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  • Mgr André Vingt-Trois et la joie du partage

    « L’homme est fait pour la vie ! Il n’est pas fait pour la mort ! C’est sans doute la raison pour laquelle à travers tous les temps de l’histoire, tant de témoignages manifestent l’incompréhension humaine devant le scandale de la mort. C’est certainement aussi pour cela que tant d’hommes et de femmes reculent et ne peuvent accepter ce qui pourtant s’impose. Nous pouvons comprendre un peu que la mort survienne au terme d’une longue vie ou d’une grave maladie. Mais lorsqu’elle frappe un homme en pleine activité comme l’était Philippe Séguin, le scandale qui nous atteint devant chaque mort devient plus cruel encore, l’événement plus incompréhensible, la détresse plus profonde. » (Mgr André Vingt-Trois, le 11 janvier 2010 aux Invalides, homélie en hommage à Philippe Séguin).



     

     
     


    Le cardinal André Vingt-Trois, profondément malade, s'est éteint le vendredi 18 juillet 2025 à Paris, à l'âge de 82 ans (il est né le 7 novembre 1942 également à Paris). Quand on a un nom de pape (Jean XXIII), on est prié de se prélater. Mgr André Vingt-Trois fut donc un prélat qui a beaucoup compté tant pour les catholiques parisiens que pour l'Église catholique de France dans sa globalité. Il avait participé en décembre 2024 aux cérémonies de réouverture de la cathédrale Notre-Dame de Paris dont il avait présidé le jubilé en 2013 à l'occasion du 850e anniversaire de sa fondation.

    Après une veillée de prières le 22 juillet 2025, André Vingt-Trois a été enterré le lendemain, mercredi 23 juillet 2025 à 10 heures, à Notre-Dame de Paris, au cours d'une messe présidée par son dernier successeur Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Paris, qui a lâché : « André Vingt-Trois nous a quittés au milieu de l’été avec une sorte de discrétion qui lui ressemble bien. ». La cathédrale était à moitié pleine, en présence de plus de 150 prêtres, 30 évêques et 3 cardinaux (dont Jean-Marc Aveline), ainsi que de l'ancien Premier Ministre Michel Barnier. Il a été inhumé dans le caveau réservé aux archevêques de Paris, une crypte sous l'autel. S'il fallait résumer sa personnalité, on pourrait dire trois mots : raison, humilité et prière.

    C'est sûr que succéder à
    Mgr Jean-Marie Lustiger comme archevêque de Paris n'était pas aisé : de toute façon, personne n'aurait eu sa stature, tant pastorale qu'intellectuelle, et même plus généralement, les catholiques français qui ont vécu les années 1980 et 1990 habitués à écouter les deux brillants cardinaux français de l'époque, Mgr Jean-Marie Lustiger et Mgr Albert Decourtray (primat des Gaules et archevêque de Lyon), ont compris un peu plus tard leur chance de les avoir connus, tant ils étaient exceptionnels (et j'en dirais autant des trois derniers papes Jean-Paul II, Benoît XVI et le pape François).

    André Vingt-Trois était plus ordinaire et cela lui convenait très bien. Au début des années 1970, il était vicaire de l'église Sainte-Jeanne-de-Chantal (la paroisse de la Porte de Saint-Cloud) lorsque le curé de l'église était... justement Jean-Marie Lustiger. Les deux hommes se sont tout de suite appréciés. Quand Mgr Lustiger est devenu archevêque de Paris, André Vingt-Trois était son vicaire général, contribuant à ses principales réalisations, dont la création de Radio Notre-Dame. Jusqu'à être lui-même archevêque de Paris, il restait dans la simplicité, se déplaçait à vélo...

    Évidemment, Vingt-Trois n'était pas le nom d'un pape mais, selon André, d'un orphelin parmi ses aïeuls, qui n'avait pas de nom et qui a pris un numéro pour nom, le numéro du lit, d'une porte ou d'un jour, il n'en savait rien. Après des études au prestigieux lycée Henri-IV, André Vingt-Trois a été ordonné prêtre le 28 juin 1969 par le cardinal François Marty, qui était l'archevêque de Paris depuis le 26 mars 1968 (ce dernier venait d'être créé cardinal le 28 avril 1969).

    André Vingt-Trois a été ensuite ordonné évêque le 14 octobre 1988 par le cardinal Jean-Marie Lustiger, nommé évêque auxiliaire de Paris du 25 juin 1988 au 21 avril 1999, puis archevêque de Tours du 21 avril 1999 au 11 février 2005, puis, enfin, archevêque de Paris du 11 février 2005 au 7 décembre 2017. À ce dernier titre, il a présidé les funérailles de son prédécesseur Jean-Marie Lustiger le 10 août 2007 à Notre-Dame de Paris en présence de Nicolas Sarkozy, François Fillon, et du représentant du pape, le cardinal Paul Poupard. Dans son homélie, André Vingt-Trois a décrit son prédécesseur ainsi : « Pouvons-nous quelques instants le suivre sur cette voie de la foi et de l’action de grâce pour évoquer quelques traits de cette personnalité si riche ? Pour ceux qui ont eu la chance de l’approcher et de le connaître personnellement, ce n’est ni son intelligence, ni l’acuité de son esprit, ni l’amplitude de sa culture, toutes réelles qu’elles fussent, qui frappaient d’abord, mais plutôt la vigueur et la force de sa foi. Avant tout, il était un croyant. (…) Sa découverte et sa rencontre en Jésus-Christ du Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, avaient établi définitivement sa vie dans le régime de la grâce, du don reçu gratuitement et sans autre motif que la miséricorde du Dieu tout-puissant. ».

    Bien que très malade depuis février 2017, il a continué à exercer dans son diocèse plusieurs mois encore, et il n'a quitté ses fonctions qu'en raison de la limite d'âge de 75 ans, le 7 décembre 2017, laissant le siège à Mgr Michel Aupetit (qui fut médecin avant de commencer des études pour devenir prêtre à l'âge de 44 ans).


    Par ailleurs, Mgr André Vingt-Trois a été élu pour deux mandats président de la Conférence des évêques de France du 5 novembre 2007 à 30 juin 2013 (comme François Marty, Roger Etchegaray, Jean Vilnet, Albert Decourtray, Jean-Pierre Ricard, et après lui, Éric de Moulins-Beaufort et Jean-Marc Aveline). C'était une période particulièrement délicate sur le plan politique avec l'adoption de la loi sur le mariage pour tous. Il était opposé à cette loi mais il refusait d'être récupéré par des mouvements qui n'avaient rien de religieux et tout de politique, ce qui a conduit certains à critiquer son extrême prudence illustrée par son silence médiatique afin de ne pas prêter d'ambiguïté sur la position de l'Église de France. En d'autres termes, pas question que la Manif pour tous fût politiquement sponsorisée par l'Église de France.
     

     
     


    Par sa fonction d'archevêque de Paris, André Vingt-Trois a été logiquement créé cardinal le 24 novembre 2007 par le pape Benoît XVI. À ce titre, il a été nommé membre du comité de la présidence du Conseil pontifical pour la famille, ce qui l'a conduit à être président délégué du Synode des évêques sur la famille du 5 au 19 octobre 2014. Il avait aussi accueilli Benoît XVI dans "sa" ville de Paris lors de:la visite papale les 12 et 13 septembre 2008.

    S'il a participé au conclave de mars 2013 qui a élu François comme pape, André Vingt-Trois n'a pas participé à celui de mai 2025 qui a élu Léon XIV en raison de la limite d'âge (il avait atteint 80 ans en 2022). Auteur de plus d'une trentaine d'ouvrages, Mgr André Vingt-Trois a ordonné treize évêques dont cinq sont devenus archevêques (dont Mgr Éric de Moulins-Beaufort et Mgr Michel Aupetit).
     

     
     


    Faisant beaucoup d'actions en faveur des sans-abri (il en a accueilli 159 comme archevêque), de la jeunesse, de la famille, etc., Mgr André Vingt-Trois a souvent été interviewé par les parlementaires avant de la rédaction de certaines lois faisant intervenir l'éthique ou la laïcité. Il a également dénoncé l'euthanasie le 3 avril 2009 à Lourdes en conclusion de l'assemblée plénière de la Conférence des évêques de France qu'il présidait : « Nous encourageons celles et ceux qui sont engagés dans la recherche scientifique et médicale en rappelant l’exigence du respect de la dignité humaine, y compris dans les hommes et les femmes qui ne correspondent pas aux critères d’une super humanité. Comment se satisfaire de l’élimination des individus non-conformes aux ratios d’une normalité supposée ? On ne sauve pas l’homme si on ne respecte pas les plus faibles ou si on rejette les plus diminués ou les plus exposés. Il en va du bien commun de notre société à venir. » (j'ai mis en gras le passage qui me paraît essentiel). Il y a aussi encouragé la solidarité avec les plus démunis : « Les membres de nos communautés s’engagent généreusement pour le service des plus pauvres : malades, vieillards, chômeurs, immigrés, etc. Nous voulons poursuivre ce service en étant plus attentifs aux nouvelles pauvretés générées par notre société : enfants de foyer monoparental, réfugiés et immigrés, personnes rejetées et marginalisées, etc. ».
     

     
     


    Dans son homélie lors de la messe d'enterrement d'André Vingt-Trois, le 23 juillet 2025, Mgr Laurent Ulrich a rappelé ses dernières volontés : « Il ne veut ni éloge funèbre, ni fleurs ni couronnes, sauf une croix fleurie. Je voudrais me tenir à cette demande de ne pas donner un éloge funèbre, mais je ne pourrai pas m’empêcher de dire comment la vie du cardinal a été traversée par la rencontre du Seigneur Jésus, recherchée chaque jour dans la Parole de Dieu et dans la célébration de l’eucharistie et des sacrements, recherchée dans la rencontre pastorale de tous les jours. (…) Il n’a certes pas manqué de parler avec courage, sur des sujets où on l’attendait comme les questions familiales, mais aussi sur le respect dû à toute personne fût-elle sans abri, ou étrangère et migrante sur notre sol, et encore sur le sens profond de la laïcité dans notre société publique. Faisant allusion à ces demandes qu’on lui adressait souvent de prendre la parole sur tant de sujets de société, il répliquait à sa façon : "Je ne suis pas sûr que le principal objectif soit de porter une parole. Cela fait belle lurette qu’on la porte, qu’on la renouvelle et qu’on la répète et qu’on la redit à temps et à contretemps. Mais ce n’est pas la parole qui change quelque chose, même si la parole est nécessaire pour avoir accès à l’intelligence des gens. Ce qui change quelque chose, c’est la manière de vivre". (…) Je l’ai vu habiter l’héritage du cardinal Jean-Marie Lustiger en y imprimant le mouvement de sa propre personnalité et de sa juste et riche intuition pastorale, si complémentaire de celle de notre prédécesseur, dans des directions nombreuses. J’en retiens trois : la liturgie, le dialogue entre l’Église et le monde, et la charité. (…) Ainsi disait-il que le rôle de l’Église pour le XXIe siècle ne relève ni de la mission de sauvegarde patrimoniale, ni de la reproduction de modèles hérités du passé, mais bien du témoignage de vie des chrétiens, témoignage de la présence de Dieu qui peut bouleverser une existence, une société, l’emporter vers le bien, et sans lequel toute parole tourne comme à vide. Dans un entretien radiophonique, il expliquait : "adhérer au Christ, c’est basculer au-delà de la stimulation culturelle". Dès lors, il abordait la question de l’annonce de la foi, de la transmission par la capillarité qu’aimait à décrire le pape Benoît XVI : "l’Église ne grandit pas par prosélytisme mais par attraction". ».
     

     
     


    Le (nouveau) pape Léon XIV a adressé le 22 juillet 2025 un message de condoléances à la famille de Mgr André Vingt-Trois, à Mgr Laurent Ulrich et aux catholiques français : « Je tiens à vous exprimer ma proximité spirituelle et ma communion de prière dans cette perte qui vous afflige. Je veux les adresser tout spécialement à la famille et aux proches du défunt, aux soignants de la maison Marie-Thérèse qui l’ont soutenu dans l’épreuve de la maladie, ainsi qu’au clergé et aux fidèles de l’archidiocèse de Paris dont il a été le pasteur bon et zélé pendant douze ans. Je prie qu’après s’être dépensé dans le ministère pastoral et avoir, dans ses derniers jours, communié à la croix du Christ dans sa chair, le Seigneur ressuscité l’accueille désormais dans sa maison de repos, de paix et de lumière. ».

    Dans son hommage à l'ancien prélat parisien publié le 19 juillet 2025, le Président Emmanuel Macron a notamment écrit : « Homme de foi, d’espérance et de charité, il œuvra en faveur des plus démunis et des plus isolés, et fut un apôtre du dialogue interreligieux. (…) Les Parisiens se prirent d’affection pour leur nouveau prélat, qu’ils apercevaient à vélo, sillonnant son évêché un béret sur la tête, souriant et plein d’humour. (…) En 2007, il fut créé cardinal par le pape Benoît XVI, et élu président de la Conférence des évêques de France, poste qui faisait de lui un interlocuteur central de la laïcité républicaine. Son esprit de finesse et de diplomatie lui valut d’être appelé par Rome pour porter plusieurs sujets de société, et notamment défendre la conception chrétienne de la famille. (…) Convaincu de la vocation de chaque homme à la sainteté, il œuvrait à les aider dans leur vocation propre d’époux, parent et enfant. Homme de prière, toujours un chapelet dans la poche, il fuyait les mondanités et se rendait souvent à l’abbaye bénédictine de Fontgombault, ou à Marnoz, dans le Jura, sur la tombe de ses parents. ». Le chef de l'État et Brigitte Macron « saluent la mémoire d’un homme d’apaisement, tout dévoué aux autres et à son ministère. Ils présentent leurs condoléances aux catholiques de France, et à tous ceux qui l’aimaient. ».

    Le père Benoist de Sinety a évoqué ses souvenirs avec "son" archevêque de Tours le 20 juillet 2025 pour le site Aleteia : « L’homme était timide, se protégeant sans doute par la réserve d’une sensibilité qui le dépassait un peu. Il arrivait à ses visiteurs de ressortir étonnés de ses silences : il écoutait mais parlait peu avant de se lever d’un bond et de souffler "Bien, merci beaucoup", tendant la main en signe d’au revoir. (…) À une étudiante aux JMJ [Journées mondiales de la jeunesse] de Cologne qui l’interrogeait sur la meilleure manière de suivre le Christ, à l’issue d’une catéchèse pendant laquelle il s’était précisément évertué à exposer ses convictions sur ce même sujet, il répondit, d’un ton monotone : "Voyez-vous, si vous voulez suivre le Christ, il faut porter votre croix et marcher à sa suite". Et finalement, n’est-ce pas cette phrase qui dit beaucoup de lui ? ».

     

     
     


    Dans une lettre adressée le 25 janvier 2015 aux catholiques de Paris, Mgr André Vingt-Trois évoquait "la joie du partage" peu avant le Carême : « Toutes celles et tous ceux qui ont pris part à cette mission ont éprouvé et partagé la joie que procure l’annonce de Jésus-Christ. Avec le pape François, je vous dis à nouveau : "Ne nous laissons pas voler la joie de l’évangélisation !" (…). Je peux vous signaler trois domaines qui me semblent prioritaires dans la poursuite de la mission : le partage de la foi (Ne nous laissons pas voler la force missionnaire !) ; le partage avec les pauvres (Ne nous laissons pas voler la communauté !) ; le partage avec les nouvelles générations (Ne nous laissons pas voler l’espérance !) . (…) L’appel traditionnel au jeûne prend cette année une dimension particulière du fait de la Conférence pour le climat qui doit se tenir à Paris en décembre 2015. C’est une occasion pour tous, prêtres et diacres, consacrés et fidèles catholiques de revoir, et peut-être de corriger, nos habitudes de consommation. Avoir une attitude responsable dans l’usage que nous faisons des ressources communes à l’humanité demande sans doute que nous soyons plus attentifs et économes dans notre façon de vivre. Enfin, le partage avec nos frères est un critère de la vitalité de notre charité. ».

    Dans l'une de ses dernières homélies qu'il a prononcées, le 21 janvier 2024 à la Maison Marie-Thérèse (dans le quatorzième arrondissement) où il habitait, Mgr André Vingt-Trois appelait à ne plus vivre de souvenirs mais le moment présent : « Ne pas vivre dans le regret de ce que nous avons quitté. Ne pas nous imaginer que notre vie est derrière nous et qu’elle est finie. Elle va finir soyez tranquilles ! Mais elle n’est pas finie. Et notre conversion d’aujourd’hui, c’est : comment allons-nous vivre ces quelques mois ou quelques années, au cours desquelles nous allons nous préparer au grand dépouillement ? Il ne restera plus rien. Alors là, ce sera clair, il ne restera plus rien que des souvenirs. Nous convertir aujourd’hui, c’est peut-être apprendre, jour après jour, à sortir du regret, à sortir de la nostalgie, à sortir d’une culture des souvenirs, pour ceux qui en ont, nous sortir de la nostalgie des souvenirs pour vivre le moment présent. (…) C’est donc une parole d’espérance que le Seigneur nous adresse aujourd’hui : qui que tu sois, quel qu’âge que tu aies, tu es appelé à te convertir, c’est-à-dire à renoncer à un certain nombre de regrets pour être ouvert aux propositions de l’amour de Dieu pour aujourd’hui et pour tous les jours de ta vie. ». Celui qui était devenu l'archevêque émérite de Paris s'était effectivement préparé au "grand dépouillement" avec une seule chose comme bagage, sa simplicité.



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (23 juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Mgr André Vingt-Trois.
    L'ultra-foi en l'Amour.
    Sainte Thérèse de Lisieux.
    Léon XIV : Que la paix soit avec vous !
    Saint Esprit et conclave.
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    Émotion mondiale pour la mort du pape François.
    Pâques : Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ?
    Bétharram : François Bayrou a apporté les preuves de sa bonne foi.
    Bétharram : François Bayrou bouleversé par le témoignage de sa fille.
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    Le pape François à Marseille (1) : ne pas légiférer sur l'euthanasie.
    Le voyage du pape François à Marseille (22 et 23 septembre 2023).
    Mgr Jacques Gaillot.
    Mgr Albert Decourtray.

    Maurice Bellet.
    Lucile Randon (Sœur André).
    François : les 10 ans de pontificat du pape du bout du monde.
    Santé et Amour.
    Le testament de Benoît XVI.
    Célébration des obsèques du pape émérite Benoît XVI le 5 janvier 2023 (vidéo).

    L’encyclique "Caritas in veritate" du 29 juin 2009.
    Sainte Jeanne d'Arc.
    Sainte Thérèse de Lisieux.
    Hommage au pape émérite Benoît XVI (1927-2022).
    Les 95 ans du pape émérite Benoît XVI.
    L’Église de Benoît XVI.
    Saint François de Sales.
    Le pape François et les étiquettes.
    Saint  Jean-Paul II.
    Pierre Teilhard de Chardin.
    La vérité nous rendra libres.
    Il est venu parmi les siens...
    Pourquoi m’as-tu abandonné ?
    Dis seulement une parole et je serai guéri.
    Le ralliement des catholiques français à la République.
    L’abbé Bernard Remy.










    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250718-andre-vingt-trois.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/mgr-andre-vingt-trois-et-la-joie-262185

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/18/article-sr-20250718-andre-vingt-trois.html


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  • Thérèse de Lisieux, mystique et comique, d'une invincible gaieté !

    « Il paraît que Thérèse était très drôle en récréation. Je crois bien qu’elle était gaie. Elle n’avait pas le goût de la tristesse. (…) "Mystique, comique, tout lui va !" (…). L’œuvre de Thérèse est comme un tableau impressionniste : si on a le nez dessus, on risque de ne voir que le sentimentalisme et de passer à côté de l’essentiel. » (Maurice Bellet).



     

     
     


    Le prêtre et philosophe Maurice Bellet aimait beaucoup sainte Thérèse de Lisieux. Le journaliste qui l'a ainsi cité, Adrien Bail, évoquait ainsi la jeune fille dans "Le Pèlerin" du 25 septembre 2013 : « Sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus a gardé l’espièglerie, mêlée à un profond sérieux, de son enfance, où elle jouait déjà au théâtre (…) et raconte ses aventures avec sa cousine Marie ou sa sœur Céline, dignes de la comtesse de Ségur. Ce côté enfantin lui fera imaginer "un ascenseur" pour aller au Ciel… Il reste cependant un style qui peut être un obstacle. (…) On retrouve [le] sourire sur de nombreux clichés de Thérèse. Il imprègne son dialogue amoureux avec Jésus et sa symbolique : les roses, les oiseaux… Tout traduit une invincible gaieté qui résistera à l’agonie. ».

    Thérèse de Lisieux, sœur carmélite qui a été un modèle de foi pour celui qui doute et qui désespère, a été canonisée il y a un siècle, le 17 mai 1925, par le pape Pie XI à la Basilique Saint-Pierre de Rome. La jeune fille qui est morte de tuberculose à l'âge de 24 ans le 30 septembre 1897 avait été béatifiée peu auparavant, le 29 avril 1923 par le même pape Pie XI. J'ai évoqué la trajectoire de Thérèse il y a quelques quelques années.

    Malgré son jeune âge, on peut considérer Thérèse de Lisieux comme une grande intellectuelle de la foi, une sorte de philosophe de la sérénité qui a beaucoup influencé les esprits du XXe siècle. Son livre posthume "Histoire d'une âme", publié l'année suivant sa mort, a été vendu à plus de 500 millions d'exemplaires en une cinquantaine de langue et une quarantaine d'éditions (depuis 1898). Beaucoup de lecteurs ont été transformés par la lecture de cette œuvre qui avait été écrite sans aucune intention d'être publiée, et cela beaucoup d'années avant que le pape ne s'en soit mêlé. Thérèse de Lisieux a d'abord été une sainte pour le peuple avant de l'être pour le Vatican et le pape.

     

     
     


    Lors de sa canonisation le 17 mai 1925, Pie XI le rappelait : « L'Esprit de vérité lui ouvrit et lui fit connaître ce qu'il a coutume de cacher aux sages et aux savants pour le révéler aux tout-petits. Ainsi, selon le témoignage de notre prédécesseur immédiat, elle a possédé une telle science des réalités d'en-haut qu'elle peut montrer aux âmes une voie sûre pour le salut. ». En d'autres termes, certains sont des théoriciens de la foi, alors qu'elle, elle a été une praticienne de la foi, elle a été philosophe sur le tas, ressentant l'incarnation du divin et de l'Amour dans son être.

    Le pape Pie XII, à l'occasion de la consécration de la Basilique Sainte-Thérèse à Lisieux, remarquait le 11 juillet 1954 : « Message d'humilité d'abord ! Quelle étrange apparition au sein d'un monde imbu de lui-même, de ses découvertes scientifiques, de ses virtuosités techniques, que le rayonnement d'une jeune fille que ne distingue aucune action d'éclat, aucune œuvre temporelle. Avec son dépouillement absolu des grandeurs terrestres, le renoncement à sa liberté et aux joies de la vie, le sacrifice combien douloureux des affections les plus tendres, elle se pose en vivante antithèse de tous les idéals du monde. Quand les peuples et les classes sociales se défient ou s'affrontent pour la prépondérance économique ou politique, Thérèse de l'Enfant-Jésus apparaît les mains vides : fortune, honneur, influence, efficacité temporelle, rien ne l'attire, rien ne la retient que Dieu seul et son Royaume. Mais en revanche, le Seigneur l'a introduite dans sa maison, lui a confié ses secrets. ».

    Le pape Jean-Paul II, futur saint, le confirmait lorsqu'il l'a reconnue comme une Docteure de l'Église (très rare pour une femme) le 19 octobre 1997 : « Parmi les petits auxquels les secrets du Royaume ont été manifestés d'une manière toute particulière, resplendit Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte-Face (…). Pendant sa vie, Thérèse a découvert "de nouvelles lumières, des sens cachés et mystérieux" et elle a reçu du divin Maître la "science d'Amour" qu'elle a montrée dans ses écrits avec une réelle originalité. Cette science est l'expression lumineuse de sa connaissance du mystère du Royaume et de son expérience personnelle de la grâce. Elle peut être considérée comme un charisme particulier de la sagesse évangélique que Thérèse, comme d'autres saints et maîtres de la foi, a puisée dans la prière. En notre siècle, l'accueil réservé à l'exemple de sa vie et à sa doctrine évangélique a été rapide, universel et constant. (…) Son message, souvent résumé dans ce qu'on appelle la "petite voie", qui n'est autre que la voie évangélique de la sainteté ouverte à tous, a été étudié par des théologiens et des spécialistes de la spiritualité. ».

    Dans son exhortation apostolique "Evangelii Gaudium", le pape François déclarait le 24 novembre 2013 aux évêques, prêtres, diacres et simples fidèles laïcs, notamment ceci : « Un défi important est de montrer que la solution ne consistera jamais dans la fuite d’une relation personnelle et engagée avec Dieu, et qui nous engage en même temps avec les autres. C’est ce qui se passe aujourd’hui quand les croyants font en sorte de se cacher et de se soustraire au regard des autres, et quand subtilement ils s’enfuient d’un lieu à l’autre ou d’une tâche à l’autre, sans créer des liens profonds et stables : "Imaginatio locorum et mutatio multos fefellit" [Plusieurs s’imaginant qu’ils seraient meilleurs en d’autres lieux, ont été trompés par cette idée de changement]. C’est un faux remède qui rend malade le cœur et parfois le corps. Il est nécessaire d’aider à reconnaître que l’unique voie consiste dans le fait d’apprendre à rencontrer les autres en adoptant le comportement juste, en les appréciant et en les acceptant comme des compagnons de route, sans résistances intérieures. Mieux encore, il s’agit d’apprendre à découvrir Jésus dans le visage des autres, dans leur voix, dans leurs demandes. C’est aussi apprendre à souffrir en embrassant Jésus crucifié quand nous subissons des agressions injustes ou des ingratitudes, sans jamais nous lasser de choisir la fraternité. » (paragraphe 91).

    Il faisait en particulier référence à sainte Thérèse de Lisieux et à son expérience intérieure qu'elle avait elle-même racontée : « Un soir d’hiver j’accomplissais comme d’habitude mon petit office, il faisait froid, il faisait nuit… tout à coup j’entendis dans le lointain le son harmonieux d’un instrument de musique, alors je me représentai un salon bien éclairé, tout brillant de dorures, des jeunes filles élégamment vêtues se faisant mutuellement des compliments et des politesses mondaines ; puis mon regard se porta sur la pauvre malade que je soutenais ; au lieu d’une mélodie j’entendais de temps en temps ses gémissements plaintifs (…). Je ne puis exprimer ce qui se passa dans mon âme, ce que je sais c’est que le Seigneur l’illumina des rayons de la vérité qui surpassèrent tellement l’éclat ténébreux des fêtes de la terre, que je ne pouvais croire à mon bonheur. ».

     

     
     


    Dans son autre exhortation apostolique "Amoris Laetitia" publiée le 19 mars 2016, le pape François plaçait encore Thérèse de Lisieux en exemple : « Une façon de communiquer avec les proches décédés est de prier pour eux. La Bible affirme que "prier pour les morts" est une pensée "sainte et pieuse". (…) Certains saints, avant de mourir, consolaient leurs proches en leur promettant qu’ils seraient proches pour les aider. Sainte Thérèse de Lisieux faisait part de son désir de passer son Ciel à continuer de faire du bien sur la terre. » (paragraphe 257).

    Et il ajoutait : « Si nous acceptons la mort, nous pouvons nous y préparer. Le parcours est de grandir dans l’amour envers ceux qui cheminent avec nous, jusqu’au jour où "il n’y aura plus de mort, ni de pleur, ni de cri ni de peine". Ainsi, nous nous préparerons aussi à retrouver les proches qui sont morts. (…) Ne perdons pas notre énergie à rester des années et des années dans le passé. Mieux nous vivons sur cette terre, plus grand sera le bonheur que nous pourrons partager avec nos proches dans le ciel. Plus nous arriverons à mûrir et à grandir, plus nous pourrons leur apporter de belles choses au banquet céleste. » (paragraphe 258).

    Le père dominicain Serge-Thomas Bonino, théologien français, normalien, président de l'Académie pontificale romaine de saint Thomas d'Aquin et de religion catholique depuis 2014, était le secrétaire général de la Commission théologique internationale de 2011 à 2020, une des six commissions de la Curie romaine, celle chargée de traiter les questions théologiques de grande importance. Le 29 novembre 2011, dans un commentaire sur un document sur les perspectives, principes et critères de la théologie, il évoquait Thérèse comme une petite qui a reçu le Mystère : « Il y a aussi à notre époque des petits qui ont connu ce mystère. Nous pensons à sainte Bernadette Soubirous ; sainte Thérèse de Lisieux, avec sa nouvelle lecture de la Bible "non scientifique", mais qui entre dans le cœur de l'Écriture Sainte ; jusqu’aux saints et bienheureux de notre époque : sainte Joséphine Bakhita, la bienheureuse Teresa de Calcutta, saint Damien de Veuster. Nous pourrions en citer tant ! ». Entre-temps, Mère Teresa a été elle-même canonisée.

    Depuis que son enseignement est connu, soit depuis près de cent trente ans, tous ont considéré Thérèse de Lisieux comme un exemple d'humilité, d'une "petite" qui a pu entrer par la grande porte mieux que les "grands". C'est pourquoi il est étonnant que sa canonisation, il y a juste cent ans, ait fait l'objet d'une cérémonie très pompeuse et luxueuse. À l'évidence, ce n'était pas du tout l'intention de Thérèse de vouloir être au centre de pompes pontificales qui ont honoré avec beaucoup trop de fastes la petite fille souriante et aimante qu'elle avait toujours été. Elle n'est qu'une, parmi de très nombreux autres, peut-être complètement anonymes, qui sont entrés dans le Mystère de la foi. En toute discrétion.



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    L’encyclique "Caritas in veritate" du 29 juin 2009.
    Sainte Jeanne d'Arc.
    Sainte Thérèse de Lisieux.
    Hommage au pape émérite Benoît XVI (1927-2022).
    Les 95 ans du pape émérite Benoît XVI.
    L’Église de Benoît XVI.
    Saint François de Sales.
    Le pape François et les étiquettes.
    Saint  Jean-Paul II.
    Pierre Teilhard de Chardin.
    La vérité nous rendra libres.
    Il est venu parmi les siens...
    Pourquoi m’as-tu abandonné ?
    Dis seulement une parole et je serai guéri.
    Le ralliement des catholiques français à la République.
    L’abbé Bernard Remy.


     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250517-sainte-therese-de-lisieux.html

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  • La foi de Sœur Marguerite, qui déplace des montagnes contre l'exclusion scolaire

    « Elle a le visage d'un ange prêté pour trop peu de temps à la Terre. » (Jacques Séguéla, 2006).


     

     
     


    Ce dimanche 8 septembre 2024, je voudrais rendre hommage à une femme superbe, Sœur Marguerite, qui fête son 98e anniversaire. Tant d'années et autant de foi dans la vie, dans l'espérance d'un avenir meilleur, cela réconforte quand on lit tellement de mauvaises nouvelles, tellement de déclinisme, de pessimisme. Et puis, il est quand même quelques personnes charitables qui se sont engagées auprès de Dieu qui ne devraient pas décevoir, même après leur mort.

    Dans le petit monde des religieuses, il y a beaucoup de sœurs Marguerite. La Sœur Marguerite que je veux honorer ici s'appelle pour l'état-civil Marguerite Tiberghien, née le 8 septembre 1926 à Roubaix, dans le Nord. Elle s'est engagée en 1948 dans les ordres chez les Filles de la charité de saint Vincent de Paul. Après avoir enseigné dans l'agglomération de Lille, Sœur Marguerite est partie en 1972 au Congo-Brazzaville pour enseigner également (le régime de ce pays africain était communiste de 1969 à 1992). Elle avait alors 46 ans.

    Sa grande réalisation, ce fut d'avoir fondé l'École spéciale de Brazzaville en octobre 1975 qui permet de scolariser gratuitement les exclus, des enfants très pauvres ou en situation de handicap, des enfants déscolarisés, des adultes illettrés, etc. sur le programme de l'enseignement primaire en langue française. Elle y a enseigné la lecture et l'écriture pendant près de trente années, jusqu'en septembre 2004 où elle a pris sa retraite et est retournée vivre à Paris comme l'y conviait sa congrégation (elle avait 78 ans !). Cette école a essaimé et a fait des petites. En tout, 30 000 Congolais ont bénéficié de cette école très singulière et ont échappé à l'illettrisme. Sœur Marguerite a su trouver des financements tout au long de ces années, soit des pouvoirs publics (notamment congolais et français) soit d'origine privée (donateurs, etc.).

    Au-delà de l'enseignement primaire, cette école assure aussi une formation professionnelle (menuiserie, jardinage, couture) et des activités d'éveil pour les élèves (enfants et adultes) atteints d'un handicap mental. Ces derniers restent à la charge de leur famille mais avec cette formation, ils ont progressé dans leur ouverture au monde, ce qui a renforcé leur intégration sociale. Les effectifs de l'école sont passés de 80 en 1975 à 2 500 en 2011. À partir du début des années 2000, en effet, c'est tout un réseau d'écoles qui a été mis en place pour instruire les exclus.

    Toutes ces structures se basent sur les quatre principes suivants : accueil des exclus de l'école primaire, coexistence des trois sections pédagogiques (A : adultes de plus de 20 ans pour alphabétisation et préparation au CEP ; J pour enfants de moins de 14 ans pour atteindre le niveau CM2 ; T pour enfants de plus de 14 ans pour alphabétisation et préparation au CEP) et des ateliers professionnels ; gratuité avec participation financière libre des familles ; gestion d'un comité d'entraide.

    Le 6 octobre 2021 (dans un entretien accordé à Marie Alfred Ngoma pour l'Agence d'information d'Afrique centrale), Sœur Marguerite a raconté ses débuts : « Nous avons commencé dans une salle qui n’était pas une classe. (…) Notre travail était d’assurer l’apprentissage de la lecture par la méthode syllabique mimée avec des gestes. Nous avions, pour chaque lettre de l’alphabet, une histoire accolée. Par exemple, celle de la lettre A, c’est l’histoire d’une jeune fille qui s’appelle Anne qui s’émerveille et exprime sa joie avec un énorme sourire devant la robe achetée par sa mère. La classe s’interroge : pourquoi Anne est contente ? Elle est contente parce que sa mère lui a acheté une belle robe. S’en suit l’exclamation Ah ! ».

    Et de résumer l'essentiel pour les enfants congolais : « Tout comme les cinq doigts de la main : en premier, disposer d’un bon professeur ; ensuite, avoir le courage de travailler ; entretenir l’amitié dans la classe, éviter les moqueries ; veiller à la propreté dans l’école et enfin, lutter pour la vérité, admettre ses faiblesses au lieu de les cacher, pas d’évolution si on ne sait pas lire. (…) Plus, il y aura de femmes et d’hommes conscients de la richesse de la lecture, mieux ça ira ! C’est par l’apprentissage de la lecture pour tous que le Congo rendra la fierté aux populations, ôtant, au passage, le mépris de l’autre. ».

    Malgré la guerre civile qui a sévi au Congo-Brazzaville entre le 10 mai et le 25 octobre 1997 et qui a fini par le retour au pouvoir de l'ancien autocrate communiste Dens Sassou-Nguesso (toujours au pouvoir aujourd'hui), la religieuse a préféré restait courageusement sur place, malgré les dangers, pour continuer à mener sa lutte contre l'illettrisme, car ses élèves avaient besoin d'elle.

    En avril 2006, Sœur Marguerite a fait la connaissance du publicitaire Jacques Séguéla et ce fut le coup de foudre pour l'homme de communication qui l'a appelée Sœur Courage. Ce dernier lui a consacré un livre-interview où elle a nappé sa vie auprès des exclus. Un livre, publié en octobre 2006, dont les droits d'auteur ont été versés à l'Association des amis de l'École spéciale de Brazzaville.
     

     
     


    La notoriété de l'ancien conseiller en communication politique de François Mitterrand lui a permis également de créer, avec l'aide notamment du père Alain de La Morandais (qui avait fait connaître Sœur Marguerite à Jacques Séguéla), le Fonds de dotation Sœur Marguerite le 20 août 2010 pour financer toutes les initiatives locales visant à concrétiser la gratuité et l'universalité de l'enseignement primaire en langue française (apprendre à lire, écrire et compter). Ce fonds a été reconnu à l'UNESCO au cours d'une journée sous le haut patronage de Carla Bruni, épouse du Président de la République, le 12 avril 2011.

    Pierre Chausse, président de ce fonds, a expliqué : « [Ce fonds] a pour objet de pérenniser et de développer le modèle des Écoles Spéciales (qui combine enseignement primaire francophone pour tous et formations professionnelles) ainsi que de développer un réseau d’écoles dans le monde entier. En une décennie, l’action de soutien du Fonds de dotation en faveur de projets éducatifs s’est étendue auprès de nombreuses communautés francophones, qu’elles soient congolaises, indiennes ou libanaises. Aujourd’hui via ses partenariats avec d’autres ONG, les équipes enseignantes sur place et des acteurs locaux partageant ces mêmes valeurs d’universalité de l’éducation. Le Fonds de dotation réfléchit à différents projets d’infrastructures, notamment en faveur des personnes handicapées. ».


    Quant à la religieuse, voici ce qu'elle disait, le 13 février 2011 sur RFI, à la journaliste Geneviève Delrue (vice-présidente de l'Association des journalistes d'information religieuse) : « Cela me donne un grand bonheur, parce que je suis de plus en plus persuadée que les questions de sous-développement de pays en retard, c'est avant tout une question d'instruction. Alors, maintenant, il y a l'École spéciale à soutenir, mais il y aurait aussi l'ensemble des jeunes mal instruits ou pas scolarisés du tout. Mon idée-là, toujours dans la tête : pas savoir lire à 80 ans, ce n'est pas grave, parce qu'on a encore toute l'oralité avec les contes, les proverbes, enfin, toute la belle poésie de cette oralité. Pas savoir lire à 50 ans, ce n'est pas grave, il y a des écoles qui sont prévues pour ça. Mais pas savoir lire à 15 ans, c'est inacceptable ! Surtout à notre époque. Parce que les analphabètes qui n'ont que la force de leurs bras, et qui, ayant grandi dans des villes immenses, n'ont pas bénéficié de la culture orale de leurs ancêtres, on est devant un orphelinat mental. (…) Maintenant, avec les avancées techniques et les robots, les analphabètes qui n'ont que la force de leurs mains, petit à petit, on n'en a pas besoin, c'est grave ! Voyez les chantiers de construction, et j'ai vu de grandes grues, des grosses pelleteuses, mais il y a deux trois ouvriers, pas plus, ce n'est pas la peine, la machine est là. C'est vrai, il faut savoir la diriger la machine, donc, il faut avoir fait des études ».

    Effectivement, Sœur Marguerite a souvent parlé du « miracle de l'amitié » qui a sorti tant de ses élèves, enfants congolais, de « l'orphelinat mental ». Elle leur a souhaité joyeux Noël 2021 avec ces mots : « Qu’ils soient dans la posture où, avec peu, se multiplient les bonheurs à partager (…). [Je leur souhaite] d’avoir souvent l’occasion de dire, d’entendre : c’est bien, c’est bon, c’est beau ! ».
     

     
     


    Elle a décrit la honte de l'exclusion scolaire : « Le premier point commun, c'est une espèce de honte. L'analphabète de 15 ans a honte de ne pas savoir lire. Et l'écriture pour lui, c'est des dessins. (…) Ils savent qu'ils n'ont pas d'avenir. Alors, vous les retrouvez où ? Vous les retrouvez dans les bandes armées, soit simplement des bandits, soit des bandes armées des milices dont s'entoure chaque personnage important. ».

    Jusqu'au bout, jusqu'à son dernier souffle, Sœur Marguerite se consacrera donc à l'éducation, après avoir vu les massacres de la guerre civile en 1997 : « Au moins l'éducation primaire. D'abord, c'est marqué dans la Déclaration des droits de l'homme, article 26 : l'homme a droit à l'éducation gratuite, au moins la primaire. On ne peut pas se contenter de nourrir. On ne peut pas se contenter de vacciner. Ça va vite, un vaccin ; une minute, l'enfant est vacciné. Mais après ? Moi, je disais à un papa qui est tout fier d'aller annoncer à la mairie que sa femme lui a fait cadeau du plus beau bébé du monde, est-ce qu'il a pensé qu'il en avait jusqu'en 2030 à suivre la scolarité de son fils ? Maintenant, il faut compter vingt ans. Et là-bas, on trouve normal de les laisser comme ça parce que, c'est vrai, il y a un effort à faire. Quand je vois les belles écoles en France, et qu'on n'est pas contents, on a encore trop d'enfants qui arrivent en Sixième en ânonnant la lecture, bon, mais là-bas, chaque fois, je suis triste, je suis contente parce qu'on reçoit de bonnes aides des écoles françaises, ces jeunes sont généreux, les professeurs aussi, les directeurs sont très accueillants, mais chaque fois, quand je vois la différence avec les écoles du Congo que je connais (…), je dis : non, ça ne va pas, ils ne vont pas se rattraper. Et je supplie de tout mon cœur les chefs d'État de prendre ça en main. » (13 février 2011).

    Le 28 mars 2013, Sœur Marguerite a suggéré pour l'hebdomadaire chrétien "La Vie" que Dieu avait laissé quatre graines dans le cœur des humains, et des seuls humains, la bonté qu'il faut cultiver, la science et l'intelligence, la beauté, et ce grand appel de l'infini : « Qu'est-ce qu'il y aura après la mort ? L'éternité qui nous attend, c'est la grande question qui se pose. ». Et de conclure : « Dieu, on l'a vu. C'était un homme ! ». Très bon anniversaire, ma sœur !


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    Sylvain Rakotoarison (08 septembre 2024)
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