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politique - Page 26

  • Législatives 2024 (37) : stupide chantage à la destitution !

    « Le Président de la République ne peut être destitué qu'en cas de manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l'exercice de son mandat. » (Article 68 de la Constitution du 4 octobre 1958).



     

     
     


    Ils étaient contents, ce samedi soir. La bombe allait être lâchée. Précisément, le samedi 17 août 2024 à 23 heures 25, le papier était en ligne. Le papier ? Une tribune, un torchon plutôt, publié par "La Tribune Dimanche" qui remplace le JDD dans les communications politiques du week-end. Les auteurs, Jean-Luc Mélenchon (73 ans ce lundi) et ses sbires s'en prenaient à la fonction du Président de la République et par là même, se mettaient en retrait de la nouvelle farce populaire (NFP).

    Ils espéraient créer la polémique toute la journée du dimanche, réactions, contre-réactions, surréactions, les rédactions n'ayant plus grand-chose à dire après les Jeux olympiques, et avec un peu de chance, la mousse médiatique de leur énième provocation institutionnelle s'étendrait jusqu'au début de la semaine, une bonne entrée en matière avant la rencontre à l'Élysée des chefs des groupes parlementaires fixée au vendredi 23 août 2024.

    Et là, pas de chance ! Ils vont vraiment finir par haïr Alain Delon ! Le grand acteur est mort dans la nuit du samedi au dimanche, vers 3 heures du matin. Toutes les chaînes de télévision et les stations de radio occupèrent alors leur journée du dimanche à rendre des hommages appuyés et quasi-unanimes (quasi, car il ne faut pas rêver !) à Alain Delon, monument national de la culture française. L'idée de la destitution du Président de la République est passée à la trappe médiatique ! Caramba, encore raté !

    Pourtant, l'initiative mériterait d'être connue de tous les Français pour bien faire comprendre en quoi le groupement politique appelé France insoumise est anti-républicain, anti-institutionnel et dangereux pour la cohésion institutionnelle. On le savait déjà mais maintenant, c'est tellement clair que Jean-Luc Mélenchon ne prend plus de gants, il imite le piètre François Asselineau dans la relecture (erronée) de la Constitution (qu'il déteste pourtant : pour lui, aucune constitution n'est digne de lui, juste lui est capable de dire le bien, les règles, Lui, le seul, le garant, le gourou !).

    Dans sa une, "La Tribune Dimanche" a tenté d'en faire son gras avec deux photographies, mettant en opposition Jean-Luc Mélenchon, candidat perdant trois fois la qualification au second tour, et Emmanuel Macron, élu deux fois Président de la République, à 66% puis à 59%. Comme on le voit, il est factuellement erronée de mettre sur le même plan les deux personnalités, un qui est sans arrêt rejeté par les Français (selon un sondage, 71% des sondés considéreraient que le gourou insoumis est un danger pour la République) et un qui a été plébiscité par le peuple français lors d'élections présidentielles libres, sincères et démocratiques, deux fois, avec des scores très élevés dans l'histoire de la Cinquième République (et la deuxième fois, après la crise des gilets jaunes et la pandémie de covid-19, entre autres crises).

    De quoi s'agit-il ? De réclamer la destitution du Président de la République. Comment ? En faisant jouer l'article 68 de la Constitution. Petit rappel historique : pendant trois républiques, on a laissé la possibilité très floue d'évincer (de destituer) le Président de la République si une haute cour (le Parlement) le jugeait coupable de haute trahison. Sans définir juridiquement ce qu'est la haute trahison. On pensait à l'époque à de l'espionnage (vendu à l'ennemi) et l'expérience de Pétain entre 1940 et 1944 a conforté les constituants successifs à laisser cette disposition. C'est Nicolas Sarkozy qui a réformé cette possibilité beaucoup trop floue et grave en évoquant, à la place de la haute trahison, le cas de « manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l'exercice de son mandat ».

     

     
     


    Il faut se rappeler les conditions du début du quinquennat de Nicolas Sarkozy : il a succédé à Jacques Chirac après douze années de Présidence, malade pendant les deux dernières années, et à François Mitterrand après quatorze années de Présidence, gravement malade pendant quasiment la totalité de ses deux mandats. Dans les mémoires aussi, la maladie du Président Georges Pompidou, mort en cours de mandat (un cas d'empêchement manifeste !). L'idée était de permettre l'éviction constitutionnelle d'un Président de la République qui n'aurait plus la lucidité de quitter lui-même le pouvoir pour des raisons de santé mentale (on peut parler d'atteinte de la maladie d'Alzheimer ou d'autres pathologies). Après tout, cela s'est déjà produit avec Paul Deschanel, Président de la République en 1920, qui a lui-même eu quelques déficiences mentales mais il a eu la lucidité et la bonne idée de démissionner. Nicolas Sarkozy voulait qu'en cas de défaut de lucidité, les parlementaires puissent l'évincer, étant entendu qu'il ne s'agissait pas d'un acte politique (comme une motion de censure) mais d'un acte institutionnel pour résoudre un problème due au comportement inapproprié du Président de la République ou à son état de santé.

    Dès lors, la menace d'initier une procédure de destitution du Président de la République sous prétexte que ce dernier refuse de se soumettre au caprice d'une très faible proportion de l'électorat (28%), à savoir nommer Lucie Castets à Matignon, est doublement stupide. D'une part, comme je viens de le préciser, la procédure constitutionnelle n'a rien de politicienne comme c'est le cas de la démarche des insoumis qui assument bien leur appellation. D'autre part, la raison invoquée est pour le coup anticonstitutionnelle puisque le Président de la République peut nommer tout Premier Ministre comme il l'entend, sans contre-seing, et remettre en cause cette compétence présidentielle, c'est s'opposer à l'article 8 de la Constitution que j'avais déjà cité : « Le Président de la République nomme le Premier Ministre. Il met fin à ses fonctions sur la présentation par celui-ci de la démission du gouvernement. Sur la proposition du Premier Ministre, il nomme les autres membres du gouvernement et met fin à leurs fonctions. ». Dans ce texte, aucune notion de délai ni de pression sur le Président de la République ne sont de mise. Bien entendu, toute la Constitution s'applique et les députés peuvent toujours déposer une motion de censure pour renverser un gouvernement qui ne leur plairait pas.


    C'est justement pour éviter qu'une motion de censure soit inéluctablement adoptée dès son éventuelle nomination que le Président Emmanuel Macron n'a pas voulu nommer Lucie Castets qui n'aurait eu le soutien que de 193 députés sur 577, soit très loin de la majorité. Si Jean-Luc Mélenchon a raison de rappeler que les macronistes ont perdu les élections législatives de cet été (Emmanuel Macron l'a reconnu lui-même), en revanche, il a tort quand il dit que le NFP les a gagnées. Le problème d'aujourd'hui, c'est justement que personne n'a gagné et qu'il faudra faire des compromis pour que le futur gouvernement soit viable. Rappelons enfin que l'histoire de la majorité relative ne tient pas puisque ce n'est pas le candidat du NFP, à savoir le communiste André Chassaigne, mais Yaël Braun-Pivet qui a été élue Présidente de l'Assemblée Nationale le 18 juillet 2024 (il y a un mois), au troisième tour à la majorité relative, sans voix du NFP, évidemment, mais aussi sans aucune voix du RN (c'est important de le préciser).
     

     
     


    Je viens d'évoquer le fond de la destitution, mais avec la forme, c'est encore plus facile à montrer que l'initiative, vouée à l'échec, n'a pour seul objectif que médiatique, faire du bruit, faire du conflit, faire des polémiques, de manière complètement stérile, ce qui conforte l'idée que Jean-Luc Mélenchon n'a aucune envie de gouverner et veut empêcher toute tentative de gouverner. Ce qui, du coup, conforte le Président de la République dans l'idée de refuser toute solution politique où des insoumis seraient au gouvernement (on imagine mal le Président de la République nommer des ministres qui auraient signé quelques jours auparavant un tribune enragée pour réclamer sa destitution !).

    La forme, c'est la capacité d'aller au bout de la procédure selon la Constitution et la loi organique. Il faut d'abord que la proposition passe le stade du bureau de l'Assemblée, et Jean-Luc Mélenchon a rappelé que 12 membres du bureau sont NFP sur les 22 au total (NFP et pas FI). Une fois à l'ordre du jour, il faut que 385 députés au moins votent la destitution (les deux tiers), sans quoi la proposition ne franchira pas le Palais-Bourbon pour aller rue de Vaugirard au Sénat où 232 sénateurs seront également nécessaires pour poursuivre la procédure (deux tiers). Enfin, le Parlement réuni en Congrès, institué en Haute Cour, présidée par la Présidente de l'Assemblée Nationale, devra ratifier la proposition de destitution à la majorité des deux tiers toujours. Autant dire que, pour le cas qui nous occupe, une raison purement politicienne, cette proposition n'a aucune chance d'aboutir. Mais elle dit beaucoup de ses auteurs.

     
     


    Du reste, le parti socialiste, qui semble avoir gardé un minimum de raison, a annoncé le 18 août 2024, entre deux hommages à Alain Delon, qu'il n'était pas question pour le PS d'être associé à l'initiative mélenchonesque, ce qui montre que le NFP n'a jamais été une union pour gouverner puisqu'ils ne sont même pas capables de se mettre d'accord avec le cadre institutionnel pour gouverner. Ils ne représentent que 72 députés et ils veulent renverser le Président de la République ! Le RN et LR sont aussi peu disposé à jouer le jeu de la destitution qui affaiblirait durablement la fonction présidentielle (en mélangeant les enjeux institutionnels) et tout parti qui a pour ambition de conquérir l'Élysée devrait, en principe, s'opposer à cette stupide démarche pour éviter, le cas échéant, d'être confronté à une telle opération à son encontre dans un avenir plus ou moins proche.

    Toute cette agitation médiatique est très grave et pas du tout anodine, elle hystérise les clivages partisans et concourt à la trumpisation de la vie politique et on peut s'inquiéter de ce conflit permanent que veut imposer Jean-Luc Mélenchon aux Français. Avec cette initiative, il n'a pas franchi la ligne rouge car il l'avait déjà franchie depuis bien longtemps, mais il renforce l'idée que décidément, les insoumis refusent le cadre institutionnel de notre République et ont renoncé depuis longtemps à conquérir le pouvoir par l'État de droit. Leur modèle, bien sûr, c'est Maduro qui, lui, n'aurait pas à être destitué malgré les nombreuses fraudes électorales.
     

     
     


    C'est la raison pour laquelle dans les réseaux sociaux, en particulier sur Twitter, certains internautes éclairés commencent à réclamer, au lieu de la destitution stupide du Président de la République, la dissolution des insoumis qui mettent en péril non seulement la République mais aussi la cohésion du peuple français par leur rage et leur excitation pas du tout constructive. Les Français n'aspirent qu'au calme et qu'à la fin des hostilités politiques et on verra bien dans les sondages quels responsables politiques les Français sanctionneront sévèrement par leur comportement ...inapproprié.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (18 août 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Législatives 2024 (37) : stupide chantage à la destitution !
    Législatives 2024 (36) : Gérald Darmanin plaide pour un Premier Ministre non macroniste !
    François Hollande sera-t-il le Premier Ministre de son ancien Ministre de l'Économie ?
    Législatives 2024 (35) : Vers une cohabitation du troisième type ?
    Législatives 2024 (34) : Lucie Castets noyée dans une réalité alternative !
    Législatives 2024 (33) : Le grain de sel du Sénat !
    Législatives 2024 (32) : Le casse-tête de Lucie Castets.
    Législatives 2024 (31) : Emmanuel Macron et les joyeux JO.
    Interview du Président Emmanuel Macron le 23 juillet 2024 sur France 2 (vidéo intégrale).
    Claude Malhuret au Sénat : le spectacle continue !
    Législatives 2024 (30) : coalition ou pacte ?
    Législatives 2024 (29) : le staff de l'Assemblée Nationale.
    Législatives 2024 (28) : la stratégie du chaos institutionnel de Jean-Luc Mélenchon.
    Législatives 2024 (27) : l'émotion de Yaël Braun-Pivet.
    Législatives 2024 (26) : les larmes de Marine Tondelier.
    Législatives 2024 (25) : faut-il ostraciser le RN à l'Assemblée Nationale ?
    Législatives 2024 (24) : Huguette Bello, mélenchonette en peau de lapin.
    Législatives 2024 (23) : grand pays recherche son gouvernement.
    Législatives 2024 (22) : qui au perchoir ?
    Législatives 2024 (21) : marche sur Matignon ?
    Lettre aux Français par Emmanuel Macron le 10 juillet 2024 (texte intégral).
    Législatives 2024 (20) : le poison du scrutin proportionnel.
    Législatives 2024 (19) : quel possible Premier Ministre pour une impossible majorité ?
    Législatives 2024 (18) : la fin du cauchemar Bardella (pour le moment).
    Résultats du second tour des élections législatives du 7 juillet 2024.
    Fake news : la scandaleuse manipulation politique du RN.
    Législatives 2024 (17) : rien n'est joué dimanche prochain !
    Législatives 2024 (16) : la question de dimanche prochain.
    Législatives 2024 (15) : les promesses n'engagent que ceux qui y croient !
    Législatives 2024 (14) : la revanche des gilets jaunes ?
    Législatives 2024 (13) : fortes mobilisations au premier tour.
    Résultats du premier tour des élections législatives du 30 juin 2024.
    Appel aux sociaux-démocrates.
    Éric Le Boucher : la France va plutôt bien (27 juin 2024).
    Législatives 2024 (12) : un isoloir, ce n'est pas un cabine d'essayage !
    Législatives 2024 (11) : front, rassemblement, union nationale, barrage, consignes de vote...
    Législatives 2024 (10) : il était une fois Jordan Bardella, Gabriel Attal et Manuel Bompard.
    Législatives 2024 (9) : Emmanuel Macron et son n'ayez-pas-peur !
    Interview d'Emmanuel Macron à Génération Do It Yourself le 24 juin 2024 (podcast intégral).
    Lettre aux Français d'Emmanuel Macron le 23 juin 2024 (texte intégral).
    Législatives 2024 (8) : la bataille de Matignon.
    Le programme aux élections législatives du 30 juin 2024 d'Ensemble pour la République (document à télécharger).
    Législatives 2024 (7) : Ensemble pour la République.
    Législatives 2024 (6) : Nicolas Sarkozy et François Fillon bougent encore !
    Législatives 2024 (5) : le trouble de Lionel Jospin.
    Législatives 2024 (4) : l'angoisse de Manuel Valls.
    Législatives 2024 (3) : François Hollande dans l'irresponsabilité totale !
    Législatives 2024 (2) : clarification ou chaos ?
    Législatives 2024 (1) : vaudeville chez Les Républicains.
    Sidération institutionnelle.
    Élections européennes 2024 (4) : la surprise du chef !
    Résultats des élections européennes du dimanche 9 juin 2024.


     

     
     






    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240817-destitution.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/legislatives-2024-37-stupide-256380

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/08/18/article-sr-20240817-destitution.html



     

  • Louis Mermaz et la frontière ténue entre sectarisme et hyperfidélité

    « Louis Mermaz, ancien ministre, Président de l’Assemblée Nationale et figure éminente de la vie politique, nous a quittés à son domicile en Essonne. Son engagement au service de notre pays a marqué son histoire. » (François Durovray, 15 août 2024).



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    C'est ainsi que François Durovray a annoncé la mort d'un socialiste célèbre, Louis Mermaz, ce jeudi 15 août 2024 à son domicile de Limours, dans l'Essonne. Petite caractéristique, François Durovray, le président du conseil départemental de l'Essonne, n'est pas un socialiste mais un élu LR, qui s'est présenté aux dernières élections législatives contre Nicolas Dupont-Aignan (le candidat FI a gagné).

    Sans doute Louis Mermaz a gagné l'estime de ses anciens adversaires politiques parce qu'il a quitté la politique pour entrer dans l'histoire politique du pays, ce qui devait être un grand honneur pour cet agrégé d'histoire. Il allait avoir 93 ans dans cinq jours et était présenté comme un cacique du mitterrandisme flamboyant (lui-même ne l'était pas vraiment, flamboyant) à l'humour plutôt caustique.

    Il était décrit au mieux comme un froid et distant au pire comme un sectaire, et son acuité intellectuelle qui servait à la fois ses convictions dites socialistes et sa fidélité irrévocable à François Mitterrand, même après 1993 lorsqu'il s'agissait de faire un inventaire du mitterrandisme (voulu par Lionel Jospin choqué par quelques révélations à la fin de la vie de l'ancien Président), mais quand on le compare aujourd'hui avec ce qu'est devenu le parti socialiste, on peut se permettre de dire qu'intellectuellement, c'était-(quand-même)-mieux-avant. Une question de pointure politique et intellectuelle. Je n'ose même pas mettre Louis Mermaz à côté de l'actuel pâle premier secrétaire du PS, Olivier Faure qui, pourtant, s'est permis de le décrire avec quelques mots fades à l'occasion de sa disparition : « Son esprit vif nous accompagnait dans tous nos combats, jusque dans ces derniers jours. » prenant une heure vingt de retard par rapport à l'élu LR !

     

     
     


    Les hommages se sont multipliés par la suite venant de ses anciens camarades du PS, en particulier Jean-Luc Mélenchon qui a loué un « vrai modèle de défense des libertés publiques et des droits de l’être humain, sans double standard et sans peur du qu’en-dira-t-on », tandis que l'ancien Président François Hollande (adversaire de Jean-Luc Mélenchon en 2012) a parlé d'un « militant exemplaire » qui alliait « érudition », « mémoire » et « humour ».

    J'ai déjà décrit la trajectoire politique assez fascinante de Louis Mermaz, se choisissant une terre favorable à ses convictions socialistes : l'Isère, dont il a présidé le conseil général pendant neuf ans (1976-1985), Vienne dont il a été le maire pendant trente ans (1971-2001), et la France, dont il a été député pendant vingt-deux ans (1967-2001, avec deux échecs en 1968 et 1993) puis sénateur pendant dix ans (2001-2011). Louis Mermaz a fait partie des tout premiers mitterrandistes, rejoignant dès 1954 le ministre de la Quatrième République, le suivant dans sa traversée du désert gaulliste et sa lente conquête du PS (où il était le responsable très influent des fédérations départementales), et si ses mandats locaux ont été interrompus par des échecs électoraux très marquants (Alain Carignon gagnant le conseil général et Jacques Remiller, futur député UMP, la mairie), il fut hissé au plus haut niveau de l'État par sa fidélité et son amitié pour le premier Président socialiste de la République.

     

     
     


    Espérant en 1981 le Ministère de l'Intérieur, Louis Mermaz a finalement obtenu le perchoir, premier Président socialiste de l'Assemblée Nationale de la Cinquième République, poste d'autorité pour cet autoritaire flegmatique qui dispensa quelques sanctions à des jeunes députés de l'opposition un peu trop combatifs (et futurs ministres eux-mêmes). Ministre d'un peu de tout pendant le second mandat de François Mitterrand, il était l'homme à tout faire, en particulier, le plan B ou C d'un Président qui lui a fait miroiter Matignon en 1983 et le premier secrétariat du PS en 1988 (il ne fut "que" président du groupe PS à l'Assemblée). Retournant à ses études d'historien à partir des années 2010, il s'est intéressé à Chateaubriand, après s'être penché, comme parlementaire, sur la situation déplorable dans les prisons françaises.

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    Dans son allocution d'accession au perchoir, le 2 juillet 1981, Louis Mermaz pensait que François Mitterrand démocratiserait plus les institutions, alors que son mentor, au contraire, les a rendues encore plus monarchiques dans leur pratique (mais Louis Mermaz n'a jamais voulu le constater). Il a cependant prononcé quelques belles paroles comme celle-ci, ordinaires : « Dans cette enceinte, j'aurai le souci de diriger vos débats avec impartialité. J'ai conscience d'être le Président de toute l'Assemblée et pas seulement de la majorité qui m'a élu. À ce titre, je serai le garant des droits de tous les députés qui sont l'expression de la souveraineté populaire et qui sont les représentants de la communauté nationale. ». Et de considérer avec prétention que l'expérience socialiste servirait de modèle pour le monde : « Nous sommes attentifs à l'immense espérance qui s'est levée dans le pays, à l'intérêt porté par tant de nations à ce qui est en train de se produire en France. Oui ! Nous sommes fiers de voir notre pays renouer avec ses plus hautes traditions démocratiques. Le Parlement (…) témoignera aussi pour notre pays hors des frontières, car le renouveau de la France concerne le monde tout entier ! ».
     

     
     


    Sa réputation de pur et dur, Louis Mermaz l'a gagnée au congrès du PS à Valence, à l'instar de Paul Quilès qui reprenait (bien malgré lui) le rôle de Robespierre. S'exprimant le 23 octobre 1981, le nouveau quatrième personnage de l'État a mis en garde contre la social-démocratie avec un langage fleurant bon le XIXe siècle : « Tous les éléments d’une contre-révolution se mettent aujourd’hui en place. Il faut frapper vite et fort contre le sabotage de notre économie. (…) Le socialisme à la française ne peut se contenter d’un replâtrage du capitalisme. Il faut changer le système des valeurs, mettre l'accent sur la justice sociale et la solidarité. (…) Il faut montrer que le socialisme, ça marche ! ». Selon lui, les socialistes ne devaient pas se contenter d'être gestionnaires, car sinon : « on va dériver vers une vague social-démocratie et on débouchera sur un retour au libéralisme. ».

    Son discours du 23 octobre 1981 était très idéologique : « La culture de l'argent pour l'argent, le placement de l'argent pour le seul profit bancaire, cette logique-là, nous la refusons ! (…) Il y en a qui voudraient bien (…) dresser autour de la France une sorte de cordon sanitaire. La lutte des classes à l'intérieur, la lutte des classes à l'extérieur, nous y voilà bien, et par la faute de qui ? Il faut que le gouvernement frappe vite et fort, il faut qu'il frappe vite et fort, s'il veut lutter efficacement contre le chômage, contre les hausses de prix abusives, contre le sabotage de l'économie, contre les complicités qui s'organisent au-delà de nos frontières. C'est ainsi qu'il rendra pleinement confiance aux travailleurs, aux agriculteurs, aux chefs d'entreprises, qui emploient dix millions de travailleurs, à toutes ces petites et moyennes entreprises qui appellent une autre politique du crédit et qui, selon la formule de François Mitterrand, ne doivent plus être la chair à pâté du grand capital ! ».

    Mais les mots n'ont jamais su combattre les faits ni les exigences de la réalité. Assumant clairement son vote, Louis Mermaz, sans renier son socialisme, a voté pour Emmanuel Macron deux fois, en 2017 et en 2022. On peut toutefois retenir de lui sa provocation en 1981, à l'adresse de la droite, lorsqu'il a lâché : « Nous ne sortons pas des égouts. Nous savons nous servir de couverts à poisson ! ».

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    Le journaliste Michel Noblecourt, qui a rédigé sa nécrologie pour "Le Monde" le 15 août 2024, a qualifié Louis Mermaz de « prince de la Mitterrandie » et l'a décrit ainsi : « Fin lettré, volontiers tranchant mais diplomate à ses heures, il n’est pas enclin au compromis. Cet émotif un peu timide, mal à l’aise dans les discours publics, cache derrière une ironie acerbe et un humour caustique une grande sensibilité. ».

    Des princes de la Mitterrandie, il faut reconnaître que cette année en est une évidente hécatombe depuis Noël dernier : Jacques Delors, Louis Le Pensec, Robert Badinter, Henri Nallet, Roland Dumas, et maintenant Louis Mermaz. Au-delà des ténors clivants et partisans, ils furent les acteurs historiques d'une période bien particulière de la vie politique française, celle marquée par la chevauchée socialisante de François Mitterrand tant dans l'opposition que, une fois élu puis réélu, au sommet du pouvoir pendant quatorze années. Ils appartiennent désormais à l'histoire, ce qu'a bien compris, au-delà des clivages partisans, François Durovray et ceux qui leur rendent hommage.



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (15 août 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Grognard du mitterrandisme triomphant.
    Louis Mermaz.
    François Hollande.
    Jean-Luc Mélenchon.
    Lucie Castets.
    Roland Dumas.
    Lionel Jospin.
    Manuel Valls.
    Jacques Delors.
    Jean Jaurès.
    Henri Nallet.
    Ségolène Royal.
    Najat Vallaud-Belkacem.
    Frédéric Mitterrand.
    Jean-Pierre Chevènement.
    Robert Badinter.
    Édith Cresson.
    Patrick Kanner.

    Olivier Dussopt.
    Louis Le Pensec.
    Gérard Collomb.
    Jérôme Cahuzac.
    Pierre Moscovici.
    Jacques Attali.
    Louis Mexandeau.
    Joseph Paul-Boncour.
    Bernard Cazeneuve.
    Charles Hernu.
    Pierre Mauroy.
    Roger-Gérard Schwartzenberg.
    Georges Kiejman.
    Jean Le Garrec.

    Laurence Rossignol.
    Olivier Véran.

    Sophie Binet.
    Hidalgo et les trottinettes de Paris.
    Hidalgo et les rats de Paris.
    Les congés menstruels au PS.
    Comment peut-on encore être socialiste au XXIsiècle ?
    Nuit d'épouvante au PS.
    Le laborieux destin d'Olivier Faure.

    PS : ça bouge encore !
    Éléphants vs Nupes, la confusion totale.
    Le leadershit du plus faure.
    L'élection du croque-mort.
    La mort du parti socialiste ?
    Le fiasco de la candidate socialiste.
    Le socialisme à Dunkerque.
    Le PS à la Cour des Comptes.


     

     
     





    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240815-mermaz.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/louis-mermaz-et-la-frontiere-tenue-256352

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/08/15/article-sr-20240815-mermaz.html








     

  • Législatives 2024 (36) : Gérald Darmanin plaide pour un Premier Ministre non macroniste !

    « J’étais un homme qui aimait la politique, je suis devenu un homme désormais bien plus attaché au service de l'État. » (Gérald Darmanin, le 12 août 2024 dans "Le Figaro").




     

     
     


    À 41 ans, l'actuel Ministre de l'Intérieur et des Outre-Mer démissionnaire Gérald Darmanin est depuis plusieurs années un homme qui compte dans le camp présidentiel. Son positionnement à l'issue des élections législatives anticipées du début de cet été peut donc avoir une grande influence. Bien que toujours en poste ("ministre démissionnaire"), il avait déjà averti dès juin 2024 qu'il quitterait le gouvernement si son camp n'obtenait pas la majorité, une déclaration peut-être un peu trop hâtive après réflexion.

    Chouchou à la fois de Nicolas Sarkozy et Emmanuel Macron, il a marqué la Place Beauvau qu'il occupe depuis maintenant quatre ans (un petit record depuis mars 1974, il "bat" la longévité de Christian Bonnet ces jours-ci) au point qu'il personnifie, pour le grand public, la fonction de "premier flic de France" comme l'avaient fait avant lui Raymond Marcellin, Michel Poniatowski, Gaston Defferre, Pierre Joxe, Charles Pasqua, Jean-Pierre Chevènement, Nicolas Sarkozy, Manuel Valls et Bernard Cazeneuve.

    Le succès de l'accueil des Jeux olympiques qui se sont achevés ce dimanche 11 août 2024, c'est d'abord un succès sportif (la France classée dans le Top 5, mission accomplie), qui est dû exclusivement aux athlètes français et à leurs entraîneurs, mais c'est aussi un succès de sécurité, dont Gérald Darmanin a été le premier responsable, alors que les mauvaises langues prophétisaient des attentats, des désordres, ou d'autres horreurs pour simplement dénigrer la France qu'ils ne doivent vraiment pas aimer. Le ministre l'a d'ailleurs affirmé dans "Le Figaro" le 12 août 2024 : « La victoire des athlètes français, qui est aussi la victoire du Ministère de l’Intérieur puisque 20% des médaillés sont des agents du ministère. Au-delà, ce succès est aussi l’aboutissement de quatre ans d’intenses préparations avec une loi sécurité globale qui modernise la sécurité privée, une loi de programmation budgétaire, une loi renseignement… Depuis quatre ans, j’ai mis en place le décloisonnement du ministère : via la réforme de la police nationale, entre police et gendarmerie, avec la sécurité privée, sans oublier les nouveaux outils numériques. C'est une grande leçon pour nous : quand le ministère fonctionne en cathédrale et non en silo, il fonctionne beaucoup plus mieux. ».

    Gérald Darmanin se paie donc un CV en or dans une vie politique déjà bien remplie avec deux trophées très concrets : aux Finances, comme Ministre de l'Action et des Comptes publics du 17 mai 2017 au 6 juillet 2020, le grand succès de la réforme structurelle de la retenue à la source de l'impôt sur le revenu ; à l'Intérieur depuis le 6 juillet 2020 (démissionnaire depuis le 16 juillet 2024), l'organisation des JO 2024 à Paris.

    Certaines personnalités politiques commencent leur vie politique à l'extrême gauche (trotskysme) et évoluent vers le centre gauche. Lui, Gérald Darmanin, vient de l'opposé, il a commencé plutôt à la droite dure pour se rapprocher du centre droit. À l'origine, Gérald Darmanin s'est engagé au sein du RPR à l'âge de 16 ans avant même de faire ses études à l'Institut d'études politiques (IEP) de Lille. Collaborateur de l'ancien ministre Jacques Toubon, alors député européen, il s'est rapproché en 2004 du député UMP flirtant avec la droite musclée Christian Vanneste, condamné alors en première instance par la justice pour avoir tenu des propos homophobes (et dont le jugement a été cassé en 2008).

    Son premier mandat électif, Gérald Darmanin l'a obtenu en mars 2008 (à l'âge de 25 ans) comme conseiller municipal d'opposition de Tourcoing sur la liste menée par Christian Vanneste. Très vite, Gérald Darmanin a pris le leadership de l'opposition municipale, tandis que parallèlement, il fut, au sein de l'UMP, le collaborateur de l'ancien ministre Xavier Bertrand, alors secrétaire général de l'UMP, chargé des affaires juridiques, puis, un peu plus tard, chef de cabinet puis directeur de cabinet du ministre David Douillet.

     

     
     


    Conseiller régional du Nord-Pas-de-Calais puis des Hauts-de-France de mars 2010 (il avait alors 27 ans) à juillet 2020, Gérald Darmanin a retrouvé Xavier Bertrand au conseil régional dont il fut le deuxième vice-président de janvier 2016 à mai 2017. Ces deux collaborations avec Xavier Bertrand (UMP et région) donnent aujourd'hui une tournure particulière sur les relations avec Xavier Bertrand : Gérald Darmanin, considéré comme situé à l'aile très à droite de l'UMP, puis sarkozyste proche de Xavier Bertrand, a succombé au macronisme version 2017 après avoir soutenu François Fillon dans sa lutte fratricide contre Jean-François Copé à la présidence de l'UMP en novembre 2012. Il est donc un liant crucial entre Emmanuel Macron et le parti LR même si Xavier Bertrand est aujourd'hui peu populaire au sein de LR (son échec à la primaire LR de décembre 2021 l'a prouvé).

    Entre-temps, Gérald Darmain est parvenu, en homme pressé, à se poser comme un élu local bien établi : élu député du Nord en juin 2012 (il n'avait que 29 ans), élu dans la dixième circonscription, l'ancienne de Christian Vanneste mais aussi de Maurice Schumann, il a gagné la mairie de Tourcoing en mars 2014 (à 31 ans), devenu un baron local au même titre que son mentor local Xavier Bertrand (Gérald Darmanin fut réélu en mars 2020 mais depuis 2017, il a quitté sa place de maire au profit de sa place au gouvernement). En raison du cumul, il ne s'est pas présenté aux élections législatives de 2017 (il était également le quatrième vice-président de la Métropole européenne de Lille de 2014 à 2018), mais s'est représenté et a été réélu en juin 2022, puis en juillet 2024 (61,4% grâce au front républicain, retrait de la candidate FI, son ancienne rivale du second tour en 2022, pour faire barrage au candidat du RN). Gérald Darmanin a aussi été élu conseiller départemental du Nord de juin 2021 à août 2022.

    Pour résumer donc ses deux premières parties de carrière politique, Gérald Darmanin a donc été d'abord un jeune conquérant de droite plutôt dure qui a su conquérir Tourcoing et sa circonscription à un âge très jeune, puis, avec l'élection d'Emmanuel Macron (son suppléant, qui lui avait succédé à l'Assemblée Nationale dès mars 2016, pour cause de cumul, a été réélu député LR en 2017 contre une candidate LREM), il a accepté, à l'instar d'autres stars de LR (en particulier Édouard Philippe et Bruno Le Maire) de franchir le cap macroniste avec l'onction de Nicolas Sarkozy.

     

     
     


    Dès 2020, Gérald Darmanin, fort de son succès de la réforme de l'impôt sur le revenu, était bien entendu, comme tout ministre ambitieux et pressé, candidat à Matignon. Si en 2022, son nom n'était pas évoqué faute d'être une femme, il revenait très sérieusement en lice en juillet 2023 pour remplacer celle qui allait devenir une très brève rivale au sein du camp macroniste, Élisabeth Borne. Peine perdue, il a aussi raté une nouvelle occasion en janvier 2024 avec la nomination de Gabriel Attal à Matignon. Darmanin-Attal, les journalistes seraient tentés d'en faire des rivaux internes préférés, dans la perspective de l'élection présidentielle de 2027, une rivalité qui a failli être confirmée le 13 juillet 2024 lors de la première réunion du groupe Renaissance (devenu Ensemble pour la République, EPR) à l'Assemblée pour la désignation de son président. Découragé par l'Élysée, Gérald Darmanin a cependant laissé le champ libre à Gabriel Attal pour présider le groupe EPR, deuxième groupe de l'Assemblée. Gabriel Attal serait le représentant de l'aile gauche du macronisme et Gérald Darmanin de l'aile droite.

    À l'issue de ses élections anticipées, Gérald Darmanin jouit d'une position personnelle très forte : il a été réélu et est donc présent à l'Assemblée, là où se passera l'essentiel de la vie politique à venir, au contraire d'Édouard Philippe, Bruno Le Maire et quelques autres personnalités tentées, elles aussi, de capter l'héritage politique d'Emmanuel Macron. En revanche, il doit faire face à l'hostilité d'une partie non négligeable du groupe macroniste en raison de la dissolution du 9 juin 2024, ce qui, à court terme, l'empêche de foncer pour prétendre diriger le parti présidentiel.

    Sa position est aujourd'hui très claire. Il faut auparavant préciser qu'il était l'un des rares, du camp présidentiel, à avoir approuvé voire recommandé la dissolution (ce qui était même très rare). Pour lui, le retour au peuple était une nécessité vitale pour la démocratie, et une juste pratique gaullienne des institutions. Malgré ses ambitions, il n'est pas candidat à Matignon, pour une raison très simple : il a bien compris que, parmi les signaux parfois contradictoires émis par le peuple français les 30 juin et 7 juillet 2024, il y a le désaveu du camp macroniste.

    Pas étonnant alors de considérer que le prochain Premier Ministre ne pourrait pas faire partie du camp présidentiel, à moins de faire fi de la volonté populaire. En revanche, il semble évident que le soutien du camp présidentiel au futur gouvernement est une condition absolument nécessaire à son existence parlementaire dans la configuration actuelle (trois tiers inconciliables à l'origine) en raison de sa position centrale.

     

     
     


    Interrogé dans "Le Figaro" de ce lundi 12 août 2024, après l'euphorie des Jeux olympiques, Gérald Darmanin a usé d'un certain euphémisme pour exprimer cette position sans trahir ses amis : « Il y a (…) un fait : nous n'avons pas gagné ces élections législatives. Il n'est pas anormal que quelqu'un qui n'est pas de notre famille politique dirige le gouvernement. ». Il faut ajouter que la nomination d'un Premier Ministre macroniste, quand bien même il résulterait d'une logique d'arithmétique parlementaire, serait très mal comprise des électeurs qui ont voté au début de l'été.

    Quel Premier Ministre ? Son ancien mentor, pardi ! La réponse dans "Le Figaro" était alors évidente : « J'ai dit que Xavier Bertrand avait de grandes qualités. ». Gérald Darmanin semble même impatient de quitter complètement le gouvernement, maintenant que les JO sont passés : « Il est normal d'installer un nouveau gouvernement après des élections. ». Il avait d'ailleurs retiré sa cravate dès la démission acceptée du gouvernement le 16 juillet 2024 pour bien montrer qu'il retrouvait sa liberté personnelle, tout en restant loyal et fidèle à Emmanuel Macron.

    Gérald Darmanin est, ces jours-ci, le sujet de plusieurs analyses politiques dans la presse, en particulier dans un article de Robin D'Angelo paru dans "Le Monde" le mardi 13 août 2024 qui a résumé l'objectif personnel du futur ancien ministre ainsi : « Capitaliser autant que possible sur l’événement [les JO] pour mieux préparer ses arrières dans un contexte politique hautement instable. ».

    Selon "Le Monde", Gérald Darmanin avait envisagé prendre la présidence du groupe Horizons à l'Assemblée en cas de défaite de son président sortant, Laurent Marcangeli, mais ce dernier a été réélu. En outre, les proches de Gabriel Attal insistent beaucoup : « Gabriel a à cœur que Gérald reste dans la famille, car c'est un atout. ».
     

     
     


    Les perspectives de Gérald Darmanin sont analysées ainsi : les conseillers de Gérald Darmanin affirmeraient qu'il ne serait plus opposé à rester au gouvernement si le Président le lui demandait et si les responsabilités proposées lui permettaient de prendre du recul (on penserait Affaires étrangères ou Défense). D'autres évoquent la grande attente des élus locaux de droite et du centre du département du Nord qui restent orphelins d'un grand leader politique pour les représenter, et qui le verraient bien conquérir la Métropole de Lille en 2026.

    Pour l'heure, Gérald Darmanin a prévu de réunir ses fidèles dans un mois, le dimanche 15 septembre 2024 à Tourcoing, pour discuter du pouvoir d'achat. Il souhaiterait avant tout parler aux classes populaires et est partisan de la revalorisation du SMIC. La première réunion des darmanistes avait eu lieu à la rentrée de 2023 sur fond de rivalité avec Élisabeth Borne, reconduite à Matignon, qui avait fait le déplacement et torpillé la journée. Quant à l'actuel locataire de Matignon, démissionnaire, Gabriel Attal a déjà fait savoir qu'il ne se rendrait pas à Tourcoing le 15 septembre 2024 (il aurait déjà un autre engagement !), tandis que des anciens ministres étiquetés plus à gauche, comme Clément Beaune, auraient reçu un carton d'invitation.

    Ce qui est sûr, c'est que le Président de la République veut ménager Gérald Darmanin qui reste un allié indispensable dans la situation politique inextricable actuelle, tant par sa loyauté que par sa connexion avec ses anciens amis de LR. Xavier Bertrand, quant à lui, compte certainement sur son ancien secrétaire général adjoint de l'UMP pour accéder enfin à la reconnaissance nationale : Matignon, en attendant l'Élysée ! Pas sûr que cela plaise beaucoup à un autre acteur LR revenu dans l'arène, Laurent Wauquiez, président du groupe LR.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (13 août 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Cible des hypocrisies ambiantes.
    Législatives 2024 (36) : Gérald Darmanin plaide pour un Premier Ministre non macroniste !
    François Hollande sera-t-il le Premier Ministre de son ancien Ministre de l'Économie ?
    Législatives 2024 (35) : Vers une cohabitation du troisième type ?
    Législatives 2024 (34) : Lucie Castets noyée dans une réalité alternative !
    Législatives 2024 (33) : Le grain de sel du Sénat !
    Législatives 2024 (32) : Le casse-tête de Lucie Castets.
    Législatives 2024 (31) : Emmanuel Macron et les joyeux JO.
    Interview du Président Emmanuel Macron le 23 juillet 2024 sur France 2 (vidéo intégrale).
    Claude Malhuret au Sénat : le spectacle continue !
    Législatives 2024 (30) : coalition ou pacte ?
    Législatives 2024 (29) : le staff de l'Assemblée Nationale.
    Législatives 2024 (28) : la stratégie du chaos institutionnel de Jean-Luc Mélenchon.
    Législatives 2024 (27) : l'émotion de Yaël Braun-Pivet.
    Législatives 2024 (26) : les larmes de Marine Tondelier.
    Législatives 2024 (25) : faut-il ostraciser le RN à l'Assemblée Nationale ?
    Législatives 2024 (24) : Huguette Bello, mélenchonette en peau de lapin.
    Législatives 2024 (23) : grand pays recherche son gouvernement.
    Législatives 2024 (22) : qui au perchoir ?
    Législatives 2024 (21) : marche sur Matignon ?
    Lettre aux Français par Emmanuel Macron le 10 juillet 2024 (texte intégral).
    Législatives 2024 (20) : le poison du scrutin proportionnel.
    Législatives 2024 (19) : quel possible Premier Ministre pour une impossible majorité ?
    Législatives 2024 (18) : la fin du cauchemar Bardella (pour le moment).
    Résultats du second tour des élections législatives du 7 juillet 2024.
    Fake news : la scandaleuse manipulation politique du RN.
    Législatives 2024 (17) : rien n'est joué dimanche prochain !
    Législatives 2024 (16) : la question de dimanche prochain.
    Législatives 2024 (15) : les promesses n'engagent que ceux qui y croient !
    Législatives 2024 (14) : la revanche des gilets jaunes ?
    Législatives 2024 (13) : fortes mobilisations au premier tour.
    Résultats du premier tour des élections législatives du 30 juin 2024.
    Appel aux sociaux-démocrates.
    Éric Le Boucher : la France va plutôt bien (27 juin 2024).
    Législatives 2024 (12) : un isoloir, ce n'est pas un cabine d'essayage !
    Législatives 2024 (11) : front, rassemblement, union nationale, barrage, consignes de vote...
    Législatives 2024 (10) : il était une fois Jordan Bardella, Gabriel Attal et Manuel Bompard.
    Législatives 2024 (9) : Emmanuel Macron et son n'ayez-pas-peur !
    Interview d'Emmanuel Macron à Génération Do It Yourself le 24 juin 2024 (podcast intégral).
    Lettre aux Français d'Emmanuel Macron le 23 juin 2024 (texte intégral).
    Législatives 2024 (8) : la bataille de Matignon.
    Le programme aux élections législatives du 30 juin 2024 d'Ensemble pour la République (document à télécharger).
    Législatives 2024 (7) : Ensemble pour la République.
    Législatives 2024 (6) : Nicolas Sarkozy et François Fillon bougent encore !
    Législatives 2024 (5) : le trouble de Lionel Jospin.
    Législatives 2024 (4) : l'angoisse de Manuel Valls.
    Législatives 2024 (3) : François Hollande dans l'irresponsabilité totale !
    Législatives 2024 (2) : clarification ou chaos ?
    Législatives 2024 (1) : vaudeville chez Les Républicains.
    Sidération institutionnelle.
    Élections européennes 2024 (4) : la surprise du chef !
    Résultats des élections européennes du dimanche 9 juin 2024.

     
     




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  • François Hollande sera-t-il le Premier Ministre de son ancien Ministre de l'Économie ?

    « En politique, je le sais au fond de moi, il est irrationnel de ne pas tenir compte de l'irrationalité. » (François Hollande, 11 avril 2018).



     

     
     


    Cette petite phrase, elle pourrait s'appliquer à son auteur qui l'a publiée au milieu de ses mémoires d'ancien Président de la République le 11 avril 2018 (aux éd. Stock). Justement, François Hollande est à l'honneur ce lundi 12 août 2024 puisqu'il fête son 70e anniversaire. 70 ans, de nos jours, c'est "rien", mais néanmoins, en politique, c'est déjà un âge canonique, pourrait-on dire par un euphémisme mal compris.

    Concrètement, François Hollande a repris un dosette d'eau de Jouvence en juin dernier. Rappelez-vous ! En décembre 2016, lucide sur sa capacité à mobiliser les foules d'électeurs, le Président de la République en exercice avait renoncé à solliciter un nouveau mandat. Son Premier Ministre Manuel Valls l'avait alors abandonné pour se lancer, avec l'insuccès que l'on sait, dans l'aventure de la primaire socialiste. Finalement, son ancien Ministre de l'Économie Emmanuel Macron a gagné l'élection présidentielle en 2017 et pour l'ancien mentor qui l'avait nommé Secrétaire Général adjoint de l'Élysée en 2012, ce fut la traversée du désert (au lieu de la fierté).


    De sa génération, peu ont raccroché : Ségolène Royal cherche toujours à se faire voir et à croire qu'on viendra la chercher ; François Bayrou est toujours une personnalité influente qui reste opérationnelle (chef de parti et maire d'une grande ville) ; Nicolas Sarkozy peut penser, mais de moins en moins, qu'il pourrait devenir un recours. Il n'y a guère que François Fillon qui a lâché prise pour s'investir dans d'autres affaires que la politique.

    François Hollande, comme Nicolas Sarkozy, a bien sûr une position doublement singulière dans la vie politique : d'une part, il a été le chef d'un grand parti gouvernemental réduit à peau de chagrin ; d'autre part (le plus important), il est un ancien Président de la République, et quand on a moins de 80 ans, on se demande toujours ce qu'on peut faire d'utile pour le pays... ou pour soi. Sous la Cinquième République, De Gaulle, François Mitterrand et Jacques Chirac ont quitté l'Élysée et leur vie politique en même temps, terminant leur destinée par quelques mémoires. Seul, Valéry Giscard d'Estaing, battu en 1981 à l'âge de 54 ans, a refait toute une carrière politique, reprenant le plus bas échelon dès 1982 avec un mandat cantonal, puis parlementaire, régional, municipal, etc.


    En raison de l'échec de Nicolas Sarkozy à la primaire LR de novembre 2016, ce qui l'a conduit à renoncer à toute prétention ultérieure, le seul qui pourrait se faire comparer à VGE serait donc François Hollande : les deux se sont fait réélire député après leur mandat présidentiel. En 1986, parmi certaines hypothèses, certes peu plausibles, Valéry Giscard d'Estaing aurait même pu devenu le Premier Ministre de son meilleur adversaire politique, François Mitterrand, mais Jacques Chirac avait veillé sur sa propre influence.

    Aujourd'hui, François Hollande est plongé dans une grande irrationalité. Il s'est présenté sous l'étiquette de la nouvelle farce populaire (NFP) alors que ce mouvement baroque ne correspondait absolument pas à ses options politiques. Fallait-il sacrifier ses convictions pour un plat de lentilles ? C'est un peu le cas pour ceux qui se croyaient sociaux-démocrates, qui ont blâmé Emmanuel Macron pour le petit écart de déficit en 2023 et qui viennent de signer pour au moins 150 milliards d'euros de dépenses publiques supplémentaires, rien que cela ! J'avais parlé d'irresponsabilité, on peut aussi parler d'irrationalité.
     

     
     


    Tous ceux, de ses camarades socialistes, qui ont saboté son socle politique pendant son quinquennat, ceux qu'on a appelés les frondeurs, sont aujourd'hui à la manœuvre au sein du NFP. Les politologues et les historiens se poseront longtemps la question du pourquoi de la dissolution du 9 juin 2024, mais ils se poseront aussi la question sur la motivation qui a amené François Hollande à reprendre du service (à la fin de son mandat de député de cinq ans, il aurait donc près de 75 ans) sous les couleurs d'une gauche ultradicalisée qui n'est certainement pas la sienne mais celle de ceux qui l'ont toujours détesté et détesté ses options, à commencer par un ancien apparatchik socialiste, Jean-Luc Mélenchon.

    On peut toutefois imaginer les motivations de François Hollande qui a été réélu de manière assez laborieuse, avec seulement 43,1% des voix au second tour dans une triangulaire contre le candidat RN et le député LR sortant, ce qui est son plus mauvais score, même lorsqu'il a été battu en mars 1993, il l'a été avec quand même 46,1%.

    La première motivation, très "désintéressée", c'est de tempérer les folles ardeurs dépensières du NFP afin de maintenir la France dans une ligne budgétaire qui reste compatible à son appartenance à l'Europe et à la zone euro. Boulot d'Hercule, pour certains ; mission impossible pour tous les autres. En tout cas, ce n'est pas avec Lucie Castets, déjà à l'œuvre à la ville de Paris, qu'on peut se rassurer.

    La seconde motivation, c'est de reprendre de l'activité politique et on imagine sans mal que la fonction de simple député ne lui suffira pas. Le perchoir aurait pu être un beau lot de consolation et les rumeurs parlaient de lui parmi de nombreux autres candidats potentiels, mais il s'est bien gardé de tenter sa chance dans une élection qui a finalement montré que le NFP n'avait pas la majorité, même relative.

    Mais d'autres hypothèses peuvent se présenter à lui, en particulier dans la recherche d'un Premier Ministre introuvable. Cheval de Troie au NFP, il reprendrait alors le dessus sur les dirigeants du NFP inféodés au mélenchonisme : car la seule majorité possible est une majorité qui irait des socialistes aux LR et l'idée d'un chef du gouvernement macroniste est peu crédible pour rassembler d'autres composantes de cette majorité impossible, et des LR et des socialistes, les socialistes sont les plus nombreux. La logique voudrait donc que Matignon revienne plus à un socialiste de type social-démocrate qu'à une personnalité d'origine LR comme Xavier Bertrand, même si la désignation de ce dernier semble une option sérieusement étudiée à l'Élysée.

    De plus, François Hollande a une seule spécialité pour laquelle il est reconnu, c'est la capacité à faire des synthèses. Il l'a pratiquée en tant que premier secrétaire du PS de 1997 à 2008, notamment lors du référendum sur le TCE en 2005 où il a réussi le tour de force de garder uni un PS archi-divisé entre les pro-TCE et les anti-TCE. Le Premier Ministre de l'été 2024 devra à l'évidence être capable de construire des compromis sur des bases à l'origine très divergentes.
     

     
     


    Dans son bouquin déjà cité, François Hollande se reconnaît un défaut ou une qualité, selon la perspective que l'on donne à ce trait de caractère marquant : « Au prétexte que j'avais longtemps comme dirigeant politique cherché la synthèse pour rassembler, on m'imputa l'habitude de préférer l'équilibre à l'audace, le dialogue à l'autorité, la prudence à la surprise ; alors que l'air du temps, nous disait-on, exigeait intrépidité, rapidité et fermeté. ».

    Il expliquait également la raison pour laquelle il n'avait pas réformé le mode de scrutin pour les élections législatives : « La stabilité que nous confèrent nos institutions tient au fait majoritaire. Le scrutin proportionnel, en éclatant la représentation, priverait le chef de l'État d'un appui solide pour mener ses réformes. Il élargirait la place réservée aux extrêmes et donc obligerait à une coalition des partis de gouvernement comme on le voit en Allemagne, ce qui engendrerait à mes yeux confusion partisane et radicalisation politique. ».

    Cette analyse est pertinente et reste pertinente malgré la situation issue des élections anticipées du 30 juin et 7 juillet 2024. En effet, le scrutin proportionnel ferait de la situation actuelle la seule représentation possible, et on voit bien à quel point la classe politique est incapable, aujourd'hui, de l'assumer. En d'autres termes, le scrutin majoritaire à deux tours ne donne pas obligatoirement une majorité absolue (exemples de 1958, 1988, 2022 et 2024), alors que le scrutin proportionnel donnerait obligatoirement une situation chaotique.

    Premier Ministre "normal" ? Premier Ministre d'Emmanuel Macron ? Après tout, c'est lui qui l'avait promu à l'Élysée puis à Bercy. Il racontait sa relation avec Emmanuel Macron ainsi : « Je pressens chez lui un talent rare pour réunir des gens de sensibilités différentes. (…) Emmanuel Macron se révèle un conseiller hyperactif, dormant peu et recevant beaucoup, s'intéressant à tout, sans œillères, formulant des vues originales, détonnant par sa liberté d'esprit au sein de l'administration. (…) Il croit volontiers (…) que tout risque de conflit peut être surmonté par un dialogue direct entre personnes de bonne foi, que toute difficulté peut être dépassée par une forme d'impétuosité. Il est sûr que le réel se pliera de bonne grâce à sa volonté dès lors qu'elle s'exprime. ».

    Le réel se pliera-t-il à la volonté du peuple du 7 juillet 2024 ? Le chantre de la synthèse et le dieu du en-même-temps auront au moins un langage commun. Reste pour eux à convaincre leurs troupes que gouverner dès maintenant, sans attendre 2027, est un impératif de responsabilité ...et de raison !


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (10 août 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    François Hollande sera-t-il le Premier Ministre de son ancien Ministre de l'Économie ?
    François Hollande dans l'irresponsabilité totale !
    François Hollande : si j’étais Président…
    Julie Gayet.
    Ségolène Royal.
    Élysée 2022 : François Hollande candidat ?
    François Hollande veut américaniser les institutions françaises.

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240812-hollande.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/francois-hollande-sera-t-il-le-256016

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/08/11/article-sr-20240812-hollande.html



     

  • Pierre Waldeck-Rousseau, à la tête d'un impossible gouvernement de Défense républicaine

    « C'est un coup de théâtre. En vérité, c'est un étrange assemblage ; rien n'était plus inattendu que la rencontre de ces trois hommes dans une même action politique. Waldeck-Rousseau, l'ami, l'élève favori de Gambetta, l'un des représentants les plus autorisés de la politique dite opportuniste. Galliffet, qui fut aussi de l'intimité de Gambetta, un soldat, de l'école des sabreurs à panache, qui a malheureusement laissé dans nos guerres civiles une trace d'implacabilité légendaire. Millerand, enfin, un socialiste révolutionnaire qui revendique hautement les droits de la démocratie laborieuse, en vue de l'organisation de [sic] justice sociale si lente à venir. » (Clemenceau, cité par Michel Winock, 2007).



     

     
     


    Il y a cent vingt ans, le 10 août 1904, est morte une personnalité politique importante de notre République, Pierre Waldeck-Rousseau. Il a succombé des suites d'un cancer du pancréas à l'âge de 57 ans, chez lui, à Corbeil-Essonnes (il est né le 2 décembre 1846 à Nantes). Il n'a pas eu la postérité d'un Clemenceau ni même d'un Raymond Poincaré, mais il a fait partie des hussards de la Troisième République qui ont fondé ce qu'on appelle aujourd'hui les valeurs républicaines, ce creuset républicain qui réunit les Français autour de valeurs communes et universelles. À son actif, s'il fallait ne résumer son parcours politique que d'un acte, il est l'auteur de la fameuse loi sur la liberté d'association du 1er juillet 1901.

    Né d'un père député à la Constituante de 1848 et maire de Nantes en 1870, Pierre Waldeck-Rousseau a fait des études de droit à Poitiers puis Paris pour devenir avocat à Saint-Nazaire, près de Nantes, avocat comme son père. Il était, politiquement, parmi ceux qu'on a appelés les "opportunistes", c'est-à-dire un républicain modéré qui souhaitait à la fois l'ordre et la République, à l'instar de Léon Gambetta dont il fut ministre. Également rédacteur d'articles politiques, il s'est installé à Rennes où il a été élu député pour la première fois à l'âge de 32 ans, en 1879 et réélu deux fois jusqu'en 1899, siégeant au groupe de l'Union républicaine.

    Très vite, Pierre Waldeck-Rousseau fut appelé à des responsabilités ministérielles alors qu'il était jeune trentenaire : Ministre de l'Intérieur du gouvernement de Léon Gambetta du 14 novembre 1881 au 30 janvier 1882, puis du gouvernement de Jules Ferry du 21 février 1883 au 6 avril 1885 (en cumulant Intérieur et Cultes dont l'attribution était généralement associée, et elle le reste encore aujourd'hui). Dès 1882, il proposa un projet de loi sur la liberté d'association, qui était son dada en politique. Ce projet n'allait aboutir qu'une dizaine d'années plus tard.

    À l'Intérieur, Pierre Waldeck-Rousseau a déjà fait adopter la loi relative à la création des syndicats professionnels qui a abrogé la loi Le Chapelier du 14 juin 1791 qui interdisait tout groupement professionnel. Au contraire, avec cette nouvelle loi, il a inauguré la liberté syndicale qui fait encore aujourd'hui partie du "package" des valeurs républicaines et qui a été intégrée dans le code du travail. La loi Émile Ollivier du 25 mai 1864 avait déjà supprimé le délit de coalition (mais pas le délit d'entrave à la liberté du travail) sous le Second Empire. Il a été aussi à l'origine de la loi très contestable instaurant la relégation des récidivistes, votée le 27 mai 1885, qui a envoyé à perpétuité au bagne de Cayenne, en Guyane, les condamnés récidivistes des colonies (cette loi pour s'attaquer à la récidive fut dès le début fortement critiquée, notamment par Clemenceau, et peu appliquée par les juges en raison de sa sévérité).


    L'opposition de Clemenceau à la politique coloniale de Jules Ferry a d'ailleurs fait chuter le gouvernement le 30 mars 1885, ce qui a rendu sa liberté à Pierre Waldeck-Rousseau qui en profita pour se marier (avec une veuve belle-sœur de l'explorateur Jean-Baptiste Charcot), exercer sa profession d'avocat (au barreau de Paris, son cabinet spécialisé dans les affaires financières était devenu l'un des plus réputés) et occuper le reste de son temps à peindre des aquarelles (il était un artiste très fécond).

    Profitant d'une élection partielle, Pierre Waldeck-Rousseau s'est fait élire sénateur de la Loire en 1894 et, réélu en 1897, le resta jusqu'à sa mort en 1904. Quelques mois après cette élection au Sénat, Jean Casimir-Perier donna sa démission de Président de la République (comprenant qu'il n'avait aucun pouvoir à l'Élysée). Les parlementaires furent donc convoqués pour une nouvelle élection présidentielle le 17 janvier 1895. Pierre Waldeck-Rousseau fut alors candidat pour les républicains progressistes (centre droit, ex-"opportunistes"), opposé à Henri Brisson, le candidat des radicaux (gauche), ancien et futur Président du Conseil et Président de la Chambre en exercice. Au premier tour, Henri Brisson s'est retrouvé en première place avec 338 voix sur 793 et Pierre Waldeck-Rousseau relégué à la troisième place avec 184 voix. En deuxième place, le Ministre de la Marine Félix Faure, également républicain progressiste, avec 244 voix. Pour le second tour, Pierre Waldeck-Rousseau s'est désisté en faveur de Félix Faure qui a été élu avec 430 voix sur 801 contre Henri Brisson 361 voix.

    Les élections législatives des 8 et 22 mai 1898 ont apporté une Chambre assez difficile pour trouver une majorité stable. Le Président du Conseil d'alors, Jules Méline, a perdu le soutien des socialistes et des radicaux en raison de son conservatisme social et gagné celui des "ralliés" (anciens monarchistes catholiques ralliés à la République selon l'autorisation de Léon XIII) et de la droite en général à cause du climat d'insécurité des attentats anarchistes. L'Affaire Dreyfus n'a pas eu beaucoup d'influence sur ces élections malgré le manifeste d'Émile Zola et Clemenceau du 13 janvier 1898 parce que c'était encore trop tôt (à l'époque, il n'y avait pas de chaîne de télévision d'information continue ni des réseaux sociaux qui faisaient surréagir dans l'heure), mais l'affaire allait enflammer la classe politique l'année suivante.

    Les résultats de mai 1898 marquèrent une montée de l'extrême gauche (radicaux dans le Sud-Ouest et aussi les socialistes, à l'exception de Jean Jaurès et Jules Guesde battus), et les républicains progressistes (les modérés) ont reculé mais restaient encore le groupe le plus important. Quant aux monarchistes, ils ont légèrement progressé. Cela a donné une configuration un peu bizarre : 237 sièges (sur 581) pour les progressistes, 182 pour les radicaux, 50 pour les socialistes, 92 pour les monarchistes (menés par le légitimiste Albert de Mun, promoteur du catholicisme social), dont 39 "ralliés" à la République, et 20 pour les nationalistes. Les progressistes, qui avaient une majorité absolue, l'ont perdu (237 au lieu de 291), l'extrême gauche n'avait pas non plus la majorité (232), ni la droite (112). Il fallait donc des compromis. Cette situation parlementaire n'est pas sans faire penser à celle de juillet 2024 !

    Résultat : après trois gouvernements dirigés successivement par le radical Henri Brisson puis le progressiste Charles Dupuy, la crise politique était là, en raison du contexte explosif de la situation nationale. En effet, l'Affaire Dreyfus éclatait réellement. Henri Brisson demanda la révision du procès de décembre 1894. Le Président de la République Félix Faure, favorable aux antidreyfusards, est mort subitement le 16 février 1899 (après avoir perdu sa connaissance). L'élection présidentielle du 18 février 1899 a fait gagner Émile Loubet, républicain modéré soutenu par les radicaux (dont Clemenceau) face à Jules Méline qui n'a pas pu convaincre les républicains dreyfusards hostiles à sa politique trop favorable aux antidreyfusards. Bien que s'étant désisté, Jules Méline a reçu 279 voix (sur 824) de la part de la droite antidreyfusarde tandis qu'Émile Loubet a fait le plein à gauche et chez les républicains, élu dès le premier tour avec 483 voix.

    La polarisation politique était très forte, entre les socialistes et radicaux très dreyfusards et les nationalistes et monarchistes très antidreyfusards et les violences verbales à la Chambre n'avaient rien à envier à celles de 2022-2024. Le 3 juin 1899, la Cour de Cassation a cassé le verdict du conseil de guerre condamnant le capitaine Dreyfus et ordonna la révision du procès. Quatre jours auparavant, le 31 mai 1899, le nationaliste Paul Déroulède, jugé pour tentative de putsch pendant les funérailles de Félix Faure, a été acquitté. Avec tous ces événements assez contradictoires, Charles Dupuy donna sa démission le 12 juin 1899. Anatole France a décrit en 1904 ce ministère : « Il n’y a pas de mots pour peindre le ministère Dupuy qui lui succéda. Ce fut le chaos, l’écroulement et l’abîme. La République allait où l’emportait l’Affaire, que soulevaient en hurlant les nationalistes, entraînés par les bandes romaines. Alors régnèrent dans les villes les matraques et les bayados, et une canne aristocratique défonça le chapeau du Président Loubet. ». Il fallait donc un gouvernement d'unité nationale pour tenter de réunir les bonnes volontés de la Chambre.

    Émile Loubet a d'abord demandé à Raymond Poincaré de former le nouveau gouvernement (cela aurait été son premier gouvernement), mais il n'a pas obtenu le soutien d'une majorité. Il a conseillé au Président de la République de charger Pierre Waldeck-Rousseau, républicain austère, raisonnable, respecté et peu passionné, de réunir une large majorité. Nommé le 22 juin 1899, Pierre Waldeck-Rousseau a formé un "gouvernement de Défense républicaine" (considéré par les nationalistes comme un gouvernement Dreyfus) regroupant des radicaux, des progressistes, des personnalités de droite comme le général Galliffet, considéré comme le boucher de la Commune par l'extrême gauche, mais aussi un socialiste, le premier de l'histoire républicaine, Alexandre Millerand, chargé du Commerce, de l'Industrie, des Postes et Télégraphes. Parmi les autres ministres importants : le radical Théordre Delcassé, reconduit aux Affaires étrangères, le radical Ernest Monis à la Justice, Gaston de Galliffet à la Défense (remplacé le 29 mai 1900), le radical Joseph Caillaux aux Finances et le modéré Georges Leygues à l'Instruction publique et aux Beaux-Arts.

     

     
     


    Ce gouvernement, soutenu à la fois par Clemenceau et Jaurès, a été finalement investi le 26 juin 1899 d'une courte majorité après des discussions passionnées par la présence, parmi les ministres, de Galliffet et de Millerand, et malgré cette majorité introuvable, il fut le gouvernement le plus long de toute la Troisième République, pendant près de trois ans, jusqu'à sa démission le 3 juin 1902 avec l'installation d'une nouvelle Chambre (élue les 27 avril et 11 mai 1902). Comme l'a expliqué Clemenceau (cité par Michel Winock dans sa biographie et mis en tête d'article), le gouvernement n'était pas homogène et était à la fois de droite, du centre et de gauche (Emmanuel Macron hantait déjà la classe politique !).

    Et cet attelage a tenu grâce à la perspicacité de Pierre Waldeck-Rousseau qui était un conservateur progressiste, dans le sens propre de ces deux termes, au-delà des étiquettes de l'époque. Républicain, ainsi se définissait-il, et il a été à bonne école, celle de Gambetta et Jules Ferry, et c'est sans doute la raison pour laquelle la période 1899-1902 fut aussi fondatrice que les années 1880 (liberté d'expression, école libre et gratuite, etc.) pour la République française (avant aussi la loi du 9 décembre 1905 de la séparation des Églises et de l'État).

    Ce gouvernement a fait en effet adopter des lois qui font encore aujourd'hui partie de notre socle républicain et la première d'entre elle, première en importance mais presque dernière en ordre chronologie, c'était bien sûr la loi du 1er juillet 1901 relative au contrat d'association qui définissait une association sans but lucratif (au contraire d'une entreprise commerciale). Cette loi est importante puisque plus de cent vingt ans plus tard, il y a environ 1,5 million d'associations loi 1901 en France (dont un quart d'associations sportives), faisant travailler environ 2 millions de salariés (soit un salarié du privé sur dix) et correspondant à environ 21 millions d'adhérents pour un budget d'environ 110 milliards d'euros (dont 40 milliards d'euros de masse salariale). La Chambre a cependant rendu contraignant la création d'une association en la soumettant à une décision préfectorale, et les congrégations religieuses devaient se transformer en associations (le successeur de Pierre Waldeck-Rousseau, Émile Combes, fut intraitable dans son anticléricalisme alors que ce n'était pas l'esprit de la loi de 1901).

    L'un des premiers actes politique du gouvernement Waldeck-Rousseau a été de réviser le procès Dreyfus qui s'est rouvert le 7 août 1899 à Rennes et de profondément remplacer préfets, juges et officiers (en limogeant les antidreyfusards). Le gouvernement a réprimé aussi les agitateurs nationalistes (Pierre Waldeck-Rousseau était également Ministre de l'Intérieur et des Cultes et voulait montrer la fermeté de la défense républicaine). La cour de Rennes a cependant condamné à nouveau Dreyfus le 9 septembre 1899 pour trahison mais (le "en même temps") avec circonstances atténuantes (!) à dix ans de prison et à la dégradation. La cour voulait ménager la chèvre nationaliste et le chou dreyfusard puisque les circonstances atténuantes laissaient entrevoir l'innocence de Dreyfus sans pour autant la reconnaître.

     

     
     


    Pierre Waldeck-Rousseau proposa alors la grâce présidentielle même si les dreyfusards revendiquaient la reconnaissance de l'innocence par la justice et la réhabilitation de Dreyfus. Émile Loubet a signé le décret de grâce le 19 septembre 1899, ce qui a libéré Dreyfus deux jours plus tard. Il fut complété par une loi d'amnistie promulguée le 14 décembre 1900 (mais amnistiant non seulement Dreyfus mais aussi Émile Zola, le colonel Picquart, et aussi les complotistes, au grand dam des dreyfusards). Dans les faits, à partir de 1900, les agitations nationalistes se sont arrêtées grâce à la politique du gouvernement.

    Parmi les autres mesures importantes de ce gouvernement, Alexandre Millerand a fait adopter la loi du 30 mars 1900 sur le travail des femmes et des enfants (le réglementant), et la loi du 30 septembre 1900 sur la durée du travail journalier baissée à 11 heures et hebdomadaire à 60 heures (pour les hommes). Joseph Caillaux, quant à lui, a présenté un budget excédentaire, refondant des taxes et impôts (notamment sur les successions) mais renonçant à créer l'impôt progressif sur le revenu pour lequel il militaire, considérant qu'il n'y avait pas encore de majorité pour cela (ce n'était que partie remise !). À l'Agriculture, le ministre Jean Dupuy a développé l'implantation locale du Crédit Agricole. À la Justice, Ernest Monis a autorisé par la loi du 1er décembre 1900 l'accès des femmes à la profession d'avocat.

    Pierre Waldeck-Rousseau a dirigé la campagne électorale du bloc des gauches, correspondant à son gouvernement (républicains modérés à socialistes) et a gagné les élections législatives des 27 avril et 11 mai 1902. Toutefois, il n'a pas voulu continuer à rester au gouvernement et a proposé le radical Émile Combes pour lui succéder. Le retrait de Waldeck-Rousseau, explicable par sa maladie, pourrait aussi être motivée par d'autres raisons comme la peur d'être désavoué par la nouvelle Chambre. Redevenu sénateur, il regretta d'avoir proposé Émile Combes pour sa succession et s'opposa à sa politique fortement anticléricale en dénaturant, par son application sévère, sa loi de 1901 en principe basée sur la tolérance et la liberté.

    Après sa mort, plusieurs lieux ou équipements ont été baptisés de son nom mais peut-être que le plus bel hommage est venu du père du futur secrétaire général du PCF (entre Maurice Thorez et Georges Marchais) qui l'a appelé Waldeck Rochet par passion pour la République et admiration pour Jaurès. Le père de Pierre Waldeck-Rousseau s'appelait en fait René-Valdec Rousseau et avait fait modifier son patronyme pour se distinguer des Rousseau très nombreux en France.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (03 août 2024)
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    Pour aller plus loin :
    Pierre Waldeck-Rousseau.
    Alexandre Millerand.
    La victoire des impressionnistes.
    Les 120 ans de l'Entente cordiale.
    Mélinée et Missak Manouchian.
    Le Débarquement en Normandie.
    La crise du 6 février 1934.
    Gustave Eiffel.

    Maurice Barrès.
    Joseph Paul-Boncour.
    G. Bruno et son Tour de France par Deux Enfants.
    Pierre Mendès France.
    Léon Blum.
    Jean Jaurès.
    Jean Zay.
    Le général Georges Boulanger.
    Georges Clemenceau.
    Paul Déroulède.
    Seconde Guerre mondiale.
    Première Guerre mondiale.
    Le Pacte Briand-Kellogg.
    Le Traité de Versailles.
    Charles Maurras.
    L’école publique gratuite de Jules Ferry.
    La loi du 9 décembre 1905.
    Émile Combes.
    Henri Queuille.
    Rosa Luxemburg.
    La Commune de Paris.
    Le Front populaire.
    Le congrès de Tours.
    Georges Mandel.
    Les Accords de Munich.
    Édouard Daladier.
    Clemenceau a perdu.
    Au Panthéon de la République, Emmanuel Macron défend le droit au blasphème.
    150 ans de traditions républicaines françaises.


     

     
     






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    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/pierre-waldeck-rousseau-a-la-tete-256194

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/08/03/article-sr-20240810-waldeck-rousseau.html


     

  • Claude Malhuret au Sénat : le spectacle continue !

    « Qui aurait pu imaginer une campagne électorale aussi rocambolesque ? Une majorité présidentielle suppliant le Président de se tenir à l’écart, un Nouveau front populaire terrifié à chaque prise de parole de son dirigeant le plus médiatique, des Républicains en guerre contre leur chef barricadé dans ses locaux après les avoir enfermés dehors… Le spectacle continue. » (Claude Malhuret, le 18 juillet 2024 au Sénat).




     

     
     


    Avec les élections législatives anticipées des 30 juin et 7 juillet 2024, une session parlementaire extraordinaire devait se tenir du 18 juillet 2024 au 1er août 2024 pour l'installation des députés, l'élection de leurs responsables internes, etc. Petite incongruité : pour cette raison, le Sénat aussi est en session, mais comme l'ordre du jour était vide, notamment en raison de l'absence du gouvernement, qui est démissionnaire et sans nouveau gouvernement, le Président du Sénat Gérard Larcher a décidé de ne pas tenir d'autre séance publique avant la fin de l'été que celle de ce jeudi 18 juillet 2024 sauf en cas de nécessité.

    Pour ne pas réunir les sénateurs pour rien, la conférence des présidents a décidé de tenir un débat contradictoire sur la situation politique du moment, c'est-à-dire, sur l'après-législatives et le vide politique et gouvernemental qui en résulte. Parmi les orateurs, il y en a un dont ont attend toujours avec impatience les formules chocs, toujours croustillantes, sur la vie nationale. Il s'agit de Claude Malhuret qui, bien évidemment, n'a pas hésité à balancer clairement les choses.

    Le bon docteur Malhuret a brossé une situation politique qui est complètement surréaliste à bien des égards. La gauche irresponsable : « Depuis dix jours, la gauche en principe unie somme le Président de la République de lui livrer séance tenante les clefs de Matignon, sans parvenir à s’accorder pour lui proposer un seul nom. ».

    Et la position de la CGT et de FI, qui fait penser à des épisodes très sombres de notre histoire : « Tout aussi ahurissants, mais plus inquiétants (…), sont les appels de l’extrême gauche à marcher sur Matignon et ceux d’une CGT "LFIsée" à se rassembler devant l’Assemblée Nationale pour "la mettre sous surveillance". Je pose la question avec gravité : que signifie dans une démocratie la mise sous surveillance de l’Assemblée Nationale par une foule attroupée devant ses murs ? La dernière fois que c’est arrivé, en France, c’était le 6 février 1934, et aux États-Unis, le 6 janvier 2021. On connaît le résultat. ».

    La situation institutionnelle n'a cependant pas de quoi rassurer Claude Malhuret qui a décrit une situation inédite sous la Cinquième République : « La Ve République nous a habitués à nommer ses gouvernements en un instant, si bien qu’une situation banale chez nos voisins apparaît chez nous comme angoissante. Ensuite (…), comme ailleurs, cette situation peut durer. Il faut du temps pour se parler et faire des compromis. ». L'angoisse du gouvernement fantôme, ou zombie. Retour à une vieille république.

    Et le président du groupe indépendants au Sénat a mis l'accent sur la difficulté politique des compromis à négocier : « Ces derniers seront qualifiés de compromissions par tous les extrémistes et autres virtuoses des réseaux antisociaux, qui ne manqueront pas de confirmer leur rôle de plaie démocratique auprès d’une population qu’ils ont déjà largement contribué à rendre antiparlementaire et défiante. ».

    Enfin, troisième difficulté : « La perspective de l’élection présidentielle n’incite personne, une fois n’est pas coutume, à rejoindre un gouvernement qui sera fragile à l’Assemblée Nationale et impopulaire du fait des contraintes de la dette et des décisions difficiles que celle-ci impose. ».


    L'état des lieux des forces politiques n'est pas plus réjouissant. À l'extrême droite : « Le Rassemblement national, en forte progression, ne peut gouverner faute d’alliés. De toute façon, il ne le souhaite pas : il attend son heure. ». À gauche : « La gauche est piégée par le Nouveau front populaire, qui lui a permis de sauver ses sièges, mais qui l’a livrée à sa frange la plus radicale, dont le but est non pas de gouverner, mais de rendre le pays ingouvernable. La stratégie du chaos à l’Assemblée Nationale comme dans la rue se poursuivra, pour permettre au sous-commandant Marcos de la Canebière, de plus en plus suffisant, mais de moins en moins nécessaire, de figurer au second tour de l’élection présidentielle de 2027. Son objectif immédiat est d’étouffer dans l’œuf toute hypothèse d’un Premier Ministre issu des rangs de ses alliés. Si je puis me permettre un conseil à ces derniers : dans l’intérêt de la France comme dans le vôtre, chers collègues, échappez-vous du syndrome de Stockholm qu’est devenu le NFP ! Vous méritez mieux que d’être traités de "punaises de lit" ! ».
     

     
     


    Pour Claude Malhuret, la seule réponse aux électeurs à l'issue de ces élections législatives, c'est le front républicain : « Pas de front national, pas de front populaire : la seule hypothèse possible est celle du front républicain. Elle suppose, comme chez nos voisins, mais à rebours des traditions françaises, l’alliance de tous les démocrates, depuis la droite républicaine jusqu’à la gauche de gouvernement. ».

    Une telle configuration, qui demanderait de mettre d'accord socialistes, macronistes et républicains, serait difficile à mettre en place, et pourtant, d'un point de vue arithmétique, c'est la seule viable pour l'année sans dissolution qui vient : « Elle sera difficile, lente, incertaine et provisoire. Elle suppose que des gens qui ont l’habitude de se combattre apprennent à se parler, qu’ils résistent dans chaque camp aux extrêmes quand ces derniers crieront à la trahison et qu’ils aient le courage de s’en séparer. Elle suppose, enfin, qu’ils acceptent la tâche ingrate de se contenter de stabiliser un pays pour l’heure sans boussole, autour de mesures qui peuvent rassembler. Contrairement à ce que nous pouvions redouter, l’annonce d’un pacte d’action législative (…) montre que le pire n’est jamais certain et que la sagesse a quelques chances de l’emporter. Cette perspective n’est pour le moment qu’un espoir ténu, une éventualité qui peut s’effondrer à la moindre bourrasque politique. Cependant, c’est la seule qui ait aujourd’hui une chance de se réaliser. Je ne doute pas qu’une majorité de notre assemblée défende le choix de la sagesse dans ce moment difficile. Notre groupe ne ménagera pas ses efforts pour y parvenir. ».

    Pour une fois, Claude Malhuret ne s'est pas contenté que de beaux mots et de tirer comme dans un chamboule-tout, mais aussi d'un espoir, celui de trouver cette majorité impossible, introuvable dans l'état actuel des forces politiques. Cela nécessiterait donc l'éclatement assumé de cette nouvelle farce populaire (NFP) et la reprise de liberté des socialistes actuellement vassalisés par leur seigneur insoumis. Pas sûr que le PS ait ce courage politique et possible qu'ils préfèrent se morfondre à la remarque de groupes plus radicalisés qu'eux. Avant leur patriotisme de gauche qui, dans ces conditions, les mènerait tout droit vers l'inexistence politique à l'élection présidentielle, ils devraient prendre en compte l'intérêt national, c'est le seul qui vaille.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (18 juillet 2024)
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    Pour aller plus loin :
    Claude Malhuret au Sénat : le spectacle continue !
    Ukraine : Claude Malhuret se gausse de Jordan Selfie !
    Claude Malhuret sur l'inscription de l'IVG dans la Constitution le 4 mars 2024 à Versailles.
    Claude Malhuret s'en prend à "la pression permanente et déprimante des extrêmes" !
    Claude Malhuret dénonce la "mauvaise république" du guide suprême !
    L'Iran et les femmes : Claude Malhuret contre la mollarchie.
    Passe vaccinal : Claude Malhuret charge lourdement les antivax.
    Covid-19 : les trois inepties du docteur Claude Malhuret.






    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240718-malhuret.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/claude-malhuret-au-senat-le-255916

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/07/20/article-sr-20240718-malhuret.html


     

  • Législatives 2024 (35) : Vers une cohabitation du troisième type ?

    « Le Président de la République est malgré tout supposé se cantonner à n’appliquer "rien que la Constitution", c’est-à-dire à n’assumer qu’une mission d’arbitre, non de capitaine. Il peut endosser un tel rôle lorsque le peuple le lui a clairement confié, après une élection présidentielle, mais non lorsque ce même peuple le lui a clairement retiré, après des élections législatives que le Président a perdues. Il ne lui appartient donc pas de définir "l’arc" dans lequel doit s’inscrire le futur gouvernement. » (Jean-Philippe Derosier, le 15 juillet 2024 dans "Le Monde").



     

     
     


    Comme Benjamin Morel, Jean-Philippe Derosier, dont j'apprécie les billets précis et rigoureux sur son blog, fait partie de ces constitutionnalistes qui ont pris soudain la lumière à l'issue des élections législatives anticipées avec leur résultat, l'absence totale de majorité par une division tripartite de l'Assemblée Nationale.

    Jean-Philippe Derosier considère que le Président de la République n'a pas à indiquer l'architecture de la nouvelle majorité, mais il oublie que lui seul peut prendre l'initiative pour contribuer à la formation de celle-ci, puisque la nomination du Premier Ministre est exclusivement de sa prérogative constitutionnelle, comme l'a oublié la nouvelle farce populaire (NFP) avec la "désignation" de l'inconnue Lucie Castets venant de nulle part (véritable arnaque politique et électorale pour les électeurs du NFP, soit dit en passant).

    Le professeur de droit constitutionnel de Lille rappelait au début de son billet du 15 juillet 2024 les mots de François Mitterrand avant le 16 mars 1986, avec la perspective de la première cohabitation : « La Constitution, toute la Constitution, rien que la Constitution ! ». Mais avec cela, on n'est pas vraiment avancés...

     

     
     


    À l'époque, la situation inquiétait d'un point de vue institutionnel, car aucune cohabitation n'avait encore eu lieu, et surtout, aucune condition ne s'était produite pour donner lieu à une cohabitation. La droite républicaine allait revenir au pouvoir, dans les hypothèses les plus probables, tandis qu'un Président de gauche avait annoncé qu'il resterait coûte que coûte à l'Élysée, quel qu'en soit le résultat. Comment cela allait-il se passer ? C'était une inquiétude, mais aussi une belle curiosité pour les constitutionnalistes de l'époque qui allaient prouver une fois de plus à quel point la Constitution était souple, flexible et adaptée aux imprévus institutionnels. En ce sens, la situation inédite d'aujourd'hui est, elle aussi, très intéressante en pratique comme en théorie.

    Lors de sa conférence de presse du 16 mai 1967, le Général De Gaulle a commenté le résultat des élections législatives de mars 1967 (courte majorité absolue à un siège près). Il expliquait à quel point les partis d'opposition voulaient remettre en cause les institutions, un commentaire qui pourrait tellement bien s'appliquer à la France politique du 7 juillet 2024 : « Les institutions de la République étaient en cause. Elles étaient en cause parce que, pour les dirigeants de toutes les oppositions, le but à atteindre, c’était grâce à ces élections, de remettre le pouvoir à la discrétion des partis comme il l’était autrefois, et comme tout justement l’exclut notre Constitution. Ils comptaient y parvenir en faisant élire à l’Assemblée Nationale une majorité négative. Qui, ils espéraient tout au moins, en censurant tous les gouvernements qu’aurait nommés le chef de l’État, auraient, je répète, ils l’espéraient, amené celui-ci à se soumettre ou à se démettre, et contrairement aux obligations du mandat, qu’il tient, lui, du peuple tout entier, à abandonner la responsabilité suprême de notre République et de la France. S’ils y étaient d’aventure parvenus, il va de soi qu’ils n‘auraient rien pu mettre que la confusion en lieu et place du régime qu’ils auraient ainsi détruit. ».

    À l'instar de Maurice Duverger, les constitutionnalistes se sont mis d'accord pour décrire la Cinquième République comme un régime semi-présidentiel à parlementarisme rationalisé. C'est-à-dire avec cette bivalence à la fois présidentiel (élection du Président de la République au suffrage universel direct) et parlementaire (responsabilité du Premier Ministre et de son gouvernement devant le Parlement avec possibilité réciproque de censure et de dissolution). Cette description ne départage cependant pas les différentes interprétations du texte fond.

    Il y avait, en effet, en 1986, deux lectures possibles de la Constitution, au-delà de l'interprétation (celle de Raymond Barre) selon laquelle la défaite aux élections législatives du parti présidentiel entraînerait une délégitimation du Président de la République et la remise en jeu de son mandat (démission et nouvelle candidature). Cette dernière interprétation est d'ailleurs plus compliquée à accomplir avec la limitation à deux mandats successifs, car, dans le cas du Président Emmanuel Macron en 2024, comment remettre en jeu son mandat puisqu'il ne pourrait plus se représenter en même temps ?

    Il y avait une lecture parlementaire qu'a adoptée immédiatement François Mitterrand, qui n'a pas tergiversé et a nommé le seul Premier Ministre accepté de l'alliance UDF-RPR ayant la majorité absolue, Jacques Chirac. Dans cette lecture, François Mitterrand aurait pu aussi nommer d'autres personnalités UDF-RPR à Matignon, comme Valéry Giscard d'Estaing (son adversaire récurrent, cela aurait fait bizarre), Jacques Chaban-Delmas (son ami de la Résistance et de la Quatrième République), Simone Veil (très populaire), Édouard Balladur (le théoricien de la cohabitation), Alain Peyrefitte (un autre théoricien de la cohabitation), René Monory (au bon sens sénatorial), etc. Le président du RPR avait de toute façon tout verrouillé de manière à ce que la majorité parlementaire refusât toute autre personnalité que lui-même (à l'époque, il y avait de vrais chefs dans les partis politiques).

    Mais il y avait une autre lecture, une lecture présidentialiste, en considérant que le régime est plus présidentiel que parlementaire. Et cette lecture voudrait que le Président de la République, élu par le peuple français, reste légitime pour nommer le pouvoir exécutif, si bien que, comme aux États-Unis, il pourrait nommer un gouvernement de sa couleur politique, à charge pour ce dernier de convaincre l'Assemblée à la majorité contraire de ne pas le censurer (mais aux États-Unis, il n'y a ni censure ni dissolution). Cette option n'a pas été choisie ni par François Mitterrand ni par Jacques Chirac parce qu'un tel gouvernement aurait une durée de vite très limitée, de l'ordre du jour et au plus long, du mois. En effet, on peut imaginer que la majorité parlementaire élue souhaiterait un gouvernement de sa couleur politique et censurerait tout gouvernement qui n'irait pas dans ce sens, ce qui est logique et démocratique. C'est pour cette raison que la lecture parlementaire a été définitivement adoptée par la pratique, pour une simple question de bon sens.

     

     
     


    La configuration d'un Président socialiste et d'une majorité absolue UDF-RPR à l'Assemblée s'est produite deux fois, en mars 1986 et en mars 1993, et a abouti à la nomination respectivement de Jacques Chirac et Édouard Balladur à Matignon. Une configuration inverse, de deuxième type, s'est produite en juin 1997 avec un Président gaulliste, Jacques Chirac, et une majorité absolue de gauche à l'Assemblée, ce qui a abouti à la nomination d'un gouvernement dit de la gauche plurielle dirigé par Lionel Jospin. Chacun de ces trois Premiers Ministres, d'ailleurs, s'est présenté à l'élection présidentielle à l'issue de cette période de cohabitation, mais aucun n'a été élu, deux ont même été battus dès le premier tour !

    Ces trois cohabitations étaient finalement faciles. Il n'y a pas eu beaucoup de changements dans la pratique institutionnelle, si ce n'est que le centre des décisions était transféré de l'Élysée à Matignon. Il s'agit là de la traduction de la légitimité populaire la plus récente. J'ajoute, pour évoquer l'hypothèse d'une cohabitation avec un gouvernement RN dirigé par Jordan Bardella, que les trois premières cohabitations ont fait intervenir des acteurs politiques soucieux de l'intérêt national et qui avaient le sens de l'État, si bien qu'ils pouvaient se mettre d'accord sur des visions d'intérêt national comme la politique étrangère, la défense, la construction européenne et quelques autres visions stratégiques (ce qui n'aurait pas été le cas avec un RN quasiment acheté par Vladimir Poutine).

    Mais l'hypothèse d'un gouvernement RN car d'une majorité absolue RN a été battue en brèche par le front républicain plébiscité par une grande partie des électeurs (sinon, cette tactique n'aurait pas réussi), et on se retrouve ainsi avec une absence totale de majorité. Comme sous la Quatrième République.


    Parlons alors histoire politique. Contrairement à ce qu'on dit habituellement, le Président de la Quatrième République avait un pouvoir non négligeable, et c'était justement le choix du Président du Conseil (chef du gouvernement).

    Ainsi, le choix de Guy Mollet en janvier 1956 est provenu exclusivement de René Coty et pas de l'alliance qui avait gagné les élections législatives anticipées du 2 janvier 1956 après la dissolution décidée par Edgar Faure le 1er décembre 1955 (Président du Conseil qui a été mis en minorité le 29 novembre 1955). Pourtant, la victoire du front républicain qui rassemblait les socialistes (SFIO) et les radicaux, ainsi que quelques partis annexes, a été menée par Pierre Mendès France. Logiquement, à la fois politiquement et électoralement, René Coty aurait dû nommer Pierre Mendès France à Matignon. Mais René Coty a eu une autre interprétation, il s'est basé sur le groupe politique le plus important, et a nommé Guy Mollet, le chef du parti ayant eu le plus de députés (secrétaire général de la SFIO). Du reste, Guy Mollet a dirigé le gouvernement le plus long de la Quatrième République (quinze mois et demi !).
     

     
     


    Entre parenthèses, notons que dans cette logique de tradition républicaine, Lucie Castets, dont on dit qu'elle émanerait plus du PS que des insoumis (c'est en tout cas ce qu'a prétendu Olivier Faure, premier secrétaire du PS, le 25 juillet 2024 au conseil national du PS : « La candidature de Lucie Castets, c'est nous qui l'avons voulue. (…) C'est nous qui l'avons proposée. (…) Et il faudrait maintenant que nous soyons les premiers à dire que, finalement, on ne sait pas très bien si nous la soutenons ou pas ? »), n'a rien à faire dans cette galère, puisque le groupe le plus important du NFP est les insoumis : la logique de la tradition républicaine, ce serait plutôt de désigner Jean-Luc Mélenchon, chef des insoumis, et personne d'autre du NFP... ou même, si on prenait l'ensemble des groupes politiques, de nommer Jordan Bardella, président du RN, puisque le RN est aujourd'hui le groupe le plus important de l'Assemblée (suivi... du groupe macroniste Ensemble pour la République). Je referme ma parenthèse.
     

     
     


    De même, la désignation de De Gaulle pour former un nouveau gouvernement, a été une initiative historique mais personnelle de René Coty. Il aurait pu, au contraire, la refuser et on ne sait pas où l'on en serait aujourd'hui. On voit bien que la désignation de De Gaulle n'était pas évidente politiquement, même si la plupart des partis politiques lui ont finalement accordé les plein pouvoirs le 1er juin 1958. Le rôle du Président de la République était donc crucial dans une crise politique parce que le Président de la République était justement un pôle de stabilité institutionnel, ce qu'il reste encore aujourd'hui.

    Ainsi, il n'est pas anormal, d'un point de vue institutionnel et même constitutionnel, dans la grande tradition républicaine plus que séculaire (depuis 1870), qu'aujourd'hui, Emmanuel Macron soit à l'initiative pour rechercher cette impossible majorité au sein de l'Assemblée. Il a au moins la légitimité pour la rechercher ou pour l'encourager, et il en a la compétence constitutionnelle.
     

     
     


    Cela écrit, il s'agit bien aujourd'hui d'une impossible majorité puisque, autour du bloc central, seuls des députés du bloc de gauche pourraient le compléter pour former une majorité. Or, pour l'instant, alors que d'un point de vue intellectuel, beaucoup de députés socialistes ne seraient pas opposés à faire cette grande coalition, ils meurent de trouille de se faire accuser par les mélenchonistes d'être des traîtres à la gauche, et surtout, de laisser à Jean-Luc Mélenchon l'exclusivité du terrain à gauche dans la perspective de l'élection présidentielle de 2027 (leur problème, c'est que ni les socialistes ni les écologistes n'ont de candidat solide et sérieux à l'élection présidentielle, donc, dans tous les cas, Jean-Luc Mélenchon préemptera le terrain à gauche).

    Pour l'instant, les Français s'en moquent. Après un mois particulièrement stressant et fatigants, ils décompressent, se détendent, prennent des vacances, se réjouissent des nombreuses médailles olympiques de nos champions. Mais à la rentrée, bien évidemment, exigeants, ils vont attendre la nomination d'un gouvernement et des mesures concrètes. Dans les sondages, le principe de la "grande coalition" est plébiscité, probablement plus par raison que par passion. En d'autres termes, les Français disent à leurs députés : mettez-vous d'accord pour un gouvernement !
     

     
     


    On verra bien, dans l'indicible "opinion" politique, qui aura la sympathie des sondés, les doctrinaires qui refusent de gouverner par refus obstiné du compromis au point de créer une absence de gouvernement ou les bonnes volontés qui, par esprit de responsabilité et pour l'intérêt national, vont chercher des compromis pour pondre le futur budget de l'État (projet de loi de finances 2025).

    C'est cette bataille de "l'opinion publique" qu'Emmanuel Macron cherche à gagner. Et gare aux inconséquents, il se pourrait qu'il puisse la gagner !


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (01er août 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Élysée 2022 (49) : vers une quatrième cohabitation ?
    La première cohabitation (1986-1988).
    Législatives 2024 (35) : Vers une cohabitation du troisième type ?
    Législatives 2024 (34) : Lucie Castets noyée dans une réalité alternative !
    Législatives 2024 (33) : Le grain de sel du Sénat !
    Législatives 2024 (32) : Le casse-tête de Lucie Castets.
    Législatives 2024 (31) : Emmanuel Macron et les joyeux JO.
    Interview du Président Emmanuel Macron le 23 juillet 2024 sur France 2 (vidéo intégrale).
    Claude Malhuret au Sénat : le spectacle continue !
    Législatives 2024 (30) : coalition ou pacte ?
    Législatives 2024 (29) : le staff de l'Assemblée Nationale.
    Législatives 2024 (28) : la stratégie du chaos institutionnel de Jean-Luc Mélenchon.
    Législatives 2024 (27) : l'émotion de Yaël Braun-Pivet.
    Législatives 2024 (26) : les larmes de Marine Tondelier.
    Législatives 2024 (25) : faut-il ostraciser le RN à l'Assemblée Nationale ?
    Législatives 2024 (24) : Huguette Bello, mélenchonette en peau de lapin.
    Législatives 2024 (23) : grand pays recherche son gouvernement.
    Législatives 2024 (22) : qui au perchoir ?
    Législatives 2024 (21) : marche sur Matignon ?
    Lettre aux Français par Emmanuel Macron le 10 juillet 2024 (texte intégral).
    Législatives 2024 (20) : le poison du scrutin proportionnel.
    Législatives 2024 (19) : quel possible Premier Ministre pour une impossible majorité ?
    Législatives 2024 (18) : la fin du cauchemar Bardella (pour le moment).
    Résultats du second tour des élections législatives du 7 juillet 2024.
    Fake news : la scandaleuse manipulation politique du RN.
    Législatives 2024 (17) : rien n'est joué dimanche prochain !
    Législatives 2024 (16) : la question de dimanche prochain.
    Législatives 2024 (15) : les promesses n'engagent que ceux qui y croient !
    Législatives 2024 (14) : la revanche des gilets jaunes ?
    Législatives 2024 (13) : fortes mobilisations au premier tour.
    Résultats du premier tour des élections législatives du 30 juin 2024.
    Appel aux sociaux-démocrates.
    Éric Le Boucher : la France va plutôt bien (27 juin 2024).
    Législatives 2024 (12) : un isoloir, ce n'est pas un cabine d'essayage !
    Législatives 2024 (11) : front, rassemblement, union nationale, barrage, consignes de vote...
    Législatives 2024 (10) : il était une fois Jordan Bardella, Gabriel Attal et Manuel Bompard.
    Législatives 2024 (9) : Emmanuel Macron et son n'ayez-pas-peur !
    Interview d'Emmanuel Macron à Génération Do It Yourself le 24 juin 2024 (podcast intégral).
    Lettre aux Français d'Emmanuel Macron le 23 juin 2024 (texte intégral).
    Législatives 2024 (8) : la bataille de Matignon.
    Le programme aux élections législatives du 30 juin 2024 d'Ensemble pour la République (document à télécharger).
    Législatives 2024 (7) : Ensemble pour la République.
    Législatives 2024 (6) : Nicolas Sarkozy et François Fillon bougent encore !
    Législatives 2024 (5) : le trouble de Lionel Jospin.
    Législatives 2024 (4) : l'angoisse de Manuel Valls.
    Législatives 2024 (3) : François Hollande dans l'irresponsabilité totale !
    Législatives 2024 (2) : clarification ou chaos ?
    Législatives 2024 (1) : vaudeville chez Les Républicains.
    Sidération institutionnelle.
    Élections européennes 2024 (4) : la surprise du chef !
    Résultats des élections européennes du dimanche 9 juin 2024.

     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240801-cohabitation.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/legislatives-2024-35-vers-une-256075

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/08/02/article-sr-20240801-cohabitation.html







     

  • Législatives 2024 (34) : Lucie Castets noyée dans une réalité alternative !

    « Je demande au Président de prendre ses responsabilités et de me nommer Première Ministre ! » (Lucie Castets, le 24 juillet 2024 sur France Inter).



     

     
     


    Si, quand vous faites votre marché au village, près de votre plage ou de vos montagnes, vous voyez passer une jeune femme à l'allure avenante, plutôt déterminée, le visage un peu fermé et le sourire un peu trop carnassier, c'est que vous avez la chance de séjourner pendant vos vacances dans un des lieux où Lucie Castets fait campagne.

    Lucie Castets, mais si ! Rappelez-vous ! C'est le plan C ou D... ou Z plutôt, de la nouvelle farce populaire. Inconnue de tous les Français, au point de ne même pas être répertoriés sur Wikipédia (j'insiste beaucoup sur ce sujet : beaucoup de notice bibliographique concerne de grands inconnus), inconnue par 99,9999% des électeurs d'un candidat du NFP et probablement inconnue de 95% des députés du NFP (seuls, les élus parisiens pouvaient éventuellement, s'ils s'intéressaient à leur mandat, la connaître), parce qu'elle a été choisie par des prélats de la gauche ultradicalisée, obscurs apparatchiks sous influence du gourou des insoumis, après de nombreuses et vaines autres tentatives (initialement, ces confinés du conclave avaient proposé quelques mamies aux Français), choisie pour devenir la Première Ministre de la France !

    Pas de chance pour elle, ses cardinaux idéologisés n'ont pas lu la Constitution de la Cinquième République pourtant applicable depuis le 4 octobre 1958 (soit presque 66 ans). L'article 8 de la Constitution est assez clair et n'a pas besoin d'exégètes intellectuels : « Le Président de la République nomme le Premier Ministre. Il met fin à ses fonctions sur la présentation par celui-ci de la démission du gouvernement. Sur la proposition du Premier Ministre, il nomme les autres membres du gouvernement et met fin à leurs fonctions. ». Les apparatchiks du NFP se croit sous la Quatrième République, ce qui correspond bien à leur mode de pensée en voulant la Sixième, car ils haïssent la Cinquième, celle que nous a léguée le Général De Gaulle pour notre grande chance et grand intérêt. Ce n'est donc pas aux chefs de partis minoritaires de désigner le futur Premier Ministre de la France, mais à Emmanuel Macron, et uniquement à lui, Président de la République, et ce dernier a déjà donné les clefs : il faut que ce Premier Ministre puisse gouverner, c'est-à-dire, il faut qu'il ne succombe pas à la première tentative de motion de censure. Une évidence que ne semble pas avoir comprise le NFP qui, par un autisme politique qui sera un sérieux sujet d'étude pour les politologues pendant de longues années, s'est fourvoyée dès le soir du 7 juillet 2024 dans une réalité alternative, nous-avons-gagné.

    En réclamant de manière très cavalière à la matinale de France Inter, dès le lendemain de sa... comment dirais-je ? de sa "désignation interne", le 24 juillet 2024, de la nommer à la tête du gouvernement, Lucie Castets méconnaît la Constitution, et pire, elle crée un précédent institutionnellement dangereux sinon honteux qui pourrait s'apparenter à une prise de pouvoir par la force (on appelle cela un coup d'État, même si, en l'occurrence, il s'agit ici plutôt d'un coup d'éclat, formulation facile et peu originale, j'en conviens).


    Alors que les partis qui la soutiennent ne disposent du soutien que de 174 députés voire 192 en élargissant à des divers gauche, il manque environ une centaine de députés pour constituer une majorité (289 députés), ce qui est loin d'être possible, surtout quand Lucie Castets a confirmé le 24 juillet 2024, qu'il « n'y a pas de coalition possible » entre le NFP et le bloc macroniste (pas plus qu'avec le RN). Et elle l'a redit un peu plus tard : « Une coalition avec le camp présidentiel est impossible, du fait de nos désaccords profonds, et ce n'est pas ce qu'attendent nos électeurs. ».

    Son problème, c'est qu'elle ne parle que de ses électeurs-à-elle, c'est-à-dire du NFP (car je peux affirmer de manière certaine qu'aucun des 50 millions d'électeurs français, pas un, n'a voté pour madame Lucie Castets !), alors qu'elle devrait parler de tous les électeurs, de ceux aussi qui ont voté à 34% pour le RN ou de ceux qui, à 22% ont voté pour les macronistes. Lorsqu'on prétend vouloir diriger le gouvernement de la France, on doit le faire au nom de l'intérêt de tous les Français et pas seulement d'un camp, d'une faction, de ses seuls partisans, de toute façon pas assez nombreux pour dégager une majorité à l'Assemblée.
     

     
     


    Sa copine écolo Marine Tondelier, super heureuse d'avoir enfin un nom à défendre (faute d'elle-même mais dans la perspective d'un futur improbable maroquin), avait d'ailleurs fait un contre-sens la veille, le 23 juillet au soir, sur BFMTV. On lui demandait si, pour élargir sa majorité de gauche vers le centre pour avoir une majorité, il faudrait exclure les insoumis dont la présence empêche tout élargissement. Mais elle a répondu à l'envers, en disant que si on excluait les insoumis, la majorité-très-minoritaire perdrait les 74 députés insoumis... en oubliant d'ajouter qu'elle pourrait alors gagner les 200 députés du bloc central...

    Ni Marine Tondelier, ni Lucie Castets, ni leurs affiliés insoumis n'ont compris l'enjeu politique actuel : pour gouverner dans la situation actuelle, il faut faire des compromis autour d'une table avec des programmes différents, se mettre d'accord sur des projets communs, ou au moins, des objectifs communs, mais pas rester psychorigide comme le gourou à ne vouloir appliquer que le programme d'une très petite part des Français (28%). En ce sens, Lucie Castets se présente aux Français comme la fille improbable de Jean-Luc Mélenchon et Anne Hidalgo !

    Et c'est unique dans l'histoire politique de la France : c'est la première fois qu'une personnalité politique, complètement inconnue et anonyme, fait campagne après et pas avant les élections ! C'est un peu tard ! Ainsi, la voici donc qui, de manière totalement inaudible, est allée à Lille le 27 juillet ou alors qui va rencontrer les employés de la société Duralex le 31 juillet à La Chapelle-Saint-Mesmin, près d'Orléans, dans le Loiret. Les petits apparatchiks de la NFP sont bien entendu à ses côtés, mais elle n'a pas rencontré beaucoup de succès, ce qui peut se comprendre avec les vacances estivales, la canicule et la joie des Jeux olympiques dans les exploits des sportifs français.

     

     
     


    Directrice des finances et des achats de la Ville de Paris, c'est un poste très important pour une commune de 2 millions d'habitants, et on peut se poser des questions sur la trajectoire professionnelle. Ainsi, sa venue à Lille a provoqué une foule d'interrogations parmi les internautes sur Twitter, comme celle-ci, de la journaliste Caroline Jaeger, le 27 juillet 2024 lorsqu'elle a vu l'affiche : « Oui, venez rencontrer une fonctionnaire de la ville de Paris si vous voulez, mais faites-le à Paris. Aucune question politique et uniquement sur son champ de compétences qui sont les finances et les achats de la ville de Paris svp. Devoir de réserve oblige dans la fonction publique, sauf si elle s’est mise en disponibilité pendant sa campagne "électorale" au poste de Première Ministre ».

    Même son de cloche ici : « Obligation du fonctionnaire même en congés de respecter le droit de réserve et tout ce qui va avec ! Étonnant de faire de la politique sans être mise en disponibilité ! Bonjour le respect de la fonction publique territoriale ou d'État ! Cela promet ».

    Renseignements pris, "Le Canard enchaîné" a annoncé le 30 juillet 2024 que Lucie Castets n'avait effectivement pas demandé à être mise en disponibilité et est donc toujours directrice des finances et des achats de la Ville de Paris, mais elle a simplement posé des congés payés : « Lucie Castets, la candidate du NFP qui mène campagne pour Matignon, a omis de se mettre en disponibilité auprès de la Ville de Paris, où elle officie comme directrice financière. Elle a juste posé des congés jusqu’au 30 août. C'est peut-être plus prudent... ».

    La réaction à cette information a été sans pitié pour la pauvre candidate autoproclamée à Matignon : « ? C'est une blague ! Elle-même sait donc que tout cela est une vaste plaisanterie ». Un plus pondéré : « Elle a eu raison car cela reste une intermittence de spectacle pendant quelques semaines. Elle sait bien qu'elle ne sera jamais PM mais accepte de jouer ce rôle de cache-sexe des failles béantes à gauche; en tentant de convaincre la base militante, que tout est de la faute du PR ».

    Ou encore : « "a omis de se mettre en disponibilité auprès de la Ville de Paris" : Preuve que c'est du bluff, qu'elle-même n'y croit pas ». D'autres étaient plus originaux : « "Castets on Tour" avec son nouveau single : I want to be Prime Minister, déjà disponible en téléchargement ». À quoi a été répondu ceci : « Juste une reprise du "live" de juin de Jordan Bardella ! ». Un autre internaute plus visionnaire : « Oui c’est une mythomane qui est là pour faire un peu d’animation dans la presse pendant les JO. Avant l’arrivée de Xavier Bertrand à Matignon en septembre. Elle retournera dans l’anonymat creuser le déficit de la ville de Paris. La chef des castors retournera parmi les rats ».

    Bien entendu, en dehors du fait que la campagne de Lucie Castets se terminera le 30 août 2024, donc, qu'elle reprendra son travail à partir de cette date, d'autres internautes toujours aussi malveillants mais humoristiques ont souligné l'absence de la haut fonctionnaire à son poste pourtant crucial, rappelant l'état désastreux des finances de Paris : « Les finances de la mairie de Paris bénéficient d'un peu de répit ! ». Ou : « Devinez qui est tellement indispensable dans son poste, que personne ne fait la différence quand elle est absente pour plusieurs semaines ? ».


    Et en parlant de poser ses congés, certains ont été étonnés de cette facilité déconcertante à les poser : n'importe quel responsable dans une collectivité ou une entreprise a du mal à prendre déjà seulement trois semaines successives de congés, alors six semaines, à l'improviste, du jour au lendemain ! Ainsi : « Une directrice financière qui prend plus d’un mois de congés tandis que les comptes de sa "boîte" sont en perdition. Elle fait quoi là-dedans ? ». Un raisonneur : « Donc elle avait 5 semaines de congés disponibles. C’est bien une presque ministre économe ». Un Parisien mécontent : « À la mairie de Paris on peut prendre 6 semaines de congés d'affilée ? Trop cool, la mairie de Paris ! Qu'Anne Hidalgo la renferme d'office dans son bureau. Avec le déficit actuel de la ville, elle a du boulot la haut-fonctionnaire qui sait tout sur Tout. ».

    En somme, une haut fonctionnaire payée à faire campagne pour des intérêts partisans, où est donc sa neutralité ? Imagine-t-on d'autres fonctionnaires toujours en fonction faire campagne dans d'autre camp ? (Oui, ça a existé !). Le dernier internaute que je cite ici a rappelé : « C’est une des responsables du naufrage économique de Paris et le NFP veut en faire notre Première Ministre, c’est dire a quel point ils sont motivés pour remettre le pays sur les rails ».

    Car l'important, effectivement, c'est le fond, et là, au moins, c'est clair : Lucie Castets a annoncé qu'elle ferait 150 milliards d'euros d'augmentation d'impôts et de taxes supplémentaires ! Rien que cela pour financer le très lourd programme dépensier du NFP. François Hollande avait secoué la France avec un choc d'augmentation des impôts de 30 milliards d'euros en 2012 et elle a été plombée pendant cinq ans, avec un chômage de masse alors que nos voisins redémarraient leurs activités économiques. Il a fallu l'arrivée d'Emmanuel Macron au pouvoir pour retrouver un peu de raison dans la conduite de la politique économique de notre pays. Ce n'est pas le moment pour refaire du déficit et des dépenses publiques à outrance dans un pays déjà archi-imposé et archi-taxé. Il est temps au contraire de libérer le pays, ce qu'ont tenté de dire tous les électeurs qui n'ont pas voté pour le NFP, soit environ les trois quarts du pays. Le mieux, pour Lucie Castets, c'est de finir son tour des plages le 30 août, de se remettre au boulot pour assainir les finances de Paris, et de replonger dans l'anonymat. Merci. Au suivant !


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (31 juillet 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Législatives 2024 (34) : Lucie Castets noyée dans une réalité alternative !
    Législatives 2024 (33) : Le grain de sel du Sénat !
    Législatives 2024 (32) : Le casse-tête de Lucie Castets.
    Législatives 2024 (31) : Emmanuel Macron et les joyeux JO.
    Interview du Président Emmanuel Macron le 23 juillet 2024 sur France 2 (vidéo intégrale).
    Claude Malhuret au Sénat : le spectacle continue !
    Législatives 2024 (30) : coalition ou pacte ?
    Législatives 2024 (29) : le staff de l'Assemblée Nationale.
    Législatives 2024 (28) : la stratégie du chaos institutionnel de Jean-Luc Mélenchon.
    Législatives 2024 (27) : l'émotion de Yaël Braun-Pivet.
    Législatives 2024 (26) : les larmes de Marine Tondelier.
    Législatives 2024 (25) : faut-il ostraciser le RN à l'Assemblée Nationale ?
    Législatives 2024 (24) : Huguette Bello, mélenchonette en peau de lapin.
    Législatives 2024 (23) : grand pays recherche son gouvernement.
    Législatives 2024 (22) : qui au perchoir ?
    Législatives 2024 (21) : marche sur Matignon ?
    Lettre aux Français par Emmanuel Macron le 10 juillet 2024 (texte intégral).
    Législatives 2024 (20) : le poison du scrutin proportionnel.
    Législatives 2024 (19) : quel possible Premier Ministre pour une impossible majorité ?
    Législatives 2024 (18) : la fin du cauchemar Bardella (pour le moment).
    Résultats du second tour des élections législatives du 7 juillet 2024.
    Fake news : la scandaleuse manipulation politique du RN.
    Législatives 2024 (17) : rien n'est joué dimanche prochain !
    Législatives 2024 (16) : la question de dimanche prochain.
    Législatives 2024 (15) : les promesses n'engagent que ceux qui y croient !
    Législatives 2024 (14) : la revanche des gilets jaunes ?
    Législatives 2024 (13) : fortes mobilisations au premier tour.
    Résultats du premier tour des élections législatives du 30 juin 2024.
    Appel aux sociaux-démocrates.
    Éric Le Boucher : la France va plutôt bien (27 juin 2024).
    Législatives 2024 (12) : un isoloir, ce n'est pas un cabine d'essayage !
    Législatives 2024 (11) : front, rassemblement, union nationale, barrage, consignes de vote...
    Législatives 2024 (10) : il était une fois Jordan Bardella, Gabriel Attal et Manuel Bompard.
    Législatives 2024 (9) : Emmanuel Macron et son n'ayez-pas-peur !
    Interview d'Emmanuel Macron à Génération Do It Yourself le 24 juin 2024 (podcast intégral).
    Lettre aux Français d'Emmanuel Macron le 23 juin 2024 (texte intégral).
    Législatives 2024 (8) : la bataille de Matignon.
    Le programme aux élections législatives du 30 juin 2024 d'Ensemble pour la République (document à télécharger).
    Législatives 2024 (7) : Ensemble pour la République.
    Législatives 2024 (6) : Nicolas Sarkozy et François Fillon bougent encore !
    Législatives 2024 (5) : le trouble de Lionel Jospin.
    Législatives 2024 (4) : l'angoisse de Manuel Valls.
    Législatives 2024 (3) : François Hollande dans l'irresponsabilité totale !
    Législatives 2024 (2) : clarification ou chaos ?
    Législatives 2024 (1) : vaudeville chez Les Républicains.
    Sidération institutionnelle.
    Élections européennes 2024 (4) : la surprise du chef !
    Résultats des élections européennes du dimanche 9 juin 2024.

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240731-lucie-castets.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/legislatives-2024-34-lucie-castets-256074

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/07/31/article-sr-20240731-lucie-castets.html




     

  • Le génie olympique français !

    Le patriotisme, c'est de savoir communier avec tous ceux qui contribuent au rayonnement de la France dans le monde, et à l'évidence, c'était le cas pour cette cérémonie d'ouverture hors de toutes les normes. Comment croire au patriotisme des prétendus patriotes qui, au lieu de simplement aimer la France, dénigrent matin midi et soir la France et ceux qui la font rayonner ?




     

     
     


    L'art, c'est toujours révolutionnaire. Et ce qui s'est passé lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques et paralympiques le 26 juillet 2024 à Paris restera dans la mémoire collective mondiale pendant très longtemps. D'abord, parce que le spectacle grandiose d'hymne à la fois à la France, à Paris mais aussi à l'universalisme, et cela sans arrogance française, a donné aux peuples du monde une idée du génie français, pas toutes ses facettes, trop nombreuses, mais quelques facettes intéressantes.

    La vasque s'envolant dans le ciel de Paris, la Seine guidant les équipes olympiques, la Tour Eiffel, bien sûr, comme phare de référence, et même la pluie battante, j'y reviendrai à la fin.

    Ensuite, au-delà du grandiose, il y a l'originalité, l'idée que les Français, c'est un peuple qui n'a pas peur de ses libertés, qui n'a pas peur de se moquer de lui-même, qui n'a pas peur d'être léger malgré les graves problèmes d'actualité qu'il côtoie, c'est un peuple qui sait se divertir, et qui sait divertir les autres peuples, dans une sorte de globalité qui fait respirer le monde.

    Les polémiques sur une petite scène, que certains ont cru voir La Cène, sont finalement amusantes. Ces faiseurs de polémiques se trompent de sujet. Ils sont aigris. Ce qui rassurent, c'est que ce sont toujours les mêmes, en France mais aussi dans le monde, qui dénigrent, fustigent, condamnent le génie français (trumpistes, zemmouriens, poutiniens, mélenchonistes, etc.), et ces polémiques renforcent en quelque sorte cet art qui n'était pas de la subversion ni de la provocation, mais simplement de la légèreté et de la créativité. Une simple mise en perspective. Sans idéologie d'arrière-boutique !

    Bien sûr, pendant ces quatre heures de spectacle, il y a eu mille symboles, mille références, parfois contradictoires, mille clins d'œil. Mais peut-être à cause des polémiques, ce qui en est le plus ressorti est ce qui était le plus souriant, le plus léger, le plus rigolard, de cet humour potache français que Goscinny a su si bien incarner dans Astérix, cet esprit français.

     

     
     


    J'ai nommé Philippe Katerine déguisé en Schtroumpf à poil, recouvert d'un bleu peau déconcertant, allongé dans le pur style de la décadence romaine dans un plat de banquet pour chanter un hymne au naturisme, un hymne pacifique, écologiste, pour l'égalité, la liberté, la fraternité. Pas de quoi casser la patte à un canard, même quand on est catholique pratiquant !
     

     
     


    Inutile de rappeler (je l'ai déjà fait) que la scène a été plus inspirée par "Le Festin des dieux" de Jan van Bijlert que par "La Cène" de Léonard de Vinci, avec l'idée d'évoquer Apollon et Dionysos, somptueux banquet des dieux de l'Olympe avec ce jeu de mot (qui n'en est pas un, en fait) faisant référence aux Jeux olympiques (y aura-t-il la prochaine fois des dieux éclopés de la Paralympie ?).
     

     
     


    Pour preuve de l'innocence artistique des auteurs du spectacle, leur directrice de communication Anne Descamps a accepté de présenter ses excuses le 28 juillet 2024, sans hésiter, car la provocation n'était pas dans leur intention et donc, leur ego d'artiste n'est pas atteint avec ces excuses : « Clairement notre intention n’était pas d’afficher un manque de respect à quelque groupe religieux que ce soit. À l’inverse, notre intention était de montrer de la tolérance et de la communion. Si des gens ont été offensés, nous nous en excusons. ».

    Les râleurs sont bruyants mais ne sont pas nombreux puisque, selon les sondages, autour de 85% des sondés ayant regardé le spectacle l'ont applaudi, aimé, en ont été émus, si ce n'est fascinés (même si, bien sûr, ils n'ont pas tout aimé). Nos amis les Chinois, en tout cas, n'ont pas été aveugles et l'effigie de Phlippe Katerine dans sa nudité bleue fait désormais des ravages dans les réseaux sociaux !
     

     
     


    Beaucoup de dessins, de compositions, reprennent l'idée, avec évidemment la référence française, il y a même des plats à déguster, des pâtisseries qui sont maintenant des Philippe Katerine. Il devrait faire un tour en Chine après les JO, il ferait un tabac ! Pour rappel, la Tour Eiffel était une horrible tour en ferraille, capable de montrer le génie français mais qui a eu de nombreux détracteurs français voire parisiens, et aujourd'hui, elle est le symbole tant de Paris que de la France. Je doute que le Philippe Katerine bleuté ait une aussi belle destinée historique (j'espère que ce n'est pas le cas pour sa vie à venir, car il n'est pas une tour en ferraille), mais cela montre bien les mécanismes de l'art : il doit surprendre, émouvoir, interroger, voire choquer pour qu'il s'inscrive dans un mouvement utile et original. Pas la peine de ressasser les vieilles lunes académiques, on les connaît déjà. En revanche, l'art avant-gardiste, qui sera classique dans quelques décennies, doit savoir s'accrocher face aux réactions parfois hostiles sinon affligeantes de certains qui y mettent plus leurs aigreurs d'estomac que leur sens critique.
     

     
     


    En particulier, Esteban Grine, un internaute a transféré sur Twitter quelques images amusantes de l'effigie de Philippe Katerine que son épouse en Chine a découvertes, j'ai trouvé aussi une vidéo, des pâtisseries, de la pâte à modeler... Désormais, le Schtroumpf bleu est à la mode, sans pour autant savoir si l'hymne au naturisme a été correctement traduit aux Chinois qui, dans tous les cas, se montrent certainement plus ouverts que Vladimir Poutine qui a fait censurer ce passage.
     

     
     


    Je termine cette évocation par un autre génie français, incarné depuis 2012 par François Hollande qui a démarré son quinquennat en pleine pluie, et qui l'a poursuivi avec de nombreuses cérémonies pluvieuses. Il n'est plus à l'Élysée mais il a dû porter la poisse par sa présence car la pluie très forte est tombée sur Paris et sur le spectacle d'ouverture pendant les quelques heures. Il faut donc remercier et saluer les milliers d'artistes qui ont, malgré tout, accepté de se produire sur cette pluie, les échos de ceux-ci après le spectacle étaient parfois dégoulinants (j'étais tout mouillé !), et il faut aussi saluer les spectateurs qui ont regardé pendant plusieurs heures sous la pluie, même les ministres (démissionnaires) n'étaient pas protégés par un préau, si bien que l'un d'eux a confié qu'il était trempé jusqu'au slip.

    Les humains ne sont pas en sucre et s'en sont remis. Toutefois, ce n'est pas le cas pour les instruments de musique, pianos, violons, altos, violoncelles, contrebasses, etc., sous cette pluie battante. Cela a même alerté plus d'un téléspectateur. Quel gâchis de voir ces instruments s'abîmer sous la pluie ! "Le Monde" a sorti un article le 30 juillet 2024, signé de Marie-Aude Roux, qui est allé un peu plus loin sur cet exploit.


    Quelques heures avant le spectacle, les musiciens de l'Orchestre national de France, un des deux grands orchestres de Radio France avec l'Orchestre Philharmonique de Radio France, avaient protesté car l'organisation n'avait pas assuré qu'ils seraient couverts d'un toit ou préau. Il s'est alors passé cette transaction : les musiciens allaient ranger leur instrument personnel qu'ils chérissent, et joueraient avec des instruments en fin de vie, bas de gamme, destinés à la pédagogie, qui peuvent être abîmés par la pluie, prêtés par l'Orchestre de Paris qui jouait aussi lors de la scène de la Conciergerie. L'Orchestre de Paris jouait avant l'Orchestre national de France et était à la Cour de Cassation, tandis que le second était basé au Trocadéro.
     

     
     


    La clef, c'est que toute la musique de ces orchestres a été préenregistrée préalablement, et c'est la musique enregistrée que les téléspectateurs ont entendue lors de la Marseillaise, de Carmen ou encore à la fin (Aya Nakamura et Lady Gaga étaient également en play-back ; en revanche, pas Céline Dion qui a été grandiose et majestueuse malgré sa maladie, du haut de la grande Tour).

    Les musiciens de l'Orchestre national de France ont donc bien joué en direct, mais seuls les spectateurs près d'eux ont pu entendre leur musique. L'article du quotidien précise : « Lestés d'oreillettes, les musiciens se sont surtout employés à respecter les clics et les tops afin que tout soit bien synchronisé à l'image. "Je sais bien qu'ils étaient en fin de vie, mais j'ai quand même une petite culpabilité vis-à-vis de ces instruments sacrifiés", glisse la musicienne, heureuse d'avoir pu, avec ses collègues, "transformer ce moment de galère en souvenir inoubliable". ».


    Un souvenir malheureusement qui n'a pas été retransmis en images en raison de loupés de la réalisation, de nombreux plans ont été oubliés par rapport aux objectifs initiaux, en particulier ceux montrant les musiciens, qui ont pourtant fait de nombreuses répétitions auparavant pour ces quelques images... oubliées. Et l'article finit : « Certains ont dû jeter leur paire de chaussures trop détrempée, tandis que les habits de concert filaient au pressing. Mais tous savent que la fête était belle et ils sont heureux d'y avoir participé. ».
     

     
     


    Ce n'est qu'une petite partie de notre génie olympique, puisque le véritable génie olympique, ce sont les médailles de nos athlètes qui, décidément, comme les artistes à l'ouverture, font honneur à la France qui se classe, ce mercredi 31 juillet 2024, après à peine cinq jours de compétition, en deuxième position sur 206 pour le nombre de médailles (26), juste derrière les Américains (29), et en première position pour les médailles d'or (8), à égalité avec la Chine (8) et le Japon (8), devant l'Australie (7). Cela n'a duré que l'espace de quelques minutes car une sportive chinoise a obtenu peu de temps après une neuvième médaille d'or pour la Chine redevenant la première nation olympique.
     

     
     


    Parmi les sportifs qui font honneur à la France, citons (sans être exhaustifs) le nageur Léon Marchand (trois médailles d'or, dont deux records olympiques du 400 mètres quatre nages et du 200 mètres brasse) et la triathlète Cassandre Beaugrand (première médaille d'or olympique de triathlon française). Le génie français, c'est aussi de faire passer des épreuves dans la Seine ! Vive la France ! (et vive le reste du monde qui le vaut bien aussi !).


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (31 juillet 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Le génie olympique français !
    Festivité !
    Ouverture des Jeux olympiques : Paris tenu !
    Amélie Oudéa-Castéra se baigne dans la Seine : Paris tenu !
    Fête de l'Europe, joies et fiertés françaises.
    Adèle Milloz.
    Éric Tabarly.

    Coupe de France de football 2023 : victoire de Toulouse ...et d'Emmanuel Macron !
    France-Argentine : l'important, c'est de participer !
    France-Maroc : mince, on a gagné !?
    Qatar 2022 : vive la France, vive le football (et le reste, tant pis) !
    Après la COP27, la coupe au Qatar : le double scandale...
    Vincent Lindon contre la coupe au Qatar.
    Neil Armstrong.
    John Glenn.
    Michael Collins.
    Thomas Pesquet.
    Youri Gagarine.
    Le burkini dans les piscines.
    Les seins nus dans les piscines.
    Roland Garros.
    Novak Djokovic.
    Novax Djocovid.
    Jean-Pierre Adams.
    Bernard Tapie.
    Kylian Mbappé.
    Pierre Mazeaud.
    Usain Bolt.



     

     
     






    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240731-genie-olympique-francais.html

    https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/le-genie-olympique-francais-256133

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/07/31/article-sr-20240731-genie-olympique-francais.html



     

  • Législatives 2024 (33) : Le grain de sel du Sénat !

    « Je voudrais rappeler que le Sénat, donc chacune et chacun d’entre nous, a une responsabilité particulière de préservation des institutions et de protection des libertés dans la période qui s’ouvre. Je veillerai à ce que notre assemblée exerce ses prérogatives en toute indépendance et avec responsabilité, qu’il s’agisse de ses compétences en matière législative ou de ses pouvoirs de contrôle. » (Gérard Larcher, le 18 juillet 2024 au Sénat).



     

     
     


    L'ouverture de la XVIIe législature n'a pas seulement concerné les députés de l'Assemblée Nationale, mais aussi les sénateurs du Sénat (renouvelé en septembre 2023). En effet, en raison de la dissolution puis des élections législatives anticipées (et en l'absence d'une session ordinaire), une session parlementaire extraordinaire est obligatoirement provoquée pour installer la nouvelle Assemblée Nationale à partir du deuxième jeudi suivant le second tour (troisième alinéa de l'article 12 de la Constitution), soit le jeudi 18 juillet 2024, pour une durée de quinze jours (jusqu'au 1er août 2024 inclus). Autant que l'Assemblée, le Sénat devait donc se réunir le même jour. En conférence des présidents pour fixer l'ordre du jour, vide a priori, il a été donc décidé de faire un débat parlementaire sur la situation politique (un représentant de chaque groupe politique prenant la parole dans l'ordre décroissant de l'importance des groupes) et de ne plus se réunir jusqu'à la fin de cette session spéciale sauf en cas de nécessité.

    C'était la teneur du message du Président du Sénat Gérard Larcher ce jeudi 18 juillet 2024 à 15 heures 30 : « Mes chers collègues, la conférence des présidents s’est réunie tout à l’heure, en l’absence du gouvernement, démissionnaire. Elle n’a donc pas fixé d’ordre du jour pour la session de droit. (…) Nous attendrons la désignation du nouveau gouvernement de plein exercice pour fixer le calendrier des semaines du premier trimestre de la session. ».

    Et de proposer ainsi un débat contradictoire : « Mes chers collègues, compte tenu du contexte, la conférence des présidents a décidé d’organiser un temps d’expression des groupes sur la situation politique, en prévoyant l’intervention d’un orateur par groupe et d’un représentant des sénateurs n’appartenant à aucun groupe. ».


    Comme déjà lors de la législature précédente (2022-2024), puisque aucune majorité absolue n'avait (déjà) été observée à l'Assemblée Nationale, les sénateurs ont effectivement un rôle important de gardiens de la stabilité institutionnelle et de facilitateurs du processus législatif dès lors qu'aucune majorité, même relative, n'est connue à ce jour au sein des députés.

    Je propose ainsi un petit aperçu des orateurs des principaux groupes politiques du Sénat sur la situation politique de la France à l'issue des élections législatives des 30 juin et 7 juillet 2024. On ne s'étonnera évidemment pas que les partis d'opposition s'opposent au Président Emmanuel Macron, parfois avec des arguments assez peu constructifs et souvent stériles.

     

     
     


    Premier à parler en raison de l'importance de son groupe, Bruno Retailleau, président du groupe LR, a largement fustigé la responsabilité du Président de la République dans cette situation surréaliste et impossible : « L’exercice auquel nous allons nous livrer cette après-midi témoigne d’un grand désordre : il n’y a pas de majorité à l’Assemblée Nationale ; il n’y a pas de Premier Ministre ; il n’y a pas de ministre au banc du gouvernement, qui reste vide ; il y a seulement un gouvernement démissionnaire, qui est chargé d’expédier les affaires courantes. À mon sens, ce grand désordre est à l’image de la voie sans issue dans laquelle le Président Macron a conduit le pays. ».

    Pour lui, deux causes à cette impasse. D'une part, Emmanuel Macron : « Quelques mois après la première élection de M. Macron à la Présidence de la République en 2017, j’avais écrit dans une tribune que le macronisme était non pas un hypercentrisme, mais un égocentrisme. Comment comprendre la dissolution en dehors de cette analyse ? Comment expliquer cette inexplicable décision sans tenir compte de cet élément ? Bien entendu, personne ne s’y attendait : le Général De Gaulle disait qu’une dissolution était faite pour résoudre une crise, non pour en provoquer une… ».

    Ainsi, le Président est devenu le « grand ordonnateur du front républicain. Ce dernier cependant ne règle rien pour l’avenir, car un rejet n’est pas un projet. Fort heureusement, les Français ont clairement indiqué qu’ils ne faisaient pas confiance au Rassemblement national pour gouverner la France. Toutefois (…), on aurait tort de balayer d’un revers de main les angoisses et les attentes exprimées par des millions de Français, notamment au premier tour des élections législatives. ».


    D'autre part, le tripartisme « constitué par un bloc central et deux ailes radicales » : « Le tripartisme est un poison, tant pour la démocratie, parce qu’il sous-entend qu’il n’y a d’autre alternance que radicale, que pour la Ve République, qui est conçue pour le fait majoritaire. En effet, lorsque le paysage politique est divisé en trois, il n’y a pas de majorité. Aujourd’hui, il n’y a plus de majorité : la démocratie est comme placée en pause et la République est sous la pression de M. Mélenchon, dont les affidés appellent à marcher sur Matignon et dont les supplétifs voudraient que l’on place aujourd’hui l’Assemblée Nationale sous surveillance. Est-ce acceptable ? Bien sûr que non ! ».

    Conformément à son origine gaulliste, Bruno Retailleau attendrait donc tout du Président : « Le Président de la République reste la clef de voûte de nos institutions. Il doit désormais formuler des propositions pour sortir du chaos. Il détient les clefs institutionnelles, au moins certaines d’entre elles. Que peut-il faire ? Certainement pas nommer un Premier Ministre issu des Insoumis, qui, je le répète à cette tribune, se sont par eux-mêmes retranchés de l’arc républicain, en défendant un antisionisme qui est malheureusement parfois le masque peu convenable de l’antisémitisme ou en méprisant les institutions, notamment en prônant la "haine des flics" et la désobéissance civile, c’est-à-dire rien d’autre que l’appel à désobéir à la loi que nous votons ! Ils expriment également une fascination pour la violence, théorisée par Chantal Mouffe. Je cite M. Mélenchon : "Il faut faire d’un peuple révolté un peuple révolutionnaire". Or nous savons ce que donnent les révolutions : la guerre civile ! (…) Je ne confonds pas cette gauche-là avec la gauche républicaine qui siège au Sénat. Je sais parfaitement que celle-ci a la République chevillée au corps. ».


    Ces deux dernières phrases pourraient laisser entendre que le groupe LR au Sénat serait favorable à une grande coalition allant du PS à LR, mais ce n'est pas le cas : « Je ne crois pas à une grande coalition. Une grande coalition, c’est le mariage des contraires, c’est la parousie du "en même temps". Il me semble au contraire que c’est dans la clarté que nous devons travailler pour la France. En revanche, dans ces moments, il faut en revenir aux grandes leçons de l’histoire. Quand la politique est affaiblie comme aujourd’hui et qu’elle se révèle incapable de tenir les rênes de l’État ou le destin des Français, il faut parfois sortir de la logique des partis. ».

    Son esquisse de solution serait la nomination d'un gouvernement de techniciens : « Quelques évidences s’imposent. La première, c’est que selon la Constitution de la Ve République, la nomination du Premier Ministre revient non pas aux partis, mais au Président de la République. Deuxième évidence : j’ai proposé de décaler le point de vue. Plutôt que de choisir un profil parmi les partis politiques, il vaudrait sans doute mieux désigner une personnalité non seulement technique ou issue de la société civile, mais qui, par son aura et sa stature, ait le sens de l’État et connaisse bien ses rouages. J’ai proposé que cette personne ait fait autre chose qu’un bref passage dans l’administration et qu’elle ait l’intérêt général chevillé au corps. Les candidats ayant ce type de profil existent. ».


    Pour quoi faire ? Quelques actes forts : « Nous pourrions nous mettre d’accord, mes chers collègues, sur un agenda législatif, car il nous faut éviter le chaos pour la France, y compris en matière financière. Le premier acte législatif, ce sera le budget. Or, en cas de crise financière, ce ne sont pas les plus riches qui souffrent le plus. Au contraire, en général, ce sont les plus modestes ! Il existe donc un passage. Il appartiendra au Président de la République de l’emprunter. ».

    Le dernier point du discours de Bruno Retailleau, c'était pour redire l'importance du Sénat en cette période troublée : « Au milieu de ce champ de ruines se tient le Sénat. La Haute Assemblée est debout (…) et constitue un amer, un repère, un pôle de stabilité (…). Soyons, mes chers collègues, la chambre de la démocratie du grand jour et non celle de la démocratie des combinaisons d’arrière-couloir ou des manigances d’arrière-boutique. (…) L’Assemblée Nationale pourra dire non, mais jamais elle ne pourra dire oui. Seul le Sénat dispose d’une majorité permettant de faire peut-être passer des textes. Au milieu de cette agitation et de cette confusion, le Sénat dans son ensemble (…) devra incarner ce qui manque peut-être actuellement le plus à notre pays : la force de l’équilibre, la puissance de la stabilité, mais aussi la voix de la raison. ».

     

     
     


    Le deuxième orateur était l'ancien ministre Patrick Kanner, président du groupe socialiste au Sénat. Lui non plus n'a pas mâché ses mots contre Emmanuel Macron : « Outre une débâcle électorale pour le camp présidentiel, c’est un véritable chaos démocratique dans lequel nous avons été plongés le 9 juin dernier, par le caprice vengeur d’un homme vexé. Le "maître des horloges" est devenu un enfant roi qui a cassé son jouet, la République. Rien d’étonnant, me direz-vous. C’est ce même Président de la République qui a voulu enjamber l’élection présidentielle en 2022 et escamoter les élections législatives qui ont suivi. C’est le même qui a brutalisé les institutions du pays et qui a voulu les contourner avec des gadgets improductifs : le fameux grand débat, les conventions citoyennes, le Conseil national de la refondation (CNR) ou encore les rencontres de Saint-Denis… Tout cela au lieu d’écouter le peuple qui souffrait et qui grondait. ». Cette dernière phrase est peu pertinente puisque justement, par la dissolution, Emmanuel Macron a fait appel à la parole du peuple en lui redonnant l'initiative.

    Un peu plus tard, il revenait avec son aigreur d'antimacroniste primaire : « Est-il acceptable qu’un homme seul, fût-il Président de la République, puisse fragiliser nos institutions, y compris en jouant à la roulette russe la prise de pouvoir par l’extrême droite ? C’est pourtant un Président de la République élu par défaut, grâce à un front républicain qu’il a balayé d’un revers de main en 2017, qu’il a écarté d’un autre revers de main en 2022 et qu’il néglige en 2024. ».


    Mais Patrick Kanner a regretté qu'une part importante du peuple s'en est remise au RN : « Ce sont désormais 12 millions de nos concitoyens qui, de peur du déclassement, de la relégation et de l’isolement, votent pour l’extrême droite, et cela de plus en plus par adhésion, et par une adhésion assumée. (…) Désormais, des millions d’électeurs sont convaincus que le RN est la seule solution de rechange. À force de ne vouloir débattre qu’avec le RN, le désavoué Emmanuel Macron a installé dans l’esprit des Français l’idée mortifère que le couple Le Pen-Bardella était le seul opposant efficace à sa politique. ».

    C'est pourtant bien la gauche qui, en se désistant avec le bloc central, a précipité, par le front républicain, cet état de fait : « Le front républicain a guidé notre action dès le lendemain du premier tour. Il a permis d’éviter le pire avec le soutien des deux tiers de nos concitoyens. (…) Aucune porosité avec l’extrême droite ne saurait, à nous, être reprochée. ». Pourtant, les actes et comportements à l'Assemblée entre 2022 et 2024 ont prouvé le contraire.


    Ce qu'a proposé Patrick Kanner, c'était un gouvernement NFP alors que le NFP n'a pas de majorité, et un bouleversement des institutions alors qu'elles permettent, au contraire, de préserver une certaine stabilité du pays face à la confusion des partis.
     

     
     


    Le troisième orateur est Hervé Marseille, le président du groupe centriste (UC) au Sénat, qui accueille aussi bien des sénateurs favorables au pouvoir macroniste qu'opposants à lui : « Le 7 juillet au soir, j’en ai entendu certains dire que le Nouveau front populaire était majoritaire. Je n’ai pas la même lecture des résultats. Au demeurant, l’élection au perchoir de l’Assemblée Nationale, ce soir, nous éclairera sur le sujet… J’en ai entendu d’autres dire que l’exécutif qui gouverne depuis 2017 serait fautif de tout, puisqu’il a dissous. Certes, mais il a tout de même eu le bon goût de ne pas proposer de candidats face à 60 candidats de la droite et du centre ! Ceux-ci ont donc bénéficié, cela a déjà été rappelé, des voix de gauche au second tour, et vice-versa, le désistement des candidats de la droite et du centre ayant également permis l’élection de députés de gauche dans le cadre de l’arc républicain. C’est dire que les résultats doivent être étudiés avec une certaine retenue et beaucoup de modestie. ».

    Le centriste a eu également raison de rappeler que l'absence de majorité (et donc que la situation impossible) ne provient pas d'Emmanuel Macron mais avant tout du vote des électeurs : « La dissolution a eu lieu. Les Français ont voté. Et, pour la première fois depuis 1962, ils n’ont pas désigné de majorité à l’Assemblée Nationale, même relative. Dès lors, nous devons nous poser deux questions bien précises : qui peut gouverner ? Pour quoi faire ? ».

    Qui peut gouverner : « Tout d’abord, nous devons trouver une majorité de gestion au sein de l’Assemblée Nationale qui soit la plus homogène possible. Rien qu’en matière de politique étrangère, le gouvernement doit pouvoir parler d’une seule voix. Que dirons-nous demain sur l’Ukraine, sur Israël ou encore sur le nucléaire ? Un gouvernement suppose une certaine affectio societatis entre ses membres, ce qui invalide d’emblée la France insoumise (LFI), qui est en porte-à-faux avec ses propres alliés sur nombre de sujets. Ensuite, parmi toutes les forces composant la nouvelle Assemblée Nationale, peu sont enclines à donner des postes de responsabilité gouvernementale aux extrêmes. La plupart partagent l’attachement aux valeurs républicaines et à l’Union Européenne. Collectivement, elles peuvent rassembler tous ceux qui refusent un gouvernement comportant des extrêmes. Les forces de l’arc républicain rassemblent les partis traditionnels de gouvernement. Or un parti de gouvernement, à ma connaissance, c’est fait pour gouverner ! (…) Il s’agirait d’une coalition allant des Républicains aux sociaux-démocrates. L’avenir de notre pays se joue plus que jamais autour du bloc central, en opposition aux extrêmes. Le problème, c’est que la culture politique française est peu habituée à cet exercice. ».

    Pour trouver un modèle historique, Hervé Marseille a ressorti une expérience originale de la Troisième République : « Il y a eu au moins un précédent fameux, celui de Waldeck-Rousseau, qui constitua en 1899 un gouvernement de défense républicaine dans le contexte de l’affaire Dreyfus. Ce gouvernement rassemblait des modérés, des radicaux et des libéraux. C’est à lui que nous devons l’installation définitive de la République dans notre pays. Nous sommes aujourd’hui dans une situation comparable. Il n’y a pas d’autre issue qu’une coalition de défense républicaine pour traiter urgemment les maux dont souffre notre société. (…) Les extrêmes n’apportent aucune solution. Les propositions les plus structurantes avancées par le RN, soit sont inconstitutionnelles, soit relèvent de l’Europe. Le programme du Nouveau front populaire, quant à lui, est mortifère pour notre économie. ».

    Pour quoi faire : « Je pense au pouvoir d’achat et au logement, bien sûr. Je pense également à l’accès aux services publics ou à la santé. Enfin, les Français ne supportent plus l’impuissance de l’État. Il y a des sujets pour lesquels on ne peut plus tergiverser. C’est le cas de l’immigration irrégulière, de la laïcité et de la sécurité, en particulier la violence des mineurs. Il faudra avoir le courage de prendre des mesures pour apporter une réponse pénale plus rapide. Idem concernant les finances publiques et la dette. (…) On ne retrouvera vraisemblablement pas le chemin de l’équilibre sans à la fois réaliser des économies et trouver de nouvelles ressources. Ne pas le dire, ne pas le relever, c’est mentir ! N’oublions pas non plus la Nouvelle-Calédonie et Mayotte, laissées seules face à elles-mêmes en ce moment, dans de terribles souffrances. Sur l’ensemble de ces sujets, nous avons une obligation de résultat. Nous ne pouvons pas échouer, car, dans ce cas-là, je ne donne malheureusement pas cher de notre avenir. Si nous ne nous montrons pas à la hauteur de l’enjeu, nos lendemains seront très difficiles. ».


    Fidèle au centrisme, Hervé Marseille a également prôné le scrutin proportionnel et le « retour réfléchi du cumul des mandats ». Si le second point serait un avantage pour remettre les députés au plus près des réalités que vivent les Français, le premier point, au contraire, les éloignerait forcément en laissant tout pouvoir à la cuisine politicienne des partis.

    Comme Gérard Larcher et Bruno Retailleau, Hervé Marseille voit le Sénat comme le moteur de la stabilité et de la construction de la loi : « En 2022, avec une majorité relative, nous avons redécouvert qu’il était non seulement possible, mais même nécessaire de se parler, de s’écouter, de négocier et de faire des compromis pour adopter des textes. Ici, au Sénat, nous savons faire cela ! Aujourd’hui, il nous faut aller plus loin et déployer plus que nous ne l’avons jamais fait des trésors de pragmatisme et d’esprit de consensus. Il nous faut expérimenter un système dans lequel le Parlement revient au cœur de la vie politique du pays. Nous devrons être véritablement moteurs, force d’initiative et de proposition. (…) Il va falloir momentanément oublier les intérêts personnels et partisans pour accepter une plate-forme minimale dans l’intérêt du pays. C’est un comportement qui est courant en Europe et qui respecte les citoyens. Comme l’a dit à l’instant notre Président, nous avons à cet égard une immense responsabilité. ».

     

     
     


    Quatrième orateur dans l'ordre d'importance des groupes, François Patriat représentait les sénateurs macronistes dont il préside le groupe : « Nous vivons une situation inédite : par leur vote, les Français se sont prononcés pour trois blocs, dont deux extrêmes aux politiques inapplicables. C’est ce tripartisme qui redonne aujourd’hui la parole au Parlement. Vous ne devriez pas vous en plaindre, d’ailleurs, mes chers collègues. C’est un revers pour la majorité sortante. Nous en prenons acte. Pour autant, ce n’est une victoire pour personne. D’une part, les Français ont refusé le national-populisme, d’autre part, malgré ses affirmations, le Nouveau front populaire n’a pas gagné : c’est le front républicain qui a gagné. Avec plus de 10 millions de voix en sa faveur, le Rassemblement national reste aux portes du pouvoir, tandis que, pour certains d’entre nous, le pilonnage permanent du chef de l’État fait office d’unique programme politique. ».

    Parmi ses préconisations : « Les politiques responsables ne doivent pas être tétanisés par la perspective de l’élection présidentielle au point de refuser d’assumer, dès à présent, leurs responsabilités. La guerre fait rage en Europe, le risque terroriste plane toujours, les problèmes d’insécurité, de pouvoir d’achat et d’accès aux services publics demeurent au premier rang des préoccupations des Français. Avec la hausse des taux d’intérêt, la crise financière est à nos portes et le déclassement qui en résulterait serait un désastre, en particulier pour les plus défavorisés. La réponse politique doit être forte. Notre pays a besoin d’un programme d’action axé autour de trois priorités : préserver nos acquis économiques, accentuer la réponse régalienne et lutter pour plus de justice sociale. Ces priorités sont portées par l’ensemble des groupes politiques du Sénat, et je reste convaincu que les députés de l’arc républicain partagent ce diagnostic. En travaillant ensemble, en associant les partenaires sociaux et les forces vives économiques, sociales et culturelles, notre pays peut dessiner une ambition nationale. (…) Profitons de ce séisme politique pour bâtir un large rassemblement. J’appelle la gauche responsable et sociale-démocrate, les centristes, la droite républicaine et plus largement tous ceux qui portent les valeurs humanistes et universalistes et qui veulent protéger notre démocratie à œuvrer ensemble, pour bâtir une alliance protectrice de la République. ».

    Cinq autres orateurs ont ensuite succédé à François Patriat : Cécile Cukierman, présidente du groupe communiste, Claude Malhuret, président du groupe des indépendants, Maryse Carrère, présidente du groupe Rassemblement démocratique et social européen (RDSE), Guillaume Gontard, président du groupe écologiste, et Christopher Szczurek au nom des non-inscrits.

    Faute de la présence d'un gouvernement, les sénateurs se sont séparés dans la soirée du 18 juillet et espéraient retrouver un fonctionnement normal à partir du 1er octobre 2024. Comme l'a montré ce débat, chacun a rappelé la position voire la posture de son parti, mais les sénateurs ont forcément un rôle à jouer pour encourager des partis très différents à gouverner provisoirement la France dans l'intérêt des Français.



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (18 juillet 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Législatives 2024 (33) : Le grain de sel du Sénat !
    Législatives 2024 (32) : Le casse-tête de Lucie Castets.
    Législatives 2024 (31) : Emmanuel Macron et les joyeux JO.
    Interview du Président Emmanuel Macron le 23 juillet 2024 sur France 2 (vidéo intégrale).
    Claude Malhuret au Sénat : le spectacle continue !
    Législatives 2024 (30) : coalition ou pacte ?
    Législatives 2024 (29) : le staff de l'Assemblée Nationale.
    Législatives 2024 (28) : la stratégie du chaos institutionnel de Jean-Luc Mélenchon.
    Législatives 2024 (27) : l'émotion de Yaël Braun-Pivet.
    Législatives 2024 (26) : les larmes de Marine Tondelier.
    Législatives 2024 (25) : faut-il ostraciser le RN à l'Assemblée Nationale ?
    Législatives 2024 (24) : Huguette Bello, mélenchonette en peau de lapin.
    Législatives 2024 (23) : grand pays recherche son gouvernement.
    Législatives 2024 (22) : qui au perchoir ?
    Législatives 2024 (21) : marche sur Matignon ?
    Lettre aux Français par Emmanuel Macron le 10 juillet 2024 (texte intégral).
    Législatives 2024 (20) : le poison du scrutin proportionnel.
    Législatives 2024 (19) : quel possible Premier Ministre pour une impossible majorité ?
    Législatives 2024 (18) : la fin du cauchemar Bardella (pour le moment).
    Résultats du second tour des élections législatives du 7 juillet 2024.
    Fake news : la scandaleuse manipulation politique du RN.
    Législatives 2024 (17) : rien n'est joué dimanche prochain !
    Législatives 2024 (16) : la question de dimanche prochain.
    Législatives 2024 (15) : les promesses n'engagent que ceux qui y croient !
    Législatives 2024 (14) : la revanche des gilets jaunes ?
    Législatives 2024 (13) : fortes mobilisations au premier tour.
    Résultats du premier tour des élections législatives du 30 juin 2024.
    Appel aux sociaux-démocrates.
    Éric Le Boucher : la France va plutôt bien (27 juin 2024).
    Législatives 2024 (12) : un isoloir, ce n'est pas un cabine d'essayage !
    Législatives 2024 (11) : front, rassemblement, union nationale, barrage, consignes de vote...
    Législatives 2024 (10) : il était une fois Jordan Bardella, Gabriel Attal et Manuel Bompard.
    Législatives 2024 (9) : Emmanuel Macron et son n'ayez-pas-peur !
    Interview d'Emmanuel Macron à Génération Do It Yourself le 24 juin 2024 (podcast intégral).
    Lettre aux Français d'Emmanuel Macron le 23 juin 2024 (texte intégral).
    Législatives 2024 (8) : la bataille de Matignon.
    Le programme aux élections législatives du 30 juin 2024 d'Ensemble pour la République (document à télécharger).
    Législatives 2024 (7) : Ensemble pour la République.
    Législatives 2024 (6) : Nicolas Sarkozy et François Fillon bougent encore !
    Législatives 2024 (5) : le trouble de Lionel Jospin.
    Législatives 2024 (4) : l'angoisse de Manuel Valls.
    Législatives 2024 (3) : François Hollande dans l'irresponsabilité totale !
    Législatives 2024 (2) : clarification ou chaos ?
    Législatives 2024 (1) : vaudeville chez Les Républicains.
    Sidération institutionnelle.
    Élections européennes 2024 (4) : la surprise du chef !
    Résultats des élections européennes du dimanche 9 juin 2024.


     

     
     




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    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/legislatives-2024-33-le-grain-de-255914

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