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  • La libération tant attendue de Serge Atlaoui

    « Il faut le laisser sortir, respirer et enfin revivre ! » (Sabine, son épouse, le 15 juillet 2025).




     

     
     


    Cela fait près de vingt ans qu'il en rêvait. Il était tombé dans un trou spatio-temporel qui devait l'amener inéluctablement vers la mort, et la mort parmi les plus terribles, celle donnée par une supposée justice prétendue humaine. Et pourtant, Serge Atlaoui n'a jamais cessé d'espérer, et en le regardant comme condamné à mort, on le trouverait calme et éloigné de toute angoisse. Il en avait évidemment, des angoisses. Mais il a su s'élever ; il a été un prisonnier modèle, exemplaire, qui résolvait les petits problèmes de la prison, qui réparait les tuyauteries, qui était apprécié tant de ses codétenus et de ses surveillants.

    Ce mardi 15 juillet 2025, le tribunal d'application des peines de Melun a annoncé qu'il venait d'accepter la demande de libération conditionnelle de Serge Atlaoui, actuellement détenu à la prison de Meaux-Chauconin.

    Son avocat Richard Sédillot a déclaré à France Bleu Nancy : « Ça valait la peine de travailler autant pendant si longtemps. Même si ça a été un travail dans l'ombre, ça a été un travail assidu pendant très longtemps, donc je suis très content du résultat. (…) Le tribunal a considéré qu'il n'y avait pas de risque de réitération. ». En revanche, la date exacte de la remise en liberté de Serge Atlaoui reste un secret bien gardé pour éviter la présence des médias devant sa prison le jour J.

    Faut-il rappeler qui est Serge Atlaoui, 61 ans ? Oui, car sa situation est exceptionnelle. Ce Lorrain a accepté du travail au noir très bien rémunéré pour un soudeur. En Indonésie. Mais il n'a compris dans quel enfer il s'était embarqué à Jakarta que lorsqu'il a été arrêté pour trafic de drogue. Il réparait des machines, mais ne savait pas qu'elles étaient destinées à fabriquer de la drogue. Il n'était pas chimiste mais savait faire fonctionner des machines industrielles, les réparer, etc.

    Son arrestation a été suivie d'un procès plus ou moins équitable et a abouti, après plusieurs rebondissements judiciaires, à une condamnation à mort contre laquelle la diplomatie française a fortement protesté. Mais le Président indonésien de l'époque, Jojo Widodo (en exercice d'octobre 2014 à octobre 2024), pourtant plutôt ouvert, a interrompu le moratoire sur les exécutions pour lutter sévèrement contre les trafiquants de drogue. Résultat, Serge Atlaoui a failli être exécuté en avril 2015, son nom était inscrit sur la liste des futurs prisonniers exécutés deux jours plus tard et il a échappé au dernier moment au peloton d'exécution, comme Mary Jane Veloso, Philippine également condamnée à mort alors qu'elle n'avait fait que transporter des valises à l'aéroport (sans savoir qu'elles contenaient de la drogue).
     

     
     


    Le nouveau Président indonésien, arrivé en octobre 2024, a voulu assainir ses relations extérieures en trouvant des solutions juridiques pour en finir avec ces contestations diplomatiques. L'objectif était de garder souveraine la justice indonésienne (un pays étranger n'a pas à se mêler de la justice du pays), mais d'aboutir à une certaine clémence qui voudrait, en définitive, renvoyer chez eux les condamnés à mort étrangers pour se faire exécuter de leur propre pays.

    Cela s'est passé pour Serge Atlaoui le 5 février 2025 (il avait été arrêté le 11 novembre 2005), mais dans l'accord entre la France et l'Indonésie, qui a permis le retour de Serge Atlaoui, la justice française devait reconnaître la chose jugée par la justice indonésienne, donc, ne pas la remettre en cause sur le fond. Le 12 février 2025, le Tribunal de Pontoise a donc tenté de requalifier les raisons juridiques françaises pour une incarcération en France de Serge Atlaoui.

    Elles étaient relativement simples : « L’incrimination attendue trouve son équivalent en droit français dans la production et la fabrication de stupéfiants en bande organisée en faisant encourir à son encontre trente ans de réclusion. ». En d'autres termes, l'équivalent de la condamnation à mort en Indonésie pour trafic de drogues est, en France, une condamnation à la réclusion criminelle de trente ans.


    La justice ne pouvait pas, par décence diplomatique, libérer Serge Atlaoui immédiatement dans la mesure où il devait rester reconnu coupable de trafic de drogue (même s'il continue à proclamer son innocence). Cette décence, ce délai de décence, pouvait être d'environ cinq ou six mois, selon la justice française. Car dans la réalité de l'application des peines, Serge Atlaoui, considéré comme un prisonnier exemplaire, qui a effectué déjà plus de sa moitié de la peine (dix-neuf ans sur les trente années), pouvait raisonnablement demander une libération conditionnelle et l'obtenir, ce qu'il a fait et obtenu.

    Par ailleurs, on n'insistera pas sur le hasard d'une telle décision judiciaire le 15 juillet 2025 lorsque la veille, jour de la fête nationale, où la France, qui reçoit traditionnellement un pays invité d'honneur à cette occasion, avait reçu comme invité d'honneur justement l'Indonésie ! Les justices nationales sont indépendantes...et Emmanuel Macron et son homologue indonésien Prabowo Subianto se sont serré la main à Paris le 14 juillet 2025.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (15 juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    La libération tant attendue de Serge Atlaoui.
    La nouvelle peine de Serge Atlaoui.
    Serge Atlaoui en France !
    Jour J de joie pour Serge Atlaoui !
    Soulagement pour Serge Atlaoui de retour en France le 4 février 2025.
    L'espoir justifié de Serge Atlaoui.
    Cadeau de Noël pour Mary Jane Veloso.
    Enfin une bonne nouvelle pour Serge Atlaoui ?
    Majid Kavousifar.
    Varisha Moradi.
    7 pistes de réflexion sur la peine de mort.
    Une lueur d’espoir pour Serge Atlaoui ?
    Taxe Nutella : Serge Atlaoui, otage de l’huile de palme ?
    Vives inquiétudes pour Mary Jane Veloso.
    Le cauchemar de Serge Atlaoui.
    Peine de mort pour les djihadistes français ?


     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250715-serge-atlaoui.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/la-liberation-tant-attendue-de-262142

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/17/article-sr-20250715-serge-atlaoui.html


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  • Du grand Bayrou !

    « Notre pronostic vital comme État est engagé, comme nation, comme société et comme pays. » (François Bayrou, conférence de presse du 15 juillet 2025).




     

     
     


    Incontestablement, c'était du grand Bayrou ! C'est l'affaire de sa vie. Le budget. Le budget de l'année 2026. Il a 74 ans, il aurait pu choisir de se reposer, de prendre une paisible retraite pendant qu'il est encore en forme (il est maintenant le chef du gouvernement le plus âgé en exercice, à l'exception de Pétain), et surtout, il n'avait rien à y gagner avec cette histoire, subissant une impopularité record, des forces d'opposition prêtes à se coaliser (dans une collusion gauche/extrême droite qui rappelle étrangement l'époque du maréchal, justement) pour le censurer. Rien à y gagner sinon l'intérêt général. Rien à y gagner sinon la postérité d'un homme fort, d'un homme droit, d'un homme courageux, comme ce fut le cas pour Pierre Mendès France, décidément une référence indispensable.

    Je ne suis pas madame Soleil et je suis donc bien incapable d'imaginer les suites de cette affaire (censure ou pas en octobre), mais ce qui est sûr, c'est que la conférence de presse que le Premier Ministre François Bayrou a tenue ce mardi 15 juillet 2025 à 16 heures pendant deux heures (qu'on peut relire ou réécouter ici) restera dans les annales de l'histoire politique de la France, et c'est sans doute la déclaration la plus importante de sa carrière (même si tout le monde s'en fiche de cela) : « Il est des moments dans l'histoire des peuples où ils ont rendez-vous avec eux-mêmes, et ce moment est un de ceux-là. Il ne s'agit plus de savoir seulement quelles sont nos exigences, quelles sont nos préférences, mais qui nous sommes ? Quel peuple formons-nous ? À quoi ce peuple croit-il ? De quel ciment est-il soudé ? Et quelle part chacun de nous, citoyennes et citoyens, est-il prêt à prendre à notre avenir collectif ? ».

    On aura maintenant compris que François Bayrou n'était pas un paresseux, qu'il a beaucoup bossé pour cette conférence de presse si attendue, qu'il est aussi un meneur, directif, un chef qui décide, au point qu'il est allé présenter son projet budgétaire à l'Élysée au Président Emmanuel Macron le matin même, en l'annonçant et l'expliquant... « par courtoisie républicaine » ! C'est donc bien François Bayrou qui est aux commandes de la France.

    La voix un peu éraillée par les temps, le Premier Ministre a présenté ce qui, pour lui, est l'essentiel de son engagement politique. Éviter à la France de se retrouver comme la Grèce il y a une dizaine d'années, obligée de baisser les pensions de retraite de 30% et la rémunération des fonctionnaires de 15% : « Alors bien sûr, pendant longtemps, on ne voit pas le risque, on s'en accommode, on détourne les yeux, et puis un jour, on est rattrapé et on ne peut plus payer ce qu'on doit. Alors c'est la crise, la vraie crise. Votre pays est acculé, il est traqué et vous ne pouvez plus éviter le piège. Un pays qui ne peut pas faire ses fins de mois sans emprunter et qui un beau jour ne retrouve plus de prêteurs : il ne peut plus payer les fonctionnaires, il ne peut plus payer les retraites, alors il n'y a plus aucune échappatoire. Et alors, sans l'ombre d'un doute, sans l'ombre d'une hésitation, ce pays-là ne peut pas survivre, il est obligé de plier. Et ceci n'est pas une théorie en l'air. C'est arrivé à des pays aussi dignes et aussi respectables que le Canada ou la Suède dans les années 90, que le Portugal, l'Italie ou l'Espagne au début des années 2010. Tout d'un coup, les prêteurs cessent d'avoir confiance et nous l'avons vu sous nos yeux arriver à la Grèce. ».

    Le tableau financier de la France est alarmant, forcément alarmant, et résulte d'une cinquantaine d'années de budgets déficitaires issus de gouvernements paresseux et négligents. François Bayrou veut rompre avec ça pour reprendre de la marge financière. Pour cela, il faut d'abord se rendre compte de la gravité de la situation : « La dette de notre pays représente aujourd'hui plus de 3 300 milliards d'euros. Ça signifie 114% du produit national de chaque année, ce qui signifie que cette dette représente plus d'une année de la totalité de ce que notre pays a produit dans toutes ses activités agricoles, industrielles, intellectuelles, dans le secteur du commerce, des services, de la santé ou du soin, la totalité de cela, la dette le dépasse d'au moins deux mois entiers. (…) Et la charge de la dette devient un poste budgétaire écrasant. En 2029, si nous ne changeons rien, la part des dépenses publiques consacrées au paiement des intérêts de cette dette serait de 100 milliards d'euros, c'est-à-dire de loin le premier poste budgétaire de l'État, bien plus que le budget consacré à l'Éducation nationale. (…) Cette dette augmente de plus de 150 milliards par an. Et pour le dire plus simplement, et pour que chacun mesure exactement la charge immense qui pèse sur nos épaules, ça signifie que chaque seconde qui passe, chaque seconde, la dette de la France augmente de 5 000 euros. 5 000 euros de dette supplémentaire par seconde. Voilà où nous en sommes. ».

     

     
     


    La longue introduction a servi à justifier les mesures qu'il propose pour le budget de 2026. Certes, ce sont juste des orientations et il explique bien qu'il va continuer tout l'été à discuter, négocier avec les partis politiques, avec les groupes politiques, avec les syndicats, avec diverses institutions comme le CESE (Conseil Économique Social et Environnemental), etc. pour affiner, améliorer son projet budgétaire. C'est la première fois que les lois de finances sont présentées aussi en amont du processus, au début de l'été alors que généralement, cela se passe au début de l'automne.

    Pour François Bayrou, et c'était le titre de sa conférence, c'est un moment de vérité : « parce que nous ne pouvons plus, en tout cas c'est notre conviction et c'est la mienne, nous ne pouvons plus ni éluder ni retarder cette menace. Je crois qu'il est tard, mais qu'il est encore temps. Il est encore temps, dans les temps de crise grave, c'est le mot d'ordre des peuples courageux. Alors il faut agir, agir vite et agir fort, mais il faut agir avec justesse et justice. Et pour cela, il faut essayer de comprendre ce qui s'est passé dans notre pays plus que dans aucun autre pour que nous nous retrouvions dans la situation où nous sommes aujourd'hui. ».

    Deux raisons à cette situation gravissime.

    La première, c'est le dopage à la dépense publique : « Nous avons considéré comme normal dans notre pays depuis des années, des décennies, que l'État, puissance publique et sécurité sociale, que l'État paie tout. Nous sommes devenus accros à la dépense publique. Il n'y a pas de difficulté du pays, il n'y a pas de changement nécessaire, il n'y a pas d'obstacle à surmonter, ni d'ordre sanitaire, ni d'ordre climatique, ni d'ordre énergétique ou familial devant lesquels les élus, les citoyens, les médias n'aient eu chaque fois qu'une seule réponse à la bouche, se tourner vers l'État. Que l'État prenne en charge les difficultés sectorielles. Ça a été réclamé pour tous les secteurs, des personnes, aux familles et aux entreprises. Et la France est ainsi devenue le pays du monde qui dépense le plus d'argent public : 57% de notre production nationale chaque année, 57% dépensés, contre 50% seulement de recettes. Je vous invite à mesurer avec moi le paradoxe français : nous sommes le pays du monde qui mobilise le plus de dépenses publiques, nous sommes le pays du monde qui a les impôts et les charges sociales les plus élevés. Et si l'abondance des impôts faisait la richesse et le bien-être d'une nation, nous serions le pays le plus prospère et le plus heureux de la planète. Et pourtant, les Français sont de plus en plus mécontents de leurs services publics. Et pourtant, notre économie souffre. Et pourtant, ce qui est plus frappant encore, nous sommes le pays le plus pessimiste au monde, selon la mesure de tous les sondages disponibles. Le pays le plus pessimiste au monde est le pays où l'on dépense le plus d'argent public. ».
     

     
     


    La seconde raison, c'est le manque de production, ce qui rend déficitaire la balance du commerce extérieur : « Nous avons peu à peu perdu de vue que pour distribuer, il fallait produire. Or, distribuer toujours plus en produisant toujours moins, c'est une condamnation. Et cela se traduit dans notre commerce extérieur sur les 25 dernières années, depuis le début des années 2000 jusqu'en 2024. Notre solde, notre résultat du commerce extérieur, ce que nous achetons contre ce que nous vendons, notre résultat du commerce extérieur est passé de l'équilibre dans les années 2000 à un déficit massif tous les ans répété, qui est une fois de plus cette année comme depuis 5 ans, supérieur à 100 milliards d'euros pour la quatrième année consécutive. ».

    C'est la raison pour laquelle le chef du gouvernement a présenté deux plans d'action, un pour réduire la dépense publique et un pour augment la production nationale, seule génératrice de richesse.


    I. Stop à la dette !

    Cinq principes dominent ce plan :

    un retour à l'équilibre de la dette en quatre ans (en 2029), avec une trajectoire ambitieuse du déficit : 5,8% du PIB en 2024 ; 5,4% en 2025 ; 4,6% en 2026 ; 4,1% en 2027 ; 3,4% en 2028 ; 2,8% en 2029 (on considère l'équilibre à moins de 3%).

    la réduction du déficit passe par la réduction de la dépense publique.

    l'équité : « Tout le monde devra participer à l'effort. Face à l'ampleur de l'enjeu, il est illusoire de penser qu'une catégorie ou une autre puisse seule porter le fardeau. ».
     

     
     


    préserver nos entreprises : « Le travail et la compétitivité de nos entreprises doivent être autant que possible épargnées. Ils sont notre seule arme pour aller de l'avant et pour ne pas vivre dans le cauchemar de l'amputation perpétuelle des dépenses et investissements que nous avons à faire. ».

    l'acceptabilité : « Cet effort, enfin, est défini pour être supportable par tous. Il n'impose pas de baisse des salaires dans la fonction publique, ni de baisse des pensions de retraite. Il ralentit la croissance des dépenses mais ne la supprime pas et il n'entraîne pas de récession. ».
     

     
     


    Il en résulte qu'il faut réduire le déficit en 2026 de 43,8 milliards d'euros. Ce qui est énorme ! La réduction de la dépense publique se fera dans tous les domaines, avec suppression des « agences improductives » ; le non-remplacement d'un fonctionnaire sur trois qui partent à la retraite ; une maîtrise des dépenses des collectivités territoriales ; une optimisation des dépenses de l'assurance-maladie (environ 5 milliards d'euros) qui ne nuira pas la qualité des soins ; l'institution d'une année blanche en 2026, c'est-à-dire non-augmentation de toutes les prestations de l'État (7 milliards d'euros), avec un effort réduit grâce à la faible inflation (1%) ; la lutte renforcée contre la fraude (et un meilleur recouvrement de la fraude connue) ; la « chasse aux niches fiscales inutiles, inefficaces » ; etc.

    Des dizaines de mesures sont ainsi proposées au public. Parmi certaines, des emblématiques. Ainsi, François Bayrou n'a pas souhaité supprimer l'abattement fiscal de 10% des retraités (qui n'ont plus de frais professionnels), mais le transformer en abattement forfaitaire de 2 000 euros (les petites pensions y gagnent, les forte pensions y perdent).
     

     
     


    En outre, le Premier Ministre a proposé aussi une contribution des très riches (qu'il a définis par des revenus annuels de 250 000 euros pour un célibataire et 500 000 euros pour un couple) : « Cet effort de justice doit passer par une contribution des plus fortunés. Une contribution de solidarité sera créée, que nous définirons avec les commissions compétentes des deux assemblées et cette contribution devra faire participer à l'effort national les plus hauts revenus. Et comme je m'y suis engagé lors de l'adoption du budget, nous prendrons des mesures complémentaires pour lutter contre l'optimisation abusive des patrimoines non productifs. L'effort de la nation se doit d'être équitable, c'est-à-dire de demander peu à ceux qui ont peu et plus à ceux qui ont davantage. ».


    II. En avant la production !

    Cheval de bataille de sa campagne présidentielle de 2012, François Bayrou a beaucoup insisté sur la croissance de notre production nationale : « La reconquête de la production dans notre pays est aussi cruciale que la lutte contre les déséquilibres budgétaires. Si notre production par habitant était dans la même gamme que celle de nos voisins européens, nous n'aurions plus de déficit budgétaire, et nos concitoyens qui gagnent 2 000 euros par mois approcheraient les 2 500, et ceci changerait leur vie. ».

    II.1. D'abord, il faut favoriser le travail : « Il faut travailler plus, il faut que toute la nation travaille plus pour produire et pour que l'activité du pays dans son ensemble soit plus importante dans l'année et pour que la situation de la France s'améliore. ».


    Et l'une des réponses à cela, entre autres, et ça va faire couler beaucoup d'encre, c'est de supprimer deux jours fériés, par exemple le lundi de Pâques et le 8 mai : « Ce sont des propositions. Je suis prêt à en accepter ou en examiner d'autres. Si d'autres idées surgissent, bienvenue, et nous pourrons voir. Mais vous voyez bien que ça n'est pas du tout la même chose pour les spécialistes parlementaires que d'autres idées qui avaient été proposées l'année dernière, qui était qu'il y ait pour chaque travailleur une journée de solidarité dont on ne vérifierait pas vraiment si elle est accomplie ou pas, et qui se traduirait uniquement par des prélèvements sur les entreprises. Ce n'est pas du tout la même chose. C'est le pays tout entier qui se met au travail, ou qui se remet au travail, un jour où, depuis longtemps, il ne travaillait plus. Au passage, cette modification de notre calendrier des jours fériés rapportera plusieurs milliards au budget de l'État, simplement parce que les entreprises, les commerces, la fonction publique, la nation travaillera et que notre production sera améliorée. ».

    Aussi, il faut augmenter la population qui travaille : « Il n'est pas normal qu'un pays comme le nôtre, avec autant d'emplois offerts, conserve un taux de chômage au-dessus de 7% et que le nombre d'emplois non pourvus soit aussi élevé. L'accent doit notamment être mis sur les jeunes et les seniors pour qui les taux d'emploi sont particulièrement faibles, par comparaison avec nos voisins européens. ». Avec deux chantiers avec les partenaires sociaux, un sur l'assurance-chômage, un autre sur le droit du travail, en particulier pour faciliter les recrutements. Et un troisième chantier : « En coordination avec les collectivités, je proposerai au Parlement avant la fin de l'année un projet de loi créant une allocation sociale unifiée pour une solidarité plus lisible et qui donne toujours la priorité au travail. ».

    François Bayrou a par ailleurs confirmé ce qu'il avait dit à l'issue du conclave sur les retraites, à savoir qu'il inclurait dans la loi de financement de la sécurité sociale les accords sur les femmes qui sont devenues mères et sur la prise en compte de la pénibilité.
     

     
     


    II.2. Ensuite, il faut faciliter la vie des entreprises avec une sorte de pacte. Le Sénat vient de sortir un rapport qui fait état de 211 milliards d'euros d'aides aux entreprises. Le mot "aides" est parfois excessif car souvent, il s'agit de réductions fiscales ou sociales. Toutefois, François Bayrou a envisagé de simplifier encore beaucoup plus la vie des entreprises, trop accaparées par des tâches administratives et bureaucratiques en compensation d'une réduction de ces 211 milliards d'euros : « Moins de subventions contre plus de liberté, de simplification et de confiance. Les normes surtransposées, surabondantes, supplémentaires, les obligations bureaucratiques toujours plus pénalisantes, les absurdités de dossiers imposées à ceux qui peuvent le moins en avoir la maîtrise, imposées aux artisans, aux maîtres d'œuvre, à l'achat public, les retards de paiement, c'est un autre chapitre très important. Tout cela plombe les acteurs de la production et pénalise, une étude européenne l'a montré, de quelque 4% ou davantage leur chiffre d'affaires. Et pénalise bien sûr davantage les "petits" qui travaillent seuls ou en famille, avec peu de collaborateurs, que les plus gros qui ont à leur disposition des services juridiques, administratifs ou des directions des ressources humaines puissantes. Mais c'est vrai que ça pénalise davantage les petits que les plus importants, mais c'est un filet qui ralentit et paralyse tout le monde. ».

    II.3. Il faut améliorer la compétitivité, avec plusieurs leviers.

    Le premier est l'énergie : « Nous devons améliorer de manière générale la compétitivité, comme on dit, c'est-à-dire la capacité, l'efficacité, l'attractivité de notre économie. Le premier facteur sur lequel nous allons agir, c'est l'énergie, car nous avons en France un atout immense, disposant d'une énergie bon marché en plus d'être abondante, souveraine et décarbonée. Nous devons davantage miser sur cet atout et remercier tous ceux qui ont, au travers du temps, permis l'édification de cette production d'électricité. Nous devons permettre aux industriels de bénéficier d'accords qui réduisent leur exposition à la volatilité des prix. ».

    Le deuxième est l'accès au financement : « Le rapport de Mario Draghi, qui devrait servir de référence à un très grand nombre des acteurs économiques et politiques dans notre Union Européenne, le rapport de Mario Draghi a montré que nous devons d'abord mettre les financements européens au service de la croissance des entreprises européennes. C'est dans ce but que le Ministre de l'Économie, Éric Lombard, a lancé un label européen pour l'investissement de long terme qui permettra d'assurer le développement de produits d'épargne finançant notre croissance. Ce qu'on appelle le capital-risque, c’est un outil puissant pour l'innovation et la croissance des entreprises. Nous consacrerons 900 millions d'euros de financement en fonds propres supplémentaires à l'investissement dans les entreprises. ».

    Troisième levier, réduire les retards de paiement (15 milliards d'euros de trésorerie) : « C'est une manne considérable et dont nous ne pouvons pas accepter qu'on baisse les bras en face des conduites qui la produisent. L'État est déterminé à renforcer les sanctions à l'égard des débiteurs en cas de retard de paiement de ces créances. À l'avenir, ces sanctions pourront aller jusqu'à 1% du chiffre d'affaires pour mettre fin à des pratiques qui fragilisent notre tissu économique. ».


    II.4. Redresser le commerce extérieur : « Nous allons passer en revue toutes les filières déficitaires, repérer les produits les plus propices à une localisation de la fabrication sur notre sol, en vue de réduire nos importations. Nous devrons également soutenir nos filières d'excellence pour qu'elles le restent. Et donc, des stratégies de filières, associant les grandes entreprises et les pouvoirs publics locaux et nationaux, devront rapidement être définies et mises en œuvre. L'État fédérera les grandes entreprises, entreprises moyennes et entreprises débutantes, il les réunira, mais il ne peut pas faire tout seul. Et donc, nous avons devant nous un important enjeu de redéfinition d'une stratégie nationale de reconquête de notre commerce extérieur. Il faut aussi que cela s'accompagne de changements dans nos modes de consommation, en encourageant davantage les circuits courts et les commerces de proximité. C'est pourquoi une taxe va être proposée sur les petits colis, afin de protéger nos commerces et nos producteurs de la marée de concurrence déloyale qui les assaille. ».

    II.5. Promouvoir l'innovation avec un soutien massif au développement de l'intelligence artificielle : « Dans tous les secteurs de notre activité, l'intelligence artificielle peut et doit devenir un outil concret utile qui améliore la productivité des entreprises. On estime, dans les études les plus sérieuses, à 20% le gain de productivité lié à l'intégration de l'intelligence artificielle dans les processus productifs. ».

    II.6. Former beaucoup plus d'ingénieurs : « D'ici 2035, l'économie française devra recruter près de 100 000 nouveaux ingénieurs et techniciens par an. ».
     

     
     


    Dans sa conclusion, l'agrégé de lettres a cité Hannah Arendt et a souligné le besoin de courage et de sens des responsabilités de la classe politique : « Ce que j'ai voulu faire en m'exprimant devant vous aujourd'hui, c'est permettre à tous de juger la gravité de la situation, d'examiner une proposition cohérente, un plan global d'action du gouvernement, dont nous avons la conviction qu'il est le seul qui puisse permettre à notre pays d'affronter ces défis. Défis que nous ne pouvons plus faire semblant de ne pas voir. Et ainsi donner à tous la capacité d'agir et d'avancer ensemble. ».

    Mais malgré la situation, François Bayrou a voulu finir sur un note d'espoir et de fierté du peuple français : « Nous ne devons jamais oublier qu'il n'y a pas beaucoup de peuples comme le nôtre. Pas beaucoup de peuples qui comptent autant de réussites scientifiques, techniques et industrielles. Pas beaucoup de peuples qui portent un projet de société à vocation universelle construit autour d'idées fondatrices comme la laïcité, une idée qui affirme qu'on n'a pas besoin, parce qu'on croit quelque chose, de vouloir obliger les autres à abandonner leurs idées. Cette idée qui fait que nous formons, c'est l'étymologie du mot laïcité, que nous formons un seul peuple. Toutes ces réussites ont scandé l'histoire et fait de notre pays une puissance. Parfois, souvent, la France a failli céder, mais toujours elle s'est reprise pour résister au totalitarisme, aux guerres nationales et européennes. Elle s'est reprise chaque fois pour résister à la force brutale. La mission des gouvernants, c'est d'identifier les risques, de les affronter en mobilisant l'énergie du pays sans crainte et sans préoccupation personnelle. ».


    La balle est désormais dans le camp des oppositions : joueront-elles leur jeu personnel, égoïste et électoraliste, comme d'habitude, ou se ressaisiront-elles pour le bien commun et l'intérêt général ? J'ai déjà ma petite idée...


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (15 juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Du grand Bayrou !
    Conférence de presse du Premier Ministre le 15 juillet 2025 (vidéo et texte intégral).
    Emmanuel Macron veut une France militairement puissante.
    Accord de Bougival : les félicitations d'Emmanuel Macron.
    Tu as voulu voir la dissolution, et on a vu Bayrou !
    François Bayrou, le début du commencement.
    La quadrature du cercle de Michel Barnier.




     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250715-bayrou.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/du-grand-bayrou-262096

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/15/article-sr-20250715-bayrou.html



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  • Thierry Ardisson : la provoc trash contre les mielleux

    « Il y avait chez Thierry Ardisson ce qui manque sans doute le plus à la télévision française d’aujourd’hui : l’élégance de la transgression. Une transgression pas toujours fine, souvent grivoise, servie par des "snipers" sur le plateau de ses émissions dont la mission était de déstabiliser les invités. » (Richard Werly, le 14 juillet 2025, dans "Blick").




     

     
     


    Et Richard Werly, chroniqueur pour le magazine suisse "Blick", de poursuivre : « Thierry Ardisson avait une qualité que tous ses concurrents et ses employeurs lui ont reconnue : l’inventivité. » (cité par "Le Courrier international"). Et on peut ajouter aussi le travail. Le temps est à l'imparfait, car Thierry Ardisson venait de mourir ce lundi 14 juillet 2025 à l'âge de 76 ans (d'une saleté de put... de maladie), une mort annoncée par son épouse, la journaliste Audrey Crespo-Mara.

    La créativité, c'était son métier d'origine, celui de publicitaire, lorsqu'il cherchait, et trouvait, des slogans qui allaient faire le tour du monde, pour Lapeyre, Tropico, Wasa, Chaussée aux Moines, Ovomaltine, etc.


    Il fallait prendre Ardisson comme il était, en un bloc, un peu comme la Révolution française selon le mot célèbre de Clemenceau ! On pourrait dire : on l'aime ou on ne l'aime pas, mais en fait, il ne cherchait pas à être aimé, du moins, de ses invités (car comme tout animateur d'émission de télévision, il tenait par son public).
     

     
     


    Thierry Ardisson a commencé dans la télévision en 1985, il y a plus de quarante années, maintenant, et on découvrait un style original, atypique et surtout, transgressif, à la limite du respect. Du ricanement, de la bouffonnerie, du trash et des clashs. Pour tout dire, un genre de télé-poubelle qui a marché parce que le public était au rendez-vous. Cela changeait des éléments de langage obséquieux et des sourires hypocrites.

    Le sommet le plus représentatif, ce fut sans doute son interview de Michel Rocard le 31 mars 2001 sur France 2. Voici un homme de 70 ans, d'un certain âge, donc, né avant la guerre, et plus encore, un ancien Premier Ministre, interrogé sur des considérations sexistes épouvantables, allant jusqu'à répondre à la question : « Sucer, c'est tromper ? » (qui faisait bien sûr référence à l'actualité américaine et au scandale sexuel qui a éclaboussé le Président Bill Clinton).





    Je ne reprochais pas à Thierry Ardisson d'avoir posé cette question indélicate, mais plutôt à Michel Rocard de s'être prêté à ce petit jeu, monnayant ainsi son retour à la télévision et la promotion de son bouquin qui venait de sortir. Cela illustrait l'ascendant des hommes de médias sur les hommes politiques (j'écris "hommes" mais ça peut être aussi "femmes", bien sûr), d'autant plus que Michel Rocard, mesuré et pédagogue, n'était pas la personnalité la plus trash de la classe politique d'alors.

    En fait, l'indélicatesse télévisuelle n'a pas tout de suite choqué le tout Paris et c'est un peu plus tard, une semaine plus tard, le 8 avril 2001, lorsque le chroniqueur de télévision Daniel Schneidermann a publié son commentaire dans "Le Monde", que tout le paysage politico-médiatique s'est enflammé (comme quoi, il faut des lanceurs d'alerte ; les indignés ne regardent pas toujours les émissions les plus indignes).

    Le chroniqueur reconnaissait toutefois la qualité professionnelle du provocateur : « Ce cynisme d'Ardisson, ce froid regard porté sur les animaux politiques en activité ou au rebut, en fait aussi un des meilleurs intervieweurs de la télévision actuelle. Sur mai 68, les deux gauches, Mitterrand, la convocation de Chirac par le juge Halphen, Michel Rocard, au cours de la même émission, fut talentueusement interrogé. Le silence de Pierre Mendès France au meeting de Charléty, en 1968 [le 27 mai 1968], par exemple : Rocard le raconta remarquablement, estimant que cet instant-là avait marqué la fin du mouvement de mai 68, son impuissance à renverser le pouvoir gaulliste. Et ce fut presque pire. Si l'invité n'avait été qu'une épave priapique, le spectacle eût été moins douloureux. Mais sa voix, son phrasé, ses réponses politiques nous remettaient aussi en mémoire le poids d'espoirs et d'attentes qu'il avait naguère incarné. Dieu sait si l'on a glosé, sur le silence de Mendès à Charléty. Ce silence, ce refus de se saisir de l'instant, est un des moments importants de l'histoire politique contemporaine. Et ce moment-là nous était donc raconté par un témoin de première main, devant Baffie et Ardisson. ».

     

     
     


    Ce même Daniel Schneidermann, un quart de siècle plus tard, s'est senti obligé de reparler de Thierry Ardisson à l'annonce de sa disparition, avec ce goût d'inachevé. Ils avaient prévu de se rencontrer publiquement pour effacer le combat ancien, mais la maladie ne leur a pas laissé le temps.

    Dans sa chronique personnelle de ce 14 juillet 2025, Daniel Schneidermann a décrit assez justement le mécanisme de ces émissions ardissoniennes : « Jusqu'à Thierry Ardisson (…), le cynisme du divertissement télévisé français se cachait plus ou moins efficacement sous les sourires mielleux des faux gentils, les Arthur, les Drucker, les Foucault, les Sabatier, les Delarue, pardon d'en oublier. Écoute et bienveillance s'étalaient en prime time comme confiture sur la tartine. Au cœur de cette dégoulinade, arriva Ardisson. Il posa sa valise sur le plateau du service public, l'ouvrit, le cynisme en jaillit comme un génie de sa lampe, tout ricanant, tout grinçant, tout hideux, mais sidérant, avec son costume de gadgets chics et d'humiliations scintillantes des dominés. Promotion contre humiliation : le pacte n'était peut-être pas inédit, mais son dévoilement certainement. ».

    Daniel Schneidermann, défenseur intraitable des habitants de Gaza, aurait pu rejoindre Thierry Ardisson lors d'une de ses dernières provocations publiques. Interrogé le 10 mai 2025 par Léa Salamé dans son émission "Quelle époque !", Thierry Ardisson s'est permis de clamer : « Gaza, c'est Auschwitz, voilà, c'est tout ce qu'il y a à dire ! », propos qu'il a regretté d'avoir dit en présentant ses excuses le lendemain « à ses amis Juifs ».

    L'avancée d'une maladie qui annonçait l'issue finale a eu au moins cette fonction (de La Palice) d'annoncer la fin prochaine, au contraire des décès soudains. Cela a l'avantage de pouvoir préparer le bouquet final, et c'est ce que le présentateur avait fait. Son enterrement a été mûrement organisé par lui-même : « Je veux l’encens, les enfants de chœur… La totale ! J’ai déjà toute la playlist en tête. », avait-il confié le 9 juin 2025 à l'hebdomadaire "Le Point". Il n'est, hélas, pas le seul à qui cela arrive et je reste fasciné par ceux qui sont capables de penser à "l'après". Thierry Ardisson a inauguré l'ère du ricanement à la télévision, préfigurant les échanges sur les réseaux sociaux, mais il n'a jamais été égalé. RIP.



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (14 juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu

    Pour aller plus loin :
    Thierry Ardisson : la provoc trash contre les mielleux.
    La réforme de l'audiovisuel public rejetée par les députés (en première lecture).
    L'extinction de C8 : la loi ou la liberté d'expression ?
    Ci-gît la redevance à la papa.
    La BBC fête son centenaire.
    Franck Riester : France Médias ne sera absolument pas l’ORTF.
    Publiphobie hésitante chez les députés (17 décembre 2008).
    Pub à la télé : la révolution silencieuse (2 septembre 2008).
    L’inexactitude de Nicolas Sarkozy sur l’audiovisuel public.


     

     
     





    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250714-thierry-ardisson.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/medias/article/thierry-ardisson-la-provoc-trash-262075

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/14/article-sr-20250714-thierry-ardisson.html




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  • Emmanuel Macron veut une France militairement puissante

    « Au fond, soyons simples : pour être libre dans ce monde, il faut être craint. Pour être craint, il faut être puissant. » (Emmanuel Macron, le 13 juillet 2025 à Paris).




     

     
     


    À la veille de la Fête nationale, ce dimanche 13 juillet 2025, le Président de la République Emmanuel Macron a prononcé un important discours adressé aux armées à l'Hôtel de Brienne, le siège du Ministère des Armées, le neuvième discours aux armées depuis qu'il est à l'Élysée, qu'on peut relire ou réécouter ici.

    À ses côtés à la tribune se tenaient le Premier Ministre François Bayrou que le Président a remercié chaleureusement pour son action, le Ministre des Armées Sébastien Lecornu et la ministre déléguée Patricia Mirallès. Dans l'assistance, on pouvait reconnaître une ancienne Ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie, qu'Emmanuel Macron est venu embrasser à la fin de son discours.

    Domaines privilégiés du Président, la politique étrangère et la défense sont des sujets sur lesquels Emmanuel Macron a beaucoup travaillé. Il est le premier Président à avoir augmenté, dès son arrivée au pouvoir en 2017, le budget de la défense alors que pendant une trentaine d'années, c'était le parent pauvre du budget, victime des dépenses clientélistes et des déficits publics : « Nous sommes lucides et unis, comme nous le sommes depuis neuf ans, parce que nous avons anticipé ces transformations du monde, anticipé les investissements indispensables. Et à cet égard, il ne suffit pas d'abord de viser des pourcentages de budget, mais de viser ce qui nous élève et nous unit, une force d'âme, une détermination. ».

     

     
     


    Mieux que d'autres, Emmanuel Macron a perçu qu'on avait changé d'époque et qu'il y a un retour, hélas, aux équilibres traditionnels : le meilleur moyen de maintenir la paix, ce n'est pas de sous-traiter à un géant outre-atlantique sa sécurité, mais de l'assurer soi-même : « Soyons clairs, nous, Européens, devons désormais assurer notre sécurité nous-mêmes. ».

    La guerre déclarée par la Russie à l'Ukraine en février 2022 a montré que les frontières pouvaient être transgressées par la force et que le meilleur moyen de les faire respecter, c'est encore d'avoir la capacité militaire de les défendre. Emmanuel Macron a compris avant d'autres dès février 2024 qu'il fallait soutenir à fond l'Ukraine car le projet militaire de Vladimir Poutine est la Grande Russie. L'Europe se retrouve ainsi avec la même communauté de destin que l'Ukraine : « La permanence d'une menace russe aux frontières de l'Europe, du Caucase à l'Arctique. Une menace préparée, organisée, durable et à laquelle nous devrons être capables de faire face. Notre avenir européen est déterminé par cela et la nécessité de nous organiser pour répondre à cette menace et la dissuader pour maintenir la paix. ».

    Le retour au pouvoir de Donald Trump aux États-Unis a encore donné raison à Emmanuel Macron en ce sens que le désengagement tant ukrainien qu'européen des États-Unis rend les pays européens en situation très fragile face aux empires hostiles. Heureusement, la France a toujours su préserver sa souveraineté militaire et nucléaire, ce qui lui permet aujourd'hui d'être le leader d'une défense européenne.

     

     
     


    Le chef de l'État a appelé cela des moments de bascule : « Nous vivons un moment de bascule. Nous en apercevons depuis longtemps l'imminence et ces bascules sont aujourd'hui effectives. Et sans doute jamais, depuis 1945, la liberté n'avait été si menacée et jamais à ce point, la paix sur notre continent n'avait dépendu de nos décisions présentes. Oui, nous replongeons dans des années où l'histoire se fait. ».

    En ce moment, il y a multiplication des conflits armés durables : « Ces dernières années ont été marquées par le retour de l'impensable. Et regardez encore ces derniers mois l'accélération des événements, les bombardements sur l'Iran, les combats entre l'Inde et le Pakistan, avec sans doute l'un des combats aériens de la plus grande intensité des dernières décennies. ».
     

     
     


    Chef des armées, Emmanuel Macron a proposé de renforcer la capacité militaire, c'est-à-dire de passer de 53 000 à 65 000 militaires aptes au combat, ainsi que d'améliorer leurs conditions de vie (et de revaloriser leurs rémunérations) : « Parce que la Nation est confrontée à toutes ces menaces hybrides, à cette accélération de l'histoire, il n'y a plus d'arrière et il n'y a plus de front. Les conflits sont multiformes, multichamps, et supposent de la densité, ils supposent de durcir nos capacités, nos forces et la Nation dans son entier. ». Quant à une nouvelle forme de service national, le Président présentera son projet à l'automne prochain.

    Emmanuel Macron a fait référence deux fois à son allocution télévisée du 5 mars 2025. D'abord, pour évoquer le retour aux empires : « À l'heure des prédateurs, nul ne peut demeurer immobile. Nous avons une avance, mais demain au même rythme, nous serions dépassés. J'avais annoncé le 5 mars dernier aux Français la nécessité de prendre des décisions historiques face aux menaces existentielles qui pèsent sur notre liberté et que je viens de rappeler. ».

    Ensuite, pour évoquer le prix de notre défense : « J'avais dit le 5 mars aux Français, la patrie a besoin de vous. Je vous le dis en cette veille de fête nationale, c'est maintenant. Maintenant qu'il nous faut consentir à cet effort, parce que nous l'avons travaillé, documenté, et il est précisément calibré. Un effort ponctuel de tous pour préserver notre sécurité et notre indépendance. Le salut de la patrie suppose que nous dépensions plus pour notre défense et que chacun prenne sa part de cet investissement et que nous veillons à la souveraineté financière de notre Nation qui passe par des réformes, des transformations et plus de production. Si notre liberté a un prix, le voici. ».


    Emmanuel Macron a surtout annoncé ce dimanche une augmentation du rythme budgétaire. Le budget de la défense devra atteindre 64 milliards d'euros en 2027 au lieu de 2030 comme le prévoyait la loi de programmation militaire, cela signifie qu'il aura doublé par rapport à 2017. Mauvais coup pour François Bayrou qui devra donc trouver, en plus des 40 milliards d'euros pour baisser le déficit budgétaire, 3,5 milliards d'euros complémentaires pour intensifier le renforcement militaire de la France.
     

     
     


    Le Président de la République a justifié cette hausse du budget par ce constat lucide : « Nous sommes cette génération qui n'a pas connu la guerre, déterminée à ce que nos enfants ne connaissent rien d'autre que la paix. Mais soyons lucides, nous n'avons plus les dividendes de la paix dont nos parents avaient bénéficié. C'est terminé. ».

    Cela signifie qu'il faut expliquer cette nécessité, d'où l'importance de ces communications présidentielles depuis quelques mois : « La Nation, pour cela, doit être plus forte, car c'est à la nation avant tout de défendre la nation. Cela passe d'abord par une meilleure prise de conscience de chaque Français et de tous les acteurs civils des menaces hybrides qui nous entourent. ». Le chef de l'État avait même dépêché le général Thierry Burkhard, le chef d'état-major des armées, pour expliquer, au cours d'une conférence de presse le vendredi 11 juillet 2025, que la menace russe allait durablement planer sur la France et sur l'Europe (on peut écouter cette déclaration ici).

    Sur le plan politique, Emmanuel Macron a blâmé les parlementaires d'avoir censuré le gouvernement à la fin de l'année dernière, en plein processus budgétaire, ce qui a eu pour effet de retarder la loi de programmation militaire : « Je le sais, nos PME et nos industriels ont subi les retards provoqués par la censure votée par les parlementaires au mois de décembre dernier. Alors, je le dis ici à chacun, de prendre ses responsabilités pour l'année prochaine. Aux parlementaires, pour que le budget soit voté en heure, car les censures de fin d'année ont une conséquence simple, elles décalent le budget des armées, entre autres. ». Ces propos peuvent être pris pour de la simple provocation politique et risquent de ne pas entraîner l'effet souhaité.


    Emmanuel Macron réussira-t-il à convaincre les Français de l'importance de se doter d'une défense puissante et dissuasive ? Probablement. Son allocution du 5 mars 2025 avait été comprise et convaincante. En revanche, sera-t-il écouté par l'opposition à l'Assemblée Nationale pour qu'elle ne vote pas la censure au moment de la discussion budgétaire ? Ça, c'est moins sûr, et il faudra se fier à toute l'habileté politique de François Bayrou. Pour l'heure, le premier rendez-vous sera le mardi 15 juillet 2025 ; le chef du gouvernement donnera ses premiers arbitrages budgétaires. Ça risque d'être piquant.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (13 juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Emmanuel Macron veut une France militairement puissante.
    Discours du Président Emmanuel Macron aux armées le 13 juillet 2025 à Paris (vidéo et texte intégral).
    Présentation du général Thierry Burkhard, chef d'état-majoir des armées le 11 juillet 2025 à Paris (vidéo).
    Accord de Bougival : les félicitations d'Emmanuel Macron.
    Discours du Président Emmanuel Macron sur la Nouvelle-Calédonie le 12 juillet 2025 à l'Élysée (vidéo et texte intégral).

    Israël vs Iran : Emmanuel Macron l'équilibriste.
    Conférence de presse du Président Emmanuel Macron le 13 juin 2025 à l'Élysée (vidéo et texte intégral).
    Emmanuel Macron à la télévision : Mélanie avant l'Urgence Océan.
    Mélanie, la douceur incarnée.
    Il y a un an, la dissolution !
    Emmanuel Macron : qu'allait-il faire dans cette galère ?
    Interview du Président Emmanuel Macron le mardi 13 mai 2025 sur TF1 (vidéo).
    Emmanuel Macron à l'initiative pour la paix en Ukraine.
    Emmanuel Macron, le référendum et les Français.
    Emmanuel Macron veut-il influencer l'élection du nouveau pape ?
    Budget 2026 : François Bayrou promet-il du sang et des larmes ?
    Discours du Premier Ministre François Bayrou le 15 avril 2025 à Paris (texte intégral et vidéo).
    Emmanuel Macron sur le front du commerce international.
    Discours du Président Emmanuel Macron sur les taxes douanières américaines le 3 avril 2025 à l'Élysée (texte intégral et vidéo).
    Emmanuel Macron : la patrie a besoin de vous !
    Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 5 mars 2025 (texte intégral et vidéo).
    Emmanuel Macron à la télévision le dimanche soir !
    Interview du Président Emmanuel Macron le dimanche 9 février 2025 sur France 2 (vidéo).
    Vœux 2025 d'Emmanuel Macron : aux Français de trancher ?
    Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron, le 31 décembre 2024 à Paris (texte intégral et vidéo).
    Emmanuel Macron face à ses choix.
    Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 5 décembre 2024 (texte intégral).
    Emmanuel Macron et les joyeux JO.
    Interview du Président Emmanuel Macron le 23 juillet 2024 sur France 2 (vidéo intégrale).
    Lettre aux Français par Emmanuel Macron le 10 juillet 2024 (texte intégral).
    Emmanuel Macron et son n'ayez-pas-peur !
    Interview d'Emmanuel Macron à Génération Do It Yourself le 24 juin 2024 (podcast intégral).
    Lettre aux Français d'Emmanuel Macron le 23 juin 2024 (texte intégral).
    Sidération institutionnelle.
    Emmanuel Macron, haut et fort dans l'intérêt de la France et des Français.
    Interview du Président Emmanuel Macron le 6 juin 2024 sur TF1 et France 2 (vidéo intégrale).
    Discours du Président Emmanuel Macron le 6 juin 2024 en Normandie.
    Les 80 ans du Débarquement en Normandie.
    Le souverainisme européen selon Emmanuel Macron : puissance, prospérité et humanisme.
    Discours du Président Emmanuel Macron sur l'Europe le 25 avril 2024 à la Sorbonne à Paris (texte intégral et vidéo).
    Emmanuel Macron et son plan de relance de l’Europe (le26 septembre 2017 à la Sorbonne).
    Texte intégral du discours d’Emmanuel Macron le 26 septembre 2017 à la Sorbonne.
    Emmanuel Macron très gaullien à la télévision pour expliquer la gravité de la situation en Ukraine.
    Ukraine : Emmanuel Macron est-il un va-t-en-guerre ?
    Soutien à l'Ukraine : la conférence de l'Élysée pour une défense européenne.
    Amitié franco-ukrainienne : fake news et accord de coopération.
    Pour que la France reste la France !
    Conférence de presse du Président Emmanuel Macron le 16 janvier 2024 à 20 heures 15 à l'Élysée (texte intégral et vidéo).
    Gabriel Macron.
    Tribune du Président Emmanuel Macron dans "Le Monde" du 29 décembre 2023.

    Le gouvernement de Gabriel Attal sarkozysé.
    Liste complète des membres du premier gouvernement de Gabriel Attal.
    Cérémonie de passation des pouvoirs à Matignon le 9 janvier 2024 (texte intégral et vidéo).
    Gabriel Attal plongé dans l'enfer de Matignon.
    Élisabeth Borne remerciée !
    Macron 2024 : bientôt le grand remplacement ...à Matignon ?
    Vœux 2024 d'Emmanuel Macron : mes chers compatriotes, l’action n’est pas une option !


     

     
     





    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250713-macron.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/emmanuel-macron-veut-une-france-262065

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/13/article-sr-20250713-macron.html



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  • Accord de Bougival sur l'avenir de la Nouvelle-Calédonie : historique et original !

    « Il est créé une nationalité calédonienne, les Calédoniens bénéficiant ainsi d'une double nationalité, française et calédonienne. Cette nationalité sera établie sur la base de critères définis par le présent accord dont une partie pourra être précisée par la Loi fondamentale de la Nouvelle-Calédonie. » (Extrait de l'Accord de Bougival signé le 12 juillet 2025).




     

     
     


    Ce samedi 12 juillet 2025 à l'aurore, après dix jours de négociations (à Bougival et à l'Élysée), de nombreuses réunions plénières et bilatérales, des dizaines d'heures de discussions, de conciliabules, a été signé l'Accord de Bougival sur l'avenir de la Nouvelle-Calédonie. Après les Accords de Matignon signés le 26 juin 1988 sous la houlette de Michel Rocard, puis l'Accord de Nouméa signé le 5 mai 1998 sous la houlette de Lionel Jospin, ce nouvel accord, sous la houlette du Ministre d'État, Ministre des Outre-mer et ancien Premier Ministre Manuel Valls, est lui aussi historique et propose une solution inédite qui a mis (difficilement) d'accord tant les indépendantistes que les anti-indépendantistes.

    Rappelons que Manuel Valls était un rocardien qui a travaillé pour Lionel Jospin, ce qui donne un sens tout particulier à cet Accord de Bougival. Mais en pleine session plénière à l'Élysée, la République française était représentée par ses plus hauts représentants : le Président de la République Emmnauel Macron, le Premier Ministre François Bayrou, le Ministre d'État Manuel Valls, la Présidente de l'Assemblée Nationale Yaël Braun-Pivet et le Président du Sénat Gérard Larcher.
     

     
     


    Emmanuel Macron a annoncé et salué cet accord histoire sur Twitter : « L'heure est désormais au respect, à la stabilité et à l'addition des bonnes volontés pour bâtir un avenir partagé. ».

    La plus grande innovation de l'Accord de Bougival, c'est la création d'un État dans l'État : « Conformément à la voie institutionnelle originale suivie par la Nouvelle-Calédonie, il est convenu d'une organisation institutionnelle sui generis de "l'État de la Nouvelle-Calédonie" au sein de l'ensemble national, inscrit dans la Constitution de la République française. Il pourra être reconnu par la communauté internationale. (…) Ainsi, les Calédoniens bénéficieront d'une double nationalité, française et calédonienne. Ils conserveront la citoyenneté européenne. ».
     

     
     


    Les négociations ont commencé le 2 juillet 2025 par le Sommet pour l'avenir de la Nouvelle-Calédonie à l'Élysée, et, après la signature de l'accord, par une réunion de tous les protagonistes le 12 juillet 2025 à 18 heures à l'Élysée. L'occasion pour le chef de l'État de féliciter tous les participants pour leur courage et leur sens de responsabilité : « Après deux accords et trois référendums, la Nouvelle-Calédonie, par ce que vous avez signé, ouvre une nouvelle page de son avenir dans un lien serein avec la France. (…) Vous avez bien fait ! ».

    Cet accord est une bonne nouvelle car depuis un an et trois mois, la Nouvelle-Calédonie était en proie à la violence et on sait malheureusement depuis le début des années 1980 que ces violences peuvent provoquer de nombreuses morts.
     

     
     


    Charlotte Mannevy, la correspondante de RFI à Nouméa, a rappelé le 12 juillet 2025 le terrible bilan des émeutes de mai 2024 : « Il y a eu des concessions, mais tout d'abord un principe de réalité, c'est-à-dire que ce bilan terrible, 14 morts en quelques mois pour un pays d'à peine 270 000 habitants, c'est un traumatisme. C'est un traumatisme économique. Imaginez que le PIB a chuté de 20% et que des milliers de personnes aujourd'hui n'ont plus d’emploi. La Calédonie ne vit plus que des subsides de l'État qui a multiplié par deux son aide au territoire qui est sous perfusion. Et bien sûr sans accord politique, impossible de relancer l'économie. C'est la porte ouverte à une nouvelle crise politique et économique. ».

    Michel Rocard était parvenu à repousser la décision de dix ans en 1988. Lionel Jospin avait repoussé la question de l'avenir institutionnel de vingt ans en 1998, imaginant une série de trois référendums d'autodétermination avec gel du corps électoral à celui de 1998 (ce qui est très limite au niveau démocratique, inscrit dans notre Constitution en 2007). Les trois référendums ayant repoussé la voie de l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie, il fallait donc un nouveau statut, désormais définitif, à la Nouvelle-Calédonie, ce qui renforce le caractère historique de l'Accord de Bougival, texte qui comporte treize pages (qu'on peut lire dans son intégralité ici).

     

     
     


    Ont signé, au-dessus de la signature du ministre Manuel Valls représentant la République française, dix-huit représentants néo-calédoniens. Neuf indépendantistes : Emmanuel Tjibaou, député et président de l'Union calédonienne (fils de Jean-Marie Tjibaou, signataire des Accords de Matignon), Jean-Pierre Djaiwé, Roch Wamytan, Milakulo Tukumuli, Mickaël Forrest, Omayra Naisseline, Victor Tutugoro, Aloisio Sako et Adolphe Digoué. Et neuf loyalistes (anti-indépendantistes) : Nicolas Metzdorf, député et président de Génération NC, Sonia Backès, présidente des Républicains calédoniens et présidente de l'Assemblée de la Province Sud, Virginie Ruffenach, Philippe Gomès, Gil Brial, Brieuc Frogier, Philippe Dunoyer (ancien député), Alcide Ponga et Pascal Vittori.
     

     
     


    Et que propose-t-il ?

    La principale mesure est la création d'un État de Nouvelle-Calédonie, qui sera intégrée au sein de la République française. Ainsi, est instituée une « nationalité calédonienne » parallèlement à la nationalité française, ce qui pourra résoudre le problème du corps électoral pour les élections provinciales.

    Sera rédigée alors la Loi fondamentale de la Nouvelle-Calédonie, autrement dit une Constitution propre qui ne dit pas son nom, dans laquelle seront institués des signes propres à la Nouvelle-Calédonie (nom, drapeau, devise, hymne) ainsi qu'une charte des valeurs calédoniennes. Des compétences en matière de relations internationales seront concédées aux dirigeants de la Nouvelle-Calédonie. Plus généralement pourront s'envisager des transferts des compétences régaliennes (sécurité, défense, monnaie, justice, etc.) de la République française vers l'État de Nouvelle-Calédonie après négociations entre l'État français et le Congrès de la Nouvelle-Calédonie et ne seront applicables qu'après ratification par référendum.

    Les élections pour les assemblées de province et le Congrès de la Nouvelle-Calédonie, prévues pour l'automne 2025, seront repoussées à mai-juin 2026 afin d'avoir le temps de concrétiser juridiquement cet accord, en particulier, d'adopter en automne 2025 une loi organique (pour reporter ces élections) et une révision constitutionnelle (modifiant le titre XIII de la Constitution). Par ailleurs, un référendum ratifiant l'Accord de Bougival est prévu en février 2026 (uniquement en Nouvelle-Calédonie). La Loi fondamentale devra être adoptée après les élections de mai-juin 2026 et pourra être révisée par la suite par une majorité des trois cinquièmes du Congrès de la Nouvelle-Calédonie.

    Le corps électoral sera le corps gelé des dernières élections et référendums néo-calédoniens ainsi que les résidents depuis plus de quinze ans en Nouvelle-Calédonie. Ainsi, le corps électoral est "dégelé", rouvert vers le simple droit commun, avec aussi un rééquilibrage du Congrès au profit de la Province Sud (en raison de l'évolution démographique).

    D'autres mesures font partie de l'Accord de Bougival, en particulier sur la mise en place d'un Pacte de refondation économique et financière, ainsi que d'un plan stratégique pour la filière nickel afin de développer économiquement la Province Nord. Des plans sur l'éducation, la santé, la culture, les transports et le logement, etc. seront également proposés, principalement en direction des jeunes (en d'autres termes, des gros sous !).
     

     
     


    Il faut souligner le caractère novateur de la solution institutionnelle proposée pour l'avenir de la Nouvelle-Calédonie (il faut saluer la créativité de nos experts constitutionnalistes) afin de mettre d'accord a priori deux camps institutionnellement irréconciliables, indépendantistes et anti-indépendantistes. Au même titre qu'en physique quantique, le chat de Schrödinger est à la fois mort et vivant (cf sur Internet pour ceux qui voudraient des précisions !), ici, les habitants de la Nouvelle-Calédonie seront à la fois de nationalité française (les anti-indépendantistes applaudissent) et de nationalité calédonienne (les indépendantistes applaudissent).

    C'est donc un bon compromis, qui permet à la Nouvelle-Calédonie de préserver un destin commun avec celui de la France tout en concédant une autonomie très large proche de l'indépendance (une indépendance dans l'interdépendance, disait le ministre Edgard Pisani dans les années 1980).

    Commentant cet accord, le sénateur LR de Nouméa, Georges Naturel, a expliqué : « Imparfait et incomplet, il a au moins le mérite d'exister pour donner à nos compatriotes calédoniens un signal fort de concorde et d'espoir de la part de leurs élus. (…) Il va donc falloir maintenant expliquer et convaincre pour retrouver la voie de la paix et du vivre-ensemble. ».


    De même, leader des LR de Nouvelle-Calédonie, Sonia Backès s'est également réjouie : « Ce compromis ne satisfera pleinement personne. Mais je suis pleinement convaincue qu'il nous permet de sortir la Calédonie de la spirale de la violences, des incertitudes et de la destruction. (…) Je sais que les concessions que nous avons faites peuvent inquiéter, mais il faut regarder les choses comme elles sont : la nationalité calédonienne ne nous enlève rien : ni à notre appartenance à République ni à notre nationalité française. La Nouvelle-Calédonie se relèvera si tout le monde porte ensemble la volonté de tourner une page. Il ne s'agit ni d'oublier, ni de pardonner mais simplement de regarder devant et désormais, de reconstruire. ».
     

     
     


    La principale concession des indépendantistes, c'est qu'il n'y aura donc plus de référendum d'autodétermination, alors que c'était leur revendication depuis le dernier qu'ils avaient boycotté. Ainsi, la perte de la nationalité française reviendrait à perdre aussi la nationalité calédonienne. Il ne sera donc pas possible d'être citoyen néo-calédonien en dehors d'une citoyenneté française. La transformation de la Nouvelle-Calédonie en « État intégré dans l'ensemble national » devra bien sûr être entérinée par les Calédoniens et en particulier par les indépendantistes, ce sera le pari de pédagogie et d'explication du député indépendantiste Emmanuel Tjibaou qui s'attend, selon "Le Monde" à « se mettre à l'épreuve de la critique ».

    Il faut aussi imaginer que cet accord va réduire les critiques internationales, notamment des Nations Unies, sur les relations entre la France et la Nouvelle-Calédonie, comme le propose le texte de l'accord : « Cet accord constitue une nouvelle étape sur la voie de la décolonisation et de l'émancipation, dans le respect des principes démocratiques et de l'État de droit. Le droit à l'autodétermination demeure garanti par le droit international. Ainsi la Nouvelle-Calédonie, ouverte sur son environnement océanien, tissant de nouvelles solidarités régionales, consciente des mutations géopolitiques à l'œuvre, des risques d'ingérences étrangères, du défi climatique et de l'impératif de préserver son environnement terrestre et marin, entend pleinement assumer sa voix et sa place dans l'Indopacifique, en lien étroit avec la France. ». Le mot "décolonisation" est, à l'évidence, une concession (purement sémantique) au camp indépendantiste.

    Le titre de l'accord est "le pari de la confiance" et à la fin de son préambule, il est indiqué : « Les Calédoniens font à nouveau le pari de la confiance, du dialogue et de la paix à travers le présent accord qui propose une nouvelle organisation politique, une souveraineté plus partagée encore, une refondation économique et sociale, un destin commun. Le succès de l'accord repose sur un engagement de tous les partenaires qui doivent créer et maintenir les conditions de cette confiance. Il repose aussi sur la volonté des Calédoniens de faire peuple. ».


    Rien n'est fait : il faut encore que le peuple de Nouvelle-Calédonie suive ses élus, tous ses élus, pour que l'Accord de Bougival soit mis en œuvre. Mais l'espoir est permis, celui d'un règlement définitif du statut institutionnel de la Nouvelle-Calédonie et d'une focalisation sur son redémarrage économique. Et si ce devait être une réussite, pourquoi l'originalité calédonienne ne deviendrait-elle pas, alors, un modèle dans le monde, notamment lorsqu'il existe des problèmes de souveraineté, je pense par exemple à l'État palestinien ?


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (12 juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Texte intégral de l'Accord de Bougival signé le 12 juillet 2025 (à télécharger).
    Accord de Bougival sur l'avenir de la Nouvelle-Calédonie : historique et original !
    Émeutes en Nouvelle-Calédonie : l'enjeu, c'est la démocratie !
    La messe est dite : la Nouvelle-Calédonie dit non à l’indépendance.
    Nouvelle-Calédonie : jamais deux sans trois !
    Bernard Pons.
    Nouvelle-Calédonie : le vent du boulet ?
    Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 4 octobre 2020 sur la Nouvelle-Calédonie.
    Résultats du référendum du 4 octobre 2020 en Nouvelle-Calédonie.
    Nouvelle-Calédonie : bis repetita ?
    Jean-Marie Tjibaou fut-il un martyr de la cause kanake ?
    Nouvelle-Calédonie : un timide oui pour la France.
    Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 4 novembre 2018 sur la Nouvelle-Calédonie.
    Résultats du référendum du 4 novembre 2018 en Nouvelle-Calédonie.
    Paris à l’écoute de la Nouvelle-Calédonie.
    Discours du Président Emmanuel Macron le 5 mai 2018 à Nouméa.
    Discours du Premier Ministre Édouard Philippe le 5 décembre 2017 à Nouméa.
    L’assaut de la grotte d’Ouvéa selon Michel Rocard.
    Jacques Lafleur.
    Dick Ukeiwé.
    Edgard Pisani.








    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250712-nouvelle-caledonie.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/accord-de-bougival-sur-l-avenir-de-262043

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/12/article-sr-20250712-nouvelle-caledonie.html


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  • Olivier Marleix : hommages et complotisme

    « Stupéfaction et immense tristesse à l'annonce de la disparition brutale d'Olivier Marleix. On ne se rend jamais compte de la fragilité des êtres humains... » (François Bayrou, le 7 juillet 2025 sur Twitter).



     

     
     


    Face à un événement qu'on ne comprend pas, qui ne s'explique pas, parallèlement à la sidération, il y a le complotisme qui est une manière confortable de se réassurer que tout est sous contrôle sur cette Terre chaotique. Parmi ces événements incompréhensibles, il y a le suicide, d'autant plus s'il s'agit du suicide d'une personnalité qui paraissait forte, à l'aise, déterminée, solide. C'était le cas de l'ancien président du groupe LR à l'Assemblée Olivier Marleix, retrouvé sans vie à son domicile le lundi 7 juillet 2025, ce qui a plongé toute la classe politique, j'insiste, toute la classe politique, dans un état de sidération profond.

    Prenons un petit temps sur la pollution de cet événement, c'est-à-dire le complotisme. Autant dire les choses : c'est écœurant. Le cadavre est encore chaud que ces trolls (car ce sont des trolls sur Internet) salissent sa mémoire pour faire de la honteuse récupération politicienne contre le Président de la République Emmanuel Macron. Pensez donc un peu à la famille au lieu de pourrir, par votre indécence, le débat public ! Honte face à l'émotion unanime.

    Je m'y attarde un peu car certains refusent de comprendre qu'il est des actes qu'on ne peut pas expliquer, du moins publiquement, et le suicide en fait partie, c'est un geste extrême qui est d'une extrême intimité et qui ne regarde en fin de compte que les proches... et aussi la police.


    Du reste, ce jeudi 10 juillet 2025, le procureur de la République de Chartres a indiqué que l'autopsie qui a été faite à l'Institut médico-légal de Rouen a permis de confirmer « la thèse du suicide, sans signe de violences extérieures ou intérieures ». Il a ajouté : « Les constatations des médecins convergent vers un diagnostic fondé sur les conséquences d'une asphyxie causée par la pendaison. ». Et a précisé : « Le corps a été remis à disposition de la famille, qui va le rapatrier sur Dreux. ». Il n'y a donc aucun doute, Olivier Marleix n'est pas Robert Boulin.

    Cela n'empêche pas certains complotistes de se jeter sur son cadavre, quitte à faire aussi des amalgames avec d'autres décès, comme ceux de l'élue écologiste Michèle Rivasi (on se demande pourquoi), le professeur Luc Montagnier (qui était très âgé, 89 ans et demi), ou encore le général Jean-Louis Georgelin (qui, loin d'être un opposant politique, était au contraire un proche d'Emmanuel Macron au point de l'avoir nommé à la tête du projet de restauration de Notre-Dame de Paris après l'incendie, un projet auquel tenait énormément le Président de la République).

    Un exemple parmi d'autres, dès le lendemain de la mort d'Olivier Marleix, provenant d'un avocat poutinolâtre très connus des réseaux sociaux et qui assène : « Je ne sais rien des conditions de leur mort. Mais ce que je sais, c'est que ce pays commence vraiment à puer. ». En l'occurrence, le puant, dans cette affaire, c'est celui qui fait des insinuations vaseuses reposant sur RIEN, absolument RIEN, et il le concède d'ailleurs lui-même. J'ai flouté le nom des personnes car je n'ai rien contre les personnes en particulier (qui peuvent être autre chose que des complotistes de salon, du moins je l'espère), mais cela montre à quel point on est tombé dans une sorte de folie virtuelle de réalité alternative.

     

     
     


    Toutefois, lorsqu'on lit les réactions à ce tweet, on peut être rassuré car il y a une grande majorité qui reste saine d'esprit, et qui se contente d'ailleurs de lui dire tout simplement : « "Je ne sais rien des conditions de leur mort", et vous ne pouvez pas en conclure de vous taire ? ».
     

     
     


    Et pourquoi ne pas mettre aussi dans le même lot, la "drôle" de mort de l'humoriste français Bun Hay Mean, dit le Chinois marrant, qui a été retrouvé au bas de son immeuble du dix-septième arrondissement de Paris ce jeudi 10 juillet 2025, à l'âge de 43 ans, alors qu'il cherchait à récupérer son smartphone huit étages plus haut ? Comme il avait commencé sa carrière en 2014, il s'est forcément moqué d'Emmanuel Macron un jour ou l'autre. Encore une victime du pouvoir ?

    En fait, on pourrait faire un petit calcul simple : combien y a-t-il de Français décédés depuis mai 2017 ? Si je ne dis pas de bêtise, il y a environ 600 000 décès par an, hors crise sanitaire, ce qui fait (en très gros) dans les 5 millions (sur huit ans). Aujourd'hui, il y a environ 80% des personnes sondées qui expliquent qu'elles ne font pas confiance à Emmanuel Macron. On pourrait donc dire qu'il y a des centaines de milliers de personnes qui étaient des opposants résolus à Emmanuel Macron et qui sont mortes durant sa Présidence. De là à conclure que de supposés Tontons Macoutes macroniens auraient provoqué tous ces décès, je pense qu'il faut avoir le cerveau particulièrement givré pour un tel raisonnement.

    Mais revenons aux hommages, car ce que les complotistes du web n'ont pas compris, c'est que, malgré les clivages politiques, malgré les positions politiques très tranchées, Olivier Marleix a fait l'unanimité dans les hommages, dans toute la classe politique, et c'est un moment remarquable et rassurant sur l'esprit humain. Parfois, toute la classe politique est capable de se rassembler lors de moments difficiles, émouvants, sidérants.


    C'est sans doute le Premier Ministre François Bayrou, en bon humaniste, qui a eu les mots les plus appropriés, et même, le mot le plus approprié : l'être humain a des fragilités, aussi fort soit-il, et il faut savoir les percevoir. Il a participé ainsi aux deux hommages solennels qu'ont voulu faire les deux assemblées du Parlement.
     

     
     


    Ainsi, pour débuter la séance de 15 heures le mardi 8 juillet 2025, la Présidente de l'Assemblée Nationale Yaël Braun-Pivet a rendu hommage à Olivier Marleix de cette façon : « Hier après-midi, notre Assemblée Nationale s’est glacée de stupeur et de douleur lorsque nous avons appris la tragique disparition de notre collègue Olivier Marleix. Olivier Marleix était des nôtres. Il siégeait dans cet hémicycle depuis 2012. Il en était une figure familière, un collègue estimé, pour beaucoup un ami. Je peux en témoigner comme nombre d’entre vous sur ces bancs : Olivier Marleix incarnait le parlementaire dans la plus noble acception du terme. Il était à la fois un technicien rigoureux et méticuleux, un orateur pugnace et précis, un défenseur de nos institutions et un fidèle serviteur de l’intérêt général. Chacun ici le savait. Chacun ici le respectait. (…) Durant ces quinze années, Olivier Marleix fut un véritable pilier de la commission des lois. Il s’investit particulièrement dans la lutte contre la corruption et les conflits d’intérêts, en grand défenseur de la déontologie et de l’intégrité parlementaires. Le fil rouge de son engagement, ce fut peut-être son admiration, teintée de nostalgie, pour l’État gaullo-pompidolien. Fervent avocat de la souveraineté industrielle et énergétique de la France, il présida ainsi en 2018, avec une pugnacité que chacun lui reconnaît, la commission d’enquête sur les décisions de l’État en matière de politique industrielle. Enfin, tout au long de ses engagements, Olivier Marleix n’a jamais séparé la liberté des Français de leur sécurité. Sa toute première intervention dans cet hémicycle, le 6 novembre 2012, comme sa toute dernière, le 1er juillet dernier, portèrent justement sur la sécurité des Français. Olivier Marleix prenait encore la parole dans l’hémicycle mardi dernier. Il était alors comme nous l’avions toujours connu : précis, impliqué, respecté. Il devait siéger cet après-midi même sur les bancs de la commission, pour défendre la proposition de loi dont il était le rapporteur. ».
     

     
     


    Et de décrire ses grandes qualités : « Derrière le député engagé et investi, il y avait également l’homme unanimement apprécié. Les hommages d’hier en témoignent : ils sont venus de tous les bancs de l’hémicycle, démontrant qu’au-delà de nos différences politiques souvent radicales, nous appartenons à une seule et même grande famille, la famille parlementaire. Nous sommes très nombreux ici à pouvoir attester de la force de caractère d’Olivier Marleix, de sa stature morale. Oui, il fut un opposant résolu ; mais il fut toujours un opposant respectueux de nos institutions et des autres, exigeant et courtois, digne et élégant mais aussi pince-sans-rire, et nous sommes beaucoup à avoir fait l’expérience de son humour tranchant mais toujours pertinent. Je peux témoigner personnellement de ces qualités, pour avoir travaillé étroitement avec lui, sept années durant, au sein de la commission des lois puis en conférence des présidents. Homme de droite, il incarnait avant tout une droiture républicaine en vertu de laquelle il ne transigeait jamais avec ses convictions ; il plaçait l’intérêt général et notre institution au-dessus de tout. (…) Aujourd’hui, en cette heure de deuil, nos pensées attristées se tournent vers sa famille et ses proches. Qu’ils sachent que la représentation nationale tout entière partage leur peine et se tient à leurs côtés. ».
     

     
     


    Actuel président du groupe LR à l'Assemblée et successeur, donc, d'Olivier Marleix à ce poste, Laurent Wauquiez est ensuite intervenu, quasi-larmoyant : « La semaine dernière, il était encore là, assis à sa place parmi nous. Aujourd’hui, son siège est vide ; il est parti et il laisse derrière lui, pour chacun d’entre nous, une infinie tristesse. Ceux qui le connaissaient bien savaient déceler, au-delà de sa pudeur, l’immense sensibilité de son âme. Son départ et la brutalité des circonstances appellent tant de questions, des regrets aussi : ces paroles que nous n’avons pas pu prononcer, ces échanges que nous aurions aimé avoir, tout ce qu’on n’a pas eu le temps de dire. Cette peine, rien ne pourra la combler. Elle laisse son lot, pour chacun d’entre nous, de souvenirs, de regrets, de souffrances. Mais notre devoir, c’est de garder autre chose d’Olivier Marleix. Notre devoir, c’est de faire en sorte que la brutalité de son départ et la façon dont elle nous marque ne fassent pas oublier la dignité de son engagement politique et ce qui était le sens de sa vie, celle d’un député au talent rare. (…) Lui, le Cantalien au caractère parfois rude mais toujours espiègle. Lui qui a toujours refusé d’être un héritier et qui avait choisi de se construire par le suffrage universel. (…) Olivier avait gardé de Georges Pompidou, qu’il admirait tant, cette conviction que la belle politique conjugue l’enracinement dans un territoire et le regard qui emporte au-delà de la colline. Oui, il aimait en politique les grands débats ; il aimait les idées qui élèvent. Il y avait en lui la force du travail et le panache des convictions, qu’il défendait avec courage. Il le faisait d’abord pour nos institutions, dont il refusait de voir perdre l’esprit de la Ve République, il y mettait toute son énergie en commission des lois, où sa parole était écoutée et respectée ; ensuite pour la souveraineté de la France, et il s’était tant battu contre la vente de nos fleurons industriels. (…) Il refusait que la vie politique soit abîmée, qu’elle soit gangrenée par la médiocrité. Homme de lecture et d’écrit, il ne cessait de réfléchir, de questionner, de proposer pour tracer un chemin de reconstruction française. (…) La vie politique peut être dure. Derrière les apparences qui protègent, derrière les sourires que l’on affiche parfois comme des armures, derrière les silences que l’on ne comprend pas toujours, on sous-estime toujours la solitude des êtres. Mais Olivier, tu n’es pas seul ! Tu n’es pas seul. Tu comptes ici des compagnons fidèles, des amis qui perpétueront ta mémoire, celle d’un homme droit qui a dédié sa vie à l’honneur et à l’amour de son pays. ».
     

     
     


    Concluant cet hommage, François Bayrou a pris brièvement la parole à la tribune : « Le gouvernement veut vous dire à quel point il a partagé avec vous, hier, votre stupéfaction et votre immense tristesse à l’annonce du départ d’Olivier Marleix ; à quel point il partage l’arrachement qui est le vôtre ; à quel point il partage l’affection qui a été traduite sur bien des bancs tout comme le respect que cette personnalité rare faisait naître. Olivier Marleix était un combattant, fort de convictions dont chacun connaissait la puissance. Infatigable parce qu’il ne cessait de défendre une certaine idée de la France, de sa souveraineté, en particulier de sa souveraineté économique et industrielle, il nourrissait pour notre pays, au-delà des dossiers dont il avait la charge, un amour enraciné. Cette figure que beaucoup estimaient sur tous les bancs, cette figure-là nous rappelait que la politique n’est pas seulement débat, concurrence et affrontement, qu’elle est quelque chose d’autre, le partage d’un idéal dont nous ne nous faisons sans doute pas tous la même idée mais qui est aussi essentiel pour nous tous. Vous l’avez dit, ou du moins nous l’avons senti dans vos propos, madame la Présidente, monsieur le président Wauquiez, ce drame nous a rappelé aussi qu’il y a dans tout être humain des fragilités et des failles, même chez les hommes qui paraissent inflexibles. Beaucoup d’entre nous, hier et ce matin, se sont dit qu’il ne fallait pas laisser sans réponse ces failles et ces fragilités, qu’il serait bon que les mains se tendent. ».

    L'hommage de l'Assemblée Nationale était naturel car Olivier Marleix a été député pendant plus de treize ans. En revanche, il n'a jamais été sénateur, et pourtant, Gérard Larcher, le Président du Sénat et également un compagnon de route d'Olivier Marleix au sein du parti Les Républicains, a souhaité aussi lui rendre hommage. Avec une raison simple : dans sa jeunesse, Olivier Marleix a travaillé au sein du groupe RPR au Sénat.

    C'est ce qu'a fait Gérard Larcher, juste une courte évocation, au début de la séance de 15 heures du mercredi 9 juillet 2025 au Sénat : « Je veux avoir une pensée pour Olivier Marleix, disparu brutalement ce lundi. (…) Président du groupe Les Républicains de l'Assemblée Nationale entre 2022 et 2024, ce qui nous avait amenés à échanger très souvent, il était un élu de conviction et d'engagement, marqué par le gaullisme et l'exemple de son père, lui-même ancien député du Cantal. ».


    À cette nouvelle occasion, le chef du gouvernement est aussi intervenu au Sénat à propos d'Olivier Marleix : « La disparition d'Olivier Marleix a été, pour l'Assemblée Nationale et le Parlement dans son ensemble, un moment de saisissement, de stupéfaction et de grand chagrin. Il était un parlementaire assidu, actif et enraciné, aux convictions fortes, en particulier sur les thèmes qui lui étaient chers de la souveraineté économique et industrielle. Cet événement a été l'occasion pour beaucoup d'entre nous de méditer sur le fait que sous une force qui pouvait paraître irréductible se dissimulait parfois une fragilité. Je pense que cela a traversé l'esprit de chacune et de chacun. Les engagements qui sont les nôtres ne protègent pas de ce type de faille, au contraire. Nous devons donc être d'autant plus attentifs les uns aux autres. Honorons en cet instant la mémoire d'un serviteur fidèle et engagé de la vie parlementaire. ».

    Olivier Marleix sera enterré ce vendredi 11 juillet 2025 à 15 heures à Anet, dans l'Eure-et-Loir, dont il avait été le maire pendant un peu plus de neuf ans. Seront présent de nombreuses personnalités politiques, en particulier François Bayrou, Yaël Braun-Pivet, Gérard Larcher, Bruno Retailleau, Laurent Wauquiez, etc.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (10 juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Olivier Marleix : hommages et complotisme.
    Olivier Marleix : un choc violent.
    Charles Pasqua.
    Jean-Marie Demange.
    Gérard Gaudron.
    Jean-Pierre Abrioux.

    Jean Tiberi.
    La nouvelle direction de LR : cap vers 2027 ?
    Bruno Retailleau.
    LR : plébiscite pour Bruno Retailleau !
    Congrès LR : les jeux sont-ils faits ?
    De Gaulle.
    Philippe Bas.
    Xavier Bertrand.
    L'offensive de Bruno Retailleau.
    Nicolas Sarkozy.
    Jean-Louis Debré.
    Claude Malhuret.
    Philippe De Gaulle.
    François-Xavier Ortoli.
    Alain Juppé.

    Édouard Philippe.
    Laurent Wauquiez.
    Aurore Bergé.
    Alain Peyrefitte.
    La sagesse inattendue de Jean-François Copé.
    Yvon Bourges.
    Christian Poncelet.
    René Capitant.
    Patrick Devedjian.



     

     
     






    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250710-olivier-marleix.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/olivier-marleix-hommages-et-261972

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/09/article-sr-20250710-olivier-marleix.html



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  • Euthanasie 2025 (5) : Vincent Lambert et la proposition de loi relative à "l'aide à mourir"

    « Prions pour les malades abandonnés et qu’on laisse mourir. Une société est humaine si elle protège la vie, de son début jusqu’à sa fin naturelle, sans choisir qui est digne ou non de vivre. Que les médecins servent la vie, qu’ils ne la suppriment pas. » (10 juillet 2019).



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    Ces quelques mots ont été prononcés par le pape François il y a six ans et évoquaient la situation terrible de Vincent Lambert. Ce dernier est mort le 11 juillet 2019 par ce qu'on pourrait appeler de l'euthanasie passive.

    D'une personne pleine et entière, malgré sa grave situation de handicap, Vincent Lambert est devenue une "affaire", une affaire judiciaire mais aussi une affaire médiatique. À cause d'un accident, il était dans un état pauci-relationnel, c'est-à-dire qu'il ne savait pas s'exprimer, et on ne savait pas s'il pouvait entendre, ressentir, voir, etc. Certains, dont la considération portée à l'humain pourrait prêter à interrogation, parlaient d'un "légume", comme si le végétal devait toujours passer à la casserole.


    Comme deux mille autres personnes, Vincent Lambert était simplement une personne humaine, avec toute sa dignité, qui reste inconditionnelle, intrinsèque à lui-même, était simplement une personne à situation de grand handicap. Il était capable de respirer tout seul, il n'avait aucun besoin d'appareil de réanimation, de respiration. En revanche, n'ayant pas été rééduqué pour déglutir (parce qu'on lui a interdit les services d'un kinésithérapeute), il avait besoin d'aide pour se nourrir et s'hydrater, ou plus facilement, d'une sonde gastrique.

    Avant son accident, il n'avait rédigé aucune directrice anticipée, malgré sa profession qui lui permettait pourtant de connaître le milieu des soignants à l'hôpital et de plus anticiper sur ce cas imprévu et improbable qu'il a connu, celui de l'incapacité à s'exprimer. Concrètement, on ne sait pas ce qu'il aurait voulu dans cet état, rester en vie dans l'espoir d'être plus réveillé, de voir son état progresser, voire d'imaginer la médecine progresser pour mieux l'aider, ou en finir avec cette vie que certains s'autorisaient à dire inutile, affreuse ? Sa mère pensait la première option, et sa femme la seconde. Qui avait raison ? Personne évidemment.


    La mort de Vincent Lambert a été programmée, elle a été le résultat de nombreuses procédures judiciaires qui ont finalement abouti à l'application de la loi Claeys-Leonetti du 2 février 2016, à savoir, la sédation profonde et continue jusqu'au décès. Elle a duré quelques jours. Pour certains, c'étaient des jours de trop, ils auraient préféré une injection létale, pensant que ce serait moins d'hypocrisie. Parler d'hypocrisie dans une telle situation, quelle arnaque intellectuelle ! Refuser de tuer les patients, ce qui est le cadre normal de la loi (il est interdit de tuer) et de celui de plusieurs religions (tu ne tueras point), n'a rien d'hypocrite. Ouvrir la porte, ouvrir la boîte de Pandore du permis de tuer aura des conséquences très fâcheuses pour la société. Tuer le malade ne peut pas être une solution pour tuer la maladie, sinon déclarer forfait.

    L'un des deux auteurs de la loi Claeys-Leonetti mais également l'auteur de la précédente loi, la loi Leonetti du 22 avril 2005, l'actuel maire LR d'Antibes Jean Leonetti, ancien ministre et ancien député, a résumé la terrible conclusion de cette "affaire" le jour-même, le 11 juillet 2019 dans "Le Monde", rédigé avant et publié après la mort de Vincent : « Sa vie et sa mort, qui auraient dû rester dans le domaine de l’intime, dans le doute de la complexité et le respect de la souffrance et du deuil, se sont abîmés dans la lumière aveuglante des médias, la simplification émotionnelle, la violence des mots et l’affrontement devant la justice d’une famille déchirée. Le cas de Vincent Lambert est moins un problème médical qu’un problème familial dans lequel se mêlent le sublime de la tragédie grecque et le sordide de l’image et des formules impudiques. ».

    Jean Leonetti, qui ne souhaitait pas légaliser l'euthanasie active, estimait au contraire que Vincent Lambert pouvait partir avec ses lois. Paradoxe pour soutenir l'efficacité de son dispositif législatif qui évitait justement d'en arriver à l'euthanasie active.


    La réalité, c'est que Vincent Lambert était dans une situation de grave handicap, certes, enviable par personne, mais n'était pas en fin de vie, il n'était pas en stade terminal d'une maladie, et en plus, il n'avait pas émis de volonté (claire) de quitter ce monde qui l'a tristement amputé de sa vivacité.

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    C'était ce qu'a voulu exprimer le romancier Michel Houellebecq particulièrement écœuré par cette polémique médiatisée dans le même journal, "Le Monde" du 11 juillet 2019 (toujours rédigé avant et publié après la mort de Vincent) : « Vincent Lambert (…) aurait dû savoir (…) que l’hôpital public avait autre chose à fo*tre que de maintenir en vie des handicapés (aimablement requalifiés de "légumes"). L’hôpital public est sur-char-gé, s’il commence à y avoir trop de Vincent Lambert, ça va coûter un pognon de dingue (on se demande pourquoi d’ailleurs : une sonde pour l’eau, une autre pour les aliments, ça ne paraît pas mettre en œuvre une technologie considérable, ça peut même se faire à domicile, c’est ce qui se pratique le plus souvent, et c’est ce que demandaient, à cor et à cris, ses parents). Mais non, en l’occurrence, le CHU de Reims n’a pas relâché sa proie, ce qui peut surprendre. Vincent Lambert n’était nullement en proie à des souffrances insoutenables, il n’était en proie à aucune souffrance du tout. Il n’était même pas en fin de vie. Il vivait dans un état mental particulier, dont le plus honnête serait de dire qu’on ne connaît à peu près rien. ».

    En évoquant l'aspect financier, Michel Houellebecq a bien sûr appuyé là où cela risquait de faire mal. J'évoquerai ultérieurement cet aspect très important (dans un prochain article). Il évoquait aussi l'organisation des hôpitaux, et cela avant la crise du covid-19.

    Pour beaucoup de promoteurs d'une loi permettant l'euthanasie, le "cas" de Vincent Lambert était une raison pour "avancer" plus dans la mise à mort légale des patients. Eh bien, ce sera pour eux une déception de savoir que la proposition de loi Falorni, adoptée en première lecture le 27 mai 2025 par l'Assemblée Nationale, n'aurait pas pu venir en "aide" (si on peut appeler cela une aide, mais l'intitulé-même de la proposition est "aide à mourir") si elle avait été applicable à l'époque.

    Mais en fait, comme l'a rappelé Jean Leonetti, aucune loi n'aurait réglé le sort de Vincent Lambert pour la bonne raison que la famille était profondément divisée sur la marche à suivre. La justice, mais aussi la loi ne servent que lorsqu'il y a un désaccord, une confrontation entre deux options. Certes, l'État peut statuer seul, peut juger, condamner même quand tout le monde est d'accord (après tout, le meurtre d'une personne pourrait recueillir l'unanimité, ce serait effrayant mais pas impossible), mais en général, la justice est là pour départager, et la loi donne la clef du partage.


    Ici, lorsqu'on est dans l'intime, dans le secret des consciences, lorsque chaque "cas" est un cas particulier et qu'il n'existe aucun cas général, la loi serait d'une piètre utilité. Car la proposition Falorni insiste bien qu'il s'agit d'un acte volontaire, d'une volonté exprimée avec l'esprit éclairé. Donc, Vincent Lambert qui aurait été incapable d'exprimer son envie (ou pas) d'en finir de manière autonome, sans pression venue de nulle part, n'aurait pu "bénéficier" de cette proposition de loi si elle avait été applicable à l'époque.

    Plus généralement, lorsque deux proches revendiquent des options diamétralement opposées, aucune loi ne serait en mesure de les départager et la faute qu'il a été commise à l'époque, c'est qu'au bénéfice du doute, la décision la moins irréversible aurait dû être adoptée, faute de mieux. C'est-à-dire le maintien en vie qui, j'insiste, dans le cas de Vincent Lambert, ne constituait pas un acharnement thérapeutique puisqu'il n'avait pas besoin d'appareillage pour vivre (seulement une aide pour boire et se nourrir par difficulté de déglutition, comme des dizaines de milliers de personnes dans notre pays).

    Nous pourrons hélas nous donner rendez-vous un peu plus tard : c'est justement parce que la future loi probablement adoptée définitivement dans quelques mois ne s'appliquera pas à un nouveau "cas" encore très médiatisé et très émouvant qu'on voudra déjà la compléter pour englober des "cas" qui en étaient exclus. Et ainsi de suite. La boîte de Pandore aura été ouverte et il suffira simplement d'ouvrir un peu plus le couvercle.

    Aujourd'hui, Vincent Lambert est oublié et c'est peut-être mieux ainsi pour lui et sa famille. Il repose en paix mais n'aura pas été "délivré" ; au contraire, mort, il est encore plus "enfermé" que vivant. Je salue toutefois sa mémoire et le fait qu'il a été la preuve vivante que, même dans son état aussi diminué, que personne ne souhaite vivre, il a été au cœur de l'un des débats publics les plus importants et les plus passionnants du premier quart de ce siècle.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (05 juillet 2025)
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    Pour aller plus loin :
    Euthanasie 2025 (5) : Vincent Lambert et la proposition de loi relative à "l'aide à mourir".
    Vincent Lambert, meurtre d’État, euthanasie, soutien aux plus fragiles…
    Vincent Lambert au cœur de la civilisation humaine ?
    Euthanasie 2025 (4) : adoption de la proposition de loi relative à "l'aide à mourir".
    Euthanasie 2025 (3) : l'examen de la proposition Falorni à l'Assemblée.
    Euthanasie 2025 (2) : l'inquiétude des religions.
    Euthanasie 2025 (1) : quelle société humaine voulons-nous ?

     


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    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250711-vincent-lambert.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/euthanasie-2025-5-vincent-lambert-261030

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/09/article-sr-20250711-vincent-lambert.html


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  • 50 ans de divorce par consentement mutuel

    « Lorsque les époux demandent ensemble le divorce, ils n'ont pas à en faire connaître la cause ; ils doivent seulement soumettre à l'approbation du juge un projet de convention qui en règle les conséquences. La demande peut être présentée, soit par les avocats respectifs des parties, soit par un avocat choisi d'un commun accord. Le divorce par consentement mutuel ne peut être demandé au cours des six premiers mois de mariage. » (Art. 230 du code civil après la loi du 11 juillet 1975).



     

     
     


    Mine de rien, il y a eu des grands réformateurs dans notre pays. On ne redira ici jamais assez à quel point le Président Valéry Giscard d'Estaing fut un réformateur de la société française. Il a ancré la modernisation de la société, et des mœurs, dès la première année de son septennat par des réformes emblématiques, entre autres la dépénalisation de l'IVG, la majorité à 18 ans, et enfin, alors que c'était politiquement moins bruyant mais sociétalement pas moins crucial, la possibilité du divorce par consentement mutuel. Cela fait maintenant cinquante ans que la loi n°75-617 du 11 juillet 1975 a été promulguée en proposant une voie à l'amiable pour le divorce.

    Biographe de Valéry Giscard d'Estaing, le journaliste Éric Roussel expliquait le 7 mars 2023 pour "Émile", le magazine des sciences po, l'apport de ce jeune Président : « VGE considérait que De Gaulle avait fait de grandes réformes institutionnelles en 1958, mais que tout l’aspect sociétal n’avait pas bougé. Il avait été très frappé par mai 68 et redoutait qu’une crise analogue se reproduise. ».

    Au même titre que l'IVG, VGE n'a pas incité, n'a pas encouragé le divorce, mais il a su saisir les nécessités de son époque pour adapter la législation à la société en pleine transformation. Le gouvernement de Jacques Chirac, en particulier le Ministre de la Justice Jean Lecanuet qui a défendu ce projet de loi, était évidemment partisan du modèle familial traditionnel, et se plaçait à droite ou au centre droit de l'échiquier et n'avait rien de révolutionnaire.
     

     
     


    Il est important d'évoquer cette révolution. Pas celle de mai 1968, mais celle du 20 septembre 1792 qui proposa dès ce moment-là ce divorce par consentement mutuel, dans la suite logique de l'égalité entre les hommes et les femmes. Ce divorce a été banni à la Restauration en 1816 et il a fallu attendre 1975, sous l'inspiration du juriste Jean Carbonnier, professeur de droit privé, pour retrouver cette voie "à l'amiable" de séparation des foyers conjugaux.

    Avant cette procédure, il y avait deux autres voies pour le divorce, en cas de rupture de la vie commune (séparation de corps, de fait), et en cas de faute, qu'il fallait donc prouver (par exemple, adultère). En proposant une procédure par consentement mutuel, cela limite évidemment les frais, cela accélère la procédure et cela facilite psychologiquement la séparation. Surtout, cela évitait une fiction judiciaire : même lorsque les deux époux étaient consentants, il fallait trouver une faute pour pouvoir divorcer légalement, ce qui créait des situations stupides de production de fausses preuves pour prouver de fausses fautes.
     

     
     


    Il faut bien rappeler qu'un divorce n'est pas simplement qu'une séparation de deux êtres. Parfois, ils ont créé une communauté de biens (selon le contrat de mariage ; par défaut, tout acquisition postérieure au mariage appartient à la communauté), et parfois même, plus important, ils ont créé une famille, c'est-à-dire qu'ils ont engendré des enfants. En cas de séparation, la communauté doit être liquidée selon des règles de partage consenties ou contraintes (par un juge), selon les cas (y compris pension alimentaire pour le conjoint le moins rémunéré, répartition du patrimoine, etc.), et l'avenir des enfants doit être également réglé (garde des enfants, droit de visite, pension alimentaire, etc.).

    Dans les années 1970, le divorce était encore un acte exceptionnel et honteux. En 1977, il y avait 20 divorces pour 100 mariages. Maintenant, c'est très ordinaire, au point qu'un mariage sur deux se termine désormais en séparation (divorce). À cela, plusieurs raisons dont les principales sont le travail des femmes (les femmes ne sont plus obligées de rester mariées pour vivre ; elles peuvent être indépendantes financièrement) ; l'espérance de vie qui augmente (rester ensemble vingt ans ou cinquante ans n'est pas la même chose) ; la tolérance aux mauvais traitements (violences conjugales) est beaucoup plus faible maintenant qu'auparavant. Enfin, de nos jours, on se marie beaucoup plus par amour qu'hier, ce qui fait que lorsque le sentiment amoureux s'étiole, le mariage est remis en cause.

    De fait, la loi du 11 juillet 1975 a effectivement fait augmenter le nombre de divorces, et de nos jours, il faut compter environ 130 000 divorces par an pour 220 000 mariages par an.
     

     
     


    La procédure est assez simple. Il faut d'abord que les deux époux soient d'accord pour divorcer (c'est le préalable indispensable). Ensuite, les avocats règlent la dissolution du mariage pour l'aspect familial (enfants) et l'aspect matériel (liquidation de la communauté, pensions, etc.). Une fois un accord obtenu par les deux futurs ex-époux, le juge valide le contrat (la convention de divorce). Et l'acte est ensuite inscrit à l'état-civil. Il faut signaler qu'il n'existe pas de procédure d'appel à un divorce par consentement mutuel. En cas de désaccord, c'est le juge qui tranche.

    À partir du 1er janvier 2017, l'intervention d'un juge aux affaires familiales n'est plus nécessaire, à savoir que le ou les avocats des futurs ex-époux déterminent la convention du divorce et la font valider par un notaire, sans juge, ce qui permet de désengorger la justice. La procédure est alors beaucoup plus rapide (quelques mois) et moins coûteuse (il faut toujours payer les avocats et le notaire). Il existe même un moyen de procéder au divorce par des avocats en ligne, sur Internet, sans avoir forcément à les rencontrer physiquement (ce procédé est toutefois plus ou moins légal).
     

     
     


    La réforme du divorce par consentement mutuel a été une grande révolution pour la société française. Alors que le divorce était vécu comme une mise en accusation par la société du couple devenu coupable de ne plus vouloir rester uni, il a été dédramatisé, devenu simple séparation avec juste la préoccupation sur l'avenir des enfants et l'avenir du patrimoine commun. Paradoxalement, ceux qui y ont le plus gagné, psychologiquement, sont les enfants des couples séparés. De nos jours, les familles sont désormais recomposées, avec des demi-frères, demi-sœurs, ou même une fratrie sans sang commun, des beaux-pères, des belles-mères (mais pas dans le sens des parents du conjoint), et ce n'est plus "dramatique". En revanche, cela a des conséquence notamment sur le nombre de logements nécessaires à ces nouvelles mœurs (dans une société qui manque cruellement de logements).

    Comme pour la contraception dès 1967, ainsi que pour l'IVG, la réforme du divorce a été une simple nécessité sociétale pour que la législation accompagne l'évolution d'une société devenue de plus en plus individualiste. Ceux qui ont amorcé ces réformes n'étaient pas dans la philosophie (pour ou contre), mais dans l'action publique avec des objectifs de santé publique (très clairement pour l'IVG) et de santé mentale, d'intérêt général.

    Finalement, malgré son importance, cette loi du 11 juillet 1975 est passée avec une relative discrétion politique au contraire de la loi sur l'IVG. Elle a pourtant contribué, mais pouvait-on l'éviter ?, à la décomposition de la cellule familiale dont on connaît le paroxysme actuellement.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (05 juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    50 ans de divorce par consentement mutuel.
    Les 20 ans de la loi handicap du 11 février 2005.
    IVG : l'adoption de la loi Veil il y a 50 ans.
    Le droit de vote à 18 ans, c'était il y a 50 ans grâce à Giscard !
    Lucien Neuwirth  et la contraception.
    Le vote des femmes en France.
    Femmes, je vous aime !
    Ni claque ni fessée aux enfants, ni violences conjugales !
    Violences conjugales : le massacre des femmes continue.
    L'IVG dans la Constitution (3) : Emmanuel Macron en fait-il trop ?
    Discours du Président Emmanuel Macron le 8 mars 2024, place Vendôme à Paris, sur l'IVG (texte intégral et vidéo).
    L'IVG dans la Constitution (2) : haute tenue !
    L'IVG dans la Constitution (1) : l'émotion en Congrès.
    La convocation du Parlement en Congrès pour l'IVG.
    L'inscription de l'IVG dans la Constitution ?
    Simone Veil, l’avortement, hier et aujourd’hui…
    L’avortement et Simone Veil.
    Le fœtus est-il une personne à part entière ?
    Le mariage pour tous, 10 ans plus tard.
    Rapport 2023 de SOS Homophobie (à télécharger).
    Six ans plus tard.
    Mariage lesbien à Nancy.
    Mariage posthume, mariage "nécrophile" ? et pourquoi pas entre homosexuels ?
    Mariage annulé : le scandaleux jugement en faveur de la virginité des jeunes mariées.
    Ciel gris sur les mariages.

    Les 20 ans du PACS.
    Ces gens-là.
    L’homosexualité, une maladie occidentale ?
    Le coming out d’une star de la culture.
    Transgenres adolescentes en Suède : la génération sacrifiée.
    PMA : la levée de l’anonymat du donneur.
    La PMA pour toutes les femmes.












    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250711-divorce.html

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    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/08/article-sr-20250711-divorce.html



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  • Olivier Marleix : un choc violent pour la classe politique

    « Il est peu de figures capables de rassembler les plus féroces adversaires politiques. Le député et ancien président du groupe Les Républicains à l’Assemblée Olivier Marleix était de celles-là. » (Clotilde Jégousse, le 7 juillet 2025 dans "Le Figaro").



     

     
     


    Voilà comment a commencé ce triste article de la journaliste Clotilde Jégousse dans le journal généralement considéré comme proche du parti Les Républicains. C'est vers 17 heures ce lundi 7 juillet 2025 que toute la classe politique a appris avec stupeur et émotion le suicide d'un des siens, le député LR Olivier Marleix, à l'âge de 54 ans (né le 6 février 1971).

    C'est un choc très violent que celui de l'annonce d'un suicide, surtout lorsqu'il s'agit d'une personnalité politique nationale (à ma connaissance, dans le passé récent, je ne vois que ceux de Jean-Marie Demange et de Pierre Bérégovoy), surtout encore lorsqu'il s'agit d'une personnalité qui semblait forte et déterminée. Très violent pour la famille et les proches, mais aussi pour la classe politique unanimement bouleversée.

    Selon le procureur de la République de Chartres, Frédéric Chevallier, Olivier Marleix, député d'Eure-et-Loir depuis juin 2012, a été découvert sans vie à son domicile d'Anet, dont il a été le maire de mars 2008 à septembre 2017, « retrouvé dans une pièce du haut, pendu ».


    Les circonstances de ce suicide ne sont pas connues. On ne redira jamais à quel point un suicide peut être motivé par plusieurs raisons, et pas forcément les plus évidentes, et que cela peut toucher tout le monde, les plus faibles comme les plus forts (certains articles de journaux ont prudemment ajouté cette information à cette occasion : « Si vous avez des pensées suicidaires, si vous êtes en détresse ou si vous voulez aider une personne en souffrance, il existe des services d'écoute anonymes et gratuits. Le numéro national 3114 est joignable 24h/24 et 7j/7. »). Pour la plupart des cas, le suicide reste un mystère.
     

     
     


    Olivier Marleix laisse deux filles et ses deux parents, Évelyne et Alain Marleix. Ce dernier est aussi un homme politique du RPR puis de l'UMP, expert électoral du RPR, ancien député européen puis député du Cantal, notamment Secrétaire d'État aux Anciens combattants puis aux Collectivités territoriales du 18 juin 2007 au 13 novembre 2010 dans le deuxième gouvernement de François Fillon. Pendant une législature, donc, de juin 2012 à juin 2017, siégeaient dans l'hémicycle deux Marleix, le père et le fils. Et les deux parents ont été, tous les deux, maires, l'une de Molompize de 2001 à 2008 et l'autre de Massiac de 1995 à 2008, deux communes du Cantal.

    C'est Naïma Moutchou, vice-présidente (Horizons) de l'Assemblée, qui présidait la séance de ce lundi 7 juillet 2025 à 17 heures, qui a interrompu les travaux des députés, en plein examen de la proposition de loi modifiant le scrutin municipal pour Paris, Lyon et Marseille : « Monsieur le ministre, mes chers collègues, une terrible nouvelle qui concerne l’un de nos collègues vient de me parvenir. Par décence et par respect, et dans l’attente d’une confirmation, je vais suspendre la séance pour quelques minutes. ».

     

     
     


    Un quart d'heure plus tard, elle a repris la séance avec l'information hélas confirmée : « Monsieur le ministre, mes chers collègues, j’ai l’immense tristesse de vous confirmer que notre collègue Olivier Marleix nous a quittés. C’est une onde de choc. Mme la Présidente lui rendra hommage dans les formes les plus solennelles demain à 15 heures. Dans cette attente, et en sa mémoire, je vous invite à observer une minute de silence. ».

    Seul membre du gouvernement présent dans l'hémicycle, le Ministre délégué aux Relations avec le Parlement Patrick Mignola a ensuite pris la parole : « À l’annonce de cette nouvelle d’une immense tristesse et d’une grande brutalité, il me revient, au nom du gouvernement, de dire immédiatement quelques mots, avant que la présidente de l’Assemblée Nationale et le premier ministre ne rendent hommage demain à Olivier Marleix. Olivier Marleix fut quatre fois d’affilée élu député de la deuxième circonscription d’Eure-et-Loir. Il fut le président du groupe Les Républicains dans cet hémicycle, où il était unanimement reconnu comme un rhéteur redoutable, mais toujours loyal. Il appartenait à la grande famille des Républicains et à une grande famille de républicains. Toutes nos pensées vont à ses proches, au territoire auquel il était tant attaché et à ses collègues. Au nom du gouvernement, je tiens à formuler de la gratitude pour la force de ses convictions et de ses engagements. ».
     

     
     


    La séance a été encore interrompue cinq minutes avant la reprise de l'examen du projet de loi. L'orateur était alors un député LR, Nicolas Ray, choqué évidemment par la nouvelle, qui a commencé son intervention par ces quelques mots : « C’est avec tristesse et émotion que je prends la parole car nous venons d’apprendre, il y a quelques minutes, la disparition tragique de notre collègue Olivier Marleix. Quand j’ai été élu député de l’Allier, il y a trois ans, Olivier a été mon premier président de groupe. Il m’a donc accompagné avec bienveillance dans mes premiers pas de parlementaire. Doté d’une hauteur de vue et d’une grande capacité d’analyse, Olivier était un collègue courageux et engagé, fier de ses racines cantaliennes. Ironie du sort, il était très engagé sur cette proposition de loi, et très opposé à cette réforme. Lors de nos débats en première lecture, même si je n’étais pas en accord avec lui sur le fond, je veillais toujours à respecter ses positions et ses arguments. Avec mes collègues du groupe, nous avons une pensée très peinée pour ses proches, pour Alain et Évelyne, ses parents, pour ses filles et pour son entourage. L’Assemblée Nationale et le groupe des Républicains n’oublieront pas Olivier Marleix. ».

    Les autres orateurs ont tous commencé leur intervention par un mot d'émotion pour Olivier Marleix, notamment le député RN Franck Allisio, et le député EPR Sylvain Maillard, qui fut président du groupe Renaissance de 2022 à 2024 : « Je veux tout d’abord avoir une pensée pour notre collègue Olivier Marleix. J’ai eu le privilège de présider un groupe au moment où lui-même présidait celui des Républicains. Nous nous sommes opposés mais j’ai toujours eu plaisir à travailler avec lui. Je pense très fort à ses proches, à sa famille et à ses collègues. C’est évidemment une journée difficile pour nous tous. ».

    Si l'émotion est forte, c'est que non seulement un tel décès est choquant et violent, mais il faut rappeler qu'Olivier Marleix a beaucoup compté dans la vie politique récente, en tant que président du groupe LR de juin 2022 à juin 2024.

    Diplômé de Science Po Paris et d'un DEA de droit public, Olivier Marleix a soutenu Édouard Balladur à l'élection présidentielle de 1995, il présidait même son comité de soutien des jeunes. Entre 1995 et 1997, il fut élu président de l'UJP, Union des jeunes pour le progrès (jeunes gaullistes sociaux).

    Dès le début des années 1990, Olivier Marleix est devenu collaborateur de personnalités politiques du RPR, en particulier : chargé de mission dans le cabinet de Charles Pasqua comme président du conseil général des Hauts-de-Seine de 1989 à 1992, collaborateur dans le cabinet de Michèle Alliot-Marie comme Ministre de la Jeunesse et des Sports de 1993 à 1995, directeur de cabinet de Nicole Catala comme adjointe au maire de Paris de 1995 à 1998, directeur de cabinet du sénateur Martial Taugourdeau comme président du conseil général d'Eure-et-Loir de 1998 à 2001, puis directeur général des services du conseil général d'Eure-et-Loir et directeur de cabinte d'Alberic de Montgolfier comme président du conseil général de 2001 à 2005, conseiller dans le cabinet de Brice Hortefeux comme Ministre délégué aux Collectivités territoriales de 2005 à 2007, conseiller auprès de Nicolas Sarkozy à la Présidence de la République de 2009à 2011, enfin conseiller du cabinet de Claude Guéant, Ministre de l'Intérieur, de 2011 à 2012.

    En 2008, avec sa longue silhouette à la Alain Juppé, Olivier Marleix a franchi l'horizon des responsabilités électives avec deux mandats : il fut élu conseiller général d'Eure-et-Loir de mars 2008 à mars 2014 (vice-président du conseil général de mars 2008 à mars 2011) et maire d'Anet de mars 2008 à septembre 2017. Son mandat le plus important fut celui de député d'Eure-et-Loir qu'il a gagné à partir de juin 2012, réélu en juin 2017, juin 2022 et juillet 2024.

    Au sein de son parti, il a pris des responsabilités, locales (président départemental de LR d'Eure-et-Loir à partir de 2016), et nationales, comme vice-président de LR à partir de 2020... et surtout comme président du groupe LR à l'Assemblée de juin 2022 à juillet 2024. Après le débauchage de Damien Abad au gouvernement, Olivier Marleix lui a succédé avec une sérieuse réputation d'antimacroniste depuis 2017, dans un contexte où LR avait été laminé à l'élection présidentielle (moins de 5%). Olivier Marleix s'est fait élire président du groupe LR le 22 juin 2022 face à Julien Dive. Il s'est ainsi retrouvé en parallèle avec Éric Ciotti élu président du parti LR et Bruno Retailleau président du groupe LR au Sénat. Heureux du retour à l'Assemblée de Laurent Wauquiez, Olivier Marleix lui a laissé la présidence du groupe LR en juillet 2024, tout en préférant Bruno Retailleau comme président de LR en mai 2025.

    Ainsi, c'est comme président du groupe LR qu'Olivier Marleix s'est fait connaître du grand public. Il a dû diriger un groupe politique profondément divisé. Il a tenté de faire adopter la réforme des retraites d'Élisabeth Borne, soutenue par les sénateurs LR, mais 19 députés LR sur 61 ont quand même voté la motion de censure consécutive à l'utilisation de l'article 49 alinéa 3.

    Intervenant à de nombreuses reprises au sein de l'hémicycle pour fustiger le macronisme, Olivier Marleix a eu cette déclaration mémorable adressée à la ministre Aurore Bergé qui défendait un texte du gouvernement, le 7 mars 2023 : « Avant de nous présenter ce texte, madame Bergé, votre majorité aurait gagné à s’offrir une séance d’introspection sur le thème : "Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre". Il faut dire que vous avez de quoi faire en la matière : onze condamnations au sein de la majorité, dont l’une pour des faits de violences envers une ex-compagne, le bureau de l’Assemblée Nationale ayant d’ailleurs refusé de lever l’immunité parlementaire du député concerné, et une autre concernant un député condamné pour harcèlement sexuel envers une collaboratrice. Huit mises en examen, dont celles du Secrétaire Général de la présidence de la République, excusez du peu !, et de l’actuel garde des sceaux, pardonnez-moi, monsieur le ministre, accusés l’un et l’autre de prise illégale d’intérêts. Douze enquêtes en cours, dont l’une concerne le ministre du travail, visé par une accusation de favoritisme. Treize mises en examen pour un seul homme, champion de France toutes catégories du nombre de mises en examen, accusé notamment de fraude fiscale, d’emploi fictif, de financement illicite de dépenses électorales : cet homme n’est autre que le conseiller politique du Président de la République ! En 2022, votre formation politique a même hésité à réinvestir dans la 9e circonscription des Français de l’étranger le député sortant issu de ses rangs et qui, défendu en son temps par celui qui est devenu garde des sceaux, a été condamné en première instance à trois ans de prison, dont un an ferme, et deux ans d’inéligibilité pour violences volontaires. Mais qu’est donc devenu ce candidat à l’élection présidentielle qui, en 2017, déclarait qu’un ministre devrait quitter le gouvernement s’il était mis en examen ? Le Président Macron aura, contrairement à tous ses prédécesseurs, renoncé à cette exigence éthique. Vous nous parlez de probité, alors même que l’un des premiers signataires de ce texte, selon l’ordre alphabétique, est accusé, aux termes de deux plaintes, de viol sous soumission chimique et de tentative de viol ! Beau bilan ! Ce texte constitue donc un énième coup de communication de la majorité, à la suite de la condamnation de l’un de nos collègues, Adrien Quatennens. Est-il souhaitable de légiférer consécutivement à un fait ayant déclenché une polémique ? En commission des lois, l’intégralité des groupes, même ceux qui appartiennent à la majorité, même la très modérée et sage Laurence Vichnievsky, ont dénoncé l’opportunisme politique, condamnant le dévoiement législatif au service de l’émotion. Soyez attentifs, mes chers collègues, à légiférer pour la cause et non pas pour tenter de leurrer nos citoyens en leur faisant croire que vous seriez irréprochables. Personne ne vous croira ! Sur le fond, la présente proposition de loi vise à étendre la peine complémentaire obligatoire d’inéligibilité aux violences aggravées, c’est-à-dire aux violences commises, notamment, sur un mineur de 15 ans, sur une personne vulnérable ou sur le conjoint, ayant entraîné une ITT inférieure ou égale à huit jours. Elle complète donc une liste de délits déjà très longue et se borne à rendre obligatoire ce qui était facultatif. Je rappelle d’ailleurs que, dans l’affaire en question, le juge aurait pu prononcer l’inéligibilité de notre collègue et qu’en toute indépendance, il a estimé ne pas devoir le faire. Vous qui utilisez les semaines dont l’ordre du jour est fixé par l’Assemblée Nationale pour inscrire des initiatives transpartisanes, pourquoi ne pas avoir créé un groupe de travail à ce sujet qui aurait, j’en suis sûr, abouti à un texte commun ? Pourquoi n’avez-vous pas engagé un vrai débat sur ce sujet ou sur d’autres causes, tout aussi légitimes ? Pourquoi, par exemple, ne pas avoir élargi la peine d’inéligibilité obligatoire aux délits de trafic, de cession et d’importation de stupéfiants ou au délit de consommation de stupéfiants aggravé par la qualité de l’auteur, notamment une personne dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public ? Mais peut-être n’y aurait-il pas eu sur vos bancs, madame Bergé, le même enthousiasme à étendre l’inéligibilité obligatoire à ces délits… Chers collègues de la majorité, il ne faut pas trop jouer avec l’actualité, sous peine de se discréditer. Nous sommes tous, au sein du groupe Les Républicains, convaincus de la nécessité de lutter contre toutes les formes de violence et de renforcer l’exigence de probité et d’exemplarité des élus qui, j’en suis sûr, est un préalable à la restauration de la confiance dans la vie politique et la vie publique en général. C’est pourquoi, même si nous regrettons l’opportunisme de ce texte, nous ne nous y opposerons pas. ».

     

     
     


    Il faut mesurer l'art de s'opposer aux macronistes tout en, finalement, approuvant le texte déposé par les macronistes ! Cela lui a valu d'ailleurs un supposé bras d'honneur de la part du garde des sceaux Éric Dupond-Moretti qui a fait beaucoup de bruit par cette polémique : « Et la présomption d’innocence, monsieur le député, qu’est-ce que vous en faites ? Que faites-vous de la présomption d’innocence ? » avec un geste des bras pouvant être mal interprété, au point que le ministre de la justice s'est enfoncé un peu plus tard quand le député LR Patrick Hetzel (futur ministre) s'est déclaré choqué par le bras d'honneur : « Je ne suis sans doute pas l’arbitre des élégances, mais je voudrais rappeler une chose : j’ai été mis en examen, je ne suis pas condamné. Je conteste totalement les faits qui me sont reprochés. Dans ma vie d’avocat, j’ai défendu des membres de votre famille politique ; certains ont été condamnés. Vous n’avez pas de leçons à me donner. Il n’y a pas eu un bras d’honneur, il y en a eu deux, mais à chaque fois accompagnés par des paroles. ».

    Ce qui a conduit Élodie Jacquier-Laforge (MoDem), qui présidait cette séance, à blâmer le ministre : « De quoi parlez-vous, monsieur le ministre ? Êtes-vous en train de dire que vous avez fait deux bras d’honneur à l’Assemblée ? Je vous demande de préciser vos propos, car si tel est le cas, c’est absolument inadmissible. Vous n’avez pas à faire des bras d’honneur dans l’enceinte de l’Assemblée Nationale, monsieur le ministre ! ». Réponse du ministre : « J’ai dit qu’on faisait un bras d’honneur à la présomption d’innocence, et je l’ai dit deux fois. ». La présidente : « Les bras d’honneur, qu’ils soient physiques ou verbaux, ne sont pas admissibles. Je vous demande à tous de reprendre votre calme. La séance est suspendue. ».


    Après dix minutes de suspension de séance, Éric Dupond-Moretti a repris la parole pour expliquer son geste : « Personne ne peut dire ici que, depuis plus de deux ans et demi que je suis ministre, je n’ai pas été respectueux du Parlement. Je ne suis pas au-dessus des lois ; je ne suis pas en dessous des lois non plus. En tant que citoyen, j’ai le droit de faire valoir la présomption d’innocence attachée à la mise en examen dont je fais l’objet. J’ai entendu les propos de M. le président Marleix sur ma mise en examen… Je rappelle que non seulement je suis présumé innocent, c’est constitutionnel, mais je suis innocent ; je le dirai le moment venu. Il est vrai, madame la présidente, que j’ai réagi avec beaucoup de vivacité. Je tiens à dire que les gestes qui me sont reprochés étaient assortis de paroles qui ne visaient pas le président Marleix, mais le mépris qu’il manifestait pour le respect de ma présomption d’innocence, c’est ainsi que je l’ai conçu. Ceux qui m’entourent pourraient en témoigner : vous avez eu l’image, mais vous n’avez pas eu le son. Je concède, madame la présidente, que ce geste n’était pas adéquat. Mais je répète que l’intention qui était la mienne est celle que je viens d’expliquer. On aura beau protester, c’est exactement l’intention qui était la mienne. Les hurlements et les vociférations n’y changeront strictement rien. Voilà ce que j’entends dire à la représentation nationale. ».

    Mais la polémique s'est poursuivie par un autre rappel au règlement de Patrick Hetzel, puis un autre d'Olivier Marleix : « Monsieur le garde des sceaux, avant de quitter l’hémicycle pour rejoindre un de vos collègues du gouvernement dans le cadre d’une réunion de travail, je parlais, je crois, de l’exemplarité dont les responsables politiques doivent pouvoir justifier auprès des Français. Je ne sais pas si vous essayiez par là de donner l’exemple, mais adresser à un membre de la représentation nationale un bras d’honneur, pardon, deux, de votre propre aveu, me paraît très peu exemplaire pour un membre du gouvernement. J’ai conscience que votre carrière professionnelle vous a amené à fréquenter de nombreux voyous, ce qui a pu déteindre sur votre comportement. Il reste néanmoins plus qu’inapproprié et nécessite des excuses, non envers ma personne, mais envers la représentation nationale. Je vous demande une réponse. ». La présidente : « La parole est à M. le garde des sceaux. J’ai pris acte d’autres demandes de rappels au règlement, mais peut-être ne seront-elles pas nécessaires ; cela dépend des propos de M. le ministre. ». Le ministre : « Monsieur le président Marleix, il est un grand principe de droit auquel nous sommes tous sensibles : la mauvaise foi ne se présume pas. Je vous le dis en face, mon bras d’honneur n’était pas adressé au député Marleix. Écoutez-moi une seconde ! Lorsque j’ai fait ce geste, ce double geste, vous m’en avez reproché un, j’ai répondu "deux", car telle est la réalité, j’ai dit : "C’est un bras d’honneur à la présomption d’innocence". Ceux qui m’entouraient pourront vous confirmer que j’ai tenu ces propos. En ce qui me concerne, je suis particulièrement respectueux de la présomption d’innocence. Certains d’entre vous le savent. Monsieur Marleix, pouvez-vous entendre que, présumé innocent, et innocent, je l’affirme, je puisse être blessé par le fait qu’on évoque une mise en examen comme s’il s’agissait d’une condamnation ? Je le répète, ce geste… Il y a plusieurs témoins, si ma parole ne vous suffit pas. Je le répète, ce geste n’est pas injurieux à votre égard. C’est le geste de quelqu’un qui réagit, et qui a peut-être eu tort de réagir ainsi, à une accusation qu’il n’estime pas fondée, et ce depuis deux ans et demi. ».

    Loin d'éteindre la polémique, elle a redoublé et a atteint les bancs de la gauche par des rappels au règlement de Boris Vallaud (PS), puis de Mathilde Panot (FI) et de Sandra Regol (EELV). Élodie Jacquier-Laforge a tenté la médiation en rappelant les regrets du ministre : « Je me permets de rappeler les mots qu’a prononcés M. le garde des sceaux, car je les ai notés : il a dit que son geste n’était "pas adéquat", qu’il le "regrettait" et qu’il "a eu tort de réagir ainsi". C’est ce qu’il a dit : je l’ai noté. Vous pouvez me faire confiance pour prendre des notes exactes ! Du reste, cela sera inscrit au compte rendu. ». Mais rien n'y a fait.

    Olivier Marleix a alors repris la parole pour demander au ministre des mots d'excuse : « Monsieur le garde des sceaux, en vous écoutant, je pense aux milliers d’enseignants confrontés à des élèves difficiles qui, dans leur dos, font des gestes susceptibles de troubler la classe. Je m’interroge : quel modèle, quel exemple, est en train de donner ce membre du gouvernement de la République française ? Quelle image donne-t-il à ces élèves ? Votre argumentation pitoyable, selon laquelle votre geste ne s’adressait pas à ma personne, mais à mon propos, n’enlève rien à sa gravité. Je n’ai porté aucune accusation. Je me suis borné à rappeler de simples faits : votre mise en examen et votre renvoi devant une cour correctionnelle, en l’espèce, la Cour de justice de la République. Je suis désolé que vous soyez renvoyé devant cette cour, mais je n’y suis pour rien. Cela crée un précédent : vous êtes le premier garde des sceaux dans ce cas, que cela vous plaise ou non ! La dignité aurait pu vous amener à démissionner de votre fonction, mais au lieu de cela, vous ajoutez à ce précédent la grossièreté du bras d’honneur. Les excuses que je demande ne sont évidemment pas pour moi, ma personne n’a aucune importance, mais pour notre institution. Je sollicite une suspension de séance. ».


    Après une nouvelle suspension de séance de dix minutes, Éric Dupond-Moretti a enfin présenté ses excuses : « Monsieur Marleix, je le dis à toute la représentation nationale, je suis profondément affecté par ce moment. Je le répète avec beaucoup de force : je n’ai pas voulu viser le président du groupe Les Républicains. Si mon geste a été mal interprété, je lui présente mes excuses ainsi qu’à toute la représentation nationale. ». L'incident fut ainsi clos !

    Cette petite séquence, qui montrait que l'Assemblée était une cour de récréation, a illustré le fait qu'Olivier Marleix ne lâchait rien, et surtout pas son antimacronisme.
     

     
     


    Parlementaire très actif, Olivier Marleix s'est fait aussi la réputation d'un très bon connaisseur de la politique industrielle et énergétique de la France. Il a notamment présidé la commission d'enquête sur les décisions de l'État en matière de politique industrielle en novembre 2017, visant l'ancien Ministre de l'Économie, de l'Industrie et du Numérique, c'est-à-dire Emmanuel Macron, sur la vente d'Alstom. Olivier Marleix n'a pas hésité à saisir en janvier 2019 le parquet national financier pour dénoncer un pacte de corruption pour financer la campagne présidentielle de l'actuel Président. Il a par ailleurs proposé en 2023 une nationalisation temporaire du groupe Atos par souverainisme industriel pour éviter sa cession à l'étranger.

    Malgré une activité très partisane, Olivier Marleix a reçu de la part de ses collègues notamment présidents de groupe un hommage élogieux à l'annonce de sa mort.


    Emmanuel Macron : « La disparition d'Olivier Marleix plonge notre Parlement en deuil. Homme politique d'expérience, il défendait ses idées avec conviction. Je respectais aussi nos différends puisqu'ils se plaçaient à la lumière de notre amour du pays. J'adresse mes condoléances à sa famille, à son père Alain et à tous ses compagnons d'engagement. ».

    François Bayrou : « Stupéfaction et immense tristesse à l'annonce de la disparition brutale d'Olivier Marleix. On ne se rend jamais compte de la fragilité des êtres humains... Nous serons chez lui demain, à Chartres, dans son département. Sa haute silhouette nous manquera. ».

    Yaël Braun-Pivet : « L'Assemblée Nationale est en deuil. Olivier Marleix s'est consacré sans compter pour son territoire et pour notre démocratie. Il était droit, rigoureux, profondément humain. Bouleversée, j'adresse à sa famille, ses proches, ses collègues, mes condoléances les plus sincères. ».

    Nicolas Sarkozy : « C'est avec une immense tristesse que j'apprends la disparition tragique d'Olivier Marleix. Olivier fut un collaborateur précieux à l'Élysée, un soutien fidèle dont l'engagement ne m'a jamais fait défaut. Il était avant tout un député passionné. ».


    Marine Le Pen : « Nous apprenons avec tristesse le décès d'Olivier Marleix, député depuis 2012, président du groupe Les Républicains de 2022 à 2024. Il fut un élu de terrain, rigoureux, engagé au service de ses idées. Nos pensées vont à sa famille, à ses proches et à ses collègues du groupe LR. ».

    Jean-Luc Mélenchon : « Stupeur. J'ai eu l'honneur de pratiquer Monsieur Olivier Marleix, c'était un adversaire honorable et respecté. Son attachement à la souveraineté de la France permettait un dialogue sincère. Condoléances attristées à sa famille et ses proches. ».

    Valérie Pécresse : « Bouleversée par la disparition d'Olivier Marleix, un homme de convictions, gaulliste et républicain engagé, un homme droit sur lequel on pouvait toujours compter dans l'adversité. La France perd un de ses serviteurs, et les habitants de l'Eure-et-Loir leur premier défenseur. ».

    De nombreuses autres personnalités politiques ont exprimé leur émotion, en particulier Bruno Retailleau, Laurent Wauquiez, Christian Estrosi, Xavier Bertrand, Éric Ciotti, Manuel Bompard, Jordan Bardella, Laure Lavalette, etc.

    Un hommage solennel à Olivier Marleix sera rendu à l'Assemblée Nationale le mardi 8 juillet 2025 à 15 heures, par la Présidente de l'Assemblée Yaël Braun-Pivet et par le Premier Ministre François Bayrou qui se sera rendu auparavant à Chartres auprès de la famille. Pensée aux proches.



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    Sylvain Rakotoarison (07 juillet 2025)
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    Pour aller plus loin :
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    Jean-Marie Demange.
    Gérard Gaudron.
    Jean-Pierre Abrioux.

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    La nouvelle direction de LR : cap vers 2027 ?
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    Philippe Bas.
    Xavier Bertrand.
    L'offensive de Bruno Retailleau.
    Nicolas Sarkozy.
    Jean-Louis Debré.
    Claude Malhuret.
    Philippe De Gaulle.
    François-Xavier Ortoli.
    Alain Juppé.

    Édouard Philippe.
    Laurent Wauquiez.
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    Alain Peyrefitte.
    La sagesse inattendue de Jean-François Copé.
    Yvon Bourges.
    Christian Poncelet.
    René Capitant.
    Patrick Devedjian.

     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250707-olivier-marleix.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/olivier-marleix-un-choc-violent-261949

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  • Edgar Morin, penseur de réputation mondiale !

    « J'étais un cadavre politique, mais redevins un esprit en activité. » ("Les Souvenirs viennent à ma rencontre", juin 2021, éd. Fayard).


     

     
     


    Incroyable Edgar Morin ! Le sociologue et philosophe français fête ses 104 ans ce mardi 8 juillet 2025. Oui ! 104 ans ! Line Renaud a fêté son 97e anniversaire le 2 juillet 2025, mais c'est une petite jeunette comparée au sociologue d'un septennat son aîné ! Le plus incroyable, c'est qu'il reste une figure intellectuelle toujours en activité, toujours en éveil, curieuse de tout, avec ses opinions sur tout (parfois bien inspirées, parfois moins bien inspirées).

    Et être en activité, ce n'est pas seulement lire, c'est parler à la radio, à la télévision, écrire des bouquins, les commenter, les "vendre" dans des émissions, rester actif sur toutes les horreurs du monde, de Gaza à Soumy, avoir son grain de sel à dire sur l'actualité débordante de transgression, de tourments et de perte de repères (et aussi perte de repaires).

    L'âge aidant, Edgar Morin a sorti quelques livres de souvenirs, de mémoires, plus intellectuels que biographiques. J'ai relu par exemple celui sorti en juin 2021 aux éditions Fayard, et je ne peux m'empêcher de sourire sur la qualité donnée à Edgar Morin (et le résumant en trois mots) en quatrième de couverture : « penseur de réputation mondiale ». J'aurais plutôt proposé : « humaniste à vocation universelle ».


    Ce livre est intitulé "Les Souvenirs viennent à ma rencontre" et toujours dans la quatrième page de couverture, l'auteur s'interroge sincèrement : « Ces souvenirs témoignent que j'ai pu admirer inconditionnellement des hommes ou des femmes qui furent à la fois mes héros et mes amis. Ils témoignent des illuminations qui m'ont révélé mes vérités, de mes émotions, de mes ferveurs, de mes douleurs, de mes bonheurs. Ils témoignent que je suis devenu tout ce que j'ai rencontré. (…) Ils témoignent de mes résistances (…). Ces souvenirs témoignent enfin d'un extrême diversité de curiosités et d'intérêts, mais aussi d'une obsession essentielle : que puis-je savoir ? Que puis-je croire ? Que puis-je espérer ? Inséparable de la triple question : qu'est-ce que l'homme, la vie, l'univers ? Cette interrogation, je me suis donné le droit de la poursuivre toute ma vie. ».

    Disons-le clairement : Edgar Morin a été un coup de foudre pour moi ! Intellectuel, bien sûr ! D'ailleurs, j'ai constaté que je ne suis pas le seul à être fasciné par la pensée d'Edgar Morin. J'ai évoqué très récemment la figure du Prix Nobel de Physique Alain Aspect élu à l'Académie française. Eh bien, il y a un rapport entre les deux hommes.

    En 1982-1983, j'avais suivi avec enthousiasme et passion la fameuse expérience d'Alain Aspect, celle de l'intrication quantique (une conclusion qui rend absolument fou, il faut dire !). C'était raconté dans des revues scientifiques mais c'était passé très difficilement le stade des médias grand public (presse, radio, télévision), alors que, pour moi, c'était incroyable, il fallait diffuser cette nouvelle comme les apôtres ont annoncé la Bonne Nouvelle au monde entier (j'ai parlé d'enthousiasme, ce n'est pas pour rien, du divin dedans !).

    Et vers 1985, j'ai découvert Edgar Morin. Je devais le connaître de nom car il était déjà très présent à la radio, à la télévision et dans les journaux, mais je ne m'étais jamais penché sur son œuvre, sur cette conception de la pensée complexe qui a fait sa réputation (mondiale). Je l'ai découvert dans une émission télévisée qui était loin d'être intellectuelle même si elle était un peu bobo ("Droit de réponse" animé par Michel Polac sur TF1), je me souviens surtout des volutes de fumée aujourd'hui invraisemblables (on interdit maintenant le tabac sur les plages !), et je voyais Edgar Morin parler justement de physique quantique et de l'importance de la physique quantique dans la compréhension du monde.

    Renseignements pris, Edgar Morin n'était pas un physicien (ça, je le savais), il se revendiquait sociologue (on pourrait aussi dire philosophe) et surtout, il avait une méthode de travail incroyable : il avait à sa disposition une quarantaine de chercheurs dans tous les domaines qui lui apportaient toutes ses matières à réflexion. J'ai bien aimé cette ambition (démesurée, il faut le dire) à vouloir réfléchir sur tout le savoir dont l'humanité dispose, cela renouait avec le concept des savants, à l'époque de la Renaissance, à la fois philosophes et scientifiques. Aujourd'hui, c'est très difficile de vouloir englober toute la connaissance du monde tant son étendue est très large et elle est aussi très profonde. Edgar Morin y avait mis les moyens en recrutant des collaborateurs exceptionnels qui étaient capables de faire comprendre à un profane les enjeux sociaux de la biologie, de la génétique, de l'informatique, de la physique quantique, etc.


    En relisant, donc, ce livre de souvenirs, j'ai plongé dans les débuts parfois chaotiques de la vie d'Edgar Morin. En 1949, il avait quitté le PCF auquel il avait adhéré parce qu'il ne supportait pas l'idée des procès de Moscou qui continuaient aussi en Bulgarie et dans d'autres pays dits de l'Est.

    Et il se considérait alors comme un "chômeur intellectuel" : « En fait, je ne repris pas ma carte du parti, mais n'osais le dire, ce qui fait que les communistes de mon quartier à Vanves étaient persuadés que je militais à mon travail, au CNRS. J'étais un cadavre politique, mais redevins un esprit en activité. ». J'aime bien cette dernière phrase qui montre qu'il était difficilement conciliable d'être à la fois un encarté du parti communiste français et un intellectuel jaloux de sa liberté de pensée !
     

     
     


    Et il poursuit ainsi : « Le destin me faisait travailler à ma renaissance sur le front des sciences humaines. Comme je l'ai évoqué précédemment, on m'avait commandé (…) un livre sur l'homme et la mort pour la collection "Dans l'histoire" aux éditions Corrêa, et je m'étais mis à l'ouvrage, profitant de ma situation infortunée de chômeur intellectuel. ».

    Quatre pages auparavant, Edgar Morin parle de sa famille, de ses deux filles : « Mon nomadisme et mes amours successives rendirent intermittents mes liens avec mes deux filles. Rien ne fut rompu, mais tout fut relâché.Elles grandirent, et en chacune j'ai retrouvé une part de moi-même. ». Véronique (née en 1948) est devenue anthropologue et Irène (née en 1950) sociologue (les chats ne font pas les chiens, et vice-versa).

    Et quelques lignes plus loin, grosse surprise : « Irène a fait des études en sociologie qui l'ont conduite à l'Université de Tours. Elle a épousé Daniel Pennac, alors enseignant de littérature dans un collège privé, qui allait révéler son étourdissante fantaisie créatrice dans "La Fée Carabine" et les œuvres qui suivirent. Alors qu'il connut rapidement le succès littéraire, elle écrivit un Clausewitz ironique : "De la guerre conjugale", qui, en dépit de sa lucide ironie et de son acuité diagnostique, demeura méconnu. Elle a publié récemment "Dans les yeux du spectateur", fruit d'un travail très réflexif. Irène et Daniel vécurent trois ans comme enseignants à l'Université de Ceara à Fortaleza, dans le Nord-Est brésilien, ils ont une fille, Alice, qui se voue à la musique et pour qui je suis "son papy". Ils sont aujourd'hui séparés, mais sont demeurés amis. ».

    Cette période brésilienne de Daniel Pennac l'a conduit à écrire ce petit livre satirique et succulent : "Le Dictateur et le Hamac" en 2003 (chez Gallimard). Edgar Morin s'est un petit peu trompé car la saga des Malaussène, qui a fait le grand succès de Daniel Pennac, a commencé par "Au Bonheur des Ogres" en 1985 (éd. Gallimard) et "La Fée Carabine" n'est arrivé qu'en deuxième tome (en 1987). Mais là n'est pas le plus important.

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    Ce qui est étonnant, c'est surtout que Daniel Pennac a été le gendre d'Edgar Morin, et j'ai l'impression que c'est peu connu. Constat significatif, ce n'est précisé sur la page Wikipédia d'aucun des deux grands écrivains. Daniel Pennac aussi, j'ai été fasciné par lui ! Je l'ai découvert d'abord par son petit essai "Comme un roman" sorti en 1992 (chez Gallimard) qui était impeccable à offrir aux jeunes peu assidus à la lecture. Et je suis rentré très vite dans cette petite vie à Belleville, cette famille loufoque et solidaire, pleine de créativité.

    Savoir unis Edgar Morin et Daniel Pennac pendant quelques années par les liens (temporaires) de la conjugalité est une information assez amusante, finalement. Le beau-père et le gendre étaient en fin de compte des enseignants, et chacun dans son domaine s'est un peu distingué, beaucoup même, et j'aimerais être aussi écrivain pour imaginer un dialogue entre ces deux personnalités "de réputation mondiale" ! En tout cas, on pouvait les retrouver ensemble notamment le dimanche 29 octobre 2017 à l'écoute de France Inter dans l'émission "Le Grand Atelier" produite par Vincent Josse (en compagnie aussi de Guillaume Gallienne et Enrico Letta).

    Mais laissons l'imaginatif Daniel Pennac, qui a atteint les 80 ans le 1er décembre dernier (encore un p'tit jeune !), et souhaitons avec joie à Edgar Morin : bon 104e anniversaire ! Que la vie lui offre encore beaucoup de découvertes et d'aventures, découvertes intellectuelles et d'aventures humaines !



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (05 juillet 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Edgar Morin, penseur de réputation mondiale !
    Naissance de la conscience politique d'Edgar Morin.
    Edgar Morin : "Nous allons vers de probables catastrophes" !
    Edgar Morin, 102 ans et toute sa vie !
    Edgar Morin sur France Inter (à télécharger).
    Les 100 ans d’Edgar Morin.
    Le dernier intellectuel ?
    La complexité face au mystère de la réalité.
    97 ans.
    Introducteur de la pensée complexe.
    "Droit de réponse" du 12 décembre 1981 (vidéo INA).
    Université d’été d’Arc-et-Senans avec Edgar Morin le 9 septembre 1990 (vidéo INA).


     

     
     






    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250708-edgar-morin.html

    https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/edgar-morin-penseur-de-reputation-261156

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/06/article-sr-20250708-edgar-morin.html


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