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  • Législatives 2024 (8) : la bataille de Matignon entre Jean-Luc Mélenchon, Jordan Bardella et Gabriel Attal

    « Elle songea qu'ils se trompaient probablement tous les uns les autres et qu'ils vivaient dans une illusion. » (Marie Vareille, "Ma vie, mon ex et autres calamités", éd. Charleston, 2019).




     

     
     


    L'enjeu qu'a voulu placer le Premier Ministre Gabriel Attal dans ces élections législatives, c'est le choix du Premier Ministre le 8 juillet 2024. C'est aussi l'enjeu de Jordan Bardella, le président du RN, et également, mais de façon un peu plus confus, de la nouvelle farce populaire. Pourtant, je l'ai déjà écrit, la nomination du Premier Ministre est une prérogative exclusive du Président de la République. En d'autres termes, sur le principe, on n'est jamais candidat à Matignon. Ce serait presque un crime de lèse-Président, voire un manière très peu constitutionnelle d'appréhender les institutions.

    Toutefois, dans la pratique, il est bien autrement. On a pu découvrir et se convaincre, avec les trois expériences de la cohabitation (1986-1988, 1993-1995 et 1997-2002), que le pouvoir se trouvait réellement, en pratique, je répète, à Matignon et pas à l'Élysée. Sans pour autant perdre de l'efficacité des institutions de la Cinquième République puisque pendant ces trois périodes de cohabitation, la France a été gouvernée pas moins efficacement que dans les autres périodes.

    Faire un enjeu du choix du Premier Ministre dans une campagne d'élections législatives, c'est le cas en fait quand celles-ci ne suivent pas directement une élection présidentielle, au contraire de juin 1981, juin 1988, juin 2002, juin 2007, juin 2012, juin 2017 et juin 2022. Ces cas sont rares depuis vingt-cinq ans, mais ils étaient auparavant le cas général. Pour les quatre derniers cas, il fut toujours question de la cohabitation : en mars 1978, en mars 1986, en mars 1993 et en juin 1997. Et c'était bien un enjeu personnel (qui serait le Premier Ministre ?) qui était associé à un enjeu politique (quelle politique serait appliquée ?).

    En 1978, les sondages donnaient la gauche gagnante et le Président Valéry Giscard d'Estaing avait mis en garde : il ne pourrait nommer qu'un Premier Ministre de gauche si elle gagnait les élections. Le terrain de campagne s'est donc porté sur le duel entre le Premier Ministre sortant Raymond Barre et le premier secrétaire du PS François Mitterrand. Ce dernier a finalement perdu et a dû attendre 1981 pour arriver au pouvoir par la grande porte de l'Élysée.

    En 1986, les sondages donnaient gagnante l'union UDF-RPR et ils ont eu raison, de justesse. Au-delà de l'alternance politique, le débat est devenu le duel entre le Premier Ministre sortant Laurent Fabius et son probable successeur, président du RPR, Jacques Chirac. À l'époque, d'autres hypothèses de Premier Ministre avaient germé pour la première cohabitation avec Alain Peyrefitte, Jacques Chaban-Delmas, René Monory, Simone Veil (43,0% aux élections européennes de juin 1984) et même Valéry Giscard d'Estaing, mais aucune de celles-là n'était politiquement crédible en raison de l'hégémonie du chiraquisme.

    En 1993, rebelote pour la deuxième cohabitation. Jacques Chirac ayant échoué à l'élection présidentielle de 1988 a préféré se réserver pour l'élection présidentielle de 1995. Édouard Balladur était le candidat désigné bien avant les élections législatives pour devenir ce Premier Ministre de cohabitation, adoubé autant par l'UDF que le RPR. En face lui, il n'avait aucun adversaire, tant la défaite du PS était attendue.

    En 1997, le cas historique le plus proche de 2024 avec la dissolution, le débat politique continuait à donner le clivage traditionnel entre le RPR (au pouvoir) et le PS (le principal parti d'opposition). À la tête du PS, son premier secrétaire Lionel Jospin (premier au premier tour de l'élection présidentielle de 1995), face au Premier Ministre sortant Alain Juppé, a priori candidat à sa succession, si ce n'est qu'après un premier tour désastreux, la majorité a présenté pour Matignon la perspective de la nomination de Philippe Séguin, plus populaire. C'était trop tard et, grâce à de nombreuses triangulaires où le FN a perturbé le jeu entre UDF-RPR et PS, la gauche a gagné et Lionel Jospin est resté au pouvoir pendant cinq ans, jusqu'à la fin du septennat de Jacques Chirac.


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    On conçoit, à ces évocations historiques, que les élections législatives de 2024 qui donnent aussi un enjeu de personnes à Matignon, répondent à la classique envie des Français de personnaliser le débat publique comme il a toujours aimé le faire avec les élections présidentielles depuis 1965. Ces élections législatives, qui sortent des clous de la présidentielle, sont donc, comme dans les quatre cas présentés en introduction, une mini-présidentielle en attendant la grande échéance de 2027... ou avant.

    Les dernières élections qui sont consécutives à une dissolution, en 1997, si la France était majoritairement à droite, elles ont donné un gouvernement de la gauche plurielle pendant cinq ans dans une sorte de bipolarisation troublée par le FN. En 2024, la tripolarisation est réelle, même si elle n'est pas nouvelle puisqu'elle structure la vie politique française depuis 2017 dans le choc de trois (fortes) personnalités Emmanuel Macron, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon qui, en 2017 et en 2022, ont représenté autour d'un cinquième (voire un quart) de l'électorat.

    Avec l'union obtenue à gauche, qui fait de cette coalition hétéroclite du NFP un étrange attelage assez hypocrite voire mensonger (à l'instar de Danièle Obono, aucun membre du NFP n'est capable de dire si le seuil fixé du SMIC dans ce programme est net ou brut, par exemple !), un simple cartel électoral, puisqu'ils ne sont d'accord sur rien, trois "blocs" s'opposent : le RN, le NFP et la majorité présidentielle, Ensemble pour la République. Au-delà des programmes dont ceux des deux extrémismes populistes (de droite et de gauche) sont tellement n'importe-quoi qu'ils ne sont pas crédibles dans leur forme (et les électeurs, apparemment, s'en fichent), le débat s'est aussi déplacé sur le plan personnel entre ces trois personnalités marquantes de la vie politique.


    1. Jean-Luc Mélenchon, le candidat à Matignon du NFP/Nupes

    C'est sans doute la coalition qui est la plus confuse sur le choix du Premier Ministre, preuve qu'elle n'a aucun but de gouverner un jour la France puisqu'ils n'ont ni programme cohérent ni chef. Jean-Luc Mélenchon a été le premier à annoncer son ambition de Matignon, mais on l'a vite fait taire. Comme Emmanuel Macron au centre, Marine Le Pen à l'extrême droite, l'évocation de Jean-Luc Mélenchon est un repoussoir et discrédite son camp.

    Mais son (pseudo-)silence ne signifie pas qu'il a renoncé, car les purges qu'il a provoquées dans les investitures des candidats insoumis le prouvent (Raquel Garrido, Alexis Corbière, Danièle Simonnet, etc.), ainsi que les investitures attribuées sur le bout des lèvres en se bouchant son nez (Clémentine Autain, François Ruffin, etc.), et même celles qui, finalement, ont échoué parce que c'était (vraiment) "trop" mélenchonesque (Adrien Quatennens). Sans compter l'investiture de Philippe Poutou, du NPA, avec ses slogans anti-force de l'ordre, dans la circonscription même où le colonel Beltrame a donné la vie.

    Ainsi, comme à la foire au slip, tout le monde, à la Nupes, était candidat à Matignon : Laurent Berger, Valérie Rabault, Carole Delga, François Ruffin, Clémentine Autain, Fabien Roussel, Olivier Faure, François Hollande (ou alors il veut le perchoir ?), et j'en oublie certainement (qu'ils me pardonnent !), mais finalement, cette multiplicité fait bien le jeu de Jean-Luc Mélenchon dont la candidature, quoi qu'on en dise, est évidente car il n'a, en interne, personne face à lui, et Gabriel Attal l'a bien observé le 20 juin 2024 : « Dissimulation sur le programme dont chacun conteste le chiffrage et dissimulation en maintenant un écran de fumée sur l'identité du locataire de Matignon en cas de victoire de la Nupes. Ils semblent ne pas s'entendre sur un nom, en tout cas, faire mine de ne pas s'entendre sur un nom, et pourtant, le résultat est couru d'avance : ils l'ont dit eux-mêmes, le plus grand groupe de la Nupes choisira le Premier Ministre. Le groupe qui a le plus de candidats et le plus sortants, c'est la France insoumise. C'est elle qui a d'ores et déjà imposé son programme aux autres partis de gauche,et donc, en cas de victoire de la Nupes, le Premier Ministre, ce serait nécessairement Jean-Luc Mélenchon. ».

    Car c'est la différence avec 1936 et 1981, puisque ces références historiques sont utilisées par les protagonistes : en 1936, les radicaux dominaient le Front populaire et le PCF était très minoritaire au sein de l'alliance, et en 1981, la gauche a pu venir au pouvoir justement parce que le PS avait pris l'ascendant sur le PCF. En 2024, au contraire, les insoumis restent très majoritaires au sein de la Nupes.


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    Du reste, Jean-Luc Mélenchon, qui avait fait sa campagne aux élections législatives de 2022 sur le thème "moi Premier Ministre", est « bien évidemment » prêt à Matignon. Le samedi 22 juin 2024 sur France 5, le gourou des insoumis l'a confirmé pour ceux qui auraient mal compris : « J'ai l'intention de gouverner le pays (…). Je ne suis pas en retrait (…). Je ne m'élimine pas ! », même si, selon lui, il ne voudrait pas « s'imposer » ! Au moins, ça a le mérite de la clarté.

    La question lorsqu'on veut voter NFP est donc bien celle-ci, et seulement celle-ci : veut-on avoir Jean-Luc Mélenchon à Matignon ? Veut-on un "je-suis-la-République" au pouvoir avec une conception très castriste et bolivarienne de la démocratie (dont les purges aux investitures ont donné un avant-goût), avec le communautarisme élevé au rang de valeur suprême, en encourageant le stupide wokisme, en scandant le slogan scandaleux "la police tue", et, même, en flirtant plus ou moins habilement avec l'antisémitisme ? Les sociaux-démocrates, les électeurs trahis de Raphaël Glucksmann en 2024, et même ceux de Fabien Roussel en 2022, devraient réfléchir à deux fois avant de se ligoter l'esprit sur l'autel des valeurs républicaines.



    2. Jordan Bardella, le candidat à Matignon du RN

    Le cas de Jordan Bardella est très différent de Jean-Luc Mélenchon. Loin d'être un repoussoir, c'est une personnalité (étrangement) attractive. Il faut le reconnaître, il est populaire et ce jeune homme très lisse est loin d'être un repoussoir pour les électeurs susceptibles de voter pour le RN. Le diable ne se présente jamais dans un apparat affreux, sinon, ce serait trop facile. Marine Le Pen a commencé à "l'utiliser" (j'emploie ce verbe à dessein) en 2019 (il avait 23 ans) pour concurrencer sa jeune nièce Marion Maréchal (mais moins jeune que le "gendre Jordan" qu'il était dans la famille Le Pen, compagnon d'une autre nièce de Marine Le Pen).


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    La question n'est pas encore là, mais si jamais Jordan Bardella accédait à Matignon, la question se poserait véritablement d'une rivalité de fait entre lui et Marine Le Pen, à l'instar du couple formé en 1993 par Édouard Balladur et Jacques Chirac. J'espère qu'on n'en sera pas là, mais connaissant les institutions de la Cinquième République, je me pose vraiment la question de l'intérêt de Marine Le Pen qui a tout à y perdre : soit l'expérience Bardella est un échec et alors, il rejaillira sur le RN et sur elle à l'élection présidentielle, soit au contraire, c'est un succès et la candidature de Jordan Bardella à l'élection présidentielle s'imposera naturellement au clan Le Pen.

    On reste étonné par l'efficacité d'une campagne de communication qui laisse croire que cet individu à peine fini, à 28 ans, sans diplôme universitaire (il n'a pas fini ses études, a-t-il achevé au moins quelque chose ?), sans qu'il n'ait d'autres expériences que deux mandats très peu assidus de député européen et de conseiller régional d'Île-de-France, sans même avoir été élu à l'Assemblée Nationale, sans avoir géré un seul exécutif local, même la mairie d'un petit village, puisse se retrouver à la tête du gouvernement de la sixième puissance mondiale ! Tout dans son image lisse et dans ses propos creux montre une grande incompétence et un bluff formidable, comme s'il n'était qu'un acteur qui ne tiendrait que par les oreillettes et les prompteurs. Est-ce dans l'intérêt de la France, grand pays d'innovations technologiques et politiques ?

    Dans son clip bien ficelé de la campagne officielle, on voit Jordan Bardella dans son fauteuil de président (du RN !), rien sur le bureau, et derrière le fauteuil, un seul drapeau, le drapeau tricolore de la France. Et cette petite question à ses électeurs potentiels : cela ne vous ferait-il rien si le drapeau européen était systématiquement supprimé de toutes les tribunes, de Matignon, des ministères, de l'hémicycle ? Eh bien moi, si, je le regretterais beaucoup, je le vivrais comme un retour en arrière profondément malsain alors que le monde bouge et s'accélère (on le voit avec la guerre en Ukraine voulue par Vladimir Poutine qui soutient le RN dans ces élections, ravi des sondages actuels).

    De plus, sa campagne aujourd'hui se base sur des inversions accusatoires extraordinaires. Jordan Bardella se présente comme le meilleur redresseur de l'ordre, comme le meilleur combattant de l'antisémitisme, comme le meilleur meneur de l'union nationale : « Moi, je veux réconcilier les Français et être le Premier Ministre de tous les Français, dans aucune distinction. Une fois devenu chef de la majorité, je serai le Premier Ministre de tous, y compris de ceux qui n'auront pas voté pour moi. Mon objectif est de recréer du consensus dans le pays. ».


    Du blabla d'autant plus déconnecté du réel que c'est un discours de Président (qui est celui de tous les Français) et pas de Premier Ministre qui est, comme il le dit paradoxalement d'ailleurs en même, de chef de majorité, donc, nécessairement très partisan. Mais ce gloubi-boulga sert à attirer les indécis et surtout, les ignorants des mécanismes institutionnels et politiques, en reprenant des phrases dites par d'autres dans le passé. Dans son débat face à Gabriel Attal, Jordan Bardella avait répété des phrases d'Emmanuel Macron dans son face-à-face avec Marine Le Pen, un vrai plagiat ! Bardella, paresseux et imitateur. Acteur.

    De plus, au contraire de ce qu'ils prétendent, les dirigeants du RN ont été pris de court par la dissolution. La preuve, ils ont bâclé leurs candidatures en investissant certains candidats pas très politiquement corrects notamment à cause des appels à la haine ou l'antisémitisme (en particulier, dans leur passé sur les réseaux sociaux), au point de retirer leur investiture a posteriori, sans que cela n'ait d'ailleurs de conséquence puisqu'ils ne peuvent plus mettre d'autres candidats.

    Dans une situation plutôt favorable de favori, Jordan Bardella se permet même d'enfoncer le clou en laissant planer le risque d'une crise institutionnelle s'il n'y a pas de majorité absolue. Il l'a confirmé au JDD le 22 juin 2024 : « Sans majorité absolue, je serais à la merci d'une motion de censure et je partirais naturellement au bout de quelques jours. J'accepterai d'être nommé à Matignon seulement si j'ai le pouvoir d'agir et la légitimité démocratique et institutionnelle. ». Pas d'inquiétude, même avec une majorité relative, ils ne prendront pas le risque de voir le pouvoir passer devant eux. En revanche, c'est un discours électoraliste qui veut mobiliser tout son électorat nationaliste, ceux qui pourraient être tentés par des candidats de Reconquête et même LR ciottistes, seront amenés à voter utile en faveur du RN. Un discours qui peut en effet être assez efficace.


    3. Gabriel Attal, le candidat à Matignon d'Ensemble pour la République

    Nommé il y a à peine six mois (le 9 janvier 2024), le Premier Ministre Gabriel Attal, après deux jours de sidération, a su prendre le leadership de la majorité présidentielle dans cette courte campagne des élections législatives. Son dynamisme et sa popularité sont deux grands atouts pour la majorité, j'aurais tendance à écrire, pour tenter d'éviter la débâcle. Ce n'est donc pas étonnant que, contrairement à la Nupes, il ait mis au cœur de la campagne le choix de la personnalité pour Matignon.


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    L'avantage du sortant est qu'il a fait ses preuves : malgré son très jeune âge (35 ans maintenant), il a déjà derrière lui une carrière politique prestigieuse. Expérience et compétence : deux fois élu député, membre du gouvernement sans discontinuer depuis plus de cinq ans (depuis le 16 octobre 2018), porte-parole du gouvernement pendant la difficile crise du covid-19, Ministre du Budget (délégué aux Comptes publics), Ministre de l'Éducation nationale et de la Jeunesse adulé et Premier Ministre.

    À l'écoute des Français, Gabriel Attal a montré depuis longtemps qu'il l'était, sur le terrain comme dans les ministères. En présentant le programme de la majorité le 20 juin 2024, il a apporté une clarification sur ce que pouvaient espérer les Français sans mettre en danger tant la crédibilité financière de la France que sa politique économique qui a montré ses fruits avec la baisse continue du chômage depuis 2017 et la réindustralisation du territoire, politique qui fait désormais des jaloux en Allemagne.


    Dans quelques jours...


    La dédiabolisation (terme assez médiocre) qui signifie une certaine normalisation de l'extrême droite ainsi que le fatalisme qui accompagne la forte popularité de Jordan Bardella donnent tous les atouts du côté du RN. Le fatalisme, c'est aussi une certaine passivité sur les événements programmés par les sondages.

    Je passe sur l'argument stupide "on-n'a-pas-essayé" qui ouvre sur le n'importe-quoi (on n'a pas essayé de se jeter du haut d'un précipice, on n'a pas essayé de lutter contre un crocodile, on n'a pas essayé de déclencher une guerre thermonucléaire, etc.), mais l'argument de la levée de l'hypothèque RN reste encore assez bon marché dans l'esprit d'un certain nombre d'électeurs, y compris d'opposants au RN.

    En gros, il signifie ceci : laissons-les gouverner, et très rapidement, ils vont être impopulaires et on n'en reparlera plus. Je crains d'ailleurs que ce fût l'idée d'origine du Président Emmanuel Macron en dissolvant : montrons au peuple qu'ils sont incapables lorsqu'ils sont en situation et retournons le paradigme. Sauf qu'aujourd'hui, Giorgia Meloni, après un peu moins de deux ans au pouvoir, s'est hissée à la tête du paysage politique italien à ces élections européennes. Même Donald Trump, les Américains en redemandent après quatre années passées à la Maison-Blanche (2017-2021).

    Et je ne doute pas que l'efficacité de l'effet Bardella depuis deux ans se poursuivra même une fois au pouvoir. Le RN sera suffisamment habile (et démagogique) pour prendre des mesures qui vont plaire ; c'est très facile de plaire quand on gouverne, c'est beaucoup moins facile d'être responsable et de penser à l'intérêt national. En revanche, au pouvoir dès dans deux semaines, cela permettrait de démontrer que le RN serait un parti démocratique comme les autres, capables de gouverner et cela le renforcerait dans la perspective de la prochaine élection présidentielle en levant non pas l'hypothèque du RN mais l'hypothèque de l'équivalence RN = fascisme.


    C'est pour cela que la seule voie possible de s'opposer aux matraquages électoraux actuels du RN, ce n'est pas de laisser faire, ce n'est pas de parler de barrage plein de moraline qui n'a plus rien d'efficace, c'est d'abord d'aller sur le terrain des idées, de ses idées, de ses propositions (ou non-propositions), et de leurs conséquences sur l'avenir de la France, pour sa sécurité, sa prospérité, sa crédibilité internationale et sa cohésion sociale.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (22 juin 2024)
    http://www.rakotoarison.eu

    Pour aller plus loin :
    Législatives 2024 (8) : la bataille de Matignon.
    Le programme aux élections législatives du 30 juin 2024 d'Ensemble pour la République (document à télécharger).
    Législatives 2024 (7) : Ensemble pour la République.
    Législatives 2024 (6) : Nicolas Sarkozy et François Fillon bougent encore !
    Législatives 2024 (5) : le trouble de Lionel Jospin.
    Législatives 2024 (4) : l'angoisse de Manuel Valls.
    Législatives 2024 (3) : François Hollande dans l'irresponsabilité totale !
    Législatives 2024 (2) : clarification ou chaos ?
    Législatives 2024 (1) : vaudeville chez Les Républicains.
    Sidération institutionnelle.
    Élections européennes 2024 (4) : la surprise du chef !
    Résultats des élections européennes du dimanche 9 juin 2024.


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    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240622-matignon.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/legislatives-2024-8-la-bataille-de-255349

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/06/22/article-sr-20240622-matignon.html






     

  • Jean-Marie Le Pen, retour aux sources du Rassemblement national...

    « En me présentant à vos suffrages, je mesure toute la gravité du débat national majeur qui s'ouvre devant vous. Je suis convaincu qu'il doit permettre de créer le grand courant national et populaire capable de faire face à une crise nationale et internationale qui motive l'inquiétude grandissante de notre peuple. » (Jean-Marie Le Pen, avril 1974).



     

     
     


    Le fondateur du Front national devenu le Rassemblement national Jean-Marie Le Pen fête son 96e anniversaire ce jeudi 20 juin 2024. J'allais écrire l'âge de la reine d'Angleterre, comme on dirait l'âge du Christ. L'âge à la mort de la reine d'Angleterre. Un anniversaire particulier pour une raison bien simple.

    Pas parce que le vieux Menhir a été placé « sous régime de protection juridique » au milieu du mois de février 2024 (confirmé par Louis Aliot le 3 avril 2024), une disposition civile apparentée à la tutelle, sur demande de la famille (de ses trois filles dont Marine Le Pen) auprès du tribunal de Puteaux en raison de l'inaptitude de Jean-Marie Le Pen. Il devait pourtant être jugé, avec sa fille Marine Le Pen, du 30 septembre 2024 au 27 novembre 2024 par le tribunal correctionnel de Paris pour détournement de fonds européens dans l'affaire des assistants parlementaires des députés européens du FN, mais la justice devrait annoncer son inaptitude à comparaître au tribunal dans quelques jours (le 3 juillet 2024). Louis Aliot a précisé le 3 avril 2024 sur RMC : « C’est un homme qui a son âge, qui est fatigué. Il est maintenant sous un régime de protection juridique et ce sont ses enfants qui participent à la gestion de ses affaires. ».

    Particulier parce que le mouvement d'extrême droite qu'il a contribué à fonder en 1972 avec d'autres militants extrémistes d'Ordre nouveau pourrait bien conquérir le pouvoir national dans quelques jours. Le Rassemblement national est en tout cas le favori des sondages des élections législatives des 30 juin et 7 juillet 2024 à la suite de la dissolution du 9 juin 2024.

    Jean-Marie Le Pen en est-il encore conscient ou pas ? Je ne connais pas son état de santé, mais après soixante-dix ans de batailles électorales, au soir de sa vie, il pourrait trouver un nouveau sens à son combat. Quand il s'était lancé en se présentant à l'élection présidentielle de 1974, elle aussi soudaine provoquée par le décès du Président Georges Pompidou il y a cinquante ans, il n'avait obtenu que 0,7% des suffrages exprimés, mais il avait déjà placé les jalons qui allaient lui être favorables. Dans sa profession de foi, dont l'introduction est indiquée en tête d'article, on constate qu'on pourrait encore la dire aujourd'hui. C'est commun à tous les discours populistes, ils sont invariablement balancés à toutes les époques, ça marche à tous les coups. Il y a toujours une crise et des peurs dans une société imparfaite mais libre.

    Quand il évoquait en 1974 « un grand courant national et populaire », il a toujours affiché le « national » (avec le Front national, le Rassemblement national dont l'appellation n'est pas nouvelle et ne date pas de 2018 mais bien de 1986 à l'époque où il avait fait élire 36 députés FN), rarement le « populaire » alors que les deux grands courants de droite et du gauche se sont targués d'être populaires, à droite avec l'UMP (Union pour un mouvement populaire) et à gauche, avec la Nupes (Nouvelle union populaire écologiste et socialiste) ou la nouvelle farce populaire (NFP). Il faut bien reconnaître que depuis au moins une dizaine d'années, le mouvement le plus populaire dans le sens le plus proche des petites gens, c'est bien le FN/RN et c'est pour cela qu'il serait au seuil du pouvoir.

     

     
     


    Parti à incarnation très personnelle, il y avait les limites de l'âge. La dynastie Le Pen est là pour y suppléer : la fille Marine Le Pen, la petit-fille Marion Maréchal (élue députée à 22 ans), et maintenant, le gendre (ex-gendre) Jordan Bardella venu soudain dans la vie politique en dirigeant la liste RN aux élections européennes de 2019 à seulement 23 ans. Jean-Marie Le Pen n'aurait pas été surpris, lui qui a été élu député à 27 ans. Sa fille a tenté de délepéniser le parti en excluant son père en 2015 après une énième provocation à caractère ressenti antisémite. Depuis 2022, le parti est présidé par Jordan Bardella qui a poursuivi l'œuvre d'aseptisation de ce parti afin de lever les dernières plafonds de verre dans l'esprit des électeurs.

    L'élection de 88 députés RN en juin 2022 a montré que ce parti avait la capacité d'arriver au pouvoir avec une majorité à l'Assemblée Nationale. Jamais, à ces 96 ans du patriarche revenu en grâce, son parti d'extrême droite n'a été aussi proche du pouvoir. Jordan Bardella serait-il la Giorgia Meloni française ? En tout cas, depuis quelque temps, Jean-Marie Le Pen n'a plus la capacité de casser cette dynamique électorale par un jeu de mots vaseux et autres provocations dont je présente les principales et qui ont systématiquement soulevé des polémiques et parfois des décisions de justice. J'en avais déjà relevé quelques-unes il y a déjà dix ans.

     

     
     


    Le 14 mars 1984, au meeting du FN à la Mutualité de Paris, il a harangué ses militants en provoquant la haine et même, de véritables appels au meurtre. Quand il a dit : « Badinter ? », la salle a répondu : « Juif ! ». Le Pen : « Lustiger ? », la salle : « À morts les Juifs ! ». Le Pen : « Madame Veil ? », la salle : « Au four crématoire ! ».

    Le 26 octobre 1985 à la fête bleu blanc rouge au Bourget : « Je dédie votre accueil à Jean-François Kahn, à Jean Daniel, à Ivan Levaï, à Elkabbach, à tous les menteurs de la presse de ce pays. Ces gens-là sont la honte de leur profession. Monsieur Lustiger me pardonnera ce moment de colère, puisque même Jésus le connut lorsqu’il chassa les marchands du temple, ce que nous allons faire pour notre pays. ».

    Le 6 mai 1987 dans "L'Heure de Vérité" sur Antenne 2 : « Les sidaïques, en respirant du virus par tous les pores, mettent en cause l’équilibre de la Nation. (…) En revanche, je crois que le "sidaïque", c'est un néologisme, il n'est pas très beau, mais je n'en connais pas d'autres, celui-là, il faut bien le dire, est contagieux par sa transpiration, ses larmes, sa salive, son contact. C'est une espèce de lépreux, si vous voulez. » (on rapprochera l'expression d'hébraïque).


    Le 2 juin 1987 dans l'hémicycle de l'Assemblée Nationale : « Madame Barzach ramasse les plumes et se les plante où je pense. » (grand "respect" pour les femmes, en particulier pour la jeune ministre).

    Le 13 septembre 1987 au "Grand Jury" de RTL et "Le Monde" : « Je me pose un certain nombre de questions. Je ne dis pas que les chambres à gaz n’ont pas existé. Je n'ai pas étudié spécialement la question, mais je crois que c'est un point de détail de l'histoire de la Deuxième Guerre mondiale. ».

    Le 18 septembre 1987 sur l'explosion de la bombe nucléaire sur Hiroshima : « Un détail de l'histoire aérienne de la guerre. ».

    Le 20 janvier 1988 dans le Journal du FN du Var, calomniant une victime innocente de la police : « Des Français comme les Oussekine, on peut s’en passer (…). On se souvient de la mort du petit casseur gauchiste nommé Malik Oussekine. Malgré son état de santé lamentable, il n’avait pas hésité à attaquer en pleine nuit les forces de police chargées du maintien de l’ordre. ».


    Le 1er juin 1988 dans un meeting à Marseille : « Voter socialiste, cela signifie que d’ici dix à quinze ans, la mairie de Marseille sera dirigée par un Maghrébin. » (remarquons que Jean-Claude Gaudin n'était pas maghrébin).

    Le 2 septembre 1988 à l'université d'été du FN au Cap d'Agde : « Monsieur Durafour et Dumoulin, obscur ministre de l'ouverture dans laquelle il a d'ailleurs immédiatement disparu, a déclaré : "Nous devons nous allier aux élections municipales, y compris avec le Parti communiste, car le Parti communiste, lui, perd des voix tandis que l'extrême droite ne cesse d'en gagner"… M. Durafour-crématoire, merci de cet aveu ! ».

    Le ministre Lionel Stoléru fut interpellé par Jean-Marie Le Pen le 5 décembre 1989 au cours d’un duel télévisé sur la Cinq animé par Jean-Claude Bourret. Le leader du FN lui a demandé s’il avait la « double nationalité ». Lionel Stoléru lui a alors répondu : « Laquelle ? » et Jean-Marie Le Pen de répondre : « Je ne sais pas, je vous demande. ». Stoléru : « Non, je suis Français. » en précisant : « Être Juif, ce n’est pas une nationalité. Jusqu’à présent, c’est une religion. ». Le Pen : « Parfait, sinon j’aurais été un peu gêné. ». Peu avant, Lionel Stoléru lui avait expliqué que pour réprimer le travail clandestin, il avait organisé des descentes de police : « Sur ce problème du travail au noir, j’ai moi-même organisé des descentes dans le Sentier, des opérations coup de poing. », et Jean-Marie Le Pen lui a répondu : « Vraiment ? Vous pourriez faire une rafle, c’est le cas de le dire ! ».

    En janvier 1990 dans le mensuel "Identité" : « L’établissement, qu’il s’agit de renverser par une révolution de salut public, désigne la classe politique qui impose aujourd’hui son pouvoir. Les droits de l’Homme sont les tables de la Loi. Il a ses évangiles selon saint Freud et saint Marx. Il a son clergé, ses architectes et ses maçons. Son lieu de culte, le Panthéon républicain, ses rites, il prêche la morale. Le Front national a pour devoir d’assurer le retour des vraies élites, après avoir dépouillé la société française des corps parasitaires qui l’enserrent et l’asphyxient. (…) Ainsi advient-il, dans l’histoire des sociétés, des élites décadentes, des oligarchies coupées du peuple qu’elles avaient pour mission de servir et qu’elles ont trahi au bénéfice de leurs privilèges. (…) Nous nous proposons de dépouiller la société française des corps parasitaires qui l’enserrent et l’asphyxient. Il est logique que, de ce fait, les mass media du système veuillent étouffer le cri du peuple que nous exprimons contre l’établissement. La claque est au service de qui la paie. ».

    Le 2 décembre 1990 dans une conférence de presse pour lancer une nouvelle campagne d’affichage du FN (qui fut interdite par la justice le 22 janvier 1991) : « D’ardentes campagnes basées sur le sigle SIDA vont être menées partout. Ce sigle veut dire : S comme socialistes, gaspilleurs et destructeurs ; I comme immigration tiers-mondiste ; D comme délinquance, désordre, décadence ; A comme affaires, car les scandales politico-financiers sont devenus le pain quotidien honteux du système. ».


    Le 26 février 1995, il a commenté la mort du lycéen Ali Ibrahim, assassiné dans le dos quatre jours auparavant par des colleurs d’affiches du FN, ainsi : « Il s’agit d’un drame de l’autodéfense (…). Je le considère comme une victime ainsi que ceux qui se trouvent impliqués dans cette affaire, victimes de l’atmosphère qui règne dans ces banlieues (…). Ce genre d’événement arrive toujours trois ou quatre jours avant que je ne sois appelé à m’exprimer sur un grand média. ». Le 18 avril 1995, il a récidivé sur la mort d’Imed Bouhoud, assassiné par des skinheads au Havre : « Un simple dérapage ! ».

    Le 21 juin 1995, il s’en est pris à Patrick Bruel alors que le FN venait de gagner les municipales à Toulon : « Toulon devra se passer des vocalises du chanteur Benguigui, qui a décidé de ne pas honorer ses contrats. Je ne crois pas qu’on en mourra à Toulon (…). Ces jappements de chiots mal lavés n’empêcheront pas le FN de continuer son action politique en faveur des Françaises et des Français, traités comme des parias dans leur propre pays. ».

    Le 20 avril 1997, il a voulu montrer sa (supposée) bonne foi en jouant faussement le candide : « Que faut-il que je fasse pour ne pas être raciste ? Épouser une Noire ? Avec le sida, si possible ? » (cité dans "Le Monde").


    Le 5 décembre 1997 à une conférence de presse à Munich aux côtés de l’ancien Waffen SS Franz Schonhüber : « Dans un livre de mille pages sur la Seconde Guerre mondiale, les camps de concentration occupent deux pages et les chambres à gaz dix à quinze lignes, ce qui s’appelle un détail. ».

    Le 12 janvier 2005 dans l'hebdomadaire "Rivarol" : « L'Occupation allemande n'a pas été particulièrement inhumaine, même s'il y eut des bavures, inévitables dans un pays de 550 000 km2. ». Le 13 janvier 2005 sur RTL : « C’est vrai (…). Si on compare l’Occupation allemande de la France avec l’occupation d’un certain nombre d’autres pays européens, proportionnellement, c’est en France que celle-ci a été la moins douloureuse. ».

    Le 20 février 2007, au congrès de la Fédération nationale de la chasse (qui s'est présentée aux élections européennes de 2024 avec la liste menée par Jean Lassalle) : « Dans le Marais de Paris, on peut chasser le chapon sans date d’ouverture ou de fermeture, mais dans le marais de Picardie, on ne peut chasser le canard en février. ».

    Le 24 avril 2008 dans le mensuel "Bretons" n°32 : « Je ne me sens pas obligé d’adhérer à cette vision-là. Je constate qu’à Auschwitz, il y avait l’usine IG Farben, qu’il y avait 80 000 ouvriers qui y travaillaient. À ma connaissance, ceux-là n’ont pas été gazés en tout cas. Ni brûlés. ».

    Le 21 février 2012 sur iTélé à propos de ses fréquentations douteuses : « Oui, je ne suis pas chargé de traquer les criminels de guerre désignés par l’opinion publique, moi. Quand je vais quelque part, j’essaie de m’informer et j’essaie de m’informer le plus directement possible. Et en effet, rencontrer Karadzic, c’était une manière de se renseigner. ».


    Le 22 septembre 2012 à l'université d'été du FN à La Baule : « Les "Roms" volent naturellement, comme les oiseaux. ». Le 4 juillet 2013 dans un meeting à Nice : « Vous avez quelques soucis, paraît-il, avec quelques centaines de "Roms" qui ont dans la ville une présence urticante et disons …odorante. ».

    Le 20 mai 2014 au cours d'un meeting à Marseille, à propos de la démographie en Afrique : « Monseigneur Ebola peut régler ça en trois mois. ».

    Le 6 juin 2014 dans sa vidéo hebdomadaire au FN, évoquant Patrick Bruel : « On fera une fournée la prochaine fois ! ».

    Le 2 avril 2015 sur BFMTV, interrogé par Jean-Jacques Bourdin : « Ce que j'ai dit correspondait à ma pensée, que les chambres à gaz étaient un détail de la guerre, à moins d'admettre que c'est la guerre qui était un détail des chambres à gaz. ». Bourdin : « Vous maintenez ces propos ? ». Le Pen : « Oui absolument, je les maintiens, parce que je crois que c'est la vérité et que ça ne devrait choquer personne. ».

    Le 9 avril 2015 à l'AFP, confirmant ses propos dans l'hebdomadaire "Rivarol" : « J'ai toujours œuvré à la réconciliation des Français (…). Comme je l'ai déjà dit, je n'ai jamais considéré le maréchal Pétain comme un traître. L'on a été très sévère avec lui à la Libération. (…) Et je n'ai jamais considéré comme de mauvais Français ou des gens infréquentables ceux qui ont conservé de l'estime pour le maréchal. Ils ont leur place au FN comme l'ont les défenseurs de l'Algérie française, mais aussi les gaullistes, les anciens communistes et tous les patriotes qui ont la France à cœur. ».

    Le 8 avril 2015 dans l'hebdomadaire "Rivarol", il soutenait qu'il fallait « impérativement nous entendre avec la Russie pour sauver l'Europe boréale et le monde blanc ». C'est cette interview qui a valu l'exclusion de Jean-Marie Le Pen du Front national le 20 août 2015 (après une suspension le 4 mai 2015).


    Même si ces dérapages verbaux ne sont pas exhaustifs, ils restent symptomatiques du FN et de Jean-Marie Le Pen. Il était important de rappeler d'où vient le RN...


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (16 juin 2024)
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    Pour aller plus loin :
    Jean-Marie Le Pen.
    Législatives 2024 (2) : clarification ou chaos ?
    Législatives 2024 (1) : vaudeville chez Les Républicains.
    Élections européennes 2024 (4) : la surprise du chef !
    Le débat Gabriel Attal vs Jordan Bardella du 23 mai 2024.
    Débat Valérie Hayer vs Jordan Bardella : l'imposture démasquée de Coquille vide.
    Ukraine : Claude Malhuret se gausse de Jordan Selfie !
    Sondage secret : en cas de législatives anticipées, une victoire du RN ?
    FN/RN : fais-moi peur ! (27 octobre 2015).
    Marine Le Pen en tête dans un sondage : attention au buzz !
    Christine Boutin.
    André Figueras.
    Patrick Buisson.

    Rassemblement national : objectif 2027... ou avant !
    Jordan Bardella.
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    Geoffroy Lejeune.
    Attention, un train de violence peut en cacher un autre...
    Éric Caliméro Zemmour.
    Jean-Marie Le Pen et sa marque dans l'histoire.
    La tactique politicienne du RN.
    La sanction disciplinaire la plus lourde de la Cinquième.

    Louis Aliot.
    Le congrès du RN.
    Grégoire de Fournas.
    Incident raciste : 89 nuances de haine à la veille du congrès du RN ?

    Le Front national des Le Pen, 50 ans plus tard...

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    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240620-jean-marie-le-pen.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/jean-marie-le-pen-retour-aux-255229

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  • Débat Gabriel Attal vs Jordan Bardella : et le vainqueur est...

    « Votre programme, c'est un Banco ; il y a plein de promesses, mais quand on gratte, il n'y a rien derrière ! » (Gabriel Attal à Jordan Bardella, le 23 mai 2024 sur France 2).



     

     
     


    Il était attendu quasiment depuis janvier 2024, et c'est une chaîne de France Télévisions, en l'occurrence France 2, qui a eu le privilège d'organiser le premier débat entre le Premier Ministre Gabriel Attal et le président du RN et tête de liste Jordan Bardella. Cela s'est passé en début de soirée ce jeudi 23 mai 2024.

    Disons-le d'emblée : ce choc des jeunes titans n'aura sans doute pas fait bouger les lignes, on a même l'impression que rien ne fait bouger les lignes, enfin, les sondages, mais même l'accumulation d'événements plus malheureux qu'heureux, c'est vrai, depuis plusieurs mois, a peu d'effet. Disons aussi que les protestations des têtes de liste autres que celles du RN et de la majorité présidentielle sont justifiées... ou pas.

    Justifiées si on admet, et c'est le cas, que ce débat télévisé participe à la campagne des élections européennes. Pourquoi n'inviter que les représentants de deux listes sur trente-huit (trente-huit et pas trente-sept, le Conseil d'État a validé in extremis le 23 mai 2024 une trente-huitième liste, les murs des villes vont être joliment tapissés de ces très hideux panneaux gris) ? Du coup, cinq têtes de liste ont été interviewées à la suite du débat, mais pour François-Xavier Bellamy, il y a rupture d'égalité. Raphaël Glucksmann, qui se trouverait proche, dans les sondages, de la liste de la majorité présidentielle, a refusé d'y prendre part et a obtenu d'être invité jeudi prochain à la même heure de grande écoute. Mais selon ce principe d'équité, je l'avais évoqué pour le débat du 21 mai 2024 sur LCI, pourquoi ne pas avoir invité les trente autres têtes de liste ? La grande entorse à l'équité, c'est bien la différence de traitement médiatique entre la tête de la liste communiste Léon Deffontaines, crédité de 2% dans les sondages, et la tête de la liste du parti animaliste, Hélène Thouy, qui, elle, avait déjà eu 2% aux élections précédentes de 2019.

    La direction de France Télévisions a répondu qu'il s'agissait d'un "grand" débat, entre le Premier Ministre de la France, donc le chef de la majorité, et le président du premier parti d'opposition. Cela peut se défendre. Et c'est ainsi qu'on l'analysera.

    Ce débat ne sera pas un débat historique, mais sa postérité devrait être plus longue que la durée de la campagne électorale. Finalement, un débat télévisé en début de soirée faisant intervenir le Premier Ministre, c'est rare, très rare : on se souvient du débat entre Georges Pompidou et Pierre Mendès France le 27 février 1967, mais ce n'était pas à la télévision mais à Grenoble devant 6 000 personnes, celui entre Raymond Barre et François Mitterrand le 12 mai 1977 sur TF1, aussi entre Laurent Fabius et Jacques Chirac le 27 octobre 1985 sur TF1 (le choc des Premiers Ministres, celui en exercice et un ancien et futur Premier Ministre), mais cela se limite assez vite à ceux-là. Les autres avec un Premier Ministre en exercice étaient des débats de second tour à l'élection présidentielle, un en fait, il faut mettre au singulier, c'était le 28 avril 1988.

    Le débat entre Gabriel Attal et Jordan Bardella a ceci d'emblématique qu'il oppose deux jeunes loups de la politique qui sont déjà devenus de vieux crocodiles. Ils représentent à eux deux l'avenir de la classe politique dans ce qu'elle a de plus lisse et de plus aseptisé. Certains évoquent même des hommes politiques hors sol, qui n'ont jamais connu que la politique et qui ne savent rien de la vraie vie. C'est peut-être vrai, mais c'était le cas de tous leurs prédécesseurs, et notamment des plus illustres : François Hollande, Nicolas Sarkozy, Jacques Chirac, François Mitterrand, Valéry Giscard d'Estaing n'ont jamais fait que de la politique depuis leur jeunesse et ne représentaient pas des citoyens ordinaires.

    Gabriel Attal et Jordan Bardella ont pour eux d'être parmi les personnalités politiques les plus populaires de France. On se doute que la cote du Premier Ministre s'essoufflera puisqu'il est en charge de toute la politique de la nation et à ce titre, est responsable de tout, tandis que la baudruche Bardella, responsable de rien, lisse comme un robot d'Asimov, pourra encore croître (telle une baudruche).

     

     
     


    Pour Gabriel Attal, se prêter à ce débat valait surtout pour aider Valérie Hayer dans la campagne de la majorité présidentielle qui tarde à décoller (c'est le moins qu'on puisse dire). Pour Jordan Bardella, dans la théorie, il avait aussi tout intérêt à ce débat pour se hisser au niveau du Premier Ministre. Cela tombe bien : imitant Jean-Luc Mélenchon en 2022, Jordan Bardella s'est autoproclamé candidat au poste de Premier Ministre depuis quelques mois. Mais on frissonne à l'idée qu'il puisse être à la tête du gouvernement de la République, paresseux et peu travailleur qu'il est.

    Car il n'y a pas photo dans le résultat des courses : Gabriel Attal a très largement dominé ce débat, tandis que son contradicteur professionnel peinait à surnager dans ses dossiers. Si les deux avaient une aisance verbale bien nécessaire aux joutes des téméraires, Gabriel Attal est arrivé sans notes, connaissant tous les dossiers, les chiffres, les dates, les projets, les enjeux... tandis que Jordan Bardella rougissait lorsqu'il s'agissait de préciser une proposition, lorsqu'il fallait développer une mesure floue et sans intérêt. Ce n'est pas pour rien que Jordan Bardella a reçu quelques surnoms comme Coquille vide ou Bidon. Il a suivi des cours de communication, de l'entraînement, incontestablement, mais il singeait beaucoup trop de vrais responsables politiques qui avaient de la conviction et du fond, alors que lui, à l'évidence, n'avait que du creux à vendre (d'où le concept de la baudruche, classique pour l'extrême droite quand on commence à regarder les détails).


    Comme un chat jouant avec une souris sans avoir faim, Gabriel Attal a esquissé souvent le petit sourire gourmand mi-carnassier mi-tendre du joueur qui sent que la partie est facile et qu'il va se régaler. La partie intellectuelle était facile pour Gabriel Attal parce qu'il est d'une nettement autre stature que Jordan Bardella.

    J'en veux pour preuve quelques sujets. Par exemple, sur le marché de l'électricité. Jordan Bardella a avoué qu'il n'avait pas lu le projet adopté par le Parlement Européen et qu'il a rejeté, projet qui réformait le marché de l'électricité qui n'est pas encore entré en application puisque c'est à partir de 2026. Ou encore sur le droit de veto en Europe, notamment en matière fiscale qui empêche d'instaurer une taxe pour les gros du numérique en Europe (car l'Irlande et le Luxembourg s'y opposeront toujours).

    Jordan Bardella n'a cessé de faire de l'antimacronisme primaire et dans ses critiques, il a transformé, il a déformé la réalité. Ainsi, il a dit faussement que les véhicules thermiques seraient interdits en 2035. Gabriel Attal a rectifié magistralement : « 2035 n’est pas la fin de la voiture thermique, mais la fin de la vente des véhicules neufs à moteur thermique. ». Ce signifie qu'il y aura probablement des véhicules à moteur thermique en circulation encore en 2050.

    Les propositions du RN sont antiéconomiques. Ainsi, lorsque Jordan Bardella a proposé une priorité nationale dans les marchés publics : « Vous produisez sur le sol français, vous devez avoir un avantage dans la commande publique. », Gabriel Attal a rétorqué : « 80% de nos PME exportent, vous allez leur couper les jambes. ».

    Mais le pire est toujours sur le thème de l'immigration. Gabriel Attal a rappelé que les députés RN ont voté pour la loi Immigration et à ce titre, pour la régularisation des milliers de sans-papiers dans les secteurs en tension. L'objectif du RN de refuser l'accostage de bateaux de réfugiés est irréalisable. Mais plus encore, et Valérie Hayer l'avait systématiquement pointé du doigt, l'idée de la double frontière proposée par Jordan Bardella est du vent et du creux stupide.

    Cette idée, c'est de laisser la libre circulation des citoyens européens dans l'Espace de Schengen, mais pas celle des migrants qui auraient obtenu une carte de séjour dans l'un des États membres, eux n'auraient pas la possibilité de franchir les frontières de l'Europe. Mais Gabriel Attal a demandé à son contradicteur comment il allait appliquer une telle mesure. Jordan Bardella s'est enlisé en prenant la comparaison avec un aéroport où il y a deux files, une pour les Européens et une pour les extra-européens. En oubliant que dans les deux cas, les gens devront attendre et faire la queue au contraire d'aujourd'hui. Cela signifierait des contrôles aux frontières partout (il faudrait alors recruter massivement), et des queues épouvantables pour les 500 000 Français frontaliers qui travaillent de l'autre côté de la frontière.


    Jordan Bardella a alors reculé en disant que ce ne serait que des contrôles aléatoires aux frontières... affirmant que c'était permis avec Schengen. Gabriel Attal a alors salué l'idée puisque c'est déjà fait depuis 2015 pour assurer le contrôle des flux migratoires, mais que ces contrôles aléatoires n'empêcheront pas l'immigration illégale. Gabriel Attal de conclure : « En quelques secondes, on est passé d’une double frontière où tout le monde va être contrôlé aux frontières à "on augmente un peu les contrôles aléatoires". ». En somme, sous emballage de montrer une mesure forte (interdiction de l'immigration), le RN ne propose rien puisque les contrôles aléatoires existent déjà aujourd'hui ! Que du creux !

    De plus, la plupart des positions du RN révèlent une véritable supercherie, un double jeu, voire une imposture. Ainsi, Jordan Bardella soutiendrait l'Ukraine mais a refusé de voter toutes les motions soutenant l'Ukraine.

    Sur la plupart des sujets, Jordan Bardella refusait de répondre aux questions et voulait dérouler ses propres éléments de langage (qu'on connaît depuis longtemps puisqu'il ne sait réciter que cela). Il a bien tenté une échappée politique en lançant timidement au Premier Ministre : « Si vous êtes là ce soir, c'est que vous avez décidé d'engager votre responsabilité dans cette campagne. » (pour aider Valérie Hayer), mais cette critique n'a pas de prise. En confondant élections nationales et élections européennes, Jordan Bardella fait un contre-sens et ses électeurs aussi, car il n'y a aucune raison de dissoudre l'Assemblée Nationale après les élections européennes, quels qu'en soient les résultats, cela d'ailleurs ne s'est jamais produit, y compris quand le PS au pouvoir n'a obtenu que 20,8% aux élections européennes de juin1984, soit moins de la moitié de la première liste (UDF-RPR menée par Simone Veil) qui a obtenu 43,0%.

     

     
     


    La réaction des commentateurs est unanime : Gabriel Attal a dominé le débat et Jordan Bardella a eu du mal à justifier ses positions et ses propositions tant elles sont floues et tant les raisonnements sont incohérents. Au point que le Premier Ministre a dû balancer : « La méthode du Rassemblement national, c'est de dire : on est contre tout. Et puis, dans cinq ou dix ans, si on se rend compte qu'on s'est plantés, on dit qu'on a changé d'avis. C'est ça, votre méthode. Vous vous opposez à tout ce qu'on fait, et comme ça, ensuite, vous pourrez dire, si ça n'a pas marché, bah en fait, on a eu raison de s'opposer. ».

    La revue de presse du site Touteleurope est éloquente. "Libération" : « Le premier [Gabriel Attal] est apparu bien plus à l’aise que son cadet [Jordan Bardella], sur le fond comme sur la forme. ». "Politico" : « M. Bardella, homme politique qui a l'habitude des médias et a tendance à tenir son rang dans les débats, a parfois semblé mal à l'aise face à un Premier Ministre français qui s'exprimait sans notes et semblait maîtriser la situation. ». "Nouvel Obs" : « À l’offensive, Gabriel Attal a poussé son rival dans ses retranchements, révélant les faiblesses ou approximations des promesses du RN. ».

    Par ailleurs, Cyril Graziani, de France Télévisions, a analysé ainsi ce débat : « Sur le fond, indéniablement, [le vainqueur est] Gabriel Attal, arrivé sans notes, contrairement à Jordan Bardella, Attal, beaucoup plus précis, beaucoup plus tranchant, plus concret qu'un Bardella dans les cordes dès les premières minutes et surtout, sur le dossier phare qu'est l'immigration, incapable de dérouler des arguments, qui est resté sur la défensive, alors qu'on l'a connu plus tranchant, beaucoup plus destructeur dans ce genre d'exercice, mais acculé quand il reconnaît ne pas avoir lu le texte de la réforme du marché de l'électricité contre laquelle il a voté ("Vous ne lisez pas les lois avant de voter" s'est étonné le Premier Ministre), et incapable de répliquer, quand Attal lui assène : "Votre programme, c'est un Banco ; il y a plein de promesses, mais quand on gratte, il n'y a rien derrière !" ».

    Un internaute a commencé à comprendre la machine Bardella et a osé se poser la vraie question : « Et si l'élégant Bardella portant beau, bien mis, manucure et dents blanches, d'après les médias, bien sous tous rapports, prédisant à cet esprit sans malice un avenir politique radieux, demain Premier Ministre de la France, n'était qu'un piteux branleur et un lamentable opportuniste ? ».

    La mine réjouie de Gabriel Attal, prêt à la bataille intellectuelle contre son adversaire arrogant mais souriant d'extrême droite, me faisait penser justement à la mine réjouie de Raymond Barre (à l'époque, Raymond-la-science) face à un François Mitterrand qui ne comprenait rien à l'économie (en 1977, voir plus haut). Le débat de 1977 a eu lieu deux mois après les élections municipales qui furent une grande victoire de la gauche socialo-communiste. Mais c'était aussi quelques mois avant les élections législatives de mars 1978 qui, finalement, ont été gagnées par Raymond Barre : François Mitterrand n'a donc pas été Premier Ministre. Néanmoins, la comparaison s'arrête là, doit s'arrêter là, car à force de persévérance, François Mitterrand a fini par se faire élire Président de la République par des électeurs qui n'ont pas tardé à se sentir dupés. C'est vrai qu'à terme, les imposteurs sont toujours démasqués. Encore faut-il qu'entre-temps, la France et les Français n'en souffrent pas trop.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (24 mai 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Le débat Gabriel Attal vs Jordan Bardella du 23 mai 2024.
    Élections européennes 2024 (2) : 37 listes et un bulletin de vote !
    Le souverainisme européen selon Emmanuel Macron : puissance, prospérité et humanisme.
    L'hymne à l'Europe.
    Fête de l'Europe, joies et fiertés françaises.
    Le Tunnel sous la Manche.
    Les 120 ans de l'Entente cordiale.
    Eurovision 2024.
    La vision européenne d'Édouard Balladur.
    Débat Valérie Hayer vs Jordan Bardella : l'imposture démasquée de Coquille vide.
    Il y a 20 ans, l'élargissement de l'Union Européenne.
    La convergence des centres ?
    Élections européennes 2024 (1) : cote d'alerte pour Renaissance.
    Valérie Hayer, tête de la liste Renaissance.
    Charles Michel et Viktor Orban : l'Europe victime d'une histoire belge !
    Jacques Delors : il nous a juste passé le relais !
    Il y a 15 ans : Nicolas Sarkozy, l'Europe et les crises (déjà).
    La Méditerranée, mère de désolation et cimetière de nos valeurs ?
    Le 8 mai, l'émotion et la politique.
    Ukraine, un an après : "Chaque jour de guerre est le choix de Poutine".
    Le 60e anniversaire du Traité de l'Élysée le 22 janvier 2023.
    De Gaulle, l’Europe et le volapük intégré.
    L’inlassable pèlerin européen Emmanuel Macron.
    Valéry Giscard d’Estaing, le rêveur d’Europe.
    Enfin, une vision européenne !
    Relance européenne : le 21 juillet 2020, une étape historique !







    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240523-debat-attal-bardella.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/debat-gabriel-attal-vs-jordan-254808

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/05/24/article-sr-20240523-debat-attal-bardella.html





     

  • Débat Valérie Hayer vs Jordan Bardella : l'imposture démasquée de Coquille vide

    « Finalement, au terme de deux heures de débat, le vrai visage de Jordan Bardella apparaît. Il est moins lisse, moins souriant qu'au début, et il y a quelque chose de très dur dans le regard qui fait peur. On notera que par trois fois, Benjamin Duhamel interdit à Valérie Hayer de prendre la parole. » (Thierry de Cabarrus, journaliste).



     

     
     


    Décidément, la campagne des élections européennes peine à démarrer sérieusement. À un mois du scrutin, la chaîne BFMTV a organisé ce jeudi 2 mai 2024 un débat contradictoire entre les deux principales têtes de liste, Jordan Bardella pour le RN et Valérie Hayer pour la majorité présidentielle.

    Pendant 2 heures 20, cette prestation va certainement peu influencer les éventuels électeurs hésitants (les convaincus ne sont pas à convaincre), tant elle était médiocre : l'animateur, Benjamin Duhamel, particulièrement mauvais pour ce genre d'émission (il aura encore beaucoup de travail à fournir pour atteindre les performances de son oncle Alain Duhamel), la tête de liste de l'extrême droite, dite "Coquille vide" par ses détracteurs, ceux qui ne le comprenaient l'ont compris en regardant ce débat tant ses propos étaient hors sol, sans proposition, une vacuité complète faite d'amnésie, de contradictions et surtout, de démagogie et de mensonges, et la tête de liste Renaissance, qui n'a pas démérité sur le fond, qui a montré qu'elle travaillait et qu'elle connaissait les dossiers, mais qui manquait de combativité contre son contradicteur (surtout au début).

    Le RN a adopté une stratégie du robot beau-gendre qui n'a rien dans la cervelle et qui absorbe toutes les pensées politiques du moment. Évidemment, cela provoque parfois de grandes contradictions, puisqu'on ne sait plus si le RN veut rester dans l'Europe ou en sortir, veut sortir de la zone euro ou y rester, ou même veut du Frontex ou pas. Les rares propositions formulées par ce parti attrape-tout (c'est le principe du populisme) concernent des dispositifs déjà adoptés en mieux depuis plusieurs années !

     

     
     


    Au cours de cette confrontation télévisuelle, Jordan Bardella a montré une véritable arrogance, issue évidemment des sondages d'intentions de vote qui lui sont très favorables aujourd'hui, coupant sans arrêt la parole à son interlocutrice, de manière inélégante et peu galante, de façon systématique, discourtoise, impolie, et franchement comme un voyou de banlieue, qui se la pète en roulant les mécaniques mais incapable d'aligner trois phrases intéressantes ou même cohérentes. On a vu à quel point la stratégie de l'incompétence marche mal dans une France qui reste encore (heureusement) intellectuelle. Son petit rictus en guise de pirouette de diversion trompe assez peu le téléspectateur sinon l'électeur. Le comble de l'impolitesse a été de boire devant son adversaire, en ne l'écoutant pas. L'extrême droite n'a jamais respecté "les autres". On a pu le voir dans ce débat, car le naturel revient toujours au galop.
     

     
     


    De son côté, Valérie Hayer a péché par l'inverse. Elle, courageuse (Jordan Bardella l'a même reconnu), n'a pas lésiné sur ses propositions, sur son bilan, sur ses actions pour améliorer la situation de la France et de l'Europe. D'un coup le trop vide (Coquille vide), de l'autre, presque le trop plein. Toutefois, Valérie Hayer a manqué de pugnacité, refusant de couper la parole même quand son adversaire disait n'importe quoi voire mentait (comme sa liste qui serait financée par des groupes américains, ce qui est complètement faux, alors que le RN a effectivement reçu des fonds russes), elle était beaucoup trop sage face au n'importe-quoiïsme de son contradicteur.

    Il faut rappeler que les deux ont été élus députés européens il y a cinq ans. Jordan Bardella n'a rien fait de son mandat européen sinon encaisser ses indemnités, car c'est là le paradoxe, le RN comme ses partenaires anti-européens, ont profité de beaucoup d'argent européen (et même d'un peu trop si on en croit la justice et le procès qui aura lieu en septembre 2024). Dans le classement des députés européens, le président du RN fait partie des cancres qui n'ont jamais rien fait de leur mandat. Valérie Hayer, elle, a travaillé concrètement, c'est même l'une des rares députés européens qui connaissent bien le budget de l'Union Européenne et la politique agricole commune pour les avoir négociés avec d'autres groupes politiques. Elle préside le troisième groupe du Parlement Européen et a un poids européen incontestable, permettant d'influencer la politique européenne depuis cinq ans. Il suffit de comparer les antisèches multiples du cancre Bardella sur son pupitre et leur absence pour Valérie Hayer qui n'en a pas besoin car elle connaît excellemment ses sujets. Ça ne sert rien d'être bon en communication si c'est pour ne penser à rien.
     

     
     


    D'ailleurs, les internautes ont posé "la" bonne question à Jordan Bardella : « Le RN a gagné les deux dernières élections européennes de 2014 et 2019. Qu'a apporté au niveau européen le RN avec ces victoires ? ». Question piège et très pertinente ! J'aurais ajouté aussi au niveau français. Bref, à quoi ça sert de voter RN aux européennes (on pourrait remonter jusqu'à 1984 d'ailleurs) à part de financer le RN ? Eh bien à rien ! D'ailleurs, l'absence de réponse de Jordan Bardella le confirme. Si on veut que l'Europe bouge, ce n'est certainement pas en votant pour le RN qu'elle bougera. La preuve dans ce débat : voter RN, c'est paradoxalement choisir le statu quo.
     

     
     


    En revanche, le bilan de l'action de Renaissance, grâce en particulier au leadership du Président français Emmanuel Macron, de plus en plus écouté à l'étranger, est très flatteur. Ainsi, les accords de libre-échange sont approuvés ou rejetés par le groupe Renew (Renaissance) selon qu'ils sont bons ou mauvais tant pour la France que pour l'Europe. Pas de dogmatisme, donc, mais le soucis pointilleux de l'intérêt général. Le CETA est un bon traité qui a permis aux agriculteurs de profiter du commerce international tout en gardant les standards européens tant sociaux qu'écologiques. Alors que le projet d'accord avec le Mercosur a été stoppé car il ne permettait pas à l'Europe de garder ses standards.

    Valérie Hayer s'est inquiétée à juste titre des alliés européens du RN. Elle a montré une photographie d'une réunion de l'internationale de l'extrême droite européenne (à Florence à la fin de l'année 2023) qui est particulièrement affligeante, en ce sens que ses alliés ont fait des déclarations publiques racistes, suprémacistes, antisémites, homophobes, contre le droit à l'IVG, contre l'égalité de la femme et de l'homme, etc. Comme si les leçons de l'histoire récente ont été jetées à la poubelle. À l'heure où l'extrême droite italienne n'a plus de scrupule à faire le salut fasciste ouvertement en public lors d'un défilé à Milan, la réponse de Jordan Bardella n'était pas à la hauteur. Dans le discours, il laisse croire qu'il s'est dédiabolisé, dans la réalité politique des alliances européennes, le RN est bien le parti fondé par pépé Jean-Marie Le Pen avec ses inconvenances morales récurrentes. Sa réponse ? Juste laisser croire qu'il se laisse photographier avec n'importe qui, ce qui est une excuse très immature pour un prétendu leader politique national, qui ne trompe personne sinon ses électeurs déjà convaincus.

     

     
     


    Jordan Bardella a proposé une double frontière, garder la libre circulation des personnes dans l'Espace de Schengen uniquement pour les citoyens européens et le contrôle aux frontières pour les extra-européens. Valérie Hayer a bien tenté de dire que cette proposition était stupide, mais elle ne l'a pas affirmé assez fort. Car évidemment, ce n'est pas marqué sur la figure qu'on est Européen ou pas Européen. Donc, concrètement, c'est le rétablissement complet des contrôles à toutes les frontières, y compris terrestres, ce qui, outre l'aspect économique (très coûteux en fonctionnaires supplémentaires mais aussi pour l'activité économique, vu le nombre de camions qui traversent les frontières et les files d'attente qu'il y aura pour les contrôles d'identité), c'est le principe même de mesure stupide qui, en plus, ne changera rien pour l'immigration illégale.

    En laissant croire que la métropole française deviendrait à terme comme la situation à Mayotte, alors que c'est un cas géographique très spécifique, le président du RN montre qu'il continue toujours de véhiculer cette thèse extrémiste du grand remplacement qui n'existe que dans les fantasmes de l'extrême droite. Il y a une proportion d'étrangers sur le territoire national à peine supérieur à il y a un siècle, et si certaines personnes proviennent d'une culture différente avec une plus forte natalité, la réalité est que lorsqu'elles adoptent le mode de vie français, cette natalité s'effondre.
     

     
     


    Avec le Pacte immigration, qu'elle a négocié et voté (et que le RN a rejeté), Valérie Hayer a certainement fait plus pour limiter l'immigration en France que le RN. En effet, ce pacte impose aux États membres une quote-part proportionnelle à leur population de l'accueil des demandeurs d'asile venus en Europe. Ainsi, en refusant d'obliger les autres pays à prendre leur part migratoire, les députés européens du RN renforcent le risque que la France accueille plus de demandeurs d'asile. Le RN ne veut aucun demandeur d'asile, c'est se moquer du sort des femmes afghanes ou iraniennes persécutées par les islamistes au pouvoir. Il est d'ailleurs significatif que ceux ont des discours ouvertement anti-islam sont les plus tolérants avec les régimes islamistes lorsqu'ils essaient de faire des analyses vaguement géopolitiques.

    Comme avec tous les sujets (notamment économiques), le RN est très hors sol par rapport aux réalités concrètes : Jordan Bardella veut imposer l'étude des dossiers des demandeurs d'asile dans leurs propres pays et pas en France ou en Europe. Là encore, c'est particulièrement stupide de proposer cela. D'une part, parce que les demandeurs d'asile, généralement, fuient leur pays à cause de la répression et ne peuvent attendre la réponse du consulat. D'autre part, cela n'empêchera nullement des désespérés de franchir la Méditerranée à leur grand péril et à atteindre les côtes européennes sans qu'on leur en donne l'autorisation. Et dans ce cas, qu'est-ce qu'on fait ? Le Pacte immigration permet justement d'y apporter une réponse plus juste et plus ferme que le statu quo. Du reste, Valérie Hayer a bien fait de rappeler que le RN était désormais responsable de la politique migratoire de la France puisque le groupe RN a voté pour la loi Immigration le 19 décembre 2023 (parfois, il faut savoir assumer ses coups politiques !).

     

     
     


    Je n'ai bien sûr pas évoqué ici tous les sujets, en particulier les 750 milliards d'euros de l'Europe dont on a bénéficié pour la relance après la crise du covid-19. Le bilan de ce débat est que Jordan Bardella a intérêt à fuir les débats, comme il l'avait fait depuis deux mois. La journaliste Anna Cabana a donné son verdict : « C'est la naissance d'un personnage que personne ne connaissait. Valérie Hayer a quelque chose dans le ventre. ». Beaucoup de journalistes sont d'accord avec cette appréciation car beaucoup pensaient que la tête de liste Renaissance allait se faire hachée menue par le président du RN. Il n'en a rien été. Elle a bien résisté !

    Même si c'était dur pour elle au début du débat et même s'il lui manquait un peu de pugnacité, Valérie Hayer n'a pas manqué de sagesse ni de courage quand elle a conclu avec audace en se disant d'accord avec son adversaire : « Jordan Bardella, vous aviez déclaré être à la politique ce que Didier Raoult était à la médecine. Je dois dire que pour une fois, je suis entièrement d'accord avec vous ! ». Il est temps de rétablir la vérité face aux mensonges des populistes.



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (02 mai 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Débat Valérie Hayer vs Jordan Bardella : l'imposture démasquée de Coquille vide.
    Il y a 20 ans, l'élargissement de l'Union Européenne.
    La convergence des centres ?
    Élections européennes 2024 (1) : cote d'alerte pour Renaissance.
    Valérie Hayer, tête de la liste Renaissance.
    Charles Michel et Viktor Orban : l'Europe victime d'une histoire belge !
    Jacques Delors : il nous a juste passé le relais !
    Il y a 15 ans : Nicolas Sarkozy, l'Europe et les crises (déjà).
    La Méditerranée, mère de désolation et cimetière de nos valeurs ?
    Le 8 mai, l'émotion et la politique.
    Ukraine, un an après : "Chaque jour de guerre est le choix de Poutine".
    Le 60e anniversaire du Traité de l'Élysée le 22 janvier 2023.
    De Gaulle, l’Europe et le volapük intégré.
    L’inlassable pèlerin européen Emmanuel Macron.
    Valéry Giscard d’Estaing, le rêveur d’Europe.
    Enfin, une vision européenne !
    Relance européenne : le 21 juillet 2020, une étape historique !







    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240502-debat-hayer-bardella.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/debat-valerie-hayer-vs-jordan-254484

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/05/03/article-sr-20240502-debat-hayer-bardella.html