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  • Du grand Bayrou !

    « Notre pronostic vital comme État est engagé, comme nation, comme société et comme pays. » (François Bayrou, conférence de presse du 15 juillet 2025).




     

     
     


    Incontestablement, c'était du grand Bayrou ! C'est l'affaire de sa vie. Le budget. Le budget de l'année 2026. Il a 74 ans, il aurait pu choisir de se reposer, de prendre une paisible retraite pendant qu'il est encore en forme (il est maintenant le chef du gouvernement le plus âgé en exercice, à l'exception de Pétain), et surtout, il n'avait rien à y gagner avec cette histoire, subissant une impopularité record, des forces d'opposition prêtes à se coaliser (dans une collusion gauche/extrême droite qui rappelle étrangement l'époque du maréchal, justement) pour le censurer. Rien à y gagner sinon l'intérêt général. Rien à y gagner sinon la postérité d'un homme fort, d'un homme droit, d'un homme courageux, comme ce fut le cas pour Pierre Mendès France, décidément une référence indispensable.

    Je ne suis pas madame Soleil et je suis donc bien incapable d'imaginer les suites de cette affaire (censure ou pas en octobre), mais ce qui est sûr, c'est que la conférence de presse que le Premier Ministre François Bayrou a tenue ce mardi 15 juillet 2025 à 16 heures pendant deux heures (qu'on peut relire ou réécouter ici) restera dans les annales de l'histoire politique de la France, et c'est sans doute la déclaration la plus importante de sa carrière (même si tout le monde s'en fiche de cela) : « Il est des moments dans l'histoire des peuples où ils ont rendez-vous avec eux-mêmes, et ce moment est un de ceux-là. Il ne s'agit plus de savoir seulement quelles sont nos exigences, quelles sont nos préférences, mais qui nous sommes ? Quel peuple formons-nous ? À quoi ce peuple croit-il ? De quel ciment est-il soudé ? Et quelle part chacun de nous, citoyennes et citoyens, est-il prêt à prendre à notre avenir collectif ? ».

    On aura maintenant compris que François Bayrou n'était pas un paresseux, qu'il a beaucoup bossé pour cette conférence de presse si attendue, qu'il est aussi un meneur, directif, un chef qui décide, au point qu'il est allé présenter son projet budgétaire à l'Élysée au Président Emmanuel Macron le matin même, en l'annonçant et l'expliquant... « par courtoisie républicaine » ! C'est donc bien François Bayrou qui est aux commandes de la France.

    La voix un peu éraillée par les temps, le Premier Ministre a présenté ce qui, pour lui, est l'essentiel de son engagement politique. Éviter à la France de se retrouver comme la Grèce il y a une dizaine d'années, obligée de baisser les pensions de retraite de 30% et la rémunération des fonctionnaires de 15% : « Alors bien sûr, pendant longtemps, on ne voit pas le risque, on s'en accommode, on détourne les yeux, et puis un jour, on est rattrapé et on ne peut plus payer ce qu'on doit. Alors c'est la crise, la vraie crise. Votre pays est acculé, il est traqué et vous ne pouvez plus éviter le piège. Un pays qui ne peut pas faire ses fins de mois sans emprunter et qui un beau jour ne retrouve plus de prêteurs : il ne peut plus payer les fonctionnaires, il ne peut plus payer les retraites, alors il n'y a plus aucune échappatoire. Et alors, sans l'ombre d'un doute, sans l'ombre d'une hésitation, ce pays-là ne peut pas survivre, il est obligé de plier. Et ceci n'est pas une théorie en l'air. C'est arrivé à des pays aussi dignes et aussi respectables que le Canada ou la Suède dans les années 90, que le Portugal, l'Italie ou l'Espagne au début des années 2010. Tout d'un coup, les prêteurs cessent d'avoir confiance et nous l'avons vu sous nos yeux arriver à la Grèce. ».

    Le tableau financier de la France est alarmant, forcément alarmant, et résulte d'une cinquantaine d'années de budgets déficitaires issus de gouvernements paresseux et négligents. François Bayrou veut rompre avec ça pour reprendre de la marge financière. Pour cela, il faut d'abord se rendre compte de la gravité de la situation : « La dette de notre pays représente aujourd'hui plus de 3 300 milliards d'euros. Ça signifie 114% du produit national de chaque année, ce qui signifie que cette dette représente plus d'une année de la totalité de ce que notre pays a produit dans toutes ses activités agricoles, industrielles, intellectuelles, dans le secteur du commerce, des services, de la santé ou du soin, la totalité de cela, la dette le dépasse d'au moins deux mois entiers. (…) Et la charge de la dette devient un poste budgétaire écrasant. En 2029, si nous ne changeons rien, la part des dépenses publiques consacrées au paiement des intérêts de cette dette serait de 100 milliards d'euros, c'est-à-dire de loin le premier poste budgétaire de l'État, bien plus que le budget consacré à l'Éducation nationale. (…) Cette dette augmente de plus de 150 milliards par an. Et pour le dire plus simplement, et pour que chacun mesure exactement la charge immense qui pèse sur nos épaules, ça signifie que chaque seconde qui passe, chaque seconde, la dette de la France augmente de 5 000 euros. 5 000 euros de dette supplémentaire par seconde. Voilà où nous en sommes. ».

     

     
     


    La longue introduction a servi à justifier les mesures qu'il propose pour le budget de 2026. Certes, ce sont juste des orientations et il explique bien qu'il va continuer tout l'été à discuter, négocier avec les partis politiques, avec les groupes politiques, avec les syndicats, avec diverses institutions comme le CESE (Conseil Économique Social et Environnemental), etc. pour affiner, améliorer son projet budgétaire. C'est la première fois que les lois de finances sont présentées aussi en amont du processus, au début de l'été alors que généralement, cela se passe au début de l'automne.

    Pour François Bayrou, et c'était le titre de sa conférence, c'est un moment de vérité : « parce que nous ne pouvons plus, en tout cas c'est notre conviction et c'est la mienne, nous ne pouvons plus ni éluder ni retarder cette menace. Je crois qu'il est tard, mais qu'il est encore temps. Il est encore temps, dans les temps de crise grave, c'est le mot d'ordre des peuples courageux. Alors il faut agir, agir vite et agir fort, mais il faut agir avec justesse et justice. Et pour cela, il faut essayer de comprendre ce qui s'est passé dans notre pays plus que dans aucun autre pour que nous nous retrouvions dans la situation où nous sommes aujourd'hui. ».

    Deux raisons à cette situation gravissime.

    La première, c'est le dopage à la dépense publique : « Nous avons considéré comme normal dans notre pays depuis des années, des décennies, que l'État, puissance publique et sécurité sociale, que l'État paie tout. Nous sommes devenus accros à la dépense publique. Il n'y a pas de difficulté du pays, il n'y a pas de changement nécessaire, il n'y a pas d'obstacle à surmonter, ni d'ordre sanitaire, ni d'ordre climatique, ni d'ordre énergétique ou familial devant lesquels les élus, les citoyens, les médias n'aient eu chaque fois qu'une seule réponse à la bouche, se tourner vers l'État. Que l'État prenne en charge les difficultés sectorielles. Ça a été réclamé pour tous les secteurs, des personnes, aux familles et aux entreprises. Et la France est ainsi devenue le pays du monde qui dépense le plus d'argent public : 57% de notre production nationale chaque année, 57% dépensés, contre 50% seulement de recettes. Je vous invite à mesurer avec moi le paradoxe français : nous sommes le pays du monde qui mobilise le plus de dépenses publiques, nous sommes le pays du monde qui a les impôts et les charges sociales les plus élevés. Et si l'abondance des impôts faisait la richesse et le bien-être d'une nation, nous serions le pays le plus prospère et le plus heureux de la planète. Et pourtant, les Français sont de plus en plus mécontents de leurs services publics. Et pourtant, notre économie souffre. Et pourtant, ce qui est plus frappant encore, nous sommes le pays le plus pessimiste au monde, selon la mesure de tous les sondages disponibles. Le pays le plus pessimiste au monde est le pays où l'on dépense le plus d'argent public. ».
     

     
     


    La seconde raison, c'est le manque de production, ce qui rend déficitaire la balance du commerce extérieur : « Nous avons peu à peu perdu de vue que pour distribuer, il fallait produire. Or, distribuer toujours plus en produisant toujours moins, c'est une condamnation. Et cela se traduit dans notre commerce extérieur sur les 25 dernières années, depuis le début des années 2000 jusqu'en 2024. Notre solde, notre résultat du commerce extérieur, ce que nous achetons contre ce que nous vendons, notre résultat du commerce extérieur est passé de l'équilibre dans les années 2000 à un déficit massif tous les ans répété, qui est une fois de plus cette année comme depuis 5 ans, supérieur à 100 milliards d'euros pour la quatrième année consécutive. ».

    C'est la raison pour laquelle le chef du gouvernement a présenté deux plans d'action, un pour réduire la dépense publique et un pour augment la production nationale, seule génératrice de richesse.


    I. Stop à la dette !

    Cinq principes dominent ce plan :

    un retour à l'équilibre de la dette en quatre ans (en 2029), avec une trajectoire ambitieuse du déficit : 5,8% du PIB en 2024 ; 5,4% en 2025 ; 4,6% en 2026 ; 4,1% en 2027 ; 3,4% en 2028 ; 2,8% en 2029 (on considère l'équilibre à moins de 3%).

    la réduction du déficit passe par la réduction de la dépense publique.

    l'équité : « Tout le monde devra participer à l'effort. Face à l'ampleur de l'enjeu, il est illusoire de penser qu'une catégorie ou une autre puisse seule porter le fardeau. ».
     

     
     


    préserver nos entreprises : « Le travail et la compétitivité de nos entreprises doivent être autant que possible épargnées. Ils sont notre seule arme pour aller de l'avant et pour ne pas vivre dans le cauchemar de l'amputation perpétuelle des dépenses et investissements que nous avons à faire. ».

    l'acceptabilité : « Cet effort, enfin, est défini pour être supportable par tous. Il n'impose pas de baisse des salaires dans la fonction publique, ni de baisse des pensions de retraite. Il ralentit la croissance des dépenses mais ne la supprime pas et il n'entraîne pas de récession. ».
     

     
     


    Il en résulte qu'il faut réduire le déficit en 2026 de 43,8 milliards d'euros. Ce qui est énorme ! La réduction de la dépense publique se fera dans tous les domaines, avec suppression des « agences improductives » ; le non-remplacement d'un fonctionnaire sur trois qui partent à la retraite ; une maîtrise des dépenses des collectivités territoriales ; une optimisation des dépenses de l'assurance-maladie (environ 5 milliards d'euros) qui ne nuira pas la qualité des soins ; l'institution d'une année blanche en 2026, c'est-à-dire non-augmentation de toutes les prestations de l'État (7 milliards d'euros), avec un effort réduit grâce à la faible inflation (1%) ; la lutte renforcée contre la fraude (et un meilleur recouvrement de la fraude connue) ; la « chasse aux niches fiscales inutiles, inefficaces » ; etc.

    Des dizaines de mesures sont ainsi proposées au public. Parmi certaines, des emblématiques. Ainsi, François Bayrou n'a pas souhaité supprimer l'abattement fiscal de 10% des retraités (qui n'ont plus de frais professionnels), mais le transformer en abattement forfaitaire de 2 000 euros (les petites pensions y gagnent, les forte pensions y perdent).
     

     
     


    En outre, le Premier Ministre a proposé aussi une contribution des très riches (qu'il a définis par des revenus annuels de 250 000 euros pour un célibataire et 500 000 euros pour un couple) : « Cet effort de justice doit passer par une contribution des plus fortunés. Une contribution de solidarité sera créée, que nous définirons avec les commissions compétentes des deux assemblées et cette contribution devra faire participer à l'effort national les plus hauts revenus. Et comme je m'y suis engagé lors de l'adoption du budget, nous prendrons des mesures complémentaires pour lutter contre l'optimisation abusive des patrimoines non productifs. L'effort de la nation se doit d'être équitable, c'est-à-dire de demander peu à ceux qui ont peu et plus à ceux qui ont davantage. ».


    II. En avant la production !

    Cheval de bataille de sa campagne présidentielle de 2012, François Bayrou a beaucoup insisté sur la croissance de notre production nationale : « La reconquête de la production dans notre pays est aussi cruciale que la lutte contre les déséquilibres budgétaires. Si notre production par habitant était dans la même gamme que celle de nos voisins européens, nous n'aurions plus de déficit budgétaire, et nos concitoyens qui gagnent 2 000 euros par mois approcheraient les 2 500, et ceci changerait leur vie. ».

    II.1. D'abord, il faut favoriser le travail : « Il faut travailler plus, il faut que toute la nation travaille plus pour produire et pour que l'activité du pays dans son ensemble soit plus importante dans l'année et pour que la situation de la France s'améliore. ».


    Et l'une des réponses à cela, entre autres, et ça va faire couler beaucoup d'encre, c'est de supprimer deux jours fériés, par exemple le lundi de Pâques et le 8 mai : « Ce sont des propositions. Je suis prêt à en accepter ou en examiner d'autres. Si d'autres idées surgissent, bienvenue, et nous pourrons voir. Mais vous voyez bien que ça n'est pas du tout la même chose pour les spécialistes parlementaires que d'autres idées qui avaient été proposées l'année dernière, qui était qu'il y ait pour chaque travailleur une journée de solidarité dont on ne vérifierait pas vraiment si elle est accomplie ou pas, et qui se traduirait uniquement par des prélèvements sur les entreprises. Ce n'est pas du tout la même chose. C'est le pays tout entier qui se met au travail, ou qui se remet au travail, un jour où, depuis longtemps, il ne travaillait plus. Au passage, cette modification de notre calendrier des jours fériés rapportera plusieurs milliards au budget de l'État, simplement parce que les entreprises, les commerces, la fonction publique, la nation travaillera et que notre production sera améliorée. ».

    Aussi, il faut augmenter la population qui travaille : « Il n'est pas normal qu'un pays comme le nôtre, avec autant d'emplois offerts, conserve un taux de chômage au-dessus de 7% et que le nombre d'emplois non pourvus soit aussi élevé. L'accent doit notamment être mis sur les jeunes et les seniors pour qui les taux d'emploi sont particulièrement faibles, par comparaison avec nos voisins européens. ». Avec deux chantiers avec les partenaires sociaux, un sur l'assurance-chômage, un autre sur le droit du travail, en particulier pour faciliter les recrutements. Et un troisième chantier : « En coordination avec les collectivités, je proposerai au Parlement avant la fin de l'année un projet de loi créant une allocation sociale unifiée pour une solidarité plus lisible et qui donne toujours la priorité au travail. ».

    François Bayrou a par ailleurs confirmé ce qu'il avait dit à l'issue du conclave sur les retraites, à savoir qu'il inclurait dans la loi de financement de la sécurité sociale les accords sur les femmes qui sont devenues mères et sur la prise en compte de la pénibilité.
     

     
     


    II.2. Ensuite, il faut faciliter la vie des entreprises avec une sorte de pacte. Le Sénat vient de sortir un rapport qui fait état de 211 milliards d'euros d'aides aux entreprises. Le mot "aides" est parfois excessif car souvent, il s'agit de réductions fiscales ou sociales. Toutefois, François Bayrou a envisagé de simplifier encore beaucoup plus la vie des entreprises, trop accaparées par des tâches administratives et bureaucratiques en compensation d'une réduction de ces 211 milliards d'euros : « Moins de subventions contre plus de liberté, de simplification et de confiance. Les normes surtransposées, surabondantes, supplémentaires, les obligations bureaucratiques toujours plus pénalisantes, les absurdités de dossiers imposées à ceux qui peuvent le moins en avoir la maîtrise, imposées aux artisans, aux maîtres d'œuvre, à l'achat public, les retards de paiement, c'est un autre chapitre très important. Tout cela plombe les acteurs de la production et pénalise, une étude européenne l'a montré, de quelque 4% ou davantage leur chiffre d'affaires. Et pénalise bien sûr davantage les "petits" qui travaillent seuls ou en famille, avec peu de collaborateurs, que les plus gros qui ont à leur disposition des services juridiques, administratifs ou des directions des ressources humaines puissantes. Mais c'est vrai que ça pénalise davantage les petits que les plus importants, mais c'est un filet qui ralentit et paralyse tout le monde. ».

    II.3. Il faut améliorer la compétitivité, avec plusieurs leviers.

    Le premier est l'énergie : « Nous devons améliorer de manière générale la compétitivité, comme on dit, c'est-à-dire la capacité, l'efficacité, l'attractivité de notre économie. Le premier facteur sur lequel nous allons agir, c'est l'énergie, car nous avons en France un atout immense, disposant d'une énergie bon marché en plus d'être abondante, souveraine et décarbonée. Nous devons davantage miser sur cet atout et remercier tous ceux qui ont, au travers du temps, permis l'édification de cette production d'électricité. Nous devons permettre aux industriels de bénéficier d'accords qui réduisent leur exposition à la volatilité des prix. ».

    Le deuxième est l'accès au financement : « Le rapport de Mario Draghi, qui devrait servir de référence à un très grand nombre des acteurs économiques et politiques dans notre Union Européenne, le rapport de Mario Draghi a montré que nous devons d'abord mettre les financements européens au service de la croissance des entreprises européennes. C'est dans ce but que le Ministre de l'Économie, Éric Lombard, a lancé un label européen pour l'investissement de long terme qui permettra d'assurer le développement de produits d'épargne finançant notre croissance. Ce qu'on appelle le capital-risque, c’est un outil puissant pour l'innovation et la croissance des entreprises. Nous consacrerons 900 millions d'euros de financement en fonds propres supplémentaires à l'investissement dans les entreprises. ».

    Troisième levier, réduire les retards de paiement (15 milliards d'euros de trésorerie) : « C'est une manne considérable et dont nous ne pouvons pas accepter qu'on baisse les bras en face des conduites qui la produisent. L'État est déterminé à renforcer les sanctions à l'égard des débiteurs en cas de retard de paiement de ces créances. À l'avenir, ces sanctions pourront aller jusqu'à 1% du chiffre d'affaires pour mettre fin à des pratiques qui fragilisent notre tissu économique. ».


    II.4. Redresser le commerce extérieur : « Nous allons passer en revue toutes les filières déficitaires, repérer les produits les plus propices à une localisation de la fabrication sur notre sol, en vue de réduire nos importations. Nous devrons également soutenir nos filières d'excellence pour qu'elles le restent. Et donc, des stratégies de filières, associant les grandes entreprises et les pouvoirs publics locaux et nationaux, devront rapidement être définies et mises en œuvre. L'État fédérera les grandes entreprises, entreprises moyennes et entreprises débutantes, il les réunira, mais il ne peut pas faire tout seul. Et donc, nous avons devant nous un important enjeu de redéfinition d'une stratégie nationale de reconquête de notre commerce extérieur. Il faut aussi que cela s'accompagne de changements dans nos modes de consommation, en encourageant davantage les circuits courts et les commerces de proximité. C'est pourquoi une taxe va être proposée sur les petits colis, afin de protéger nos commerces et nos producteurs de la marée de concurrence déloyale qui les assaille. ».

    II.5. Promouvoir l'innovation avec un soutien massif au développement de l'intelligence artificielle : « Dans tous les secteurs de notre activité, l'intelligence artificielle peut et doit devenir un outil concret utile qui améliore la productivité des entreprises. On estime, dans les études les plus sérieuses, à 20% le gain de productivité lié à l'intégration de l'intelligence artificielle dans les processus productifs. ».

    II.6. Former beaucoup plus d'ingénieurs : « D'ici 2035, l'économie française devra recruter près de 100 000 nouveaux ingénieurs et techniciens par an. ».
     

     
     


    Dans sa conclusion, l'agrégé de lettres a cité Hannah Arendt et a souligné le besoin de courage et de sens des responsabilités de la classe politique : « Ce que j'ai voulu faire en m'exprimant devant vous aujourd'hui, c'est permettre à tous de juger la gravité de la situation, d'examiner une proposition cohérente, un plan global d'action du gouvernement, dont nous avons la conviction qu'il est le seul qui puisse permettre à notre pays d'affronter ces défis. Défis que nous ne pouvons plus faire semblant de ne pas voir. Et ainsi donner à tous la capacité d'agir et d'avancer ensemble. ».

    Mais malgré la situation, François Bayrou a voulu finir sur un note d'espoir et de fierté du peuple français : « Nous ne devons jamais oublier qu'il n'y a pas beaucoup de peuples comme le nôtre. Pas beaucoup de peuples qui comptent autant de réussites scientifiques, techniques et industrielles. Pas beaucoup de peuples qui portent un projet de société à vocation universelle construit autour d'idées fondatrices comme la laïcité, une idée qui affirme qu'on n'a pas besoin, parce qu'on croit quelque chose, de vouloir obliger les autres à abandonner leurs idées. Cette idée qui fait que nous formons, c'est l'étymologie du mot laïcité, que nous formons un seul peuple. Toutes ces réussites ont scandé l'histoire et fait de notre pays une puissance. Parfois, souvent, la France a failli céder, mais toujours elle s'est reprise pour résister au totalitarisme, aux guerres nationales et européennes. Elle s'est reprise chaque fois pour résister à la force brutale. La mission des gouvernants, c'est d'identifier les risques, de les affronter en mobilisant l'énergie du pays sans crainte et sans préoccupation personnelle. ».


    La balle est désormais dans le camp des oppositions : joueront-elles leur jeu personnel, égoïste et électoraliste, comme d'habitude, ou se ressaisiront-elles pour le bien commun et l'intérêt général ? J'ai déjà ma petite idée...


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (15 juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Du grand Bayrou !
    Conférence de presse du Premier Ministre le 15 juillet 2025 (vidéo et texte intégral).
    Emmanuel Macron veut une France militairement puissante.
    Accord de Bougival : les félicitations d'Emmanuel Macron.
    Tu as voulu voir la dissolution, et on a vu Bayrou !
    François Bayrou, le début du commencement.
    La quadrature du cercle de Michel Barnier.




     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250715-bayrou.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/du-grand-bayrou-262096

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/15/article-sr-20250715-bayrou.html



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  • 8e motion de censure pour convenance personnelle (du PS)

    « Avec le dépôt de ce projet de loi, ne le prenez pas mal, mesdames et messieurs du groupe socialiste, vous vous retrouvez le bec dans l’eau, ce qui, par les temps de canicule que nous vivons, peut avoir des aspects rafraîchissants, mais n’est pas, nous en conviendrons tous, une position durable. » (François Bayrou, le 1er juillet 2025, dans l'hémicycle).





     

     
     


    Première séance de la courte session extraordinaire jusqu'à la fin de la semaine prochaine. C'est avec une certaine dose d'humour, celui qu'on a dans les cas désespérés, mais toujours avec le respect pour ses interlocuteurs, que le Premier Ministre François Bayrou a répondu ce mardi 1er juillet 2025 à la motion de censure déposée par le groupe socialiste à l'Assemblée Nationale. Les cas désespérés, c'est celui de son gouvernement qui, faute d'avoir une majorité, même relative, est soumis aux aléas de la vie parlementaire, au bon vouloir des différents groupes, en particulier du PS et du RN, la huitième motion de censure en six mois et demi, mais c'est aussi celui d'un parti socialiste qui, décidément, a définitivement perdu son esprit de responsabilité jusqu'à l'un de ses éminents membres, François Hollande, ancien Président de la République, qui a joué la posture démagogique jusqu'à voter lui-même la censure alors qu'il y était hostile par principe.

    Officiellement, le groupe socialiste a déposé une motion de censure sous prétexte que le conclave sur les retraites ne serait pas concluant, ce qui ne serait pas la faute du Premier Ministre qui a laissé justement les partenaires sociaux négocier seuls. Le PS a dégainé cette arme fatale sous prétexte que François Bayrou ne déposerait pas de texte sur les avancées sur les retraites alors qu'il venait juste de dire qu'il déposerait un texte à l'Assemblée sur les accords acquis au cours de ce conclave.

    On comprend surtout trop bien que la cuisine politicienne interne et externe du PS nécessitait de montrer haut et fort qu'il restait un parti d'opposition qui se dégageait complètement de toute bienveillance et aussi de tout sens des responsabilités avec le gouvernement.


    Cuisine interne, puisque dans la nouvelle direction du parti socialiste, Boris Vallaud, le président du groupe PS à l'Assemblée, partisan acharné de la motion de censure, vient d'intégrer la direction nationale du PS aux côtés du premier secrétaire Olivier Faure. Ce dernier n'a pas obtenu la majorité absolue à la direction et sa majorité est complétée par le courant de Boris Vallaud avec 27 membres correspondant à 30% (au lieu des 17% de son audience au congrès), et Boris Vallaud a obtenu la coprésidence du conseil nationale, la direction de l'Académie Léon Blum, etc. Quant à l'opposant d'Olivier Faure, Nicolas Mayer-Rossignol fait partie encore de l'opposition et n'a même pas pu donner son avis sur le texte de la motion de censure contre laquelle il était.

    Cuisine externe également, puisque le lendemain de l'examen de la motion de censure, le 2 juillet 2025 à Bagneux, sur l'invitation de l'ovni politique Lucie Castets (ne représentant personne d'autrre qu'elle-même), le PS et les écologistes se sont réunis pour réfléchir à une candidature unique de la gauche non-mélenchonique, et le PS devait se présenter dans la posture d'un opposant au gouvernement aux côtés des écologistes aux positions gauchistes assumées.

    Reprenons ainsi quelques déclarations à l'occasion de cette discussion de cette énième motion de censure dont l'intérêt est tout relatif puisque le RN avait annoncé qu'il ne la voterait pas.

     

     
     


    Sa défenseur socialiste Estelle Mercier n'a pas manqué de dire n'importe quoi pour justifier cette motion de censure : « Donner sa parole, c’est prendre un engagement, faire une promesse que l’on ne peut rompre sans se déshonorer. Monsieur le Premier Ministre, en rompant votre promesse, vous avez choisi le déshonneur. Cette faute, qui vous engage pleinement, appelle une réponse claire de notre assemblée : la censure de votre gouvernement. ».

    Ainsi, ces contre-vérités-ci : « Vous n’avez cessé de revenir sur vos engagements, d’abord en écartant progressivement l’hypothèse d’un retour de l’âge légal à 62 ans, avant même la fin des discussions entre les partenaires sociaux, puis en annonçant devant cette assemblée, il y a quelques semaines, que si aucun accord n’était trouvé, la réforme Borne s’appliquerait, enfin en refusant de présenter devant le Parlement un texte sur les retraites qui reprenne les avancées, même minimes, de cette concertation. En agissant de la sorte, vous avez méthodiquement vidé de son sens le conclave sur les retraites. Vous avez explicitement autorisé le patronat français à ne pas faire de concessions, puisque vous l’avez conforté dans son intransigeance, et vous n’avez cessé de saboter les initiatives de compromis. Si vous aviez imaginé que les socialistes pourraient se contenter de mesurettes, même positives, intégrées à la va-vite dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2026, mais ne modifiant en rien les équilibres fondamentaux de la loi Borne, vous vous êtes lourdement trompé ! Monsieur le Premier Ministre, au lieu d’ériger ce conclave en exemple de dialogue et de concertation, vous en avez fait un simulacre et vous avez fragilisé durablement la démocratie sociale. Pire encore, par vos renoncements successifs, vous avez trahi non seulement la parole donnée aux députés, mais surtout la parole donnée aux Français ! ».

    Estelle Mercier a fustigé le gouvernement de faire le jeu de l'extrême droite alors que le PS demande lui-même une collusion avec les députés RN pour renverser le gouvernement ! Quels imposteurs, ces socialistes ! Elle a poursuivi en réclamant un nouvel interlocuteur à Matignon (qui serait immédiatement censuré) : « Nous défendons ici une ambition : celle de retrouver le chemin du progrès, du dialogue sincère et d’un changement de méthode. Nous souhaitons désormais pouvoir trouver à Matignon un interlocuteur responsable, respectueux du parlementarisme, un Premier Ministre qui travaille sur les sujets qui préoccupent réellement les Français, pouvoir d’achat, justice fiscale, justice sociale, éducation, écologie, accès à la santé et à la culture ; un Premier Ministre qui fixe un cap, qui nourrit pour la France une autre ambition que le retour au cumul des mandats et le scrutin proportionnel, autant de sujets hors-sol et hors d’âge qui ne sont pas à la hauteur des enjeux écologiques, économiques et démocratiques auxquels nous faisons face. Votre méthode inefficace ne sert qu’un seul intérêt, le vôtre ; qu’une seule ambition, rester au pouvoir. Il est désormais temps d’en changer au profit d’une méthode servant avant tout l’intérêt des Français. ».

    En l'occurrence, à ce jour, le gouvernement Bayrou est sans aucun doute celui le plus « respectueux du parlementarisme » de tous les gouvernements de la Cinquième République, puisqu'il laisse l'adoption principalement de propositions de loi émanant des parlementaires eux-mêmes. C'est donc un mauvais procès fait à François Bayrou qui n'a pas manqué de prendre son temps pour répondre.

    Car François Bayrou n'a pas été avare en argument pour démonter cette motion de censure : « Ne croyez surtout pas que je veuille banaliser cet événement, mais il s’agit de la huitième motion de censure que notre gouvernement doit affronter et de la deuxième du groupe socialiste, le tout en six mois et demi. C’est un rythme, vous l’avouerez, respectable et donc un exercice que je tiens à respecter, même s’il y a parfois des aspects baroques. Récemment, c’était une censure demandée contre le gouvernement parce que l’Assemblée n’était pas contente de l’Assemblée. Cette fois, c’est un peu plus complexe encore : la motion de censure a été annoncée solennellement par le président du groupe socialiste parce que "le gouvernement avait promis un projet de loi sur les retraites présenté devant le Parlement. Il n’y a pas de projet de loi. Donc nous censurons le gouvernement". Le problème, c’est qu’il y aura un projet de loi, je l’ai officiellement confirmé, reprenant les avancées principales, et à mes yeux significatives, du travail du conclave, que j’ai entendu Mme Mercier qualifier de "mesurettes", ce que nous allons vérifier. Avec le dépôt de ce projet de loi, ne le prenez pas mal, mesdames et messieurs du groupe socialiste, vous vous retrouvez le bec dans l’eau, ce qui, par les temps de canicule que nous vivons, peut avoir des aspects rafraîchissants, mais n’est pas, nous en conviendrons tous, une position durable. ».

     

     
     


    Ainsi, prenant acte de la posture du PS, le Premier Ministre a accepté de lui délivrer un brevet d'opposition permanente : « Le but de la motion de censure, le Président François Hollande l’a clairement indiqué, n’est donc pas vraiment la censure du gouvernement. C’est un signal pour qu’il soit clair aux yeux de tout le monde, et singulièrement aux yeux du parti socialiste lui-même, qu’il est dans l’opposition, ce dont je lui donne bien volontiers acte. Bien que je n’aie pas de qualification particulière pour le faire, je délivre bien volontiers au parti socialiste, depuis cette tribune, un certificat d’opposition, de mécontentement, de condamnation, d’indignation, de révolte, de protestation, de sanction, d’accusation, de mise en cause, de dénonciation perpétuelle et continue ! Je signe des deux mains autant de certificats autographes que vous le voudrez. ».

    Sur le fond du sujet, les retraites, François Bayrou a insisté sur la situation intenable pour les prochaines générations : « Qu’y a-t-il de réel, d’indiscutable, dans la situation des retraites, dans la situation des finances publiques de notre pays, dans la situation respective des générations, qui nous oblige, nous oblige !, si nous sommes responsables, comme nous prétendons l’être, à prendre des décisions, même difficiles, pour opérer dans nos affaires une remise en ordre nécessaire ? Stabiliser, remettre en ordre pour aller de l’avant, voilà le triptyque de l’action gouvernementale. Alors c’est simple ! Il y a, et vous pouvez enregistrer cette affirmation, que la situation ne peut plus continuer, au risque d’une guerre des générations, au risque d’un péril mortel pour notre modèle social, pour notre économie, pour les finances de notre pays et, au bout du compte, pour notre République. ».

    Petit cours sur le système par répartition, et le problème de son financement très clairement exposé : « Notre système de retraites, je le dis non pas pour vous, qui le savez pertinemment, mais pour ceux qui nous écoutent, fonctionne par répartition. La règle d’or qui l’organise voudrait donc que les pensions soient payées, chaque année, chaque mois, par les cotisations des entreprises et des salariés, directement, si j’osais dire, du producteur au consommateur, du cotisant au pensionné. Mais il y a des décennies que cette règle n’est plus respectée. Pour la part des retraites dévolue à la fonction publique, ce sont quelque 30 à 40 milliards qui manquent chaque année. Pour les retraites du privé elles-mêmes, ce chiffre atteindra, d’après la Cour des Comptes, 6 ou 7 milliards en 2030, 15 milliards en 2035, 30 milliards en 2045. Il augmente chaque année ! Si rien n’est fait, la Cour des Comptes estime que pour le seul régime général, 350 milliards d’euros de dettes seraient accumulés dans les vingt années qui viennent. Ces chiffres, que je dénonce depuis des années, souvent seul, ces chiffres de désinvolture et d’immoralité, ce sont les chiffres de la pénalisation des enfants par les parents, des travailleurs qui n’en peuvent mais au profit des pensionnés. Ces sommes, si nous les avions, si nous les financions, il n’y aurait aucun problème ! Un pays riche est bien libre d’affecter à l’usage qu’il choisit l’argent tiré de ses impôts, de ses taxes et des charges qu’il prélève. D’ailleurs, s’agissant du social, ce système est bien connu : c’est le système que l’on appelle beveridgien, du nom de l’économiste anglais qui le définit pour Winston Churchill pendant la guerre, et qui fait payer les pensions par l’impôt et les taxes. L’autre système, celui dans lequel les actifs participent par un système d’assurance mutuelle, c’est le système bismarckien. Il n’y aurait aucun problème à ce que nous prenions un peu des deux, une partie issue des cotisations, une partie des impôts et des taxes. Mais l’argent que, par milliards, nous sommes obligés de fournir chaque année à notre système de retraites pour l’équilibrer, en dépit de la multiplication des impôts et des charges, cet argent, nous ne l’avons pas. Et ne l’ayant pas, que faisons-nous ? Nous l’empruntons tous les ans depuis des décennies, tous les ans, tous les mois, tous les jours, et il faudra bien que quelqu’un rembourse. On sait très bien, d’ailleurs, qui remboursera : ce sont les travailleurs d’aujourd’hui et de demain, les salariés, les entreprises, les indépendants ; tous ceux qui paieront des impôts et des charges pendant les vingt, trente, quarante ans qui viennent, c’est-à-dire les actifs d’aujourd’hui et leurs enfants. S’ils comprenaient le piège dans lequel on les a enfermés depuis quarante ans, tous ceux-là manifesteraient, et spécialement les plus jeunes, contre les gouvernants irresponsables et contre les démagogues qui plaident pour que l’on continue à creuser toujours davantage le déficit. Cette situation est un piège mortel ! Un pays ne peut pas survivre à un tel engrenage. ».

    D'où sa mission (kamikaze !) : « Et si personne n’alerte, si personne n’entend, nous allons nous perdre dans le surendettement et ce sont tous les actifs de notre pays, puis nos enfants, qui paieront l’addition de notre désinvolture. Je ne suis pas là, et le gouvernement non plus, pour être dans le confort, pour être tranquille, (…) pour échapper à des motions de censure successives, pour gagner du temps, résignés à la douce lâcheté et aux renoncements pour durer. Nous sommes là pour que les Français sachent ce qu’il en est, où nous en sommes, où nous allons et où nous pouvons aller, et qu’ils prennent ensemble, les yeux ouverts, les décisions qui rendront possible la sauvegarde de notre pays, et ce que je dis sur les retraites vaut aussi pour ce dont nous parlerons dans quelques jours, aussitôt après le 14 juillet, dans le cadre de la réflexion que nous avons à conduire pour nos finances publiques. (…) Pour ma part, j’ai un devoir : celui de dire la vérité au peuple qui nous gouverne, de ne pas le tromper, de ne pas accepter son affaissement et son asservissement aux prêteurs, aux intérêts étrangers, d’être ici, à cette tribune et quel que soit le lieu où je m’exprime, son défenseur véridique, même si ce défenseur doit dire des choses difficiles et se retrouve par voie de conséquence impopulaire, parce qu’il refuse d’être le démagogue applaudi qui conduit à l’abîme. ».

    Concernant le conclave sur les retraites : « J’ai entendu bien des observateurs prononcer le mot d’échec ; mais je nie absolument, à cette tribune, que le conclave ait été un échec, même s’il est vrai que certains des participants (…) n’ont pas osé faire le dernier pas, comme si l’on craignait toujours l’accusation de trahison de la part de son propre camp. En réalité, les progrès ont été déterminants ; ils ont même été beaucoup plus significatifs qu’on ne pouvait l’imaginer au départ de ce processus. Ce bilan est positif et encourageant. (…) Je sais bien qu’il ne plaît pas à tout le monde de voir la démocratie sociale apporter des résultats et que de nombreux courants, de nombreuses autorités pensent sans le dire, ou même en le disant, pour certains qu’il n’y a rien à attendre des entreprises, toujours réputées égoïstes, et pour d’autres qu’il n’y a rien à attendre des syndicats, toujours réputés démagogues. Je crois exactement le contraire ! Je pense qu’il y a, dans une société comme la nôtre, des marges de progression incroyables ou en tout cas remarquables à attendre, pour le plus grand bien de l’esprit civique, de la prise de responsabilité conjointe des représentants des acteurs de terrain. ».

    Parmi les avancées sociales : « La situation faite aux femmes, dont les maternités empêchent souvent l’établissement des droits. Les femmes auront désormais non plus la référence des vingt-cinq meilleures années pour l’établissement des pensions, mais si elles ont un enfant, les vingt-quatre meilleures années, et si elles ont eu deux enfants ou davantage, les vingt-trois meilleures années. Allez donc leur dire que cela ne présente aucun intérêt ! Que ce sont des mesurettes ! Vous êtes scandaleux à l’égard de celles qui travaillent et de celles qui ont besoin qu’on les entende pour prendre leur retraite ! (…) L’âge de suppression de la décote sera fixé non plus à 67 ans mais à 66 ans et demi. Je sais bien que six mois dans la vie, pour vous, n’ont aucune importance tellement vous êtes en dehors de ces considérations, mais je persiste à affirmer que si vous dites aux femmes qui travaillent que vous vous opposez à cette mesure de progrès, c’est que vous travaillez contre elles, parce que vous êtes indifférents à leur vie ! Seule la politique électorale vous intéresse ! Ce n’est pas notre cas et nous avons l’intention d’aller encore plus loin. J’en suis convaincu : pour les métiers usants, dans le domaine de la santé, de la dépendance, du handicap, de la vieillesse ou de la petite enfance par exemple, après des carrières hachées, ce gain de six mois est une vraie reconnaissance. C’est en tout cas ce qu’ont pensé les organisations présentes autour de la table : la CFDT, la CFTC, la CFE-CGC, le Medef et la CPME (Confédération des petites et moyennes entreprises). À l’unanimité, ils ont accepté ces progrès, et vous qui êtes loin du monde du travail, vous nous expliquez qu’il faut les oublier ! Ce n’est pas du tout notre conception de la vie. Vous n’êtes pas sur le terrain : vous exploitez les difficultés de nos concitoyens. ».

    Le chef du gouvernement a résumé la situation ainsi : « Impératif d’équilibre financier, acceptation lucide du cadre d’âge, abaissement de l’âge de la décote, reconnaissance de la situation des femmes ayant eu des enfants, reconnaissance des critères de pénibilité, reconnaissance de la cartographie des métiers à risques, reconnaissance des politiques de prévention et approche d’une politique de réparation, ce sont des pas en avant décidés à l’unanimité. La volonté du gouvernement est d’inscrire dans la loi les avancées réelles qui ont été celles du conclave, que personne, en dépit des hurlements, ne peut nier, et qui nous permet de dessiner ce que doit être une méthode d’association des Français, des entreprises, des salariés et des professionnels à la gestion de leur avenir commun. La démocratie sociale est prise en compte, la démocratie politique prend ses responsabilités et la société française doit en être plus responsable et plus unie. J’ajoute que d’autres pas en avant ont été permis par ce travail en ce qui concerne le financement par accord des entreprises et des représentants des salariés. L’ensemble de ces dispositions représentant environ 1,4 milliard d’euros, un accord a été trouvé sur les deux tiers, soit 1 milliard, avec les délégations syndicales et des entreprises. Reste à trouver le financement d’environ 400 millions, et le gouvernement prendra ses responsabilités dans le texte qui sera présenté à l’automne pour que cette question reçoive une réponse qui ne pénalise ni les uns ni les autres,et sans augmenter le coût du travail, dont l’alourdissement serait lourd de conséquences pour la compétitivité des entreprises dans le monde de concurrence sauvage qui est le nôtre, et par voie de conséquence pour l’emploi. J’ai parlé de 400 millions. Sur 407 milliards d’euros de pensions versées, cela représente un peu moins d’un millième. Je suis persuadé qu’on peut y arriver par des adaptations justes et légères. ».

    Il a conclu de façon laconique : « Les temps sont durs, mais la preuve est apportée que nous pouvons avancer ensemble, ou plus exactement, plus profondément, c’est parce que les temps sont durs que nous devons avancer ensemble. ».

    Je propose ensuite quelques extraits de certaines interventions de députés dans cette discussion parlementaire, elles ne sont pas forcément représentatives de l'ensemble de l'Assemblée car je n'ai repris que les interventions qui me paraissaient utiles à la compréhension.
     

     
     


    Le député LR Thibault Bazin s'est moqué de la posture hypocrite des socialistes : « En ce jour caniculaire, nous voici réunis pour une énième motion de censure : la huitième en six mois ! Mesdames et messieurs les députés du groupe socialiste, signataires de cette motion, qui êtes en train de quitter l’hémicycle, n’avez-vous pas peur de lasser les Français ? Est-ce le moment de perdre un temps parlementaire précieux ? Vous voulez censurer le gouvernement ; et après ? N’avez-vous pas appris des conséquences de la censure du gouvernement de Michel Barnier ? Le vote du 4 décembre dernier a fait perdre à la France de la croissance économique, a causé de l’instabilité et freiné les investissements, ce qui a ralenti les embauches et donc entraîné des pertes de recettes pour notre système de protection sociale. Vous en portez, avec d’autres, la lourde responsabilité. Ces derniers mois ne vous ont-ils rien enseigné pour que vous en arriviez de nouveau à voter avec la France insoumise une motion de censure dont le succès ne ferait qu’affaiblir encore la France, aggraver l’équilibre des comptes publics, notamment des comptes sociaux, et finalement pénaliser les Français. Je me souviens d’un temps, pas si lointain, 2015, où un Président de la République socialiste déclarait : "Nous devons rassurer [les jeunes] en montrant la capacité de notre système de répartition à leur verser les pensions auxquelles ils auront droit par leurs cotisations. (…) c’est la plus élémentaire des précautions et c’est même le respect de la promesse de la sécurité sociale (…). C’est très important d’avoir cette vision longue". Votre manœuvre tactique du jour est bien loin de ces propos. Mesdames et messieurs les députés du groupe socialiste, nous sommes souvent en désaccord, mais je pensais naïvement que nous partagions un esprit de responsabilité devant les grands défis de notre pays. Je constate, à regret, que je me suis trompé. Il est encore temps de vous reprendre en retirant votre motion. À moins qu’il ne s’agisse d’un faux-semblant et que vous n’espériez l’échec de votre propre motion ? Ce ne serait pas sérieux. (…) Sous le quinquennat de François Hollande, n’avez-vous pas augmenté la durée de cotisation pour la porter à quarante-trois annuités ? Cela revenait à se rapprocher d’un départ à la retraite à 64 ans puisque l’âge moyen d’entrée dans la vie active s’est stabilisé à 21 ans depuis trente ans. En effet, 21 plus 43 égale 64 ! ».
     

     
     


    L'ancienne ministre MoDem Geneviève Darrieussecq n'est pas plus complaisante à l'égard des socialistes : « Peu importe que la dernière motion ne date que de juin et que les députés socialistes ne l’aient pas votée. Rappelons-nous les termes employés alors, il y a tout juste un mois, par leur oratrice : "Nous considérons que le vote de la motion de censure défendue cet après-midi n’est ni la bonne réponse, ni le message que nous souhaitons faire passer ; nous ne l’avons pas cosignée et nous ne la voterons pas, car nous ne voulons pas voter une motion de censure contre le Parlement". En un mois, le parti socialiste a fait du chemin. En effet, vous vous apprêtez à voter une motion de censure non seulement contre le gouvernement et contre le Parlement, mais également contre la démocratie sociale et les avancées qu’elle permet, par le dialogue et le compromis. Le prétexte ? Le Premier Ministre ne respecterait pas ses engagements. En voilà, une nouvelle fable ! En février, le dialogue social a été engagé, grâce au Premier Ministre, sur la réforme des retraites de 2023 et les améliorations à y apporter. Après quatre mois de conclave, ou plutôt, pour employer des mots plus justes, de concertation paritaire, l’accord total que nous pouvions espérer n’a pas été trouvé, mais les partenaires sociaux se sont accordés sur de nombreuses mesures de justice et d’équilibre, qu’a rappelées M. le Premier Ministre. Ce n’est pas rien ! Le gouvernement serait-il coupable, à vos yeux, de vouloir que le dialogue social se poursuive afin de parvenir à un accord global plus ambitieux ? Serait-il coupable, à vos yeux, de promettre que les premières mesures issues de l’accord entre partenaires sociaux trouveront une traduction dans les textes budgétaires de l’automne, ce qui est la voie logique et pertinente pour ce type de mesures, car elle permettra au Parlement de se prononcer in fine. ».

    Et de traduire la motion de censure débattue : « Pour simplifier, disons que le parti socialiste, jamais à l’abri d’une bonne idée, estime qu’il convient de censurer le dialogue social dans la mesure où il n’est pas parvenu à un accord global dans le temps imparti. Naturellement, ajoute-t-il, la faute en revient au gouvernement lui-même, qui aurait posé des bornes trop rigides et serait trop soucieux de l’équilibre budgétaire, un comble ! Et tant pis pour les partenaires sociaux qui échangent depuis plusieurs mois et se sont mis d’accord, par exemple, sur l’âge pivot de 64 ans, sur l’abaissement de l’âge de départ à taux plein à 66 ans et demi, contre 67 actuellement, sur des mesures plébiscitées concernant les critères de pénibilité ou permettant aux femmes de bénéficier d’un calcul plus juste de leur pension. Tout cela passerait donc par pertes et profits, au tamis des débats internes du parti socialiste, tout affairé à paraître plus à gauche que la gauche, plus dans l’opposition que l’opposition, ne cherchant même plus à cacher ses incohérences, votant tour à tour pour une motion de censure en décembre, contre une autre en février, contre la suivante au début du mois de juin et pour celle-ci aujourd’hui, sans que personne comprenne grand-chose à ce positionnement politique erratique. Cela ne semble convaincre personne, ni la gauche de la gauche, à en croire les réactions de certains, ni ceux qui pensaient que vous aspiriez à être de nouveau le parti de gouvernement sérieux et responsable que vous avez été. Car l’esprit de responsabilité est aujourd’hui du côté de tous ceux qui tentent de trouver des issues aux difficultés de notre pays et qui redonnent toute sa place au dialogue social en faisant confiance aux organisations syndicales. (…) Dans leur majorité, elles se tiennent loin des considérations politiciennes dont vous vous faites les chantres aujourd’hui par cette motion. Car que censurez-vous aujourd’hui ? Le calcul des pensions pour les femmes qui prend en compte les vingt-quatre meilleures années à partir du premier enfant ? La réintroduction, parmi les critères de pénibilité, du port de charges lourdes, des postures pénibles ou des vibrations ? La décote à 66 ans et demi qui permet de toucher plus tôt sa pension à taux plein ? Finalement, ce que vous censurez par cette motion, c’est le dialogue social et l’esprit de compromis des partenaires sociaux, qui ont permis d’aboutir à des avancées réelles pour les Français. Celles-ci ne vous conviennent peut-être pas, ou ne vous suffisent pas, mais elles ont été obtenues grâce à la confiance accordée aux partenaires sociaux pour améliorer le dispositif tout en prenant en considération les lourdes contraintes, budgétaires en particulier, auxquelles notre pays est confronté. Ils ont démontré par là leur esprit de responsabilité et méritent notre entier respect. Je constate que vous ne faites pas preuve du même esprit. Tout cela ressemble bien à de petites manœuvres partisanes, quand nous aurions tant besoin de sortir des postures et de nous rassembler autour de ces considérations d’intérêt général. ».
     

     
     


    La députée Horizons Anne Le Hénanff était aussi en colère contre le « spectacle aussi désolant que prévisible » des socialistes : « Parlons vrai : que reprochent exactement les auteurs de cette motion au gouvernement ? D’avoir tenté de conduire une concertation sur les retraites ? D’avoir refusé de céder aux sirènes de la démagogie en maintenant le cap de l’équilibre financier ? D’avoir rappelé que la responsabilité d’un gouvernement est de préserver l’avenir de nos enfants plutôt que de distribuer des promesses impossibles à tenir ? Le groupe socialiste nous parle de trahison. Mais en quoi le refus de compromettre l’équilibre de notre système de retraites constitue-t-il une trahison ? En quoi le fait de rappeler que les lois de la comptabilité publique s’imposent à nous tous, donc aussi à vous, constitue-t-il une trahison ? (…) Et que dire des leçons de morale dispensées par un parti qui, il y a quelques semaines à peine, se déchirait publiquement lors de son congrès de Nancy, un parti divisé entre certains qui s’acoquinent avec Jean-Luc Mélenchon et d’autres qui dénoncent l’obsession égotique du leader insoumis ? Comment pouvez-vous prétendre à la cohérence gouvernementale quand vous ne parvenez pas à vous accorder ? Comment pouvez-vous invoquer la responsabilité quand vous votez la censure du gouvernement Barnier, précipitant le pays dans l’instabilité ? Comment pouvez-vous parler de brutalité démocratique quand vous vous alliez à l’extrême droite pour faire tomber les gouvernements ? Alors qu’il y a quelque temps, la gauche proclamait son attachement à la stabilité institutionnelle, elle multiplie aujourd’hui les motions de censure, au risque de paralyser le pays. Permettez-moi de mettre en question la logique de la posture défendue notamment par le Président François Hollande : celui-ci affirme qu’il votera la motion de censure contre le gouvernement, mais seulement si le Rassemblement national ne s’y associe pas. Quelle étrange conception de la responsabilité parlementaire ! Depuis quand la défense de l’intérêt général se mesure-t-elle à l’aune des intentions supposées de l’extrême droite ? Cette position révèle une inquiétante dérive : on ne censure plus un gouvernement pour ses actes mais en fonction de ceux qui pourraient éventuellement voter à ses côtés. Surtout, chacun le sait ici, cette motion relève d’un exercice de pure façade ! Ceux qui l’ont déposée l’ont fait pour se draper d’une bonne conscience aux yeux de leurs alliés, tout en sachant pertinemment qu’elle ne serait jamais votée. C’est le théâtre de la vertu sans le courage de l’action, la mise en scène d’une indignation de circonstance, soigneusement calibrée pour ne rien changer. La République attend de ses représentants du courage dans de telles circonstances, non pas une énième contorsion politicienne. Les Français, nous le croyons, n’ont que faire de ces jeux d’ombres. La France mérite mieux que ces manœuvres. (…) Voilà ce que produit cette politique du spectacle : une nation qui s’endort à crédit, qui s’abandonne à la facilité et qui laisse filer la confiance et la fierté de son peuple. Les Français attendent des responsables qu’ils affrontent les obstacles, qu’ils refusent le fatalisme et qu’ils ouvrent un chemin, même difficile, vers la puissance retrouvée de notre pays. La vraie responsabilité politique consiste non pas à multiplier les motions de censure mais à prendre des décisions difficiles pour préparer l’avenir du pays. ».
     

     
     


    Attendu pour sa position cruciale, l'orateur du groupe RN, Gaëtan Dussausaye a rejeté tant la gauche que la majorité actuelle : « En effet, pour dire les choses franchement, si la retraite à 64 ans est d’abord une décision de la Macronie, elle est aussi et surtout le résultat de fautes de la gauche. (…) Qui, en 2023, a privé les Français d’un référendum sur cette réforme en refusant de voter la proposition du groupe RN ? C’est encore vous, c’est la gauche ! La liste est longue, accrochez-vous bien ! Qui, toujours en 2023, par ses habituelles méthodes d’obstruction parlementaire, par son éternelle bordélisation de l’Assemblée, contre l’avis des syndicats qui battaient le pavé chaud de la capitale au même moment, a empêché un vote clair sur l’article 7 de la réforme, celui qui actait l’augmentation de deux ans de l’âge légal de départ à la retraite ? C’est vous, c’est la gauche ! Qui, en 2024, a préféré faire réélire Élisabeth Borne, l’artisan de la retraite à 64 ans, plutôt que faire élire un député RN, alors qu’une majorité RN aurait abrogé la réforme, comme l’exigeaient des millions de Français ? C’est toujours vous, c’est toujours la gauche ! (…) La vérité du jour est que le parti socialiste a menti au moins deux fois aux Français au cours de la présente législature. Vous avez d’abord menti pendant plusieurs mois en les laissant croire que le conclave sur les retraites pourrait aboutir à l’abrogation de la réforme, alors qu’il n’en était rien. Vous mentez une nouvelle fois aujourd’hui, avec le soutien de l’extrême gauche, en faisant croire aux Français que la censure permettrait par magie de leur rendre les deux années de retraite volées par la Macronie. Osez dire aux Français, en les regardant droit dans les yeux, que votre censure servira à quelque chose ? Elle n’apporte rien, elle ne change rien. Le Rassemblement national n’est pas le seul à le dire : le Président François Hollande le fait aussi, alors qu’il siège dans vos rangs. Que se passerait-il si nous faisions tomber le gouvernement ? La retraite à 64 ans serait toujours la règle, en attendant un nouveau gouvernement. Puis un autre gouvernement macroniste et LR prendrait la place de l’actuel, et la retraite à 64 ans serait toujours en vigueur. Libre à vous, socialistes, de mentir deux, trois ou cent fois si ça vous chante ! Ce que vous faites est d’une hypocrisie crasse, c’est un mensonge qu’aucun Français ne vous pardonnera. Le Rassemblement national n’a aucune difficulté à censurer le gouvernement. Nous l’avons fait, avec Marine Le Pen, lorsque le gouvernement Barnier a cherché, avec les bénédictions de MM. Retailleau et Attal, à augmenter les taxes sur l’électricité, à désindexer de l’inflation les pensions de retraite, à dérembourser les médicaments ou à réduire les allègements des charges pour les très petites, petites et moyennes entreprises (TPE-PME). La différence entre vous et nous est que nous censurons quand c’est utile pour le pays, quand cela permet concrètement et immédiatement de protéger les Français de mauvaises décisions prises par le gouvernement. Députés socialistes, les seuls intérêts qui vous animent sont les vôtres, à quoi s’ajoutent vos petites chamailleries, d’une inutilité abyssale, avec les Insoumis au sein du nouveau front populaire. Cette préprimaire de la gauche en vue de l’élection présidentielle offre un spectacle affligeant. D’une part, elle n’intéresse que vous. D’autre part, tout le monde sait que vous saurez très bien vous retrouver en temps voulu, les Glucksmann, Ruffin, Mélenchon et Tondelier, avec l’espoir de vous partager les ministères, comme vous l’avez toujours fait. ».

    Le député EPR Stéphane Vojetta, tout en fustigeant les socialistes, a voulu évoquer le fond du sujet : « Je vous le demande : quel est le véritable sens de notre fonction de parlementaire, si nous ne pouvons nous mettre d’accord sur rien, pas même sur des constats ? Ne sommes-nous donc ici que pour mieux préparer notre prochaine élection ou favoriser celle de notre chef ? Ou pour préparer un congrès ? C’est hélas souvent l’impression que nous donnons, vous en particulier, monsieur Faure, notamment en déposant cette motion de censure qui témoigne davantage d’un serment d’allégeance à la France insoumise que d’une volonté réelle de faire tomber ce gouvernement ou de proposer des solutions réalistes à la situation des retraites. Ne devrions-nous pas plutôt aspirer à nous saisir de chaque seconde de notre mandat, un mandat qui peut finir demain, nous le savons, pour faire bouger les choses ou, comme l’auraient suggéré vos prédécesseurs sur ces bancs, pour changer la vie ? Mais pour cela, encore faudrait-il que vous soyez capables de sortir de la posture et de regarder la vérité en face. ».

    Et de mettre en cause principalement l'impartialité de la Cour des Comptes : « Chers collègues socialistes, vous reprochez au Premier Ministre et au gouvernement d’avoir nui aux travaux du conclave, court-circuité le dialogue social et empêché un débat parlementaire sur la réforme des retraites, en écartant d’emblée le retour à la retraite à 62 ans et en imposant une trajectoire d’équilibre financier. Si une chose a nui à la qualité des travaux du conclave, c’est bien moins l’attitude de François Bayrou que celle de la Cour des Comptes, qui nous a refusé le diagnostic impartial qu’elle avait pourtant le devoir de réaliser. Revenons en effet quelques mois en arrière, à la déclaration de politique générale du 14 janvier dernier. Monsieur le Premier Ministre, vous nous préveniez alors en ces termes : "Le déséquilibre du financement du système de retraites et la dette massive qu’il a creusée ne peuvent être ignorés ou éludés". Pour financer les retraites, une fois épuisées les cotisations, "restent 55 milliards, versés par le budget des collectivités publiques, au premier chef le budget de l’État, à hauteur de quelque 40 ou 45 milliards. Or, ces 40 ou 45 milliards annuels, nous n’en avons pas le premier centime. Chaque année, cette somme, le pays l’emprunte. Autrement dit, il a choisi de mettre à la charge des générations qui viennent ou qui viendront (…) une partie du montant des pensions que nous versons aux retraités actuels".Voilà pourquoi, monsieur le Premier Ministre, vous aviez alors demandé à la Cour des Comptes de nous fournir l’état actuel et précis du financement du système de retraites. Ce diagnostic devait ensuite être soumis aux partenaires sociaux, à charge pour eux, dans le cadre du conclave, de nous montrer, à nous parlementaires, le chemin vers une refonte indispensable de notre système de retraites. Il faut bien le reconnaître : la Cour des Comptes a failli dans la mission qui est la sienne, elle qui est censée assister le Parlement et le gouvernement en fournissant de manière indépendante des analyses utiles aux décideurs et susceptibles de contribuer activement à l’amélioration de la gestion publique et de ses résultats. Oui, la Cour des Comptes a failli dans sa mission. En affirmant que le système de retraites a été "légèrement excédentaire" en 2023, elle a choisi de perpétuer une forme de dissimulation comptable au sein de nos finances publiques. Le conclave s’est donc ouvert sur cette base faussée. Comment, d’ailleurs, évoquer ce conclave et les débats sur les retraites qui nous occupent constamment depuis 2019, sans tenter de comprendre comment notre ignorance collective a été sciemment organisée, précisément pour nous empêcher d’avoir la moindre chance d’arriver à débattre sur des bases saines ? ».

    Et de rappeler les véritables chiffres du système de retraites : « Pour rappel, les pensions de retraite représentent chaque année un quart de nos dépenses publiques et absorbent 14% du PIB de la nation. Personne, pas même vous, ne conteste ces chiffres. Pourtant, nous ne savons pas mesurer correctement l’impact de ces dépenses sur nos finances publiques. En effet, la comptabilité de ce système de retraites, en particulier le compte d’affectation spéciale (CAS) Pensions, a été instaurée en 2006 pour que les déficits éventuels soient répartis dans le budget de chaque ministère. Ils se retrouvent donc partout, sauf dans le système de retraites, dans le but d’entretenir, quoi qu’il arrive, la fable d’un système de retraites par répartition juste et à l’équilibre. Cette fable, vous la connaissez : voilà des années que la Cour des Comptes et le Conseil d’orientation des retraites (COR) nous la racontent le soir pour nous endormir, en s’appuyant sur les conventions comptables votées par nos prédécesseurs. Cette volonté systémique de dissimulation est réelle et son implication sur la gestion de nos finances publiques est dangereuse. Je citerai quelques exemples illustratifs. Cette volonté de dissimulation affaiblit la sécurité sociale, notamment ses branches famille, chômage et accidents du travail, en leur imposant chaque année une quinzaine de milliards de transferts de cotisations vers la branche vieillesse. Ce mécanisme aboutit désormais à la fragilisation de l’ensemble et à la reconnaissance par la Cour des Comptes d’un risque de défaut de paiement de la Caisse d’amortissement de la dette sociale (Cades) en 2027, mais, bien sûr, pas à la reconnaissance d’un déficit du système de retraites. Cette volonté de dissimulation contamine également nos débats budgétaires. Quand nous votons ici le budget de l’éducation nationale, savons-nous vraiment que 28% de ce budget est absorbé par les cotisations et surcotisations retraite payées par l’État employeur ? Cette part est d’ailleurs en augmentation constante, puisqu’elle était de 22% en 2006. ».

    La falsification des comptes de l'État où l'on place dans le budget des ministères le budget de la retraites des leurs fonctionnaires : « Lors des débats budgétaires pour 2025, combien d’entre nous pensaient sincèrement consacrer 87 milliards d’euros à l’éducation de notre jeunesse, alors qu’en réalité, 24 milliards d’euros de ces autorisations d’engagement votées étaient ponctionnés pour financer les pensions des enseignants retraités ainsi que certains régimes déficitaires de la fonction publique ? Vous êtes-vous déjà penchés, ne serait-ce qu’une fois, sur la fiche de paie d’un enseignant ? Faites-le : vous y verrez un salaire net réduit à la portion congrue, enseveli sous une montagne de surcotisations, salariales et surtout patronales, qui grèvent son pouvoir d’achat et minent l’attractivité du métier. Cette situation s’aggravera cette année encore, car le taux de cotisation de l’État employeur passera de 74% à 78% du traitement brut, contre seulement 28% dans le secteur privé. Et cela pèsera davantage encore sur le budget de l’éducation nationale, sans pour autant améliorer la rémunération nette des enseignants, et sans autre justification que d’équilibrer les recettes et les dépenses du CAS Pensions. Dans la même veine, êtes-vous conscients que, pour faire face à la dégradation des comptes de la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales (CNRACL), le taux de cotisation patronale des collectivités passera de 32 % en 2024 à 44 % en 2028, sans autre justification que le nécessaire équilibrage des recettes et des dépenses de retraite ? Ainsi, la masse salariale brute des agents des fonctions publiques territoriale et hospitalière augmentera de 3% par an et pèsera sur le budget des collectivités et des hôpitaux, qui reviendront vers nous pour évoquer ce problème, sans aucun effet sur le salaire net de ces agents. René Magritte nous aurait dit : "Ceci n’est pas une pipe". La Cour des Comptes, quant à elle, nous dit dans son rapport : "Ceci n’est pas un déficit". Selon elle, c’est tout simplement "un besoin élevé de financement qui implique une diversification des ressources au-delà des cotisations sociales". Une fois cette centaine de milliards de surcotisations, de subventions et de transferts divers pris en compte, le régime des retraites affichait effectivement un excédent comptable de 8,5 milliards en 2023. Et voilà, le tour est joué ! Un miracle comptable digne de Bernadette Soubirous ou un tour de prestidigitation qui évoque Gérard Majax, à moins qu’il ne soit plutôt du niveau de Garcimore. Le tour est joué, et nous pouvons regarder ailleurs au moment de chercher les postes de dépenses qui pourraient être ciblés dans la tâche pourtant inévitable et inéluctable de réduction du déficit budgétaire. Nous faire regarder ailleurs, c’est précisément l’objectif recherché. Reconnaissons-le : ce système est opaque, même pour nous qui débattons et votons le budget de la nation. Ce système, en torturant la langue et les concepts comptables, nous empêche de penser clairement. Le déficit d’un système par répartition devrait être la différence entre les pensions versées et les cotisations perçues. Lorsque les cotisations ne suffisent plus à couvrir le paiement des pensions, le système est en déficit. Pour éviter la cessation de paiement, il faut alors faire appel à une source extérieure de financement : soit l’État, donc le contribuable ; soit, à défaut, la dette. Or notre système, que l’on dit par répartition et qui est présenté comme étant à l’équilibre, n’est financé qu’aux deux tiers par des cotisations prélevées sur la masse salariale. Le tiers restant provient de l’État. Et à part vous, chers collègues, qui peut encore croire que ces milliards qui sortent des poches de l’État et du contribuable n’ont aucun impact sur notre déficit ni sur notre dette publique ? ».
     

     
     

     

    L'intervention de Stéphane Vojetta a sans doute été la plus instructive des députés dans cet examen de la motion de censure en mettant en perspective le financement du système : « Au fond, la réalité est plus simple que tous ces artifices comptables. La réalité, c’est que notre système de retraites hypothèque notre avenir et celui de nos enfants, en creusant chaque année un déficit budgétaire de plus de 50 milliards. Cette accumulation de déficits explique pourquoi les retraites pèsent pour la moitié des plus de 1 000 milliards de dette supplémentaire accumulés par notre pays ces dix dernières années. Nous étions au gouvernement, mais la responsabilité est partagée (…). La réalité, c’est celle d’un système qui nuit au pouvoir d’achat des actifs, qu’ils travaillent dans le secteur public ou le secteur privé. La réalité, c’est celle d’un système qui accélère la paupérisation de notre éducation nationale, de notre système de santé et de nos services publics. La réalité, c’est celle d’un système incapable d’assurer l’équité au sein d’une même génération, alors que nous ne savons pas dire combien coûte l’écart de droits entre le système de retraites du public et celui du privé. La réalité, c’est celle d’un système incapable d’assurer l’équité entre les générations, puisque nous savons déjà que les taux de remplacement chuteront. Les retraités actuels touchent 75% de leur dernier salaire, alors que les actifs actuels, eux, devront se contenter de 54% lorsqu’ils arriveront à l’âge de la retraite, malgré l’allongement de leur durée de cotisation. La réalité, c’est enfin celle d’un système qui empêche tout pilotage efficace par le gouvernement ou par le Parlement, en nous rendant incapables d’identifier les véritables causes du déficit budgétaire de la France. Alors que nous faisons face à un déficit annuel de plus de 150 milliards d’euros, nous concentrons nos débats sur des fusions d’agences de l’État qui ne permettront que des économies marginales, ou sur la traque des centenaires algériens dans les bleds, dans l’espoir d’en retirer les 40 millions évalués par la Cour des Comptes. L’attitude de ceux qui, à l’instar de la Cour des Comptes, pourraient lever le voile mais choisissent de ne pas le faire, est coupable. Si cette attitude permet d’éviter de reconnaître un déficit comptable, elle favorise aussi l’installation d’un déficit démocratique, celui qui consiste à laisser les Français, leurs représentants élus et les partenaires sociaux débattre de l’avenir de nos retraites sur la base d’un diagnostic trompeur. (…) Oui, il faut du courage pour accepter de voir la réalité en face, car il serait alors inévitable et inéluctable de trouver des solutions qui vont à l’encontre soit de certains de vos récits politiques, soit de certains de nos intérêts électoraux. Je suis désolé de vous le dire, cela va vous choquer, même si je reconnais aisément que l’on peut reprocher des choses à ce gouvernement, le courage que j’évoquais à l’instant, un seul l’incarne ici : François Bayrou. (…) Nous encourageons le Premier Ministre et son gouvernement à poursuivre son combat courageux en faveur de davantage de transparence et de justice pour les actifs actuels et pour les générations futures. ».
     

     
     


    Il m'a semblé utile de proposer ces interventions, parfois longues à la lecture, pour bien comprendre d'une part, le problème de fond, un système de retraite malade d'être déficitaire chronique et que le député Stéphane Vojetta a très bien expliqué, et d'autre part, l'imposture de la posture du parti socialiste. Quant à François Bayrou, il a répété le contenu de sa conférence de presse du 26 juin 2025 sur la réalité des accords obtenus lors du conclave sur les retraites et qu'il entend fermement mettre en œuvre le plus rapidement possible.
     

     
     


    Sans surprise, la motion de censure a été rejetée vers 20 heures 20 ce mardi 1er juillet 2025 car elle n'a recueilli que 189 votes pour, alors qu'il en fallait au moins 289 (majorité absolue), soit 71 FI sur 71, 66 PS (dont François Hollande !) sur 66, 36 EELV sur 38, 13 PCF sur 17 et 3 LIOT sur 23. La pièce de théâtre est terminée, mauvais vaudeville au comique de répétition suranné. Rideau !


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (02 juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu

    Pour aller plus loin :
    8e motion de censure pour convenance personnelle (du PS).
    La réforme de l'audiovisuel public rejetée par les députés (en première lecture).
    L'indignation de François Bayrou.
    Conférence de presse du Premier Ministre François Bayrou le 26 juin 2025 à Matignon (texte intégral et vidéo).
    Déclaration du Premier Ministre François Bayrou le 24 juin 2025 à Matignon (texte intégral et vidéo).
    L'échec du conclave sur les retraites : une occasion perdue.
    Emmanuel Macron à la télévision : Mélanie avant l'Urgence Océan.
    Mélanie, la douceur incarnée.
    Sidération institutionnelle.
    Il y a un an, la dissolution !
    La proposition de loi Duplomb pour les agriculteurs.
    Le rejet de la 7e motion de censure contre le gouvernement Bayrou.
    Interview de François Bayrou le 27 mai 2025 sur BFMTV (vidéo intégrale).

    La longévité du Professeur Bayrou.
    Les Républicains.
    Le PS.
    EELV.
    Emmanuel Macron : qu'allait-il faire dans cette galère ?
    Interview du Président Emmanuel Macron le mardi 13 mai 2025 sur TF1 (vidéo).
    Emmanuel Macron à l'initiative pour la paix en Ukraine.
    Emmanuel Macron, le référendum et les Français.
    Emmanuel Macron veut-il influencer l'élection du nouveau pape ?
    Bétharram : François Bayrou a apporté les preuves de sa bonne foi.
    Bétharram : François Bayrou bouleversé par le témoignage de sa fille.
    Budget 2026 : François Bayrou promet-il du sang et des larmes ?
    Discours du Premier Ministre François Bayrou le 15 avril 2025 à Paris (texte intégral et vidéo).
    Emmanuel Macron sur le front du commerce international.
    François Bayrou et l'heure de vérité de l'Europe.
    Gabriel Attal attaque Marine Le Pen sur l'Ukraine.
    Manuel Valls pour la paix, mais pas au prix de la fin de l'Ukraine !
    Claude Malhuret s'en prend à Néron et à son bouffon !
    Emmanuel Macron : la patrie a besoin de vous !
    François Bayrou : la France avait raison !
    Le Pen : inéligibilité, exécution provisoire, récidive et ordre public.
    Marine Le Pen, est-elle si clean que cela ? (22 février 2017).
    Condamnation Le Pen : la justice vole-t-elle l'élection présidentielle de 2027 ?
    Le fond accablant de l'affaire Le Pen.
    Texte intégral du jugement délibéré du 31 mars 2025 sur l'affaire Le Pen (à télécharger).
    Affaire Le Pen : ne confondons pas victime et coupable !
    Marine Le Pen : voler l'argent des Français !
    Marine Le Pen et la sérénité d'une future condamnée ?
    L'avenir judiciaire de Marine Le Pen dans une décision du Conseil Constitutionnel ?
    L'installation du nouveau Conseil Constitutionnel présidé par Richard Ferrand.
    Richard Ferrand validé de justesse par le Parlement.
    François Bayrou et la motion de censure de congrès du PS.
    François Bayrou surmonte une 6e motion de censure en cinq semaines !
    Bétharram : François Bayrou contre-attaque !
    Bétharram : François Bayrou coupable... de quoi, au fait ?
    Alain Juppé à la rescousse de Richard Ferrand ?
    Mission accomplie : les budgets 2025 (PLF et PLFSS) définitivement adoptés (ouf !).
    4 motions de censure et pas d'enterrement !
    Emmanuel Macron à la télévision le dimanche soir !
    Interview du Président Emmanuel Macron le dimanche 9 février 2025 sur France 2 (vidéo).
    Sam Altman salue la France, centre névralgique de l'intelligence artificielle.
    François Bayrou, le début du commencement.
    La quadrature du cercle de Michel Barnier.






    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250701-motion-de-censure.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/8e-motion-de-censure-pour-261815

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/01/article-sr-20250701-motion-de-censure.html


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  • L'indignation de François Bayrou

    « Je veux le dire devant vous, ce travail, contrairement à ce qui a été abondamment dit et écrit, a été remarquablement utile.(...) Je suis impressionné par les progrès, je crois que vous allez en avoir la preuve, qui ont été faits depuis quatre mois. Il y a pu y avoir des moments de tension, parfois d'agacement, c'est inévitable dans de telles négociations, et sur un sujet aussi passionné. Mais, j'affirme que les représentants des salariés et des entreprises ont chacun pris en compte les attentes de leurs interlocuteurs et ont ensemble pris en compte ce qui est plus important encore : l'intérêt général » (François Bayrou, conférence de presse du 26 juin 2025 à Matignon).




     

     
     


    L'indignation de François Bayrou, c'est de faire payer par les jeunes d'aujourd'hui, qui ne sont pas encore sur le marché du travail, et même des plus jeunes encore, les pensions de retraite des retraités d'aujourd'hui et d'hier. Car tant que le système des retraites n'est pas à l'équilibre financier, c'est bien la dette, et donc, les générations futures, qui financent ces pensions. Une situation inacceptable que l'ancien candidat à l'élection présidentielle avait dénoncée déjà il y a plus de vingt ans à une époque où il était seul à s'inquiéter des déficits publics et de la dette publique.

    Mais l'indignation du Premier Ministre, c'est aussi de considérer que le conclave sur les retraites, qui a duré quatre mois (du 27 février au 24 juin 2025) se serait soldé par un échec. François Bayrou a assuré qu'il n'en était rien et qu'il entendait encore poursuivre la concertation entre les partenaires sociaux pour arriver à un accord, et si, malgré ce nouveau round de négociations, il n'y avait pas d'accord, alors le gouvernement prendrait ses responsabilités et déposerait quand même un texte à l'Assemblée à la rentrée parlementaire d'octobre 2025 sur les points actuels d'accord. C'est ce qu'il a expliqué au cours d'une conférence de presse tenue ce jeudi 26 juin 2025 à 17 heures à Matignon. Il avait au préalable fait une déclaration le mardi 24 juin 2025 à 7 heures à Matignon pour conclure le conclave sur les retraites terminé la veille.

    Le calendrier politique du Premier Ministre est très serré. François Bayrou a rejeté les accusations qui laisseraient croire que le principe du conclave sur les retraites lui permettrait de gagner du temps. En fait, en déposant le même jour, ce jeudi, une motion de censure sur la question des retraites, avant même d'écouter la conférence de presse du Premier Ministre, le parti socialiste est retombé dans sa décomposition la plus crasse de l'irresponsabilité politique, surfant sur l'électoralisme municipal (il craint la concurrence de listes écolo-insoumises aux élections municipales de mars 2026).

    Donc, le mardi 1er juillet 2025, les députés vont examiner la motion de censure déposée par les socialistes. Une initiative pas très utile et très politicienne puisque le RN a déjà annoncé qu'il n'entendait pas se prêter à ce jeu politique. La session parlementaire ordinaire s'achèvera le
    4 juillet 2025 mais sera prolongée par une courte session extraordinaire jusqu'au 11 juillet 2025. Un arrêt mis à profit par François Bayrou pour annoncer la semaine suivante ses premières propositions budgétaires pour réduire le déficit de 40 milliards d'euros. Les parlementaires reprendront leur travail dans l'hémicycle à la prochaine session ordinaire, le 1er octobre 2025. Si le gouvernement franchit l'étape de la huitième motion de censure (rien n'est totalement sûr), alors il pourra tabler sur une durée de vie d'encore trois mois au moins avec le sujet qui sera explosif cet automne, le prochain budget 2026.
     

     
     


    Reprenons la chronologie de sa communication de cette semaine.

    Le lundi 23 juin 2025, ce fut la dix-huitième et dernière journée du conclave sur les retraites. Aucun accord n'en est ressorti, mais il semblerait qu'on n'était pas loin de cet accord. L'échec serait à mettre plutôt sur l'intransigeance du Medef qui refuse de financer par des augmentations de charges les quelques avancées sur lesquelles tout le monde est d'accord, en particulier sur la revalorisation des pensions pour les mères de famille (moyenne des vingt-trois meilleures années, au lieu de vingt-cinq pour les mères d'au moins deux enfants) et fin de la décote du calcul de la pension à partir de 66 ans et demi au lieu de 67 ans. Enfin, tous les partenaires sociaux ont accepté le principe d'un système financièrement équilibré à l'horizon 2030.

    Le lendemain matin, mardi 24 juin 2025 à 7 heures, François Bayrou a fait une courte déclaration à Matignon. Il y a annoncé qu'il reverrait chaque partenaire social, seul dans son bureau, pour tenter une conciliation et aboutir à un accord... qui ne serait pas loin.

    Pour le Premier Ministre, sa première satisfaction, c'est le retour du dialogue social « hors de toute intervention du gouvernement » : « On est passé de l'affrontement au travail en commun, et c'est un grand acquis. ». Sa deuxième satisfaction, c'est qu'on a frôlé l'accord : « Dans la dernière ligne droite, on est arrivé très près d'un accord historique. ».

    C'est cette situation que a conduit François Bayrou a refusé le constat d'un désaccord : « Bien sûr, je peux naturellement comprendre qu'on constate un échec lorsqu'on est sur des positions radicalement différentes ou opposées. Mais je ne peux pas accepter sans réagir qu'on se satisfasse d'échouer si près du but. Et encore moins, suffit d'observer l'actualité, encore moins lorsque notre pays est le monde traversent des moments si dangereux et dans lesquels notre première sauvegarde est dans l'unité du pays. Je considère donc que notre devoir est de ne pas baisser les bras et de tout faire pour permettre de dépasser un tel blocage. C'est pourquoi, j'ai décidé d'inviter les organisations qui ont travaillé ensemble durant ces quatre mois à me rencontrer dès ce matin pour rechercher une voie de passage dans l'intérêt de notre pays. ».
     

     
     


    Deux jours et demi plus tard, le jeudi 26 juin 2025 en fin d'après-midi, François Bayrou est revenu devant la presse au cours d'une conférence de presse nettement plus longue avec réponse aux questions des journalistes.

    Il a donc eu l'occasion de faire un bilan des négociations avec les différents protagonistes : « Il est vrai qu'il n'a pas, au terme de la journée de lundi, débouché dans un premier temps sur un accord immédiat, mais pour avoir fait l'inventaire détaillé, des pas en avant, des points d'accord et de dissonance, pour avoir de manière approfondie échangé avec chacune des organisations sur leurs priorités, sur leur vision de l'avenir. ».

    Avant d'expliquer les points d'accord, le chef du gouvernement a rappelé les six objectifs fixés au début de ce conclave des retraites :
    1. Garantir l'équilibre financier d'ici à 2030.
    2. Encourager le travail des seniors en France.
    3. Renforcer la justice sociale : pension des femmes, âge de décote et pénibilité.
    4. « Ne pas alourdir le coût du travail » par une augmentation des charges sociales ».
    5. « Faire que le débat sur les retraites ne soit plus une fracture politique et sociale, et en particulier qu'il ne devienne pas ce qui est à mes yeux une vraie menace et peut-être une menace en cours de réalisation, un conflit de générations ».
    6. Repenser la gouvernance du système des retraites.

    Ensuite, François Bayrou a indiqué les différentes avancées dans ces négociations, et la principale à ses yeux : « Tous les participants se sont accordés, et ça n'était pas facile, pour ne pas remettre en cause dans cette négociation, les conditions d'âge fixées par la loi de 2023. C'est une avancée décisive, et je veux saluer le courage des responsables qui se sont accordés sur ce point. ».

    Il y a aussi, déjà annoncés ici, l'objectif de l'équilibre financier pour sauver le système par répartition ; « l'âge d'annulation de la décote, c'est-à-dire (…) l'âge des départs à taux plein, ramené de 67 ans à 66 ans et demi » ; la revalorisation des pensions de mères de famille (moyenne des vingt-quatre meilleures années pour un enfant, vingt-trois pour deux enfants et plus, au lieu de vingt-cinq) ; la réduction de deux trimestres de travail par maternité.

    Enfin, il y a sans doute le plus difficile techniquement : « Tous les participants se sont accordés, c'était une demande très explicite et très soutenue des organisations syndicales pour que soit mieux prise en compte la pénibilité du travail. ».
     

     
     


    François Bayrou a expliqué très précisément où ça coinçait pour la pénibilité, alors que les partenaires sociaux sont d'accord sur deux points et demi sur trois : « Alors je vais énumérer les demandes qui étaient celles des organisations syndicales sur la pénibilité. [Elles] souhaitaient, voulaient d'abord la réintégration des trois critères de pénibilité dits ergonomiques, port de charges lourdes, exposition aux vibrations, et posture difficile, qui avaient été écartés de la liste des critères de pénibilité, six autres critères, le travail de nuit par exemple, au moment de l'adoption de la loi de 2023. Ensuite, ils demandaient la définition à partir de ces trois critères d'une cartographie des métiers exposés : métiers à risque de pénibilité permettant un repérage précoce et donc, d'une certaine manière, permettant une cartographie du risque. C'était la deuxième demande des organisations syndicales. Ces deux premières demandes ont été acceptées telles quelles. Il y avait une troisième demande qui était la définition de la réponse à ces risques de pénibilité. Il y avait deux types de réponses évoquées. Le premier type de réponse, c'est la mise en place d'une politique de prévention généralisée. Et la deuxième réponse, c'est la recherche de réparation. Alors, la politique de prévention généralisée a été acceptée par tout le monde. Donc, deux exigences et demie satisfaites. Il reste une troisième, enfin, il restait la deuxième partie de l'exigence de prévention et de réparation, qui touche à la réparation. Et ici, la négociation n'a pas tout à fait permis d'aboutir. Entreprises et organisations syndicales s'accordant complètement sur la prévention, mais pas sur la réparation. Les uns, les organisations syndicales souhaitant une réparation générale, et les autres, les entreprises, une réparation individuelle sur décision médicale. Et sur ce point, en effet, il demeure une recherche d'accord. Je vais le dire autrement, sur ce point, une recherche d'accord est indispensable. Mais je suis persuadé qu'un chemin d'accord existe. (…) Et si l'on réfléchit à ce que pourrait être une politique générale de lutte contre la pénibilité, j'imagine qu'aucun d'entre nous ne souhaite que la pénibilité soit maintenue tout au long de la carrière. Si l'on se donne comme objectif de repérer, à partir de ces visites médicales et de cette cartographie, les expositions à la pénibilité, on peut souhaiter, vouloir, on peut imaginer qu'on puisse proposer des réorientations aux salariés qui y sont exposés. ».

    Dernier point d'achoppement, le financement de ces avancées sociales : « S'agissant du financement de ces changements, deux accords ont été trouvés. Financement de la pénibilité dans le cadre des accidents de travail et des maladies professionnelles, c'est 500 millions. Et rationalisation possible du cumul emploi-retraite, c'est 500 millions supplémentaires. Il n'y a pas encore d'accord trouvé, c'est la même chose, c'est le point qui reste à éclaircir. Pour boucler le financement des mesures de justice et de retour à l'équilibre, c'est 400 millions, mais je suis persuadé pour avoir parlé avec toutes les organisations et envisagé avec elles des possibilités de compromis, ou d'innovation ou de découverte d'un chemin nouveau, je suis persuadé qu'on peut très vite trouver un accord sur ce sujet. ».

    Donc, pour résumer, il reste, pour atteindre un accord, l'approfondissement de deux sujets (réparation pour la pénibilité, et partie de son financement) : « Il n'y a plus que deux sujets qui demeurent à résoudre et qui sont des sujets, pardon de le dire, solubles, à portée de la main, alors que la totalité des décisions qui ont été l'objet d'un accord au moins implicite, sont impressionnants. Et vous conviendrez avec moi, j'en suis sûr, que rapporté à l'ampleur des progrès et équilibre de notre système, âge, carrière des femmes, décote et pénibilité, ces deux sujets à traiter sont peu de choses dans les derniers mètres. Les experts et les négociateurs des organisations vont se remettre au travail pour rapprocher les points de vue. ».
     

     
     

    Et, voulant rassurer les socialistes qui ont déposé une motion de censure par crainte de ne pas voir arriver de texte à l'Assemblée, François Bayrou a insisté sur la parole donnée : « Si les partenaires ne parvenaient pas à se mettre d'accord, le gouvernement prendrait ses responsabilités et proposerait des dispositions de compromis qui seraient introduites dans le texte qui en tout état de cause, prenant en compte tous ses progrès, sera, comme je m'y étais engagé, soumis au Parlement à l'automne dans le cadre du projet de loi de financement de la sécurité sociale. Il y aura donc une démarche législative, une démarche du Parlement pour répondre à toutes les questions posées. ».

    Enfin, avant de répondre aux questions des journalistes, le Premier Ministre a redit sa reconnaissance aux partenaires sociaux qui ont joué le jeu, il a même énuméré les noms des négociateurs pour qu'ils en soient remerciés, et pour lui, c'est un point important de son engagement politique depuis toujours qui se trouve mis en pratique : « Je suis persuadé que la méthode qui a été suivie, elle est un signe d'espoir pour la démocratie sociale. Et pour moi, un espoir pour la démocratie sociale, c'est un espoir pour la démocratie tout court. J'avais dit à propos d'un autre événement, "jamais sans les Français". Je suis persuadé que ce n'est pas en accentuant les conflits qu'on résout les problèmes de la nation, c'est en essayant scrupuleusement de trouver des réponses et de dessiner des accords. C'est ce que nous avons fait et je remercie tous ceux qui y ont participé. ».

    Encore une fois, François Bayrou a montré son habileté politique sur la méthode et sa capacité à mener des réformes malgré une situation politique impossible. Il faut vraiment dire qu'il est au sommet de sa vie politique, il doit donc tout donner pendant qu'il est à Matignon. Son mode de gouvernance est étonnant car il n'est pas dans le style classique de la Cinquième République : il ne propose pas des textes déjà ficelés à prendre ou à laisser, mais à accompagner la rédaction même de ces textes, au risque d'être critiqué pour immobilisme. Les parlementaires devraient lui reconnaître cela, leur nouveau pouvoir retrouvé ; jamais les textes votés d'origine parlementaire n'ont été aussi nombreux depuis 1958. C'était bien l'homme qu'il fallait à cet endroit-là, Matignon, à ce moment-là.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (26 juin 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    L'indignation de François Bayrou.
    Conférence de presse du Premier Ministre François Bayrou le 26 juin 2025 à Matignon (texte intégral et vidéo).
    Déclaration du Premier Ministre François Bayrou le 24 juin 2025 à Matignon (texte intégral et vidéo).
    L'échec du conclave sur les retraites : une occasion perdue.
    Emmanuel Macron à la télévision : Mélanie avant l'Urgence Océan.
    Mélanie, la douceur incarnée.
    Sidération institutionnelle.
    Il y a un an, la dissolution !
    La proposition de loi Duplomb pour les agriculteurs.
    Le rejet de la 7e motion de censure contre le gouvernement Bayrou.
    Interview de François Bayrou le 27 mai 2025 sur BFMTV (vidéo intégrale).

    La longévité du Professeur Bayrou.
    Les Républicains.
    Le PS.
    EELV.
    Emmanuel Macron : qu'allait-il faire dans cette galère ?
    Interview du Président Emmanuel Macron le mardi 13 mai 2025 sur TF1 (vidéo).
    Emmanuel Macron à l'initiative pour la paix en Ukraine.
    Emmanuel Macron, le référendum et les Français.
    Emmanuel Macron veut-il influencer l'élection du nouveau pape ?
    Bétharram : François Bayrou a apporté les preuves de sa bonne foi.
    Bétharram : François Bayrou bouleversé par le témoignage de sa fille.
    Budget 2026 : François Bayrou promet-il du sang et des larmes ?
    Discours du Premier Ministre François Bayrou le 15 avril 2025 à Paris (texte intégral et vidéo).
    Emmanuel Macron sur le front du commerce international.
    François Bayrou et l'heure de vérité de l'Europe.
    Gabriel Attal attaque Marine Le Pen sur l'Ukraine.
    Manuel Valls pour la paix, mais pas au prix de la fin de l'Ukraine !
    Claude Malhuret s'en prend à Néron et à son bouffon !
    Emmanuel Macron : la patrie a besoin de vous !
    François Bayrou : la France avait raison !
    Le Pen : inéligibilité, exécution provisoire, récidive et ordre public.
    Marine Le Pen, est-elle si clean que cela ? (22 février 2017).
    Condamnation Le Pen : la justice vole-t-elle l'élection présidentielle de 2027 ?
    Le fond accablant de l'affaire Le Pen.
    Texte intégral du jugement délibéré du 31 mars 2025 sur l'affaire Le Pen (à télécharger).
    Affaire Le Pen : ne confondons pas victime et coupable !
    Marine Le Pen : voler l'argent des Français !
    Marine Le Pen et la sérénité d'une future condamnée ?
    L'avenir judiciaire de Marine Le Pen dans une décision du Conseil Constitutionnel ?
    L'installation du nouveau Conseil Constitutionnel présidé par Richard Ferrand.
    Richard Ferrand validé de justesse par le Parlement.
    François Bayrou et la motion de censure de congrès du PS.
    François Bayrou surmonte une 6e motion de censure en cinq semaines !
    Bétharram : François Bayrou contre-attaque !
    Bétharram : François Bayrou coupable... de quoi, au fait ?
    Alain Juppé à la rescousse de Richard Ferrand ?
    Mission accomplie : les budgets 2025 (PLF et PLFSS) définitivement adoptés (ouf !).
    4 motions de censure et pas d'enterrement !
    Emmanuel Macron à la télévision le dimanche soir !
    Interview du Président Emmanuel Macron le dimanche 9 février 2025 sur France 2 (vidéo).
    Sam Altman salue la France, centre névralgique de l'intelligence artificielle.
    François Bayrou, le début du commencement.
    La quadrature du cercle de Michel Barnier.
     

     
     




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    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/l-indignation-de-francois-bayrou-261747

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/06/26/article-sr-20250626-bayrou.html



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  • Budget 2025 : l'impossible mission de Michel Barnier

    « La véritable épée de Damoclès, c’est notre dette financière colossale : 3 228 milliards d’euros. Si l’on n’y prend garde, elle placera notre pays au bord du précipice. Cette année, notre déficit public, celui de toutes les collectivités publiques, devrait dépasser 6% de notre richesse nationale. En 2025, si rien n’est fait, il sera plus élevé encore. Pourquoi est-ce grave ? Pas seulement (…) parce que cette situation nous affaiblit autour de nous en Europe. Mais d’abord parce que la charge de cette dette, 51 milliards d’euros, est aujourd’hui le deuxième poste de dépenses de l’État, derrière l’école. Est-il acceptable que nous dépensions plus pour payer des intérêts à d’autres, que pour notre défense et notre recherche ? Ma réponse (…) est non. Face à nos défis qui sont immenses, nous n’avons pas le choix. Notre responsabilité, c’est d’alléger le fardeau et de retrouver des marges de manœuvre budgétaires. Aussi notre volonté est de ramener le déficit de notre pays à 5% en 2025. Notre objectif est de remettre notre pays sur la bonne trajectoire pour revenir sous le plafond de 3% en 2029, dans le respect de nos engagements européens. Comment faire ? Ne nous racontons pas d’histoires, je ne raconterai pas d’histoires. (…) Le premier remède contre la dette, c’est la réduction des dépenses. En 2025, les deux tiers de l’effort de redressement viendront donc de la réduction des dépenses. Réduire les dépenses, c’est renoncer à l’argent magique, à l’illusion du tout gratuit, à la tentation de tout subventionner. » (Michel Barnier, le 1er octobre 2024 dans l'hémicycle).




     

     
     


    Cette semaine, le Premier Ministre Michel Barnier présentera au conseil des ministres le projet de loi de finances (PLF) pour l'année 2025. Tant qu'il n'est pas officiellement présenté, tout reste possible, ce qui explique les postures médiatiques des uns et des autres avant cette rapide échéance.

    Les grandes orientations de la politique budgétaire ont toutefois été déjà adressées le 2 octobre 2024 au Haut Conseil des finances publiques. Selon les prévisions du futur projet de loi de finances qui sera présenté le 10 octobre 2024, les dépenses prévues en 2025 seront de 1 700 milliards d'euros, soit 56,3% du PIB (contre 56,8% en 2024), et les recettes attendues en 2025 seront de 1 560 milliards d'euros.


    Qu'on le veuille ou pas, l'État dépense plus qu'il ne gagne depuis une cinquantaine d'années. Le problème, c'est que les déficits s'accumulent et chaque année, la dette s'accroît. Elle représente plus que la production de richesse du pays pendant une année. Autant dire que si l'État était monsieur Toutlemonde, il serait déjà interdit bancaire, interdit de gérer, interdit de quoi que ce soit.

    Il y a plusieurs causes à faire un déficit sur une année. Il y a d'abord les crises, et cela a commencé avec le premier et surtout le second chocs pétroliers dans les années 1970. Mais les crises (
    Emmanuel Macron en a eu beaucoup depuis 2017, et Nicolas Sarkozy en a eu deux), c'est a priori temporaire. Des dépenses exceptionnelles en cas de crise (toute collectivité qui gère bien prévoit un poste imprévus dans son budget, mais l'État est déjà tellement déficitaire que rajouter un poste Imprévus serait faire de la dette supplémentaire inutilement).

    Il y a aussi les investissements d'avenir, des investissements massifs de production, d'innovation pour faire l'industrie de demain, l'économie du futur. Là encore, il n'y a pas de honte à s'endetter pour l'avenir : c'est le principe, chez monsieur et madame Toutlemonde, du prêt immobilier. À la fin, on a un actif et plus aucune dette (qu'on rembourse). Attention toutefois au type d'emprunt, car pour l'État, c'est l'équivalent du prix relais : on ne paie jamais la dette mais les intérêts de la dette (qui commencent à devenir monstrueux), et si on rembourse la dette, c'est parce qu'on la rachète sur le marché international avec un taux réactualisé.

    Mais les déficits depuis 1981 ne sont pas pour des investissements et rarement à cause de crises ponctuelles, mais pour financer du fonctionnement de l'année en cours. En 2024, on doit encore rembourser le train de vie de l'État de 1981 ! Car c'est bien à partir de l'élection de
    François Mitterrand que le déficit budgétaire a été institutionnalisé, arbitrairement limité "moralement" à 3% du PIB. C'était l'époque où l'âge légal de départ à la retraite est passé de 65 ans à 60 ans. C'est particulièrement cette mesure, plus que la cinquième semaine de congés payés, qui a plombé pour un demi-siècle au moins les finances publiques.

    Dès la campagne présidentielle de 2002,
    François Bayrou a pointé du doigt l'extrême danger d'un endettement excessif, et à l'époque, c'était beaucoup moins qu'aujourd'hui. Les deux partis gouvernementaux hégémoniques, le PS et l'UMP (devenue LR), s'en moquaient puisque, pour faire élire leurs candidats, il leur fallait promettre, acheter certains électeurs : on appelle cela l'électoralisme ou le clientélisme, le contraire d'un discours pour l'intérêt national.
     

     
     


    L'objectif de ne pas dépasser un déficit de 3% du PIB est inscrit dans les tables du Traité de Maastricht, mais cet objectif de vertu doit être d'abord vu comme d'un intérêt national : on ne peut pas dépenser plus qu'on ne gagne ! Et si on n'impose pas 0% et qu'on se permet une latitude de 3%, c'est parce qu'on considère qu'avec une croissance de 3%, ce déficit est vite compensé (la réalité, c'est que la croissance n'est jamais à 3% et c'est d'ailleurs un peu plus compliqué que cela !).

    Dans tous les cas, en 2024, le déficit devrait atteindre 6,1% du PIB, soit plus du double, et Michel Barnier a déjà fixé l'objectif de réduire le déficit de 60 milliards d'euros. Car si on ne prend pas en % mais en valeur absolue, sonnante et trébuchante, ces 60 milliards d'euros, c'est énorme ! Pour le gouvernement, ce sera 1/3 augmentation de la fiscalité 2/3 réduction des dépenses publiques.

    Pour le coup, aucun parti ne semble vraiment s'opposer à cet objectif de redresser les finances publiques, mais personne n'est vraiment cohérent : tous ceux qui ont rejeté la
    réforme des retraites, tous ceux qui veulent augmenter telle prestation, tel nombre de fonctionnaires, etc. se montrent particulièrement incohérents. Les mêmes, qui aujourd'hui fustigent les précédents gouvernements pour l'endettement excessif, les fustigeaient à l'époque parce qu'ils ne dépensaient pas assez lors des crises : gilets jaunes, crise sanitaire, guerre en Ukraine, inflation et crise de l'énergie... La démagogie et la facilité n'ont jamais fait dans la cohérence ni dans la responsabilité.

    Paradoxalement, je n'ai pas entendu beaucoup de contestation sur cette réduction de 60 milliards d'euros de déficit. Tant mieux. Alors, où les prendre ?



    Dans les recettes de l'État : 20 milliards d'euros de plus d'impôts

    Toute la politique budgétaire sera basée sur des injonctions paradoxales. Ce qu'a réussi parfaitement Emmanuel Macron, c'est d'avoir stabilisé la France fiscalement et de devenir le premier pays européen le plus attractif pour les investisseurs étrangers. Cela a eu pour conséquence une baisse continue du chômage (autour de 7%) et un fait notable, unique depuis 1981 : on ne parle plus du problème du chômage mais de celui du pouvoir d'achat.

    Revenir à la politique facile d'augmentation des impôts, alors que la pression fiscale est déjà monstrueuse, c'est risquer de perdre cette indispensable attractivité de la France. Il faut donc le faire d'une main tremblante car il faut savoir quelle fiscalité réduirait l'attractivité de la France ? Celle des plus riches (capables d'investir) et celle des entreprises.
     

     
     


    Qu'en est-il de la justice fiscale ? Il y a dans cette expression une certaine moralité qui n'a rien à faire avec l'efficacité d'un État. On ne fait pas payer des impôts pour réduire les inégalités, voire égaliser tout le monde : on fait payer des impôts pour financer les dépenses de l'État. Si l'État ne dépensait rien, il n'y aurait pas besoin d'impôts. Très globalement, on dit à juste titre que l'impôt est redistributif : ceux des riches qui paient des impôts pourraient se payer les mêmes services s'ils étaient privatisés, ce qui n'est pas le cas des plus pauvres. Là encore, contrairement au sentiment habituellement entendu, la France est l'un des pays voire le pays le plus redistributif au monde ! C'est ce modèle social (que tout le monde veut garder) qui coûte cher et d'autant plus cher que la natalité baisse.

    Donc, la justice fiscale, à laquelle je suis évidemment favorable, ce n'est pas de dire : les riches doivent payer ! C'est de se dire : combien faut-il pour équilibrer les dépenses, et que chaque contribuable puisse avoir sa juste contribution en fonction de ses moyens.


    Michel Barnier a insisté pour parler des contribuables les plus fortunés et pas des contribuables les plus riches, car tout est relatif et pour François Hollande, un ménage était riche à partir de 4 000 euros par mois. Pour Michel Barnier, être fortuné signifie gagner 500 000 euros par an (40 000 euros par mois), ce qui correspond à 0,3% des ménages (voir plus loin).

    Le problème de ne cibler que les contribuables fortunés, c'est que ça rapporte peu car ils ne sont pas nombreux, ce n'est pas efficace. C'est juste, mais pas efficace. Pour être efficace, il faudrait descendre le seuil de fortune afin de multiplier les contributions, ce qui fait que les classes moyennes ont toujours été les vaches à lait de l'État providence (en particulier les classes moyennes supérieures).

    Donc, lever un impôt supplémentaire pour les plus riches serait plutôt une mesure politique et pas financière, celle de dire que les plus riches doivent participer aussi, à leur niveau, à l'effort national. Pour faire passer les autres pilules. Mais on sait déjà que cela ne rapportera pas grand-chose.

    Quant à lever un nouvel impôt pour les très grandes entreprises, tout le monde est d'accord, même certaines de ces entreprises qui ont fait beaucoup de profit parfois sans mérite (comme les entreprises du secteur énergétique qui ont bénéficié de l'augmentation du prix du kWh sans rapport avec leurs frais de production). Encore faut-il s'assurer que ces grandes entreprises ne comptent pas quitter la France pour des pays plus cléments fiscalement (à cet égard, il faudra surveiller l'évolution de Lactalis, par exemple).

    Si on prend l'effet levier du nombre (si ça impacte des millions de contribuables ou de consommateurs, c'est efficace et l'effort est réparti sur le nombre), la tentation est grande de proposer d'augmenter quelques taxes à la consommation (sur l'énergie, par exemple, ou plus simplement la TVA comme l'avait fait Nicolas Sarkozy à la fin de son quinquennat, une mesure quasi-suicidaire !).

    Enfin, la tarte à la crème, bien sûr, c'est la lutte contre la fraude fiscale et sociale. L'État a toujours lutté contre la fraude des resquilleurs et sa lutte est de plus en plus efficace, et le déficit prend déjà en compte cette lutte. De plus, il y a une différence entre fraude et optimisation fiscale, d'une part, aux pouvoirs publics peut-être de limiter les possibilité de cette optimisation fiscale, et une différence entre fraude et évasion fiscale, d'autre part, même si je préfère l'expression fuite fiscale à évasion fiscale, qui est, elle, légale et est en rapport avec l'attractivité du pays.

    Ce qui est connu, c'est que trop d'impôt tue l'impôt, c'est l'illustration du dernier choc fiscal de 40 milliards d'euros, sous
    François Hollande. Les recettes fiscales étaient rentrées moins bien que prévu car la consommation n'avait pas progressé.


    Dans les dépenses de l'État : 40 milliards d'euros de moins de fonctionnement

    Là aussi, c'était une autre tarte à la crème, mise en évidence pendant la campagne présidentielle de 2017 durant laquelle
    François Fillon a proposé la suppression de 500 000 postes de la fonction publique, tandis qu'Emmanuel Macron 100 000. La réalité, c'est qu'il y a eu une progression des effectifs de la fonction publique depuis 2017.
     

     
     


    La proposition de supprimer des fonctionnaires ne risque pas d'être très efficace en matière de déficit. En effet, s'il s'agit de ne pas remplacer certains postes de fonctionnaires partant à la retraite, au mieux, on supprimerait 30 000 postes par an, ce qui ne fait même pas 2 milliards d'euros d'économie alors qu'on parle de 40 milliards. On est loin du compte. Et le problème, c'est quels postes puisqu'on parle déjà d'un manque d'effectifs parmi les enseignants, les soignants, les forces de l'ordre, les professionnels de la justice... Faut-il rappeler aussi qu'on ne peut pas se passer des travailleurs des voiries, des espaces verts, etc. dans les collectivités locales qui ont d'ailleurs beaucoup de postes vacants par manque d'attrait des postes ? Michel Barnier, qui connaît très bien le point de vue des collectivités locales (il a longtemps présidé le conseil général de Savoie), sait qu'il est aussi très difficile de faire des économies sur le nombre de postes dans la fonction publique territoriale, et dans tous les cas, ce type de réponse est très long pour en voir l'effet sur le déficit.

    Ce qu'on peut en revanche, imaginer, c'est une augmentation de la productivité, qui peut passer par une réduction de l'absentéisme, par exemple (j'ai vu certaines collectivités qui se sont donné les moyens de réduire ce taux parfois important par des moyens assez simples qui consistent, par exemple, à revoir les conditions d'attribution de certaines primes).

    Des solutions de vente par tranche du patrimoine public ne sont pas non plus très efficaces car ce sont des pistolets à un coup. C'est le cas du patrimoine foncier qui mérite, c'est vrai, une meilleure gestion (on parle de créer une régie foncière de l'État et que tous les ministères deviendraient locataires de celle-ci, avec des professionnels du secteur, ce qui éviterait la vente aux enchères de mobiliers très chers à des prix défiant toute concurrence par manque de connaissance de la valeur des meubles, etc.).

    Une autre tarte à la crème consiste à couper dans les (nombreuses) niches fiscales, mais là encore, c'est une hérésie, à moins de faire des frappes chirurgicales. Je m'explique : chaque niche fiscale a un intérêt, ou, du moins, a eu un intérêt, comme l'exonération obtenue pour un don à une œuvre de charité etc. Cela fait partie de la politique de l'État d'encourager, d'aider certains secteurs. Certes, le problème a été qu'on n'a fait que des strates et des strates sans remettre en cause les anciennes. Il serait donc intéressant d'évaluer chaque niche fiscale (vaste tâche), connaître leur objectifs et évaluer s'ils ont été atteints ou pas. S'ils ont été atteints, il faut la garder ; si la niche fiscale n'était pas efficace, il faut la supprimer. Mais dans tous les cas, chaque suppression de niche fiscale aurait une incidence sur un secteur économique donné, et on imagine bien les protestations catégorielles qui en découleraient et que le gouvernement devrait assumer.

    Bref, comme dirait La Palisse, rien n'est simple. C'est pour cela qu'aucun gouvernement ne s'est réellement attaqué à la réforme de l'État pour réduire structurellement le déficit. C'est le principe de l'acquis social : aucun acquis ne serait négociable, dans l'esprit des Français. Si, parfois, des déficits ont pu être réduits, les gouvernements concernés l'ont dû à la chance d'une conjoncture extérieure favorable créatrice de croissance, plus en tout cas qu'à leur propre politique économique.


    Ce que va proposer le gouvernement

    Selon le document reçu par le Haut Conseil des finances publiques, le gouvernement propose plusieurs choses. Pour la réduction de 40 milliards d'euros des dépenses publiques, 15 milliards d'euros ont déjà été obtenus dans les lettres de cadrage au mois d'août (qui consistent surtout à ne pas suivre l'inflation à budget constant), 5 milliards d'euros d'économies supplémentaires n'ont pas encore été proposés (par manque de temps, ce sera fait par amendements ultérieurs), 13 milliards d'euros de réduction des dépenses sociales (dont 4 milliards d'euros pour le retard de la revalorisation d'environ 1,8% des pensions de retraite de janvier à juillet 2025), le reste en réduction des dépenses d'assurance maladie et en limitation des dépenses des collectivités locales.

    La principale mesure indiquée en réduction des dépenses est donc le retard de six mois de la revalorisation des pensions de retraite, qui touche tout le monde, mais proportionnellement plus les moins aisés. Même si l'effort reste relativement faible : pour une pension de 1 500 euros par mois, cela devrait correspondre à un manque à gagner d'environ 15 euros par mois pendant six mois.
     

     
     


    Quant aux augmentations d'impôts, le Ministre du Budget Laurent Saint-Martin, qui est directement rattaché à Matignon et pas à Bercy (ce qui est rare et montre que le pouvoir se trouve effectivement à Matignon), a affirmé le 2 octobre 2024 que l'effort sur les ménages portera uniquement sur 0,3% des ménages, ce qui signifiera par exemple pour un couple sans enfants avec « des revenus d'à peu près 500 000 euros par an ». Et pour les entreprises, la contribution sera « exceptionnelle » et seulement pour les entreprises qui réalisent plus d'un milliard d'euros de bénéfice : « Il faut que toutes les grandes entreprises, chacune comme elles le peuvent, et par rapport à leur secteur d’activité, contribuent. ». Comme cela touche peu de ménages et peu d'entreprises, ces mesures seront certainement approuvées largement (les députés qui s'y opposeraient le justifieraient par le manque d'audace).

    Au-delà de ces mesures, il y aura aussi des mesures de réduction de dépenses publiques de l'ordre de 1,5 milliard d'euros pour compenser des mesures fiscales en faveur de la transition écologique, qui seront également proposées par voie d'amendements.

    Ensuite, il restera à Michel Barnier de faire adopter ces lois de finances (il y en a deux, projet de loi de finances et projet de loi de financement de la sécurité sociale), soit par un vote solennel (mais je doute qu'une majorité soit obtenue, car l'acte politique par excellence de l'appartenance à l'opposition, c'est de voter contre le budget) soit par
    l'article 49 alinéa 3 de la Constitution, auquel cas une motion de censure, voire plusieurs pourront être déposées. Mais je doute que la gauche NFP et le RN puissent voter un même texte ensemble sur les finances publiques. C'est la seule chance de Michel Barnier (avec la popularité le cas échéant) pour durer.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (06 octobre 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Budget 2025 : l'impossible mission de Michel Barnier.
    Claude Malhuret : du vol des élections aux chefs d'escadrille...
    Les 3 lignes rouges de Marine Le Pen pour ne pas censurer le gouvernement Barnier.
    La quadrature du cercle de Michel Barnier.
     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20241006-budget-2025.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/budget-2025-l-impossible-mission-257113

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/10/07/article-sr-20241006-budget-2025-html.html




     

  • Législatives 2024 (48) : les adieux de Bruno Le Maire à Bercy

    « Comme dirait Michel Sardou, je vous aime, mais je pars. (…) Je pars avec le sentiment profond que ces sept années ont été utiles pour la France. Cela aura été un honneur dans ma vie politique d'occuper les fonctions de Ministre de l'Économie et des Finances pendant plus de sept ans. Je veux donc marquer ma reconnaissance sincère et profonde au Président de la République. » (Bruno Le Maire, le 12 septembre 2024 à Bercy).




     

     
     


    Étrange coïncidence du destin, celui qu'on pourrait considérer comme le premier Ministre de l'Économie et des Finances de la France, le Surintendant des Finances de François Ier, à savoir Jacques de Beaune, baron de Semblançay, a quitté ses fonctions il y a 500 ans, en 1524. La petite différence, c'est qu'il a commencé en 1518 et pas 1517. Un demi-millénaire plus tard, Bruno Le Maire, Ministre de l'Économie et des Finances depuis le 17 mai 2017, s'apprête à quitter Bercy dans quelques jours, quelques heures, le temps que le gouvernement de Michel Barnier soit définitivement nommé. Contrairement aux premières esquisses de composition, son successeur ne sera pas Laurent Wauquiez avec qui il siégeait déjà au gouvernement sous la Présidence de Nicolas Sarkozy (ce qui fait au total un peu moins de onze ans au gouvernement ; plus de dix ans, c'est rare dans la vie politique).

    Plus de sept ans sans discontinuité aux Finances, c'est un record sous les républiques. Sous cinq gouvernements et quatre Premiers Ministres. Seul Valéry Giscard d'Estaing est resté plus longtemps à ce poste, mais en discontinuité, près de neuf ans : du 18 janvier 1962 au 8 janvier 1966 puis du 20 juin 1969 au 27 mai 1974, jusqu'à son élection pour accomplir un septennat. Le précédent record (sans discontinuité) remonte à Napoléon Ier, avec son Ministre du Trésor public Nicolas François Mollien, du 27 janvier 1806 au 1er avril 1814.

    Contrairement à ce que raconte Michel Houellebecq dans l'un de ses derniers romans d'anticipation politique, Bruno Le Maire (qu'il a rencontré et apprécié pour rédiger son livre) n'aura pas été l'unique Ministre de l'Économie et des Finances des deux quinquennats du Président Emmanuel Macron, et il n'aura pas été en position d'être candidat à la prochaine élection présidentielle, après les dix années (dans le roman non plus, car finalement, "le Président" choisit un animateur humoriste populaire pour le remplacer temporairement ; serait-ce Volodymyr Zelensky ?). Il y a beaucoup trop de concurrence pour être "l'héritier" : Édouard Philippe, Gabriel Attal, Gérald Darmanin, et pourquoi pas, Élisabeth Borne et toujours François Bayrou...

    Il vient de recevoir l'autorisation d'enseigner en Suisse et il va donc profiter du début de l'année scolaire pour être professeur d'économie et de géopolitique à Lausanne. Un exil pédagogique autant que politique volontaire qui fait penser à ceux de Philippe Séguin et Alain Juppé au Québec. À 55 ans, il pourrait toujours compter sur un retour et jouer le rôle de l'homme providentiel, mais ce n'est pas sûr qu'il puisse se relever de son impopularité acquise à Bercy.

    Une impopularité acquise surtout depuis quelques mois, depuis environ mars 2024, quand il avait averti que le déficit public de 2023 allait dépasser largement les prévisions, à 5,6% du PIB. Au risque d'être anti-électoral (à l'approche des élections européennes), Bruno Le Maire avait brandi une réduction des dépenses de 10 à 15 milliards d'euros pour 2024 (le gouvernement n'est pas obligé de dépenser la totalité des montants votés par les parlementaires dans la loi de finances ; il ne peut pas dépenser plus mais il peut dépenser moins).

    C'était une initiative politiquement et électoralement casse-cou. Sa réaction à la dissolution l'avait d'ailleurs complètement disqualifié aux yeux de l'Élysée : « Vous savez, les parquets des ministères et des palais de la République sont pleins de cloportes. Il y a toujours eu des cloportes, cela fait partie de la vie politique française. Ils sont dans les parquets, dans les rainures des parquets, c'est très difficile de s'en débarrasser. Le mieux, c'est de ne pas les écouter, et de rester à sa place, qu'on soit Président de la République, Premier Ministre, ministre, et prendre ses décisions en conscience. » (il parlait ainsi de la dictature des conseillers occultes le 20 juin 2024 sur TV5-Monde avec un mot très violent).





    Pour marquer le coup, au-delà de ses obligations ministérielles (comme son audition à la commission des finances de l'Assemblée Nationale le 9 septembre 2024), Bruno Le Maire a voulu faire un discours d'adieu avant de partir. Pour ne pas refaire comme Gabriel Attal lors de sa passation des pouvoirs à Michel Barnier à Matignon, il a préféré séparer le discours d'adieu et le discours assez formel de passation des pouvoirs avec son successeur (très bientôt).

    Il a ouvert son discours sur un remerciement à Emmanuel Macron à qui, en quelque sorte, il a succédé à Bercy (pas tout à fait directement). Pour Emmanuel Macron, le secteur de l'économie est important pour redresser la France, sa grandeur, et le choix de Bruno Le Maire, qui plus est unique jusqu'à la dissolution, montre la grande confiance du Président de la République. Rappelons que Bruno Le Maire avait été pressenti pour succéder à Christine Lagarde en juin 2011 lorsqu'elle avait été nommée directrice générale du FMI, mais finalement, François Baroin avait arraché sa nomination à Bercy par Nicolas Sarkozy (dans le troisième gouvernement de François Fillon).

    Tout le problème du "bilan" de Bruno Le Maire est dans cette contradiction qui va bien au-delà de la Présidence d'Emmanuel Macron : économiquement, la France va beaucoup mieux, le chômage a baissé durablement, les emplois industriels sont recréés, l'innovation frôle l'excellence, la France est le pays européen le plus attractif des investisseurs étrangers, et l'inflation est revenue à un taux assez faible ; mais parallèlement, jamais le sentiment de précarité, de salaire trop bas, de pouvoir d'achat insuffisant, d'insécurité financière autant que physique n'a été ressenti aussi fortement par les Français que pendant cette période, en particulier en raison des crises nombreuses (gilets jaunes, covid-19, guerre en Ukraine, énergie, etc.), mais aussi en raison d'une transformation en profondeur, autant sociologique que technologique, de la société française. Ce n'est pas nouveau qu'on manque de repères, qu'on regrette les temps anciens (quand on était jeunes), mais cette perte d'identité est nettement plus fortement ressentie dans une nation qui n'est plus isolée, qui est dans une monde global où les échanges de biens et de personnes sont possibles avec la planète entière. Sentiment amplifié par les nouveaux modes de communication, chaînes d'information continue pour les surréactions, réseaux sociaux pour les grains de sel souvent négatifs et destructeurs, déclinistes et pessimistes, dans tous les cas dénigreurs. Je précise bien sûr qu'il ne s'agit pas que d'un sentiment de déclassement, c'est aussi la réalité de plusieurs millions de Français, et si ce n'est pas une réalité, c'est une angoisse qu'elle le devienne, ce qui, psychologiquement, est à peine mieux. La société est de plus en plus à deux vitesses, ceux qui sont prêts à assumer le choc de la compétitivité avec le monde entier, et ceux qui ne s'en sentent pas capables.

     

     
     


    Malgré les difficultés, malgré le problème d'endettement durable et de déficit momentané (le maintien de la croissance permet d'être optimiste à moyen terme), Bruno Le Maire a brossé un bilan évidemment positif de son action : « En me nommant [il s'adressait alors au Président de la République], vous m'aviez fixé une mission : transformer l'économie française. Année après année, obstinément, laborieusement, consciencieusement, nous avons engagé cette grande transformation économique de la France. Contre la valse des impôts, nous avons fait le choix de la stabilité fiscale, contre le déclassement des classes moyennes, nous avons revalorisé le travail, contre les délocalisations de masse, nous avons engagé la réindustrialisation des territoires, contre le French bashing, nous avons fait de la France la nation la plus attractive en Europe. (…) Cette grande transformation économique ne doit pas être une parenthèse dans la vie de notre nation. Elle doit être le socle de nos ambitions économiques nationales futures. Car cette grande transformation nous a fait réussir parmi les autres nations en Europe. Depuis sept ans, la croissance cumulée de la France est supérieure à celle de la Grande-Bretagne, de l'Italie ou de l'Allemagne. Depuis sept ans, le chômage baisse, des usines vertes ouvrent, les investisseurs viennent, l'inflation est repassée sous les 2%. Depuis sept ans, la France enregistre des résultats économiques que nous devons confirmer dans les années à venir. ».

    Le ministre démissionnaire a en particulier évoqué l'une des raisons de ses succès, sa stabilité : « Le Président de la République, les Premiers Ministres successifs (…) m'ont donné ce qui est la condition nécessaire de tout succès en politique : le temps. Le temps long est une force et une vertu. Le temps long de la politique économique rassure les entrepreneurs, qui ont besoin de stabilité. Le temps long de la politique fiscale donne la visibilité nécessaire pour investir, consommer, par conséquent soutenir la croissance. Le temps long évite les embardée, les humeurs, les modes, les querelles, les polémiques, les changements de pied incessants qui sont trop souvent le lot de notre vie politique nationale. ».

    Bruno Le Maire a présenté les trois phases des finances publiques pendant lesquelles il était responsable : 2017-2019 : phase de rétablissement des comptes publics avec déficit inférieur à 3% du PIB ; 2020-2022 : phase de protection face aux crises « qui a entraîné des dépenses nouvelles, massives et nécessaires face à un effondrement de notre production économique et à la flambée des prix » ; depuis 2023 : phase de retour à la normale. En expliquant (extrait qui allait être abondamment repris par les journalistes) : « Dans notre histoire financière, le virage du retour à la normale est toujours le plus difficile à négocier. Tout le monde réclame de l'ordre dans les comptes, personne ne propose des économies. Tout le monde veut le désendettement, personne ne soutient nos réductions de dépenses. C'est l'hypocrisie française : on veut de la dette en moins et des dépenses en plus. Pourtant, ce sont des somnambules, ceux qui proposent de dépenser toujours plus d'argent public. Ce sont des somnambules, ceux qui promettent de revenir sur la réforme des retraites sans toucher à la feuille de paye ni aux pensions et en promettant plus de pouvoir d'achat. Ce sont des somnambules, ceux qui dénoncent l'austérité dans une France qui redistribue sa richesse plus largement que n'importe quelle autre nation. Le réveil sera douloureux. Pas pour les somnambules, mais pour la France. Car le sommeil conduit toujours à la servitude. ».

    Le Ministre des Finances a embrayé sur l'importance de ne pas renforcer la pression fiscale, malgré les grandes tentations politiques de le faire : « La France ne doit pas revenir en arrière non plus sur les impôts. Malgré nos 55 milliards d'euros de baisses d'impôts depuis 2017, sur les ménages comme sur les entreprises, la France garde un niveau de pression fiscale parmi les plus élevés au monde. Pourtant, à écouter les commentaires, les recommandations des spécialistes, les avis des conseilleurs qui ne sont jamais les payeurs, la plus grande pente reste toujours de relever les impôts. Ne cédons pas à cette facilité. Si nous voulons livrer un combat fiscal, livrons-le au niveau international : taxons à un juste niveau les plus grandes fortunes de la planète. Nous avons mené avec succès deux combats majeurs sur la fiscalité internationale : la taxation des géants du numérique et la taxation minimale des multinationales. Battons-nous pour gagner ce troisième combat : voilà une défi à la hauteur de la France ! ».

    Et d'ajouter un peu plus tard : « Peu à peu, la France renoue avec sa vocation de grande nation manufacturière, innovante, audacieuse : une grande nation de production. Nous devons faire passer de 10 à 15% la part de l'industrie manufacturière dans notre richesse nationale. Pour cela, gardons un cadre fiscal attractif pour les entreprises. (…) Plutôt que défaire, regardons par conséquent ce que nous pouvons faire mieux. ».

    Trois pistes pour faire mieux, selon l'ancien directeur de cabinet de Dominique de Villepin à Matignon :

    Les salaires : « Redonner un espoir salarial à toutes celles et tous ceux qui travaillent, voilà le défi français. Cet espoir salarial, il se construira dans la réduction des écarts entre salaire brut et salaire net, dans une refonte en profondeur de nos allègements de charges, par une remise à plat de notre modèle social. Notre modèle social ne peut plus être financé à titre principal par les contributions sur le travail. Sans quoi le travail ne sera plus une liberté, mais une contrainte ; plus la clef des rêves, mais une source de découragement. (…) Pour augmenter durablement les salaires, il faut augmenter fortement la productivité du travail. ».


    Le climat : « Tout notre outil de production, toute notre innovation, notre recherche, nos grands acteurs bancaires et assurantiels, nos champions du bâtiment, de la construction, du transports, du traitement des eaux, de l'énergie, doivent se mettre au service de cette immense révolution de la transition énergétique et de la lutte contre le réchauffement climatique. Ils le font déjà. Nous devons les accompagner pour faire davantage encore. Avec un objectif collectif : être la première économie 0 émission en Europe en 2040. Objectif ambitieux ? Mais les grandes ambitions n'ont jamais fait peur à la France. Au contraire : nous sommes un peuple pionnier. Nous aimons l'aventure et la grandeur. ».

    Le financement de notre économie : « Nous manquons de financements privés en Europe pour faire face à la double révolution technologique et climatique. (…) Nous devons améliorer le financement de notre économie et le diversifier. Nous devons alléger les contraintes réglementaires qui pèsent sur les banques et les assurances. Nous devons sans délai mettre en place l'union des marchés de capitaux, trouver les financements nécessaires pour nos pépites technologiques, améliorer notre productivité. Notre productivité européenne chute depuis vingt ans quand la productivité américaine flambe. Plus d'innovation, plus de formation, un meilleur niveau éducatif, ce sont les conditions du rétablissement de notre prospérité collective. Nous ne pouvons pas lambiner quand les autres puissances galopent. ».

    Inutile de préciser que, même si le ministre quitte (momentanément ?) la vie politique, cet exposé des choses à faire ressemble furieusement à un programme électoral et aussi à une vison à long terme de l'économie française.
     

     
     


    Bruno Le Maire espère aussi la reprise rapide du projet de loi sur la simplification qu'il n'a pas pu achever. Il a par ailleurs salué et remercié toutes les personnes qui l'ont accompagné pendant ces sept années, des ministres délégués, des hauts fonctionnaires, collaborateurs, membres de cabinet, directeurs d'administration, parlementaires, maires et élus locaux qui sont venus l'écouter, etc. (plus de 1 200 personnes sont venues l'écouter). Il a aussi remercié les 130 000 agents du ministère « techniciens, contrôleurs, douaniers, statisticiens, juristes, informaticiens, économistes, qui font la force de cette maison ».

    Et quel a été son moment le plus intense ? « Je pourrais répondre : le jour où le Premier Ministre israélien s’est retrouvé coincé dans un des ascenseurs de Bercy, le jour où le chat Olive est mort, le jour où Ascoval a été définitivement sauvé, le jour où nous avons remplacé le gravier de cette cour par des arbres, le jour où Olaf Scholz après une nuit de négociation sur la dette en commun a lâché "deal", le jour où nous avons vu Notre-Dame brûler, le jour où Vincent Lindon a tourné au PMF, le jour où les prix du gaz ont flambé. Je répondrais : le covid. Face à la crise économique la plus grave que le monde ait eu à affronter depuis 1929, nous avons fait face. Le covid aurait pu conduire au pire : récession, crise sociale, désordres politiques. Il a au contraire montré le meilleur de notre société : héroïsme sans faille des soignants et du monde hospitalier ; présence à leurs postes des salariés dans les commerces essentiels, dans le nettoyage, dans la grande distribution, dans les exploitations agricoles ; mobilisation permanente de tous les agents du ministère pour élaborer les aides d’urgence, mettre en place le fonds de solidarité pour les TPE et les PME, distribuer le PGE, verser le chômage partiel. Partout, une vraie et profonde générosité de cœur. À nouveau je dis : merci. Nous avons dépensé beaucoup ? Oui, mais pour le bien de tous. Qui oserait dire sincèrement que ces dépenses de protection dont certains nous font le reproche maintenant, après nous avoir supplié de dépenser plus hier, ne répondaient pas à un cas économique de force majeur ? Qui ne voit pas que ces dépenses nous ont permis de sauver nos entreprises, nos commerces, nos emplois, nos compétences ? Il est trop facile de réécrire l’histoire : nous n’avons pas dilapidé l’argent public, nous avons protégé les Français et nous devons en être fiers ensemble. La France est grande quand elle se rassemble, puissante quand elle agit de concert, invincible quand elle sert une cause qui la dépasse. ».

    Le testament de celui qui considère que lorsqu'on s'engage en politique, on doit démissionner de la fonction publique lorsqu'on est fonctionnaire et prendre son risque (ce qui a été son cas, aussi celui d'Emmanuel Macron, et ce qui est une pique à une autre énarque, Lucie Castets), c'est : « L'autorité et l'amour sont les deux valeurs qui nous permettront de desserrer la pression des extrêmes, qui sont en train de prendre en étau notre nation. La radicalisation politique de plus en plus forte est devenue la règle dans les grandes démocraties. La France doit rester une exception. L'exception politique française, ce sont la mesure et la raison. ».

    De l'émotion, certes, mais de l'émotion rationnelle, préparée, calculée, pour ce départ en fanfare et dans les acclamations de son public trié sur le volet. Au regard de l'histoire politique de la France, Bruno Le Maire aura au moins marqué le Ministère de l'Économie et des Finances, à défaut d'aller plus loin, le cas échéant.



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (18 septembre 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Bercy : les grands argentiers de France (22 juin 2007).
    Législatives 2024 (48) : les adieux de Bruno Le Maire à Bercy.
    Législatives 2024 (47) : le dur accouchement du gouvernement Barnier.
    Législatives 2024 (46) : les socialistes entraînés dans la destitution...
    Gérard Larcher, protecteur des institutions.
    "À vendre" Lucie Castets 9 000 €/mois !
    Législatives 2024 (45) : Michel Barnier, le choix de l'apaisement.
    Législatives 2024 (44) : l'introuvable Premier Ministre.
    Édouard Philippe massivement candidat.
    Législatives 2024 (43) : Haro sur le Beaudet !
    Législatives 2024 (42) : Bernard Cazeneuve et le retour à la case départ ?
    Législatives 2024 (41) : intérêt national et mode de scrutin.
    Législatives 2024 (40) : Patrick Cohen a raison !
    Législatives 2024 (39) : Consultations et mains tendues !
    Législatives 2024 (38) : la coconstruction du Premier Ministre.
    Législatives 2024 (37) : stupide chantage à la destitution !
    Législatives 2024 (36) : Gérald Darmanin plaide pour un Premier Ministre non macroniste !
    François Hollande sera-t-il le Premier Ministre de son ancien Ministre de l'Économie ?
    Législatives 2024 (35) : Vers une cohabitation du troisième type ?
    Législatives 2024 (34) : Lucie Castets noyée dans une réalité alternative !
    Législatives 2024 (33) : Le grain de sel du Sénat !
    Législatives 2024 (32) : Le casse-tête de Lucie Castets.
    Législatives 2024 (31) : Emmanuel Macron et les joyeux JO.
    Interview du Président Emmanuel Macron le 23 juillet 2024 sur France 2 (vidéo intégrale).
    Claude Malhuret au Sénat : le spectacle continue !
    Législatives 2024 (30) : coalition ou pacte ?
    Législatives 2024 (29) : le staff de l'Assemblée Nationale.
    Législatives 2024 (28) : la stratégie du chaos institutionnel de Jean-Luc Mélenchon.
    Législatives 2024 (27) : l'émotion de Yaël Braun-Pivet.
    Législatives 2024 (26) : les larmes de Marine Tondelier.
    Législatives 2024 (25) : faut-il ostraciser le RN à l'Assemblée Nationale ?
    Législatives 2024 (24) : Huguette Bello, mélenchonette en peau de lapin.
    Législatives 2024 (23) : grand pays recherche son gouvernement.
    Législatives 2024 (22) : qui au perchoir ?
    Législatives 2024 (21) : marche sur Matignon ?
    Lettre aux Français par Emmanuel Macron le 10 juillet 2024 (texte intégral).
    Législatives 2024 (20) : le poison du scrutin proportionnel.
    Législatives 2024 (19) : quel possible Premier Ministre pour une impossible majorité ?
    Législatives 2024 (18) : la fin du cauchemar Bardella (pour le moment).
    Résultats du second tour des élections législatives du 7 juillet 2024.
    Fake news : la scandaleuse manipulation politique du RN.
    Législatives 2024 (17) : rien n'est joué dimanche prochain !
    Législatives 2024 (16) : la question de dimanche prochain.
    Législatives 2024 (15) : les promesses n'engagent que ceux qui y croient !
    Législatives 2024 (14) : la revanche des gilets jaunes ?
    Législatives 2024 (13) : fortes mobilisations au premier tour.
    Résultats du premier tour des élections législatives du 30 juin 2024.
    Appel aux sociaux-démocrates.
    Éric Le Boucher : la France va plutôt bien (27 juin 2024).
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    Législatives 2024 (9) : Emmanuel Macron et son n'ayez-pas-peur !
    Interview d'Emmanuel Macron à Génération Do It Yourself le 24 juin 2024 (podcast intégral).
    Lettre aux Français d'Emmanuel Macron le 23 juin 2024 (texte intégral).
    Législatives 2024 (8) : la bataille de Matignon.
    Le programme aux élections législatives du 30 juin 2024 d'Ensemble pour la République (document à télécharger).
    Législatives 2024 (7) : Ensemble pour la République.
    Législatives 2024 (6) : Nicolas Sarkozy et François Fillon bougent encore !
    Législatives 2024 (5) : le trouble de Lionel Jospin.
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    Législatives 2024 (2) : clarification ou chaos ?
    Législatives 2024 (1) : vaudeville chez Les Républicains.
    Sidération institutionnelle.
    Élections européennes 2024 (4) : la surprise du chef !
    Résultats des élections européennes du dimanche 9 juin 2024.






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