éducation, écologie, accès à la santé et à la culture ; un Premier Ministre qui fixe un cap, qui nourrit pour la France une autre ambition que le retour au cumul des mandats et le scrutin proportionnel, autant de sujets hors-sol et hors d’âge qui ne sont pas à la hauteur des enjeux écologiques, économiques et démocratiques auxquels nous faisons face. Votre méthode inefficace ne sert qu’un seul intérêt, le vôtre ; qu’une seule ambition, rester au pouvoir. Il est désormais temps d’en changer au profit d’une méthode servant avant tout l’intérêt des Français. ».

    En l'occurrence, à ce jour, le gouvernement Bayrou est sans aucun doute celui le plus « respectueux du parlementarisme » de tous les gouvernements de la Cinquième République, puisqu'il laisse l'adoption principalement de propositions de loi émanant des parlementaires eux-mêmes. C'est donc un mauvais procès fait à François Bayrou qui n'a pas manqué de prendre son temps pour répondre.

    Car François Bayrou n'a pas été avare en argument pour démonter cette motion de censure : « Ne croyez surtout pas que je veuille banaliser cet événement, mais il s’agit de la huitième motion de censure que notre gouvernement doit affronter et de la deuxième du groupe socialiste, le tout en six mois et demi. C’est un rythme, vous l’avouerez, respectable et donc un exercice que je tiens à respecter, même s’il y a parfois des aspects baroques. Récemment, c’était une censure demandée contre le gouvernement parce que l’Assemblée n’était pas contente de l’Assemblée. Cette fois, c’est un peu plus complexe encore : la motion de censure a été annoncée solennellement par le président du groupe socialiste parce que "le gouvernement avait promis un projet de loi sur les retraites présenté devant le Parlement. Il n’y a pas de projet de loi. Donc nous censurons le gouvernement". Le problème, c’est qu’il y aura un projet de loi, je l’ai officiellement confirmé, reprenant les avancées principales, et à mes yeux significatives, du travail du conclave, que j’ai entendu Mme Mercier qualifier de "mesurettes", ce que nous allons vérifier. Avec le dépôt de ce projet de loi, ne le prenez pas mal, mesdames et messieurs du groupe socialiste, vous vous retrouvez le bec dans l’eau, ce qui, par les temps de canicule que nous vivons, peut avoir des aspects rafraîchissants, mais n’est pas, nous en conviendrons tous, une position durable. ».

     

     
     


    Ainsi, prenant acte de la posture du PS, le Premier Ministre a accepté de lui délivrer un brevet d'opposition permanente : « Le but de la motion de censure, le Président François Hollande l’a clairement indiqué, n’est donc pas vraiment la censure du gouvernement. C’est un signal pour qu’il soit clair aux yeux de tout le monde, et singulièrement aux yeux du parti socialiste lui-même, qu’il est dans l’opposition, ce dont je lui donne bien volontiers acte. Bien que je n’aie pas de qualification particulière pour le faire, je délivre bien volontiers au parti socialiste, depuis cette tribune, un certificat d’opposition, de mécontentement, de condamnation, d’indignation, de révolte, de protestation, de sanction, d’accusation, de mise en cause, de dénonciation perpétuelle et continue ! Je signe des deux mains autant de certificats autographes que vous le voudrez. ».

    Sur le fond du sujet, les retraites, François Bayrou a insisté sur la situation intenable pour les prochaines générations : « Qu’y a-t-il de réel, d’indiscutable, dans la situation des retraites, dans la situation des finances publiques de notre pays, dans la situation respective des générations, qui nous oblige, nous oblige !, si nous sommes responsables, comme nous prétendons l’être, à prendre des décisions, même difficiles, pour opérer dans nos affaires une remise en ordre nécessaire ? Stabiliser, remettre en ordre pour aller de l’avant, voilà le triptyque de l’action gouvernementale. Alors c’est simple ! Il y a, et vous pouvez enregistrer cette affirmation, que la situation ne peut plus continuer, au risque d’une guerre des générations, au risque d’un péril mortel pour notre modèle social, pour notre économie, pour les finances de notre pays et, au bout du compte, pour notre République. ».

    Petit cours sur le système par répartition, et le problème de son financement très clairement exposé : « Notre système de retraites, je le dis non pas pour vous, qui le savez pertinemment, mais pour ceux qui nous écoutent, fonctionne par répartition. La règle d’or qui l’organise voudrait donc que les pensions soient payées, chaque année, chaque mois, par les cotisations des entreprises et des salariés, directement, si j’osais dire, du producteur au consommateur, du cotisant au pensionné. Mais il y a des décennies que cette règle n’est plus respectée. Pour la part des retraites dévolue à la fonction publique, ce sont quelque 30 à 40 milliards qui manquent chaque année. Pour les retraites du privé elles-mêmes, ce chiffre atteindra, d’après la Cour des Comptes, 6 ou 7 milliards en 2030, 15 milliards en 2035, 30 milliards en 2045. Il augmente chaque année ! Si rien n’est fait, la Cour des Comptes estime que pour le seul régime général, 350 milliards d’euros de dettes seraient accumulés dans les vingt années qui viennent. Ces chiffres, que je dénonce depuis des années, souvent seul, ces chiffres de désinvolture et d’immoralité, ce sont les chiffres de la pénalisation des enfants par les parents, des travailleurs qui n’en peuvent mais au profit des pensionnés. Ces sommes, si nous les avions, si nous les financions, il n’y aurait aucun problème ! Un pays riche est bien libre d’affecter à l’usage qu’il choisit l’argent tiré de ses impôts, de ses taxes et des charges qu’il prélève. D’ailleurs, s’agissant du social, ce système est bien connu : c’est le système que l’on appelle beveridgien, du nom de l’économiste anglais qui le définit pour Winston Churchill pendant la guerre, et qui fait payer les pensions par l’impôt et les taxes. L’autre système, celui dans lequel les actifs participent par un système d’assurance mutuelle, c’est le système bismarckien. Il n’y aurait aucun problème à ce que nous prenions un peu des deux, une partie issue des cotisations, une partie des impôts et des taxes. Mais l’argent que, par milliards, nous sommes obligés de fournir chaque année à notre système de retraites pour l’équilibrer, en dépit de la multiplication des impôts et des charges, cet argent, nous ne l’avons pas. Et ne l’ayant pas, que faisons-nous ? Nous l’empruntons tous les ans depuis des décennies, tous les ans, tous les mois, tous les jours, et il faudra bien que quelqu’un rembourse. On sait très bien, d’ailleurs, qui remboursera : ce sont les travailleurs d’aujourd’hui et de demain, les salariés, les entreprises, les indépendants ; tous ceux qui paieront des impôts et des charges pendant les vingt, trente, quarante ans qui viennent, c’est-à-dire les actifs d’aujourd’hui et leurs enfants. S’ils comprenaient le piège dans lequel on les a enfermés depuis quarante ans, tous ceux-là manifesteraient, et spécialement les plus jeunes, contre les gouvernants irresponsables et contre les démagogues qui plaident pour que l’on continue à creuser toujours davantage le déficit. Cette situation est un piège mortel ! Un pays ne peut pas survivre à un tel engrenage. ».

    D'où sa mission (kamikaze !) : « Et si personne n’alerte, si personne n’entend, nous allons nous perdre dans le surendettement et ce sont tous les actifs de notre pays, puis nos enfants, qui paieront l’addition de notre désinvolture. Je ne suis pas là, et le gouvernement non plus, pour être dans le confort, pour être tranquille, (…) pour échapper à des motions de censure successives, pour gagner du temps, résignés à la douce lâcheté et aux renoncements pour durer. Nous sommes là pour que les Français sachent ce qu’il en est, où nous en sommes, où nous allons et où nous pouvons aller, et qu’ils prennent ensemble, les yeux ouverts, les décisions qui rendront possible la sauvegarde de notre pays, et ce que je dis sur les retraites vaut aussi pour ce dont nous parlerons dans quelques jours, aussitôt après le 14 juillet, dans le cadre de la réflexion que nous avons à conduire pour nos finances publiques. (…) Pour ma part, j’ai un devoir : celui de dire la vérité au peuple qui nous gouverne, de ne pas le tromper, de ne pas accepter son affaissement et son asservissement aux prêteurs, aux intérêts étrangers, d’être ici, à cette tribune et quel que soit le lieu où je m’exprime, son défenseur véridique, même si ce défenseur doit dire des choses difficiles et se retrouve par voie de conséquence impopulaire, parce qu’il refuse d’être le démagogue applaudi qui conduit à l’abîme. ».

    Concernant le conclave sur les retraites : « J’ai entendu bien des observateurs prononcer le mot d’échec ; mais je nie absolument, à cette tribune, que le conclave ait été un échec, même s’il est vrai que certains des participants (…) n’ont pas osé faire le dernier pas, comme si l’on craignait toujours l’accusation de trahison de la part de son propre camp. En réalité, les progrès ont été déterminants ; ils ont même été beaucoup plus significatifs qu’on ne pouvait l’imaginer au départ de ce processus. Ce bilan est positif et encourageant. (…) Je sais bien qu’il ne plaît pas à tout le monde de voir la démocratie sociale apporter des résultats et que de nombreux courants, de nombreuses autorités pensent sans le dire, ou même en le disant, pour certains qu’il n’y a rien à attendre des entreprises, toujours réputées égoïstes, et pour d’autres qu’il n’y a rien à attendre des syndicats, toujours réputés démagogues. Je crois exactement le contraire ! Je pense qu’il y a, dans une société comme la nôtre, des marges de progression incroyables ou en tout cas remarquables à attendre, pour le plus grand bien de l’esprit civique, de la prise de responsabilité conjointe des représentants des acteurs de terrain. ».

    Parmi les avancées sociales : « La situation faite aux femmes, dont les maternités empêchent souvent l’établissement des droits. Les femmes auront désormais non plus la référence des vingt-cinq meilleures années pour l’établissement des pensions, mais si elles ont un enfant, les vingt-quatre meilleures années, et si elles ont eu deux enfants ou davantage, les vingt-trois meilleures années. Allez donc leur dire que cela ne présente aucun intérêt ! Que ce sont des mesurettes ! Vous êtes scandaleux à l’égard de celles qui travaillent et de celles qui ont besoin qu’on les entende pour prendre leur retraite ! (…) L’âge de suppression de la décote sera fixé non plus à 67 ans mais à 66 ans et demi. Je sais bien que six mois dans la vie, pour vous, n’ont aucune importance tellement vous êtes en dehors de ces considérations, mais je persiste à affirmer que si vous dites aux femmes qui travaillent que vous vous opposez à cette mesure de progrès, c’est que vous travaillez contre elles, parce que vous êtes indifférents à leur vie ! Seule la politique électorale vous intéresse ! Ce n’est pas notre cas et nous avons l’intention d’aller encore plus loin. J’en suis convaincu : pour les métiers usants, dans le domaine de la santé, de la dépendance, du handicap, de la vieillesse ou de la petite enfance par exemple, après des carrières hachées, ce gain de six mois est une vraie reconnaissance. C’est en tout cas ce qu’ont pensé les organisations présentes autour de la table : la CFDT, la CFTC, la CFE-CGC, le Medef et la CPME (Confédération des petites et moyennes entreprises). À l’unanimité, ils ont accepté ces progrès, et vous qui êtes loin du monde du travail, vous nous expliquez qu’il faut les oublier ! Ce n’est pas du tout notre conception de la vie. Vous n’êtes pas sur le terrain : vous exploitez les difficultés de nos concitoyens. ».

    Le chef du gouvernement a résumé la situation ainsi : « Impératif d’équilibre financier, acceptation lucide du cadre d’âge, abaissement de l’âge de la décote, reconnaissance de la situation des femmes ayant eu des enfants, reconnaissance des critères de pénibilité, reconnaissance de la cartographie des métiers à risques, reconnaissance des politiques de prévention et approche d’une politique de réparation, ce sont des pas en avant décidés à l’unanimité. La volonté du gouvernement est d’inscrire dans la loi les avancées réelles qui ont été celles du conclave, que personne, en dépit des hurlements, ne peut nier, et qui nous permet de dessiner ce que doit être une méthode d’association des Français, des entreprises, des salariés et des professionnels à la gestion de leur avenir commun. La démocratie sociale est prise en compte, la démocratie politique prend ses responsabilités et la société française doit en être plus responsable et plus unie. J’ajoute que d’autres pas en avant ont été permis par ce travail en ce qui concerne le financement par accord des entreprises et des représentants des salariés. L’ensemble de ces dispositions représentant environ 1,4 milliard d’euros, un accord a été trouvé sur les deux tiers, soit 1 milliard, avec les délégations syndicales et des entreprises. Reste à trouver le financement d’environ 400 millions, et le gouvernement prendra ses responsabilités dans le texte qui sera présenté à l’automne pour que cette question reçoive une réponse qui ne pénalise ni les uns ni les autres,et sans augmenter le coût du travail, dont l’alourdissement serait lourd de conséquences pour la compétitivité des entreprises dans le monde de concurrence sauvage qui est le nôtre, et par voie de conséquence pour l’emploi. J’ai parlé de 400 millions. Sur 407 milliards d’euros de pensions versées, cela représente un peu moins d’un millième. Je suis persuadé qu’on peut y arriver par des adaptations justes et légères. ».

    Il a conclu de façon laconique : « Les temps sont durs, mais la preuve est apportée que nous pouvons avancer ensemble, ou plus exactement, plus profondément, c’est parce que les temps sont durs que nous devons avancer ensemble. ».

    Je propose ensuite quelques extraits de certaines interventions de députés dans cette discussion parlementaire, elles ne sont pas forcément représentatives de l'ensemble de l'Assemblée car je n'ai repris que les interventions qui me paraissaient utiles à la compréhension.
     

     
     


    Le député LR Thibault Bazin s'est moqué de la posture hypocrite des socialistes : « En ce jour caniculaire, nous voici réunis pour une énième motion de censure : la huitième en six mois ! Mesdames et messieurs les députés du groupe socialiste, signataires de cette motion, qui êtes en train de quitter l’hémicycle, n’avez-vous pas peur de lasser les Français ? Est-ce le moment de perdre un temps parlementaire précieux ? Vous voulez censurer le gouvernement ; et après ? N’avez-vous pas appris des conséquences de la censure du gouvernement de Michel Barnier ? Le vote du 4 décembre dernier a fait perdre à la France de la croissance économique, a causé de l’instabilité et freiné les investissements, ce qui a ralenti les embauches et donc entraîné des pertes de recettes pour notre système de protection sociale. Vous en portez, avec d’autres, la lourde responsabilité. Ces derniers mois ne vous ont-ils rien enseigné pour que vous en arriviez de nouveau à voter avec la France insoumise une motion de censure dont le succès ne ferait qu’affaiblir encore la France, aggraver l’équilibre des comptes publics, notamment des comptes sociaux, et finalement pénaliser les Français. Je me souviens d’un temps, pas si lointain, 2015, où un Président de la République socialiste déclarait : "Nous devons rassurer [les jeunes] en montrant la capacité de notre système de répartition à leur verser les pensions auxquelles ils auront droit par leurs cotisations. (…) c’est la plus élémentaire des précautions et c’est même le respect de la promesse de la sécurité sociale (…). C’est très important d’avoir cette vision longue". Votre manœuvre tactique du jour est bien loin de ces propos. Mesdames et messieurs les députés du groupe socialiste, nous sommes souvent en désaccord, mais je pensais naïvement que nous partagions un esprit de responsabilité devant les grands défis de notre pays. Je constate, à regret, que je me suis trompé. Il est encore temps de vous reprendre en retirant votre motion. À moins qu’il ne s’agisse d’un faux-semblant et que vous n’espériez l’échec de votre propre motion ? Ce ne serait pas sérieux. (…) Sous le quinquennat de François Hollande, n’avez-vous pas augmenté la durée de cotisation pour la porter à quarante-trois annuités ? Cela revenait à se rapprocher d’un départ à la retraite à 64 ans puisque l’âge moyen d’entrée dans la vie active s’est stabilisé à 21 ans depuis trente ans. En effet, 21 plus 43 égale 64 ! ».
     

     
     


    L'ancienne ministre MoDem Geneviève Darrieussecq n'est pas plus complaisante à l'égard des socialistes : « Peu importe que la dernière motion ne date que de juin et que les députés socialistes ne l’aient pas votée. Rappelons-nous les termes employés alors, il y a tout juste un mois, par leur oratrice : "Nous considérons que le vote de la motion de censure défendue cet après-midi n’est ni la bonne réponse, ni le message que nous souhaitons faire passer ; nous ne l’avons pas cosignée et nous ne la voterons pas, car nous ne voulons pas voter une motion de censure contre le Parlement". En un mois, le parti socialiste a fait du chemin. En effet, vous vous apprêtez à voter une motion de censure non seulement contre le gouvernement et contre le Parlement, mais également contre la démocratie sociale et les avancées qu’elle permet, par le dialogue et le compromis. Le prétexte ? Le Premier Ministre ne respecterait pas ses engagements. En voilà, une nouvelle fable ! En février, le dialogue social a été engagé, grâce au Premier Ministre, sur la réforme des retraites de 2023 et les améliorations à y apporter. Après quatre mois de conclave, ou plutôt, pour employer des mots plus justes, de concertation paritaire, l’accord total que nous pouvions espérer n’a pas été trouvé, mais les partenaires sociaux se sont accordés sur de nombreuses mesures de justice et d’équilibre, qu’a rappelées M. le Premier Ministre. Ce n’est pas rien ! Le gouvernement serait-il coupable, à vos yeux, de vouloir que le dialogue social se poursuive afin de parvenir à un accord global plus ambitieux ? Serait-il coupable, à vos yeux, de promettre que les premières mesures issues de l’accord entre partenaires sociaux trouveront une traduction dans les textes budgétaires de l’automne, ce qui est la voie logique et pertinente pour ce type de mesures, car elle permettra au Parlement de se prononcer in fine. ».

    Et de traduire la motion de censure débattue : « Pour simplifier, disons que le parti socialiste, jamais à l’abri d’une bonne idée, estime qu’il convient de censurer le dialogue social dans la mesure où il n’est pas parvenu à un accord global dans le temps imparti. Naturellement, ajoute-t-il, la faute en revient au gouvernement lui-même, qui aurait posé des bornes trop rigides et serait trop soucieux de l’équilibre budgétaire, un comble ! Et tant pis pour les partenaires sociaux qui échangent depuis plusieurs mois et se sont mis d’accord, par exemple, sur l’âge pivot de 64 ans, sur l’abaissement de l’âge de départ à taux plein à 66 ans et demi, contre 67 actuellement, sur des mesures plébiscitées concernant les critères de pénibilité ou permettant aux femmes de bénéficier d’un calcul plus juste de leur pension. Tout cela passerait donc par pertes et profits, au tamis des débats internes du parti socialiste, tout affairé à paraître plus à gauche que la gauche, plus dans l’opposition que l’opposition, ne cherchant même plus à cacher ses incohérences, votant tour à tour pour une motion de censure en décembre, contre une autre en février, contre la suivante au début du mois de juin et pour celle-ci aujourd’hui, sans que personne comprenne grand-chose à ce positionnement politique erratique. Cela ne semble convaincre personne, ni la gauche de la gauche, à en croire les réactions de certains, ni ceux qui pensaient que vous aspiriez à être de nouveau le parti de gouvernement sérieux et responsable que vous avez été. Car l’esprit de responsabilité est aujourd’hui du côté de tous ceux qui tentent de trouver des issues aux difficultés de notre pays et qui redonnent toute sa place au dialogue social en faisant confiance aux organisations syndicales. (…) Dans leur majorité, elles se tiennent loin des considérations politiciennes dont vous vous faites les chantres aujourd’hui par cette motion. Car que censurez-vous aujourd’hui ? Le calcul des pensions pour les femmes qui prend en compte les vingt-quatre meilleures années à partir du premier enfant ? La réintroduction, parmi les critères de pénibilité, du port de charges lourdes, des postures pénibles ou des vibrations ? La décote à 66 ans et demi qui permet de toucher plus tôt sa pension à taux plein ? Finalement, ce que vous censurez par cette motion, c’est le dialogue social et l’esprit de compromis des partenaires sociaux, qui ont permis d’aboutir à des avancées réelles pour les Français. Celles-ci ne vous conviennent peut-être pas, ou ne vous suffisent pas, mais elles ont été obtenues grâce à la confiance accordée aux partenaires sociaux pour améliorer le dispositif tout en prenant en considération les lourdes contraintes, budgétaires en particulier, auxquelles notre pays est confronté. Ils ont démontré par là leur esprit de responsabilité et méritent notre entier respect. Je constate que vous ne faites pas preuve du même esprit. Tout cela ressemble bien à de petites manœuvres partisanes, quand nous aurions tant besoin de sortir des postures et de nous rassembler autour de ces considérations d’intérêt général. ».
     

     
     


    La députée Horizons Anne Le Hénanff était aussi en colère contre le « spectacle aussi désolant que prévisible » des socialistes : « Parlons vrai : que reprochent exactement les auteurs de cette motion au gouvernement ? D’avoir tenté de conduire une concertation sur les retraites ? D’avoir refusé de céder aux sirènes de la démagogie en maintenant le cap de l’équilibre financier ? D’avoir rappelé que la responsabilité d’un gouvernement est de préserver l’avenir de nos enfants plutôt que de distribuer des promesses impossibles à tenir ? Le groupe socialiste nous parle de trahison. Mais en quoi le refus de compromettre l’équilibre de notre système de retraites constitue-t-il une trahison ? En quoi le fait de rappeler que les lois de la comptabilité publique s’imposent à nous tous, donc aussi à vous, constitue-t-il une trahison ? (…) Et que dire des leçons de morale dispensées par un parti qui, il y a quelques semaines à peine, se déchirait publiquement lors de son congrès de Nancy, un parti divisé entre certains qui s’acoquinent avec Jean-Luc Mélenchon et d’autres qui dénoncent l’obsession égotique du leader insoumis ? Comment pouvez-vous prétendre à la cohérence gouvernementale quand vous ne parvenez pas à vous accorder ? Comment pouvez-vous invoquer la responsabilité quand vous votez la censure du gouvernement Barnier, précipitant le pays dans l’instabilité ? Comment pouvez-vous parler de brutalité démocratique quand vous vous alliez à l’extrême droite pour faire tomber les gouvernements ? Alors qu’il y a quelque temps, la gauche proclamait son attachement à la stabilité institutionnelle, elle multiplie aujourd’hui les motions de censure, au risque de paralyser le pays. Permettez-moi de mettre en question la logique de la posture défendue notamment par le Président François Hollande : celui-ci affirme qu’il votera la motion de censure contre le gouvernement, mais seulement si le Rassemblement national ne s’y associe pas. Quelle étrange conception de la responsabilité parlementaire ! Depuis quand la défense de l’intérêt général se mesure-t-elle à l’aune des intentions supposées de l’extrême droite ? Cette position révèle une inquiétante dérive : on ne censure plus un gouvernement pour ses actes mais en fonction de ceux qui pourraient éventuellement voter à ses côtés. Surtout, chacun le sait ici, cette motion relève d’un exercice de pure façade ! Ceux qui l’ont déposée l’ont fait pour se draper d’une bonne conscience aux yeux de leurs alliés, tout en sachant pertinemment qu’elle ne serait jamais votée. C’est le théâtre de la vertu sans le courage de l’action, la mise en scène d’une indignation de circonstance, soigneusement calibrée pour ne rien changer. La République attend de ses représentants du courage dans de telles circonstances, non pas une énième contorsion politicienne. Les Français, nous le croyons, n’ont que faire de ces jeux d’ombres. La France mérite mieux que ces manœuvres. (…) Voilà ce que produit cette politique du spectacle : une nation qui s’endort à crédit, qui s’abandonne à la facilité et qui laisse filer la confiance et la fierté de son peuple. Les Français attendent des responsables qu’ils affrontent les obstacles, qu’ils refusent le fatalisme et qu’ils ouvrent un chemin, même difficile, vers la puissance retrouvée de notre pays. La vraie responsabilité politique consiste non pas à multiplier les motions de censure mais à prendre des décisions difficiles pour préparer l’avenir du pays. ».
     

     
     


    Attendu pour sa position cruciale, l'orateur du groupe RN, Gaëtan Dussausaye a rejeté tant la gauche que la majorité actuelle : « En effet, pour dire les choses franchement, si la retraite à 64 ans est d’abord une décision de la Macronie, elle est aussi et surtout le résultat de fautes de la gauche. (…) Qui, en 2023, a privé les Français d’un référendum sur cette réforme en refusant de voter la proposition du groupe RN ? C’est encore vous, c’est la gauche ! La liste est longue, accrochez-vous bien ! Qui, toujours en 2023, par ses habituelles méthodes d’obstruction parlementaire, par son éternelle bordélisation de l’Assemblée, contre l’avis des syndicats qui battaient le pavé chaud de la capitale au même moment, a empêché un vote clair sur l’article 7 de la réforme, celui qui actait l’augmentation de deux ans de l’âge légal de départ à la retraite ? C’est vous, c’est la gauche ! Qui, en 2024, a préféré faire réélire Élisabeth Borne, l’artisan de la retraite à 64 ans, plutôt que faire élire un député RN, alors qu’une majorité RN aurait abrogé la réforme, comme l’exigeaient des millions de Français ? C’est toujours vous, c’est toujours la gauche ! (…) La vérité du jour est que le parti socialiste a menti au moins deux fois aux Français au cours de la présente législature. Vous avez d’abord menti pendant plusieurs mois en les laissant croire que le conclave sur les retraites pourrait aboutir à l’abrogation de la réforme, alors qu’il n’en était rien. Vous mentez une nouvelle fois aujourd’hui, avec le soutien de l’extrême gauche, en faisant croire aux Français que la censure permettrait par magie de leur rendre les deux années de retraite volées par la Macronie. Osez dire aux Français, en les regardant droit dans les yeux, que votre censure servira à quelque chose ? Elle n’apporte rien, elle ne change rien. Le Rassemblement national n’est pas le seul à le dire : le Président François Hollande le fait aussi, alors qu’il siège dans vos rangs. Que se passerait-il si nous faisions tomber le gouvernement ? La retraite à 64 ans serait toujours la règle, en attendant un nouveau gouvernement. Puis un autre gouvernement macroniste et LR prendrait la place de l’actuel, et la retraite à 64 ans serait toujours en vigueur. Libre à vous, socialistes, de mentir deux, trois ou cent fois si ça vous chante ! Ce que vous faites est d’une hypocrisie crasse, c’est un mensonge qu’aucun Français ne vous pardonnera. Le Rassemblement national n’a aucune difficulté à censurer le gouvernement. Nous l’avons fait, avec Marine Le Pen, lorsque le gouvernement Barnier a cherché, avec les bénédictions de MM. Retailleau et Attal, à augmenter les taxes sur l’électricité, à désindexer de l’inflation les pensions de retraite, à dérembourser les médicaments ou à réduire les allègements des charges pour les très petites, petites et moyennes entreprises (TPE-PME). La différence entre vous et nous est que nous censurons quand c’est utile pour le pays, quand cela permet concrètement et immédiatement de protéger les Français de mauvaises décisions prises par le gouvernement. Députés socialistes, les seuls intérêts qui vous animent sont les vôtres, à quoi s’ajoutent vos petites chamailleries, d’une inutilité abyssale, avec les Insoumis au sein du nouveau front populaire. Cette préprimaire de la gauche en vue de l’élection présidentielle offre un spectacle affligeant. D’une part, elle n’intéresse que vous. D’autre part, tout le monde sait que vous saurez très bien vous retrouver en temps voulu, les Glucksmann, Ruffin, Mélenchon et Tondelier, avec l’espoir de vous partager les ministères, comme vous l’avez toujours fait. ».

    Le député EPR Stéphane Vojetta, tout en fustigeant les socialistes, a voulu évoquer le fond du sujet : « Je vous le demande : quel est le véritable sens de notre fonction de parlementaire, si nous ne pouvons nous mettre d’accord sur rien, pas même sur des constats ? Ne sommes-nous donc ici que pour mieux préparer notre prochaine élection ou favoriser celle de notre chef ? Ou pour préparer un congrès ? C’est hélas souvent l’impression que nous donnons, vous en particulier, monsieur Faure, notamment en déposant cette motion de censure qui témoigne davantage d’un serment d’allégeance à la France insoumise que d’une volonté réelle de faire tomber ce gouvernement ou de proposer des solutions réalistes à la situation des retraites. Ne devrions-nous pas plutôt aspirer à nous saisir de chaque seconde de notre mandat, un mandat qui peut finir demain, nous le savons, pour faire bouger les choses ou, comme l’auraient suggéré vos prédécesseurs sur ces bancs, pour changer la vie ? Mais pour cela, encore faudrait-il que vous soyez capables de sortir de la posture et de regarder la vérité en face. ».

    Et de mettre en cause principalement l'impartialité de la Cour des Comptes : « Chers collègues socialistes, vous reprochez au Premier Ministre et au gouvernement d’avoir nui aux travaux du conclave, court-circuité le dialogue social et empêché un débat parlementaire sur la réforme des retraites, en écartant d’emblée le retour à la retraite à 62 ans et en imposant une trajectoire d’équilibre financier. Si une chose a nui à la qualité des travaux du conclave, c’est bien moins l’attitude de François Bayrou que celle de la Cour des Comptes, qui nous a refusé le diagnostic impartial qu’elle avait pourtant le devoir de réaliser. Revenons en effet quelques mois en arrière, à la déclaration de politique générale du 14 janvier dernier. Monsieur le Premier Ministre, vous nous préveniez alors en ces termes : "Le déséquilibre du financement du système de retraites et la dette massive qu’il a creusée ne peuvent être ignorés ou éludés". Pour financer les retraites, une fois épuisées les cotisations, "restent 55 milliards, versés par le budget des collectivités publiques, au premier chef le budget de l’État, à hauteur de quelque 40 ou 45 milliards. Or, ces 40 ou 45 milliards annuels, nous n’en avons pas le premier centime. Chaque année, cette somme, le pays l’emprunte. Autrement dit, il a choisi de mettre à la charge des générations qui viennent ou qui viendront (…) une partie du montant des pensions que nous versons aux retraités actuels".Voilà pourquoi, monsieur le Premier Ministre, vous aviez alors demandé à la Cour des Comptes de nous fournir l’état actuel et précis du financement du système de retraites. Ce diagnostic devait ensuite être soumis aux partenaires sociaux, à charge pour eux, dans le cadre du conclave, de nous montrer, à nous parlementaires, le chemin vers une refonte indispensable de notre système de retraites. Il faut bien le reconnaître : la Cour des Comptes a failli dans la mission qui est la sienne, elle qui est censée assister le Parlement et le gouvernement en fournissant de manière indépendante des analyses utiles aux décideurs et susceptibles de contribuer activement à l’amélioration de la gestion publique et de ses résultats. Oui, la Cour des Comptes a failli dans sa mission. En affirmant que le système de retraites a été "légèrement excédentaire" en 2023, elle a choisi de perpétuer une forme de dissimulation comptable au sein de nos finances publiques. Le conclave s’est donc ouvert sur cette base faussée. Comment, d’ailleurs, évoquer ce conclave et les débats sur les retraites qui nous occupent constamment depuis 2019, sans tenter de comprendre comment notre ignorance collective a été sciemment organisée, précisément pour nous empêcher d’avoir la moindre chance d’arriver à débattre sur des bases saines ? ».

    Et de rappeler les véritables chiffres du système de retraites : « Pour rappel, les pensions de retraite représentent chaque année un quart de nos dépenses publiques et absorbent 14% du PIB de la nation. Personne, pas même vous, ne conteste ces chiffres. Pourtant, nous ne savons pas mesurer correctement l’impact de ces dépenses sur nos finances publiques. En effet, la comptabilité de ce système de retraites, en particulier le compte d’affectation spéciale (CAS) Pensions, a été instaurée en 2006 pour que les déficits éventuels soient répartis dans le budget de chaque ministère. Ils se retrouvent donc partout, sauf dans le système de retraites, dans le but d’entretenir, quoi qu’il arrive, la fable d’un système de retraites par répartition juste et à l’équilibre. Cette fable, vous la connaissez : voilà des années que la Cour des Comptes et le Conseil d’orientation des retraites (COR) nous la racontent le soir pour nous endormir, en s’appuyant sur les conventions comptables votées par nos prédécesseurs. Cette volonté systémique de dissimulation est réelle et son implication sur la gestion de nos finances publiques est dangereuse. Je citerai quelques exemples illustratifs. Cette volonté de dissimulation affaiblit la sécurité sociale, notamment ses branches famille, chômage et accidents du travail, en leur imposant chaque année une quinzaine de milliards de transferts de cotisations vers la branche vieillesse. Ce mécanisme aboutit désormais à la fragilisation de l’ensemble et à la reconnaissance par la Cour des Comptes d’un risque de défaut de paiement de la Caisse d’amortissement de la dette sociale (Cades) en 2027, mais, bien sûr, pas à la reconnaissance d’un déficit du système de retraites. Cette volonté de dissimulation contamine également nos débats budgétaires. Quand nous votons ici le budget de l’éducation nationale, savons-nous vraiment que 28% de ce budget est absorbé par les cotisations et surcotisations retraite payées par l’État employeur ? Cette part est d’ailleurs en augmentation constante, puisqu’elle était de 22% en 2006. ».

    La falsification des comptes de l'État où l'on place dans le budget des ministères le budget de la retraites des leurs fonctionnaires : « Lors des débats budgétaires pour 2025, combien d’entre nous pensaient sincèrement consacrer 87 milliards d’euros à l’éducation de notre jeunesse, alors qu’en réalité, 24 milliards d’euros de ces autorisations d’engagement votées étaient ponctionnés pour financer les pensions des enseignants retraités ainsi que certains régimes déficitaires de la fonction publique ? Vous êtes-vous déjà penchés, ne serait-ce qu’une fois, sur la fiche de paie d’un enseignant ? Faites-le : vous y verrez un salaire net réduit à la portion congrue, enseveli sous une montagne de surcotisations, salariales et surtout patronales, qui grèvent son pouvoir d’achat et minent l’attractivité du métier. Cette situation s’aggravera cette année encore, car le taux de cotisation de l’État employeur passera de 74% à 78% du traitement brut, contre seulement 28% dans le secteur privé. Et cela pèsera davantage encore sur le budget de l’éducation nationale, sans pour autant améliorer la rémunération nette des enseignants, et sans autre justification que d’équilibrer les recettes et les dépenses du CAS Pensions. Dans la même veine, êtes-vous conscients que, pour faire face à la dégradation des comptes de la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales (CNRACL), le taux de cotisation patronale des collectivités passera de 32 % en 2024 à 44 % en 2028, sans autre justification que le nécessaire équilibrage des recettes et des dépenses de retraite ? Ainsi, la masse salariale brute des agents des fonctions publiques territoriale et hospitalière augmentera de 3% par an et pèsera sur le budget des collectivités et des hôpitaux, qui reviendront vers nous pour évoquer ce problème, sans aucun effet sur le salaire net de ces agents. René Magritte nous aurait dit : "Ceci n’est pas une pipe". La Cour des Comptes, quant à elle, nous dit dans son rapport : "Ceci n’est pas un déficit". Selon elle, c’est tout simplement "un besoin élevé de financement qui implique une diversification des ressources au-delà des cotisations sociales". Une fois cette centaine de milliards de surcotisations, de subventions et de transferts divers pris en compte, le régime des retraites affichait effectivement un excédent comptable de 8,5 milliards en 2023. Et voilà, le tour est joué ! Un miracle comptable digne de Bernadette Soubirous ou un tour de prestidigitation qui évoque Gérard Majax, à moins qu’il ne soit plutôt du niveau de Garcimore. Le tour est joué, et nous pouvons regarder ailleurs au moment de chercher les postes de dépenses qui pourraient être ciblés dans la tâche pourtant inévitable et inéluctable de réduction du déficit budgétaire. Nous faire regarder ailleurs, c’est précisément l’objectif recherché. Reconnaissons-le : ce système est opaque, même pour nous qui débattons et votons le budget de la nation. Ce système, en torturant la langue et les concepts comptables, nous empêche de penser clairement. Le déficit d’un système par répartition devrait être la différence entre les pensions versées et les cotisations perçues. Lorsque les cotisations ne suffisent plus à couvrir le paiement des pensions, le système est en déficit. Pour éviter la cessation de paiement, il faut alors faire appel à une source extérieure de financement : soit l’État, donc le contribuable ; soit, à défaut, la dette. Or notre système, que l’on dit par répartition et qui est présenté comme étant à l’équilibre, n’est financé qu’aux deux tiers par des cotisations prélevées sur la masse salariale. Le tiers restant provient de l’État. Et à part vous, chers collègues, qui peut encore croire que ces milliards qui sortent des poches de l’État et du contribuable n’ont aucun impact sur notre déficit ni sur notre dette publique ? ».
     

     
     

     

    L'intervention de Stéphane Vojetta a sans doute été la plus instructive des députés dans cet examen de la motion de censure en mettant en perspective le financement du système : « Au fond, la réalité est plus simple que tous ces artifices comptables. La réalité, c’est que notre système de retraites hypothèque notre avenir et celui de nos enfants, en creusant chaque année un déficit budgétaire de plus de 50 milliards. Cette accumulation de déficits explique pourquoi les retraites pèsent pour la moitié des plus de 1 000 milliards de dette supplémentaire accumulés par notre pays ces dix dernières années. Nous étions au gouvernement, mais la responsabilité est partagée (…). La réalité, c’est celle d’un système qui nuit au pouvoir d’achat des actifs, qu’ils travaillent dans le secteur public ou le secteur privé. La réalité, c’est celle d’un système qui accélère la paupérisation de notre éducation nationale, de notre système de santé et de nos services publics. La réalité, c’est celle d’un système incapable d’assurer l’équité au sein d’une même génération, alors que nous ne savons pas dire combien coûte l’écart de droits entre le système de retraites du public et celui du privé. La réalité, c’est celle d’un système incapable d’assurer l’équité entre les générations, puisque nous savons déjà que les taux de remplacement chuteront. Les retraités actuels touchent 75% de leur dernier salaire, alors que les actifs actuels, eux, devront se contenter de 54% lorsqu’ils arriveront à l’âge de la retraite, malgré l’allongement de leur durée de cotisation. La réalité, c’est enfin celle d’un système qui empêche tout pilotage efficace par le gouvernement ou par le Parlement, en nous rendant incapables d’identifier les véritables causes du déficit budgétaire de la France. Alors que nous faisons face à un déficit annuel de plus de 150 milliards d’euros, nous concentrons nos débats sur des fusions d’agences de l’État qui ne permettront que des économies marginales, ou sur la traque des centenaires algériens dans les bleds, dans l’espoir d’en retirer les 40 millions évalués par la Cour des Comptes. L’attitude de ceux qui, à l’instar de la Cour des Comptes, pourraient lever le voile mais choisissent de ne pas le faire, est coupable. Si cette attitude permet d’éviter de reconnaître un déficit comptable, elle favorise aussi l’installation d’un déficit démocratique, celui qui consiste à laisser les Français, leurs représentants élus et les partenaires sociaux débattre de l’avenir de nos retraites sur la base d’un diagnostic trompeur. (…) Oui, il faut du courage pour accepter de voir la réalité en face, car il serait alors inévitable et inéluctable de trouver des solutions qui vont à l’encontre soit de certains de vos récits politiques, soit de certains de nos intérêts électoraux. Je suis désolé de vous le dire, cela va vous choquer, même si je reconnais aisément que l’on peut reprocher des choses à ce gouvernement, le courage que j’évoquais à l’instant, un seul l’incarne ici : François Bayrou. (…) Nous encourageons le Premier Ministre et son gouvernement à poursuivre son combat courageux en faveur de davantage de transparence et de justice pour les actifs actuels et pour les générations futures. ».
     

     
     


    Il m'a semblé utile de proposer ces interventions, parfois longues à la lecture, pour bien comprendre d'une part, le problème de fond, un système de retraite malade d'être déficitaire chronique et que le député Stéphane Vojetta a très bien expliqué, et d'autre part, l'imposture de la posture du parti socialiste. Quant à François Bayrou, il a répété le contenu de sa conférence de presse du 26 juin 2025 sur la réalité des accords obtenus lors du conclave sur les retraites et qu'il entend fermement mettre en œuvre le plus rapidement possible.
     

     
     


    Sans surprise, la motion de censure a été rejetée vers 20 heures 20 ce mardi 1er juillet 2025 car elle n'a recueilli que 189 votes pour, alors qu'il en fallait au moins 289 (majorité absolue), soit 71 FI sur 71, 66 PS (dont François Hollande !) sur 66, 36 EELV sur 38, 13 PCF sur 17 et 3 LIOT sur 23. La pièce de théâtre est terminée, mauvais vaudeville au comique de répétition suranné. Rideau !


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (02 juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu

    Pour aller plus loin :
    8e motion de censure pour convenance personnelle (du PS).
    La réforme de l'audiovisuel public rejetée par les députés (en première lecture).
    L'indignation de François Bayrou.
    Conférence de presse du Premier Ministre François Bayrou le 26 juin 2025 à Matignon (texte intégral et vidéo).
    Déclaration du Premier Ministre François Bayrou le 24 juin 2025 à Matignon (texte intégral et vidéo).
    L'échec du conclave sur les retraites : une occasion perdue.
    Emmanuel Macron à la télévision : Mélanie avant l'Urgence Océan.
    Mélanie, la douceur incarnée.
    Sidération institutionnelle.
    Il y a un an, la dissolution !
    La proposition de loi Duplomb pour les agriculteurs.
    Le rejet de la 7e motion de censure contre le gouvernement Bayrou.
    Interview de François Bayrou le 27 mai 2025 sur BFMTV (vidéo intégrale).

    La longévité du Professeur Bayrou.
    Les Républicains.
    Le PS.
    EELV.
    Emmanuel Macron : qu'allait-il faire dans cette galère ?
    Interview du Président Emmanuel Macron le mardi 13 mai 2025 sur TF1 (vidéo).
    Emmanuel Macron à l'initiative pour la paix en Ukraine.
    Emmanuel Macron, le référendum et les Français.
    Emmanuel Macron veut-il influencer l'élection du nouveau pape ?
    Bétharram : François Bayrou a apporté les preuves de sa bonne foi.
    Bétharram : François Bayrou bouleversé par le témoignage de sa fille.
    Budget 2026 : François Bayrou promet-il du sang et des larmes ?
    Discours du Premier Ministre François Bayrou le 15 avril 2025 à Paris (texte intégral et vidéo).
    Emmanuel Macron sur le front du commerce international.
    François Bayrou et l'heure de vérité de l'Europe.
    Gabriel Attal attaque Marine Le Pen sur l'Ukraine.
    Manuel Valls pour la paix, mais pas au prix de la fin de l'Ukraine !
    Claude Malhuret s'en prend à Néron et à son bouffon !
    Emmanuel Macron : la patrie a besoin de vous !
    François Bayrou : la France avait raison !
    Le Pen : inéligibilité, exécution provisoire, récidive et ordre public.
    Marine Le Pen, est-elle si clean que cela ? (22 février 2017).
    Condamnation Le Pen : la justice vole-t-elle l'élection présidentielle de 2027 ?
    Le fond accablant de l'affaire Le Pen.
    Texte intégral du jugement délibéré du 31 mars 2025 sur l'affaire Le Pen (à télécharger).
    Affaire Le Pen : ne confondons pas victime et coupable !
    Marine Le Pen : voler l'argent des Français !
    Marine Le Pen et la sérénité d'une future condamnée ?
    L'avenir judiciaire de Marine Le Pen dans une décision du Conseil Constitutionnel ?
    L'installation du nouveau Conseil Constitutionnel présidé par Richard Ferrand.
    Richard Ferrand validé de justesse par le Parlement.
    François Bayrou et la motion de censure de congrès du PS.
    François Bayrou surmonte une 6e motion de censure en cinq semaines !
    Bétharram : François Bayrou contre-attaque !
    Bétharram : François Bayrou coupable... de quoi, au fait ?
    Alain Juppé à la rescousse de Richard Ferrand ?
    Mission accomplie : les budgets 2025 (PLF et PLFSS) définitivement adoptés (ouf !).
    4 motions de censure et pas d'enterrement !
    Emmanuel Macron à la télévision le dimanche soir !
    Interview du Président Emmanuel Macron le dimanche 9 février 2025 sur France 2 (vidéo).
    Sam Altman salue la France, centre névralgique de l'intelligence artificielle.
    François Bayrou, le début du commencement.
    La quadrature du cercle de Michel Barnier.






    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250701-motion-de-censure.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/8e-motion-de-censure-pour-261815

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/01/article-sr-20250701-motion-de-censure.html


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  • L'indignation de François Bayrou

    « Je veux le dire devant vous, ce travail, contrairement à ce qui a été abondamment dit et écrit, a été remarquablement utile.(...) Je suis impressionné par les progrès, je crois que vous allez en avoir la preuve, qui ont été faits depuis quatre mois. Il y a pu y avoir des moments de tension, parfois d'agacement, c'est inévitable dans de telles négociations, et sur un sujet aussi passionné. Mais, j'affirme que les représentants des salariés et des entreprises ont chacun pris en compte les attentes de leurs interlocuteurs et ont ensemble pris en compte ce qui est plus important encore : l'intérêt général » (François Bayrou, conférence de presse du 26 juin 2025 à Matignon).




     

     
     


    L'indignation de François Bayrou, c'est de faire payer par les jeunes d'aujourd'hui, qui ne sont pas encore sur le marché du travail, et même des plus jeunes encore, les pensions de retraite des retraités d'aujourd'hui et d'hier. Car tant que le système des retraites n'est pas à l'équilibre financier, c'est bien la dette, et donc, les générations futures, qui financent ces pensions. Une situation inacceptable que l'ancien candidat à l'élection présidentielle avait dénoncée déjà il y a plus de vingt ans à une époque où il était seul à s'inquiéter des déficits publics et de la dette publique.

    Mais l'indignation du Premier Ministre, c'est aussi de considérer que le conclave sur les retraites, qui a duré quatre mois (du 27 février au 24 juin 2025) se serait soldé par un échec. François Bayrou a assuré qu'il n'en était rien et qu'il entendait encore poursuivre la concertation entre les partenaires sociaux pour arriver à un accord, et si, malgré ce nouveau round de négociations, il n'y avait pas d'accord, alors le gouvernement prendrait ses responsabilités et déposerait quand même un texte à l'Assemblée à la rentrée parlementaire d'octobre 2025 sur les points actuels d'accord. C'est ce qu'il a expliqué au cours d'une conférence de presse tenue ce jeudi 26 juin 2025 à 17 heures à Matignon. Il avait au préalable fait une déclaration le mardi 24 juin 2025 à 7 heures à Matignon pour conclure le conclave sur les retraites terminé la veille.

    Le calendrier politique du Premier Ministre est très serré. François Bayrou a rejeté les accusations qui laisseraient croire que le principe du conclave sur les retraites lui permettrait de gagner du temps. En fait, en déposant le même jour, ce jeudi, une motion de censure sur la question des retraites, avant même d'écouter la conférence de presse du Premier Ministre, le parti socialiste est retombé dans sa décomposition la plus crasse de l'irresponsabilité politique, surfant sur l'électoralisme municipal (il craint la concurrence de listes écolo-insoumises aux élections municipales de mars 2026).

    Donc, le mardi 1er juillet 2025, les députés vont examiner la motion de censure déposée par les socialistes. Une initiative pas très utile et très politicienne puisque le RN a déjà annoncé qu'il n'entendait pas se prêter à ce jeu politique. La session parlementaire ordinaire s'achèvera le
    4 juillet 2025 mais sera prolongée par une courte session extraordinaire jusqu'au 11 juillet 2025. Un arrêt mis à profit par François Bayrou pour annoncer la semaine suivante ses premières propositions budgétaires pour réduire le déficit de 40 milliards d'euros. Les parlementaires reprendront leur travail dans l'hémicycle à la prochaine session ordinaire, le 1er octobre 2025. Si le gouvernement franchit l'étape de la huitième motion de censure (rien n'est totalement sûr), alors il pourra tabler sur une durée de vie d'encore trois mois au moins avec le sujet qui sera explosif cet automne, le prochain budget 2026.
     

     
     


    Reprenons la chronologie de sa communication de cette semaine.

    Le lundi 23 juin 2025, ce fut la dix-huitième et dernière journée du conclave sur les retraites. Aucun accord n'en est ressorti, mais il semblerait qu'on n'était pas loin de cet accord. L'échec serait à mettre plutôt sur l'intransigeance du Medef qui refuse de financer par des augmentations de charges les quelques avancées sur lesquelles tout le monde est d'accord, en particulier sur la revalorisation des pensions pour les mères de famille (moyenne des vingt-trois meilleures années, au lieu de vingt-cinq pour les mères d'au moins deux enfants) et fin de la décote du calcul de la pension à partir de 66 ans et demi au lieu de 67 ans. Enfin, tous les partenaires sociaux ont accepté le principe d'un système financièrement équilibré à l'horizon 2030.

    Le lendemain matin, mardi 24 juin 2025 à 7 heures, François Bayrou a fait une courte déclaration à Matignon. Il y a annoncé qu'il reverrait chaque partenaire social, seul dans son bureau, pour tenter une conciliation et aboutir à un accord... qui ne serait pas loin.

    Pour le Premier Ministre, sa première satisfaction, c'est le retour du dialogue social « hors de toute intervention du gouvernement » : « On est passé de l'affrontement au travail en commun, et c'est un grand acquis. ». Sa deuxième satisfaction, c'est qu'on a frôlé l'accord : « Dans la dernière ligne droite, on est arrivé très près d'un accord historique. ».

    C'est cette situation que a conduit François Bayrou a refusé le constat d'un désaccord : « Bien sûr, je peux naturellement comprendre qu'on constate un échec lorsqu'on est sur des positions radicalement différentes ou opposées. Mais je ne peux pas accepter sans réagir qu'on se satisfasse d'échouer si près du but. Et encore moins, suffit d'observer l'actualité, encore moins lorsque notre pays est le monde traversent des moments si dangereux et dans lesquels notre première sauvegarde est dans l'unité du pays. Je considère donc que notre devoir est de ne pas baisser les bras et de tout faire pour permettre de dépasser un tel blocage. C'est pourquoi, j'ai décidé d'inviter les organisations qui ont travaillé ensemble durant ces quatre mois à me rencontrer dès ce matin pour rechercher une voie de passage dans l'intérêt de notre pays. ».
     

     
     


    Deux jours et demi plus tard, le jeudi 26 juin 2025 en fin d'après-midi, François Bayrou est revenu devant la presse au cours d'une conférence de presse nettement plus longue avec réponse aux questions des journalistes.

    Il a donc eu l'occasion de faire un bilan des négociations avec les différents protagonistes : « Il est vrai qu'il n'a pas, au terme de la journée de lundi, débouché dans un premier temps sur un accord immédiat, mais pour avoir fait l'inventaire détaillé, des pas en avant, des points d'accord et de dissonance, pour avoir de manière approfondie échangé avec chacune des organisations sur leurs priorités, sur leur vision de l'avenir. ».

    Avant d'expliquer les points d'accord, le chef du gouvernement a rappelé les six objectifs fixés au début de ce conclave des retraites :
    1. Garantir l'équilibre financier d'ici à 2030.
    2. Encourager le travail des seniors en France.
    3. Renforcer la justice sociale : pension des femmes, âge de décote et pénibilité.
    4. « Ne pas alourdir le coût du travail » par une augmentation des charges sociales ».
    5. « Faire que le débat sur les retraites ne soit plus une fracture politique et sociale, et en particulier qu'il ne devienne pas ce qui est à mes yeux une vraie menace et peut-être une menace en cours de réalisation, un conflit de générations ».
    6. Repenser la gouvernance du système des retraites.

    Ensuite, François Bayrou a indiqué les différentes avancées dans ces négociations, et la principale à ses yeux : « Tous les participants se sont accordés, et ça n'était pas facile, pour ne pas remettre en cause dans cette négociation, les conditions d'âge fixées par la loi de 2023. C'est une avancée décisive, et je veux saluer le courage des responsables qui se sont accordés sur ce point. ».

    Il y a aussi, déjà annoncés ici, l'objectif de l'équilibre financier pour sauver le système par répartition ; « l'âge d'annulation de la décote, c'est-à-dire (…) l'âge des départs à taux plein, ramené de 67 ans à 66 ans et demi » ; la revalorisation des pensions de mères de famille (moyenne des vingt-quatre meilleures années pour un enfant, vingt-trois pour deux enfants et plus, au lieu de vingt-cinq) ; la réduction de deux trimestres de travail par maternité.

    Enfin, il y a sans doute le plus difficile techniquement : « Tous les participants se sont accordés, c'était une demande très explicite et très soutenue des organisations syndicales pour que soit mieux prise en compte la pénibilité du travail. ».
     

     
     


    François Bayrou a expliqué très précisément où ça coinçait pour la pénibilité, alors que les partenaires sociaux sont d'accord sur deux points et demi sur trois : « Alors je vais énumérer les demandes qui étaient celles des organisations syndicales sur la pénibilité. [Elles] souhaitaient, voulaient d'abord la réintégration des trois critères de pénibilité dits ergonomiques, port de charges lourdes, exposition aux vibrations, et posture difficile, qui avaient été écartés de la liste des critères de pénibilité, six autres critères, le travail de nuit par exemple, au moment de l'adoption de la loi de 2023. Ensuite, ils demandaient la définition à partir de ces trois critères d'une cartographie des métiers exposés : métiers à risque de pénibilité permettant un repérage précoce et donc, d'une certaine manière, permettant une cartographie du risque. C'était la deuxième demande des organisations syndicales. Ces deux premières demandes ont été acceptées telles quelles. Il y avait une troisième demande qui était la définition de la réponse à ces risques de pénibilité. Il y avait deux types de réponses évoquées. Le premier type de réponse, c'est la mise en place d'une politique de prévention généralisée. Et la deuxième réponse, c'est la recherche de réparation. Alors, la politique de prévention généralisée a été acceptée par tout le monde. Donc, deux exigences et demie satisfaites. Il reste une troisième, enfin, il restait la deuxième partie de l'exigence de prévention et de réparation, qui touche à la réparation. Et ici, la négociation n'a pas tout à fait permis d'aboutir. Entreprises et organisations syndicales s'accordant complètement sur la prévention, mais pas sur la réparation. Les uns, les organisations syndicales souhaitant une réparation générale, et les autres, les entreprises, une réparation individuelle sur décision médicale. Et sur ce point, en effet, il demeure une recherche d'accord. Je vais le dire autrement, sur ce point, une recherche d'accord est indispensable. Mais je suis persuadé qu'un chemin d'accord existe. (…) Et si l'on réfléchit à ce que pourrait être une politique générale de lutte contre la pénibilité, j'imagine qu'aucun d'entre nous ne souhaite que la pénibilité soit maintenue tout au long de la carrière. Si l'on se donne comme objectif de repérer, à partir de ces visites médicales et de cette cartographie, les expositions à la pénibilité, on peut souhaiter, vouloir, on peut imaginer qu'on puisse proposer des réorientations aux salariés qui y sont exposés. ».

    Dernier point d'achoppement, le financement de ces avancées sociales : « S'agissant du financement de ces changements, deux accords ont été trouvés. Financement de la pénibilité dans le cadre des accidents de travail et des maladies professionnelles, c'est 500 millions. Et rationalisation possible du cumul emploi-retraite, c'est 500 millions supplémentaires. Il n'y a pas encore d'accord trouvé, c'est la même chose, c'est le point qui reste à éclaircir. Pour boucler le financement des mesures de justice et de retour à l'équilibre, c'est 400 millions, mais je suis persuadé pour avoir parlé avec toutes les organisations et envisagé avec elles des possibilités de compromis, ou d'innovation ou de découverte d'un chemin nouveau, je suis persuadé qu'on peut très vite trouver un accord sur ce sujet. ».

    Donc, pour résumer, il reste, pour atteindre un accord, l'approfondissement de deux sujets (réparation pour la pénibilité, et partie de son financement) : « Il n'y a plus que deux sujets qui demeurent à résoudre et qui sont des sujets, pardon de le dire, solubles, à portée de la main, alors que la totalité des décisions qui ont été l'objet d'un accord au moins implicite, sont impressionnants. Et vous conviendrez avec moi, j'en suis sûr, que rapporté à l'ampleur des progrès et équilibre de notre système, âge, carrière des femmes, décote et pénibilité, ces deux sujets à traiter sont peu de choses dans les derniers mètres. Les experts et les négociateurs des organisations vont se remettre au travail pour rapprocher les points de vue. ».
     

     
     

    Et, voulant rassurer les socialistes qui ont déposé une motion de censure par crainte de ne pas voir arriver de texte à l'Assemblée, François Bayrou a insisté sur la parole donnée : « Si les partenaires ne parvenaient pas à se mettre d'accord, le gouvernement prendrait ses responsabilités et proposerait des dispositions de compromis qui seraient introduites dans le texte qui en tout état de cause, prenant en compte tous ses progrès, sera, comme je m'y étais engagé, soumis au Parlement à l'automne dans le cadre du projet de loi de financement de la sécurité sociale. Il y aura donc une démarche législative, une démarche du Parlement pour répondre à toutes les questions posées. ».

    Enfin, avant de répondre aux questions des journalistes, le Premier Ministre a redit sa reconnaissance aux partenaires sociaux qui ont joué le jeu, il a même énuméré les noms des négociateurs pour qu'ils en soient remerciés, et pour lui, c'est un point important de son engagement politique depuis toujours qui se trouve mis en pratique : « Je suis persuadé que la méthode qui a été suivie, elle est un signe d'espoir pour la démocratie sociale. Et pour moi, un espoir pour la démocratie sociale, c'est un espoir pour la démocratie tout court. J'avais dit à propos d'un autre événement, "jamais sans les Français". Je suis persuadé que ce n'est pas en accentuant les conflits qu'on résout les problèmes de la nation, c'est en essayant scrupuleusement de trouver des réponses et de dessiner des accords. C'est ce que nous avons fait et je remercie tous ceux qui y ont participé. ».

    Encore une fois, François Bayrou a montré son habileté politique sur la méthode et sa capacité à mener des réformes malgré une situation politique impossible. Il faut vraiment dire qu'il est au sommet de sa vie politique, il doit donc tout donner pendant qu'il est à Matignon. Son mode de gouvernance est étonnant car il n'est pas dans le style classique de la Cinquième République : il ne propose pas des textes déjà ficelés à prendre ou à laisser, mais à accompagner la rédaction même de ces textes, au risque d'être critiqué pour immobilisme. Les parlementaires devraient lui reconnaître cela, leur nouveau pouvoir retrouvé ; jamais les textes votés d'origine parlementaire n'ont été aussi nombreux depuis 1958. C'était bien l'homme qu'il fallait à cet endroit-là, Matignon, à ce moment-là.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (26 juin 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    L'indignation de François Bayrou.
    Conférence de presse du Premier Ministre François Bayrou le 26 juin 2025 à Matignon (texte intégral et vidéo).
    Déclaration du Premier Ministre François Bayrou le 24 juin 2025 à Matignon (texte intégral et vidéo).
    L'échec du conclave sur les retraites : une occasion perdue.
    Emmanuel Macron à la télévision : Mélanie avant l'Urgence Océan.
    Mélanie, la douceur incarnée.
    Sidération institutionnelle.
    Il y a un an, la dissolution !
    La proposition de loi Duplomb pour les agriculteurs.
    Le rejet de la 7e motion de censure contre le gouvernement Bayrou.
    Interview de François Bayrou le 27 mai 2025 sur BFMTV (vidéo intégrale).

    La longévité du Professeur Bayrou.
    Les Républicains.
    Le PS.
    EELV.
    Emmanuel Macron : qu'allait-il faire dans cette galère ?
    Interview du Président Emmanuel Macron le mardi 13 mai 2025 sur TF1 (vidéo).
    Emmanuel Macron à l'initiative pour la paix en Ukraine.
    Emmanuel Macron, le référendum et les Français.
    Emmanuel Macron veut-il influencer l'élection du nouveau pape ?
    Bétharram : François Bayrou a apporté les preuves de sa bonne foi.
    Bétharram : François Bayrou bouleversé par le témoignage de sa fille.
    Budget 2026 : François Bayrou promet-il du sang et des larmes ?
    Discours du Premier Ministre François Bayrou le 15 avril 2025 à Paris (texte intégral et vidéo).
    Emmanuel Macron sur le front du commerce international.
    François Bayrou et l'heure de vérité de l'Europe.
    Gabriel Attal attaque Marine Le Pen sur l'Ukraine.
    Manuel Valls pour la paix, mais pas au prix de la fin de l'Ukraine !
    Claude Malhuret s'en prend à Néron et à son bouffon !
    Emmanuel Macron : la patrie a besoin de vous !
    François Bayrou : la France avait raison !
    Le Pen : inéligibilité, exécution provisoire, récidive et ordre public.
    Marine Le Pen, est-elle si clean que cela ? (22 février 2017).
    Condamnation Le Pen : la justice vole-t-elle l'élection présidentielle de 2027 ?
    Le fond accablant de l'affaire Le Pen.
    Texte intégral du jugement délibéré du 31 mars 2025 sur l'affaire Le Pen (à télécharger).
    Affaire Le Pen : ne confondons pas victime et coupable !
    Marine Le Pen : voler l'argent des Français !
    Marine Le Pen et la sérénité d'une future condamnée ?
    L'avenir judiciaire de Marine Le Pen dans une décision du Conseil Constitutionnel ?
    L'installation du nouveau Conseil Constitutionnel présidé par Richard Ferrand.
    Richard Ferrand validé de justesse par le Parlement.
    François Bayrou et la motion de censure de congrès du PS.
    François Bayrou surmonte une 6e motion de censure en cinq semaines !
    Bétharram : François Bayrou contre-attaque !
    Bétharram : François Bayrou coupable... de quoi, au fait ?
    Alain Juppé à la rescousse de Richard Ferrand ?
    Mission accomplie : les budgets 2025 (PLF et PLFSS) définitivement adoptés (ouf !).
    4 motions de censure et pas d'enterrement !
    Emmanuel Macron à la télévision le dimanche soir !
    Interview du Président Emmanuel Macron le dimanche 9 février 2025 sur France 2 (vidéo).
    Sam Altman salue la France, centre névralgique de l'intelligence artificielle.
    François Bayrou, le début du commencement.
    La quadrature du cercle de Michel Barnier.
     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250626-bayrou.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/l-indignation-de-francois-bayrou-261747

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/06/26/article-sr-20250626-bayrou.html



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  • L'échec du conclave sur les retraites : une occasion perdue

    « Je proposerai aux représentants de chaque organisation de travailler autour de la même table, de s’installer dans les mêmes bureaux, ensemble, pendant trois mois, à dater du rapport de la Cour des Comptes. Si, au cours de ce conclave, c’est ce qu’on dit quand on ferme les portes, cette délégation trouve un accord d’équilibre et de meilleure justice, nous l’adopterons. Le Parlement en sera saisi lors du prochain projet de loi de financement de la sécurité sociale, ou avant, et si nécessaire, par une loi. Je souhaite que cet accord soit trouvé, mais si les partenaires ne s’accordaient pas, c’est la réforme actuelle qui continuerait à s’appliquer. » (François Bayrou, le 14 janvier 2025 dans l'hémicycle).





     

     
     


    Avant, on aurait parlé de Grenelle des retraites. La notion de conclave en politique est très novatrice. Cela signifie formellement "délégation paritaire permanente". L'idée provient du Premier Ministre François Bayrou qui en avait fait son assurance-vie au lendemain de sa nomination. Il avait réussi à négocier la bienveillante neutralité du groupe socialiste lors des motions de censure en échange d'une concertation sur la réforme des retraites réalisée par Élisabeth Borne, la loi n°2023-470 du 14 avril 2023. D'où ce conclave sur les retraites qui a commencé à travailler le 27 février 2025 et qui s'est achevé finalement sur un échec lors de sa dix-huitième et dernière séance ce lundi 23 juin 2025.

    Avant de poursuivre sur ce sujet, retrouvons les mots exacts du Premier Ministre qu'il avait prononcés lors de sa déclaration de politique générale le 14 janvier 2025 devant les députés : « La réforme des retraites est vitale pour notre pays et notre modèle social : bien des gouvernements successifs s’y sont engagés, depuis Michel Rocard jusqu’aux efforts courageux du gouvernement d’Élisabeth Borne. Je note dans ce débat passionnel un progrès considérable : plus personne ne nie qu’il existe un lourd problème de financement de notre système de retraites. En même temps, nombre de participants à ces discussions, notamment les organisations du dialogue social et les organisations syndicales, ont affirmé qu’il existait des voies de progrès et qu’on pouvait obtenir le même résultat par une réforme plus juste. Je choisis donc de remettre ce sujet en chantier, avec les partenaires sociaux, pour un temps bref et dans des conditions transparentes, selon une méthode inédite et quelque peu radicale. La démarche s’appuiera sur un constat et des chiffres indiscutables. Je vais demander à la Cour des Comptes une mission flash de quelques semaines, afin de nous donner l’état actuel et précis du financement du système de retraites. Le gouvernement communiquera son résultat à tous les Français. La loi de 2023 a prévu que l’âge légal de départ passerait à 63 ans fin 2026. Une fenêtre de tir s’ouvre donc. Je souhaite fixer une échéance à plus court terme : celle de notre automne, où sera discutée la prochaine loi de financement de la sécurité sociale. J’ai la conviction que nous pouvons rechercher une voie de réforme nouvelle, sans aucun totem ni tabou, pas même l’âge de la retraite, à condition qu’elle réponde à l’exigence fixée : nous ne pouvons pas laisser dégrader l’équilibre financier que nous cherchons et sur lequel presque tout le monde s’accorde. Ce serait une faute impardonnable contre notre pays. Plusieurs partenaires sociaux ont indiqué qu’ils avaient identifié des pistes pour que la réforme soit socialement plus juste et cependant équilibrée. Ces pistes méritent toutes d’être explorées. Toutes les questions doivent pouvoir être posées. Chacun des partenaires sociaux aura le droit de faire inscrire à l’ordre du jour de ces discussions et négociations les questions qui le préoccupent : rien n’est fermé. Une délégation permanente sera donc créée. ».

    C'est typiquement la méthode Bayrou. François Bayrou a toujours cru au dialogue social au contraire du Président de la République Emmanuel Macron, et c'est ce qui a le plus manqué à la réforme d'Élisabeth Borne, une légitimité sociale. Le pari était audacieux : remettre autour d'une table les partenaires sociaux, à savoir les représentants du patronat et des syndicats, pour améliorer la réforme qui a été si emblématiquement contestée depuis deux ans. La connotation religieuse du mot "conclave" n'a échappé bien sûr à personne et le hasard a voulu qu'un véritable conclave, celui pour désigner un nouveau pape, s'est tenu en même temps, en mai (beaucoup plus brièvement que pour les retraites !).

     

     
     


    La démocratie sociale n'est pas une vaine expression chez François Bayrou qui fut d'abord président du Centre des démocrates sociaux (CDS) avant d'être celui de l'UDF. Ce parti, d'origine démocrate chrétienne, reprenait la tradition catholique sociale, celle de la doctrine sociale de l'Église, dont le mot d'ordre est qu'il n'y a pas d'efficacité économique sans solidarité sociale. Pour Emmanuel Macron, ces concertations sociales seraient une perte de temps, alors que François Bayrou, au contraire, a basé toutes ses convictions sur le faire-ensemble. Ne jamais imposer d'en-haut une réforme prête-à-l'emploi. Au contraire, la co-construire avec les forces vives du pays, les impliquer pour la pérenniser.

    Ce conclave sur les retraites était aussi politiquement très important. Il était l'alibi des socialistes pour ne pas voter de motion de censure et leur neutralité s'est renouvelée six fois, malgré une période de pré-congrès du PS qui pouvait engendrer beaucoup de démagogie.


    Parmi les partenaires sociaux, il est resté, à jouer le jeu, deux organisations patronales, le Medef et la CPME (la Confédération des PME), et trois organisations syndicales, la CFDT (le premier syndicat de France), la CFTC et la CFE-CGC. Sans négliger l'apport de toutes ces organisations, le dialogue social s'est principalement établi entre le Medef et la CFDT.

    La règle du jeu énoncée par François Bayrou était claire : en cas d'accord, le Premier Ministre le traduirait par un projet de loi reprenant exactement les termes de l'accord pour le faire adopter par le Parlement. Politiquement, il y avait un risque : que la discussion parlementaire diverge vers l'âge légal de départ à la retraite qui, en principe, ne devait pas être remis en cause. Ou qu'elle s'enlise vers une censure.

    Pour la CFDT, l'enjeu était important, car il y avait des points d'amélioration importants pour la réforme. L'enjeu se portait sur la carrière des femmes (revalorisation des pensions des femmes ayant eu des enfants) et sur la pénibilité de certains métiers. C'est sur ce dernier point que le désaccord est resté.
     

     
     


    Il faut dire que pour le Medef, le statu quo lui allait et, au contraire, lui apportait le moins de risque possible puisque la réforme Borne lui convenait. Pourtant, c'est une faute politique importante que le Medef n'ait pas tenté coûte que coûte d'éviter un échec. Chacun se renverra certainement la responsabilité de l'échec, mais je pense que le Medef avait une carte à jouer, celle de la négociation heureuse.

    Pourquoi ? Parce qu'un accord à l'issue de ce conclave aurait eu un retentissement politique et social énorme. Cela aurait validé l'âge légal de 64 ans dont la contestation serait beaucoup plus difficile et certainement anachronique. Et cela pour un coût économique relativement faible. La CFDT comptait faire des métiers pénibles un abaissement de cet âge légal tandis que le Medef n'y voyait que des mesures financières.

    C'est le négociateur de la CFDT, Yvan Ricordeau, qui a annoncé ce lundi soir l'échec définitif des négociations : « Le patronat a fermé la porte aux syndicats, notamment sur la proposition que les salariés les plus exposés à la pénibilité n’aient pas le même effort à faire que les autres. ». La négociatrice de la CFTC Pascale Coton a aussi considéré que l'échec était de la responsabilité du patronat : « Cette négociation était jouable, si l’accord ne se fait pas, c’est à cause des organisations patronales. (…) C’était la première fois que nous avions du “plus” pour les femmes [propositions de pensions réévaluées pour les mères], c’est quelque chose qui me met très en colère. ». Quant à la secrétaire nationale de la CFE-CGC, Christelle Thieffinne, elle a regretté l'échec : « La négociation est terminée depuis la semaine dernière (…). Ils torpillent cette négociation. Et ils veulent ne pas porter la responsabilité d’un non-dialogue social. ».
     

     
     


    Pourtant, le Medef et la CPME avaient fait une déclaration pleine de promesse juste avant le dernier round. Leurs représentants respectifs, Patrick Martin et Amir Reza-Tofighi avaient en effet tenu une conférence de presse pour expliquer qu'un accord pouvait être possible. Si la revalorisation des pensions des mères a obtenu un consensus, ce n'est pas le cas pour les travaux pénibles. Les syndicats voulaient un départ anticipé à la retraite, ce qu'on refusé les représentants du patronat. La négociatrice du Medef, Diane Milleron-Deperrois, était désolée : « Nous regrettons cet échec, c’est dommage pour la démocratie sociale. (…) Au Medef, on a gardé une ligne très claire, en étant constant dans une ligne responsable : on n’était pas en mesure d’augmenter les cotisations salariales et patronales. ».

    Je persiste à penser que le Medef a perdu une belle occasion de montrer son sens des responsabilités. Pendant plusieurs jours, les proches du Premier Ministre ont demandé à cette organisation de ne pas faire échouer le conclave. Car il y aurait eu deux intérêts à faire réussir ce conclave-là : d'une part, cela aurait démontré l'intérêt du dialogue social et le retour aux négociations sociales paritaires sur les sujets nationaux importants ; d'autre part, cela aurait donné une image du Medef plus acceptable, plus diplomate, plus soucieuse de l'intérêt des salariés, tout en pérennisant politiquement la réforme Borne.
     

     
     


    C'est ce qu'a confié Patrick Cohen, bien informé, le 23 juin 2025 sur France Inter : « Et c’est pour cela que l’exécutif multiplie les coups de fil en forme de coup de pression sur les dirigeants du patronat : vous n’allez tout de même pas provoquer une nouvelle crise politique, la chute du gouvernement Bayrou, qui ne ferait qu’aggraver la crise économique ? Et puis un échec vous serait forcément imputé, ce qui ne ferait que nourrir la défiance des Français à l’égard des entreprises et des patrons. ».

    Sur le plan politique, l'avenir de François Bayrou est donc en pointillé. Le Premier Ministre devrait s'exprimer à 7 heures le mardi 24 juin 2025 à Matignon pour évoquer cet échec qui donne raison bien entendu à tous ceux qui n'y avaient pas cru, tant des personnalités comme Emmanuel Macron que les enragés de la gauche populiste que sont les insoumis. D'ailleurs, Jean-Luc Mélenchon a immédiatement tweeté un appel à voter la censure : « Le PS doit assumer cet échec et ses dégâts. Il doit montrer l’exemple pour voter au complet la censure. ».

    En fait, contrairement à ce qu'a proclamé le groupe insoumis dans un communiqué, la méthode Bayrou n'est pas « un échec monumental » puisque, justement, il a laissé les partenaires sociaux s'entendre, ou pas, entre eux, sans interférence du gouvernement. "Le Point" a publié la confidence d'un proche de Matignon le 23 juin 2025, avant le début de la dernière journée de négociation : « S'il y a accord, on dira que c'est le pape de Matignon. Sinon, il pourra faire porter le chapeau aux partenaires sociaux, qui n'ont pas su se mettre d'accord. Pile, je gagne ; face, tu perds ! ».

     

     
     


    L'hebdomadaire a cité aussi quelques avantages politiques de la méthode : « Qu'il y ait accord ou non, le Premier Ministre a atteint son objectif : s'acheter du temps. (…) Et si un accord était trouvé, il ne mettrait pas en péril l'un des piliers de la réforme Borne en 2023, le report de l'âge légal de départ à 64 ans, écarté dès le début des négociations. ».

    Et les socialistes sont-ils prêts à de nouvelles élections législatives ? Certainement pas ! Ils ne sont même pas encore d'accord sur le nom du candidat à soutenir aux prochaines élections municipales à Paris. Une nouvelle dissolution dissoudrait sans aucun doute le groupe socialiste à l'Assemblée. Ce que ne souhaite absolument pas Olivier Faure qui compte préserver son autonomie avec cette bienveillante neutralité. Ce qui ne donnerait qu'un court répit à François Bayrou qui devrait annoncer le 15 ou 16 juillet 2025 des mesures budgétaires qui fâcheraient sérieusement pour suivre la trajectoire budgétaire de 3% de déficit en 2029.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (23 juin 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    L'échec du conclave sur les retraites : une occasion perdue.
    Emmanuel Macron à la télévision : Mélanie avant l'Urgence Océan.
    Mélanie, la douceur incarnée.
    Sidération institutionnelle.
    Il y a un an, la dissolution !
    La proposition de loi Duplomb pour les agriculteurs.
    Le rejet de la 7e motion de censure contre le gouvernement Bayrou.
    Interview de François Bayrou le 27 mai 2025 sur BFMTV (vidéo intégrale).

    La longévité du Professeur Bayrou.
    Les Républicains.
    Le PS.
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    Emmanuel Macron veut-il influencer l'élection du nouveau pape ?
    Bétharram : François Bayrou a apporté les preuves de sa bonne foi.
    Bétharram : François Bayrou bouleversé par le témoignage de sa fille.
    Budget 2026 : François Bayrou promet-il du sang et des larmes ?
    Discours du Premier Ministre François Bayrou le 15 avril 2025 à Paris (texte intégral et vidéo).
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    Le Pen : inéligibilité, exécution provisoire, récidive et ordre public.
    Marine Le Pen, est-elle si clean que cela ? (22 février 2017).
    Condamnation Le Pen : la justice vole-t-elle l'élection présidentielle de 2027 ?
    Le fond accablant de l'affaire Le Pen.
    Texte intégral du jugement délibéré du 31 mars 2025 sur l'affaire Le Pen (à télécharger).
    Affaire Le Pen : ne confondons pas victime et coupable !
    Marine Le Pen : voler l'argent des Français !
    Marine Le Pen et la sérénité d'une future condamnée ?
    L'avenir judiciaire de Marine Le Pen dans une décision du Conseil Constitutionnel ?
    L'installation du nouveau Conseil Constitutionnel présidé par Richard Ferrand.
    Richard Ferrand validé de justesse par le Parlement.
    François Bayrou et la motion de censure de congrès du PS.
    François Bayrou surmonte une 6e motion de censure en cinq semaines !
    Bétharram : François Bayrou contre-attaque !
    Bétharram : François Bayrou coupable... de quoi, au fait ?
    Alain Juppé à la rescousse de Richard Ferrand ?
    Mission accomplie : les budgets 2025 (PLF et PLFSS) définitivement adoptés (ouf !).
    4 motions de censure et pas d'enterrement !
    Emmanuel Macron à la télévision le dimanche soir !
    Interview du Président Emmanuel Macron le dimanche 9 février 2025 sur France 2 (vidéo).
    Sam Altman salue la France, centre névralgique de l'intelligence artificielle.
    François Bayrou, le début du commencement.
    La quadrature du cercle de Michel Barnier.

     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250623-conclave-retraites.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/l-echec-du-conclave-sur-les-261686

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/06/23/article-sr-20250623-conclave-retraites.html


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  • Léon XIV : Que la paix soit avec vous !

    « J. D. Vance a tort : Jésus ne nous demande pas de hiérarchiser notre amour pour les autres. » (futur Léon XIV, le 3 février 2025 sur Twitter).




     

     
     


    Comme prévu, le conclave a surpris les observateurs. La première surprise, c'est la rapidité de l'élection du nouveau pape, moins de 24 heures. Le cardinal Robert Francis Prevost a été élu 267e pape de l'Église catholique le jeudi 8 mai 2025, jour du 80e anniversaire de la Victoire, vers 19 heures 05 à l'issue du quatrième tour de scrutin. Fumée blanche pour celui qui s'appelle désormais Léon XIV. « Un pape d'équilibre et d'apaisement » pour "Le Monde". « Homme d'écoute et de synthèse, classé parmi les cardinaux modérés » selon "Courrier international". « La promesse d'un pontificat d'écoute et de synthèse » a résumé "Le Parisien".

    La deuxième surprise est que ce pape est américain. Citoyen des États-Unis originaire de Chicago (sa ville natale), mais aussi citoyen du Pérou où il a beaucoup vécu (naturalisé en 2015, c'est une obligation pour les évêques au Pérou), le nouveau pape est un petit mélange de nationalités : son père est d'origine française (d'où le nom ; sa grand-mère maternelle est née au Havre) et italienne, sa mère a des origines espagnole, américaine, haïtienne et créole de Louisiane. C'est une surprise car les journalistes étaient à peu près sûrs d'une chose avant le conclave, c'était que le futur pape ne devrait pas être américain. D'où l'intérêt de prendre le contraire. Premier pape nord-américain, premier pape né aux États-Unis... et second pape du continent américain. Bon, parler de nationalité, c'est bien beau, mais soyons clairs : la religion, c'est comme la science, c'est universel et cela n'a pas de nationalité. L'origine géographique du pape n'a en fait aucune véritable importance de nos jours. C'est la personnalité qui compte avant tout.

    La troisième surprise (et je m'arrêterai là car tout est surprenant), c'est que Léon XIV ne faisait pas partie des papabili, ce qui confirme toujours que l'issue d'un conclave est toujours improbable. Enfin, pas dans le top 10 des papabili, car il était présent dans la liste publiée par Wikipédia à la veille du conclave et que j'ai publiée dans mon précédent article.

     
     


    Rappelons aussi une considération importante. Certes, on parle d'une élection du pape, mais il faut quand même dire qu'il n'y a rien de démocratique. Je ne le conteste pas, d'ailleurs, mais il faut rappeler le principe : une démocratie, ce serait de laisser tous les catholiques élire leur pape. Je ne sais pas ce que cela donnerait, mais je suis certain que dans ce cas, il n'y aurait plus de fumée du tout car il ne serait plus du tout question de brûler les bulletins de vote dépouillés ! Si ce sont les cardinaux, nommés par les papes, qui élisent le nouveau pape, c'est simplement pour assurer l'Église d'une continuité (millénaire) sur le dogme.

    Il n'en demeure pas moins qu'il faut aussi une adaptation à la société contemporaine. L'un des enjeux des papes contemporains, depuis la déchristianisation amorcée depuis plus d'un siècle en Europe, c'est le savant équilibre entre modernité (adaptation aux temps) et tradition (maintien des principes intangibles en tout temps). Les deux marronniers que sont le mariage des prêtres et les femmes prêtres ne sont pas forcément les premiers enjeux d'une Église en perte de vitesse et en proie à des scandales d'ordre sexuel. Mais la place des femmes, si. Le principe d'égalité entre humains s'applique bien évidemment à l'égalité entre les femmes et les hommes. Et il faudra le réaffirmer haut et fort.

    Léon XIV est polyglotte comme ses prédécesseurs ; il parle anglais, espagnol, français, portugais, italien, latin et allemand. Il fait partie des augustiniens, un ordre fondé en décembre 1243. Né le 14 septembre 1955 à Chicago (il va avoir 70 ans dans quatre mois, ce qui est relativement jeune pour un pape ; le pape François avait 76 ans à son élection), Léon XIV a été ordonné prêtre le 19 juin 1982, a été missionnaire au Pérou de 1985 à 1998 puis a été affecté à Rome, puis, ordonné évêque le 12 décembre 2014, et a pris en charge un diocèse péruvien, celui de Chiclayo.


    Il était considéré comme un proche du pape François, au point d'avoir été poussé par ce dernier à la Curie qu'il connaît donc bien (essentiel pour un pape) : il a été nommé le 30 janvier 2023 préfet du Dicastère pour les évêques, une sorte de ministre chargé des évêques, de leur nomination, de leur diocèse, etc. Cela donne l'importance de ce cardinal, car le pape François l'a créé cardinal diacre le 30 septembre 2023 puis cardinal évêque le 6 février 2025 (il y a trois "grades" chez les cardinaux : diacres, prêtres et évêques). Alors que le favori, Mgr Pietro Parolin, cardinal évêque, était le numéro un des cardinaux dans l'ordre protocolaire, Mgr Robert Francis Prevost était le numéro quatre sur les 133 cardinaux, ce qui donne une idée de l'importance que lui avait accordée le pape François dans la Curie.

    Il faut aussi être très prudent sur la notion de pape conservateur et de pape progressiste. La religion n'est pas un terrain politique et quelle que soit l'identité du nouveau pape, ce dernier aura à cœur à faire vivre l'action et la pensée de ses prédécesseurs et en particulier de ses cinq prédécesseurs (presque) directs qui étaient, tous les cinq, de fortes personnalités qui ont eu une action déterminante dans l'évolution de l'Église catholique, à savoir Jean XXIII, Paul VI, Jean-Paul II, Benoît XVI et le pape François. Tous ces papes étaient très différents, certains observateurs ont voulu mettre certains papes dans des cases, par exemple Benoît XVI conservateur alors qu'il a été parmi les plus réformateurs au Concile Vatican II, mais chacun ont apporté une contribution originale et indispensable à l'Église. Léon XIV, probablement, se référera donc à ces cinq grands papes pour, peut-être, mais il faut attendre pour le savoir, être lui-même un grand pape.

     

     
     


    Le Président des États-Unis Donald Trump pouvait être fier de connaître le premier pape des États-Unis de l'histoire de la chrétienté, et c'est bien normal. Dès son annonce, il a crié de joie sur son réseau social : « Quelle excitation et quel grand honneur pour notre pays ! J'attends avec impatience de rencontrer le pape Léon XIV. Ce sera un moment très significatif. ». Notons que quelques jours auparavant, il attendait avec impatience d'aller aux funérailles du pape François !
     

     
     


    Il faut toujours être très prudent avec les affirmations de Donald Trump. En effet, le cardinal Robert Francis Prevost était loin d'être un allié politique du gouvernement Trump. Pire pour lui, il en était un terrible opposant, lui reprochant une conduite inhumaine de sa politique d'immigration.
     

     
     


    Le futur pape utilisait un réseau social, Twitter, et le 3 février 2025, on pouvait lire ainsi sous son nom : « J. D. Vance a tort : Jésus ne nous demande pas de hiérarchiser notre amour pour les autres. ». En fait, ces mots ne sont pas de Mgr Prevost, mais de la théologienne américano-cubaine Kat Armas dans une tribune publiée le 1er février 2025 dans le "National Catholic reporter" (simplement, le cardinal l'approuvait). L'auteure fustigeait une déclaration donnée le 29 janvier 2025 par le Vice-Président J. D. Vance à Fox News : « Il existe un concept chrétien selon lequel il faut aimer sa famille, puis son prochain, sa communauté, ses concitoyens, et enfin donner la priorité au reste du monde. Une grande partie de l'extrême gauche a complètement inversé cette idée. ». Ce genre de déclaration était régulièrement énoncée par Jean-Marie Le Pen (je préfère ma femme à mon frère, mon frère à mon cousin, mon cousin à mon voisin, etc.). Évidemment, J. D. Vance, qui s'est converti au catholicisme en 2019 et qui a été reçu par le pape François la veille de sa mort, a le droit de penser ce qu'il veut, mais qu'il ne dise pas que c'est un concept chrétien, le christianisme est universel et l'homme doit pouvoir aimer tout le monde d'une égale intensité, c'est ce qu'on appelle l'amour de son prochain, quel qu'il soit.
     

     
     


    L'article de Kat Armas finissait ainsi : « Non, je ne nierai pas la complexité de l'immigration. Mais présenter l'amour comme quelque chose de calculé et de conditionnel revient à passer complètement à côté de l'essentiel. Bien sûr, nous ne négligeons pas nos familles. Bien sûr, nous investissons dans nos communautés locales. En fait, c'est ainsi que nous opérons les changements les plus profonds : en votant, en nous battant, en luttant contre les systèmes en place qui refusent de protéger les plus vulnérables d'entre nous. Mais l'amour ne peut s'arrêter là. L'amour dont parle Jésus n'est pas une question de calcul ni un choix entre nos familles ou nos voisins. Ce n'est pas une ressource limitée à rationner, mais un fleuve qui coule, sauvage et sans retenue. La vision de l'amour de l'empire repose sur la rareté, tandis que le royaume de Dieu repose sur l'abondance. Si nous nous demandons : "Qui est mon prochain ?", nous passons déjà à côté de l'essentiel. La meilleure question est : comment aimer sans limites ? ».
     

     
     


    Revenons au nouveau pape. Je ne dénie pas à un Américain le droit de se réjouir d'un pape américain, ni ne dénie à quiconque intéressé par l'élection du pape le droit de s'exprimer, mais je trouve plus pertinent tout de même de laisser les catholiques exprimer ce qu'ils pensent de leur nouveau pape, puisque cette désignation les concerne.

    Et en ce qui me concerne, les premiers gestes de Léon XIV m'enthousiasment, comme m'ont enthousiasmé les débuts des trois précédents papes : Jean-Paul II, sa jeunesse sportive, son audacieux "N'ayez pas peur !" ; Benoît XVI et sa très grande intelligence de la foi, peut-être trop grande pour se mettre à l'écoute des fidèles ; enfin, le pape François et sa très grande humilité, avec, là aussi, ses premiers mots d'une incroyable simplicité : "Priez pour moi !".

    Les premiers mots de Léon XIV, c'est cette parole dite chaque dimanche à la messe : « Que la paix soit avec vous ! ». C'est bien ce qui est nécessaire dans nos temps difficiles, de paix, d'apaisement des relations entre chacun, chaque être, chaque pays. Et il a poursuivi : « Dieu nous aime, Dieu vous aime tous, et le mal ne prévaudra pas ! ».
     

     
     


    Ainsi, voici une grande partie de sa bénédiction donnée à l'annonce de son élection, qui se situe totalement dans la continuité du pape François, avec le même grand sourire, celui de l'humilité et de la simplicité : « "La paix soit avec vous tous !". Chers frères et sœurs, c’est la première salutation du Christ ressuscité, le Bon pasteur qui a donné sa vie pour le troupeau de Dieu. Je voudrais moi aussi que ce salut de paix entre dans vos cœurs, qu’il parvienne à vos familles, à tous les hommes, où qu’ils soient, à tous les peuples, à toute la terre. Que la paix soit avec vous ! C’est la paix du Christ ressuscité, une paix désarmée et une paix désarmante, humble et persévérante. Elle vient de Dieu, de Dieu qui nous aime tous inconditionnellement. Nous entendons encore dans nos oreilles cette voix faible, mais toujours courageuse du pape François bénissant Rome ! Le pape bénissant Rome a donné sa bénédiction au monde, au monde entier, ce matin de Pâques. Permettez-moi de poursuivre cette même bénédiction : Dieu nous aime, Dieu vous aime tous, et le mal ne prévaudra pas ! Nous sommes tous entre les mains de Dieu. C’est pourquoi, sans crainte, unis main dans la main avec Dieu et les uns avec les autres, allons de l’avant. Nous sommes les disciples du Christ. Le Christ nous précède. Le monde a besoin de sa lumière. L’humanité a besoin de Lui comme un pont vers Dieu et son amour. Aidez-vous aussi les uns les autres à construire des ponts, par le dialogue, par la rencontre, tous unis pour être un seul peuple toujours dans la paix. Merci au pape François ! ».

    Il a aussi évoqué son appartenance à l'ordre de saint Augustin : « Je tiens également à remercier tous mes frères cardinaux qui m’ont choisi pour être le Successeur de Pierre et pour marcher avec vous, en tant qu’Église unie, toujours à la recherche de la paix, de la justice, cherchant toujours à travailler comme des hommes et des femmes fidèles à Jésus-Christ, sans crainte, pour annoncer l’Évangile, pour être missionnaires. Je suis un fils de saint Augustin, un augustinien, qui a dit : "Avec vous, je suis chrétien, et pour vous, évêque". En ce sens, nous pouvons tous marcher ensemble vers cette patrie que Dieu a préparée pour nous. À l’Église de Rome, une salutation spéciale ! Nous devons chercher ensemble comment être une Église missionnaire, une Église qui construit des ponts, qui dialogue, toujours ouverte pour recevoir, comme cette place, à bras ouverts, tous, tous ceux qui ont besoin de notre charité, de notre présence, de notre dialogue et de notre amour. (…) À vous tous, frères et sœurs de Rome, d’Italie, du monde entier, nous voulons être une Église synodale, une Église qui marche, une Église qui cherche toujours la paix, qui cherche toujours la charité, qui cherche toujours à être proche surtout de ceux qui souffrent. ».

    Enfin, Léon XIV a fini par l'évocation d'une femme : « Je voudrais donc prier avec vous. Prions ensemble pour cette nouvelle mission, pour toute l’Église, pour la paix dans le monde, et demandons à Marie, notre Mère, cette grâce spéciale. ».
     

     
     


    Je trouve, de plus, très prometteur l'appellation de Léon XIV qui reprend directement l'héritage d'un très grand pape, Léon XIII, celui de "Rerum novarum", l'encyclique qui définit la doctrine sociale de l'Église, et celui aussi qui a su adapter l'Église au nouveau temps politique du moment : les catholiques allaient pouvoir voter la République, cela a fait beaucoup plus pour ancrer l'esprit républicain en France que les premières lois du début de la Troisième République. Le pape doit avoir une parole moderne dans un monde en perte de références et de repères.

    Léon XIV semble aussi le continuateur de Benoît XVI dans ce qui a été l'idée la plus importante de ce dernier, pape, ou cardinal auparavant auprès de Jean-Paul II : l'importance de faire cohabiter à la fois la foi et la raison. La foi se renforce avec la raison et la raison se renforce avec la foi. Ce n'est pas incompatible, ce sont deux éléments nécessaires pour comprendre le monde. Souhaitons aussi que Léon XIV poursuive dans cette voie pour bien proclamer que la science n'est en rien attentatoire à la foi : elle est nécessaire, elle aide l'humain et elle contribue aussi à son développement. Beaucoup de problèmes éthiques se posent avec le progrès de la science, que ce soit pour l'intelligence artificielle, les analyses ADN, les fécondations in vitro, l'euthanasie, etc. Il n'y a plus aucune boussole du côté des politiques qui naviguent à vue avec des sondages à la petite semaine. Il manque de la réflexion argumentée sur ces sujets majeurs.

    J'attends donc beaucoup de Léon XIV. Il doit faire beaucoup en peu de temps, car le temps est toujours compté. L'œuvre du pape François est inachevée. Il a presque 70 ans, c'est plus jeune que son prédécesseur mais c'est déjà un certain âge. Il a l'air en bonne santé et même Philippe de Villiers, dans une analyse particulièrement dénuée de sens, l'a trouvé prometteur ! (son sourire sans doute).

     

     
     


    Ce vendredi 9 mai 2025 à 11 heures à la Chapelle Sixitine, le nouveau pape a présidé sa première messe pro Ecclesia célébrée avec les cardinaux. Il a fait part de sa « mission urgente » dans ce monde « où la foi chrétienne est considérée comme absurde, réservée aux personnes faibles et peu intelligentes ; où on l’on préfère d'autres certitudes, comme la technologie, l'argent, le succès, le pouvoir, le plaisir. (…) Il s'agit d'environnements où il n'est pas facile de témoigner et d'annoncer l'Évangile, et où ceux qui croient sont ridiculisés, persécutés, méprisés ou, au mieux, tolérés et pris en pitié. ». Léon XIV a invité les cardinaux « à témoigner de la foi joyeuse en Jésus Sauveur », mais aussi à « disparaître pour que le Christ demeure, se faire petit pour qu'Il soit connu et glorifié, se dépenser jusqu'au bout pour que personne ne manque l'occasion de Le connaître et de L'aimer ».

    Le programme de Léon XIV est assez dense ces prochains jours. Le 11 mai 2025, il présidera sa première messe pontificale. Le 12 mai 2025, il rencontrera pour la première fois la presse internationale. Enfin, le 18 mai 2025 aura lieu la messe d'intronisation comme pape. Le première étape est réussie, la capacité à obtenir rapidement l'accord des cardinaux pour un pape qui a été élu par au moins les deux tiers des cardinaux. C'est un exploit. Celui des cardinaux, et, pour les cardinaux, aussi celui de l'Esprit-Saint dont ils ont été imprégnés. Passons à la deuxième étape !


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (09 mai 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Léon XIV : Que la paix soit avec vous !
    Saint Esprit et conclave.
    Emmanuel Macron veut-il influencer l'élection du nouveau pape ?
    Le pape François, centre du monde !
    Émotion mondiale pour la mort du pape François.
    Pâques : Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ?
    Bétharram : François Bayrou bouleversé par le témoignage de sa fille.
    Abbé Pierre : le Vatican savait dès 1955 !
    Mgr Jean-Marc Aveline.
    Inquiétudes sur la santé du pape François.
    Le pape François en Corse : la vie en rose !
    Le voyage du pape François en Corse (Ajaccio) en direct live ce dimanche 15 décembre 2024 (vidéo).
    Autonomie de la Corse : y a-t-il un risque de séparatisme ?
    Notre-Dame de Paris, capitale du monde !
    Pourquoi a-t-on assassiné le père Popieluszko ?
    Les 98 ans de Sœur Marguerite.
    Bétharram : François Bayrou contre-attaque !
    Bétharram : François Bayrou coupable... de quoi, au fait ?
    Le scandale bouleversant de l'abbé Pierre.
    Assomption : pourquoi le 15 août est-il férié ?
    Le pape François à Marseille (1) : ne pas légiférer sur l'euthanasie.
    Le voyage du pape François à Marseille (22 et 23 septembre 2023).
    Mgr Jacques Gaillot.
    Mgr Albert Decourtray.

    Maurice Bellet.
    Lucile Randon (Sœur André).
    François : les 10 ans de pontificat du pape du bout du monde.
    Santé et Amour.
    Le testament de Benoît XVI.
    Célébration des obsèques du pape émérite Benoît XVI le 5 janvier 2023 (vidéo).

    L’encyclique "Caritas in veritate" du 29 juin 2009.
    Sainte Jeanne d'Arc.
    Sainte Thérèse de Lisieux.
    Hommage au pape émérite Benoît XVI (1927-2022).
    Les 95 ans du pape émérite Benoît XVI.
    L’Église de Benoît XVI.
    Saint François de Sales.
    Le pape François et les étiquettes.
    Saint  Jean-Paul II.
    Pierre Teilhard de Chardin.
    La vérité nous rendra libres.
    Il est venu parmi les siens...
    Pourquoi m’as-tu abandonné ?
    Dis seulement une parole et je serai guéri.
    Le ralliement des catholiques français à la République.
    L’abbé Bernard Remy.






    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250508-leon-xiv.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/leon-xiv-que-la-paix-soit-avec-260869

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/05/08/article-sr-20250508-leon-xiv.html



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  • Saint Esprit et conclave

    « Notre foi est une chose vivante parce qu’elle marche main dans la main avec le doute. S’il n’y avait que la certitude, et que le doute n’existait pas, il n’y aurait pas de mystère, et donc la foi ne serait pas nécessaire. » (Robert Harris, le 1er juin 2017).


     

     
     


    À la suite de la mort du pape François le 21 avril 2025, les cardinaux sont appelés à élire leur nouveau pape. Cela va se passer au cours du conclave qui commencera ce mercredi 7 mai 2025 à 16 heures 30 dans la Chapelle Sixtine au Vatican.

    L'élection d'un pape est toujours un événement mondial et peut influer sur le cours des événements internationaux. Si le pape n'a plus aucun pouvoir temporel, et c'est heureux, il garde, même au-delà des croyants, une influence morale très forte. Les conclaves sont assez rares et souvent surprenants. Ainsi, l'élection de Jean XXIII, de Jean-Paul I
    er, de Jean-Paul II et celle du pape François ont été des surprises de taille. Celle de Benoît XVI l'était moins dans la mesure où succéder à Jean-Paul II nécessitait beaucoup d'assurance et d'expérience et peu de cardinaux s'en sont sentis capables.

    Je reviens très rapidement sur la désinformation totalement irréelle d'une supposée volonté du Président de la République française Emmanuel Macron d'influer sur l'issue du conclave, ce qui est assez stupide quand on connaît l'organisation du conclave. Et cela uniquement en surinterprétant deux repas diplomatiques complètement ordinaires pris à Rome lors des funérailles du pape François. L'Élysée a d'ailleurs démenti fermement en parlant de fausse information et en rappelant simplement le 2 mai 2025 sur Twitter :
    « En déjeunant avec les cardinaux français, le Président de la République s’est conformé aux usages républicains en vigueur et respectés par ses prédécesseurs après les funérailles d’un pape. Ces manipulations de l’information ne sont pas dignes. ».

    D'ailleurs, l'un des convives du déjeuner, le cardinal François-Xavier Bustillo, évêque d'Ajaccio, a pris la défense du chef de l'État le 2 mai 2025 sur la chaîne catholique KTO :
    « Nous sommes dans une démarche d'amitié et de respect, nous sommes dans le pays de la fraternité ; il n'y a donc aucun conditionnement. Je ne comprends donc pas pourquoi il y a des polémiques. Le Président de la République n'a pas dit aux cardinaux français ce qu'ils doivent faire, et comment et qui doivent-ils voter. Nous sommes libres et responsables, du côté du Président et du côté des cardinaux. ». Un autre cardinal convive a confirmé : « La France est un État laïc. Nous avons été invités. C’est tout à fait normal. Les manœuvres en vue du conclave n’ont pas été abordées. ». Et même Guillaume Tabard, éditorialiste au journal "Le Figaro" et peu suspect de macronisme, a pu témoigner sur place : « Emmanuel Macron n’a tenu aucun propos visant à exprimer sa volonté de voir triompher une ligne plutôt qu’une autre. ». Mais ce qu'on reproche à Emmanuel Macron de manière fausse et mensongère, on ne le reprocherait pas au roi du populisme outre-Atlantique...
     

     
     


    En effet, depuis le 21 avril 2025, ce qu'on a appelé en France l'Internationale des réactionnaires cherche à militer pour l'élection d'un pape dit conservateur. Donald Trump lui-même, le Président des États-Unis, n'a pas hésité à donner son grain de sel auprès de journalistes qui lui posaient la question, et il leur a répondu le 29 avril 2025 : « J'aimerais être pape. Ce serait mon premier choix ! ». Puis, plus sérieusement : « Je ne sais pas. Je n’ai pas de préférence. Je dois dire que nous avons un cardinal qui se trouve être à un endroit appelé New York, qui est très bon. Nous verrons ce qui se passera. ». Mgr Timothy M. Dolan (75 ans), ami de Donald Trump, est l'archevêque de New York depuis le 23 février 2009.
     

     
     


    Audace, humour, provocation ...ou vulgarité, Donald Trump s'est même mis à la place du souverain pontife en diffusant le 2 mai 2025 sur son compte officiel des réseaux sociaux l'image que j'ai mise en début d'article, générée par intelligence artificielle. Beaucoup de catholiques ont été choqués par ce narcissisme irrespectueux du pape disparu, notamment en Italie (et le cardinal Dolan n'a pas apprécié l'image), mais le plus choquant est que Donald Trump souhaiterait vraiment influer sur le conclave, il ne s'en est pas caché, mais n'en a pas vraiment les moyens. S'il avait été catholique, il aurait pu imaginer se faire élire pape puisqu'en principe, n'importe quel catholique, y compris un non-religieux, peut se faire élire, même si depuis 1389, les papes élus le sont parmi les cardinaux électeurs. J. D. Vance a donc ses chances.

    Revenons aux cardinaux. Chaque jour depuis la mort du pape, les cardinaux présents à Rome se sont réunis en congrégations générales, de plus en plus remplies au fur et à mesure que les cardinaux sont arrivés au Vatican. Tous les cardinaux, y compris les cardinaux non électeurs, ont pu participer à ces temps de prières et de réflexions.
     

     
     


    Qui va voter au conclave ? Depuis la décision de Paul VI du 1er octobre 1975, seuls les cardinaux âgés de moins de 80 ans peuvent être électeurs du pape et en principe, il ne peut y avoir plus de 120 cardinaux électeurs. Le Collège des cardinaux, qui s'appelait le Sacré Collège avant le 27 novembre 1983, regroupe l'ensemble des cardinaux. Ils sont au total 252, mais seulement 135 cardinaux ont moins de 80 ans au 21 avril 2025. Malgré la règle édictée en 1975, chaque nouveau consistoire (création de nouveaux cardinaux) engendre un nombre supérieur à 120 de cardinaux électeurs. Ainsi, au dernier consistoire le 7 décembre 2024, il y a eu 140 cardinaux électeurs et il aurait fallu attendre le 21 avril 2026, sans nouveau consistoire, pour que le nombre retombât à 120. Toutefois, malgré le surnombre, l'ensemble des cardinaux électeurs voteront. C'est nouveau car à l'élection des deux précédents papes, la limite avait été respectée.

    Le plus jeune est le cardinal australien Mykola Bytchok, qui a 45 ans. Les deux plus âgés ont donc un peu moins de 80 ans : le cardinal guinéen Robert Sarah est né le 15 juin 1945 et va avoir 80 ans dans un mois ; le cardinal Carlos Osoro Sierra, archevêque de Madrid, va avoir 80 ans le 15 mai 2025, soit 80 ans dans quelques jours (mais il restera électeur jusqu'à la fin du conclave, d'une part parce qu'il n'a pas le droit d'en sortir avant l'élection du pape, d'autre part c'est l'âge à la mort du précédent pape qui est pris en compte).
     

     
     


    Des 135 cardinaux électeurs, selon 133 cardinaux vont voter au conclave (les deux autres seront absents). Sur ces 133 cardinaux, une très grande majorité (les quatre cinquièmes), à savoir 108, ont été créés par le pape François ; 5 par Jean-Paul II et 20 par Benoît XVI. À noter que le cardinal lyonnais Philippe Barbarin est donc l'un des rares à avoir été créés par Jean-Paul II (le 21 octobre 2003).

    C'est donc un électorat de cardinaux principalement façonné par le pape François. Mais cela ne veut pas dire qu'ils aient la même option... "politique" (?), à savoir, progressiste ou conservatrice (voir plus loin). Le pape François ne cherchait pas forcément à nommer des cardinaux qui pensaient comme lui (humilité, simplicité, douceur) mais a surtout voulu représenter l'ensemble du monde en rééquilibrant l'origine géographique des cardinaux électeurs. Ainsi, sur les 133 électeurs, il y a 52 cardinaux en Europe dont 17 en Italie et 5 en France ; 23 en Asie dont 4 en Inde, 3 aux Philippines, 2 au Japon et 1 en Chine ; 16 en Amérique du Nord dont 10 aux États-Unis ; 4 en Amérique centrale ; 17 en Amérique du Sud dont 7 au Brésil et 4 en Argentine ; 17 en Afrique et 4 en Océanie.

     

     
     


    Comme indiqué précédemment, deux cardinaux électeurs ne seront pas présents au conclave : Mgr Antonio Canizares Llovera, ancien archevêque de Valence (en Espagne), qui est malade et Mgr John Njue, ancien archevêque de Nairobi, dont j'ignore encore la raison. En effet, au-delà d'un changement de date de naissance officielle (l'état-civil des pays africains est parfois peu rigoureux), ce cardinal a été déclaré absent car malade, mais dans une interview datée du 6 mai 2025, Mgr John Njue a déclaré dans un journal kényan "Daily Nation" : « Honnêtement, je ne sais pas pourquoi j'ai été exclu du conclave, je ne comprends pas la raison. (…) Ceux qui se rendent là pour l'élection reçoivent généralement des invitations officielles et cela n'a pas été le cas pour moi. (…) Ce n'est pas pour des raisons de santé, vraiment, c'est difficile à commenter. ». Il lui a été répondu qu'il n'avait pas besoin d'invitation pour se rendre au conclave dont il est membre de droit, mais qu'il ne s'y rendrait pas pour raison de santé (ce que le cardinal a pourtant démenti).

    Un 136e cardinal aurait pu être électeur en raison de son âge (76 ans), Mgr Giovanni Angelo Becciu, mais à cause d'un scandale financier qui l'a condamné à cinq ans et demi de prison pour détournement et mauvaise gestion de fonds (il a fait perdre au Vatican autour de 150 millions d'euros en tant que substitut pour les affaires générales), Mgr Giovanni Angelo Becciu a été déchu de son droit d'électeur par le pape François, et après une velléité de participer quand même au conclave, le cardinal y a renoncé le 28 avril 2025 après la publication de lettres du pape François l'excluant.
     

     
     


    A priori, un cardinal n'a pas le droit de voter pour lui-même. Un premier vote aura lieu le 7 mai 2025, puis, chaque jour, il peut y avoir jusqu'à quatre votes. Pour que l'élection soit acquise, il faut une majorité des deux tiers, ce qui est beaucoup. Au bout du treizième tour, si aucun pape n'a été encore élu, la majorité absolue suffit. Les bulletins d'un scrutin sont brûlés, la fumée qui s'échappe est noire jusqu'à l'élection d'un pape, avec la fumée blanche. C'est le protodiacre, à savoir le cardinal français Dominique Mamberti qui annoncera l'élection du pape par le célèbre Habemus Papam ! Notons qu'à l'élection du pape François, ce fut aussi un cardinal français, Mgr Jean-Louis Tauran (1943-2018) qui a proclamé les résultats.

    Dès l'annonce de la mort du pape François, les spéculations ont prospéré sur l'identité du futur pape et la principale réflexion s'est portée sur : le futur pape sera-t-il un continuateur du pape François comme pape d'ouverture, ou sera-t-il, au contraire, replié sur l'Église, un pape dit conservateur, gardien du temple dogmatique ?

    Mais on voit bien que cette question, qui est importante pour l'avenir de l'Église catholique, n'est cependant pas la plus cruciale. En élisant un pape, les cardinaux élisent d'abord un homme, une personne, avec ses qualités, et ses défauts. Ainsi, il faut d'abord comprendre que tous ces cardinaux se connaissent très peu, à part les Italiens ou, plus généralement, les Européens qui sont nombreux et proches géographiquement.
     

     
     


    Ensuite, il faut imaginer qu'au fil de leurs réunions à huis clos, les cardinaux vont définir, esquisser la figure du futur pape. Quels devront être ses caractéristiques ? Par exemple, au lieu d'être un "conservateur" (évalué à 30% du collège électeur) ou un "progressiste" (évalué à 25%), le futur pape devra surtout être un rassembleur capable de maintenir dans une Église unifiée l'ensemble des progressistes et des conservateurs, ce qui demande un certain don pour la diplomatie.
     

     
     


    Les cardinaux peuvent aussi souhaiter que le futur pape soit élu pour des missions particulières : par exemple, si l'objectif est de renouer avec l'Église orthodoxe (et laquelle ? celle de Moscou ?), ce n'est pas la même chose que de raffermir les liens avec l'islam. Ainsi, l'un des cardinaux les plus aptes à entretenir des relations avec les musulmans serait un cardinal à la fois algérien et français, Mgr Jean-Paul Vesco (63 ans), archevêque d'Alger, qui ne fait pourtant pas partie de la (longue) liste des papabili (papes possibles). Remarquons que ce cardinal ne fait pas partie des cinq cardinaux français.

    L'ouverture sur le monde moderne est aussi un enjeu majeur du prochain pontificat, même si le pape François avait déjà commencé. Cela peut aussi signifier la poursuite d'une opération vérité sur les abus sexuels trop longtemps soumis au silence dans les Églises nationales (le travail a été entrepris en France, aussi dans quelques autres pays, mais dans pas assez de pays).
     

     
     


    Le choix de l'origine géographique peut aussi être un élément majeur de l'élection. Ainsi, on peut imaginer le premier pape d'Afrique subsaharienne, ou le premier pape asiatique (chinois, pourquoi pas ?), etc. Ou au contraire, un retour à un pape italien pour s'occuper des affaires romaines et réformer la Curie, comme Mgr Mateo Maria Zuppi, l'archevêque de Bologne et président de la Conférence des évêques d'Italie.

    Cette liste des papabili est officieuse et ne repose que sur des ressentis de journalistes, un peu comme la liste des futurs ministres lors d'un changement de gouvernement ! Elle donne néanmoins une petit indication sur les enjeux. Celui qui a le plus de probabilité d'être élu serait Mgr Pietro Parolin, Secrétaire d'État du Vatican (l'équivalent de Premier Ministre), un très proche du pape François, le numéro un des cardinaux dans l'ordre protocolaire ; il jouerait le rôle d'une continuité rassurante comme l'a fait Benoît XVI pour succéder à Jean-Paul II.

    Il y a aussi des papabili considérés comme "conservateurs", tels que Mgr Robert Sarah (de Guinée), Mgr Peter Turkson (du Ghana) et Mgr Peter Erdo (de Hongrie). Ou encore des papabili d'Asie : Luis Antonio Tagle, archevêque de Manille (Philippines), très proche aussi du pape François, ou Charles Maung Bo, archevêque de Rangoun (Birmanie).

    Enfin, terminons sur un papabile français, Mgr Jean-Marc Aveline, l'archevêque de Marseille et président de la Conférence des évêque des France. Sa montée dans l'Église a été très rapide, aidée du pape François. Marseillais, d'un naturel très chaleureux, Mgr Jean-Marc Aveline avait eu l'honneur d'accueillir le pape François il y a un an et demi (en septembre 2023).
     

     
     


    Mais la plus grande surprise serait surtout qu'il n'y ait pas de surprise et que le pape soit choisi parmi ceux dont la liste de papabili vient d'être proposée. Les débats au sein du conclave sont secrets et le mystère devra rester ce qu'il est. De l'extérieur, on ne pourra pas donc suivre le cheminement qui aura abouti au choix d'un candidat précis, sur lequel une majorité de cardinaux se sera mis d'accord. L'élection improbable de René Coty à la Présidence de la République française, élu au treizième tour le 23 décembre 1953, montre à quel point chaque tour de scrutin peut complètement changer la situation.

    La tâche de choisir le nouveau pape est ardue, compliquée, angoissante. C'est pourquoi on dit généralement que les cardinaux électeurs vont s'imprégner, se laisser guider par le Saint Esprit. Pour le meilleur ...et le meilleur.



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (06 mai 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Saint Esprit et conclave.
    Emmanuel Macron veut-il influencer l'élection du nouveau pape ?
    Le pape François, centre du monde !
    Émotion mondiale pour la mort du pape François.
    Pâques : Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ?
    Bétharram : François Bayrou bouleversé par le témoignage de sa fille.
    Abbé Pierre : le Vatican savait dès 1955 !
    Mgr Jean-Marc Aveline.
    Inquiétudes sur la santé du pape François.
    Le pape François en Corse : la vie en rose !
    Le voyage du pape François en Corse (Ajaccio) en direct live ce dimanche 15 décembre 2024 (vidéo).
    Autonomie de la Corse : y a-t-il un risque de séparatisme ?
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    Le scandale bouleversant de l'abbé Pierre.
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    Le pape François à Marseille (1) : ne pas légiférer sur l'euthanasie.
    Le voyage du pape François à Marseille (22 et 23 septembre 2023).
    Mgr Jacques Gaillot.
    Mgr Albert Decourtray.

    Maurice Bellet.
    Lucile Randon (Sœur André).
    François : les 10 ans de pontificat du pape du bout du monde.
    Santé et Amour.
    Le testament de Benoît XVI.
    Célébration des obsèques du pape émérite Benoît XVI le 5 janvier 2023 (vidéo).

    L’encyclique "Caritas in veritate" du 29 juin 2009.
    Sainte Jeanne d'Arc.
    Sainte Thérèse de Lisieux.
    Hommage au pape émérite Benoît XVI (1927-2022).
    Les 95 ans du pape émérite Benoît XVI.
    L’Église de Benoît XVI.
    Saint François de Sales.
    Le pape François et les étiquettes.
    Saint  Jean-Paul II.
    Pierre Teilhard de Chardin.
    La vérité nous rendra libres.
    Il est venu parmi les siens...
    Pourquoi m’as-tu abandonné ?
    Dis seulement une parole et je serai guéri.
    Le ralliement des catholiques français à la République.
    L’abbé Bernard Remy.


     

     
     




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    https://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/saint-esprit-et-conclave-260828

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