Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

renaissance - Page 2

  • Mort de Didier Guillaume ce vendredi 17 janvier 2025 à l'âge de 65 ans

    « Ancien ministre, élu enraciné dans la Drôme, humaniste en République, son engagement pour les autres était comme lui, vibrant, chaleureux, entier. Je perds un ami. » (Emmanuel Macron, le 17 janvier 2025 sur Twitter).


     

     
     


    Une "maladie fulgurante survenue lors de son hospitalisation". Imaginez-vous hospitalisé un jour, gros pépin de santé, tout un programme de traitement, toute activité en cours ajournée... et sept jours plus tard, la disparition, sans crier gare. Le choc a donc été grand dans la classe politique (française et monégasque) d'apprendre avec stupeur la mort de l'ancien Ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation Didier Guillaume le vendredi 17 janvier 2025 dans l'après-midi, au CHU de Nice à l'âge de 65 ans, donc d'une "maladie fulgurante" comme l'a communiqué la Principauté de Monaco.

    Pourquoi le prince s'en est-il mêlé ? Parce que depuis le 2 septembre 2024, Didier Guillaume était le Ministre d'État de la Principauté de Monaco, c'est-à-dire son chef du gouvernement. C'est un peu étrange d'imaginer un "étranger" à la tête du gouvernement princier, mais c'est assez fréquent qu'un haut fonctionnaire français ou un responsable politique français occupe cette fonction opérationnelle. En tant qu'ancien élu local, chef d'exécutif local (maire de Bourg-de-Péage puis président du conseil général de la Drôme), puis ancien ministre, Didier Guillaume avait toutes les qualités requises pour diriger administrativement le micro-État, d'autant plus que la fonction s'apparente plus à celle d'un chef d'entreprise qu'à un directeur d'administration centrale.

    La carrière politique française de Didier Guillaume était en effet celle d'un élu local qui avait réussi : maire de Bourg-de-Péage de juin 1995 à mars 2004, président du conseil général de la Drôme de mars 2004 à mars 2015, sénateur de la Drôme de 2008 à 2018, et il a réussi en ce sens qu'il s'est rendu indispensable à ses amis, d'abord du parti socialiste, ensuite de la formation macroniste (LREM), d'abord comme premier vice-président du Sénat de 2011 à 2014 et président du groupe socialiste au Sénat de 2014 à 2018 (pour remplacer François Rebsamen), puis comme directeur de campagne de Manuel Valls pendant la primaire socialiste de janvier 2017, enfin comme Ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation du gouvernement dirigé par Édouard Philippe du 16 octobre 2018 au 6 juillet 2020. Après son éviction du gouvernement de Jean Castex, Didier Guillaume, qui aurait pu retourner au Palais du Luxembourg, a démissionné de son mandat de sénateur pour des raisons de santé (il était soigné pour un cancer).

    La nomination de Didier Guillaume comme Ministre d'État de Monaco, c'est-à-dire, chef du gouvernement monégasque, a été une surprise du chef annoncée en février 2024 pour une prise de fonction le 2 septembre 2024. C'est rare qu'un ancien membre du gouvernement français soit membre du gouvernement d'un autre pays. Manuel Valls aurait pu faire partie de ceux-là si son aventure politique à Barcelone n'avait pas tourné en eau de boudin (depuis un mois, il a retrouvé les palais ministériels parisiens).

     

     
     


    Didier Guillaume a été enterré ce jeudi 23 janvier 2025 à la cathédrale de Monaco en présence du prince Albert II de Monaco, mais aussi du Président de la République française Emmanuel Macron qui y a prononcé un court hommage : « Je ne sais dire à quoi tenait exactement cette impression d'authenticité, cette confiance que Didier Guillaume inspirait à ceux qui avaient la chance de le côtoyer. (…) Oui, il y avait en Didier Guillaume un alliage unique d'enracinement, de volonté, de générosité projetée vers des idéaux. (…) Quel que fût l'échelon, quelle que fût l'écharpe, c'était une même passion du service de ses concitoyens, un même parler franc, un même art de comprendre la réalité du terrain, de ceux qui y travaillent et de savoir les rejoindre. (…) Vous avez toujours vu vaste, Didier, toujours rêvé haut. Et le chagrin qui aujourd'hui étreint deux peuples est à la hauteur de ce que vous étiez : homme d'attachement, homme d'engagement, ami de fidélité, mari et père. ».
     

     
     


    C'est bien un choc qu'a ressenti la classe politique française. Son successeur à la tête de la présidence du groupe socialiste au Sénat, Patrick Kanner, « très ému », a fait partie des premiers choqués car il l'avait connu comme président du conseil général, lui du Nord et Didier Guillaume de la Drôme : « Nous avons défendu ensemble l’existence des départements, à une époque où le gouvernement de Manuel Valls envisageait leur fusion avec les régions. (…) Nos chemins politiques se sont séparés, mais pas nos chemins amicaux. ». Son collègue au gouvernement, comme lui, ancien socialiste devenu macroniste et voisin, en tant qu'ancien maire d'Annonay et ancien député de l'Ardèche, Olivier Dussopt, a été aussi sous le choc : « Je pleure un ami, un frère, qui m’a toujours accompagné et soutenu, (…) en politique comme dans la vie, dans les moments heureux comme difficiles. » (Instagram).

    Autre socialiste, l'idéologue Pierre Jouvet, l'actuel secrétaire général du PS, député européen et ancien maire de Saint-Vallier, dans la Drôme, a été très touché : « Je ressens une grande tristesse, les souvenirs remontent. Je l’ai tant aimé… C’était un ami de mon père. Il m’a tout appris, il m’a formé, il m’a fait confiance, il m’a accompagné, soutenu. J’ai grandi avec lui, il a été mon premier patron, j’ai travaillé avec lui huit ans. Il a compté pour moi au même titre qu’un membre de ma famille. C’était mon père politique, j’ai une très grande affection pour lui, beaucoup d’admiration. Il a été exceptionnel dans bien des domaines. Il croquait la vie à pleines dents. J’ai tellement de souvenirs… (…) C’était une force de travail incroyable. Charismatique. Il a été décisif sur tous mes choix, mes décisions. (…) Je l’avais au téléphone régulièrement. Il avait une profonde humanité, une vision politique. C’était un homme généreux et populaire. Il avait aussi son franc-parler. Il me faisait comprendre qu’on réussissait par la force du travail, l’exigence. Il ne laissait jamais rien au hasard. Il a eu la vie qu’il voulait avoir. Il aimait aussi faire la fête, retrouver ses amis. On a fait des fêtes mémorables. » ("Le Dauphiné libéré").

     

     
     


    Le Premier Ministre François Bayrou, qui a été président du conseil général des Pyrénées-Atlantiques, a salué Didier Guillaume : « Un homme solide et généreux. Un humaniste au plein sens du terme. ». Sa prédécesseure Élisabeth Borne également : « Il était, bien plus qu'un simple collègue, un ami avec de grandes qualités humaines. ». Actuellement ministre, François Rebsamen : « Didier Guillaume s'en est allé après une lutte courageuse contre un cancer. (…) Je garde en mémoire nos combats partagés au Sénat. ». Ancien Ministre de l'Éducation nationale et de la Jeunesse, Jean-Michel Blanquer : « Il a été dans le gouvernement auquel j’appartenais un pilier d’une pensée républicaine et laïque sans faille. ».

    Dans d'autres rangées politiquement plus éloignées, Didier Guillaume avait su conquérir l'affection de ses collègues. Ainsi, l'actuel président du groupe LR au Sénat, Mathieu Darnaud, sénateur de l'Ardèche depuis septembre 2014, a appris la nouvelle « avec une profonde tristesse » : « Par-delà nos sensibilités, sa bienveillance et sa convivialité auront marqué chacune de nos rencontres, chacun de nos nombreux échanges, en Drôme, en Ardèche ou au Sénat. ». Ancien ministre et actuel maire LR de Valence, Nicolas Daragon était un jeune conseiller général d'opposition à l'époque de Didier Guillaume : « Nous ne partagions pas les mêmes opinions politiques, chacun défendant des idées parfois différentes, mais nous étions des amis suffisamment proches et nourris d’estime mutuelle pour prendre régulièrement de nos nouvelles et nous envoyer des messages pour les grands rendez-vous de la vie. Il nous arrivait souvent d’aller déjeuner chez Yves Jouanny, à Antraigues-sur-Volane en Ardèche, en amoureux du Rallye Monte Carlo que nous étions. Au milieu de nombreux souvenirs, je garderai de lui l’image d’un homme sincère, intelligent et chaleureux, dévoué à notre territoire et à ses habitants et aussi au service de la France. » ("Le Dauphiné libéré"). L'actuel présidente LR du conseil départemental de la Drôme, Marie-Pierre Mouton, s'est comptée parmi les « orphelins d’un homme de caractère, à la personnalité chaleureuse et attachante, dont le souvenir nous accompagnera longtemps ». Ancien ministre et ancien maire de Crest, Hervé Mariton a souligné « la grande courtoisie de Didier Guillaume » : « Il a été particulièrement aimable lors de mes soucis de santé en 2017 (…). Didier Guillaume avait cette capacité à converger avec des personnes aux sensibilités différentes. Ce qui n’est pas toujours facile. Il faut une ambiance et une manière de faire. Ce qui était le cas avec lui qui était humainement courtois et politiquement positif et utile. ».


    Albert II de Monaco aussi a exprimé son émotion : « Je suis profondément touché par la disparition d’un homme d’engagement et de cœur. ». Le gouvernement de Monaco : « Chacun gardera en mémoire le souvenir de son exceptionnelle capacité de travail, de sa passion pour la politique en faveur des femmes et des hommes, ainsi que de son esprit de rassemblement et de mobilisation. Au-delà de l’homme d’État au service du prince souverain, ses immenses qualités humaines lui ont permis de rapidement être apprécié à Monaco. [Il] a su apporter à la Principauté toute l’expérience qu’il avait acquise au long d’une prestigieuse carrière au sein de l’État français. ».

    Et même la Ligue nationale de rugby (LNR) : « Grand passionné de rugby, Didier Guillaume avait intégré le comité directeur et le bureau de la LNR en 2021 pour accompagner le rugby professionnel dans son développement, grâce à son expérience et à sa connaissance du rugby et des institutions. Il laisse un grand vide. ». Le Salon de l'agriculture que Didier Guillaume fréquentait assidûment (au point d'y faire figurer le département de la Drôme), le principal syndicat agricole, la FNSEA, et plein d'autres acteurs de la vie publique ont été sous le choc de cette disparition soudaine. Condoléances à la famille.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (23 janvier 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Didier Guillaume.
    L'homme du Prince.
    Anne-Marie Comparini.
    Thierry Beaudet.
    Gérald Darmanin.
    Yaël Braun-Pivet.
    Paul Midy.
    Manuel Valls.
    Jean-Pierre Chevènement.
    Valérie Hayer.
    Olivier Dussopt.
    Emmanuel Macron.

    Gabriel Attal.
    Rachida Dati.
    Amélie Oudéa-Castéra.
    Le gouvernement de Gabriel Attal.
    Élisabeth Borne.
    François Bayrou.
    Édouard Philippe.
    Éric Dupond-Moretti.
    Bruno Le Maire.
    Brigitte Macron.
    Gérard Collomb.
    François Léotard.
    Pap Ndiaye.
    Robert Badinter.
    Bruno Millienne.
    Jean-Louis Bourlanges.
    Claude Malhuret.
    Olivier Véran.
    Aurore Bergé.
    Pierre Moscovici.
    Rima Abdul-Malak.
    Vincent Lindon.
    Caroline Cayeux.
    Christophe Béchu.
    Agnès Pannier-Runacher.
    Sacha Houlié.
    François Braun.
    Jean-Yves Le Drian.


     



    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250117-didier-guillaume.html

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/01/19/article-sr-20250117-didier-guillaume.html


    .

  • Édouard Philippe et sa partition particulière contre l'indolence

    « Pour moi, le budget intelligent, c'est d'avoir un budget qui remet la France dans le bon sens. Le bon sens, c'est interrompre cette courbe, que je crois mortifère pour le pays, d'un endettement qui s'accroît d'année après année et d'un déficit budgétaire qui n'est pas contenu. » (Édouard Philippe, le 8 janvier 2025 sur France 5).




     

     
     


    L'ancien Premier Ministre Édouard Philippe a fait sa rentrée politique ce mercredi 8 janvier 2025 sur France 5, dans l'émission "C à vous". Avec lui, la parole est rare, peut-être trop rare alors que le pays vit une crise politique majeure. Il fait partie des personnalités politiques les plus appréciées, mais il n'est pas dupe, il connaît la musique, lorsqu'on n'est plus au pouvoir, on est toujours populaire, cela ne donne pas forcément le ticket d'entrée pour l'Élysée. En revanche, il se distingue des autres candidats potentiels à l'élection présidentielle de 2027 par ce fait rare : il est le seul à avoir déjà déclaré officiellement sa candidature, c'était le 3 septembre 2024.

    Son look a encore changé depuis quelques mois. Presque moins chauve car il a laissé repousser quelques cheveux, et des lunettes plus discrètes. J'étais tenté de titrer cet article "Le Retour du Grand Chauve" mais c'était trop insister sur le physique. C'est vrai que je ne devrais pas me pencher sur l'image, mais en fait, l'image d'un candidat à l'élection présidentielle est essentielle, entre le père, le frère, le gendre, l'oncle de province, etc., les Français aiment bien se situer par rapport à celui (ou celle) pour qui ils vont voter. Au moins, on parle du look d'un monsieur, alors qu'en général, on n'en parlait que pour les femmes politiques. Valéry Giscard d'Estaing se trouvait trop grand et (donc) trop éloigné des Français. De Gaulle aussi trouvait son corps encombrant alors qu'au contraire, cela l'a aidé à incarner la France au point que certains aimeraient bien l'imiter.

    En ce moment, deux anciens Premiers Ministres étaient particulièrement absents de l'actualité politique depuis la censure du gouvernement de Michel Barnier : Gabriel Attal et Édouard Philippe. Ce dernier est donc sorti de son silence et a réfuté l'idée qu'il voudrait s'éloigner du débat politique. Il n'est pas au-dessus de la mêlée ; il est juste ailleurs. D'une part, il continue comme maire du Havre (et c'est une fonction à plein temps). D'autre part, il poursuit sa rencontre avec les Français et les forces vives du pays en visitant tout le territoire, à la mode de Jacques Chirac, en bas signal, sans caméra mais cela lui permet de mieux comprendre le pays et de façonner son futur projet présidentiel (comme l'avait fait François Fillon entre 2013 et 2017).


    À la question : il y a déjà Élisabeth Borne et Manuel Valls, pourquoi ne participez-vous pas au gouvernement comme ancien Premier Ministre ?, il a répondu qu'on ne l'y avait pas invité, et que si on le lui avait proposé, il aurait certainement refusé. Ce qui me gêne un peu, c'est qu'il n'a pas eu vraiment une seule parole de soutien au Premier Ministre actuel François Bayrou, sinon des choses convenues. Comme s'ils n'avaient pas une certaine complicité car ils sont tous les deux chefs de parti, alliés du Président Emmanuel Macron et en même temps, des personnalités indépendantes. Édouard Philippe l'a répété : il suit son chemin et l'avis des autres ne le fera pas changer de route. En d'autres termes, il pense par lui-même. Une pensée propre, c'est finalement assez rare, cela change des éléments de langage envoyés à tout le monde.

    Je suis aussi gêné par une autre chose. Oui, c'est vrai que la situation financière de la France n'est pas souriante, le déficit sera de 6,1% du PIB pour l'année 2024, et les perspectives sont moroses à la fois financièrement et politiquement puisque le budget de 2025 n'est toujours pas adopté. Ma gêne, c'est que, oui, il faut faire quelque chose financièrement, mais il le dit comme s'il n'avait pas participé à la majorité entre 2017 et 2024, et même comme s'il n'avait pas dirigé le gouvernement entre 2017 et 2020. Il y avait des raisons au "quoi qu'il en coûte" qui a été décidé quand il était encore Premier Ministre, dès avril 2020. Alors, pourquoi ne pas rappeler que le choix était le débordement déficitaire ou l'envolée du chômage ? J'ai peut-être ma réponse : les Français ne veulent voir que l'avenir et se moquent de l'analyse du passé, d'autant plus que l'élection présidentielle de 2022, avec la réélection d'Emmanuel Macron, a finalement donné quitus, qu'on le veuille ou pas, sur la période covid. D'ailleurs, la justice est sur le point de le relaxer sur la gestion de la crise sanitaire, ce qui est heureux au nom de la séparation des pouvoirs (la justice n'est pas compétente pour juger de la pertinence ou pas d'une politique publique, c'est le rôle du seul peuple qui jugera aux élections suivantes).

    Sur le déficit à 6,1%, l'ancien Premier Ministre n'a pas mâché ses mots : « Moi, je crois que c'est très inquiétant. Je pense que la situation financière du pays est très inquiétante. Je pense que nous sommes en train, par notre incapacité à régler quelques problèmes, de placer la France de demain, mais pas de demain dans trente ans, la France des dix ans qui viennent dans une situation de contrainte absolue. ». Cette contrainte absolue, ce n'est pas les gros yeux de la Commission Européenne, c'est le risque de l'augmentation des taux d'intérêt qui salera bien plus durement la note : les 50 milliards d'euros d'intérêt de la dette payés chaque année, la France ne les utilisera pas pour les écoles, les hôpitaux, la justice, la police, etc.


    Mais le gouvernement Bayrou est confronté à cette "porte étroite" de devoir bâtir un budget qui puisse reprendre une trajectoire pour atteindre un déficit à 3% du PIB en 2029 et, en même temps, de survivre aussi, car si une motion de censure était votée, il n'y aurait encore pas de budget et cela deviendrait très grave pour les Français (ce l'est déjà pour les agriculteurs, les Français non-imposés qui vont devenir imposés à cause du barème, etc.).

     

     
     


    Ce qui conduit Édouard Philippe à renoncer aux 5% de déficit pour 2025 prévu par Michel Barnier pour avoir un peu plus de marge de négociation avec 5,4 ou 5,5% : « Moi, je suis très attaché au retour dans le bon ordre des finances publiques, mais je pense que la stabilité politique est précieuse en ce moment. Et donc, si le gouvernement dit 5,4 et pas 5, s'il s'y prend bien, je peux concevoir qu'il y a un intérêt, un avantage et un intérêt pour le pays à conserver cette stabilité politique et à ne pas avoir une deuxième motion de censure sur un deuxième projet de loi de finances. ».

    Malgré tout, réduire de 6,1% à 5,4% restera un effort financier considérable et s'il y arrive, ce sera la prouesse de François Bayrou. Michel Barnier a échoué, en tout cas.

    La question que se posait franchement le maire du Havre est donc : « Comment est-ce qu'on y arrive ? Alors, vous avez d'un côté ceux qui disent pas de nouvel impôt. Quand on dit pas de nouvel impôt, ça veut dire qu'on peut bouger le taux des impôts qui existent en général, vous voyez ? (…) Vous avez ceux qui disent beaucoup de justice fiscale. Alors, en général en France, plus de justice fiscale, c'est toujours plus d'impôts. (…) Moi, mon objectif, c'est d'essayer de convaincre le gouvernement que l'intérêt du pays, c'est de baisser les dépenses publiques, et donc d'atteindre cet objectif de 5,4 et peut-être même de 5,5[% du PIB de déficit public] par la baisse de la dépense. C'est plus difficile ; je pense que c'est ce qu'il faut faire. ».

    Le problème, c'est que tout le monde, à part la gauche radicalisée, est favorable à cette idée de ne pas augmenter les impôts ou les taxes, cotisations, qui sont déjà énormes (la France championne du monde !), et donc, de réduire la dépense publique, mais personne n'est capable de dire quoi, où, quand et combien ! Ainsi, Édouard Philippe n'a pas dérogé à cette règle : il n'a donné aucune indication concrète pour aider le gouvernement dans sa mission quasi-impossible. C'est évidemment plus facile de penser à augmenter les impôts de 65 milliards d'euros, comme l'ont proposé les insoumis lors du premier débat budgétaire en novembre 2024. À part plomber l'activité économique, et donc, les recettes fiscales, cette hausse ne tiendra pas ses promesses de réduire le déficit car tout est un équilibre très fragile. Emmanuel Macron a réussi de rendre la France très attractive pour les investisseurs et cette réussite doit être rappelée : nous avons toutes les capacités à redémarrer financièrement si nous ne tombons pas dans le "tout fiscal".

    Par certains côtés, le discours de rigueur d'Édouard Philippe sur les finances publiques me fait penser à celui de Raymond Barre qui n'hésitait pas à dire publiquement, devant le Conseil Économique et Social, quelques mois avant l'élection présidentielle de 1981 (au grand dam de VGE !), que les Français verraient leur pouvoir d'achat impacté par les mesures de rigueur budgétaire. On était loin du populisme ambiant d'aujourd'hui !

    Édouard Philippe a semblé regretter que les Français ne prennent pas conscience de la situation budgétaire dans laquelle ils se trouvent, alors que les pays qui ont le même modèle social, le même niveau de vie, ont compris qu'il fallait réagir pour continuer à le financer (notamment sur l'âge de la retraite) : « Je n'ai pas des obsessions de comptable. J'ai des obsessions de souveraineté, d'autorité de l'État et d'indépendance de la France. Et lorsqu'on laisse les comptes partir comme nous les avons laissés partir, nous nous plaçons mécaniquement dans la main des prêteurs, c'est-à-dire de gens qui acceptent de nous prêter de l'argent, ça, c'est sûr, mais contre paiement, avec des taux d'intérêt qui sont en train de monter. (…) C'est quelque chose qui va ralentir la construction de logements. C'est quelque chose qui va ralentir les investissements. Et nous sommes en train de nous placer, par notre indolence parfois, par notre souci du confort immédiat, par notre refus de regarder la réalité en face, dans une situation dangereuse pour le pays. ».

    Un petit commentaire sur le mot "indolence" qu'il a choisi après hésitation. Édouard Philippe a la caractéristique, même à l'improviste, d'être très rigoureux dans le choix des mots. Je rappelle les deux définitions du mot "indolence". Il y a un sens ancien (peu utilisé) qui est : "insensibilité à la souffrance" (du genre : mon déficit est à 6,1%, même pas mal !) ; mais pour comprendre Édouard Philippe, il serait plus adéquat de prendre le second sens, littéraire, "disposition à éviter l'effort physique ou moral". Dans notre cas, ce serait donc plutôt "disposition à éviter l'effort financier". Cela dure depuis l'institution des budgets chroniquement déficitaires en 1981 par François Mitterrand pour qui l'argent public était gratuit.

    Il est temps, malheureusement, d'en finir avec ces générations qui ont vécu à un niveau que leurs petits-enfants et arrière-petits-enfants vont sévèrement payer. Nous vivons très largement au-dessus de nos moyens et il faut avoir la lucidité de nous en rendre compte : les personnes surendettées ont rapidement un banquier qui leur signale que cela ne va pas. L'État est à la fois le surendetté et le contrôleur. Les personnalités politiques responsables le signalent, et François Bayrou avait été le précurseur en la matière.


    Pour trouver une solution budgétaire satisfaisante à long terme qui ne provoquera pas une explosion sociale, il faudra écouter la France et être imaginatif et créatif. Pour le premier point, Édouard Philippe semble en bonne voie (j'allais écrire : en bonne voix !) dans son tour de France, qui ne peut qu'être enrichissant. Pour le côté créatif, il faudra encore le prouver.
     

     
     


    Édouard Philippe a aussi été interrogé sur d'autres sujets. J'en retiendrai deux autres. Le premier sur l'immigration et la laïcité et les positions du Ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau. S'il est d'accord avec lui pour remettre en cause le traité avec l'Algérie, Édouard Philippe s'est dit opposé à l'interdiction du voile pour les mères accompagnatrices des sorties scolaires scolaires comme pour les usagers des universités, car cela contreviendrait à la loi du 9 décembre 1905 qui garantit la liberté du culte. Si on a interdit les signes ostensibles de religion à l'école, c'est justement parce que les élèves sont mineurs et ne sont pas encore des citoyens capables de choisir leur croyance et autre. Édouard Philippe est également opposé à la suppression de la circulaire Valls qui permet de régulariser des étrangers en situation irrégulière sur notre territoire, dès lors que ce n'est pas un droit et que le gouvernement estime que cette régularisation apporte un intérêt à la France.

    L'autre sujet que j'ai retenu, c'est sur la parole du Président de la République pendant ses vœux : « C’est pour cela qu’en 2025, nous continuerons de décider et je vous demanderai aussi de trancher certains de ces sujets déterminants. ». Édouard Philippe a montré que, dans ce domaine, il était original.

    Ainsi, il a proposé au Premier Ministre de réunir les groupes parlementaires et de leur demander quoi faire trancher selon l'article 11 de la Constitution (tout n'est pas possible). Ainsi, la période actuelle, qui risque d'être paralysante avec l'absence de majorité, pourrait être menée à profit par des référendums très précis. Il propose aussi des grandes conférences sociales pour mettre au point des réformes de grande envergure pour équilibrer financièrement le modèle social, et ainsi, poser le résultat de ces conférences sociales lors de la prochaine campagne nationale, élection présidentielle ou, en cas de nouvelle dissolution, élections législatives. Ainsi, chaque candidat se positionnera sur ce genre de dossier. Et le peuple votera en conscience.


    Peut-être Édouard Philippe convaincra-t-il Emmanuel Macron de faire un référendum pour en finir avec l'indolence des Français ? Le bloc central a besoin de s'organiser et surtout, de désigner un seul candidat pour l'élection présidentielle de 2027 : la multiplicité des candidatures équivaudrait à un terrible second tour entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. C'est pourquoi Édouard Philippe s'est déjà avancé : il ne faut pas laisser le terrain vide.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (08 janvier 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Édouard Philippe et sa partition particulière contre l'indolence.
    Édouard Philippe massivement candidat à la succession d'Emmanuel Macron !
    Édouard Philippe prêt à décoller.
    De nouveaux Horizons.






    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250108-edouard-philippe.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/edouard-philippe-et-sa-partition-258567

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/01/08/article-sr-20250108-edouard-philippe.html



     

  • Législatives 2024 (51) : la quadrature du cercle de Michel Barnier

    « Je pars, avec le gouvernement, d’un vote populaire par lequel vous avez été élus, mesdames, messieurs les députés et qui traduit des attentes fortes, urgentes et justifiées pour des services publics efficaces, pour une sécurité au quotidien, mais aussi, j’en suis convaincu, pour que notre pays retrouve le chemin de l’apaisement, de la fraternité, de l’espérance. (…) Écoute et respect à l’égard de toutes les forces politiques et de toutes les sensibilités politiques représentées à l’Assemblée Nationale et au Sénat. Je l’ai dit dès le premier jour : nous écouterons et respecterons chacune et chacun d’entre vous, même si ce respect n’est pas toujours réciproque. » (Michel Barnier, le 1er octobre 2024, dans l'hémicycle).



     

     
     


    Ce mardi 1er octobre 2024 à 15 heures a eu lieu, au Palais-Bourbon, l'ouverture de la première session ordinaire de la XVIIe Législature qu'on n'hésitera pas à qualifier d'ingouvernable ou d'impossible ("on" = sans doute les livres d'histoire plus tard). Elle est la troisième journée de séances publiques, après l'installation de la nouvelle Assemblée Nationale les 18 et 19 juillet 2024. Il n'a pas attendu une seule journée : le nouveau Premier Ministre Michel Barnier y a prononcé sa déclaration de politique générale devant des députés au mieux réticents au pire hurleurs (dont on peut lire le texte dans son intégralité ici).

    En effet, la base parlementaire de son gouvernement est très étroite, et Michel Barnier a dû essuyer pendant toute la durée de son discours les vociférations des insoumis qui montraient un irrespect total des institutions (notons que ces mêmes députés ont été très calmes pendant le discours de
    Marine Le Pen !). Mais même au sein de la majorité, l'attitude est à l'attentisme. Le groupe EPR (Ensemble pour la République, ex-Renaissance) avait pour consigne de ne pas faire d'ovation pour le Premier Ministre afin de se montrer comme des alliés responsables mais exigeants, ce qui ne va pas beaucoup aider le gouvernement.

    C'est son grand oral, probablement le moment le plus important de sa carrière politique, le plus important et le plus improbable, car à 73 ans, il ne s'attendait pas à reprendre du service. Même sa candidature à la
    primaire LR en 2021, il l'a présentée comme un baroud d'honneur avant de quitter la scène politique.

    Après un hommage à
    Philippine, lâchement violée et assassinée, Michel Barnier a rempli son objectif de la déclaration de politique générale : ne pas faire un catalogue à la Prévert de mesures qu'il ne pourra pas prendre à cause du manque de majorité, mais une synthèse de ce qu'il compte faire, sur le fond (peu de textes) et sur la forme (beaucoup de concertation, d'écoute). Sa méthode : « Pour répondre à ces questions dans le contexte politique particulier où nous sommes, nous avons besoin d’une nouvelle méthode. Nous avons besoin d’écoute, de respect et de dialogue. Écoute, respect et dialogue entre le gouvernement et le Parlement. Je demanderai à mon gouvernement de s’appuyer davantage sur le travail parlementaire : propositions de lois, amendements, recommandations des commissions d’enquête ou d’information, évaluation des politiques publiques. Cela vaut évidemment pour les groupes parlementaires de l’Assemblée Nationale ou du Sénat dont certains membres font désormais partie du gouvernement et que je remercie pour leur soutien, mais aussi pour tous les autres groupes. Je souhaite qu’il y ait moins de textes et qu’il y ait plus de temps pour en débattre. ».

    Pour autant, le Premier Ministre n'entend pas rester immobile. Il compte bien s'appuyer sur l'Assemblée pour faire passer des mesures difficiles, celles qui réduiront le déficit de l'État qui sera en 2024 à plus de 6% du PIB. Il a proposé la trajectoire suivante : déficit ramené à 5% en 2025, 3% en 2029. Il a souhaité placer son action dans le cadre d'une durée de deux ans et demi, jusqu'à l'élection présidentielle, même si durer, pour lui, va être un véritable calvaire, surtout après la première année où le Président de la République pourra débloquer la situation en dissolvant à nouveau.


    Sa priorité est notre dette : « Une exigence d’abord : la réduction de notre double dette, budgétaire et écologique. (…) Ces deux réalités budgétaire et climatique certains veulent les nier ou les ignorer. D’autres les subissent ou se contentent de les commenter. Mettre la tête dans le sable ou se lamenter n’a jamais permis d’avancer. Il n’y a pas de fatalité tant qu’il n’y a pas de fatalisme ! Je pense que les hommes et les femmes politiques que nous sommes n’ont pas le droit en ce moment d’être fatalistes. Je suis convaincu que nous pouvons trouver un chemin de réalisme et d’action qui passe partout par le contrat plutôt que par la contrainte et qui nous permette pas à pas de reconstruire la confiance. ».
     

     
     


    Comme réduire le déficit ? Plusieurs axes de réponse.

    Réduire les dépenses publiques : « Comment faire ? Ne nous racontons pas d’histoires, je ne raconterai pas d’histoires. Nos dépenses publiques atteignent 57% de la richesse nationale, contre 49% dans le reste de l’Europe. Elles ont augmenté de plus de 300 milliards depuis 2019, ce qui représente 5 000 euros de dépenses publiques supplémentaires chaque année par Français, quel que soit son âge. Le premier remède contre la dette, c’est la réduction des dépenses. En 2025, les deux tiers de l’effort de redressement viendront donc de la réduction des dépenses. Réduire les dépenses, c’est renoncer à l’argent magique, à l’illusion du tout gratuit, à la tentation de tout subventionner. ».

    Ensuite, rendre plus efficace l'argent public : « Le deuxième remède, c’est l’efficacité de la dépense publique. Nous sommes champions des dépenses publiques, mais pour quel résultat ? Est-il normal que le coût de l’éducation d’un élève français soit supérieur à celui de nos voisins, alors que nos professeurs sont souvent moins bien payés ? Est-il acceptable que les services de l’État louent à prix d’or des locaux au cœur de Paris quand un déménagement dans des départements limitrophes permettrait de faire des économies et de participer à la rénovation urbaine comme l’organisation des Jeux olympiques l’a prouvé en Seine-Saint-Denis ? Trop souvent, nos concitoyens ont l’impression, et vous les entendez, mesdames et messieurs les députés, de ne pas en avoir pour leurs impôts. Nous ferons donc la chasse aux doublons, aux inefficacités, aux fraudes, aux abus du système et aux rentes injustifiées. ».
     

     
     


    Puis, de nouveaux impôts très ciblés : « Le troisième remède est d’ordre fiscal. Nos impôts sont parmi les plus élevés du monde. Les baisses d’impôts décidées depuis sept ans et les mesures prises pendant la crise du covid ont aidé beaucoup de Français et beaucoup d’entreprises, c’est la vérité, et ont redonné de l’oxygène dans une situation inédite et grave. Mais la situation de nos comptes demande aujourd’hui un effort ciblé, limité dans le temps et partagé dans une exigence de justice fiscale. Ce partage de l’effort nous conduira à demander une participation au redressement collectif aux grandes et très grandes entreprises qui réalisent des profits importants. Nous le ferons sans remettre en cause notre compétitivité. Il n’y a ni partage ni redistribution possible s’il n’existe pas en amont de l’activité et de la production sur notre territoire. Cette exigence nous conduira également à demander une contribution exceptionnelle aux Français les plus fortunés afin d’éviter les stratégies de défiscalisation des plus gros contribuables. ».
     

     
     


    Quatrième piste, qui est, il faut bien le dire, la tarte à la crème de tous les nouveaux gouvernements (on ne voit pas pourquoi l'État ne lutterait pas en permanence contre la fraude) : « Enfin, nous lutterons résolument et dans la durée contre la fraude fiscale et la fraude sociale, y compris en sécurisant les cartes Vitale pour éviter le versement indu d’allocations. ».

    Un mot sur les épées de Damoclès : « J’ai entendu parler d’une épée de Damoclès qui pèserait sur la tête du gouvernement mais la véritable épée de Damoclès, est dès aujourd’hui là sur la tête de la France et des Français et faute d’actions, faute de courage maintenant, je suis sûr d’une chose : elle pèsera beaucoup plus gravement demain sur nos enfants et nos petits-enfants. La véritable épée de Damoclès, c’est notre dette financière colossale : 3 228 milliards d’euros. Si l’on n’y prend garde, elle placera notre pays au bord du précipice. (…) Il y a une autre épée de Damoclès, tout aussi redoutable, celle de la dette écologique. Nous n’héritons pas la terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants. Cette priorité m’a accompagné tout au long de ma vie publique, depuis mon tout premier engagement aux côtés du tout premier ministre français de l’environnement, dans mon pays de Savoie, à l’Assemblée Nationale et au Sénat où j’ai eu l’honneur de siéger, au ministère de l’environnement puis au ministère de l’agriculture et de la pêche, à la Commission Européenne enfin. Elle sera au cœur de notre action, parce que j’ai en mémoire la recommandation d’un homme d’État que je respectais et admirais,
    Pierre Mendès France : ne jamais "sacrifier l’avenir au présent". ».

    Effectivement, l'autre dette, écologique, fait partie des préoccupations majeures de Michel Barnier : « J’entends bien ceux qui disent : à quoi bon ? Que peut faire la France seule, face à un problème qui concerne l’ensemble de l’humanité ? Je pense qu’on peut faire beaucoup. Nos émissions de gaz à effet de serre ont à nouveau diminué de 3,6% au premier semestre de 2024 : c’est la preuve que les efforts paient. Nous pouvons et devons faire plus pour lutter contre le changement climatique et prévenir tous les risques de plus en plus nombreux et violents qu’il porte en lui, préserver la biodiversité et encourager l’économie circulaire. Nous devons agir plus concrètement au sein de l’Union Européenne et dans le cadre des Accords de Paris, et valoriser les initiatives des communes, de nos régions, des départements, de tant d’entreprises et d’associations. La transition écologique doit être l’un des moteurs de notre politique industrielle. Décarbonation des usines, encouragement à l’innovation, implantation de nouvelles industries de la transition, renforcement de nos filières de recyclage : je crois depuis longtemps à une écologie des solutions. Ensemble, nous allons agir aussi sur l’offre énergétique, en poursuivant résolument le développement du nucléaire, notamment des nouveaux réacteurs, mais aussi des énergies renouvelables en mesurant mieux tous leurs impacts, je pense en particulier aux éoliennes, en valorisant la biomasse pour décarboner efficacement la production de chaleur et de gaz, en développant la filière française des biocarburants pour l’aviation. Enfin, dans les outre-mer, engagés vers un objectif de 100% d’électricité renouvelable en 2030, seront développés des laboratoires d’innovation pour le solaire et la géothermie. Ensemble, nous devons maîtriser nos besoins d’énergie, en poursuivant les efforts engagés et en faisant preuve de sobriété et d’efficacité. Nous allons mieux cibler l’accompagnement des particuliers et des entreprises, notamment pour la rénovation thermique des bâtiments. En attendant, le diagnostic de performance énergétique sera simplifié et son calendrier adapté. ».

    Et de faire de l'État le premier acteur de la transition écologique : « L’État qui est avec ses opérateurs le plus gros propriétaire immobilier foncier du pays doit aussi être exemplaire et réduira sa consommation d’énergie en isolant les surfaces qu’il gère. Pour tout cela, les travaux de planification vont reprendre immédiatement, avec les outils dont nous disposons : la stratégie française pour l’énergie et le climat, le troisième plan national d’adaptation au changement climatique, la nouvelle programmation pluriannuelle de l’énergie. Je voudrais dire un dernier mot sur la question de l’eau. Sécheresses ou inondations, conflit des usages, pollution des nappes phréatiques, envolée des prix : soixante ans après la toute première loi sur l’eau de 1963, le moment est venu, en prenant en compte les travaux et les réflexions engagées ces dernières années, de consacrer aux enjeux stratégiques liés à l’eau une grande conférence nationale pour agir. ».

     

     
     


    Pour rassurer son aile gauche, Michel Barnier a indiqué ses propres lignes rouges : « Madame la Présidente, mesdames et messieurs les députés, j’ai entendu que certains ont des lignes rouges, parfois très rouges. On préfère les lignes bleues aux lignes rouges ! Depuis que j’ai accepté la proposition du Président de la République d’être le Premier Ministre de notre pays, j’ai gardé en mémoire mes propres lignes rouges, qui sont celles de tout le gouvernement. Il n’y aura aucune tolérance à l’égard du racisme et de l’antisémitisme. Il n’y aura aucune tolérance à l’égard des violences faites aux femmes. Il n’y aura aucune tolérance à l’égard du communautarisme. Il n’y aura aucun accommodement en ce qui concerne la défense de la laïcité, aucun. Nous n’accepterons aucune discrimination. Nous n’accepterons aucune remise en cause des libertés conquises au fil des ans. Je pense à la loi sur l’interruption volontaire de grossesse défendue par Simone Veil. Pour tout vous dire, avoir siégé dans le même gouvernement que Simone Veil reste un des grands honneurs de ma vie. Il n’y aura donc aucune remise en cause de cette loi désormais protégée par la Constitution. De même, il n’y aura aucune remise en cause de la loi sur le mariage pour tous ni des dispositions législatives sur la procréation médicalement assistée. ». Ça va mieux en le disant.
     

     
     


    Et pour un clin d'œil à Emmanuel Macron, il a évoqué MacKinsey (sans le citer) : « Pour conserver ou reconstruire une vraie capacité de prospective, j’ai toujours pensé que les acteurs publics tels que les députés ou les membres du gouvernement en avaient besoin, nous fusionnerons France Stratégie avec le Haut-commissariat au plan. Il y a dans les services de l’État de l’intelligence et de l’expertise ; elles peuvent être mieux utilisées, sans avoir recours à des cabinets de conseil privés. ».

    L'action du gouvernement aura cinq grands chantiers : le niveau de vie des Français ; l'accès à des services publics de qualité ; la sécurité au quotidien ; la maîtrise de l'immigration ; plus de fraternité.



    1. Niveau de vie des Français

    Pouvoir d'achat : « Nous avons besoin d’une économie vigoureuse où chacun puisse bien vivre des fruits de son travail. Il y a dans notre pays de nombreuses créations d’emplois et de plus en plus de personnes au travail grâce à l’attractivité de la France pour les investissements internationaux, qui est depuis sept ans une priorité du Président de la République, et grâce à la réussite des entrepreneurs et des entreprises, qu’elles soient grandes, petites ou intermédiaires, des artisans et des commerçants qui travaillent et produisent en France dans de nombreux secteurs, y compris le numérique et l’intelligence artificielle. Notre pays doit et veut amplifier son ambition industrielle. Le gouvernement encouragera une meilleure mobilisation de l’épargne des Français pour soutenir cette dynamique, par exemple à travers un nouveau livret d’épargne dédié à l’industrie. ».

    Renforcer l'emploi : « Nous n’avons pas encore atteint le plein emploi. Le
    RSA ne doit pas être uniquement un filet de sécurité. Nous devons en faire un tremplin vers l’insertion, un nouveau contrat social fait du droit d’être aidé et du devoir de chercher, vraiment, un travail. Cela passe notamment, mais pas seulement, par l’action de France Travail, qui accompagnera désormais progressivement, en lien avec les départements et l’ensemble des acteurs de l’emploi, tous les allocataires du RSA et toutes les entreprises qui ont besoin de recruter. Là où la réforme du RSA a été engagée, ça marche, comme à Marseille où, après six mois d’accompagnement, une personne sur trois est sortie du RSA. Enfin, nous avons de nombreux dispositifs d’insertion par l’activité économique, auxquels je suis attentif, notamment le travail adapté pour les personnes en situation de handicap, ou des expérimentations que je connais assez bien comme Territoires zéro chômeur de longue durée, qui donnent des résultats et doivent être encouragés. ».

    Augmenter le SMIC et autres rémunérations des salariés : « Encore faut-il que le travail paie. Nous revaloriserons le SMIC de 2% dès le 1er novembre 2024, anticipant ainsi l’augmentation prévue le 1er janvier 2025. (…) Nous relancerons la participation, l’intéressement et l’actionnariat salarié, et cela pas seulement dans les grandes entreprises. ».

     

     
     


    Assouplir les contraintes qui affectent le logement : « Nous devons faire évoluer de manière pragmatique et différenciée la réglementation zéro artificialisation nette pour répondre aux besoins essentiels de l’industrie et du logement. Dans un contexte de crise du secteur de la construction, des mesures rapides sont nécessaires pour relancer l’investissement locatif et l’accession à la propriété, notamment chez les primo-accédants, pour lesquels le gouvernement est favorable à l’extension du prêt à taux zéro, sur tout le territoire. En outre, nous devons simplifier au maximum les normes qui pèsent sur la construction des logements neufs ou la réhabilitation des logements anciens. Quant au logement social, il ne devrait être qu’une étape. Les bailleurs doivent pouvoir réexaminer régulièrement la situation de leurs locataires afin d’adapter les loyers à leurs ressources. C’est aussi une mesure de justice sociale. Pour faciliter l’accession sociale à la propriété, il y a, j’en suis sûr, des mesures innovantes à trouver avec les offices HLM ; nous y sommes prêts. Il faut également donner plus de pouvoir aux maires dans l’attribution et la priorisation des logements sociaux sur leur territoire. Faisons-leur confiance pour permettre une vraie mobilité dans le parc social. ».


    2. Accès aux services publics de qualité

    Un constat : « Les Français sont attachés à leurs services publics dans tous les territoires. Je comprends leur colère et leur désarroi, que vous connaissez vous aussi, quand il faut attendre de longues semaines pour obtenir une pièce d’identité ou quand des professeurs absents ne sont pas remplacés. ». Michel Barnier a évoqué notamment l'école (qui sera sa priorité, comme pour tout gouvernement), l'hôpital, et il a insisté sur la santé mentale.
     

     
     



    3. Sécurité au quotidien

    Michel Barnier a annoncé la création de nouvelles brigades de gendarmerie : « Tous les Français ont besoin d’être rassurés par la présence de nos forces, qui seront encore plus visibles et présentes sur la voie publique, ainsi que dans les villes et les villages de France. ». Rendre plus rapide l'application des peines : « Les Français s’attendent à des sanctions rapides, quand elles sont justifiées. Nous devons nous attaquer de manière volontariste à la réduction des délais de jugement, en particulier pour les mineurs. Nous reprendrons la discussion sur la création d’une procédure de comparution immédiate pour les mineurs délinquants de plus de 16 ans déjà connus de la justice et poursuivis pour des actes graves d’atteinte à l’intégrité physique des personnes. Nous poursuivrons la réflexion sur les atténuations de l’excuse de minorité. Il faut stopper la montée continue de la violence des mineurs, qui rend impossible la vie dans de nombreux quartiers. Enfin, les Français demandent que les peines soient réellement exécutées. Il est nécessaire que les jugements soient respectés et que les peines soient exécutées sans être transformées, au risque, si ce n’est pas le cas, de faire perdre toute crédibilité à la réponse pénale. C’est pourquoi nous proposons des peines de prison courtes et immédiatement exécutées pour certains délits. Il nous faut également réviser les conditions d’octroi du sursis et limiter les possibilités de réduction ou d’aménagement de peine. ».


    Il faut construire de nouvelles prisons : « Pour réaffirmer le rôle dissuasif de la sanction, nous devons construire des places de prison. La France compte actuellement 80 000 détenus pour environ 62 000 places. Ce nombre est très insuffisant. J’ajoute, parce que ce sujet m’intéresse, qu’il nuit à la dignité des conditions de détention. Il est donc urgent de construire de nouvelles places de prison, effort qu’ont déjà engagé les gouvernements précédents. Devant l’ampleur du chantier, il faut aussi diversifier les solutions d’enfermement ou de surveillance effective en fonction du profil de la personne détenue et de la peine prononcée, notamment pour les mineurs délinquants. À ce titre, je suis favorable à la création de nouveaux établissements pour les courtes peines. ».

    État de droit (en réponse à
    Bruno Retailleau) : « D’une manière générale, la fermeté de la politique pénale demandée par les Français est indissociable du respect de l’État de droit et des principes d’indépendance et d’impartialité de la justice, auxquels je suis profondément et définitivement attaché. ».


    4. Maîtrise de l'immigration


    Chantier dont il ne pouvait pas se passer face aux demandes populaires et parlementaires. Mais avec un réel flou car le Premier Ministre veut à la fois plus de fermeté et plus d'humanité : « Il est urgent de sortir l’immigration de l’impasse idéologique où l’ont mise les uns et les autres. Un jour, dans un moment d’utopie, j’ai même imaginé qu’on pouvait en faire un sujet d’intelligence nationale. Ce sujet, qui ne laisse personne indifférent, doit être traité avec dignité et gravité, au lieu d’être instrumentalisé dans des controverses inutiles. Nous devons regarder la question de l’immigration avec lucidité et l’affronter avec pragmatisme. (…) C’est en appliquant ces mesures strictes de maîtrise de l’immigration que nous serons mieux en mesure d’atteindre notre objectif : intégrer dignement celles et ceux que nous choisissons d’accueillir, en leur ouvrant plus rapidement l’accès à un titre de séjour, à l’apprentissage du français, à un logement et à un emploi. ».
     

     
     



    5. « Notre pays a besoin de plus de fraternité. »

    La leçon des
    Jeux olympiques et paralympiques : « La formidable réussite des Jeux olympiques et paralympiques de Paris a encouragé la pratique sportive, qui est une des clés pour soutenir le moral individuel et collectif des Français, l’apprentissage des règles du jeu, l’acceptation de l’autre ainsi que pour améliorer la santé de nos concitoyens. Au-delà des belles cérémonies et des médailles françaises, la plus grande réussite de ces Jeux a été aussi de changer notre regard sur le handicap. Tous ces athlètes paralympiques nous ont rendus fiers. L’une des priorités du gouvernement sera de maintenir cet élan pour résoudre les inégalités qui demeurent, pour renforcer la scolarisation, l’accessibilité des transports et de l’espace public, et combattre les discriminations à l’embauche. La fraternité, c’est renouer avec une politique familiale, soutenir toutes les familles, en particulier les familles monoparentales, combattre aux côtés de tant d’associations, avec la plus grande énergie, la pauvreté qui progresse à nouveau dans nos villes et dans nos campagnes. La fraternité, c’est encourager le bénévolat et la vie associative qui font reculer l’isolement et la solitude, et apportent tant de générosité à notre pays. (…) La fraternité, c’est aussi développer une politique culturelle accessible à tous, notamment aux jeunes, dans tout le territoire : l’accès à la culture est à la fois un facteur essentiel d’ouverture personnelle, une condition pour faire progresser l’égalité des chances et l’un des ciments de notre lien social. (…) La fraternité, c’est aussi tisser davantage de liens entre les générations. La cohabitation intergénérationnelle, qui aide beaucoup de jeunes à se loger tout en aidant les plus âgés à vivre chez eux le plus longtemps possible, doit être développée. ».

    Je n'ai pas tout évoquer, notamment les sujets de politique étrangère et aussi les urgences en outre-mer (notamment en Nouvelle-Calédonie), ni certains sujets politiques et sociaux importants, j'y reviendrai spécifiquement le cas échéant.


    Le mot de la fin de Michel Barnier était le suivant : « Devant l’urgence de la situation, et pour l’avenir, recherchons des chemins communs, dégageons des compromis, relevons la ligne d’horizon. Un dernier mot : prenons soin de la République, elle est fragile. Prenons soin de l’Europe : elle est nécessaire. Prenons soin ensemble de la France et des Français : ils nous demandent, je l’entends tous les jours sur le terrain, de dépasser nos divisions, nos querelles, d’agir dans l’intérêt supérieur du pays. Les Français méritent notre engagement. ».

    À la suite de cette déclaration de politique générale qui était de bonne tenue, au contraire des hurlements de certains députés (à gauche), l'ensemble des groupes politiques se sont exprimés par la voix de leur président. Aucun vote n'a été prévu puisque le gouvernement n'a pas demandé la confiance à l'Assemblée, mais une motion de censure sera prochainement examinée.

    Dans ses réponses aux groupes politiques, je retiens, s'il n'en faut retenir qu'une, son dialogue avec
    Mathilde Panot, avec un petit chuintement grand-bourgeois qui n'est pas sans rappeler Valéry Giscard d'Estaing : « J’ai du mal à comprendre votre ton et votre agressivité. J’ai du mal à comprendre la manière dont vous attaquez personnellement et de manière systématique le chef de l’État. Je vais vous dire une chose, madame la présidente : plus vous serez agressive, plus je serai respectueux. ».
     

     
     


    Michel Barnier restera toujours sur la ligne de crête. En prônant l'écoute permanente de tous les groupes politiques, il se montre humble mais aussi indécis, laissant les groupes lui apporter les idées. Il faut dire qu'il marche sur des œufs. Mais il faudra bien trancher, et donc, faire des mécontents. Le premier exercice, celui de la déclaration de politique générale, a été accompli de manière satisfaisante. Le deuxième sera autrement plus délicat : le mercredi 9 octobre 2024, il présentera le projet de loi de finances pour 2025. Ce sera le premier PLF (projet de loi de finances) qui aura été préparé en si peu de temps (il a été nommé à Matignon le 5 septembre 2024). Ce texte aura de quoi énerver tous les groupes politiques à la fois !

    Son expérience et sa prudence sont ses deux atouts, ceux qui ont fait du négociateur en chef du
    Brexit pour l'Union Européenne un redoutable interlocuteur des Britanniques. Pour l'instant, son gouvernement a la vie sauve. Prochaine séance à l'Assemblée : ce mercredi 2 octobre 2024 pour la première séance des questions au gouvernement (qui promet d'être ardue) et l'examen de la stupide motion de destitution du Président de la République soutenue par les insoumis et acceptée par les socialistes. Haut les cœurs !


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (01er octobre 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Législatives 2024 (51) : la quadrature du cercle de Michel Barnier.
    Déclaration de politique générale du Premier Ministre Michel Barnier le 1er octobre 2024 au Palais-Bourbon (vidéo et texte intégral).
    Législatives 2024 (50) : les premiers pas du gouvernement Barnier.
    Composition du Gouvernement Michel Barnier I nommé le 21 septembre 2024.
    Législatives 2024 (49) : les socialistes crient au secours la droite revient !
    Législatives 2024 (48) : les adieux de Bruno Le Maire à Bercy.
    Législatives 2024 (47) : le dur accouchement du gouvernement Barnier.
    Législatives 2024 (46) : les socialistes entraînés dans la destitution...
    Gérard Larcher, protecteur des institutions.
    "À vendre" Lucie Castets 9 000 €/mois !
    Législatives 2024 (45) : Michel Barnier, le choix de l'apaisement.
    Législatives 2024 (44) : l'introuvable Premier Ministre.
    Édouard Philippe massivement candidat.
    Législatives 2024 (43) : Haro sur le Beaudet !
    Législatives 2024 (42) : Bernard Cazeneuve et le retour à la case départ ?
    Législatives 2024 (41) : intérêt national et mode de scrutin.
    Législatives 2024 (40) : Patrick Cohen a raison !
    Législatives 2024 (39) : Consultations et mains tendues !
    Législatives 2024 (38) : la coconstruction du Premier Ministre.
    Législatives 2024 (37) : stupide chantage à la destitution !
    Législatives 2024 (36) : Gérald Darmanin plaide pour un Premier Ministre non macroniste !
    François Hollande sera-t-il le Premier Ministre de son ancien Ministre de l'Économie ?
    Législatives 2024 (35) : Vers une cohabitation du troisième type ?
    Législatives 2024 (34) : Lucie Castets noyée dans une réalité alternative !
    Législatives 2024 (33) : Le grain de sel du Sénat !
    Législatives 2024 (32) : Le casse-tête de Lucie Castets.
    Législatives 2024 (31) : Emmanuel Macron et les joyeux JO.
    Interview du Président Emmanuel Macron le 23 juillet 2024 sur France 2 (vidéo intégrale).
    Claude Malhuret au Sénat : le spectacle continue !
    Législatives 2024 (30) : coalition ou pacte ?
    Législatives 2024 (29) : le staff de l'Assemblée Nationale.
    Législatives 2024 (28) : la stratégie du chaos institutionnel de Jean-Luc Mélenchon.
    Législatives 2024 (27) : l'émotion de Yaël Braun-Pivet.
    Législatives 2024 (26) : les larmes de Marine Tondelier.
    Législatives 2024 (25) : faut-il ostraciser le RN à l'Assemblée Nationale ?
    Législatives 2024 (24) : Huguette Bello, mélenchonette en peau de lapin.
    Législatives 2024 (23) : grand pays recherche son gouvernement.
    Législatives 2024 (22) : qui au perchoir ?
    Législatives 2024 (21) : marche sur Matignon ?
    Lettre aux Français par Emmanuel Macron le 10 juillet 2024 (texte intégral).
    Législatives 2024 (20) : le poison du scrutin proportionnel.
    Législatives 2024 (19) : quel possible Premier Ministre pour une impossible majorité ?
    Législatives 2024 (18) : la fin du cauchemar Bardella (pour le moment).
    Résultats du second tour des élections législatives du 7 juillet 2024.
    Fake news : la scandaleuse manipulation politique du RN.
    Législatives 2024 (17) : rien n'est joué dimanche prochain !
    Législatives 2024 (16) : la question de dimanche prochain.
    Législatives 2024 (15) : les promesses n'engagent que ceux qui y croient !
    Législatives 2024 (14) : la revanche des gilets jaunes ?
    Législatives 2024 (13) : fortes mobilisations au premier tour.
    Résultats du premier tour des élections législatives du 30 juin 2024.
    Appel aux sociaux-démocrates.
    Éric Le Boucher : la France va plutôt bien (27 juin 2024).
    Législatives 2024 (12) : un isoloir, ce n'est pas un cabine d'essayage !
    Législatives 2024 (11) : front, rassemblement, union nationale, barrage, consignes de vote...
    Législatives 2024 (10) : il était une fois Jordan Bardella, Gabriel Attal et Manuel Bompard.
    Législatives 2024 (9) : Emmanuel Macron et son n'ayez-pas-peur !
    Interview d'Emmanuel Macron à Génération Do It Yourself le 24 juin 2024 (podcast intégral).
    Lettre aux Français d'Emmanuel Macron le 23 juin 2024 (texte intégral).
    Législatives 2024 (8) : la bataille de Matignon.
    Le programme aux élections législatives du 30 juin 2024 d'Ensemble pour la République (document à télécharger).
    Législatives 2024 (7) : Ensemble pour la République.
    Législatives 2024 (6) : Nicolas Sarkozy et François Fillon bougent encore !
    Législatives 2024 (5) : le trouble de Lionel Jospin.
    Législatives 2024 (4) : l'angoisse de Manuel Valls.
    Législatives 2024 (3) : François Hollande dans l'irresponsabilité totale !
    Législatives 2024 (2) : clarification ou chaos ?
    Législatives 2024 (1) : vaudeville chez Les Républicains.
    Sidération institutionnelle.
    Élections européennes 2024 (4) : la surprise du chef !
    Résultats des élections européennes du dimanche 9 juin 2024.






    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20241001-barnier.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/legislatives-2024-51-la-quadrature-257017

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/10/01/article-sr-20241001-barnier.html



     

  • Législatives 2024 (50) : les premiers pas du gouvernement Barnier

    « Personne, rigoureusement personne, n’a voté pour avoir Michel Barnier à Matignon. Ni même pour une coalition macroniste et droite LR, qu’aucun leader n’envisageait. Les électeurs RN (…) voulaient Bardella à Matignon : ils n’ont eu que les trois premières lettres ! Ceux du centre votaient pour y garder Gabriel Attal. Ceux de gauche voulaient le virer et voir appliquer le programme du NFP. Ceux de LR disaient "ni Macron, ni Mélenchon, ni Bardella", mais sans espoir d’un retour de la droite. Et au second tour, c’est sans les LR que les électeurs de gauche et du centre ont mêlé leurs voix pour empêcher une majorité RN de gouverner le pays. » (Patrick Cohen, le 24 septembre 2024 sur France Inter).



     

     
     


    Le gouvernement de Michel Barnier s'est réuni en conseil des ministres ce lundi 23 septembre 2024 sous la présidence du Président Emmanuel Macron. Il est, pour nos institutions, un véritable OVNI, une sorte de chose dont on a encore du mal à donner un nom tellement c'est inédit dans notre histoire de la Cinquième République.

    Ce n'est pas un gouvernement ordinaire d'un Président avec sa majorité présidentielle à l'Assemblée, mais ce n'est pas non plus un gouvernement de cohabitation avec l'opposition présidentielle devenue majoritaire. Ce n'est même pas un gouvernement de coalition tel qu'on l'entend dans certaines démocraties parlementaires européennes où des partis parfois opposés se mettent d'accord pour gouverner ensemble faute de majorité pour gouverner tout seul, car le gouvernement Barnier ne jouira que d'un capital d'environ 220 sièges sur les 577 que compte l'Assemblée, soit loin de la majorité absolue (il manque environ 70 députés !). Alors, au début, certains ont appelé cela coalitation, d'autres parlent de coexistence plus ou moins pacifique. Aucun mot ne semble à ce jour satisfaire les commentateurs.

    Ce qui est clair, c'est que la légitimité de Michel Barnier n'émane pas du Président de la République, pas plus de l'Assemblée puisqu'il ne peut pas se reposer sur une majorité absolue, il est issu d'un parti qui n'a obtenu que 47 sièges sur 577, mais sans doute (le sans doute visant à attendre la suite pour s'en convaincre) sa légitimité vient de sa capacité à esquiver (ou pas) toutes les motions de censure qui ne manqueront pas d'être déposées contre lui. Dès lors que l'Assemblée ne le censure pas, il est par définition d'essence démocratique, qu'on le veuille ou pas.

     

     
     


    Certes, la nomination de Michel Barnier à Matignon provient de l'aboutissement (long) d'une analyse du Président de la République, mais il faut noter que Michel Barnier n'était pas son premier choix et si les premiers choix (Bernard Cazeneuve, Xavier Bertrand, Thierry Beaudet) ont été écartés, c'est bien parce qu'il y avait une probabilité de 100% pour qu'une motion de censure soit adoptée à très brève échéance (quelques jours). Dans ce jeu de dupes (tous sont des dupes : le Président, le nouveau gouvernement, mais surtout, tous les groupes et partis représentés à l'Assemblée), le couple de l'exécutif Macron-Barnier est déséquilibré et c'est Michel Barnier qui a aujourd'hui l'ascendant, comme dans les gouvernements de cohabitation. La preuve, c'est que pour finaliser la composition de son gouvernement, Michel Barnier a dû menacer (semble-t-il) de jeter l'éponge et cette démission aurait été catastrophique pour les institutions et le pays.

    Le plus cocasse, et c'est le chance de Michel Barnier, c'est que (presque) tout le monde a intérêt à ce qu'il dure : le Président de la République et les membres du gouvernement, bien sûr, les groupes politiques à l'Assemblée qui le composent, mais aussi le RN qui n'est pas encore prêt au grand remplacement politique (il doit d'abord y avoir la phase du grand déballement, euh, enfin, du grand déballage au tribunal), et gauche est bien rassurée de ne pas avoir à gérer le pays. Seuls les insoumis de Jean-Luc Mélenchon auraient intérêt au blocage complet de nos institutions pour renverser notre République. Je rappelle que démission d'Emmanuel Macron ou pas, destitution d'Emmanuel Macron ou pas, l'Assemblée Nationale ne pourra pas être dissoute avant le 7 juin 2025. Le gouvernement Barnier devra donc tenir ces quelques mois si on veut un pays gouverné.

     

     
     


    Parmi les idées reçues, il y a que c'est un gouvernement de droite ou très à droite. Pauvre Didier Migaud que j'ai connu député de l'Isère pourtant bien à gauche dans les années 1990 (face à Alain Carignon dans l'agglomération grenobloise et en Isère), j'espère que son appétit institutionnel ne prendra pas ombrage de ces procès en trahison que ne manquent pas de lui faire ces potentats de la nouvelle farce populaire (NFP), à commencer par le NFP lui-même. Pour fonder cette idée reçue (gouvernement le plus à droite), on se réfère aux nouveaux ministres LR qui, quand ils étaient parlementaires, n'avaient pas eu l'honneur de voter pour les lois progressistes voire transgressives (pires, ils auraient voter contre). C'est pourtant un mauvais procès puisque la plupart des parlementaires de droite avaient voté contre et on n'a pas dit avant 2012 que c'étaient des gouvernements d'extrême droite. Quant aux intentions, Michel Barnier a déjà confirmé qu'il ne toucherait pas à ces réformes, et de toute façon, ce ne serait pas son intérêt de remettre dans l'actualité des sujets clivants alors qu'il doit d'abord faire adopter les projets de loi de finances et de financement de la sécurité sociale.

    L'idée que ces réformes sociétales risquent d'être abrogées a été véhiculée par l'ancien Premier Ministre Gabriel Attal, qui préside le groupe EPR, qui a besoin de marquer son territoire. Tout le monde, d'ailleurs, à l'intérieur ou à l'extérieur de la majorité gouvernementale, va marquer son territoire. On peut même imaginer un mini-clash entre Michel Barnier et Emmanuel Macron, sans conséquence sinon de mousse médiatique, pour bien montrer que l'un n'est pas l'autre et réciproquement.

    Autre critique et inquiétude dans les milieux sociaux, l'absence supposée de ministère du handicap. D'une part, c'est faux, le ministre chargé du handicap, c'est Paul Christophe, Ministre des Solidarités, de l'Autonomie et de l'Égalité entre les femmes et les hommes, c'est inclus dans l'Autonomie. D'autre part, on critique toujours le trop grand nombre de ministres (ce qui est le cas ici, 39 membres) et on critique l'absence de certains ministères, en créer de nouveaux. Les critiques sont toujours très contradictoires.


    On a dit aussi que les nouveaux ministres étaient des inconnus, mais ceux qui l'ont dit étaient généralement des éditorialistes politiques nationaux arrogants et paresseux qui, au contraire de leurs prédécesseurs, ne travaillent plus leur carte électorale ni leur carte politique. Heureusement, j'en ai entendu au moins un qui a relevé l'honneur de la profession, Patrick Cohen, qui, dans sa chronique à la matinale de France Inter du 23 septembre 2024, insistait sur le fait que tous ces nouveaux ministres étaient d'abord des élus locaux qui sont très connus de leurs administrés et jamais un gouvernement n'a représenté autant et aussi bien les territoires de la France que celui-ci, des ministres profondément ancrés dans leurs territoires, connaissant parfaitement la vie quotidienne des Français.

    C'est le contraire des gouvernements précédents qu'on disait hors sol, pas implantés, technocratiques, parisiens... Un journal (je ne sais plus lequel) a calculé la distance moyenne entre le lieu de naissance des ministres et Paris, dans le gouvernement Barnier, c'est autour de 200 kilomètres quand, pour les précédents gouvernements, c'était de l'ordre de 10 à 20 km (j'aurais préféré le calcul de la distance entre Paris et la collectivité locale dans laquelle étaient implantés les ministres).


    Patrick Cohen dit notamment : « Ces "inconnus" à Paris ne le sont pas à Lorient, à Valence, Châteauroux, Bordeaux, Le Havre, Mont-de-Marsan, Fécamp, Valenciennes, Oullins, Châteaugiron, Zuydcoote, Aubergenville… toutes ces villes où les nouveaux ministres œuvrent ou ont œuvré comme maire, maire-adjoint ou président de métropole. Il y a là un afflux inédit d’élus de terrain, qui répond aux procès en "déconnexion" régulièrement intentés à ceux qui nous gouvernent. ».

    Je dois d'ailleurs avouer bien modestement que je n'aurais pas été capable de situer deux des trois dernières communes citées : Châteaugiron près de Rennes (Françoise Gatel en a été la maire de 2001 à 2017) ; Zuydcoote, en revanche, je savais que c'est près de Dunkerque, grâce au film "Week-end à Zuydcoote" d'Henri Verneuil (sorti le 18 décembre 1964) avec Jean-Paul Belmondo et Jean-Pierre Marielle (Paul Christophe en a été le maire de 2008 à 2017) ; Aubergenville, dans les Yvelines, près de Flins-sur-Seine à cheval sur la cité jardin Élisabethville (Sophie Primas en a été la maire de 2014 à 2017).

    Et Patrick Cohen a souligné dans sa chronique que certes, la légitimité démocratique du nouveau gouvernement reste faible, mais aucun autre gouvernement n'aurait toutefois une meilleure légitimité démocratique : « Guère plus faible que celle de la gauche. Qui compte 20 députés de moins que l’alliance du centre et de LR. 193 contre 213. Pour le même nombre de voix au premier tour des législatives. Un peu moins de 9 millions. Et pour mémoire, 9 millions 3 pour le RN. ».


    Le plus fort de café sont ces gens de gauche qui fustigent le caractère droitier du gouvernement. Évidemment ! La gauche a refusé de gouverner. Ce n'est pas faute d'avoir essayé. Michel Barnier a proposé à Stéphane Le Foll, François Rebsamen, Karim Bouamrane, Philippe Brun, Jérôme Guedj, Carole Delga, Bernard Cazeneuve, etc. d'entrer au gouvernement et tous ont refusé, tous sauf Didier Migaud qui ne représente que lui-même, d'ailleurs (on peut prédire pour lui une démission spectaculaire dans quelques mois à la Nicolas Hulot). Forcément, dès lors que la gauche et en particulier le parti socialiste se défile pour prendre ses responsabilités et penser à l'intérêt national, le barycentre, mécaniquement, se déplace vers la droite. Rappelons et insistons, martelons : Emmanuel Macron était prêt à nommer Bernard Cazeneuve à Matignon, le seul accepté de gauche par le bloc central, susceptible de recueillir jusqu'à une majorité absolue, sans "surveillance" des extrêmes (tant du RN que de FI). C'est le PS qui l'a lourdé, comme un malpropre, et aujourd'hui, ses anciens soutiens au sein du PS (33 au bureau national, contre 38), font machine arrière et condamne la droitisation du gouvernement. Ils auraient pu sortir de la nasse de mélenchonisme d'Olivier Faure. Ils ont préféré l'hypocrisie des postures aux actes sincères. Au lieu d'avoir un programme de gauche édulcorée, ils ont un programme de droite droite... de leur fait ! De le volonté de ne pas vouloir l'intérêt des Français mais le leur.
     

     
     


    Amusant d'ailleurs de voir la manifestation révolutionnaire des insoumis contre Emmanuel Macron et Michel Barnier le samedi 21 septembre 2024. Quelques milliers de manifestants sur toute la France, tellement pitoyable qu'il n'y a pas eu de prétentions dans les chiffres des organisateurs ! C'est rassurant : les Français ne sont pas remacronisés ni barniérisés, mais ont le respect des responsables et attendent de juger sur les actes, sur les projets avant de critiquer, avant de lyncher.

    Prenons encore une autre idée reçue : le gouvernement Barnier serait à la merci du RN. En clair, il faut que le gouvernement Barnier obéisse aux injonctions du RN sinon, ce parti le censurerait. C'est encore une idée fausse : le RN n'a que 146 députés et il faut 289 voix pour faire tomber le gouvernement. Il n'est donc pas à la merci du RN ou plutôt, c'est le NFP qui le rend à la merci du RN puisque le NFP a déjà annoncé qu'il voterait systématiquement la censure. Si le PS, par exemple, négociait avec le gouvernement sa non-censure en échange de mesures concrètes, le PS pourrait avoir une influence bien plus grande que le RN. Le gouvernement Barnier est à la merci du RN uniquement parce que c'est la gauche qui le veut bien. C'est donc de l'imposture de le fustiger en même temps. Il est donc faux de dire que le gouvernement est l'otage du RN : il est l'otage du RN et du NFP à la fois.

     

     
     


    L'exemple le plus flagrant, qui montre que cela va être très difficile de gérer tous les ministres, s'est produit le 24 septembre 2024. Le nouveau Ministre de l'Économie et des Finances Antoine Armand a téléphoné à tous les partis sauf le RN. Michel Barnier s'est senti alors obligé d'appeler le RN pour ne pas l'exclure de la concertation. Marine Le Pen en a profité pour déclarer : « Quand j'entends Antoine Armand dire que sa porte est fermée au RN alors que le budget arrive, je pense que le Premier Ministre doit aller expliquer à ses ministres la philosophie de son gouvernement car il semblerait que certains n'aient pas encore totalement compris. ». Là encore, pas de quoi se trouver scandalisé : ceux qui sont choqués sont ceux qui ont mis le gouvernement dans cette situation. S'il donnait sa chance au gouvernement Barnier de trouver des compromis, c'est-à-dire de ne pas le censurer systématiquement, le NFP, surtout le PS, se trouverait en position d'arbitre et de faiseur de roi. Mais l'intérêt national ne les intéresse pas, ce qui rend le dialogue du gouvernement avec le RN crucial pour son existence.

    Je termine sur cet exercice de grand équilibriste que devra faire en ce moment Michel Barnier. Heureusement, il est sportif. Entre le lundi 23 septembre 2024 à 16 heures, fin du premier conseil des ministres à l'Élysée, et le vendredi 27 septembre 2024 à 15 heures, début du premier séminaire gouvernemental à Matignon (donc sans Emmanuel Macron), où le Premier Ministre va se mettre d'accord avec ses ministres sur leur programme gouvernemental, c'est la foire à la saucisse ! Il y a là une fenêtre de tir unique, pour les ministres, de faire avancer les dossiers qui leur tiennent à cœur, car après le discours de politique générale, la feuille de route aura été fixée et le gouvernement la prendra en référence en excluant tout autre projet.


    C'est pourquoi cette semaine, quelques ministres médiatiques annonceront leurs propres souhaits de réforme. Par exemple, Rachida Dati espère presser le pas pour poursuivre sa réforme en profondeur de l'audiovisuel public (par le regroupement de Radio France et France Télévisions, ce qui serait une erreur grave). Alors que le RN veut purement et simplement privatiser l'audiovisuel public et que la gauche veut augmenter les dépenses pour l'audiovisuel et donc, augmenter les impôts, Michel Barnier n'a aucun intérêt à poursuivre cette réforme qui, du reste, n'est pas d'une absolue urgence. Je lui souhaite bien du plaisir à circonscrire les ardeurs réformatrices de ses ministres !


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (24 septembre 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Législatives 2024 (50) : les premiers pas du gouvernement Barnier.
    Composition du Gouvernement Michel Barnier I nommé le 21 septembre 2024.
    Législatives 2024 (49) : les socialistes crient au secours la droite revient !
    Législatives 2024 (48) : les adieux de Bruno Le Maire à Bercy.
    Législatives 2024 (47) : le dur accouchement du gouvernement Barnier.
    Législatives 2024 (46) : les socialistes entraînés dans la destitution...
    Gérard Larcher, protecteur des institutions.
    "À vendre" Lucie Castets 9 000 €/mois !
    Législatives 2024 (45) : Michel Barnier, le choix de l'apaisement.
    Législatives 2024 (44) : l'introuvable Premier Ministre.
    Édouard Philippe massivement candidat.
    Législatives 2024 (43) : Haro sur le Beaudet !
    Législatives 2024 (42) : Bernard Cazeneuve et le retour à la case départ ?
    Législatives 2024 (41) : intérêt national et mode de scrutin.
    Législatives 2024 (40) : Patrick Cohen a raison !
    Législatives 2024 (39) : Consultations et mains tendues !
    Législatives 2024 (38) : la coconstruction du Premier Ministre.
    Législatives 2024 (37) : stupide chantage à la destitution !
    Législatives 2024 (36) : Gérald Darmanin plaide pour un Premier Ministre non macroniste !
    François Hollande sera-t-il le Premier Ministre de son ancien Ministre de l'Économie ?
    Législatives 2024 (35) : Vers une cohabitation du troisième type ?
    Législatives 2024 (34) : Lucie Castets noyée dans une réalité alternative !
    Législatives 2024 (33) : Le grain de sel du Sénat !
    Législatives 2024 (32) : Le casse-tête de Lucie Castets.
    Législatives 2024 (31) : Emmanuel Macron et les joyeux JO.
    Interview du Président Emmanuel Macron le 23 juillet 2024 sur France 2 (vidéo intégrale).
    Claude Malhuret au Sénat : le spectacle continue !
    Législatives 2024 (30) : coalition ou pacte ?
    Législatives 2024 (29) : le staff de l'Assemblée Nationale.
    Législatives 2024 (28) : la stratégie du chaos institutionnel de Jean-Luc Mélenchon.
    Législatives 2024 (27) : l'émotion de Yaël Braun-Pivet.
    Législatives 2024 (26) : les larmes de Marine Tondelier.
    Législatives 2024 (25) : faut-il ostraciser le RN à l'Assemblée Nationale ?
    Législatives 2024 (24) : Huguette Bello, mélenchonette en peau de lapin.
    Législatives 2024 (23) : grand pays recherche son gouvernement.
    Législatives 2024 (22) : qui au perchoir ?
    Législatives 2024 (21) : marche sur Matignon ?
    Lettre aux Français par Emmanuel Macron le 10 juillet 2024 (texte intégral).
    Législatives 2024 (20) : le poison du scrutin proportionnel.
    Législatives 2024 (19) : quel possible Premier Ministre pour une impossible majorité ?
    Législatives 2024 (18) : la fin du cauchemar Bardella (pour le moment).
    Résultats du second tour des élections législatives du 7 juillet 2024.
    Fake news : la scandaleuse manipulation politique du RN.
    Législatives 2024 (17) : rien n'est joué dimanche prochain !
    Législatives 2024 (16) : la question de dimanche prochain.
    Législatives 2024 (15) : les promesses n'engagent que ceux qui y croient !
    Législatives 2024 (14) : la revanche des gilets jaunes ?
    Législatives 2024 (13) : fortes mobilisations au premier tour.
    Résultats du premier tour des élections législatives du 30 juin 2024.
    Appel aux sociaux-démocrates.
    Éric Le Boucher : la France va plutôt bien (27 juin 2024).
    Législatives 2024 (12) : un isoloir, ce n'est pas un cabine d'essayage !
    Législatives 2024 (11) : front, rassemblement, union nationale, barrage, consignes de vote...
    Législatives 2024 (10) : il était une fois Jordan Bardella, Gabriel Attal et Manuel Bompard.
    Législatives 2024 (9) : Emmanuel Macron et son n'ayez-pas-peur !
    Interview d'Emmanuel Macron à Génération Do It Yourself le 24 juin 2024 (podcast intégral).
    Lettre aux Français d'Emmanuel Macron le 23 juin 2024 (texte intégral).
    Législatives 2024 (8) : la bataille de Matignon.
    Le programme aux élections législatives du 30 juin 2024 d'Ensemble pour la République (document à télécharger).
    Législatives 2024 (7) : Ensemble pour la République.
    Législatives 2024 (6) : Nicolas Sarkozy et François Fillon bougent encore !
    Législatives 2024 (5) : le trouble de Lionel Jospin.
    Législatives 2024 (4) : l'angoisse de Manuel Valls.
    Législatives 2024 (3) : François Hollande dans l'irresponsabilité totale !
    Législatives 2024 (2) : clarification ou chaos ?
    Législatives 2024 (1) : vaudeville chez Les Républicains.
    Sidération institutionnelle.
    Élections européennes 2024 (4) : la surprise du chef !
    Résultats des élections européennes du dimanche 9 juin 2024.

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240923-gouvernement-barnier.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/legislatives-2024-50-les-premiers-256921

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/09/24/article-sr-20240923-gouvernement-barnier.html



     

  • Législatives 2024 (49) : les socialistes crient au secours la droite revient !

    « Une équipe ! Maintenant, au travail ! » (Michel Barnier, le 21 septembre 2024 sur Twitter).



     

     
     


    Le plus important de ce très laconique tweet du Premier Ministre (qui est plutôt un taiseux et peut-être tant mieux), ce sont les deux petits drapeaux en guise de point final : drapeau français et drapeau européen. Certes, chaque ministre, chaque assemblée arbore désormais ce double symbole de la France et de l'Union Européenne, mais cela signifie bien la détermination du chef du gouvernement à ne pas céder à toute sorte de compromission contraire à ses valeurs. Il est un Européen convaincu et il le demeurera, comme il est un amoureux de la France.
     

     
     


    Donc, oui, ça y est !Juste avant le début de l'Automne. Accouchée dans la douleur, la composition du gouvernement Barnier a été annoncée ce samedi 21 septembre 2024 peu avant 19 heures 50 par le Secrétaire Général de l'Élysée Alexis Kohler, comme le veut la tradition républicaine.

    Ce qui n'était pas traditionnel, c'était la gestation de ce gouvernement pour remplacer le gouvernement de Gabriel Attal démissionnaire le 16 juillet 2024. Plus d'un mois et demi pour trouver un Premier Ministre (la balle à l'Élysée), puis seize jours (plus de deux semaines) pour arriver à une liste de ministres (la balle à Matignon). Très atypique, cette annonce un samedi soir, en plein week-end. A fortiori un samedi de la Journée du patrimoine où même le Palais de l'Élysée était envahi de visiteurs jusqu'à 18 heures. Plus logique en revanche de faire l'annonce juste avant le journal de 20 heures, il est encore des grands-messes qui obligent.

    Ce qui est, en revanche, ahurissant, c'est que cette composition a été élaborée à ciel ouvert, comme dans un gigantesque jeu de téléréalité. Au départ, Michel Barnier a fait des consultations en B to B (face-à-face) avec chaque parti prêt à s'engager et à s'investir dans cette aventure gouvernementale. Mais c'est vite devenu intenable, tant les caprices des uns, les calculs des autres, les lignes rouges, les irresponsabilités rendaient impossible toute solution.

     

     
     


    Le Premier Ministre a alors eu un coup de sang et s'est dit prêt à jeter l'éponge, ce qui aurait plongé la France dans une véritable crise politique. Et a décidé de faire comme lors de l'élection du pape par les cardinaux : on se réunit et on libère les participants seulement lorsqu'il y a une fumée blanche. C'était le jeudi 19 septembre 2024. On a pensé que tout était réglé, mais il a encore fallu travailler deux jours. Et pleine transparence, jusqu'aux coups de fil du Premier Ministre au Président de la République, jusqu'aux ministres pressentis qui, finalement, n'en seraient pas (exemples, Violette Spillebout à l'Éducation nationale, ou encore Mathieu Lefèvre, ancien collaborateur de Gilles Carrez et très proche de Gérald Darmanin, au Budget), tandis que Laurent Wauquiez paradait devant les députés LR pour proclamer sa non-participation (il était pressenti à Bercy). Quant à la très conservatrice Laurence Garnier, pressentie à la Famille, elle a été sauvée mais à la Consommation. On imagine le stress dans un tel cas et sans doute fallait-il prier pour que son nom ne soit pas publié trop tôt et lâché aux chiens médiatiques et internautiques.

    En tout cas, Michel Barnier a tenu son objectif de nommer tout son gouvernement avant dimanche soir pour un conseil des ministres le lundi 23 septembre 2024 à 15 heures, après les passations de pouvoir et avant le voyage du Président de la République à l'Assemblée Générale de l'ONU. Le prochain rendez-vous sera pour le 1er octobre 2024, date de rentrée parlementaire et surtout du crucial discours de politique générale (enfin, on va parler du fond après cet été surréaliste).

    À l'issue de la lecture de la liste des ministres, les commentateurs politiques, qu'ils soient journalistes ou responsables politiques, était particulièrement pitoyables et vides (je sais qu'il ne faut pas attendre grand-chose un samedi soir, même si on peut quand même noter la participation exceptionnelle sur BFMTV de l'éditorialiste Alain Duhamel, que j'apprécie). Pourquoi ? Parce que le vide ne vient pas de rien, il vient d'un parisianisme qui ne connaît que les ultracélèbres et qui ignore la réalité territoriale de la (vraie) classe politique. Avant (dans l'ancien monde ?), les journalistes politiques connaissaient exactement la carte électorale, qui était député et maire d'où, et sans s'aider de l'antisèche parfois trompeuse Wikipédia. Maintenant, le creux l'emporte sur le travail : on se repose simplement sur des préjugés, des clichés, des impressions pour faire de commentaires peu pertinents... Exemple frappant : un éditorialiste proche du RN évoquait le choc idéologique entre Bruno Retailleau et Didier Migaud... sans connaître l'idéologie de ce dernier puisque ce dernier, fort discret depuis 2010 sur le plan politique, a quitté l'engagement militant.

    Moi, je dis deux choses à propos de ce nouveau gouvernement. D'une part, et c'est ce qui suit, il y a des noms intéressants, des pépites, des personnalités peu connues qui méritent de l'être, et une construction beaucoup plus subtile et sophistiquée qu'on veuille bien le croire (ce qui justifie ce temps long et confirme que Michel Barnier est un vieux routard de la vie politique). D'autre part, et je pense que cette affirmation peut être partagée par beaucoup de Français, même s'ils ne sont pas de la même opinion politique que la coalition qui va gouverner, il faut que le gouvernement Barnier réussisse, car il faut que la France gagne. L'intérêt national commande la réussite, du moins pour quelques mois, de cette tentative désespérée de sortir de l'impasse. Laissons les ministres, le gouvernement gouverner, donnons-leur au moins la chance de montrer ce qu'ils vont faire, avant tout préjugé. À l'épreuve du pouvoir, les gens peuvent changer. Les Français doivent les juger sur les actes, pas sur les réputations (très faibles ici puisque la plupart des ministres sont inconnus tant du grand public que des journalistes autosatisfaits).

     

     
     


    Et rappelons l'origine de l'impasse. L'impasse, ce n'est pas la dissolution par Emmanuel Macron. Certes, à sa place, je n'aurais jamais pris cette décision téméraire à ce moment précis de notre vie démocratique, mais c'est son choix, souverain, constitutionnel, et il n'y a pas à épiloguer sur le sujet. Du reste, le RN avait réclamé cette dissolution depuis plusieurs mois et on ne peut pas critiquer la dissolution et en même temps traiter Emmanuel Macron d'autocrate voire de dictateur. Il a fait appel au peuple français. Personne ne peut le lui reprocher !

    L'impasse, elle ne vient pas de là. De cette dissolution, comme la précédente, en 1997, aurait pu survenir une majorité absolue claire, d'un camp ou d'un autre, on aurait été alors joyeux dans le camp des vainqueurs ou déçus dans le camp des vaincus, mais il y aurait des gagnants et des perdants et il y aurait un gouvernement stable pour appliquer une politique donnée. Si ces élections législatives anticipées n'ont pas abouti à cela, ce n'est pas la faute d'Emmanuel Macron, c'est celle du peuple ! Ce sont les électeurs qui ont choisi trois blocs, ou plutôt, qui ont choisi de manière à rejeter les deux autres blocs, si bien que l'Assemblée s'est retrouvée divisée en trois et pas en deux. C'est ce vote, pas collectivement conscient de la difficulté, mais résultat d'un véritable état de l'opinion, divisée en trois, qui a fait toute la difficulté et je trouve qu'Emmanuel Macron a réussi à trouver le bon Premier Ministre au bon moment. Il s'en sort bien.

    De quoi est donc la cause de ce gouvernement ? D'une réflexion menée simplement : pas de majorité pour la nouvelle farce populaire (NFP), qui n'a que 193 députés sur 289, loin donc d'une majorité absolue ; pas de majorité pour le RN, mais avec 146 députés, ceux-là le reconnaissent bien volontiers et on peut louer leur lucidité. Le bloc central qui cumule le camp présidentiel et Les Républicains totalisent autour de 220 députés (soit plus que le NFP, d'où la victoire de Yaël Braun-Pivet sur André Chassaigne au perchoir). C'est nettement insuffisant pour une majorité absolue, mais mieux que le NFP. Faute d'un compromis à gauche, le compromis s'est déplacé à droite et à l'extrême droite. En gros, le RN a accepté l'idée de ne pas immédiatement censurer le nouveau gouvernement si on l'écoutait sur les noms à ne pas prendre (en l'occurrence Xavier Bertrand, Éric Dupond-Moretti et Gérald Darmanin).

    Pour avoir le détail des noms et des postes, on pourra lire la totalité de cette composition ici. La première chose qui frappe est le nombre pléthorique de ministres : contrairement à d'habitude, il n'y a pas eu l'affichage hypocrite d'une volonté d'un gouvernement resserré. Ce n'est même pas préférable (parmi les premières critiques, celle qu'il n'y a pas de ministère pour les personnes en situation de handicap alors que pourtant, il y a un ministère pour l'autonomie qui inclut bien sûr le handicap : c'est la schizophrénie française, on critique l'endettement et on veut toujours dépenser plus ; on veut un gouvernement resserré mais on voudrait avoir mille ministères de tout et de rien). Celui de Michel Barnier est très clairement pléthorique car il était impossible de faire autrement pour satisfaire tous les partis de la coalition. 40 membres si l'on compte le Premier Ministre (qui reste chargé de la Planification écologique comme ses deux prédécesseurs), 19 ministres pleins, 15 ministres délégués et 5 secrétaires d'État. Parité parfaite : 20 femmes, 20 hommes.

     

     
     


    La première remarque évidente, c'est qu'il n'y a que des politiques, quasiment que des politiques, pour 39 sur 40 : d'après ma comptabilité (je ne tiens pas compte qu'une nouvelle ministre a quitté LR le 11 juin 2024 à cause de l'alliance d'Éric Ciotti), il y a 15 LR (dont 2 proches de Valérie Pécresse et 1 proche de Xavier Bertrand), 12 EPR (Renaissance), 3 UDI, 3 MoDem, 2 Horizons, 2 ex-LR, 1 radical, 1 ex-PS et 1 sans étiquette (Clara Chappaz, directrice de la French Tech de 2021 à 2024 nommée Secrétaire d'État chargée de l'Intelligence artificielle et du Numérique).

    Seulement six ministres sortants sont reconduits, dont deux (voire trois) gardent leur ministère : Sébastien Lecornu aux Armées (on lui a rajouté les Anciens combattants), Rachida Dati à la Culture (on lui a rajouté le Patrimoine), éventuellement Agnès Pannier-Runacher qui hérite du grand Ministère de la Transition écologique, de l'Énergie, du Climat et de la Prévention des risques (elle était déjà dans ce ministère dans certains précédents gouvernement). Trois autres changent d'attributions : Catherine Vautrin (Territoires et Décentralisation), Jean-Noël Barrot (Quai d'Orsay) et Guillaume Kasbarian (Fonction publique entre autres). On pourrait rajouter une septième ministre sortante, mais sortie dès juillet 2023 : Geneviève Darrieussecq, qui devient Ministre de la Santé (elle est médecin). Enfin, deux autres ont été déjà ministres avant 2017 : Valérie Létard et Michel Barnier (sous Nicolas Sarkozy). En tout, donc, 9 ministres expérimentés sur 40, ou, à l'envers, 31 nouveaux ministres, noms nouveaux, sur 40.

    Cette dernière remarque signifie qu'il y a un grand renouvellement des personnes. Mais le poids politique aussi est important. Les poids lourds actuels de cette coalition sont à l'extérieur du gouvernement : Gabriel Attal, Édouard Philippe, Gérald Darmanin, François Bayrou, Élisabeth Borne, Xavier Bertrand, Laurent Wauquiez, Valérie Pécresse, Bruno Le Maire sont à l'extérieur. Si on veut donner le qualificatif de poids lourd au-delà de Michel Barnier, ce sera sans doute à Bruno Retailleau, très influent président du groupe LR au Sénat, qui aurait sans doute été le Premier Ministre de François Fillon en cas d'élection de ce dernier. Bruno Retailleau est nommé Ministre de l'Intérieur. Ce choix est crucial. L'opposition de gauche l'accuse déjà d'être "inhumain" (ce qui est un sacré argument politique !). Notons d'ailleurs (je ne suis pas le seul à faire ce constat) qu'Éric Ciotti, qui rêve d'être Ministre de l'Intérieur, aurait certainement été nommé dans ce gouvernement à ce poste s'il ne s'était pas jeté, trop confiant dans les sondages, dans les bras incertains de Marine Le Pen.

    Autre remarque, les noms de ministères et leur architecture. Beaucoup de nouvelles appellations, parfois assez longues. Sur la structure, il faut noter l'indépendance du logement (une réelle politique du logement est nécessaire), mais aussi des transports par rapport à la transition écologique. C'est très intelligent de faire dépendre les transports des territoires. Le Ministère de l'Europe dépend à la fois du Quai d'Orsay (domaine du Président) et de Matignon (domaine du Premier Ministre). Les Outre-mer dépendent directement de Matignon et pas de l'Intérieur comme à l'époque de Gérald Darmanin (une des revendications des indépendantistes en Nouvelle-Calédonie). Au-delà d'une Ministre déléguée chargée des Relations avec le Parlement et d'une porte-parole du gouvernement, il y a aussi une Ministre déléguée chargée de la "Coordination gouvernementale". Enfin, on peut aussi s'étonner que le Ministère du Budget et des Comptes publics soit rattaché à Matignon et pas à Bercy.

    Comme dans chaque gouvernement, beaucoup de personnalités sont de grande valeur, énarques, normaliens, ESSEC, IEP, etc. (de formation), avec une trajectoire personnelles très intéressante et diversifiée. On peut citer deux présidents de commission bombardés ministres : le président de la commission des affaires économiques Antoine Armand (EPR) nommé à 33 ans (il les a eus il y a onze jours) Ministre de l'Économie, des Finances et de l'Industrie ; celui de la commission des affaires sociales Paul Christophe (Horizons) nommé Ministre des Solidarités, de l'Autonomie et de l'Égalité entre les femmes et les hommes (amusant de voir dans la défense des femmes... un homme).

     

     
     


    Dernière remarque, anecdotique celle-ci : certains sont nommés alors qu'ils ont échoué aux élections législatives, c'est le cas notamment de François Durovray et Laurent Saint-Martin.

    Trois critiques reviennent généralement dans les réactions à ce nouveau gouvernement, issues des extrêmes.

    La première, c'est de dire, de croire, de faire croire que ce gouvernement est la suite du macronisme (elle provient de l'extrême gauche et de l'extrême droite). C'est ne rien comprendre à Michel Barnier de dire cela. C'est surtout factuellement faux. On reprochait à Emmanuel Macron de faire ses gouvernements (sauf le dernier) en se basant sur des non-personnalités politiques, sur des personnes dites de la "société civile", en somme, sur des ministres hors sol. Celui de Michel Barnier est exactement l'inverse. Comme je l'ai écrit, il est ultrapolitisé (chaque ministre a eu un engagement politique, une histoire politique parfois très ancienne, cinquante-deux ans pour le premier d'entre eux). Il est au contraire très axé sur les territoires : beaucoup de sénateurs (en particulier LR), et les sénateurs sont sur le terrain, connaissent parfaitement les communes, les départements, il y a aussi beaucoup de maires ou de présidents d'exécutif, comme Gil Avérous (maire de Châteauroux), Fabrice Loher (maire de Lorient), Nicolas Daragon (maire de Valence), François Durovray (président du conseil départemental de l'Essonne), etc. Si on prend les parlementaires qui ont dû quitter leur mandat exécutif mais qui y sont restés très attachés (comme Bruno Retailleau pour la Vendée et les Pays de la Loire, Valérie Létard pour le Nord et Valenciennes, Marie-Agnès Poussier-Winsback pour Fécamp, Alexandre Portier pour Villefranche-sur-Saône, Geneviève Darrieussecq pour Mont-de-Marsan, Sébastien Lecornu pour l'Eure et Vernon, François-Noël Buffet pour Lyon, Othman Nasrou pour Trappes, etc.), alors on a une France des territoires très diversifiée et aussi très connue localement.

    Les Français ont voulu un réel changement dans leur gouvernance, et il l'ont obtenu avec le gouvernement Barnier. Les principaux ténors du gouvernement précédent sont hors des ministères, même certains, comme Gérald Darmanin, qui auraient bien voulu rester.

    La deuxième critique, provenant exclusivement des insoumis, est de dire que ce gouvernement est vendu à l'extrême droite, ce qui est d'autant plus excessif et stupide qu'il suffit d'écouter l'opinion des députés RN sur ce gouvernement. Le RN n'a pas intérêt à un clash alors qu'à la veille de la rentrée parlement s'ouvre le procès du RN, mais la nature revient toujours au galop et on peut lire ici ou là l'absence d'approbation d'une telle composition (ce qui ne veut pas dire la censure).
     

     
     


    Enfin, celle relayée le plus dans les médias, la troisième critique, provenant surtout des socialistes, qui condamnent ce gouvernement de droite ! Ce PS mélenchonisé définitivement n'est vraiment plus récupérable ! Ce sont les socialistes eux-mêmes qui ont refusé d'entrer au gouvernement, et après, ils critiquent le gouvernement qui n'a rien à gauche. C'est dément comme argumentation et les Français aiment bien un peu de logique dans les postures politiques. Emmanuel Macron avait pressenti Bernard Cazeneuve à Matignon, mais le PS l'a flingué en direct à Blois. Le plus hypocrite est François Hollande qui critique la nomination de Michel Barnier mais qui n'a pas levé son petit doigt pour aider son ancien Premier Ministre, de peur de contrarier le gourou des insoumis. Mais même après le choix du Premier Ministre, tout restait possible. Michel Barnier a proposé à de nombreux hiérarques socialistes d'entrer au gouvernement, notamment à Bernard Cazeneuve, Stéphane Le Foll, Jérôme Guedj, Karim Bouamrane, François Rebsamen, Carole Delga, Philippe Brun... Le PS a refusé de gouverner et ensuite, il critique le choix d'un gouvernement "de droite", quelle hypocrisie et quelle contradiction !

    On a reproché à Michel Barnier de faire du casting avant de définir le fond de son programme. En termes de programme, son gouvernement sera certainement bien humble : s'il arrive à faire adopter les deux lois de finances avant le 31 décembre 2024, il sera bien content. Selon Matignon, Michel Barnier souhaiterait coconstruire son plan d'action avec les ministres. Si les socialistes avaient accepté d'être présents, ils auraient pu infléchir la politique de la nation à gauche. Ils ont préféré servir de serviles faire-valoir à Jean-Luc Mélenchon. Ils n'auront plus aucune influence, à l'image du 1,7% de leur score à la présidentielle.

    Ce dimanche, le maître mot sera donc : PASSATION !



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (21 septembre 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Composition du Gouvernement Michel Barnier I nommé le 21 septembre 2024.
    Législatives 2024 (49) : les socialistes crient au secours la droite revient !
    Législatives 2024 (48) : les adieux de Bruno Le Maire à Bercy.
    Législatives 2024 (47) : le dur accouchement du gouvernement Barnier.
    Législatives 2024 (46) : les socialistes entraînés dans la destitution...
    Gérard Larcher, protecteur des institutions.
    "À vendre" Lucie Castets 9 000 €/mois !
    Législatives 2024 (45) : Michel Barnier, le choix de l'apaisement.
    Législatives 2024 (44) : l'introuvable Premier Ministre.
    Édouard Philippe massivement candidat.
    Législatives 2024 (43) : Haro sur le Beaudet !
    Législatives 2024 (42) : Bernard Cazeneuve et le retour à la case départ ?
    Législatives 2024 (41) : intérêt national et mode de scrutin.
    Législatives 2024 (40) : Patrick Cohen a raison !
    Législatives 2024 (39) : Consultations et mains tendues !
    Législatives 2024 (38) : la coconstruction du Premier Ministre.
    Législatives 2024 (37) : stupide chantage à la destitution !
    Législatives 2024 (36) : Gérald Darmanin plaide pour un Premier Ministre non macroniste !
    François Hollande sera-t-il le Premier Ministre de son ancien Ministre de l'Économie ?
    Législatives 2024 (35) : Vers une cohabitation du troisième type ?
    Législatives 2024 (34) : Lucie Castets noyée dans une réalité alternative !
    Législatives 2024 (33) : Le grain de sel du Sénat !
    Législatives 2024 (32) : Le casse-tête de Lucie Castets.
    Législatives 2024 (31) : Emmanuel Macron et les joyeux JO.
    Interview du Président Emmanuel Macron le 23 juillet 2024 sur France 2 (vidéo intégrale).
    Claude Malhuret au Sénat : le spectacle continue !
    Législatives 2024 (30) : coalition ou pacte ?
    Législatives 2024 (29) : le staff de l'Assemblée Nationale.
    Législatives 2024 (28) : la stratégie du chaos institutionnel de Jean-Luc Mélenchon.
    Législatives 2024 (27) : l'émotion de Yaël Braun-Pivet.
    Législatives 2024 (26) : les larmes de Marine Tondelier.
    Législatives 2024 (25) : faut-il ostraciser le RN à l'Assemblée Nationale ?
    Législatives 2024 (24) : Huguette Bello, mélenchonette en peau de lapin.
    Législatives 2024 (23) : grand pays recherche son gouvernement.
    Législatives 2024 (22) : qui au perchoir ?
    Législatives 2024 (21) : marche sur Matignon ?
    Lettre aux Français par Emmanuel Macron le 10 juillet 2024 (texte intégral).
    Législatives 2024 (20) : le poison du scrutin proportionnel.
    Législatives 2024 (19) : quel possible Premier Ministre pour une impossible majorité ?
    Législatives 2024 (18) : la fin du cauchemar Bardella (pour le moment).
    Résultats du second tour des élections législatives du 7 juillet 2024.
    Fake news : la scandaleuse manipulation politique du RN.
    Législatives 2024 (17) : rien n'est joué dimanche prochain !
    Législatives 2024 (16) : la question de dimanche prochain.
    Législatives 2024 (15) : les promesses n'engagent que ceux qui y croient !
    Législatives 2024 (14) : la revanche des gilets jaunes ?
    Législatives 2024 (13) : fortes mobilisations au premier tour.
    Résultats du premier tour des élections législatives du 30 juin 2024.
    Appel aux sociaux-démocrates.
    Éric Le Boucher : la France va plutôt bien (27 juin 2024).
    Législatives 2024 (12) : un isoloir, ce n'est pas un cabine d'essayage !
    Législatives 2024 (11) : front, rassemblement, union nationale, barrage, consignes de vote...
    Législatives 2024 (10) : il était une fois Jordan Bardella, Gabriel Attal et Manuel Bompard.
    Législatives 2024 (9) : Emmanuel Macron et son n'ayez-pas-peur !
    Interview d'Emmanuel Macron à Génération Do It Yourself le 24 juin 2024 (podcast intégral).
    Lettre aux Français d'Emmanuel Macron le 23 juin 2024 (texte intégral).
    Législatives 2024 (8) : la bataille de Matignon.
    Le programme aux élections législatives du 30 juin 2024 d'Ensemble pour la République (document à télécharger).
    Législatives 2024 (7) : Ensemble pour la République.
    Législatives 2024 (6) : Nicolas Sarkozy et François Fillon bougent encore !
    Législatives 2024 (5) : le trouble de Lionel Jospin.
    Législatives 2024 (4) : l'angoisse de Manuel Valls.
    Législatives 2024 (3) : François Hollande dans l'irresponsabilité totale !
    Législatives 2024 (2) : clarification ou chaos ?
    Législatives 2024 (1) : vaudeville chez Les Républicains.
    Sidération institutionnelle.
    Élections européennes 2024 (4) : la surprise du chef !
    Résultats des élections européennes du dimanche 9 juin 2024.

     

     
     





    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240921-gouvernement-barnier.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/legislatives-2024-49-les-256891

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/09/21/article-sr-20240921-gouvernement-barnier.html







     

  • Législatives 2024 (48) : les adieux de Bruno Le Maire à Bercy

    « Comme dirait Michel Sardou, je vous aime, mais je pars. (…) Je pars avec le sentiment profond que ces sept années ont été utiles pour la France. Cela aura été un honneur dans ma vie politique d'occuper les fonctions de Ministre de l'Économie et des Finances pendant plus de sept ans. Je veux donc marquer ma reconnaissance sincère et profonde au Président de la République. » (Bruno Le Maire, le 12 septembre 2024 à Bercy).




     

     
     


    Étrange coïncidence du destin, celui qu'on pourrait considérer comme le premier Ministre de l'Économie et des Finances de la France, le Surintendant des Finances de François Ier, à savoir Jacques de Beaune, baron de Semblançay, a quitté ses fonctions il y a 500 ans, en 1524. La petite différence, c'est qu'il a commencé en 1518 et pas 1517. Un demi-millénaire plus tard, Bruno Le Maire, Ministre de l'Économie et des Finances depuis le 17 mai 2017, s'apprête à quitter Bercy dans quelques jours, quelques heures, le temps que le gouvernement de Michel Barnier soit définitivement nommé. Contrairement aux premières esquisses de composition, son successeur ne sera pas Laurent Wauquiez avec qui il siégeait déjà au gouvernement sous la Présidence de Nicolas Sarkozy (ce qui fait au total un peu moins de onze ans au gouvernement ; plus de dix ans, c'est rare dans la vie politique).

    Plus de sept ans sans discontinuité aux Finances, c'est un record sous les républiques. Sous cinq gouvernements et quatre Premiers Ministres. Seul Valéry Giscard d'Estaing est resté plus longtemps à ce poste, mais en discontinuité, près de neuf ans : du 18 janvier 1962 au 8 janvier 1966 puis du 20 juin 1969 au 27 mai 1974, jusqu'à son élection pour accomplir un septennat. Le précédent record (sans discontinuité) remonte à Napoléon Ier, avec son Ministre du Trésor public Nicolas François Mollien, du 27 janvier 1806 au 1er avril 1814.

    Contrairement à ce que raconte Michel Houellebecq dans l'un de ses derniers romans d'anticipation politique, Bruno Le Maire (qu'il a rencontré et apprécié pour rédiger son livre) n'aura pas été l'unique Ministre de l'Économie et des Finances des deux quinquennats du Président Emmanuel Macron, et il n'aura pas été en position d'être candidat à la prochaine élection présidentielle, après les dix années (dans le roman non plus, car finalement, "le Président" choisit un animateur humoriste populaire pour le remplacer temporairement ; serait-ce Volodymyr Zelensky ?). Il y a beaucoup trop de concurrence pour être "l'héritier" : Édouard Philippe, Gabriel Attal, Gérald Darmanin, et pourquoi pas, Élisabeth Borne et toujours François Bayrou...

    Il vient de recevoir l'autorisation d'enseigner en Suisse et il va donc profiter du début de l'année scolaire pour être professeur d'économie et de géopolitique à Lausanne. Un exil pédagogique autant que politique volontaire qui fait penser à ceux de Philippe Séguin et Alain Juppé au Québec. À 55 ans, il pourrait toujours compter sur un retour et jouer le rôle de l'homme providentiel, mais ce n'est pas sûr qu'il puisse se relever de son impopularité acquise à Bercy.

    Une impopularité acquise surtout depuis quelques mois, depuis environ mars 2024, quand il avait averti que le déficit public de 2023 allait dépasser largement les prévisions, à 5,6% du PIB. Au risque d'être anti-électoral (à l'approche des élections européennes), Bruno Le Maire avait brandi une réduction des dépenses de 10 à 15 milliards d'euros pour 2024 (le gouvernement n'est pas obligé de dépenser la totalité des montants votés par les parlementaires dans la loi de finances ; il ne peut pas dépenser plus mais il peut dépenser moins).

    C'était une initiative politiquement et électoralement casse-cou. Sa réaction à la dissolution l'avait d'ailleurs complètement disqualifié aux yeux de l'Élysée : « Vous savez, les parquets des ministères et des palais de la République sont pleins de cloportes. Il y a toujours eu des cloportes, cela fait partie de la vie politique française. Ils sont dans les parquets, dans les rainures des parquets, c'est très difficile de s'en débarrasser. Le mieux, c'est de ne pas les écouter, et de rester à sa place, qu'on soit Président de la République, Premier Ministre, ministre, et prendre ses décisions en conscience. » (il parlait ainsi de la dictature des conseillers occultes le 20 juin 2024 sur TV5-Monde avec un mot très violent).





    Pour marquer le coup, au-delà de ses obligations ministérielles (comme son audition à la commission des finances de l'Assemblée Nationale le 9 septembre 2024), Bruno Le Maire a voulu faire un discours d'adieu avant de partir. Pour ne pas refaire comme Gabriel Attal lors de sa passation des pouvoirs à Michel Barnier à Matignon, il a préféré séparer le discours d'adieu et le discours assez formel de passation des pouvoirs avec son successeur (très bientôt).

    Il a ouvert son discours sur un remerciement à Emmanuel Macron à qui, en quelque sorte, il a succédé à Bercy (pas tout à fait directement). Pour Emmanuel Macron, le secteur de l'économie est important pour redresser la France, sa grandeur, et le choix de Bruno Le Maire, qui plus est unique jusqu'à la dissolution, montre la grande confiance du Président de la République. Rappelons que Bruno Le Maire avait été pressenti pour succéder à Christine Lagarde en juin 2011 lorsqu'elle avait été nommée directrice générale du FMI, mais finalement, François Baroin avait arraché sa nomination à Bercy par Nicolas Sarkozy (dans le troisième gouvernement de François Fillon).

    Tout le problème du "bilan" de Bruno Le Maire est dans cette contradiction qui va bien au-delà de la Présidence d'Emmanuel Macron : économiquement, la France va beaucoup mieux, le chômage a baissé durablement, les emplois industriels sont recréés, l'innovation frôle l'excellence, la France est le pays européen le plus attractif des investisseurs étrangers, et l'inflation est revenue à un taux assez faible ; mais parallèlement, jamais le sentiment de précarité, de salaire trop bas, de pouvoir d'achat insuffisant, d'insécurité financière autant que physique n'a été ressenti aussi fortement par les Français que pendant cette période, en particulier en raison des crises nombreuses (gilets jaunes, covid-19, guerre en Ukraine, énergie, etc.), mais aussi en raison d'une transformation en profondeur, autant sociologique que technologique, de la société française. Ce n'est pas nouveau qu'on manque de repères, qu'on regrette les temps anciens (quand on était jeunes), mais cette perte d'identité est nettement plus fortement ressentie dans une nation qui n'est plus isolée, qui est dans une monde global où les échanges de biens et de personnes sont possibles avec la planète entière. Sentiment amplifié par les nouveaux modes de communication, chaînes d'information continue pour les surréactions, réseaux sociaux pour les grains de sel souvent négatifs et destructeurs, déclinistes et pessimistes, dans tous les cas dénigreurs. Je précise bien sûr qu'il ne s'agit pas que d'un sentiment de déclassement, c'est aussi la réalité de plusieurs millions de Français, et si ce n'est pas une réalité, c'est une angoisse qu'elle le devienne, ce qui, psychologiquement, est à peine mieux. La société est de plus en plus à deux vitesses, ceux qui sont prêts à assumer le choc de la compétitivité avec le monde entier, et ceux qui ne s'en sentent pas capables.

     

     
     


    Malgré les difficultés, malgré le problème d'endettement durable et de déficit momentané (le maintien de la croissance permet d'être optimiste à moyen terme), Bruno Le Maire a brossé un bilan évidemment positif de son action : « En me nommant [il s'adressait alors au Président de la République], vous m'aviez fixé une mission : transformer l'économie française. Année après année, obstinément, laborieusement, consciencieusement, nous avons engagé cette grande transformation économique de la France. Contre la valse des impôts, nous avons fait le choix de la stabilité fiscale, contre le déclassement des classes moyennes, nous avons revalorisé le travail, contre les délocalisations de masse, nous avons engagé la réindustrialisation des territoires, contre le French bashing, nous avons fait de la France la nation la plus attractive en Europe. (…) Cette grande transformation économique ne doit pas être une parenthèse dans la vie de notre nation. Elle doit être le socle de nos ambitions économiques nationales futures. Car cette grande transformation nous a fait réussir parmi les autres nations en Europe. Depuis sept ans, la croissance cumulée de la France est supérieure à celle de la Grande-Bretagne, de l'Italie ou de l'Allemagne. Depuis sept ans, le chômage baisse, des usines vertes ouvrent, les investisseurs viennent, l'inflation est repassée sous les 2%. Depuis sept ans, la France enregistre des résultats économiques que nous devons confirmer dans les années à venir. ».

    Le ministre démissionnaire a en particulier évoqué l'une des raisons de ses succès, sa stabilité : « Le Président de la République, les Premiers Ministres successifs (…) m'ont donné ce qui est la condition nécessaire de tout succès en politique : le temps. Le temps long est une force et une vertu. Le temps long de la politique économique rassure les entrepreneurs, qui ont besoin de stabilité. Le temps long de la politique fiscale donne la visibilité nécessaire pour investir, consommer, par conséquent soutenir la croissance. Le temps long évite les embardée, les humeurs, les modes, les querelles, les polémiques, les changements de pied incessants qui sont trop souvent le lot de notre vie politique nationale. ».

    Bruno Le Maire a présenté les trois phases des finances publiques pendant lesquelles il était responsable : 2017-2019 : phase de rétablissement des comptes publics avec déficit inférieur à 3% du PIB ; 2020-2022 : phase de protection face aux crises « qui a entraîné des dépenses nouvelles, massives et nécessaires face à un effondrement de notre production économique et à la flambée des prix » ; depuis 2023 : phase de retour à la normale. En expliquant (extrait qui allait être abondamment repris par les journalistes) : « Dans notre histoire financière, le virage du retour à la normale est toujours le plus difficile à négocier. Tout le monde réclame de l'ordre dans les comptes, personne ne propose des économies. Tout le monde veut le désendettement, personne ne soutient nos réductions de dépenses. C'est l'hypocrisie française : on veut de la dette en moins et des dépenses en plus. Pourtant, ce sont des somnambules, ceux qui proposent de dépenser toujours plus d'argent public. Ce sont des somnambules, ceux qui promettent de revenir sur la réforme des retraites sans toucher à la feuille de paye ni aux pensions et en promettant plus de pouvoir d'achat. Ce sont des somnambules, ceux qui dénoncent l'austérité dans une France qui redistribue sa richesse plus largement que n'importe quelle autre nation. Le réveil sera douloureux. Pas pour les somnambules, mais pour la France. Car le sommeil conduit toujours à la servitude. ».

    Le Ministre des Finances a embrayé sur l'importance de ne pas renforcer la pression fiscale, malgré les grandes tentations politiques de le faire : « La France ne doit pas revenir en arrière non plus sur les impôts. Malgré nos 55 milliards d'euros de baisses d'impôts depuis 2017, sur les ménages comme sur les entreprises, la France garde un niveau de pression fiscale parmi les plus élevés au monde. Pourtant, à écouter les commentaires, les recommandations des spécialistes, les avis des conseilleurs qui ne sont jamais les payeurs, la plus grande pente reste toujours de relever les impôts. Ne cédons pas à cette facilité. Si nous voulons livrer un combat fiscal, livrons-le au niveau international : taxons à un juste niveau les plus grandes fortunes de la planète. Nous avons mené avec succès deux combats majeurs sur la fiscalité internationale : la taxation des géants du numérique et la taxation minimale des multinationales. Battons-nous pour gagner ce troisième combat : voilà une défi à la hauteur de la France ! ».

    Et d'ajouter un peu plus tard : « Peu à peu, la France renoue avec sa vocation de grande nation manufacturière, innovante, audacieuse : une grande nation de production. Nous devons faire passer de 10 à 15% la part de l'industrie manufacturière dans notre richesse nationale. Pour cela, gardons un cadre fiscal attractif pour les entreprises. (…) Plutôt que défaire, regardons par conséquent ce que nous pouvons faire mieux. ».

    Trois pistes pour faire mieux, selon l'ancien directeur de cabinet de Dominique de Villepin à Matignon :

    Les salaires : « Redonner un espoir salarial à toutes celles et tous ceux qui travaillent, voilà le défi français. Cet espoir salarial, il se construira dans la réduction des écarts entre salaire brut et salaire net, dans une refonte en profondeur de nos allègements de charges, par une remise à plat de notre modèle social. Notre modèle social ne peut plus être financé à titre principal par les contributions sur le travail. Sans quoi le travail ne sera plus une liberté, mais une contrainte ; plus la clef des rêves, mais une source de découragement. (…) Pour augmenter durablement les salaires, il faut augmenter fortement la productivité du travail. ».


    Le climat : « Tout notre outil de production, toute notre innovation, notre recherche, nos grands acteurs bancaires et assurantiels, nos champions du bâtiment, de la construction, du transports, du traitement des eaux, de l'énergie, doivent se mettre au service de cette immense révolution de la transition énergétique et de la lutte contre le réchauffement climatique. Ils le font déjà. Nous devons les accompagner pour faire davantage encore. Avec un objectif collectif : être la première économie 0 émission en Europe en 2040. Objectif ambitieux ? Mais les grandes ambitions n'ont jamais fait peur à la France. Au contraire : nous sommes un peuple pionnier. Nous aimons l'aventure et la grandeur. ».

    Le financement de notre économie : « Nous manquons de financements privés en Europe pour faire face à la double révolution technologique et climatique. (…) Nous devons améliorer le financement de notre économie et le diversifier. Nous devons alléger les contraintes réglementaires qui pèsent sur les banques et les assurances. Nous devons sans délai mettre en place l'union des marchés de capitaux, trouver les financements nécessaires pour nos pépites technologiques, améliorer notre productivité. Notre productivité européenne chute depuis vingt ans quand la productivité américaine flambe. Plus d'innovation, plus de formation, un meilleur niveau éducatif, ce sont les conditions du rétablissement de notre prospérité collective. Nous ne pouvons pas lambiner quand les autres puissances galopent. ».

    Inutile de préciser que, même si le ministre quitte (momentanément ?) la vie politique, cet exposé des choses à faire ressemble furieusement à un programme électoral et aussi à une vison à long terme de l'économie française.
     

     
     


    Bruno Le Maire espère aussi la reprise rapide du projet de loi sur la simplification qu'il n'a pas pu achever. Il a par ailleurs salué et remercié toutes les personnes qui l'ont accompagné pendant ces sept années, des ministres délégués, des hauts fonctionnaires, collaborateurs, membres de cabinet, directeurs d'administration, parlementaires, maires et élus locaux qui sont venus l'écouter, etc. (plus de 1 200 personnes sont venues l'écouter). Il a aussi remercié les 130 000 agents du ministère « techniciens, contrôleurs, douaniers, statisticiens, juristes, informaticiens, économistes, qui font la force de cette maison ».

    Et quel a été son moment le plus intense ? « Je pourrais répondre : le jour où le Premier Ministre israélien s’est retrouvé coincé dans un des ascenseurs de Bercy, le jour où le chat Olive est mort, le jour où Ascoval a été définitivement sauvé, le jour où nous avons remplacé le gravier de cette cour par des arbres, le jour où Olaf Scholz après une nuit de négociation sur la dette en commun a lâché "deal", le jour où nous avons vu Notre-Dame brûler, le jour où Vincent Lindon a tourné au PMF, le jour où les prix du gaz ont flambé. Je répondrais : le covid. Face à la crise économique la plus grave que le monde ait eu à affronter depuis 1929, nous avons fait face. Le covid aurait pu conduire au pire : récession, crise sociale, désordres politiques. Il a au contraire montré le meilleur de notre société : héroïsme sans faille des soignants et du monde hospitalier ; présence à leurs postes des salariés dans les commerces essentiels, dans le nettoyage, dans la grande distribution, dans les exploitations agricoles ; mobilisation permanente de tous les agents du ministère pour élaborer les aides d’urgence, mettre en place le fonds de solidarité pour les TPE et les PME, distribuer le PGE, verser le chômage partiel. Partout, une vraie et profonde générosité de cœur. À nouveau je dis : merci. Nous avons dépensé beaucoup ? Oui, mais pour le bien de tous. Qui oserait dire sincèrement que ces dépenses de protection dont certains nous font le reproche maintenant, après nous avoir supplié de dépenser plus hier, ne répondaient pas à un cas économique de force majeur ? Qui ne voit pas que ces dépenses nous ont permis de sauver nos entreprises, nos commerces, nos emplois, nos compétences ? Il est trop facile de réécrire l’histoire : nous n’avons pas dilapidé l’argent public, nous avons protégé les Français et nous devons en être fiers ensemble. La France est grande quand elle se rassemble, puissante quand elle agit de concert, invincible quand elle sert une cause qui la dépasse. ».

    Le testament de celui qui considère que lorsqu'on s'engage en politique, on doit démissionner de la fonction publique lorsqu'on est fonctionnaire et prendre son risque (ce qui a été son cas, aussi celui d'Emmanuel Macron, et ce qui est une pique à une autre énarque, Lucie Castets), c'est : « L'autorité et l'amour sont les deux valeurs qui nous permettront de desserrer la pression des extrêmes, qui sont en train de prendre en étau notre nation. La radicalisation politique de plus en plus forte est devenue la règle dans les grandes démocraties. La France doit rester une exception. L'exception politique française, ce sont la mesure et la raison. ».

    De l'émotion, certes, mais de l'émotion rationnelle, préparée, calculée, pour ce départ en fanfare et dans les acclamations de son public trié sur le volet. Au regard de l'histoire politique de la France, Bruno Le Maire aura au moins marqué le Ministère de l'Économie et des Finances, à défaut d'aller plus loin, le cas échéant.



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (18 septembre 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Bercy : les grands argentiers de France (22 juin 2007).
    Législatives 2024 (48) : les adieux de Bruno Le Maire à Bercy.
    Législatives 2024 (47) : le dur accouchement du gouvernement Barnier.
    Législatives 2024 (46) : les socialistes entraînés dans la destitution...
    Gérard Larcher, protecteur des institutions.
    "À vendre" Lucie Castets 9 000 €/mois !
    Législatives 2024 (45) : Michel Barnier, le choix de l'apaisement.
    Législatives 2024 (44) : l'introuvable Premier Ministre.
    Édouard Philippe massivement candidat.
    Législatives 2024 (43) : Haro sur le Beaudet !
    Législatives 2024 (42) : Bernard Cazeneuve et le retour à la case départ ?
    Législatives 2024 (41) : intérêt national et mode de scrutin.
    Législatives 2024 (40) : Patrick Cohen a raison !
    Législatives 2024 (39) : Consultations et mains tendues !
    Législatives 2024 (38) : la coconstruction du Premier Ministre.
    Législatives 2024 (37) : stupide chantage à la destitution !
    Législatives 2024 (36) : Gérald Darmanin plaide pour un Premier Ministre non macroniste !
    François Hollande sera-t-il le Premier Ministre de son ancien Ministre de l'Économie ?
    Législatives 2024 (35) : Vers une cohabitation du troisième type ?
    Législatives 2024 (34) : Lucie Castets noyée dans une réalité alternative !
    Législatives 2024 (33) : Le grain de sel du Sénat !
    Législatives 2024 (32) : Le casse-tête de Lucie Castets.
    Législatives 2024 (31) : Emmanuel Macron et les joyeux JO.
    Interview du Président Emmanuel Macron le 23 juillet 2024 sur France 2 (vidéo intégrale).
    Claude Malhuret au Sénat : le spectacle continue !
    Législatives 2024 (30) : coalition ou pacte ?
    Législatives 2024 (29) : le staff de l'Assemblée Nationale.
    Législatives 2024 (28) : la stratégie du chaos institutionnel de Jean-Luc Mélenchon.
    Législatives 2024 (27) : l'émotion de Yaël Braun-Pivet.
    Législatives 2024 (26) : les larmes de Marine Tondelier.
    Législatives 2024 (25) : faut-il ostraciser le RN à l'Assemblée Nationale ?
    Législatives 2024 (24) : Huguette Bello, mélenchonette en peau de lapin.
    Législatives 2024 (23) : grand pays recherche son gouvernement.
    Législatives 2024 (22) : qui au perchoir ?
    Législatives 2024 (21) : marche sur Matignon ?
    Lettre aux Français par Emmanuel Macron le 10 juillet 2024 (texte intégral).
    Législatives 2024 (20) : le poison du scrutin proportionnel.
    Législatives 2024 (19) : quel possible Premier Ministre pour une impossible majorité ?
    Législatives 2024 (18) : la fin du cauchemar Bardella (pour le moment).
    Résultats du second tour des élections législatives du 7 juillet 2024.
    Fake news : la scandaleuse manipulation politique du RN.
    Législatives 2024 (17) : rien n'est joué dimanche prochain !
    Législatives 2024 (16) : la question de dimanche prochain.
    Législatives 2024 (15) : les promesses n'engagent que ceux qui y croient !
    Législatives 2024 (14) : la revanche des gilets jaunes ?
    Législatives 2024 (13) : fortes mobilisations au premier tour.
    Résultats du premier tour des élections législatives du 30 juin 2024.
    Appel aux sociaux-démocrates.
    Éric Le Boucher : la France va plutôt bien (27 juin 2024).
    Législatives 2024 (12) : un isoloir, ce n'est pas un cabine d'essayage !
    Législatives 2024 (11) : front, rassemblement, union nationale, barrage, consignes de vote...
    Législatives 2024 (10) : il était une fois Jordan Bardella, Gabriel Attal et Manuel Bompard.
    Législatives 2024 (9) : Emmanuel Macron et son n'ayez-pas-peur !
    Interview d'Emmanuel Macron à Génération Do It Yourself le 24 juin 2024 (podcast intégral).
    Lettre aux Français d'Emmanuel Macron le 23 juin 2024 (texte intégral).
    Législatives 2024 (8) : la bataille de Matignon.
    Le programme aux élections législatives du 30 juin 2024 d'Ensemble pour la République (document à télécharger).
    Législatives 2024 (7) : Ensemble pour la République.
    Législatives 2024 (6) : Nicolas Sarkozy et François Fillon bougent encore !
    Législatives 2024 (5) : le trouble de Lionel Jospin.
    Législatives 2024 (4) : l'angoisse de Manuel Valls.
    Législatives 2024 (3) : François Hollande dans l'irresponsabilité totale !
    Législatives 2024 (2) : clarification ou chaos ?
    Législatives 2024 (1) : vaudeville chez Les Républicains.
    Sidération institutionnelle.
    Élections européennes 2024 (4) : la surprise du chef !
    Résultats des élections européennes du dimanche 9 juin 2024.






    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240912-bruno-le-maire.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/legislatives-2024-48-les-adieux-de-256754

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/09/12/article-sr-20240912-bruno-le-maire.html




     

  • Édouard Philippe massivement candidat à la succession d'Emmanuel Macron !

    « Il ne faut jamais désespérer de notre pays, nous avons des ressources, des talents, des énergies, des compétences ! Je pense sincèrement que si nous cessons de nous bercer d'illusions et si nous nous rassemblons, nous pouvons construire une France plus prospère, plus juste, plus forte et plus libre. » (Édouard Philippe, "Le Point", le 3 septembre 2024).


     

     
     


    L'ancien Premier Ministre Édouard Philippe a annoncé très clairement et très officiellement sa candidature à la prochaine élection présidentielle dans une interview publiée ce mardi 3 septembre 2024 dans la soirée (peu avant 20 heures) dans l'hebdomadaire "Le Point" : « Je serai candidat à la prochaine élection présidentielle. (…) J'ai créé un parti politique, Horizons, pour continuer à être un acteur de la vie politique nationale. (…) On dit souvent que pour une présidentielle il ne faut avoir envie de rien d'autre. J'y souscris. ».

    Il est même allé plus loin, puisqu'à la dernière question des journalistes Mathilde Siraud et Valérie Toranian qui l'ont interviewé, à savoir : « Vous êtes prêt ? Y compris en cas de présidentielle anticipée ? », le maire du Havre a répondu sobrement : « Je vous le confirme ! ».

    Édouard Philippe a une image publique très singulière : barbu avec encore quelques cheveux foncés et sans lunettes à Matignon, le voici, pour cause de maladie, imberbe, quasi-chauve (pas tout à fait, et ce qui reste de cheveux est blanc), presque à la manière d'un Edgar Faure (mais en longiligne), sans sourcils mais lunettes à grosse monture noire qu'il a troquée pour une fine monture, comme l'ont décrit les deux journalistes qui l'ont rencontré à son bureau de la mairie du Havre : « On le retrouve fidèle à lui-même, teint hâlé et fine monture de lunettes, boutons de manchette en forme de sablier, toujours prêt à faire montre de ses épatants talents d'imitateur. ».

    Je dois avouer que j'apprécie beaucoup Édouard Philippe, tant lorsqu'il a été Premier Ministre que comme responsable politique en général, la personnalité comme son positionnement politique, son souci de la rigueur dans l'expression, sa grande intelligence, sa prudence, sa compréhension de la France des territoires que le Président de la République a toujours eu du mal à comprendre, et même son autodérision... mais depuis 2022, je peine à bien comprendre ses initiatives ou non initiatives.


    Qu'il ait fondé son propre parti Horizons pour garder son autonomie politique vis-à-vis du camp présidentiel était tout à fait justifié, et il a fait ce que François Bayrou avait fait bien avant Emmanuel Macron avec le MoDem. En revanche, j'ai été très étonné de la grande passivité d'Édouard Philippe lors de la campagne présidentielle de 2022 car il n'a pris quasiment aucune part active audible dans le soutien à Emmanuel Macron.

    J'ai également été très étonné par son attitude lors de la dissolution du 9 juin 2024. Certes, comme tous les autres responsables de la majorité présidentielle, il a été ulcéré par cette décision troublante, et il a aussi expliqué au début de la campagne des élections législatives anticipées qu'il ne fallait pas disserter sur les raisons de la dissolution mais qu'il fallait aller au combat pour faire gagner son camp, comme il l'a affirmé entre autres le 17 juin 2024 sur BFMTV.





    Mais j'ai été étonné qu'il ne fût pas candidat lui-même aux élections législatives alors que le centre de gravité de la vie politique française allait se situer, au moins pour un an, dans l'hémicycle du Palais-Bourbon, et d'ailleurs, d'autres responsables politiques l'ont bien compris, de Marine Le Pen à Laurent Wauquiez, et évidemment Gabriel Attal, Gérald Darmanin et Élisabeth Borne. Non seulement il n'a pas voulu redevenir député, mais il a parfois présenté des candidats Horizons contre des candidats de la majorité présidentielle à un moment particulier de la vie politique où le RN était en possibilité favorable d'emporter une majorité absolue à l'Assemblée.

    Alors, je m'étonne ce mardi soir de cette annonce de candidature à la prochaine élection présidentielle, alors que le nouveau Premier Ministre n'est toujours pas désigné après presque deux mois du second tour des élections législatives. Nous sommes, qu'on le veuille ou pas, dans une crise politique puisqu'on n'a pas de gouvernement, et Édouard Philippe se permet de penser au temps t+1 voire t+2. Car la situation politique à la prochaine élection présidentielle aura assurément beaucoup évolué depuis cette fin d'été.


    D'ailleurs, des adversaires politiques l'ont bien compris comme cela. Ainsi Olivier Faure, l'insipide premier secrétaire du PS, a considéré que cette annonce montrait à quel point Édouard Philippe ne croyait plus à la seconde moitié du second quinquennat d'Emmanuel Macron puisqu'il souhaite passer tout de suite à la séquence suivante.

    Ce qui est très étrange, c'est qu'Édouard Philippe a fait dans la même interview ce qu'il reprochait tant à Laurent Wauquiez qu'à Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon et quelques autres, se préoccuper de la future élection présidentielle et oublier l'intérêt national et le pays qui doit être gouverné d'ici là, en l'exprimant dès le début de l'entretien : « Quand il s'agit de la France, je recommande vivement de n'être ni aveuglé par le passé, ni obsédé par le futur. ».

     

     
     


    Édouard Philippe a démarré l'interview avec une charge singulière contre Emmanuel Macron : « J'ai déjà eu l'occasion de dire tout le mal que je pensais de la façon dont cette décision de dissoudre avait été pensée et exécutée. Mais avant la décision de dissoudre, il y a eu, en janvier, la décision de changer de Premier Ministre. J'avais recommandé au Président de la République de conserver Élisabeth Borne, qui me paraissait accomplir sa mission avec loyauté et abnégation, jusqu'aux européennes. Après le 9 juin, il aurait pu, s'il l'estimait nécessaire, changer de Premier Ministre pour changer de politique. Ce ne fut pas la décision du Président de la République. ».

    Édouard Philippe fait partie des quelques personnalités politiques qui sont aujourd'hui populaires dans les sondages de popularité. Mais il ne l'avait pas été lorsqu'il était à Matignon. Grand connaisseur de notre histoire politique, l'ancien Premier Ministre devrait savoir qu'une forte popularité ne signifie pas forcément, pour ne pas dire jamais, à une élection à la Présidence de la République : avant lui, nombreux candidats l'ont compris à leurs dépens, Raymond Barre en 1988, Édouard Balladur en 1995, Lionel Jospin en 2002, François Bayrou en 2007, Ségolène Royal en 2007, Alain Juppé en 2016, Manuel Valls en 2017, etc. Car souvent, la popularité tient à ce que des sondés du camp adverse trouvent le personnage sympathique mais pour qui, dans l'isoloir, il ne serait pas question de voter.

    Sa lecture des élections législatives est la suivante : « Trois sentiments ont prévalu : la déception des électeurs RN, le soulagement dans le bloc central (…), et l'enthousiasme de la gauche, qui prétend avoir gagné. Pour ma part, j'ai surtout vu le caractère ingouvernable d'une Assemblée sans aucune majorité nette. Le RN est le premier parti, mais le bloc le moins important ; le NFP rassemble 193 députés ; et entre le NFP et le RN, il y a un bloc central de 235 députés en incluant l'ex-majorité, les LIOT et la Droite républicaine, dont 47 députés LR qui affirment ne pas vouloir participer à ce bloc, mais qui votent avec lui… ». Et de le répéter plus tard : « Je redis que le bloc du NFP est plus restreint que le bloc central. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle le NFP n'a pas réussi à faire élire monsieur Chassaigne à la Présidence de l'Assemblée. ».


    Pour Édouard Philippe, la situation est dangereuse car il y a de nombreux dangers dont le premier est le sentiment de s'être fait voler l'élection avec la frustration des électeurs du RN qui n'ont pas gagné ces élections, mais aussi celle des électeurs de gauche qui croient, avec plus ou moins de bonne foi, qu'ils les ont gagnées. L'autre risque est bien sûr ce qu'il a appelé « le péril budgétaire que je crois sous-estimé » avec une absence grandissante de crédibilité de la parole de la France : « Mon sentiment c'est que nous sommes au bord de la falaise. Que l'instabilité politique perdure, ou qu'un gouvernement prenne des mesures directement contraires à nos engagements, et nous risquons l'accident majeur. ». Le troisième danger est l'immobilisme : « On ne parle plus des sujets importants qui ne se régleront pas si nous ne faisons rien : l'Éducation devrait être notre priorité et on n'en parle plus ; l'Écologie devrait nous obnubiler, plus personne n'en parle. C'est désastreux. Nous vivons une crise terrible du logement, qui limite les perspectives d'un grand nombre de nos concitoyens. (…) L'immobilisme a un coût considérable sur ces sujets notamment. ». Enfin, le quatrième danger est l'ordre public, la sécurité et la justice (il est notamment favorable aux peines planchers en matière de récidive).
     

     
     


    Malgré ces quatre dangers, Édouard Philippe reste très optimiste pour l'avenir de la France : « Très souvent, quand je suis à Paris, je m'inquiète. Et quand je suis dans le pays, je me rassure. Je vois partout des initiatives incroyables dans une multitude de domaines. J'ai l'impression que, partout où je vais en France, je suis à 15 kilomètres d'une pépite. ». Sans oublier les Jeux olympiques et paralympiques : « Qu'est-ce qu'on a entendu avant ! La vérité, c'est que les organisateurs ont fait un travail remarquable, que les pouvoirs publics ont été à la hauteur, que les athlètes nous ont fait rêver et que l'ambiance était exceptionnelle. Et je dois dire que dans un pays qui doute, cela a fait du bien ! Qu'en restera-t-il ? J'espère un peu plus d'humilité pour ceux qui critiquent toujours tout avant… ».

    Par ailleurs, le Normand est résolument opposé au scrutin proportionnel : « Je suis très attaché au scrutin majoritaire. Notamment parce qu'il impose un lien entre un député et les électeurs d'un territoire. Je me demande parfois si on ne devrait pas, pour les élections législatives, instituer la même règle que pour l'élection présidentielle, c'est-à-dire qu'au deuxième tour restent seulement les deux premiers. ». Et d'ajouter : « Méfions-nous d'un mode de scrutin qui laisserait la possibilité aux états-majors de partis politiques parisiens de construire des listes de candidats sans aucun lien avec les réalités politiques locales. ».

    Dans les discussions actuelles pour la formation du gouvernement, Édouard Philippe a confirmé son désaccord avec Laurent Wauquiez : « La droite doit s'engager ! En refusant de participer à ce bloc central, elle précipite l'ensemble vers la gauche. J'observe d'ailleurs qu'il y a un certain nombre de gens, au sein de cette Droite républicaine, qui seraient prêts à prendre leurs responsabilités, parce qu'ils pensent que c'est nécessaire pour le pays. J'en connais ! Tous les partis de gouvernement devraient avoir pour objectif principal de favoriser la stabilisation de la vie politique. ».


    D'ailleurs, sa logique actuelle est claire : « Je soutiendrai tout Premier Ministre choisi dans un espace politique qui va de la droite conservatrice à la social-démocratie et qui inscrira son action dans cet espace politique en construisant les compromis pour avancer. ». C'est valable notamment pour Bernard Cazeneuve, autre Normand, auquel il a succédé à Matignon en 2017 : « Entre des maires de grandes villes portuaires normandes, il y a toujours une amitié qui fait fi des logiques partisanes. Et je ne suis pas non plus insensible à son sens de la fidélité, de la nuance et de l'humour, qualités rares par les temps qui courent. ». Et pour Xavier Bertrand : « Nous partageons la même culture d'élu local de territoires populaires et ouvriers, le même engagement contre les extrêmes. ».

    Il n'en reste pas moins que l'esprit d'Édouard Philippe est ailleurs, dans la future campagne présidentielle : « Je me prépare pour proposer des choses aux Français. Ce que je proposerai sera massif. Les Français décideront. ». En quelque sorte, ses déclarations du 3 septembre 2024 sont la déclaration de Rome [17 janvier 1969] de l'ancien Premier Ministre. Mais n'est pas Georges Pompidou forcément qui veut...



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (03 septembre 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Édouard Philippe massivement candidat à la succession d'Emmanuel Macron !
    Édouard Philippe prêt à décoller.
    De nouveaux Horizons.

     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240903-edouard-philippe.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/edouard-philippe-massivement-256609

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/09/03/article-sr-20240903-edouard-philippe.html


     

  • Didier Guillaume Premier Ministre !

    Didier Guillaume dirige le nouveau gouvernement depuis ce lundi.


     

     
     


    Ce lundi 2 septembre 2024, ce n'est pas seulement la rentrée des classes pour 12 millions d'élèves en France. C'est aussi la rentrée de Didier Guillaume. Qui est Didier Guillaume ? Mais si, rappelez-vous ! Il était le Ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation du 16 octobre 2018 au 6 juillet 2020 dans le second gouvernement d'Édouard Philippe.

    Didier Guillaume (65 ans) était à l'origine un élu local du parti socialiste. Fils d'un éleveur de brebis, né le 11 mai 1959 à Bourg-de-Péage dans la Drôme, il était un agent du Trésor public parallèlement à ses débuts en politique au sein des jeunes socialistes. Profession qu'il a quittée assez vite pour se consacrer totalement à la politique en tant que directeur de cabinet du président du conseil général de la Drôme Rodolphe Pesce (également député-maire de Valence) de 1990 à 1992, puis membre du cabinet du Ministre de l'Agriculture et de la Pêche Jean Glavany de 1998 à 2002.

    Soutien de François Mitterrand en 1981, il a rapidement multiplié les mandats locaux : élu conseiller municipal de Bourg-de-Péage depuis mars 1983 (dans l'opposition), il a conquis la mairie en 1995, élu maire de Bourg-de-Péage de juin 1995 à mars 2004. En outre, il a été élu conseiller régional de Rhône-Alpes de mars 1992 à mars 1998, puis il a été élu conseiller général de la Drôme de mars 1998 à mars 2015 (sur le canton de son rival de droite Henri Durand, à qui il avait succédé à la mairie), et une fois le département conquis sur Jean Mouton, Didier Guillaume a repris la présidence du conseil général de la Drôme, élu de mars 2004 à mars 2015 (qu'il a abandonnée au profit de son adversaire Patrick Labaune), tandis qu'il est devenu premier adjoint à Bourg-de-Péage (de mars 2004 à mars 2008) en raison du cumul.

    Il a été par ailleurs le président de l'association des maires de la Drôme de 2001 à 2004, mandat stratégique (avec celui de président du conseil général) pour se faire élire sénateur. Ce qui a été effectivement le cas : Didier Guillaume a été élu sénateur de la Drôme en septembre 2008, réélu en septembre 2014 pour un second mandat de six ans. Il a été élu peu avant le moment rare (2011-2014) où le Sénat était majoritairement de gauche. Ainsi, Didier Guillaume était le premier vice-président du Sénat du 5 octobre 2011 au 15 avril 2014, puis élu président du groupe socialiste au Sénat du 15 avril 2014 au 22 janvier 2018 (succédant à François Rebsamen nommé ministre).

    En tant que chef des socialistes au Sénat, il s'est présenté deux fois à la Présidence du Sénat contre Gérard Larcher, qui l'a battu, le 1er octobre 2014 (au second tour, 124 voix sur 337 contre 194) et le 2 octobre 2017 (au premier tour, 79 voix sur 317 contre 223). Toutefois, son autorité au sein des sénateurs socialistes était remise en cause en raison de sa proximité avec le Président Emmanuel Macron : directeur de campagne de Manuel Valls pour la primaire socialiste de janvier 2017, Didier Guillaume a en effet été contesté à la présidence du groupe socialiste par Laurence Rossignol et Martial Bourquin et n'a été réélu en octobre 2017 qu'avec 36 voix sur 70.

    2018 fut l'année des hésitations : Didier Guillaume a démissionné de sa présidence du groupe socialiste le 22 janvier 2018 (au profit de l'ancien ministre Patrick Kanner), et comptait démissionner de tous ses mandats électifs. Il envisageait de prendre la direction de la Coupe du monde de rugby 2023 (organisée en France) mais il s'est finalement ravisé et est resté sénateur, changeant de groupe vers un groupe plus macron-compatible, le groupe RDSE (radical de gauche).

    Quelques mois plus tard, ce fut la consécration avec sa nomination de Ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation du 16 octobre 2018 au 6 juillet 2020, où il a tenté de pacifier son ministère (son prédécesseur d'origine également socialiste, Stéphane Travert, ayant été très contesté par sa supposée trop grande proximité des groupes agro-alimentaires). Au début de la crise sanitaire due à la pandémie de covid-19, Didier Guillaume a fait un appel le 24 mars 2020 pour encourager les volontaires à venir travailler avec les agriculteurs pour produire de la nourriture saine et locale (50 000 personnes ont répondu à cet appel). Quelques mois auparavant, le 17 novembre 2019, il avait annoncé qu'il était partisan de l'interdiction totale de l'alcool au volant.

     

     
     


    Très étrangement, Didier Guillaume et Jean-Baptiste Lemoyne, deux ministres et anciens sénateurs (respectivement de la Drôme et de l'Yonne), voulaient s'affronter à l'occasion des élections municipales de 2020 à Biarritz. Finalement, les deux ministres ont renoncé à cette bataille. Lors de la nomination du gouvernement de Jean Castex, Didier Guillaume n'a pas été reconduit et a été remplacé par un proche du Président de la République, Julien Denormandie.

    Depuis l'été 2020, Didier Guillaume a quitté la vie politique française. Il a démissionné de son mandat de sénateur (qu'il a retrouvé à la sortie du gouvernement), et a eu un moment (en mars 2021) l'ambition de présider la Ligue nationale de rugby.

    Aujourd'hui, sa rentrée est réelle. En effet, Didier Guillaume a été désigné le 10 juin 2024 par le prince de Monaco Albert II pour devenir ce lundi 2 septembre 2024 "Ministre d'État", ce qui signifie, à Monaco, chef du gouvernement de la principauté. Il succède à Pierre Dartout, ancien préfet de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur (2017-2020). C'est courant que des Français occupent ce poste, avant eux, des hauts fonctionnaires ou des hommes politiques français aussi l'ont occupé. En particulier, Paul Dijoud (1994-1997), Émile Pelletier (1953-1959) et Jacques Rueff (1949-1950)
    . Il a fallu l'accord de l'Élysée pour cette nomination, et les premières rumeurs couraient dès le mois de février 2024.

    Il est donc bien le premier des ministres, mais de Monaco. Ce bout de rocher comporte à peine 40 000 habitants, moins que des villes comme Montélimar, Gap, Draguignan, Compiègne ou Poissy, à peu près au même niveau que Bagnolet ou Marq-en-Barœul. En revanche, le niveau de richesse n'est pas équivalent !

    Le Ministre d'État (dans beaucoup de petit pays, c'est le terme adopté pour désigner le chef du gouvernement) est l'homme le plus important après le prince dans l'administration de Monaco. Selon la Constitution de la principauté de Monaco du 17 décembre 1962 : « Le gouvernement est exercé, sous la haute autorité du Prince, par un Ministre d'État, assisté d'un Conseil de Gouvernement. Le Ministre d'État représente le Prince. Il exerce la direction des services exécutifs. Il dispose de la force publique. Il préside, avec voix prépondérante, le Conseil de Gouvernement. ». Il commande également la police et présente au prince les projets de loi adoptés par le Conseil de Gouvernement (6 membres nommés par le prince) qui seront votés ensuite par Conseil national (équivalent de la chambre des députés, composé de 24 membres élus par le peuple).


    Didier Guillaume est donc maintenant l'homme du prince qui nous gouverne. Enfin, pas nous, les Monégasques !


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (01er septembre 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Didier Guillaume.
    Gérald Darmanin.
    Yaël Braun-Pivet.
    Paul Midy.
    Manuel Valls.
    Jean-Pierre Chevènement.
    Valérie Hayer.
    Olivier Dussopt.
    Emmanuel Macron.

    Gabriel Attal.
    Rachida Dati.
    Amélie Oudéa-Castéra.
    Le gouvernement de Gabriel Attal.
    Élisabeth Borne.
    François Bayrou.
    Édouard Philippe.
    Éric Dupond-Moretti.
    Bruno Le Maire.
    Brigitte Macron.
    Gérard Collomb.
    François Léotard.
    Pap Ndiaye.
    Robert Badinter.
    Bruno Millienne.
    Jean-Louis Bourlanges.
    Claude Malhuret.
    Olivier Véran.
    Aurore Bergé.
    Pierre Moscovici.
    Rima Abdul-Malak.
    Vincent Lindon.
    Caroline Cayeux.
    Christophe Béchu.
    Agnès Pannier-Runacher.
    Sacha Houlié.
    François Braun.
    Jean-Yves Le Drian.


     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240902-didier-guillaume.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/didier-guillaume-premier-ministre-256592

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/09/02/article-sr-20240902-didier-guillaume.html



     

  • Législatives 2024 (41) : intérêt national et mode de scrutin

    « On me monte au premier donc, soi-disant pour me sonder. Je me rassure un peu. Je louche. Y avait pas de cercueils au premier. Rien que des lits, entre les paravents. » (Céline, "Guerre", éd. Gallimard, 2022).


     

     
     


    Version célinienne des consultations à Élysée... Déjà un mois et demi sans gouvernement et le nouveau Premier Ministre n'est toujours pas nommé. La faute à qui ? Elle est partagée entre le Président de la République et les partis politiques qui composent l'Assemblée Nationale. Aucune majorité, donc la nécessité d'une grande coalition peut-être pas de soutien mais au moins de non-censure.

    Le campus du PS qui a commencé ce 29 août 2024 à Blois (l'équivalent d'une université d'été) a montré que les socialistes étaient profondément divisés entre le maintien coûte que coûte au sein du NFP avec le mot d'ordre de Jean-Luc Mélenchon du programme NFP, rien que lui, tout lui, prôné par la direction actuelle sous la houlette du premier secrétaire Olivier Faure, et une part de plus en plus grandissante d'une aile réformiste qui constate l'absence de majorité du NFP et la nécessité de dialoguer avec d'autres forces politiques pour constituer le gouvernement. Selon Jean-Christophe Cambadélis, le prédécesseur d'Olivier Faure, seulement 25 députés socialistes (sur les 66) seraient sur la ligne Mélenchon.

    Malgré le NFP, les vocations ne manquent pas pour donner de sa personne au pays (!) : Ségolène Royal, Bernard Cazeneuve, Didier Migaud, Pierre Moscovici se préparent... à tout hasard. Plus le temps passe et plus les noms se multiplient, au point de provoquer quelques éclats de rire sinon des sanglots. L'hilarité du désespéré.

    De l'autre côté, Les Républicains, montrant un courage incroyable, refusent absolument de faire partie d'une coalition gouvernementale, préférant se réserver pour l'élection présidentielle. Cette ligne de Laurent Wauquiez a un opposant important, son ancien mentor Nicolas Sarkozy qui, dans une interview au "Figaro", ce vendredi 30 août 2024, a prôné un Premier Ministre issu de la droite parce que jamais les Français n'ont élu une Assemblée aussi à droite que celle de 2024 (ce qui est vrai). Xavier Bertrand, Christine Lagarde, entre autres, sont les propositions de l'ancien chef de l'État.

    Dans les deux camps, PS et LR, les "coalitionnistes" (si j'ose les appeler ainsi) insistent sur le moment crucial (le Président de la République voudrait nommer le Premier Ministre avant la rentrée scolaire, il ne lui reste que ce week-end), et si les caciques de LR refusaient le pouvoir, Matignon irait à la gauche. Et réciproquement, si les caciques du PS refusaient le pouvoir, Matignon irait à la droite. La vérité, c'est qu'un gouvernement serait stable si et seulement s'il contenait à la fois des caciques du PS et des caciques de LR.

    Les journalistes n'en finissent donc pas de pérorer sur le sujet. Mais cela peut provoquer certaines réactions. Arlette Chabot, éditorialiste politique sur LCI (et ancienne du service public, France 2 et France Inter), s'est cru obligée de mêler ses propres convictions aux contraintes du jeu politique actuel. Elle a dit que la clef pour la participation des socialistes au gouvernement, ce serait l'instauration de la proportionnelle (lorsqu'on en parle, il s'agit bien sûr pour le scrutin des élections législatives).

    Sa raison est la même que celle de François Bayrou : avec la proportionnelle, les socialistes retrouveraient leur liberté et pouraient se désengager des mélenchonistes. Cette raison est à la fois fausse politiquement et honteuse philosophiquement.

    Même avec un scrutin proportionnel, Jean-Luc Mélenchon imposerait une liste unique aux législatives pour avoir le meilleur ratio nombre de sièges sur nombre de voix. Et même si chaque parti du NFP y allait avec sa propre liste, cela ne changerait pas la situation des grandes villes aux élections municipales de 2026 qui serait un désastre pour le PS en cas de liste mélenchoniste contre lui.


    Mais le plus grave est la philosophie de la proposition : on veut bouleverser les institutions pour le simple intérêt d'un parti. Et, comme je viens de l'expliquer, ce n'est même pas l'intérêt du PS, car cela n'empêcherait pas l'emprise de Jean-Luc Mélenchon sur toute la gauche qui provient des acteurs du drame et pas de la règle du jeu. En effet, tant que les socialistes n'ont pas un leader historique valable, du genre de François Mitterrand ou de Lionel Jospin, Jean-Luc Mélenchon (malgré son âge) dominera largement l'espace politique de la gauche, et en particulier lors de l'élection présidentielle qui est une compétition de personnalités plus que de partis politiques.

    Néanmoins, il y a une inquiétude : des journalistes bien informées pensent que le Président Emmanuel Macron serait très ouvert pour instaurer la proportionnelle si cela était nécessaire pour former le gouvernement. C'est cette inquiétude que j'exprime donc ici. J'ai déjà, à de très nombreuses reprises, évoqué le poison institutionnel qu'était le scrutin proportionnel pour les élections législatives.

    Aujourd'hui, la proportionnelle est sans fondement, sans intérêt, puisque les Français ont voté comme si c'était la proportionnelle avec une Assemblée ingouvernable. La preuve n'est pas encore tout à fait établie, mais depuis juillet 2024, voire depuis juin 2022, la France a du mal à être gouvernée par absence de majorité absolue. Le scrutin proportionnel ne résoudrait rien de ce problème important : l'absence de majorité absolue. Au contraire, le scrutin proportionnel empêcherait à l'avenir toute majorité absolue éventuelle. Et ce serait définitif, car qui dit absence de majorité absolue dit absence de majorité pour rechanger le mode de scrutin.


    Il faut être clair : tous les mouvements politiques significatifs du paysage politique sont aujourd'hui bien représentés à l'Assemblée Nationale, il n'y a donc pas de déni démocratique avec le scrutin majoritaire à deux tours. À un seul tour, le 30 juin 2024, il y aurait eu une très large majorité absolue, de l'ordre de 350 à 400 députés pour le RN ! (scrutin britannique). Les deux tours ont permis de corriger le tir, puisque deux tiers des Français ont refusé un gouvernement RN. Les prétentions de la gauche mélenchoniste devraient se rappeler d'où on partait au moment de la dissolution, d'un gouvernement Bardella à 65% des sièges. Cette gauche-là pourrait être plus humble et admettre que cette victoire RN a été évitée grâce à la conjonction du NFP et du camp présidentiel, et sans ce dernier, la majorité serait allée au RN.

    Avec la proportionnelle, tout le monde y perdrait. D'abord, bien sûr, le RN, qui pourtant avait pour tradition historique de réclamer la proportionnelle car le scrutin majoritaire l'empêchait d'avoir des élus. Aujourd'hui, on voit bien qu'il n'y a plus de plafond de verre, et pour pouvoir gouverner seul, le scrutin majoritaire est indispensable au RN.


    Mais ce qui est valable pour le RN est valable pour tous les partis dits de gouvernement, LR évidemment, mais aussi le PS. En voulant la proportionnelle, le PS s'interdirait de gouverner seul, et le pire, c'est que le PS est sans doute le parti qui a le plus profité du scrutin majoritaire, tant en 1981 (s'affranchissant des communistes) qu'en 1997 (tirant son épingle du jeu lors de triangulaires avec le FN).

    La victoire législative du camp macroniste en 2017, un parti politique sans histoire, sans tradition, sans idéologie, venu de nulle part, et la victoire au premier tour du 30 juin 2024 du RN ont montré que le scrutin majoritaire n'empêchait pas à des partis marginaux, centristes ou extrémistes d'atteindre la majorité absolue leur permettant de gouverner seul. La démonstration a été interrompue pour le RN, mais ce parti reste encore le favori des prochains scrutins nationaux, c'est ce que la gauche semble avoir complètement oublié depuis un mois et demi.

    On voit bien qu'aucun parti n'est partant pour faire cette grande coalition qui est nécessaire pour gouverner. La proportionnelle rendrait cette coalition nécessaire à tous les coups. La classe politique, visiblement, n'y est donc pas prête puisque chacun reste sur ses positions de manière obstinée.

    Enfin, avec la proportionnelle, ce serait avant tout le peuple qui serait le grand perdant. Les électeurs qui, de bonne foi, voteraient pour un parti ne sauraient absolument pas ce qu'adviendrait leur vote, ne sauraient pas si ce parti serait dans une coalition ou une autre. C'était le principe du scrutin majoritaire, qui n'a pas fonctionné cette fois-ci, celui de conclure des alliances, des coalitions avant les élections, en toute transparence, et pas après les élections, dans des conciliabules, dans de la cuisine politicienne, hors de tout contrôle des électeurs.

    Au-delà du choix des alliances et des programmes, ce serait bien le choix des personnes qui serait remis en cause par la proportionnelle puisque l'avantage pour les partis, c'est de choisir eux-mêmes ses cadres, et pas leurs électeurs, qui serait ou ne serait pas député, simplement avec l'ordre dans la liste. Tous les apparatchiks seraient alors en tête de liste et seraient élus automatiquement. Pour être sur une place éligible, il ne faudrait plus aller parler aux électeurs et les convaincre, smais simplement se prostituer auprès des chefs du parti.

    L'intérêt national ? Aucun. L'intérêt des appareils de parti serait en revanche énorme puisqu'ils pourraient placer leurs permanents à des places éligibles, ce qui permettrait de les financer (au frais de la République). Quant aux personnalités un peu particulières, originales, hors parti, elles ne pourraient plus être élues faute d'un parti suffisamment fort pour gagner des sièges : exit les Nicolas Dupont-Aignan (certes battu en 2024), Bernard Tapie, Christine Boutin, Jean Lassalle, Philippe de Villiers, et autres électrons libres, qui n'auraient jamais été élus députés sans scrutin majoritaire (protégée de Raymond Barre, Christine Boutin a été élue en 1986 parce qu'elle n'était pas encore Christine Boutin et elle s'est émancipée seulement plus tard). Ces personnalités un peu en dehors de la norme politique, aussi singulières soient-elles, ont beaucoup apporté à la vie politique par leur pluralisme, leur originalité, leur origines diverses. Elles contribuent aussi le renouvellement de la classe politique.

    Enfin, à l'heure où le fossé est grandissant entre la classe politique et le peuple, la proportionnelle accroîtrait encore plus ce fossé en éloignant les députés de leurs électeurs. Attachés à une circonscription, les députés ont un rôle majeur auprès de la population de leur circonscription, on dit souvent qu'ils sont des assistantes sociales, confrontés à des problèmes de recherche d'emploi, de logement, etc. Ce lien avec la réalité populaire, déjà meurtri par l'interdiction du cumul avec un mandat local opérationnel (comme maire), est pourtant essentiel pour la cohésion des institutions. Sans cet attachement à une circonscription, le député deviendrait hors sol, et n'aurait plus les moyens de comprendre sur le terrain les conséquences des lois votées ni d'envisager de les améliorer. Qui connaît le nom de la totalité (les 81) députés européens élus le 9 juin 2024 ? Quel député européen sortant, à la fin de son mandat, a fait un bilan entendu de son mandat, autrement que sur son blog que personne ne lit ?


    La proportionnelle n'est qu'une idée de politiciens pour politiciens. Des journalistes aussi y croient, ainsi que des constitutionnalistes, car cela ferait de nouvelles normes, et toute nouveauté est bonne à prendre, pour les journalistes, cela fait de l'audience, pour les universitaires, cela fait de l'expérimentation en grandeur nature. Mais le peuple n'est pas un jouet.

    Le problème actuel qui se pose depuis le 7 juillet 2024, ce n'est pas du tout le mode de scrutin. En amont, c'est le fait que les électeurs ont envoyé à l'Assemblée une représentation très éclatée de la vie politique. En aval, c'est le fait que les partis politiques ne sont pas (encore) capables d'appréhender cette décision des électeurs et veulent gouverner à 100% ou ne rien faire (aut Ceasar aut nihil).

    L'intérêt national, ce n'est pas modifier la règle du jeu pour que la prochaine fois, ce soit encore pire que cette fois-ci. L'intérêt national, c'est de prendre ses responsabilités avec la situation parlementaire de fait voulue par les électeurs (bien malgré eux), et de travailler ensemble pour le bien commun. Et parmi les sujets les plus chauds, il y en a un qui nécessite un ressaisissement évident, c'est le logement : il faut trouver de nouveaux mécanismes pour favoriser la construction de nouveaux logements. Toute la politique du logement est à revoir, et celle-ci ne se détermine pas par une idéologie quelconque, mais par des propositions concrètes. Il y a ainsi quelques domaines sur lesquels le prochain gouvernement pourrait travailler hors de toutes arrières-pensées politiciennes et électoralistes, hors de toute passion, de toute colère, de toute démagogie, pour le bien commun.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (30 août 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Législatives 2024 (41) : intérêt national et mode de scrutin.
    Législatives 2024 (40) : Patrick Cohen a raison !
    Législatives 2024 (39) : Consultations et mains tendues !
    Législatives 2024 (38) : la coconstruction du Premier Ministre.
    Législatives 2024 (37) : stupide chantage à la destitution !
    Législatives 2024 (36) : Gérald Darmanin plaide pour un Premier Ministre non macroniste !
    François Hollande sera-t-il le Premier Ministre de son ancien Ministre de l'Économie ?
    Législatives 2024 (35) : Vers une cohabitation du troisième type ?
    Législatives 2024 (34) : Lucie Castets noyée dans une réalité alternative !
    Législatives 2024 (33) : Le grain de sel du Sénat !
    Législatives 2024 (32) : Le casse-tête de Lucie Castets.
    Législatives 2024 (31) : Emmanuel Macron et les joyeux JO.
    Interview du Président Emmanuel Macron le 23 juillet 2024 sur France 2 (vidéo intégrale).
    Claude Malhuret au Sénat : le spectacle continue !
    Législatives 2024 (30) : coalition ou pacte ?
    Législatives 2024 (29) : le staff de l'Assemblée Nationale.
    Législatives 2024 (28) : la stratégie du chaos institutionnel de Jean-Luc Mélenchon.
    Législatives 2024 (27) : l'émotion de Yaël Braun-Pivet.
    Législatives 2024 (26) : les larmes de Marine Tondelier.
    Législatives 2024 (25) : faut-il ostraciser le RN à l'Assemblée Nationale ?
    Législatives 2024 (24) : Huguette Bello, mélenchonette en peau de lapin.
    Législatives 2024 (23) : grand pays recherche son gouvernement.
    Législatives 2024 (22) : qui au perchoir ?
    Législatives 2024 (21) : marche sur Matignon ?
    Lettre aux Français par Emmanuel Macron le 10 juillet 2024 (texte intégral).
    Législatives 2024 (20) : le poison du scrutin proportionnel.
    Législatives 2024 (19) : quel possible Premier Ministre pour une impossible majorité ?
    Législatives 2024 (18) : la fin du cauchemar Bardella (pour le moment).
    Résultats du second tour des élections législatives du 7 juillet 2024.
    Fake news : la scandaleuse manipulation politique du RN.
    Législatives 2024 (17) : rien n'est joué dimanche prochain !
    Législatives 2024 (16) : la question de dimanche prochain.
    Législatives 2024 (15) : les promesses n'engagent que ceux qui y croient !
    Législatives 2024 (14) : la revanche des gilets jaunes ?
    Législatives 2024 (13) : fortes mobilisations au premier tour.
    Résultats du premier tour des élections législatives du 30 juin 2024.
    Appel aux sociaux-démocrates.
    Éric Le Boucher : la France va plutôt bien (27 juin 2024).
    Législatives 2024 (12) : un isoloir, ce n'est pas un cabine d'essayage !
    Législatives 2024 (11) : front, rassemblement, union nationale, barrage, consignes de vote...
    Législatives 2024 (10) : il était une fois Jordan Bardella, Gabriel Attal et Manuel Bompard.
    Législatives 2024 (9) : Emmanuel Macron et son n'ayez-pas-peur !
    Interview d'Emmanuel Macron à Génération Do It Yourself le 24 juin 2024 (podcast intégral).
    Lettre aux Français d'Emmanuel Macron le 23 juin 2024 (texte intégral).
    Législatives 2024 (8) : la bataille de Matignon.
    Le programme aux élections législatives du 30 juin 2024 d'Ensemble pour la République (document à télécharger).
    Législatives 2024 (7) : Ensemble pour la République.
    Législatives 2024 (6) : Nicolas Sarkozy et François Fillon bougent encore !
    Législatives 2024 (5) : le trouble de Lionel Jospin.
    Législatives 2024 (4) : l'angoisse de Manuel Valls.
    Législatives 2024 (3) : François Hollande dans l'irresponsabilité totale !
    Législatives 2024 (2) : clarification ou chaos ?
    Législatives 2024 (1) : vaudeville chez Les Républicains.
    Sidération institutionnelle.
    Élections européennes 2024 (4) : la surprise du chef !
    Résultats des élections européennes du dimanche 9 juin 2024.

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240830-proportionnelle.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/legislatives-2024-41-interet-256544

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/08/30/article-sr-20240830-proportionnelle.html



     

  • Législatives 2024 (40) : Patrick Cohen a raison !

    « Les leaders de gauche dénoncent un coup de force, mais c’est une posture, ils cherchent à mobiliser la rue. Ils ont leur part de responsabilité dans la paralysie actuelle. Et ils savent bien qu’il n’y a pas eu de coup de force, que la Constitution permet d’agir ainsi, que face à une situation inédite, absolument inédite depuis le début de la Cinquième République, il n’y a ni règle, ni jurisprudence. Seul un article 8 : le Président nomme le Premier Ministre. Point final. » (Patrick Cohen, le 28 août 2024 sur France Inter).




     

     
     


    Depuis lundi, le journaliste politique Patrick Cohen a repris ses chroniques politiques matinales sur France Inter. Il est l'un des journalistes emblématiques de France Inter.

    Après des débuts sur RTL, un passage sur France Inter puis sur Europe 1, Patrick Cohen (bientôt 62 ans) a été nommé par le directeur de France Inter Philippe Val aux commandes de la matinale (7h-9h) pour remplacer Nicolas Demorand (parti à Europe 1 puis à "Libération"). Il y a officié de 2010 à 2017, date à laquelle il est retourné à Europe 1 mais jusqu'en 2021, la station privée étant en pleine déconfiture. Depuis lors, et jusqu'à cet été, Patrick Cohen végétait un peu journalistiquement. Certes, depuis 2011, il tient une chronique quotidienne le soir chez Anne-Sophie Lapix sur France 5 ("C à vous") et il se fait plaisir depuis 2018 sur LCP à choisir les rediffusions les plus ringardes (celles qui ont marqué son enfance ?) pour "Rembob'INA" (rediffusant parfois de petites pépites de la télévision française), mais il restait sous-exploité.

    À cette rentrée, il reprend donc du service chez France Inter, dans la matinale dirigée par... Nicolas Demorand revenu au bercail depuis 2017 (à la rentrée 2023, il avait été question que Patrick Cohen reprît la matinale de France Culture, mais cela aurait été une concurrence déloyale pour l'autre chaîne de Radio France, France Inter avec Nicolas Demorand). Non sans polémiques puisqu'il remplace Yaël Goosz qui reste toutefois sur France Inter pour la chronique politique du soir (et qui officie aussi sur LCI), ce qui a fait adopter une motion de défiance des journalistes le 11 juillet 2024 contre l'actuelle directrice de France Inter.


    Dans sa chronique de rentrée, le lundi 26 août 2024, Patrick Cohen remarquait une différence dans la situation politique entre le début de l'été, après les élections et cette fin de l'été : « Il n'y a toujours pas de gouvernement issu des élections du 7 juillet. La France fait sa rentrée dans le même état d’incertitude politique qu’il y a un mois et demi… Dans le même état ? Pas tout à fait. Il y eut entre-temps ce moment collectif exceptionnel, ces Jeux du dépassement, du rassemblement et de la fierté, ce rayonnement français venu démentir l’idée d’un pays en crise, en déclin, en repli et en morceaux qui ne se parle plus et ne se reconnaît plus. Soit la sombre vision portée par le Rassemblement national et ses 10 millions d’électeurs. L’autodénigrement a été balayé par les éloges étrangers, les passions tristes par des joies partagées. Le parti à la flamme, par la flamme olympique. (…) Alors aujourd’hui, dans ce flux médiatique et numérique ininterrompu qui charrie une masse toujours changeante d’émotions sans lendemain, faisons le pari d’une exception olympique, d’un événement qui change nos regards citoyens, qui redonne confiance et nous transcende. Et d’une France moins crispée, moins archipellisée qu’il n’y paraît. ».

    Malgré cela, l'éditorialiste admettait que la situation est très difficile. Il reprochait à l'ensemble de la classe politique de ne pas y mettre du sien. Et d'abord la gauche qui revendique la victoire : « [Elle] aurait pu, [elle] aurait dû se mettre en quête de la centaine de députés qui lui font défaut à l’Assemblée pour nouer une majorité. Ou au moins pour ne pas être censurée. La tâche eût été difficile mais les leaders du front populaire n’ont même pas essayé. Ce que Jean-Luc Mélenchon a écarté dès le soir du second tour, le 7 juillet à 20h05, refusant, je le cite, tout "subterfuge, arrangement, combinaison" et toute négociation sur le programme du NFP. Position qui n’a pas bougé, malgré la levée du verrou des ministres LFI ce week-end. ».

    Mais tous les partis sont responsables de l'actuelle impasse : « Chacun campe dans son couloir. Travailler ensemble, c’est trahir. Passer des compromis, c’est se compromettre. Partager le pouvoir, c’est renoncer à incarner l’alternance pour la prochaine présidentielle. ».

    Dans sa chronique du mardi 27 août 2024, Patrick Cohen est revenu sur le communiqué de l'Élysée de lundi soir selon lequel Emmanuel Macron renonçait à nommer Lucie Castets à Matignon et tout gouvernement de la nouvelle farce populaire (NFP) au nom de la « stabilité institutionnelle ». Les consultations des 23 et 26 août ont en effet montré qu'au moins 350 députés seraient prêts à voter la censure immédiatement en cas de nomination d'un gouvernement purement NFP (avec ou sans ministres insoumis). Le journaliste y a vu une nouvelle version du fameux sketch du rond-point de Raymond Devos : « J’appelle un agent, il me dit : je sais, c'est une erreur. Et les gens tournent depuis combien de temps ? Depuis plus d’un mois. Voilà, nous y sommes ! Quarante-deux jours à tourner en rond, à tenter de trouver la sortie d’une équation insoluble, d’une Assemblée composée de minorités, chacune à la merci de toutes les autres. ».

    Alors, Patrick Cohen a essayé de faire des constats « factuellement incontestables ». Il a rappelé le premier vote de la nouvelle Assemblée : « La gauche, on l’oublie, a déjà été battue dans cette nouvelle Assemblée, avec le communiste André Chassaigne, coiffé par la Présidente réélue Yaël Braun-Pivet. Fallait-il se donner la peine de vérifier l’hostilité de près des deux tiers des députés ? » [en cas de nomination de Lucie Castets]. Pour gouverner, le RN était préféré à la gauche au premier tour : « 25% des voix seulement au premier tour, 33 pour le RN. Ils n’ont pas non plus choisi Lucie Castets, qui n’était ni dans les urnes, ni dans le débat. ».

    Le deuxième constat, c'est la défaite du camp présidentiel. Mais Patrick Cohen a mis en garde contre des interprétations oiseuses du genre : "Les Français ont voulu ça, etc." : « [L'ex-majorité affirme] que les Français ont voté pour une grande coalition, ce qui est absurde. Est-ce que vous connaissez un seul électeur qui vote Tartempion plutôt que Macheprot, en espérant que Tartempion n’aura pas trop de voix pour gouverner tout seul et qu’il sera obligé de partager le pouvoir avec Macheprot ? Cela n’a pas de sens : chacun n’est comptable et stratège que de son propre vote. La nécessité d’une coalition obéit à une logique politique et parlementaire, pas à une volonté électorale. On fait semblant de croire que la composition d’une Assemblée est le produit d’une savante délibération collective, mais ça n’est qu’un agrégat de votes et d’opinions individuelles qui forment parfois des majorités. Et parfois pas. ».

    Troisième et dernier constat : « Il n’y a eu qu’une expression clairement majoritaire, le 7 juillet : le refus d’un gouvernement Rassemblement national, puisque toute la campagne de second tour, et toute l’offre électorale, avec les désistements du front républicain, ont tourné autour de cette question : voulez-vous, ou non, que Jordan Bardella gouverne le pays ? La réponse a été non à 63%, 17 millions 200 000 électeurs, mêlant leurs voix, gauche, droite, centre, pour faire barrage. C’est le seul message réellement majoritaire qui a conduit à cette Assemblée morcelée. ».

    Dans la chronique de ce mercredi 28 août 2024, Patrick Cohen a peut-être répondu à la chronique de son confrère Daniel Schneidermann, complètement mélenchonisé depuis les massacres du Hamas du 7 octobre 2023, qui était de mauvaise foi contre lui le 27 août 2024 : « Heureusement, dans la débâcle de la Macronie, il a encore des porte-parole : Patrick Cohen est revenu à France Inter. L'ancien présentateur s'est refait une virginité dans un lieu moins exposé, l'avant-soirée de France 5, où il a signé des éditos-enquêtes souvent factuellement bien charpentés. Il est temps pour lui de revenir dilapider ce capital de crédibilité dans l'exercice de l'avocat officieux du pouvoir. ».

    Après avoir repris tous les points de la chronique du 27 août 2024 de Patrick Cohen, Daniel Schneidermann s'est posé la question : « Comment incarner ce refus du RN, autrement que par une ""grande coalition" ? Patrick Cohen nous le dira demain. ».


    D'où la mise au point le lendemain de l'éditorialiste de France Inter : « On le répète : l’expression d’une aspiration au changement a été massive. Et le fait que rien n’ait encore changé depuis un mois et demi est logiquement regardé comme une anomalie démocratique. ». Mais ce n'est pas pour autant un coup d'État d'Emmanuel Macron comme le répètent les adorateurs du gourou des insoumis Jean-Luc Mélenchon : « Les leaders de gauche dénoncent un coup de force, mais c’est une posture, ils cherchent à mobiliser la rue. Ils ont leur part de responsabilité dans la paralysie actuelle. Et ils savent bien qu’il n’y a pas eu de coup de force, que la Constitution permet d’agir ainsi, que face à une situation inédite, absolument inédite depuis le début de la Cinquième République, il n’y a ni règle, ni jurisprudence. Seul un article 8 : le Président nomme le Premier Ministre. Point final. ».

    Patrick Cohen a toutefois voulu faire la différence entre la légalité qui provient de l'arithmétique parlementaire et la légitimité politique : selon lui, le Président de la République devrait expliquer aux Français pourquoi il n'a pas nommé Lucie Castets à Matignon afin de faire partager sa réflexion en toute transparence : « Emmanuel Macron a encore une fois oublié de faire de la politique, c’est-à-dire accompagner l’opinion, anticiper ses réactions, expliquer ce qu’on fait et pourquoi on le fait, manifester de la compréhension à l’égard des Français qui attendent que leur vote soit pris en compte. Cesser d’apparaître comme le démiurge dont tout procède dans le secret de l’Élysée. Bref d’une façon ou d’une autre, rendre le pouvoir aux électeurs. ».


    Et il est allé plus loin dans son raisonnement : « Faire de la politique en l’occurrence, aurait conduit à nommer Lucie Castets. En posant une condition : qu’elle demande une session extraordinaire du Parlement, puisque c’est une prérogative du Premier Ministre. Pour y engager sans délai la responsabilité de son gouvernement, et ne rien entreprendre sans se soumettre au vote des députés. Tout le monde alors aurait été fixé. Et un échec à l’Assemblée aurait libéré une partie des forces de gauche aujourd’hui sous tutelle du NFP, pour aller tenter autre chose. ».

    Le problème, c'est que Lucie Castets elle-même avait clairement annoncé qu'elle voulait appliquer tout le programme du NFP, rien que le programme du NFP. Pour elle, il n'y avait donc aucune matière à négocier avec d'autres groupes et c'est pour cette raison qu'elle n'est pas aujourd'hui à Matignon. C'est normal, car elle est prisonnière des insoumis qui lui ont eux-mêmes donné ce mandat impératif. Il reste que les socialistes sont très divisés sur la stratégie à tenir et les deux concurrents du premier secrétaire Olivier Faure au dernier congrès du PS, à savoir le maire de Rouen Nicolas Mayer-Rossignol et Hélène Geoffroy, ont clairement souhaité la formation d'une large coalition d'union nationale et que le PS s'affranchisse de la tutelle de Jean-Luc Mélenchon.

    Contrairement à ce que Daniel Schneidermann, Patrick Cohen est loin d'être un soutien des macronistes (on le saurait à France Inter !). Mais il est capable d'objectivité et de lucidité sur la situation actuelle qui ne satisfait personne et dont l'issue ne satisfera certainement pas au moins la majorité des Français. Simplement, dans une classe politique hystérisée par la rage mélenchonique, tout député prêt au dialogue est devenu un traître au regard des siens, ce qui est absurde. Avant de regarder l'intérêt de leur parti, les responsables politiques doivent d'abord promouvoir l'intérêt national, et celui-ci impose qu'ils prennent leurs responsabilités pour (enfin) gouverner la France. Ensemble, faute de majorité absolue d'un des trois blocs.



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (28 août 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Législatives 2024 (40) : Patrick Cohen a raison !
    Législatives 2024 (39) : Consultations et mains tendues !
    Législatives 2024 (38) : la coconstruction du Premier Ministre.
    Législatives 2024 (37) : stupide chantage à la destitution !
    Législatives 2024 (36) : Gérald Darmanin plaide pour un Premier Ministre non macroniste !
    François Hollande sera-t-il le Premier Ministre de son ancien Ministre de l'Économie ?
    Législatives 2024 (35) : Vers une cohabitation du troisième type ?
    Législatives 2024 (34) : Lucie Castets noyée dans une réalité alternative !
    Législatives 2024 (33) : Le grain de sel du Sénat !
    Législatives 2024 (32) : Le casse-tête de Lucie Castets.
    Législatives 2024 (31) : Emmanuel Macron et les joyeux JO.
    Interview du Président Emmanuel Macron le 23 juillet 2024 sur France 2 (vidéo intégrale).
    Claude Malhuret au Sénat : le spectacle continue !
    Législatives 2024 (30) : coalition ou pacte ?
    Législatives 2024 (29) : le staff de l'Assemblée Nationale.
    Législatives 2024 (28) : la stratégie du chaos institutionnel de Jean-Luc Mélenchon.
    Législatives 2024 (27) : l'émotion de Yaël Braun-Pivet.
    Législatives 2024 (26) : les larmes de Marine Tondelier.
    Législatives 2024 (25) : faut-il ostraciser le RN à l'Assemblée Nationale ?
    Législatives 2024 (24) : Huguette Bello, mélenchonette en peau de lapin.
    Législatives 2024 (23) : grand pays recherche son gouvernement.
    Législatives 2024 (22) : qui au perchoir ?
    Législatives 2024 (21) : marche sur Matignon ?
    Lettre aux Français par Emmanuel Macron le 10 juillet 2024 (texte intégral).
    Législatives 2024 (20) : le poison du scrutin proportionnel.
    Législatives 2024 (19) : quel possible Premier Ministre pour une impossible majorité ?
    Législatives 2024 (18) : la fin du cauchemar Bardella (pour le moment).
    Résultats du second tour des élections législatives du 7 juillet 2024.
    Fake news : la scandaleuse manipulation politique du RN.
    Législatives 2024 (17) : rien n'est joué dimanche prochain !
    Législatives 2024 (16) : la question de dimanche prochain.
    Législatives 2024 (15) : les promesses n'engagent que ceux qui y croient !
    Législatives 2024 (14) : la revanche des gilets jaunes ?
    Législatives 2024 (13) : fortes mobilisations au premier tour.
    Résultats du premier tour des élections législatives du 30 juin 2024.
    Appel aux sociaux-démocrates.
    Éric Le Boucher : la France va plutôt bien (27 juin 2024).
    Législatives 2024 (12) : un isoloir, ce n'est pas un cabine d'essayage !
    Législatives 2024 (11) : front, rassemblement, union nationale, barrage, consignes de vote...
    Législatives 2024 (10) : il était une fois Jordan Bardella, Gabriel Attal et Manuel Bompard.
    Législatives 2024 (9) : Emmanuel Macron et son n'ayez-pas-peur !
    Interview d'Emmanuel Macron à Génération Do It Yourself le 24 juin 2024 (podcast intégral).
    Lettre aux Français d'Emmanuel Macron le 23 juin 2024 (texte intégral).
    Législatives 2024 (8) : la bataille de Matignon.
    Le programme aux élections législatives du 30 juin 2024 d'Ensemble pour la République (document à télécharger).
    Législatives 2024 (7) : Ensemble pour la République.
    Législatives 2024 (6) : Nicolas Sarkozy et François Fillon bougent encore !
    Législatives 2024 (5) : le trouble de Lionel Jospin.
    Législatives 2024 (4) : l'angoisse de Manuel Valls.
    Législatives 2024 (3) : François Hollande dans l'irresponsabilité totale !
    Législatives 2024 (2) : clarification ou chaos ?
    Législatives 2024 (1) : vaudeville chez Les Républicains.
    Sidération institutionnelle.
    Élections européennes 2024 (4) : la surprise du chef !
    Résultats des élections européennes du dimanche 9 juin 2024.


     

     
     





    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240828-patrick-cohen.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/legislatives-2024-40-patrick-cohen-256510

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/08/28/article-sr-20240828-patrick-cohen.html