Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

france - Page 16

  • La semaine de vérité et de responsabilité

    « Nous voici à l’heure de vérité. Nous voici même à la semaine de vérité et de responsabilité. Aucun pays ne peut vivre sans budget. La France le peut moins que tout autre. Pour la première fois depuis la fondation de la Ve République, depuis presque soixante-dix ans, notre pays est toujours sans budget au début du mois de février. L’image de la France, grande démocratie, pilier de l’Union Européenne, en est affectée, mais elle n’est pas la seule victime : l’action publique en pâtit également, puisqu’elle est incapable de faire face à ses obligations. » (François Bayrou, le 3 février 2025 dans l'hémicycle).




     

     
     


    Enfin les députés deviennent responsables et raisonnables ! Le Premier Ministre François Bayrou a utilisé ce lundi 3 février 2025 deux fois l'article 49 alinéa 3 de la Constitution pour faire adopter le projet de loi de finances pour 2025 et le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2025.

    Bien que cavalière, cette double utilisation était nécessaire dans la mesure où aucune majorité absolue n'existe à l'Assemblée Nationale. Ne pas utiliser ces outils constitutionnels auraient entraîné soit un nouveau rejet du budget par les députés, soit l'obligation, pour certains députés de l'opposition, de voter pour le budget ce qui, pour eux, aurait été difficile à justifier politiquement. L'idée de permettre une adoption sans vote sauf vote d'une motion de censure permet aux députés de l'opposition responsables de ne pas voter le budget tout en permettant à la France d'avoir un budget (et un gouvernement par la même occasion).

    Les mêmes causes font-elles les mêmes effets ? Le gouvernement de Michel Barnier avait chuté par l'utilisation de l'article 49 alinéa 3 de la Constitution pour le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2025, grâce à une collusion entre les députés de la nouvelle farce populaire (NFP) et du RN, une collusion RNFP !


     

     
     


    François Bayrou a expliqué pourquoi il fallait un budget : « La production est paralysée dans de nombreux domaines. Songez aux agriculteurs, au BTP, bâtiment et travaux publics, à l’investissement ! Songez aux presque 500 000 foyers auxquels des taux de fiscalité vont s’appliquer alors qu’ils étaient exonérés jusqu’à présent, et aux 18 millions de foyers fiscaux qui verront leur impôt augmenter ! Songez à tous ceux qui doivent construire ou acheter leur logement, qui verront les taux d’emprunt augmenter du fait de l’incertitude, sans même parler, nous y viendrons ensuite, du projet de loi de financement de la sécurité sociale. Telle est la situation depuis la censure du gouvernement de Michel Barnier. C’est la réalité. ».

    Pourquoi François Bayrou a-t-il peu de chance de voir son gouvernement renversé à l'issue du débat des deux motions de censure déposées ce lundi 3 et discutées ce mercredi 5 février 2025 par Mathilde Panot, la présidente du groupe insoumis à l'Assemblée ? Les historiens se pencheront sur cet aspect de cet épisode politique et historique que nous vivons. Est-ce parce que certains députés de l'opposition ont enfin compris qu'une censure du gouvernement coûterait très cher à la France (celle du gouvernement Barnier au moins autour de 15 milliards d'euros) ? Est-ce que la méthode Bayrou est très différente de celle de Michel Barnier ? Un peu des deux.

    Malgré des débuts à Matignon un peu maladroits, François Bayrou a tout de suite su aller à l'essentiel : il n'y aurait pas de stabilité si les députés socialistes restaient arrimés au navire amiral mélenchoniste. Pour cela, il avait besoin d'une pièce maîtresse dont il s'est doté dès la formation de son gouvernement : Éric Lombard, le nouveau Ministre de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique. Éric Lombard, haut fonctionnaire réputé de gauche (il a été dans plusieurs cabinets ministériels à l'époque de la gauche au pouvoir) est un ami du premier secrétaire du PS Olivier Faure, cela aide un peu pour négocier le budget. On imagine ce qu'il en aurait été si Laurent Wauquiez avait eu sa place !


    La première grande différence avec Michel Barnier, c'était donc de chercher une non-censure plus du côté du PS que du RN. La seconde grande différence, c'était aussi d'avoir nommé des ministres qui sont des poids lourds politiques, et même si certains n'étaient pas connus (comme Éric Lombard), ils le sont devenus. En d'autres termes, le Premier Ministre laissent faire ses ministres dans tous les domaines, ce qui lui permet de se focaliser sur les points critiques.
     

     
     


    La méthode Bayrou, c'était de faire participer tous les groupes politiques à la discussion budgétaire, puis de trancher. Nous sommes à ce moment de décision : « Depuis l’entrée en fonction de ce gouvernement, le 23 décembre, nous n’avons pas ménagé nos efforts pour sortir de cette impasse. Nous avons travaillé avec les ministres, que je remercie : Éric Lombard, Amélie de Montchalin et Catherine Vautrin, qui s’exprimera tout à l’heure. Nous avons travaillé avec toutes les forces politiques, toutes ont été invitées à Matignon et celles qui ont été reçues ont été entendues, avec tous ceux qui participent au gouvernement et le soutiennent, avec tous ceux qui ont accepté, bien que n’appartenant pas à la majorité, de s’inscrire dans le dialogue, c’est-à-dire dans une perspective positive, et qui ont pu proposer des améliorations. La bonne foi et la bonne volonté ont été au rendez-vous. Le texte qui vient de vous être présenté a trois auteurs, j’allais dire trois géniteurs : d’abord, le gouvernement de Michel Barnier, avant la censure du 4 décembre ; ensuite, le gouvernement que nous avons constitué depuis le 23 décembre ; enfin, les deux chambres du Parlement, lors de toutes les séances qui s’y sont tenues, en particulier celles de la commission mixte paritaire. Ce budget va libérer l’action de l’État et de ses opérateurs, jusqu’au montant de 662 milliards d’euros. Il va libérer l’action des collectivités locales jusqu’à 342 milliards. Quant au PLFSS que nous examinerons tout à l’heure, il prévoit un budget pouvant aller jusqu’à 800 milliards d’euros. Conformément aux orientations fixées par le gouvernement, le déficit a été limité à 5,4% du produit intérieur brut, en dépit de la correction apportée, transparence et loyauté obligent, au taux de croissance : l’hypothèse retenue pour cette dernière est de 0,9%, celle retenue pour le taux d’inflation de 1,4%. L’augmentation de la dépense publique a été contenue à 1,2%, soit un taux inférieur à l’inflation. Ce budget est-il parfait ? Non. Aucun d’entre nous ne le trouve parfait (…). J’ajouterai néanmoins, fort de mon antériorité, que je n’ai jamais connu de discussion budgétaire accouchant d’un budget reconnu comme parfait. Il s’agit de trouver un équilibre. Nous sommes désormais, tous ensemble, devant notre devoir. Si vous en décidez ainsi, puisque la décision est entre vos mains, à force de bonne volonté, de pas des uns vers les autres, d’efforts et de compréhension, la France disposera dans les dix jours d’un budget, de ses budgets, ce qui enverra un signal de responsabilité et de stabilité aux premiers concernés, à ceux qui s’inquiètent à juste titre, à nos concitoyens. C’est de cela que vous aurez à décider. C’est pourquoi, sur le fondement de l’article 49, alinéa 3, de la Constitution, j’ai l’honneur d’engager la responsabilité du gouvernement sur l’ensemble du projet de loi de finances pour 2025, dans sa version résultant des travaux de la commission mixte paritaire, modifiée par des amendements techniques et de coordination. ».
     

     
     


    Le débat budgétaire a donc été interrompu par l'utilisation de l'article 49 alinéa 3 de la Constitution. Est donc venu à l'ordre du jour le débat sur le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2025 (PLFSS) qui avait fait chuter Michel Barnier en décembre. La Ministre du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles Catherine Vautrin (à la tête d'un immense ministère) a pris la parole pour rappeler les priorités du gouvernement en matière de santé.

    Les voici : « Première priorité : l'hôpital. L'objectif national de dépenses d’assurance maladie (Ondam) connaîtra en 2025 une hausse de 3,4%, soit 9 milliards d’euros supplémentaires par rapport à 2024. (…) Deuxième priorité : développer les soins palliatifs. Lorsque j’avais défendu devant l’Assemblée Nationale, au premier semestre 2024, la stratégie nationale des soins palliatifs, j’avais pris l’engagement que leur budget soit abondé de 100 millions d’euros supplémentaires chaque année durant dix ans. Cet engagement sera tenu dès l’exercice 2025 et l’augmentation budgétaire correspondante servira au déploiement de la stratégie décennale des soins d’accompagnement. Il s’agit de renforcer l’offre de soins palliatifs dans chaque territoire, au sein des établissements de santé et médico-sociaux comme à domicile, ainsi que de développer une filière de formation universitaire en soins palliatifs. Troisième priorité : repenser le système de santé depuis les territoires. C’est à l’échelle de leur bassin de vie que nos concitoyens attendent des réponses concrètes. Nous poursuivrons la stratégie consistant à aller vers les populations, en ciblant principalement les territoires ruraux à faible densité médicale, ou qui connaissent une forte proportion de patients touchés par une affection de longue durée (ALD) ou dépourvus de médecin traitant. Nous continuerons à lutter contre les déserts médicaux et à améliorer les soins non programmés, en consacrant davantage de moyens aux services d’accès aux soins. (…) Quatrième priorité : renforcer l’attractivité des métiers de la santé et améliorer les conditions de travail des professions médicales. Il s’agit notamment de financer la convention médicale qui a relevé, dès décembre 2024, le tarif de la consultation chez le médecin traitant à 30 euros. Certaines spécialités bénéficient également d’une revalorisation des consultations, comme la gynécologie. Nous devons investir davantage dans la prévention. Nous améliorerons le suivi médical de l’enfant grâce à l’évolution du calendrier des examens obligatoires et à la refonte du carnet de santé. (…) Le nouveau carnet de santé accordera une place centrale à la prévention. En outre, les examens bucco-dentaires seront désormais annuels entre 3 et 24 ans, dans le cadre de la politique "génération sans carie". Enfin, la santé mentale est érigée en grande cause nationale de l’année 2025 et près de 100 millions d’euros seront ainsi mobilisés cette année. (…) Le dispositif de prévention du suicide VigilanS sera étendu aux mineurs. (…) Les financements de la branche autonomie atteindront 43 milliards d’euros et permettront d’accélérer le déploiement des 50 000 nouvelles solutions d’accompagnement pour les personnes en perte d’autonomie, tout en renforçant le soutien aux proches aidants et aux établissements médico-sociaux. Le soutien aux personnes en situation de handicap connaîtra en 2025, alors que nous célébrerons les vingt ans de la loi du 11 février 2005, des avancées concrètes, je pense en particulier à la prise en charge intégrale des fauteuils roulants.Les EHPAD bénéficieront d’un effort budgétaire significatif, incluant des investissements immobiliers supplémentaires pour moderniser les structures et améliorer les conditions d’accueil des résidents. Par ailleurs, 6 500 professionnels seront recrutés dès 2025 afin d’atteindre plus rapidement l’objectif de 50 000 postes supplémentaires d’ici à 2030. Il s’agit de garantir ainsi une meilleure prise en charge et un accompagnement renforcé. Le financement des EHPAD sera simplifié et sécurisé grâce à la fusion des sections "soins" et "dépendance", souvent réclamée sans jamais être réalisée. Le Sénat avait voté la création d’un fonds d’urgence doté de 100 millions d’euros. Face à la situation difficile des EHPAD, que le gouvernement et de nombreux députés reconnaissent, nous prévoyons de tripler la dotation de ce fonds, pour la porter à 300 millions d’euros. ».


    Un peu plus tard, François Bayrou a rappelé le caractère exceptionnel de notre modèle social : « Depuis la seconde Guerre mondiale et le Conseil national de la Résistance, il est fondé sur un pacte social unique au monde. Aucun pays n’a assuré les individus autant que le nôtre, depuis l’éducation des jeunes enfants jusqu’à la présence dans les dernières années de la vie, en passant par la santé, l’assurance contre le chômage, la retraite ou d’autres formes de solidarité. Aucun autre pays n’a choisi, comme le nôtre, le principe "Un pour tous, tous pour un". Tous ont fondé en grande partie ou en totalité leur pacte social sur la logique du "Chacun pour soi", que ce soit pour lui-même, pour sa famille, pour les siens : chacun assure l’éducation de ses enfants, son assurance sociale, sa retraite. La volonté de faire qu’aucun d’entre nous ne soit abandonné à un moment de sa vie se manifeste dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale. ».

     

     
     


    Parmi les améliorations du PLFSS, François Bayrou en a énuméré quelques-unes : « Je ne retiendrai que deux ou trois d’entre elles. Premièrement, les budgets des hôpitaux ont bénéficié d’une augmentation de 3,8%, soit 4 milliards d’euros supplémentaires. Cela leur permettra, je l’espère, de retrouver un meilleur équilibre, d’engager des personnels, de mieux rémunérer les soignants et d’améliorer l’accueil aux urgences. Sur l’autonomie et la dépendance, nous prévoyons 6 500 personnels soignants en plus dans les EHPAD et 300 millions supplémentaires pour qu’ils puissent faire face à des difficultés financières parfois immenses. Avec l’ensemble du gouvernement, je reprends l’engagement de Michel Barnier de faire de la santé mentale la grande cause nationale pour l’année 2025. L’amélioration des retraites agricoles, attendue depuis si longtemps, mérite d’être mentionnée à cette tribune. Enfin, nous ouvrons une réflexion sur la nécessité de ne plus aborder des problèmes aussi lourds et aussi graves seulement de façon annuelle, lors de l’examen des textes budgétaires, mais aussi dans un cadre pluriannuel pour le faire de manière sérieuse et utile. ».

    Enfin, comme pour le PLF : « C’est pourquoi, sur le fondement de l’article 49, alinéa 3, de la Constitution, j’engage la responsabilité du gouvernement sur l’article liminaire et la première partie du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2025 dans leur version adoptée par le Sénat et modifiée par les amendements déposés par le gouvernement et figurant en annexe du courrier que j’ai adressé à la Présidente de l’Assemblée Nationale. ».

    On sait bien qu'en politique, tout est posture, mais justement, pour un parti de gouvernement, la posture de responsabilité et de raison devrait l'emporter sur la posture du mauvais joueur. Les cérémonies des vœux sont passées aussi par là, où tous les députés ont entendu les doléances des citoyens qui en ont ras-le-bol que les responsables politiques prennent en otage le pays !
     

     
     


    Cela a été annoncé le lundi 3 février 2025, dans l'après-midi, après une réunion du bureau national du PS : les députés PS ne voteront pas la censure pour les deux textes budgétaires. Cette annonce a été confirmée et précisée à la suite d'une réunion du groupe socialiste à l'Assemblée : aucun député ne votera de censure. Cette précision était importante car la discipline des députés PS était assez laxiste : lors de la motion de censure du 16 janvier 2025, 8 députés PS sur les 66 du groupe avaient quand même voté la censure. Il suffirait de 21 députés socialistes pour renverser le gouvernement si le groupe RN la votait aussi.

    Pour permettre aux socialistes de garder la face, ils déposeront plus tard, après les débats budgétaires, une motion de censure pour s'indigner contre le mot "submersion", afin de râler comme il se doit (et de s'opposer). Rien n'empêcherait toutefois les députés RN de la voter, même si c'est pour des valeurs qu'ils rejetteraient.


     

     
     


    Mais parlons justement des députés RN : ils ont été incapables de se mettre d'accord ce lundi 3 février 2025, un déjeuner a même été organisé entre Marine Le Pen et Jordan Bardella. La décision a été reportée à la réunion du groupe RN mercredi 5 février 2025 à 15 heures, soit juste avant l'examen des deux motions de censure. Toutefois, Jordan Bardella a déclaré ce mardi 4 février 2025 dans la matinée que le RN souhaitait rester dans l'opposition mais qu'il fallait aussi de la stabilité et donc, a priori, le RN s'acheminerait lui aussi vers une non-censure.

     

     
     


    Ce serait alors assez cocasse que pour les textes budgétaires, seuls les insoumis, les communistes et les écologistes votent la censure. En refusant de négocier avec le RN pour privilégier le PS, François Bayrou obtiendrait mieux que Michel Barnier qui négociait pourtant avec le RN ! Je laisse au conditionnel car rien n'a été encore officiellement annoncé.

    Ce qui paraît probable, c'est que François Bayrou aura réussi sa première mission, doter la France d'un budget. Et c'est tout ce qu'on lui a demandé prioritairement. Emmanuel Macron lui en saura gré. Si, ensuite, François Bayrou pouvait commencer quelques grandes réformes de l'État, afin de réduire drastiquement les dépenses de l'État, alors, ce serait Byzance ! Mais nous n'y sommes pas encore.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (04 février 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    La semaine de vérité et de responsabilité.
    Lionel Jospin appelle le PS à ne pas censurer le gouvernement Bayrou.
    François Bayrou et le sentiment de submersion.
    François Bayrou, la cohérence du pacificateur.
    Ce Bayrou, c'qu'il est Faure !
    François Bayrou sera-t-il censuré ?
    Les conclaves du cardinal Bayrou.
    Déclaration de politique générale du Premier Ministre François Bayrou le 14 janvier 2025 au Palais-Bourbon (vidéo et texte intégral).
    François Bayrou au jour J.
    Édouard Philippe et sa partition particulière contre l'indolence.
    François Bayrou et le Chemin.
    Vœux 2025 d'Emmanuel Macron : aux Français de trancher ?
    Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron, le 31 décembre 2024 à Paris (texte intégral et vidéo).
    François Bayrou au travail !
    Gouvernement Bayrou : un choc d'autorité ?
    Composition du Gouvernement François Bayrou I nommé le 23 décembre 2024.
    Le difficile accouchement du gouvernement Bayrou.
    La méthode Bayrou réussira-t-elle ?
    Terre de désolation.
    La folle histoire de la nomination de François Bayrou.
    François Bayrou, le papa Macron !
    Le tour de François Bayrou !
    La polémique entre Maurice Druon et François Bayrou en juillet 2004.
    Le paysage politique français postcensure.
    Motion de sangsue : les conséquences économiques désastreuses de la censure.
    Philippe Vigier défend les Français face au renoncement national.
    Laurent Wauquiez met en garde contre l'instabilité institutionnelle.
    Emmanuel Macron face à ses choix.
    Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 5 décembre 2024 (texte intégral).
    La motion RNFP : Chassez le naturel, il revient au chaos !
    L'émotion de censure de Michel Barnier.
    La collusion des irresponsables.
    Gouvernement Barnier : les yeux du monde rivés sur la France.
    Risque de censure : Non, le RN n'est pas l'arbitre des élégances !
    Michel Barnier plaide pour la sobriété normative et procédurale !
    Discours du Premier Ministre Michel Barnier le 21 novembre 2024 à la Porte de Versailles (vidéo et texte intégral).
    Michel Barnier sur les pas de Pierre Mendès France.
    Discours du Premier Ministre Michel Barnier le 15 novembre 2024 à Angers (vidéo et texte intégral).
    PLF 2025 : la majorité de rejet !
    Michel Barnier : déjà deux mois !
    François Guizot à Matignon ?
    5 euros pour visiter Notre-Dame de Paris ?
    Achats dans la fonction publique : des économies à faire ?
    Doliprane : l'impéritie politique.
    Proche-Orient : l'incompréhension de Roger Karoutchi.
    Motion de censure : le quart d'heure de gloire d'Olivier Faure.
    Budget 2025 : l'impossible mission de Michel Barnier.
    Claude Malhuret : du vol des élections aux chefs d'escadrille...
    Les 3 lignes rouges de Marine Le Pen pour ne pas censurer le gouvernement Barnier.
    La quadrature du cercle de Michel Barnier.
     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250203-bayrou.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/la-semaine-de-verite-et-de-259097

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/02/03/article-sr-20250203-bayrou.html




    .

  • Jour J de joie pour Serge Atlaoui !

    « Plus rien ne se dresse entre Serge Atlaoui et le peloton d'exécution. Le recours de ce Français , condamné à mort pour trafic de drogue, a été rejeté mardi [21 avril 2015] par la Cour suprême indonésienne. Il pourrait être fusillé dans les prochaines semaines. » ("Paris Match" du 22 avril 2015).



     

     
     


    Cette dépêche AFP publiée par la plupart des journaux date d'un peu moins de dix ans. C'était dire si le destin du Français Serge Atlaoui était précaire. En l'occurrence, son nom était inscrit pour la deuxième vague d'exécutions qui devait avoir lieu quelques jours plus tard. Par miracle, son nom et celui de la Philippine Mary Jane Veloso ont été retirés in extremis. Les huit autres non, ils ont été fusillés le 29 avril 2015.

    Le 2 avril 2015, Sabine Atlaoui, l'épouse du condamné, a expliqué à "Paris Match" : « Cela fait neuf ans que l’on se bat pour que la vérité soit reconnue. Que l’on a fait tout ce qu’il fallait correctement, respectant la justice indonésienne (…). Serge a d’abord été considéré comme simple ouvrier, et condamné à la perpétuité. Puis la cour de cassation l’a considéré comme un chef de réseau, chimiste, et condamné à être fusillé. Pourtant, dès le premier procès, on a fourni tous les documents démontrant qu’il n’était pas un baron de la drogue, que nous étions une famille normale, avec un travail etc. (…) Tout est là depuis le début ! ».
     

     
     


    Sabine Atlaoui, qui, cette année-là (début 2015), a eu dans ses bras la mère de Myuran Sukumaran, l’Australien, exécuté le 29 avril 2015, comme sept autres condamnés, s'est confiée le 29 avril 2016 au "Dauphiné libéré" : « Sa peur est là, constante. Je sais que le jour J [aujourd’hui], ça va être dur pour lui. Il y a vécu les adieux avec les autres condamnés à l’époque. J’ai ressenti moi-même ce vide une première fois car Kiem Ho [le Néerlandais] et Marco Cardoso [le Brésilien] ont été exécutés en janvier 2015. Quand je suis arrivée en mars [2015], ils manquaient déjà beaucoup à Serge. Ensuite, après la deuxième vague, Serge s’est senti coupable d’être en vie. Je ne pense pas qu’il supporterait de revivre un tel compte à rebours, même s’il est fort et courageux. Psychologiquement, il a été détruit. (…) Depuis sa condamnation à mort en 2007, il peut lui arriver n’importe quoi n’importe quand. L’urgence, vous la comprendrez, quand je sauterai dans le premier avion pour l’Indonésie. ».
     

     
     


    Cent dix-huit mois plus tard, la situation a complètement changé. Ce qui a débloqué les choses, c'est le changement de Président de la République d'Indonésie. Le nouveau a accepté le transfert de Serge Atlaoui, demandé par la France le 4 novembre 2024 et finalisé par un accord diplomatique signé le 24 janvier 2025 par le Ministre français de la Justice Gérald Darmanin et son homologue indonésien.

    Dans l'accord, l'Indonésie a confirmé qu'elle ne souhaitait pas exécuter le Français et qu'elle autorisait son retour pour « raisons humanitaires » car il est malade. En outre, l'Indonésie laisse la France la possibilité de « sa clémence, une amnistie ou une réduction de peine ». Les modalités de l'accord n'ont pas toutes été rendues publiques.

    Serge Atlaoui est incarcéré depuis le 11 novembre 2005, soit plus de dix-neuf ans (plus de 7 000 jours !). Depuis quelques jours, il prépare calmement ses bagages pour son départ tant attendu de sa prison de Jakarta. Il a distribué ses ustensiles de cuisine à d'autres détenus. Il sera accompagné de policiers français pour aller à l'aéroport indonésien. Ce qu'il redoute le plus serait de croiser la meute de journalistes indonésiens. Son avion décollera de Jakarta ce mardi 4 février 2025 dans la soirée et il devrait atteindre Paris le mercredi 5 février 2025 dans la matinée. Son épouse Sabine l'accueillera... mais à l'aéroport.

     

     
     


    Ce sera alors la fin de son cauchemar indonésien. Pas forcément la fin de sa trajectoire carcérale. En effet, son avocat français Richard Sédillot a expliqué : « Il sera ensuite conduit à Bobigny et présenté au parquet puis placé en détention. (…) Nous interviendrons devant le tribunal compétent qui statuera sur l’adaptation de la peine et nous demanderons qu’une adaptation permette sa mise en liberté. ».

    Serge Atlaoui fait preuve, depuis ces dix-neuf ans, d'une sérénité à toute épreuve. Pour ces quelques jours qu'il lui restait avant d'être rapatrié en France, il expliquait à ses proches : « J'ai échappé au peloton d'exécution, j'ai survécu à deux cancers, je peux bien attendre quelques jours encore ! ». Effectivement, il a été opéré de deux tumeurs au cou et vient de terminer une radiothérapie. Je lui souhaite un agréable voyage.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (03 février 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Jour J de joie pour Serge Atlaoui !
    Soulagement pour Serge Atlaoui de retour en France le 4 février 2025.
    L'espoir justifié de Serge Atlaoui.
    Cadeau de Noël pour Mary Jane Veloso.
    Enfin une bonne nouvelle pour Serge Atlaoui ?
    Majid Kavousifar.
    Varisha Moradi.
    7 pistes de réflexion sur la peine de mort.
    Une lueur d’espoir pour Serge Atlaoui ?
    Taxe Nutella : Serge Atlaoui, otage de l’huile de palme ?
    Vives inquiétudes pour Mary Jane Veloso.
    Le cauchemar de Serge Atlaoui.
    Peine de mort pour les djihadistes français ?

     

     
     



     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250204-serge-atlaoui.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/jour-j-de-joie-pour-serge-atlaoui-259080

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/02/03/article-sr-20250204-serge-atlaoui.html



    .

  • Villeneuve-St-Georges : l'échec du mélenchonisme municipal

    « Le glissement vers l’acceptation de la grande coalition reproduit la stratégie de front républicain contre l’extrême droite, en reportant la méthode du front républicain d’hier au service d’un front réactionnaire front républicain. Une seule consigne : tout sauf LFI. La déclinaison locale : "plutôt n’importe qui que Louis Boyard". La plus zélée dans cette posture est bien sûr la "goche" qui mendie sa respectabilité aux cercles dirigeants avec lesquels elle rêve d’une "grande coalition". » (Jean-Luc Mélenchon, le 2 février 2025 sur son blog).


     

     
     


    Sueurs froides au premier tour et soulagement au second tour. On peut comprendre "l'aigreur qui passe à l'esprit" de Jean-Luc Mélenchon qui a raté son pari de conquérir la mairie de Villeneuve-Saint-Georges. En effet, ces deux derniers dimanches, le 26 janvier 2025 et le 2 février 2025, ont eu lieu des élections municipales partielles à Villeneuve-Saint-Georges. L'enjeu était limité puisque le mandat de la nouvelle équipe ne durera qu'un an ; les élections municipales générales auront lieu en mars 2026. L'enjeu n'était donc pas local mais national sur la capacité des insoumis à gagner des mairies.

    Plus généralement, si les insoumis ont eu de forts scores aux dernières élections législatives et présidentielle depuis le printemps 2022, aucun d'entre eux n'a encore eu la possibilité électorale de devenir chef d'un exécutif local, ni président d'un conseil départemental ou régional ni maire d'une grande ville, tandis que le PS dirige actuellement un tiers des villes de plus de 10 000 habitants et la moitié des villes de plus de 30 000 habitants.


    Avec la candidature de l'insoumis Louis Boyard, tête de liste à Villeneuve-Saint-Georges, Jean-Luc Mélenchon voulait en faire l'amorce de grandes conquêtes pour les municipales de mars 2026. Selon Patrick Cohen dans sa chronique du 3 février 2025 sur France Inter : « Les insoumis nourrissent de grandes ambitions à Lille, Montpellier, Marseille, Toulouse, où Jean-Luc Mélenchon a tenu meeting ce week-end. ».

    ouis Boyard (24 ans) avait pourtant un boulevard devant lui. Élu député du Val-de-Marne en juin 2022 face à l'actuel ministre Laurent Saint-Martin dans l'ancienne circonscription du radical de gauche Roger-Gérard Schwartzenberg, et réélu en juillet 2024, il avait obtenu 61,2% au second tour (3 900 voix) dans la commune de Villeneuve-Saint-Georges. Compagnon d'une insoumise élue aussi députée en 2024, cet ancien militant lycéen a surtout brillé par ses déclarations d'une tonalité très intellectuelle (joke). Il faut dire que lui-même a confessé auprès de Cyril Hanouna le 1er septembre 2021 sur C8 qu'il avait revendu de la drogue : « J’vais pas t’mentir, j’ai dealé, j’vous jure. (…) Moi, un moment, j’étais en galère, on m’a proposé le bail, j’ai fait. », et qu'il était un élève assez nul : « Je suis nul, vraiment nul, tu ne peux pas me mettre dans une salle de classe. ».

    Benjamin Sire, dans "Franc Tireur" le 5 avril 2023, l'a appelé "Gilet jeune" : « De tous ceux qui humilient l’Assemblée en feignant, par leurs mauvaises manières, d’y faire entrer le "pays réel ", c’est lui qui remporte la palme. Militant insoumis devenu député par hasard, l’élu abîme la fonction qu’il croit réhabiliter. (…) Narcissique, irresponsable, fier d’une inculture qu’il arbore comme un diplôme. Influenceur 2.0, la politique est pour lui le moyen de convertir ses mots, ceux du chaos, en followers. Il eût été savoureux de le voir côtoyer Guy Debord. Peut-être le situationniste aurait-il décelé dans l’assurance de ce kamikaze de 22 ans, devenu député sur du vent, la marque définitive de sa prescience. ».


    Le terrain électoral était aussi très prometteur. Avec ses 36 000 habitants, Villeneuve-Saint-Georges, ancienne ville de cheminots, est connue comme la ville la plus pauvre du Val-de-Marne avec 34% de taux de pauvreté. Pour "Le Monde", cette ville « représentait un terreau fertile pour les ambitions municipales d’un mouvement qui concentre sa stratégie électorale sur la jeunesse et les quartiers populaires ». Pendant longtemps, la ville a été administrée par des communistes, en alternance parfois avec des centristes.

    En mars 2014, maire communiste sortante, Sylvie Altman, tête de liste de la gauche, a été réélue de justesse avec 30 voix d'avance (sur 13 198 inscrits avec 59,9% de participation) face à Philippe Gaudin, tête d'une liste UMP-UDI.
     

     
     


    En mars 2020, Philippe Gaudin, à la tête d'une liste divers droite, a conquis la mairie en battant la maire communiste sortante Sylvie Altman avec 61,7% des voix contre 27,6%, sans oublier 10,7% pour une liste centriste menée par Éric Colson.
     

     
     


    La nouvelle majorité municipale a été particulièrement divisée, quasiment incapable de voter un budget à temps pour l'année 2024 (cela ressemble à autre chose), et lors de la séance du conseil municipal du 20 avril 2024, Philippe Gaudin, par exaspération, a fait deux fois le salut nazi, qu'il a regretté plus tard. Une partie des conseillers de la majorité municipale a démissionné, entraînant des élections partielles. Profitant de l'occasion pour faire de cette ville un laboratoire des insoumis, Jean-Luc Mélenchon a mis la main à la pâte en faisant un grand meeting électoral le 23 janvier 2025 à Villeneuve-Saint-Georges.
     

     
     


    Au premier tour, à la surprise générale, la liste insoumise de Louis Boyard a atteint le premier rang (c'était bien la première fois pour ce cancre !) avec 24,9% des voix, dépassant les cinq autres listes concurrentes, en particulier celle de l'ancienne première adjointe sortante Kristell Niasme (LR) 22,7%, Daniel Henry (PCF soutenu par le reste de la gauche, PS-EELV-PRG et même Génération écologie) 20,7%, la liste du maire sortant Philippe Gaudin (divers droite) 15,5%, et la liste d'Éric Colson (UDI-Renaissance), déjà candidat en 2020, 13,6%. Entre les deux tours, la liste de Daniel Henry s'est retirée sans fusionner pour soutenir Louis Boyard. En raison des risques d'élection de ce dernier, la liste centriste s'est également retirée, laissant la liste FI et la liste LR s'affronter sous le regard d'un troisième protagoniste, la liste du maire sortant.

    Jean-Luc Mélenchon, Mathilde Panot et Clémence Guetté sont venus apporter leur aide à Louis Boyard pour faire campagne. Cela n'a pas suffi ! Si Laurent Wauquiez, qui faisait un meeting à Maisons-Alfort, n'a pas participé à la campagne de la candidate de LR, des ténors avaient fait savoir leur choix. Ainsi, dès les résultats du premier tour connus, le Ministre d'État, Ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau a tweeté : « Aucune commune de France ne mérite d’avoir à sa tête un maire de la France insoumise ! ». Et Vincent Jeanbrun, ancien maire LR de L'Haÿ-les-Roses conquis sur le PS en mars 2014, et élu député LR en battant Rachel Keke (FI) en juillet 2024, n'a pas mâché ses mots : « Ce qui se joue à Villeneuve, ce n’est pas la droite contre la gauche, mais le camp républicain face à ceux qui incarnent le chaos chez les "insoumis", par leur volonté d’être en permanence dans la conflictualité. Et Louis Boyard en est l’exemple type. » ("Le Monde" du 2 février 2025).

    Finalement, au second tour, Louis Boyard a perdu très largement avec seulement 38,8% des voix contre 49,0% pour Kristell Niasme, élue, et 12,3% pour Philippe Gaudin. Avec pourtant une augmentation de 789 votants par rapport au premier tour (participation passant de 33,5% à 39,7%), Louis Boyard n'a même pas récupéré les 870 électeurs de la liste communiste (il n'a eu que 851 voix supplémentaires), alors que la candidate LR a gagné 1 445 voix, soit plus que le total de la liste centriste du premier tour, 572 voix et la différence de voix de la liste de Philippe Gaudin entre les deux tours (perte de 53 voix). Le nombre de bulletins blancs et nuls a plus que doublé, passant de 88 à 184, laissant entendre qu'une partie des électeurs de gauche ne souhaitait pas élire Louis Boyard à la mairie de leur ville.

     

     
     


    Valérie Pécresse, la présidente LR du conseil régional d'Île-de-France, qui est venue deux fois faire campagne pour Kristell Niasme, s'est réjouie sur Twitter : « Les Villeneuvois ont envoyé un signal fort, ils ne veulent ni du chaos, ni de la faillite que représente LFI, mais une maire courageuse et compétente. ». Quant à Bruno Retailleau (LR), il s'est également félicité sur Twitter : « La défaite sévère qu’a subie Louis Boyard est une bonne nouvelle pour les habitants, mais aussi pour tous les Français attachés à la République et à une certaine idée de la politique. (…) Ce soir, la droite est vraiment de retour. ».

    En clair, dans ces élections partielles où la participation était faible, certes, mais un peu moins faible qu'en 2020, le candidat insoumis n'est pas parvenu à rassembler toutes les voix de gauche, mais en plus, il a pâti d'une surmobilisation pour faire barrage à son éventuelle élection, ce qui est très rassurant pour l'avenir. Ce qui est en revanche risible, c'est que Louis Boyard et Manuel Bompard ont accusé les communistes, les socialistes et les écologistes d'avoir fait le jeu de la candidate de droite. Les dirigeants insoumis sont de mauvais perdants, car au contraire, leurs partenaires de la nouvelle farce populaire (NFP) avaient appelé justement à faire barrage à la droite !


     

     
     


    C'est probablement Raquel Garrido, ancienne députée insoumise, interrogée par Laurent Telo pour "Le Monde" du 3 février 2025, qui a été la plus sévère dans l'analyse : « C’était une élection imperdable. Dans cette ville, Jean-Luc Mélenchon avait rassemblé 46% des voix lors de la présidentielle de 2022 et le NFP, lors des dernières législatives en juillet, avait réalisé 61% avec le même candidat qui était candidat unique… Au-delà de la déception de voir la droite gagner à cause d’une envie permanente de LFI d’en découdre avec le reste de la gauche, il y a un désamour des électeurs vis-à-vis de cette nouvelle France insoumise. (…) Jean-Luc Mélenchon pense qu’il y a une osmose entre les quartiers populaires et LFI. Ce narratif est relayé par l’extrême droite qui pense la même chose. En gros, que les habitants de banlieues votent en fonction d’un rapport affectif avec Jean-Luc Mélenchon. Il est inexact de dire qu’il existe un vote automatique pour LFI en banlieue ou dans les grandes villes. ».

    Villeneuve-Saint-Georges après la partielle de l'Isère, les insoumis subissent échecs sur échecs. À quelques jours d'une nouvelle motion de censure (examinée ce mercredi 5 février 2025), les résultats de ces élections partielles vont être étudiés très précisément : les grands maires socialistes, ceux des grandes villes, qui craignent que la concurrence avec une liste insoumise les fasse perdre en mars 2026, devraient comprendre qu'ils n'ont aucun intérêt à faire des listes communes avec les insoumis car une telle alliance aurait plus un effet répulsif que rassembleur.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (03 février 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    L'échec du mélenchonisme municipal.
    Louis Boyard.
    L'échec des insoumis à Grenoble.
    Lucie Castets.
    La stratégie du chaos institutionnel de Jean-Luc Mélenchon.
    Huguette Bello.
    Nouvelle farce populaire.
    Mathilde Panot.
    Sondage secret : le tour de chauffe de François Ruffin !
    Adrien Quatennens, le meilleur allié du Président Macron ?
    Et si le peuple révoquait Adrien Quatennens ?
    La justice harcèle-t-elle la classe politique ?
    Le député Adrien Quatennens doit-il démissionner de l'Assemblée Nationale ?
    Mais où est donc passé Adrien Quatennens ?
    Thomas Portes.
    Carlos Martens Bilongo.
    Clémentine Autain.
    Éric Coquerel.
    Jean-Luc Mélenchon, champion du monde de mauvaise foi.
    Danièle Obono.
    François Ruffin.
    Sandrine Rousseau.
    Pour ou contre M… ?
    Sous la NUPES de Mélenchon.
    La consécration du mélenchonisme électoral

     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250202-villeneuve-saint-georges.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/villeneuve-st-georges-l-echec-du-259077

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/01/26/article-sr-20250202-villeneuve-saint-georges.html



    .

  • Louis Boyard rejeté par l'électorat de Villeneuve-St-Georges

    « Le glissement vers l’acceptation de la grande coalition reproduit la stratégie de front républicain contre l’extrême droite, en reportant la méthode du front républicain d’hier au service d’un front réactionnaire front républicain. Une seule consigne : tout sauf LFI. La déclinaison locale : "plutôt n’importe qui que Louis Boyard". La plus zélée dans cette posture est bien sûr la "goche" qui mendie sa respectabilité aux cercles dirigeants avec lesquels elle rêve d’une "grande coalition". » (Jean-Luc Mélenchon, le 2 février 2025 sur son blog).


     

     
     


    Sueurs froides au premier tour et soulagement au second tour. On peut comprendre "l'aigreur qui passe à l'esprit" de Jean-Luc Mélenchon qui a raté son pari de conquérir la mairie de Villeneuve-Saint-Georges. En effet, ces deux derniers dimanches, le 26 janvier 2025 et le 2 février 2025, ont eu lieu des élections municipales partielles à Villeneuve-Saint-Georges. L'enjeu était limité puisque le mandat de la nouvelle équipe ne durera qu'un an ; les élections municipales générales auront lieu en mars 2026. L'enjeu n'était donc pas local mais national sur la capacité des insoumis à gagner des mairies.

    Plus généralement, si les insoumis ont eu de forts scores aux dernières élections législatives et présidentielle depuis le printemps 2022, aucun d'entre eux n'a encore eu la possibilité électorale de devenir chef d'un exécutif local, ni président d'un conseil départemental ou régional ni maire d'une grande ville, tandis que le PS dirige actuellement un tiers des villes de plus de 10 000 habitants et la moitié des villes de plus de 30 000 habitants.


    Avec la candidature de l'insoumis Louis Boyard, tête de liste à Villeneuve-Saint-Georges, Jean-Luc Mélenchon voulait en faire l'amorce de grandes conquêtes pour les municipales de mars 2026. Selon Patrick Cohen dans sa chronique du 3 février 2025 sur France Inter : « Les insoumis nourrissent de grandes ambitions à Lille, Montpellier, Marseille, Toulouse, où Jean-Luc Mélenchon a tenu meeting ce week-end. ».

    ouis Boyard (24 ans) avait pourtant un boulevard devant lui. Élu député du Val-de-Marne en juin 2022 face à l'actuel ministre Laurent Saint-Martin dans l'ancienne circonscription du radical de gauche Roger-Gérard Schwartzenberg, et réélu en juillet 2024, il avait obtenu 61,2% au second tour (3 900 voix) dans la commune de Villeneuve-Saint-Georges. Compagnon d'une insoumise élue aussi députée en 2024, cet ancien militant lycéen a surtout brillé par ses déclarations d'une tonalité très intellectuelle (joke). Il faut dire que lui-même a confessé auprès de Cyril Hanouna le 1er septembre 2021 sur C8 qu'il avait revendu de la drogue : « J’vais pas t’mentir, j’ai dealé, j’vous jure. (…) Moi, un moment, j’étais en galère, on m’a proposé le bail, j’ai fait. », et qu'il était un élève assez nul : « Je suis nul, vraiment nul, tu ne peux pas me mettre dans une salle de classe. ».

    Benjamin Sire, dans "Franc Tireur" le 5 avril 2023, l'a appelé "Gilet jeune" : « De tous ceux qui humilient l’Assemblée en feignant, par leurs mauvaises manières, d’y faire entrer le "pays réel ", c’est lui qui remporte la palme. Militant insoumis devenu député par hasard, l’élu abîme la fonction qu’il croit réhabiliter. (…) Narcissique, irresponsable, fier d’une inculture qu’il arbore comme un diplôme. Influenceur 2.0, la politique est pour lui le moyen de convertir ses mots, ceux du chaos, en followers. Il eût été savoureux de le voir côtoyer Guy Debord. Peut-être le situationniste aurait-il décelé dans l’assurance de ce kamikaze de 22 ans, devenu député sur du vent, la marque définitive de sa prescience. ».


    Le terrain électoral était aussi très prometteur. Avec ses 36 000 habitants, Villeneuve-Saint-Georges, ancienne ville de cheminots, est connue comme la ville la plus pauvre du Val-de-Marne avec 34% de taux de pauvreté. Pour "Le Monde", cette ville « représentait un terreau fertile pour les ambitions municipales d’un mouvement qui concentre sa stratégie électorale sur la jeunesse et les quartiers populaires ». Pendant longtemps, la ville a été administrée par des communistes, en alternance parfois avec des centristes.

    En mars 2014, maire communiste sortante, Sylvie Altman, tête de liste de la gauche, a été réélue de justesse avec 30 voix d'avance (sur 13 198 inscrits avec 59,9% de participation) face à Philippe Gaudin, tête d'une liste UMP-UDI.

     
     


    En mars 2020, Philippe Gaudin, à la tête d'une liste divers droite, a conquis la mairie en battant la maire communiste sortante Sylvie Altman avec 61,7% des voix contre 27,6%, sans oublier 10,7% pour une liste centriste menée par Éric Colson.
     

     
     

    La nouvelle majorité municipale a été particulièrement divisée, quasiment incapable de voter un budget à temps pour l'année 2024 (cela ressemble à autre chose), et lors de la séance du conseil municipal du 20 avril 2024, Philippe Gaudin, par exaspération, a fait deux fois le salut nazi, qu'il a regretté plus tard. Une partie des conseillers de la majorité municipale a démissionné, entraînant des élections partielles. Profitant de l'occasion pour faire de cette ville un laboratoire des insoumis, Jean-Luc Mélenchon a mis la main à la pâte en faisant un grand meeting électoral le 23 janvier 2025 à Villeneuve-Saint-Georges.

     
     


    Au premier tour, à la surprise générale, la liste insoumise de Louis Boyard a atteint le premier rang (c'était bien la première fois pour ce cancre !) avec 24,9% des voix, dépassant les cinq autres listes concurrentes, en particulier celle de l'ancienne première adjointe sortante Kristell Niasme (LR) 22,7%, Daniel Henry (PCF soutenu par le reste de la gauche, PS-EELV-PRG et même Génération écologie) 20,7%, la liste du maire sortant Philippe Gaudin (divers droite) 15,5%, et la liste d'Éric Colson (UDI-Renaissance), déjà candidat en 2020, 13,6%. Entre les deux tours, la liste de Daniel Henry s'est retirée sans fusionner pour soutenir Louis Boyard. En raison des risques d'élection de ce dernier, la liste centriste s'est également retirée, laissant la liste FI et la liste LR s'affronter sous le regard d'un troisième protagoniste, la liste du maire sortant.

    Jean-Luc Mélenchon, Mathilde Panot et Clémence Guetté sont venus apporter leur aide à Louis Boyard pour faire campagne. Cela n'a pas suffi ! Si Laurent Wauquiez, qui faisait un meeting à Maisons-Alfort, n'a pas participé à la campagne de la candidate de LR, des ténors avaient fait savoir leur choix. Ainsi, dès les résultats du premier tour connus, le Ministre d'État, Ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau a tweeté : « Aucune commune de France ne mérite d’avoir à sa tête un maire de la France insoumise ! ». Et Vincent Jeanbrun, ancien maire LR de L'Haÿ-les-Roses conquis sur le PS en mars 2014, et élu député LR en battant Rachel Keke (FI) en juillet 2024, n'a pas mâché ses mots : « Ce qui se joue à Villeneuve, ce n’est pas la droite contre la gauche, mais le camp républicain face à ceux qui incarnent le chaos chez les "insoumis", par leur volonté d’être en permanence dans la conflictualité. Et Louis Boyard en est l’exemple type. » ("Le Monde" du 2 février 2025).

    Finalement, au second tour, Louis Boyard a perdu très largement avec seulement 38,8% des voix contre 49,0% pour Kristell Niasme, élue, et 12,3% pour Philippe Gaudin. Avec pourtant une augmentation de 789 votants par rapport au premier tour (participation passant de 33,5% à 39,7%), Louis Boyard n'a même pas récupéré les 870 électeurs de la liste communiste (il n'a eu que 851 voix supplémentaires), alors que la candidate LR a gagné 1 445 voix, soit plus que le total de la liste centriste du premier tour, 572 voix et la différence de voix de la liste de Philippe Gaudin entre les deux tours (perte de 53 voix). Le nombre de bulletins blancs et nuls a plus que doublé, passant de 88 à 184, laissant entendre qu'une partie des électeurs de gauche ne souhaitait pas élire Louis Boyard à la mairie de leur ville.

     

     
     


    Valérie Pécresse, la présidente LR du conseil régional d'Île-de-France, qui est venue deux fois faire campagne pour Kristell Niasme, s'est réjouie sur Twitter : « Les Villeneuvois ont envoyé un signal fort, ils ne veulent ni du chaos, ni de la faillite que représente LFI, mais une maire courageuse et compétente. ». Quant à Bruno Retailleau (LR), il s'est également félicité sur Twitter : « La défaite sévère qu’a subie Louis Boyard est une bonne nouvelle pour les habitants, mais aussi pour tous les Français attachés à la République et à une certaine idée de la politique. (…) Ce soir, la droite est vraiment de retour. ».

    En clair, dans ces élections partielles où la participation était faible, certes, mais un peu moins faible qu'en 2020, le candidat insoumis n'est pas parvenu à rassembler toutes les voix de gauche, mais en plus, il a pâti d'une surmobilisation pour faire barrage à son éventuelle élection, ce qui est très rassurant pour l'avenir. Ce qui est en revanche risible, c'est que Louis Boyard et Manuel Bompard ont accusé les communistes, les socialistes et les écologistes d'avoir fait le jeu de la candidate de droite. Les dirigeants insoumis sont de mauvais perdants, car au contraire, leurs partenaires de la nouvelle farce populaire (NFP) avaient appelé justement à faire barrage à la droite !


     

     
     


    C'est probablement Raquel Garrido, ancienne députée insoumise, interrogée par Laurent Telo pour "Le Monde" du 3 février 2025, qui a été la plus sévère dans l'analyse : « C’était une élection imperdable. Dans cette ville, Jean-Luc Mélenchon avait rassemblé 46% des voix lors de la présidentielle de 2022 et le NFP, lors des dernières législatives en juillet, avait réalisé 61% avec le même candidat qui était candidat unique… Au-delà de la déception de voir la droite gagner à cause d’une envie permanente de LFI d’en découdre avec le reste de la gauche, il y a un désamour des électeurs vis-à-vis de cette nouvelle France insoumise. (…) Jean-Luc Mélenchon pense qu’il y a une osmose entre les quartiers populaires et LFI. Ce narratif est relayé par l’extrême droite qui pense la même chose. En gros, que les habitants de banlieues votent en fonction d’un rapport affectif avec Jean-Luc Mélenchon. Il est inexact de dire qu’il existe un vote automatique pour LFI en banlieue ou dans les grandes villes. ».

    Villeneuve-Saint-Georges après la partielle de l'Isère, les insoumis subissent échecs sur échecs. À quelques jours d'une nouvelle motion de censure (examinée ce mercredi 5 février 2025), les résultats de ces élections partielles vont être étudiés très précisément : les grands maires socialistes, ceux des grandes villes, qui craignent que la concurrence avec une liste insoumise les fasse perdre en mars 2026, devraient comprendre qu'ils n'ont aucun intérêt à faire des listes communes avec les insoumis car une telle alliance aurait plus un effet répulsif que rassembleur.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (03 février 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    L'échec du mélenchonisme municipal.
    Louis Boyard.
    L'échec des insoumis à Grenoble.
    Lucie Castets.
    La stratégie du chaos institutionnel de Jean-Luc Mélenchon.
    Huguette Bello.
    Nouvelle farce populaire.
    Mathilde Panot.
    Sondage secret : le tour de chauffe de François Ruffin !
    Adrien Quatennens, le meilleur allié du Président Macron ?
    Et si le peuple révoquait Adrien Quatennens ?
    La justice harcèle-t-elle la classe politique ?
    Le député Adrien Quatennens doit-il démissionner de l'Assemblée Nationale ?
    Mais où est donc passé Adrien Quatennens ?
    Thomas Portes.
    Carlos Martens Bilongo.
    Clémentine Autain.
    Éric Coquerel.
    Jean-Luc Mélenchon, champion du monde de mauvaise foi.
    Danièle Obono.
    François Ruffin.
    Sandrine Rousseau.
    Pour ou contre M… ?
    Sous la NUPES de Mélenchon.
    La consécration du mélenchonisme électoral

     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250202-louis-boyard.html

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/02/02/article-sr-20250202-louis-boyard.html


    .

  • Lionel Jospin appelle le PS à ne pas censurer le gouvernement Bayrou

    « J'appelle, pour ce qui me concerne, les socialistes et même l'ensemble des forces de gauche, à ne pas voter la censure. » (Lionel Jospin, le 1er février 2025 sur France 5).




     

     
     


    La première semaine de février 2025 va être cruciale tant pour le gouvernement de François Bayrou que pour la France, sa crédibilité internationale, sa solidité économique. La commission mixte paritaire des 30 et 31 janvier 2025 a abouti à un projet de loi de finances pour 2025 enfin finalisé, et la question reste son adoption par l'Assemblée Nationale.

    Depuis que le RN a perdu son influence en ayant provoqué le renversement du gouvernement Barnier, tous les projecteurs sont braqués sur les députés socialistes et leur position revêt une importance stratégique, tant pour la France que pour eux-mêmes. À cela s'est agrégé un caillou dans les rouages puisque le PS s'est faussement indigné, à l'instar d'une vierge effarouchée, de l'utilisation du mot "submersion" par le François Bayrou.

    Pourtant, ce qu'a dit le Premier Ministre n'était pas qu'il croyait à une submersion, mais que certains Français, de plus en plus nombreux, avaient le "sentiment d'une submersion", ce qui est très différent, et ce constat est factuel.

     

     
     


    Même Patrick Cohen l'a remarqué dans sa chronique politique du 29 janvier 2025 sur France Inter : « Bayrou refuse la loi immigration que lui réclame son ministre Retailleau. Il ferme à la porte à un référendum sur le sujet. Dit non à la remise en cause du droit du sol, sauf à Mayotte. Défend l’immigration de travail. Ne veut pas tailler dans l’Aide médicale d'État… C’est le paradoxe de la séquence : sur le fond, François Bayrou ne cède rien. Mais sur la forme, pour un mot, il reçoit les bravos des députés RN. Mais alors, pourquoi avoir évoqué ce "sentiment" ? Parce que c’est celui de nombreux Français. Et que Bayrou voulait montrer, maladroitement, qu’il les comprend, qu’il n’est pas déconnecté. ».

    La réaction surjouée des socialistes sur le mot "submersion" ne plaide pas leur faveur, d'autant plus qu'ils ont quand même continué à négocier avec le gouvernement sur le budget. Il faudrait que parmi eux, un homme d'État se lève et leur fasse une petite leçon de responsabilité et d'intérêt général.


    C'était le cas justement du peut-être dernier homme d'État de gauche, à savoir Lionel Jospin, ancien Premier Ministre de 1997 à 2002. Ce dernier était l'invité de l'émission "C l'hebdo" ce samedi 1er février 2025 sur France 5. C'était lui-même qui a pris l'initiative d'intervenir alors qu'il intervient généralement très rarement dans le débat politique.

     

     
     


    À 87 ans et demi, l'ancien double candidat à l'élection présidentielle a plaidé pour laisser vivre le gouvernement Bayrou, et même plus, il a considéré que le vote de la censure serait la preuve d'une grande irresponsabilité car la France a besoin de gouvernement et la censure ne se comprend que dans le cas où un autre gouvernement est possible, ce qui n'est pas le cas actuel puisqu'il n'est pas question d'un gouvernement RN-NFP.

    L'ancien Premier Ministre n'a d'ailleurs pas manqué de cynisme en expliquant qu'il fallait laisser réparer ceux qui avaient laissé filer le déficit : « La position la plus sage, au fond, c'est de laisser ce gouvernement, qui dispose d'une majorité étroite, issue du macronisme et qu'ont rejoint de nouveaux alliés du macronisme, si vous voulez, pour gouverner, y compris (…) pour faire face à la situation qu'ils ont créée. (…) Et je ne vois pas pourquoi la gauche se précipiterait pour faire face à une situation aussi difficile. ».


    Et Lionel Jospin a blâmé Boris Vallaud et ses amis choqués par la "submersion" de ne pas être vraiment responsables : « Je vais vous dire une chose, au-delà de toutes les arrière-pensées. On ne censure pas un gouvernement (…) pour un mot. ».
     

     
     


    Il a même rappelé la position anti-RN de François Bayrou : « Je n'y vois pas une main tendue au Rassemblement national parce que ce serait contradictoire avec la façon dont il a lui-même engagé son gouvernement, si vous voulez, de façon différente de celle de monsieur Barnier, qui a été lui aussi censuré. Le terme de sentiment de submersion est une façon pour lui de ne pas totalement le prendre à son compte, de considérer que ce sentiment existe dans le pays. Et donc, je dis qu'en tout état de cause, censurer, ne plus avoir de gouvernement demain, après la chute du gouvernement Barnier, engager la chute du gouvernement Bayrou, c'est courir le risque du désordre en France. C'est impossible d'avoir une France, en Europe, aujourd'hui, face au défi de Donald Trump, si vous voulez, qui n'a pas un gouvernement. Nous serions déconsidérés. ».

    On peut d'ailleurs rappeler que Lionel Jospin avait probalement échoué à l'élection présidentielle de 2002 en ne parlant que du « sentiment d'insécurité » sans croire un instant que l'insécurité était un problème pour les Français. Parler du sentiment de submersion est donc au contraire une manière de laisser croire qu'il n'y a pas submersion. Tout le contraire de l'interprétation des députés socialistes faussement indignés !


     

     
     


    Afin d'être entendu par ses anciens amis socialistes, Lionel Jospin a concédé que sur le fond, il était bien d'accord avec eux, mais qu'il fallait aussi prendre le principe de réalité. S'indigner pour s'indigner n'a aucun sens : « Je comprends la colère, je comprends l'indignation, et je partage le jugement porté sur l'utilisation de ce mot. Je dis simplement qu'on ne va pas corriger ça en n'ayant aucun gouvernement en France, dans les mois, voire dans les deux années qui viennent. ».

    Bref, il a conclu ce que tous les socialistes, du moins leurs électeurs potentiels, devraient conclure. À savoir, il faut qu'ils arrêtent ces enfantillages et qu'ils bossent enfin : « Que la gauche et les écologistes préparent l'alternance, qu'ils travaillent sur le fond, et on verra ensuite si les Français leur font confiance. ».

    Dans un sondage récent, 30% des sondés voudraient la censure du gouvernement actuel... alors que 44% seraient contre cette même censure (les autres sans opinion). Ce qui veut dire que les Français sont inquiets qu'il n'y ait plus de gouvernement ou pas de budget pour leur pays. Il y a un retournement de tendance ; la colère laisse place à l'inquiétude. Au cours des nombreuses cérémonies des vœux, les députés de toutes obédiences ont été pressés par les Français de ne plus censurer le gouvernement. Lionel Jospin fait ainsi partie de ces Français-là. Et parallèlement, peut-être en raison de cette polémique sur la "submersion", le Premier Ministre François Bayrou voit sa cote de popularité commencer à monter. Le vent tourne...


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (01er février 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Lionel Jospin appelle le PS à ne pas censurer le gouvernement Bayrou.
    François Bayrou et le sentiment de submersion.
    François Bayrou, la cohérence du pacificateur.
    Ce Bayrou, c'qu'il est Faure !
    François Bayrou sera-t-il censuré ?
    Les conclaves du cardinal Bayrou.
    Déclaration de politique générale du Premier Ministre François Bayrou le 14 janvier 2025 au Palais-Bourbon (vidéo et texte intégral).
    François Bayrou au jour J.
    Édouard Philippe et sa partition particulière contre l'indolence.
    François Bayrou et le Chemin.
    Vœux 2025 d'Emmanuel Macron : aux Français de trancher ?
    Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron, le 31 décembre 2024 à Paris (texte intégral et vidéo).
    François Bayrou au travail !
    Gouvernement Bayrou : un choc d'autorité ?
    Composition du Gouvernement François Bayrou I nommé le 23 décembre 2024.
    Le difficile accouchement du gouvernement Bayrou.
    La méthode Bayrou réussira-t-elle ?
    Terre de désolation.
    La folle histoire de la nomination de François Bayrou.
    François Bayrou, le papa Macron !
    Le tour de François Bayrou !
    La polémique entre Maurice Druon et François Bayrou en juillet 2004.
    Le paysage politique français postcensure.
    Motion de sangsue : les conséquences économiques désastreuses de la censure.
    Philippe Vigier défend les Français face au renoncement national.
    Laurent Wauquiez met en garde contre l'instabilité institutionnelle.
    Emmanuel Macron face à ses choix.
    Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 5 décembre 2024 (texte intégral).
    La motion RNFP : Chassez le naturel, il revient au chaos !
    L'émotion de censure de Michel Barnier.
    La collusion des irresponsables.
    Gouvernement Barnier : les yeux du monde rivés sur la France.
    Risque de censure : Non, le RN n'est pas l'arbitre des élégances !
    Michel Barnier plaide pour la sobriété normative et procédurale !
    Discours du Premier Ministre Michel Barnier le 21 novembre 2024 à la Porte de Versailles (vidéo et texte intégral).
    Michel Barnier sur les pas de Pierre Mendès France.
    Discours du Premier Ministre Michel Barnier le 15 novembre 2024 à Angers (vidéo et texte intégral).
    PLF 2025 : la majorité de rejet !
    Michel Barnier : déjà deux mois !
    François Guizot à Matignon ?
    5 euros pour visiter Notre-Dame de Paris ?
    Achats dans la fonction publique : des économies à faire ?
    Doliprane : l'impéritie politique.
    Proche-Orient : l'incompréhension de Roger Karoutchi.
    Motion de censure : le quart d'heure de gloire d'Olivier Faure.
    Budget 2025 : l'impossible mission de Michel Barnier.
    Claude Malhuret : du vol des élections aux chefs d'escadrille...
    Les 3 lignes rouges de Marine Le Pen pour ne pas censurer le gouvernement Barnier.
    La quadrature du cercle de Michel Barnier.







    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250201-jospin.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/lionel-jospin-appelle-le-ps-a-ne-259054

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/02/01/article-sr-20250201-jospin.html





    .

  • Stéphanie de Monaco et son dernier Bébé

    « Ton absence me dévore
    Et mon cœur bat trop fort
    Ai-je eu raison ou tort
    De t'aimer tell'ment fort ? »
    ("Comme un ouragan", 1986, paroles de Marie Léonor, composition de Romano Musumarra).




     

     
     


    La princesse Stéphanie de Monaco, la sœur du prince Albert II, fête ses 60 ans ce samedi 1er février 2025. Stéphanie de Monaco est très célèbre, du moins pour les plus de 50 ans qui ont connu sa période (très courte) de star de la chanson. Elle a en effet sorti quelques "tubes" qui ont fait vibrer des jeunes de l'époque, dont le célèbre "Comme un ouragan" (en 1986), premier dans les ventes en France. Ce qui a aussi suscité l'humour potache des Inconnus dans un sketch pas moins connu, "Télé Magouilles" (voir en fin d'article quatre "tubes" et un sketch).

    La princesse n'est pourtant pas du genre à se coller aux mondanités, aux paillettes, au paraître en général, malgré sa phase de starlette (plutôt que de star, en fait) de sa jeunesse. Elle est d'abord une mère attentive de trois enfants et, au-delà de ses obligations de représentation dans cette principauté anachronique, elle utilise sa notoriété pour des causes qui lui paraissent justes, comme la lutte contre le sida (elle parraine Fight Aids Monaco depuis 2004) et aussi la défense des animaux. Une sorte de Brigitte Bardot de Monaco. Elle a même été en concurrence avec cette dernière pour une histoire de deux éléphantes. Retour à une peine princière d'il y a un an et demi, qui ne m'a pas laissé indifférent...

    André Gide écrivait en 1935 : « Chaque animal n’est qu’un paquet de joie. ». Cette appréciation est un peu vrai : un animal est joyeux par nature, sauf si on le rend malheureux. Il est joyeux et il apporte la joie par sa présence et par les éventuelles relations qu'il peut entretenir avec l'être humain. Et a contrario, quand l'animal souffre ou meurt, il déclenche une peine, une tristesse, qui est du même ordre que les malheurs des humains.

    On peut évidemment mettre des échelles de valeur, des hiérarchies d'importance et considérer que la mort d'un animal est moins grave que celle d'un être humain. C'est d'ailleurs ce que je crois profondément et je le dis pour une simple cohérence. N'étant pas anthropophage, je suis néanmoins carnivore, ou du moins, je ne suis pas végétarien, même si l'idée de manger un animal que j'aurais vu vivant m'est insupportable : la complexité est dans le paradoxe et la contradiction entre pensée et pratique.

    Toujours est-il que lorsqu'on est confronté à la mort d'un animal avec lequel on a passé un bout de vie ensemble, la tristesse s'impose alors que d'autres malheurs, hélas, et ceux-là humains, ne cessent de s'accumuler, et faire ce qu'on peut appeler le deuil de l'animal est presque un scandale face aux horreurs hélas quotidiennes qu'on apprend tous les jours parmi les humains.

    Cette peine, c'est ce qu'a dû ressentir la princesse Stéphanie de Monaco au début de l'été 2023. En fait, pour cette peine, elle n'était ni princesse, ni chanteuse, ni star quelconque, elle n'était que la nouvelle "maman" de Baby qui vient de disparaître le 13 juillet 2023. "Maman" est un bien grand mot car Baby, qui est une éléphante, avait 56 ans, pas très loin de l'âge de la célébrité monégasque à l'époque (58 ans).

    Une triple émotion : la perte d'un être cher, le changement de vie consécutif à celle-ci et une troisième émotion, celle-ci sans doute positive, la joie d'avoir agi jusqu'au bout pour le bien-être de Baby alors qu'elle avait été condamnée à mort par des bureaucrates lyonnais il y a plus de dix ans.

    Cette histoire de Baby, elle est aussi un peu la mienne, je l'avoue. Retournons-nous encore en arrière, dix-neuf ans en arrière (mon Dieu comme le temps passe vite !). Nous sommes en 2006 et je me promenais dans le très beau Parc de la Tête d'Or à Lyon. Soleil, visiteurs, douceur de la météo. Au milieu de ce parc, j'ai vu trois éléphants. J'ai su par la suite que c'étaient des éléphantes (je crois que les mâles se remarquent très vite par leur appendice... très long). Je ne suis pas un expert en éléphant, j'ai dû en voir quelques-uns dans ma vie, mais plutôt quand j'étais enfant, par exemple, au zoo de Bâle, je m'en souviens très bien. Je n'ai pas non plus une sensibilité pour les animaux plus forte que la "normale" (à définir). Mais dès la première seconde que j'ai vu les trois éléphantes, je me suis dit qu'elles étaient très malheureuses à être attachées ainsi. Car comme des forçats, elles avaient une chaîne à une patte, qu'elles secouaient désespérément en tapotant sur une souche d'arbre, elles laissaient tomber leur tête de côté, elles semblaient avoir des TOC, à l'évidence, elles s'ennuyaient terriblement.

    J'avoue que j'en suis ressorti avec des sentiments troubles de peine pour ces animaux, et, pour moi, de lâcheté et de culpabilité. Je n'ai pas réagi, je n'ai pas écrit de lettre, je n'ai protesté auprès de personne, je suis reparti de Lyon comme si je n'étais pas concerné. Les trois éléphantes s'appelaient Java, Népal et Baby. Baby, qui est morte le 13 juillet 2023, a été la dernière survivante. J'avais évoqué Népal dans un précédent article.

    Si elles étaient à Lyon, c'étaient parce qu'elles étaient en retraite depuis 1999 : appartenant au cirque Pinder, elles étaient trop âgées pour continuer à effectuer des numéros pour le divertissement du public. On les a parquées à la Tête d'Or faute de meilleure solution. Malgré elles, elles faisaient un peu l'attraction du côté de l'animalerie, même si, aujourd'hui, on évite de mélanger parc public et zoo.

    Les trois éléphantes ont acquis une certaine notoriété nationale en septembre 2010 quand une suspicion de tuberculose a été émise après des tests mal faits. Il faut dire que détecter la tuberculose chez un éléphant n'est pas une affaire facile : il faut le faire tousser dans un sac et recueillir ses glaives (par dizaines de litres). L'opération est difficile, souvent à recommencer. Et c'est très "physique" !

    Par punition, les responsables de la Tête d'Or les ont isolées du public, j'imagine donc qu'elles étaient encore plus malheureuses. J'écris "par punition" mais je suis injuste avec les autorités sanitaires : il est possible que la tuberculose se propage d'un éléphant à un humain, et on a vu avec la pandémie du covid-19 que les contaminations bestiole vers homme peuvent provoquer des catastrophes sanitaires inédites (l'origine du covid reste toutefois mystérieuse). Le principe de précaution est donc justifié, mais à condition qu'il soit utile.

    Java, considérée comme l'éléphante la plus âgée en captivité d'Europe, est morte en août 2012, à l'âge de 67 ans. On a considéré qu'elle était morte d'une suspicion de tuberculose alors que son âge avait dépassé très largement l'espérance de vie moyenne d'un éléphant en captivité.

    Pour ses deux "consœurs", plus jeunes, a commencé une période terrible : elles risquaient d'être euthanasiées au détriment du doute de cette suspicion de maladie. Il faut le dire très clairement, le maire de Lyon de l'époque, le futur ministre Gérard Collomb, voulait récupérer la place occupée par ces éléphantes et les éliminer lui permettait d'atteindre cet objectif. Heureusement, des défenseurs de Népal et Baby, aidés d'avocats compétents, ont mené la vie dure tant au maire de Lyon qu'au préfet du Rhône (j'en reparlerai peut-être) à coup de plaintes auprès du tribunal administratif et du Conseil d'État (pour s'opposer à un arrêté préfectoral ordonnant l'euthanasie de Népal et Baby). Une course de vitesse entre autorité sanitaire et justice administrative qui a finalement profité, contre toute attente, du moins en ce qui me concerne, aux éléphantes.

    Et Stéphanie de Monaco, que vient-elle faire ici, me direz-vous ? Eh bien, elle a proposé de les prendre sous sa protection (Brigitte Bardot aussi était sur les rangs, mais on a préféré la solution monégasque) : le 12 juillet 2013, les deux éléphantes ont donc été transférées dans le domaine de Fontbonne, sur la commune de Peille, en Alpes-Maritimes, qui surplombe Monaco. 50 hectares dédiés pour Népal et Baby. Chez Stef.

     

     
     


    Dès les premières semaines, des premiers tests ont montré que les deux éléphantes n'étaient pas atteintes de tuberculose, et en octobre 2013, ces tests ont été confirmés. Elles ont failli mourir pour rien, juste par manquement de financement de ces tests. Pour la princesse, une nouvelle vie a commencé car elle est sérieuse et assume ses responsabilités. Si elle a participé sur ses propres deniers aux premières dépenses, l'aménagement des lieux pour les éléphantes, elle a fondé et présidé l'Association Baby et Népal qui permettait de recueillir les dons du public pour cette cause assez onéreuse (oui, me direz-vous, il y a plein d'autres causes plus honorables à financer, mais dans ce cas, on ne fait plus rien parce qu'on n'arrêtera pas toute la misère humaine... et animale d'un seul coup ; je crois aux petits pas).

    Mais surtout, au-delà de l'aspect financier qui avait failli emporter la vie des deux éléphantes, Stéphanie de Monaco s'est investie personnellement à soigner les deux éléphantes, à les laver, à leur donner à manger, à s'occuper d'elles, à les aimer... elle s'est formée pour savoir comment faire, elle est devenue une spécialiste des éléphants. Chaque jour, elle a consacré plusieurs heures aux éléphantes.

     

     
     


    Népal est morte le 29 avril 2018 des suites d'une insuffisance rénale : « Elle s'est battue jusqu'au bout grâce à des soins attentionnés et dévoués. » explique succinctement le site Internet de l'association. Ceux qui ont eu à soigner leur cher chat (ou chien) devenu malade peuvent évidemment comprendre l'émotion ressentie et le temps passé.

    Dans un reportage diffusé en août 2020 par France 3, la princesse a expliqué qu'elle s'était inquiétée de l'avenir de la survivante, Baby, alors que les éléphants sont des animaux sociaux. Mais tout s'est bien passé : « On avait peur que Baby se sente seule sans sa copine. Mais finalement, elle est très contente toute seule. Elle a tout pour elle, la nourriture, l'affection, l'amour ! ». Pour comprendre un animal, il faut être patient, il faut chercher à communiquer, à faire confiance, à jouer avec l'animal. On peut le faire avec un chien ou un chat, mais j'ai déjà eu des conversations avec un jeune merle (et ses parents), avec un hérisson malade, même avec une poule entreprenante, etc. Pour cela, il faut patience et observation.

    La mort "soudaine" de Baby il y a quelques jours, au-delà de l'émotion, termine cet épisode de vie un peu particulier de Stéphanie. Il y a nécessairement un gros vide parce que Baby prenait une place importante dans sa vie. Mais la note finale est plus la joie que la tristesse : pour une fois, face à une administration scélérate qui voulait tuer deux éléphantes parce qu'elle ne savait pas quoi en faire, grâce à la mobilisation judiciaire des amis des animaux, une solution satisfaisante a été finalement adoptée. Les deux éléphantes ont eu leur cinq dernières années (pour Népal) et dix dernières années (pour Baby) heureuses, et quand je me rappelle leur triste comportement de 2006, je me dis que c'est cela le plus important, que l'histoire se soit bien terminée pour elles, elles ne pouvaient pas mieux espérer comme retraite paisible.

    Et probablement que Stéphanie a déjà gagné sa place au Paradis des éléphants, quelque part entre Népal et Baby, et pas loin de Babar...



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (25 janvier 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Marianne Faithfull.
    Mike Jagger.
    Didier Guillaume enterré par Albert II de Monaco.
    Grace Kelly.
    Stéphanie de Monaco.
    Teddy Vrignault.
    Daniel Prévost.
    Brigitte Bardot.
    Yves Duteil.
    Pierre Perret.
    Michel Polnareff.
    Françoise Hardy.
    Charles Aznavour.
    Alain Souchon.
    Patrick Bruel.
    Eden Golan.
    ABBA.
    Toomaj Salehi.
    Sophia Aram.
    Fanny Ardant.
    Alain Bashung.
    Alain Chamfort.
    Micheline Presle.
    Plastic Bertrand.
    Jacques Dutronc.

    Guy Marchand.
    Maria Callas.
    Catherine Deneuve.
    Gérard Depardieu.
    Jane Birkin.
    Fernand Raynaud.
    Pierre Palmade.
    Jeux paralympiques de Paris 2024 : sport, spectacle et handicap.
    Le génie olympique français !
    Festivité !
    Ouverture des Jeux olympiques : Paris tenu !
    Marcel Zanini.
    Patricia Kaas.
    Kim Wilde.
















     

     

     

     


    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250201-stephanie-de-monaco.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/stephanie-de-monaco-et-son-dernier-258042

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/01/30/article-sr-20250201-stephanie-de-monaco.html



    .

     

     

     

     

  • Jean Tiberi a eu 90 ans le 30 janvier 2025

    « Le clan Tiberi réuni autour de lui à l'hôpital, c'est la chapelle Cystite ! » (Laurent Ruquier).



     

     
     

     


    L'ancien maire de Paris Jean Tiberi est mort ce mardi 27 mai 2025 dans la matinée, selon une annonce de la mairie du cinquième arrondissement qu'il affectionnait tant. Il avait fêté son 90e anniversaire il y a quelques mois, le 30 janvier dernier.

    La carrière de Jean Tiberi a été 100% parisienne. Avec les quelques affaires judiciaires, certaines classées, une autre qui a été jugée définitivement, celle des faux électeurs du cinquième arrondissement qui aurait pu influer sur le résultat des élections municipales de 1995 et des élections législatives de 1997, sans oublier l'affaire du pseudo-rapport d'études de son épouse Xavière, on pouvait imaginer Jean Tiberi comme un vieux schnoque pestiféré dont la seule légitimité était sa fidélité à Jacques Chirac.

    En fait, c'était un peu subtil que cela. Il y a eu d'abord les Corses de la ville de Paris, si Jean Tiberi est né à Paris, il est bien d'origine corse, son épouse est née en Corse, et il y a eu d'autres élus parisiens ainsi, comme Jacques Dominati (premier adjoint en 1995), etc. Ce côté clanique était réel au point de vouloir voir son fils Dominique lui succéder à la mairie du cinquième arrondissement en 2014 (finalement, c'est l'actuelle maire, aujourd'hui Horizons, Florence Berthout, investie par l'UMP, qui a été élue, notamment contre le dissident Dominique Tiberi).


    Il y a eu surtout un jeune homme, adolescent après la guerre, qui était gaulliste par adhésion au sauveur de la patrie. Il a adhéré au RPF en 1950. Il était, après le retour de De Gaulle au pouvoir, ce qu'on appelait un gaulliste de gauche (UDT). Plus tard parlementaire, il a voté en faveur de la loi Veil le 28 novembre 1974, gage d'une certaine ouverture vers la société qui a évolué.

    Rappelons aussi que Jean Tiberi a fait des études de droit qui l'ont amené à entrer dans la magistrature. Il était donc juge dans ses premières années de vie active, affecté à Metz, Meaux, Beauvais. Mais il a très vite bifurqué dans la vie politique parisienne. En mars 1965, il a été élu conseiller de Paris pour la première fois (il avait 30 ans) et en mars 1967 et en juin 1968, il s'est retrouvé le suppléant du député gaulliste de gauche René Capitant, élu du cinquième arrondissement.

    Lorsque ce dernier a été nommé le 30 juin 1968 Ministre de la Justice dans le gouvernement de Maurice Couve de Murville, le jeune homme de 33 ans fut alors bombardé député de Paris. Il le resta jusqu'en juin 2012 sauf pendant les quelques mois où il fut nommé Secrétaire d'État chargé des Industries alimentaires du 12 janvier 1976 au 25 août 1976 à la fin du premier gouvernement de Jacques Chirac (il a été réélu député en novembre 1976 après la démission de sa suppléante. Il faut préciser que René Capitant, mort en 1970, n'a pas repris sa circonscription lorsqu'il a démissionné du gouvernement en avril 1969, la laissant à Jean Tiberi qui a donc été réélu sur son propre nom aux élections législatives suivantes : mars 1973, novembre 1976 (partielle pour revenir à l'Assemblée), mars 1978, juin 1981, mars 1986 (à la proportionnelle, troisième de la liste RPR à Paris), juin 1988, mars 1993, juin 1997, juin 2002 et juin 2007 (près de quarante-quatre ans de mandat parlementaire).

    Pour les petites anecdotes électorales, Jean Tiberi a été confronté en mars 1973 à Georges Bidault (3,5%), en novembre 1976 à Pierre Guidoni (19;7%) pour le PS, Jean Elleinstein (11,0%) pour le PCF, Brice Lalonde (6,6%) et Henri Weber (0,6%) pour LCR, en mars 1978 à Jean Elleinstein (11,7%) et Brice Lalonde (8,7%), en juin 1981 à Brice Lalonde (8,2%), en mars 1993 à Jacques Cheminade (0,3%), en juin 1997 à Lyne Cohen-Solal (27,9% puis 46,5%), Yves Frémion pour les Verts (4,9%), Pierre Jolivet (1,9%) et Marie-Françoise Bechtel pour les chevènementistes (1,6%), en juin 2002 à Lyne Cohen-Solal (29,0% puis 44,5%) et Aurélie Filippetti pour les Verts (6,6%), enfin, en juin 2007 à Lyne Cohen-Solal (27,7% puis 47,3%) et Christian Saint-Étienne pour le MoDem (16,2%). À l'origine, cette circonscription a eu pour premier député, entre 1958 et 1962, un certain Jean-Marie Le Pen, élu au second tour d'un scrutin majoritaire, mais avec seulement 45,2% des voix dans une sexangulaire (contre notamment des candidats PCF et UNR).

    En juin 2012, sur demande du Premier Ministre François Fillon, Jean Tiberi lui a laissé sa circonscription pour permettre au futur candidat à l'élection présidentielle d'être un élu de Paris.

     

     
     


    Jacques Chirac, dont il a été le fidèle depuis le début des années 1970 (et qui n'était pourtant pas un gaulliste de gauche), et qu'il a suivi lors de la création du RPR en décembre 1976, a fait partie bien sûr de la victoire municipale de Jacques Chirac en mars 1977 à Paris, puis du grand chelem de 1983 (tous les arrondissements gagnés par les listes RPR-UDF). De mars 1983 à juin 1995, Jean Tiberi fut le premier adjoint de la Ville de Paris et, à ce titre, le dauphin désigné de Jacques Chirac à Paris (préféré à Jacques Toubon qui a tenté de s'y opposer). Par ailleurs, il fut élu maire du cinquième arrondissement pendant près d'un quart de siècle, de mars 1983 à juin 1995 et de mars 2001 à mars 2014.

    Jean Tiberi fut d'ailleurs l'un des rares dauphins de maire de grande ville à avoir succédé effectivement à son mentor, au contraire de Jacques Valade à Bordeaux (Jacques Chaban-Delmas), Michel Pezet à Marseille (Gaston Defferre), Bernard Roman à Lille (Pierre Mauroy), etc.

    Ce fut le cas lorsque Jacques Chirac a été élu Président de la République. Aux élections municipales qui ont suivi un mois plus tard, en juin 1995, Jean Tiberi, candidat investi par le RPR, a été élu maire de Paris. Il a donc exercé un mandat de 1995 à 2001. Son bilan est plutôt positif, avec une réduction de l'endettement de la ville (au contraire d'aujourd'hui) et une révision à la baisse de certains projets d'urbanisme.

     

     
     

     


    En raison des poursuites judiciaires déjà engagées contre Jean Tiberi, le RPR a organisé une sélection pour la candidature municipale de 2001. Édouard Balladur était dans la course, ainsi que Philippe Séguin qui a obtenu l'investiture. Toutefois, fort de son implantation, Jean Tiberi n'a pas renoncé à un second mandat et s'est présenté avec des listes dissidentes dans tous les arrondissements (il a été exclu du RPR pour cette raison par la présidente du RPR Michèle Alliot-Marie). Résultat, au premier tour, Jean Tiberi a été largement devancé par Philippe Séguin mais l'absence d'union et de fusion au second tour a favorisé Bertrand Delanoë qui a gagné sans obtenir la majorité absolue. Jean Tiberi a néanmoins conservé le cinquième arrondissement et aussi le premier arrondissement avec Jean-François Legaret, ainsi que 12 conseillers de Paris. Il a réussi à maintenir son leadership sur le cinquième arrondissement en 2008 malgré une triangulaire au second tour qui l'a confronté à une candidate socialiste Lyne Cohen-Solal et un candidat investi par le MoDem, le célèbre journaliste Philippe Meyer.

    Cette division de 2001 a fait perdre à la droite la ville de Paris durablement (depuis quatre mandats, un quart de siècle) au profit d'une gauche boboïsante qui a considérablement transformé (en mal) la capitale, la rendant insupportable pour la voiture, tant pour la circulation que pour le stationnement. Ni Françoise de Panafieu en 2008, ni Nathalie Kosciusko-Morizet en 2014, ni Rachida Dati en 2020, n'ont réussi à battre le candidat ou la candidate socialiste. Toutefois, les derniers sondages donneraient Rachida Dati favorite pour les élections municipales de 2026 à Paris.

    Le 3 mars 2015, Jean Tiberi a été définitivement condamné à dix mois de prison avec sursis, 10 000 euros d'amende et trois ans d'inéligibilité pour l'affaire des faux électeurs du cinquième arrondissement (un système organisé apparemment dans les années 1990 pour transférer le surplus d'électeurs de droite d'arrondissements largement à droite vers les arrondissements tangents susceptibles de basculer à gauche). D'autres scandales ont touché les Tiberi, dont l'attribution d'un logement social (à loyer modéré) à Dominique Tiberi alors que ce dernier, propriétaire d'appartements, aurait touché des loyers (non modérés) par ailleurs.


    Dans un communiqué à l'AFP, l'actuelle maire PS de Paris Anne Hidalgo a salué son prédécesseur Jean Tiberi avec qui elle avait travaillé entre 2008 et 2014 (elle maire de Paris et lui maire du cinquième arrondissement) : « Paris, sa ville, lui rendra hommage. (…) Je veux saluer la mémoire de cet homme qui a consacré une part immense de sa vie à Paris et au cinquième arrondissement, qui perd l'un des siens. Je garderai le souvenir d'un homme chaleureux, avec qui j'avais tissé des relations cordiales et respectueuses. ». Il rejoins maintenant Jacques Chirac dans l'Olympe parisien.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (27 mai 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Jean Tiberi.
    La nouvelle direction de LR : cap vers 2027 ?
    Bruno Retailleau.
    LR : plébiscite pour Bruno Retailleau !
    Congrès LR : les jeux sont-ils faits ?
    De Gaulle.
    Philippe Bas.
    Xavier Bertrand.
    L'offensive de Bruno Retailleau.
    Nicolas Sarkozy.
    Jean-Louis Debré.
    Claude Malhuret.
    Philippe De Gaulle.
    François-Xavier Ortoli.
    Alain Juppé.

    Jean Tiberi a 90 ans.
    Édouard Philippe.
    Laurent Wauquiez.
    Aurore Bergé.
    Alain Peyrefitte.
    La sagesse inattendue de Jean-François Copé.
    Yvon Bourges.
    Christian Poncelet.
    René Capitant.
    Patrick Devedjian.

     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250130-jean-tiberi.html

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/01/27/article-sr-20250130-jean-tiberi.html




    .

  • François Bayrou, la cohérence du pacificateur

    « On y est. On est au pied du mur. Et comme disait un de mes amis, c'est au pied du mur qu'on voit le mieux le mur ! » (François Bayrou, le 27 janvier 2025 sur LCI).



     

     
     


    Le Premier Ministre François Bayrou était l'invité de Darius Rochebin ce lundi 27 janvier 2025 sur LCI pendant près de deux heures, l'occasion d'évoquer les principales affaires du pays avant une semaine décisive, celle du budget qui pourrait le faire tomber par une nouvelle motion de censure.

    Dans cette émission, deux mots viennent à l'esprit : cohérence et pacification. Cohérence de ce qu'a toujours dit François Bayrou depuis des décennies, sur l'importance de réduire le déficit, sur le besoin de rassembler les Français. Il est maintenant aux manettes et il doit prendre les mesures pour rassembler. Pacification du débat politique : en deux heures, pas une seule petite phrase contre un adversaire, contre un opposant, contre un rival. L'éditorialiste Patrick Cohen en a même été étonné dans sa chronique du 28 janvier 2025 sur France Inter : « Il y avait hier soir quelque chose de rafraîchissant, d'inattendu, à entendre une si longue interview sans la moindre critique, sans la plus petite pique envers quiconque. ».

    Évidemment, François Bayrou a une raison cruciale d'agir ainsi : il a besoin de tous les groupes politiques pour pouvoir continuer à gouverner sans majorité. Il doit donc à la fois respecter tous les groupes politiques et rester un peu dans le flou sur le projet de loi de finances pour 2025 qu'il voudra soumettre à l'Assemblée d'une manière ou d'une autre (vote solennel après commission mixte paritaire ou article 49 alinéa 3 de la Constitution ; en principe, si la commission mixte paritaire est un succès, il y aura un vote du projet la première semaine de février 2025).

    Je propose ici quelques éléments de cette interview. François Bayrou a exprimé sa conception du chef d'orchestre comme ceci : « Moi, j'ai confiance dans le sentiment de responsabilité de tous. (…) Il faut que chacun ait la certitude qu'il est entendu. Et il faut que les aspirations des uns deviennent compatibles avec les aspirations des autres. Et c'est ma responsabilité. ». Autant dire que c'est la musique de "Mission impossible" !


    Sa mission est herculéenne : « J'ai décrit l'urgence dans laquelle nous sommes. On n'a pas de budget. On n'a pas de majorité. Il est vital pour le pays qu'on ait un budget et qu'il soit adopté. Mais ça ne veut pas dire qu'il faut s'arrêter là. J'avais employé l'expression de l'Himalaya lorsque je suis entré... mais l'Himalaya, c'est une chaîne de montagnes qui fait plus de deux mille kilomètres de long et qui comporte, je crois, huit sommets de plus de 8 000 mètres. Eh bien, il faut partir à l'assaut de tous ces sommets. Nous ne pouvons pas baisser les bras et nous trouver dans une situation où nous constatons la gravité des problèmes du pays et où nous attendons pour les régler. Et la détermination qui est la nôtre, qui est celle du gouvernement et la mienne, c'est que, une fois le budget adopté, alors nous allons partir à l'assaut, sans exception, sans exception, de tous les problèmes que nous identifions et qui font aujourd'hui l'extrême difficulté du pays. ».

    Sur l'immigration, François Bayrou a voulu regarder la situation avec un regard à la fois humaniste, mais lucide : « Vous voyez le sentiment de blocage qu'il y a d'un certain nombre de gens... Mais il y a des métiers qui ouvrent à la possibilité d'une intégration. Et je vous répète que pour moi, c'est le travail, la langue et les principes de vie qui sont les trois conditions pour que cette intégration se fasse. ». Un article spécifique est proposé pour parler de l'expression qui a créé une polémique sémantique de la part du PS, le « sentiment d'une submersion ». Devant un mot, il faut se rappeler les actes : François Bayrou a refusé une nouvelle loi Immigration et il a refusé la suppression de l'aide médicale d'État (AME). Il est donc très loin des positions du RN !

     

     
     


    La laïcité peut concerner autant la politique que la religion : « L'identité de la France, c'est la tolérance et, au-delà de la tolérance, un jour, la compréhension mutuelle. (…) On a découvert les vertus de la laïcité pour la religion ou la philosophie. C'est-à-dire, ce n'est pas parce que vous ne croyez pas la même chose que moi que je vous dénie la qualité d'être un citoyen français. Eh bien, je suis persuadé que cet effort de laïcité, on doit aussi le faire en politique. Ce n'est pas parce qu'il y a des gens qui ne croient pas la même chose que moi que je peux leur dénier le droit d'être Français. ». Le fidèle du roi Henri IV ne pouvait que promouvoir une telle laïcité.

    Justifiant l'aide qu'il a apportée à Marine Le Pen pour ses parrainages en 2022 au nom de la démocratie, le chef du gouvernement a confirmé qu'il en était toutefois un adversaire politique résolu : « Je pense que la lutte contre les extrêmes (…), en tout cas le combat contre les extrêmes, le fait qu'on refuse de leur céder le terrain, je pense que ce combat-là, il ne peut être conduit qu'en montrant qu'on n'est pas soi-même dans la violence.(...) Je pense à la France sous l'abord du respect que j'ai pour les citoyens français quels qu'ils soient. Je combats les idées. Je combats encore davantage les arrière-pensées. Je n'ai jamais manqué une seule fois à ce combat-là. J'ai participé au front républicain parce qu'on était en train de voir un des deux extrêmes, l'extrême droite, prendre le pouvoir. Et pour moi, ce n'est pas acceptable. ».


     

     
     


    Il serait aussi choqué par une peine d'inéligibilité exécutoire avant la condamnation définitive : « La responsabilité du gouvernement ne peut pas porter sur la justice. Mais je pense qu'il est très dérangeant que des jugements soient prononcés sans qu'on puisse faire appel. Et deuxièmement, je considère que cette accusation-là, c'est-à-dire, l'idée que l'aide que le Parlement Européen mobilise pour aider les parlementaires européens à faire leur travail, il est une accusation injuste que de penser que le parti politique ne les aide pas. Le parti politique, ça fait élire un député européen, puisque c'est sur une liste, c'est lui qui les choisit, ça les aide à défendre leurs idées surtout quand ils sont minoritaires. Et enfin, troisièmement, c'est le seul vecteur pour les faire réélire. (…) Mais je ne trouve pas que ce soit juste. ».

    Dans sa chronique déjà citée, Patrick Cohen a modéré son enthousiasme initial en disant : « Qualifier "d’accusation injuste" le procès qui est fait à la leader du RN sur l’usage de ses assistants européens est une faute. Qui revient à délégitimer par avance une décision de justice. C’est un très mauvais coup au pouvoir judiciaire. Un Premier Ministre ne devrait pas dire cela. ».

    Sur le budget, François Bayrou a différencié le budget 2025 qu'il faut faire dans l'urgence, et le budget 2026 où il a le soutien d'une personnalité comme Alain Madelin (invité de LCI juste avant lui) pour remettre tout à plat. Par exemple, il a donné le nombre, peut-être incomplet, de 1 244 agences de l'État pour un budget de 83 milliards d'euros en 2024. Certaines agences sont indispensables, mais d'autres devront justifier leur existence et leurs coûts.

    La préparation du budget 2026 se fera très en amont : « Je crois que le budget 2026 doit être très différent du budget 2025, parce que je compte bien que nous allons, ensemble, construire une action publique de l'État qui sera très différente de la situation que nous avons aujourd'hui. Je pense qu'il faut que nous reprenions, comme sur une page blanche, les politiques publiques que nous adoptons et que nous examinions les moyens que nous y mettons. ».


    Le Premier Ministre voudrait avant tout que les Français retrouvent leur dynamisme et leur optimisme : « Réveillez-vous ! Les Européens et les Français, réveillez-vous ! Nous avons les chercheurs en intelligence artificielle les plus reconnus de la planète entière. Ils partent aux États-Unis parce qu'on les paie. Eh bien, qu'on se ressaisisse ! ».

     

     
     


    Et sur les retraites, il a répété qu'il n'y aurait pas de problème de financement de notre système s'il y avait autant de travailleurs que chez nos voisins : « Si nous avions le taux d'emploi de nos voisins, il n'y aurait, à l'heure actuelle, pas de problème de financement des retraites. Si nous avions la production, la productivité, la capacité du pays par personne à produire, nous n'aurions pas de problème de financement des retraites. Et si nous avions le taux d'emploi des seniors comparable aux autres pays, eh bien, il n'y aurait pas de problème de financement des retraites. (…) D'autres organisations du travail, d'autres créations d'emplois et d'autres progrès de la productivité peuvent faire que nous ne soyons plus devant ce mur de dettes que les retraites représentent. Je suis persuadé qu'on peut y arriver (…). J'espère qu'on peut y arriver par des accords qui feront qu'il y aura plus de départs à la carte. Je pars plus tôt avec moins, je pars plus tard avec plus. (…) [J'étais favorable à] la retraite à points. Qu'est-ce que c'est la retraite à point ? C'est une retraite plus souple, à la carte, où chacun peut aménager son temps de travail de manière à la fois à équilibrer les régimes de retraite et à garantir sa vie personnelle. ». Son objectif, c'est donc de rehausser l'appareil productif, comme l'Allemagne l'avait fait dans les années 2000 malgré l'absorption monétaire très compliquée de l'Allemagne de l'Est. C'était aussi l'objectif du Président Emmanuel Macron.

    Pas question de demander aux retraités de payer la dette : « Vous voyez très bien ce qu'on risque de faire. Vous avez une société qui a déjà des problèmes formidables et vous voulez insécuriser tout le monde, y compris les retraités. Peut-être qu'un jour il faudra qu'on pose ce type de questions, mais je n'ai pas envie que cette émission fasse penser dans la tête de tous ceux qui ont travaillé toute leur vie et qui ont des pensions, je n'ai pas envie qu'on leur fasse penser qu'on va vous cibler et c'est vous qui allez payer tout ça. Je ne crois pas ça. Je pense que notre problème, le premier de nos problèmes, c'est que nous ne produisons pas assez, nous n'avons pas assez d'emplois, je l'ai déjà dit, nous avons pas assez de capacité agricole, industrielle, intellectuelle. Nous ne valorisons pas ce que nous sommes. Et tout le but qui est le mien, c'est qu'on sorte de la dépression générale, qu'on sorte de cet abattement dans lequel on se trouve, et qu'on trouve des raisons d'y croire, parce qu'il y a plein de raisons d'y croire. ».


    François Bayrou a aussi été interrogé sur la fin de vie, cela fera l'objet d'un article ultérieur.

    Celui qui a une expérience d'engagement politique de cinquante et un ans savait de quoi il parlait quand il tentait une définition de l'action politique : « Qu'est-ce que c'est, faire de la politique ? C'est accepter d'être citoyen. C'est-à-dire, accepter qu'on est en partie responsable, aussi faible qu'on soit, on est en partie responsable de ce qui se passe. On n'est pas des spectateurs assis sur le bord de la route qui regardent les coureurs passer en disant : pédale, fainéant ! Moi, j'ai vu ça assez souvent dans les cols des Pyrénées. Le mec, il est sur un transat, il a le Ricard à côté de lui, et les coureurs cyclistes passent, et il dit : pédale, fainéant ! Être citoyen, c'est le contraire de ça ! ». En clair, au lieu de dénigrer, venez aider le gouvernement ! Ou : la critique est aisée, l'art est difficile.

     

     
     


    Réfutant énergiquement l'idée émise par Édouard Philippe que les deux prochaines années (2025-2027) seraient inutiles car on ne pourrait faire aucune réforme, François Bayrou pense exactement l'inverse, en citant De Gaulle et Pierre Mendès France : « Non seulement on peut, mais on doit [faire quelque chose pendant ces deux ans]. Vous comprenez bien ce que je décris. Un pays désespéré qui a le devoir de retrouver de l'espoir, de l'optimisme, de la volonté, du savoir-faire, et de l'inventivité. (…) Je pense que c'est très difficile, que, honnêtement, si on était raisonnable, on n'aurait pas relevé ce pari, je n'aurais pas relevé ce pari, mais je pense qu'il y a un chemin ! (…) De Gaulle était seul face à l'envahissement de l'armée allemande qui venait d'écraser notre armée et il était un pauvre colonel qui a été promu général à titre temporaire, et il a dit : on ne laissera pas tomber tout ça ! Et Mendès, il a dit : écoutez, on n'a peut-être aucune chance, mais je vais le faire ! (…) C'est dans ce camp-là que je me range, c'est-à-dire ceux qui pensent que ce n'est pas parce qu'il n'y a aucune chance qu'il ne faut rien faire ! Je pense (…) que précisément, on se taille un chemin, à la serpe, à la machette, au sabre d'abordage, je ne sais quoi, mais il faut le faire avec un minimum de compréhension. ».

    Enfin, François Bayrou s'est fait un promoteur très engagé de la Cinquième République, ce qui me réjouit : « Les partis ont le droit et le devoir d'exister. Je crois même qu'ils sont d'utilité publique. Mais le devoir du gouvernement est de ne pas être prisonnier des partis. (…) La Cinquième République est vitale parce que la Cinquième République apporte une réponse à ce que vous décrivez de ce qui est inquiétant, c'est-à-dire le fait que les uns empêchent les autres d'avancer. La Cinquième République, comme elle a élu un Président au suffrage universel, ce Président, il organise les choses pour que le pluralisme ne soit pas paralysant. Et c'est ce qu'on essaie de faire. ».

    Durant cette longue émission, dont l'animateur écoutait peu son invité et l'interrompait sans cesse (c'est vrai que l'invité en question parlait lentement), François Bayrou a montré beaucoup d'assurance et de vision sur la politique à tenir. Il ne craint pas les épreuves et il l'a réaffirmé, la raison aurait dû lui commander de ne pas relever le défi, mais dans cette période politiquement très difficile, il est vrai que François Bayrou a une carte maîtresse : il n'a dénigré personne !



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (28 janvier 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    François Bayrou et le sentiment de submersion.
    François Bayrou, la cohérence du pacificateur.
    Ce Bayrou, c'qu'il est Faure !
    François Bayrou sera-t-il censuré ?
    Les conclaves du cardinal Bayrou.
    Déclaration de politique générale du Premier Ministre François Bayrou le 14 janvier 2025 au Palais-Bourbon (vidéo et texte intégral).
    François Bayrou au jour J.
    Édouard Philippe et sa partition particulière contre l'indolence.
    François Bayrou et le Chemin.
    Vœux 2025 d'Emmanuel Macron : aux Français de trancher ?
    Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron, le 31 décembre 2024 à Paris (texte intégral et vidéo).
    François Bayrou au travail !
    Gouvernement Bayrou : un choc d'autorité ?
    Composition du Gouvernement François Bayrou I nommé le 23 décembre 2024.
    Le difficile accouchement du gouvernement Bayrou.
    La méthode Bayrou réussira-t-elle ?
    Terre de désolation.
    La folle histoire de la nomination de François Bayrou.
    François Bayrou, le papa Macron !
    Le tour de François Bayrou !
    La polémique entre Maurice Druon et François Bayrou en juillet 2004.
    Le paysage politique français postcensure.
    Motion de sangsue : les conséquences économiques désastreuses de la censure.
    Philippe Vigier défend les Français face au renoncement national.
    Laurent Wauquiez met en garde contre l'instabilité institutionnelle.
    Emmanuel Macron face à ses choix.
    Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 5 décembre 2024 (texte intégral).
    La motion RNFP : Chassez le naturel, il revient au chaos !
    L'émotion de censure de Michel Barnier.
    La collusion des irresponsables.
    Gouvernement Barnier : les yeux du monde rivés sur la France.
    Risque de censure : Non, le RN n'est pas l'arbitre des élégances !
    Michel Barnier plaide pour la sobriété normative et procédurale !
    Discours du Premier Ministre Michel Barnier le 21 novembre 2024 à la Porte de Versailles (vidéo et texte intégral).
    Michel Barnier sur les pas de Pierre Mendès France.
    Discours du Premier Ministre Michel Barnier le 15 novembre 2024 à Angers (vidéo et texte intégral).
    PLF 2025 : la majorité de rejet !
    Michel Barnier : déjà deux mois !
    François Guizot à Matignon ?
    5 euros pour visiter Notre-Dame de Paris ?
    Achats dans la fonction publique : des économies à faire ?
    Doliprane : l'impéritie politique.
    Proche-Orient : l'incompréhension de Roger Karoutchi.
    Motion de censure : le quart d'heure de gloire d'Olivier Faure.
    Budget 2025 : l'impossible mission de Michel Barnier.
    Claude Malhuret : du vol des élections aux chefs d'escadrille...
    Les 3 lignes rouges de Marine Le Pen pour ne pas censurer le gouvernement Barnier.
    La quadrature du cercle de Michel Barnier.

     






    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250127-bayrou.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/francois-bayrou-la-coherence-du-258947

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/01/27/article-sr-20250127-bayrou.html



    .

  • François Bayrou et le sentiment de submersion

    « Je n’ai aucune connivence avec personne : ni avec ceux qui exagèrent les réalités ni avec ceux qui les nient. Nous sommes engagés au service des Français pour résoudre les problèmes qui se posent, non pas pour les nier, non pas pour les exagérer, mais pour leur apporter, j’y insiste, des réponses. C’est notre responsabilité de républicains. » (François Bayrou, le 28 janvier 2025 dans l'hémicycle).




     

     
     


    Tempête dans un verre d'eau ? Orage sémantique ? Prémices d'une lepénisation des esprits ? En tout cas, la probabilité d'une censure vient d'augment d'un cran ce mardi 28 janvier 2025 après les propos du Premier Ministre François Bayou lors de sa longue interview du 27 janvier 2025 dans une émission animée par Darius Rochebin sur LCI.

    Et surtout, le résultat, c'est que les socialistes ont suspendu leurs négociations avec le gouvernement sur le projet de loi de finances pour 2025. Il y a pourtant une urgence puisque la commission mixte paritaire devra en établir la version définitive les 30 et 31 janvier 2025. La cause ? Des propos que les socialistes ont jugé inadmissibles (mais qui n'ont aucune incidence sur le budget 2025).

    Reprenons les mots du 27 janvier 2025. François Bayrou s'est permis de déclarer, répondant à une question que j'ai trouvée très mal posée : « Je ne crois pas que ce soit mieux d'être métissé que de ne pas l'être. Je pense que les apports étrangers sont positifs pour un peuple à condition qu'ils ne dépassent pas une proportion. Je pense que la rencontre des cultures est positive. Mais dès l'instant que vous avez le sentiment d'une submersion, de ne plus reconnaître votre pays, de ne plus reconnaître les modes de vie ou la culture, dès cet instant-là, vous avez rejet. (…) Un certain nombre de villes ou de régions sont dans ce sentiment-là. Je répète : pour moi, c'est une question de proportion. Et cette question de proportion, elle est très rapidement et très souvent atteinte. Je reprends l'exemple de Mayotte, il est très intéressant. (…) Mayotte (…), ce sont des rejets qui deviennent violents et avec des tas d'exclusion et de racisme, alors que ce sont les même culture, même religion, même langue et même famille. Simplement, les apports des îles voisines sont ressenties comme une agression. ».


    Ce qui me choque vraiment dans cet échange avec Darius Rochebin, c'est que ce dernier considérait que la couleur de la peau donnait une idée de la culture d'une personne, ce qui n'a rien à voir (il se fiait à une photo de classe de l'écolier Bayrou dans les années 1950). Et ce qui peut être choquant, c'est que François Bayrou ne l'a pas relevé et est entré dans le jeu du présentateur-souriant à propos du "métissage" alors que toutes les populations humaines sont des mélanges et des métissages depuis les débuts de l'homo sapiens. En d'autres termes, il n'existe pas de groupe ethnique "pur" ! En revanche, François Bayrou a rappelé que l'arrivée massive des immigrés comoriens à Mayotte entraînait un rejet tout aussi massif alors que cette population est de même culture et religion.

    Mais ce n'est pas cela qui a choqué la "bien-pensance" socialiste. C'est le mot "submersion". Quand on parle d'immigration, c'est un mot subversif, comme "invasion" (Valéry Giscard d'Estaing), "bruit et odeurs" (Jacques Chirac) et surtout "grand remplacement" (extrême droite). Même la Présidente de l'Assemblée Nationale Yaël Braun-Pivet a confié sa gêne sur BFMTV à la matinale du 28 janvier 2025. Elle n'est pas la seule dans la classe politique.

     

     
     


    Pourtant, François Bayrou a parlé, non pas de « submersion » mais d'un « sentiment de submersion », ce qui est très différent : le Premier Ministre exprimait ainsi un sentiment qui est vécu comme tel, un fait, sans forcément le prendre pour lui. Un constat. Darius Rochebin, très friand de la moindre chose de son émission qui puisse faire du buzz, a bien entendu saisi la balle au bond pour faire expliciter le mot.

    François Bayrou a développé ainsi l'idée, sans reprendre le mot : « Je pense que beaucoup de Français, et beaucoup de quartiers ou beaucoup de villes ont le sentiment que ce n'est plus maîtrisé. Et il suffit de voir les faits-divers pour mesurer que les manquements, les délits, se concentrent et on ne voit plus que ça. Ceux qui regardent vos écrans, ne voient plus que ça. Ils ont le sentiment que c'est forcément des étrangers ou des immigrés qui manquent aux devoirs que nous avons. Et tant que nous n'aurons pas garanti l'ordre sur notre sol, c'est-à-dire la certitude que quand quelqu'un est en situation irrégulière, celui-là, eh bien, on peut le raccompagner chez lui avec le respect qu'on doit aux personnes humaines, mais pour garantir que notre loi est respectée, que nos décisions sont respectées... ».

    Alors, le "binôme" Bruno Retailleau (à l'Intérieur) et Gérald Darmanin (à la Justice) est-il le symbole d'un changement de politique ? La réponse du chef du gouvernement : « En tout cas, il a été voulu comme ça. Ça fait des temps immémoriaux que la police dit : nous, on les arrête, mais les juges les libèrent. Et on les retrouve le lendemain matin dans les quartiers. "Les", ça veut dire, les jeunes, c'est souvent des jeunes, délinquants, et souvent, en effet, culturellement, en situation de rupture. ». Le langage est clair, il est crû, il est ressenti par de nombreux Français. Ce n'est pas de la langue de bois.

     

     
     


    Le journaliste vedette est allé alors plus loin en poussant François Bayrou dans un procès en manipulation. Ce mot, serait-ce pour racoler des voix du RN ? Réponse de l'intéressé : « C'est la plus mauvaise manière de réfléchir. Si vous faites les choses pour gagner des parts de marché sur des adversaires politiques, alors c'est que vous n'avez pas de convictions personnelles. Moi, j'ai une conviction personnelle. C'est que l'ordre, c'est pour les plus fragiles. L'ordre, c'est pour les plus pauvres. L'ordre, c'est pour ceux qui ne peuvent pas se défendre tout seuls. Autrement, vous vous trouvez dans une société de type américain dans laquelle vous constituez un quartier avec une milice, avec une sécurité privée que vous payez pour être tranquille dans votre quartier. C'est le contraire de la République française. ».

    On peut ne pas aimer François Bayrou ni ce qu'il dit, tout se discute, mais on ne peut pas lui retirer les convictions qu'il a toujours exprimées depuis des années. Ce "sentiment de submersion", il a été rencontré, presque généralisé à Mayotte lorsque les ministres sont allés voire la population après la tempête Chido. François Bayrou a une "doctrine" qui est assez claire : il n'est pas contre le principe d'une immigration, mais il constate qu'il y a une proportion au-delà de laquelle ce n'est plus possible de vivre ensemble, il y a un rejet. C'est le fameux "seuil de tolérance" évoqué dans les années 1980. Ce que dit François Bayrou, c'est que ce sentiment de "submersion" a été atteint à Mayotte et aussi dans d'autres territoires, comme la Guyane.

    Déjà dans sa déclaration de politique générale le 14 janvier 2025, François Bayrou énonçait ce principe : « J’ai la conviction profonde que l’immigration, qui, je le répète, se développe sous toutes les latitudes, est une question de proportion. L’installation d’une famille étrangère dans un village pyrénéen ou cévenol, c’est un mouvement de générosité qui se déploie, des enfants fêtés et entourés à l’école, des parents qui reçoivent tous les signes de l’entraide. Que trente familles s’installent, le village se sent menacé et des vagues de rejet apparaissent. Telle est exactement la situation que nous connaissons à Mayotte, où les illégaux représentent 80 000 habitants sur 300 000. C’est comme si Paris intra-muros comptait 500 000 illégaux établis dans des bidonvilles : nos compatriotes mahorais ne le supportent pas. Nier que cette immigration illégale soit pour la société mahoraise un facteur de déstabilisation, c’est se voiler la face, se mentir et leur mentir ! ».


     

     
     


    Le lendemain de l'émission de LCI, lors de la séance des questions au gouvernement du mardi 28 janvier 2025 à l'Assemblée, le président du groupe socialiste Boris Vallaud a voulu bien comprendre ce qu'avait voulu dire le Premier Ministre. La question de Boris Vallaud s'est placée dans le registre de la morale et pas de la politique : « "Submersion" : (…) C’est un mot qui blesse autant qu’il ment. (…) La question migratoire est une affaire sérieuse pour les Français, trop sérieuse pour se laisser dicter par l’extrême droite les termes dans lesquels on l’aborde. Ce débat mérite mieux que cette funeste coalition de l’ignorance, des préjugés et de l’opportunisme au prix de tous nos principes républicains. Tout plutôt que cet ordre qui puise ses pouvoirs dans la haine de l’autre, que la corruption de nos principes ! Monsieur le Premier Ministre, je vous appelle au sursaut : montrez-vous républicain et fidèle à votre famille politique, celle des démocrates chrétiens. Je vous demande d’être clair : maintenez-vous ce mot de submersion ? ».

    La réponse de François Bayrou a été très combative, ce qui a pu surprendre le dirigeant socialiste. Concrètement, le Premier Ministre n'a pas répondu précisément à la question, il n'a pas repris l'expression "sentiment de submersion" mais il ne l'a pas non plus réfutée puisqu'il a répété le mot lui-même "submersion" : « Quiconque s’est rendu à Mayotte, a parlé avec ses habitants, s’est confronté à la situation de ce département, d’autres endroits de France en connaissent de comparables, mesure que le mot de submersion est le plus adapté. C’est le plus adapté parce que tout un pays, toute une communauté de départements français doit faire face à des vagues d’immigration illégale telles que les populations migrantes représentent jusqu’à 25% de la population des territoires concernés. Cela suscite le désespoir. Qui parmi nous peut dire que ce n’est pas vrai ? ». On pourra toujours reprocher à François Bayrou un vocabulaire maladroit : "vagues d'immigration" et même "illégaux" (au lieu de personnes en situation irrégulière) alors qu'il s'agit de personnes humaines. Mais la réalité est là et refuser de la voir est le principal facteur de la montée de l'extrême droite.
     

     
     


    François Bayrou a poursuivi sa réponse au milieu des exclamations de la gauche : « Ce ne sont pas les mots qui sont choquants mais la réalité. (…) Cette réalité est celle que ressentent nos compatriotes. Notre responsabilité est de changer les choses. (…) L’immigration n’est pas la cause des problèmes de la France, ce sont les problèmes de la France qui sont la cause de ce que l’immigration est désormais une impasse parce qu’il n’y a pas d’intégration, comme nous le voulons, par le travail, par la langue et par les principes. Notre responsabilité, quelle que soit notre appartenance politique, c’est de changer la situation du pays, celle qui conduit à des vagues de xénophobie qui sont pour nous, républicains, insupportables. ».

    Boris Vallaud a pu reprendre très brièvement la parole parce qu'il lui restait un peu de temps de parole, en citant Jean-Jacques Rousseau : « Je ne peux qu’être consterné par votre réponse et même "submergé" par la consternation. (…) Si vous gouvernez avec les préjugés de l’extrême droite, nous finirons gouvernés par l’extrême droite et vous en aurez été le complice. ».
     

     
     


    Ce procès en supplétif de l'extrême droite, c'est une très ancienne tactique manipulatoire de la gauche pour empêcher les autres partis de s'attaquer à un véritable problème des Français. François Bayrou l'a rejeté fermement en y mêlant conviction et ambition : « Les préjugés sont nourris par le réel. Et ceux qui, ici, considèrent qu’on doit faire de ces sujets des sujets d’affrontement, à mon avis trahissent notre mission. Je n’ai aucune connivence avec personne : ni avec ceux qui exagèrent les réalités ni avec ceux qui les nient. Nous sommes engagés au service des Français pour résoudre les problèmes qui se posent, non pas pour les nier, non pas pour les exagérer, mais pour leur apporter, j’y insiste, des réponses. C’est notre responsabilité de républicains. ».

    Les députés RN ont fortement applaudi le Premier Ministre, même si, dans les médias, ils ont estimé que ce n'étaient que des mots non suivis des faits. François Bayrou, au contraire, veut prouver que la politique de Bruno Retailleau est un changement radical dans la manière de traiter le sujet par les autorités. Le fait que la politique vienne du choix des mots du Premier Ministre et pas de son Ministre de l'Intérieur fera sans doute encore beaucoup couler d'encre.

    À court terme, le PS a refusé de poursuivre les discussions qu'il avait avec le gouvernement pour élaborer la dernière version du projet de loi de finances, alors que cela n'a rien à voir. Est-ce un moyen commode (et hypocrite) de revenir à la niche de Jean-Luc Mélenchon, ayant eu trop peur de son audacieuse liberté ? Cela a permis de montrer un Premier Ministre déterminé, qui sait où aller, et surtout, indépendant. Mais peut-être plus pour longtemps.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (28 janvier 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    François Bayrou et le sentiment de submersion.
    François Bayrou, la cohérence du pacificateur.
    Ce Bayrou, c'qu'il est Faure !
    François Bayrou sera-t-il censuré ?
    Les conclaves du cardinal Bayrou.
    Déclaration de politique générale du Premier Ministre François Bayrou le 14 janvier 2025 au Palais-Bourbon (vidéo et texte intégral).
    François Bayrou au jour J.
    Édouard Philippe et sa partition particulière contre l'indolence.
    François Bayrou et le Chemin.
    Vœux 2025 d'Emmanuel Macron : aux Français de trancher ?
    Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron, le 31 décembre 2024 à Paris (texte intégral et vidéo).
    François Bayrou au travail !
    Gouvernement Bayrou : un choc d'autorité ?
    Composition du Gouvernement François Bayrou I nommé le 23 décembre 2024.
    Le difficile accouchement du gouvernement Bayrou.
    La méthode Bayrou réussira-t-elle ?
    Terre de désolation.
    La folle histoire de la nomination de François Bayrou.
    François Bayrou, le papa Macron !
    Le tour de François Bayrou !
    La polémique entre Maurice Druon et François Bayrou en juillet 2004.
    Le paysage politique français postcensure.
    Motion de sangsue : les conséquences économiques désastreuses de la censure.
    Philippe Vigier défend les Français face au renoncement national.
    Laurent Wauquiez met en garde contre l'instabilité institutionnelle.
    Emmanuel Macron face à ses choix.
    Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 5 décembre 2024 (texte intégral).
    La motion RNFP : Chassez le naturel, il revient au chaos !
    L'émotion de censure de Michel Barnier.
    La collusion des irresponsables.
    Gouvernement Barnier : les yeux du monde rivés sur la France.
    Risque de censure : Non, le RN n'est pas l'arbitre des élégances !
    Michel Barnier plaide pour la sobriété normative et procédurale !
    Discours du Premier Ministre Michel Barnier le 21 novembre 2024 à la Porte de Versailles (vidéo et texte intégral).
    Michel Barnier sur les pas de Pierre Mendès France.
    Discours du Premier Ministre Michel Barnier le 15 novembre 2024 à Angers (vidéo et texte intégral).
    PLF 2025 : la majorité de rejet !
    Michel Barnier : déjà deux mois !
    François Guizot à Matignon ?
    5 euros pour visiter Notre-Dame de Paris ?
    Achats dans la fonction publique : des économies à faire ?
    Doliprane : l'impéritie politique.
    Proche-Orient : l'incompréhension de Roger Karoutchi.
    Motion de censure : le quart d'heure de gloire d'Olivier Faure.
    Budget 2025 : l'impossible mission de Michel Barnier.
    Claude Malhuret : du vol des élections aux chefs d'escadrille...
    Les 3 lignes rouges de Marine Le Pen pour ne pas censurer le gouvernement Barnier.
    La quadrature du cercle de Michel Barnier.

     





    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250128-bayrou.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/francois-bayrou-et-le-sentiment-de-258965

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/01/28/article-sr-20250128-bayrou.html



    .