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Le blog haut et fort de Sylvain Rakotoarison - Page 37

  • Alain Delon soutenait Raymond Barre

    « Et j'en arrive à Raymond Barre : c'est pour moi l'homme le plus proche du Général De Gaulle, c'est un homme hors des partis, c'est un homme qui veut un État impartial au service du peuple et au service de la France, c'est un homme exceptionnel comme l'était le Général De Gaulle. » (Alain Delon, le 30 octobre 1988 sur TF1).



     

     
     


    L'enterrement a lieu ce samedi 24 août 2024 dans la chapelle de sa propriété à Douchy, et dans l'intimité familiale, comme on dit. Toute cette semaine, beaucoup de monde a parlé de l'acteur français Alain Delon, et notamment dans les réseaux sociaux, où les gens se lâchent, on a vu qu'une certaine gauche, la plus sectaire, était capable de continuer à détester un homme même mort. Simplement parce qu'il ne cachait pas ses convictions de droite. Et probablement aussi parce qu'il était très riche, mais d'une richesse qu'il a acquise par son travail et par son talent.

    On en profite d'ailleurs pour dire n'importe quoi, par exemple, qu'il soutenait électoralement Jean-Marie Le Pen et le Front national, que c'était un abominable extrémiste de droite. Alors, il faut rétablir un peu les choses.

    Alain Delon était un gaulliste et parce qu'il était un gaulliste, il avait soutenu très activement la candidature de Raymond Barre à l'élection présidentielle du printemps 1988. En particulier, il a assisté, parmi le public invité, à plusieurs émissions politiques de "L'Heure de Vérité" (animées sur Antenne 2 par François-Henri de Virieu) dont l'invité était Raymond Barre, en particulier le 7 janvier 1987 (à côté de Jean-Pierre Soisson et de Catherine Pironi), et aussi après l'élection présidentielle, le 7 novembre 1988 (il était à côté de l'épouse de l'homme politique, Eva Barre et de Gilberte Beaux). De plus, il était présent au grand meeting de campagne de Raymond Barre le 19 avril 1988 à Lyon (quelques jours avant le premier tour). Enfin, on l'a retrouvé naturellement aux obsèques de l'ancien Premier Ministre le 29 août 2007 à la chapelle de l'hôpital du Val-de-Grâce, à Paris, où il est mort, au milieu d'une classe politique assez secouée.

    En quelque sorte, le barrisme d'Alain Delon était incontestable et il n'a pas fait simplement qu'ajouter passivement une signature à une liste de comité de soutien, mais il était présent aux grands moments de la campagne présidentielle du futur maire de Lyon. En tant que barriste, je m'en réjouissais, même si je n'avais pas toujours les mêmes idées qu'Alain Delon, en particulier sur la peine de mort (voir plus loin). Et ça tombait bien, Alain Delon n'était pas un homme politique, donc, ses convictions ont eu peu d'influence sur le cours des événements (la construction de la loi). Comme lui, mon barrisme était du gaullisme moderne. Mais aucune personnalité n'est sacrée et toutes ont eu leur faille.

    Quant à Jean-Marie Le Pen, effectivement, Alain Delon le connaissait très bien, c'étaient même deux amis très proches depuis la fin des années 1960, Alain Delon le connaissait avant qu'il ne devînt président du FN et si pour l'acteur, l'amitié n'était pas un vain mot, il faisait la différence entre amitié et politique et il n'a pas soutenu politiquement Jean-Marie Le Pen, contrairement à ce qu'on voudrait nous faire croire.

    Dans le cadre de son hommage dominical, la chaîne LCI a eu la bonne idée de retransmettre le dimanche 18 août 2024 à 15 heures des extraits d'une émission politique importante du dimanche soir dont Alain Delon était l'invité, le fameux "7 sur 7" animé sur TF1 par la journaliste vedette Anne Sinclair. Elle était datée de "septembre 1988" mais renseignements pris, elle aurait été enregistrée et diffusée plutôt le 30 octobre 1988, donc non seulement après l'élection présidentielle mais aussi avant le référendum du 6 novembre 1988 sur les Accords de Matignon sur la Nouvelle-Calédonie : Alain Delon avait été invité à Matignon par le Premier Ministre Michel Rocard parce qu'il était de droite, avec un autre acteur, Michel Piccoli, qui lui était notoirement de gauche, pour qu'ils fissent campagne ensemble pour le "oui" de manière consensuelle. Alain Delon a répondu à cette demande en donnant les arguments pour le "oui", oui à la paix en Nouvelle-Calédonie et s'était un peu fâché, d'ailleurs, avec quelques leaders de droite qui, refusant d'aider politiquement François Mitterrand, avaient prôné une lâche abstention.

     

     
     


    Dès le début de l'émission, alors qu'Anne Sinclair parlait pour introduire longuement son émission et son illustre (et rare) invité, on pouvait voir Alain Delon, silencieux, l'écouter attentivement, le regard parfois dans le vide mais montrant surtout un charisme, une présence, même dans le silence ! On imaginait alors facilement, comme avec Yves Montand ou Vincent Lindon dans un autre registre, qu'Alain Delon aurait pu avoir une carrière politique, un peu à l'instar de la classe politique américaine, les acteurs professionnels étant les meilleurs pour convaincre les électeurs puisqu'ils jouent leur rôle bien mieux que des acteurs amateurs, à savoir des candidats technocrates qui lisent des discours que des collaborateurs leur auraient rédigés.

    Et puis très vite, Alain Delon expliquait qu'il ne pouvait pas être homme politique car il avait une très grande sensibilité. On pouvait aussi se dire : tout le monde a sa sensibilité. Mais quand Anne Sinclair lui a fait parler d'un fait-divers récent à l'époque, et atroce, le viol de petites filles, Alain Delon a montré qu'il valait mieux qu'il restât comédien et qu'il ne se risquât pas à aller sur le terrain de l'action politique.

     

     
     


    J'ai écrit que je n'avais les mêmes idées que lui sur la justice, en voici un exemple énorme, Alain Delon reconnaissant qu'il était entier et "un peu" excessif : « Moi, je suis pour la peine de mort, je l'ai toujours été, donc je le dis comme je le pense. Et en ce qui concerne les viols d'enfant, je suis carrément pour un tribunal d'exception et une justice expéditive. (…) Ces monstres-là, pour moi, n'ont pas le droit de vivre. (…) Ces êtres-là ne sont pas des êtres humains, ni des animaux. Pour moi, ce sont des monstres. (…) Si ces gens-là savaient que dans les quinze jours, une fois les aveux passés, les preuves faites, dans les quinze jours, ils allaient avoir le châtiment suprême, sentence exécutoire sur le champ, je vous promets qu'ils réfléchiraient, s'ils sont encore capables de réfléchir. Mais s'ils ne sont pas capables de réfléchir, vous savez, on va vous dire, ils n'ont pas demandé à naître, ils n'ont pas demandé à venir sur Terre. Le chardon non plus, entre la pelouse, il n'a pas demandé à venir sur Terre. Le charbon, chez moi, je l'arrache, et je le retire. C'est un phénomène de société, ces gens-là n'ont pas le droit de faire partie de notre société. Je suis peut-être un peu excessif, c'est mon sentiment, je ne le demande pas de le partager. Je n'excuse pas. ».

    Cela n'a pas empêché Alain Delon de voter Raymond Barre et pas Jean-Marie Le Pen. Un peu plus tard dans l'émission, il a tenté d'expliquer son barrisme par son gaullisme. Il a déclaré qu'à 21 ans, il avait manifesté pour demander le retour du Général De Gaulle. Pour lui qui était enfant sous l'Occupation, De Gaulle était un héros, le libérateur de la France (on fête les 80 ans de la Libération de Paris ce dimanche 25 août 2024).
     

     
     


    Et, sur le ton d'un vendeur de dentifrice, ou de maison individuelle, Alain Delon a expliqué rapidement (car l'émission se terminait) : « Vous savez, j'aime les hommes, les vrais hommes, sans que ce soit équivoque. Alors, les vrais hommes à commencer par le Général De Gaulle (…). Pourquoi le Général De Gaulle ? Simplement, et par le Général De Gaulle, vous comprendrez mieux Raymond Barre, parce qu'ils ont les mêmes vues sur ce que j'appelle la France, la même idée de la France. (…) Et j'en arrive à Raymond Barre : c'est pour moi l'homme le plus proche du Général De Gaulle, c'est un homme hors des partis, c'est un homme qui veut un État impartial au service du peuple et au service de la France, c'est un homme exceptionnel comme l'était le Général De Gaulle, on ne le comprend pas aujourd'hui, on le comprendra demain. Voilà pourquoi j'ai soutenu Raymond Barre, voilà pourquoi je continuerai à le soutenir. C'est un homme qui n'a aucun intérêt personnel, qui ne voit que les intérêts de la France et des Français, pour qui une seule chose compte, l'intérêt supérieur de la France, et il l'a dit lui-même quand on lui a reproché d'avoir été reçu par le Président Mitterrand ou d'avoir été reçu par le gouvernement en place aujourd'hui. Je ne vois pas le mal d'être reçu par un gouvernement légitime et par un Président légitime. Ce n'est pas un gouvernement d'occupation. Ça, c'est Raymond Barre, il n'y a pas de gauche, il n'y a pas de droite, il y a les intérêts de la France. ».

    En l'écoutant, on écoutait ainsi une déclaration d'amour pour Raymond Barre. Un barrisme de tripes et pas d'intellectuel qu'il n'a jamais été. Le barrisme d'un ancien combattant, pour qui l'amour de la France est intrinsèque à son enfance. Alors, bien sûr, avec le recul, on pourra toujours sourire dans sa barbe, penser que l'amour de la France pouvait aussi s'accommoder d'une belle optimisation fiscale à la suisse (il est mort en France selon ses vœux), on pourra aussi s'interroger sur le Raymond Barre qui n'a pas d'intérêt personnel et que l'intérêt national chevillé au corps, depuis qu'on a soupçonné l'ancien meilleur économiste de France d'avoir caché de l'argent au fisc (comme il est mort, il n'y a pas de procès et surtout, on ne connaît pas vraiment ce qui est vrai et ce qui est supposé). Il reste que Raymond Barre était aimé de ceux qui aimaient la France en dehors de tout esprit partisan, et c'était cela l'essentiel pour la politique.

    Ce n'était sans doute pas une bonne chose, pour les leaders du RPR, qu'Alain Delon fût dans leur camp car il se permettait beaucoup plus de liberté de ton que s'il n'en était pas. Ainsi, pour la campagne du référendum sur la Nouvelle-Calédonie, il a beaucoup blâmé Nicolas Sarkozy qui défendait l'abstention, mais, dans l'émission d'Anne Sinclair, un autre a été encore plus victime de sa sévère franchise. Il s'agit du futur Premier Ministre, à l'époque simple secrétaire général du RPR (ancien Ministre du Budget) Alain Juppé qui, dans l'émission "Questions à domicile" (sur TF1), a, selon l'acteur, exprimé des idées beaucoup trop compliquées qui ne s'adresseraient qu'au microcosme, ou alors, sur le référendum, qui a pris les Français pour des "débiles".

    Le mot est bien d'Alain Delon : « J'ai été frappé par ce qu'Alain Juppé, en tant que secrétaire général du plus grand parti d'opposition, (…) j'ai trouvé qu'il avait un langage (…), il s'est adressé à des débiles, il s'est adressé aux Français comme s'ils étaient des débiles. Les Français ont souvent des réactions d'imbéciles, moi le premier, mais c'est tout sauf des débiles, et je n'ai pas compris, si vous voulez, qu'un homme aussi éminent d'un parti aussi important s'adresse à des Français pour un sujet aussi important (…), on ne peut pas s'adresser pour une chose aussi importante à des Français en leur parlant comme à des débiles ! ».

     

     
     


    Cela ne l'a pas empêché, vingt-huit ans plus tard, de soutenir Alain Juppé en 2016 lors de la primaire LR pour trouver un candidat LR à l'élection présidentielle qui succéderait au déplorable François Hollande. Eh oui, Alain Delon a soutenu Alain Juppé, le candidat de "l'identité heureuse" tant chahuté par les militants du FN/RN jusqu'à se faire appeler Ali Juppé. Alors, les votes d'Alain Delon n'ont pas grand-chose à voir avec le supposé extrémiste de droite que certains, à gauche, sans doute aigris sinon jaloux, ont tant fustigé, même après sa mort, ou plutôt, surtout après sa mort.

    Samedi, c'est Mgr Jean-Michel Di Falco (82 ans) qui célèbre la messe d'enterrement d'Alain Delon, il avait déjà enterré la très chère Mireille Darc il y a sept ans, le 1er septembre 2017, et Alain Delon, au contraire de l'égoïsme qu'on lui a souvent collé à la peau, a été très généreux en faisant discrètement des dons pour la recherche sur les maladies cardiaques. De toute façon, quelqu'un (de riche), qui a acquis des tableaux de Pierre Soulages, de Nicolas de Staël, de Hans Hartung et de Zao Wou-Ki, ne peut pas être tout à fait mauvais...



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (20 août 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Alain Delon soutenait Raymond Barre.
    Le charisme d'Alain Delon : The Girl on a Motorcycle.
    Le grand Alain Delon
    Affaire Alain Delon : ce que cela nous dit de la fin de vie.
    Comment va Alain Delon ?

     

     
     





    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240820-alain-delon.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/alain-delon-soutenait-raymond-256386

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/08/18/article-sr-20240820-alain-delon.html



     

  • Plein d'étoiles pour Vera Miles

    « Tu aurais dû écrire que tu m’aimais. Tu pouvais au moins me dire de t’attendre, je trouve que c’était la moindre des choses. (…) J’ai passé deux années interminables dans cet endroit perdu à attendre que monsieur daigne revenir. Crois-tu que je veuille rester vieille fille ? » (Vera Miles, "La Prisonnière du désert", 1956).


     

     
     


    L'actrice américaine Vera Miles fête ses 95 ans ce vendredi 23 août 2024. Cela fait près d'une trentaine d'années (1995) qu'elle s'est retirée de toute activité cinématographique pour prendre sa retraite à Palm Desert, en Californie. Elle est née Vera June Ralston mais lorsqu'elle est arrivée à Hollywood, au début des années 1950, il existait déjà une (autre) Vera Ralston, si bien qu'elle a gardé son nom de jeune femme mariée (son premier mari, entre 1948 et 1954, s'appelait Bob Miles avec qui elle a eu deux enfants).

    Élue Miss Kansas à 19 ans, Vera Miles s'est installée à Los Angeles pour commencer une carrière d'actrice. Elle a d'abord eu des petits rôles à la télévision qui lui ont fait connaître l'actrice Janet Leigh. Elle tournait alors aussi pour de la publicité. Sous contrat avec Warner Bros, elle a joué notamment une "faiblement amoureuse" de Tarzan dans "Tarzan's Hidden Jungle" de Harold D. Schuster (sorti le 16 février 1955), épousant quand même (dans la vie réelle) le Tarzan en question, l'acteur Gordon Scott, en deuxièmes noces (entre 1954 et 1959).

    Le réalisateur John Ford a lancé véritablement la carrière de star de Vera Miles en lui proposant un second rôle dans le western "La Prisonnière du désert" (sorti le 13 ars 1956) où elle a pu jouer avec John Wayne, Natalie Wood et Jeffrey Hunter, grâce au succès du film considéré comme un chef-d'œuvre (désigné "le plus grand western de tous les temps" par l'American Film Institute). Dans ce film (que je résume très mal !), Vera Miles aime Jeffrey Hunter mais lui et John Wayne ne sont jamais là car ils doivent aller sauver Natalie Wood prise en otage par les Indiens, finalement, elle va se marier avec un autre homme mais son bien-aimé arrive juste avant en s'en prenant au futur marié (on comprendra que les histoires d'amour ici comptent moins que d'autres valeurs).





    Vera Miles a tourné ensuite beaucoup d'autres films, sous la direction des plus grands, comme Robert Aldrich, mais ce qui a été important dans sa carrière, c'était sa rencontre avec Alfred Hitchcock complètement séduit par elle et qui lui a fait signer un contrat de cinq ans avec elle (il voulait en faire une nouvelle Grace Kelly). Elle est ainsi devenue Rose, l'épouse de Henry Fonda dans le film "Le Faux Coupable" (sorti le 26 janvier 1957)... et surtout, Hitchcock la voulait pour son futur chef-d'œuvre, "Sueurs froides" ["Vertigo"] (sorti le 9 mai 1958) pour le rôle principal aux côtés de James Stewart, mais Vera Miles, enceinte, y renonça, ce qui a obligé Hitchcock à la remplacer par Kim Novak.

    Toutefois, Vera Miles est retournée dans un film d'Hitchcock probablement pour le meilleur rôle de sa carrière (elle l'a contesté !), Lila Crane, la sœur de Janet Leight (Marion Crane) qu'elle tente de retrouver après sa disparition étrange dans le grand film "Psychose" (sorti le 16 juin 1960) aux côtés d'Anthony Perkins (Norman Bates), John Gavin (l'amant de Marion) et Martin Balsam (le détective).





    L'actrice a retrouvé John Wayne et James Stewart dans un autre grand film de John Ford, "L'Homme qui tua Liberty Valance" (sorti le 22 avril 1962), dans lequel a également joué Lee Marvin dans le rôle de Liberty Valance. Vera Miles est alors la future femme du futur sénateur James Stewart, mais secrètement aimée par John Wayne, dans une histoire qui est le clivage entre l'État de droit (la justice représentée par James Stewart) et la loi du plus fort (celle du revolver représentée par John Wayne). Là encore, l'histoire se résume surtout aux relations entre les trois hommes (John Wayne, James Stewart et Lee Marvin) mais Vera Miles, première rôle féminin, permet de faire le liant social.





    Pendant deux décennies encore (années 1960 et 1970), Vera Miles a continué sa carrière au cinéma. Elle a tourné son dernier film en 1995, après l'opus numéro 2 de Psychose, "Psychose II" de Richard Franklin (sorti le 3 juin 1983) avec toujours Anthony Perkins (vingt-deux ans plus tard, Norman Bates sort de l'asile psychiatrique contre l'avis de Lila et retombe dans ses vieilles torpeurs).

     

     
     


    Si Vera Miles n'a jamais quitté la télévision (séries télévisées et téléfilms) pendant sa période cinématographique, elle s'y est consacrée exclusivement à partir du milieu des années 1970 (en prenant de l'âge), intervenant dans des séries comme "Magnum", "La Petite Maison dans la prairie", "L'île fantastique", "Buck Rogers", 'La croisière s'amuse", "Hôtel", "Arabesque", etc.

    Depuis 1995, Vera Miles a quitté les rangs de la célébrité pour prendre une retraite discrète et tranquille en Californie, toute éblouie de souvenirs et d'histoires devenues elles-mêmes célèbres. Elle a déjà son étoile dans le grand Hollywood Walk of Fame à Los Angeles, témoignant de sa contribution au cinéma américain voire mondial.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (18 août 2024)
    http://www.rakotoarison.eu

    Pour aller plus loin :
    Vera Miles.
    Alain Delon.
    Pierre Richard.
    Marianne Faithfull.
    Pierre Perret.
    Anouk Aimée.
    Marceline Loridan-Ivens.
    Édouard Baer.
    Françoise Hardy.
    Charles Aznavour.
    Alain Souchon.
    Patrick Bruel.
    Frédéric Mitterrand.
    Fanny Ardant.
    Alain Bashung.
    Alain Chamfort.
    Sophia Aram.
    Plastic Bertrand.
    Micheline Presle.
    Sarah Bernhardt.
    Jacques Tati.
    Sandrine Bonnaire.
    Shailene Woodley.
    Gérard Jugnot.
    Marlène Jobert.
    Alfred Hitchcock.
    Brigitte Bardot.
    Charlie Chaplin.


     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240823-vera-miles.html

    https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/plein-d-etoiles-pour-vera-miles-256388

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/08/23/article-sr-20240823-vera-miles.html



     

  • Les Yes-She-Can de Barack Obama !

    « Nous avons la chance d'élire quelqu'un qui a passé sa vie à essayer de donner aux gens les mêmes chances que l'Amérique lui a données, quelqu'un qui vous voit et qui vous entend, et qui se lèvera et se battra chaque jour pour vous, la prochaine Présidente des États-Unis, Kamala Harris ! » (Barack Obama, le 20 août 2024 à Chicago).



     

     
     


    Depuis un mois, depuis le 21 juillet 2024, il existe aux États-Unis une véritable kamalamania. Depuis l'abandon de la candidature du Président Joe Biden (81 ans), la campagne présidentielle aux États-Unis (les élections auront lieu le 5 novembre 2024) a pris un véritable nouveau cours. Jusque-là, Donald Trump (78 ans) était en tête des sondages d'intentions de vote parce qu'il bénéficiait de l'âge et des gaffes de son adversaire déclaré, Joe Biden. L'attentat du 13 juillet 2024 qui a manqué de très peu de l'atteindre a renforcé son avance dans les sondages, quoi que, finalement, il n'y a pas eu vraiment de variation dans l'opinion publique américaine, seulement des arguments de campagne en plus pour les trumpistes : difficile de menacer la démocratie quand on est soi-même victime d'un attentat.

    Et puis est arrivée Kamala Harris (59 ans), ancienne procureure générale de Californie (2011-2017) puis sénatrice (2017-2021), et surtout, actuelle Vice-Présidente des États-Unis depuis le 20 janvier 2021, et en particulier, la première femme à ce poste très important. Dans l'ombre de Joe Biden, elle n'avait pas vraiment ébloui le peuple américain et le dossier chaud que le Président lui a sournoisement confié, l'immigration, n'a pas été vraiment traité de manière convaincante (c'est le moins qu'on puisse dire), mais sa candidature, évidente, après le désistement de Joe Biden, a fait monter une sauce médiatique qui a fait jusqu'à oublier l'attentat contre Donald Trump : la vague qui porte aujourd'hui Kamala Harris est très forte même si elle reste fragile.

    Dès le 23 juillet 2024, Kamala Harris a annoncé avoir le soutien de la majorité des délégués du parti démocrate, officiellement confirmé par le parti démocrate lui-même le 2 août 2024. Donc, aucun suspense dans cette course interne. Quelques jours plus tard, le 6 août 2024 à Philadelphie, Kamala Harris a annoncé qu'elle a choisi pour colistier (candidat à la Vice-Présidence) son contraire, Tim Walz (60 ans), gouverneur du Minnesota depuis 2019, ancien député (membre de la Chambre des représentants) de 2007 à 2019, ancien professeur de géographie et membre de la Garde nationale.


    La grande fête d'investiture a lieu en ce moment, au cours de la Convention nationale démocrate de Chicago qui se déroule du 19 au 22 août 2024 à l'United Center, dans la banlieue ouest de Chicago. Comme prévu, cet événement est l'occasion de parfaire les thèmes de campagne et d'avoir des soutiens essentiels. Le premier soir, le 19 août 2024 a eu lieu le discours du Président Joe Biden, qui a été particulièrement ovationné par les participants, comme si c'était son discours d'adieu. Il faut remarquer que c'est la première fois qu'un candidat à un mois de la Convention renonce à sa candidature et il lui a fallu beaucoup de courage pour déclarer forfait.

    Mais grâce à lui, les choses vont différemment : le vieux candidat, ce n'est plus le candidat démocrate mais le candidat républicain. Il ne s'agit plus de se défendre des bourdes et autres maladresses que l'âge ou simplement la distraction ont provoquées chez Joe Biden, mais d'avoir une campagne offensive pour remobiliser tous les laissés pour compte du parti démocrate.
     

     
     


    La journée du mardi 20 août 2024 était la journée Obama : deux grands discours, d'abord Michelle Obama (60 ans), l'ancienne première dame des États-Unis, puis Barack Obama (63 ans), l'ancien Président des États-Unis (2009-2017).

    Deux discours qui ont été très applaudis par la salle. Michelle Obama a sans doute eu le plus d'ovations, elle semble être très appréciée des militants démocrates, et elle vend même plus de bouquins que son mari. Sa grande popularité, elle la doit aussi parce qu'elle a été très claire : elle n'a aucune intention de faire de la politique (au contraire de l'ancienne première dame Hillary Clinton) et se sent donc complètement libre.

    Quand elle a donné la parole à son époux, Barack Obama a reconnu que ce n'était pas facile de lui succéder à la tribune. Très étrange Barack Obama qui semblait un peu à bout de souffle, fatigué, vieilli, comme si l'exercice du pouvoir l'avait épuisé. Il a pourtant à peu près le même âge que les candidats d'aujourd'hui, et s'il a apporté un soutien fort et total à Kamala Harris, c'était aussi pour se faire pardonner de ses réticences du mois dernier, il voulait une vraie compétition pour la candidature démocrate et ne lui avait pas apporté tout de suite son soutien.

     

     
     


    De son âge, d'ailleurs, il en a plaisanté : « Cela fait seize ans que j'ai eu l'honneur d'accepter la nomination de ce parti à la Présidence, et je sais que c'est difficile à croire parce que je n'ai pas vieilli du tout, mais c'est vrai ! Et avec le recul, je peux vous dire sans aucun doute que ma première grande décision en tant que candidat s'est avérée être l'une de mes meilleures, et c'était de demander à Joe Biden de servir à mes côtés en tant que Vice-Président. ».

    Dans la première partie de son discours, Barack Obama a ainsi rendu hommage à Joe Biden avec qui il a travaillé huit ans à la Maison-Blanche : « Ce que j'en suis venu à admirer le plus chez Joe, ce n'était pas juste son intelligence, son expérience, c'était son empathie, sa décence et sa résilience durement gagnée, sa conviction inébranlable que tout le monde dans ce pays mérite une chance équitable. ».

    Il a poursuivi ainsi : « À une époque où l'autre parti [républicain] était devenu un culte de la personnalité, nous avions besoin d'un leader stable, qui rassemble les gens et qui soit suffisamment altruiste pour faire la chose la plus rare en politique, mettant son ambition de côté pour le bien du pays. L'histoire se souviendra de Joe Biden comme d'un Président exceptionnel qui a défendu la démocratie à un moment de grand danger, et je suis fier de l'appeler mon Président mais je suis encore plus fier de l'appeler mon ami ! ».

    Barack Obama a mis en garde sur le fait que l'élection serait très serrée et que les démocrates devraient mettre toute leur énergie dans cette bataille, car le pays est très divisé, « un pays où trop d'Américains sont encore en difficulté, où beaucoup d'Américains ne croient pas que le gouvernement puisse les aider ». Ajoutant : « Les gens qui décideront de cette élection posent une question très simple : qui se battra pour moi ? qui pensera à mon avenir, à l'avenir de mes enfants, à notre avenir tout ensemble ? ».

    Et d'embrayer contre Donald Trump : « Une chose est sûre, c'est que Donald Trump ne perd pas le sommeil à cause de cette question. Voici un milliardaire de 78 ans qui n'a pas arrêté de se plaindre de ses problèmes depuis qu'il est descendu de son grand escalator il y a neuf ans [Donald Trump a annoncé sa candidature le 16 juin 2015 en descendant de l'escalator d'honneur de la Trump Tower]. Il y a eu un flux constant de plaintes et de griefs qui ont en fait empiré maintenant qu'il a peur de perdre contre Kam. Il y a les surnoms enfantins, les théories du complot folles, cette obsession étrange avec la taille de la foule (assistant à ses meetings) ! » en mimant avec ses mains la taille petite implicitement du sexe de son adversaire. Les discours électoraux aux États-Unis, même prononcés par des intellos, sont toujours du registre de la cour de récréation... Du moins, les plus efficaces.
     

     
     


    Il a continué : « La vérité est que Donald Trump ne voit le pouvoir que comme un moyen d'atteindre ses objectifs. Il veut que la classe moyenne paie le prix d'une nouvelle énorme réduction d'impôts qui l'aiderait principalement lui, et ses riches amis. Il a tué un accord bipartisan sur l'immigration rédigé en partie par les républicains les plus conservateurs du Congrès qui aurait contribué à sécuriser notre Mur du Sud, parce qu'il pensait qu'essayer de résoudre réellement le problème nuirait à sa campagne. (…) Et surtout, Donald Trump veut nous faire croire que ce pays est désespérément divisé entre "nous" et "eux", entre les vrais Américains, ceux qui le soutiennent bien sûr, et les étrangers qui ne le soutiennent pas. Et il veut que vous pensiez que vous serez plus riche et plus en sécurité si vous lui donnez simplement le pouvoir de remettre ces autres personnes à leur place. C'est l'un des plus vieux trucs en politique (…). Nous n'avons pas besoin de quatre années supplémentaires de fanfaronnades, de maladresses et de chaos. Nous avons déjà vu ce film et nous savons tous que la suite est généralement pire. ».

    Est arrivée enfin la partie sur Kamala Harris : « L'Amérique est prête pour un nouveau chapitre. L'Amérique est prête pour une meilleure histoire. Nous sommes prêts pour la Présidente Kamala Harris, et Kamala Harris est prête pour le job ! (…) Kamala n'est pas née dans un privilège, elle a dû travailler pour ce qu'elle est et elle se soucie vraiment de ce que les autres vivent. (…) Kamala Harris ne se concentrera pas sur ses problèmes, elle se concentrera sur les vôtres. ».

    Il a balayé beaucoup de sujets de préoccupation comme le logement : « Nous devons tracer une nouvelle voie pour relever les défis d'aujourd'hui, et Kamala comprend cela, elle sait par exemple que si nous voulons rendre les choses plus faciles pour que plus de jeunes puissent acheter une maison, nous devons construire plus d'unités et éliminer certaines des lois et réglementations obsolètes qui rendent plus difficile la construction de logements pour les travailleurs dans ce pays. Ceci est une priorité et elle a présenté un nouveau plan audacieux. ». Il a aussi affirmé que les travailleurs des emplois ingrats devraient négocier avec Kamala Harris des salaires plus décents, les aide-soignantes, les balayeurs de rues, etc.
     

     
     


    « Yes, she can ! » [Oui, elle peut le faire !]. Reprenant son ancien slogan très porteur (Yes We Can), Barack Obama a placé la candidature de Kamala Harris dans la continuité de la sienne en 2008. « Kamala et Tim [Walz] comprennent que lorsque tout le monde a une chance équitable, nous sommes tous mieux lotis. Ils comprennent que lorsque chaque enfant reçoit une bonne éducation, l'économie entière devient plus forte. Lorsque les femmes sont payées le même salaire que les hommes pour faire le même travail, toutes les familles en bénéficient. Ils comprennent que nous pouvons sécuriser nos frontières sans arracher les enfants à leurs parents, tout comme nous pouvons assurer la sécurité dans nos rues tout en renforçant la confiance entre les forces de l'ordre et les communautés qu'elles servent et tout en éliminant les préjugés, ce qui améliorera la situation pour tout le monde. (…) L'Amérique à laquelle croient Kamala Harris et Tim Walz, est une Amérique où nous, le peuple, incluons tout le monde, parce que c'est la seule voie pour cette expérience américaine. ».

    Barack Obama a donc beaucoup parlé de classes populaires et de classes moyennes, celles qui avait été convaincues par Donald Trump en novembre 2016. Car pour lui, il ne faut pas que la kamalamania soit juste le phénomène d'une élite boboïsante, mais bien celui de tout un peuple. Il faut donc s'adresser aux "petites gens" que représente bien Tim Walz simple prof de géo, dont les vêtements, selon Barack Obama, ne sont pas le résultat de conseillers en communication mais viennent simplement de son placard !

    Barack Obama a aussi opposé la liberté des gros industriels à polluer l'air et à infester les rivières à la liberté des gens à respirer de l'air pur et à boire de l'eau propre, qu'il a considérée comme une liberté encore plus importante. En somme, la liberté des gros face à la liberté des petits.

    Et l'ancien Président a beaucoup insisté pour faire une démocratie très vivante, faite d'égalité et de liberté : « La démocratie n'est pas seulement un tas de principes abstraits et de lois poussiéreuses dans un livre quelque part, ce sont les valeurs avec lesquelles nous vivons, la façon dont nous nous traitons les uns les autres, y compris ceux qui ne nous ressemblent pas, ne prient pas comme nous, et ne voient pas le monde comme nous. Ce sentiment de respect mutuel doit faire partie de notre message. Nos politiques sont devenues tellement polarisées ces jours-ci que nous tous, quel que soit le spectre politique, semblons si rapides à supposer le pire chez les autres, à moins qu'ils ne soient d'accord avec nous sur chaque question, nous commençons à penser que la seule façon de gagner est de blâmer, de faire honte et de crier de l'autre côté, et après un certain temps, les gens ordinaires se déconnectent ou ne se soucient plus de voter. ».

    En écoutant ce discours, où l'intelligence et le charisme étaient au rendez-vous, on se surprend à penser que les États-Unis, ce ne sont pas seulement des cow-boys qui réagissent un peu simplement au quart de tour en tirant dans le tas, il y a aussi des gens sophistiqués, qui ont une pensée cohérente (j'allais écrire complexe) et aboutie et surtout, qui développent beaucoup d'empathie.

    Proche de l'aile centriste du parti démocrate, ce qui pourrait séduire les électeurs républicains hésitants pour Donald Trump, Kamala Harris, dont le parcours professionnel et personnel californien est le résultat flamboyant du rêve américain, ce qu'on appellerait en France du mérite républicain, pourrait tomber dans le piège de ne s'adresser qu'aux élites hollywoodiennes et washingtoniennes. Barack Obama lui a rappelé qu'il faut s'adresser avant tout à ceux qui n'ont rien et qui feront la différence le soir du vote, soit par leur participation soit par leur adhésion au camp démocrate. Fort de ce constat d'un pays profondément divisé, l'ancien Président des États-Unis a donné un mode d'emploi pour le vivre ensemble, après le risque Trump.

    Le lendemain, c'était au tour de l'ancien Bill Clinton d'apporter son onction à Kamala Harris.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (21 août 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :

    Kamala Harris sera-t-elle la première femme Présidente des États-Unis ?
    USA 2024 : Joe Biden se retire et soutient Kamala Harris !
    Donald Trump victime d'une tentative d'assassinat.
    Les 80 ans du Débarquement en Normandie.
    Ronald Reagan.
    Triste Trump (hic) !
    Paul Auster.
    Standard & Poor's.
    Moody's et Fitch.
    Les 75 ans de l'OTAN.
    Lee Marvin.
    Les 20 ans de Facebook.
    Bernard Madoff.
    La crise financière mondiale de 2008.

    La boîte quantique.
    Maria Callas.
    Henry Kissinger.
    Alexander Haig.
    Katalin Kariko et Drew Weissman.
    Rosalynn Carter.
    Walter Mondale.
    Marathonman.
    Bob Kennedy.










    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240820-obama.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/les-yes-she-can-de-barack-obama-256431

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/08/21/article-sr-20240820-obama.html




     

  • Législatives 2024 (38) : la coconstruction du Premier Ministre

    « Le Président de la République nomme le Premier Ministre. Il met fin à ses fonctions sur la présentation par celui-ci de la démission du gouvernement. Sur la proposition du Premier Ministre, il nomme les autres membres du gouvernement et met fin à leurs fonctions. » (Article 8 de la Constitution du 4 octobre 1958).




     

     
     


    La fin de l'été arrive et se précise le choix (périlleux) du prochain Premier Ministre. Faut-il rappeler les deux principales leçons des élections législatives anticipées ? La première, c'est que le camp présidentiel a perdu ces élections. Tout le monde en convient, l'opposition la première, bien sûr. La seconde, c'est que personne n'a gagné ces élections. Et là, il manque aux mélenchonistes et affiliés cette lucidité arithmétique : leur nouvelle farce populaire (NFP) ne dispose que de 193 députés, soit bien moins que les 289 de la majorité absolue. De plus, l'élection au perchoir a montré le 18 juillet 2024 très clairement que les partis constituants le NFP ne constituaient pas une majorité relative puisque leur candidat André Chassaigne a perdu à la majorité relative face à Yaël Braun-Pivet.

    Rappelons aussi que si Emmanuel Macron est responsable (à 100%) de la dissolution de l'Assemblée Nationale, il n'est pas le responsable du résultat des élections législatives ; ce sont les Français qui en sont responsables, et eux seuls. Et maintenant, il faut faire avec. Le Président comme la classe politique en général, doivent faire avec ce résultat assez baroque et étonnant de ces élections.

    L'article 8 de la Constitution est assez clair sur la totale liberté du Président de la République à nommer le Premier Ministre (les ministres du gouvernement, en revanche, doivent être nommés sur proposition du Premier Ministre). Cette liberté doit aller avec la responsabilité du gouvernement devant le Parlement et en particulier avec l'article 49 aliéna 2 de la Constitution : « L'Assemblée Nationale met en cause la responsabilité du gouvernement par le vote d'une motion de censure. Une telle motion n'est recevable que si elle est signée par un dixième au moins des membres de l'Assemblée Nationale. Le vote ne peut avoir lieu que quarante-huit heures après son dépôt. Seuls sont recensés les votes favorables à la motion de censure qui ne peut être adoptée qu'à la majorité des membres composant l'Assemblée. Sauf dans le cas prévu à l'alinéa ci-dessous, un député ne peut être signataire de plus de trois motions de censure au cours d'une même session ordinaire et de plus d'une au cours d'une même session extraordinaire. » ("l'aliéna ci-dessous", c'est l'article 49 alinéa 3, celui où le gouvernement engage sa responsabilité pour l'adoption d'un texte, initiative qui émane bien sûr du gouvernement et qui peut provoquer le dépôt voire l'adoption d'une motion de censure).

    Lorsque le camp présidentiel dispose de la majorité absolue voire relative à quelques sièges près à l'Assemblée Nationale, le Président de la République a une liberté entière et tous les Présidents depuis 1959 ne s'en sont pas privés, parfois avec quelques surprises (Georges Pompidou, Raymond Barre, Jean Castex).

    Lorsque le camp opposé au camp présidentiel dispose d'une majorité absolue (ou relative dans le sens ci-dessus), alors le Président de la République n'a plus aucune liberté de nomination et doit se conformer au choix du nouveau camp majoritaire à l'Assemblée. Cela s'est passé trois fois avec les cohabitations : Jacques Chirac en 1986, Édouard Balladur en 1993 et Lionel Jospin en 1997. Le Président de la République peut juste chipoter sur la méthode du camp majoritaire (légiférer par ordonnances par exemple) et garder tête haute lors des rencontres internationales.

    Lorsque, comme en 2024, aucune majorité ne se dégage, mais vraiment aucune, car l'Assemblée est divisée en trois blocs de force plus ou moins équivalente, alors le flou redonne de la liberté et du pouvoir au Président de la République. Pas pour n'en faire qu'à sa tête, car, comme je viens de l'écrire, le camp présidentiel n'a pas gagné et gare au Président qui n'a pas su décrypter la volonté des électeurs. Mais pour proposer la méthode pour former un gouvernement viable (notion nouvelle, donc), et donc, en choisissant lui-même la majorité plurielle qui le soutiendrait (ou, du moins, qui ne le censurerait pas).

     

     
     


    Le choix du Premier Ministre est donc une liberté présidentielle surveillée de près par le Parlement. À moins de faire perdre du temps à la France, le Président de la République ne nommera pas de Premier Ministre s'il sait qu'il subira inéluctablement l'adoption d'une motion de de censure. C'est la raison pour laquelle il n'a pas nommé le mois dernier Lucie Castets, vouée à être censurée par l'Assemblée Nationale. Prendre le temps de former un gouvernement dans les conditions, c'est gagner du temps pour éviter des initiatives douteuses qui rendraient instable le gouvernement de la France et multiplieraient les crises politiques.

    C'est la raison pour laquelle l'Élysée a proposé cette réunion de consultations des présidents de groupe et de parti le vendredi 23 août 2024. L'objectif du Président de la République serait de connaître les positions des uns et des autres, mais surtout, de les convaincre de faire des compromis pour que les voisins puissent accepter l'autre. Méthode très périlleuse du vivre ensemble version parlementaire !

     

     
     


    En gros, Emmanuel Macron devra convaincre les chefs de partis de ne pas vouloir rester sur leurs positions d'origine de revendiquer l'opposition en attendant l'élection présidentielle (dans trois ans, un siècle !) et surtout, de prendre leurs responsabilités, de gouverner la France, de manière difficile car sans direction clairement définie par les électeurs, dans le seul souci de l'intérêt général. Les Français seront très exigeants et très sensibles au choix, à cet instant précis de leur histoire politique, des responsables politiques, choix entre l'intérêt personnel ou partisan (je ne gouverne pas maintenant et je veux être Président et gouverner tout seul dans trois ans) et l'intérêt national (je gouverne dès maintenant, avec d'autres, je co-gouverne, même si c'est très difficile et casse-cou, même si je m'en prends plein dans les dents, même si cela me brûle définitivement à la prochaine élection présidentielle, mais je suis avant tout au service des Français, comme le devrait être tout responsable politique).

    L'analyse d'Emmanuel Macron, du moins son postulat de départ, c'est que, d'une part, les Français ont rejeté clairement l'idée d'un gouvernement RN malgré le fort attrait électoral dont a su profiter ce parti, ce qui exclut le RN, et d'autre part, les Français aspirent à un gouvernement qui joue l'apaisement des conflits politiques, ce qui exclut FI qui ne cherche qu'à attiser la fureur et le conflit (du reste, en demandant la destitution du Président de la République, les responsables insoumis ont renoncé définitivement à gouverner, après pourtant avoir fait appel à voter pour des candidats du camp présidentiel pour faire barrage au RN !). Son idée est donc de former un gouvernement qui soit acceptable, c'est-à-dire qui ne soit pas censuré par un large ensemble de députés qui va des élus PS aux élus LR en passant par le camp présidentiel (potentiellement, par 363 députés sur 577).

    Sur le plan programmatique, deux injonctions paradoxales semblent avoir été exprimées par les électeurs français : dépenser plus d'argent public sur le plan social et renforcer la sécurité dans le pays. J'évoque ces deux injonctions paradoxales car l'une serait plutôt de gauche et l'autre de droite, ce qui ajoute à la difficulté originelle.

     

     
     


    Une autre analyse pourrait donner le RN comme le groupe pivot à l'Assemblée : il pourrait s'allier tantôt avec le bloc de gauche, tantôt avec le bloc central, selon les dossiers qui leur seraient soumis. Les élus RN pourraient donc être des faiseurs de roi, ce que ne voudrait absolument pas Emmanuel Macron.

    L'analyse d'Emmanuel Macron peut avoir des ratés et les deux difficultés sont les suivantes : d'une part, que les députés LR dépassent leur haine d'Emmanuel Macron (cela semble se produire) ; d'autre part, que les députés PS se désolidarisent des insoumis (ils ont eu mille occasions pour le faire) et ne se fassent pas traiter de traîtres à la gauche (l'injure suprême), ce qui nécessiterait qu'ils aillent à la soupe avec un solide argument social (une mesure sociale qu'ils pourraient agiter face aux insoumis pour leur dire que non, ils sont bien de gauche, mais aussi pour l'intérêt national). Sur ce deuxième point, on en est encore loin.

    L'argument des insoumis pour imposer Lucie Castets à Matignon est que le NFP est le groupe le plus important dans l'Assemblée (193 députés en tout). Dans ce cas, la logique voudrait que Matignon revienne au RN qui est le groupe le plus important de l'Assemblée (126 députés, 142 avec les députés ciottistes). S'il s'agit d'alliance entre groupes, rien n'empêcherait donc que des groupes du bloc central fassent alliance avec le groupe LR, ce qui ferait une coalition de 213 députés (166 du bloc central et 47 LR), supérieur aux 193 députés NFP. Restent ensuite 22 députés du groupe LIOT et 7 députés non-inscrits, et ces 29 députés auront, eux aussi, un rôle pivot dans les semaines à venir.

     

     
     


    Si on restait dans une logique camp contre camp. Le premier camp serait donc le NFP avec Lucie Castets (après Jean-Luc Mélenchon, Manuel Bompard, Huguette Bello, Laurence Tubiana, Clémence Guetté, Clémentine Autain, Mathilde Panot, François Ruffin, etc.). Puis le camp présidentiel avec Gabriel Attal, dont le leadership est incontestable chez les macronistes. Enfin le troisième camp, le RN, serait avec Jordan Bardella. Mais cette logique est à rejeter puisque aucun camp n'a obtenu de majorité. Dans la formation d'un futur gouvernement, il faudra donc que justement, aucune de ces têtes de liste, ni Lucie Castets, ni Gabriel Attal, ni Jordan Bardella ne soit nommée Premier Ministre pour pouvoir faire un gouvernement partagé et accepté.

    Plus généralement, aucun élu RN à Matignon puisque le RN s'est placé délibérément dans l'opposition dès lors qu'il n'a pas obtenu de majorité absolu. C'est peut-être le groupe le plus lucide sur ses capacités.

    Mais également, aucun macroniste à Matignon pour répondre à l'une des leçons des élections, l'échec des macronistes. Cela signifie qu'aucun macroniste ne pourrait être nommé : Gabriel Attal, Gérald Darmanin, Sébastien Lecornu, Catherine Vautrin, Bruno Le Maire, Édouard Philippe, Jean Castex, etc. Avec peut-être une petite inconnue pour François Bayrou car lui est le rare macroniste qui existait politiquement déjà bien avant Emmanuel Macron, et à ce titre, a gardé son indépendance d'esprit (et rappelons-nous qu'il a refusé d'entrer au gouvernement en février dernier).

    Alors bien sûr, beaucoup d'hypothèses ont été exprimées par différentes personnes depuis le 7 juillet 2024 sur le nom du prochain Premier Ministre. Je vais essayer de les énumérer en espérant ne pas en avoir oublié et en pensant que le véritable "nominé" serait probablement un autre.

     

     
     


    D'origine PS : Bernard Cazeneuve, Karim Bouamrane, Pierre Moscovici, François Hollande, Olivier Faure, Ségolène Royal, Boris Vallaud, Jérôme Guedj, Julien Dray, Anne Hidalgo, Raphaël Glucksmann, Jean-Christophe Cambadélis, Stéphane Le Foll, Martine Aubry, Bertrand Delanoë, Guillaume Garot, Patrice Kanner, Emmanuel Grégoire, Christiane Taubira, Aurélien Rousseau, Carole Delga, Johanna Rolland.

    D'origine écologiste (je la cite même si cela me paraît complètement déraisonnable) :Cécile Duflot.

    D'origine macroniste (malgré ce que je viens d'écrire !) : Gérald Darmanin, Jean-Yves Le Drian.

    D'origine centriste : Jean-Louis Borloo, Charles de Courson, Hervé Morin, Valérie Létard.

    D'origine LR : Xavier Bertrand, Laurent Wauquiez, Philippe Juvin, Michel Barnier, Nicolas Sarkozy, Valérie Pécresse, Jean-Pierre Raffarin, Gérard Larcher, Aurélien Pradié, Olivier Marleix, Bruno Retailleau, Christine Lagarde, Nathalie Kosciosko-Morizet, François Baroin, Jean-François Copé.

    Acteurs économiques : Louis Gallois, Laurence Tubiana, Laurence Parisot, Alexandre Bompard, Jean-Claude Trichet, Thierry Breton, Michel Camdessus, François Villeroy de Galhau, Jean Peyrelevade, etc.

    Option olympique : Tony Estanguet, Léon Marchand, Teddy Riner, etc.

    En fait, la plupart de ces noms sont peu pertinents, soit parce que les personnes sont un peu trop âgées, soit parce que les Français ont tourné la page (François Hollande, Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy, etc.).

    Dans le profil du Premier Ministre, cela paraîtrait pertinent qu'il ait eu une expérience parlementaire assez convaincante à l'Assemblée pour en connaître tous les arcanes (et son précieux règlement intérieur). Et qu'il soit LR PS-compatible ou PS LR-compatible. Xavier Bertrand s'était présenté très tôt après les élections pour dire qu'il était prêt à Matignon mais est-il bien raisonnable que le Premier Ministre fasse partie d'une formation politique qui ne représente que 8% des sièges ? Bernard Cazeneuve, dont le sens de l'État est reconnu de tous, est en revanche de plus en plus cité comme possible Premier Ministre, une fonction qu'il connaît puisqu'il l'a exercée pendant quelques mois.

     

     
     


    Vous l'avez compris, la perle rare n'est peut-être pas encore née à ce jour... mais il faudra quand même bien avoir un Premier Ministre de la France dans quelques jours !

    L'historien Jean Garrigues a évoqué sur France 5 le 19 août 2024 l'expérience du quatrième gouvernement de Raymond Poincaré nommé le 23 juillet 1926 pour faire face à la crise financière. C'était un gouvernement de combat et d'union nationale qui disposait de l'appui de 422 députés sur 581, Raymond Poincaré (rappelé) étant le chef des républicains modérés (Bloc national) aux Finances et son numéro deux aux Affaires étrangères, Aristide Briand, un socialiste indépendant, Édouard Herriot, président du parti radical, le chef de la gauche de l'époque (chef du Cartel des gauches) à l'Instruction publique. À droite, il y avait Louis Barthou (Justice), Georges Leygues (Marine), André Tardieu (Travaux publics), Louis Marin (Pensions), etc., et à gauche, Paul Painlevé (Guerre), Albert Sarraut (Intérieur), Henri Queuille (Agriculture), etc. Ce gouvernement, qui a redressé le franc, a mené une politique de rigueur budgétaire, est devenu très populaire par sa réussite financière, a gagné les élections législatives des 22 et 29 avril 1928 et a été reconduit au pouvoir jusqu'à la démission de Raymond Poincaré, malade et épuisé, le 26 juillet 1929.

    Il y a eu aussi, avant celle-ci, l'expérience du gouvernement de Pierre Waldeck-Rousseau du 22 juin 1899 au 2 juin 1902. La France très inventive a toujours su trouver des solutions à ses crises politiques. Aux acteurs d'aujourd'hui d'imaginer celle d'aujourd'hui !



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (20 août 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Législatives 2024 (38) : la coconstruction du Premier Ministre.
    Législatives 2024 (37) : stupide chantage à la destitution !
    Législatives 2024 (36) : Gérald Darmanin plaide pour un Premier Ministre non macroniste !
    François Hollande sera-t-il le Premier Ministre de son ancien Ministre de l'Économie ?
    Législatives 2024 (35) : Vers une cohabitation du troisième type ?
    Législatives 2024 (34) : Lucie Castets noyée dans une réalité alternative !
    Législatives 2024 (33) : Le grain de sel du Sénat !
    Législatives 2024 (32) : Le casse-tête de Lucie Castets.
    Législatives 2024 (31) : Emmanuel Macron et les joyeux JO.
    Interview du Président Emmanuel Macron le 23 juillet 2024 sur France 2 (vidéo intégrale).
    Claude Malhuret au Sénat : le spectacle continue !
    Législatives 2024 (30) : coalition ou pacte ?
    Législatives 2024 (29) : le staff de l'Assemblée Nationale.
    Législatives 2024 (28) : la stratégie du chaos institutionnel de Jean-Luc Mélenchon.
    Législatives 2024 (27) : l'émotion de Yaël Braun-Pivet.
    Législatives 2024 (26) : les larmes de Marine Tondelier.
    Législatives 2024 (25) : faut-il ostraciser le RN à l'Assemblée Nationale ?
    Législatives 2024 (24) : Huguette Bello, mélenchonette en peau de lapin.
    Législatives 2024 (23) : grand pays recherche son gouvernement.
    Législatives 2024 (22) : qui au perchoir ?
    Législatives 2024 (21) : marche sur Matignon ?
    Lettre aux Français par Emmanuel Macron le 10 juillet 2024 (texte intégral).
    Législatives 2024 (20) : le poison du scrutin proportionnel.
    Législatives 2024 (19) : quel possible Premier Ministre pour une impossible majorité ?
    Législatives 2024 (18) : la fin du cauchemar Bardella (pour le moment).
    Résultats du second tour des élections législatives du 7 juillet 2024.
    Fake news : la scandaleuse manipulation politique du RN.
    Législatives 2024 (17) : rien n'est joué dimanche prochain !
    Législatives 2024 (16) : la question de dimanche prochain.
    Législatives 2024 (15) : les promesses n'engagent que ceux qui y croient !
    Législatives 2024 (14) : la revanche des gilets jaunes ?
    Législatives 2024 (13) : fortes mobilisations au premier tour.
    Résultats du premier tour des élections législatives du 30 juin 2024.
    Appel aux sociaux-démocrates.
    Éric Le Boucher : la France va plutôt bien (27 juin 2024).
    Législatives 2024 (12) : un isoloir, ce n'est pas un cabine d'essayage !
    Législatives 2024 (11) : front, rassemblement, union nationale, barrage, consignes de vote...
    Législatives 2024 (10) : il était une fois Jordan Bardella, Gabriel Attal et Manuel Bompard.
    Législatives 2024 (9) : Emmanuel Macron et son n'ayez-pas-peur !
    Interview d'Emmanuel Macron à Génération Do It Yourself le 24 juin 2024 (podcast intégral).
    Lettre aux Français d'Emmanuel Macron le 23 juin 2024 (texte intégral).
    Législatives 2024 (8) : la bataille de Matignon.
    Le programme aux élections législatives du 30 juin 2024 d'Ensemble pour la République (document à télécharger).
    Législatives 2024 (7) : Ensemble pour la République.
    Législatives 2024 (6) : Nicolas Sarkozy et François Fillon bougent encore !
    Législatives 2024 (5) : le trouble de Lionel Jospin.
    Législatives 2024 (4) : l'angoisse de Manuel Valls.
    Législatives 2024 (3) : François Hollande dans l'irresponsabilité totale !
    Législatives 2024 (2) : clarification ou chaos ?
    Législatives 2024 (1) : vaudeville chez Les Républicains.
    Sidération institutionnelle.
    Élections européennes 2024 (4) : la surprise du chef !
    Résultats des élections européennes du dimanche 9 juin 2024.



     

     
     




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  • Le charisme d'Alain Delon : The Girl on a Motorcycle

    « When you're Mick Jagger, but the other one is Alain Delon ! »


     

     
     


    À l'annonce de la mort du grand acteur français et international Alain Delon (ce dimanche 18 août 2024), les réseaux sociaux ont rejoint les médias en général pour des hommages de toute sorte. Mais aussi pour un peu d'humour. Parmi les témoignages parfois insignifiants revient un élément majeur d'Alain Delon : certes, le jeune homme était beau, quoique, de la beauté masculine, je n'ai pas grand-chose à dire, mais sa beauté n'était pas tout. Après tout, il n'était pas le seul jeune homme beau de tout le village, et pourtant, il n'y a pas eu beaucoup d'Alain Delon en fin de compte. Cet élément reconnu par tous, qui a fait la différence, c'était le charisme. Le charisme d'Alain Delon !

    Le charisme, c'est que qui permet à des responsables politiques pourtant, pour certains, peu recommandables d'être réélus ou d'être encore appréciés malgré, parfois, quelques casseroles. Par exemple, Alain Carignon, qu'il faut avoir approcher pour bien comprendre l'homme. Lorsqu'il était maire, il était du genre à traverser assez rapidement le très large boulevard Jean-Pain, celui devant la mairie, qui s'engage directement vers l'autoroute Grenoble-Chambéry très passant, le regard bloqué sur le Grenoblois qu'il allait croiser, et à le saluer en lui demandant des nouvelles du petit dernier. Bernard Tapie, Jacques Chirac, Jean-Marie Le Pen, Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal, Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron, etc. (j'en oublie plein), quoi qu'on en pense, sont ou ont été des personnalités charismatiques qui leur ont permis de convaincre parce qu'elles fascinaient. Le charisme. Mélange de présence et de magnétisme. De sincérité plus ou moins feinte et d'authenticité plus ou moins réelle.

    Évidemment, un bon acteur ne peut être que charismatique et on peut en citer beaucoup, Yves Montand, Jean Gabin, Lino Ventura, Fabrice Luchini, Gérard Depardieu, etc. (pareil, j'en oublie de nombreux). Alain Delon était sans doute l'un des plus charismatiques et c'est cela qui l'a distingué des autres, plus que sa dite beauté dont je ne connais pas la définition.

     

     
     


    Les réseaux sociaux ont alors rappelé une photographie célèbre (plusieurs en fait) et un trait d'humour déjà ancien : "Quand tu es déjà une star et que tu sors avec ta (très belle) copine, méfie-toi d'Alain Delon !". C'est un peu cela l'idée.

    Sur Wikipédia, Mick Jagger (81 ans), le célèbre chanteur des Rollings Stones, est considéré très charismatique : « Véritable star depuis le milieu des années 1960, il est, par son jeu de scène démonstratif, son attitude et son charisme, considéré comme l'archétype du chanteur de rock, souvent cité comme référence par de nombreux artistes. ». Entre 1966 et 1970, selon des potins très médiatisés, il vivait avec la très belle chanteuse (et actrice) britannique Marianne Faithfull (77 ans). Il l'a même aidée à démarrer sa carrière de chanteuse, a composé quelques-unes de ses chansons, etc.
     

     
     


    La photographie en question daterait du 15 novembre 1967 (je peux me tromper). Mick Jagger n'avait que 24 ans (et déjà très connu), Marianne Faithfull pas encore 21 ans (et un petit peu connue). L'actrice a rencontré Alain Delon par l'entremise du réalisateur britannique Jack Cardiff (alors 53 ans) pour un projet de film franco-britannique. Elle fut tout de suite attirée par le charisme d'Alain Delon (qui venait d'atteindre ses 32 ans). À cet instant magique, il n'y avait pas photo... ah si, il y avait photos, justement !
     

     
     


    Marianne Faithfull a raconté plus tard que cette rencontre a rendu très jaloux Mick Jagger alors que ce n'était pas son tempérament d'être jaloux. L'histoire retient toutefois que la chanteuse n'a pas vraiment accroché avec Alain Delon : il était fascinant, mais pas forcément de quoi en être amoureuse.

    Cela ne l'a pas empêchée de l'embrasser. Pour des raisons strictement professionnelles bien sûr. Le projet du film de Jack Cardiff a abouti à "The Girl on the Motorcycle", en français, plus pudiquement, "La Motocyclette". Le résumé de Wikipédia explique doctement : « Rebecca s’ennuie auprès de Raymond, l’homme qu’elle vient tout juste d’épouser. Une nuit, elle s’échappe du lit conjugal et part, nue sous une combinaison de cuir, sur sa Harley-Davidson FL, pour rejoindre son amant en Allemagne. ». Le personnage de Rebecca était interprété bien sûr par Marianne Faithfull, celui de l'amant Daniel par Alain Delon. Non, Mick Jagger ne jouait pas le mari trompé (l'acteur était Roger Mutton). Avec la participation de Jacques Marin.

     

     
     


    Ce film est un film érotique (aux États-Unis, le titre est plus explicite : "Naked Under Leather", nue sous le cuir !), et a été tourné en Alsace, à Heidelberg et à Genève. Il a fait partie de la sélection officielle du Festival de Cannes de mai 1968 mais n'a reçu aucune récompense car le festival a été interrompu par la révolte étudiante. Le film est sorti le 23 juin 1968 en France et le 20 octobre 1968 au Royaume-Uni. (Ce qui est amusant avec une encyclopédie comme Wikipédia, c'est qu'il y a des trucs intéressants et des trucs surréalistes, comme le fait qu'un homme né en décembre 1968 puisse avoir été l'assistant réalisateur d'un film sorti en juin 1968 !).

    Pour changer un peu des hommages habituels à Alain Delon, je propose d'écouter une très belle chanson de ...sa partenaire de cinéma Marianne Faithfull, qui a repris l'interprétation de "The Ballad of Lucy Jordan" (Lucie Castets ou Jordan Bardella ? humour de chaussettes dépareillées...) utilisée également au cinéma, notamment dans l'excellent film "Cours privé" de Pierre Granier-Deferre (sorti le 12 novembre 1986), avec Élizabeth Bourgine, Michel Aumont et Xavier Deluc.



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    Sylvain Rakotoarison (18 août 2024)
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    Pour aller plus loin :
    Le charisme d'Alain Delon : The Girl on a Motorcycle.
    Le grand Alain Delon
    Affaire Alain Delon : ce que cela nous dit de la fin de vie.
    Comment va Alain Delon ?







    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240819-alain-delon.html

    https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/le-charisme-d-alain-delon-the-girl-256382

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/08/20/article-sr-20240819-alain-delon.html




     

  • Législatives 2024 (37) : stupide chantage à la destitution !

    « Le Président de la République ne peut être destitué qu'en cas de manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l'exercice de son mandat. » (Article 68 de la Constitution du 4 octobre 1958).



     

     
     


    Ils étaient contents, ce samedi soir. La bombe allait être lâchée. Précisément, le samedi 17 août 2024 à 23 heures 25, le papier était en ligne. Le papier ? Une tribune, un torchon plutôt, publié par "La Tribune Dimanche" qui remplace le JDD dans les communications politiques du week-end. Les auteurs, Jean-Luc Mélenchon (73 ans ce lundi) et ses sbires s'en prenaient à la fonction du Président de la République et par là même, se mettaient en retrait de la nouvelle farce populaire (NFP).

    Ils espéraient créer la polémique toute la journée du dimanche, réactions, contre-réactions, surréactions, les rédactions n'ayant plus grand-chose à dire après les Jeux olympiques, et avec un peu de chance, la mousse médiatique de leur énième provocation institutionnelle s'étendrait jusqu'au début de la semaine, une bonne entrée en matière avant la rencontre à l'Élysée des chefs des groupes parlementaires fixée au vendredi 23 août 2024.

    Et là, pas de chance ! Ils vont vraiment finir par haïr Alain Delon ! Le grand acteur est mort dans la nuit du samedi au dimanche, vers 3 heures du matin. Toutes les chaînes de télévision et les stations de radio occupèrent alors leur journée du dimanche à rendre des hommages appuyés et quasi-unanimes (quasi, car il ne faut pas rêver !) à Alain Delon, monument national de la culture française. L'idée de la destitution du Président de la République est passée à la trappe médiatique ! Caramba, encore raté !

    Pourtant, l'initiative mériterait d'être connue de tous les Français pour bien faire comprendre en quoi le groupement politique appelé France insoumise est anti-républicain, anti-institutionnel et dangereux pour la cohésion institutionnelle. On le savait déjà mais maintenant, c'est tellement clair que Jean-Luc Mélenchon ne prend plus de gants, il imite le piètre François Asselineau dans la relecture (erronée) de la Constitution (qu'il déteste pourtant : pour lui, aucune constitution n'est digne de lui, juste lui est capable de dire le bien, les règles, Lui, le seul, le garant, le gourou !).

    Dans sa une, "La Tribune Dimanche" a tenté d'en faire son gras avec deux photographies, mettant en opposition Jean-Luc Mélenchon, candidat perdant trois fois la qualification au second tour, et Emmanuel Macron, élu deux fois Président de la République, à 66% puis à 59%. Comme on le voit, il est factuellement erronée de mettre sur le même plan les deux personnalités, un qui est sans arrêt rejeté par les Français (selon un sondage, 71% des sondés considéreraient que le gourou insoumis est un danger pour la République) et un qui a été plébiscité par le peuple français lors d'élections présidentielles libres, sincères et démocratiques, deux fois, avec des scores très élevés dans l'histoire de la Cinquième République (et la deuxième fois, après la crise des gilets jaunes et la pandémie de covid-19, entre autres crises).

    De quoi s'agit-il ? De réclamer la destitution du Président de la République. Comment ? En faisant jouer l'article 68 de la Constitution. Petit rappel historique : pendant trois républiques, on a laissé la possibilité très floue d'évincer (de destituer) le Président de la République si une haute cour (le Parlement) le jugeait coupable de haute trahison. Sans définir juridiquement ce qu'est la haute trahison. On pensait à l'époque à de l'espionnage (vendu à l'ennemi) et l'expérience de Pétain entre 1940 et 1944 a conforté les constituants successifs à laisser cette disposition. C'est Nicolas Sarkozy qui a réformé cette possibilité beaucoup trop floue et grave en évoquant, à la place de la haute trahison, le cas de « manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l'exercice de son mandat ».

     

     
     


    Il faut se rappeler les conditions du début du quinquennat de Nicolas Sarkozy : il a succédé à Jacques Chirac après douze années de Présidence, malade pendant les deux dernières années, et à François Mitterrand après quatorze années de Présidence, gravement malade pendant quasiment la totalité de ses deux mandats. Dans les mémoires aussi, la maladie du Président Georges Pompidou, mort en cours de mandat (un cas d'empêchement manifeste !). L'idée était de permettre l'éviction constitutionnelle d'un Président de la République qui n'aurait plus la lucidité de quitter lui-même le pouvoir pour des raisons de santé mentale (on peut parler d'atteinte de la maladie d'Alzheimer ou d'autres pathologies). Après tout, cela s'est déjà produit avec Paul Deschanel, Président de la République en 1920, qui a lui-même eu quelques déficiences mentales mais il a eu la lucidité et la bonne idée de démissionner. Nicolas Sarkozy voulait qu'en cas de défaut de lucidité, les parlementaires puissent l'évincer, étant entendu qu'il ne s'agissait pas d'un acte politique (comme une motion de censure) mais d'un acte institutionnel pour résoudre un problème due au comportement inapproprié du Président de la République ou à son état de santé.

    Dès lors, la menace d'initier une procédure de destitution du Président de la République sous prétexte que ce dernier refuse de se soumettre au caprice d'une très faible proportion de l'électorat (28%), à savoir nommer Lucie Castets à Matignon, est doublement stupide. D'une part, comme je viens de le préciser, la procédure constitutionnelle n'a rien de politicienne comme c'est le cas de la démarche des insoumis qui assument bien leur appellation. D'autre part, la raison invoquée est pour le coup anticonstitutionnelle puisque le Président de la République peut nommer tout Premier Ministre comme il l'entend, sans contre-seing, et remettre en cause cette compétence présidentielle, c'est s'opposer à l'article 8 de la Constitution que j'avais déjà cité : « Le Président de la République nomme le Premier Ministre. Il met fin à ses fonctions sur la présentation par celui-ci de la démission du gouvernement. Sur la proposition du Premier Ministre, il nomme les autres membres du gouvernement et met fin à leurs fonctions. ». Dans ce texte, aucune notion de délai ni de pression sur le Président de la République ne sont de mise. Bien entendu, toute la Constitution s'applique et les députés peuvent toujours déposer une motion de censure pour renverser un gouvernement qui ne leur plairait pas.


    C'est justement pour éviter qu'une motion de censure soit inéluctablement adoptée dès son éventuelle nomination que le Président Emmanuel Macron n'a pas voulu nommer Lucie Castets qui n'aurait eu le soutien que de 193 députés sur 577, soit très loin de la majorité. Si Jean-Luc Mélenchon a raison de rappeler que les macronistes ont perdu les élections législatives de cet été (Emmanuel Macron l'a reconnu lui-même), en revanche, il a tort quand il dit que le NFP les a gagnées. Le problème d'aujourd'hui, c'est justement que personne n'a gagné et qu'il faudra faire des compromis pour que le futur gouvernement soit viable. Rappelons enfin que l'histoire de la majorité relative ne tient pas puisque ce n'est pas le candidat du NFP, à savoir le communiste André Chassaigne, mais Yaël Braun-Pivet qui a été élue Présidente de l'Assemblée Nationale le 18 juillet 2024 (il y a un mois), au troisième tour à la majorité relative, sans voix du NFP, évidemment, mais aussi sans aucune voix du RN (c'est important de le préciser).
     

     
     


    Je viens d'évoquer le fond de la destitution, mais avec la forme, c'est encore plus facile à montrer que l'initiative, vouée à l'échec, n'a pour seul objectif que médiatique, faire du bruit, faire du conflit, faire des polémiques, de manière complètement stérile, ce qui conforte l'idée que Jean-Luc Mélenchon n'a aucune envie de gouverner et veut empêcher toute tentative de gouverner. Ce qui, du coup, conforte le Président de la République dans l'idée de refuser toute solution politique où des insoumis seraient au gouvernement (on imagine mal le Président de la République nommer des ministres qui auraient signé quelques jours auparavant un tribune enragée pour réclamer sa destitution !).

    La forme, c'est la capacité d'aller au bout de la procédure selon la Constitution et la loi organique. Il faut d'abord que la proposition passe le stade du bureau de l'Assemblée, et Jean-Luc Mélenchon a rappelé que 12 membres du bureau sont NFP sur les 22 au total (NFP et pas FI). Une fois à l'ordre du jour, il faut que 385 députés au moins votent la destitution (les deux tiers), sans quoi la proposition ne franchira pas le Palais-Bourbon pour aller rue de Vaugirard au Sénat où 232 sénateurs seront également nécessaires pour poursuivre la procédure (deux tiers). Enfin, le Parlement réuni en Congrès, institué en Haute Cour, présidée par la Présidente de l'Assemblée Nationale, devra ratifier la proposition de destitution à la majorité des deux tiers toujours. Autant dire que, pour le cas qui nous occupe, une raison purement politicienne, cette proposition n'a aucune chance d'aboutir. Mais elle dit beaucoup de ses auteurs.

     
     


    Du reste, le parti socialiste, qui semble avoir gardé un minimum de raison, a annoncé le 18 août 2024, entre deux hommages à Alain Delon, qu'il n'était pas question pour le PS d'être associé à l'initiative mélenchonesque, ce qui montre que le NFP n'a jamais été une union pour gouverner puisqu'ils ne sont même pas capables de se mettre d'accord avec le cadre institutionnel pour gouverner. Ils ne représentent que 72 députés et ils veulent renverser le Président de la République ! Le RN et LR sont aussi peu disposé à jouer le jeu de la destitution qui affaiblirait durablement la fonction présidentielle (en mélangeant les enjeux institutionnels) et tout parti qui a pour ambition de conquérir l'Élysée devrait, en principe, s'opposer à cette stupide démarche pour éviter, le cas échéant, d'être confronté à une telle opération à son encontre dans un avenir plus ou moins proche.

    Toute cette agitation médiatique est très grave et pas du tout anodine, elle hystérise les clivages partisans et concourt à la trumpisation de la vie politique et on peut s'inquiéter de ce conflit permanent que veut imposer Jean-Luc Mélenchon aux Français. Avec cette initiative, il n'a pas franchi la ligne rouge car il l'avait déjà franchie depuis bien longtemps, mais il renforce l'idée que décidément, les insoumis refusent le cadre institutionnel de notre République et ont renoncé depuis longtemps à conquérir le pouvoir par l'État de droit. Leur modèle, bien sûr, c'est Maduro qui, lui, n'aurait pas à être destitué malgré les nombreuses fraudes électorales.
     

     
     


    C'est la raison pour laquelle dans les réseaux sociaux, en particulier sur Twitter, certains internautes éclairés commencent à réclamer, au lieu de la destitution stupide du Président de la République, la dissolution des insoumis qui mettent en péril non seulement la République mais aussi la cohésion du peuple français par leur rage et leur excitation pas du tout constructive. Les Français n'aspirent qu'au calme et qu'à la fin des hostilités politiques et on verra bien dans les sondages quels responsables politiques les Français sanctionneront sévèrement par leur comportement ...inapproprié.


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    Sylvain Rakotoarison (18 août 2024)
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    Pour aller plus loin :
    Législatives 2024 (37) : stupide chantage à la destitution !
    Législatives 2024 (36) : Gérald Darmanin plaide pour un Premier Ministre non macroniste !
    François Hollande sera-t-il le Premier Ministre de son ancien Ministre de l'Économie ?
    Législatives 2024 (35) : Vers une cohabitation du troisième type ?
    Législatives 2024 (34) : Lucie Castets noyée dans une réalité alternative !
    Législatives 2024 (33) : Le grain de sel du Sénat !
    Législatives 2024 (32) : Le casse-tête de Lucie Castets.
    Législatives 2024 (31) : Emmanuel Macron et les joyeux JO.
    Interview du Président Emmanuel Macron le 23 juillet 2024 sur France 2 (vidéo intégrale).
    Claude Malhuret au Sénat : le spectacle continue !
    Législatives 2024 (30) : coalition ou pacte ?
    Législatives 2024 (29) : le staff de l'Assemblée Nationale.
    Législatives 2024 (28) : la stratégie du chaos institutionnel de Jean-Luc Mélenchon.
    Législatives 2024 (27) : l'émotion de Yaël Braun-Pivet.
    Législatives 2024 (26) : les larmes de Marine Tondelier.
    Législatives 2024 (25) : faut-il ostraciser le RN à l'Assemblée Nationale ?
    Législatives 2024 (24) : Huguette Bello, mélenchonette en peau de lapin.
    Législatives 2024 (23) : grand pays recherche son gouvernement.
    Législatives 2024 (22) : qui au perchoir ?
    Législatives 2024 (21) : marche sur Matignon ?
    Lettre aux Français par Emmanuel Macron le 10 juillet 2024 (texte intégral).
    Législatives 2024 (20) : le poison du scrutin proportionnel.
    Législatives 2024 (19) : quel possible Premier Ministre pour une impossible majorité ?
    Législatives 2024 (18) : la fin du cauchemar Bardella (pour le moment).
    Résultats du second tour des élections législatives du 7 juillet 2024.
    Fake news : la scandaleuse manipulation politique du RN.
    Législatives 2024 (17) : rien n'est joué dimanche prochain !
    Législatives 2024 (16) : la question de dimanche prochain.
    Législatives 2024 (15) : les promesses n'engagent que ceux qui y croient !
    Législatives 2024 (14) : la revanche des gilets jaunes ?
    Législatives 2024 (13) : fortes mobilisations au premier tour.
    Résultats du premier tour des élections législatives du 30 juin 2024.
    Appel aux sociaux-démocrates.
    Éric Le Boucher : la France va plutôt bien (27 juin 2024).
    Législatives 2024 (12) : un isoloir, ce n'est pas un cabine d'essayage !
    Législatives 2024 (11) : front, rassemblement, union nationale, barrage, consignes de vote...
    Législatives 2024 (10) : il était une fois Jordan Bardella, Gabriel Attal et Manuel Bompard.
    Législatives 2024 (9) : Emmanuel Macron et son n'ayez-pas-peur !
    Interview d'Emmanuel Macron à Génération Do It Yourself le 24 juin 2024 (podcast intégral).
    Lettre aux Français d'Emmanuel Macron le 23 juin 2024 (texte intégral).
    Législatives 2024 (8) : la bataille de Matignon.
    Le programme aux élections législatives du 30 juin 2024 d'Ensemble pour la République (document à télécharger).
    Législatives 2024 (7) : Ensemble pour la République.
    Législatives 2024 (6) : Nicolas Sarkozy et François Fillon bougent encore !
    Législatives 2024 (5) : le trouble de Lionel Jospin.
    Législatives 2024 (4) : l'angoisse de Manuel Valls.
    Législatives 2024 (3) : François Hollande dans l'irresponsabilité totale !
    Législatives 2024 (2) : clarification ou chaos ?
    Législatives 2024 (1) : vaudeville chez Les Républicains.
    Sidération institutionnelle.
    Élections européennes 2024 (4) : la surprise du chef !
    Résultats des élections européennes du dimanche 9 juin 2024.


     

     
     






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  • Le grand Alain Delon

    « Il a dit à Sophie, la mère de mes filles, qui a fait l'aller et retour dans la journée pour l'embrasser : "C'est mon dernier Noël, tu restes ?". Elle avait prévu de passer Noël avec ses deux autres enfants, elle a quitté Douchy les larmes aux yeux. » (Anthony Delon, "Paris Match" le 4 janvier 2024).




     

     
     


    Dimanche 18 août 2024, journée nationale Alain Delon ? L'annonce de sa disparition ce dimanche matin choque parce que l'acteur faisait partie, depuis plusieurs décennies, du roman national français. Qu'on l'aime ou qu'on ne l'aime pas, son jeu d'acteur ou sa personnalité, il était l'une des personnes qui incarnaient le plus l'esprit français, comme interprète plus que comme auteur.

    Les plus âgés l'associeront jeune à leur jeunesse, très jeune même, le regard du jeune voyou ; les plus jeunes à un vieux mythe vivant qui parlait parfois de lui à la troisième personne (peut-être que les Guignols ont un peu exagéré dans la caricature). Combien restent-ils de ces monstres du cinéma français à la grande période des années 1960 ? Pas même Gérard Depardieu qui n'existait pas encore même si lui est un autre monstre (sacré ou pas).

    Sa famille le disait malade, au point d'être en conflit jusqu'à en devenir un affaire, médiatique sinon judiciaire. Comme le raconte le témoignage de son fils aîné au début de cette année, l'acteur ne comptait pas passer un nouveau Noël. Il était même partisan de l'euthanasie lorsque la situation l'exigeait, son côté "libéral" sans doute...


    Alain Delon a exprimé son vif soutien à l'Ukraine le 10 septembre 2022. Le Président de l'Ukraine, ancien acteur, Volodymyr Zelensky lui a rendu hommage en lui disant le 23 septembre 2022 : « Je n'ai jamais été un acteur aussi génial que vous (…). Nous vous aimons beaucoup et pour moi vous êtes toujours une autorité et un immense acteur ! ».

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    On pensera à tous ses films, la télévision repassera tous ses films, les premiers très bons, les suivants avec cette petite tâche du grand acteur qui en a conscience et qui se laisse aller. Personnellement, je retiendrai Alain Delon le philosophe. Eh oui, il a fait partie des rares personnes qui m'ont beaucoup fait réfléchir. Avec cette petite phrases sibylline qui est plus profonde qu'une simple pirouette. Le 3 octobre 1996, il lâchait à "Paris Match" : « Un ami ? C’est quelqu’un à qui on peut téléphoner à trois heures du matin en disant qu’on vient de commettre un crime et qui vous répond seulement : "Où est le corps ?" ». Ai-je beaucoup d'amis ? Sujet du baccalauréat, épreuve de philosophie, juin 2037.


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    Pour aller plus loin :
    Le grand Alain Delon
    Affaire Alain Delon : ce que cela nous dit de la fin de vie.
    Comment va Alain Delon ?


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  • Variole du singe (mpox) : "ils" nous refont le coup ?

    « Actuellement, la forte recrudescence de la maladie en Afrique est principalement due à une nouvelle souche, le clade Ib, plus transmissible et plus dangereuse que les précédentes. » ("Le Monde", le 16 août 2024).

    « Des symptômes plus graves et plus durables, des lésions cutanées étendues sur l'ensemble du corps, une transmission par contact non sexuelle et une mortalité accrue chez les enfants : voilà ce qu'il faut retenir de cette nouvelle variante du mpox qui inquiète l'OMS. En outre, l'infection avec cette souche plus virulente entraîne des effets secondaires et des complications spécifiques après la guérison. » (Futura Sciences, le 16 août 2024).





     

     
     


    Ça y est, les réseaux sociaux s'y mettent aussi et se demandent de manière faussement ingénue si "ils" vont recommencer "le coup" du covid-19. Encore un peu, et ces complotistes en pantoufles iraient jusqu'à accuser Emmanuel Macron d'inventer un nouveau virus et une nouvelle pandémie rien que pour retarder la formation du nouveau gouvernement (Louis Boyard a déjà cru qu'il avait inventé les Jeux paralympiques pour prolonger les JO 2024 de Paris !). En cause : l'alerte maximale donnée par l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé) à propos de la variole du singe.

    Mon objectif ici est d'y voir un peu plus clair sur cette menace pandémique du virus mpox (autre nom, à préférer, de la variole du singe), avec cette situation qui veut que lorsqu'il y a une menace, il y a un double risque de peur ou de déni. J'aurais pu titrer mon article "faut-il avoir peur de la variole du singe ?" mais la réponse à la question est évidente : non ! Non, face au danger, il ne faut jamais avoir peur car la peur paralyse. En revanche, il faut avoir une vision lucide de la situation, comprendre les risques et, surtout, les prendre au sérieux. Rappelons-nous qu'en janvier 2020, il y avait deux ou trois personnes (étrangères) contaminées au covid-19 en France (dans la région de Bordeaux je crois) et à l'époque, un grand maître de la virologie prétendait que ce n'était rien et qu'on en faisait déjà trop ! Nous n'imagions pas la tournure que prendrait ce virus, en France comme dans le monde (du reste, ces personnes contaminées semblent ne pas avoir propagé l'épidémie en France et la cause serait plutôt un foyer à Mulhouse). Prendre l'option du déni n'est donc pas une meilleure posture que l'option de la peur. Responsabilité et vigilance paraissent plus indiquées.

    Le complotisme a cette fâcheuse manie de mettre un sens là où il n'y en a pas. De croire que les catastrophes naturelles sont surnaturelles, c'est-à-dire proviennent de forces intelligentes superpuissantes (certains l'ont dit du sida que Dieu voulait punir les déviants, réflexe relativement humain puisque d'autres l'ont dit pour la peste, etc.). Ou que les catastrophes naturelles sont humaines, provenant d'une puissante élite humaine aux commandes de tout, qui maîtrise tout, qui nous manipule (c'est le "ils" du titre, à opposer au confortable et rassurant "nous"). Quelle prétention humaine ! La réalité scientifique est souvent plus bestiale : l'être humain est minuscule face aux intempéries de la Nature !

    La pandémie fait certes partie des catastrophes naturelles (c'est bien la nature qui avance avec les virus, une sorte de laboratoire de la théorie de l'Évolution en accéléré), mais elle pourrait aussi provenir de l'humain, de recherches humaines casse-cou, genre prométhéennes ou frankensteiniennes. Pour le covid-19, certains ont ainsi soupçonné certains laboratoires d'avoir confectionné le virus (pour un autre virus totalement romancé, l'écrivain Xavier Müller, auteur de "Erectus" publié en 2018, donc bien avant le covid-19, imagine la négligence scientifique dans un programme voulu de recherches en virologie). L'origine humaine (dans le sens de sciences mal maîtrisées) d'une pandémie est possible mais peu probable car la Nature n'a pas besoin des humains pour créer ou faire évoluer, muter, de nouveaux virus.

     

     
     


    Revenons à la variole du singe, appellation très mal trouvée et particulièrement dégradante, qui n'incite pas les malades qui en sont atteints à la déclarer pour se faire soigner, au risque d'être considérés ou de se considérer comme des singes. On a parlé du singe parce que le virus a été pour la première fois isolé et identifié chez le singe, mais il n'est pas associé au singe et le réservoir animal du virus est plutôt les rongeurs (en particulier les rats de Gambie). On appelle la maladie orthopoxvirose simienne, infection à virus monkeypox et maintenant, selon l'appellation de l'OMS adoptée le 28 novembre 2022, mpox (le "m" faisant référence à monkey, singe en anglais). L'appellation française est officiellement la "variole simienne" depuis le 18 avril 2023 (mais je ne vois pas trop ce qui change, simienne voulant dire "qui relève des singes" !). Ce virus mpox fait partie de la même "famille" que celui de la variole humaine, du genre orthopoxvirus, à cela près que le variole humaine a été complètement éradiquée depuis 1980.
     

     
     


    Le mpox provient surtout des forêts d'Afrique tropicale (où la maladie est endémique), se transmet à l'humain depuis l'animal, et aussi d'humain à humain par contact de matières issues de lésions cutanées ou de sécrétions (pas forcément sexuelles) et a des conséquences analogues à celles subies avec la variole (humaine) mais moins graves : éruption pustuleuse, fièvre, problèmes respiratoires, etc. La létalité est de l'ordre de 1% à 10%, ce qui reste beaucoup (nettement supérieure à celle du covid-19), touchant principalement les très jeunes enfants et les personnes immunodéprimées (en particulier celles atteintes du sida), en raison des complications des formes graves qui sont : surinfection bactérienne de la peau, déshydratation, pneumonie, cécité (par infection de la cornée), encéphalite et septicémie. Les soins appropriés et connus (soins des symptômes) permettent le rétablissement des personnes atteintes après une période donnée, et la vaccination contre la variole (humaine) apporte une protection très efficace contre cette maladie (efficacité de 85%). Donc, première source pour être rassuré, cette maladie est beaucoup mieux connue que le très nouveau covid-19 en janvier 2020. De plus, on a les outils pour s'en prémunir ou la soigner, au contraire du covid-19 (et, semble-t-il, pas avec de l'hydroxychloroquine !).

    Le virus mpox a été découvert et isolé en 1958 sur un singe à Copenhague. Des épidémies de mpox ont eu lieu dans les années 1960 principalement sur des singes venus d'Asie et transportés en Europe, et leur infection a eu lieu pendant leur transport, notamment avec d'autres animaux, dont des animaux africains contaminés car le virus provient d'Afrique. Ce n'est qu'en 1969 que ce virus a été distingué du virus de la variole humaine. Le premier cas humain de mpox a été découvert en 1970 à Basankusu au Zaïre (République démocratique du Congo) sur un enfant dans le cadre de la surveillance de la variole par l'OMS. Pendant plusieurs décennies, la variole simienne est restée une maladie très rare en Afrique (quelques centaines de cas par épidémies). Les années 2010 ont connu une augmentation importante du nombre de cas humains (d'un facteur dix). À la fin des années 2010, plusieurs milliers de cas ont été détectés en République démocratique du Congo, Nigeria et Centrafrique. Entre 2000 et 2022, quelques cas ont été signalés hors d'Afrique, en particulier aux États-Unis où a eu lieu une épidémie de mpox en 2003 (propagée dans le Midwest par des rongeurs importés du Ghana comme nouveaux animaux domestiques).

     

     
     


    La première épidémie mondiale de mpox provoquée par le clade IIb a eu lieu en 2022-2023. Le premier cas a été détecté à Londres le 6 mai 2022 sur un patient revenant du Nigeria. Cette épidémie a touché l'Europe (le 16 juin 2022, 183 cas de mpox ont été détectés en France), en Amérique, Asie, etc. touchant 113 pays. L'OMS a enregistré 83 943 cas confirmés en laboratoire et 75 décès pour l'année 2022. L'urgence de santé publique de portée internationale a été déclarée par l'OMS le 23 juillet 2022 et a été levée le 11 mai 2023 avec le contrôle de la propagation de la maladie. Quelques cas de mpox de clabe IIb ont été encore signalés après janvier 2024 dans des pays non endémiques, mais très peu. Le pic de cette épidémie a eu lieu en juillet 2022 en France et a concerné 2 749 personnes atteintes. Sur l'ensemble du monde, au 28 juillet 2024, cette épidémie a touché 99 388 personnes (cas confirmés) et provoqué 208 décès dans 116 pays (depuis janvier 2022).

    La précédente déclaration d'urgence de santé publique de portée internationale a été faite le 30 janvier 2020 pour la pandémie de covid-19, et les trois précédentes encore pour le virus Ebola les 8 août 2014, 1er février 2016 et 17 juillet 2019. Cette déclaration signifie que tous les États du monde doivent prendre des mesures pour empêcher le développement d'une pandémie qui pourrait être une catastrophe mondiale (comme ce fut le cas pour le covid-19 dont on ne connaissait rien au contraire du virus Ebola et du virus mpox). Cela a été aussi le cas pour la pandémie de grippe A (H1N1) le 26 avril 2009, et je répète que les mesures de viglance prises à l'époque par la Ministre de la Santé, à savoir Roselyne Bachelot, ont été responsables et sages, dans l'intérêt de santé publique ; il valait mieux trop protéger que pas assez, critique faite au début de la crise du covid-19 (absence de masque, de tests, de vaccins, etc.).
     

     
     


    La seconde épidémie mondiale de mpox a lieu en ce moment et c'est pour cela que la variole du singe est revenue dans l'actualité, déclarée urgence de santé publique de portée internationale ce mercredi 14 août 2024 par Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur général de l'OMS : « Le risque de propagation en Afrique et partout dans le monde est très inquiétant. ». Il s'agit d'une nouvelle souche du virus mpox, le clade Ib, plus mortelle et plus contaminante, et c'est cela qui inquiète l'OMS et les responsables de santé publique de tous les pays. Le premier cas confirmé de cette épidémie a été détecté en septembre 2023 dans le Sud-Kivu en République démocratique du Congo. À ce jour, cette épidémie a atteint 16 127 personnes (cas confirmés) et a provoqué 554 décès (des enfants de moins de 15 ans pour plus de 60% des décès), dans 15 pays dont 13 pays africains (très grande majorité des cas sont en République démocratique du Congo), ce qui fait une létalité d'environ 4%.

    Et l'inquiétude, au-delà de cette souche particulièrement agressive, c'est qu'un cas a été détecté à Stockholm, en Suède, le 15 août 2024 et 3 cas au Pakistan le 16 août 2024. La chef intérimaire de l'Agence suédoise de santé publique Olivia Wigzell a déclaré au cours d'une conférence de presse : « La personne touchée (qui vit dans la région de Stockholm) a été infectée lors d’un séjour dans une région d’Afrique où sévit une importante épidémie de mpox du sous-type clade Ib. (…) Nous estimons que la Suède est bien préparée pour diagnostiquer, isoler et traiter les personnes atteintes de mpox de manière sûre et efficace (…). Qu’une personne soit traitée pour le mpox dans le pays n’implique pas de risques pour le reste de la population ». Pour le premier cas confirmé au Pakistan, le Ministère pakistanais de la Santé a précisé que la personne atteinte, un homme de 23 ans, venait d'un pays du Golfe persique (par leurs liaisons aériennes internationales, les Émirats arabes unis sont systématiquement touchés par les épidémies internationales et ont recensé depuis 2022 déjà 16 cas de mpox, toute souche confondue).

    Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) a considéré que le risque d'une contamination massive est très faible à ce jour. Néanmoins, sa directrice générale Pamela Rendi-Wagner a recommandé la plus grande surveillance : « En raison des liens étroits entre l’Europe et l’Afrique, nous devons nous préparer à un plus grand nombre de cas importés de clade Ib. ».

    L'OMS a déclaré l'urgence internationale car le nombre de cas en 2024 en Afrique a augmenté de 160% en un an. Depuis janvier 2022, le nombre de cas de mpox est de 38 465 cas dans 16 pays (africains) et de 1 456 décès, pour les deux souches (clade IIb et clade Ib). Je reconnais que ces chiffres sont un peu contradictoires avec les autres statistiques que j'ai fournies juste avant pour l'un ou l'autre des sous-types du virus. Je n'ai pas précisé les sources de ces statistiques, mais elles émanent d'agences nationales ou internationales de surveillance sanitaire différentes qui ont leur propre mode de calculs ou qui prennent en compte ou pas certaines données.
     

     
     


    Ce qu'on sait en tout cas, c'est que la situation épidémique est très grave en République démocratique du Congo qui représente plus de 95% des contaminations. En juillet 2024, le gouvernement congolais a reconnu une « augmentation exponentielle » du nombre de cas, alors que le dépistage et la surveillance restent encore partielles. Louis Albert Massing, coordinateur MSF en RDC, a évoqué la particularité de certaines régions de ce pays : « La maladie a été enregistrée dans les camps de déplacés autour de Goma, au Nord-Kivu, où l'extrême densité de la population rend la situation très critique. Les risques d'explosion sont réels vu les énormes mouvements de population. » (cité par Blue News le 7 août 2024). Maria van Kerkhove, directrice de la prévision des épidémies à l'OMS, a pondéré la forte hausse de 2024 avec une meilleure capacité de dépistage, mais est restée toutefois très préoccupée de cette flambée.

    La gravité accrue de la nouvelle souche du mpox mérite certainement l'alerte maximale. Trudi Lang, la chercheure à l'origine de la détection de cette nouvelle souche, a expliqué auprès de Gavi.org (organisation internationale visant à améliorer l'accès aux vaccins pour les enfants des pays les plus pauvres) : « Nous observons avec cette nouvelle souche des éruptions cutanées généralisées sur tout le corps, en plus de lésions génitales dans certains cas. Les symptômes ont tendance à durer plus longtemps. Les cas graves montrent une mortalité de 5% chez les adultes et de 10% chez les enfants (…). En outre, les femmes infectées pendant la grossesse perdent leur fœtus, ce qui ajoute à la gravité de la situation. » (cité par Futura Sciences). Leandre Murhula Masirika, participant également à la détection du premier cas, a ajouté : « Certains patients, même après leur guérison, continuent de se plaindre de problèmes oculaires, cutanés ou génitaux. Nous avons donc lancé un projet pour étudier les effets à long terme de cette infection. ».

    La Chine populaire a renforcé le 16 août 2024 les contrôles aux frontières sur les personnes et les biens susceptibles d'avoir été en contact avec le virus mpox. De son côté, le Premier Ministre français démissionnaire Gabriel Attal a déclaré ce vendredi 16 août 2024 en début de soirée, sur Twitter : « Depuis le déclenchement de l’épidémie de mpox en 2022, nous avons rigoureusement appliqué le triptyque : surveillance, diagnostic rapide, vaccination. Nous n’avons jamais baissé la garde. Ainsi, ce sont 152 500 vaccinations qui ont été réalisées. La circulation du virus a été contenue : 4 975 cas recensés en 2022, 52 en 2023 et 107 depuis le 1er janvier 2024. Ces derniers jours, face à l’apparition d’un nouveau variant et à une accélération de la circulation du virus en Afrique, l’OMS et l’ECDC ont rehaussé le niveau d’alerte. J’ai tenu aujourd’hui un point de situation avec Catherine Vautrin et Frédéric Valletoux. À la suite de cette réunion, nous plaçons notre système de santé en état de vigilance maximale. (…) Nous saisissons sans délai les autorités sanitaires pour qu’elles statuent sur la conduite à tenir en matière d’actualisation des recommandations sur les populations cibles en vaccination. Par ailleurs, conformément à nos valeurs de solidarité internationale et à la priorité sanitaire de contenir le foyer épidémique en Afrique, nous avons décidé, à la demande du Président de la République, de réaliser un don de vaccins aux pays les plus touchés. Notre système de santé est sur ses gardes. Nous nous tenons prêts à tous les scénarios pour faire évoluer les consignes à la population en fonction de l’évolution du virus et maintenir ainsi le haut niveau de vigilance adopté depuis 2022. ». Un nouveau point sera fait mardi 20 août 2024. Le premier centre parisien de vaccination contre le mpox a ouvert le mercredi 7 août 2024.
     

     
     


    L'un des producteurs de vaccins contre la variole, Bavarian Nordic (danois), s'est déclaré prêt le 15 août 2024 à produire jusqu'à 10 millions de doses du vaccin d'ici à 2025, il en dispose déjà 500 000 doses en stock. Certains pays comme les États-Unis sont prêts à proposer des vaccins principalement aux enfants et adolescents de 12 à 17 ans, qui risquent des complications plus graves que les adultes bien portants. Actuellement, il existe deux vaccins contre la variole, et l'OMS souhaite autoriser des mises sur le marché accélérée pour d'autres vaccins afin de faire face à la demande. S'il existe des antiviraux capables d'accompagner les symptômes parfois graves de la maladie, il n'existe aucun médicament pour guérir le mpox et la meilleure protection reste la vaccination auprès des populations à risque (enfants et personnes immunodéprimées), même administrée après contamination.

    On connaît encore mal le mode de transmission du virus mpox, si ce n'est le contact pour la transmission d'humain vers humain. Le centre régional d'information pour l'Europe occidentale des Nations Unis a ainsi expliqué le 16 août 2024 : « La variole du singe est une maladie infectieuse causée par un virus transmis à l’homme par des animaux infectés, mais qui peut aussi se transmettre d’homme à homme par contact physique étroit. La variole se caractérise par une éruption ou des lésions cutanées généralement concentrées sur le visage, la paume des mains et la plante des pieds. Dans la plupart des cas, la maladie guérit spontanément en deux ou trois semaines. (…) Le taux de mortalité reste en dessous de 4%. (…) L’OMS encourage tous les pays à renforcer la surveillance, à partager les données et à travailler pour mieux comprendre la transmission du virus. Il existe deux vaccins homologués et efficaces contre le mpox. Plusieurs études ont montré que la vaccination contre la variole "classique" était efficace à 85% pour prévenir le mpox. Le fait d’avoir été vacciné auparavant contre la variole peut entraîner une maladie moins grave. Cependant le vaccin contre la variole n’est plus administré depuis l’éradication de cette maladie en 1980. ». L'ONU a de plus exhorté les pays à « partager les outils tels que les vaccins et à appliquer les leçons tirées des précédentes urgences de santé publique de portée internationale pour faire face à l’épidémie actuelle ».

    Il n'y a donc aujourd'hui pas de quoi paniquer, surtout pour les personnes qui ont déjà été vaccinées contre la variole (avant 1980), mais il faut garder une vigilance maximale pour éviter ou circonscrire une flambée internationale des cas de mpox. Ah, au fait, Emmanuel Macron n'y est pour rien, il a un alibi : il était aux Jeux olympiques !


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (17 août 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Variole du singe (mpox) : "ils" nous refont le coup ?
    Covid : attention au flirt !
    L'espoir nouveau de guérir du sida...
    Lulu la Pilule.
    La victoire des impressionnistes.
    Science et beauté : des aurores boréales en France !
    Le Tunnel sous la Manche.
    Peter Higgs.
    Georges Charpak.
    Gustave Eiffel.
    Prix Nobel de Chimie 2023 : la boîte quantique ...et encore la France !
    Katalin Kariko et Drew Weissman Prix Nobel de Médecine 2023 : le vaccin à ARN messager récompensé !
    Covid : la contre-offensive du variant Eris.
    Hubert Reeves.
    Prix Nobel de Physique 2023 : les lasers ultrarapides, la physique attoseconde... et la France récompensée !
    Des essais cliniques sauvages ?
    John Wheeler.
    La Science, la Recherche et le Doute.
    L'espoir nouveau de guérir du sida...
    Louis Pasteur.
    Howard Carter.
    Alain Aspect.
    Svante Pääbo.
    Frank Drake.
    Roland Omnès.
    Marie Curie.


     

     
     





    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240817-mpox.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/sante/article/variole-du-singe-mpox-ils-nous-256353

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/08/16/article-sr-20240817-mpox.html




     

  • L'acteur Pierre Richard a 90 ans

    « Je ne suis pas un homme de texte. Je m’intéresse plus aux sentiments, à l’émotion du moment qu’aux mots. Donc, je peux dire n’importe quel mot. Pour moi, ce qui compte, c’est la sincérité avec laquelle je le dis. (…) Je peux dire "carburateur" alors que cela n’a aucun rapport avec ce que je dois dire. Je ne m’en aperçois pas. » (Pierre Richard, le 16 décembre 2006 sur France 2).


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    L’acteur Pierre Richard fête son 85e anniversaire ce vendredi 16 août 2019 (il est né à Valenciennes). Comment peut-on être si original avec un nom si commun ? Pierre Richard est une sorte de compromis entre Louis de Funès, version soumise et distraite, et Jacques Tati, version cinéma parlant. Comme ce dernier, il a réalisé quelques films, mais c’est surtout comme acteur qu’il est éclatant.

    Il est le petit-fils du patron d’une usine dans le Nord : « C’est vous dire que je n’ai pas tellement suivi son chemin. ». Sa famille n’était pas très heureuse quand il a choisi la comédie : « J’étais fâché pendant quinze ans, jusqu’au moment où j’ai fait mon premier film. ». Il est un acteur assez particulier et original dans le cinéma français. Parce qu’il a sa manière très personnelle de jouer. Tout en sensibilité, tout en émotion.

    Ses duos sont irrésistibles : avec Mireille Darc, avec Jane Birkin, mais aussi avec des hommes, avec Jean Carmet, avec Pierre Palmade, et surtout, avec Gérard Depardieu. Jetant au fond d’une oubliette le concept du clown triste, Pierre Richard invente le clown distrait.

    Enfin, le clown distrait seulement dans la première de sa carrière. Il n’était déjà plus très jeune, il a brillé dans ces rôles dans les années 1970 et 1980, il avait déjà la quarantaine, voire la cinquantaine déjà. Gesticulateur, avec ses grandes jambes, une stature qui s’impose sans en imposer, du mime parfois, un peu à la Charlie Chaplin. Tout en silence.

    Forcément que le public l’aime : timide, modeste, distrait, maladroit, malchanceux, il a tout pour plaire, tout pour réaliser ce phénomène d’identification, aucune arrogance, aucune suffisance, de la gentillesse à revendre et un cœur immense. S’il faut résumer, je choisis deux films : "Le Grand Blond avec une chaussure noire" et "La Chèvre". Mireille Darc et Gérard Depardieu. Sans compter tous les autres acteurs succulents (Bernard Blier, Jean Rochefort, Paul Le Person et Jean Carmet pour le premier, Michel Robin et Corynne Charby pour le second, pour les deux, une apparition de Robert Dalban).

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    Dans la seconde partie de sa carrière, il est l’acteur "vieux". Je l’ai découvert avec un téléfilm en Robinson Crusoé. Il n’a pas changé dans le comportement (il reste toujours un grand enfant rêveur) mais son apparence a transmuté. Le voici en vieillard, avec une barbe blanche, comme l’avait laissé pousser aussi l’ami Jean-Pierre Marielle. Ses yeux sont toujours aussi brillants et farceurs, son sourire irrésistible, mais il apparaît "vieux".

    Mais pourquoi donc ces acteurs laissent-ils pousser leur barbe blanche ? Tout le monde ne peut pas rivaliser avec le Père Noël. Et pour Pierre Richard, cela peut lui faire le look d’un vieil anarchiste de droite solitaire et désabusé de la vie, ce que le sourire scintillant, heureusement, dément immédiatement.

    Je propose ici sept occasions où Pierre Richard a été, selon moi, extraordinaire. Bien sûr, c’est un choix personnel, donc subjectif et arbitraire, mais ce sont des films ou prestations que j’ai adorés et qui tiennent grâce à l’aura de Pierre Richard.


    1. "Le Grand Blond avec une chaussure noire" (sorti le 6 décembre 1972)

    Ce film réalisé par Yves Robert (avec une collaboration avec Francis Veber pour le scénario) est un film "culte". Un faux agent pour rendre confuse une situation déjà confuse. Avec une suite, "Le retour du Grand Blond" (1974).






    2. "La course à l’échalote" (sorti le 8 octobre 1975)

    Réalisé par Claude Zidi, le film reprend les mêmes ficelles comiques que "La moutarde me monte au nez". Pierre Richard joue avec une Jane Birkin pleine de charme et un commissaire perplexe, Michel Aumont.






    3. "Le coup du parapluie" (sorti le 8 octobre 1980)

    Un film comique réalisé par Gérard Oury, qui met en scène Pierre Richard, acteur de pacotille devant singer un tueur à gages, avec un vrai tueur à gages, avec Valérie Mairesse, et aussi Gérard Jugnot, Dominique Lavanant, Robert Dalban, etc.









    4. "La Chèvre" (sorti le 9 décembre 1981)

    Film réalisé par Francis Veber, parmi les plus réussis de Pierre Richard, avec un humour subtil très rafraîchissant. Le duo Pierre Richard et Gérard Depardieu fonctionne à merveille (le rêveur maladroit et le réaliste sérieux) et a donné "Les Compères" (1983) et "Les Fugitifs" (1986), toujours de Francis Veber. Pour l’anecdote, il faut savoir que le duo initialement pressenti était très différent, Jacques Villeret pour le rôle de Pierre Richard et Lino Ventura pour celui de Gérard Depardieu.









    5. "Robinson Crusoé" (diffusé le 22 décembre 2003 sur France 2)

    Ce téléfilm réalisé par Thierrry Chabert reprend le livre très célèbre de Daniel Defoe (qui fut le livre fétiche de Michel Déon). Pierre Richard apparaît ici dans un rôle inédit pour lui.






    6. "Pierre et fils" (créée le 21 septembre 2006 au Théâtre des Variétés à Paris)

    Dans une pièce de théâtre mise en scène par Christophe Duthuron et écrite par Pierre Palmade et Christophe Duthuron, le duo Pierre Palmade et Pierre Richard fonctionne, lui aussi, très bien. L’effet comique est garanti par l’inversion des rôles : Pierre Richard, le père, est l’homme enfant, clochard irresponsable et rêveur, tandis que Pierre Palmade, le fils, est l’homme adulte, patron d’un supermarché, rationnel et sérieux. C’est Isabelle Mergault qui a trouvé le titre. La pièce se structure sous forme de dix sketchs, un peu comme les pièces avec le duo Pierre Palmade et Michèle Laroque.

    Voici deux répliques savoureuses de Pierre Richard. La première : « In vino veritas, in Bordeaux veritas, in whisky whiskas, bien entendu ! ». La seconde : « Tu n’as pas eu de père, alors tu n’as pas eu de repère ! ».









    7. "King Guillaume" (sorti le 28 janvier 2009)

    Réalisé par Pierre-François Martin-Laval, le film fait apparaître une île bretonne au milieu de nulle part dont Pierre-François Martin-Laval, petit banlieusard, conducteur de petit train, marié à Florence Foresti, joueuse de tuba, devient le roi. Dans cette île vit toute une communauté assez étrange, Pierre Richard, Isabelle Nanty (Pamela !), Omar Sy, et aussi Rufus.






    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (02 août 2019)
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    Pour aller plus loin :
    Claude Zidi.
    Pierre Richard.
    Lino Ventura.
    Line Renaud.
    Jean Lefebvre.
    John Wayne.
    Kirk Douglas.
    Élie Kakou.
    Jean Bouise.
    Pierre Desproges.
    Anémone.
    Gérard Oury.
    Zizi Jeanmaire.
    Jean-Pierre Marielle.
    "Les Éternels".
    Jacques Rouxel.
    François Berléand.
    Niels Arestrup.
    "Acting".
    "Quai d’Orsay".
    Michel Legrand.
    Gérard Depardieu.
    Maria Pacôme.
    Ennio Morricone.
    Francis Lai.
    Bernadette Lafont.
    Pauline Lafont.
    Marthe Mercadier.
    Jean Piat.
    Jacques Brel.
    Charles Aznavour.
    Charlie Chaplin.
    Maurice Chevalier.

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  • Louis Mermaz et la frontière ténue entre sectarisme et hyperfidélité

    « Louis Mermaz, ancien ministre, Président de l’Assemblée Nationale et figure éminente de la vie politique, nous a quittés à son domicile en Essonne. Son engagement au service de notre pays a marqué son histoire. » (François Durovray, 15 août 2024).



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    C'est ainsi que François Durovray a annoncé la mort d'un socialiste célèbre, Louis Mermaz, ce jeudi 15 août 2024 à son domicile de Limours, dans l'Essonne. Petite caractéristique, François Durovray, le président du conseil départemental de l'Essonne, n'est pas un socialiste mais un élu LR, qui s'est présenté aux dernières élections législatives contre Nicolas Dupont-Aignan (le candidat FI a gagné).

    Sans doute Louis Mermaz a gagné l'estime de ses anciens adversaires politiques parce qu'il a quitté la politique pour entrer dans l'histoire politique du pays, ce qui devait être un grand honneur pour cet agrégé d'histoire. Il allait avoir 93 ans dans cinq jours et était présenté comme un cacique du mitterrandisme flamboyant (lui-même ne l'était pas vraiment, flamboyant) à l'humour plutôt caustique.

    Il était décrit au mieux comme un froid et distant au pire comme un sectaire, et son acuité intellectuelle qui servait à la fois ses convictions dites socialistes et sa fidélité irrévocable à François Mitterrand, même après 1993 lorsqu'il s'agissait de faire un inventaire du mitterrandisme (voulu par Lionel Jospin choqué par quelques révélations à la fin de la vie de l'ancien Président), mais quand on le compare aujourd'hui avec ce qu'est devenu le parti socialiste, on peut se permettre de dire qu'intellectuellement, c'était-(quand-même)-mieux-avant. Une question de pointure politique et intellectuelle. Je n'ose même pas mettre Louis Mermaz à côté de l'actuel pâle premier secrétaire du PS, Olivier Faure qui, pourtant, s'est permis de le décrire avec quelques mots fades à l'occasion de sa disparition : « Son esprit vif nous accompagnait dans tous nos combats, jusque dans ces derniers jours. » prenant une heure vingt de retard par rapport à l'élu LR !

     

     
     


    Les hommages se sont multipliés par la suite venant de ses anciens camarades du PS, en particulier Jean-Luc Mélenchon qui a loué un « vrai modèle de défense des libertés publiques et des droits de l’être humain, sans double standard et sans peur du qu’en-dira-t-on », tandis que l'ancien Président François Hollande (adversaire de Jean-Luc Mélenchon en 2012) a parlé d'un « militant exemplaire » qui alliait « érudition », « mémoire » et « humour ».

    J'ai déjà décrit la trajectoire politique assez fascinante de Louis Mermaz, se choisissant une terre favorable à ses convictions socialistes : l'Isère, dont il a présidé le conseil général pendant neuf ans (1976-1985), Vienne dont il a été le maire pendant trente ans (1971-2001), et la France, dont il a été député pendant vingt-deux ans (1967-2001, avec deux échecs en 1968 et 1993) puis sénateur pendant dix ans (2001-2011). Louis Mermaz a fait partie des tout premiers mitterrandistes, rejoignant dès 1954 le ministre de la Quatrième République, le suivant dans sa traversée du désert gaulliste et sa lente conquête du PS (où il était le responsable très influent des fédérations départementales), et si ses mandats locaux ont été interrompus par des échecs électoraux très marquants (Alain Carignon gagnant le conseil général et Jacques Remiller, futur député UMP, la mairie), il fut hissé au plus haut niveau de l'État par sa fidélité et son amitié pour le premier Président socialiste de la République.

     

     
     


    Espérant en 1981 le Ministère de l'Intérieur, Louis Mermaz a finalement obtenu le perchoir, premier Président socialiste de l'Assemblée Nationale de la Cinquième République, poste d'autorité pour cet autoritaire flegmatique qui dispensa quelques sanctions à des jeunes députés de l'opposition un peu trop combatifs (et futurs ministres eux-mêmes). Ministre d'un peu de tout pendant le second mandat de François Mitterrand, il était l'homme à tout faire, en particulier, le plan B ou C d'un Président qui lui a fait miroiter Matignon en 1983 et le premier secrétariat du PS en 1988 (il ne fut "que" président du groupe PS à l'Assemblée). Retournant à ses études d'historien à partir des années 2010, il s'est intéressé à Chateaubriand, après s'être penché, comme parlementaire, sur la situation déplorable dans les prisons françaises.

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    Dans son allocution d'accession au perchoir, le 2 juillet 1981, Louis Mermaz pensait que François Mitterrand démocratiserait plus les institutions, alors que son mentor, au contraire, les a rendues encore plus monarchiques dans leur pratique (mais Louis Mermaz n'a jamais voulu le constater). Il a cependant prononcé quelques belles paroles comme celle-ci, ordinaires : « Dans cette enceinte, j'aurai le souci de diriger vos débats avec impartialité. J'ai conscience d'être le Président de toute l'Assemblée et pas seulement de la majorité qui m'a élu. À ce titre, je serai le garant des droits de tous les députés qui sont l'expression de la souveraineté populaire et qui sont les représentants de la communauté nationale. ». Et de considérer avec prétention que l'expérience socialiste servirait de modèle pour le monde : « Nous sommes attentifs à l'immense espérance qui s'est levée dans le pays, à l'intérêt porté par tant de nations à ce qui est en train de se produire en France. Oui ! Nous sommes fiers de voir notre pays renouer avec ses plus hautes traditions démocratiques. Le Parlement (…) témoignera aussi pour notre pays hors des frontières, car le renouveau de la France concerne le monde tout entier ! ».
     

     
     


    Sa réputation de pur et dur, Louis Mermaz l'a gagnée au congrès du PS à Valence, à l'instar de Paul Quilès qui reprenait (bien malgré lui) le rôle de Robespierre. S'exprimant le 23 octobre 1981, le nouveau quatrième personnage de l'État a mis en garde contre la social-démocratie avec un langage fleurant bon le XIXe siècle : « Tous les éléments d’une contre-révolution se mettent aujourd’hui en place. Il faut frapper vite et fort contre le sabotage de notre économie. (…) Le socialisme à la française ne peut se contenter d’un replâtrage du capitalisme. Il faut changer le système des valeurs, mettre l'accent sur la justice sociale et la solidarité. (…) Il faut montrer que le socialisme, ça marche ! ». Selon lui, les socialistes ne devaient pas se contenter d'être gestionnaires, car sinon : « on va dériver vers une vague social-démocratie et on débouchera sur un retour au libéralisme. ».

    Son discours du 23 octobre 1981 était très idéologique : « La culture de l'argent pour l'argent, le placement de l'argent pour le seul profit bancaire, cette logique-là, nous la refusons ! (…) Il y en a qui voudraient bien (…) dresser autour de la France une sorte de cordon sanitaire. La lutte des classes à l'intérieur, la lutte des classes à l'extérieur, nous y voilà bien, et par la faute de qui ? Il faut que le gouvernement frappe vite et fort, il faut qu'il frappe vite et fort, s'il veut lutter efficacement contre le chômage, contre les hausses de prix abusives, contre le sabotage de l'économie, contre les complicités qui s'organisent au-delà de nos frontières. C'est ainsi qu'il rendra pleinement confiance aux travailleurs, aux agriculteurs, aux chefs d'entreprises, qui emploient dix millions de travailleurs, à toutes ces petites et moyennes entreprises qui appellent une autre politique du crédit et qui, selon la formule de François Mitterrand, ne doivent plus être la chair à pâté du grand capital ! ».

    Mais les mots n'ont jamais su combattre les faits ni les exigences de la réalité. Assumant clairement son vote, Louis Mermaz, sans renier son socialisme, a voté pour Emmanuel Macron deux fois, en 2017 et en 2022. On peut toutefois retenir de lui sa provocation en 1981, à l'adresse de la droite, lorsqu'il a lâché : « Nous ne sortons pas des égouts. Nous savons nous servir de couverts à poisson ! ».

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    Le journaliste Michel Noblecourt, qui a rédigé sa nécrologie pour "Le Monde" le 15 août 2024, a qualifié Louis Mermaz de « prince de la Mitterrandie » et l'a décrit ainsi : « Fin lettré, volontiers tranchant mais diplomate à ses heures, il n’est pas enclin au compromis. Cet émotif un peu timide, mal à l’aise dans les discours publics, cache derrière une ironie acerbe et un humour caustique une grande sensibilité. ».

    Des princes de la Mitterrandie, il faut reconnaître que cette année en est une évidente hécatombe depuis Noël dernier : Jacques Delors, Louis Le Pensec, Robert Badinter, Henri Nallet, Roland Dumas, et maintenant Louis Mermaz. Au-delà des ténors clivants et partisans, ils furent les acteurs historiques d'une période bien particulière de la vie politique française, celle marquée par la chevauchée socialisante de François Mitterrand tant dans l'opposition que, une fois élu puis réélu, au sommet du pouvoir pendant quatorze années. Ils appartiennent désormais à l'histoire, ce qu'a bien compris, au-delà des clivages partisans, François Durovray et ceux qui leur rendent hommage.



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (15 août 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Grognard du mitterrandisme triomphant.
    Louis Mermaz.
    François Hollande.
    Jean-Luc Mélenchon.
    Lucie Castets.
    Roland Dumas.
    Lionel Jospin.
    Manuel Valls.
    Jacques Delors.
    Jean Jaurès.
    Henri Nallet.
    Ségolène Royal.
    Najat Vallaud-Belkacem.
    Frédéric Mitterrand.
    Jean-Pierre Chevènement.
    Robert Badinter.
    Édith Cresson.
    Patrick Kanner.

    Olivier Dussopt.
    Louis Le Pensec.
    Gérard Collomb.
    Jérôme Cahuzac.
    Pierre Moscovici.
    Jacques Attali.
    Louis Mexandeau.
    Joseph Paul-Boncour.
    Bernard Cazeneuve.
    Charles Hernu.
    Pierre Mauroy.
    Roger-Gérard Schwartzenberg.
    Georges Kiejman.
    Jean Le Garrec.

    Laurence Rossignol.
    Olivier Véran.

    Sophie Binet.
    Hidalgo et les trottinettes de Paris.
    Hidalgo et les rats de Paris.
    Les congés menstruels au PS.
    Comment peut-on encore être socialiste au XXIsiècle ?
    Nuit d'épouvante au PS.
    Le laborieux destin d'Olivier Faure.

    PS : ça bouge encore !
    Éléphants vs Nupes, la confusion totale.
    Le leadershit du plus faure.
    L'élection du croque-mort.
    La mort du parti socialiste ?
    Le fiasco de la candidate socialiste.
    Le socialisme à Dunkerque.
    Le PS à la Cour des Comptes.


     

     
     





    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240815-mermaz.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/louis-mermaz-et-la-frontiere-tenue-256352

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/08/15/article-sr-20240815-mermaz.html