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  • Législatives 2024 (8) : la bataille de Matignon entre Jean-Luc Mélenchon, Jordan Bardella et Gabriel Attal

    « Elle songea qu'ils se trompaient probablement tous les uns les autres et qu'ils vivaient dans une illusion. » (Marie Vareille, "Ma vie, mon ex et autres calamités", éd. Charleston, 2019).




     

     
     


    L'enjeu qu'a voulu placer le Premier Ministre Gabriel Attal dans ces élections législatives, c'est le choix du Premier Ministre le 8 juillet 2024. C'est aussi l'enjeu de Jordan Bardella, le président du RN, et également, mais de façon un peu plus confus, de la nouvelle farce populaire. Pourtant, je l'ai déjà écrit, la nomination du Premier Ministre est une prérogative exclusive du Président de la République. En d'autres termes, sur le principe, on n'est jamais candidat à Matignon. Ce serait presque un crime de lèse-Président, voire un manière très peu constitutionnelle d'appréhender les institutions.

    Toutefois, dans la pratique, il est bien autrement. On a pu découvrir et se convaincre, avec les trois expériences de la cohabitation (1986-1988, 1993-1995 et 1997-2002), que le pouvoir se trouvait réellement, en pratique, je répète, à Matignon et pas à l'Élysée. Sans pour autant perdre de l'efficacité des institutions de la Cinquième République puisque pendant ces trois périodes de cohabitation, la France a été gouvernée pas moins efficacement que dans les autres périodes.

    Faire un enjeu du choix du Premier Ministre dans une campagne d'élections législatives, c'est le cas en fait quand celles-ci ne suivent pas directement une élection présidentielle, au contraire de juin 1981, juin 1988, juin 2002, juin 2007, juin 2012, juin 2017 et juin 2022. Ces cas sont rares depuis vingt-cinq ans, mais ils étaient auparavant le cas général. Pour les quatre derniers cas, il fut toujours question de la cohabitation : en mars 1978, en mars 1986, en mars 1993 et en juin 1997. Et c'était bien un enjeu personnel (qui serait le Premier Ministre ?) qui était associé à un enjeu politique (quelle politique serait appliquée ?).

    En 1978, les sondages donnaient la gauche gagnante et le Président Valéry Giscard d'Estaing avait mis en garde : il ne pourrait nommer qu'un Premier Ministre de gauche si elle gagnait les élections. Le terrain de campagne s'est donc porté sur le duel entre le Premier Ministre sortant Raymond Barre et le premier secrétaire du PS François Mitterrand. Ce dernier a finalement perdu et a dû attendre 1981 pour arriver au pouvoir par la grande porte de l'Élysée.

    En 1986, les sondages donnaient gagnante l'union UDF-RPR et ils ont eu raison, de justesse. Au-delà de l'alternance politique, le débat est devenu le duel entre le Premier Ministre sortant Laurent Fabius et son probable successeur, président du RPR, Jacques Chirac. À l'époque, d'autres hypothèses de Premier Ministre avaient germé pour la première cohabitation avec Alain Peyrefitte, Jacques Chaban-Delmas, René Monory, Simone Veil (43,0% aux élections européennes de juin 1984) et même Valéry Giscard d'Estaing, mais aucune de celles-là n'était politiquement crédible en raison de l'hégémonie du chiraquisme.

    En 1993, rebelote pour la deuxième cohabitation. Jacques Chirac ayant échoué à l'élection présidentielle de 1988 a préféré se réserver pour l'élection présidentielle de 1995. Édouard Balladur était le candidat désigné bien avant les élections législatives pour devenir ce Premier Ministre de cohabitation, adoubé autant par l'UDF que le RPR. En face lui, il n'avait aucun adversaire, tant la défaite du PS était attendue.

    En 1997, le cas historique le plus proche de 2024 avec la dissolution, le débat politique continuait à donner le clivage traditionnel entre le RPR (au pouvoir) et le PS (le principal parti d'opposition). À la tête du PS, son premier secrétaire Lionel Jospin (premier au premier tour de l'élection présidentielle de 1995), face au Premier Ministre sortant Alain Juppé, a priori candidat à sa succession, si ce n'est qu'après un premier tour désastreux, la majorité a présenté pour Matignon la perspective de la nomination de Philippe Séguin, plus populaire. C'était trop tard et, grâce à de nombreuses triangulaires où le FN a perturbé le jeu entre UDF-RPR et PS, la gauche a gagné et Lionel Jospin est resté au pouvoir pendant cinq ans, jusqu'à la fin du septennat de Jacques Chirac.


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    On conçoit, à ces évocations historiques, que les élections législatives de 2024 qui donnent aussi un enjeu de personnes à Matignon, répondent à la classique envie des Français de personnaliser le débat publique comme il a toujours aimé le faire avec les élections présidentielles depuis 1965. Ces élections législatives, qui sortent des clous de la présidentielle, sont donc, comme dans les quatre cas présentés en introduction, une mini-présidentielle en attendant la grande échéance de 2027... ou avant.

    Les dernières élections qui sont consécutives à une dissolution, en 1997, si la France était majoritairement à droite, elles ont donné un gouvernement de la gauche plurielle pendant cinq ans dans une sorte de bipolarisation troublée par le FN. En 2024, la tripolarisation est réelle, même si elle n'est pas nouvelle puisqu'elle structure la vie politique française depuis 2017 dans le choc de trois (fortes) personnalités Emmanuel Macron, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon qui, en 2017 et en 2022, ont représenté autour d'un cinquième (voire un quart) de l'électorat.

    Avec l'union obtenue à gauche, qui fait de cette coalition hétéroclite du NFP un étrange attelage assez hypocrite voire mensonger (à l'instar de Danièle Obono, aucun membre du NFP n'est capable de dire si le seuil fixé du SMIC dans ce programme est net ou brut, par exemple !), un simple cartel électoral, puisqu'ils ne sont d'accord sur rien, trois "blocs" s'opposent : le RN, le NFP et la majorité présidentielle, Ensemble pour la République. Au-delà des programmes dont ceux des deux extrémismes populistes (de droite et de gauche) sont tellement n'importe-quoi qu'ils ne sont pas crédibles dans leur forme (et les électeurs, apparemment, s'en fichent), le débat s'est aussi déplacé sur le plan personnel entre ces trois personnalités marquantes de la vie politique.


    1. Jean-Luc Mélenchon, le candidat à Matignon du NFP/Nupes

    C'est sans doute la coalition qui est la plus confuse sur le choix du Premier Ministre, preuve qu'elle n'a aucun but de gouverner un jour la France puisqu'ils n'ont ni programme cohérent ni chef. Jean-Luc Mélenchon a été le premier à annoncer son ambition de Matignon, mais on l'a vite fait taire. Comme Emmanuel Macron au centre, Marine Le Pen à l'extrême droite, l'évocation de Jean-Luc Mélenchon est un repoussoir et discrédite son camp.

    Mais son (pseudo-)silence ne signifie pas qu'il a renoncé, car les purges qu'il a provoquées dans les investitures des candidats insoumis le prouvent (Raquel Garrido, Alexis Corbière, Danièle Simonnet, etc.), ainsi que les investitures attribuées sur le bout des lèvres en se bouchant son nez (Clémentine Autain, François Ruffin, etc.), et même celles qui, finalement, ont échoué parce que c'était (vraiment) "trop" mélenchonesque (Adrien Quatennens). Sans compter l'investiture de Philippe Poutou, du NPA, avec ses slogans anti-force de l'ordre, dans la circonscription même où le colonel Beltrame a donné la vie.

    Ainsi, comme à la foire au slip, tout le monde, à la Nupes, était candidat à Matignon : Laurent Berger, Valérie Rabault, Carole Delga, François Ruffin, Clémentine Autain, Fabien Roussel, Olivier Faure, François Hollande (ou alors il veut le perchoir ?), et j'en oublie certainement (qu'ils me pardonnent !), mais finalement, cette multiplicité fait bien le jeu de Jean-Luc Mélenchon dont la candidature, quoi qu'on en dise, est évidente car il n'a, en interne, personne face à lui, et Gabriel Attal l'a bien observé le 20 juin 2024 : « Dissimulation sur le programme dont chacun conteste le chiffrage et dissimulation en maintenant un écran de fumée sur l'identité du locataire de Matignon en cas de victoire de la Nupes. Ils semblent ne pas s'entendre sur un nom, en tout cas, faire mine de ne pas s'entendre sur un nom, et pourtant, le résultat est couru d'avance : ils l'ont dit eux-mêmes, le plus grand groupe de la Nupes choisira le Premier Ministre. Le groupe qui a le plus de candidats et le plus sortants, c'est la France insoumise. C'est elle qui a d'ores et déjà imposé son programme aux autres partis de gauche,et donc, en cas de victoire de la Nupes, le Premier Ministre, ce serait nécessairement Jean-Luc Mélenchon. ».

    Car c'est la différence avec 1936 et 1981, puisque ces références historiques sont utilisées par les protagonistes : en 1936, les radicaux dominaient le Front populaire et le PCF était très minoritaire au sein de l'alliance, et en 1981, la gauche a pu venir au pouvoir justement parce que le PS avait pris l'ascendant sur le PCF. En 2024, au contraire, les insoumis restent très majoritaires au sein de la Nupes.


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    Du reste, Jean-Luc Mélenchon, qui avait fait sa campagne aux élections législatives de 2022 sur le thème "moi Premier Ministre", est « bien évidemment » prêt à Matignon. Le samedi 22 juin 2024 sur France 5, le gourou des insoumis l'a confirmé pour ceux qui auraient mal compris : « J'ai l'intention de gouverner le pays (…). Je ne suis pas en retrait (…). Je ne m'élimine pas ! », même si, selon lui, il ne voudrait pas « s'imposer » ! Au moins, ça a le mérite de la clarté.

    La question lorsqu'on veut voter NFP est donc bien celle-ci, et seulement celle-ci : veut-on avoir Jean-Luc Mélenchon à Matignon ? Veut-on un "je-suis-la-République" au pouvoir avec une conception très castriste et bolivarienne de la démocratie (dont les purges aux investitures ont donné un avant-goût), avec le communautarisme élevé au rang de valeur suprême, en encourageant le stupide wokisme, en scandant le slogan scandaleux "la police tue", et, même, en flirtant plus ou moins habilement avec l'antisémitisme ? Les sociaux-démocrates, les électeurs trahis de Raphaël Glucksmann en 2024, et même ceux de Fabien Roussel en 2022, devraient réfléchir à deux fois avant de se ligoter l'esprit sur l'autel des valeurs républicaines.



    2. Jordan Bardella, le candidat à Matignon du RN

    Le cas de Jordan Bardella est très différent de Jean-Luc Mélenchon. Loin d'être un repoussoir, c'est une personnalité (étrangement) attractive. Il faut le reconnaître, il est populaire et ce jeune homme très lisse est loin d'être un repoussoir pour les électeurs susceptibles de voter pour le RN. Le diable ne se présente jamais dans un apparat affreux, sinon, ce serait trop facile. Marine Le Pen a commencé à "l'utiliser" (j'emploie ce verbe à dessein) en 2019 (il avait 23 ans) pour concurrencer sa jeune nièce Marion Maréchal (mais moins jeune que le "gendre Jordan" qu'il était dans la famille Le Pen, compagnon d'une autre nièce de Marine Le Pen).


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    La question n'est pas encore là, mais si jamais Jordan Bardella accédait à Matignon, la question se poserait véritablement d'une rivalité de fait entre lui et Marine Le Pen, à l'instar du couple formé en 1993 par Édouard Balladur et Jacques Chirac. J'espère qu'on n'en sera pas là, mais connaissant les institutions de la Cinquième République, je me pose vraiment la question de l'intérêt de Marine Le Pen qui a tout à y perdre : soit l'expérience Bardella est un échec et alors, il rejaillira sur le RN et sur elle à l'élection présidentielle, soit au contraire, c'est un succès et la candidature de Jordan Bardella à l'élection présidentielle s'imposera naturellement au clan Le Pen.

    On reste étonné par l'efficacité d'une campagne de communication qui laisse croire que cet individu à peine fini, à 28 ans, sans diplôme universitaire (il n'a pas fini ses études, a-t-il achevé au moins quelque chose ?), sans qu'il n'ait d'autres expériences que deux mandats très peu assidus de député européen et de conseiller régional d'Île-de-France, sans même avoir été élu à l'Assemblée Nationale, sans avoir géré un seul exécutif local, même la mairie d'un petit village, puisse se retrouver à la tête du gouvernement de la sixième puissance mondiale ! Tout dans son image lisse et dans ses propos creux montre une grande incompétence et un bluff formidable, comme s'il n'était qu'un acteur qui ne tiendrait que par les oreillettes et les prompteurs. Est-ce dans l'intérêt de la France, grand pays d'innovations technologiques et politiques ?

    Dans son clip bien ficelé de la campagne officielle, on voit Jordan Bardella dans son fauteuil de président (du RN !), rien sur le bureau, et derrière le fauteuil, un seul drapeau, le drapeau tricolore de la France. Et cette petite question à ses électeurs potentiels : cela ne vous ferait-il rien si le drapeau européen était systématiquement supprimé de toutes les tribunes, de Matignon, des ministères, de l'hémicycle ? Eh bien moi, si, je le regretterais beaucoup, je le vivrais comme un retour en arrière profondément malsain alors que le monde bouge et s'accélère (on le voit avec la guerre en Ukraine voulue par Vladimir Poutine qui soutient le RN dans ces élections, ravi des sondages actuels).

    De plus, sa campagne aujourd'hui se base sur des inversions accusatoires extraordinaires. Jordan Bardella se présente comme le meilleur redresseur de l'ordre, comme le meilleur combattant de l'antisémitisme, comme le meilleur meneur de l'union nationale : « Moi, je veux réconcilier les Français et être le Premier Ministre de tous les Français, dans aucune distinction. Une fois devenu chef de la majorité, je serai le Premier Ministre de tous, y compris de ceux qui n'auront pas voté pour moi. Mon objectif est de recréer du consensus dans le pays. ».


    Du blabla d'autant plus déconnecté du réel que c'est un discours de Président (qui est celui de tous les Français) et pas de Premier Ministre qui est, comme il le dit paradoxalement d'ailleurs en même, de chef de majorité, donc, nécessairement très partisan. Mais ce gloubi-boulga sert à attirer les indécis et surtout, les ignorants des mécanismes institutionnels et politiques, en reprenant des phrases dites par d'autres dans le passé. Dans son débat face à Gabriel Attal, Jordan Bardella avait répété des phrases d'Emmanuel Macron dans son face-à-face avec Marine Le Pen, un vrai plagiat ! Bardella, paresseux et imitateur. Acteur.

    De plus, au contraire de ce qu'ils prétendent, les dirigeants du RN ont été pris de court par la dissolution. La preuve, ils ont bâclé leurs candidatures en investissant certains candidats pas très politiquement corrects notamment à cause des appels à la haine ou l'antisémitisme (en particulier, dans leur passé sur les réseaux sociaux), au point de retirer leur investiture a posteriori, sans que cela n'ait d'ailleurs de conséquence puisqu'ils ne peuvent plus mettre d'autres candidats.

    Dans une situation plutôt favorable de favori, Jordan Bardella se permet même d'enfoncer le clou en laissant planer le risque d'une crise institutionnelle s'il n'y a pas de majorité absolue. Il l'a confirmé au JDD le 22 juin 2024 : « Sans majorité absolue, je serais à la merci d'une motion de censure et je partirais naturellement au bout de quelques jours. J'accepterai d'être nommé à Matignon seulement si j'ai le pouvoir d'agir et la légitimité démocratique et institutionnelle. ». Pas d'inquiétude, même avec une majorité relative, ils ne prendront pas le risque de voir le pouvoir passer devant eux. En revanche, c'est un discours électoraliste qui veut mobiliser tout son électorat nationaliste, ceux qui pourraient être tentés par des candidats de Reconquête et même LR ciottistes, seront amenés à voter utile en faveur du RN. Un discours qui peut en effet être assez efficace.


    3. Gabriel Attal, le candidat à Matignon d'Ensemble pour la République

    Nommé il y a à peine six mois (le 9 janvier 2024), le Premier Ministre Gabriel Attal, après deux jours de sidération, a su prendre le leadership de la majorité présidentielle dans cette courte campagne des élections législatives. Son dynamisme et sa popularité sont deux grands atouts pour la majorité, j'aurais tendance à écrire, pour tenter d'éviter la débâcle. Ce n'est donc pas étonnant que, contrairement à la Nupes, il ait mis au cœur de la campagne le choix de la personnalité pour Matignon.


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    L'avantage du sortant est qu'il a fait ses preuves : malgré son très jeune âge (35 ans maintenant), il a déjà derrière lui une carrière politique prestigieuse. Expérience et compétence : deux fois élu député, membre du gouvernement sans discontinuer depuis plus de cinq ans (depuis le 16 octobre 2018), porte-parole du gouvernement pendant la difficile crise du covid-19, Ministre du Budget (délégué aux Comptes publics), Ministre de l'Éducation nationale et de la Jeunesse adulé et Premier Ministre.

    À l'écoute des Français, Gabriel Attal a montré depuis longtemps qu'il l'était, sur le terrain comme dans les ministères. En présentant le programme de la majorité le 20 juin 2024, il a apporté une clarification sur ce que pouvaient espérer les Français sans mettre en danger tant la crédibilité financière de la France que sa politique économique qui a montré ses fruits avec la baisse continue du chômage depuis 2017 et la réindustralisation du territoire, politique qui fait désormais des jaloux en Allemagne.


    Dans quelques jours...


    La dédiabolisation (terme assez médiocre) qui signifie une certaine normalisation de l'extrême droite ainsi que le fatalisme qui accompagne la forte popularité de Jordan Bardella donnent tous les atouts du côté du RN. Le fatalisme, c'est aussi une certaine passivité sur les événements programmés par les sondages.

    Je passe sur l'argument stupide "on-n'a-pas-essayé" qui ouvre sur le n'importe-quoi (on n'a pas essayé de se jeter du haut d'un précipice, on n'a pas essayé de lutter contre un crocodile, on n'a pas essayé de déclencher une guerre thermonucléaire, etc.), mais l'argument de la levée de l'hypothèque RN reste encore assez bon marché dans l'esprit d'un certain nombre d'électeurs, y compris d'opposants au RN.

    En gros, il signifie ceci : laissons-les gouverner, et très rapidement, ils vont être impopulaires et on n'en reparlera plus. Je crains d'ailleurs que ce fût l'idée d'origine du Président Emmanuel Macron en dissolvant : montrons au peuple qu'ils sont incapables lorsqu'ils sont en situation et retournons le paradigme. Sauf qu'aujourd'hui, Giorgia Meloni, après un peu moins de deux ans au pouvoir, s'est hissée à la tête du paysage politique italien à ces élections européennes. Même Donald Trump, les Américains en redemandent après quatre années passées à la Maison-Blanche (2017-2021).

    Et je ne doute pas que l'efficacité de l'effet Bardella depuis deux ans se poursuivra même une fois au pouvoir. Le RN sera suffisamment habile (et démagogique) pour prendre des mesures qui vont plaire ; c'est très facile de plaire quand on gouverne, c'est beaucoup moins facile d'être responsable et de penser à l'intérêt national. En revanche, au pouvoir dès dans deux semaines, cela permettrait de démontrer que le RN serait un parti démocratique comme les autres, capables de gouverner et cela le renforcerait dans la perspective de la prochaine élection présidentielle en levant non pas l'hypothèque du RN mais l'hypothèque de l'équivalence RN = fascisme.


    C'est pour cela que la seule voie possible de s'opposer aux matraquages électoraux actuels du RN, ce n'est pas de laisser faire, ce n'est pas de parler de barrage plein de moraline qui n'a plus rien d'efficace, c'est d'abord d'aller sur le terrain des idées, de ses idées, de ses propositions (ou non-propositions), et de leurs conséquences sur l'avenir de la France, pour sa sécurité, sa prospérité, sa crédibilité internationale et sa cohésion sociale.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (22 juin 2024)
    http://www.rakotoarison.eu

    Pour aller plus loin :
    Législatives 2024 (8) : la bataille de Matignon.
    Le programme aux élections législatives du 30 juin 2024 d'Ensemble pour la République (document à télécharger).
    Législatives 2024 (7) : Ensemble pour la République.
    Législatives 2024 (6) : Nicolas Sarkozy et François Fillon bougent encore !
    Législatives 2024 (5) : le trouble de Lionel Jospin.
    Législatives 2024 (4) : l'angoisse de Manuel Valls.
    Législatives 2024 (3) : François Hollande dans l'irresponsabilité totale !
    Législatives 2024 (2) : clarification ou chaos ?
    Législatives 2024 (1) : vaudeville chez Les Républicains.
    Sidération institutionnelle.
    Élections européennes 2024 (4) : la surprise du chef !
    Résultats des élections européennes du dimanche 9 juin 2024.


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    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240622-matignon.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/legislatives-2024-8-la-bataille-de-255349

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/06/22/article-sr-20240622-matignon.html






     

  • Législatives 2024 (7) : le Jour d'après avec Ensemble pour la République

    « Nous respecterons une règle d'or anti-hausse d'impôt pour les Français afin de les protéger du matraquage fiscal voulu par le RN et la Nupes. Ces deux blocs veulent augmenter les taxes et impôts de tous les Français qui travaillent ou qui ont acquis un petit patrimoine. Nous y ferons barrage. » (Programme d'Ensemble pour la République, le 20 juin 2024).



     

     
     


    La campagne des élections législatives de 2024 sera la plus courte de la Cinquième République, et peut-être même de toutes les républiques, à l'exception d'une. Je n'ai pas vérifié précisément, c'est juste de mémoire, mais je pense qu'il faut remonter aux élections législatives du 8 février 1871 pour avoir une campagne encore plus éclair (encore plus "Blitzkrieg" !), puisqu'elles ont été organisées à la suite de la convention d'armistice entre l'Allemagne et la France signée le... 28 janvier 1871 ! À l'époque, victorieux, Bismarck (le Chancelier allemand) voulait pérenniser juridiquement l'accord d'armistice en le faisant ratifier par une assemblée représentative du peuple français (démocratique !) et c'est donc lui qui imposa à la France de les organiser aussi rapidement. Paradoxalement, le peuple majoritairement rural et peu instruit a envoyé une large majorité monarchiste à l'Assemblée alors que la République venait d'être proclamée le 4 septembre 1870.

    Mais revenons à 2024. Parmi ceux qui n'ont pas compris la dissolution, il y a Gabriel Attal, le Premier Ministre. Il n'était pas partant pour engager la France dans une campagne aussi rapide et avait proposé à Emmanuel Macron sa démission, qui a été refusée. Silencieux pendant 48 heures, Gabriel Attal est revenu dans le jeu électoral et sa position s'est renforcée dans la majorité comme le chef de la campagne de la majorité. Populaire, beaucoup des candidats Ensemble pour la République veulent avoir sa photo sur leurs affiches, tandis qu'Emmanuel Macron a été prié de se faire plus discret à cause de son impopularité (alors qu'en 2017, les candidats macronistes s'étaient fait élire sur la seule base de la photo d'Emmanuel Macron sur leurs affiches !). Et la campagne de Gabriel Attal fonctionne : passer de 14% (vote aux européennes) à 22% en une semaine dans les sondages, c'est sa marque et cela prouve qu'une campagne dynamique peut faire déplacer des montagnes. Il s'est déplacé environ une quinzaine de fois sur le terrain en une semaine et ne lésine pas sur les initiatives.

    Gabriel Attal, nommé à Matignon il y a moins de six mois, a bien compris que la campagne se jouait d'abord sur les images, et les images de la personnalisation. Alors que le poste de Premier Ministre ne se proclame pas, Jordan Bardella fait exactement aujourd'hui ce que Jean-Luc Mélenchon a fait en juin 2022, à savoir s'autoproclamer Premier Ministre. J'y reviendrai plus précisément, mais Gabriel Attal, face à ces deux premiers-ministrables populo-extrémistes, a bien dû se prendre au jeu et s'autoproclamer lui-même Premier Ministre bientôt reconduit si la majorité présidentielle préserve sa force de 2022 (au risque d'être désavoué par le Président de la République). Toujours est-il que cela semble un véritable plus dans la campagne d'Ensemble pour la République. Il n'a pas besoin de faire ses preuves, il est, tout simplement.

    Pièce maîtresse de toute campagne aux élections législatives, le programme. Celui d'Ensemble pour la République pour Gabriel Attal. Il est un peu étrange de demander à tous les candidats de "pondre" (car il s'agit de cela) un programme de législature, en principe sur cinq ans, au moins sur deux ans et demi (jusqu'en 2027), en un temps record de quelques jours. On comprendra donc que ces programmes mal finis ne seront pas à l'origine de la motivation du vote, mais bien entendu, il faut quand même un programme. Et celui que la majorité présidentielle est le plus sérieux parce qu'il est le moins dépensier et respecte le plus les électeurs contribuables : la coalition présidentielle promet qu'il n'y aura pas d'augmentation d'impôts, ce que se gardent bien de dire le RN ou le NFP dans la mesure où le coût de leur programme (de 100 à 300 milliards d'euros !) imposera nécessairement une augmentation fiscale d'une manière ou d'une autre (assumée à l'extrême gauche, tue à l'extrême droite).

    Le Premier Ministre Gabriel Attal a donc tenu une conférence de presse le jeudi 20 juin 2024 pour présenter le programme de la majorité présidentielle (on peut le lire ici ou revoir la vidéo au bas de cet article).

    Ce programme est sans doute le plus crédible car il est un programme de gouvernement... du gouvernement actuel. Il se nourrit par le sérieux budgétaire (trajectoire de 3% du PIB de déficit en 2027 qu'aucun autre programme ne propose), du refus d'augmenter la pression fiscale déjà énorme, mais au-delà des mesures économiques, par les seuls candidats qui rompent avec le choc de deux extrémismes, de deux populismes, de droite, édulcoré, bien cravaté, du RN, et de gauche, beaucoup moins courtois, plus haineux presque, de FI et de la nouvelle farce populaire. Du reste, pour les programmes de ces deux partis ou coalitions, on peut se rassurer sur le fait qu'ils sont tellement démagogiques et irréalistes qu'ils ne seront pas appliqués et ce seront les électeurs qui ont (une fois encore) cru au père Noël qui en seront pour leurs frais.

    Le programme commence comme le spot de la campagne officielle : avec l'unique image de Gabriel Attal. Pas d'Emmanuel Macron, comme écrit au début. Le programme s'ordonne autour du mot Ensemble, nom de la coalition de la majorité présidentielle qui regroupe les mêmes alliés qu'aux élections européennes, Renaissance, le MoDem, Horizons, le Parti radical, et aussi l'UDI qui, pourtant, ne s'était à l'origine engagé auprès de la Macronie que sur la question européenne. Avec la confusion provoquée par l'alliance assumée du président de LR Éric Ciotti avec le RN (qui n'en rêvait pas tant), les centristes de l'UDI n'avaient plus d'autre choix, face aux deux grossiers populismes, bardellesque et mélenchonesque, que de continuer à faire alliance avec ceux qui représentent le mieux leurs idées.

    Le programme d'Ensemble est composé de neuf parties.



    1. Ensemble pour protéger votre pouvoir d'achat

    La formulation est maladroite car arrogante. "Protéger NOTRE pouvoir d'achat" aurait été plus adapté. Là, c'est le lointain de l'élite qui voudrait s'adresser à la France d'en-bas. Le "nous" aurait fait sens avec "Ensemble". Mais qu'importe la formulation, on a bien compris qu'avec la brièveté de la campagne, un programme ne peut pas se maturer, se peaufiner.

    Quelles sont les mesures ? Avec la perpétuelle question posée à tous les sortants : pourquoi ne l'avez-vous pas fait auparavant, quand vous aviez le pouvoir ? L'introduction du programme y répond : à cause des multiples crises, dont la crise du covid-19 qui n'a pas empêché, malgré tout, de poursuivre la baisse du chômage. Et c'est une éclatante réussite des gouvernements depuis 2017 alors que depuis 1981, la France se mourait dans un chômage de masse. On l'oublie beaucoup trop mais c'est Emmanuel Macron qui a libéré l'économie française et permis durablement la réindustrialisation, l'économie française est enviée par les Allemands, la France est le premier pays européen pour son attractivité auprès des investisseurs... L'enjeu, il est d'abord là : faudrait-il que tout ce travail fût inutile pour qu'il soit stupidement cassé par des démagogues extrémistes, à droite ou à gauche, assoiffés de pouvoir, qui ont montré leur incompétence totale, soit par inexpérience soit par des résultats très décevants (quinquennat de François Hollande pour la gauche) ? Le "stupidement" ne reprend bien sûr pas la volonté des électeurs qui, pour tout démocrate, est sacrée, il peut reprendre la décision un peu précipitée de la dissolution, et la surenchère à la démagogie des deux blocs extrémistes (RN et NFP).

     

     
     


    En outre, Gabriel Attal a rappelé dans sa conférence de presse : « Depuis 2017, nous, les impôts, nous les baissons. Nous avons supprimé la taxe d'habitation. Nous avons supprimé la redevance télé. Nous avons baissé l'impôt sur le revenu sur les tranches les plus basses, c'est-à-dire sur les classes moyennes. Depuis 2017, nous avons aussi revalorisé les salaires des femmes et des hommes de nos services publics : nos enseignants, nos soignants, nos policiers, nos gendarmes. ». Les électeurs doivent-ils être toujours ingrats ? Ce sera une question peut-être dans les années à venir.

    Alors, les mesures ? Le gouvernement encouragera les augmentations de salaire pour les salaires en dessous de 2 500 euros nets. Dès l'hiver, la facture d'électricité des ménages baissera de 15% (soir 200 euros sur une année) : c'est le résultat de la réforme du marché européen de l'électricité négociée par la France et pas encore mise en œuvre. La prime d'activité, qui a été versée à 6 millions de bénéficiaires en 2023, sera augmentée jusqu'à 10 000 euros, sans charge ni impôt. Les pensions de retraite de 17 millions de personnes seront revalorisées pour suivre l'inflation (mais pas indexées). Dès cet été, des achats groupés de fournitures scolaires permettra de baisser de 15% le prix de la rentrée scolaire dans les familles.


    2. Ensemble pour l'accès à la santé

    Grâce à la suppression du numerus clausus, le nombre de médecins formés va doubler, 16 000 en 2027 contre 8 000 en 2017. Chaque Français aura un médecin de garde à moins de 30 minutes de son domicile. En permettant aux sages-femmes, pharmaciens, infirmiers, opticiens et orthophonistes de réaliser une vingtaine d'actes médicaux, on libérera 20 millions de rendez-vous médicaux supplémentaires par an. Pour les 3 millions de Français sans mutuelle, une offre de mutuelle publique sera créée à 1 euro par jour. Les fauteuils roulants seront remboursés intégralement dès la fin de l'année. Une facture informative sera envoyée à partir de 2025 après chaque passage à l'hôpital ou en médecine de ville afin de connaître le coût réel des soins et de détecter d'éventuelles fraudes dont l'assuré social n'aurait pas eu connaissance.


    3. Ensemble pour l'accès au logement

    La garantie de loyers sera étendue pour faciliter la location tout en rassurant les propriétaires. Une taxe sur les rachats d'actions financera le fonds de rénovation énergétique des logements des classes moyennes et populaires, pour rénover 300 000 logements supplémentaires d'ici à 2027. Les droits de mutation pour l'achat du premier logement jusqu'à 250 000 euros seront exonérés pour faciliter l'accession à la propriété de 1 million de jeunes de classes moyennes et populaires.


    4. Ensemble pour le travail et le mérite

    Depuis 2017, 300 nouvelles usines ont été ouvertes et ont créé 150 000 emplois. D'ici à 2027, 400 usines nouvelles seront créées avec 200 000 emplois à la clef. Le plan France 2030 sera poursuivi pour favoriser la recherche et l'innovation. 17 milliards d'euros ont été mis en redressement pour fraude en 2023 et cette lutte implacable sera poursuivie contre toutes les fraudes sociales et fiscales. Aucun droit de succession ou de donation ne sera demandé jusqu'à 150 000 euros par enfant et 100 000 euros par petit-enfant. La retraite des agriculteurs sera revalorisée à hauteur de 100 euros par mois pour la moitié des futur retraités. Les TPE et PME seront de nouveau soutenues sur le plan financier et administratif.


    5. Ensemble pour les valeurs de la République

    Laïcité à l'école et dans tous les services publics, interdiction de l'abaya à l'école. Généralisation du testing pour lutter contre les discriminations à l'embauche, lutte contre le racisme, l'antisémitisme, le sexisme, l'homophobie et toutes les haines. Sanction immédiate avec comparution immédiate dans les cas les plus graves pour les jeunes délinquants en revoyant l'excuse de minorité. Depuis 2017, 12 000 personnes ont été expulsées. La délivrance d'une carte de séjour longue durée sera conditionnée à la maîtrise de la langue française et au respect des valeurs républicaines.
     

     
     



    6. Ensemble contre les inégalités de destin

    La formation des professeurs sera renforcée, l'école inclusive aussi pour les élèves en situation de handicap. D'ici à 2027, 100% des résidences universitaires auront été rénovées (elles sont déjà 90% à avoir été rénovées entre 2017 et 2024), et 35 000 nouveaux logements étudiants seront construits dont 10 000 en résidences universitaires. Le repas des étudiants boursiers sera maintenu à 1 euro et leur bourse revalorisée de 37 euros par mois. Un droit de congé de naissance durant trois mois sera mieux indemnisé que le congé parental actuel. Sera instaurée la solidarité à la source avec le versement automatique des aides sociales dès 2025.


    7. Ensemble pour la cohésion de nos territoires

    Le soutien de l'État aux collectivités locales sera poursuivi à l'investissement local pour la transition écologique avec le Fonds vert. Les dotations de fonctionnement ne baisseront pas. Plus de 300 maisons France Services seront ouvertes d'ici à 2027, l'objectif est d'avoir une maison France Services à moins de 20 minutes de chez soi (il y en a déjà 2 700).
     

     
     



    8. Ensemble pour protéger l'environnement

    Après une baisse inédite de 6% des émission de gaz à effet de serre en 2023, l'objectif sera, d'ici à 2030, de baisser de 55% des émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990, dont 20% entre 2024 et 2027. 100 000 véhicules électriques seront proposés chaque année en leasing social. Quatorze nouveaux réacteurs nucléaires seront mis en chantier pour assurer l'indépendance énergétique de la France et la décarbonation de son économie. Le plastique jetable sera progressivement supprimé et l'économie circulaire encouragée.


    9. Ensemble pour que la France rayonne dans le monde

    Appartenance à l'OTAN, dissuasion nucléaire, la France gardera tout ce qui garantit sa souveraineté. Son budget militaire sera doublé d'ici à 2030, selon la trajectoire de la loi de programmation militaire.
     

     
     



    Bloc contre bloc contre bloc

    Dans son propos introductif, Gabriel Attal s'en est beaucoup pris au RN et au NFP : « Cette élection, c'est le choix de votre gouvernement. C'est le choix de votre Premier Ministre. C'est le choix du projet de société que vous souhaitez. Aujourd'hui, ce choix est très clair. Il n'y a que trois blocs, trois alternatives claires : l'extrême droite menée par Jordan Bardella, la Nupes menée par Jean-Luc Mélenchon, ou alors Ensemble pour la République, la majorité que je mène. (…) Le choix entre ces trois blocs se jouera dès le premier tour, dès le 30 juin. (…) Ma majorité, mes candidats sont les seuls à faire preuve de cohérence et à avoir une ligne claire dans cette campagne. (…) L'extrême droite est devenue le camp du reniement national. Depuis le début de cette campagne, ça a été un jour, une reculade. Le programme, c'est un grand effeuillage. Il ne reste à la fin qu'une feuille blanche, et en plus, ils vous demandent de signer en bas. Quant à Jordan Bardella, il a affirmé qu'il n'était pas prêt à gouverner, en tout cas, qu'il n'était prêt à gouverner que si la situation était facile (…). Quand on fuit les difficultés, on n'est pas prêt à gouverner. Le Rassemblement national, c'est l'impréparation, c'est le brouillon et le brouillard. L'extrême droite, c'est faire un saut dans le vide pour les Français. De l'autre, la Nupes, unie derrière la France insoumise, est le camp de la compromission et de la dissimulation. Compromission avec l'extrême gauche et ses outrances, avec lesquelles une partie de la gauche avait pourtant juré, la main sur le cœur, ces dernières semaines, de couper. Compromission sur les valeurs, en s'alliant sur un projet irréaliste et dévastateur pour notre économie. Dissimulation sur le programme dont chacun conteste le chiffrage et dissimulation en maintenant un écran de fumée sur l'identité du locataire de Matignon en cas de victoire de la Nupes. Ils semblent ne pas s'entendre sur un nom, en tout cas, faire mine de ne pas s'entendre sur un nom, et pourtant, le résultat est couru d'avance : ils l'ont dit eux-mêmes, le plus grand groupe de la Nupes choisira le Premier Ministre. Le groupe qui a le plus de candidats et le plus sortants, c'est la France insoumise. C'est elle qui a d'ores et déjà imposé son programme aux autres partis de gauche,et donc, en cas de victoire de la Nupes, le Premier Ministre, ce serait nécessairement Jean-Luc Mélenchon. ».

    Choix par adhésion aux mesures proposées, choix par défaut en opposition aux deux blocs extrémistes et populistes qui jouent sur les peurs, la colère et la démagogie, le choix du 30 juin 2024 sera crucial pour la France car il dira si la France continue à prétendre au meilleur ou y renonce pour se fourvoyer dans une impasse électorale, dans une instabilité économique, financière et politique. Emmanuel Macron annonçait le 18 juin 2024 qu'il avait confiance en l'intelligence des Français. Gabriel Attal n'a pas cité le Président de la République et s'est autoproclamé chef de la campagne en insistant, avec l'emploi de la première personne, à son autorité : "ma" majorité, "mes" candidats, "mon" programme. Et son programme se caractérise d'abord par son sérieux, son réalisme et surtout sa cohérence. En ce sens, il est unique car il est bien le seul à les conforter.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (20 juin 2024)
    http://www.rakotoarison.eu

    Pour aller plus loin :
    Gabriel Attal.
    Éric Ciotti.
    Le programme aux élections législatives du 30 juin 2024 d'Ensemble pour la République (document à télécharger).
    Législatives 2024 (7) : Ensemble pour la République.
    Législatives 2024 (6) : Nicolas Sarkozy et François Fillon bougent encore !
    Législatives 2024 (5) : le trouble de Lionel Jospin.
    Législatives 2024 (4) : l'angoisse de Manuel Valls.
    Législatives 2024 (3) : François Hollande dans l'irresponsabilité totale !
    Législatives 2024 (2) : clarification ou chaos ?
    Législatives 2024 (1) : vaudeville chez Les Républicains.
    Sidération institutionnelle.
    Élections européennes 2024 (4) : la surprise du chef !
    Résultats des élections européennes du dimanche 9 juin 2024.








    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240620-ensemble.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/legislatives-2024-7-le-jour-d-255341

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/06/20/article-sr-20240620-ensemble.html




     

  • Gabriel Attal mène la campagne de la majorité

    « Nous respecterons une règle d'or anti-hausse d'impôt pour les Français afin de les protéger du matraquage fiscal voulu par le RN et la Nupes. Ces deux blocs veulent augmenter les taxes et impôts de tous les Français qui travaillent ou qui ont acquis un petit patrimoine. Nous y ferons barrage. » (Programme d'Ensemble pour la République, le 20 juin 2024).



     

     
     


    La campagne des élections législatives de 2024 sera la plus courte de la Cinquième République, et peut-être même de toutes les républiques, à l'exception d'une. Je n'ai pas vérifié précisément, c'est juste de mémoire, mais je pense qu'il faut remonter aux élections législatives du 8 février 1871 pour avoir une campagne encore plus éclair (encore plus "Blitzkrieg" !), puisqu'elles ont été organisées à la suite de la convention d'armistice entre l'Allemagne et la France signée le... 28 janvier 1871 ! À l'époque, victorieux, Bismarck (le Chancelier allemand) voulait pérenniser juridiquement l'accord d'armistice en le faisant ratifier par une assemblée représentative du peuple français (démocratique !) et c'est donc lui qui imposa à la France de les organiser aussi rapidement. Paradoxalement, le peuple majoritairement rural et peu instruit a envoyé une large majorité monarchiste à l'Assemblée alors que la République venait d'être proclamée le 4 septembre 1870.

    Mais revenons à 2024. Parmi ceux qui n'ont pas compris la dissolution, il y a Gabriel Attal, le Premier Ministre. Il n'était pas partant pour engager la France dans une campagne aussi rapide et avait proposé à Emmanuel Macron sa démission, qui a été refusée. Silencieux pendant 48 heures, Gabriel Attal est revenu dans le jeu électoral et sa position s'est renforcée dans la majorité comme le chef de la campagne de la majorité. Populaire, beaucoup des candidats Ensemble pour la République veulent avoir sa photo sur leurs affiches, tandis qu'Emmanuel Macron a été prié de se faire plus discret à cause de son impopularité (alors qu'en 2017, les candidats macronistes s'étaient fait élire sur la seule base de la photo d'Emmanuel Macron sur leurs affiches !). Et la campagne de Gabriel Attal fonctionne : passer de 14% (vote aux européennes) à 22% en une semaine dans les sondages, c'est sa marque et cela prouve qu'une campagne dynamique peut faire déplacer des montagnes. Il s'est déplacé environ une quinzaine de fois sur le terrain en une semaine et ne lésine pas sur les initiatives.

    Gabriel Attal, nommé à Matignon il y a moins de six mois, a bien compris que la campagne se jouait d'abord sur les images, et les images de la personnalisation. Alors que le poste de Premier Ministre ne se proclame pas, Jordan Bardella fait exactement aujourd'hui ce que Jean-Luc Mélenchon a fait en juin 2022, à savoir s'autoproclamer Premier Ministre. J'y reviendrai plus précisément, mais Gabriel Attal, face à ces deux premiers-ministrables populo-extrémistes, a bien dû se prendre au jeu et s'autoproclamer lui-même Premier Ministre bientôt reconduit si la majorité présidentielle préserve sa force de 2022 (au risque d'être désavoué par le Président de la République). Toujours est-il que cela semble un véritable plus dans la campagne d'Ensemble pour la République. Il n'a pas besoin de faire ses preuves, il est, tout simplement.

    Pièce maîtresse de toute campagne aux élections législatives, le programme. Celui d'Ensemble pour la République pour Gabriel Attal. Il est un peu étrange de demander à tous les candidats de "pondre" (car il s'agit de cela) un programme de législature, en principe sur cinq ans, au moins sur deux ans et demi (jusqu'en 2027), en un temps record de quelques jours. On comprendra donc que ces programmes mal finis ne seront pas à l'origine de la motivation du vote, mais bien entendu, il faut quand même un programme. Et celui que la majorité présidentielle est le plus sérieux parce qu'il est le moins dépensier et respecte le plus les électeurs contribuables : la coalition présidentielle promet qu'il n'y aura pas d'augmentation d'impôts, ce que se gardent bien de dire le RN ou le NFP dans la mesure où le coût de leur programme (de 100 à 300 milliards d'euros !) imposera nécessairement une augmentation fiscale d'une manière ou d'une autre (assumée à l'extrême gauche, tue à l'extrême droite).

    Le Premier Ministre Gabriel Attal a donc tenu une conférence de presse le jeudi 20 juin 2024 pour présenter le programme de la majorité présidentielle (on peut le lire ici ou revoir la vidéo au bas de cet article).

    Ce programme est sans doute le plus crédible car il est un programme de gouvernement... du gouvernement actuel. Il se nourrit par le sérieux budgétaire (trajectoire de 3% du PIB de déficit en 2027 qu'aucun autre programme ne propose), du refus d'augmenter la pression fiscale déjà énorme, mais au-delà des mesures économiques, par les seuls candidats qui rompent avec le choc de deux extrémismes, de deux populismes, de droite, édulcoré, bien cravaté, du RN, et de gauche, beaucoup moins courtois, plus haineux presque, de FI et de la nouvelle farce populaire. Du reste, pour les programmes de ces deux partis ou coalitions, on peut se rassurer sur le fait qu'ils sont tellement démagogiques et irréalistes qu'ils ne seront pas appliqués et ce seront les électeurs qui ont (une fois encore) cru au père Noël qui en seront pour leurs frais.

    Le programme commence comme le spot de la campagne officielle : avec l'unique image de Gabriel Attal. Pas d'Emmanuel Macron, comme écrit au début. Le programme s'ordonne autour du mot Ensemble, nom de la coalition de la majorité présidentielle qui regroupe les mêmes alliés qu'aux élections européennes, Renaissance, le MoDem, Horizons, le Parti radical, et aussi l'UDI qui, pourtant, ne s'était à l'origine engagé auprès de la Macronie que sur la question européenne. Avec la confusion provoquée par l'alliance assumée du président de LR Éric Ciotti avec le RN (qui n'en rêvait pas tant), les centristes de l'UDI n'avaient plus d'autre choix, face aux deux grossiers populismes, bardellesque et mélenchonesque, que de continuer à faire alliance avec ceux qui représentent le mieux leurs idées.

    Le programme d'Ensemble est composé de neuf parties.



    1. Ensemble pour protéger votre pouvoir d'achat

    La formulation est maladroite car arrogante. "Protéger NOTRE pouvoir d'achat" aurait été plus adapté. Là, c'est le lointain de l'élite qui voudrait s'adresser à la France d'en-bas. Le "nous" aurait fait sens avec "Ensemble". Mais qu'importe la formulation, on a bien compris qu'avec la brièveté de la campagne, un programme ne peut pas se maturer, se peaufiner.

    Quelles sont les mesures ? Avec la perpétuelle question posée à tous les sortants : pourquoi ne l'avez-vous pas fait auparavant, quand vous aviez le pouvoir ? L'introduction du programme y répond : à cause des multiples crises, dont la crise du covid-19 qui n'a pas empêché, malgré tout, de poursuivre la baisse du chômage. Et c'est une éclatante réussite des gouvernements depuis 2017 alors que depuis 1981, la France se mourait dans un chômage de masse. On l'oublie beaucoup trop mais c'est Emmanuel Macron qui a libéré l'économie française et permis durablement la réindustrialisation, l'économie française est enviée par les Allemands, la France est le premier pays européen pour son attractivité auprès des investisseurs... L'enjeu, il est d'abord là : faudrait-il que tout ce travail fût inutile pour qu'il soit stupidement cassé par des démagogues extrémistes, à droite ou à gauche, assoiffés de pouvoir, qui ont montré leur incompétence totale, soit par inexpérience soit par des résultats très décevants (quinquennat de François Hollande pour la gauche) ? Le "stupidement" ne reprend bien sûr pas la volonté des électeurs qui, pour tout démocrate, est sacrée, il peut reprendre la décision un peu précipitée de la dissolution, et la surenchère à la démagogie des deux blocs extrémistes (RN et NFP).

     
     


    En outre, Gabriel Attal a rappelé dans sa conférence de presse : « Depuis 2017, nous, les impôts, nous les baissons. Nous avons supprimé la taxe d'habitation. Nous avons supprimé la redevance télé. Nous avons baissé l'impôt sur le revenu sur les tranches les plus basses, c'est-à-dire sur les classes moyennes. Depuis 2017, nous avons aussi revalorisé les salaires des femmes et des hommes de nos services publics : nos enseignants, nos soignants, nos policiers, nos gendarmes. ». Les électeurs doivent-ils être toujours ingrats ? Ce sera une question peut-être dans les années à venir.

    Alors, les mesures ? Le gouvernement encouragera les augmentations de salaire pour les salaires en dessous de 2 500 euros nets. Dès l'hiver, la facture d'électricité des ménages baissera de 15% (soir 200 euros sur une année) : c'est le résultat de la réforme du marché européen de l'électricité négociée par la France et pas encore mise en œuvre. La prime d'activité, qui a été versée à 6 millions de bénéficiaires en 2023, sera augmentée jusqu'à 10 000 euros, sans charge ni impôt. Les pensions de retraite de 17 millions de personnes seront revalorisées pour suivre l'inflation (mais pas indexées). Dès cet été, des achats groupés de fournitures scolaires permettra de baisser de 15% le prix de la rentrée scolaire dans les familles.


    2. Ensemble pour l'accès à la santé

    Grâce à la suppression du numerus clausus, le nombre de médecins formés va doubler, 16 000 en 2027 contre 8 000 en 2017. Chaque Français aura un médecin de garde à moins de 30 minutes de son domicile. En permettant aux sages-femmes, pharmaciens, infirmiers, opticiens et orthophonistes de réaliser une vingtaine d'actes médicaux, on libérera 20 millions de rendez-vous médicaux supplémentaires par an. Pour les 3 millions de Français sans mutuelle, une offre de mutuelle publique sera créée à 1 euro par jour. Les fauteuils roulants seront remboursés intégralement dès la fin de l'année. Une facture informative sera envoyée à partir de 2025 après chaque passage à l'hôpital ou en médecine de ville afin de connaître le coût réel des soins et de détecter d'éventuelles fraudes dont l'assuré social n'aurait pas eu connaissance.


    3. Ensemble pour l'accès au logement

    La garantie de loyers sera étendue pour faciliter la location tout en rassurant les propriétaires. Une taxe sur les rachats d'actions financera le fonds de rénovation énergétique des logements des classes moyennes et populaires, pour rénover 300 000 logements supplémentaires d'ici à 2027. Les droits de mutation pour l'achat du premier logement jusqu'à 250 000 euros seront exonérés pour faciliter l'accession à la propriété de 1 million de jeunes de classes moyennes et populaires.


    4. Ensemble pour le travail et le mérite

    Depuis 2017, 300 nouvelles usines ont été ouvertes et ont créé 150 000 emplois. D'ici à 2027, 400 usines nouvelles seront créées avec 200 000 emplois à la clef. Le plan France 2030 sera poursuivi pour favoriser la recherche et l'innovation. 17 milliards d'euros ont été mis en redressement pour fraude en 2023 et cette lutte implacable sera poursuivie contre toutes les fraudes sociales et fiscales. Aucun droit de succession ou de donation ne sera demandé jusqu'à 150 000 euros par enfant et 100 000 euros par petit-enfant. La retraite des agriculteurs sera revalorisée à hauteur de 100 euros par mois pour la moitié des futur retraités. Les TPE et PME seront de nouveau soutenues sur le plan financier et administratif.


    5. Ensemble pour les valeurs de la République

    Laïcité à l'école et dans tous les services publics, interdiction de l'abaya à l'école. Généralisation du testing pour lutter contre les discriminations à l'embauche, lutte contre le racisme, l'antisémitisme, le sexisme, l'homophobie et toutes les haines. Sanction immédiate avec comparution immédiate dans les cas les plus graves pour les jeunes délinquants en revoyant l'excuse de minorité. Depuis 2017, 12 000 personnes ont été expulsées. La délivrance d'une carte de séjour longue durée sera conditionnée à la maîtrise de la langue française et au respect des valeurs républicaines.
     

     
     



    6. Ensemble contre les inégalités de destin

    La formation des professeurs sera renforcée, l'école inclusive aussi pour les élèves en situation de handicap. D'ici à 2027, 100% des résidences universitaires auront été rénovées (elles sont déjà 90% à avoir été rénovées entre 2017 et 2024), et 35 000 nouveaux logements étudiants seront construits dont 10 000 en résidences universitaires. Le repas des étudiants boursiers sera maintenu à 1 euro et leur bourse revalorisée de 37 euros par mois. Un droit de congé de naissance durant trois mois sera mieux indemnisé que le congé parental actuel. Sera instaurée la solidarité à la source avec le versement automatique des aides sociales dès 2025.


    7. Ensemble pour la cohésion de nos territoires

    Le soutien de l'État aux collectivités locales sera poursuivi à l'investissement local pour la transition écologique avec le Fonds vert. Les dotations de fonctionnement ne baisseront pas. Plus de 300 maisons France Services seront ouvertes d'ici à 2027, l'objectif est d'avoir une maison France Services à moins de 20 minutes de chez soi (il y en a déjà 2 700).
     

     
     



    8. Ensemble pour protéger l'environnement

    Après une baisse inédite de 6% des émission de gaz à effet de serre en 2023, l'objectif sera, d'ici à 2030, de baisser de 55% des émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990, dont 20% entre 2024 et 2027. 100 000 véhicules électriques seront proposés chaque année en leasing social. Quatorze nouveaux réacteurs nucléaires seront mis en chantier pour assurer l'indépendance énergétique de la France et la décarbonation de son économie. Le plastique jetable sera progressivement supprimé et l'économie circulaire encouragée.


    9. Ensemble pour que la France rayonne dans le monde

    Appartenance à l'OTAN, dissuasion nucléaire, la France gardera tout ce qui garantit sa souveraineté. Son budget militaire sera doublé d'ici à 2030, selon la trajectoire de la loi de programmation militaire.
     

     
     


    Bloc contre bloc contre bloc

    Dans son propos introductif, Gabriel Attal s'en est beaucoup pris au RN et au NFP : « Cette élection, c'est le choix de votre gouvernement. C'est le choix de votre Premier Ministre. C'est le choix du projet de société que vous souhaitez. Aujourd'hui, ce choix est très clair. Il n'y a que trois blocs, trois alternatives claires : l'extrême droite menée par Jordan Bardella, la Nupes menée par Jean-Luc Mélenchon, ou alors Ensemble pour la République, la majorité que je mène. (…) Le choix entre ces trois blocs se jouera dès le premier tour, dès le 30 juin. (…) Ma majorité, mes candidats sont les seuls à faire preuve de cohérence et à avoir une ligne claire dans cette campagne. (…) L'extrême droite est devenue le camp du reniement national. Depuis le début de cette campagne, ça a été un jour, une reculade. Le programme, c'est un grand effeuillage. Il ne reste à la fin qu'une feuille blanche, et en plus, ils vous demandent de signer en bas. Quant à Jordan Bardella, il a affirmé qu'il n'était pas prêt à gouverner, en tout cas, qu'il n'était prêt à gouverner que si la situation était facile (…). Quand on fuit les difficultés, on n'est pas prêt à gouverner. Le Rassemblement national, c'est l'impréparation, c'est le brouillon et le brouillard. L'extrême droite, c'est faire un saut dans le vide pour les Français. De l'autre, la Nupes, unie derrière la France insoumise, est le camp de la compromission et de la dissimulation. Compromission avec l'extrême gauche et ses outrances, avec lesquelles une partie de la gauche avait pourtant juré, la main sur le cœur, ces dernières semaines, de couper. Compromission sur les valeurs, en s'alliant sur un projet irréaliste et dévastateur pour notre économie. Dissimulation sur le programme dont chacun conteste le chiffrage et dissimulation en maintenant un écran de fumée sur l'identité du locataire de Matignon en cas de victoire de la Nupes. Ils semblent ne pas s'entendre sur un nom, en tout cas, faire mine de ne pas s'entendre sur un nom, et pourtant, le résultat est couru d'avance : ils l'ont dit eux-mêmes, le plus grand groupe de la Nupes choisira le Premier Ministre. Le groupe qui a le plus de candidats et le plus sortants, c'est la France insoumise. C'est elle qui a d'ores et déjà imposé son programme aux autres partis de gauche,et donc, en cas de victoire de la Nupes, le Premier Ministre, ce serait nécessairement Jean-Luc Mélenchon. ».

    Choix par adhésion aux mesures proposées, choix par défaut en opposition aux deux blocs extrémistes et populistes qui jouent sur les peurs, la colère et la démagogie, le choix du 30 juin 2024 sera crucial pour la France car il dira si la France continue à prétendre au meilleur ou y renonce pour se fourvoyer dans une impasse électorale, dans une instabilité économique, financière et politique. Emmanuel Macron annonçait le 18 juin 2024 qu'il avait confiance en l'intelligence des Français. Gabriel Attal n'a pas cité le Président de la République et s'est autoproclamé chef de la campagne en insistant, avec l'emploi de la première personne, à son autorité : "ma" majorité, "mes" candidats, "mon" programme. Et son programme se caractérise d'abord par son sérieux, son réalisme et surtout sa cohérence. En ce sens, il est unique car il est bien le seul à les conforter.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (20 juin 2024)
    http://www.rakotoarison.eu

    Pour aller plus loin :
    Gabriel Attal.
    Éric Ciotti.
    Le programme aux élections législatives du 30 juin 2024 d'Ensemble pour la République (document à télécharger).
    Législatives 2024 (7) : Ensemble pour la République.
    Législatives 2024 (6) : Nicolas Sarkozy et François Fillon bougent encore !
    Législatives 2024 (5) : le trouble de Lionel Jospin.
    Législatives 2024 (4) : l'angoisse de Manuel Valls.
    Législatives 2024 (3) : François Hollande dans l'irresponsabilité totale !
    Législatives 2024 (2) : clarification ou chaos ?
    Législatives 2024 (1) : vaudeville chez Les Républicains.
    Sidération institutionnelle.
    Élections européennes 2024 (4) : la surprise du chef !
    Résultats des élections européennes du dimanche 9 juin 2024.







    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240620-gabriel-attal.html

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/06/21/article-sr-20240620-gabriel-attal.html




     

  • Quel est le programme européen de la liste Renaissance ?

    « Parce que nous ne nous résoudrons jamais à nous faire imposer par d'autres nos valeurs, nos technologies, nos imaginaires, parce qu'il n'y aura pas de France forte sans Europe puissante, nous poursuivrons sans relâche notre combat en faveur de l'indépendance de l'Europe. » (Valérie Hayer, le 6 mai 2024).



     

     
     


    Dans cette fin de campagne des élections européennes, qui a à peine vraiment commencé, les considérations de politique politicienne ont largement dominé le débat public, et c'est dommage parce que ces dixièmes élections européennes ont une importance cruciale pour l'avenir de l'Europe mais aussi de la France. Parmi les listes susceptibles d'obtenir des élus (c'est-à-dire, qui sont raisonnablement capables d'avoir plus de 5% des voix), seulement deux ont fait une campagne sur des thèmes vraiment européens, la liste de Raphaël Glucksmann et la liste de Valérie Hayer.

    Le problème de la liste de Raphaël Glucksmann, téléguidée par le parti socialiste, c'est qu'il y a une incohérence entre ce qu'il dit, ce qu'il vote au sein de son groupe, le groupe socialiste, et son souhait de garder la gauche encore unifiée au sein de la Nupes pour 2027
    (le vote commun de la motion de censure ce lundi 3 juin 2024 en a donné une nouvelle preuve). Seule la liste de la majorité présidentielle soutenue donc par Renaissance, le MoDem, Horizons, le Parti radical, mais aussi au-delà par l'UDI (qui ne fait pas partie de la majorité présidentielle) fait une campagne européenne de manière sincère, cohérente et surtout claire. Mais quel est donc le programme de la liste Hayer, celui des pro-Européens déterminés et sincères ?

    Ce programme a été présenté au cours d'une conférence de presse le 6 mai 2024 à la veille d'un des trois grands meetings nationaux de la liste (à la Mutualité), qu'on peut réécouter en fin d'article. Il est sincère parce que ce sont des promoteurs de la construction de l'Europe qui le proposent, des promoteurs qui n'ont pas peur de le dire, qui n'ont pas peur de le faire. Il est cohérent parce qu'il est le résultat aussi d'un bilan qui a montré que tous les votes au Parlement Européen étaient déjà en phase avec ce programme. Enfin, il est déterminé parce qu'il souhaite une Europe puissante dans une France puissante, la seule voie pour permettre à la France de garder sa grandeur politique alors qu'elle n'est plus qu'une puissance moyenne depuis la fin de la guerre.

    Dans cette détermination, il y a l'influence de la France en Europe. Et quelle est-elle ? Trois grands partis européens font et défont les majorités au sein du Parlement Européen : le PPE (Parti populaire européen) qui est le centre droit démocrate chrétien, auquel adhère LR et Les Centristes, S&D (socialistes et démocrates) qui rassemble les sociaux-démocrates, enfin, le troisième groupe est le groupe central Renew (ou Renaissance) qui est composé de ceux qu'on appelait dans la politique européenne les libéraux démocrates, qui sont en France les centristes, auquel se sont joints les élus de la liste LREM de Nathalie Loiseau en 2019.

    Entre 2019 et 2024, les députés européens LR ont pris des décisions minoritaires au sein de leur groupe du PPE, au point de ne même pas soutenir leur candidate officielle Ursula von der Leyen, autant dire que les élus LR n'ont aucun poids ni au sein du PPE (dominé par les Allemands), ni au sein du Parlement Européen en général. Les députés européens issus de la liste socialiste de Raphaël Glucksmann se retrouvent dans la même situation, minoritaires au sein du groupe social-démocrate et sans influence notable (les députés européens socialistes votent contre les projets votés par le reste de leur groupe S&D !). En revanche, c'est une Française, l'actuelle tête de liste, Valérie Hayer, qui préside le groupe Renew et qui non seulement a une influence déterminante au sein de ce groupe, bien sûr (puisqu'elle le préside), mais aussi au sein des décisions prises par le Parlement Européen puisque les majorités se retrouvent toujours avec le groupe Renew. L'influence de la France est donc passée par ceux que représente aujourd'hui la liste Hayer, et eux seuls.

    Et son programme, qui est naturellement peu éloigné des vues du Président Emmanuel Macron, repose sur trois combats essentiels. J'en indique la philosophie générale et je n'énumère pas toutes les mesures proposées dans le détail (il y en a quarante-huit) qu'on peut lire dans le document téléchargeable.


     

     
     


    I. Faire de l'Europe une puissance forte, sûre et indépendante

    Défense, énergie, sécurité... trois domaines qui ont manqué de cohésion au sein de l'Europe depuis sa naissance et qui nécessitent d'en faire plus. La tentative d'invasion de l'Ukraine par les troupes de Vladimir Poutine a fait l'effet d'une douche froide chez les Européens, douche froide renforcée par la perspective d'un désengagement de plus en plus probable des États-Unis dans la défense du territoire européen. Les Européens sont maintenant mûrs pour comprendre qu'ils ne peuvent plus déléguer à d'autres leur défense et qu'ils doivent assumer eux-mêmes leur sécurité et la protection de leurs frontières. Emmanuel Macron a su prendre la mesure de l'enjeu et sensibiliser ainsi ses homologues au fil des rencontres européennes.

    La première des mesures, c'est d'investir de nouveau massivement dans l'industrie de défense, avec l'objectif de 3% du PIB pour chaque pays d'ici à 2030. Faire émerger une force de réaction rapide européenne pour les missions d'urgence, l'évacuation des populations et la sécurisation des routes maritimes.


    Sur le plan énergétique, le projet est de tripler la production de l'énergie nucléaire d'ici à 2050, au sein des pays européens qui le souhaitent à l'instar de la France. Sur le plan de la sécurité, mutualiser le renseignement au niveau européen pour lutter efficacement contre le terrorisme.

     

     
     


    II. Faire de l'Europe une puissance écologique, économique et sociale

    L'Europe est la deuxième puissance économique du monde et c'est important de le rappeler. Mais elle ne le restera pas si on ne fait rien pour cela. L'union fait toujours la force. Son problème a été les délocalisations dans les pays à plus faibles coûts du travail. L'enjeu, c'est donc de redevenir un continent de production pour réduire le chômage et gagner en valeur ajoutée. Mais aussi de refuser le dumping social en adoptant un minimum de justice sociale dans les pays qui n'en ont pas.

    L'idée est de ne pas se laisser mener par d'autres puissances économiques (États-Unis, Chine, etc.) : « Il fait se faire respecter : nos normes et nos principes ne sont pas négociables. ». Parce qu'au-delà du défi économique et social, il y a le défi écologique et les deux peuvent se faire en même temps dans une transition industrielle qui se voudra verte et numérique.

    L'essentiel est donc dans l'investissement massif des activités de transition. La liste Hayer propose la mobilisation de 1 000 milliards d'euros d'ici à 2030 pour l'énergie, les transports, le numérique, la santé, l'espace, la recherche, après le plan de 800 milliards d'euros décidés en juillet 2020 sur demande (et insistance) françaises. Son financement se fera notamment par une épargne spécifiquement européenne avec la création d'un « livret d'épargne européen pour orienter l'épargne réglementée vers l'investissement et la production en Europe ».

     

     
     


    III. Défendre le modèle européen et nos valeurs

    C'est un aspect plus philosophique et moral que matériel, économique, social. Aujourd'hui, en Ukraine, dans le Proche-Orient, voire aux États-Unis, dans de nombreuses régions du monde, nos valeurs sont remises en cause, et même de l'intérieur de l'Europe : valeurs de démocratie, d'État de droit, de liberté, d'égalité, de fraternité et aussi, et dans cette époque troublée, c'est très important, de laïcité.

    La liste Hayer propose d'inscrire le droit à l'IVG dans la Charte européenne des droits fondamentaux, qui constitue une sorte de conditions nécessaires à remplir pour chaque État membre (notamment pour bénéficier de fonds européens). Ce n'est pas un hasard si le fils aîné de Simone Veil, ancienne Présidente du Parlement Européen, se retrouve en fin de liste, son engagement est emblématique. Il s'agit aussi de proposer une majorité numérique à l'âge de 15 ans avec un contrôle parental par défaut sur les mobiles et une vérification systématique sur Internet pour les sites interdits aux mineurs.

    Il s'agit aussi de proposer des mesures pratiques et concrètes pour limiter voire empêcher efficacement l'immigration illégale à l'intérieur des frontières de l'Union Européenne en donnant des moyens à Frontex (30 000 garde-côtes européens). Créer un Pass culture européen, un Pass Rail européen illimité pour les jeunes (100 000 jeunes par an), renforcer l'harmonisation universitaire européenne, renforcer et généraliser le programme Erasmus, etc.

    Sur le plan institutionnel, et cette liste se distingue des autres sur la construction européenne, elle propose d'instaurer la principe de listes transnationales à partir des prochaines élections européennes de 2029, ainsi que de renforcer les institutions sur la majorité qualifiée dans des domaines essentiels comme la fiscalité, l'État de droit, afin de ne pas laisser l'Europe impuissante face aux défis qui viennent (par exemple, pour empêcher qu'un État puisse être un "paradis fiscal").



    Et dimanche prochain ?

    Comme dans toute élections, il y a les considérations à la petite semaine, celles en moyen terme et celles au long terme. Le moyen terme, c'est bien sûr l'échéance (cruciale) de l'élection présidentielle de 2027 et le Rassemblement national compte sur un triomphe en 2024 pour gagner en 2027. Il y a la colère de certains qui pensent que voter contre serait une sorte d'exutoire, et avec trente-huit listes, dont une seule issue de la majorité présidentielle, l'électeur en colère a le choix pour l'exprimer mais est-ce vraiment constructif, utile et surtout dans son intérêt ? Et puis, il y a le long terme, le regard à l'histoire, ce que penseront nos enfants de notre vote de 2024 dans dix, vingt, trente ans, ce qu'ils penseront de notre capacité à anticiper alors l'Europe est en danger, menacée même territorialement dans ses frontières orientales mais plus largement dans ses valeurs.

    Valérie Hayer n'a pas une âme de grand chef, elle n'a pas le charisme d'un grand animal politique, d'un vieux routard de la politique, elle n'a pas non plus passé son temps à faire du training de communication pour répondre de manière lisse et consensuelle à tous les médias. Elle l'a montré depuis cinq ans, elle a agi, elle a travaillé, elle est devenue l'une des rares experts, au sein du Parlement Européen, du budget communautaire, négociant de manière ferme, dans les nuits blanches, les intérêts de la France et des Français, elle, fille d'agriculteurs, connaît sur le bout des doigts tous les ressorts de la politique agricole commune (PAC) dont ont bénéficié largement les agriculteurs français depuis près de soixante ans. Elle est dans une logique de résultats et de construction : améliorer l'espace européen pour le bien et l'intérêt des Français.



    1. Meeting du 9 mars 2024 à Lille






    2. Conférence de presse du 6 mai 2024 à Paris (présentation du programme)






    3. Meeting du 7 mai 2024 à la Mutualité de Paris





    4. Meeting du 13 mai 2024 à Lyon






    5. Meeting du 28 mai 2024 à Boulogne-Billancourt






    6. Meeting du 1er juin 2024 aux Docks de Paris, à Aubervilliers






    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (03 juin 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Quel est le programme européen de la liste Renaissance ?
    Programme de la liste Hayer à télécharger (6 mai 2024).
    Ursula von der Leyen.
    L'hommage de l'Europe à Jacques Delors.
    Le débat Gabriel Attal vs Jordan Bardella du 23 mai 2024.
    Élections européennes 2024 (2) : 37 listes et un bulletin de vote !
    Le souverainisme européen selon Emmanuel Macron : puissance, prospérité et humanisme.
    L'hymne à l'Europe.
    Fête de l'Europe, joies et fiertés françaises.
    Le Tunnel sous la Manche.
    Les 120 ans de l'Entente cordiale.
    Eurovision 2024.
    La vision européenne d'Édouard Balladur.
    Débat Valérie Hayer vs Jordan Bardella : l'imposture démasquée de Coquille vide.
    Il y a 20 ans, l'élargissement de l'Union Européenne.
    La convergence des centres ?
    Élections européennes 2024 (1) : cote d'alerte pour Renaissance.
    Valérie Hayer, tête de la liste Renaissance.
    Charles Michel et Viktor Orban : l'Europe victime d'une histoire belge !
    Jacques Delors : il nous a juste passé le relais !
    Il y a 15 ans : Nicolas Sarkozy, l'Europe et les crises (déjà).
    La Méditerranée, mère de désolation et cimetière de nos valeurs ?
    Le 8 mai, l'émotion et la politique.
    Ukraine, un an après : "Chaque jour de guerre est le choix de Poutine".
    Le 60e anniversaire du Traité de l'Élysée le 22 janvier 2023.
    De Gaulle, l’Europe et le volapük intégré.
    L’inlassable pèlerin européen Emmanuel Macron.
    Valéry Giscard d’Estaing, le rêveur d’Europe.
    Enfin, une vision européenne !
    Relance européenne : le 21 juillet 2020, une étape historique !

     
     






    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240602-programme-renaissance.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/quel-est-le-programme-europeen-de-254541

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/05/14/article-sr-20240602-programme-renaissance.html